‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 5)Chapitre 10 sur 15 · AN^LE · texte numérisé non relu

AN^LE

de Naples i>u sœur, il revint à Komc, cl il cul avec le Pape de fréquentes conférences, cjui ne furent pas sans résultat pour un certain nouibrc d'jilï'aires ecclésiastiques (l).]] Mais de retour dans ses Étais, il reconiniença bientôt ii suivre ses projets de scission et de discorde, par des voies qui n'élaientseulemcnt qu'un peu plus lenlesque celles qu'il avait proposées à l'ambassadeur d'Espagne.

[[En repassant parPavie, il voulut visiter le collège Germanique-Hongrois, qu'il y avait transféré de Rome, et à la tète duquel il avait placé Tamburini, écrivain dévoué aux idées nouvelles qu'on voulait faire prévaloir; il lit venir les autres professeurs de ihéologie de l'Lniversilé, le P. Natali, Zola, tous imbus des mêmes principes : il les encouragea à suivre la ligne qu'ils avaient adoptée : u Con- » linuez, leur dit-il, à défendre la vérité avec courage^ » laissez dire tout ce qu'on voudra, et sachez que vous au- 1) rcz toujours en moi un protecteur (-2). » Nous allons presque immédiatement le voir toucher aux matières les plus délicates.]]

— Le 10 février. Remontrances du parlement de Paris

AU SUJET des TUOCBLES DE LA CONGRÉGATION DE SaINT-MauU

et sin LA COMMISSION DES RÉGULIERS. La Congrégation de Saint-Maur continuait à cire fort agitée; les suites de la ' requête de 1765 (3), l'esprit du siècle, l'extinction de plu-

(1) [[C'est alors que se terminèrent les négocialions du concordat dont nous avons parlé plus haut, page 17 'i, sur la nomination aux évêchés et bénélîces de la Loiiihardie.

On peut voir dans l'JIisloirc des Papes, par Artaud, (pielques détails sur le voyage que firent à Rome, en 1783, Joseph It et Gustave III.

(2j [Xom'tlles ecclésiastiques, poui 1784, p;igu lOo. L'auteur prétend que l'empereur p irla ;iussi de la grâce, de la lolerance, de l'Eglise d'Ulrecht, etc.

Cl st vt rs le mèiue temps, qu'eneouragces par l'inij;cr;-ur, roniincncèrent à paraître à Vienne, des /Voiwelles cccicsiasliqiies, et en Itr.lie, des A'ouyeltes tittérnii es, sur le modèle de celles qui avaient ta:! de fuis excité lea réclamations de l'episcopat fiançais. On publiait également ii l'lL:reni.e, dan* le même but, des annales ecclésiastiques .]]

[à) Voyex iUnwiret, tome IV, page I7i.

iQi AiSiNÉE 1784.

sieurs ordres religieux avaient introduit dans celte congrégation, si longtemps paisible, une fermentation et des divisions fâcheuses. Ces divisions éclatèrent surtout dans une diète provinciale qui eut lieu en Normandie, en 1781, et dans le chapitre général tenu la même année. Plusieurs religieux se retirèrent. Il y eut des protestations et des plaintes. Néanmoins les opérations de ce chapitre paraissent avoir été régulières. L'assemblée du clergé de 1782 s'était occupée de ces troubles, et Tarchevêque d'Arles y avaitfailun rapport à ce sujet : maison n'avait pu faireautre chosequ'arrêter que des membres de l'assemblée auraient à conférer avec le garde des sceaux sur les moyens de ramener la paix. Les moyens adoptés par le ministère furent, au contraire, de telle nature qu'ils ne pouvaient qu'accroître la discorde. Un arrêt du conseil du 21 juin J783 convoqua un chapitre extraordinaire qui se tint à l'abbaye de Saint-Denis en 1783. C'est sur cet arrêt du conseil et sur ce chapitre extraordinaire que portent les remontrances du parlement du 10 février 1784. Le parlement y disait que les ordres du roi n'avaient pu faire du chapitre qu'une assemblée polidque , et n'avaient pu donner que des pouvoirs civils. Aussi les supérieurs avaient-ils fait signifier aux membres réunis des défenses de procéder à aucun acte spirituel; mais on avait eu soin d'empêcher que les religieux n'en eussent connaissance. L'assemblée s'était déclarée canonique sans prendre connaissance des pouvoirs des députés, dont la plupart n'avaient été donnés que par déférence aux ordres du roi, et pour des actes civils. Un membre s'était déclaré porteur de plus de deux cents protestations, et n'avait put obtenir d'en faire lecture. Le supérieur général et les deux assistants avaient fait signifier un appel ad apostolos ; un arrêt du Conseil avait déclaré cet appel nul. On eût bien voulu procéder aux élections , car c'était là le véritable objet de l'assemblée: mais l'arrêt du 21 juin n'autorisaità fairede nouvelles électionsque s'ily avait lieu, et il ne pouvait y avoir lieu qu'autant que les élections de 1781 seraient vicieuses: or et le chapitre qui les

