T. I. IB
Si3« ANNÉE 1702.
religion catholique. Mais on n'ignorait pas que presque
aaeun de ce$ noui^eaux convertis n^était rentré rincère-
. j|i|f ment dans le sein de l'Eglise, et que les haines profondes
ïfeV'^S^ qui les divisaient d'avec les anciens catholiques, n*ètaîent
^Sê^* rien moins qu'amorties.
On peut aisément juger de la grandeur du mal par une discussion très-curieuse qui eut lieu vers 1692, sûr la conduite que devait tenir le magistrat envers les nouveaux convertis^ par rapport à plusieurs exercices de la religion catholique. L'intendant du Languedoc, M. de Lamoignon de Bâville, magistrat d'une grande capacité et jouissant pleinement de la conBance de la cour, s'était persuadé que, si on ne les obligeait pas à assister à la messe, ih ne seraient jaioiîs instruits, et ne s'accoutumeraient pas aux exercices du culte catholique; et de plus, qu'ils formeraient une espèce de ccrrps dans l'état, corps séparé dos autres sujets du roi, et qui demanderait dans tous les temps de grandes précautions. Cet avis paraissait partagé par les évéques de Mirepoix, de Rieux, de Mîmes (Fiéchier), de Montauban , dont on peut voir les mémoires dans, le tome XXXVIII des œuvres de Bossuet. Du reste, ils reconnaissaient eux-'mêmes qu'il ne pouvait être question ni de la confession sacramentelle, ni à plus forte raison de la communion.
Bossuet, que M. de Bâville crut devoir consulter dans une question si grave, se prononça dans un sens contraire, non qu'il ne reconnût dans une certaine mesure le droit du magistrat d'employer quelques moyens extérieurs pour amener l'accomplissement des devoirs auxquels s'étaient soumis eux-mêmes les nouveaux convertis^ mais parce qu'il craignait que toute apparence de contrainte à l'égard de la messe, n'avilit dans leur esprit l'auguste sacrifice, et ne les induisit dans cette erreur grave que toute la religion catholique consiste dans quelques actes du culte extérieuri accomplis même avec les signes d'une incrédulité manî** feste. Il paraît que cet avis prévalut : du moins on attribue à l'influence de Bossuet les instructions que la cour
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envoya aux intendants vers 1695, et dans lesquelles le» mesures les plus douces et les plus prudentes sont prea* on tes il l'égard des nouveaux conuertis. ]]
Ces moyens ne produisirent pas les effets qu'on avail droit d'en espérer. Indépendamment des sourdes menées des puissances de l'Europe, alors armée tout entière contra Louis XIY, et qui ne négligeaient rien pour exciter le fihnatisme des protestants, il y avait à Genève une académie de ministres réfugiés qui envoyaient de temps en temps des prédicants dans l'intérieur du royaume. On pense aisément ce que pouvaient être les exhortations de ces hommes nourris dans la haine du gouvernement et exaltés par le Jsèle impétueux. de Juricu et consorts. Cette mdmc a<»démie avait, dit on, chargé un nommé Un Serre, calviniste ardent, d'établir dans le Dauphiné une école de prophètes. Du Serre choisit dont quinze garçons et autant de jeunes filles de la campagne, qu'il jugea saus doute propres à son dessein. Il les endoctrina, il leur échauffa la téte^ et après les avoir formés à leur métier et leur avoir &it subir quelques épreuves, il prétendit leur donner lo Saint-Esprit, leur souffla dans la bouche avec des céré* monies ridicules, et les renvoya tout fiers de l'honneur qu'ils venaient de recevoir. lisse dispersèrent.
On comptait parmi les élèves de Du Serre cette bergère du Gret que Jurieu pixina longtemps comme une prophé"* tease, même après qu'elle eut avoué ses impostures, et qu^elie se fut réunie sincèrement à l'Église. D'autres se répandirent dans le Yivarais et les Gévennes, et y trouvèrent des partisans. Ils tenaient des assemblées oii le prophète prêchait, prédisait, et mêlait à ses discours des convulsions, des extases, et tout ce qui pouvait séduire des gens grossiers et crédules. L'illusion et le fanatisme se propagèrent rapidement. Le don de prophétie fut communiqué il d'autres : chacun voulut être inspiré, des eufaots aspirèrent à cet honneur. Il se forma des attroupements nombreux, où des imposteurs séduisaient la multi-* tude par leurs déclamations, en même temps qu'ils L'a*
yeuglaient par leurs prestiges. Ils prétendaient savoir les
choses les plus secrètes, ils faisaient force contorsicms et
^«it gambades. Enfin, ils échauffaient les esprits et soufflaient
b^iJSt >.Ie feu de la révolte par leurs prédications. Il fallut recou-
^^^Sr rir à la force pour dissiper ces attroupements.
Mais en 1701, le mal prit un nouvel accroissement dans les Gévennes, pays âpre et montueux, qui avait été appa^ remment jugé plus propre pour y établir le foyer de la sédition. Le nombre des inspirés augmenta d'une manière prodigieuse, et on ne voyait qu'assemblées fanatiques où ils ne parlaient que de vengeances, et où ils exaspéraient des paysans simples et déjà mécontents. Leurs provocations firent bientôt leur effet. Persuadés que c'était au clergé catholique qu'ils devaient imputer tous les maux qui résultaient pour eux des mesures prises par le gouvernement, les protestants avaient voué une haine profonde aux curés et aux missionnaires. Ils le prouvèrent bientôt. Le 24 juillet 1702, une troupe de forcenés fondit sur la maison qu'occupait à Pont-de-Montverd l'abbé du Ghayla, archiprêtre de Mende et inspecteur des Missions. Il fut massacré avec les circonstances les plus barbares : les assassins prirent plaisir à lui faire cinquante-deux blessures, dont vingt-quatre étaient mortelles. Un prêtre et deux autres personnes de sa maison furent tués avec lui. La même troupe alla ensuite tuer deux prêtres des paroisses voisines. On dit, car nous ne voulons rien dissimuler, que Tabbé du Ghayla, outre ses qualités de missionnaire qui le rendait odieux aux protestants, s'était encore attiré leur haine par sa sévérité à leur égard ; et cette accusation, que l'on trouve dans les historiens de leur parti, n'a pas été entièrement démentie par les écrivains catholiques. Get assassinat fut le signal de la guerre. Les meurtriers, égarés par ce glorieux succès, coururent à de nouveaux exploits. Ils s'emparèrent d'un château voisin , massacrèrent tous, ceux qui l'habitaient, et y ayant trouvé des armes, grossirent leur troupe, en formèrent même plusieurs , reconnurent des chefs, et commencèrent leurs excursions. Le
13 août, un gentilhomme protestant converti fut égorgé
par eux. Bientôt les églises furent brûlées. Plusieurs curés
et missionnaires reçoivent la mort d^ mains de ces bri* ..'^
gands. Des catholiques auxquels on n'avait à reprocher ^if^i* T
que leur zèle , des femmes même sont impitoyablement ^ '
massacrés, et en un instant cette malheureuse contrée
devient un théâtre de fureurs, d'ipcendies et de carnage.
Dn écrivain qui n'est pas suspect (1) compte, dans le mois
de janvier 1703 seulement, que les révoltés brûlèrent
quarante paroisses, châteaux ou maisons (2) , et tuèrent
plus de quatre-vingts personnes.
Nous n'entrerons pas dans les détails de cette guerre. Elle fut horrible de part et d'autre : car les cruautés des uns attirèrent les représailles des autres. On eut recours aux supplices pour effrayer les rebelles, et les Gévennes devinrent un théâtre d'atrocités sanglantes et d'exécutions rigoureuses. Toute assemblée clandestine était dissoute par la force, les ministres étaient pendus comme rebelles et leurs auditeurs condamnés aux galères. Malgré toute la rigueur de ces mesures, on ne voyait pas moins accourir les vieillards, les femmes et les enfants, qui tous rivalisaient de zèle pour entendre les instructions de ceux qu'ils appelaient leurs prophètes. Ils y venaient, non plus désarmés et disposés seulement à écouter le prêche et à prier, mais munis de bâtons ferrés et de faulx^ et quand des détachements de soldats se présentaient devant eux , ils se voyaient réduits à lutter contre des hommes préparés à une défense militaire au milieu des précipices et des rochers.
(1) Court de Gébelin, père de l'auteur du Monde primitif, dans l'ouvrage intitulé : Histoire des troubles des Cévennes, ou de la Guerre des Camisards, par l'auteur du Patriote français impartial. Ville franche 1760, 3 vol. Cet auteur était protestant. Son impartialité prétendue ne se trouve d'ailleurs que dans le titre de son livre. Il a toujours des raisons pour excuser les siens, et il te moque agréablement, en plusieurs endroits, de la frayeur des prêtres que la nouvelle des massacres de leurs confrères engageait à se retirer dans les villes.
(2) Cette habitude barbare de brûler les églises fit donner le nom de Gamisards aux Huguenots, de ces deux mots de la langue d'Oc (camos-ard)
brûlée. Editeur.
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tiO ANNÉE 1702.
[[Le premier chef des Gamisards avait ë(é Esprit Sëguier, qoi ne tarda pas à être arrêté et pendu. Le second fut La Porto, simple cultivateur des Gévennes, homme d*une hardiesse et d'une violence qui le rendaient capable des derniers excès. Un autre chef^ le neveu de La Porte, et beaucoup plus jeune que lui, vint bientôt se placer à la tête des factieux. Il portait le nom de Roland, et savait, par sa parole, exercer sur ses co-religionnaires une ia* fluence plus grande encore que celle de son oncle (1). Mais le véritable organisateur de cette gueiTC, ce fut Jean Cavalier, simple paysan, à peine alors âgé de vingt-un ans; eût-il été gardeur de troupeaux, qu'une rare énergie le signalait au choix des Gamisards sur lesquels il conserva la plus grande puissance jusqu'à la fin de ces luttes déplorables. Ges hommes n'avaient pour retraite que des forêts de châtaigniers qu'ils appelaient le camp de l'Éternel y et pour toute nourriture des châtaignes cuites dans
(1) Voici des lettres curieuses de ce chef de la Jacquerie haguenole : « MM. les officiers des troupes du roi, et tous MM. de Saint-Germain, pré- » pares tous à recevoir sept cents hommes qui doivent venir mettre le fett à » la Bahylone, au séminaire et à plusieurs autres maisons. Celle do M. de la » Fabrègue, de M. Ôarazin, de M. de Moley, de M. de la Rouvière, de M. de 3> Mânes, de M. Solier seront brûlées. Dieu nous a inspiré, par son souffle » sacrée mon frère et moi, de vous rendre visite dans peu de jours*. Fortifie»* » vous tant qu'il vous plaira dans vos barricades; vous n'aurez pas la victoire » sans les enfants de Dieu, Si vous croyez de le pouvoir vaincre, vous » n'avez qu'à venir au champ Domergues, vous, vos soldats, cent de Sainte » Etienne de Barre et même de Florao. Je vous y appelle, nous y serons ians » manquer. Rendez-vous-y, hypocrites, si vous avez du cœur»
Signé : le comte ROLAND.
» Nous, comte Roland, général des troupes protestantes de France assemblées » dans les Cévennes en Languedoc, ordonnons aux habitants du bourg n Saint-André de Valborgne, d'avertir comme il faut les prêtres et les M missionnaires, que nous leur défendons de dire la messe et de prêcher » dans le saint lieu, et qu'ils aient à se retirer immédiatement ailleurs, sous » peine d'être brûlés vifs avec leurs Églises et leurs maisons, aussi bien que > leur^ adhérents , ne leur donnant que trois jouts pout exécuter le pré- » sent ordre.
Signé : le comte ROLAND.
Roland aimait, comme on le voit, à se parer de titrée. M. Qapefi|af| Louis XFÎf etc., assure avoir les autographes. JEdUeur.
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Teau^de leurs rochers inaccessibles^ d'où ils se précipitaidot) avec ceux qui les avaient choisis pour chefsi pour porter dans la plaine et surtout dans les presbytères, la désolation et la mort,
Louis XIY et son conseil comprirent de quelle impor* tance il était de mettre un terme à cette guerre, et d oter à la révolte les moyens de se propager davantage. M. de Bâville eut peut-être pu en finir avec les révoltés eu envoyant dans les montagnes les bataillons de garde bour« geoise qu'il avait organisés, et qui s'étaient spontanément levés è Mimes, à Toulouse et à Montpellier : mais il crai« gnait de donner trop de pouvoir à la milice bourgeoise. D'un autre coté, M. de Bâville ne trouvait pas dans le maréchal de Montrevel, que la cour avait chargé du commandement militaire de la province , un auxiliaire à la hauteur des circonstances. Militaire de grands mouvements, il était incapable de suivre une guerre d'escarmouches et d'improviser une résistance. Il ne sd sentait pas le courage d'exécuter les ordres implacables qu'il avait reçus der brûler tous les villages des Gamisards au centre de la rébellion, et d'anéantir la sédition en en anéantissant ainsi le foyer. Il espérait réussir par des moyens okHns violents. Il eût voulu, par exemple, attirer les Gamisarda sur un champ de bataille; et ce fut assez pour que les populations catholiques dénonçassent de toutes partff son indulgence comme Une trahison. Bientôt le maréchal de Montrevel se vit forcé de réprimer les compagnies qui, sous la dénomination dH Enfants de la Croix, s'étaient formées pour marcher, par leur seule itnpulsion religieuse, oontre les Gamisards j et qui commettaient contre eux toutes sortes d'excès. Il perdit bientôt toute la confiance des catholiques.
Cependant la révolte faisait chaque jour de nouveaux progrès s ce n'était plus simplement une sédition, mais une guerre oivile engagée sur la plus vaste échelle \ vingt-cinq mille hommes n'avaient pu suflire à dompter les montagnardsi La cour de Versailles prit alors le parti de t*em-
placer Montrevel par le marquis de Yillars, dont le* nom inspirait tonte confiance aux populations méridionales. Déjà de Villars avait fait dans le Piémont une guerre de montagnes ; les huguenots lui connaissaient un caractère aussi conciliant que hardi, une incontestable capacité ; et lui-même avait suivi toutes les phases de la rébellion des Gamisards et en avait apprécié les causes. Yoici comment il parle, dans ses Mémoires, de la nouvelle mission qu'il avait à remplir : (( J'eus lieu de vérifier par moi-même » qu'en général nous avions affaire à des têtes bien extraor- » dinaires, à un peuple qui ne ressemble en rien à tout ce » que j'ai connu, vif, turbulent, emporté, susceptible » d'impressions légères comme profondes, tenace dans ses » opinions. Joignez à cela le zèle de la religion, aussi )i ardent chez le catholique que chez l'hérétique , et vous » ne serez pas surpris que nous soyons souvent très-em- » barrasses. Il y a trois sortes de Gamisards : les premiers, » avec lesquels on pourrait entrer en accommodement, » pour être las des misères de la guerre, et connaissant )) qu'elle causera tôt ou tard leur perte. Les seconds, d'une » folie outrée sur le fait de la religion, absolument intrai- » tables sur cet article : le premier petit garçon ou petite ï) fille qui se met à trembler, et assure que le Saint-Esprit » lui parle, tout le peuple le croit, et si Dieu, avec tous ses » anges, venait leur parler, il ne les croirait pas mieux. » Gens d'ailleurs sur lesquels la peine de mort ne fait pas la » moindre impression : ils remercient dans le combat ceux » qui la leur donnent ; ils marchent au supplice en chan- » tant les louanges de Dieu et exhortant les assistants, de » manière qu'on a été souvent obligé d'entourer les cri- » minels de tambours, pour empêcher le pernicieux effet » de leurs discours. Les troisièmes enfin , gens sans reli- )> gion, accoutumés au libertinage, au meurtre, à se faire » nourrir par les paysans, et à ne plus faire que voler, et » même beaucoup de débauches ; canaille furieuse, fanay> tique et remplie de prophétesses.
» Beaucoup de catholiques n'étaient guère plus raison-
» nables et pouvaient aussi se partager en plusieurs classes. » Entre les anciens, les uns^ aveuglés par leur zèle, trou- » vaient du danger pour la religion dans tous les adoucis- » sements qu'on croyait devoir accorder aux hérétiques, » par l'espérance de les ramener : d'autres, entraînés par » leur cupidité , se voyant les plus nombreux et les plus » forts, regardaient le bien des hérétiques et même des » nouveaux convertis comme une proie qui leur était due. 1» Il n'y avait pas en eux la moindre ombre de charité » chrétienne : à les entendre, il n'y avait d'autre parti » à prendre que de tuer tous ces gens-là, du moins de les » chasser du pays sans distinction :ils tenaient à cet égard » des propos mêlés de menaces qui revenaient aux révoltés » et les aigrissaient. Enfin, le plus petit nombre était de » ceux qui plaignaient l'aveuglement des hérétiques, sans » leur faire de mal, ni désirer qu'on leur en fît.
u Quant aux nouveaux convertis, j'ai su de gens sensés, » ecclésiastiques, grands-vicaires et autres que sur mille, » il n'y en avait peut-être pas deux qui le fussent vérita- » blement. Ceux des villes, qui avaient quelque chose à » perdre, n'osaient rien dire, mais ils gémissaient en secret » d'être obligés de se faire violence et aidaient d'argent et » de conseils ceux de leurs frères qui exposaient leur vie
» pour la cause commune Il me fallut beaucoup d'a-
» dresse et de circonspection pour manier ces esprits mal » disposés (1). »
Pour réussir dans une entreprise aussi difficile, de Yillars prit la résolution de joindre persévéramment la douceur et la fermeté, de poursuivre les rebelles à outrance, de ne leur point donner de relâche, et de ne faire aucune grâce à ceux qui seraient pris les armes à la main, mais d'accorder à ceux qui se rendraient tout ce que les circonstances pourraient permettre, toutefois en ne leur donnant, dans aucun cas, l'espérance d'exercer publiquement leur religion.
(i) Correspondance dn maréchal de Villara avec les ministres.
Cette opndulle, suivie avec persévérance) oblint du suc* ces. Bientôt les chefs virent la défection parmi leurs irou« pesi et ils furent forcés de reconnaître que le seul parti qui leur re$tât à prendre» c'était celui de se soumettre. De Yillarsi de son coté, ne négligeait rien pour en venir à un accommodement avec les rebelles» <( J ai voulu aller, n écrivait-il à Ghamillard, « j'ai voulu aller dans les retraites » les plus secrètes de ces gens» où on n'avait pas encore ^ pénétré. En même temps que cinq détachements, dont )» je commandais un, fouillaient les fermes, les hameaiu, » les villages, les garnisons des petites villes s'étendaient » comme un filet le long des rivières, gardaient les ponts » et les défilési battaient l'estrade, et se donnaient la main » par des vedettes de correspondance. Les rebelles, ainsi y pressés» se sont séparés par petites troupes dont les unes » se cachent dans les cavernes ^ d'autres rôdent dans les )) forets, favorisés par les gens du pays qui les soutiennent. )) Une recherche si exacte les désole et les met sur les » dents ^ les provisions leur manquent. J'ai su que Gavalieri » leur principal chef, a envoyé à minuit demander du )i pain dans un village voisin où j'étais, f^ous allet vou$ » perdr^^ a-t*on répondu à ces pourvoyeurs ) M* le maté-t )» ehal est ici près a^ec toute sa troupe» ^^ JS^ importe oà il » sôit,^ ont-ils dit *, il vaut autant être tué que de mourir de A faim 4 II y a deux jours que nous nas^ons mangé, »
On ne s'étonnera pas après cela que les bons traitements de Yillars fissent d'heureuses impressions sur les rebelles, et la troupe de Cavalier, qui était d'environ quatre cents hommes, s'était émue au point que ce chef, qui avait grande autorité sur eux, avait éclaté en reproches, a Ceux )) de vous autres^ leur avait*il dit, qui veulent abandon" » ner Dieu^ je les abandonne au démon. Partez^ tnaiê au » moins laisse Z'-nkoi vos armes* J'en trouverai d'autres qui M défendront av^ec moi la c€mse de Dieu^ ou je mourrai à » lew* tête (1). )) Malgré ces discours, ils se séparaient par
(1) Mémoires du maréchal de Villars, dans la collection des Mémoires de MM. Michand et Pot^oultt,
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peiili pilotons de quinze ou vingt, et venaient se rendre siiGGeilivement. Cavalier se voyait ainsi à la veille d'être nklnit ank dernières extrémités. Il demanda une entrevue au maréchal, qui la lui accorda ^ et voici le portrait que Villars fit de cet homme au ministre : a C'est un paysan n du plus bas étage, qui n'a pas vingt**deux ans et n'en «parait pas avoir dix-huit; petit, et aucune mine qui n impose, qualités nécessaires pour les peuples. Il est cer* Ntain que, pour contenir ses gens, il en faisait souvent » mourir, et je lui demandais hier : Esi-^il possible quà » ^otre âge et noyant pas un long usage du commanda" » ment, nfous n'eussiez aucune peine à ordonner souvent la » mort de 'vos gens ? ^-^ Non y monsieur, me dil-il, quand » eUe me paraissait juste* — De qui 'Vous serviez'-vous » pour la donner P — Du premier à qui je l' ordonnais , sans » qu aucun ait jamais hésité à suivre mes ordres. » .
De Viiiarl sentait l'importance d'dter un pareil homme aux factieux ; et du moment oii Cavalier eut commencé à traiter jusqu'à la fin, il se montra toujours de bonne foi. Sur la promesse que, plus il ramènerait de monde, plus il serait récompensé ; que, si Ton formait un régiment, il en serait le colonel, mais qu'en attendant, il en aurait toujours le titre avec une pension , il se mit en route pour aller chercher ses lieutenants et leur faire entendre raison^s'il pouvait. Cavalier réunit avec peine les deux troupes de Ravanel et de Roland. Enfin, il signa le traité de pacification) et obtint une pension de deux millefrancs. Il n'eb jouit pas longtemps, parce qu'il passa en Hollande, où on lui donna le grade de colonel, et où il servit avec honneur» Lea autres chefs vinrent se rendre successivement avec letirs prophètes, et la paix fut rendue au Languedoc. ]]
On craignit, en 1705, de voir renaître le6 troubles dans ce malheureux pays. Une révolte devait ('dater le %6 avril. Elle avait été concertée entre quelques chefs desCamisards rentrés secrètement en France. On ne se proposait rien moins que de faire révolter tout le Lan* gUedoc, et un grand nombre de protestatits étaient en-
très dans le complot. Le duc de Berwick, qui commandait dans le pays, en fut instruit. On arrêta plusieurs des coupables, et Ton fut effrayé quand leurs révélations eurent appris la grandeur des dangers que Ton avait courus. Des rigueurs furent exercées envers les conjurés. Mais devait-on tolérer des brigands qui avaient déjà commis tant de crimes, et qui, si on ne les eût prévenus, allaient encore mettre le trouble dans une grande province, et recommencer une guerre sanglante ? Il y eut encore en 1706 et 1709 quelques désordres. Il s'éleva des révoltes partielles où périrent plusieurs prêtres : car ils étaient toujours le principal objet de la haine des séditieux-, et lorsqu'ils tombaient entre leurs mains, ik y étaient incontinent mis à mort, ou bien on ne leur laissait un instant la vie que pour jouir de leurs tour- ' ments, et les faire périr dans des supplices recherchés et barbares. Toute l'histoire de ces temps- là atteste ces cruautés sur lesquelles eurent également à gémir la religion et Thumanité. On peut voir surtout des détails curieux sur Tétat affligeant de ces contrées dans les lettres de Fléchier, évêque de Nîmes. [[ La première , en date du 25 mars 1703, est adressée aux fidèles de son diocèse, et la seconde, adressée à son clergé, est du 6 septembre suivant. Il en écrivit une troisième pour les religieuses, mais elle n'a pas été publiée, et elle a été trouvée après la mort de l'illustre prélat parmi ses autres écrits. On ne peut lire sans admiration et sans attendrissement ces productions de la piété comme de la charité de Fléchier. <( Déjà, disait l'éloquent prélat, déjà » dans les diocèses voisins cette secte meurtrière faisait » couler le sang des prêtres , perçant les uns de mille )> coups, brûlant les autres à petit feu, égorgeant quel- )> ques-uns à la vue presque des autels où ils venaient » d'offrir le saint sacrifice, et, pour comble d'impiété, » écorchant ces têtes qui portaient la couronne royale » du sacerdoce, coupant ces doigts consacrés par les onc-* » tiens et par l'attouchement des saints mystères, et dé-
» durant ces lèvres encore teintes du sang de l'Agneau » sans tache , pour avoir le plaisir de les dégrader in- » humainement et de leur ôler, avec la vie, tout ce qui » pouvait avoir servi à exercer les fonctions de leur prê- » trise (1). » Chacune de ces lettres pastorales renferme pour ceux à qui elles étaient adressées des instructions conformes à leur situation respective, dans les circonstances désolantes où se trouvait alors le diocèse de Nimes, et a pour but de ramener à de meilleurs sentiments ceux qui s'étaient abandonnés aux excès contre lesquels Téloquent prélat s'élevait avec une sainte indignation, en jetant néanmoins un regard de douleur et de tendresse sur les coupables auteurs des maux qui faisaient couler ses larmes. ]] Les paroles de Fléchieront ici d'autant plus de poids, que Ton connaît assez sa modération et son indulgence pour les personnes, et que Ton sait qu'il désapprouva quelquefois certaines mesures de rigueur qu'il jugeait aussi peu conformes au bien de l'Ëtat qu'à l'intérêt et à l'esprit de la religion.
— Le 29 septembre, Ordokkamce de Bossuet, Évè-
QUE DE MeàXJX, COITTHE LA TRADUCTION DU NoUVEAU TESTA- MENT, DITE DE Trévoux, qui venait de paraître. L'auteur était Richard Simon, prêtre, connu par la singularité et la hardiesse de ses opinions. Il était fort instruit, et avait beaucoup travaillé sur l'Écriture sainte. Mais il parait qu'il l'avait plus étudiée dans les écrits des protestants que dans les commentaires des Pères, dont on prétend même qu'il faisait assez peu de cas. Avec cette manière de voir, sa traduction devait avoir bien des défauts, et la réputation de l'auteur ne pouvait que la rendre plus dangereuse encore. Le cardinal de Noailles^ archevêque de Paris, fut le premier à l'attaquer par une Ordonnance du 15 septembre. Quelques jours après, Bossuet donna la sienne. 11 y défendait de lire ou de retenir le livre, tant la préface et la traduction que les
(1) CEttvret de Fléckier, volume nu.
remarques^ « comme étant respectivement, la traduction, » infidèle, téméraire et scandaleuse 5 et les remarques, » pleines d'explications pareillement téméraires , scan- » daleuses, contraires à la tradition, p/Tilleuses dans la » foi et induisant h erreur et hérésie. » Tel était le jugement de Til lustre prélat, où Ton remarque, pour le dire en passant, un exemple des condamnations in globo^ par lesquelles on n'applique les qualifications qu'en général. Ce savant évéque ne crut pas sans doute cette forme de censure aussi déraisonnable et aussi injuste qu'on a voulu le faire croire depuis, et Ton est bien aise de voir Bossuet se déclarer par la pratique pour une sorte de jugement usitée depuis longtemps dans l'Eglise. Il joignit à son Ordonnance des Instructions, où Ton retrouve la même solidité que dans ses autres ouvrages. 11 reprochait à Simon de s'être lUissé aller à une critique hardie, de mépriser les explications des Pères, de s'attacher avec une affectation marquée à celles des pnh testants et des sociniens, de favoriser leurs erreurs^ et d'alt'rer en bien des endroits les passages les plus clairs et les sens consacrés par la tradition. Quelques-unes de ses notes étaient en efiet singulières et fort déplacées. Ainsi , pour nous borner à un seul exemple , sur ces mots , Joseph était juste , voici la glose de Simon : Juste se prend ici pour bon, commode, équitable, doux, en sorte que F Ês^angéliste a voulu marquer par là que Joseph était un bon mari. Peut-on altérer d'une manière plus dérisoire l'éloge que fait de saint Joseph le texte sacré ? Au reste , Simon ne se rendit pas, et soutint sr traduction par quelques écrits, que l'on trouve refutés dans les Instructions de Bossuet.
Le 14 janvier, Cowcile d« la province d'Albaitie. Ce pays, situe entre la Macédoine et le golfe de Venise, est, comme on sait, sous la domination des Turcs, qui y opt
un ittoha. Les chrétiens y sont en assez grand nombre, et poar cela même plus en butte à la tyrannie des Musql* mans. Ils sont accablés d'impdts et réduits à une extrême pauvreté. On exerce contre eux toute sorte de vexations, afin de les engager à embrasser le mahométisme. On enlève leurs femmes, on entrave l'exercice de leur religion , on les empêche de réparer leurs églises, on leur fait souffrir des avanies, on les rançonne, on les emprisonne sous les moindres prétextes. Dans cet état de servitude et de persécution, la religion se maintient pourtant encore, et tous les eflForls des infidèles n*ont pu déraciner entièrement la foi parmi ces peuples malheureux. Mais il s'était glissé parmi eux des abus, et ce fut pour y apporter remède que M. Zmajevich, archevêque d'Antivari et visiteur apostolique de TAIbanie, résolut de convoquer le concile de cette province.
Ce prélat zélé ne put voir sans douleur la situation déplorable de ce troupeau, et crut. que de nouveaux règlements pourraient réparer quelques-uns des maux qui affligeaient cette portion de la catholicité. Il indiqua TouTerture du concile par une lettre datée de Gorbino, le 2 décembre 1702, et exhorta les évêques à se réunir pour le second dimanche après TEpiphanie. Le concile s'ouvrît en effet au jour indiqué , dans l'église de Saint- Jean-Baptiste de Merchigne , au diocèse d'Alessio. Il était composé de l'archevêque d'Antivari, président, des archevêques de Durazzo et de Scopia, des évêques de Sappa et d'Alessio, des évêques clus de Scutari et de Pullati, et des préfets des missions de Macédoine et d'Albanie. Les décrets sont au nom de l'archevêque, du conseil et du consentement de ses collègues. Ils commencent par la profession de foi accoutumée. M. Zmajevich s'élève contre les chrétiens pusillanimes que la crainte des Turcs portait à des actions contraires h la religion, contre quelques abus qui avaient lieu par rapport à l'administration du baptême, contre des désordres qui s'étaient introduits relativement au mariage. Il se plaint du peu de zèle
qu^ont les ecclésiastiques pour instruire les peuples et pour s'instruire eux-mêmes, et il leur donne des conseils salutaires. Il règle définitivement les limites de quelques diocèses, et fixe les rapports de dépendance entre les missionnaires et les évéques des lieux. Il recommande de soigner Tinstruction des élèves que Ton formait dans les écoles de Gorbino et d'Alessio, qui étaient comme les séminaires du pays. Les décrets contiennent en outre plusieurs règlements sur la prédication, les fêtes, les devoirs des pasteurs, les sacrements, Tentretien des églises, etc. Ces règlements nous ont paru fort sages, et sont rédigés d'une manière également solide et touchante. L'archevêque y tient un langage tout-à-fait apostolique, et y entre dans des détails qui honorent son zèle. On arrêta d'implorer le secours des ambassadeurs chrétiens à Gonstantinople , contre les violences et la tyrannie des Turcs. Les décrets sont signés des sept évêques et de trois missionnaires. Il parait qu'ils étaient destinés aussi pour les églises de Servie. L'archevêque président prend le titre de primat de cette province. Le 10 juillet 1703, il écrivit à Clément XI, en lui envoyant les actes pour les soumettre à son examen. Il faisait dans la lettre une triste peinture de la situation du pays qu'il venait de parcou* rir, et réclamait l'assistance du Saint-Siège pour les chrétiens d'Albanie.
12 février. GoNDAMjyATioN du Cas de conscience. [[ Nous avons cru devoir, pour mieux lier les faits entre eux, pla^ cer celui-ci dans le Tableau historique, page 441. ]]
Le 23 mai. Enlèvement et déportation de l'abghevê-
QUE DE SorRENTO, DANS LE ROYAUME DE NapLES. Philippe
Anastasi , archevêque de Sorrento, prélat instruit, avait, dans une visite de son diocèse, demandé selon l'usage, aux administrateurs laïques d'une paroisse , de rendre leurs comptes conformément aux décrets du concile de Trente. Les administrateurs demandèrent des délais et l'archevêque leur accorda un mois. Ils en profitèrent, non pour préparer leurs comptes, mais pour écrire à Naples et solliciter
ANNEE 1703. 25i
Tappui de Faiitorité cîvîle. Ils obtinrent en effet, le 27 novembre 1700, une lettre du délégué de la juridiction royale, qui déclarait que la paroisse en question était de fondation royale et exempte de la juridiction de lordinâire. Le chancelier de la juridiction royale se rendit à Sorrento pour engager Tarchevéque à ne pas insister sur sa demande; et le vice-roi de Napleset les régents du conseil royal, appelé Collatéral, écrivirent au prélat, le 31 janvier 1701, pour lui signifier de renoncer à ce qu'ils appelaient des prétentions et des nouveautés. Cette lettre renfermait quelques menaces. L'archevêque répondit qu'il n'avait fait qu*exécuter les décrets du concile de Trente et suivre Tancienne coutume de ses prédécesseurs. 11 ajoutait que les administrateurs laïques ne donnaient pas et ne pouvaient donner de preuves de la fondation royale et de l'exemption de la paroisse; enfin il adressa aux ministres du roi, par Hntermédiairc du nonce pontifical à Naples, des représentations sur son droit dans cette affaire. Il attendit longtemps l'issue de ces démarches ; mais au bout de plus d'un an, voyant que les administrateurs laïques persistaient dans leur refus, il leur envoya une dernière citation en février 170*2, et depuis il les excommunia. Le délégué de la juridiction royale lui en fit de vifs reproches et le vice-roi lui réitéra, le 18 mars, l'injonction de révoquer la cita«; tion et les censures, en lui annonçant qu'autrement on prendrait contre lui des mesures sévères.
Le prélat insistait toujours sur son droit et sur Tobligalion oit il était de remplir un devoir. Alors on jui deu\anda d'envoyer les pièces qui établissaient sesdroits,afia que le conseil Collatéral pût prononcer. Il ne croyait pas que cet^e affaire fût de la compétence de ce tribunal, mais il consentait à envoyer les pièces au nonce qui en userait comme il le jugerait convenable. Le vice-roi, marquis dç Yiglimas, qui gouvernait le royaume de Naples pour Philippe y, fut extrêmement mécontent de cette réponse. On exigeait que larchevêque révoquât les censures; sur quoi il représenta que, par la sentence même qu'il avait
portée au oiqîs de février précèdent, il était dit i|ue U congrégation du concile de Trente^ h Borne, pouvait seule absoudre des censures. Le 9 mai, le prélat fut mandé à Kaples et on lui défendit d'en sortir. En même lemps, on voulut le vexer dans la personne de ses procbtis, et on mit en prison son frère et ses oncles. Lui-même passa six mois b Naples sans qtie Ton parut s'occuper de son affaire, et il était clair qu'on ne l'avait appelé que pour i éloigner de fon diocèse*
Le 4 novembre 1702, le pape lut fit dire, par la secré-» tairerie d'état, de retourner sur-le«cbamp dans son dio^ cèsê, sans en prévenir personne, et de n'en point sortir sans son ordre. Le nonce était chargé en même temps d'en faire part au vice- roi. M. Anastasi obéit et retourna à Sor-* rente. 11 y restait depuis quelque temps tranquille, quond^ le 20 mni 1703, un Espagnol, juge de la cour criminelle, arriva à Sorrento avec des soldats, et signifia au prélat de sortir de la ville dans six heures, et ensuite de font le royaume. L'archevêque le frappa d'excommunication, et mit la ville et le diocèse en interdit. Les six heures étant ëcmilées, le même juge fit ailicher trois ordonnances qui déclaraient le prélat désobéissant et perlurbntctir du re]x4 publie, défendaient de traiter avec lui |iour quelque sujet que ce fut, séquestraient ses revenus et prescrivaient de ne lui rien payer. Le 23 mai, de grand matin, le juge, nommé Emmanuel de Esperfil, revint à Sorrento avec une troupe de soldats et estafiers, cerna l'archevêché, |>énélra dans les appartements du prélat et lui signifia Tordre de paHîr immédiatement, sans quoi on se porterait âuji dernières extrémités. L'archevêque sortit donc en litière, escorte de soldats : on le conduisit au rivage de la mer, où de trouva une barque préparée a eet effet. Il y monta avec led personnes dé sa maison et quelque^ effets. Un ûdporal et dès soldats montèrent dans une autre qui soivit toujôuM la première. On arriva ainsi a TeiTacînë où Oft fil descendre Tarchevêque , qui se vit iéparé dé soli t^ôn^eaii étoile de toh pfiys.
ANNÉE 1703. UZ
. Getfe manière de proo^'cler n'était pafi nouvelleii Nàplvs» En 1700, 1 cvêqne d'Aquila, Tf^nnce de la Corda, religieux aogiistin espagnol , avait étë traité de n)éme< Le prélat avait réclamé un homme traduit en justice pottrcrimCi et qui déclarait appartenir à la cléricature. Il Tavait réclatiié en vertu du privilège de rimmunltéecclésinsiiqne^ pritttége rcconnti alora dans le royaume de Naplc"^ et conâtilmment observé. Toutefois, Ie5 juge» Iniques se hâtèrent dé faire pendre Tindividu. L'évéque eNcommunia quatre d'entre eux et fut mandé h Naples. On sévit contre tca parentf des oilieiers de la tiMir (riirm) épiscopale et coritrf ica trhioiiTS qui avaient été appelés pour déposei* Shr lift elérteatore du prisonnier c^>ndamnp; on arfâta jusqn'ft Aci femmes et des enfants. Arrivé à Naples, révêfpie y rcsitt longtemps sai:s pouvoir même être adnns h raiidi(>nce du tlc«-roi. Enfin, sur Tordre d'Innocent XII, il retourna dans sou évêehé et déclara excommuniés les autres juges t|0*il avait épargnés quehpies mois auparavant ; f rors^ se loctmirtent ^t reçurent Tabsoluiron. Le 90 juilk*t troo, ôh allicha une proclamation qui déclarait Tévôqtle perturbatetir et lui ordonnait de partir snr-le-chatnp. Il se retira k R)eli, ùb il motirui le 27 Septembre 1702. Son siégé ét2<it elieore vacant en 1717.
Pnur rt»ftnir h rarchevê:|ne de Sorrentd, son affi Ire t'arratlgea |K»n api es, et il put rttournt'r dans son diocèse. Tbiitèfois, Clément XI crut devoir ordonner des procédnfes contre ceux qui avalent porté atteinte h rautoHiéct k la liberté de TÈglise dans la personne dosdctrx prélats* (V. les Mnnitoîres des 51 mai et MO juillet 1707, & la siiitè éa Bdllaire de ce piipe, tome I*' de ses OfEuvres> pag. 817 ti 833.)
••Jw Le 1 7 tïïars. Jvnt^Mtruf fdtittnj tt A^étifTÊàKi? cmfii t»e» ÉcftfTs ws i^âVEuii du MATÉtuALmit. H de s'agissaft; d(iB8ceji»gta\ent,€ttiede étnx KyrésdeGuillanmeGawarcli
Mais liôus croyons à cette occasion devoir rappeler divers jugements rendus en Angleterre contre rimpîéfé. Nous avons vu ailleurs que celte île renfermait plusieurs ennemis déclarés de la religion. Les uns, déistes et matérialistes, sapaient les fondements de toute révélation : les autres, ariens et sociniens, niaient le dogme de la Trinité,
Le parti déiste ne comptait encore que pAi de défenseurs au commencement du siècle.
AsgilL avocat, membre de la chambre des communes, avait publié un livre bizarre intitulé : yirgument prouvant quet conformément au contrat de vie éternelle réuélé dans les écritures i un homme peut être transféré d ici-bas à la vie éternelle sans passer par la mort. La singularité du sujet et celle de la forme donnèrent un instant de vogue à cet ouvrage, fruit d'une imagination déréglée. Il fut condamné au feu en 1703, et Tauieur chassé de la chambre des communes. Réélu en 1705, il fut de nouveau expulsé quelques années après, les anciennes accusations d'impiété ayant été renouvelées coutre lui. 11 finit par mourir en prison en 1738.
Guillaume Coward, docteur en médecine, avait publié^ sous le nom iïEstibius Psjcaléthes^ de nouvelles réflexions sur Vaine humaine. Il y soutenait que le sentiment de la spiritualité et de riinmortaliié de noire âme, ce sentiment si universel, si noble, si digne de Tliomme el de son auteur, éiait une iuvenlion païenne, une source d'absurdités, et une insulte faite à la philosophie, à la raison el à la leligion. Il confirma ces assertions dans son Essai publié en 1704. Ces deux ouvrages furent déférés à la chambre des communes, qui crut sage de réprimer ces écarts naissants d*un parti qui annonçait aussi hautement son opposition aux vérités révélées. On nomma un comité pour examiner les livres de Coward. Henri Saint-Jean, depuis lord Bolingbroke, en était membre. Il fit son rapport, le 17 mars, et cita une douzaine de passages les plus hardis. L'auteur fut appelé, et se montra dispsé à se rétracter. On k laissa tranquille, mais on condamna ses écrits au feu. La sen-
tence fut exécutée le jour suivant. G)ward continua .à dogmatiser dans le même sens, et la liste des détracteurs du christianisme s'augmenta sensiblement en Angleterre.
Dans le parti arien, les plus célèbres sectaires furent Whislon, Clarke et Emiyn.
[[GuillaumeWhiston, minisire anglais, connu par divers travaux en mathématiques et par ses liaisons avec le célèr bre Newion, attaqua avec violence le dogme de la Triuîié. Son entêtement el la fureur qu'il avait de faire des prosélytes le firent exclure du parlement, chasser de l'université, et poui*suivre devant la cour ecclésiastique du haut et bas cliergé, qui condamna ses livres.
Samuel Clarke, connu surtout par ses solides Discours sur l existence et les attributs de Dieu, parut enseigner également Tarianisme dans l'ouvrage intitulé: Doctrine de t Écriture sur la Trinité, Ses ouvrages ayant éfé déférés à la Cour ecclésiastique, la chambre basse présenta l'ouvrage comme attaquant la doctrine reçue sur le dogme fondamental : mais la chambre des évêques, désirant éviter tout ce qui pouvait apporter quelque trouble, se contenta des explications de l'auteur et de la promesse , qu'il fit de ne plus écrire sur la Trinité.
Emlyn^ autre théologien protestant, mais non conformiste, s'étant également déclaré contre le dogme de la Trinité, fut privé de ces fonctions, condamné à une forte amende et à la prison, où il resta deux ans, sans que cette disgrâce le fit renoncer à ses erreurs. ]]
Nous n'aurons que trop d'occasions de signaler les effets et les progrès de ces sectes pernicieuses.
— 1 2 avril. « Mort de Bossuet. La vie el les ouvrages de Bussuet sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans des détails qu'on retrouve partout.
Chaque année de son épiscopat avait été marquée par de grands travaux et des services éminents rendus à l'Église. On sait avec quelle exactitude il vaquait aux soins de son diocèse. Son aitsichement à son troupeau, dont il ne s'éloi* gotfit qu'à regret et par nécessité, ses prédications 5, ses
tSt ANNËË 1704.
règlements, sts erdiontiances, les catéchismes et les IWm de prières et de piëlé qu'il a composés |X)ur ses diocésains, ses fréquenles visites pastorales, les synodes quHI tenait chaque année, témoignent assez que Bo<<suet n*ciait pas seulement le plus grand génie de son siècle^ mais encore un pasteur pieux et plein de zèle, k qui les intérêts gcné« raux de TEglise ne Taisaient pas oublier son propre diocèse.
