AIS'NÉE
qui regarde les funérailles, les mariages et le baptême. On disait qu'il était permis, pour éviter la persécution, de donner quelque aumône en assistant à la messe célébrée par les non unis. Le marquis de Serpos, banquier arménien, habitant Venise, présenta lui-même à la congrégation de la Propagande, cet écrit qui clair, dit-on, d'un Jésuite de Dalmatie, nommé le Père Martinovich. Celui-ci avait gardé l'anonyme et donna drpuis, sous les auspices du même Serpos, trois volumes in-8° sur l'histoire des Arméniens , en vue de les disculper du reproche d'hérésie. Cet ouvrage prouve que l'auteur ne connaissait pas bien exactement les mœurs, Thistoire et les usages des Arméniens. Il y commet plusieurs méprises et fait des citations fort inexactes; il accuse sans sujet les missionnaires d'avoir trompé la Propagande, et il inculpe surtout le vicaire apostolique à Constant! nople, Antoine-François Fuchia, archevêque deThéodosiopolis. Martinovich ne faisait point une distinction essentielle. Le Saint-Siégene tolère pas une assistance religieuse aux funérailles des non unis, mais une assistance purement civile. Ainsi, un catholique ne doit point s'unir aux prières des schismatiques, ou porter des cierges, ou ftiire quelque acte extérieur de communion. Quant au baptême, les Arméniens non unis n'ont point altéré la forme de ce sacrement, et les parents catholiques, qui étaient forcés par la crainte des châtiments, de s'adresser aux pasteurs schismatiques, étaient dans le même cas que s'ils n'avaient aucun autre moyen de faire baptiser leurs enfants; la réception du baptême n'était pas censée une adhésion aux erreurs de ceux qui le demandaient. Enfin pour le mariage, le prêtre non uni n'était que le témoin juridique et légal de l'union quant aux effets cii>ils. Tels ont été les motifs du Saint-Siège, dans ces concessions qu'il avait cru devoir aux circonstances fâcheuses où se trouvaient les Arméniens, exposés à la persécution. Mais l'assistance religieuse au sacrifice de la messe emportant communication avec le prêtre qui célèbre. Rome ne l'a jamais permise.
AN^ÈE 1784. 205
Quoi qu'il en soit, la dissertation recommandée par Serpos, excita en Italie une controverse. La Faculté de thcolofjie de Sienne examina l'ouvrage, et le censura par une délibération du 15 décembre 1784. Elle y décidait que les Arméniens unis pouvaient, pour la célébration de leurs fèlcs, se conformer au calendrier des schismatiques; mais qu'ils ne pouvaient s'unir à eux pour des actes de religion (l). Cette pièce lut attribuée dans le temps à l'abbé Delmare, alors professeur de théologie à Sienne, et depuis, professeur d'Écriture sainte à Pise. L'abbé Delmare, théologien capable, n'avait pourtant pas été inaccessible à l'esprit de nouveauté qui se répandait alors en Italie.
Cependant, Serpos et Marlinovich trouvèrent un défenseur. Dominique Siratico, évèquede Cresina,en Dalmalie, et religieux dominicain, étant venu à Sienne, y mit au jour un Exanwn iliéologique de la censure, écrit qui paraît rédigé avec peu d'exactiiude et de mesure, et dont la doctrine est représentée comme très superficielle et très-hardie. L'abbé Delmare ne crut pas devoir laisser passer cette attaque sans réponse. Il soutint la censure par un ouvrage italien, sous le titre de Principes théo^ logiques pour servir de préservatif contre les erreurs de r Examen, Sienne, 1786, in-8°. L'auteur commence par un discours liislorique sur l'éiat de la religion chez les Arméniens, où il suit principalement Galanus, Lequien, Lebrun, Renaudot, et autres savants. Il réfute son adversaire dans huit chapitres, où l'on remarque de la méthode, du savoir et de la logique; seulement, on regrette qu'il ait mêlé à la discussion quelques traits contre les Jésuites (2). Il parut encore sur cette matière d'autres brochures anonymes.
* ^l( Celle censure est louée dans les Nouvelles ecclcsiasliqua du 30 juin ITfij. cl on en lite enlre autres la [conclusion , où se irouvaienl quelques mots qui favorisaient les préjugés du rédacteur.
•M) Nous croyons devoir joindre ici quelques renseignements sur l'aLbc Delmare. Il était né à Gênes ent \T)i , d'une famille juive , et suivit jut-
Pie VI, s'étant fait rendre compte de celle discussion, ordonna d'écrire au vicaire apostolique à Constanti-
qu'à dix-sept ans la profession de son père qui était dans le commerce. Un ecclésiastique zélé de Gènes, l'abbé Franzoni, riclaira sur la religion et le baptisa en 17b3. Uclmare prit alors les noms de Paul-Marcel, fit ses premières études dans sa patrie et étant entré dans l'état ecclésiastique, alla les continuer à Rouie, puis K l'abbaye de Sabine. Il célébra sa première messe à Rome en 175S, et s'y fixa près d'une communauté de prêtres génois qui s'appliquaient à l'instruction et aux missions. Après qu'il eut passe plusieurs années dans l'exercice assidu du ministère, on l'appela, en 1785, pour professer la théologie à Sienne, d'oii (|uatrc ans après il jiassa comme professeur d'Écriture sainte à Pise. On le regardait comme taisant cause commune avec un parti alors répandu en Italie. Il concourut en 1779 à l'édition faite il Gènes <lu catéchisme de Gourlin, sous le titre A'Edacation chrétiennrie ou Cntéchlsnie un'u'ersel, 3 volumes, ouvrage mis à l'Index par décret du 20 janvier 1783. Il défendit le catéchisme par les >ix Lellves de Final, écrit assez aigre, dit-on, et que nous ne connaissons pas. Toutefois nous devons féliciter Delmare de n'avoir point assisté au synode de Pistoie, tenu dans son voisinage, et auquel il est probable qu'il fut invité. Il publia en 1TS9 des leçons sur les lU'ics Ihéulogiqites, qui furent u)ises à Vindex par décrets du 9 décembre 1795 et 3 mars 1795. Grégoire, dans son Essai historique sur les libellés gallicanes, semble lui attribuer un écrit en faveur de Ricci et du synode de Pistoie; et l'abbé Clément, dans son journal, le cite comme un de ceux avec lesquels il entretenait correspondance.
Mais la révolution et les excès d'un parti turbulent ramenèrent l'abbé Delmare ii des sentiments plus dignes de son savoir et de son bon esprit. Le 5 novembre 1S17, il adressa il M. Alliata, archevêque de Pise, une déclaration oii il se soumettait aux décrets rapportés ci-dessus de V Index ainsi qu'aux constitutions et décisions dogmatiques du Saint-Siège, révoquant tout ce qu'il aurait dit ou écrit de coniiaire. t>ette déclaration fut envoyée à Rome, et le cardinal Fontana en félicita l'anleur. L'abbé Delmare ne s'en tint pas là jet nous écrivit ii nous-mème en 1822, relativement à ce qui est dit de ses rapports avec l'abbé Clément dans le quatrième volume des Mémoires pour servir h l'Hisloirc ecclésiastique du xviii^ siècle. Il montrait assez qu'il avait rompu avec les gens du parti, protestait de sa soumission à tous les décrets et constitutions du Saint-Siège, abhorrait toutes les doctrines condamnées par la chaire de Pierre, et déclarait ne connaître ni Jansénliis, ni Quesnel, ni Febronius, ni les autres auteurs de nouveautés. Cette déclaration si précieuse est du S7 mai 1822 et a été insérée dans Vj^mi de la Religion, n" du 12 juin suivant, tome XXXII. Depuis, le respectable vieillard nous écrivit encore le 25 octobre 1823; il y démentait l'assertion de Grégoire qui lui attribuait un écrit en faveur du synode de Pistoie.
L'abbé Delmare survécut peu à ce dernier témoignage de ses sentiments. Il mourut le 17 février 1824, étant dans sa quatre-vingt-dixième année, et ayant donné jusqu'à la fin des signes de piété et de rtsignation. Il fit plusieurs legs pieux. Il parut dans le temps une notice sur lui dans les Mémoires de Religion, de Merier, et un extrait en a été publié dans l'^mi de la Relisioii, torae XLIII, page 238.