ANNÉE 1784. idS

iivail faites avait été canonique , et i'asseinblce extraordinaire de 1783 le reconnaissait.) De plus, lesévéques qui présidaien t rassemblée comme commissaires du roi, avaient ajouté d'autres irrégularités aux premières: le procèsverbal avait été rédigé chacjue jour loin de ceux qui protestaient; on génuit la liberlé des suffrages; on interrompait les opinions; on refusait d'entendre les protestations.

Tel est le tableau que présentait le parlement dans la première partie de ses remontrances du 10 février : il en concluait qu'on avait voulu détruire ou affaiblir la congrégation de Saint-Maur, et il accusait nettement de ce projet la coiumission dite des Réguliers, tribunal illégal, d'abord créé sous un titre, puis supprimé et recréé à l'instant sous un autre litre, et qui, disait-il, n'a fait jusqu'ici que détruire au lieu de réformer. Le parlement rappelait les inquiétudes manifestées par l'assemblée du clergé de 1780. 11 remarquait que cette commission était originairement composée d'un nombre égal d'ecclésiastiques et de laïques, que ceux-ci avaient été successivement réduits à un seul , afin que les autres eussent par conséquent le cbamp libre. Il dénonçait donc formellement cette commission, suppliait le roi de la supprimer et de rendre les prélats à leurs diocèses; il annonçait enfla qu'il suivrait toutes les opérations de ce tribunal irrégulier. Telle est la substance de ces remontrances, qui sont fortes et motivées, et qui d'ailleurs sont la suite d'autres remontrances déjà faites par le parlement en faveur de la même congrégation.

Ce furent ces troubles de la congrégation qui engagèrent le roi à solliciter de Rome un bref pour autoriser, en dehors des limites marquées dans les constitutions, la tenue d'une diète provinciale, dans chacune des provinces de la congrégation, et ensuite la tenue d'un chapitre général où l'on devait chercher les moyens de pacifier la congrégation. Ce bref, du 24 juillet 1782 (1), fut autorisé par lettres-

(1) Bullarium romanum Pu VJ, n. 662.

i96 ANNÉE 1784.

patentes, qui furent enregistrées le 17 mars 1788 au parlement de Paris.

Dans le même temps, un arrêt du conseil prenait pour Vanciemie observance des bénédictins de Cluny, les mêmes mesures que nous avons vu prendre sur d'autres ordres. On leur défendait de recevoir ni novices ni profès, on assignait des pensions aux religieux, et on leur faisait entrevoir la possibilité d une sécularisation. Mais déjà un grand orage se préparait, ci tous les couvents allaient être bientôt ensevelis dans une ruine commune.