Tant de iravauM affaiblirent sa santé. Il était atteint de la pierre, et une maladie grave vint s'y joindre Sur là fin de 1703. Le danger diminua an bout do quelques jours, mais depuis ce temps, Bossuet ne Ht plus que mener une vie languissanlo. Il souffrit avec patience sesinTirmi-* tés, et il les adoucissait par la lectin^e et Tétude des saintes Ëcrittires, qu'il avait toujours pris plaisir a méditer. Il mit mémo il profit les intervalles (|Ue lui laissaient ses douleurs pour pnblierii*ois lettressur la prophétie dMsaït*, et tiiie para" phrasedu psaume xxr, que le |)ère La Hue appelle le der^ niei* soupir de son éloquence moui*ante. Comme fabbé Lé Dieu, son seci*étaire, au moment oii allait s éteindre cetl6 ghindu lumière, lui parlait de la gloire f|ui devait luisur*' vivre x Cessez tws discours, répondit Bossuet , et priei Dieu quil me pardonne mes péchés, Pai*ole bien digne M l*Immortel orateur qui avait si souvent foudroyé l^s vanités du monde. Une dernière crise Tenleva h Paris, où il s'é'' lait l'ait transpofter pour être h portée de recevoir les se» cours des médecins. Il mourut dans les sentiments de résl* gtiaiion et de piété aux(|uels il sVtait si bien préparé ûht tjfle vie consacrée au service de TÊglise (•)•
On sentit vivement en France le vide que lubsail uA si grand hônnne, et on rendit partout a sa mémoire des hônneui^s particuliers. Plusieurs évéques, une foule d*e<î« clé:>iasticiues et de religieux distingués vinrent assister M
(1) tl y a une ressemttlance très frappante fiifre lis récU de la deriiîèM MAlaJie clf B i^suet, (>t ««»liii de lu deriii<*re maladie de Pénploli : métâÊ^ |dra, n^è^li^ ai*iiiidonf ludme H»HH)i««i*>n à lu vplqiità d« Uim i /îf4 t^fffiUftffîNI était Toraison j'i)^ orite de BuMuet. Voyez ce qui conci me la fin de ce irud Imtemè dhnl VÈhiolte de BossUH , ^t le «fttdtttld die lUiliet, Vtk* Ir. ^
ANiNÉE 1704. 247
sét^ice solennel qui eut lieu à Meaux, le 23 juillet, et ûb le père de La Rue prononça son omidpn funèbre j éloge qui, comme le dit rilliistre historieti de fiosstiet, sans répondre à la grandeur de celui qui en est le sujet, le représente cependant sous les traits ItS plus propres h le faille admirer et aimer.
Rome itiâme crut devoir donner des regrets publics h ce grand évéque. Son oraison fnqèbre fut prononcée en janvier 1705, au collège de |a Propagande, en présence des cardinaux membres de cette congrégation, et d'un concours prodigieux de tout ce que le clergé séculier et régtfiier avait de plus illustre.
— 13 mai. Mort de Boih^palouë. Touché d*un saint désif de la retraite et voulant se préparer à la mort, Bourdaloué résolût de quitter Paris et de 6nir ses jours en quciqqe maison de la province, où il pût se recueillir davantîige et vaquer uniquement à sa perfection. II écrivit, à Cette fin, au père Général, une lettre admirable dont on n*eut con* naissance qu*après sa mort. Elle n'obtint pas ce qn*U en espérait; et le Pcre Bourdaloué crut obéir k rordi'e.du diel tn se soumettant h celui de ses supérieurs, qui voulaient qu'il se sanctifiât lui-même en pontiniiant de travailler ^ la sanciification du prochain. U se consacra avec une nouvelle ^rdepraux assemblées de charité et aux pri>on3', jl d.^istait les malades; il consolait les pauvres; et il réussissait dftnScessoins pénibles et touchants, comme dans les fonctions les plus relevées de si| cprrière évangéliqne. Cependant il approchait de son terme, et son travail désormais ne fut pas long; Dieu le retira au moment qu'on s'y attendait le moins. Il tomba malade le 11 mai, et dè^ le |ircmier jour de sa maladie, il se sentit frappé à mort. Il ne perdit rien, dans un péril aussi pressant, de sa présence d'esprit. Son mal fut une fièvre intense, occasionnée pap un gros rhqme qui le tenait depuis plusieurs semaines, pendant lesquelles son zèle rempêcha de se ménager assez. Le dimanche, féie de |a Pentecôte, aprè^ avoir dit la messe avec beaucoup de peine , il fut obligé de
se mettre ao lit. Quoiqu'il connût assez son état, il voa« lut néanmoins encore s'en faire instruire, et il pria qu'on ne lui déguisât rien. On lui parla comme il le souhaitait, et, sans attendre que la personne qui lui parlait eût achevé : Cest assez, répondit-il, je i^ous entends j il faut maintenant que je fasse ce que j'ai tant de fois prêché et conseillé aux autres. Dès le lendemain, il se prépara par une confession de toute sa vie à recevoir les derniers sacrements, et unit sa mort à celle de Jésus -Christ, prenant les mêmes intentions que ce divin Sauveur mourant sur la croix. Apres avoir reçu les sacrements, il mit ordre à divers papiers dont il était dépositaire, avec le même calme que s'il eût été en parfaite santé. Mais sur le soir, il lui prit un redoublement auquel il n'eut pas la force de résister, et le mardi 13 mai de l'année 1704, il expira vers cinq heures du matin. Ainsi mourut, dans la soixantedouzième année de son âge, un des plus grands hommes qu'ait eus la compagnie de Jésus.
Nous avons extrait en grande partie cette relation de la préface que le Père Bretonneau a mise en tête des Sermons de Bourdaloue, dont il a donné, après sa mort, une excellente édition. »
— Le *23 juin. M. de Tournon donne a Pondichéry un
MANDEMENT CONTRE LES RITS MALABÀRES. Gc légat était parti
de Cadix le 9 février 1703 , et était arrivé à Pondichéry le 6 novembre suivant. Il trouva les missionnaires de cette contrée divisés d'opinion sur des pratiques et des usages du pays. La mission de la presqu'île de l'Inde, partagée en trois, celle du Maduré, du Mayssour et du Carnate , florissait depuis longtemps. Saint François-Xavier en avait été le fondateur, et les membres de sa Sociélé avaient travaillé avec zèle, après sa mort, à continuer son ouvrage. Mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que les préjugés du pays apportaient quelquefois obstacle à la conversion des habitants. L'horreur de ces derniers pour les Européens, qu'ils appellent Pm/igr^w^ était un des principaux points qui empêchaient le succès de la prédi-
AiNNÉË 1704. tSt
cation. €e fut pour parer à cet inconvénient que, vers le commencement (lu dix-sepiième siècle, un jésuite, nommé le P. Robert des Nobles, imagina de se faire passer parmi ces peuples pour un brame du Nord, cVsi-à-dire, pour un membre de la caste la plus révérée en ce pays, et de se faire appeler sanîas ou pénitent, nom qu'on donne dans rinde à ceux qui mènent une vie austère et retirée. Il prit donc Thabit, les usages et la manlèi*e de vivre du pays, cachant avec grand soin le nom d'Européen, et imitant en tout les austérités des sanias indiens. Les auti*es jésuites suivirent son exemple, et ce ne fut pas la seule condescendance qu'on les accusa d'avoir pour les préjugés de ces peuples. On prétendit qu'ils s'asservissaient aux idées des Indiens, qu'ils toléraient des usages idolâtriques ou superstitieux, et qu'ils altéraient la pui*eté du christianisme par des tempéraments pernicieux. De là des disputes entre les jésuites, d'une part, et de Tautre, les capucinset les autres missionnaires établis sur la côte de Coromandel.
M. de Ton mon, arrivé à Pondichéry, prit connaissance des démêlés, et après avoir consulté plusieurs jésuites mémes« et examiné, pendant six mois, l'objet des contestations, il donna, le 23 juin, son Mandement, par lequel il défendait d'omettre aucune des cérémonies du baptême, de le différer, de donner aux néophytes des noms d'idoles, de marier les enfants à six ou sept ans, de porter le.Taljr avec la figure du Pulléar et le cordon mystérieux, de pratiquer dans les cérémonies nuptiales des usages superstitieux ou déshonnctes, de refuser d'entrer chez les Parias pour leur porter les sacrements, de laisser aller les chrétiens dans les temples d'idoles pour y jouer des instruments, de prendre des bains autrement que par propreté, de se servir des cendres de vache, et de lire des ouvrages indécents ou superstitieux. Tel fut le Mandement que le légat publia, le 11 juillet, au moment même de son départ de Pondichéry pour la Chine.
Les missionnaires jésuites ne se montrèrent pas satis* fiùts de cette Ordonnance. Ils prétendaient que, parmi, les
160 ANNËB 1704.
pr&fit}li6Â ooi^damnées par le visîteut* apostolique, le!i iSiies étaient indifférentes, et ils assuraient avoir retranché de* autres tout ce quVlles pouvaient avoir de contraire h la foi ou aux moéurs< Ils députèrent donc è Rome pour faire valoir leurs raisons, et demander qu'il leur fut permis de conserver les pratiques du pays, telles qu'ils les avaient modifiées. Leur principale raison était rattachement de ces peuples à leurs usages. On ne voit pas néanmoins qu'ils aient réussi auprès du Saint-Siège. Au contraire, un décret de rinqnisition, du 7 janvier 1706, ordonna d*obser- Tcr provisoirement le Mandement, ordre que Clément XI renouvela plusieurs fois. Cependant les partisans des ritâ malabares ne discontinuèrent point encore, à ce qu'il pa* ralt, de les pratiquer. Ils se persuadèrent ap|>aremment que la connaissance qu'ils avaient des localités, les mettait plus en état de juger sur ces matières. Ilsprélendireiit que le légal avait passé ses pouvoirs, et assurèrent que Tesiéciition du Maiidrment ruinerait le christianisme dans ces Montrées, lisse virent appuyés p;ir deux évêques portugais, et la division devint plus vive que jaitiaîs. Mais le Saint- Siège maintint avec fermeté fordortnance du visitetir. M. de Visdelou, jésuite, qui ne pepsait pas pur ce sujet coifime plusieurs de ses confrères, et que M- de Tournon savait nommé évcqtie de Chiudlopnlis, fut chargé par lui et par le Pape de veiller h Toh^eryailou du Mandement, Benoît Xlil et Clément XII futent encore obligés de prendre de nouvelles mesures que noiis verrons confirmées par Benoit XIV.
— Le iO juillet et jourssuivants. LESPRETiiEscATHotiQi'E^
inLANDÀlS S^^'T obligés UE^E fklWE EMtF.GIfTnEn nAMS LA SES- SION b^LELKs COMTES heshectifs. L'état de désolation où ctîiil réglise d'Irlande, l^ bannissement de ses évéques, la dêsti notion des Communantés, ladispersion des reiigieU3(, tant dVntraveset de vexations imposccsauxcathQliques,nesuntsaicnt pasencorepour satisfaire la haine de leurs ennemie. Aux lois rendues peu d'annéesauparavant,$ousCuillaunic, il fallut ëjoti ter de bouVeltés Hgùéurf;. Au coihinêncëméht
ANNÉE 1104. t«i
dt 1708, ia deuxième année du règne d^Atine, une loi •dopise par le parlement irlandais, portait que les jogeé du paix éiaienl autorisés à convoquer les parents et ii exiger d'eux de faire eoitiparaitre , dans Tespace de deux moii, leur fils absent du royaume ; s*ils de le faisaient pas, et qu'ils ne prouvassent pas qu^ leur fils était en Angle-* terre ou en Écosi^e, il serait censé par Ih même établi en paya étranger, contre la loi rendue dans la septième année de Guillaume. Il n'est point permis à une mère papiste d'ëlever.ses enfants après la mort de son mari, ou d*en avoir la tutelle, mais le chancelier du royaume pourra les mettre sous la garde des protestants. Si uu fils papiste (M fait protestant, le père n'a plus par Ib même je potivoir de disposer de ses biens, et le chancelier du royaume peut iisigner au fils une pension convenable selo'i l'état et la éondiliiin du père. On aie imn papistes la faculté d'achetci* ou de louer des biens, à moins qu'ils n'Hient atteint trente* un ans. Si quelqu\in séduit un pt*atestant pour le faire /'/t» phté^ Tiiu et Tauire sont soumis à hi peine dUv pi*()snmtnair^, e*e8t-fl-dire qu'ils sont hors de la pnileetion de l'État, qu'ili perdent lOuë leurs biens, sont sujets à U prison piMpé^ tuelle, de peuvent témoigner ni suivre une action en ju^'=' lice.
Ce ti'f?8t pas tout, la même année tTOî^, on renouvela le Btatut porté sous Guillaume contre les évéques, lesdigni-^ taires et les réguliers, et on y ajouiia que> dans la session deé qtiartiers d.* chaque comté, qui setiendi*ait en 1^04, après la Saint Jean-Baptiste, tout piètre papiste demeurant dans le royaume sferait obli^ré de venir dérlarer f^on iiôm, Kou domicile, son âge, la (Kti-oisse qu*il dessell, '6 lieu et le temps oïl il a reçu la prêtiise, et le nom de Tévéque dul Pa ordonné. S'il he le fait point, il sera traité ootume les religieux, et tenu de sortir du royaume avant le 26 juillet |7Ô4; autrement II âera mis en prison pour être déporté î; s'il revient, il sera criuitnel de lèse-majesté, Atbcurt prêtre^ quoique ainsi enregistre, Uiz peut avoir de vicâAtré, d'assistant ou de coàdjuteur, sous peiné de perdfe
tes ANxNËE 1704.
le bénéfice de son enregistrement et d*encourir tontes les peines portées contre les réguliers. Tout prêtre papiste qui exercera ses fonctions après le 24 juin 1705, sanséire enregistré, sera soumis aux mêmes peines que les évéques et lesréguliersattcinls par le statutde Guillaume en 1697. Quiconque le cachera ou lui donnera riiospiialité, le juge de paix, le magistrat et roilicier civil qui auraient mis de la négligence dans Texécuiion de ce statut, seront frappés d'amende conformément à ce même statut.
Celte obligation de se faire enregistrer ne fut point une vaine menace. Quoiqu'il fût permis de craindre. que la liste des prêtres et les détails que Ion exigeait d'eux, ne fussent dans la suite des moyens pour les inquiéter de nouveau, ils se résignèrent cependant à se faire inscrire, plutôt que d'abandonner leurs troupeaux déjà privés des soins des religieux. Les prêtres des paroisses comparurent donc devant les magistrats des comtés pour faire les déclarations prescrites. La liste des prêtres inscrits fut publiée à Du* blin en 1705 par le gouvernement, et ellea été reproduite récemment dais le Catholic register yViuhWn, 1838,in-8«. Elle présenta les noms de 1101 prêtres pour les trente* deux comtés. Sur ce nombre, 249 avaient cic ordonnés dans les pays étrangers, en France, dans les Pays-Bas, en Espagne, en Portugal, en Italie, en Allemagne, et même en Hongrie. Chaque prêtre devait aussi, suivant Tacte du parlement, présenter deux notables qui se rendaient garants de sa bonne conduite et déposaient pour cela 50 livres Sterlittgs. La liste présente aussi leurs noms.
Lacté de 1703 n'était que pour cinq ans et ne devait durer que jusqu'à la fin du parlement suivant ; mais un statutde 1709 le rendit perpétuel. Ce statut obligeait en outre les prêtres enregistrés à prêter serment, avant le 25 mars 1710, devant les tribunaux de.Dublinou dans les sessions des comtés oii ils avaient été enregistrés. S'ils ne |e faisaient pas, et s'ils exerçaient leurs fonctions après le 25 mars 1710, ils étaient sujets aux mêmes })eines que les religieux. Ce statut était directement contraire au neu-
ANNEE 1704. t^
vième article de la capitulation de Limerick, où il était dit qu'on ne demanderait d'autre serment que le serment ordinaire de fidélité. Le serment de 1709 allait bien plus loin; il obligeait à reconnaître que le fils de Jacques II n'avait aucun droit au trône, et à soutenir Tacie du parlement qui appelait à la succession des princes protestants. Aussi les prêtres qui s'étaient (ait inscrire refusèrent de prêter ce serment, et sur les 1 101, il n'y en eut que 33 qui se soumirent h cette nouvelle exigence.
Lé même statut de 1709 portait encore d'autres clauses dictées par le même esprit de persécution. Les prêtres en* registres ne pouvaient exercer leurs fonctions que dans la paroisse pour laquelle ils étaient enregistrés^ un curé mort ou quittant sa paroisse ne pouvait avoir un successeur papiste. Quiconque découvrirait et ferait prendre , un évéque, un grand-vicaire, un jésuite, un religieux de quelque ordre que ce lut, ou un prêtre séculier non*enregislré, recevrait 50 livres sterlings pour chaque évéque ou grand-vicaire, et vingt pour chaque régulier ou séculier non enregistré; et cet argent serait payé par les papistes du comte où Tévêque, prêtre ou religieux^ aurait été trouvé. Cne pension de 30 livres st. sera don* née au prêtre pipistc qui embrassera la religion protestante : cet article de la loi doit durer sept ans. Les maîtres d*école papistes, les pi*écepteurs et sous- précepteurs de la même communion , soit dans les écoles publiques, soit dans les maisons particulières, sont soumis aux mêmes peines que les religieux.
Conçoit-on bien cette baine opmiâtre, cette perpé* tuelle aggravation de peines, et cette habileté funeste à imaginer sans cesse de nouvelles sévérités ? Mais les protestants s'irritaient de plus en plus de Tinutilité de leurs efforts précédents, et se flattaient de réussir en rc« doublant de rigueurs. Ainsi ils crurent avoir fait merveille en insérant dans le dernier statut que la récompense promise au délateur d'un évéque ou d'un prêtre serait payée par les papistes du comté* Ils espéraient par-
irenir par là à âéiftoher les ti<onpeaiix de letsrs pasteuri; mais la masse du peuple irlandais repoussa cci tentatives immorales de séduction. Il rappelait par ses vœux les évéqut'S ei les religieux expulsés, et plusieurs commençaient en effet n retourner en Irlande en 1708(1). En 1707 et les années suivantes, le Pape remplît |a ptu« part des ëvécbés vacants. Clément %l invita en mémà temps quelques souverains catholiclues h intervenir ao-» près (le la reine Anne, p:)ur feng^gcr h ne p;is pressef Texécution rii^oureuse des nouvelUs lois. Il y n di*i brefs de ce pontife à ce sujet aux empereurs Lcopold et io" seph et aux rois de Portugal, Pierre et Jean« On a lietide èroireqne ces représentations ne furent pas sans fruit. Anne ne devait pas personnellement éire hostile aux ca^ tholiqucs. Fille de Jacques II, sœur du prétendant, elle sotifl'rait de voir sa famille dé|)Ouillée de se^ droits isn faveur d'une famille étrangère. Mais Tcsprif général de «a nation et celui de son ministère rempâcbèrent souveat de montrer ses véritables sentiments.
Il y eut en Irlande, sur la fin de son règne^ qtfelques persécutions locales par suite de dénonciations |yaNicu« Itères. Il su trouva des misérables qui, par lappàl d'une récompiînse honteuse, dénoncèrent et firent prendre dfi prêtres séculiers on réguliers, qui furent ensuite dépl>rtÀ an delh des mers. Tlitimas Btirke dit avoir cohnn plusieurs de ces derniers qui trouvèrent moyen de rentrer ea Irlande a|>i*ès une absence plus ou moiiis lotif^ùe^ et qui vivaient encore de son temps. Il ajoute q«ie les ddti0neia«? fions contre les pl'éires aurMÎent été pins fréqnentei sans rinfamie attachée à ce tôle honteux. Les délateupi étaieal
(0 NoiTs vn^^Tfs qife lir cdfijçr^grftîoîi de lîf ^ropfi^MiÛe êctUfi èU Hîi àùt criquet irUndiiis ftl(»r§ abu*iits cIh roytumr, proiir Ici <^ng«ger à ^ ttuiatlitr* Richard Piers, cvê(|iie de W^iferford, s'en fxcuta dans une IfUn» da|f« ik FoiitaîneMeaii le i^ jnilïel iîll. Il aUégnait les diffiniltés du voyage ; il se rendiU ti'alHftirs nlîte *n Fraiitc OU ri suppléait des éviqnéft powf teé £(>Helioiis d«» Inir ministère. Eu cffrt on lui donna l'abbaye de a«inuFirrif au diocés| dq Çhalons. |1 mourut à Sens f ïi mgr? J739, k Tàgc fl^ qvatref
^IfilHtltitfrté âiis, il mit stimagam ac •- •
regardé» dans U peuple comme des gens infâmes^ on les inonlrait ^u doigi dans les rues, on les fléirissait du nom odieux Ae priest^eaicher^ ou qui fait prendre les prêtres. Ea 1718, un fourbe v qui ciait juif portugais et nommé Garciai se fit passer pour prêtre et parvint ainsi o con« paître les préirea véritables. Il en fit prendre à la fois septy trois prêtres séculiers^ deux jésuites, un francisqàÎQ et le provincial des Dominicains. On les mit en pri« son, puis on les déporta ; ils revinrent ensuite en clian-* géant de noms, et échappèrent h la peine de mort dont ilf élëienl menacés par les lois aniérii*urcs.
Pour réunir ici tout ce qui regarde TËglise catholique d'Irlande au commencement de ce siècle, nous parlerons eil peu de mots de ce qui se passa h cet égard sous Georges I®"^ , arrivé au troue en 1714. Ce prince refusa, dit'^n, de sanctionner plusieurs mesures proposées par le parlement d'Irlande contre les catholiques. Cependant il prescrivit de nouveau le serment dit d'Hbjuration, parce qu'on y abjurait Tautoriié des Stunrts. Ce serment pou-* voit être déféré par les juges de paix aux papistes et aux per«>nnos stispectes. En 1717, lors de finrasiou du prétendant en Ecosse, plusieurs prêtres catholiques furent Mtiprtâonnés en Irlande, et Ton déclara que tous les eatlioliques seratenl responsables de ce que les protestants Mrftîenl h souffrir en cas d'invasion. Kn 1719, le eardi- Éàl Atbéroni, premier niinisire d'Iispagne, votdut faire il«e tentative en faveur du prétendauf . Une escadre espagtiole partît de Cadix te 10 mars pour TAngleterre*, elle portfiil six mille hommes de troupes, la plupart Irlandais; mais fclle fut dispersée par une tempête, et l'entreprise éefaooa complètement. Toutefois la nouvelle de cet armement avait fait prendre des mesures en Irlande contre \tB catholiques ; on les désarma, on rechercha avec soin tei prêtres et les religieux. Heureusement ce f'elour de siîvérité cessa avec lapparence du danger. Le l**" octobre tTf5, lord Carterel, vice-roi d'Irlande, ouvrît le p^irlemèilf éané ee pays par un discours oii il recommandait
la stricte exécution des lois contre le papisme ; mais presque en roéme terops^ par une sorte de compensation, Parcbevéque protestant d^Armagh tenait rassemblée de son clergé, et Texhoriait à la douceur et à la modération. En 1726, une loi statua qu'un prêtre catholique ne pourrait, sous peine de mort, marier deux protestants oa un protestant avec un catholique. Il y eut, dit Thomas Burke, des prêtres catholiques punis de mort pour avoir enfreint cette loi.
—-Le 26 octobre. Laurent Bdti, évêque de GARPEirrftis,
ÉRIGE LA. COMMUNAUTÉ DES PKETRES DE SAINTE-GARDE(danS le
Gomtat). Cette société de missionnaires reconnaît pour fondateur Laurent-Dominique Bcrtet, prêtre d'Avignon, né le ô août 1671. Jeune encore, Bertet s'était mis sous la conduite de labbé de Yacci, qui jouissait dans Avignon d'une réputation méritée de zèle et de sagesse. Ils s'as« socicrent quelques ecclésiastiques avec lesquels ils faisaienl des instructions familières au peuple. L'abbé de Yacci dirigeait cette petite communauté où régnaient Tuijion, la ferveur et l'esprit de pauvreté. Telle fut rori* gine du séminaire Saint-Charles d'Avignon qui fut depuis uni au séminaire Saint-Sulpice. L'abbé Bertet quitta pourtant depuis cette maison par le conseil d'un religieui Minime fort éclairé, le Père d'Élienne, dont la vieaélé^ publiée. 11 se lia étroitement avec un autre vertueux ecclésiastique du Comiat, Alexandre Martin, curé de Saint-Didier, qui avait bàli près Carpentras une chapelle sous le litre de Nolrc-Dame-de-Sainte-Garde , et qui avait formé le projet d'établir une société de mission* naires pour le pays. Deux ecclésiastiques d'Avignon, MM. de Benoit et Mazelli, se joignirent à eux. Mais le curé de Saint-Didier ne put les assister longtemps de son expérience et de son zèle. Il mourut le 13 juillet 1703,à l'âge de soixante-douze ans, ayant occupé sa cure plus de quarante ans et ayant toujours été pour ses paroissiens un modèle et un père. La perte du pieux pasteur fut compensée par Tadjonction d'un jeune ecclésiastique, Joseph^
FraTiçois de Salvador, d'une famille honorable d*Avi-^ gnon, qui devint un des plus zélés coopéraleurs de fabbé Bertel. De Salvador, né en 1668, avait d'abord, servi dans les araiccs, et était deveuu capitaine dans un régiment d'infanterie. Des raisons de santé le rappelèrent dans sa famille. Un sermon qu'il entendit le toucha. U résolut de se donner à Dieu, et s'occupa de bonnes œuvres. On le vit «mener une conduite toute différente^ fuyant le monde, et édiSant la ville par la pratique des vertus chrér tiennes. Son directeur l'éprouva pendant cinq ans, et lui conseilla pn6n d'embrasser l'étal ecclésiastique. L'^^bbc Bertet, avec lequel il se lia, le confirma dans cette voca-> tien. De Salvador s'arracha a sa famille, se rendit au séminaire de. Viviers, et fut ordonné prêtre en 1701. 11 se réunit à la société naissante formée par l'abbé Bertet et commença à se livrer avec lui aux travaux des missions dans le Comtat et la Provence. Des missionnaires dits de {a Crx)i^, qui occupaient une maison à Sisteron sous la conduite d'un sage ecclésiastique, l'abbé Tyranni, se joignirent à eux. Celte communauté fut surtout favorisée dans les commencements par les conseils et l'inûuçnce du père d'Etienne, dont nous avons parlé. En l?p5, Tévéque de Carpentras , prélat fort recommandable, comprenant les services que pouvaient rendre ces missionnaires, les reconnut et les autorisa pour son diocèse. L'archevêque d'Embrun confia en 1702 à l'abbé Bertet la maison de Notre-Dame-du-Lans, pèlerinage très-fréquenlé en Dauphlné. La nouvelle société se distingua surtout par son attachement au Saint-Siège et par son éloignement pour les nouveautés qui troublaient alors l'Église. Elle forma un séminaire à Avignon et Tabbé de Salvador en fut établi supérieur. L'archevêque d'Avignon, de Gunteri, reticouragea, et depuis, le prélat voyant le bien
![ue cette maison faisait dans son diocèse, en approuva es règles le G janvier 1719. L'abbé de Sîdvador ne négligçait cependant pas l'œuvre des missions. Bertet et lui,, tantôt unis, tantôt séparés, se rendaient là où les évéquos
i68 ANNÉE 17Ô4.
M tippëiièMi thnitùhitnt 1.1 foi pût letjr 2ète et dot* Hrilèni ntl.^sl drt rcirtîiei ccclfeîaf?trqiiM. L abbé de Salvador fdt fait graod-vîcaîn; d'Avîgnbn cl mAtifhi àou côû« rtge ul Son dévouement lors de la pf ste qui doKbW 1» Prd« Vende. Appelé aux conciles d'Avignon cl d'Eilthriiii, îJ y filt nti dbs soniiens de 1m bonne doctrine. On lui offrit d^éirc grand-vîcrtîre de Senei à \à pince dé l'abbé dfe La Moite, (jui venait d'êire fiommé à rcvétbc d'Aftiîehs; mais Tabbé de Salvador réfoiiJa une place qtiî reutcotiduit h répiscopat.
Ért 1739, Talibé Bei*tct, snpérîctii* des rtlissiotttiSîrrt de Saïtl(e-Oàrde, fut enlevé h ses cort frères. Il dorinàit âI6r* ûfie hliéàion diins le diocèse de Glàndèves, tin dé ceux utiil avdît le plus txercé son laborieux tninistéro. Ge lliocèée S*pfendnÎ! hors de iFrancc, et le pay.^ ej;l irës-mdninétix. L^abbc 6ertet dtinnait depuis quelques scmaihe^ uiic rtiis* sîon au Puget, lors(|u'îl iond)a nialade le 1^ mars. Le mal fit de grands progrès, el au bout de peu de jours ittliou*» rot dans des sentiments de foi el de piété dignes d*urie %\é toute apostolique. On transporta soh corps en Francd. Parfait sur la route, le clergé lui rendit de grands bon* nènrs; bh rinliùniâ à Sisieron. Il n*élait presque point de paroisse qui n'eut élé vîsiiée et évangélîsée par Idî dans Ce diocèse. On peut voir VAh^égé de sa Fie par Utt pi'êlre de sa congrégiiîon, Avignon, 1758, în-t*2/ôrrf« trouve sa Conduite spirituelle^ cVst-ît-dire l'idée q il' îïs'étàîi formée de la perleciion, ses conseils ix^nf y «rrîvcr, et sa thanière de sanctifier les missions. Le vottliiië est terminé par ses Lettres spirituelles.
L*abbé de Salvador succéda îi M. Bet'lct datts l« fchargc Je supérieur de la cong«égaiion. 11 liii doiintl doU règles, cl linl uiie assemblée générale o(i elles furertlacceplées. Il bâtit le séminaire d'Aviijiion. Son vif désir éiâilque àâ socîiélé de mîssionuîiîrcs fîu approuvée à Roiiîe. iicTseph de Guyoii de CrocKan, transféré récemtiient dé 6àVUillorï à l*archevêché d'Avignon, àdrë^a en sa faVéùr liû Ménaoïré à Rome. Il y envoya aussi les fègt'és da iiôtkvel
1j)«ttthf ^ elles fitrént étâMinëé^ arvèé Midi ÎM Vie de 'M. âe Sahddor dit qoe Benoit XIV fit expédier la bâtlè %lé (èonfirrtidtîoti qtii cottiihéfièe pfàt CëB txià\É : Unii^èréi "doHHfiid grègisj et qui est éah^ là formé hi> J)kls dotëtf** •ftfeBé, -sotis la date du 16 dh idè^ iit tearà 1743. Gepëftdant cette bulle ne se trouve point dai^s !è Bùltairë ^'de plus, la date est fautive : il n'y a pas de 16 des ides de mars. Quoi qu'il en soit, i^flbfaê de Salvador reçut la bulle
Î ni lui fut transmise par le vice-légat d'Avignon, Pascal ithativa. Eifé fut hûblîée le 2l juin 1744 avec un "bref (Fiïiiiulg;éntbés plénières pbuir tëuxqbi vlMttraltefit m
"jdftite-là l'églîsfe des rtîs^iônnaîre^. Uafdhevêquè; bèatr-
"èshp de mèmbreis dn riergé, et un ^ttînd coticôùts de fldëlts assistèrent h h cérétiïohicr.
-i- i^bbé de Salvador siifvéëul Jleii h tiri ëviirienlèht û éotisôlâht pour lui. Il jiariit au cdtnaioticemënt dfeTep-
irétebi^e'i74ô potn* dôiïhè+ tihii tiiL^èîort h Malîciftôrt, dîàcèse de Carpenti as : ti'étiiit la qdHtrlèmé' fols qdM( èvkH^élisait cette paroisse. Il y tomba malade, et Ton fut obligé de le transporter à Âvignàtt t)ii il languit pendant deux mois. Avant de mourir, il adressa à ses prêtres. rassemblés
Î'^'utQiJr de sou lit des paroles pleines de piété, et expirst i iè novembre 1745. L'archevêque d'Avjgnon assista au service, et plusieurs évéques voisins témoignèrent de lV8Hfi><s qu'ils faisaient du respectable défunt« 11 avait laic 'çonimenôer avant sa mort la construction d'une nouvellç jcbdpeiie \ Kotre-Dame-de-Sainie-Garde-des-CbanipSi rancienne tombant en ruine. Cette chapelle ne fui acbe* tée que sous son successeur, Paul Gaspard Deponte« et la Consécration en fut faite par révêqtie de CarpentraSt J|. dlnguimbiert, qui saisit cette occasion de faire reloge iu précédent supérieur dont le cœur fut déposé dans cette gbi^llc. Yoyçz la Fie de Salvador^ Avignorii 1761, Jn-^{2, A la fin on trouve des Lettres spuituelles de lui ^et uoe ffoiice sur Alexandre Jtfàrtiu , dont il a été parlé plus iiaut« * Les missionnaires de Sainte-Garde ont subsisté jusqu à
Ja Révolution, ils avaient alors six maisons, Sainte-Gardcr deS'Cbamps., qui était le berceau de la congrégation, Sainle-Garde d'Avignon, oii était le séminaire pour les missions, et les maisons de Carpentras, d'Arles, de ijisleron et du Lans. La Révolution les dispersa ^ et depuis ils n*ont pu se rétablir.
— Le 6 mai. Mort de l'empereur Léopold !*'"..[[ Nous avons fait connaître ailleurs le caractère et h $ qualités de ce prince. Voyez Tableau hhtoriifuey p. 135. Il eut pour successeur JosepU V% son fils aine , déjà reconnii depuis 1690 comme roi des Romains, et frère de rarcbidiic Cbarles, qui disputait laconroiuied'Espagne à Philippe V.]]
-—Le 15 juillet. Bulle V|^EAM Domiki. Nous avons donné dans le Tableau historique^ p. 48, tous les détails concernant cette importante décision.
— Le 15 janvier. Bref du Pape aux membres de la DÉRMifiRE assemblée DU CLERGÉ. Lorsquc la constituliôQ 'yineam Domini était arrivée en France, le roi Tavait adressée, le 2 août, à rassemblée du clergé qui se tenait a Patois. Le lendemain, le cardinal de Noiiillcs, président, en parla h ses collè^;ues dans un discotu's, où il sVxpUfiua, dit -on, avec assez de vivacité contre les Mandements donnés par qiielqties prélats dans l'affaire du Gis de conscience. Il cissiu'a que I Eglise ne piéteiidait pas être infaillible dans la décision des faits même dogmaficpies, qui ne sont pas révélés Son discours ne fiit point inséré dans le procès-verbal. On y lit seulement qu'il exposa lesgrands biens que l'Eglise pouvait espérer de la bulle, çt c|n*il témoigna ne pas douter que rassemblée ne la reçût nonseulement avec respect, mais même avec joie. Il nomma sur-le-champ des commissaires chargés de faire un rap-
port snr cet objet. A leur tête 6(ait M. Golberf, archo- Téqtiede Rouen, qui fit son rapport le 21 août. Ou neJo trouve pas bon plus dans le procès-verbah .Ou y lit seuier mentqu^il le finit en élnblisstint quelques maximes que Fasâemblëe adopta : r Les évéc|ues ont droit par iustiliv» tîon divine de juger des niaiicres de docirine^ S"* .lesconstilulions des papes obligent lotiic l'Eglise, lorsqu'elles ont été aceepiées par le coi ps des pasteurs ; 3? celle, acr ceptâtiou de la part des cvéques se fait toujours par voîo dejiigeinent. Après avoir établi ces maximes, qui n'étliîeiH peut-être |)a$ innuiment nécessaires, puisciiril n'y avai^psis de contestation à cet égard, rassemblée aii^êta qu'elle neeevait la constitution avec respect, sou mission jet uiuitiiEhité. Le T" septembre, la faculté de tbéologie de l'àris. suivit cet exemple : quati*e jouis après, la bulle fut portée au parlement avec des lettres piitentes du roi, et y iiit enregistrée le même jour. Elle fut aussi envoyée aux^ cvéqucft, qui donnèrent successivement leurs Mandements pour là faire publier. Les éi^éques de Senez et de Munir pellicr le firent comme les autres, démarche d'autant plus renu)rt|iiable de leur part, que ces prélats suivirent bientôt une route différente. Il n'y eut que Tcvé^iuedc Satnt*^Pons, qui se distingua de ses collègues, et qui donna ùfiMandement pour la justification du silence respectueux^ Gepcndfint le Pape se montrait peu satisfait de Tassem-» bléedu: clergé. II. avait appris la manière dont les arcli^evéifues de Paris et de Rouen y avaient parlé. Ceux qui élàieiit mécontents de la bulle se vantaient que ces pi*ér^ ]al9 leur avaient éié favorables. Parmi les autres évéqiies de rassemblée, on en comptait quelques-uns qui depuis se déclarèrt^nt ouvertement pour eux. Clément XI était d'ailleurs choqué de ralTectation avec laquelle on avait répété psirtout dans les lettres circulaires et dans les Mandements, que les évéques n'étaient pas de simples exécuteurs des décrets apostoliques, et que les constitutions ohligeaient ^pres Tacceptation solennelle des pasteurs. Il cràigiiit peut-être que Ion n'eût voulu insinuer que les évéquç»
2lfï^ ANNÉE 1767.
blèi%î)d-6h àt préieDcJit qQ*H fdf besoin d'one tbcc^mim^^ sotehi^tîHê decrccin^tltuhODB, pour être fei|u d^y àé§éfer. 11^ ciertâinp quel» telle èAtétci l'intention de Vaesepiiblée' de 1795^, eiie ééi pensé difSeremmént de celles qui àmieni préeédé» Les ^viâques, en examinant qqe eoaaritdttoii: apbi^toliqtie, ne la jugent pas ^wxr^mémeê^ Us jiigienf plu^ td^nvM te Pa|)ev et ieqr jngëriTent, pour ^re: wttdë,^ tt^w pM be^otnr de# (tM'tnieâSôlerinêltes. Onserif d'sriftleùrs^Me^ aeeépiiltion tacff^^iifKtte plus sôUteftt« [[On b^nt v(»retî^ pAi^tidtiM^ i<^ e^rptieuttoÏM (|ne Féndon, $i connw par sonpfrrfktc devobemetit ad Smut-Si^ge, dotine atr «njet de ot;fte aflFdit<04 dans une letive adr^^éè'RU cardinal £kibrielll(i)^ A]^è8|lv6ti^teGOAnuq[u'it y aurait eu quelque chosedîihocm* Véddut et do ê(H|frafre à lWc{rd eanonique, si quelques étâqué», qt^U n^élaiefiii pas même assenibliis ea o0ncil6|iiXK vttieiati fivaient cru pouvoir examinet* unesentençeportoe ^eti«dte»iem^par le Saim^iége, l-iHu9tre prélat fait voir qU^dfi ne peut pas leur àdri^sseV^es liiémcs reproches si) après que le Jugement a été porté par te Pontife romaio) lid é?édu€s veillent aussi prononcer la même scnt^ioe tfveô feUr chef. « Quel incohvéntent peut*on irouven, de«^ y ttiande-l-lt, en eeqne tous les pasteurs qui oat élééfaf »Miè pm* r&prit^âaint poor g()uverner rfiglisr, etiqnt rtiétéconâééiH^^rdedu dé|*it de la (u)> déclarent^ en r Wàôtï aveb le Pf ivi^e des pasr^urs, que ' telie vérité est li^tifié'parlie de ee dépôt qn'^lsgardent eiVcommunaatéf» t*èlferU|yle d^ la définition d'uâ concile (ecuméniqueprésMé piit te FapeF, Ini sert ji expUqaer sa peii(^;< Après liiëfïië qùèjle sèfutentin Pôi^fffe'et lii grande méjorîté^ Ûisi éVé(|ueé ont pdiié le ^éeret, néanmoins, selon ratiiiqùè usa^yCëux ^ui |)arieut iMi s'inscrivoftt le^ dcfsniers, ne
'fi) OËirmv île Vc^el«ti, ^it. de ^eftaUIet, <M*e n>, pêft f ^. Ti^ irm^
llPQ#«MUi/<è4né><tf%p1*|«44f^èi'ttfiTèiu«l.:..Af<lrefii!;i l .> 'yi}"}-y-j
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«.iiulori^'<^^iip4rî<$(irp ei irréqnsablf; ait prévenu l^uf^ suff H ffUfl^t iU.K^ntSiîFyept Ci'pencl^nf Iç jdrpil ije jiigcfr* Ce «:dtY>ît n'aiffaiblit |>£)^ roblîg^uioi) de se spnaieure, ifl I p** ît t^ligalipQ d«j se souniciirç ne délruit p^s je d^i^ii.xlç ju? • ger, P On Viii iip^i par im^^ jeiir^ de Féiifilun, prcçç;^ demmeni «dre88ée 9u (Çardiiial Fabr^nj, ç|u^|U'3 raUo^^ wvHÎ^nl porté, M)l( Ica éviQ(tueÀ'*dQ Ta^t^inblée, fiait pltisiepr^ de Jeun» oollègucf^) à insister hhv Vunatnmiii H^ cçrm d^ij pasietêts : c oioit afin d^ couper qourt h ct^^ firiifiçfî^ i\ç$ jfiiuéiiiil£squichercbai(fnt toujotirsà faire croire. qu'^^A 110 «:*ukûc nuire çbo$e que d'établir rinf^illibilité a|>6QUi|e dttPapti^, el qui par*là essayaient d'éyoïller la suscepUt bilUédtt la magisirainro. Ces explicalions de Fénelpn pa^ rtivuiil.satisrairo \c Tontife^ qui (\i 9éuK>igiuT i^ IVi?l^ 9f$que.dttiiathbrâi qu'il le félicituilde H»y^H p^piQqu^f et cpnciliim 11*9(1). J]
. i^nn aolro cdic, dotiise orchavâqnea ci éiêqwth prébMf pÉrmiili^uels se ironvaienl plusievi^ de ocua $}ui avaient fait partie de Taj^seniblée de 170ô, adrattstVeni an 1f»\^f le IG QI8Î 1710^ une explieatiou de{» endroits du \wv^it9^ vèrbii qui avaient donné lieu aux pbinies» Le oaidinal dieliiQiiiiles^ qui devait d'abord Mgner aussi nette pifèc^t mnia^inJe ivRisa ensuite^ consentit enfinv api es beaM(X»up deic|éïaii, à c(H*ire au Pape, d'après un modèle coiivetiu* fisînefuc que le W juin 171 1 qu'il envoya son expliçai^ àom On tyeomrqna déjà en lui, dans celte affaire, des pié? yeiHions-qaî ne fireni que « accroiire, ei tix>pde faeitiléà WÙorw des oonacila di»nl it eut dû se défier.