AN.NËE 1785. 207
nople, qu'on ne devait rien changer aux décrets précédents et qu'on ne devait permettre ni l'assistance à la messe et à rofilce des Arméniens non unis, ni la réception de l'Eucliarislie pour les adultes. 11 permit que l'on continuât de toiéi-er ce qui regardait le b;q)lème, le mariage et les fiuiérailles. Le Pape ajoutait, que pour le présent, il ne croyait pas devoir prononcer sur les livres favorables à la communication, les esprits étant trop échauirés sur ce sujet (l).
— Le 7 mars. Edit de l'empereur de la Chiwe contre L>" certain nombre de missionnaires. Cet orage ne fut point particulier au Su-tchuen, comme celui de 17G9. Plusieurs missionnaires entrèrent en Chine en 1784. Parmi eux étaient quatre Franciscains italiens envoyés par la Propagande, lis partaient de Canton en mai 1784 pour se rendre dans le Chen-si 5 ils étaient conduits par des chrétiens ailidés, mais en passant dans le Hou-quang, ils furent trahis par un apostat et arrêtés le 27 août. Comme il yavait alors une révolte dans le Chen-si, le gouvernement chinois s'imagina que les missionnaires allaient dans cette province pour se joindre aux révoltés. Il y eut ordre de les conduire à Pékin cl de rechercher ceux qui les avaient introduits dans l'empire. M. Simonelli, ancien Jésuite et Chinois, était procureur des missions portugaises à Canton. C'était un vieillard respectable qui avait été emprisonné pour la foi en 1746, et qui avait montré alors une honorable constance. Il fut arrêté, interrogé et envoyé à Pékin , où il mourut en prison. On rechercha surtout Pierre Tsai, autre prêtre chinois, que l'on regardait comme le principal introducteur 5 il se réfugia à Macao où il fut recommandé avec instance par les Chinois. Les Portugais refu-
(1) Mémoire manuscrit de l'abbé Viguier, ancien missionnaire à Coostantinople.
sèrent de le livrer. Des mandarins vinrent à Macao pour le prendre, ils employèrent tour à tour la menace et la ruse pour en venir à leurs fins, jusqu'à ce qu'on eût trouvé moyen de faire embarquer secrètement M. Tsai pour Goa.
En janvier 1785, furent arrêtés plusieurs chrétiens et les dohiestiques chinois de M. Della-Torre, procureur de la Propagande à Canton. Un de ces domestiques, pour éviter les tortures, déclara les noms et la destiuialion des missionnaires récemment entrés en Chine. Des mandarins surent que M. Delvon était allé au Su-tchuen, M. Ferretli au Chen-si, un Franciscain espagnol au Kiang-si, deux Franciscains italiens au Kan-lang, et deux Augustins à Pékin. De là des recherches sévères qui répandirent 1 alarme chez les chrétiens. Un prêtre chinois, M. Kou, fut arrêté, mis à la torture et condamné à l'exil et à un esclavage perpétuel.
Dans le même temps, ce qui paraîtra fort extraordinaire, d'autres missionnaires entraient ostensiblement en Chine. A leur têle était M. Alexandre de Govea, Portugais, nouvel évêque dePékin,qui futannoncé à l'Empereur comme mathématicien. Il eut permission d'entrer dans l'empire ainsi que d'autres missionnaires considérés comme mathématiciens ou artistes ; deux étaient Français -, c'étaient MM. Roux et Ghislain, Lazaristes, avec un frère horloger, qui allaient occuper l'établissement des missionnaires français dans le palais impérial. De plus, il y avait trois missionnaires italiens; tous traversèrent paisiblement la Chine, furent bien accueillis de l'empereur et reçurent des présents, comme s'il n'y avait pas eu de persécution. L'évêque de Pékin prit possession de son église, et M. Roux fut reconnu supéiieur de la mission française, où il se trouvait encore quelques anciens Jésuites, avec lesquels il vécut en bonne intelligence.
Un édit de l'empereur, du 20 octobre 1784, avait ordonné des recherches contre ceux qui avaient introduit les quatre Franciscains italiens. Dans cet édit, le prince
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parlait du la pcriuissinii qu'il avait iiccucdt'c aux Kuropéens qui venaient à IV-kin, mais il ne voulait pas qu'on les laissât se répandre clans les provinces. M. Délia Toire, de la congrégation des Baplisîains (1), procureur des missions de la Propagande à (iantou, inlerrcgé par Torilre de l'empereur, ne compromit personne, mais il vil l)ieu que tout le secret des missions était dévoilé : il lut envoyé ;i Pékin, où il mourut en prison. M. Marcliini, autie prêtre italien, et qui, comme M. Della-Torre, était de la congrégation dite des Baplistains, et avait été envoyé poui- seconder celui-ci. répondit qui! n'était ciiargé d'aucune affaire, el qu'il devait seulement remplacer sou conCrère en cas de mort. Les mandarins se contentèrent de c( tic réponse, mais ils firent enlever tous les papiers de la maison du procureur de la Propagande. Ces papiers lurent remis au consul de France cl à M. Uoux, qui écarlèrcnl ce qu'il pouvait y avoir de lacheux dans les pièces.
Outre les quatre Franciscains italiens dont on vient de ));irler, on arrêta dans le Chcn-Si Tévéque de Milétopolis, Fi-ançois Magi, Franciscain milanais, ancien vicaire apostolique de la province, l'évécpie de Demilripolis, Antoine Sacconi, aussi Franciscain italien, successeur du précèdent dans le vicariat, et deux autres missionnaires de la Propagande, Jacques Ferrari et un prêtre chinois. Ils turent tous conduits à Pékin où les deux évèques moururent en prison, ainsi quesept chrétiens, par suite des lourmcniseï de la misère. Quatre prêtres chinois furent aussi arrêtés dans le Chen-Si et le Hou-Quang. Un édit do l'empereur du 7 mars 1784 condamna à une prison perpétuelle les quatre Franciscains, M. Ferrari et un prêire chinois ; deux autres prêtres chinois et un chrétien furent condamnés à une captivité perpétuelle en Tarlarie; vingt-trois autres chrétiens étaient condamnés par le même édit à diverses peines. L'édit ordonnait la di^sli-uclion des églises chré--
'1; Cette Conjjrégatioii; i)!!'^ lii- Saii.t-JtanBaptiilc, ^l.ii; to;:l luz-selifiiitnt iniîiluée h nomt, vl «^.inuCMin! pour It s riiissi^oib.
:ilO ANiNEE 178b.
lieiines dans tout l empire et de nouvelles recherches contre les missionnaires; les mandarins devaient de plus ohliger les chrétiens par les tourments à abjurer la religion.
La persécution continua donc dans tout Tempire. Dans le Su-Tchuen on poursuivit longtemps M. de Saint-Martin, évêque de Caradre, coadjuieur du vicaire apostolique. Ce prélat avait été sacré dans l'été de 1784, à la veille de la tempête. Il fut arrêté le 8 février 1785. Les recherches étaient si rigoureuses dans son district que le prélat conseilla aux autres missionnaires, MM. Dufresse, Devant et Delpont;, de se livrer eux-mêmes, afin d'empêcher que les chrétiens ne fussent molestés plus longtemps. M. Dufresse alla se présenter aux mandarins le 24 février, et les deux autres missionnaires un peu plus tard. On les fit partir pour Pékin, et leschrélierjs convaincus de les avoii" assistés furent condamnés à diverses peines. Il ne resta de missionnaires au Su-Tchuen que l'évêque d'Agalhopolis, MM. Gleyo, Lumeil et Florent, et M, Gleyo mourut le 6 janvier 1786.
Dans la province de Canton on arrêta et l'on conduisit à Pékin le père Crescentiauo, Franciscain italien, et dans le Kiang-Si, le père Emmanuel, Franciscain espagi.ol. Le père Mariano, Franciscain italien, missionnaire dans le Canton, s'était réfugié à Pékin, mais il se livra aux mandarins pour ne pas compromettre ses hôtes. Un ancien Jésuite français, M. de Laroche, octogénaire et aveugle, missionnaire dans le Hou-Quano, fut aussi arrêté et envové à Pékin ; un si long voyage était au-dessus de ses forces 5 il mourut en chemin. Le pèreFrançoisde Saint-Michel, Franciscain espagnol , saisi dans le Tong-Rin avec son guide, fut dépouillé et maltraité ainsi que lui, et tous les deux furent envovés à Pékin pour y être jugés. Les Chinois en voulaient à M. Descourvières, procureur des missions françaises à Macao-, ils savaient que c'était lui qui introduisait les missionnaires français en Chine. Ils envoyèrent à Macao pour le prendre et demandèrent qu'on le leur livrât. Il fut donc obligé de quitter cette ville et de revenir en France.