— Le 1**^ juin. Censure de la Sorbokjne contre les Principes de morale, de Mably. L'abbé de Mably, quoiqu'il ne fût pas des plus avancés de Técole philosopbique ^ n'en avait pas évité les écarts. 11 se plaisait à déprécier nos institutions, à faire le procès à nos gouvernements, et se croyait appelé àbàîir des systèmes de constitution politique et d'organisation sociale. Il se flattait d'avoir, sur ce point, des connaissances rares, et traçait dans sou cabinet les plans les plus beaux. Une fàclieuse expérience n'avait pas encore appris à estimer à leur juste valeur ces esprits abstraits, qui se donnent la mission de régir les États 5 qui, prenant leurs conceptions pour des principes, veulent élaguer tout ce qui s'en écarte, sans s'embarrasser des suites, bâtissent des constilulions pour les peuples sans les consulter, et même sans les connaître, et les soumettent impérieusement au type arbitraire adopté par leur métaphysique. Mably ne fut malheureusement pas étranger à cette manie. Ses Principes de morale sont, quoique dans un autre genre, une preuve de l'esprit systématique de l'auteur. L'ouvrage est divisé en trois livres. Dans le premier, il trace les avantages des passions 5 dans le second, il parle des vertus; et dans le troisième, destiné à traiter du développement des passions, il donne une espèce de théorie d'éducalioii. Du reste, il remplit ce plan, à peu près comme aurait pu faire un païen ; ou plutôt il adopte quelquefois des principes que des païens honnêtes n'au-

ANNÉE 173-i. if»7

raient peut-être pas toujours oso avouer. En parlant des vertus, il ne dit pas un mot de celles qui ont la religion pour base et pour molif, et il exclut même formellement 1 amour de Dieu. Il ne donne à sa morale d'autre sanction que 1 intérêt de l'individu, s'il est seul, ou de la société, s'il en fait partie. Contempteur de son siècle, il n'v voit que des âmes viles et basses, et ne veut admirer que les sages de la Grèce, que les stoïciens et autres héros de l'antiquité. Enfin, en parlant de l'éducation, il ne fait pas même alors mention de Dieu ni de religion, et n oppose aux passions naissantes d'autre frein que quelques conseils froids, vagues et sans proportion avec le danger. Il excuse même le vice en certains cas, et n'oserait pas, dit-il, condamner rigoureusement dans un jeune homme des désordres passagers. Voilà ce qu'on donne comme des principes de morale. Ce n'était pas la peine de repousser celle du christianisme, pour en établir une si commode. La Faculté de théologie, après avoir examiné l'ouvrage, le censura comme contenant des propositions respectivement fausses, captieuses^ scandaleuses, erronées, contraires à la parole de Dieu^ injurieuses à la religion chrétienne, dérogeant à la religion naturelle^ pernicieuses pour les mœurs et nuisibles à la société (1).

— Le 22 juin. L'électeur de Bavièue interdit les associations SECRÈTES DANS SES EtATS. NoUS 3 VOUS VU, SOUS

1776, les premiers succès de Weishaupt. Ils n'avaient pas été tenus si cachés, qu'on n'en eût découvert quelque chose. Dès 1781, le gouvernement bavarois avait eu des soupçons sur l'existence de la nouvelle secte; il avait même ordonné des recherches, que les illuminés eurent l'art d'écailer ou de rendre inutiles. Mais, en 1784, Charles-Théodore fit publier une défense absolue de toute

(1) La censure qui a vingt-neuf pages in-^», contient vingt-trois passages di> livre, donl elle fait sentir les faux principes ou les conséqnencis dangereuses. Ce nVst pas une simple i oiidainiialion : la censure est motivée, et les passa?;es répréLensihles y sont ranges sous cinq cheTs : nos devoirs envers Dieu, Il sanction de nos devoirs, la reCorme dos mœnrs pnldiqnes, les mœurs doractiques. et le rt'U.'iai.