' -i^ le '5 janvier. StùE^twr vemv a Lûstftxs^ tetntt
• (ij C«rtrMjiqilrfa«ce"«ïeFè*èlort, tome i, pa^e WS. Une îéltre dt Féridon
iC5 r AS ATTores des Ce vesscs. Nous aTons parle, sods 1 701, des pnvphètes et des inspirés qui furent la caiBc du soulèvement de ce pays et des crimes qui le souiilèrenl. La valeur des troupes et riiabiletc des généraux apaisèrent la révolte, mais ne Grent point cesser Tesprit derrcur et de vertige qui Tavail produite. Les enthousiastes, qui avaient plus d'une fois annoncé à leurs sectateurs une victoire certaine , continuèrent à prédire, même après que révénemcnt eut si mal justiGé leur science prophétique. Seulement ils se cachèrent avec plus de soin , et lorsque la tranquillité fut rétablie, plusieurs d'entre eux se retirèrent à Londres pour y être moins gênés dans leur métier, et pour y suivre, plus à Taise, les inspirations de Vesprit. Ils s\ Grent bientôt un parti parmi les protestants réfugiés, et ils trouvèrent des dupes dans cette grande ville, comme ils en avaient trouvé dans les mon« tagnes du Languedoc. Trois d'entre eux , llarion , Fage et Cavalier, se distinguèrent dans la foule |vir un pins grand talent. Ils avaient reçu le don au plus haut degré, et ils le prouvaient par des tours de force prodigieux. Ib éprouvaient, pendant I inspiration, des agitations extraor« dinaires^ jetaient de grands cris, remuaient la tête et les bras, et se secouaient si fort, qu'on ne pouvait les retenir; Ils passaient plusieurs jours sans manger, eonnaissaieot rinlérieur des consciences, et débitaient de fort beaux discours, toujours au nom de Vesprit. Nous avons lu plusieurs de ces discours, qui sont à peu près les mêmes que ceux de convulsionnaires d'une autre espèce dont nous parlerons dans la suite. Ces deux sortes d'imposteurs se ressemblent parfaitement. Le don des uns a beaucoup d'analogie avec Vœux^re des autres. Leurs contorsions et leurs prophéties sont également ridicules. Seulement il faut reconnaître que la gloire de rinvention appartient incomestablement aux échappes des Cévennes, et qii'il ne reste aux sahimbanqnes, qui brillèiXMit , avec tant d'éclat, à Paris quelques années après, que l'avantage d'avoir étendu et perfectionné ce que leui*s prédcxesseufis
ANNÉE 1707. rS
avaient commence. Les uns et les autres ont été d*ailleurl également reconnus et tournés en ridicule.
Tandis qu'a Londres la populace s'engouait des trois fanatiques dont nous avons parlée et que la crédulité les transformait en prophcics véritables, les gens sages se moquaient de leui's jongleries. Le 6 janvier 1707, plusieur^ ministres protestants publièrent un écrit où ils moiittaient ce qu'il Fallait penser des trois Cévenols. Ceux-ci réclamèrent contre cette condamnation, et en appelèrent à Dit u. Il se trouva même dos écrivains pour prendre leur parti. MM. Daudé et Portalès attt'Stèrcnt que Vesprii parlait par la bouche de Marion. Fatio Duilicr, littérateur et mathématicien connu , se fit secrétaire des prétendus prophètes, et il persévéra dans son illusion jusqu'à sa mort, en 17.S3. Misson, protestant zélé, ancien conseiller au parlement de Paris, connu par un Foj^age en Italie, plein d'aigreur et d'emportement contre l'Église romaine, se déclara hautement pour les trois accusés, et publia , sous le titre de Thédire sacré des Cévennes^ un livre où il prouve s«ins réplique qu'eux et les antres inspirés sont réellement animés de l'esprit de Dieu. Les détails où il entre a ce sujet sont curieux, et Ion ne sait qui on doit le plus admirur, ou des fourbes qui ont su en imposer avec tant d'exiravagances, ou d'un écrivain qui raconte sérieusement ces scènes bouffonnes, cl qui voit le doigt de Dieu dans ces mensonges hypocrites; Son livre ne convertit pas IfS cnnimis de nos inspirés; Le 4 juillet de la même année, un tribunal de Londres condamna \in recueil de prophéties d'un de ces enthou-siasies.' Le lô octobre suivant, les trois consistoires des ^lises protestantes françaises s'étant réunis à Londres dans un de leurs temples, condamnèrent solennellement un ministre , Lions, qui s'était laissé séduire par les nouveaux prophètes, et qui aima mieux être déclaré suspens de ses fonctions que d abandonner cette secte ridicule. La contagion gagna même parmi les Anglais. Sir Richard Bulkeleyv un gentilhomme nommé Lacy^ un autre Anglak
appulé^Smi^.» §u^nl le mf^beur 4fl devenîp.a^sfî ff^t* phètes. Lacy,. ^iMre attirer, fit des n WAçie9 $ 4^(»(rH>M9 U
p9r-defi loiH-^'de çqrdiB très-i^urp^^enants, Il d^w^l i^ 4rQ##er dfH^ bpiiepx el ménm re$»u$qi(^ MO vfmh Q^*^h qucp api^Kientâ >çmpépliàreilt Iq succès dts; s^l prié4H^l«o&( iQ^s dispMiiejs Cnisai^ni du l>ruit. Il pana pliioiepirs «orils pour el QOQtrç» JLe gouvcroemenl commenç«il,4i<rit>n# à s'alannor di^ troubles qitooeaaionnaient k^ foti^'dei rofiigiés françnfe et 4« Laoy, lorsque le lord Sh^fijiMbnrY ^hïm m if^'^ 4ur PB/uhausiasme. Il y étendit- «a QPh tîqii^ l)in }^$ipbj^U lai pins res|)i!ctnbte9, el Ofi «'«isi p9l cfi quô iH>u9 ^ouiortf) approuvtT. Mais il «e inp€|i)j|{a¥$|ii'« du ton le plus g^ii et le plus spirituel , déa Ça|)(^(ktô^^,;q1lj p^ pjUPQiU ^ rt^jcvQr de ce coqp; cl i| qbs^rv£|it^ D^^rê aiMnrs^ que parwî les réfitf»ié3 v«nn* en A0gl4?H*rrei H y avait bi^aticoiipde canaille et à^ geps sait^ im^eurs^. q{M; ia France n avait pas eu lre»pde tort de punir el daqbaparr^ Lo livreniéme de Mlsmn prouve la ^éf if4 .d^ O^M^ r#r marque^ ot pn y loii un d(« ir^spii^ aYOUei? levd^i^llg^^ mcDt de ses instirs. De leU pmpbèiirs. n-'oiai^t^ pf^^aMI pour inspirer beaucoup de confianoe..' Au^si il pai'a)t qiilNl perdii-ent peu à peu leur vogue ^ et qii'ila (oq^bôr^iH d^l le mépris qu'ils piéritaienthi bien. ,. . ;
*tf^lM â5 janvier. MA»DCMr^T dostn^^ A NA|iKiii;»;Ka
U. DK< ToUBVOli « COUTUe LES Cl^.aéKOIllES ClllN0IS9a4 (|fett$
ayn«>^ laissé, en 1704, le légat partant de PoncUdiory) Il ne prit terre à la Chine que le 8 avril 1706, paftît 4.0 GanMn peur Pékin, le 9 septembre, et arriva d^na.^#it9 devfvière vill« après deux mois de vo^a^. Le 31 ctu.méilQiEi mois, il^ut une pneaiière audience du lempereuril^fll^inY qai régnait alni s en €bine^ et eui uxui lieu d« se Innciï db ) accueil qu'il e» reçut* D'Avrigny, d^M lo réctl^nHlt fait de celle ambassade, ne donne pas une battit^ îdéif tfifi la mbdératiâii el des lumières de M.' de 'lo^rnon;^' aiijlia^4[ua de' IL Maigrot, éyéquede Gniqn« et, vioaÂre fip«alqilîque; Ihiy <fet éeri valu ne parait oceupé qofa jnsti&eiy eteifc éà
i^qiii favorisaient les péréroopi^ff cbinoipen. Qlk4itl^'^i V^-iy^^f^^^ pour ri«p 1^ lenûoippl id^s s^utjt^es ipfNiio0n9irei, {>i^)pnié4u l^gat^l Ip^diéciâioqsduSniau 9iàs^ Oui^ dernière r^ispf} seqle ^^r^îl d^ i^ptenir nxi «eligienx, qni^danâ toute aptre occasion, f<iit prof^ion d'Mf tost^ect i^liq)(» et d-un %èle iMuaMm pP^r le«.JMR^ mtM% 9pMlolvi«e9. Qqot qu'il en fioU » le jlégat , d^nf^ uiia autre audience 9 ayant parlé à l'emperepr.d'une nàaqi^r^ IMM^îTstopable aux cérén^onit;^ tolérée^ par |^$ 4^i^$9 ^^ HirMaigr^t;, que le princ^ avait jci té dpy^pjt (pi, fiyai^t mmfiié Ie9 oiéiBiefl ditspo^tion^ » r^inp^ieiir^ i|[iCcoiM€|Ut| M<figBÀ&w h |M. de Totiruon un o^^driç di? retpurnii^r <IP lkii»pe«iP^p ftprès il bannit d^ 409 £(nls Tévtiqne d^ ÇoDontid deux Autres missionnaires. On a denx l^Krf^s ^râies.d^as.c^ leiMps parle légiu, Tuna à Al. Maigvott l4i»lM.fiuii. ^éatiites résidant è Pékin^ il y incMipQ (oriç^ «ieati ces religieux 4 et leui? reprocite d'aviaip «bii^é da kuii lalrofii^ auprès du prince pour irayerser » légation. Uipti'Rtl4'en eÔel* qaeces pis.sionnaîres ne çiit^vcU^'mt ^ fûfavQisiser la oiission du patriarche d'Antioplie' .xli. de Tûurnon ne croyant plus avoir rien à ménager apèftiledfaitement qu'on lui avait fait éprouver, donna à Kftnluiir aon Handcmcnt pour défendre les sacrifices que l(e8:fihltiois ont accoutumé de faire k Gonfucius et à leiirs ane^rcf^ et pour interdire Tusago des tabletiea et oeUii 4c0.inols £imfict J<â^ pour signifier Dhu. Il annonçait eDîliiéme. temps un décret rendu à Rome, le 30 novenir W6:17§4, t)ar lequel le Papeapprouvait en grande partie Is-iHaiiiienient donné par M« Maigrot, en 1693, et ot^on* Mbdeseooniiurmcr aux décisions annexées à son décret* 6alte Buforilé eûl d finir la dispule. Mais le légat n'ayant fB8 joiia le décret du Pape à son Mandement, les partir oini'dbs cérémonies proscrites trouvèrent encore ce pré^ MlI0 pouir ne pas se soumetire. Cependant Tempereur de fei^^îtie^ icrrité de la démarche que venait de faire M. do TMpiioti / ordonna de le conduire h Macao, oti il riesteraii adua^b^gardoides Portugais. Celait le livrer à ses eanee
tnh. Les Portugais raccusaient d'avoir présenté contAT eux des mémoires h h cuiir. Il Tut donc conduit à Macsiorf^ éirotlëment giirdé dlrailéavec rigueur. Le Pape l'avait,dans le même temps , déclaré cardinaL Cetic dignité n'adoucit point sa situation. Les évé(|ues d'Àscaldn et de' Macao et les Jésuites appelèrent au Sainl-Siége du Mandement du 25 janvier 1707, dont ils prétendaient l'exé-cution impossible. . i ^
La position des missionnaires en Chine devenait de plns' en plus fâcheuse. L'empereur, antérieurement aiî Mandement, avait rendu un édil qui leur défendait de restier en Chine , à moins qu'ils n'obtinssent une pc*rmii»ion par écrit, qui ne devait leur erre accordée c|u'api es qu'ils auraient approuvé les honneurs usités envers Gmfucius^ et promis de ne plus retourner en Europe. QuelqiH*s mis^ sioiinairesse virent donc bannis. Mais la plupart parvinrent à se dérober aux recherches, et restèrent dans le pays en observant le Mandement du légat. Les Jésuites furent presque les seuls qui prirent des lettres-patentes ioipériales. Ils déihiTsirent leurs raisons dans leur appel du 28 mai 1707, qui fut signé de vingt-deux d'entre eux. Éi princi|)ale était la ruine du christianisme, qu'ils a»«: nonçaienl comme la suite inévitable de la démarché dit légat. Ce malheureux prélat, toujours retenu à Mabaoy y essuyait toute sorte de mauvais traitcfuents^ Kang-lir avait ordonné qu'on le privât de toute commùnieatioiïv même avec les missionnaires. Le vice-roi de Goa, Tairche^ vcque de cette ville et révéi|ue de Macao, lui avaienf fait signifier une défense d'exercer aucune juridiction.) Ce dernier se laissa surtout aller contre le cardinal à des excès inexcusables. En vain Clément XI, qui voyait a'voc douleur que dt^ chrétiens secondassent des infidèles, eir tourmentant un légat du Saint-Siège, écrivit en sa faveur h l'empereur de la Chine et au roi de Portugal. Il fil publier le décret du 20 novembre 1704, d'après Jtt|iiet M^de Tuurnou avait <igi. Il cassa les appels des évéques d'Asealon et de Macao et des Jésuites, et ordonnfi .re&ér
cution du Mandement. Il voulut même que les généraux .fitt^ ditrérenis corps religieux fissent passer ses ordres à leurs missionnaires, et à eetle occasion le P. Tamburini, général des Jésuites, promit de s'y conformer, de les exécuter, et de faire tout ce qui était en lui pour qu*ils fussent exécutés par les sujets de sa Compagnie. A celte promesse > il joignit une déclaration plus précise encore. Le 20 novembre 1710, étant à la icle de ses assistants et des députés de tontes les provinces de sa Compcignie alors ras^epiblés à Rome^ il protesta du dévouement le plus .invariable, de la soumission la plus respectueuse, et d'unfs entière obéissance au Pape et au Saint-Siège pour les durcis rendus contre les céiémouics chinoises, déclaranA que, s'il se trouvait un seul Jésuite qui ne les observât .pas,il.ne le reconnaissait plus comme un enOint de la Société, et le réprimerait de toutes ses forces. ,11 est étonnant qu'après des témoignages si formels, des. écrivains jésuites aient cru de leur honneur de soutepir encore des pratiques auxquelles la Société en corps .semliiait avoir renoncé d'une manière si solennelle. Les J^uites de Pékin eux-mêmes, écrivant au Pape, lui prOï^ .ipellaient de suivre, dans la manière d'annoncer rÉvjingile, les règles qu'il lui plairait de leur pre.vcrire. Comment se refusèi*entils donc à une soumission si souvent pronmé ? C'est ce que nous n'entreprendrons pas d'expliquer* U faut convenir pourtant que tous leurs mission- .naires; ne se fii*enl pas un point d'horneur de ne \\o\ut renoncer aux cérémonies condamnées. Les pères Vîsdelou .cl Konquet, devenus ensuite é^éques de Claudiopolis et d nleulhéropolis, et plusieurs autres encore, se sotnnirent des premiers au Mandement de M. de Tournon. Voyez, a ce. sujet, une lettre de M. Fouquet, où il montre quels sont le§ Jésuites qui connai.ssent et suivent mieux Tesprit de la Société. D'Avrigny aurait dû professer les mêmes sentiments dans ses Mémoires, et ne pas employer les mêmes défaites qu'il reprochait avec raison aux partisans de Janséaius et de Quesnel. U n'aurait pas dit que le car-
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atnàlîfé tcJliriiyh 'à'm%{4'c t'eàUtlj^ «« fîffe^faiM^çt àe prâ"g^, fet ^tié Te Pëpe prosti^î^fil leS cîérëftfdiily.^f^ét souJénir ce qu'avait Riît son /egàt. tôûS dfcâ iriîfs, rtcràd-
îl cul au uoiihcr rexéihpie. Quant a r?nrdfi«rié'ïégâf ', îl ïnonriU (fans sii prison, le 8 jitîri 17}d, tiariS IbS. àHnlîiiiénis dû pîê(ê cjirîl avaîl (oîijoufs fjill Jiaf^lîrè?» 'Ctfrmehl XI prononça son efbge en cbhèLstôii*6. AU '^êstë, IVuaire (les cérémonies chinoises 6'cclipàéiiCclte liHi^tèifaps ce Pâpc cl ses successeurs, * -
— Le 28 avril. Décisiôrf des mctîsûb^ itfTÎ/èililBlife
D^MeLMSTÂDT en faveur de là 1\iîLl(Jîb'l^ éATHCJLf^i. H
ëiâu qiu^sîion du miarîage d^Élisnbeth - Chrtsiide de Brunswick- WoH'enbutiel avec rafchkli'Kî d'^AlitricKe, çompcînienr de Philippe V pour la cbul'ônhe d^Ëspig^iey et depuis empereur sous le liom cle Charles VI. Célfe? j)rifrcesstî éUni hilliérîennë. Le due Lôùïi- li'odbl|ifiè j éëh pcré, çr-ut devoir dcJusùMel^ .<'iii^ sdri ÏÀàHàgé lesfthftHc^ gîëhs du duch(3 (ic Brunswict. Lès doèfeulrs'dë TrihlVersîïe d'ÏIehnsladi furent donc àsscmbJés à cèsdjet, et Ahrès avoir ëxamin(3 celte affairé suivant les pVîricip^rf de fciii' çoiDmunlon, ils signèrent la consultiitioh sniVàiitd|^(:|Qd tfèts donnerons telle que la rapportent les ëcrî^s du telriprf (1)* ((§ur fa demande qui nous est faite, si liné f^finèësrè proles^iinie peut en conscience se faire càihofîqiiéïtàlflic d^un mariage h conlracter avec un prince câtliôfiipié^, ôti ne peut slalucr avant d*avoîr dëdide cléûiC dnfesttoW : 1« SI les caiboli(uies sont dans lerreuFdanfi le rbritl ôb
qu on ne pei Ou rëpoud que les catholiques ue soiit pa^ dailé rcH^ébir
*- . (i) HUtmre é$VBmi>k^j par Uciàs : nonvt^Ue éiUtioii« Ptrifi i^i | ^ f^. ÎD-^*. V* le 1» volume.
AmÈE 1707. ièi
teVIô ftrid dé tedocirtfie, erefiî'oh petil Èé iaw¥ef aàiy§ewie fMtgiôh, 1* [tofëëtnife les cAihoJîqnéi ont Hvrd Mtti \ti nidiiies tiriiicipc^ de hi foi. Cnr le principe éditdic d(3 la (6\ a de Itt rrlîgibri chrrficjnnè, cotisisie tn fcéqilé rtou^ cta^àM nH UieU te Père qui rlouK a (^rëcS, nu FiU de Dtëii , meisie et «âùtetïr qwi nbtis avaî! éié promis, leqnet nfiuAii éfffclfvcmenl snurés de la moH db prché, diif diable cl dé Teufer, et au Sninf-Esprif qui rionà a cclaîrés; !li)u« lippi-ertons des commartdomenrs dé Dieu la matiiëre Aiiît-Tiaùs devons vivre envoie Uien él le prochain. Le Pèif&t^ iiosfer noua apprend cxjmmcnt tious devons prier. Kbii^ llpl^rènons aussi que hbils devons nous $ei*vîr du bk'ptôhtë et dé la saînie cène, puisque lé Seigneur les a hiisfiUiëà et ordonnés. Il faut ajouter a cela que Jésns- GHHst donne aux apii^eâ et a leurs sucCtSseurs le pouvoir â'àtiiidncer aux pécheurs pénireiits le purdon de léur^s péûhéis, et au!t îuiponiients Ifi colère de Dieu et son châttmèiit, ei par conséquent la puissance de retenir les pééhés de ceux-ci el de les renielire aux àutréè; et c'est pont cela qxte voulanf éire absous ati tiûni de Dieu; nbus nblf^ IrouVoris quelquer/isau confcssidnual pbur déclafér ft (tàhfeSSer nos pochés. Tout Ceci se trouve dans notre Càt^hUmé, qui est Un abrégé de la docirine chréïicuue, tîk*ée des Saints pères et des apôires. Ce Caléchîsnne , qui ^T è'ôHimuti aux catholiques et aux protestants, renforiïie foiiS-feâ principes du déealoj^ue , le Tater nosfer, les pa- ^Irè dé Notre Seigneur Jésus-Christ^ louchanl le baptême ëi là cène. Dans la préficede la C()nfession d'Augsbôurg, niiti^ fisûhsque les catholiques et les proieàtants combattéhl ious suus un même Jésus-Christ. Elle dit encore, dans fa conclusion du second article, qtié notre docirine n'est pas cûntraire à la doctrine de l'Église rôtnaine. Nous iaVbiis même que parmi les catholiques il se trouvé des gens doctes et vertueuk qui n'observent pas exactement lés additions humaines, et qui li^ipprouvent pas Thyjk)cHèié qûé les autres pratiquent.
^Nôuè répondrons j V^ que PÉglise catholique est la Vé-
rî table église, parce que c'est une assemblée qui écoute la parole de Dieu , et qui reçoit les sacrements iusliitiés par Jésus-Christ. C'eft ce que personne ne peut nier. Au* tremenl , il faudrait dire que tous ceux qui ont été et qui sont encore dans TÉglise catholique, seraient damnés^ ce que nous n^avons jamais dit ou écrit. Au contraire, Philippe Mélanchton , dans son abrégé de V Examen , veut montrer que TËglise catholique a toujours été la vraie Eglise, ce qu'il prouve par la parole de Dieu. La doctrine de leur Gitérhisme le persuade, en ce qu'ils admettent les Commandements de Dieu, le Symbole des aputres, TOraison dominicale, le Baptême, les Évangiles et les Epitrcs. d'où les fidèles ont appris les principe de la vraie Toi. L'£5>lise catholique enseigne, aussi bien que nous, dans les écrits el dans les sermons de ses docteurs, qu'on ne peut cire sauvé que par Jésus-Chri>t , et que Dieu n'a pas donné un autre rrom aux hommes par lequel ils puissent être sauvés que le nom de Jésus-Christ^ que les hommes ne sont pus seulement justifiés devant Dieu par Paccom plissement de ses commandements, mais aussi par la miséricorde de Dieu et par la passion de notre Seigneur Jésus Christ. Cnr TÈglise catholique croit comme nous, et a toujours enseigné que, depuis la création du monde jusqu'à présent, pei\sonne n'a pu être sauvé que par Jésus- Christ , médiateur enti*e Dieu et les hommes. Les docteurs catholiques et ceux de la confession d'AugSr Iwurg enseignent également que les péchés ne peuvent être renus que pnv les mérites et par les souffrances de Jésus-Christ. A l'égard de la pénilenee et des bonnes œuvi*es, les protestants et les catholiques conviennent de toutes ces choses, et toute la difTérence qu'on y peut rencontrer ne consiste que dans la manière de parler.
Ayant examiné toutes ces choses sérieusement, nous déclarons (|ue dans TEglise catholique romaine il y a le véritable principe de la foi, et qu'on y peut vivre et mourir chrétiennement; que par consé(|uent la seiénissime princesse de Wolfenbuttel peut Tembrasser et se
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marier avec Tarchiduc , principalement si nous considérons qu'elle n'a pas cherché à se procurer ce mariage directement ni indirectement; mais qu'il lui est présenté par un effet de la divine Providence; et en second lieu , parce que ce contrat de mariage pourra être utile à son duché, et peut-être contribuer à obtenir une heureuse paix. Il faut pourtant considérer qu'on ne doit pas la contraindre d'abjurer la religion protestante, qu'on ne lui fasse point de controverse, qu'on ne lui propose point d'articles de foi contraires à la sienne. Mais il faut l'inatruire brièvement et simplement des choses qui sont nécessaires à son salut, par exemple, de l'anéantissement de soi-même, de la pénitence continuelle, de rhùmilité devant Dieu, des misères de la vie humaine , de la charité envers les pauvres, de l'amour de Dieu et du prochain. Tout cela sont de bonnes œuvres qu'enseignent aussi les catholiques. »
Telle est cette décision fameuse que nous avons cru devoir citer en entier, parce qu'elle est curieuse et peu connue. Elle a donné lieu à bien des réflexions, a Pour- » quoi donc , dit. ici le continuateur de V Histoire d^Jtn-- » gleterre de Rapin Thoyrasy pourquoi donc tant de fracas » et de sang répandu pour réformer celte religion dans » laquelle on peut se sauver, et dont la doctrine est bonne? » Que deviennent les accusations de Luther contre cette » Église, accusations qui ont été , à ce qu'il a prétendu, » Tunique fondement de sa séparation (1) ?» Ce raisonnement de l'historien vint à la pensée de tout le monde. Les journalistes de Trévoux s'en servirent avec avantage pour faire ressortir l'autorité de l'Église romaine, et la vérité de son enseignement reconnue par sçs ennemis mêmes.
Aussi les luthériens surent-ils mauvais gré aux théologiens d'Helmstadt de leur franchise. Il n'y eut qu'un cri contre eux. Leibnitz lui-même, quelque modéré qu'il fut, ne montra pas moins de vivacité que les autres. Il
(i) Histoire d'Angleterre, loin. XII, page 206.
T. I. âl
éct*ivit à Fabricius qu'il fallait désavouer la consultation. Il réConiiàtt pourtant dans cette lettre qu*uu catholique tt (SëUt tii^river au saltlt, puisque le Fondement est sauté n dans bette Église ; mais il ajouté naïvetnenï , qu\\ ne » faiit (Miii ttaitet* cette métbé Église avec tatit de n)ëtiail getbetlt, jparcë que le droit de Son J)rincfe (télectefolt % d'Hanovre) sur la courohnê d'Angleterre n est fondé t) que sur la haine et la proscriptioU de la religion toifiaine * dans ce royaume (1) ». Quelle pàUVfe ttiison potli^ tiii si gratid esprit, dans une question ne cette Importante !
Quoi qu'il eti èoit, les réelamattons ftirëtit si Vive* , èl lé paHi proti^Stant se plaignit si hautement , i^tte \& théologiens d'Itelmstadt furent obligés de revébir sur leurs pas. Il n'y a pas de doUle que l'intérêt dé rélecteur d'tianoVré n'ait influé aussi sur leuf rétt^ctatioh. Les Anglais s'étatebt surtout élevés avec vigueur cotitfe \A dé- .cision, et les liens du sang engageaient là maiâob dé Brunswick- Wolfenbultel à favoriser les prétehtîons dfe la branché de Brunswick-Lunebourg. L'université d'fléllnstadt donna donc , le 7 septembre 1708, un acte par lequel elle désavouait et condamnait la déclaration précédente , comme Contraire aut dogmes de sa comknunion. Mais le coup était porté, et ce désaveu tardif ne parut point infirmée la force de la première décision. La princesse , qui y avait donné occasion, embrassa cette communion qu'on lui assurait être bonne. Elle fit sob abjuration sôleiltielle , le 1" mai 1767, dans la éathédrale tic Bamiberg, entre les mains de Lothaire-Frânçois de St^hœnborn, archevêque de Mayence, et Sé rendit ensuite en Èâpàgné auprès dé rarchiduc. Elle eut la satisfaction de voir plusieurs membres de sa famille prendre le même parti qU^elIe.
Soti OTand-pèfe, Antoine^Ulric , duc règhatil àe BrUbs- WÎck- WôlfenDUttéi , fit âiissi abjuration entre lés mains du même archevêque dé Slayence. îl en instruisit le Pape
(1) Tom. V de ses OEutres, Ëp^ h ^abriciUi, page 184 et suivantes . ]
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par une lettre du 11 janvier 1710, à laquelle le pontife i^pondit par le bref le plus affectueux, en date du V* fétrier. Il témoignait sa joie de la démarche du prince , mais comme cette démarche était encore secrète , il Pexhortait à la rendre publique , et lui exposait les raisons qui devaient l'y porter. H le pressait encore à ce sujet dans un bref du 19 avril. Le duc se rendit à de si sages œnseils, et fit une abjuration publique à Bamberg, entre les mains de Tarchevéque, qui était aussi comte de cette ville. Clément XI les en félicita l'un et Fautre le 19 mai. Le même jour il annonça la conversion du duc au consistoire, et se réjouit d'un si grand exemple donné au monde. Le dnc se montra toujours depuis zélé pour la religion. On a dix brefs qui lui sont adressés, et où le Pape le loue de ce qu'il avait fait pour les catholiques, ou bien réclame de lui de nouveaux services. Il lui fit présent de deux tableaux de Carie Maratta. Il ne crut point pouvoir lui accorder un nouveau vicaire apostolique^ parce qu'il y en ftvait déjà deux pour les missions du nord , savoir : l'évéque de Coinbra, suffragant d'Osnabruck, pour le t)anemark , la Suède et la Norwége, et Auguste-Etienne, évêque de Spiga , pour les églises de Brunswick, de Brandebourg et d'Hanovre (1). Il réfusa également, en 1712, la demande assez singulière que fit le duc de lui permettre la Communion sous les deux espèces. Antoine-tJlric fit bâtir à Brunswick une église pour les catholiques , et rendit une ordonnance pour assurer le libre exercice de la religion dans son État. Il mourut le 27 mars 1714. On â publié sous son nom un écrit intitulé : Cinquante raisons qui ont engagé le duc ^nloine- Ulric à embrasser la religion catholique ^ écrit qui a eu beaucoup de vogue en Allemagne et en Angleterre.
(0 L*étéqAe de Oolnbim moarnt en I7l3, et ent potifr socceèsettr dans la minion dn nord Hugues de Goertc, a«ssi raffragânt d'Otnabruclc. L'évéqat de Spiga, Stcfnni, visita, «Nt-on, avec assiduité les égiises soumises à sa juridiction. Il paraît qu'il motirut à Francfort. Clément Xtl lui donna pour suc-' cetacnt IleaH'-IièôpoId Sckossct, évêqne d'Héféiople, ffwi lut privé d«i ricariat en 1745 et remplacé par Jcan*Guillau<v.e Fwickel, ércque d'Âréthute: [Archivée de la propagande,)
L'exemple d^Antoine-Ulric eut des imitateurs dans sa famille. Henriette-Christine, fille du duc, abbesse luthérienne de Gandersheim , fit abjuration en 1712 entre les mains de Florentin, abbé de Cochia; quatre ans après, une autre fille du duc , Augusta-Doroihée-Eléonore , mariée au comte de Schwartzbourg-Arnstadt , fit aussi abjuration entre les mains de l'archevêque de Mayence. Le Pape adressa à ces deux princesses des brefs affeotueux. En peu d'années, quatre personnes de cette famille rentrèrent dans le sein de l'Église. On eut même l'espérance que la sœur de Timpératrice Elisabeth , Charlotte-Louise-Ghristine-Sophie , qui épousa en 1711 le prince Alexis, fils du czar Pierre, suivrait cet exemple. Le Pape excita à ce sujet le zèle du duc Antoine-Ulric et de rimpératrice , mais ses espérances ne paraissent pas s'être réalisées.
Dans le même temps à peu près, en 1712, Charles- Alexandre, depuis duc régnant de Wurtemberg, rentra dans le sein de l'Église romaine , et y persévéra jusqu'à sa mort^ en 1737. Le second de ses fils, Louis-Eugène, suivit son exemple. C'est le même qui demeura longtemps en France, où il élait lieutenant-général des armées du roi, et qu'on a vu à Paris livré aux exercices de la plus haute piété. Christian-Ulric , duc de Wurtemberg, et cadet de sa branche, né le 27 janvier 1691, abjura le luthéranisme à Rome, le 26 janvier 1723.
Son fils, Frédéric-Auguste II, fit aussi abjuration. Les landgraves de Hesse-Rhinfels s'étaient également retirés du sein de l'erreur. Le duc Guillaume élait mort catholique en 1725, et ses successeurs paraissent avoir continué à professer cette religion.
Puisque nous avons commencé cette liste des conquêtes de l'Eglise, nous citerons de suite quelques autres princes et personnages célèbres qui se réunirent à elle dans ce siècle. Une princesse de Wurtemberg -Montbéliard fit abjuration à Maubuisson, en 1702. Dans ce même lieu mourut, en 1709, la princesse Louise-HoUandine, fille de
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Frédéric Y, roi de Bohême et comte palatin du Rhin. Elle avait quitté ses parents pour être en liberté die renoncer au calvinisme qu'ils professaient (V. p. 137). Elle se rétira en France oii elle vécut dans la pratique des vertus du doitre. Elle était sœur de cette princesse Sophie qui fut appelée , elle ou sa postérité , à succéder au trône d'Angleterre au préjudice du fils de Jacques II. Marie-Élisabeth de Bavière , de la branche de Deux- Ponts, chanoinesse d'Herwoorde, se fit catholique à Paris, le 4 mai 1700, et se retira aussi à Maubuisson. Clément XI lui écrivit un bref de félicitations. A deux époques difierentes , deux ducs régnants de Deux-Ponts , Gustave-Samuel-Léopold et Chrétien II, se firent catholiques. Le premier alla exjprès à Rome pour se réconcilier avec le Saint-Siège. Le second se déclara catholique en 1758. Son frère, le prince Frédéric, avait fait la même démarche en 1746, et la religion catholique s'est conservée dans cette branche , qui a hérité successivement de l'électorat Palatin et de celui de Bavière. Deux ducs de Holstein-Beck , Frédéric-Guillaume et Charles-Louis , renoncèrent à la communion de l'église luthérienne.
Maurice-Adolphe-Charles, duc de Saxe-Zeits, donna un exemple plus signalé encore. 11 abandonna la confession d'Augsbourg, et quoiqu'il fût l'héritier de sa branche, il entra dans l'état ecclésiastique, à l'imitation de son oncle, qui était devenu cardinal et évêque de Javarin, et qui mourut en 1725. Le jeune duc devint aussi par la suite évêque de Eonigsgratz , et mourut dans un âge peu avancé» après avoir perdu par son changement de religion presque tous les avantages temporels auxquels sa naissance lui donnait droit.
On cite encore parmi ceux à qui leur conversion coûta des sacrifices , Ferdinand , duc de Courlande. Il était issu de ce Gothard Kettler,- maître des chevaliers teutoniques deLivonie, qui avait embrassé le luthéranisme au seizième siècle, et avait fait ériger la Courlande en duché. Ferdinand, devenu héritier naturel de cet Ëtat, ne put
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s'en mettre en possession» ayant eu è combattre à la fois et Vambiti^ de (a Russie et les préventions des Gourlan* dais, qui ne voulaient point d'un souverain catholique. Il fut obligé de se retirer à Dantzick, où il mourut en 1737, dans les pratiques de la piété.
Trois princes de Hesse-Darmstadt se firent aussi catho* liques dans ce siècle. Nous ne parlons point de plusieurs autres Allemands, qui n'étaient point de maisons fiouve* raines, mais qui appartenaient h la plus haute noblesse, et qui s'unirent en différents temps à l'Eglise romaine. Le comte Nicolas Bieik, Suédois de la plus haute noblesse, embrassa le catholicisme, fut banni de sou pays et se retira à Rome^ où Clément XII le fit sénateur de la ville, en 1731 . Dans une classe inférieure, nous ne citerons que deux ou trois savants, dont la conversion fit du bruit. Le premier est Ludolphe Kuster, luthérien, critique habile et helléniste distingué, connu surtout par une édition du Nouveau-Testament grec de Mill. Il fit son abjuration à Anvers, dans l'église des Jésuites, le 25 juillet 1713, et mourut quelques années après. II parait qu'il était venu, se fixer en France. L'autre savant est Jean-Georges Eckbart ou d'Eccard, ami de Leibnitz, et professeur à Helmstadt, puis à Hanovre, versé dans la connaissance des antiquités ecclésiastiques et civiles d'Allemagne, et auteur d'écrits estimés sur ces matières. Il embrassa la religion catholique à Cologne, en 1724, et rendit compte de ses motifs dans une lettre au prélat Passionei, depuis cardiuaU qui parait avoir eu part à ce changement. M. Jean Oiter, Suédois, et savant orientaliste, se fit catholique en 1727, passa en France, et y fut accueilli comme il le méritait. Il y obtint des places avantageuses^ et mourut à Paris en 1 748 .
Nous avons réuni ici ces exemples que la première moitié du dix-huitième siècle nous a présentés du retour à la foi catholiqup, afin de faire voir qu'à une époque où la religion fit tapt de pertes sous un rapport, Dieu la consola par des conquêtes glorieuses. Il voulait sans doute prouver aux hommes que son bras n'était point raccourci,
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t9Avi 99 BKJG p^ Savoiv, Cea t^ptreprbe» avaient oomr i|»ippé 0QP9 le pontificat praca4anU csotnine on Ta vu dans rintmluQtlon ; mm ellea prirent dans oe «^le un caracr lèm pins fiàobeux encore. Clément XI avait pourtant es^ sayéi dès son avènement au pontificat» de pacifier ces dit férents,. 11 avait fait faire des propositions d'accommoder ment au marquis Graneri, résident du duc à Borne; mais celninsi n'y répondit que par d'autres propositions qui, Join d*étre un projet d'accommodement, tendaient à consacrer d ei^eessives prétentions, et durent être rejetées. Le Pape chargea le cardinal Speralli de conférer aveo le résident; mais celuiHci partit de Rome avant qu'il y eât rien de conclu. 11 voulait que son souverain^ dans ses rapports avec le Saint-Siège, fût traité comme roi; on lui répondit qoe ce n'était pas un bon moyen d'essayer d'obtenir, par des voies de fait et des violences, ce que le duc n'avait pu obtenir des autres puissances, malgré ses sollicitations. Dans le même temps, en l'absence du duc, l'auditeur de la nopoiaXure à Turin, Alexandre Codabo, qui était chargé des aflbires depuis la mort du nonce Sforza, reçut inopi«nément l'ordre de sortir dans deux jours de cette ville, et dans quatre jours des états du prince ; et on ne lui permit pas d en instruire le Pape, comme il le demandait. Son arime était d'avoir jugé dans une cause portée à son tri*» bunal par le couvent de Yeirès. Par-là, disait-^on, il avait empiété sur la juridiction du sénat. De plus, on lui reprochait d'avoir pris le titre d'internonce dans une publication d'indulgence.
Le 16 mai 1702, Clément XI adressa au duc un bref tout paternel. Il se plaignait des entreprises réitérées des magistrats contre l'autorité ecclésiastique, et l'exhortait à y porter remède. Il employait les motifs les plus près* sants pour le déterminer à faire cesser ces empiétements.
11 avait chargé récemment le cardinal Barberini de faire des représentations au prince. Mais Yictor-Amédée, soit qu'il fât%*ompé par ses ministres, soit qu'il fût absorbé par les intérêts de sa politique, n'eut point égard aux plaintes du Pontife. Quand il reçut le bref, il venait de frapper un nouveau coup. Un édit fut publié le 3 mai 1702, pour exécuter, interpréter et étendre un édit d'un duc de Savoie en 1563, édit qui depuis longtemps n'était pmnt observé. Cet édit déclarait tous les religieux morts civilement et incapables de tester et de recevoir des successions. Il étendait cette disposition à tous les corps ecclésiastiques séculiers et réguliers, aux chapitres des cathédrales et des collégiales, aux chevaliers de Malte. Les hôpitaux et l'ordre militaire des SS. Maurice et Lazare étaient seuls exceptés. On ajoutait dans le nouvel édit que les religieux et religieuses qui auraient porté l'habit d'un ordre pendant six ans, quand même ils n'auraient fait aucun vœu ou seulement des vœux simples, seraient censés morts civilement et privés de tous droits civils pour le passé et pour l'avenir. Ils étaient privés de la faculté de posséder leurs propres biens, quand même ils quitteraient leur habit. Il était interdit aux couvents de rien recevoir des religieux lors de leur admission, si ce n'est 1,000 florins : pour les religieuses, une somme était fixée dans Tédit suivant les localités. Enfin, ce qui ajoute aux rigueurs de cet édit, c'est qu'il devait avoir un effet rétroactif. Il fut enregistré au sénat de Savoie, le 17 avril 1703, et modifié pourtant, quant à la cause rétroactive et quant aux biens possédés paisiblement par les communautés. On dit que les dispositions diverses de cet édit excitèrent tant de réclamations, que l'exécution en fut ensuite suspendue.
Les sénats de Turin et de Nice continuaient leur système d'envahissement sur la juridiction ecclésiastique. Le premier prit sous sa protection un prêtre du diocèse d'Acqui, déclaré suspens par son évêque, et l'encouragea à continuer ses fonctions, malgré la suspense. Il soutint de même un Franciscain qui avait suscité des troubles
dans son ordre. Le sénat de Mice condamna Tévéque de cette ville dans une affaire de sa juridiction, et le menaça de la saisie de son temporel.
Un autre sujet de discussion s'éleva à Toccasion de HHelques fiefs situés dans le territoire d'Asti, et relevant da Saint-Siège, qui depuis plusieurs siècles y exerçait les droits de souveraineté. Les officiers du duc vexèrent les habitants de ces fiefs ; on y envoyait des soldats en quar- * tier d'hiver ] on forçait la population de contribuer aux frais de passage dés troupes. La cour de Rome réclama, et le cardinal Camerlingue fit signifier aux syndics et vassaux des trois communautés de ne reconnaître pour souverain que le Saint-Siège. On fut mécontenta Turin d'un acte si naturel, qui ne faisait que constater un droit ancien et universellement admis ; et la chamhre des comptes fit paraître en septembre 1702 une ordonnance pour obliger les syndics et habitants des communes à ne reconnaître pour souverain que le duc de Savoie. Tous s'y re« fusèrent, malgré les menaces qu'on employa : on en arrêta plusieurs qui furent envoyés en prison ; et un d'eux, qui avait tenté de fuir, fut tué à coups de fusil.
Le Pape, dans la bulle du 17 mai 1707, récapitule tous ces griefs^ il se plaiut de la persévérance des magistrats à entraver ou annuler Tauioriié ecclésiastique, malgré les avis paternels qui leur ont été donnés à plusieurs reprises. Il se plaint également des abus de pouvoir des officiers du duc, et condamne les ordonnances et arrêts dont nous avons parlé, défendant de les observer, et déclarant que ceux qui les exécuteraient encourraient les peines canoniques.
Si cette bulle n'eut pas tout l'effet que le Pape pouvait en attendre, elle était du moins une protestation contre des actes qu'il ne fallait pas laisser prescrire. La situation des affaires ecclésiastiques en Piémont devenait de plus en plus fâcheuse. On dépouillait de jour en jour les évêques de leur juridiction, et les laïques s'accoutumaient à statuer sur ce qui était le moins de leur ressort. Plusieurs sièges étaient vacants, et Ton ne songeait pas à les
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remplir. Il ny anii plisi depuis longiempi de nouée à Turin. Les peuples s -alarmaient de ces discussicms et de leur suite : ou leur faisait espérer de temps en temps un prochain accommodement ; mais rien ne se réalisait.
En 1710, le comte Gubernatin, qui avait déjà négocip à Rome, y fut renvoyé pour traiter d'un projet d^arran« gement. Le choix n'éiait pas d'un bon augure pour le succès de la négociation. Le comte dans une première mission s'était montré exigeant et difHcuitueux. Son zèle à ' soutenir les doctrines les plus fausses des ennemis les plus déclarés du Saint-Siège, ses écrits remplis de préventions, avaient été seuls des obstacles à une heureuse issue des soins de cet envoyé. De plus, il ne voulait point avoir affaire aux congrégations qu'il est d'usage à Borne d'établir en ces rencontres , parce qu'il prétendait qu'elles étaient défavorables aux intérêts de sa cour. Il consentit avec peine k traiter avec l'auditeur du Pape, et iBut avec lui des conférences chez le marquis de Prié, ambassadeur de l'empereur k Bome. Mais elles se passèrent de sa part, plutôt en déclamations contre les droits du Saint-Sîége, qu'en propositions bienveillantes et raisonnables d^aooomr modement. Le Pape fit vainement toutes les concessions que lui 3uggéra le désir d'arriver à une conclusion. Gubernatin partit de Borne en mars 1711, sans avoir rien terminé; à son départ, il publia un compte-rendu de ses négociations, rédigé dans l'esprit qui y avait présidé} on y répondit la même année par un exposé des faits.
Clément XI témoigna au duc de Savoie, dans un bref du 5 mars 171 1, ses regrets de cette triste issue de la nouf velle négociation. Il engageait ce prince à examiner les choses sérieusement, à se défier de ceux qui montraient tant de zèle à étendre son pouvoir aux dépens de TÉglise, et h se bien persuader que c'est plutôt le respect pour l'autorité spirituelle qui affermit les états.