ANNtlE 178o. 2i1
On poursuivait rgalciucnt les courriers chr(Mien> (|ui rendaient des services à la mission, entre auîres le nonuné Louis Licou, honiuie d'une piété et d'un dévouement admirables.
Les missionnaires français arrêtés dans le Su-Tcbuen arrivèrent à Pékin le 28 avril, et ils furent mis aux fers, mais dans une prison particulière. On les interroj^jea plusieurs fois dans les lournients. Les missionnaires des églises de Pékin les assistèrent autant qu'ils le purent (1). L'évèque
^J; 11 \ ;i\ait alors cjuatre églises ;i Pékii!, celle de ['évè(|iie r|iii était I'orli!i;.iis el du premier ordre de Sainl-Praiieois, celle des anciens .lésuit |)oniiy;iis, telle des .Missionnaires italiens des didërents ordres, et celle des Jésuites IVaneais, donnée tout récemment aux La/.nristes. L'église des ttalicns était petite, mais ornec : les trois autres étaient grandes el helies. Les liommes seulement pouvaient les l'recjiieiiter ; le gouvernement les tolérait. On administrait les i'emmes dans les maisons des chrétiens ou dans des chapelles particulières.
Immédiatement après la perséculioti de 1785, l'évèque de Pékin, instruit (|ue les décrets du Saint-Sieye contre les cérémonies chinoises n'étaient pas observes par hcautoup de eliretiens, les fit publier de nouveau daus les ([uatre églises, le jour de Saiiit-MaLthien I78G. La publication fut écoutée en silence dans les églises des missionnaires français et italiens, mais il v eut du tumulte dans la eatliedrale, et un catéchiste osa dire tout haut qu'une des pratiques coudaiiimcs n'était ])as superstitieuse. Des eliretiens allèrent ensuite trouver l'évèque, et voulurent lui faire révoquer son mandement; mais il tint ferme. Ce moment passé, les chrétiens se tinrent lran(|uil!es, sauf quel<|iu's iiiandarins et neophites de la famille imj)ei'iaie, qui prcleiidaieul ((ue les honneurs rendus aux ancêtres n'étaient pas superstitieux. On répandit ensuite le bruit (|ne 'M. de Govca avait dispensé de l'observation des décrets du S.iint-Siége. 11 publia le 2» décembre 17.'- G un deuxième mundeiiienl, ou il chargeait les confesseurs d'interroger les fidèles sur l'observation des décrets; le jour de Noël, le prélat prêcha et démentit le bruit de la dispense. Cette prédication irrita (|uel(|ues mauvais chrétiens ({ui insultèrent et iiH iiacerenl leur évéque sans ])oiivoir l'ébranler. On ajoute (|ue cette effervescence se calma. (Extrait d'une lettre de M. !)ulVes,se dans les I\'out-elles lettres cdiftautes, lome II, page 418.)
^"ous ne devons pas dissimuler que les Jésuites sont gravement inculpes à ce sujet d.ins une brochure qui a paru en 1SI4 sous le titre de Pititiucre leltre à l'auteur des Mémoires pour scri'ir à l'histoire pendant le wui' siècle, par M. Silvy, ancien magistrat. Dans cette brochure, M. Silvy cite des extraits de lettres de M. de Covea, oii les Jésuites de Fckin sont loit maltraites. Mais ces extraits porli nt des traces d'ixagcralion. L'évèque ^e plaignait du svstèmejé.siiitiqne de domination. Il accusait tous les missionnaires de cupidité, il leur reprochait une ignorance crasse et la doctrine du probabilisme. Il ser.iil possible (|ue M. de Govea, élevé en Portugal dans le temps ou le parti opposé aux Jésuites triomphait, et ou l'opinion publique
212 A?«NEIi 1785.
de Caradre se louait surloui de M. de Govea, évéque de Pékin, des Lazaristes et des anciens Jésuites, entre autres de MM. de Vertavon et Bourgeois. Deux des missionnaires amenés du Su-Tchuen, MM. Devant et Joseph Delpont, des diocèses de Tours et de Cahors, moururent en prison, l'un le 3 juillet, l'autre le 8. Le tribunal d(s cours criminelles avait prononcé contre les missionnaires européens les peines de la prison perpétuelle: mais un édit de l'empereur, du 9 novembre 1785, ordonna de les mettre en liberté; on leur laissait le choix ou de rester à Pékin, ou de retourner à Macao. Dès le lendemain, l'évêque de Caradre et M. Dufresse sortirent de prison. Leur premier soin fut de se rendre à l'église principale, où l'évêque de Pékin les attendait. Ils allèrent ensuite demeurer avec les missionnaires français, et annoncèrent leur intention de se rendre à Macao. Leur désir était de chercher à rentrer en Chine. Sur douze missionnaires européens sortis de prison, il y en eut huit qui demandèrent à retourner à Macao. Cette persécution enleva aux missions de Chine dix-huit missionnaires européens, dont trois étaient évêques. On a vu que plusieurs étaient morts en prison : outre ceux que nous avons nommés, le père Aiho, de Pistoie, Franciscain, mourut le 28 octobre. Sur dix prêtres chinois arrêtés, quatre moururent en prison, et six furent envoyés en exil en Tartarie et condamnés à un esclavage perpétuel. Enfin sept autres piètres quittèrent la Chine, pendant la persécution, par suite de différentes circonstances, et parmi eux MM. Descourvières et Chaumont, Français. En tout la mission perdit trente-cinq ouvriers laborieux ; perte immense dans un pays où les missionnaires sont si rares. Grand nombre de chrétiens furent envoyés en exil, ou moururent dans les prisons.
L'évêque de Caradre, et les huit missionnaires (|ui
ùtait égavét' \>av les écrits de Ptreira, «le Sabra, ûv. Silva et autres écrivains aux ijages de Poinbal, que M. de Govea, dit.-je, eût pris dans son pays des préventions contre une Société que ses ennemis avaient pours^i^ie avec tant d'acharnement.
ANXKE 1785. -Ji;;
avaient demande à reloiirner à Macao, parllrcnl de Pékin le 11 décembre, et arrivèrent à Canlon, le 1 1 février, sous la conduite d'un mandarin. De là ils passèrent h Macao, et ensuite à Manille; car ils voulaient cacher aux Chinois leur intenUon de rentrer dans les missions. Ils furent assez longtemps à Manille, cherchant les moyens d'exécuter leur projet; ils éprouvèrent bien des didicullés. Enfin les caj)itaines de deux fréf^ates françaises qui se trouvaient à Manille leur offrirent de les conduire secrètement à Macao. L'évèque et M. Dufresse furent assez lorKjjtemps dans cette ville à attendre une occasion favorable pour rentrer en Chine. Ils ne purent partir qu'au mois d'octobre 1788, et ils arrivèrent dans le Su-Tchuen en janvier suivant, pour reprendre leurs travaux (1).
— [[Le 25 mai. Ouvertche de la deunièhe assemblée onniNAinE du clergé : ses phikcii>ales oi'Éhatiows. Une des dillicultés les plus marquées qu'éprouvait alors le (gouvernement , c'était de pourvoir aux besoins de ses finances: beaucoup ont conçu le funeste préjugé que le clergé refusait de venir au secours des charges publiques ; on a pu recueillir dans ces Mémoires les preuves d'une disposition toute contraire. L'assemblée de 1785 ne se montra pas moins zélée que les précédentes pour le bien de l'Eiat : elle offrit avec empressement un don gratuit de dix-huit millions, et elle renouvela le contrat passé avec l'Holel-de-Ville pour le paiement de la dette ancienne qui lui avait été imposée malgré ses réclamations (2).
Il semble que nous devons mettre d'autant plus d'intérêt aux opérations de celte assemblée, qu'elle fut la dernière qui put se tenir régulièrement (3). Nous sommes obligés
(1) Pie VI, instruit des détails de la dernière persécution, trvivil, le î't mars 1787, ;ui\ évèiiues d'Asçathopolis et de. (iaradrc, ])()ur leur lémoigner la part qu'il jircnait à leurs traverses, et restinie qu'il faisait fie leur courage.
