‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 28 sur 33 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Ces détails suffisent pour faire voir combien la religion catholique était répandue au commencement du dix-huitienne siècle. Dominante dans quelques pays, mêlée dans d'autres avec les sectes sorties de son sein, proscrite en

228 TABLEAU BISTOniQUB DU COMMENCEMENT, ETC.

plusieurs contrées, elle avait néanmoins partout des partisans fidèles. Elle s'était conservée même au milieu des peuples livrés h Terreur, et elle avait pénétré jusque dans les régions encore couvertes des ténèbres de Tidolâtrie et du mahométisme. Elle avait conquis plus de la moitié de l'Amérique : elle comptait des milliers de chrétiens en Chine, et elle s'étendait chaque jour dans ce vaste empire. Ainsi TEglise avait toujours pour signe distinctif cette fécondité que son auteur lui a promise, et qu'elle conservera jusqu'à l'époque marquée dans ses décrets pour la consommation des temps.

A L'HISTOffiE ECCLÉSIASTIQUE

Ls 30 m^rSi Ordomsàncb de M. de Nesmond, éveqvb pb

BayBUXi OQNTBB U» LIYKE qui venait de PARAITHE PAJiS SOll

DiocàsB. Ce livre était de Cailly, curé à Caen, à qui son atlaobeittent au cartésianisme avait déjà causé quelques traverses* Il s'occupait beaucoup de la conversion des prcH lestants» faisait pour eux des conférences, et cherchait à dissiper leurs préventions. Il crut y réussir en renouvelant avec quelques inodi&cations le système du célèbre Durand, qui avait dit, avant le concile de Trente, que, si jamais TEglise décidait qu'il y a transsubstantiation dans le mystère de l'Eucharistie, il fallait qu'il restât quelque chose de ce qui était auparavant le pain, pour distinguer la transsubstantiation d'avec la création ou la production d^une chose qui n'était pas, et l'annihilation ou la destruo? tion d'une chose. Il se préoccupa de cette idée, et fit \k^ desausnnlivrequ'il intitula : Dur^and commenté, ou accord de la philosaphie avec la théologie touchant la iranssuh^ staruUniaa^ Il l'envoya au protestant Basnage, alors retiré en Hollande, et chargea un imprimeur de Caen d'en im<? primer soixante exemplaires, qu'il se proposait d'envoyer s plusieurs hommes capabUs et éclairés, afin qu'ils jur çeoflsent si l'ouvrage méritait d'être répandu* L'impri-*

meur le fit tirer à huit cents exemplaires, en promettant à Tauteur l'approbation de quelques docteurs en théologie, et en attendant il publia le livre, qui excita des réclamations. On blâma cette métaphysique subtile, qui soumettait à ses règles les mystères eux-mêmes, et qui niait, dans un dogme, ce que l'Eglise avait défini, sous prétexte que cette distinction ne s'accordait pas avec des distinctions sophistiques ou avec les arguties de l'école. On remarqua que l'espérance de gagner par là les protestants, était vaine et illusoire, et qu'il était bien plus à craindre qu'ils ne triomphassent d'une doctrine où on se rapprochait d'eux bien plus qu'on ne les rapprochait de nous. M. de Nesmond, évêque de Bayeux, prélat zélé pour ses devoirs, donna donc, le 30 mars 1701, une Instruction pastorale par laquelle il condamnait dix-sept propositions extraites du Durand commenté. Gailly, qui paraît n'avoir eu que de bonnes intentions, adhéra à ce jugement, et rétracta son livre le 21 avril suivant. Il voulut même lire l'Instruction à son prône, quoique l'évêque l'en eût dispensé, et il eut soin de dire à ses paroissiens qu'il était l'auteur du livre et qu'il le rétractait. Celte simplicité et cette humilité font honneur à son caractère et à sa religion. On ajoute qu'il supprima, autant qu'il le put, les exemplaires de son ouvrage \ et il ne fut plus question de cette afiaire, qui avait fait d'abord quelque bruit^ et qui, avec un auteur plus entêté, eût pu avoir des suites désagréables pour lui, ou même fâcheuses pour la paix de l'Eglise.