Mais de nouvelle^ atteintes venaient d'être portées aux droits du Saint-Siège. L'abbaye de Saint-Bénigne de Frultuaria, au diocèse d'Yvrée, étant devenue vacante en 1710,
la chambre des copoiptes de Turin voulut profiter de Tocca* sioii pour étendre «es attributions ; et, sur rinsistance de Vauditeur patrimonial général, affectant un grand zèle pour les droits du pripce, elle fit afficher sesarmes sur lab»* haye» et noinœa un juge pour y exercer la juridiction et un économe pour y percevoir les revenus. Or, cette abbaye, depuis sa fondation au onzième siècle, avait toujours relevé du Saint«-Siége pour le spirituel et pour le tempo* rel, comme le prouve une suite d actes, de rescrits et de documents réunis dans un recueil publié en 1732. Les droits du Saint-Siège étaient tellement bien établis, que sous le 4^0 Cbarles^Gmmauuel, dans le siècle précédent, quel<ques voies de fait et quelques violences ayant été exercées par les officiers du prince sur les terres de Tabbaye, il s'empressa, sur les plaintes du Pape Clément X, de répa^ ^ rer les dommages et d'indemniser les particuliers. Malgré ces précédents, une ordonnance du lô septembre 1710 attribua su duc Téconomie de Tabbaye. Un bref du 27 octobre 1710 revendiqua les droits anciens et incontestés du Saint*Siége. Il y eut plusieurs actes de part et d autre ; mais les officiers du duc appelèrent la force à leur secours. Des soldats envoyés sur les terres de Tabbaye maltrai^ tèrent les habitants, saisirent les revenus et commirent beaucoup d'exactions qui sont détaillées, au tome T' du Ragione délia sede apostolica nella controversia cona corta de Torino^ 1732. On trouve aussi dans les œuvres de Clément XI, tome r", plusieurs rescrits et monitoires relatifs aux violences commises pour s'emparer de cpXlt abbaye.
Le même Pape eut encore à s'élever dans la suite de son pontificat contre des atteintes portées à lautorité ecclésiastique en Piémont. Une ordonnance rendue à Caeal, le 7 juillet 1715, défendit d'avoir égard à l'excommuni*^ cation portée par Tévéque de Ca^al, contre le comte Jacques Nemoun, qui avait troublé de la manière la plus scandaleuse la procession du Saint-Sacrement, malgré les remontrances du prélat. L'ordonnance accusait Tévêque
d'avoir rendu une sentence injuste et précipitée, le menaçait de la saisie de son temporel s'il molestait le coupable, et allait jusqu a défendre, sous peine de mort, d'observer l'excommunication. Une déclaration pontificale du 28 juillet condamna et annula cette ordonnance. Une autre déclaration du 18 août 1719, était dirigée contre un arrêt du sénat de Turin qui défendait de mettre à exécution les bulles^ brefs et rcscrits de Rome, quand ils ne lui auraient pas été présentés et qu'il n'y aurait pas apposé son visa. Enfin le Pontife réclama encore plusieurs fois contre les voies de fait qui avaient toujours lieu, soit sur les terres de l'abbaye de Saint-Bénigne, soit sur les terres des environs d'Asti, dont il a élé parlé plus haut.
A la fin de ce pontificat, une dernière tentative fut faite pour opérer un arrangement entre les deux cours. Le Pape ayant, dans une conférence avec un chanoine de Verceil, témoigné son regret de la longue vacance des églises du Piémont, le sieur Cordero fut expédié de. Turin et chargé de s'aboucher avec le 4)rélat Alexandre Alboni, depuis cardinal. Cette négociation, commencée par Cordero et continuée par le marquis de Broglio, n'aboutit à aucun résultat, et ne servit qu'à montrer de plus en plus combien il serait difficile de satisfaire des prétentions qui se faisaient des entreprises précédentes un droit à des entreprises nouvelles.
— Le 27 juillet. Clément XI confirme la. congbég^tion DES Béthléémistes. Ccs rcligicux hospitaliers avaient été institués vers 1660, à Guatimala, dans la Nouvelle-Espagne, par Pierre de Bethancourt. Ils se consacrent aux malades et tiennent aussi des écoles. Ils sont répandus dans le Mexique et le Pérou, et ont aussi des maisons de Filles. Innocent XI leur avait permis, par une bulle du 26 mars 1687, de faire des vœux solennels sous la règle de Saint-Augustin. Leur fondateur était mort en odeur de sainteté le 25 avril 1667. On a sa vie.
— Le 5 novembre. A Constantinople, ma.btyre de Der-
GoVMIDAS^ PRETRE ARMÉNIEN, VVl A l'ÉgLISE ROMAINE. On
sait que les Arméniens se séparèrent de TÈglise vers le milieu du cinquième siècle. De vaines subtilités et des raisonnements métaphysiques sur Tincarnation les jetèrent dans l'erreur. Ils ne reçoivent point le concile de Chalcédoine, mettent au nombre des saints Dioscore d'Alexandrie» l'ennemi de ce Concile, et Barsumas; maudissent dans des occasions solennelles le Pape saint Léon, femreur Marcien et sainte Pulchérie; et ne mettent point d'eau avec le vin dans le calice avant la consécration. Plusieurs tentatives ont été faites en différents temps pour les réunir à TEglise. Un de ceux qui y travaillèrent avec le plus de zèle, fut Der-Goumidas ou dom Gome, prêtre arménien, qui ayant étudié avec soin les sujets de contestation, parvint 'à s'éclairer et renonça à l'erveur. Il ramena plusieurs de ses collègues, et gagna même le patriarche de sa nation, résidant à Gonstantinople, dont il obtint l'addition de l'eau dans le calice, la suppression des malédictions, et celle des prétendus saints insérés dans le canon de la liturgie. Un Yertabier hérétique déféra la chose au visir^ qui transféra la dignité patriarchale au délateur, et fit conduire au bagne l'ancien patriarche, Der- Goumidas et deux négociants arméniens devenus catholiques par ses instructions. On leur donna le choix du turban ou de la mort. La crainte s'empara du patriarche et des deux négociants, qui rachetèrent la vie par leur faiblesse. Pour Goumidas, il fut inébranlable et eut la tête tranchée. Les fidèles ornèrent son tombeau d'une pierre de marbre avec une inscription honorable. Clément XI célébra son courage par deux brefs du 1 1 et du 18 février 1708, au marquis de Ferréol. Son petil-fils, don Goumidas de Carbognano, drogman d'Espagne en 1786, obtint de Bome l'autorisation de commencer des enquêtes auprès de l'évêque diocésain à Gonstantinople, pour procéder à la béatification de son aïeul. Ces enquêtes ont produit des pièces en forme sur des faits miraculeux, sur lesquels le Saint-Siège doit prononcer. On trouve dans les mémoires du Levant une relation du martyre de Goumi-
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das, et c'est depuis cette époque que le nombre des Armé* nienseathoiiquess'eAt multiplié d'tiue tiiohîère visible. Le patriiËrche^ qui avait apostasie, tecûtinut sa faute, fit péniteneéf et vintii Rome, oii il motif ut (1).
La persécution qui coûta l«i vie à Goumidas, s*étendit à d'autres punies de Tettipire turc. Le^ Arméniens du Tokat et d'Angora en ressentirent les effets. A Perktiick, près Sébaste, dans l'Asie mineure , tin catholique artnénien, nommé Michel ^ qui était Venu s'y établir au commcncefnentde ce siècle, gagna l'estime et la confiance des habitdtits par sa vie régulière et ses bonnes œuvres. Il était instruit et inculquait h la jeunesse les principe^ àt l'or* thddo!&ie. Le dessérvunt du lieu étant mort, on jeta uhaniitoemetit lé» yeux sur Michel pour le remplacer. Celui *cl y consentit^ et finit par conquérir à l'Église tout te trou» peau» Perknick était twivêrtement catholique, et uti tûou* Vement de retour se manifestait parmi les Arméniens. Les chefs du clergé non-uni de Sébaste s'en aiarmèrtànt, et tJéftbtîcèrent Michel ad muphti et au pacha. On Tàccusait d'infidélité envers le Grand- Seigneur et de complut avec là France. Ces imputation^ absurdes ne furent que trop éWtttéefti et Michel fut cité en jugement, puis exécuté à te porte de l'église de Sébaste. Ses defhièiei exhortation^ k *oft trotipeau attirèrent dé itouvelles bénédictions sur Pèrkriick. M. Bore passant parce village uti sièclfc après, le trouva ferme dans la foi et dirigé par trois feùtiés pt^res, Venus du Mont-Liban et bien instruits. On s'y oc!ict)pait de construire une église, et les habitants se dis* tinguaient par un caractère de probité qui les faisait remaf qôet» jusqti'à Constèintittople (î).
(1) 0«t aVtrtk est extrait tlNsn miitioîtte vAt fiètat ^ tft it11g:Sdh iAîH \ei AnménieM, qù âmit été c«mni«mi|aé à l*«titeM)iat i^àbli^ Yi^it^ l airttoe , ^ui avait résidé plusieurs anaées à GoBstanttnople. Voir VÂmi de tu Jieîigîon^ tome ^XXH, n» 818.
—Le 13 mars. Bref de Clément XI coiiDAMNAifT lc liyrb
DES RÉFtEXIOitS MORALES àUR LE NoUVEAU-TeSTAMENT, PAR
LE ^ereQuësjnel. Nous avons aonné dans le Tableau htsto^ rique tous les detailà qui se rapportent à ce décret que nous he Rappelons ici que pour marquer la série des événements.
«^t^ 18 février. M. t>« fiits^AW^ étÊQtJÈ où Mahs^ ap-
M5ttÉ Là CoîtfcRtoATtdN tofeà 9t>EuR§ OÉ LA Gtf ARitÊ) BE ti
€ËipfetlÈ*.itj-RthouL. Oetl^eôfigfégatiort, aujourd'hui fort réj^ftdue dâtift le Maine, èdt due au eèle généreux d'utie {^ti«é Vetive, Perrine Befhet, femme Tulard, tiée en 16^4 à k Ghapelle-âu-'Ribmii^ qui^ ayant perdu de bonne heiDN^Hôn mdri, et se Voyant SxiAB ètifants et avto qûel-^ (|m tbttune^ tourna toutes ses pensée.^ du cdfé de Dieu^ ël èe vtjwa aux oéuvi'es de miséricorde. Touchée de wm^ jHlMimi à la vue de Tignorënce qui régnait dans les bam« |)ftgbes, et ^nsible aut besoins des pauvres et des liist^ ♦idei, elle s'tlssocia des personhes vertueuses pour l'inèlfUëtibh gratuite dés jeunes filles et pour le soulagement Aâi ttl&n^Ureu!t. Elle avait jeté dès 1679 (es fondements <tet»tttetteuvrè, mais les commencements en furent lents W difficiles. La vewvè Tulard n'avait avec elle que qttelijtlés j^ûAês filles, et n'était soutenue que par de bons Wlfrêi tfu Vmsinage. Mais en 1709, l'évêque diocésain, fcèftli de Là Bergué de Tressan, après avoir examiné les ^hitt Vte la feott^gatiott naîsâianté, et avoir constaté les i(M*vi<:!^ t)tt'elle ftvàit déjà tendus, la feeonnut comme as^ wefa tte n t«eligiet)se. Cette institution prospéra, malgré leé épfètiVéS qttSôlle eut à Bubir. Les billets de banque sous la régence minèrent la dame Tulard, et la maison cheflieu fut consumée par un incendie* La fondatrice ne se laissa point abattre par e^ double désilitre j des âmes
charitables la secondèrent, la maison fut reconstruite, de nouveaux établissements se formèrent. La princesse douairière de Gonti, Marie-Anne de Bourbon, fille de Louis XIV, connaissait la congrégation et la protégeait. Ce fut par elle qu'on obtint en 1721 des lettres-patentes du roi qui furent enregistrées au parlement de Paris le 22 mai 1722. M™® Tulard gouverna sa congrégation pendant plus de cinquante ans avec autant de prudence que de zèle, et mourut en odeur de sainteté le 9 novembre 1735, également regrettée et de ses sœurs et des pauvres.
Sa mort ne fit pas tomber Tœuvre qu'elle avait établie. Les sœurs qu'elle avait formées se montrèrent animées du même esprit. Les établissements se multiplièrent ; chaque paroisse eût désiré en avoir ^ on en comptait quatrevingt-neuf quand la Révolution éclata. Les religieuses furent alors expulsées, plusieurs furent emprisonnées, deux périrent sur Téchafaud. On les rappela après la Terreur-, sous le consulat, le gouvernement leur donna Tabbaye d'Ebron, local plus vaste et plus commode que celui de la Ghapelle-au-Riboul. Les sœurs s'y transportèrent en 1803; elles étaient alors au nombre de cent quarante. D'anciens établissements se reformèrent, de nouveaux furent fondés. En 1820, il y avait cent vingt et un établissements, sans compter la maison d'Ebron ; la plupart sont dans le diocèse du Mans. La congrégation dessert vingt et un hôpitaux ; le nombre des sœurs est de cinq cents, y compris les novices et les postulantes (1).
— Le 28 août. L'ARcninuc Charles n'AcTRicHE révoque
DES DÉCRETS REPfDUS EN SON NOM aNapLES ET A MiLAN. Ou Sait
que ce prince, frère de l'empereur Joseph II, disputait la couronne d'Espagne à Philippe Y. 11 s'était emparé du duché de Milan, et en 1708 il avait envoyé des troupes qui occupèrent le royaume de Naples, où Philippe V avait
(1) Extrait d'une notice qui a paru dans l'Jmi de la Religion, du 6 sep* tembre 1890, tome XXV, page 113 et suirantes.
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régné jusque-lë. Peu après parurent à Milan et à Naples desédits qui défendaient sous de grièves peines de faire passer de ces villes et des Ëials qui en dépendent, de l'argent h Rome et dans TÉlat de TËglise, et qui de plus mettaient en séquestre les revenus des bénéfices dont les titulaires ne demeuraient point dans le royaume de Naples ou dans le duché de Milan. A Rome on s'étonna de ces actes d'hostilité que le gouvernement pontifical ne semblait* pas avoir provoqués : Clément XI s'en plaignit fortement à l'empereur Joseph et aux impératrices sa femme et sa mère. Le cardinal Grimani, ministre de l'empereur auprès du Saint-Siège, fit entendre qu'on était mécontent à Vienne que le Pape n'eût pas envoyé de cardinal pour saluer l'archiduchesse Elisabeth, femme de l'archiduc Charles, lorsqu'elle passa par l'Italie pour aller rejoindre le prince à Barcelonne où il tenait sa cour. C'était assurément une grande susceptibilité de la part des princes autrichiens de se venger ainsi d'une omission si peu grave. Un Mémoire envoyé à Vienne et à Barcelonne disculpa la cour de Rome sur ce point. Mais bientôt on eut de nouvelles preuves des dispositions fâcheuses de la cour de Vienne. Des troupes autrichiennes s'empa* rèrent à l'improviste de Comachio dans TËtat pontifical, y mirent garnison, y arborèrent le drapeau autrichien et demandèrent aux habitants le serment de fidélité. D'autres endroits du territoire de Ferrare étaient menacés. Le Pape se vit forcé de lever quelques troupes pour défendre ses États contre une agression inattendue.
Vers le même temps, le cardinal Grimani fut nommé vice-roi à Naples. On devait espérer que le choix d'un cardinal pour cette place était d'un bon augure pour le rapprochement des deux cours*, mais le cardinal, qui s'était déjà fait connaître à Rome par ses hauteurs, parut plus empressé d'envenimer les choses que de les concilier. Il ajouta à la rigueur des derniers édifs. Il adressa aux évéques, en son nom et au nom du conseil
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collatéral, des lettres pour restreindre l'exercice de Içur juridictioD. Le Pape, dans un bref du 1^ septembre 1768, lui reprocha une conduite si peu en harmonie avec sa dignité. Mais le cardinal no paraît pas avoir senti ses torts, et il continua à suivre la même ligne jusqu'à sa mort arrivée le 24 septembre 1710. Un bref que le Pape lui écrivit alors ne lui parvint pas.
Cependant plusieurs princes travaillaient à un rappro* çbement entre la cour de Rome et la maison d'Autriche, ^électeur Palatin et le grand-duc de Toscane intervin*rent spécialement. Il fut convenu que Tempereur et son frère révoqueraient lesédits publiés à Milan et a Naples; qu'ils retireraient leurs troupes de TÉtat de i'Kglise, et que le nonce serait rappelé à Venise. Les autres sujets de plaintes devaient être discutés par des arbitres. D'un autre côté Clément XI donnait à Tarchiduc Charles le titre de roi d'Espagne. Il annonça cette résolution dans un consistoire le 14 octobre 1709. L'archiduc, disait-il, lui avait témoigné son dévouement au Saint-Siège, et son désir de le satisfaire ainsi que l'Église* En lui donnant le titre de roi d'Espagne et en ne lui refusant point les droits qui y sont attachés pour les pays dont il était le maître ou dont il voulait le devenir, le Pontife ne faisait que suivre la règle tracée par Clément Y dans sa constitution publiée dans le concile de Vienne. Il y est dit que quand le Pape donne à un prince un titre, il ne prétend pas par là en approuver l'exercice, ni lui cod'* îerer un nouveau droit. Pie II, Jean XVII et Sixte IV ont approuvé et renouvelé cette constitution. Clément XI y adhérait donc aussi, et il ne prétendait point discuter les droits des contendants à la succession d'Espagne.
Dès avant cette allocution, l'archiduc Cbarl^ avait révoqué, le 28 août 1709, les édits de Milan et de Naples, et avait ordonné U restitution exacte des revenus saisis et la réparation des dommages cansés. Le Pape crut devoir, en Qutre, déclarer ces édits nuls^ pour affermir lea droits ^0 l'immuçité ecclésiastique^ et il chargea les arekevA»
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que& de Milan et de Naples d'absoudre des censures ceux qui les auraient encourues. 11 condamna par un bref du, 18 février 1710 quelques livres et écrits publiés en faveur des édits. Celte conclusion fut encore Tobjet d'une allocution prononcée en consistoire le 19 février 1710* Mais il semblait être dans la destinée du Pontife de ne pouvoir obtenir la paix d'un côté qu'en la compromettant de Tautre. Philippe V se montra très-irrité de la déclara^ tion du Pape à l'égard de l'archiduo, et, quoiqu'il eût dû comprendre la position de Clément XI, au milieu des troupes autrichiennes qui environnaient de tous cotés TE^ tatde rSglise, qui même y avaient fait irruption et s'é-* taient emparés de Comachio, quoique surtout le Pape ne pût eipp&er son autorité spirituelle pour les intérêts temporels d'un prince quel qu'il fût, toutefois le roi d'Espagnià ordonna au nonce pontifical de sortir du royaume. Ce procédé peu généreux afûigea le Pape qui prit tous les moyens de calmer le ressentiment du prince. 11 écrivit aux évéques d'Espagne, il s'adressa au clergé séculier et régulier de ce royaume, il fit le 22 février 1710 des reprcsenlations très-prcssantes à Philippe V^ il les renouvela la P' avril 1712; il écrivit pour le même sujet à Louis XIV, au cardinal del Giudice, au père Robinet, Jé« suite ^ eonfesseur de Philippe. Il envoya en Espagne, en 1713^ Pompée Aldobrandi pour essayer de ramener ce prince à des sentiments plus favorables. Il faut convenir que cette rancune du monarque était à cette époque bien longue et bien peu motivée, puisque l'archiduc Charles^ devenu empereur, ne pouvait plus lui porter ombrage. Cependant Clément XI ne recueillit pas tous les fruits qu^il avait espérés de sa condescendance à reconnaître rarcbiduG Charles comme roi d'Espagne. On ne lui ren« dit point Comachio malgré ses réclamations réitérées» Dans le royaume de Naples, de nouvelles violences furent exercées contre un évéque. Fabrice Pignatelli, évçquQ de Lacce, fut expulsé non^-seulement de cette vilU et à^ son dipcèse, mais de tout le royaume. Cet évè*
que, eQ partant, avait jeté un interdit sur le diocèse^ mais comme plusieurs prêtres séculiers et réguliers ne se croyaient pas obligés d'observer Tinterdit , soit parce qu'ils se disaient exempts de la juridiction de Tordinaîre, soit parce qu'ils alléguaient d'autres privilèges, le Pape confirma Tinterdit par une bulle du 24 décembre 1711. Il se plaignit vivement au comte Borromée, vice-roi de Naples, de ses procédés dans cette affaire. Non-seulement on avait chassé l'évêque de Lacce, mais on avait envoyé dans cette ville des prêtres étrangers pour exercer le ministère, au mépris de Tinlerdit. Le grand-vicaire de l'évêque avait été mis en prison, puis enlevé comme lui et exilé. Clément XI adressa encore sur ce sujet, le 9 janvier 1712, un bref de représentation à l'empereur Charles YI, qui alors était en même temps roi de Naples. On voit par V Histoire civile du royaume de Naples, de Giannone, qu'il y avait alors à Naples une société de jurisconsultes très-peu favorables aux prérogatives du Sainl-Siége et du clergé, et toujours prêts à les attaquer et à les enfreindre. Cet historien remarque que les avocats avaient acquis une grande influence à Naples, sur la fin du siècle précédent. Un entre autres^ Gaétan Argento, qui avait été le maître et le guide de Giannone au barreau, était devenu président du conseil collatéral, et son disciple le présente comme le principal promoteur des mesures hostiles prises à Naples sur les affaires ecclésiastiques. Élevé à son école, Giannone applaudit à tout ce qui s'était fait contre le clergé. Nonseulement il approuve que l'on réprime ce qu'il appelle les entreprises des ecclésiastiques et les échappées des évêques, mais il trouve très-bon que Ton saisisse les revenus de ceux-ci et qu'on les chasse du royaume. Il n'a pas assez d'éloges à donner à tout ce qui se faisait de son temps à Naples contre les Papes. Il appelle Argento un homme incomparable et le premier qui se conduisit suiifont les vrais principes tii^és des saints canons, des coih cUes et des Pères. Car è Naples comme ailleurs, c'est en
affectant un grand respect pour les canons qu*on les enfreignait et qu'on les sapait. On accueillait les délations contre les ecclésiastiques, et, sur les moindres prétextes, on les emprisonnait et on les déportait. Il est probable que ce fut à I insligalion d'Argento que Charles YI ordonna, le 6 août 1713, que les étrangers fussent absolument exclus des prélatures et bénéfices , et qu'il ne leur fût assigné aucune pension sur ces mêmes bénéfices : mesure évidemment dirigée contre les prélats romains et qui ne fut que la moindre des hostilités de l'administration alors ik>minante à Naples contre le Saint-Siège.
Giapnone montre encore sa partialité dans les plaintes qu^il fait de la multiplicité des couvents, des richesses des religieux et des legs faits aux églises. Il revient à plusieurs reprises sur ce sujet qui lui tenait tant au cœur, et il mêle à ses plaintes une exagération et une amertume qui trahissent l'esprit dont il était animé : Étrange éga^' rement de l'esprit humain j dit-il, gui ci*oit a^^oir satisfait à Dieu et aux devoirs de la religion en établissant des chapelles somptueuses^ en multipliant les sacrifices^ et faisant dire des messes à tous les autels. Ainsi, au jugement de l'historien , c'est un égarement de V esprit humain de bâtir des églises où Dieu soit honoré, et de faire dire des messes pour les fidèles morts. Giannone cite en marge la Politique sacrée de Bossuet; mais l'illustre évêque ne blâmait pas ces actes de piété : il croyait seulement qu'ils ne devaient pas dispenser d'autres devoirs.
11 y aurait beaucoup d'autres remarques à faire sur cette histoire de Giannone qui se montre d'ailleurs trèspeu favorable à la France et fait assez bassement sa cour au gouvernement autrichien.
—Le 9 octobre. L'abbé Sidotti débarque au Japon. Jean* Baptiste Sidotti, missionnaire sicilien, s'était appliqué, dès sa jeunesse, à apprendre la langue du Japon. Un penchant irrésistible le portait à tenter de pénétrer dans ce pays pour y travailler à la conversion des idolâtres. Ayant dbteaa des pouvoirs du Pape, il était parti de RomÇi
eft 17Ôt, pour se rendre par TAtable aux Inde«-Orlen* talés. Il arriva avec beaucoup de peine à Manille, oti il fl'occupa de bonnes ofeuvres, et surtout de la fondation d'un séminaire *, puis il obtint une chaloupe qui le mena sur les cdtes du Japon. Il débarqua k Jaconissa, fut pris imtné>idiatement après et conduit à Nangasaqui, où il fut intcrtoge. On lui demanda s*il avait prêché la religion chté* tienne aux Japonais. Il répondit que oui, puisque c'était le but de son voyage. Oti le transféra de Nângasaqui à lédo, où il resta quelques années en prison, s*occupant constamment de la propagation de la foi. Il baptisa plu-" sieurs Japonais qui étaient venus le trouver. Mais le gouvernement en ayant été instruit, fit mettre à mort les nouveaux convertis, et le missionnaire fut muré dans un trou de quatre à cinq pieds de profondeur, où on lui donnait à manger par une petite ouverture, jusqu'à ce qu'il périt dît plus affreux supplice dans ce séjour infect. On ne sait pas bien l'étal postérieur de la religion chrétienne au Japon i
— Le 29 octobre. Ow fébmë le MoitASTkiiE de PotT- Boyal-des-Ghamps. Cette maison passait toujours pour être fort attachée aux principes de Jansénîus et de Questtèl. heÈ filles qui rhabitaicnt, plus dociles aux leçons de quelques esprits prévenus qu'aux décisions de l'Église, dotinaient depuis cinquante ans l'exemple d'une opposition persévérante au jugement du Pape et des évêques. Là constitution Ftneam Domîni ne les avait pas trouvées plus soumises. Elles refusèrent de l'accepter. Elles se fortifiaient mlUuellement dans leur opiniâtre résistance. Quelques étrangers les encourageaient par d'itisidietix éloges. Leur maison était comme le chef-lieu, le ceiitré, lé point de ralliement des mécontents. C'est de là qu'étâient partis longtemps des écrits destinés à propager la désobéissance. Le roi avait déjà commencé, en 1706, par défendre aux religieuses de recevoir des novices, « attendu, disait l'arrêt, qu'on est informé qu'il s'est fépanda dàiié ce mofiftf^lèi^ë ilné dtkîfMnè itiatïvàisfe él boiiirall*c
aui deoisioiis de l*Êglide sur le fait du JanséBlsfiie^ doc'itrine qui, bien loin d'être dissipée par les seins prîs jusqu'à présent à cet effet, s'est, au contraire, tellement fortifiée par le temps, que ces filles ont été depuis peu jusqu'à l*efuser de se soumettre à la constitution du Pape acceptée par le clergé de France, et y ont voulu apporter des restriclious condamnées par le jugement de toute rÉglise, et capables d'en troubler la paix. »
Cette mesure ne les abattit point. Elles ne reconnurent pas l'abbesse de la maison de Paris pour leur supérieure^ quoiqu'une bulle revêtue de lettres patentes eût opéré cette réunion. On pensa qu'il n'y avait d'autre, moyen de les réduire que de les séparer^ On les distribua donc en différents monastères^ où elles se soumirent successi-^ vement (l). Quatre ans après, il n'y en avait plus qu'une qui p'eût pas pris ce parti. On avait ci'u devoir leur ôief
(1) La communauté de Port-Royal-des-Champs était composée de vingtdeox religieuses seulement lorsqu'eut lieu leur séparation. Seize d'entre eUes dont nous donnons ici les noms, se soumirent à l'Eglise.
Scear Marie de Sainte-Euphrasie Robert. Envoyée aux UrsuUnes de Mantes. ËUe fut ramenée par M. Courbon^ docteur en théologie, ancien cure de Saiot-Cyr, et supérieur de la maison des UrsuUnes oii elle était. Sa soumisaton ënt lien le24 novembre 1709.
. Sœur Anne de Sainte-Cécile Boycervoye. Envoyée à Amiens au monastère de &imt-Julien qui était occupé par les religieuses du tiers-ordre de Saint* François^ elle se soumit par acte du 7 novembre 1709, à la bulle de Clément JH sûr le silence respectueux, et mourut le lendemain dans les sentiments ùê It foi la pins vive.
S&nr Jeanne de Sainte-Apolline Le Bègue. Envoyée à la Visitation de Conif piilpiéy elle se soumit le 17 décembre 1709. On a sur son retour une lettre détaillée écrite par la supérieure du monastère à TEvêque de Soissons qui comptait, ii cette époque, la ville de Couipiègne parmi celles de son diocèse.
Sœur Françoise Madeleine-de-Sainte Ide Levnsseur. Envoyée à la Visitation de Ntoulins, elle fit sa soumission le 17 juillet 1710, La lettre qui la fait coniiMtre, est de Tabbé Longuet, vicaire-général d*Autun. M. Tabbé de Maule^ Trier, à qui elle est adressée^ était évêque nommé.
Sœnr Marie de Sainle-Annc-le^Coulurier. Envoyée aux UrsuUnes deNeverf» elle ae soumit le 4 janvier 1710.
àœur Marguerite de Sainte-Lucie Pépin. Envoyée à la Visitation à Autun« elle se soumit le !«■* juin 1710.
Sœnr Marie Madeleine de Sainte-Cécile Bertrand. Envoyée à la Visitation à Amiens, eUe se soumit le 27 mars 1710.
Sœiir Françoise de Saînte-Agathe-le-Juge. Envoyée à la Visitation à Chartrefi elle •• fonmit le 23 avril 1710.
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toute espérance de retour, La maison fut eotièrement dé^ truite^ La ruine d'un établissement si précieux fut une source de plaintes amères; et en effets la rigueur qu'on y mit, et quelques-unes des circonstances qui accompa-^ gnèrent celle destruction, excitèrent la compassion publique pour ces filles ignorantes. Ne pouvait*on, dirent les personnes modérées , ne pouvait-on empêcher leurs intrigues sans tant de violences ? Ne pouvait-on mettre ordre aux rassemblements par une conduite mêlée de douceur et de fermeté? Fallait-il surtout abattre de fond en comble des édifices qu'on pouvait consacrer à d'autres usages? On ne sait jusqu'à quel point les Jésuites prirent part à ces mesures sévères. Mais le public les en rendit responsables. On les accusa d'abuser de leur crédit, et le nombre de leurs ennemis s'en accrut. Le père le Tellier, devenu cette année même confesseur du roi^ et qui passa pour l'instigateur de cette vengeance^ fut peint comme
Sœur Marie Catherine de Sainte-CélinieBenoize. Envoyée â la Visitation de Meaux, elle se soumit le 13 août 1710.
Sœur Anne de Sainte-Marie Laymé. Envoyée à Amieni dans le monastère de Saint-Julien, elle se soumit le 2 décembre 1709.
Sceur Marie de Sainte-Opportune Mouchât. Envoyée aux Hospitalières de la Providence à Chartres, elle se soumit le 7 mars 1710.
Sœur Denise de Sainte*Basiline Noiseux. Envoyée à l'abbaye de saint Paul à fieauvais, elle se soumit le 15 avril 1710.
Sœur Agnès de Sainte-Blandine Forget converse. Envoyée aux UrsuUnes à Rouen, elle se soumit le 18 avril 1710.
Sœur Marie Louise de Sainte-Justine Barat. Envoyée au monastère des Bénédictines de Joigny, diocèse de Chartres, elle se soumit le 6 mars 1710.
Sœur Magdeleine de Sainte-Amélie Noyeux. Envoyée an monastère des UrsuUnes à Nevers, cette religieuse avait toujours été soumise. Aussi, en voyant ses sœurs adhérer enfin à ce qu'avaient longtemps attendu en vain le souverain Pontife et le cardinal de Noailles, elle disait avec une profonde amertume que ses sœurs eussent bien dû conserver leur communauté, en faisant plus tôt ce à quoi elles se voyaient enfin dans l'obligation d'adhérer.
Ces détails qui ne seront pas sans intérêt pour le lecteur, se trouvent daiik un livre sorti en 1710 de l'imprimerie royale, et qui contient en oUlre les procès-verbaux constatant les soumissions susdites, et des lettres écrites à l'occasion de chacun de ces événements, soit par des évéques et des grands vicaires, soit par4es supérieurs des différentes maisons oii avaient eu lieu lès adhésions. Ce petit ouvrage in-4^, est intitulé : Recueil des pièces concernant les religieuses de PoruRoyal-des^champs, qui se sont soumises à l'E' IfUse.
ua homme odieux. Nous sommes fort éloigné de souscrire à toutes les noirceurs qu'on a débitées sur son compte^ dans les livres d'un parti qui ne Taimait pas* Toutefois il est possible, qu'avec de bonnes vues dans le fond, le père le Tellier ait été entraîné au delà des bornes par un zèle trop ardent. Mais nous ne voyons pas que ce tort doive retomber sur tout le corps dont il était mem-* bre, et il faut convenir que dans le mal qu'on a dit de lui, on aperçoit presque toujours le cachet de la passion et de la haine. C'est de cette époque surtout que les Jésuites devinrent l'objet de l'animositéd'un parti contre lequel ils s'étaient déclarés, et qui., par ses clameurs, a enfin provoqué contre eux une mesure plus injuste encore que la destruction de Port-Pioyal. Pour en revenir à ce dernier événement, il excita, comme nous l'avons dit, de vives plaintes. On vit paraître des écrits où Ion s'exhalait en reproches contre les deux puissances qui avaient concouru à cette destruction. On publia des Mémoires sur Port'Roycdy des Histoires de Port-Royal^ des Gémisse^ ments sur Port-Royal^ qui attestaient l'intérêt qu'un certain, monde prenait à cette maison : et, près d'un siècle après l'événement, nous avons vu un écrivain pousser encore à ce sujet des cris, qui , à la vérité, n^ont pas été fort entendus, et se lamenter sur les ruines d'une école si chère à ses amis.
— Le 29 janvier. Anne, keine d'Angleterre, charge
LE CLBaGÉ ANGLICAN DE PRENDRE EN CONSIDÉRATION l'ÉTAT
DE LA RELIGION. On sc plaignait depuis plusieurs années, en Angleterre, de la licence des écrits et des efforts d'un parti qui paraissait appliqué à ruiner les fondements de la révélation. Il avait paru plusieurs ouvrages qui favorisaient le déisme; à la tête, il faut mettre ceux de lord Shafitesbury, qui avait pris des leçons de Locke et de Bayle» et qui hérita de leur manière de penser. Ses écrits
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ont été rédnis en trois Tolumes soûs le titre de CaNÊtèérk* tiques* Ils ont joui d*une grande réputation en Angleterre. Plusieurs des pièces qui entrent dans ce recueil parurent cependant hardies et répréhensibics. Shaftesbury admet rindiflërence entière en fait de religion. Il parle fort It* brement de TAncien et du Nouveau Testatnent. Il prétend que l'Evangile a été altéré par le clergé, que les ibiracles ne prouvent rien, que c'est aux magistrats à régler le dogme» Ainsi il ne veut qu'une religion qui soit aux or-» dres de TEtat, et une révélation entendue à sa manière. Il isole entièrement la vertu de la religion, et tie la regarde que comme un sentiment et un instinct. Il était révolté surtout du dogme de Tétcrnité des peines, et il épuise, pour s'en débarrasser, les raisonnements, les détours et rironie< Lelatid, qui n^a pas fait entrer dans la liste des écrivains déistes de son pays tous ceux qui avaient droit d'y être inscrits, n'a pu se dispenser néanmoins d'y donner une place à Shaftesbury, et il a montré en lui un ennemi adroit et modéré, si l'on veut, mais ennemi mani* feste des dogmes généraux du christianisme.
Dans le même temps > d'autres écrivains attaqnaient le mystère de la Trinités Nous avons déjà parlé, sous l'annéee 1704^ de Whiston, ministre anglican, qui embrassa l'ârianisme et qui mit un zèle très-ardent à propager cette doctrine. Il semblait vouloir en être le restaurateur ou le martyr. Il cherchait de toutes parts à se faire des prosélytes, et il fatigua le public de ses écrUs tendant au même but. C'était contre lui principalement qu'était dirigé Tordre de la reine Anne, dont nous avôtls parlé. Le clergé anglican condamna, en 1711, ses ouvrages, et particulièrement y censura treize propositions contre la Trinité^
L'Angleterre était alors fort émue par des disputes religieuses très-vives, entre deux partis également ardetits. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail de ces qdérelles, qui sont étrangères à notre plan. Nous ne donnods pdîtit 1 histoire des communions protestantes, mais seulettiëtlt <béllë de l'Église et de la Religiéii en général. Nous hdtis
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bomoni à tirer de l'histoire des églises protestantes, les fiiifs qui ont Un rapport direct avec les intérêts communs du christianisme, et nous avons regardé comme étant spé» cialement de notre domaine les attaques dirigées contre la révélation. C'est sous ce point de vue qu'il faut envisager le présent article, et les autres qui sembleraient d'abord étrangers à notre plan, et qui s'y rattachent au contraire d'une manière très-immédiate. Nous aurons soin ainsi, dans tout le cours de cet ouvrage, de noter les événements qui, soit dans l'Église catholique, soit hors de son sein, intéressent les fondements du christianisme.
Les troubles qui eurent lieu en Angleterre, en 171.0, à Tôecaslon du procès de Sacheverell, pourraient être censés liés k notre objet par plus d'un endroit. Ils donnèrent oc-casion à Cbllins de publier un pamphlet ; ils servirent de prétexte k des rigueurs contre les catholiques^ qui eurent ordre de sortir de Londres 5 enfin ils prouvent la fausseté de Tallégation de Voltaire, qui, après s'être moqué de nos disputes^ veut faire croire qu'on est beaucoup plus sage en Angleterre, et qu'on n'y voit jamais, surtout pour des ob^jets de religion, de vives controverses. Le procès de Sacheverell donna lieu, au contraire, aux scènes les plus bruyantes, et les trois royaumes parurent en feu pour un sermon aujourd'hui oublié et qui méritait de l'être (1).
Le clergé anglican dressa, dans le même temps^ uti tableau de l'état de la Religion. Il y représentait avec beaucoup de force les progrès du déisme^ et même^ dé Taihéisme. D'autres disputes succédèrent de très-près à celles^liîk Nous signalerons les principales.
(i) SacbcTerell, ministre anglican et docteur d'Oxford, prêchait aveo une cerUîne réputation à Saint-Sauveur dans Soutwark. H iut accusé d*ontrager idbns ses sermons le clergé dn second ordre, de tourner en ridicule te parti WUg albn dominant, et d'avoir en particulier attaqué lord Godolphin, grand trésorier. Deux de ses sermons surtout donnèrent lieu aux plaintes de la cbâmbre des Communes; et ils furent en effet condamnés au feU. Saihe- Tcréll^ interdit lui-même de toilte prédication, recouvra ensuite ses (citiclien^ et obtint des succès qu'il méritait peu.
— • Le 16 juillet. Oj^doshance des évêques de Luçoir et DE Lk Rochelle, portant condamnation des Réflexions morales. MM. de Lescure et de Champflour avaient concerté entre eux cette Ordonnance. Elle était divisée en deux parties, dont la première était destinée à faire voir que les cinq propositions se trouvaient clairement dans Jansenius, et étaient toutes renouvelées parQuesnel. Dès que cette Ordonnance eut paru à la Rochelle, Timprimeur, pour s'en procurer le débit, la 6t annoncer dans les principales villes du royaume ; il en envoya des exemplaires à Paris, où son correspondant Taflicha dans tous les lieux où se mettent ordinairement ces sortes d'annonces, et notamment à la porte de l'Archevêché. On assure que cela se fit sans dessein, et que ceux que l'on charge ordinairement de placer ces affiches^ en mirent tout naturellement partout où ils avaient coutume d'en mettre. Sans doute on consulta plus en cette occasion l'usage que les convenances; car il était peu honnête de placarder à la porte du cardinal de Noailles la condamnation d'un livre qu'il avait approuvé; aussi s'en montra-t-il très-ofifensé. Cette aventure lui parut une insulte qu'il ne devait pas tolérer, et il est probable que ceux qui l'entouraient ne cherchèrent pas à calmer son ressentiment. Plusieurs amis de Quesnel étaient accueillis chez l'Archevêque; quelques-uns jouissaient même de sa confiance et formaient son conseil. Dans cette occasion, il fit renvoyer du séminaire de Saint-Sulpice deux neveux des deux évêques; il accusait ces jeunes gens d'avoir présidé au placement des affiches. MM. de Lescure et de Champflour écrivirent au Roi pour s'en plaindre, et le firent avec vivacité. Ils disaient dans leur lettre que, dans presque tous les temps, les évêques des villes impériales avaient protégé l'erreur. Un pareil reproche blessa au vif le cardinal; il en demanda justice. Le Roi crut qu'en effet il était en droit d'obtenir quelque satisfaction, et les deux évêques s'y montraient, dit-on, disposés, lorsque M. de Noailles fit un éclat qui éloigna tout accommodement.
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Le 28 avril 1711, rArchevéque de Paris publia une Ordonnance contre llnstruction pastorale des deux prélats. Il y disait que plusieurs ecclésiastiques de son diocèse s'étaient plaints à lui de cette Instruction, et lui avaient fait observer qu'elle favorisait une des propositions de Jansénius et deux de Baïus; que, de plus, elle autorisait le relâchement de la morale, etc. Il défendait donc de la lire ou de la garder. Il s'élevait aussi contre M. de Malissoles, évéque de Gap, qui venait de condamner le livre de Quesnel.
D'un autre coté, M. Hébert, évêque d'Agen, et M. Thomassin, évêque de Sisteron, paraissaient penser comme le cardinal. Ainsi, dit un historien, les juges même de la foi semblaient divisés, et leur désunion n'annonçait rien que de funeste à l'Église. La démarche du cardinal était une déclaration de guerre. Le Roi lui fit dire que, puisqu'il s'était fait justice lui-même, il pouvait se dispenser de paraître à la cour jusqu'à nouvel ordre. Cependant on négocia bientôt un accommodement qui ne réussit point. Le cardinal de Noailles ne put se résoudre à abandonner un livre qu'il avait couvert d'éloges. Il parait pourtant qu'il hésitait quelquefois. On a de lui une lettre adressée à l'évêque d'Agen, lettre que lui-même envoya à Rome, vers ce temps, et dans laquelle il disait : « Mon, je n'ai pas balancé de dire à tous ceux qui ont voulu l'entendre^ qu'on de me verrait jamais ni mettre ni souffrir la division dans l'Église pour un livre dont la religion peut se passer. Si notre saint père le Pape jugeait à propos de-censurer ce^ lui-ci dans les formes, je recevrais sa constitution et sa censure avec tout le respect possible, et je serais le premier à donner l'exemple d'une parfaite soumission d'esprit et de cœur. » Une promesse si précise fit penser que, dès que le Pape aurait parlé, on verrait tous les sentiments se réunir au sien. Le cardinal de la Trémoille, chargé des affaires du Roi auprès du Saint-Siège, eut donc ordre de demander une constitution sur le livre de Quesnel, et de
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la demander telle qu'on n^ pût prétQxtçr la foi^me pour niç paa recevoir le (ondf
£n même temps le Ruî, par un arrêt de son eofiseil du n novembre 1711, défendit le débit et la réimpression de3 Mé/lejpions morales. On aurait désiré que le cardinal de Noailles profitât de cette ouverture pour révoquer soa approbation. 11 ne put s'y résoudre ^ il ne voulut vwf, dans tout ce qui se faisait contre ie livre, qu'un complot contre lui-même. Le Journal de labbé Dorsanne, son grand-vicaire, montre jusqu'où il poussait les soupçons. Il découvrait partout des intrigues fornnées contre lui, et y faisait entrer tout ce qu'il y avait à la cour de plus pieux et de plus respectable, le Daupbio, les ducs de Beauviltiers et de Chevreuse, et même Fénelon, dont on oonnait heureusement l'éloignement pour toute sorte de eab^lea* Les Jésuites étaient aussi l'objet de la méfiance de l'om* brageux prélat^ il les voyait partout et les accusait de tout. Une lettre surprise dans le même temps, et qui lui fut portée, lui parut une preuve évidente d^un €!omplol formé pour le perdre. Il écrivit au Roi pour lui dénoncer les Jésuites, et particulièrement le P« le Tellier, oonfes-» seur du prince. Il les dénonça également au Pape, et re-* tira ses pouvoirs à la plupart d'entre eux,
>-=• Le 13 septembre. Bétractatiov de Baccahsixi* Joseph Baccarelli, prêtre du diocèse de Brescia, avait renoua vêlé l'hérésie des quiétisles et tenait des conventicules où il enseignait des maximes qui favorisaient la licence et les plus grands désordres. Le cardinal Badocso, évéque de Brescia, ayant découvert ses menées, songea à arrêter le mal dans son principe. Baccarelli fut arrêté et con¥aifieu# On lui fil fg^ire une rétractation pMblique et on le €9n<* damna aux galères pour sept ans. Le conseil de» Dîk de Venise ordonna, l'année suivante, qu'il sulûrait la prison U perpétuité. Y. YffiAt. eccL de Bertiy ch. m, dix^huî^ tième siècle.