(2) [\f^oyrz plus liant. py£;r 17, les <1< lails donnés sur le contrat avec rilolel-.lelvillr.y:
[3' Nous parler'>iis ■iicfcr ^<>u^ !7S'^Î d'un' :f:t-itil>lé<' r 1 1! iioi di/inire.
de choisir dans le nombre d'affaires dont elle s'occupa, celles qui nous paraissent les plus importantes. Suspendue au 30 septembre 1785, elle fut reprise au 1" juillet 1786. Sa sollicitude se porta sur la situation des curés à portion congrue et des vicaires. On a déjà vu cjue c'est sur les réclamations de l'assemblée de 1765, que la portion congrue des curés desservants avait clé portée à cinq cents livres (1) : mais raugmentatlon toujours croissante des denrées rendait ce taux insuHisant. L assemblée de 1785 demanda que la portion congrue à prendre sur les dîmes, fût portée pour tout le royaume à sept cent livres; elle demanda aussi que le traitement fixe des vicaires de paroisse fût porté à trois cent cinquante livres (2) ; elle réitéra même ses demandes à ce sujet, lorsqu'elle reprit ses séances en 1786; et c'est en conformité à ses vues que fut rendue la déclaration du 2 septembre 1786. Les désirs exprimés par les assemblées précédentes pour la création de petits séminaires , et pour rétablissement général du concours avant la nomination aux cures, furent également exprimées par celle-ci, avec d'autant plus d'instance, que les besoins des diocèses devenaient plus sensibles (3).
Elle renouvela les remontrances qu'avait déjà faites l'assemblée de 1780 contre la faculté accordéeaux hospices d'aliéner leurs immeubles, qui avaient toujours été regardés comme des biens ecclésiastiques : elle rappela les règles canoniques qui établissaient la nécessité du concours de l'autorité ecclésiastique pour ces aliénations ; et le gouvernement promit du moins de faire attention à cette réclamation.
(1^ f^oyez dans les Mémoires, tome IV, page 168, les détails donnés siii cette affaire.
(2) L'assemblée de 1775 avait fait porter le traitement fixe des vicaires à 250 livres. / 'oyez plus haut, p-is^t' 30.
(3) Voyez plus iiaut, page 28. On trouvera dans les OEin'ies de M. Dulau, archevêque d'Arles, des rapports très-intéressants et très-instructifs qui furent présentés par lui à l'assemblée de 1785, sur les petits séminaires et les couvents.
Nous parlerons dans l'article suivant des plaintes qu'elle éleva à rocrasion de rédilion des OEuures de Koltaire. Mais indépendamment de cet objet particulier, elle ne pouvait fermer les yeux sur la liberté avec hufuelle circulaient les mauvais livres. « Il y a trente ans, disent les )) évèqucs, que le clergé de France a dénoncé solennelle- » ment l'invasion des mauvais livres à la vigilance du » gouvernement (l) ; toutes les assemblées suivantes ont )) regardé comme leur premier devoir de fixer l'attenlion » du souverain sur l'efFrayanle progression d'un fléau sides- )» truclenr. » Comme la sévérité même de la législation, qui décernait dans certains cas la peine de mort contre les auteurs de mauvais livres, servait de prétexte à leur inexécution, l'assemblée demandait au roi la permission de lui proposer un projet d'édif, qui fût propre à préuenîr les écarts de l imprimerie, sans employer la terreur des peines afflictives, ni frapper d'une odieuse stérilité le champ des beaux arts [i). Cette demande n'eut pas de succès.
En même temps l'assemblée décernait des encouragements aux écrivains laborieux, qui défendaient la cause de la religion, on qui servaient l'Eglise par d'ntiles travaux (3).
(1) Voypz dans les Mémoires, tome V, page 29S, Ips réclamalions de l'asseinl)lée de 1755.
(2) On trouvera ce projet d'cdit, soit dans les Procès— ver Onu x de l'asseinljlce df 1785, soil dans les OF.iivres de M, Diilaii, <\m avait été le rappnrl<'i;r de cette affaire.
(3) [[On verra avec intérêt les noms des auteurs qui lurent recommandes aux libéralités de rassemblée de ITS;"), par l'arehevêque d'Arles, président du îiureau pour les adaires de la Picligion. Ce sont d'abord ceux (|ui avaient exécuté des travaux |)ar ordre des assemblées précédentes : Gaudin, rédacteur de la Collection des Procès-verbaux des assemblées du clergé (Cette follectioii s'arrête ;i l'assemblée de 1775.); de Gonny, traducteur des
fncieiis .apologistes de la Religion ; de La Blandiniére, eontiuiinleur des Conférences d'y/ngers. (Les Traités des Synodes et de la HierarcJiie sont son ouvrage.)
(",e .sont ensuite les défenseurs de la Religion: Duvoisin ; Régnier, de Sainl- Sulpice (a Rien des personnes, dit le rapport, regardent son Traité sur la » certitude des preuves du Christianisme, comme le plus complet sur cette » matière.); Camuset, curé de l'Hôtel-Dici de Chàlons-sur-Marne ; Bailly, pour ses Traités de la Rfligioii fl de /'/•^gliie, dont les noiidtreuses édi-
216 AiNiNÉE 1785.
Enfin rassemblée de 1785 s'occupa avec le plus vif intérêt et avec une noble fermeté, des conséquences fatales d'un procès fameux, dont nous allons parler sons la date du 15 août; nous citerons sa protestation.]]
— Le 3 juin. Ahuèt du conseil d'Etat du Roi sutpkiiiANT LA nouvelle ÉDITION DES Oluwies de f oltaùe. Les admirateurs de cet écrivain ne s'étaient pas bornés à rendre de vains hommages à sa mémoire; ils avaient voulu lai ériger un monument en recueillant tous ses ouvrages dans une édition plus complète et plus soignée. Rien n'avait, été négligé pour la rendre précieuse aux
lio:is, rnpiHeinciit < nlcTees, attrstaiont le M!f ces; Mezii:, prol'csscnr d<- Naiicv, et Jac(|ues, pour <Ics Trailés classiques <lt Théologie. (Le rapporlcur ajoute : « Puisse l'itUiition <iu «Icrgc, lixée sur ces sorUs d'ouvrages, susci- » ter enfin un ( ours rlcnienlairc de Théologie, oii sans oinctirp aucune dis-
• (ussion essentielle, on ne s'égare pas dans des controverses de pure éru-
• dition; où l'on puise toujours les décisions dans les sources incorruptibles
• de l'Ecriture et de la tradition, sans négliger les ressources d'une dialec- » tique serrée et lumineuse; ou l'on accoutume ks élèves à discerner tou- » jours l'opinion du dogme et le conseil du précepte. »;
On demandait aussi des encouragements effectifs pour les traraux sur rKcrilure des Capucins de la rue Siiiil-Honoré, sans cependant prétendre en adnnler la partie fysteniaiiqi'c : de Bauduit, curé du diocèse d'Auih, et surloiit de l'abbé I>ourdet. lecleui d'iiebreu au Collcge-Fioyal, auteur d'uu Dictionnaire arménien et de traductions de la Bible arménienne.
F.nlre les auteurs qui travaillaient sur les Pères ou la fie des Saints, on lecommandail Grou, pour la Morale de saint Jugusiin, Auger, pour ses traductions des discours de saint Jean-Chrysostôme et de saint Basde; j>uis Godescard, pour les ries des Saints, « ouvrage singulièrement rccomman- » dable par les reelierehes et par une critique exacte. » On louait au'isi t\evel , principal rédacteur du Rituel de Chcilons , ouvrage qui devint à cette époque la base du Pastoral de Paris. Ou appréciait les travaux modestes cimsacrés à l'instruction de l'enfance, par Lliomond, professeur émeritc de l'Université de Paris, auteur de l'Histoire de la Religion et de la Doctrine chrétienne, et par Reyre, dans ses ^hiecdoles. On désirait que l'assemblée exprimât sa satisfaction à MM. Boimefin et Bernard, auteurs d'un ouvrage sur VElat religieux, et à Ouerbeul, éditeur des OEiu'res de F'énelon.
Knfin, on demandait que les dons de l'église gallicane se répandissent sur quelques écrivains distingués, quoique leurs ouvrages n'eussent pas directement la religion pour objet : c'étaient Bro'.ier, le savant éditeur de Tacite; Beauïée, auteur d'un ,tbrégé dis preM'cs du Christianisme, le Père Pingre, Genovéfain, astronome distingué; l'abLé Dicquemare, connu par des expériences sur l'Histoire naturelle.