198 AI^ÉE i784.

communauté^ société et confraternité secrète ou non approu\^ée par les lois. Les anciens francs-maçons obéirent et fermèrent leurs loges. Les illuminés^ qui avaient des intelligences à la cour, se crurent assez forts pour braver la défense, et continuèrent leurs assemblées. Un écrit publié la même année par un professeur de Munich, commença à les dévoiler. Un seigneur bavarois les attaqua peu après avec vigueur. Ils donnèrent des apologies, et leur chef mit lous ses amis en mouvement pour conjurer l'orage. Mais au mois de février 1785, il fut déposé de sa chaire de professeur en droit et chassé d'ingolstadt. On sut que plusieurs de ses disciples, révoltés de ses maximes, avaient renoncé à ses loges. On en manda quelques-uns, qui furent interrogés. Quoiqu'ils ne sussent pas tout, on en apprit cependant d'eux assez pour être alarmé sur les vues profondes de Weishaupt. Un incident frappant vint donner de nouveaux documents sur sa secte. Réfugié à Ralisbonne, ce père de Yilluminisme, loin de se décourager de sa disgrâce, suivait son plan avec plus d'ardeur et formait des émissaires pour propager sa doctrine. Un jour qu'il endoctrinait un nommé Lanz, prêtre apostat, qu'il destinait à porter en Silésie ses mystères et ses complots, pendant qu'il lui donnait ses dernières instructions, le tonnerre gronda sur la tête du maître et du disciple, et fit tomber celui-ci mort aux cotés de Weishaupt, qui, dans son premier effroi, ne songea guère à soustraire les papiers du malheureux Lanz. La justice s'en saisit, et ces papiers, envoyés à la cour de Bavière, lui dévoilèrent le but du chef. L'Electeur dut en être effrayé, et il prit des mesures. Deux disciples de Weishaupt à Ingolstadt, et deux seigneurs furent exilés. On chassa plusieurs illuminés de l'Université de cette ville. D'autres perdirent leurs emplois. Le 1 1 octobre 1786, on fit une descente chez Zwach et le comîe de Bassus, principaux adeptes et coopérateurs de Weishaupt. On y trouva tous les statuts et secrets de l'ordre, dans une correspondance que l'électeur a fait depuis imprimer, et dont l'authenticité n'a pas été contestée

par les personnages intéressés. Ce prince en envoya des exemplaires à toutes les cours, et continua ses procédures juridiques. Vingt illuminés furent cités; les uns furent privés de leurs places, les autres condamnés à la prison. Il y en eut qui prirent la fuite. Pas un ne fui condamné à mort. On promit seulement une récompense h qui livrerait le premier instigateur de ce dangereux projet. Weishaupt fut obligé de quitter Ratisbonne , dont l'évéque seconda par ses ordonnances celles de l'électeur de Bavière. Les autres princes allemands ne parurent pas faire attention à la découverte d'une conspiration aussi menaçante. Bien plus, Tennemi des gouvernements trouva un asile chez le duc de Saxe-Gotha. D'autres princes de cette maison étaient dans les mêmes sentiments et favorisaient imprudemment les progrès de la société secrète. Elle continua donc à s'étendre, et h l'exception de la Bavière, où la sagesse de l'électeur lui imposait un frein, elle fit des prosélytes dans le reste de l'Allemagne. Des riches, des hommes titrés , des comtes, des barons, des prêtres même, s'enrôlèrent ainsi, et apparemment avec plus d'irréflexion que de malice, dans une association qui ne voulait ni prééminences, ni propriétés.

— [[Le 18 septembre. Edit de Joseph II sur le maktage.

CONTKOVEUSE SUR LA PUISSANCE DE l'EgLISE RELATIVEMENT

AUX EMPÊCHEMENTS. Parmi les questions difllciles que soulevaient principalement dans les États autrichiens les envahissements toujours croissants de la puissance séculière, celle des empêchements dirimants de mariage tenait un des premiers rangs. Les flatteurs du pouvoir impérial enseignaient publiquement qu'il n'appartenait originairement qu'aux princes de décider de la valeur du contrat, que par conséquent c'était de leur concession que l'Eglise tenait le droit qu'elle avait exercé de statuer sur cette matière -, et qu'ainsi le prince pouvait lui retirer ce pouvoir, et régler lui-même à son gré ce qui s'y rapporte. C'est en conséquence de ces principes que Joseph, qui avait déjà porté plusieurs décrets sur le mariage, fit paraître le 18

ÎQ9 AxNiNÉE 1784.