— * Le V^ décembre» Allooutiok t>B Gléueut XI M
ANNÉE i7ia. 313
C^3I|90|ll^ %m LES 0|LDO»J!f4l?CE3 PV DWG DE LoiRlUfE. Il
avail p^pu k Kaney, eo juillet 1701, une ordonnance d^ Léopold, due de Lorraine , qui formail une espèce de eode sur les matières civiles et ecclésiastiques ; on y statuait sur beaaeoup de points qui n'étaient pas du ressort de lauto* Filé séculière. Le Pape condamna cette ordonnance par un bref du Sd septembre 1703. Il écrivit en même temps au due pour lui faire des représentations. Il loue sa religion et auppose que le prince a été trompé. Le Pape écrivit auasi aux évéques, dont la juridiction s'étendait en Lor* raine» et les engagea à faire tous leurs efforts auprès du due pour qu'il révoquât son ordonnance. M. de Bissy> alors évéque de Toul, n'exécuta points en effet, l'ordoo-* nance, et agit auprès de Léopold pour lui en montrer rioeompétCBce et l'irrégularité. Mais les magistrats qui repréaentaienC le duc étaient peu favorables a l'autorité ecclésiastique, et ils s'élevèrent contre le bref du 22 septem-» bre. Le procureur-général de Lorraine en appela devant la cour supérieure de Nancy ^ son réquisitoire contenait beaucoup de propositions hardies. Toutefois, un arrêt fut rendu, portant qu'on en appelait au pape mieux informé. Gléfoent XI condamna cet imprimé par un décret du 1 1 fé-* vrier 1704. Léopold, qui était bien intentionné, voulut doDoer satisfaction au Pape, et fit rédiger une ordonnance ampliattve pour expliquer la précédente; mais ceux qu'il avait chargés de ce soin n'avaient pas des intentions aussi dpoîtea que lui, et la nouvelle ordonnance, au jugement du PSape, semblait plutôt continuer que corriger la première* Le Pontife fit donc de nouvelles représentations au duq dans on bref du 29 juillet 1704> en réponse à une dé set lettres* Il l'engageait à ne point écouter les conseils de oenx qui croient servir l'Etat en affaiblissant l'autorité de l'Église. Il renouvela ses instances le 19 mai 1705, en ré* pondant k une lettre du duc du 20 mai^, qui montrait son respect pour le Saint-Siège. Ce prince ordonna de faire une nouvelle édition de son eode, ou l'on supprimerait tout ce qui a rapport k l'IÊglisc, et oii l'on se bornerait à ce qm
314 ANNÉE mo.
regarde le civil. Le Pape approuva le projet, mais de* manda ea même temps que Ton révoquât expressément le premier code et Tordonnaiice additionnelle, sans quoi les gens de justice prétendraient qu'ils étaient toujours en vigueur. C'est Tobjet d'un bref au duc, du 16 juin 1706. Un autre bref du 18 janvier 1708, était une réponse au duc, qui s'était plaint d'un décret du Saint-OdQce rendu sur la fin de l'année précédente, et où son ordonnance ampliaiivede 1705 était condamnée avec plusieurs autres écrits. Le Pape lui représente qu'il n'a encore rien fait pour révoquer les ordonnances, comme il l'avait fait espérer. Enfin, en 1708, Léopold fit faire une nouvelle édition de son code, oii il abrogeait l'ancien. Il l'adressa au Pape avec une lettre du 23 mai de cette année, où il lui marquait qu'il n'avait été mû que par le désir de suivre son avis et de montrer sa déférence pour le Saiot-Siége. Il voulait, disait-il, révoquer tout ce qui avait été fait en son duché dans les derniers temps contre les droits et la liberté de l'Église. Clément XI chargea son neveu, Annibal Albani, qui se rendait en Allemagne, de voir le duc, et s'étant assuré de ses religieuses dispositions, il les fit connaître aux cardinaux dans un Consistoire du l^dé* cembre 1710. On y lut publiquement la lettre du prince, du 23 mai 1708, une circulaire publiée en Lorraine pour la promulgation du nouveau code, et une dernière lettre du duc, du 18 décembre 1710. Le Pape se félicita de cette heureuse conclusion, qui témoignait, en effet, du bon esprit de Léopold, et qui est remarquable dans un siècle où nous verrons trop rarement les princes montrer cette déférence pour les plus justes réclamations du Saint-Siège. On fit quelques années après, en Lorraine, une autre tentative pour troubler la bonne harmonie entre les deux puissances. Il parut à Nancy une ordonnance du 20 mars 1714, qui défendit aux Réguliers de recevoir par legs ou don, ou d'acquérir tout immeuble, qui attribuait au fisc les biens qu'on leur donnerait ou vendrait, et qui ordonnait que ce qu'ils auraient acquis depuis le com-
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mencement du siècle retournât aux mains laïques. Cette ordonnance renfermait plusieurs autres choses qui an« nouçaient des dispositions peu bienveillantes pour TÉglise. Le duc, dont on avait surpris la religion, fit savoir au Pape qu'il avait empêché Texécution de l'ordonnance, et qu'il l'annulerait par un édit contraire. Clément XI, dans un bref du 2 février 1715, le loue de ce dessein, et lui remontre qu'il est nécessaire de révoquer formellement un acte dont on ne manquerait pas d'abuser par la suite pour troubler la paix de l'Église^
— Le 17 avril. Mort de l'empereur Joseph I*'. Ce prince régnait depuis 1705. Il avait été élevé par Charles- Théodore-Otton, prince de Salm, seigneur aussi distingué par ses connaissances que par son zèle pour la religion catholique, qui, devenu ministre d'Etat, se conduisit toujours en politique chrétien, demanda longtemps sa retraite pour ne s'occuper que de son salut, et obtint enfin de se retirer à Aix-la-Chapelle, où il mourut, le 10 novembre 1710, après avoir passé le reste de sa vie dans la prière et les bonnes œuvres, regretté des pauvres dont il était le soutien^ et des églises d'Aix auxquelles il fit beaucoup de bien.
Joseph succéda sur le trône impérial à son père Léopold I", et suivit en tout sa politique. Il traitait, dit-on,, les princes d'Allemagne et d'Italie avec beaucoup de hauteur, et il ne se montra pas toujours modéré envers le Pape lui-même. Piqué de ce que le Pontife avait reconnu PhilippeY pour roi d'Espagne, il lui fit essuyer plusieurs désagréments. Il renvoya de Vienne le nonce Davia. Il exigeait que Clément XI privât de leurs emplois le cardinal Paulucci, secrétaire d'Etat, et M. Pallavicini, gouverneur de Rome*, qu'il lui remit Ferrare; et qu'il fit cesser le procès commencé contre le marquis del Vasto, ambassadeur de Charles III à Rome. Joseph fit publier en Italie
un écrit contre la puissance temporelle des Papes. Il envoya dans le Ferrarois des troupes qui s^emparèrent de quelques places, entre autres de Gomachio. Il fit exercer dans les Etals de l'Eglise beaucoup de vexations et de pillages. Il fallut que le souverain Poptife, cédant enfin à la nécessité, reconnût Charles III pour roi d'Espagne, licenciât ses troupes, et reçût celles de l'Empire. Toutefois il ne put obtenir ce qu'on lui avait promis, et Gomachio ne lui fut point rendu.
Joseph se montrait en cela d'autant moins généreux que Clément XI lui avait rendu des services importants. Le Pontife n'avait cessé d'improuver la révohe de Hongrie, et de faire tout ce qui élaii en lui pour calmer les troubles de ce royaume. Il défendit aux ecclésiastiques de ce pays de prendre parla la révolte. Il écrivit pour qu'on envoyât à Rome l'évêque d'Agria, qui s'était joint aux mécontents. Il fut également contraire au prince Bacoczi, qui s'était fait reconnaître souverain de la Transylvanie. Ces troubles occupèrent Joseph dans tout le cours de son règne. Le 16 mai 1707, l'assemblée générale d'Onod en Hongrie signa et publia l'acte d'interrègne. On y trouve les noms de neuf seigneurs, trois évêques, un abbé, vingt-quatre sénateurs, et quarante villes et comtés. Mais malgré 1 éclat de cette démarche, les Hongrois ne purent se soutenir contre la cour de Vienne. Elle envoya des troupes nombreuses. Racoczî fut défait et obligé de passer en France, ou il se retira chez les Camaldules de Grosbois. Il mourut dans les pratiques de la piété à Bodosto en Bomanie, le 8 avril 1735, entièrement détaché des soins de l'ambition. Les mécontents hongrois se soumirent. Le •IQ avril 1711, une amnistie leur fulaccordée par la cour de Vienne. Elle fut signée à Zatmar, et acceptée le l" mai par le comte Garoli et par les autres chefs. Charles VI, frère de Joseph, lui succéda. C'est le même qui^ sous le nom dç Charles III^ disputait depuis dix ans la couronne d'Espague à Philippe V^ et qui alors renonça à se$ prétentions de ce coté. II avait épousé la princesse de Brunswick, dont nous
avon9 parlé sous 1707, et fut père de Marîé-Thérèse. — Le 18 septembre. Le P. Luc CArALLEuo, missionnaibib
lÉSVlTB, EST MIS A MORT PAR LES PuYZOCAS , NATION DE
L* Amérique méridionale. Il venailde leur prêcher l'Evançlle, et reçut le marlyre pour prix de son zèle pour leur salut. Quelques Indiens convertis périrent avec lui. En 1702, le P. Cyprien Baraze, de la même Société, avait été mis également à mort par les fianres. Nous ferons connaître
Stusieurs autres victimes de leur dévouement apostolique ans ces contrées.
— Le 18 février, Mort de Louis, dauphin de France, ET>ETiT-FiLs DE Louis XlV. Il est pIus conuu sous le nom de duc de Bourgogne, quMI avait porté longtemps. Né en 1682, il eut le bonheur d^avoir pour maîtres les hommes les plus vertueux de son temps. Fénelon et Beauvilllers furent chargés de former son esprit et son cœur. On sait quel fut le succès de leurs soins. Bientôt riiumeur arrogante et impc'lueuse du jeune prince fit place à une extrême douceur. A mesure qu'il croissait en âge, il développait les plus grandes qualités. Sincèrement attaché h Fénelon, il sentit tout le prix de familié d'un si grand homme, et la disgrâce même de son maître n'étouffa point les sentiments d'estime et de reconnaissance qu^il lui avait voués. Privé du plaisir de le voir, il entretint avec lui, dès qu*il le put, une correspondance assidue^ et à plus de vingt-cinq ans, l'héritier d'un grand empire demandait encore avec empressement, et recevait avec déférence les conseils de son ancien précepteur. Entouré de toutes les séductions du pouvoir, il était livré aux exercice? de la plus haute piété, édifiait tout le monde par la régularité de nti vie, recourait fréquemment aux sacrements de TÉglise, partageait son temps entre la prière et l'étude, et ne prenait de divertissements que ceux qu^exigeait absolument sa soumission pour le roi. Se préparant de loin
aux fonctions augustes pour lesquelles il était né, il s'instruisait soigneusement des devoirs d'un roi, étudiait les différentes parties de Tadministration , portait partout un œil observateur, et se mettait en état de gouverner par lui-même. Un monde frivole lui reprochait sa vie sauvage et retirée. Mais le sage aimait à voir un jeune prince sacrifier ses plaisirs à ses devoirs, ou plutôt mettre tout son plaisir à remplir ses devoirs.
Nous conviendrons pourtant qu'on reprocha longtemps au duc de Bourgogne de ne pas rendre sa vertu assez aimable, et de montrer trop de roideur dans la pratique même du bien. Mais ce reproche doit tourner à sa louange, puisqu'il sentit ce défaut et qu'il eut la force de s'en corriger. Les exhortations de Fénelon l'aidèrent encore à remporter sur lui cette victoire, et ceux qui le regardaient auparavant comme un censeur incommode, finirent par l'aimer autant qu'ils l'estimaient. Le roi prit toute confiance en lui. Les ministres eurent ordre d'aller lui soumettre leur travail. Il s'appliqua au gouvernement de l'État , en même temps qu'il redoublait de respect et de soumission pour le roi. Un cœur sensible, des mœurs pures, une âme droite, une économie sévère, un grand éloignement pour les désordres et pour les injustices, laissaient entrevoir à la nation l'avenir le plus riant.
On se flattait déjà que ce fils de saint Louis allait faire revivre ses vertus et l'équité de son administration, quand une maladie courte précipita tout à coup tant d'espérances dans le tombeau. La dauphine, son épouse, étant morte le 12 février, lui-même tomba malade. Il prévit sur-le-champ qu'il allait mourir, et ne s'occupa plus que de l'éternité. Le duc de Saint-Simon, qu'on n'a pas accusé d'être flatteur, raconte d'une manière touchante, dans ses Mémoù^es^ les derniers instants de la vie du vertueux prince : (% Grand » Dieu, dit-il, quel spectacle vous donnâtes en lui ! Quel yi surcroît de détachement ! Quels vifs élans d'actions de » grâces d'être préservé du sceptre et du compte qu'il en )> aurait fallu rendre ! Quelle soumission ! Quel ardent
» amour de Dieu ! La France tomba sous ce dernier
» chftiiment. )> Il ne lui restait, pour toute ressource, qu'un enfant à peine âgé de deux ans. Aussi Ton sentit vivement cette perte. Combien on eût gémi davantage, si on eût pu prévoir les désordres et les malheurs dont on était menacé! A une si grande distance de Tévénement, nous ne pouvons encore penser qu'avec douleur à un si juste sujet de deuil. Nous songeons avec amertume à tout ce qu'eût fait pour le bonheur de TËtat, un prince dans Tâme duquel, comme dit le même Saint-Simon^ « cette grande et sainte » maxime, que les rois se doivent aux peuples, était im- » primée si avant, qu'elle lui avait rendu le luxe et la » guerre odieux. »
On nous a conservé quelques écrits du pieux dauphin, qui attestent et ses connaissances et sa sagacité. Il y en a sur plusieurs matières : sur la guerre, sur les finances, sur les impôts, sur l'agriculture, sur le commerce. Il y en a » sur les occupations d'un roi , sur les choix à faire pour remplir les places. Il y en a sur les preuves de la religion, sur la foi, sur les miracles. Il y en a un sur la révocation de redit de Nantes, où il s'écarte du sentiment le plus commun; enfin il y en a aussi un sur les disputes du temps, qui atteste sa soumission à l'Eglise et son attachement au Saint-Siège. Le roi, pour remplir les religieuses intentions de son petit-fils, fit présenter ce mémoire au Pape, qui fut touché d'une déclaration si précise et si orthodoxe. « Il s'est expliqué, dit-il, comme aurait pu faire, » non un empereur, mais un évéque. » Peu après, le monarque ordonna qu'on imprimât cette pièce. La lecture n'en fit pas plaisir à quelques personnes , et Petitpied , alors retiré en Hollande, fit paraître des Réflexions^ où il prétendait que le mémoire était l'ouvrage de la cabale molinienne, et que le dauphin n'avait fait que le transcrire. Cette manière de raisonner était digne de pareils écrits. Ces Réflexions furent condamnées au feu par un arrêt du parlement de Paris, du 17 juin.
— Le 10 mai. Ëdit publié diks le Tong-King contre li
no ANNÉE i712.
RELIGION cHBéTiBinsK. Cet édit renouvela les alarmes et les vexations qu'avait déjà causées dans celle mission un précédent édit rendu en 1696. M. de Bourges, évéque d'Aurem et vicaire apostolique, fut arrêté, ainsi que M. Edmond Belot, qui était au long King depuis plus de vingt ans: révéqued'Âurem Tavait demandé pour coadjuteur et Tavait sacré en 1 702, sous le titre d'évéque de Basi^ lée. M. Guisain, autre missionnaire français, qui était parti pour le Tong«> King en 1688| fut également pris. Après les avoir tenus tous les trois quelque temps en prison, on les embarqua sur un navire qui allait à Siam. Uescbré^ tiens allèrent en bateau rejoindre ce navire en pleine mer et ramenèrent à terre l'évêque de Basilée et M, Guisain, qui se cachèrent dans la province de Nghé-An, la plus éloignée de la cour. L*évéque d'Aurem , étant fort âgé, continua sa route pour Siam, où il mourut dans les exer* cices de la piété, le 9 août 17 J 4, à lage de quatre-vingt* trois ans. L'évêque de Basilée devint alors vicaire aposlo- « lique du Tong-King occidental ; ce prélat était d' A vallon et était parti de France en 1682. Missionnaire plein de zèle, il eut beaucoup à souffrir pendant la persécution lie 1712, après laquelle il reprit ses travaux. Une mort prématurée l'enleva le 2 janvier 1717,
— Le 22 mai. Clément XI canomise les bienheureux Pie V, Anoué d'Avelliro, Félix nE Gantalice et Catse-" lUNB OE Bologne. Micbel Gbislery^ depuis Pape sous le nom de Pie V, était né en 1504. Ses qualiios relevèrent à Tépiscopat et ensuite au tronc poniifical, qu'il n'occupa que six ans. Il est célèbre par ses vertus et par son zèle pour la pureté de la foi. Il mourut le 1^^ mai lô72«
André d'Avellino, dont le nom de famille était Lance* iQtii, naquit au royaume de Naples en 1521, entra dam rétat ecclésiastique^ et peu après dans Tordre des Théatios, et s'y distingua par de grands exemples de sainteté. Il eut part à la confiance de saint Charles Borromée, e| exerça avec succès le ministère de la prédication. Il mourut le 10 novembre 1608. Le Pape^ dans les bulles de canonisa-
ANNËË 1712. 321
tiou de ces deux bienheureux , rapporte les prineipau:^ traits de leur vie , rend compte des procédures suivies pour leur canonisation, et cite quelques-uns des miracles opérés par leur intercession. On sait avec quelle circonspection et quelle maturité on procède à Rome dans ceà sortes d^informations.
Oti sait aussi quelle pompe accompagne la décision du souverain Pontife. C*esl dans Téglise de Saint-Pierre, au milieu des mystères de la religion , en un jour de fête ^ avec les cérémonies les plus augustes , après avoir souvent imploré les lumières de TEsprit saint , et entendu les demandes et les vœux des cardinaux, qu^ le Pape, entouré du sacré collège, des évéques, des piélres et d'une multitude de fidèles, proclame la sainteté du héros de la foi« etannonceau monde chrétien un tiouveau proteotëuri Les bulles de canonisation sont ordinairement $ignées dés cardinaux qui ont assisté à la cérémonie.
Glémeht XI ne promulgua pas son jugemlsnt par rapport à Félix et à Catherine. Ce ne fut que sous Benoît XUt ^ue furent publiées les bulles, le 4 juin 1726.
Félix était né en 1518. Entré dans Tordre des religieut capucins, il y vécut dans la pratique de toutes les vertus, et mourut saintement à Rome le 18 mai 1582.
Catherine de Bologne^ née dans cette ville en 1413^ et religieuse de Sainte-Claire, fut célèbre dans Son sièelè fMit* son amour pour la perfection. Elle mourut à Bologne la 13 mats 1463.
— Les 24 et 25 mai, Occupation et pIllage de l'abb^yIi DE Sjliitt-Gall par LES PE0TE8TANTS. L'abbayc de Saint- Gall, dads 1^ partie orientale de la Suisse, avait des droits assez étendus. L'abbé était prince de rEmpire,et en même temps allié des cantons suisses. Il était souverain d*un territoire qui comptait environ 90,000 sujets. Parmi ses possessions était le comté de Toggenbourgi dont la population était aux deux tiers protestante. Celte population avait des privilèges dont elle se montrait fort jalouse. Elle avait eu plusieurs fois des aifférents à ce sujet avec l^abbé de Saint*
Ciall. Ces différents se renouvelèrent sous Léger Burgisser, ci-devant doyen de Saint-Gall,élu abbé en 1696. Les habitants du Toggenbourg portèrent leurs plaintes à la diète suisse qui ne décida rien ; alors ils s'adressèrent au canton de Zurich, qui n^éiait pas fâché d'intervenir dans cette affaire. Le canton de Berne , qui n'avait aucun rapport avec le Toggenbourg, prit aussi fait et cause pour les habitants. On sait que ces deux cantons, les plus puissants de la Suisse, sont protestants tous les deux, et se sont toujours montrés fort zélés pour les intérêts de la réforme. D'un autre coté, les cantons catholiques de Lucerne, de Schwilz, d'Urî, de Zug et d'Underwald, se déclarèrent pour l'abbé. On négocia pendant plusieurs années pour trouver des moyens de conciliation , mais on ne put parvenir à s'entendre, et on arma de part et d'autre. Les habitants catholiques du Toggenbourg refusèrent de prendre pari au soulèvement, et sept communes étaient pour l'abbé ; mais les proteslaiils du pays étaient les plus forts. Us étouffèrent les réclamations des catholiques à force de vexations, et con* damnèrent même un prêtre à un bannissement perpétuel. La guerre éclata en avril 1712 ; d'un côté étaient Berne» Zurich et le Toggenbourg ; de l'autre côté l'abbé de Saint- Gall et les cinq cantons catholiques. Le pape envoya des secours d'argent à ceux-ci et les engagea à soutenir avec fermeté les droits de l'abbé, et il écrivit en leur faveur à Louis XIY et à l'empereur. Un écrivain suisse, qui a fait l'histoire de cette guerre (1), reproche aux catholiques d'avoir voulu en faire une guerre de religion, tandis que ce n'était qu'une guerre toute politique. Mais la conduite des protestants eux-mêmes, leur empressement à intervenir, leur zèle pour les Toggenbourgeois , et ce que nous allons les voir faire dans l'abbaye de Saint-Gall, montrent assez quel intérêt les animait.
A la fin de mai, les troupes des deux cantons occupèrent
(!) Voir État et délices de la Suisse, Cet owrage contient au tome ii un némoire sur les (uerres de 1712. ^
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presque tout lé territoire de Tabbé de Saint-Gall. L'abbe Burgisser, forcé de se retirer, avait mis le monastère sous la sauvegarde des bourgeois de la ville de Saint-Gall, contiguê à labbaye. Mais ceux-ci, qui étaient protestants et indépendants de Tabbé, ne se crurent pas obligés de faire des efforts pour le soutenir. Ils ouvrirent aux vainqueurs les portes de Tabbaye par capitulation. Cette capitulation n'autorisait pas sansdoute à piller Téglise et le monastère, ainsi que le firent les troupes de Zurich et de Berne. Les religieux furent obligés de fuir et de se retirer en Souabe. L^oihce divin cessa, la bibliothèque, qui était nombreuse, fut en grande partie dispersée. On sauva seulement lés manuscrits, trésor littéraire précieux par son antiquité. C'est dans cette bibliothèque qu'on avait trouvé, au commencement du quinzième siècle, les manuscrits de Silius Italiens^ de Pétrone et de Yalérius Flaccus.
Clément XI n'apprit pas sans douleur le désastre d'un si ancien et si célèbre monastère. Il écrivit, le 25 juin, à l'abbé Burgisser pour le consoler et l'encourager. Son tèle ne se borna pas à cette marque d'intérêt : il adressa un brefaux quatre cantons d'Uri, d'Underwald^ deSchwitz et deZug; il louait leur courage^ les exhortait à continuer de défendre les intérêts de Tabbé et leur envoyait de nouveaux secours. Le Pape paraissait moins satisfait du canton de Lucernc; ayant appris qu'il était question d'un traité d'accommodement, il engagea, par deux brefs, l'évéque et les commissaires à ne pas souscrire à des conditions défavorables à l'Église. Il écrivit en même temps aux cantonsdeFribourg,deSoleureet d'Appenzell pour les exciter à s'unir aux quatre cantons nommés ci-dessus, afin de re- , pousser le traité que Berne et Zurich voulaient imposer.On trouve encore à cette époque des brefs très-pressants adressés à l'empereur et à Louis XIV pour les solliciter d'intervenir pour contrebalancer l'influence du parti protestant. Enfin lé Pontife s'adressait, pour le même sujet, à tous les cardinaux français et allemands , pour qu'ils agissent auprès des deux princes, et aux évéques de Sion, de Lau-
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sanne^ de Coire , de Ckmstance et de Bàle, pour qu'ils usassent de toute leur influence en faveur de l'abbé de Saint-Gall.
Les résultats ne répondirent pas au 2èle du Pontife» Les troupes de Zurich et de Berne mirent le siège devant Bade, qui capitula le l^'^juin. Le château fut rasé et la ville perdit ses privilèges; elle était catholique. Le 18 juillet, il y eut un accomnàodenient conclu à Arau entre les deux cantons protestants et ceux de Lucerne et d'Cri ; mais les trois autres canlons catholiques n'y ayant point accédé, la guerre recommença. Les canlons catholiques furent défaits le ô juillet à Yillmergen. On reprit donc les négociations, et un traité fut conclu à Arau entre les cantons les 9 et 10 août de la même année. L'abbé de Saint-Gall^ dépouill? de son territoire, porta ses plaintes à la diète de Raiisbonne, et le collège des princes de rEmpirè arrêta de prendre connaissance de Taffaire. On nomma de part et dautre des commissaires pour oon venir des conditions d'un traité , mais ces conditions parurent trop dures à Tabbi Burgisser^ il refusa d'y accéder, et le Pape TeDcouragea par un bref du 28 septembre 1713. Dans ce traité, en effet, on rendait à Tabbé son territoire et on reconnaissait même sa souveraineté sur le Toggenbourg; mais ce n'était plus qu'une souveraineté nominale. Le prince aurait eu les mains liées et les protestants auraient acquis plusd'autorité. On voulait même faire payer à Tabbé les frais de la guerre après l'avoir privé de ses revenus. On lui enlevait des domaines pour les donner à la ville de Saint-Gall. En atlendant^ les protestants étaient maîtres de tout, ils vexaient les catholiques et jouissaient à leur aise des biens de Tabbaye. Clément XI exposa ces raisons, à Louis XIV en réclamant sa protection pour Tabbé. Uagit dans le même sens auprès de l'empereur Charles YL
Cependant les commissaires des deux parties^ réuiiisà Boseliac, arrêtèrent, en 1714, un traité qui eetltîduait et étendait les privilèges du Toggenbotirg^ en assurant quelques avantages à la ville de Saint-CklL L'abbé Burgisser
ANNÉE 171 S, MH
refusa encore d y souscrire cl le Pape approuva son.refui« « Nous voyons^ lui dit*il dans son bref du 5 mai 17l4t que les protestants ne se sont proposé autre chose dans ce traite que de vous dépouilleri vous et vos successeurs, de presque toute votre juridiction et de la conférer à vos sujets, de diminuer les revenus du monastère et d'augmenter ses charges, de priver Tempire romain de ses droits pour les atlribuer aux cantons protestants ^ et ce qui est plus fâcheux encore, de comprimer de plus en plus la reli? gioQ catholique, et en même temps d ouvrir la voie aux progrès de Terreur. » L'abbé persista donc à ne pas consentir au traité. Pour Ten punir, ceux de Zurich mirent, en 1715, garnison dans ses terres et firent prêter serment 9UX. habitants. La haine des protestants alla encore plus loin : en 1717, une troupe d'entre eux, animes par le fantuhoie, se rendirent tumultueusement à Tabbaye de SaitU*Gall, renversèrent les autels, pillèrent lasacristi^i violèrent les tombeaux , mirent les tableaux en pièces, renversèrent les statues des siiints, souillèrent le tabernacle, et livrèrent toutes les choses saintes à d'odieuses profanations. Le Pape déplora ces profanations dans des brefs des 18 et 19 mai 1717, au duo d'Orléans, régent, il Teiopcreur et à l'abbé Burgisser (l).
Gelui-ei survécut peu h ce nouveau sujet de douleur^ il mourut dans l'exil. Joseph de Rodolphi fut élu en sa place, çt considérant le tort qu'une si longue oocupation des pro^ testants faisait à son abbaye, il se décida, quoique aveo répugnance, k accéder au traité de Roseliac. Il signa, le ]( juin 1718, à Bade, un accord avec les députés de Zu*« rioh et de Berne, etaunonça cette conclusion a Clément XI pardes lettres du 16 septembre 1718. Le Pontife lui réponditj le 80 du mois suivant^ pour lui témoigner sa peine de
(1) Rtfbdiilét dans soti ffistoitunit Clément Xh dit qne Tabbé Bnrgiaier fut mttlicré par les protettaiits ^^ voulant défendre les autels. Mais k pape ue parle point de cette circonstance dans les brefs aux princes que nous citons; et ce qui éii déeJsif, c'est qu'il adresse un bref à l'abbé llii-iliémë pour dd-^ plbrff-Ict profanations d« réglise et lui faire espérer quelque appui.
m ANNÉE i712.
ce traité, sans pourtant lui reprocher de Fàvoir souscrit. Il lui annonçait en même temps qu'il avait dû protester contre plusieurs articles nuisibles aux intérêts de la religion et aux droits du monastère, et qu'il lui envoyait cette protestation pour être déposée dans les archives du monastère. Une bulle du 10 décembre indique les articles les plus répréhensibles du traité et le déclare nul.
Le nouvel abbé entra donc en possession de son abbaye et des terres qui en dépendaient. En 1719, les conditions arrêtées à Boseliac furent amplement expliquées dans un nouveau traité conclu à Arau entre les cantons de Zurich et de Berne et Tabbé. Ce traité est rapporté en grande partie dans VÊtat el délices de la Suisse, t. ii, pag. 157 et suiv. On y a joint un mémoire sur la guerre de 1712; mais Tauteur, qui était protestant, raconte les faits tout à Tavantage de son parti et dissimule les excès commis à Saint- Gall. 11 ne dit pas un mot des deux pillages de Tabbaye.
— Le 6 juin. Le patriarche d'Alexandrie, du hit grec,
RENONCE AU SCHISME ET SE RÉUNIT A l'ÉGLISE ROMAINE. Cc
patriarche était Samuel Capasulès, de Chio, qui avait succédé à Gerasime Pallade. Il jouissait tranquillement de sa dignité, lorsqu'un certain Gonra, évêque qui habitait Gonstantinople, donna de l'argent aux Turcs pour se faire patriarche, et obtint des ordres pour être installé. Les chrétiens ne voulurent point le reconnaître ; mais Samuel n'en fut pas moins en butte aux plus fâcheuses contradictions.' Cette épreuve , comme il le dit lui-même , lui fut utile. Ayant appris qu'un missionnaire catholique, Laurent <le Saint-Laurent , gardien du saint Sépulcre de Jérusalem, était arrivé en Egypte, il souhaita le voir et trouva dans ses entretiens des consolations et des lumières. Les préventions qu'il avait contre TÉglise romaine se dissipèrent. Le père Laurent ayant quitté l'Egypte, d'autres religieux missionnaires achevèrent son ouvrage. Le patriarche fit son abjuration entre leurs mains. Il s'expliquait formellement, dans sa profession de foi, sur les points controversés entre les deux églises, notamment sur la procession du
Saint-Esprit et sur la primauté du Pape. Il envoya à Rome sa profession de foi avec une lettre au Pape, par le père Mazet, franciscain de TObservance, missionnaire de Terre* Sainte. Celui-ci étant arrivé à Rome vers la fin de mars 1713, Clément XI voulut le voir et apprendre de lui toutes les circonstances de la démarche du patriarche. Il fit communiquer les pièces à la Congrégation de la Propagande et indiqua, pour le 28 avril, un consistoire où furent appelés, outre les cardinaux^ plusieurs prélats et les Grées qui se trouvaient à Rome , le Pape ayant souhaité que tout se passât avec plus de solennité. On lut les lettres du patriarche en grec et ensuite une traduction des mêmes en latin. Le père Mazet confirma leur contenu par son témoignage. Le prélat Lambertini , avocat consistorial, adressa un discours au Pape, qui accorda lepallium au patriarche et se réjouit dans une allocution de son retour à Tunité* Le Pontife écrivit dans le même temps à Tempereur, à Louis XIY et à la république de Venise^ pour les engager à intervenir auprès du Grand-Seigneur, pour obtenir qu'on laissât le patriarche tranquille. Il écrivit pour le même sujet au marquis des Alleux , ambassadeur de France à Constantinople, dont il avait éprouvé plus d'une fois la bonne volonté, pour défendre les intérêts de la religion contre les vexations des Turcs.
On voit Clément XI, pendant son long pontificat, perpétuellement occupé des catholiques d'Orient. On a deux brefs de lui, en 1703 et en 1705, a Jean, patriarche d^Alexandrie , un des prédécesseurs de Samuel^ qui s'était montré favorable aux missionnaires. Le Pape le remerciait de les avoir accueillis, et faisait des vœux pour son parfait retour à l'unité. En 1713, il louait Âthanase, patriarche d*Antioche, du rit grec, de son zèle pour la religion catholique. Il s'intéressait vivement aux Maronites et aux Chaldéens catholiques, les consolait et les soutenait dans leurs traverses ^ pacifiait leurs différents et. écrivait en leur faveur aux princes d'Europe. Averti qu'Alexandre, patriarche des Arméniens, inclinait pour la doctrine catbo-
m kJ^mE mit.
Ikfue, it Iqi ëerivit, en 1 7 1 0, pour le féliciter de ses bonnes d)sp0miions e! lui envoya une profession de foi h signer. De 9on temps, plusieurs ëvêques du rît grec rentrèrent dans le soin de TËglise, entre autres Macaire, archevêque de Tripoli; Parthène, évêqued'Héliopolis; Sylvestre, de Béryie; Anasiase, archevêque de Nicosie; Cyrille, de Damas; Parihène, d'Ancidcne. Le Pape ne manqua pas de leur adresser des brefs de félicitalion et d'encouragement*
Clément entretenait aussi des relations avec les souverains même iufidèles de ces contrées et sollicitait leur appui pour les missionnaires qu'il y envoyait. Ainsi , en 1701, il écrit nu roi de Perse et à Mahabiet, patriarche des Arméniens, pour leur recommander cinq missionnaires dominicains, destinés spécialement pour les Arméniens. En 1703, il recommande au même prince, Éfienne, archevêque de Naxivan et les calholiques de ses États, Le shah de Perse était alors Hussein , prince pacifique, qui avait écrit dos lettres bienveillantes h Innocent Xlf, et qui avait fovorisé Pierre-Paul, archevêque d'Ancgra. Celui-ci étant mort, Clément XI envoya en Perse, en 1705, Élie, évêque dlspahan, et le chargea de lettres et de présents pour le shah. On trouve encore des lettres du Ponlife au même prince, en 1713, en 1714 et en 17 1 9. Dans le dernier bref, il 5*ollicitait la protection du shah pour les missionnaires capucins et les catholiques arméniens de Téflis, qui avaient é(é pillés, frappés et dépouillés par les menées du patriarche arménien d'Kcuicazin et de Minas Vertabîet. Il engagea le prince h réprimer la malveillance de ces ennemis des catholiques; il lui fit écrire dans le même sens par plusieurs souverains d'Europe. Yaktank, prince de TéSis, en Géorgie, mérita que le Pape lui adressât, en cette circonstance, un bref de félicitation.
Le Pontife ne montra pas moins de zèle pour la conversion de rEfhtopie. Ayant appris par un missionnaire franciscain, Joseph de Jérusalem, les bonnes dispositions du roi d6 ce pays, il y renvoya ce même religieux en 1704,
ANNÉE 47i2. 32§
avea 4'^^(p^ missionnaires, en les chargeant d^une letlrç» pour ce prince qu'il exhortait à se réunir à Fëglise romaine. Mais ce rot mourut çf les missionnaires ne purent même pénétrer en Ethiopie, soit à cause de la difficulté des communications, soit plutôt à cause des troubles du pays. En 1709, Clément Xï écrivit à Dodemanut, fils et successeur du précédent roi, et l'engagea à favoriser la religion catholique ; il adressa dans le même sens des brel^ à l'arche-* ▼équed^Ethiopie et h l'abbé général des moines éthiopiens de l'ordre de Saint-Antoine. Dodemanut étant mort peu après, le zélé pontife exhorta, en 171i^, son successeur à bien aceueillir d'autres missionnaires qu'il envoyait. Ce nouveau roi était probablement Jastos, auquel Clémerit écrivît encore en 1714 pour le remercier d'avoir bien reçu les missionnaires et pour lui en recommander de noa« veaux (I).
Nous réunissons ici ce que nous trouvons dans les œuvres de Clément XI sur les missions de l'Asie occidentale et de l'Afrique. En 1701, il exhorte le roi de Nubie à embrasser la religion catholique et lui envoie deux missionnaires. En 1707, il félicite des princes africains qui avaient reçu le baptême : c'étaient le roi et la reine du Congo, la reine douairière de ce pays, la reine de Matamba et quatre autres princes ou chefs du pays. Il parait que tous favorisaient les missionnaires. François de Pavîe, capucin^ missionnaire en ces contrées, avait rendu bon t^'nK)ignage de leur zèle. Le 6 janvier 1714, le Pape adressa un bref de remerciements au roi de Lha-Ssa (2), qui se montrait aussi bienveillant pour les missionnaires^ comme le Pape l'avait appris de l'un deux, Dominique de Fano, religieux capucin , qui retournait dans cette mission. En 1715, il recommanda à M. Bonnet, général de la congrégation de la mission , d'envoyer de bons missionnaires en Mingrélie et dans les provinces ad«
(4) \wVMiiMrc 4e Clémeni ^/» par Keboulet, (Qm« u> pa^e 16 €t luW* (î) Lba-Ssa est la capitale du Thibet, vaste région asiatique.
330 ANNÉE 17i2.
jacentes, quiavaienl été confiées à sa congrégation par le Saint-Siège.
Ces soins ne suffisaient pas pour satisfaire la sollicitude du Pontife. Il écrivait fréquemment aux princes européens en faveur des catholiques d'Orient ; il les priait d'être leur protecteur auprès des Musulmans. En 1701, il recommanda à TEmpereur, au roi de Pologne et à la république de Venise les Arméniens maltraités par les Turcs à G)nstantinople et ailleurs. Le patriarche arménien à Constantinople avait été condamné aux galères, et le patriarche syrien, d'abord délivré de prison par Tintervention des princes chrétiens, avait été ensuite réduit en esclavage et rudement frappé. En 1702, le Pape envoya à Constantinople un religieux carme, David de Saint- Charles, en le chargeant de porter aux pauvres chrétiens des consolations et des secours ; il recommanda ce religieux au cardinal de Kollonitsch, archevêque de Strigonie et primat de Hongrie^ qui témoignait beaucoup d'intérêt aux chrétiens de Constantinople, et qui venait de contribuer généreusement au dernier rachat des captifs dans cette ville. Le Pontife écrivit plusieurs fois à Louis XIV et à Philippe V en faveur des chrétiens d'Orient, des religieux de la Terre-Sainte et de différentes missions. Ainsi, ayant appris qu'on venait de découvrir des lies nouvelles du coté des îles Philippines, il voulut immédiatement y envoyer des missionnaires et réclama à plusieurs reprises le concours du roi d'Espagne pour cette pieuse expédition. On a plusieurs brefs qu'il adressa aux divers ambassadeurs de France à Constantinople, au marquis de Ferréol, au marquis des Alleux, au marquis de Bourac, soit pour exciter leur zèle en faveur des chrétiens opprimés, soit pour les remercier de leurs efforts. En 171 4, il s'intéressa vivement au sort de chrétiens captifs en Crimée et exposés à toute sorte de vexations^ et il réclama de différents princes des secours pour les missionnaires jésuites qui tiavaillaient à établir dans ce pays un hospice pour les vieillards et pour les enfants que Ton
cherchait à pervertir. En 1719, il réclame Tappuiduroi de Portugal pour les missionnaires chassés du Congo par les intrigues d'un élranger, et prie ce prince d'obtenir leur retour par l'influence qu'il exerçait en ce pays. Ainsi les yeux du chef de TËglise se portaient successivement sur les missions les plus éloignées.
— Le 30 juillet. Bref de Clément xi cokdamiiaiït le kecez DEBELiGiON POUR LE Bas-Palatinat. Lcs ducs dc Ncubourg avaient hérité en 1685 de TËlectorat palatin ; ils étaient rentrés un peu auparavant dans lesdn de I Église, et Jean- Guillaume, duc de Neubourg, devenu électeur à la mort de son père, en 1690 était un prince religieux. Les protestants n'avaient vu qu'avec dépit ce changement opéré dans un pays oi\ le protestantisme dominait depuis plusieurs générations, et ils prenaient ombrage de tout ce que faisait !'( lecteur. Ce fut apparemment pour les calmer que le 21 novembre 1705 il donna, sous le nom de recez de religion^ une ordonnance pour le Bas-Palatinat et les pays adjacents (1). Cette ordonnance allait au delà de ce qu'avait déjà accordé le traité de Westphalie aux protestants , et réglait sans l'intervention de l'autorité ecclésiastique ce qui regarde les choses saintes, les églises et leurs revenus, les mariages et le gouvernement spirituel, l'administration des sacrements, Tunion ou la division des paroisses, etc. On partageait les églises entre les catholiques et les protestants, de manière que ceux-ci en avaient les cinq septièmes et les autres seulement deux septièmes. On avait établi à Dusseldorf un conseil sous le nom de Conseil ecclésiastique réformé, pour la direction des affaires qui sont du ressort de l'autorité ecclésiastique. Ce conseil citait les ecclésiastiques, leur imposait des aniendes, jugeait sans appel les affaires des réguliers, sWrogeait le droit de visiter les églises, de corriger les abus, de nommer des commissaires laïques pour examiner les
(1) Dans le droit public de rAllemagne, on appelle rfcez, un acte dnn» lequel, à l'issue d'une diète, on recueille les principaux projets de se» délibérations. Éditeur,
33Î AISNÉE iH^.
gQmpte^ de l'admiiii^ration des églises, dç gppnicffre $^ qq pguyej exani^n |e§ prpiresqqe |e pynodç dÎQçp^îiin av^U Jugés dignc^ du minislprc paiiiloral. Ç'cliiil ce çonspil (]V|i (joni^ait aux doyens iH^t^M'^ Ips ppuvoira qu'ils ne pouvaient tenir qne des évéques, Enfin, il 3enili|ait que |a juridiclion épiscopaje fiit atqlipdans iQMt le pays.