On renvoya à la Commission dite des moyens, pour statuer définitivement •ur les gratifications qui seraient accordées a ces auteurs.'^
ANNÉE 1785. m
yeux des amateurs. Un liommc connu déjà par des entreprises de plus d'un genre, s'élail mis à la tèie de eelle-ci. C'était Beaumarcliais, que sa rortunc, son activité et son amour pour la philosophie, rendaient plus propre que personne à l'exécution de ce grand projet. Le marquis de Condorcet rédigea les avertissements et les notes, qui sont en général d'une liauteur d'expressions et d'une violence qui confondent. On annonça l'édition, par un pruspectus qui promellait des merveilles suivant l'usage, et qui exaltait le mérite d'une telle colleclion. Elle devait lionorer à jamais l'auteur, sa nation et son siècle. Nous ne voulons point ici contester aux admirateurs de foliaire ses grands talents, ni refusera plusieurs de ses productions les éloges qu'elles méritent. S'il (ut trop justement répréhensihle dans une partie de ses ouvrages, ce n'est pas une raison pour que nous fermions les yeux •:ur les cjualités qui hrillcnt dans quelques autres. Qu'on ai! m ire don(\ si l'on veut, les grâces de son style, le piquant de ses livres d'histoire, le brillant de ses poésies, le naturel et la facilité de ses lettres, nous y souscrirons volontiers. Qu'on donnât donc une édition de celles de ses OEuvres que peut avouer la religion, ou du moins qui ne lui sont pas contraires, à la bonne heure. Qu'on supprimât dans quelques autres qui pouvaient être utiles, des passages qui accusaient manifestement la prévention ou la haine, on y aurait applaudi. Combien d'ouvrages de Voltaire gagneraient, en effet, à ces retranchements, et combien il eût été à désirer qu'une main amie de la religion, et soigneuse en même temps de la gloire de l'auteur, eût effacé des traits qui ne sont pas moins contraires à l'une qu'à l'autre ? La Henriade n aurait-elle pas plus de mérite aux yeux des hommes impartiaux, sans quelques vers qui respirent une indifférence philosophique pour toutes les religions? Le Siècle de Louis XIV ne satisferaitil pas davantage les hommes graves sans ce ton de légèreté si peu séant dans un historien ? Les pièces de théâtre ne réuniraient-elles pas plus de suÛrages sans celte
affectation d'y semer partout des maximes philosophiques? Les poésies légères n'auraient-elles pas une gaieté plus innocente, si elle ne s'exerçait que sur des maiicres où il est libre à chacun de rire et de plaisanter? Tous ces ouvrages ne gagneraient-ils pas à des retranchements également avoués par la morale et par le goût, et une édition de Voltaire faite d'après ces principes ne scraitelle pas le plus beau titre de sa gloire? Mais que l'on reproduisit des productions lan't de fois proscrites ou dignes de l'être, que l'on réimprimât ce qui n'était déjà que trop répandu, qu'on permît d insulter à la religion, à la morale et au gouvernement dans des pamphlets licencieux ou saliric]ues, qu'on accrût ainsi le mai au lieu d'y apporter remède, c'était ce que la prudence et Tintérél de la société devaient, ce me semble, empêcher. On laissa néanmoins les éditeurs poursuivre hautement leur projet. Tout se ht avec la plus grande publicité. La fabrication du papier destiné à l'édition, la fonte des caractères, les gravures, tous les préparatifs étaient annoncés et effectués avec éclat. Les souscriptions étaient ouvertes chez tous les libraires, et tous les arts s'empressaient à l'envi d'apporter leurs tributs.
Depuis longtemps, les hommes religieux réclamaient contre cette insulte faite à la religion. LaSorbonne, dans sa censure de l'ouvrage de Raynal, s'était plainte de l'appareil affecté qu'on mettait à cette édition. M. de Beaumont, archevêque de Paris, avait écrit aux ministres pour les engagera ne pas souffrir ce scandale. M. de Pompignan, archevêc|ue de Vienne, dans un mandement, du 31 mai 1781, avait détourné ses diocésains de souscrire (1). M. de Machault, évêque d'Amiens, donna le même exemple. L'assemblée du clergé, tenue extraordinairement
(1) IjC iiK'inc prc'lat, par un mandement du 3 aoilt de la nicnie année, défendit à ses diocésains la lecture des OEiwres de Rousseau, et celle de VHisidive philosophique, de Piaynal. Ce mandement est assez étendu et bien motivé. 1\). de Pompignan y relève particulièrement l'épisode du vicaire Savoyard, qui tient tant de place dans V Emile.
en 1782, avait présenta un mémoiri' au roi, pour se plaindre de la nouvelle édilion (1). Mais elle n'avait obtenu que de vagues promesses. Seulement on feignit d'y mettre quelque entrave en la faisant imprimer liors du royaume, mais si près qu'il n'v avait qu'un pont à traverser pour entrer en France. Ce fut à Kehl, aux portes de Strasbourg, qu'on établit les presses. Du reste l'ouvrage entra librement et circula de même: et, il faut l'avouer, l'arrêt du conseil, que nous avons cité en tète de cet article, ne fut qu'unsimulacre dedcfense : l'assemblée duclergéde ITST) venait de s'ouvrir, et comme on s'attendait h des représentations de sa pan, on voulut les prévenir en lui donnant une sorte de satisfaction. L'archevêque d'Arles, M. Dulau, chef du bureau de juridiction, se plaignit, en effet, du débit de la nouvelle édilion, et sur son rapport, l'assemblée écrivit au roi. Mais malgré l'arrêt du conseil, ces nouvelles remontrances ne furent guère plus heureuses que tant d'autres. La philosophie avait trop de protecteurs pour avoir à redouter un affront, et les OEuvres de Voltaire échappèrent à des recherches qu'on ne fit que pour la forme. Le duc d'Orléans permit, dans son palais, la vente de l'ouvrage; et le clergé dut trouver une dérision insulianle dans l'appareil avec lequel on alla, quinze jours après l'arrêt, faire une visite chez Beaumarchais dont on savait que les magasins étaient vides.
Rien jwurtant n'eut demandé plus d'attention que l'esprit qui avait présidé à la rédaction de ce vaste recueil. On v avait inséré les écrits les plus condamnables comme les plus innocents. On v avait fait entrer ce poëme trop connu, où l'impiété et la licence se prêtent un mutuel appui, et ces contes libres où l'auteur s'était égayé sur toute sorte de sujets, et ces histoires prétendues philosophiques où il insultait au christianisme avec une si fatigante opiniâtreté, et ces éternelles répétitions des mêmes sarcasmes, et ces facéties dont un grand nombre n'ont pas
(1) Foyez aussi plus haut, page 135, lesréclamalions de rassemblée de 1780.
toujours le mérite d'être ingénieuses. On y avait admis surtout, et ce n'était pas la moindre preuve de la hardiesse des éditeurs, on y avait admis celte Correspondance, oii sont détaillés si franchement et les projets de Voltaire et les moyens qu'il employait pour y réussir, celte Correspondance où il reconunande si souvent à^ écraser V infâme, où il anime si fortement ses amis à écrire contre Vinfânie, à courir sus à l' infâme, celle Correspondance, qui pj'ouve que pendant les vingt dernières années de sa vie la destruction de ce qu'il appelait Vinfdme était le but de tous ses écrits et de tous ses efforts (l). Les amis de ce philosophe s'étaient amusés quelquefois à soutenir que tout ce qu'on avait dit à cet égard était une calomnie. Devenus plus nombreux et plus puissants, ils ne firent plus mystère de ce qu'ils regardaient comme un titre d'honneur pour Voltaire, et ils ne craignirent point de le montrer hautement comme le chef d'un parti déterminé à user de tous ses moyens pour anéantir la religion (-2).
— [[Le 1 5 août. Arrestation du cardinal de Rohan. Procès DU GoLLiEu. Observations sur les moeurs de l'époque. Nous ne croyons pas pouvoir passer enlièremenl sous silence une des affaires les plus déplorables des dernières années de Louis XVI ^ nous y ajouterons diverses observa-
(1) « il s'ouvrit PTilre d'Alembcrt et Volfaire une correspoiiflance Ircs- « suivie, dans laquelle ils firent un déplorable assaut de mépris pour la ■ religion chrétienne. Un grand poète et un srand géomètre semblent s'y
> donner le divertissement de jouer une conspiration Une pensée domine
• dans leurs lettres, c'est celle de réunir contre la révélation toutes les >■ forces de l'esprit philosoptiique. » Hialoire de France pendant le XVIII, siècle, par M. Lacretellc, tome III.
|2) Condorcet, dans la P'ie de yoUaire qui accompagne cette édition, reconnaît fonuellement l'existence de ce parti, et cetle /'ic seule le prouvait bien. 11 était ditticile d'y pousser, plus loin que ne lait le marquis philosophe, la haine contre le christianisme et la manie de le combattre. Son livre est moins encore un panégyrique continuel de son ami, qu'un manifeste sanglant contre une croyance qui a civilisé le monde. Il dit franchement qu'il ne faut point Irop recommander les bounes moeurs, de peur d'étendre le puui'oir des prctres. Cela du moins est naïf. En'in tout l'ouvrage est d'un lioniiDC qui seinblf entrer en colèr/> ou seul mot de religion.