— Le 10 avrils sentence de l'official de dijon au sujet d'un PRETRE ACCUSÉ DE QuiÉTisME. Ou avait bcaucoup parlé de quiétisme, en France, les années précédentes. La condamnation du livre de Fénelon était récente. Les ouvrages de Molinos, de M"' Guyon, de Malaval, avaient essuyé successivement des censures. Dernièrement la Bourgogne avait été témoin des égarements d'un prêtre, nommé Robert, qui professait ouvertement la doctrine de Molinos, séduisait par de feintes visions l'esprit de quelques femmes, et s'en servait pour corrompre ensuite leur cœur.

Les deux puissances s'étaient réunies pour le frapper, et il prit la fuite. On impliqua dans cette affaire un autre prêtre, qui parait y avoir été fort étranger. C'est celui qui fait le sujet de cet article. Il s'appelait Quillot, était attaché à une des paroisses de Dijon, et jouissait de la confiance d'un grand nombre de personnes. Il avait de la piété, mais on savait qu'il avait été attaché à M"** Guyon. Il avait reçu chez lui^ en 1686, cette dame et le père Lacombe, et il avait répandu des ouvrages de la première. Ce furent apparemment ces motifs qui engagèrent à le comprendre dans une sentence de lofficial de Dijon, en 1700, contre les adhérents et les sectateurs du prêtre Robert. Cette sentence condamnait l'abbé Quillot à rester trois uns dans un monastère, h ne plus confesser, et à faire des prières et des aumônes. Il réclama contre ce jugement, publia des mémoires, et allégua que s'il avait été trompé dans l'origine par les apparences de piété de plusieurs faux mystiques, il n'en avait jamais adopté les erreurs pernicieuses, et n'en avait pas enseigné les maximes même les moins criminelles, depuis la condamnation qui en avait été portée par le Sainl-Siége et par l'église gallicane. Il sollicita donc la révision du procès, et en effet l'official rendit une nouvelle sentence qui le renvoyait à pur et à plein de l'accusation formée contre lui. Il reprit ses fonctions. Mais peu après il parut dans Dijon un écrit ano« nyme, qui, sous le titre d'Histoire du Quillotisme, donnait une relation infidèle de cette affaire, et tendait à faire passer Quillot comme un chef de secte. M. de Clermont-Tonnerre^ évêque de Langres (il n'y avait pas encore d'évéque h Dijon), condamna cet écrit comme blessant également la vérité des faits par les calomnies qu'on y débitait, et la pureté des mœurs par la nature des détails ou l'on y entrait. Il parait en effet qu'il régnait dans ce libelle beaucoup de partialité et de licence. Le parlement de Dijon le condamna au feu, et après cet orage passager, l'abbé Quillot recouvra l'estime et la confiance qu'on avait voulu lui faire perdre.

*^Le 16 septembre, moutûc JAcQtcs 11$ toi d'AhoibtBKitE. Nous avons dit, dans rintroduction, que ce pt4nc6, chassé du irdne par l'inrasion du prince d'Orange et par la trahison de ses sujets, s'était retiré en France, où Louis XIY lui avait donné un asile. Il faisait sa résidence au château de Saint-Germaîn-en-Layeavec plusieurs Anglais et Irlandais qui lui étaient demeurés fidèles. Depuis le dernier effort qu'il avait tenté en 16M pour le maititien de ses droits, il avait renoncé à toutes les idées de grtfn-* deur humaine, et ne s'était plus occupé que ded YéHtéè éternelles. La retraite, la prière, des lectures pieuse Wm* plissaient tous ses moments. II ne parlait qu'avec douleur des désordres de sa jeunesse, et (Qu'arec calme et résignsl* tion de sa disgrâce et des menées de ses ennemis. Il Tki^ tait une fois par an le monastère de la Trappe pour s*y renouveler dans la ferveur. Son corps fat enterré détÈ$ l'église des Bénédictins anglais de la rue Saint^Jâoqiiesiy h Paris. Louis XIV fit trois visites au prince mourant, et lai promît de reconnaître le prince de Galles, son fils, pour héritier de ses droits. En efiTet, dès que Jacques fut moftj Louis salua le prince de Galles comme roi. Il écrivît en même temps à Guillaume, que ce litre ne changeait rien ftu dernier traité, et que son intention avait été seulement d'assurer au fils de Jacques un état digne de son rang* Quelque plausible que fut cette explication, Guillaume, qui méditait depuis quelque temps la guerre, se servit de cet incident pour animer le peuple anglais, et il fut bien secondé par l'antipathie décidée de la nation ponr les ca- Tholiqties.