septembre 1784, un édit en cinquante-huit articles, où étaient réunis tous les points de la législation nonvellft qu'il voulait établir. Tout en disant qu'il n'envisaoeait le mariage que comme contrat civil, le prince déterminait ceux des empêchements qu'il reconnaissait, et déclarait habiles à contracter mariage tous ceux qui n'étaient pas compris dans cette ênumération. Enire les empêchements omis, nous remarquerons l'allinité spirituelle. La parenté et Taflinité naturelle ne devaient pas s'étendre au delà du second degré. Au contraire les empêchements du vœu solennel et de l'ordre éiaient conservés ; et le mariage devait se faire devant le propre curé. 11 élait de plus déclaré que. les droits et les liens civils du jnariase tenant entièrement et exclusivement leur existence de la puissance civile, frétait aussi exclusivement aux tribunaux civils quapparlenait la connaissance des différends relatifs à ces objets. En conséquence, il était interdit à tout juge ecclésiastique d'en prendre connaissance, soit qu'il s'agît de la validité du mariage et de la légitimité des enfants, soit qu'il s'agit des fiançailles ou promesses de mariage , ou de toute autre question ayant rapport au contrat civil ou à ses effets. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer ce que l'on renfermait sous cette équivoque du contrat civile de liens civils.

Les huit derniers articles de l'édit n'étaient pas les moins téméraires : on y autorisait la dissolution absolue du mariage entre les non catholiques, dans les cas d'adultère, d'attentat à la vie, d'inimitié capitale, A'aversion invincible, ou d'un abandon malicieux de la part des deux conjoints. C'était reconnaître pour ceux qui appartenaient aux communions non catholiques une faculté presque illimitée du divorce.

Tandis que le prince statuait ainsi sur le mariage, on s'efforçait par toute espèce de moyens de conompre l'enseignement dans les universités. Le Sommaire de doctrine sur le droit ecclésiastique;, imposé aux élèves de l'Univer-

ANM:E 1784. 20i

sUé de Vienne qui aspiraient aux grades, attribuait exclusivement aux princes le droit propre de statuer sur le conirat de mariage. Les troubles suscités vers cette épo(|ue dans rUniversilé de F^ouvain montrèrent encore plus sensiblement combien le gouvernement impérial était jaloux d'asservir l'enseignement à ses vues sur ce point important. Le docteur Lcplat, dans une dissertation imprimée à la suite d une tbèse de tbéologie, avait, dès Tannée 1782, renouvelé les maximes de Lauuoi, et refusé à l'Eglise le droit d'établir des empêchements de mariage par une autorité (|ui lui fût propre et qui fût indépendante de la concession des princes. Un autre docteur, Van-de-Velde, président du Collège des théologiens de Louvain, ayant fait soutenir une thèse contraire, où l'on établissait que le droit divin de l'Église était nu point formellement décidé par le Concile de Trente, le gouvernement de Bruxelles suspendit d'abord Van-de-Velde de toute fonclion académique, et il ordonna à la Faculté êlroile de théologiede faire soutenir des choses plus conformes à ses vues. (La Faculté étroite était le eorpsdesdoeteurschargésde l'enseignement ordinaire.) Les professeurs se bornèrent à déclarer que, quoique le sentiment de Launoi leur parût contraire à la décision du Concile de Trente, ils n'osaient traiter àhérétù/iies ceux qui le soutenaient, jusqu'à ce que l'Église les eût déclarés tels. Cette réserve ne satisfit pas les dépositaires de l'autorité impériale ; et par un arrêt du 1" janvier 1755, tous les actes publics furent suspendus dans la Faculté de Louvain, jusqu'à ce qu'on eût fait soutenir des thèses qui attribuassent exclusivement au prince le droit propre d'établir des empêchements dirimants. Alors la Faculté étroite se divisa, trois professeurs croyant pouvoir se prêter aux vues du gouvernement, et se chargeant de présider une thèse rédigée en ce sens , les cinq autres professeurs, et Van-de-Velde en particulier, s'y refusant constamment. Le gouvernement exclut ceux-ci du droit de présider aux thèses, et il ne permit la reprise des actes publics, que sous la condition qu'ils lussent

dirigés par ceux qui avaient été dociles à ses vues (1).

On ne peut voir sans étonncraent comment à cette époque des principes si funestes se propageaient rapidement, non-seulement dans les Etals soumis à rinfluence autrichienne, comme en Lombardie, en Toscane, où nous les verrons adoptés par le synode de Pistoie, mais en Portugal et ailleurs. Le pouvoir exclusif des princes sur le contrat de mariage fut depuis ce temps une des doctrines les plus chères au jansénisme moderne.]]