AN.NEE i-lUb. 221
lions hisloriquoa qui s v rattaclienl. et que iioi'.> n auiiuiis peut-être pas l'occasion de placer ailleurs.
Le cardinal de Rolian, évèque de Slrasljour.;j, sie,;;e sur lequel les Rohan se succédaient prcscpu.' depuis nu siècle, ;^rand aumônier de France, abbé de la Cliuisc-Dicu et de Saint-Waast d'Arras, était un de ces prélats mondains cpii taisaieiit des biens de i'Ej^lise l'usage le plus scandaleux. Quatre cent mille livres de revenu ne pouvaient couvrirlcs dettes énormes que créait un luxe excessif. A des mœurs déréglées, il joignait cet anjour du merveilleux, cpie nous signalerons comme un des caractères bizarres de la lin de ce siècle incrédule-, il était spécialement admirateur enthousiaste de Cagliostro, dont il vantait la puissance de la manière la plus ridicule (1). Ajirès s'élre lié avec une femme intrigante, la comtesse de Lamotte, il fut entraîné par elle dans une alTaire qui le couvrit d'opprobre. Comme les détails s en trouvent dans tous les historiens, nous n'en rapporterons que les points essentiels. Le cardinal, qui, dit-on, aspirait à devenir ministre, avait un ardent désir de reconquérir les bonnes grâces de la reine, qui ne lui témoignait que de la froideur. La dame Lamoite, après l'avoir joué par les plus indignes stratagèmes, lui persuada que Marie-Antoinette voulait qu'il achetât secrètement pour elle un collier composé des diamants du plus grand prix, et qui n'était pas évalué a moins de seize cent niille livres; puis elle se fit livrer à elle-même cet objet précieux, dont son mari alla vendre en Angleterre les pièces séparées. Le paiement tardant à s'effectuer, les joailliers s'adressèrent à la reine, au nom de laquelle le cardinal avait traité avec eux. On com-
(I) La baronne il'OLcrliircli, «tonne dans ses Mémaircs, des preuves de In rrrdnlité du c-îi-diiinl : il préiciidait avoir vu Cogliostro faire de vnnt lui des pierreries iiie>tiniiil)les, des milliers de livres d'or; C:i^li()str(> devait le rendre le prinee le plus riche de l'Europe: loutes !,es prophéties se rc;ilisaienl : les guérisous qu'il opérait étaient miraculeuses ; c'était l'honiine le ])ius sublime, et en même temps le meilleur qu'on eût vu. Un évèque, un cardinal parlait ainsi ii une dame ])rotes{;inte. Ménicires de n/,~ciams d'Obrrkirch, toiiir I, pa^e 147 et suivantes.
2'i2 ANNÉE 1185.
prend quelle dut êlre alors rindignatiou du monarque et de son épouse. Le 15 août, le cardinal s'étant présenté en babils ponllficaux pour remplir ses fonctions de grand aumônier à la messe solennelle, fut appelé dans le cabinet du roi; interrogé en présence de la reine et de plusieurs ministres, et obligé de faire Taveu de l'incroyable crédulilé qui l'avait poussé à cette démarche, il fui immédiatement arrêté et conduit à la Bastille ; et quelques jours après, ayant eu le choix, ou de s'en rapporter à la clémence du roi, ou d'être jugé par une co)nmission spéciale, ou de paraîlie devant le parlement, il choisit ce dernier parii (l). En conséquence, des lettres-patentes déférèrent la cause au parlement; et l'on eut la douleur d'y voir un cardinal impliqué dans un procès scandaleux avec les époux Lamotte, vériiables auteurs de l'escroquerie, avec Cagliostro et sa femme, qu on soupçonnait d'y avoir participé, et avec d'autres personnes, plus viles encore, qui avaient servi d'instruments.
Le clergé, qui était alors réuni en assemblée, voyait dans cette procédure la violation manifeste de toutes ses immunités. U se hâta d'adresser au roi une lettre également pleine de force et de mesure pour demander que la cause du cardinal fût remise à des juges ecclésiastiques. « Les simples clercs, disaient les évêques, ont des juges )) indiqués par la loi; et l'ordre épiscopal, dont tant de )) monuments constatent les privilèges, n'aurait pas le
» même droit à réclamer! Les lois qui régissent votre
)) empire, n'ont point voulu tendre un piège à vos sujets ; » c'en serait un manifeste, qu'un privilège dont l'exer- » cice ne pourrait avoir lieu : celui que nous réclamons » a une origine antérieure à l'élablissement de la monar- )) chie : il nous a été fidèlement transmis d'âge en âge ; » c'est un dépôt dont nous sommes comptables envers nos » successeurs : il a été accordé, non pour un temps à des » personnes particulières, mais pour toujours et au pre-
(1) Droï, Histoire de Lvuis Xyi, tome I, page 44'!.
A.N.NliE 17«5. 2Î3
') inier ui'drc de vuli'c rovaunic : il n i;sl donc pus ;ul)i- » liaircmenl révocable... (1). »
A celle IcHrc qu'acconipajonait im solide mémoire sur les jugemetils des évéques, le roi répondit qu'il se ferait rendre compte des molils ailé.'^nés, et que le clcrgc devait compter sur son attention à faire observer les lois constitutives des pri\>iléges accordés par les lois ses prédécesseurs (2).
D un autre coté, le cardinal lui-même, averti par les réclamai ions de ses collègues, était revenu sur le désir qu'il avait manifesté d'être jugé par le parlement ; et il avait demandé que sa cause lût portée à un tribunal ecclésiastique. Le pape, averti par le clergé de France, conçut une si vive douleur de cette affaire, qu'il en tomba malade, et que pendant quelques jours ou eut (jiiclqucs incjuiétudcs sur sa vie (3). Après avoir tenu une coii.'>réî;ation secrète de cardinaux, il écrivit à Louis XVI un bref pressant pour le prier de conserver au cardinal les prérogatives altacbées à sa dignité : il faisait [observer au roi que, quelles que fussent les procédures du tribunal séculier, le prélat n'en demeurait pas moins soumis au jugement du sacré collège auquel il appartenait.
Ces opposiîions diverses n'arrêtèrent pas la procédure : l'assemblée du clergé ayant été prorogée, le 30 septembre, à l'année suivante, fut obligée de suspendre ses instances : de nouvelles lettrespatenles maintinrent la cause au parlement; el la curiosité, ou plutôt la malignité publique, se passionna ebaque jour davantage pour une affaire qui était féconde en incidents de tout genre, et qui fut pendant plusieurs mois l'objet de toutes les conversations (4).
(1) Procès-verbaux de l'assemblée de 1783, ]);igc 6')7.
(2) Ibid., p;iiî<; 587.
(3) Artaud, Histoire des Papes, article Viv. VI, jjiigi; 20o, «■dilioii iii-!2. ^^) « Le ])iil)lic s'altutlm, durant ce procès, aux seuls soupçons qu'il était
» iiuposbiLlc d'aduiellie. On se tenait aux aguets de tous les mois (|ui pou- » valent coinpronieltre la reine, et l'on s'impatientait de ne les entendre » prol'erei par aucune des parties...., I.'auiiiiosite contre la reine faisait naître » une sorte d'intérêt pour le cardinal : il le partageait, avec quil' avec
224 ANNEC 1785.
L'arrèl définitif fat prononcé par la grande chambre le 31 mal 1786, après une séance qui dura depuis six heures du malin jusqu'à près de dix heures du soir. Malgré les conclusions du procureur général, le cardinal i'ul complètement acquitté à la majorité de cinq voix : l'arrèl ne contenait même aucune improbation de sa conduite : on acquitta également Cagliosiro, et toutes les rigueurs tombèrent sur les Lamolte, qui étaient en effet les premiers coupables. On sait quelle exaltation cette issue produisit sur un peuple, qui, saisissant avidement cette occasion d'humilier la cour, fit au prélat de bruyantes ovations (l). Ce fut le premier prélude des scènes si malheureuses qui arrivèrent quelques années plus tard: bien triste résultat de la violation qu'un ministère imprévoyant avait persisté à faire des lois les plus antiques, nullement révoquées par des lois contraires. Peu de jours après, le cardinal lut relégué par ordre de la cour dans son abbaye de la Chaise-Dieu, et obligé de donner sa démission de la grande aumonerie.