Le dîx-hnitîème siècle s'ouvrit par nne grande injustice. Le 23 mars 1701, le parlement d^Angleterre rendit un acte fameux qui exclut à jamais le fils de Jacques II de la succession au trône. Mais comme les deux filles de Jacques n'avaient point d'enfant, il fallut chercher dans les descendants des Stuarts par les femmes, une branche qui eut des droits, quoique éloignés, k la succession. Plusieurs familles avaient, à cet égard, des prétentions^ la matoon

d'OrÙans^ celle de Saroiè, etc. Mais elles étaient catholiques, et celte seule qualité suffit pour les exclure. Eti rémootant jusqu'à Jacques P% on trouta que sa fille Elisabethj qui avait épousé l'électeur Palatin, en avait eu entre autres une princesse nommée Sophie, qui vivait en* e&tey et qui avait été mariée & uii duc de Brunswidi- Haiibvei'i Ge fut cette dernière et ses héritiers qui furent ApMlés k la succession après Guillaume et Atine. On cal* euiil^ti*!! y avait en Europe quarante-cinq personnes qui avalMt plus de droits qu'elle au trâne de la grande«Bretagitec Mais elle était protestante, et quoiqu'elle ne fiît pÊB de la communion anglicane, on s'assura apparemment que SOA fils et elle ne feraient aucune difficulté de s'unir k Ti^ise établie ; et en effet, le prince luthérien se trouva atiglican sans difficulté. Il n'était pas assez attaché à sa fidpotit* faire les mêmes sacrifices que Jacques.

Gtiillaume survécut peu à cette mesure. Il mourut rit ibocB après Jacques II : il laissa le trône à Anne, sa belk>» SOSui*, seconde fille de Jacques, et épouse d'un pi^ince die Danemark. Habile politique, il ne s'était point fait scrupule de dëthkier son beau-père et son oncle. Il fut peu aimé des Anglais, et le peuple à sa mort montra une joie immodérée.

Les historiens anglais les plus impartiaux ont rendu justice h Jacques, et ont loué ses succès à la guerre, lorsqu'il n*étaitque ducd'Yorck. Il est vrai qu'ils lui outre* proohé les fautes de son règne. Son plus grand tort* dit on autre historien^ fut peut-être de n'avoir pas été prophète^ et de n'avoir pas vu où le conduisaient des conseillers perfides, en le poussant à des démarches imprudentes et précipitées. Ils lui exagéraient son pouvoir, et le détour^ naient des ménagements qu'eût avoués la sagesse. Jacqties teconnut depuis l'effet de leurs suggesùons, et aa piété ne l'empêcha pas de sentir qu'il aurait mieux servi la cause des catholiques, en y mettant un peu plus de réserve^ Il rendit, le 17 avril 1693, à Saint-Germain, une déclaration oii il manifestait son intention de maintenir Téglise anglicane, et l'on nous a conservé une conversa*