ï^e jPapq écrivit à cq sujet au dnc Iç 23 janvier 1708 : il ne pouyqit prpire que ce prince reppunût ou approur y^\ ççs abus de pouvoir, ej il Texl^prlait ipstpaiment k y niettre ordre Mais Jcan-Gpil|aume np pnt fiMC\ipe ipç-^ pjire, peut-être parce qn'il craignait d'irriter |eg prippei protestants don! il était enloqré, et qui épiaient tQuieg SPS dé^f^rçheSt Clén^enl: XI attendit quelque feinps et lui î^dressa le 3 juillet 1712 un npuvçqu bref plus pressant encore. îl y faisait l'analyse du rece^. l\ s'éjonnaU que Vplçcieur eut Pccordé des traitemenls aux professeur^ da ^l^éologie protestante d Heidelberg, afin, disi^it-pq, de conserver à cette IJnivcrsité sa réputuiion et de 1^ mettra ^^ état d'ptre utile à foutes les religions. |.e pontife faisait remarquer que les protestants profilaient du vec^z pouy vpxcr de plus en plus les catholiques, pour frustrer les çufés de leurs revenus, pour chasser les naaitres pf)tbolique$ et leur en substituer dp protestants, pour forcer les enfants des calholiqups de fréquenter les gymnases protestants, pour faire élever dans l'erreur les enfants issus dç ipa-r riages nnixtes ; de telle sorte qu'il était yisiblp que Ion tendait ^ anéantir la religion catholique (]ans cette partie d^ rAllemagne, Il faisait pbserverenfiuque le r^ç^z était for-? melleroeut contraire au quf^trièmeariiclp dutifiité récent de Riswicjç. Par toutes ces rqisons, i| Içi cpndaninait, U déclarait nul, et défendait de rob^server^ f^l il exl^ortait l'électeur Palatin à préférer rinlérê^ Ue la rpligioq k toutes les cpnsidérations. huipaincSi
Lp priïice fut sensible h ce^ r^prpçhps; il écrivit su) Pape qu'il lui avait déjà exposé les raisons qui l'avaient
f^i^gir? P?i? RW'ih^^e spuipet^ait byflftbjÇïflÇntqtl juge- )> m€Bt du ^ainl-Siégei, pr«i à deonei?, oomnio il eonvianl
mm^ m2,, 33?
y à Ml) priqce caifeolique, len plus fortes preuves de^ » filiale obéissance envers Sa Sainlclé, ne ypulanl mailr «qneràri^u de ce qu'il devaii jîour squienir |c§ droits » d^ rËglise, el ayant la confiance que Sa Sainteté ne lu^ 1) demanderait rien qui fût contraire aux CQnsiitqtîons dç 91 TEmpire et aux traités faits successiveipent, qui étaient ^ ipQ^ensifs pour ]a religioHt » Ce sont les expressions de s^ lettre datée de Dusseldorf le 28 août 1 712 et rapportée à la «DÎtp du bref dans les ceuvpçsde Clément XI, tpmç II, page 1735. On aime à voir un prince souverain montrer ççlle déférence pour le chef de l'Église, François-touis de n^ubourg, frère de Télçcteur, et lui-même, depuis é|eCf leur de Trêves, promit également de ne point observer 1^ r0ce^ dans le diocèse de Worms dont il était évéque«
Vélegieur Jean-GMJIIaume continua d'être dans U^ nieill^ur^ rapports avec Clément XI- On a plusieurs hrefç di| Pontife à ce prince. Dans l'un, daté du l" février )7I3» il Itô loue d'j l'intérêt qu'il avait montré pour la qo^t §lruQtion d^ Téglisc catholique de I|anovre, à laquelle i{ avait envoyé des pièces d'argenterie pour lescrvicede l'é-* gUi^e et d'autres dons. L'électeur agit aussi avec zèle poiiç f^irç révoque^ deux édits publiés àClèveset à Juliers en faveur des protestants (l). Ce prince mourut le g juin }716^ il avait épousé une archiduchesse d'Autriche, et ep deuxièmes noces la fille du grand-duc dq Toscane, U ne laissa point d'enfants > et l'électoral passa, après lui, ^ QliarlesrPbilippe, son frère* Le Pape avait déjà écrit à ce prince du vivant de Jean-Guillaume, le 9 mar^ nHi pqur Tavertir de se mettre en garde contre les sollicita-^ (iops d?s protestants en faveur du recez. U lui réitéra feu recommandations le 8 octobre 1719, en lui rappelant $oa bref de 1713 au précédent électeur et les promesses que celpi ci lui avait faites. Enfin il avait cet objet tant è cqeur qu'il écrivit le même joAr sur ce sujet à Télecteur 4q Tr^ve^9 fiUdu deuxième électeur Pal^liq, pour lui ior
(t) Cm éitiit hHR% vévai|iiéi |mv l^iuiervfiiiiiati fl« Tetufiercttr* J .
334 ANNÉE l'712.
mander d'agir auprès de Charles-Philippe pour que le funeste recez ne fût point observé.
Yers le même temps, dans une partie peu éloignée de TAllemagne, un autre recez excita la sollicitude de Clément XI. Ce recez avait été conclu entre l'électeur de Hanovre et le chapitre d'Hildesheim. L'électeur occupait depuis plusieurs années la principauté d'Hildesheim et voulait obtenir du chapitre, le siège vacant, un arrangement qui le laissât jouir des revenus de Tévêché, jusqu'à ce qu'on lui eût payé une somme pour les frais de la guerre que l'Empereur et l'Empire faisaient alors contre la France. Le Pape avait adressé le 25 février 1706 au chapitre d'Hildcsheim un bref pour le détourner de se prêter à une semblable transaction. Il avait écrit pour le même objet à Maximilien-Louis-Joseph de Weychs, doyen du chapitre et vicaire apostolique, chargé d'administrer le spirituel et le temporel du diocèse. Le zélé Pontife avait cherché à intéresser à cette affaire l'Empereur et tous les princes catholiques d'Allemagne, et les avait sollicités de s'opposer aux prétentions de l'élecleur protestant. Il fit connaître au chapilre d'Hildcsheim ses démarches auprès du prince. Mais ses représentations et ses instances échouèrent contre des considérations poliliques. L'Empereur croyait avoir intérêt de ménager l'électeur de Hanovre. On le laissa mettre garnison dans la ville d'Hildcsheim et dans le château de Seine. Le Pape réclama vainement auprès du prince en mars 1711. Il chargea son neveu Annibal Albani qu'il envoyait à la diète de Francfort de plaider les intérêts de l'église d'Hildcsheim. Mais les chanoines, cédant à la fin aux vexations et aux menaces, conclurent avec l'électeur, les 11 juillet et 17 novembre, un recézoM traité qui renfermait bien des clauses contraires aux intérêts de la religion, et en particulier à ceux de l'église d'Hildcsheim et des pieux établissements du diocèsç. Le Pape apprit avec chagrin la nouvelle de ce traité et le condamna par uu bref du 12 mars 1712. Il avouait que la position du cha-
ANNÉE i7i2. 335
pitre était pénible, mais il regrettait que ses membres n*eussent pas montré plus de courage et de fermeté. Il les engageait à ne point observer le recez qu'il déclarait nul , comme contraire aux droits de TÉglise caiboiique. * Le chapitre d*Hiidesheim reconnut qu'il avait cédé à la crainte et à la violence, mais on l'avait abandonné, disaitil, et on lui avait refusé de tout côté l'appui qu'il sollicitait.' Il remercia le Pape d'avoir cassé les concessions qui lui avaient élé extorquées, et promit de se joindre au Saint-- Père pour défendre, autant qu'il serait possible, les droits' et la liberté de l'Église. Cette lettre, adressée au Pape, le 9 juillet 1712^ était signée du doyen et de tout le cha« pitre cathédral d'Hildesheim. Le Pontife recommanda encore vivement les intérêts de ce diocèse lors des négociations pour la paix d'Utrecht.
— Le 8 octobre. Lettre oe soumission des chefs de là RÉPUBLIQUE DE Raguse AU Pape. Lc rcctcur et les conseillers de la république de Baguse en Dalmalie avaient pris^ en 1710, une mesure violente à l'égard de quelques prêtres et religieux. Ils avaient enjoint au grand-vicaire de l'archevêque de sortir de la ville et de se retirer à Mélite, ile de Dalmatie, et à un autre prêtre, Michel Mauzolio, de s'exiler à Stagno, autre ville de Dalmatie. Deux sénateurs escortés de soldats s'étaient rendus au monastère de Saint-* Jacques, à Mélite, avaient arrêté un religieux, Ignace Giorgi, et en avaient chassé un autre. Clément XI se plaignit de ces voies de fait dans un premier bref du 27 décembre 1710. Il ordonnait à l'archevêque de Ragose de procéder contre les auteurs de ces violences qu'il supposait être le fait de quelques particuliers plutât que de l'autorité publique. Le recteur et les conseillers de la république écrivirent au Pape le 14 mars 1711 ; ils prétendaient avoir usé de leur droit en prenant ces' mesures. Mais le Pontife n'admit point leurs excuses: « Il fallait, dit-il dans un bref du 5 septembre 1711, si les ecclésiastiques et les religieux étaient coupables, les déférer ftu Saint-Siège ou à l'archevêque, qui les eussent
pùriîs èôrnrhe 11 iîoiitîent. J) tl lélif ordôHtté de t^pKfef dans Test^ncé de (rôifi tnoh ceqii'ils ôht (iiit, ^nâ qiioi il séfâ p^ôaétlé Cdhlfé eux. Il leâ dxhôr*lc avec douceur éri fiiiiâsîiht h donner, eôcfitne il^ l'oift fait àouVdht, déâ preuves de Itut* respect pôuf Id liberté et rMUrôrhé dd rÊglisc. En effet Ils flreni Savoie au Saiftt-Pèré pat leur envoyé, Maf^in Gaboga, qu'ils nvaietit iotil retliis dahS le premier élàt, et, dans Uuë leitee du 5 odtobrë 1713, lia protestèrent de léut soUmisslori pour le Saint-Siégé et dé leur dcsir dobservëf le^ règles dd rîmràuhiié ecclésiastique. Le PapQ les féllcile de eè^ ^ërftiitietilâ dans ufi deniîer bref du 15 nOVembre l7l2 et les engage a Éé montrer biéhvelllaflts et respectueiiît pour leur afchévéqdë. Il leui* prôrflet de retidre k eux et à leur républiqtië tous les bons offices qui seront en Son pouvoir.
— Le 27 novembre. AtiituAtioN ou l»ui^cfe fetfectd!»AL de Saxe a Bologne. Frédiîric^Auguste, fils de l'électeur Ad l^a*é, était tï6 le 7 octobre l69e. Sôtt |)ère avait embrassé là religion eaiholiqUe lorsqu'il fut élu roi de Pologne ett 1697. Le flls eut longtemps eticore des Insiiiuieur» pfotéôtatils. C'était le sujet ordinaire des plaintes réitérées
dé Clémetitll auprès du roi Augusie. Enfin eti lî'li le
jirinee déféra aux représentations dtl Potitife. Il fcotiRà s6ti fils aux Soins de Joseph KoS, Palatiti de Livohlé, faommé ghavë et sincèrement religieux. Le Pape npplaiidità ce ehoi.i et écrivit le 9 mai 1711 au Palatin poUt* l'engager h he rien négliger pour faire revenir lé jettnè prltice des préjugés dans lesquels ot\ l'avait élevé. Daris lin âUtre bref du li novembre de farinée Suivante, il le fléllellë du suëcès de ses Soins. Dans le même temps lëi jit'lflëes protestants s'efforçaient de détourner Atiguste du projet de ramener son fils à la religion catliôllqtfe. L^
jètitië prince voyageait alors dàfis diverses eou^s dé l'Etitdpis âtéc le Palatin et le père Salomort, jéstilte, dliàr^ dé son Instruction religieuse. C'est dëns ce Vôydge qtlii fit Son abjuration & Bologne, entre les mdinS du cjsirdlnal Ûkml leg^t ^* <?ettii tiroVInCc. hë pl-lHëë ttfrftônÇà lui*
ANNÉE nii iii
TàMë éètté DôDVétlè au f^aj^e, mais on tint qûelqiiê férfi[5à §^ déiiiâfche secrète. Glcmcnt 1Ll pressa pldsîèUrà fois le roi Auguste dé là déclarer publiquement; il écrivît âii jeiinë prince pdiir lé confirmer dans soh^ilâcnemênt a ta religioil catholique. En 17 14 il cn^^aged le Pàlàtiîi Koâ, i]Ui songeait à se retirer dans ses terrés, a réslcîi* èncdrd huprès du prince et à lé maintenir datis ses bonnes dispositions. C!e ne fut que lé li octobre 171^ qu*ii pàriil publiquement à la messe a Vienne. Juâqùelâ il hé réhterïdâit qii^en secret. Il écrivit au Pape pour l^ihàtrli!^e de cette démarche. Les luthériens de Saxe s*étaiédt Qdttcs que lé changement de religion dû roi de Po* Ibgné n'aurait aucune suite par rapporta Télectorat, etqiië le ÙU persisterait dans léui* communion. Quand ils apprirent sa conversion, leilr zèle s^en alarma. Ils publiaient qiië là confession d*Augsbourg était en danger, que lè papkmè allait prévaloir, qu'on était sur le J)oinl dé perdre tout lé fruit de Id réforme, qti'il fàllaU se meltre éii garde contré les tentatives d\ih prîiice câtnoliqbc. Ces bruits faisaient impression sur des esprits ombrageux. On se plaignait de la destruction de cinq églises protestantes qui venait d'avoir lieu sur les frontières de Pologne. De iiOmbt*eu.<e^ léélaitiiïtions furetit adressées & rélecidiir. Ce ftît pour dissiper les dlartiiés de ses giijélfe et dé Séô tôîsitiâ quMl publia tine déciafdlibti oit il sltltlôttçalt sa résb- Idiioh de rie rien chartgei^ à té qui était étdbli dans èe§ Êlati pour l'enseignement, pour le règletneril dés Uttlvél*âités et pour les pllvilégeède 1« cotifessîoh d'Augsbdilr'g, ^àds pourtant qu'on pût imposer aucun éoi1tr6le à Itii ou à teé gUcctsSèur^ pour rexercice de ledr réllgioti.
Ceâ assurailCéâ semblaient dévoir caliDer les craiiiièÈ. Cependant les tris se renouvelèrent en 1719 â l'oCCdsldÛ dû ttiâriage dd prince électoral de Sdxe, i\h\ eut lien le 10 mars avéé rarthiduchessé Illarie-Jôséphiiie, fîUe dé Fempèréur Jéèeph 1*'. En faveur de éé mariage. Temperedr Chdries VI, Oticlé de là prltitîeSse, détaanda qu'il y éftt une église pour \tt catholique^ h DreSdë. Là nuu-
velle de cette proposition produisit presque un soulèvement en Saxe. Il sembhiit que cette concession menaçât le luthéranisme d'une destruction totale* L'esprit de tolérance pratique n'était guère connu alors chez les protestants^ et en An{;leterre, en Hollande, dans les États du Mord et dans plusieurs parties de rAllemagne, les catholiques étaient tenus sous le joug le plus oppressif. Ils ne pouvaient ni posséder de biens fonds, ni exercer aucune charge. La prudence de Télecteur de Saxe aurait dû d'ailleurs ôter tout prétexte de mécontentement. Il souffrait que dans les chapelles dites de la cour on fit le service suivant le rit luthérien*, et il se contentait d'avoir une chapelle intérieure, où il assistait à la messe et aux offices suivant le rit de TËglise romaine et où il admettait les catholiques de la ville. Celte chapelle était Pancien théâtre de la cour, que l'on avait disposé pour servir d'église. Elle était assez grande, et l'électeur assigna des fonds pour son entretien. Ce n'est qu*en 1738 que Ton bâtit une autre église à Dresde, comme nous le dirons plus tard.
— ' Le 2 mars. Jugement des docteuks de là Faculté de Théologie de Nantes contre quelques écrits sur l'usure. René de la Bigotière de Perchambault, président au parlement de Bretagne, avait publié à Bennes en 1709, et sans qu'aucun procès y eût donné lieu, un Factutn pour saifoir si t usage qui permet aux tuteurs de colloquer les deniers pupîllaires à intérêts est autorisé. Ce factum fut bientôt suivi d'un second et d'un Traité de Vusure et de Fintérét, que l'auteur joignit à un Commentaire sur la coutume de Bretagne. Ces ouvrages firent du bruit. Un doyen de la chambre des comptes de Bretagne, de la Gibonnais , y opposa un Traité de fusure , intérêt et profit quofl tire du prêt , ou V ancienne doctrine sur le prêt usuraire opposée aux nouvelles opinions. De Perchambault ayant appris ^que quelques docteurs de Sor-
A^ii^ÉE 1713. 339
bonne consultés sur son livre en avaient blâmé les principes, s'adressa à la Faculté de théologie de Nantes pour avoir son avis. Les docteurs lui envoyèrent une réponse dans laquelle ils discutaient ses écrits et ses raisons, et lui opposaient des autorités et des arguments contraires. Ils s'expliquaient non-seulement sur Tarlicle des deniers pupillaires, mais encore sur le prêt en général, et blâmaient en général toute espèce d'intérêt. On avait espéré que le magistrat se rendrait à une décision qu'il avait lui-même provoquée. Il soutint au contraire son sentiment dans deux écrits qui engagèrent les docteurs de Nantes à lui faire une réplique sommaire ; ils y reprochent à l'auteur des contradictions, des méprises, de la dissimulation, peu de respect pour la tradition. La réponse et la réplique sont signées Clenel, Cassard, Lefèbre et Lcfaon, et approuvées par plusieurs autres docteurs. L'une et l'autre sont longues , rédigées avec soin et méthode, et annoncent une grande connaissance de la matière en même temps qu'une extrême modération. Toutefois Perchambault persista dans son opinion, et ayant été attaqué la même année, 1713, par l'abbé Ecolasse, chanoine de Bennes, dans une lettre critique, il intenta procès à son adversaire comme calomniateur. Chacun d'eux publia des mémoires, et la Sorbonne était saisie de l'examen du livre, quand le roi, voyant les parties fort échauffées, jugea à propos de suspendre cette affaire (1).
— Le 8 septembre. Clément xi dokne là constitution Unigenitus Dei FiLius. Le Pape avait nommé, en février 1712, une congrégation particulière de cinq cardinaux et de onze théologiens pour l'examen du livre de Quesnel. On leur en avait distribué des exemplaires, et les examinateurs s'assemblaient tous les mercredis. Au mois d'août
(1) L'abbé Ecolasse publia seulement à Trévoux, en 1714, ses mémoires sous le lilre de Préjuges légitimes contre les libres dons de Perchamhault.Le même avait consulté quelques docteurs de Sorbonne h ce sujet ; et ceui-ci (Hubert, Le Mure, Léger et Fouget) donnèrent leur jugement qui est asiei confomie à celui des docteurs de Nantes.
à<è ANNÉE il\i.
suivant, ils êtifetlt btâtè de tenir délit ^éslfiéeà pût Se* maille. En jariviè!' iy^i.1, les qualificateurs doittfneiicèrëttt à s*àsfeembler aU Saîhl-Of(îée. Lé Pjlpe était trèS-exaët à ces séftnces, qui se tenaient deux îoU la sehiaitie, et qui furent terminées le 2 août. Alors le Saint-Père ôHôtitia des prières dans ftôrtie, Implord lili-tiiétlie le iëtoufs dd ciel, consulta plusieurs tdrJinauk èi évâqties, eotiîrtttlrii>« qua. Comme on eti était convehU, le pi*(^âttibule et le dis^ positif au cardih<')l de k Tiétnoille, siipt^Htila h ^a priëi% quelques claiiseâ qui nttraictu pti éptoUver des tonfi-âdictions en t^rance, et donna 'enfin, tipvèi p\ùi de Ûli^ huit mois de travail etd'eJiamen, la biille Unigenltui.k jautais mémorable par TiitiportÈltlce du sujet, pai* le dë^ châinement des passioiis ednire Ce jugehiCtit, et piaf l'assentiment qu'y donna (ôlite TËgliSe.
[[Nous avons présenté dans le Tableau /twteW^îië plftcâ en lête de ce volume une cotirté analyse de cette Gôïiétitution apostolique. Nôiis aVôriâ ^W^û observé qti'on pÔtl<* vait prendre sa publication eôtntlie le fcottiment-dtlieiit d^urié nouvelle période dd jatiôénlSmd, qui ciotitintià 9 troubler l'Église pendant <ôdt ië dix-hultièitie siècle. H nous semble qu oh peut partd^er fct^lid période en qUâj^ë prineipalés époques, àyarit cliacdne Ud priclct[)al bbjef qu on ne doit pas perdre de vue.
\ui première s' éiGvxà dé 1713 jusqu'àlt cdhcîle d'Em^ brun, en 1727. C'est à cette epoqUë surtout que sfe r&ff^ porte Vappety si publiquement côndartltië pai* I Ëgllsë.
La seconde s'étend de 1727 ju^u'à l'eticyëliqUe adressée par ffenoît XlV aux évcques dé France etî octobre 17 66 : d'est le temps des prétendue rfllracles et dès disputes au sujet du refus des sàêrëiiiëtitâ ad.t tippehniè,^ question que ladite encyclique avait poui' objet.
La f/'omè/ne époque s'étend jusque vers 1772, et est Stlf tout fëmarqiiabie par la part que prirent leé jâtisônistes aux attaques violentes et calotunietises dirigées centre la Société de Jésus.
La quatrième époque s'étend jùSqd'S là flfl dti rfèClë.
ANNÉE ml ui
filé est signalée har les àtietiitéâ ^chi^dia(i()tfés pÔHêèi p\ii^ diTiidëméni h Pauthrlté pôhlifltale, et fi<lf là éohâ^ tituiion civile du diergé, tiianifcsietîlent id^pii^éè |iar le jatisénièitiè, el e*<i l'ênfc*i*tiianl tout Piïsprit. T|
^^ Le 20 «eptembt*e. MoJit de Pfa aNçois he rosÀùÀS, tioMf- ÀfcAin «.#ag5!OL Et MlsstORNAtKE. Ffauçois tle t^o.<»^dàâ était né à Gdrdoue le 2d novetiibre 1644. Il fat élèVédahs k piété, étitla th&t l(*s Dortiinicaltis eti 1663, et fit ses voéui Tdtltiée feliiVëhte. Ordonné prêtre à S'M\ Lûcât, on l'employa au mirlistère de ta prédicdlioVt, et il y etit des succès estti'aordln^irés. Il donnait dcâ iiilssion<; datis les villeS^ dàni; te^ tmm pagnes, datis loâ [it'isonâ, les li^pitauiii, faisait de gt*ànds fruit*?, et rappelait les pécheurs à Dieu. Sdfi rhU nî.^tèrèdans lé tribunal de la pénitence n'était pas nioinâ éfticâee; et l'ôrtetion de ses paroles àvai.t une grade partlctilièi'e jîotir' touehef les coèurs. Un ^èle qui n^élaii arrêté ni par les fatigues, ni par les obstacles, la visite assidue des J5aUtrréS ël des malades, deS aUsîériidi étonnante^, une humilité qui lui fit refuser révêché d'AIghero en à^irdalgne et celui de Cadix, le faisaient regarde^ dans le midi de rE*5pagne eotiime un saint. Il mourut presque subitemctit en venant de céléb^e^ la messe. 11 laissa des ouvrages de piété, un livre contre Molinos, des avertissements I là ville de CordoUe, et les Vies de salUt Dominicjuè, de Léônarde du Christ, religieuse dominicaine, et do jjère Christophe de Sainte-Catherine, fondateur d*uri hôpital h Cordoue. D'antres ouvrdgcS de lui SOrtt testée manuscrits. On fit aussitôt après sa mort des informations stir ses vertus; elles ont eonflrmé loplnion |)Ubliqué Sur sa sainteté. Pie Yil a promulgué le iù Sej^tembre lÔiS lé décret de sa béatification.
lin.
'-^ Le 29 jàtitîéf . QtJAtiÀilf é évfcQtfes ASSfeiwiiiÉâ À Pkfiti REÇOIVENT LÀ CONSTITUTION Unigenitus. La bullc étant arrivée en France, le roi résolut de la communiquer àuési-
tôt aux évéques. Il ordonna une convocation de ceux qui pouvaient se trouvera Paris, moyen qui avait déjà été pratiqué en plusieurs circonstances.
L'ouverture de rassemblée fut fixée au 16 octobre 1713. Il fut décidé que le cardinal de Noaillcs y présiderait. Afin même de lui laisser cet honneur, le Roi engagea le cardinal d'Esirées, à qui la présidence eût appartenu par son ancienneté, à y renoncer, et a ne pas se trouver à rassemblée. On usa encore envers M. de Noailles de toutes les autres condescendances qui pouvaient le flatter. A sa prière, rarchevêché fut indiqué, contre Tusage, pour le lieu des séances. On lui laissa le choix des commissaires, parmi lesquels on désira seulement qu'il nommât M. de Bissy, évêque de Meaux. On pouvait espérer que le cardinal allait suivre une autre route. Le 28 septembre, il avait donné un Mandement pour condamner le livre de Quesnel , en marquant que c'était pour tenir sa parole. Cependant, à la première séance, qui se tint le 16 octobre, et où se trouvaient vingt-neuf évêques, il prononça un discours oii il chercha a justifier son approbation de 1695. Il s*appuyasur le suffrage de M. Vialart, son prédécesseur à Ghâlons, de M. d'Urfé, évêque de Limoges, et de M. Bossuet. On n'a cependant jamais rien cité d'authentique de M. d'Urfé. On a vu ce qu'il fallait penser de l'approbation de M. Yialart ; et quant à Bossuet , nous avons fait connaître également ses véritables sentiments sur l'ouvrage (1). Le discours du cardinal de Noailles fut donc écouté avec peine.
Le 21 octobre on dit la messe du Saint-Esprit, et les six commissaires nommés pour faire leur rapport sur la constitution, commencèrent leur travail. C'étaient le cardinal de Rohan , évêque de Strasbourg, MM. de Bezons et Desmarets, archevêques de Bordeaux et d'Auch; de Sillery, de Bissy et de Berthier, évéques de Soissons, de Meaux et de Blois. Ce fut alors que Quesnel adressa aux
(1} Voytï TahUau historique^ page &&.
ANNÉE i7i4. 343
évéqnes des mémoires en sa faveur. L anoée précédente , on l'avait entendu dire dans une explication apologétique de ses senlimenis : « Je soumets très-sincèrement et mes Réflexions sur le Nouveau Testament, et toutes les explications que j'y ai apportées, au jugement de la sainte Église catholique , apostolique et romaine , dont je serai jusqu'au dernier soupir un fils très-soumis et tr^-obéissant. » Ce même homme, ce fils soumis et obéissant, osa dire, en 1713, que la bulle «< renversait la foi de fond «en comble; quelle frappait d'un seul coup cent une )> vérités; et que /'accepter ce serait réaliser la prophétie » de Daniel, lorsqu'il dit qu'une partie des forts est tombée » comme les étoiles du ciel. » A la vivacité de ce style, on reconnaissait un auteur dont l'amour - propre était blessé. Il faisait circuler différents écrits contre la bulle.
Afin de réfuter plus ellicacement ces assertions téméraires, et de détromper une foule d'esprits prévenus, on convint qu'il serait dressé une Instruction pastorale, où l'on montrerait les vices de l'ouvrage. Le cardinal de Noailles avait d'abord approuvé ce moyen ,'mais il le re* jeta dans la suite, lui et quelques évéques qui le suivaient en tout. Il en avait mandé à Paris plusieurs sur lesquels il comptait principalement, et ce fut dansune assemblée tenue entre eux, le 1 1 janvier, chez lecardinal, qu'ils arrêtèrent de déclarer à la majorité des évéques, qu'ils ne pouvaient plus assister à leurs délibérations, ni partager leurs sentiments. Ces prélats se retirèrent de suite au nombre de dix; mais ils eurent ordre du Roi de retourner prendre leors places à l'assemblée pour y exposer librement leurs raisons. Ils continuèrent donc à assister aux séances et à opiner comme auparavant , et le cardinal de Noailles reconnut que les suffrages n'étaient aucunement gênés.
Le lô janvier, la commission, établie au mois d'octobre précédent, commença son rapport. Il paraît que ce long intervalle avait été employé à tâcher de prévenir de funestes divisions. Le rapport dura six séances. Le rapporteur le termina en proposant de déclarer que l'assemblée avait
5 H \\ypL 1714.
rcconpq ^ypc beaucoup Je jpie la doctrine dft I*£pli^ (!|an« In PQi^siituiion, qu'ellq l'acceptait aveq rr$pect et spuinissJQn, qu'elle çondamuail tes livri^s et les prpposi* lions de h mamc manière qpe le Pope, et qu'avauf de «ç scpiircri clic arrêterait un modèle d^In^truciiop p«toralo que Içs évoques publieraient avec la bulle. LU ii e{ 23 janvier en recueillit les suffrages. Quarante evéqu^s furent de Tavis de I^i coipmission : neuf autres dirent Qu'avant de délibérer sur le fond, ils voulaient attendra l Instruction pastorale* Ces prélats étaient le cardinal d» ^oailleS) d'Hervaut, archevêque de Tours; de BétIl^ne, de Noqillesi Soanen» de Laogle, Desmarels. Dreuiliet et deÇlermont, évèqnesdQ Verdun, de Cbâlous-sur*Mfirn6| de Scnei;, de Boulogne, de Saint^M'^dp? de Rayonne ^t de («aon; encore ce dt^rnier revint-il depuis à lavisde U comnùssion. On fit tout ce qui ét^it possible pour ramener le cardinal de NoaiUcs, dont le suffri^ge eût entraîné 1^ rc;î^ic des opposants. On luî proposa de concerter aveo Iqi rinslruciion |>astoralc, ce qu'il refusa çonstaniroent*
Le V février on Ct lecture de celte lusiruetion, qyi fut approuvée de quarante évéques. Le cardinal de ^\>atlles, parlant au noni des nçuf autres > prononça UQ discours où il disait que la division des évéquea no roulait |)ointsur la foi, et que luî et le^ sien^ prenaient le parti de demander des explications an Pape^ On fui éionné d'entendre ce prélat assurer qu'il n'y avait point de divi-^ sion sur la foi , tandis que Quesn^Ë^l venait d'écrire que h bulle la renversait. Ce n'était donc paa la peine de se séparer de ^si collègues. Ce fut, à ce qu il parait, cette réfIe](ion qui ramena l'évcque de taon h l'avis des qua-^ r>'tntei Quelques évêquos auraient été d'avis que« puisque le cardinal trouvait qu'il ne s'agissait point de la doctrine» on Tobligeat à se réunir à la majorité* lia s'appuyaient de l'exemple de l'a^omblée de 16â6^ qui avaît lenn cette conduite envers M, do Gondrin, archevêque de Sens) mais qn préféra le parti de la douceur.
Le 5 février fnt 1^ clôture de cette célèbre assemblée»
sîaifiiir clespn ^èlfj, Elle pai]s paraît ^uriouf irps-proprç à bien faire f^ipprepilr^ ce qq'avaiepl de fynp^iq çlif|iTenf§ paims du «y^tca)^ de Op^^neh qMi n^ son( penir^tre pa$ a^es copiiiia, et qui pxpliquçnj çepend^pi laniniosité
fiveo laquelle unq partie (|(î l^ piagi3lraUirp p^bra^sa |e^ PQUvelles çrr§ur3 (l)» On y fai( voir 1^ vjpe des dlffprenie^ propoaiiiQiiii, leurs çonfjcqgeqp^p, et i'qu fépon4 aux pripr cipalea dilficuUés aiiéguétîs pqur Içsjuslifier» [[Npp3 p pp eùerons qu'up seul pafgage qui pçuf fierviv à montrer eommeni les prélau a'apptiqnaipnt à cçlairar les esipriti^
8ur dea prppcwiijon» si ariifiçieunepiept présppice§. Il § agit de eetie prQpositiqp dont on abu^e epcorç qucIqueiQÛ»
pour fairç illusiqu au.% per^qnne^ quj ne çoppaissept pa^ leii ^it^ de; c:etle époque ; LfU çi^inie d'une eQpçum^ui\i^
em$km mj^ite m daU jamoi^ nous empçc/fçr ^^S^W^ wtrf ênmw. 9^ Si, dirent les prçlais, l'injustice de re^fcopii^^ij- \i niealion est ponstapte, si Ip devoir f^st np dt^vpii^ rçel, ^ la proposiiion renferme ppp yériié à laquelle il ^\ ^ in)ppa.>iblp do se rt^fuser. Mais si rei^çoipipiipication u n'#at injusle qup dans Tidce de celui qui m egl fifippéi a ai |c dpvpir ast un faux devoir, ^\\ y a ménie de rincer*' V litude 5ur Tinjusiice de rej^corapiunicîiliQn et §ur la réa- » lité du devoir» la propo^iiipp e$t faussp, et d'autant « plttU dangereuse» qu'elle se présçuie squ§ rapparcpcç » d^ la vérijé. Ceiie proj^isiiipp , vraie dans la premièrç
)) supposition, fausse dans Tautre, est au u^oins eaplieuse tt çt f^vprablf^ aux partisans de Jap^éuius. ta circonsiance )^ de^ temps et de^ erreurs qui ailligept TËglise, \^ nature î)tfe rppvrage, la sil^î^tiou de §on auteur, tpul ^e»nblaiî H «^x.igçr qnçt c|aps up^ nqalière aussi délicate, on s^'cKpIl-; u quàt qlairemept çt sans anibiguitéi et tout d^leruiip^
» 9v) Pouvais ?epa quapd le vrai i^ens ^'e^ pan wis en
(1) On peut yojr cette In$trucliop dans les OEuvres ^e fcnçlon, qui Tadoptà textuellement. QBui^res *de j^neion^ édition de Versailles, tome xiv, Hit 449»
» évidence. Pour en être convaincu , il n'y a qu'à lire les » écrits, qui, depuis près de soixante ans èju'on a cora- » itencé à demander la signature du Formulaire, ont été » répandus dans lie public. Il y en a de Tauteur même » des Réflexions morales^ oii il s'explique clairement .ils » enseignent qu'une excommunication injuste ne dut ja" )) mais empêcher défaire son devoir. Mais ils décident en » même temps que le refus de la signature du Formulaire )) est un vrai dei^oir; et que Texcommunication attachée » au refus de cette signature, est une excommunication » injuste. Reconnaissez donc, mes très-chers frères,, les » justes raisons qui ont porté le souverain Poniîfe^à con- » damner cette proposilion : reconnaissez aussi Tartifice )) avec lequel on a publié que Fesprit de la constitution >> était qu'on déférât à toutes sortes d'excommunications, » sans excepter même celles qui seraient lancées pour » nous faire agir contre des devoirs essentiels et invinci- »bles, afin d'alarmer par cette supposition les fidèles » de tous les états et les magistrats en particulier. )> Puis, après avoir expliqué les différents sens dans lesquels une censure peut être injuste ^ et avoir fait remarquer que parmi les dei^oirs il en est qui changent quelquefois, et dont on doit s'abstenir dans certaines circonstances, l'Instruction conclut que les auteurs de la proposilion n^avaient « cherché qu'à rassurer ceux qui , par la crainte des cen- » sures, pouvaient être engagés à se soumettre aux consli- >) tutious des souverains Pontifes, Innocent X et AIexan<^ » dre VII, » contre le jansénisme.
On a prétendu depuis que l'assemblée n'avait accepté que relativement, et que l'Insfrudion éiait une sorte Îl explication qui restreignait la bulle. [[ Ce que les jansénistes entendaient par ces mots, c'était, selon la tactique ordinaire du parti, que le clergé de France n'avait condamné les propositions que selon un ^e/ij particulier, qui n'eut pas été celui de l'auteur.]] La lecture du procès-verbal dément ces assertions. Les prélats commencent par accepter i et s'ils arrêtent ensuite une Iiisiruc-
tion , lis ne se servent pas du mot d'explication. Ils annoncent seulement qu'ils ont voulu répondre aux chicanes des partisans de l'.ouvrage. Voici les termes du Modèle de disposition qu'ils proposaient à leurs collègues : n Nous )) reconnaissons dans la constitution de noti*e Saint-Père » le Pape la docti*ine de TÉglise; nous acceptons avec » soumission la G)nstitution; nous condamnons le livre » des Réflexions morales et les autres propositions qui en » ont été extraites de la même manière et avec les mêmes ^> qualifications que le Pape les a condamnées. » Aussi Tauteur de V Histoire du bWe des Réflexions morales convient que Tacceptation n'était point du tout relative. D'ailleurs, si elle l'eût été, les huit évéques, qui ne cherchaient, disaient-ils, qu'une acceptation de cette nature, n'auraient pu refuser de ladoptier. Ils avaient d'abord annoncé qu'ils écriraient au Pape pour lui demander des explications. Mais comme on exigea que leur lettre fût individuelle, et passât par les mains du itoi, ils prirent ces ordres pour une défense, et n'écrivirent point du tout. Seulement ils signèrent , avant de se séparer, un acte où ils protestaient qu'ils étaient très-éloignés de vouloir favoriser le livre des Réjlexions morales ou son auteur, qu'ils reconnai<%sent que ce livre devait être ôté des mains des fidèles « qu'ils étaient rédolus de le condamner, qu'ils s'opposeraient toujours aux progrès du jansénisme , et n'épargneraient rien pour faire observer dans toute leur force les bulles d'Innocent X et d Alexandre YIl, et celle de Clément XI en 1705. En effet, presque tous ces évoques donnèrent des Mandements contre le livre deQuesnel; et il est remarquable que, tandis que Quesnel et ses partisans vantaient les Réflexions comme l'ouvi^age le plus utile et comme un trésor pour les fidèles, les prélats même les plus prévenus ne pouvaient s'empêcher de le condamner.
La conduite de ces huit évêques afHigea beaucoup le Pape , et dans son bref du 17 mars aux évêques de l'assemblée» en réponse à la lettre qu'ils lui avaient écrite,
1348 ANiNÉÈ m4.
il lé§ félldto dé leur soumission et de Icui^ sôiti^ pour méhàg^ier la paix dé rÉglise, loua léiii- pàtîetlée ël léuH taénageirtenrs pour leurs frères, et gt?rtill dé eé que quel- ^Ueis-uhSj soUs le vairt prélexle de demandet*de nouvelles fekplicatiohs, différaiehl par des questions ^âhé fin à lui tendre la soumission qu'ils lui devaient.
' *-^Le 14 févHef. LÈtruEs patentes du Rot pouti là
MBLtCATtDN DE LA BULLE, ET LA SUl^t'RESSlON Dt) LtVRE CON-
t>AM»Ê. Le lendemain ces lettres furélit portées au parlelïient de Paris. M. Joiy de FleurV, aVocat-gfënéral, en rfcquit renregistremetit dans un disbours oit il loUa Tai* tftntion du prince contre ieS erreurs anciennes et nouvelles. II dit que la forme extérieure de la conslîiulton ne présentait point de ces clauses contre lesquelles les ttiagistrats ont coutume de s'élever ; et il ne deinanda que la réserve générale de nos droits et de nos maximes. Il observa pourtant qu'on pourrait peut-être abuser des propositions sur l'excommunication, si, sôuS prétexte de leur condamnation, on voulait ou refuser aux évêqués le jxiuvoir des clefs, ou prétendre que les excommunications it)justes, qUé les menaces même d'tme injuste censure pourraient suspendre Taccomplissement des devoirs les j)lus essentiels et les plus iriclispensabics. Ce magistrat chercha sans doute à prévenir par là les fausses conséquences que des mal-intentionnés auraient voulu tirer de la èoinlamnation de la proposiiiort quatre-vingt-onzième. Il était sans doute bieti éloigné de croire que le Pape eût votilu doutier atteinte à l'indépendance des rois ou à la fidélisé des sujets, en faisant craindre les exboulmunicatîôns même injustes. Il était manifeste que la bulle n'attaquîiît qtte la doctrine des novateurs, qui cherchaient à se t^ssurer contre la crainte des censures, soit fen prétendant qu'elles sont injustes, soit en prétextant qu'il était de leur devoir de ne pas obçir.
Aprè^ les observations de TaVotîat-général , Oti alla au? \o\i àti parlement. Pcrsonhe n*argûtnentâ sor le fond : seulètfiént Tabbé Pucelte , conèelller-clèrc , <î^t ^'éi^^ pl"^
âiNNÉË Itli! 149
èonhli pût la Suite, p^Aw tîontMe Un rtôt des leHI*c»à bà- Hèîiles où il éitiit enjoint aux evêques do publici" h bulle j et dil que cfeUe exprission n*élail pînl èortVt*hâblé, ël que le Kbi n'avait aucun droit d'ehjoliidlë àiix évéqiiëâ en (Pareille ttiàiièfe. Cette obsbrValloh fiit àddplëë f)âf quelques iàuires rtiembres de la grand cbâtiibr*ë; mais dii resie personne, comme jii Tai dit, n'incidenla SUr le Tôtid; l'ienrégisiteliieui passa à la pluraliié.
Ou a assuré depuis qu'il avait été rendu un arrêté se* tVti, ponant que le Koi serait Irès-huiubl^aielit prié d'ottlôrtner que là couslituiioti fût envoyée h loûé léâ evèqûès, tt afin que leur suffrage se joignant li Tàutôrilé du « Sdtnl-Slége pdt* l'acceptation qu'ils en fëntieiit, ëllâ pu- » blicà^ion qui en serait faite dans leut*s diocèses eft ëxéii t^tiliôA de leurs Mandenients, le ëoncouis des iiiëtubres d avtcî léUt^ chef pût éleindie pour toujours dalls lé V) tx)yaume Une divisioît de sentiments aussi cOuli*ail*e ifïti il bieh de TËglise qu'à celui de TËtat. » Je ne sltts si cet atrêté fui rendu -, Ujais l'on n'y dt^cohvre rien qui puisse ibvorlser (îeUX qui ont voulu s'en prévaloir.
Au sut'plUs, le désir du parlement fut rempli : la bulté fiit ëttvoyi^e à tous les évêques, ainsi que V InstfiicttoH pûÈforàle et les délibérations de rassemblée! du deigJ^. Comme la constitution était Connue depuis longtemps, ôii n'igiiorah guèie le sentiment de la plupart des évêqUëS. Plus de soixante-dix de ceux qui étalent dahs ieâ pk*d- Vînces se joignirent au\ membresde l'assemblée du clergé, et publièrent la bulle de l'InstrutlioU. La eonslitUiiôU se trouva donc acceptée dans plus de ctMil diocèses.
Cependant il y eut quelques évéques qui tint'ent une conduite poriicuHère. Six ne publîètx^nt point la bulle; te fufc'eut MM. de Vertbamon, de la Broue, Colbert, de Séve , Kei^vliio et de Rikai , rvéqurs de Pamîel-s, de Mire*- "poix, de Mrttîtpellîer, d'Arins, de Tréguîet* et d'Augou* lénue t M. de Coîslin , évêqtie de Meti , donna un' xMandetnetii pour ë^tplîquëï* la bulle, et défendit de raceopter tïiAtas tift àtître Sens qtie lui. l'archevêque d*Embrun et
3o0 ANiNÉE 17i4.
révéque de Sisteron s'exprimèrent, à ce qu'il parait, à peu près comme M. de Goislin : encore le premier se réunit-il ensuite au corps cpiscopal. Ainsi, il n'y avait, absolument parlant, que quatorze évéques qui se montrassent opposés formellement à la constitution. Trois ou quatre tenaient une conduite mitoyenne : tous les autres, au nombre d'environ cent dix, acceptèrent unanimement. Cette considération seule aurait dû mettre fin aux disputes.