Le clergé de France, ayant repris ses séances le 4 juillet 1786, ne différa pas dun instant à s'occuper de cette triste affaire, et à exprimer au roi toute sa douleur. Louis XVÏ répondit que : « si la nature de l'afl'aire du » cardinal, et la difficulté de déterminer le tribunal qui )) pouvait en connaître, ne lui avaient pas permis d'avoir n égard aux représentations de l'assemblée dans l'espèce M particulière, son intention était que cette affaire ne )) tirât point à conséquence, et que les causes person-
> Cagliostro. » Lacretelle, Histoire de France pendant le xviii« siècle, lome VI,
(1) [[Le procureur général avnit demandé que le cardinal fiît obligé d'a\ouer qu'il avait agi lénieraireincnt, et d'en demander pardon au roi et à la reine en présence de la justice, etc. e Les niagistiats, dit I>acretelie, étaient renommés par b leur intégrité; mais dis qu'il s'agissait de prononcer contre le gouverne- » ment, ils avaient l'ostentation du courage. Une loule curieuse venait pi essen-
> tir les dispositions des juges et s'eiTorçait de les déterminer en faveur du
> cardinal. » Au moment de l'acquittement, plus de dix mille personnes encombraient ks abords du palais, et accueillirent le cardinal avec les plus bravantes acclamations, etc. j.
ANNKI': 1783. 225
» nellestles évèquos coiniiuiasscîit d'èlrc inslniilcs comme ^) par le passé (l). » J.es cvèfjues, cii acciieillani celle promesse qui concernai! l'avenir, crurent devoir déposer dans leurs actes une proteslalion solenntdie contre ce cjui avait été fait. « Consich'iant, y csl-il dir, que le droit des » ('vèqiies en matière criminelle, remoiite aux anciens n privilé.^es (juc nos rois ont trouvés établis dans les » Gaules, quand ils les ont concpiises ; et (jue cette disci- •» pline fait partie du droit public de la France; Considé- » rant que le concours des circonstaiices de Tairaire du n cardinal de Rolian, les difléi-entes diî^nilés donl il éiait » revêtu, et surtout sa qtialilé d'éveque sufTVaj>ant dune » métropole étrangère èi la domination du roi (Strasbourg )) dépendait de la métro|)ole de Mayenee), ont répandu « des nuages sur le tribunal ecclésiastique qui connaîtrait » de la cause; et qu'il avait été indispensable d'appeler » les juges ordinaires pour faire le procès aux laïques » coaccusés; mais que la juridiction exercée sur la pcr- » sonne même du prélat par le parlement de Paris, serait » toujours comptée, par V Eglise de France, parmi les » époques les plus a/Jligeantes de soTi histoire; Considé- 1) rant qu'on n'avait pas vu sans la suprise la plus dou- >) lourense le privilège clérical moins respecté dans un 1) cardinal et dans un évèque que dans les ecclésiastiques >) inférieurs, en possession d'obtenir le renvoi par-devant » l'oHieialilé; que, si dans des temps de guerre on a vu » quelques faits insolites, c'est ici le premier exemple, » dans des temps paisibles, d'un prélat français, jugé )) immédiatement et définitivement par une cour sécu- » Hère, sans aucune intervention de l'autorité ecclésias- 1) tique; Considérant que si l'atleinle portée h nos immu- )) nités n'est point réparable dans l'état présent de l'af- » faire, au moins il est de notre devoir d'enqiècber (pie » ce nouvel ordie de jirocédure n'amène un changement ') de jurisprudence dans les jugements criminels des
1^1) Piocès-rcrlimix de l'assenihU'e tlii rh-igi- de l7S5-'^fs im^o DSO. T. V. li)
)) évêqucs; qu'à la vérité, I;i parole du roi fait évanouir » nos craintes pour l'avenir, mais qu'elle laisse subsister
» les lettres -patentes du 26 décembre 1785 , les
» arrêts des 15 décembre, 17 février et 31 mai ^ nous » prolestons et réclamons, tant en notre nom qu'en celui )) de tontes les églises de Fiance, contre les lettres- )) patentes et arrêis intervenus dans l'affaire de M. le -» cardinal de Rohan, en tout ce qui pourrait nuire et » préjudicier à l'immunité personnelle des évèques(l). »
La cour de Rome n'avait j)as attendu l'issue du procès pour agir : une congrégation spéciale décida que le cardinal, ayant accepté, pour le juger^ un tribunal incompétent, avait violé les serments prêtés par lui au temps de sa promotion, lin conséquence, un décret pontifical, rendu dans le consistoire secret du 17 février 1786, le déclara suspendu de tous les bonneurs et droils de la pourpre jusqu'à ce qu'il se fût présenté au Saint-Siège, et défendu de l'accusation portée contre lui, d'avoir accepté un tribunal incompétent. Plus tard, le cardinal envoya à Rome un mémoire justificatif, dans lequel il exposait les tristes circonstances oii il s'était trouvé, et il obtint d'élre rendu à la jouissance des prérogatives du cardinalat (2). Il rentra aussi dans son diocèse, lors de l'ouverture des États généraux, et ayant été élu député à l'assemblée constituante, il suivit les nobles exemples donnés par la majorité des évêques. Cbassé bientôt après par la révolution, et retiré dans les possessions que son église avait en Allemage, il cbercha à réparer ses torts en employant toutes ses ressources pour procurer l'bospitalité à ceux que le malbeur des temps bannissait de leur patrie, jusqu'à ce qu'il fût lui-même dépossédé.
Quelques-unes des circonstances que nous avons racontées rappellent un des caractères les plus marqués de celle époque qui précéda immédiatement la révolution
(1) Procès-verbaux ileVa^semhlie de 1785-86, page 1095.
(2) Artaud, Histoire des Papes : Pie VI.
anm:I': \is:i. 22?
fi'ançiuse ; c'est (ju'on 110 vit j.iinais plus cl iividité pour ce p,enrc de merveilleux, qui n'a])pailiciit ni à l'ordre des faits naiuriJs, ni à l'ordre des ellels surnaturels reconnus et loués par l'Kîjlise. « La (in de ce siècle si incré- » dule, dit une dame de la coui- de Louis XVI, est niai'- » cjuée de ce caractère incroyable d'amour du mervcil- » leux (je dirais de superstition, si je n'en étais moi-même )) imbue, quoique nialj^ré moi) qui dénote la société en » décadence. Jamais les rose-croix, les adeptes, les pro- » pliètes, el tout ce qui s'y rapporte, ne furent aussi w nombreux, aussi écoulés. La convei'sation roule presque M uniquement sur ces matières 5 elles occupent toutes les )) tètes 5 elles frappent les imaginations, même les plus » sérieuses. Nos successeurs ne couq^rendronl pas com- » ment des gens, qui doutent de tout, même de DieUj » peuvent ajouter une loi complète h des préiup-és (l). »
Nous croyons utiledesignalerquelques-unes dessectes les plus célèbres. Peut être l'application même, avec laquelle on s'est occupé à combattre un matérialisme grossier el impie, a-l-elle délouiné ralteulion de toutes ces abeiraiions dangereuses (pii n'ont laissé que trop de traces parmi nous.
Le Suédois Swedemborg, mort en 177 2, avait lurmé vers la dernière moitié du siècle, des disciples qui s'appelèrent iliéosoplies , et qui, après des initiations convenues, s'occupaient de sciences occultes et de la reclieiche des secrets voilés aux hommes (2). Ils furent assez nom-
(I) [[Mévwircs de miulnnie d'Ohcrlni ch, (onic II, [):i{çi' 402. «Uni- cliosc » très-iilranije à Ltiidicr, iJil-cllf t-iKoif, et en nK'nic t»iii|).s Irès-vraif, c'est » combien ce sicclc-ci, le plus iniinoriil (|ui ;ii( cxislc, le |)Ius pliilosopliinuc- » int-nt fanfaron, (oiirnc vers sa fin, iimi pas à la fdi, mais à la rrriliililc, à » la suptTslitioii, à l'ainour du nicrvcillmx. Ln rigaidaiit auloiir de nous, » nous ne voyfins i[ue des sorciers, de» adeptes, des nécromanciens et des » prophètes; chacun a le sien sur lecpicl il compte; chacun a ses visions, ses » presbeniiineiits. » Ibitl., i)ai;c 103..]