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tion qu'il eut sur ce sujet avec un seigneur anglais, et dans laquelle le prince lui exposa ses raisons, et dit qu'il avait consulté des évéques de France et des docteurs de Sorbonne, qui l'avaient confirmé dans son sentiment (1). Jacques avoua dans cette conversation qu'il avait été entraîné trop loin par de mauvais catholiques. Au surplus, s'il eut des torts, il les répara bien par la vie pieuse qu'il mena dans ses dix dernières années. Il supporta l'adversité avec courage, et allait jusqu'à regarder sa disgrâce comme un trait de la miséricorde de Dieu à son égard. 11 déclara en mourant qu'il pardonnait à son gendre, et il recommanda au prince de Galles de ne jamais mettre une couronne en parallèle avec la religion. Il ne se montrait touché que du malheur de ceux qui avaient tout sacrifié pour lui rester fidèles. Quelque jugement que les politiques portent d'un tel prince, la religion louera son caractère et son courage, et elle honorera la mémoire de celui qui estima plus sa foi que son trâne, et qui ne dut sa chute qu'à la tralxison de ses ennemis et à la déloyauté de ses sujets.

*— Le 5 décembre. Clément XI nomme en consistoike

W htOKT POUR LA GhINE ET LES PAYS CIRCONVOISINS. On B

VU plus haut que la paix des missions était troublée en Orient par une différence d'opinion entre les missionnaires sur des pratiques ou cérémonies, que les uns toléraient, tandis que d'autres les proscrivaient sévèrement. La question fut portée de nouveau à Rome, et agitée sous le pontificat d'Innocent XII. La mort de ce Pape retarda la décision. Glément XI ordonna de reprendre l'examen de cette affaire. Il fit assembler une nouvelle congrégation, reçut de nouveaux mémoires, et consulta des personnes qui avaient vécu sur les lieux. Il crut même devoir prendre un autre moyen, et résolut d'envoyer dans ces contrées un visiteur apostolique avec les pouvoirs les plus amples. Il choisit pour cette mission importante Maillard de Tournon,

{i) Histoire de V Eglise d'Angleterre, par Dodd, tome III^ page 4SI. .

ÀNiNÉE 1702. 235

ecclésiastique piémontais , auquel il donna le titre de patriarche d'Antioche, et qu'il fit son légat à latere, en le chargeant de voir par lui-même les objets des con- ^^ testations, de réformer les abus, et de prononcer ce qu'il a « croirait le plus sage. Il lui remit ses pouvoirs dans un bref du 2 juillet 1702, qui lui conférait la plus grande autorité. On verra sous 1704 et sous 1707 les mesures que prit le légat, et les suites qu'elles eurent.

-— Le 24 juillet, massacre et souLÈvEMSirr daks les Céveniies. Un écrivain qui a fait Thistoire de cette révolte (1), Tattribue aux prophéties et aux suggestions du ministre Jurieu, qui du fond de la Hollande excitait par ses écrits fougueux le zèle des protestants, envoyait des émissaires, ne parlait que de vengeance, et qui, refaisant toujours des prédictions toujours démenties par l'événement, avait calculé sans doute que le plus sûr moyen de les. réaliser, était d'armer ses partisans et de leur inspirer son fanatisme. De là tant de provocations violentes, dont les plus sages protestants étaient choqués, mais contre lesquelles ils n'osaient réclamer, dans la crainte d'irriter un homme toujours puissant dans son parti. Il ne se trouva dans les Gévennes que trop de gens disposés à seconder ses projets turbulents.

[[Pour bien saisir un événement qui dégénéra presque en une guerre civile des plus funestes, nous croyons qu'il faut apprécier la situation dans laquelle se trouvait le l^nguedoc, par suite de In révocation faite, en 1685, de l'édit de Nantes. Chacun sait que, par suite de cet acte important, tout exercice public du culte protestant avait été interdit, et que les protestants avaient été assyjettis à plusieurs prescriptions gênantes. C'est pour y échapper ^'une assez grande multitude avait paru embrasser la

(1) Bnieys, Histoire du fanatisme de notre Temps*

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