— Le 15 décembre. Censure de la faculté de théologie DE Sienne contre des ÉcraTS autorisant la cOiMMUNi- CATiON DES Arméniens catholiques avec les Arméniens scHisMATiQuEs. Eu parlant, sous 1707 de la mort courageuse de l'Arménien Der-Goumidas, nous avons dit que c'est depuis cette époque que la religion catholique a fait le plus de progrès parmi sa nation (2). Ces progrès ont surtout été sensibles à Constantinople, à Brousse, à Angora. On compte à Constantinople plus de vingt-cinq mille Arméniens unis à l'Église romaine. Ils n'ont point d'égli^ses qui leur soient propres, mais ils se répandent dans celles des Européens (3). Les jeunes Arméniens commencèrent à aller en plus grand nombre étudier au collège de la Propagande à Rome. De plus, il se forma en secret des réunions de clercs de cette nation à Constantinople. Ils vont

(1) [[Une question incidente, mais très-importante, vint compliquer les débats élevés au sein de la faculté étroite. Les trois professeurs favorables aux vues du gouvernement, après avoir attribué aux princes le pouvoir de statuer sur les empccbemenis dirimants du contrat de niariasje, avaient dit, sans dijlinction, que le mariage légitimement contracté, étail indissoluble de droit di\'in. Les autres faisaient observer que cette proposition était trop générale, puisque le mariage des clirétieus non consommé peut être dissous par l'autorité de l'Eglise, au moins dans le cas de la profession solennelle.

Les docteurs de Louvain, exclus par l'autorité séculière, demandèrent l'avis des docteurs de Douai, qui se prononcèrent clairement en leur faveur.

Les Nouvelles ecclésiastiques donnent beaucoup de détails sur ces contestations; année 1785, page 55 et 1C3; 1786, page 183, elc. Il est superflu de dire qu'elles embrassent avec chaleur le sentiment contraire aux droits divins de l'Eglise.]]

(2) Voyez Mémoires, tome I, page 296.

(3) [[Cette situation existait au temps de la controverse qui fait le sujet de cet article.]]

aussi au Mont-Liban où il existe un monastère d'Arméniens catlioliques. Mais le plus célèbre de leurs établissements en ce genre est celui des Mécbitarislcs, qui ont formé des couvents d'abord h Venise, et ensuite à Vienne. Nous avons fait connaître celte savante et utile société. Elle envoie des missionnaires à Constantinople et en Asie. D'autres vont diriger leurs co^ipatriotes répandus en Pologne, en Transylvanie et ailleurs.

Les Arméniens scbismatiques, outre leurs erreurs eutycliiennes, en ont d'autres qui leur sont communes avec les Grecs non unis. Comme eux, ils croient que le Saint- Esprit ne procède pas du Verbe, mais seulement du Père j que le Pape n'a qu'une primauté d'bonneur*, que les âmes du purgatoire n'y souffrent pas la peine du sens; et qu'il n'y aura de vision intuitive de Dieu dans le ciel et des supplices du feu dans les enfers qu'après le jugement universel. La sainte Vierge est. selon eux, la seule qui jouisse maintenant de la vue de Dieu.

Depuis que la Russie s'était emparée du pays ou est situé le monastère principal des Arméniens, celui d'Iscbemiatzin, les persécutions étaient moins violentes en Turquie. Le primat d'Arménie, qui prend le titre de patriarche ou de catJiolicos, réside dans ce monastère d'Ischemialzin, ou des Trois-Eglises, qui est situé près d'Erivan. Les Arméniens non unis ont deux églises à Constantinople, l'une dans le centre de la ville au quartier de Balad, l'autre au faubourg de G;ilata 5 le patriarche réside dans le voisinage de la première. Les Arméniens catholiques étaient dans l'usage d'avoir à Constantinople un vicaire apostolique de leur nation, qui était évéque, mais qui n'était point reconnu par la Porte. Il y n au Mont-Liban un patriarche arménien nommé par le Saint- Siéfi;e : mais il n'a guère de relation qu'avec les Arméniens unis de Syrie.

En 17 83, paru là Venise une dissertation italienne, où l'on se proposait de montrer que le Saint-Siège tolérait la communication des Arméniens unis avec les non unis pour ce

Page 1