•— Le 5 mars. La faculté nE théologie de Parts reçoit LA CONSTITUTION. Le 28 février, le cardinal deRohan avait remis au syndic de la Faculté, de la part du Roi, une lettre ou il lui était ordonné de faire insérer la constitution dans les registres^ maison vit avec étonnement que, tandis que les docteurs se réunissaient en Sorbonne pour délibérer, un colporteur leur distribuait à la porte uq Mandement du cardinal de Noailles, en date du 25 février, par lequel il défendait, sous peine de suspense, de rien statuer sur la bulle indépendamment de son autorité. La hardiesse d'une pareille défense surprit extrêmement. On ne pouvait concevoir comment un cvéque défendait, sous peine de suspense, de recevoir une bulle émanée du Saint-Siège, approuvée par une assembléç d'évêques, et cela au moment même où , en vertu de cette acceptation, le Roi ordonnait de s'y soumettre. Cependant cette démarche resta impunie, et rien ne prouve mieux copibien en ont imposé ceux qui ont voulu faire croire que Louis XIV avait eu souvent recours aux moyens de terreur pour faire recevoir la constitution.
Pour en revenir aux docteurs, M. de Noailles s'était flatté sans doute que son Mandement les empêcherait d'accepter : il n'ignorait pas que la Faculté comptait dans son sein plusieurs des partisans de Quesnel ^ le Cas de G)dscience de 1701 l'avait prouvé. Aussi l'assemblée fut fort tumultueuse, et Ton ne put rien décider dans cette première séance. Le Roi fit expédier de nouveaux ordres; et le 5 mars la bulle fut reçue à la pluralité des suffrages.
Le décret portait que la Faculté recevait la bulle avec respect; qu'elle la ferait insérer dans ses registres; que tous ses membres auraient pour elle le même respect, et ne pourraient la combattre de vive voix ou par écrit, sous peine d'exclusion ; et qu'on députerait au Roi pour lui présenter cet acte. Le 10, cette conclusion fut revue et confirmée par une assemblée générale : quatre jours après, douze docteurs allèrent assurer le prince de la soumission de la compagnie. Il ne fit sentir son mécontentement qu'à quelques turbulents : quatre docteurs furent exilés, et cinq autres eurent ordre de s'absenter des assemblées.
Toutes les universités et toutes les facultés de théologie du royaume suivirent l'exemple de la Sorbonne ; comme tous les parlements, celui du parlement de la capitale. La faculté de théologie de Reims avait montré quelque opposition ; mais elle se soumit bientôt.
Cependant le Pape condamna le Mandement du cardinal de Noaillcs, ainsi que ceux qui avaient été donnés à Tours^ à Ghâlons, à Rayonne, à Roulogne^ à Metz et à Mirepoix ; et le Roi les supprima par des arrêts de son conseil. Clément XI écrivit à ce prince pour le remercier de son zèle; et il le priait de le seconder pour ramener les opposants à l'unité. Mais, dans le même temps, commencèrent ces longues négociations qui n'aboutirent à rien , et par lesquelles on n'avait cherché qu'à gagner du temps. Le cardinal de Noailles ayant écrit le 24 mars au Roi pour demander quelques délais, afin de travailler à une Instruction pastorale, on lui accorda sa demande, dans l'espérance de le voir revenir sur ses pas; mais on s'aperçut bientôt qu'il n'avait pas d«.»s vues bien franches. (1 II était persuadé , dit nawement dans son Journal Vabbé » Dorsanne, son grand i^icaîre, qu'il n'avait rien de mieux » à faire que de négocier à Rome, et cependant d'amuser )) les autres négociateurs, et que cette affaire n'était pas )» de nature à se gâter en se prolongeant (1). » Les applau-
(i) Journal de Vabbé Donanne» décembre 1714.
ms insvnsibU' à l'idée i\^ î»'en trouver le çluT,
Ltî niçine Journal parle irès-sçiiensenieni d'nn c|i?coiinî d'âppqrnf pronon^ç pcU* le rccicurde rUni\erM|é, ei chus Jecjuel rhyperhojiqne rbéleur représ^m^ Iç cardinal comme (< le 3eiil d0rin8t*Mr de Ih vérilé, celui de qui loulq » TÉ^lisc Biu^ndaiî la rèijlç de la fcû , e i qui dev«iii donner » |a paix à rÈî|li^P (l).» Gi*l«i qni spuHraii uu enccps ai grossitT, nipoiraif bien de la faibles^ie. Il amusa ks négg?
çinleurs pendant &h mois, promeUanf une lnstrqe(ion oi^
il aççepfvTaih mais n'y tn»vaillanl que de loin en loin,
chicanant ^ur loulçs Us expiassions, vonlanl loujour? justifier Qucsnel, et rravançani rien. U e?i vraisemblable que, par pes lenteurs affeciees, il espérait a!t<Mndre une époque pln3 pivorabl^. l-e Roi éiait fort avancé en âge ei Infirme : on pouvait, »ang être prophçie, prévi»ir que son rogne nespraii pas long, e\ qu'on aurait plus de liberté j»oii§ squ suççe>seur. te t? Qçtphre JTH, le çapr dînai envoya un projet d Insfruciion; niais comme il np
présentail rien de ^aiisfaisanl , le Roi, las de laut de 'on* Çuenrs, se décida à demander au Pape un concile oij l'on jugerai! les opposants, U fit parlir à pel eÇTet, pour Rpme, M. Amelot. Le Pape voyait do^ inconvénients dans qq plan , qui devî^it eniffuner des lenieurs dont le parti aurait profilé ? cependant i| s'était déterminé à seconder le§ désirs du Roi, Iqr^que TévénetPCnt le plus triste, la mprt 4e ce grand prince, rompit toutes ces mesures,
f — Le 7 septembre, L^ ?Aix f,^T CONCLUE ï:mti^f la
Frapjçe, L'EsfAççiE ET L'EMvinE, Ce traité mît fin h N longue guçrrp qu'avait allumée la succession à la çonronnp d'Espagne. rjQus n'en fai«pn^ mçnîjpn jpi qne sons les rapports qni peuvent intéresser la religion et r%li^?. Péj^
la paij^ avait été conclue U M ^vri! |7|3, à ijirecbi,
çntre l^ Franfî^ Pt l'Angleterre. Le même jour, ç}e^ fraités
sép^fçg avaient été arrêtent avec h Savoie i h Ppripg?'?
(1) Journal de l*abbé Doffpopei ^éççn)|irç }7H!
la Prp3se çt Iq Hollande. Le Pap<3 avait Qffprt $a ipédi^è tipn, qui ne put être acceptée; elle n'ayait paa éié agréiible h l'Angleterre. Clément XI envoya cep^ndiint a llirtcht Tabbé t^assipnei, depuis cardinal i poMr veiJlpp
aux intéré|s de la religion. Il écrivit à Lpui^ XIY et à d'a^l^^^ princes çailipliqnes pour lui reconii¥)andei> cet niéii)^ iniéi-éts, l| squbjiiiait supjoMt x|ue Ton iriainiini
(|Hn§je npuveaii traité le qnairiçme article dvi Iraité (1«|
Kysivipk, doni les pro(e§iauis ppvtrsnivaient «ivec ardçiflF
la révocation. Sur ses instances, {^iiiis X|V fé|?ista.amj eflQr|^df.'S puissances protestaqies pour |e faire abrog^Pp Venf^ppr^^qr nVcéda pgint au traité d'U^reçht, parpfi qu'il IIP voulait pas renoncer à ses ppéjenfiqu^ à 1^ gpvi^. ronne d'Espagne. Ce ne fuf que plus tard que des négô*?. ciaiipns s'oMvrjrenl ent|e lui ci la France. l.es préliiiânaires dP la pai^^ furent signés le 6 ip^irs 1714, k H^^JildU et Ip traité définitif conplq |e'6 sepfppfibre, ^ Baden, pj^
Suisse, te Papp y avfiit envoyé, ^pnv>»Ç k V\yeç\n^ jf^
prélat Passipnei, qui était pliargé p<ir|ipu|ièrpipent ^f veiller sur les intérêts des églises de CplpgnP» d'£lilde2$« beiu) et d^'S cantons oatbplj^ues.
J^es froisieme et dis^iènie articles du traité de l^adpn eofin ^jTiT^fijçni le quatrième article du tvaité de Riswipk, qi pp^i
taiçpt mpfne que si cet article avait rpçu quelque atteint^, tput (Ipvajt Pire rétabli con^qie jl avaij é|p slipnlé par e« tf^itÇt Ainsi sq trouvait impliciienîenl révoqnée 1 prdQRi lifinpç de rpleptpnr p^lfllin» intitulée Jieoçjç dp r^Ughni e^ dpnï npus ayons parlé plqs b^VIt. le quinzième prtiçU 4u nû^vpa^ traité slipnlait le rélablissenoent des élççteuPi
dç Çplogne et ^e Bavière, (Jéppnijlés dp leurs États, ponç,
^vpir pris le parti de la Franpe , par là nipnie dpvait êlrt censé révpqné lontce qui était fait daps leurs possession? contre les libertés de l'Église et des droits dM Bainl-Siége. V^rticje portail encprp que Tarcbevêque de Çqlogne se-r rait pis en possession de l'église d'Hildesbeiui, e| y .ipui-i rait di? (9ute§ Ips prérogatives, drpits et bi^n)^ qqt IjJÎ tipp§rtpni|ieqt, cpu^we le faisaient Qv^nt h gt^çrre l^i
154 AKNIÎE 1714.
ëvêques ses prédécesseurs, sans avoir égard à aucune difficulté ou prétention née ou à naître, de quelque part que ce fût \ ce qui annulait uécessairement les conventions auxquelles Télecieur d'Hanovre avait forcé les chanoines d'Hildesheim de souscrire comme on Ta vu sous 1712. Le traité de Baden portait encore, article '17 ^ que dans les places cédées à Tempereur par la France, tout restait, relativement à la religion , sur le même pied qu'avant la guerre, que les magistrats ne pourraient être que catholiques, que les évéques, les chapitres, les couven*s et tout le clergé conserveraient leur liberté, leurs droits et leurs honneurs, et qu'on rétablirait les choses dans Tancien état, si elles avaient été changées. Enfin, Tarticle 30 stipulait la neutralité de Tltalie.
Le Pape, en annonçant le traité aux cardinaux dans le consistoire du 21 janvier 1715, insista particulièrement sur les articles que nous venons de signaler, et se félicita de ces stipulations , mais il ne dissimula point son chagrin à Toccasion de quelques autres articles, où les intérêts de la religion avaient été négligés ou sacrifiés. Il se plaignait, entre autres, qu'on eût confirmé les articles du traité de Westphalie les plus désavantageux h TÉglise. Déjà le prélat Passionei avait fait des protestations le 10 septembre 1714, à Baden. Il avait adressé ces protes-^ talions aux plénipotentiaires de la France et de l'empereur, et à quelques autres, et les avait renouvelées le 20 septembre devant le gouvernement ou canton de la cour. Elles portaient sur les articles des traités dTlrecht et de Rastadt, dont la religion et le Saint-Siège pouviiient avoir h se plaindre. Elles concernaient aussi le traité d'Arau passé entre les cantons suisses, dont nous avons parlé sous 1712. Le prélat lut ces protestations dans le consistoire du 2 1 janvier. Le Pape n'avait pas voulu s'expliquer clairement en publicsurlesdroitsduroid'Anglelerre, Jacques, il craignait de réveiller l'animosité des protestants, auxquels le nom seul des Stuarts faisait ombrage; mais dans son allocution au consistoire secret, il ne crut
pas pouvoir omettre de rappeler succinctement l'injustice criante dont cette famille était victime.
— Le 12 décembre. Décret porté a Rome conthe le Commentaire philosophique de Bayle, sur ces paroles de l'Evangile : Contrains-les d'entrer. II y avait eu , le 12 mars 1703, un autre décret contre le Dictionnaire historique et critique du même auteur, et depuis il y en eut un général contre toutes ses œuvres. On ne peut se dissimuler qu'elles méritaient bien d'être ainsi notées, et que c'est à juste titre que plusieurs évêqucs de France, et entre autres l'archevêque de Besançon, les avaient censurées. Elles ne pouvaient qu'être dangereuses par Tesprit de liberté qui y règne, et par une critique outrée qui ébranlait tous les principes reçus. Dans les Pensées sur la Comète y l'auteur agite toute sorte de questions de théologie, de métaphysique, de morale, et les décide bien rarement avec exactitude et sagesse. Il y soutient plusieurs paradoxes, entre autres celui-ci : Qu'il est moins dangereux de ne point avoir de religion que d'en avoir une fausse, il prétend que de véritables chrétiens ne formeraient pas un Étal qui pût subsister; assertion combattue depuis par Montesquieu. Le Commentaire philosophique n'est digne de lui , dit-on dans la Biographie unii/erselle ^ ni pour le style qui en est dur et embarrassé, ni pour le ton qui en est chagrin et amer. Le faux y est mêlé avec le vrai, et un bon principe ^est souvent obscurci par des conséquences pernicieuses.
Le Dictionnaire historique et critique, en 4 volumes in-folio, est le principal ouvrage de Bayle. Il mécontenta également les personnes zélées de toutes les communions. Les protestants mêmes reprochèrent à l'auteur la complaisance avec laquelle il rapporte les arguments des manichéens et des pyrrhoniens, sans rien dire pour les réfuter, et les éloges qi.'il fait des athées et des épicuriens. Les gens de goût blâmèi*ent des digressions interminables, des notes démesurément longues, et une profusion d'érudition sans choix, sans méthode, sans retenue. Les catho-
359 ANNÉE i7i4.
liqt)es purent y reprendre encore bien d'autres défaut^, des jugcMiienls pleins de par^ialiié^ des sophismes, de la Sjïlire, des délails licencieux. Us virent que Bnyle prend lip plnisir (nnlin h ébrî^nler iqnfes les vérités. Frojd douleur, il éiale avec alft-Tiaiinn les objeciions des ennemis de la relii^ion, et |e plus souvent i| ne daigne pfis faire mention des réponses,
On ne peut nier que les livres de Bayle obtinrent une vogue funeste, lis plurent maigre leurs défauts, ei peutêire à cause de leurs défauts. Le scepiieisine de {'auteur séduisit des gens qui voulaient aussi douter, et ses sopbisipes ep imposèrent à des esprit^ peu exercés. 0^ trouva du plaisir à voir beurter des principes que |e teipp^ avait consacrés. Toutefois, |e n^auvais effet de ces ouvrages fut lent, du moins ep France, oii Ton s'effraie df^yant^gede la longueur d'un livre 5 suriout sousI-ouisXlV, tenipsoù l'esprit général était religieu:!^. Pour rendre l'incrédulité de ttayle accessible à p|us (\e personnes, il fallut que d^*s éerivains, héritiers de son e3prit , travaillassent k la réduire a de plus petits volumes. ÇJ'est ^quoi plusieurs s'attapbèrent par la §uite avpc un zèle ç| qne persévérance 4pn( i^QM^ n'ayons pas à nous féliciter*
T-T [[ 7 janvier. Mobt de Féjselqjï. François de Salignac, de la Aluthe-Fénelon^ n'éiail encore âgé que de soixantecinq ans, étant né dans l'année I65j. Nous avons retracé plus haut le spectacle édifiant qu'offrait la vie de Tilluslre prélat (1). Mous avons dit aussi que son âme tendre et sensible avait éié douloureusement affectée de la perte de ses amis; que Tamcrtume qu'il en avait ressentie avait contribué à hâter sa fin. Néanmoins sa douleur n'avait pu l'engager à suspendre un seul moment l'exercice des devoirs de son ministère. (( Dans une visite épiscopale qu'il » iit quelques semaines avant sa maladie, dit le duc de
)) Snint-Simon, il versa dans un endroit dangereux , et )) par snile de h} coqtimolion qqe lui causa cei accid^ut* il » arriva incommode à Cambrai. Fénelon vit aussilQl que j) son heure clair venue (J) ». Ce fut dans la «oirçe dv\ J" janvier 17 J 5 qu'il fui allaqué de la maladie doul il niourqt. C'était \inç fièvre continue ; elle dura six jours e| demi, et lui causa pendant tout ce lei^ps des douleurs Irèsr ai{ru(^, dil uri témoin oculaire qui mérite toute cout fiance (2). Il voulait qu'on lui lût rÉcriiuie sainte, dont U demanda plusieurs fois qu'on lui répétât certains endroits relatifs à la frafjililédes biens qui passent et à l'e^^ pérance de ceux (pu demeurent h jamais. Hèpétez , rér. pétez-mai ^ disait -il, ce^ divines paroles, ull les achevait )) avec nous, ajoute son aumônier, auîat^t que sts forces V le lui permeltaient. On voyait dans ses yeusj et sur soi) » visaf;e qu'il entrait avçc ft-^rveur dans de vifj» seniimentg » de foi, d'espérance, d'apiour, «le résignation, d uniup ^ » Uicu , de conformité à Jésus-Christ , que ces textes ex- )) primaient. H se fit aussi répéter plusieurs fois les par » rqles quq TÉglise a appliquées à saint Martin et met ^ dans la bpuchedecegraud évéque de TÉglise gallicane: » Heignçur, si je suis encore nécessaire à votre peuple } je )) ne refuse point te trav^(\\l. Q homme quon ne peut assez » foiier! il n'a pas été surmonté par le travail { il nç çrai- » gait pas de vivrS^ et il ne refusa pas de mourir, w L'ar- » cheyéqtiQ paraissait plein du même esprit d'abandon, 9 A 1 imilaiion des disciple^ de saint MaUin, je pris If) ?> ÇQItfiancç de lui demander : Pour(j\ioi nçus quittez- )) yous ? Pans cette désolatipUy çi qui nous laissez-vous P » J^ent-^tre que les loups rayis^ant^ viendront raya^er » ^Qtre troupeau \ il ne réjioudif que par de3 soupirs. » Quoiqu'il s^ fut confessé la vfijltî de Noël, avant de î) pbanler la mpsse de uiinuit, Tarçhevéque ge confessa de îi tupi^ye^q (^ spçond JPMP die §a mf<|adip« te troisième JQur
(i) Mémoires du duc de Saint-Simon, tome xxii, p^^RC ^^5. (2) Relation de la maladie et de In mort de Féneloiiy par son aumônier. llûittscril %\\i d^ni Xfiis{Q\ve dit B'^inelon^ Hyre viii| n? 41*
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358 AiNNÉE 1715.
» au malin il demanda le viatique, et il désira que tous » les membres du chapitre fussent présents : comme on lui D présentait que le danger ne paraissait pas assez près- » sant : Dans l'état oit je me sens ^ dit-il, je nai point » (Taffaire plus pressée. Qwelque sensible que je l'eusse » vu à la mort de Tabbé de Langeron , son intime )>ami, et du duc de Bourgogne son élève, il vit sans » pleurer TatHiction et les larmes de toutes les personnes » qu'il aimait le plus tendrement. »
Le 6 janvier il reçut TExtrême-Onction ; et immédiatement après, il dicta pour le P. Letellier, confesseur du Boi, la dernière de ses lettres (l), et il la signa. « Quelque » courte que soit cette lettre, dit celui qui l'écrivit, on » ne peut marquer ni un plus grand désintéressement » pour sa famille, ni plus de respect et d'attachement » pour le Roi, ni plus d'affection pour son diocèse , ni » plus de zèle pour la foi contre les erreurs dés Jansé- » nistes, ni une docilité plus absolue pour l'Église mère » et maîtresse. »
Bien de plus touchant que le récit de ses derniers moments. c( Il souffrit beaucoup le reste du jour et pendant » sa dernière nuit ; mais il se réjouissait d'être semblable » à Jésus Christ souffrant. Je suis, disait-il, sur la croix » a^ec Jésus-Christ, Nous récitions algrs les paroles de » l'Ecriture qui reg-ardent la nécessité des souffrances, » leur brièveté et leur peu de proportion avec la part si » immense de gloire dont Dieu les couronne. Ses douleurs » redoublant, nous lui disions ce que saint Luc rapporte » de Jésus-Christ , que dans ces occasions il redoublait ses » prières. Jésus^Christ^ ajouta*t-il lui-même, réitéra trois y>fois la même prière. Mais la violence du mal ne lui per- » mettait pas de continu ;r seul, nous continuâmes avec » lui : Mon Père^ s'il est possible^ que ce calice s* éloigne » de moi! Cependant que votre volonté se fasse, et non » la mienne. Oui, Seigneur, reprit-il, en élevant autant
(1) Voyez cette lettre dans YHistoire de Fénelon, livre yiii, n« 43.
» qu'il put sa voix affaiblie » votre volonté, et non la » mienne. Lorsque le redoublement de la fièvre cessait, » on le voyait aussilôt lever les mains au ciel^ se soumettre » avec abandon, et s'unir à Dieu avec une grande paix. » Cet abandon plein de confiance , avait été, dès sa jeu- » nesse, le goût dominant de son cœur; et \\ y revenait » sans cesse dans ses entretiens familiers.
» Toutes les personnes de sa pieuse famille vinrent tous » l'un après l'autre, dans ces intervalles de liberté d'es- » prit, demander sa bénédiction, lui donner le crucifix » à baiser, et lui adresser quelques paroles d'édification. )> Quelques personnes de la ville qu'il désignait, et en- » suite ses domestiques vinrent tous ensemble lui denian- » der sa bénédiction, et il la leur donna avec amitié. » M. Levayer, de la congrégation de Saint-Sulpice, supé- » rieur du séminaire de Cambrai, qui l'assista particuliè- » rement à la mort, cette dernière nuit, la reçut aussi » pour le séminaire et le diocèse.. ••
» Nous croyons que notre pieux et saint archevêque » est mort saintement comme il a vécu.... On ne trouva » point chez lui d'argent comptant; les grandes dépenses )» que lui avait causées le voisinage des armées, sans qu'il » eût retranché rien absolument des aumônes qu'il faisait » aux couvents, aux pauvres ordinaires, aux filles de la » Charité pour leè pduvres malados, aux parol^^ses qu'il » visitait, aux étudiants de son diocèse qu'il entretenait » dans les universités, et à une multitude d'autres per- )i sonnes, avaient absolument épuisé ses revenus.
» Il n'a rien laissé à sa famille du peu de son mobilier, » ni des arrérages qui sont dus par ses fermiers. Il institua )) par son testament M Tabbé de Beau mont, son neveu, » pour exécuter ses pieuses intentions. M. l'abbé de Beau- » luontcontinua, jusqu'à l'arrivée du successeur, les mêmes » aumônes que M. l'archevêque faisait aux pauvres (1). »
(1) Relation sur la maladie et la mort de Fénelon, H n'était pas sans doute nécessaire d'insérer un si long morceau : mais qui ne nous le pardon* nen? Éditeur,
atei* la Côiit-, qnti Ses éxt^cîlllinit*^ teSlîilhfciifhireA, â I «ViS deàqiifels le cliapili*e de Cttiubmi s'eh rap|tortn, jugèrent à pt-oilos qii'il n'y eûl point d'ôfrtlson fllIlèb^e.
i) Ils pcnsèl-etit, âVic raison^ dil sort illuslt^e hlsloHch, )^ que la ghire de Fétielon n'dvait pas besoin du vain » appareil d'une eëriéinonie, ci qlie, vU la ditlicitiltéde dire » (oui Ce qiie l*on pensait et l*oii âetitait^ iltt silence ab- )) *ôliJ étdit préféi'ablo à Un langage côhl^àint (l)i h
Il fàiil d'ailleurs se souvenir que le lestametit de Fé- ^ebti portait textiiellettient : « Je souhaite que mon en^- » terfenient ée fasse de la hianicre la pins simple» )i II ytjulait que la modeUi^ des fufféinftim des és^^ues ùppHt aux laïques à tnôdérer les depen^jes des leurs.
Tout ce tesiametit^ cotttme ledit le Uiéme hi^ortert, « prtrte Un caractère de modestie et dé sirt^pliclté qui fait )j tliieUx Connattt'C l'àtlie de Ft?nelort , qtie tant d'ouvrages » qui ont honoré sa mémoire; On y obsei*Ve la constante '\i occupation ii justifier la pureté de ses intenliôni^ et à )> Constater toute Téténdue de sa sotunission au jugement ^ prononcé coiure son livre (2). a Ces dernières disposiiion$ coiiinistent bien sensiblement aveé rnbsltnaiioii d'tine secte dont nous allons bientôt rat^onter les «xcès.
•«*«• Le 19 février. Clément %\ AftOLif lb niioit- dis lé^a*-
(1; nUtoirc de Fénelon^ par le Cardinal de Beausset, livre viii, p. 47.
Pour n rire pas injuste envers Louis XlV , il faut pourtant re<on» aître
TjAtÉ ft('spt>év\iiiintiscôtitre Ftn^lort étnieni bien Affittl)l{<^. La ^le de If^ntlon,
écrite par tum petit-neveu, porte exprefiKémetil« que le roi occupé de finir la
» grande aBairr c|ui ngitait IV^lifie de France, pensait^ à rnpprlrr l'Arche-
T» Ve.|Ue pour se servir de lui datis ce ^rand ôuvrajçif, êl que (|nanit oh lui
• ^t^pi-itla hoiii'éUe d\é sa mort^ il répondit avec araerinme: tinous thanque » bien fin hcsiàii, » Ce léuioigtia^e paraît hicu eAnfirnié par une lettre de Maïîaine de M.iintenon h Mous fur L'i guet, curé rtc Saint-Sulpice sous la rtate t^\Vi innvier ïtlt. on «^IledU : ^ Je y\\\% facliée àt U ttioH ^e M. de Cimliraî,
• c«tinn ami qnf j'ai vais p<rdià park- qniétistne. Maison pi*elend ^if'</ muaU
• pu faire du bien dam le Cmuile, si ou poMsse les etioses jus(|ue-Ui.» Voyex HiUàire de É.neioYi, livfé Viii, n» 4^ nouvelle édillrth.
Il paraît très-hien prouvé que le pape Clément XI avait l'intention d'élever fVttefroti a« Cafdinat^l. G'v^t ce Iqn'nsèurc ptwitivcment le càVVihml Quirini^
(2) Voyea le testàtft^tttt àe Fénelon, dans son Histoire, tome viii, «• 4tL
ANiSÉÉ 1718. 3èl
tk9N ftêHÉDÎTAÏRÉ ÈPl SïCîLÉ Et LE thîèrifAL DB tk MONAtl-
çHiM. Ce irîbbnal ft&mbiitë M ^i^ siècle. On n^iSure qu'eti 1098, iVbaih 11^ flIôrèfeouVet-aîn Poniire, acdot-da h Roger, Cômtede Sicile, ei à ses Siiccessebt-s, li\s droits et les faCullés de légats du Pd^e dans cette* île. Dé là I éréclioU d'bA tribuiiài dit dé ta monarchie^ parce qu'il réuhlt le« pouvoirs spîriiitel éï temporel. Ce poiht d'histoire à plusieurs fois ocCii|iié les srtVtihts. Ba^OhiUs eist \\\\ de céut qut bttl le plus contesté Texistenee de la bllllè d'Urbain. Le Pape saint Pie V avait fait qtielques efforts potii* abolir le tribiihal de la monarchie, il lui pariilssail ridicule qb'uti Bouveraih elierçât les fonctions de légat, relevât des censures, et Ht des actes de juHdiclion ecclésiastique. Mais les roié de Sicile étaient toujours restés en possession de te privilège, quand un incident peu importarit eh Inifhéme donna lieu de renouveler la dispute. M. Tedes'cht, éVéquë de Lipari, ayant fait Vendre des glaih», fut chôqtié de ce qu'on lui avait fait ptlyer le di-oit dont il déVdIt être exeilipt. Il s'tén plaignit, et comme on ne se pressait |ms de lé satisfaire (1), il alla jusqu'à excommunier deux <[K)Mmis préposés à la petn^eptlioU du droit. Ceux-ci s aëresîîèrent au tribunal de la monarchie, qui donna ce qaé nous appelons l'absolution dd caiMtam, et etwôya à Ûi^àri un député pour y faire observer sort décret. A teïfe occasion on exerça des violences condamnables. Lé graud-vic{^il*e et lé confesseur dé révêqué furent tourtaeutés, emprisonnés, bannis. Le 18 juin 1^12, le Pape toufirme ée qu'avait fait M. Tedeschi , et déclare tiulte Tubsolutiétt donnée par le tribunal. Il envoie son décret Biik évêques de Sicile, avec ordre de le publier. Ces éviê- X\iiés l'a^iant ï'cçU, truis d'entre eux firent passet» la lettré aux ofiiciers du roi -, trois autres crurent devoir la rendre ]Hiblîque. C'étaient M. Milliaci, arthexéqne de Messine, MM-. ttamifez et Riggio, évêqUes d'Agrigenle et dé Cateûe •, le vice-i-oî leur ordonna de révoquer leur publica-
(i) ilititoire de Cîlément %i, par Keboulet.
tion, et sur leur refus, ils furent bannis du royaume. Les deux évéques interdirent leur diocèse en le quittant. Le tribunal de la monarchie ayant prétendu annuler cette censure, le Pape la confirma, et allégua que lui seul peut connaître des excommunications portées par les ordinaires, et que les légats n'ont point ce droit. Mais les ofbciers du tribunal allaient toujours en avant, et voulaient empêcher Tobservation de Tinterdit.
De ce conflit résultèrent bientôt de grands troubles. Les prêtres et les religieux qui se conformaient aux ordres des évéques, étaient tourmentés et bannis. Ils s'enfuirent vers Rome oii ils se trouvèrent bientôt au nombre de plus de cinq cetits, et où le Pape pourvut généreusement à leurs besoins. On ne s'en prit pas seulement aux ecclé* siastiques. Les laïques, les gens même du peuple qui observaient rinteidit , fuirent maltraités et einpi isonnés. Ces mesures violentes ne firent qu'aggraver le mal, et la Sicile était en proie à des dissensions fâcheuses, quand par le ti*aité d'Utrecht ce royaume échut au duc de Savoie. Alors les officiers du roi d'Espagne, qui avaient défendu avec le plus de chaleur les prétentions de leur maiti*e, tinrent une conduite toute opposée. Le vice-roi, le président du Tribunal et ses assesseurs, ne voulurent point quitter file avant d'avoir blâmé hautement leui*s démaiches, et reçu du Pape Tabsolution des censures. Ces exemples confir* mèrent encore les peuples dans le désir qu'ils témoignaient qu'on satisfit le Saint-Siège. Mais le nouveau roi de Sicile paraissait vouloir soutenir le privilège de ses prédécesseurs. Clément XI ayant ordonné l'observaiioii de rinterdil, et cassé les ordonnances des anciens officiers espagnols, le prince défendit d'exécuter aucun rescrit étranger sans son autorisation.
On négocia pour accommoder ce différent. Les diverses prétentions n'ayant pu se concilier^ le Pape donna, le 11 janvier 1715, une bulle contre le dernier édit du roi. Le mois suivant , il abolit le droit de légation héréditaire et le tribunal de la Monarchie. Sa bulle était
ANNÉE 1715. 3t)3
signée de trente-trois cardinaux. On en interjeta appel pour le roi de Sicile. Il parut sur cette dispute beaucoup d'écrits, oii chacun prenait parti suivant ses inclinations* Un de ceux qui soutinrent le plus vivement la cause des souverains de Sicile, fut le docteur Ellies Dupin, que son penchant ne portait guère d'ailleurs à se déclarer pour les Papes. Les contestations continuèrent, et la Sicile était encore divisée par celte querelle, quand Philippe V, étant redevenu maître de cette île, en 1718, songea à y rétablir la paix. Il Fut convenu qu'on rappi lierait ceux qui avaient été chassés pour avoir observé l'interdit, qu'on rétablirait dans leurs emplois les personnes qui les avaient perdus pour la même cause, que les censures seraient provisoirement observées^ et que les corps des évêques de Catane et d'Agrigente, morts à Rome durant leur CAÎl, seraient reportés en Sicile, et inhumés avec honneur dans leurs églises. Le Pape devait ensuite donner aux grands- vicaires des évcques qui avaient prononcé rinterdit, le pouvoir de le lever. Ainsi fut conclu' cet arrrangement> dans lequel il {paraît qu'on eut plus d'égard au désir ardent que témoignaient les Siciliens de voir finir ce long différent , qu'aux prétentions, ou, si Ton veut, aux droits du souverain. Comme l'ile changea peu après de domination, l'accommodement conclu avec Philippe V n'eut pas son entière exécution, et l'affaire ne fut totalement terminée que sous Benoit XIII, de concert avec TEmpereur, alors maître de la Sicile. Le 30 août 1728, ce Pape donna une bulle pour rétablir le prince dans le droit de légation, et pour déterminer en même temps la nature des causes à porter au tribunal de la monarchie, et la manière d'y procéder.
-—Le 19 mars. Clémemt XI domke la bulle Ex illa die SUR LES CÉRÉMONIES CHINOISES. Lc Pape commcnco par témoigner son vif désir de termiiiCr les discussions qui s'é* taient élevées entre les missionnaires de Chine sur remploi de certains mots pour exprimer le nom de Dieu, et salr des rits en usage dans ce pays. Il rappelle des ré-
364 ANÎ^ÉE 1715.
ponses faites par la çonojrégation du ^ain^-QffiGe ^ de? questions qui lui avaient é(c adre^éen mr ç)e^ pijssjpa-r naires. G^s questions remonlajent au ppn^j^c^t d'iqpocent XII qui chargea le3 ihpQlogîens de l'examfppf et qui leur adjoignit Jeqn- François de Léoqj§sq, de rQfdre des Franciscains de l'observance réforpaée, éveque de Bér ryie et vicaire apostolique du Hon-Quâng, ^Iprs de retour dç^ missions. Les questions des missionnaires rpnlaiepi sur les sept articles du Mandement de M. I^ajgfot^ év^qui:; ()q (]onon,don|on a parlé dans le Tahle^uhistqriquçÇfi,, %\ l), Il y avait ^n fout dix-sept questions et le;^ mjs§ionn(iire3 exposaient en même temps lés raisons qu'ilç avaient 4p ^our ter, et citaient dcsautorîtés à l'appui de jeursdoute^. I-.'çx2|r inen des questions continua pendant plusjcqrç années, çt se prolongea sous le pontificat de Clçtnent 3^1. On eptetidit particulièrement les cvéqurs de Béryte et de {(psalie, vicaires apostoliques en Chipe, qui se trouvaient silprsà Qome, et les pères Noël et Castner^ Jésuites, envpyfg pour cette affaire par les ipissionnaires de leur Société. On re* cueillit les avis des théologiens qu ijjfiçateurs, on |es di$cqta devant toute la congrégation du Saint-Office e^ auvent en la présence du Pape. Ce ne fut qu'après pe Iqng examen que la congrégation donna ces réponses qui furent approuvées et confirmées par Clément XI le 20 np-: vemjîre 1704. Elles furent envpyées au palriarohfs cI'Aqt tioche* commissaire et visiteur apostolique en Chine ayeç orcjre ae les observer et de les faire observer par tpus les évéques et les missipnnaires en cette çpntrée.
Un autre décret du 25 septembre 1710 avait confirmé le Mandement de M. de Toqrnoq du 25 iaqvîer 1707 sur les cérémonies chinoises, et prdpupé fiux n^jssiqnnajfeç de s'y ponfprmer. Les généraux des Jéifuites^ dps Dominicains, des AugustinSji ^es Frî^nciscains de rQ]:)s.ervance, et (Iç^ réforipp^, §'é|aient ^ng^^és % fiiirg çib^j-v^r (g M??" derpepr par leurs reljgiepiF-
. te p«|^e,f qR§ h bwllç ^^ Hh ik raPpSmU J» .1"]^' *^qc^ 4«§ répqn§eç dé \f çori|rr^|(inop , Il y ç^^ P^t gu^,
Q^miQfl )i| VUS! Him ne pouvait 4tre désigné aanvenaMemml ppuF i^9 Cliipi)i« par dua woU européens, on de» ¥aîi se «brvir da mot Tien-r Chu ou Seigneur du eM, qui eal f R u«ag0 Qbeai 1^ rniisiitoQDAiros iH los fidèiet, et qu-^fi dw9Ît rej^t§p mlièremeDl le^ lools de Tim ou çdel et do •^^mf^nji^u empereun suprême, Oq ue devait point peitn lOQtlr^dam lea église? ebréiiennes If s tablettes avec Tin* ^rîplion isbinoise King thn : adorer le ciel. |t était iflt^rdit auii fidèles d^a§«i9ier ni de eoncourir aux sacpi>« inm en Tbonneur de Confuetuset des papents défunts, i)i aii% oérémopie^ et oblationsqui se font en certains tempa en : l'honneur du même Gonfuoius , ni aux obla^ tioni dl^ns^ las temples dédiés aux parents, ou devaut leura tablettes dans les maisons partioulières ou dans leurs tQiubtMMi fi OfS usages ne pouvant être séparés des rits ^pisrititieux, on ne devait point les perqaettre aux ebré* tifliai ipân^e après avoir fait une profeslaiion publique ou ^eefète qu'ils n'entendaient poiut tendre aux défunts un cylte religieux, mais seuleoaent un culte oivil et politique. Gepiçndapt la congrégation ne condamne point une pré<« sence purement matérielle des chrétiens k oes superstif VÎQPsdès idolâtres, pourvu qu'ils n'y donnent aneune-f^spim d'approbation o» de concours, s'ils ne peuvent éviter autrfineiit des haines et des inimitiés^ et pourvu encore qu'ils faafM^nt auparavant, s'il est possible, une proteatatioii 4^ laur foi, et qu'il n'y ait pas danger de séduction. Bnfin op pedoil point permettre aux chrétiens d^aveirdans leuri maifpni l^l tablettes de païens dorgnta.avao Tinscriprion chinoise qui signifie le trône ou le siège de Tesprit ou d§ rame d'tlQ telt fti aveo une inscription qui ait un sena aeifnhlablQt Quant aux tablettes qui n'eut que leoiomdu défuDtt OR peut en tolérer l'usap» pourvu qu'il n^y ait fMh\ d^ icaudale, et qu'il u^y ait rien qui sente la au* peratitiop. On ne défend point non plus par ce qui précède lia autres usages k Tégard des paiena,.quafid ikn'^MEit rtea d«mpfrititiiU)i fit qu'ils sent puremwl.elvik^oBW^laisaa Vl )tt«Miavil wx enif^és du SaiAt«Siéfa et. wai éi^qqaa.
366 kmÈE i7iS.
Après avoir cité ces réponses, le Pape ajoute qu*il en a prescrit Tobservation exacte le 2t septembre 1710, ainsi que du Mandement du cardinal de Tonrnon, sans avoir égard à aucun prétexte ni à aucun appel au Saint-Siéget Tout cela, continue la bulle, eût dû terminer la discussion ; cependant on a différé, sous différents prétextes, d'observer les réformes, et on a allégué le décret d'Alexandre Yll^ du 23 mars 1656. Voulant donc couper court à ces difficultés et à ces subterfuges^ Clément XI ordonna, sous tes peines les plus sévères, à fous les évéques et aux missionnaires, même aux Jésuites, de se conformera ces réponses. Il veut que tous les missionnaires en fassent le serment et souscrivent une formule rapportée dans la bulle. Il indique ceux qui doivent recevoir ce sernoent, et défend aux missionnaires d'exercer aucun ministèreavant d'avoir rempli cette condition. Ces serments doivent être envoyés à la congrégation du Saint*Of(ice, et les snpé« rieurs des ordres religieux doivent tenir la main à ce que leurs subordonnés se soumettent à ce qui leur est prescrit ici. La présente bulle doit leur être envoyée pour qu'ils la fassent observer.
-* Le 22 août. Commencement de la congr^gatioii des SOEURS DE LA Sagesse, A LA BocHELLE. Cette congrégalioD est une des plus utiles institutions qui se soient établies dans le dix-huitième siècle. Elle est due au zèle d'un pieux ecclésiastique , Louis-Marie Grignon de Montfort, qu'il convient de faire connaître. Il était né le 31 janvier 1673 à Montfort, diocèse de Saint-Malo, et il se distingua dès sa jeunesse par son penchant pour la dévotion. Il fit ses études à Bennes sous les Jésuites, et vint ensuite à Paris, où il entra dans une petite communauté formée auprès de Saint-Sulpice, et ensuite au petit sémi* naire Saint-Sulpice. On Ty remarqua comme un modèle de ferveur et d'humilité. Il fut ordonné prêtre, le ô juin 1700 par M. de Flamanville, évéque de Perpignan, un des plus estimables prélats de cette époque» Il quitta Pa-^ ris peu après et fut aumônier de T^pital de Poitiers, où
•*t sa charité trouvèrent à s'exerCei*. Il y formait
-^noes âmes à la piété. C'est là qu'il counut
ne jeune personne de Poitiers, Marie-Louise
* dans la suite supérieure des filles de la
Vignon qui la dirigeait, la prépara à la
^gogea à se consacer au soin des pau«
V^ ^ *ir lui , il quitta peu après cet éta-
yfc ^ra aux missions. Il en donna en
^ . tit, en 1706, le vo\agc de fiome, où
c de missionnaire apastolique. Nous ne le ^ jint dans cette pénible carrière, oii il joignait .e pauvre et austère à Texercice assidu du minis- •eévangélique.
En 1713 il songea à former une société de mission- Baires^ et fit le voyage de Paris pour trouver des ouvriers qui voulussent se joindre à lui. Il s'adressa au séminaire du Saint-Ksprit, établissement commencé en 1703 par Tabbé Poullard Desplaces, ecclésiastique du diocèse de Bennes. Claude-François Poullard-Desplaces, d'une famille de magistrats, avait renoncé au monde pour entrer dans Tétat ecclésiastique et s'y livrer à la pratique des bonnes œuvres. Il réunit à Paris quelques élèves pauvres qu'il élevait pour Tétat ecclésiastique et auxquels il inspirait l'esprit de piété, de désintéressement et de cbarilé qui l'animaient lui-même. La maison comptait déjà soixante-dix jeunes gens, quand labbé Poullard-Desplaces lui fut enlevé, jeune encore, le 12 octobre 1709. L'établissement subsista après lui, et il fut connu sous le nom de séminaire du Saint-Esprit. Il envoyait des missionnaires de divers câtés : et depuis on le chargea de fournir des préfres pour le service des colonies. Louis Bouic, prêtre du diocèse de Saint-Malo, gouverna le séminaire pendant près d'un demi-siècle. En 17*23, le clergé de France ac* corda une pension à l'établissement^ et en 17*26 Icroi l'autorisa par lettres patentes. Les évêques de Meaux et de Veitlun confièrent leurs séminaires aux prêtres de cette maisOQ qui subsista jusqu'à la révolution, et qui
Vifti d'dh tiîgiie l!t!ëléstëfttiq(ië, Tâbbé BëVlfiQi, HèH fift
déMfftbim isat; Ùh tibtfi pAt^dHiiëM d'tt^iF ttëMtdhiié
en pâSMfit OHe era¥f6 éâiBdfifë éf ttlHë.
L ëMé «t-ignéii de Mohlfdl't «Mit èbii)|^ffMte «t itii tlë râbl^^llfit<dw0e§lpllie«9^ et II HViil «btilû fttiU^fbtS^ i*idjOlndfe daftS lel Mlièibirs. Il »é lé (MUVâ pm dlHs Mb VO^igë B ParlÊm 17l3^ iiidil 11 êSpéfà àh mmnti^ éènmt flaA!) l'AtâblIsSémëtii dé» JedHci getiS {{&! ftdt*àIéHl
letmHi dès tuiaéimttsrfes^lt ris^âK cjm f^ln^ctifs le wfr
^M)«êf>alëhf fWf U Sline fi de mihtWèfe:
Cependant il ne perdait pas de vilé tHHNïtBréliéHiè
TrfehDt cfirîl aVâli làlisèë ti rhd|)iiâl de Pbitiéi^ et ^u'il
d«itinah k éiw rftMë de i*étàbltsiiëH(iêrtt àéé SftdH Ûh ta Sagme. Yeri la fiti de !?i4, it rappëk B M ËHehëllè
pObr f téntr uOO t$l!(fle de ]éi)fies allée; It à¥àU Ait {TrëH-
«re h lottdétflotietlë triehët lé hom de ÉiaHë^LbulM de
<èii]» et uit eoifUttè^aHiKuttef . Qllët()dëè pteb^r (nië^
le Joignifefit II elle, y^bë de Montfof ( hw pmdUHi Mè
tMi^tma la R&chellë. tl ItUr fit MttÈ tiflé l'ëti'altë et 1^^
ndmti h la ^t^bfeâêldn le 8S août 1715 dah§ Té^ltiê dè^ tëligtëilliMr de la PiWtdëh(«; Il lettP ddnH» ïli\ë f 6g1e ï{M
Vé¥éqM de la Roeliellè appfabta. Ôë pi'ëiai était là: ât QhànipflM) iiommë ësdrfiablë^ ami du bltfti et()tii fivorii^ cëtiniawftomt re^liVfë hâiMUte: MalhëtiMsttaëtttëfit lé ^éttft fondateur tfë devait pa^i la dbigëf îôngfëiiipÂ* Il
fllodMit dans te ëôUn de ses MisMOnl a Baibt^Lëfirebt-iUP^
ièvred le «e att^ii 1716 < H d'avait cjue qbariihté^tHalé aaà tt trahi indis^ Il laliia dam tout le pays mié gfâfide fépu^ tmiiKti dëtaMtëtt^ et daiii eës dérfilers lèdiiiS on a ê6tt^ toietied de§ itifbfttiadbfia %w ^ vëHin (i):
Apaiiët* h^maltiëriiëni) il sëiiilMaU qtfë la âièrrëéVaby
' {ijài àUhH Viei ée é^^léfix hf»)iiofitilirè, U lit^^r l^alSfcé énUidci» prjm^dd MilfiiAilinHfî cri tllf ) M I* eii fTTI pàf Vm» mbt «lé iJNVièK, âiMMciiicsuii«.i i99l ^ ^V P<^ ^ nitlioMMlMl étt aéMK-ttiviiè'i ttsNMiMi naint-Laulent-siir-SèTres.
àNNÉË 1715. M»
aë MohiroH devait entraîner la ruine d^uné inBtiiiitioii a peine commencée. Il nV avait encore que quatt^e sœurs
dit' i UÀ ' i- ■ - i ' i À
è la &iges$e, et la sœur Marie-Louise ayant été obligée
peii après dé retourner à Viiâpital de Poitiers, ia petite socicie paraissait devoir se dissoudre. Mais là ProVigënce veillait sur 1 œutré baissante. f}n missionnaire qui àyait travaillé qiièlque temps avec I abbé de Slontrort, l^abbé Tàtct/eilcoiiragea Marie-Loiiise à continuer .se pieuse entreprise. On lui conseilla d'àltér se fixer a SainfLau* rêîit-siir -Sèvres, près du tombeau de son vénérable directeur. Deux personnes ricbes du paya, madame de Bouille étlé mhrqdis de Màgnaiis, homme veuf et tout dévoue 9ux œuvres dé charité, lui en donnèrent les moyens. Ëe dernier acheta une maison lioui* les sœurs ^ les éyéques de Poltiei^ ei de la Rochelle donnèrent leur consentement à ta irànslation, et )a paroisse de Saint-LaUrent consçniif, par acte du 24 séiitémbre 171^9 ^ recevoir lés sjbeqrs pour ënséigiiér gràtuiiemeni lès petites fidès et visiter éi .soifi'nér les malades. La sœur JUarie-Loiiise se rendit à SamlLaûrent en juin 1720. Les commencements furent dirSciles ; là pauvreté de là maison ëtàii extrême, et de plbs il s^y joignit d*asséz fortes contradictions.
Là peiité communauté h avait point de sùpëHeùr dé-
I naort de Tàbbé de Montlbri ^ elle demanda f remplacer un missionnaire nommé M. Neulot, qui^
fis ta
{Wis fa naort de Tàbbé de Montlbri ^ elle demanda pour , e remplacer un missionnaire nommé M. Neulot, qiii, daifis l'es derniers temps, âvaii secondé Tabbe de Mtintlort dans ses travaux. L'évêque de la Rochelle agi^éa ée choix. M. Nëufot et ses missionnaires allèrent se fixer a Saint-Laurent oii le marquis de llagnans leiir acbeta iine màisoh. Ainsi les deux congrcga lions, les missionnaires dtî âaint-Esprit et lès sœurs de la Sagesse^ s^unlrënt dès le principe et se sdutitirent Tune Tautre. Les missionnaires dirigeaient les sœurs et donnaient des missions dans le pays. Ils ne furent jamais très-nombreux, ooiàifi la èommiinaûtédës sceùrs s'àccriit d année en année. P«a à peu elles furent appelées en .diflëi-enis lieux. En li4%, èHc« deS!tërVàiehf déjà Vingt-sept ëtâbllssëifach».
En 1749 monrut Neulot pendant qu'il donnait une mis* sion à Qucstember, dans le diocèse de Vannes. Il eut pour successeurs jusqu'à la révolution, MM. Audubon, mort le 15 septembre 1755, Besnard, mort le 22 avril 1788, et Miquignon ^ mort le 18 janvier 1792* Le marquis de Magnans, bienfaiteur des deux congrégations, avait fini par se retirer chez les missionnaires, et il vécut avec eux dans la pratique d'une haute piété, jusqu a sa mort arrivée le 15 mars 1750, à Tâge de quatre-vingt-six ans. On trouve une petite Notice sur lui dans Y Abrégé de la f^ie de Ma* rie-Louise de Jésus j par Allaire.
La congrégation des sœurs de la Sagesse prospéra de plus en plus. On avait voulu les assujettir aux tailles, mais une lettre de M. de Maurepas, adressée le 27 novembre 1732 aux intendants de Poitieis et de la Rochelle, dcfendit de les inquiéter. Elles furent successivement chargées de plusieurs hôpitaux et s'acquittèrent de ce soin avec autant de sagesse que de zèle. Le 28 avril 1759, elles perdirent leur fondatrice, sœur Marie-Louise de Jésus.; sa mort fut aussi édifiante que sa vie Tavait été. Les sœurs avaient alors environ quarante établissements. Au mois de mars 1773, Louis XV leur accorda des lettres*patentes, qui furent enregistrées au parlement de Paris le 11 août suivant, et qui reconnurent les deux congrégations. A répoque de la Révolution, celle des sœurs de la Sagesse comptait près de quatre-vingts hôpitaux ou écoles dirigés par elles. Que de services n'avaienl-elles pas rendus pendant quarante ans à la religion, à la société, à tant de pauvres infirmes (l)?
En formant une société de missionnaires, l'abbé de Moutfort s'était proposé aussi d'établir des frères du Saint-Esprit pour accompagner et aider les missionnaires, tenir les écoles, soigner les malades et s'occuper du tem-
(1^ Pour ce qui précède, nous nvonsconstillê principalement la Vie de Mont* forty 1^39, in-8, el Wif» fitrédelo rie de Mnrie^Loui^e de Jtstn (par Allaite, chanoine de Poitiers) 1768, in-12. Voy. aussi V Essai historique sur l'injluence de la Religion enFrance, dans le diX' septième siècley (ome u, p. 427 et 43i'
ANNÉE i715. 37i
porel des deux communautés. Un de ces frères, nommé Mathurin, suivait Fabbé de MonlforC dans ses missions^ faisant le catéchisme, présidant au chant des cantiques el récitant le chapelet. Il s'acquitta des mêmes ofGces pendant cinquante-cinq ans, sous les successeurs de Tabbe de Montfort, et mourut à Saint-Laurent en 1760. Oh cite encore lès frères Jean , Jacques et Jiscan pour leurs vertus modestes et ix)ur les services qu'ils rendirent aux deux communautés.
Ce serait trop anticiper sur les événements que de raconter ici les désastres des deux congrégations à répoque de la Révolution et leur rétablissement au corncernent de ce siècle : ce sera le sujet d'un autre article à la fin de ces Mémoires.
— Le 1"" septembre. Mort de Louis xrv. Ce prince était âgé desoixanfe-dix-sept ans, et se trouvait dans la soixante-treizième année de son règne, l'un des plus longs el des plus mémorables que présente l'histoire. Ce n'çst point ici le lieu d'en rappeler les grands événements. Assez d'autres les ont retracés el ont raconté avec étendue tant de victoires glorieuses , tant de provinces conquises, tant de beaux monuments, tant d'établisscmenis utiles, des villes fortifiées, des arsenaux construits,' des ports creusés, des canaux ouverts au commerce, les sciences florissantes, les arts encouragés, et les lettres portées au plus haut point de la perfection et* du goût. Assez d*auti*es ont parlé de tant de grands hommes qui brillèrent sous ce règne, et ont célébré la valeur dés généraux, l'habileté des ministres, l'éloquence des orateurs, le génie des poètes, tous 1rs talents enfin se réunissant autour d'un monarque qui savait les apprécier avec justesse et les récompenser dignement. La France monta sous lui au premier rang des nations, et il a mérité de donner son nom à ce siècle. Mais ce n'est point sur de tels avantageas que nous devons nous étendre ici. Ce dorit uousi devons féliciter Louis XIV, c'est d'avoir honoré et pratiqué la religion les trente dernières années de sa vie.
^ Il D*eût pas souffert des discours trop libres sur ce point, enoore moins des ëerits^ et il avait trop de sens elde pénéiraiien pour n6 pas sentir que le mépris de la religion ïeâf dtnéné le mépris de soo auiorité* Aussi lui-même ne pdriait-il jamais sur ce sujet qu'aVee le ion de la soumission, sentant I cemitie il le dit dans ses Mémoires^ que a la première partie de la politique est celle qui enseigne » à bien servir Dieu, que c'est pécher contre la prudence, V aussi bien que cotitre la justice, que de manquer de h vénération pour lut, et fue la dignité des rois se relève .» par tous les déVOirS qu'ils lui rendeut (l^i »
Sa conduite répondait à ce langagCi Nous a]jons parlé plus haut de la protection qu'il accordait à rËgnse^ de son zèle pour les missions. 11 sut distinguer le mérite des Bossuet, des Fénejoo, des Fléchier, des Huet, des Le Canius^ ctde tant d autres prélats qui éclairèrent l'Église par leurs lumières , ou honorèrent Tépiscopat par leurs
venus.
On a beaucoup blâmé la conduite de Louis XIV relativenrent aux Jansénistes. Voltaire lui a reproché a)ntre eux des petitesses et des rigueurs, et plusieurs écrivains ont copié Tauteur du Siècle de Louis XI F. Il ne faudrait peut-être, pour disculper ce prince à cet égard, que se rappeler les troubles arrivés sous son successeur, pour n'avoir pas suivi la même marche. Et d'ailleurs, k quoi se réduisent ces rigueurs qu'on lui objecte? A l'exil de quelques intrigants et au bannissement de quelques factieux (S). Je ne vois là rien qui piiisse nous faire accuser
()t fféhtStrèi âe Èbulè ^iW; ébf'Us fféf ÎÀl^mê, VM% >§«« i» |MHt«, |Mii 1^ et luiv.
. (2)J)ans un ouvrage récent (V Histoire de France pendant le Xf^llU siècle par H. Lacreiellé), oA fièmt (es jâhsênfstès ènfass^li a fil Blstillé et i fjiiééhfMlj éî bn leè ihéiilH déiiVfésintfi li réf(ènbe| l*e ééùïâht UMVHbàit au milieu dé leurs parents et cl« leurs auiis. On sujtpose que.cc.iifKttfcle ,dot irriter les esprits contre la mémoire cJc Louis Xiv. Mais danl cette dccâslun, éèmtfaë iiàtik qnt-ttjuéi siutfës, l'haliite tiisfoMè^fi a fcdhsilliè dêé liiéiSt^ri^ ptn ainr. J'ai êèii» ht ytnat m éerit pvblié «■ i7tS| io«t ec ii|re : Prèmttëè de. la liberté de l'Eglise de France dans l'acceptation de là Conslitutioh ou ké'
àNNÉË i^iS. 373
la inemoiré Aé Louis. On né saiiraii coniëstér aux dépd* sit'airès de 1 autorité lè droit (lé rcprihaer ues nommés turbulents, et de prévenir Tefiet de leurs menées. G est surtout sur la nn du régné de Louis ^tV que porte la enliqiié.de ses déiracteurs. Il est vrai que cette fin fut maUieiiréuse 9 et que le royaiime fut réduit à 1 état le pltis déplorêlbié. Faut-il en rendre responsable le monarque, qui se trouva erigagé maigre lui dans une guerre presque inévitable, qui lit tout ce qui était en lui pour ôoiénir la paix et pôiir gagner ses ennemis, ci qui vit loiidré sur le royaume deâ calamités imprévue^, i hiver lé plus riepùiréux dont on ait conservé ta métnoire, la ilisétte et Ta hiiseré qiii venaient a la suite? Mais il semble que ce h^cst point là ce qui à excité les plaintes de quelques écrivains, il faut le dire, c^est t]ue Lodis était devenu plus religieux que jamais ; cW qu il donnait plus d attenlion àiix âoaires de 1 Eglise) c'est qil^il montrait beaucoup oe cohààrice pour une femme célèbre, mais pieuse, qui ii'iisd dé son crédit que pour le bieh de la religion \ c est qiié sa cbiir avait pris un aspect plus sévère -, c est entin, pour hoiis servir de Texpression employée par ses censeurs, ce3t qu'il était dévot. Voilà éon grand tort aux yéiix de la puilbsppbic. Mais nous oserons dire que ce prince, véritablement grand pendant sa vie, le parut encore plus dans ses dernières années. Oh voit dàiis lés Mémoires de 'fbrcy combien il éiait pénétré des malheurs ads péiiplcs, et que malgré sa constance, il laissait quét-
çued def or.dr$a émants de Vautoritb sétùlière pour faire recet^r lA Sutlfit in-4^\ bA écrit, pour ne pas lui donner d'autre nom, contient une iNfiUiCNiliéri Tort ëiiflcë rtë tdutbs lél ittmfés ^Hiès èHnifki tëk li|i|ietantsi i^( M|»eiil«'iodireiit cbntine deé riguctira çë mn\.f rHsemble \t moins, jle Tctit bien néfttimomâ supnoser vrais les détails qii*il donne. Or. il dit queiu8t|u'au inbil d^cthls'lre 1713. Il àvdit ët^ m Miik përsoiiiies à f ihcèiînès, et qUâlre à Hl BalCitté. Ut MBAtU Uf ildM»n€. Ill éihiVttt doftli sU ëh tHfit. Vbifa lil liste effrayante de ces malheureux entassés dans les cachots par le Tellier. Six pri&onniers, qui pouvaient tenir ensemble dans un fincre, ne durent pas foroierune procession bien longue, ni aigrir si lort lel eaprils rontrele feu Roi. li peut être permis h un ûistprien df reckercher les tû>itâ drftMatiqneâ^ Hiâit ce ne doit jamais être aux dépens de la Térité.
qucfois apercevoir ses larmes. Il vit avec douleur tomber avant Ini les héritiers du irone. Mais ce fut surtout aux approches de la mort qu'éclatèrent sa religion et sa fermeté. Le duc de Saint-Simon, qui Ta peu ménagé dans ses Mémoires, lui rend pourtant justice en cette occasion. (( Le Roi, dit-il, ne témoigna aucun regret en quittant la vie, et régalité de son âme fut toujours à Tépreuve de la plus légère impatience. Il ne s^importunait d*aucun ordre à donner. Il réglait tout avec sang-fioid, et tout se passa jusqu'au ïx)ut avec cette décence, celte gravité, cette majesté qui avaient accompagné toutes les actions de sa vie. Dès qu'il était libre, et qu'il avait banni toute affaire et tous autres soins, il était uniquement occupé de Dieu, de son salut, de son néant, jusqu'à lui être échjppé de dire : Du temps que fêtais roi. Absorbé d'avance en ce grand avenir, oii il ise croyait si près d'entrer, avec un détachement sans regret, avec une humilité sans bassesse, avec un mépris de ce qui n'était plus pour lui, il conso* lait ses domestiques qu'il voyait pleurer.... Et ce qui le rendit plus admirable, c'est qu'il se soutint toujours, témoignant une confiance en Dieu , fondée sur la miséricorde et sur le sang de Jésus>Christ, avec une résignation entière sur son état , sur sa durée, et regrettant de ne pas souffrir. Qui n'admirera une fin si supérieure et en même temps si chrétienne ? »
Un autre écrit du temps (t) fait encore mieux connaître Louis XIV mourant, et rap|)orte avec fidélité toutes ses actions et toutes ses paroles. Ou le voit, dès les premières atteintes de son mal, recourir aux sacrements. Il reçut le Viatique et l'Ëxtréme-Onction, puis mit ordre aux affaires avec un calme et une présence d'esprit qui étonnaient tous les assistants. Il appelait tour à tour les princes, les ministres et les seigneurs auxquels il avait à parler, et disait à chacun les choses les plus convenables , sans trou-
(1) Journal historique de ce qui s*est passé depuis les premier! jour* de h maladie de Louis XtV, par Le Febvre; 1715, tiMS.
ANNÉE 171$, 37o
ble et sans embarras , et de la manière la plus naturelle comme la plus noble. Il donna au jeune Dauphin les conseils les plus appropriés à son âge. Le même jour, ayant fait appeler ses ofliciers , il les remercia de leurs services ^ et les exborla à témoigner la même affection au Dauphin. « Je m'en vais, leur dit- il as^ec une simplicité qui nous npai*att F indice d'une âniejorte^ mais FEtat demeurera i> toujours; soyez-y Gdclement attachés^ et que votre ït exemple en soit un pour tous mes autres sujets; soyez » tous unis et d'accord.... » On remarqua que, pendant tout le temps qu'il parla, sa voix ne fut point entrecoupée ni interrompue. Pendant toute sa maladie, ce fut la même fermeté, la même précision, la même dignité. Lorsqu'il pouvait entendre la messe dans sa chambre, c'était en priant Dieu avec la même tranquillité qu'en parfaite santé. Il s'entretenait souvent avec son confesseur; et, depuis qu'il eût reçu les sacrements, il ne resta pas une bcure sans parler de sujets de piété, soit avec le père Le Tedier, soit avec madame de Maintenon. Le premier se tenait toujours à portée, et couchait à côiéde In chambre du Roi. Le vendredi, 30 août, le Roi fut dans un assoupis* sèment pres(|ue continuel ; cependant il s'unissait encore aux prières que l'on faisait autour de lui. Enfin , après une longue agonie , et après avoir montré constamment une parfaite résignation^ il expira le dimanche 1''' septembre.
Les circonstances où il mourut rendirent sa perte plus sensible encore. Il avait ordonné dans les commencemi^nts d'août que Ton minutât une déclaration, par laquelle il était enjoint aux évêques opposants de se conformer à la majorité de leurs collègues, et de publier la constitution à laquelle il voulait donner force de loi dans son royaume. Ce projet de déclaration , qui devait servir de préliminaire à la tenue du concile proposé, excita les réclamations de quelques magistrats, qui prétendirent que c'était mettre la main à l'encensoir, et que le Roi ne pouvait commander ainsi à des évêques ; comme si le souverain n'avait
375 AN7ÎÊE 171?.
paK le droit 4ç prôtçr son appqi à rexécution des décret de rÉglise, et comme si la bufle n'avaif pas acquis dcih^ par TacccplatioD de Ipnt de premiers pasieurs, un 4egré d'aulorilé tel que Ton fût tenq de s*y soumettre. Aussi» le Bok| persuadé de réquiié de ses vues, persista dans ^p projet, et annpnça un lit de jpstice pu il ferait enregistrer la dëçJaraMon. Ceux q^i'it voulait retiujre çiajept daps les alarmes, lorsqqesa maladie ninima leurs espérances; et tandis que tous les amis de TÉtat e\ dp PÉglisç étaient ({ans ]ç denjl, tandis que |a^ étrai^gefs mépies, qiie |es merveilles (le cç r&gqe et l£| ipàgnjipimité dp paonprqpe «ivaljînt jpsjerpent éblouis, luj >çn<)aifît^t ÇP qp'ÎU l^t ay^i^ïlî rcfpsc penclapt ^ vie, et honoraient sa mémpir^ P?ir de i»îste§ élpgcf , sa mprt devînt poiir \p. aiwis (la trpqble up sujet dp frioniphe ^t Ip sjgp^l d^uq^ iiçppçp saqs l)prpes. {^eur joie éc}Hi^ Sfin3 aucune ][)ipp^p(^. Us ipsphèrpnl p peipi qnj avaif su |e^ ponlepir*
L'çpqqpp était fsivprahip pourpçspsprit^jpmiipt^.Un rpi enfiinl succédait à un prinophabileptre^ppclPr l^ré^pncei malgré |e testaipept ()p J-puig, pasjs^ (Qv|t epti^fp ^^ duc d'QnéapS) liomrpe aimable et dopé dp Iftlcpi^, piai^ fa? çjje, pnii des plaisirs, p( s'y livr^nî «YPP PWS, spps pripçipçp d'aiHeiîfs, et a^e^ indiflcrcpt pqpr I9 rpligiPQt rQtir «'pmparerdp Tguloriié ^ms pqriagp, il empressa |p3 parlements, qpi, spq3 le dernipr règne, ^vaippt ^^^ tenps dap$ la dépendance, et qui, restreints à l'exercice de^ fppptJQPS jwdipiairps^ sqngeaient à reprendrp quplqqp ascen- (]ant pendant |ç$ embarras d'upe piiporite. J.e parlement 4p Pari^, surtppt, 5e rappelait le ro|p (lu'il avait joué dans (]es tçmps de troubles, et souhaitait vtvepiçnt 4p rpntrer dans la connaissance (|e^ affain^s du gonverneipept. Il obtint, pour pri^f dp «a pqmpl^ig^nce, d'êire rétabli d^us Tu^gp) pu, si l'on YPMti dans le droit de présenter des rpfnQptr^ncps^Yant rpnregi^lrejnent. [[C'est daps ce but que, s^n^ «Hpune re^lriciipn, Ip répm faisait dire ap jeupe Rpi, 4ans pne Déclaration dpnncp quelques jours ^piepient qprès la mort dç Lopis XIV, le ja çeptpn^brç : « lé
» fidélitp, le zèle et la soumission avec lesquels noire cour )) de parlement a toujours servi le Roi, nôtre irès^-honorë >^ ^eigneur et btsaieùl, nous engageant à' lui don nef des .:, » iparciues publiques de noire conSanee, et surtout dans » ces temps où les avis d'une compagnie atissi sage qu'é* » plairëe peuvent nous élre d'une si grande utilité; nous savons crt| ne pouvoir rien faire de pliTS honorable )>ppnrelle, et de plus avantageux popr notre service )) péme, que de liii permettre de nous représenter ce «qu'elle jugera à prp|K)S' avant que d'être oblige de )) pfocëder h l-enregisfrcment des'édlts et déciaràlions » que nous leur adressons; et nous sommes persuadé » qu^çlle usera avec tant de sagesse et de çircorispeciion » oe Tancienne liberté dans Inquelle nous les rétablis- » sons, que les avis ne tendront qu'aq bien de noire Ï!lat, » et mériteront toujours d'être confirmés par notre auto- »" rite. » ]1 On verra bientôt quel abus le parlement fit de ce^ concessions* Ce grand corps p^avalt pas été inaccessible ^ l'esprit de nouveautés. I3ne partie de ses membres s'était laissé gagner par les artifices d'une secte adroite, et de^ gens de bien même avaieqt été attifées par l^s apparences du zèle et les dehors de la piété.
Le régent crut aussi devoir flatter un parti puiss£|):)t. Lç cardinal dç Noailles reparut à la cour le jour mê(pe de^ la »)ort de Louis XIV, et il eut un long entrelien ayec le duc ^'Orléans. Il ftif fait président d'un conseil de cpn^ science pour les affaires ecclésiastiques. Ce choix montrait ass62 que)1e marche pn allait suivre. L^assemblée dc^ cTefgé, qui se tenait à Paris, en fut alarmée, et fit des répi*êsentatîons qu'on n'écouta point. Le cardipal fit bientôt {sentir son influence. Le père Le Tellier, confessepr du fbp Bol, tqi élaif odjeux : on Texila. On rappela les qu^tr^ ou cinq docteurs qui avaieqt été exilés. On encoi)f{\gea les réfVactaires h s'élever ^qtre la cqnstitution. Les dignités m^Vne de rÉglise devinrent la récoQipens^ du zèle pour le Cardinal et pour ses adhérents. Ce fut par son canal que les abbés de Lorraine^ Bossuet, d'Ëntraigues^ etc.,
obtinrent leur nomination h des évéches, et ces choix in* discrets furent le présiige de nouveaux troubles.
[[ Un ciioix qui fut plus applaudi, fut celui de Tabbé Fleury, le célèbre historien, que le régent nomma confesseur du jeune Roi, emploi qu'il conserva jusqu'à sa démission, en 1722. On a souvent répété cette anecdote : que le régent lui disait qu'il favait nommé, parce qu'il n'était ni janséniste, ni molinistey ni ulframontain. Le fait est qu'on ne voit nullement que le savant ami de Bossuet et de Fénelon ait trempé dans aucune des intrigues du temps. « J'ai bien entendu, écrit madame de Maintenon , qu'on » a accusé de jansénisme M. l'abbé Fleury^ nais je n'ai » pas cru que M. de Beauvilliers et M. de Cambrai l'eus- » sent ignoré (l). » ]]
Tout changea de lace à la fois, et ce passage d'nn règne à un autre fut marqué par une sorte de révolution en morale et en polit que. A une cour grave et austère, succéda une cour frivole et dissolue. La retenue fut remplacée par la licence, et la décence fut tournée en ridicule. Nonseulement on devint immoral , mais on fit trophée de sa dépravation , et il fallut de nouveaux mots pour exprimer des vices inconnus.
Bientôt le régent accueillit ce système frauduleux qui enflamma la cupidité par Tnppât d'un gain facile, qui fit préférer aux voies légitimes de s'enrichir, les manèges de l'agiotage, qui ruina les gens honnêtes pour enrichir les gens adroits, et qui apprit aux particuliers à se jouer, à l'exemple du gouvernement , de l'honneur et de la confiance, à chasser la bonne foi du commerce, et à mettre avant tout l'argent et la fortune. Nous n'entrerons pas dans le détail des opérations de ce fameux système. Les résultats n'en sont que trop connus. Au bout de peu de temps, l'Étal se trouva aussi obéré qu'auparavant , et une foule de particuliers réduits à l'indigence maudirent la funeste manie dont s'était engoué un prince crédule. Do
(1) Lettres dé^adatuede Vaintenop^ toire vi., page tl
évéque de ce temps-là, écrivant au régent avec toute la liberté de son ministère, lui faisait une peinture déplorable des suites du système, et lui représentait le commerce anéanti, la morale perdue, les lois méprisées, et les peuples indignés d'avoir été si cruellement abusés et gémissant dans la misère. Tous les historiens ont remarqué la sinistre influence qu'eut cette époque fameuse, et des philosophes même ne l'ont pas dissimulée. La plupart d'entre eux pourtant ont beaucoup loué le régent; et il convenait en effet que les détracteurs de Louis Xi V. prônassent un neveu si différent de lui , et que ceux qui se moquaient de la religion et des grandes qualités du premier, excusassent volontiers l'immoralité, la légèreté funeste et l'insouciance du second.
— Le 25 et le 29 octobre. Censure de deux ouvrages PAR l'assemblée du CLERGÉ. Ccttc asscmbléc avait commencé du vivant même de Louis XiV, et avait arrêté , dès ses premières séances, l'examen de deux écrits qui venaient de paraître , les Hexaples et du Témoignage de la vérité dans F Eglise.
Les Hexaples étaient un recueil des passages des Pères, rassemblés pour justifier les propositions de Quesnel : Fouilloux en était l'auteur. Tronquer ou altérer des phrases, les présenter sous un jour favorable, ne montrer que ce qui pouvait être utile à sa cause, c'est ce qu'il avait fait.
Le Témoignage n'était pas plus impartial. L'auteur, le P. la Borde, oratorien, y assujettissait les pasteurs aux peuples, exhortait à se décider par la voie d'examen , et ne parlait que de violence, de tyrannie et de persécution. Ce dernier ouvrage avait été supprimé par le parlement de Paris, le 21 février précédent.
L'assemblée du clergé crut devoir s'élever aussi contre ces deux productions , et nomma deux commissions pour les examiner ; mais après la mort du Roi, on voulut empêcher la censure. Quelques-uns alléguaient le bien de la paix : les autres prélats crurent que leur silence , en
T. I. Vî
-fc
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cette conjoncture, serait une timidité condamnable. Les deux censures furent dressées, approuvées et signées de tous les évéques et autres députés : on ordonna, de plus, qu'elles seraient imprimées et envoyées dans les provinces. Mais le régent en ayant défendu l'impression , les membres de l'assemblée en tirèrent eux-mêmes des copies. Les Hexaples et le Témoignage ont été aussi flétris par quelques évéques particuliers. On a opposé au premier de ces livres les Anti-Hexaplesy recueil de textes où Ton montre la conformité de la constitution Unigenitus avec les livres saints et les écrits des Pères.
— Le 4 janvier. Là Faculté de théologie de Pàeis déclare qu'elle w'a point accepté la constitution. Commencement DE LA division ENTRE LES ÉvEQuEs. La Hccnce était devenue extrême dans la Faculté. Les docteurs se donnaient pleine carrière dans leurs discours. On y insultait à la mémoire du feu roi. On s'y répandait en invectives contre le Saint-Siège, contre la constitution, contre les évéques. C'était à qui ferait les propositions les plus bardies. En vain des membres plus sages voulaient porter leurs collègues à la modération et à Tobéissance, leurs voix étalent couvertes par des clameurs tumultueuses. Le zèle impétueux du sieur Ravechet, syndic, entraîna son corps. [[La Faculté de tbéologie avait deux principaux officiers, le Doyen, qui était ordinairement le plus ancien des docteurs séculiers résidant à Paris, et qui présidait les assemblées de la Compagnie ^ et le Syndic, qui était élu tous les ans par les docteurs, et qui, en qualité iïagent général de la Compagnie, était chargé d'examiner les thèses, de veiller à Tobservation de la discipline, et de faire les réquisitoires.]] Ravechet attaqua d^abord son prédécesseur, le docteur Le Rouge, dont Tunique crime était d'avoir contribué» en 1714^ à racceptation de la constitalion. Il fit
prendre la résolution de tenir en suspens le décret du 5 mars. Il prétendît ensuite que la Faculté avait bien enregistré la constitution, mais qu'elle ne Tavait point ac* ceptée. Enfin, le 2 décembre 1715, par ses menées, et celles de quelques autres têtes non moins ardentes, la Faculté déclara qu'il était faux qu'elle eût accepté. Il y eut des oppositions; on passa outre. Il y avait mille témoins de ce fait qu'on déclarait faux; on s'en moqua. Le 5 et le 16, on confirma encore cette conclusion mensongère. Le 4 janvier suivant, on revint encore sur cet objet. On prononça de nouveau que le décret de 1714 était faux et supposé. On le fit rayer des registres, et on priva du droit d'assis-» ter aux séances les docteurs qui s'étaient opposés à ce délire; car c'^en était bien un. Aussi quelques évéques crurent devoir interdire celte école à leurs diocésains. L'évêque de Toulon, en particulier, le fit par une déclaration publique. Les docteurs s'en offensèrent. Ils ne ménageaient en aucune rencontre les évêques, et voulaient en être respectés. Ils traitèrent la déclaration du prélat, de scanda^ leuse, téméraire et schismatique^ et le parlement de Paris vînt à leur secours. Au reste, l'exemple de cette Faculté fut peu suivi. Il n'y en eut que deux ou trois qui se laissèrent aller au torrent.
[[Clément XI ne pouvait rester indifférent à des démarcbes aussi téméraires. Il exprima sa douleur dans un bref du 18 novembre 1716. Après avoir rappelé tout ce que ses prédécesseurs avaient accordé de grâces et de faveurs à la Faculté de théologie de Paris, il peint avec de vives couleurs l'audace a de ces enfants rebelles, de ces disciples )) dégénérés de l'ancienne école de Paris, qui, s'écartant » honteusement des vestiges de leurs pères, oubliant les » devoirs que leur imposait leur titre de docteurs, faisant » peut-être numériquement la plus grande , mais non » certainement la plus saine partie de leur corps, ont osé » déclarer que le décret d'acceptation était faux et sup- » posé. » Le Pape concluait que, voyant le mal croître de jour en jour, il suspendait tous et chacun des privilèges et
3di ANiNÉB 1710.
facultés accordés à ladite Faculté , suspense qui devait subsister tant qu'il plairait à Sa Sainteté.
Le parlement, qui avait recouvré sa liberté à la mort de Louis XIV, supprima ce bref par arrêt du 16 décembre 1716 ; et les docteurs prétendirent que le Pape n'avait pas le droit de leur retirer les privilèges qui avaient été accordés par ses prédécesseurs. C'est ce que porte Tacle d'appel de l'université, dont il sera parlé plus bas.
Au reste, les docteurs attachés à la saine doctrine n'ont cessé de protester contre ces intrigues et ces faussetés ; et nous verrons, après quelques années, la Faculté de Paris elle-même réparer ces scandales.]]
Il se tenait dans le même temps à Paris des conférences des évêques opposants ; elles avaient commencé dès la fin de l'année précédente. Le cardinal de Noailies était à la tête de ce parti. 11 avait défendu, sous peine de suspense encourue ipso facto, à tout ecclésiastique de son diocèse^ d'accepter la bulle Unigenitus indépendamment de son autorité. Maintenant on cherchait toute espèce de moyens pour l'éluder.
Les évêques qui se réunissaient avec lui étaient environ au nombre de douze. On avait fait espérer au régent quelque succès de ces assemblées. Elles ne servirent qu'à faire voir que ces prélats n'étaient pas même d'accord entre eux. « Les uns soutenaient que le livre de Quesnel » était bon, et qu'on ne pouvait le condamner et recevoir » la constitution. Les autres convenaient que le livre n'é- )) tait pas sans de grands défauts, et que la bulle pouvait » être acceptée avec des explications (1). Les évêques de )) Montpellier et de Senez étaient ceux qui se montraient )) le plus opposés à toute voie de conciliation, » et Dorsanne avoue que « leurs meilleurs amis ne pouvaient » s'empêcher de les blâmer. » Il avait été question de travailler à un corps de doctrine, qui serait approuvé de tous, maison fut obligé d'y renoncer, tant on s'entendait peu.
(I) Journal del*abbé Dorsinney décembre 1715.
Oq proposa ensuite une autre voie. C'était que des évêques acceptants écrivissent au régent une lettre où ils demanderaient que le Pape expliquât la bulle. On s'était flatté que des explications demandées par des prélats non suspects, et données en conséquence par le Saint-Siège, ramèneraient les opposants. Le cardinal de Noailles chercha des signatures. Le régent voulut bien même se prêter à ses vues, et engagea quelques évêques à signer la lettre. Mais quand on Teut obtenue avec les noms de dix-huit évêques, au lieu de s'en servir, on en fit trophée. On la représenta comme un aveu que faisaient les acceptants même, que la bulle avait besoin d'explications. On la mit dans les gazettes ; et alors plusieurs évêques des signataires furent obligés de protester contre les inductions que Ton voulait tirer de leur complaisance.
[[On peut voir, en effet, par lesdétails dans lesquels nous sommes entré, que les prélats de l'Assemblée de 1714 et ceux qui avaient suivi leur exemple, s'étaient à la vérité attachés, dans leurs instructions pastorales, à combattre les objections des esprits prévenus, en montrant le venin caché sous l'apparence trompeuse de quelques propositions ; mais qu'ils n'en avaient pas moins entendu accepter la bulle simplement, et condamner tout ce qu'elle condamne, avec les mêmes qualifications. La suite des faits dissipa bientôt ces nuages. ]]
A ce moyen en succéda un autre. Le cardinal de Noailles envoya à Rome deux agents chargés, disait-on, de présenter au Pape un corps de doctrine. C'était l'abbé Chevalier et le P. la Borde, l'auteur du Témoignage de la vérité. Ces deux hommes n'étaient guère propres pour une négociation. Arrivés à Rome, ils prirent un ton de hauteur qui ne pouvait que les discréditer. On voit dans lé Journal de l'abbé Dorsanne des échantillons de leurs dépêches en France. Ib voulaient « qu'on fît des coups » d'éclat, et qu'on profitât de la lumière répandue sur les » prétentions de la cour de Rome. Mollir, selon eux, c'é- » tait tout perdre. Il fallait prendre le ton impérieux, et
)) menacer de rompre (1). '> Tels étaient les conseils de ces fougueux agents^ conseils qui auraient produit un schisme en France, si on les eûl écoutés. Mais en peu de temps les deux négociateurs n'eurent plus rien à négocier. Méprisés à Rome, oubliés en France, peu d'accord entre eux, ils s'en dédommageaient^ dit-on, par quelques intrigues, quand le Pape ieup fil signifier de sortir de ses États.
— Le 3 mars. Mautyre de quatre missionnaires en Ethiopie. En 1704, Clément XI avait envoyé dans ce paysquatre religieux franciscains. Leurs noms étaient Liberato, Weis, Pie de Zerbe, et Samuel de Bienne. Après d'inutiles tentatives pour pénétrer par terre dans ce pays, ils prirent la voie de la mer, et arrivèrent, en 1712, à Gondar, capitale d'Ethiopie. Ils furent d'abord assez bien reçus, el convertirent quelques habitants. Mais le prince qui régnait alors étant mort, et un autre ayant été proclamé à sa place, le nouveau roi fit emprisonner les missionnaires, pour plaire à ceux qui n'avaient pu voir sans envie les succès du zèle de ces religieux. Le 2 mars, il leur fit subir un interrogatoire. On leur promit la vie, s'ils voulaient se faire circoncire, honorer Dioscore comme un sainte reconnaître une seule nature en Jésus-Christ, et participer aux sacrements usités en Ethiopie. Sur leur refus on les ramena en prison, d'où on les tira le lendemain pour les conduire sur une grande place, où était rassemblé un peuple nombreux, et où ils expirèrent accablés d'une grêle de pierres.
[[ — 16 Novembre. Ordonnance publiée par lk cardinal
DE NOAILLES, POUR RETIRER TOUT POUVOIR AUX JÉSUITES. Ob
peut regarder cet acte comme un des commencements des rudes épreuves auxquelles la Compagnie de Jésus allait être soumise. Le cardinal de Noailles avait déjà fait, en.l7Jl et 1712, un retranchement considérable dans le nombre des confesseurs que les Jésuites présentaient dans leurs
(i) Journal dt l'abbé Dortannt » 1716 et 1717.
trois maisons de Paris; il s*était encore montré plus sévère au mois de novembre 1715 par rapport à ceux qui confessaient dans les couvents de religieuses. Le 16 août 1716, il envoya son secrétaire déclarer aux supérieurs des trois maisons (le Noviciat, la Maison Professe et le collège Louis* le*Grand),queceuxd'entreeux dont les pouvoirs expiraient, n'en auraient pas de nouveaux, et qu'à leur expiration, ils s'abstinssent de confesser, de prêcher, ei même de faire des catéchismes; il en excepta pourtant cette fois ceux qui étaient attachés à la cour (1). Une circonstance augmenta son irritation. Le P. de la Ferlé, fils du maréchal de ce nom| avait été nommé par le cardinal de Rohan, en sa qualité de grand aumônier, pour prêcher l'Avent à la cour. Le cardinal désapprouvait ce choix. Le Jésuite, ne voulant pas être la cause d'un conflit entre le grand aumônier et Tar-* chevéque, demandait à se retirer : mais le grand aumônier obtint du régent , la veille de la Toussaint, Tordre positif que ce Père eût à prêcher le lendemain devant le roi. De Noailles fut fort irrité; et il publia le 12 novembre une ordonnance qui retirait, pour la confession ei la prédication, tout pouvoir aux Jésuites, à la seule exception de ceux auxquels s'adresseraient les princes du sang ; et il la fit signifier par huissier aux supérieurs de leurs maisons, et en particulier au P. de la Ferlé (2). On voit, par le Journal de Tabbé Dorsanne, que le régent fut trèsmécontent de ce coup d'éclat (3).
Les Jansénistes commencèrent en même temps à répandre toute espèce de libelles contre les PP. Jésuites, en renouvelant l'accusation banale d'une morale corrompue^ commune à toute la Compagnie. L'abbé Gouêt, ancien grand-vicaire de Rouen, publia d'abord une réponse dtun
(1) Journal de Dorsanne, tome i, page 298.
(9) Voyei V Histoire de la Compagnie de Jésus , par Grétineaa-Joly , tome iT et ti.
(I) Le P. de la Ferté t'était cependant désisté de prêcher l'A vent | et il avait fiiit goûter lei raisons au régent. « Le P. de la Ferté, écrit madame de • Maitttenoni ut mal payé de ion désistement. • UVr^Sf tnmc ti, page Bits
théologien à un prélat sur le refus que M* le cardinal de Noailles a fait de continuer les pouv^oirs aux P. Jésuites , ouvrage que le cardinal récompensa en le nommant d'abord chanoine de sa métropole, et bientôt après son grandvicaire; puis les Lettres d'un théologien à un évêque sur cette question importante: S* il est permis d'approuver les Jésuites pour prêcher et pour confesser (l) ? Plusieurs évoques imitèrent dans le même temps la conduite du cardinal de Noailles. C'est ce que firent, entre les autres, son frère Gaston de Noailles, évéque de Ghâlons, de Goislin, évêque de Metz, Colbert, évêque de Montpellier, et de Béthune, évêque de Verdun. Tous ces prélats donnèrent à celle époque des preuves de leur attachement au jansénisme^ et figurèrent presque tous parmi les premiers appelants. ]]
(l) On aUribue généralement cet écrit à Couët, dit M. Picot dans un article curieux, qu'il rédigea sur cet ecclésiastique, et qui fut inséré par l'éditeur de la Correspondance de Fénelon dans la Notice des personnages^ qui termine le xi« volume.
Nous croyons devoir placer ici l'abrégé de cet article. L'abbé Couët, d'abord grand-vicaire de Rouen, passait pour fort attaché au jansénisme : on lui attribua le fameux Cas de conscience, (Voyez plus haut page 44.) H fallut, pour se justifier qu'il donnât une déclaration sur ses sentiments. Bossuet entra dans cette affaire, comme on peut le voir par sa lettre à madame de Maintenon, du 9 juin 1703. lettre dans laquelle il dit que la soiimission de l'abbé Couët sera utile a confondre ceux dont la désobéissance a scandalisé l'Eglise. Je souhaite, agoute-t-il, que tout se réduise à Vo" héissance. [OEuvres de Bossuet, tome xlii, page 579.)
L'abbé Couët, longtemps après cet acte, ne laissa pas de se montrer trèsfavorable au même parti : on trouva son nom parmi les appelants de la bulle Pastoralis officii. Mais il paraît que peu à peu il se rapprocha du véritable chemin. Il prit d'abord beaucoup de part aux divers projets d'accommodement; puis on pense qu'il eut une grande influence sur les dernières démarches qui consommèrent le retour du cardinal par l'acceptation pure et simple de la bulle Unigenilus, On croit également qu'il contribua à changer les dispositions de d'Aguesseau dont il était l'ami, et qui devenu chancelier, se montra beaucoup plus favorable au parti de la soumission qu'il n'avait paru l'être, quand il n'était que chancelier.
Couët conserva les pouvoirs de grand-vicaire sous M. de Vint i mille, prélat très-prononcé contre le jansénisme. Il périt eu 1736, victime d'un odieux assassinat dont on ignore la cause. Comme il venait de célébrer la messe à Notre-Dame et rentrait à l'Archevêché, un garçon chapelier le frappa d'uu coup de poignard. Probablement le fanatisme des convulsions ne fut pas étranger ii cet attentat.