(2; /'oyez dans !a Liste îles Ecrhtiins, h la suite du qualrièmc volume des MCiKoiics, jmgc 491, l'article i!e SwedemLorg.
[J.c célchrc Lavaler s'était fait initier aux mjsttTis des théosoplus. l'arnii les célèbres partions de ce singulier mysticisme, on peu! citer KircLberguer,
228 ANiNEE 1783.
breux, non-seulcnienl cians les royaumes Scandinaves et en Allemafïnc, mais en France même. Le Bénédictin Pernctty, dont il a été déjà question à l'occasion des troubles survenus dans la congrégation de Saini-Maur (l), après avoir été bibliothécaire du roi de Prusse, revint, dans les années qui piécédèrent la lévolution française, former d'abord à Paris, puis à Avignon, conjoiniement avec un comte polonais, Gravianka, une secte d'illuminés, qui faisant un mélange monstrueux de pratiques chrétiennes et d'opérations cabalistiques, interrogeaient les esprits, et cherchaient à produire des effets qui passaient les forces de la nature.
Le Juif portugais, Marlinez-Pascalis, qui prétendait avoir été amené au christianisme par la Kabbale, avait formé, vers la même époque, une autre coterie qui avait le même but, et dont les adeptes portaient le nom de Mariinistes. On assure que leurs loges principales étaient dans le midi de la France, à Lyon, à Marseille, à Bordeaux. On s'y occupait principalement de communication directe et active avec les esprits. Pascalis mourut à Saint- Domingue en 1779 (2).
Mais les succès assez obscurs des théosophes ne furent pas comparables à ceux qu'obtint alors le magnétisme animal, introduit par l'allemand Mesmer, et développé par le marcjuis de Puységur et bien d'autres. S'il ne s'était agi que de phénomènes reposant sur les forces cachées de la nature, mises en action dans le somnambulisme artificiel, nous ne ferions pas mention d'une chose laissée à des disputes interminables; mais nous croyons devoir rappeler que, dans les années surtout qui
magistrat de Berne; et d'Etkartzhai:scii, conseiller à 3Iunicli. Le célèbre philosoplie Saint-Martin, quoique lié avec eux, dirigeait plutôt ses efforts vers une extase intérieure que vers le merveilleux externe de la tliéurgie. L'Essai sur la vie et les écrits de Sninl-Martin , par iM. Caro, donne des détails curieux sur les tht'oscp/ies.]]
(1) Mémoires, tome IV, page 17(j.
(2) On peut consulter sur Pascalis, l'Essai sur Saiiit-Marliii, par M. Caro.
précédèrent la révolution, on employait ce nmyen pour connaître les secrets les plus redoutables de l'avenir (l).
Le plus étonnant peut-être des opérateurs de ce temps, fut rilalien Ca.jijlioslro. Cet aventurier s'attribuait à luimême les facultés les plus étonnantes, celle de guérir les maladies, de fabriquer de l'or et des jiierreries, de connaître; l'avenir, d'(''vocpier les ombres, et de communiquer avec les esprits (l). Nous avons parlé de ses liaisons avec le cardinal de liolian : il avait au sein même du parlement des amis dévoués, parmi lesquels on nommait les Ctinseillers Duport et d'Iîlpréméiiii, qui jouèrent bientôt un rôle si dangereux. Cagliostro, exilé après l'affaire du collier, passa en Angleterre, et revint ensuite à iîome. L'inquisition s'en saisit et lui fit son procès : il fut condamne le 7 avril 1791, comme prniif/iuinl la fraric-maron- Tierie : et il mourut en prison quelques années après.
— Le 2ô août. Articles coNVENts daks le congrès d'Ems. Nous réunirons ici les principaux détails sur celte guerre sinî'jUiière que firent au Siège Apostolique les prélats les plus qualifiés de l'Allemagne. C'est à 1 occasion de rétablissement d'une nouvelle nonciature qu'eut lieu la levée de boucliers. Les nonces des papes exerçaient depuis longtemps en Allemagne une juiidiction particulière. Ils étaient en possession d'accorder des dispenses pour certains cas, pour lesquels, en d'antres contrées, on recourait
(1, Mcmotrcs de niadavie d' Ubcilcircli, tome 11, ])agt; 400.
(2) [[Dans les Mcnwires <juc publia CagliosUn, à l'occasion «lu procès du collier, il se «lonnc connue fils d'un grand riuii'trc de l'orriic île Malte, niYitciieuscnic/il clei'c à lu Mecque, aijaiU appris les sciences occultes de l'Orient dans les /nianiides d'EgJi>:c, médecin, etc., propliète doué du pouvoir d'< roquer le ombres, tenant des parents inconnus une foi lune qui lui jH'rnicllciit d'e.i cirer une libi'ralitc sans nienire. « Voilii, conclut » un liistorien moderne, les fables <|ui l'uvcnl articulées devant le Irihu- » nal le plus ^rave de rKurojje, et «pii trouvaient quelque foi dans la nation » la ))lus énort,'U(illic de ses lumières et de son incrédulité, s I.acrclellc, Histoire île F/ai:rr jcn.ia-it le wiu' siècle, tome M, i);ii;e 126.]]
(lireclement à Rome. Ils exerçaienl la juritlicilon coiitentieuse et tenaient un tribunal, dans des cas déterminés pour lesquels on devait recourir au Sainl-Sié^c^e. L'ori^nne de cet usage remonlait à ces temps de (roubles et de confusion, qu'avaient amenés les progrèsdu luthéranisme. L'église de Cologne pari iculièremcnt s'était vue menacée du ne destruction totale. Deux de tes archevêques avaient successivement favorisé les nouvelles doctrines; et l'un d'eux, le fameux Truchsès, s'était marié, et avait embrassé publiquement l'hérésie, qu'il tentait de répandre dans son diocèse. Dans cette extrémité, les nonces des Papes vinrent au secours de l'église de Cologne, et les catholiques se ralliant autour d'eux, parvinrent à conjurer l'orage et à réprimer les efforts des docteurs luthériens. C'était ainsi ques étaitétablielâ nonciature de Cologne, qui étendait sa sollicitude au cours inférieur du Rhin. Les mêmes dangers avaient donné lieu à l'érection de celles de Bruxelles et de Lucerne. Les succès du calvinisme en Suisse et dans les Pays-Bas, avaient obligé le Saint-Siège de porter plus particulièrement son attention de ce côté, et d'y envoyer des hommes cliaroés de soutenir la foi contie les efforts de l'erreur (l). D'ailleurs, les droits qu'exei'caient les nonces dans ces contrées, n'- taient contraires ni à la discipline de l'Eglise, ni aux décrets du concile de Trente; et ils jouissaient de ce privilège sans trouble et sans contestation, lorsque, à l'occasion de l'établissement de la nonciature de Munich, la manie des réformes qui tourmentait les esprits en Allemagne, fit imaginer que cette juridiction était une usurpation sur les droits des ordinaires. Il importe d aboi d de faire connaître les quatre métropolitains de l'Allemagne, qui entrèrent en lutte avec le Siège apostolique (2).
(Ij Voyez dans les Mémoires, tome IV, page 370, le précis d'un rapport fait par Ca]>rafa, alors nonce à Cologne.
("2) Les détails de cet article sont tirés des Mémoires histoi iques du cardinal Pacca, sJLv la noncinUirc de Cologne, et aussi d'un ouvrage solide, composé sins les yeux de Pie VI, et public en son nom , sous le titre de SS. DD. -V. PU papœ f'I, responsio ad inetvopolilaiios Mogunlinum,
LYMecteur de Mayonce, Frédcric-Charles-Jostpli tlErthal, était un prélat fastueux, vivant d'une manière tout à fait séculière, tout fier de ses rapports avec le roi de Prusse, et ne paraissant guère se souvenir cpiMl était évêque que lorsqu'il se présentait une occasion de tourmenter le Pape etdatia([uer le Saint-Siéfjfe.
[[(élément >\'enceslas de Saxe, électeur de Trêves, était frère de cette vertueuse Daupliine, qui avait édifié la cour de France (I), et il était par conséquent fonde maternel de Louis XVI, et des princes ses frères. C'est ce qui donna lieu, pendant la révolution française, aux réunions des émigrés français à Coblentz, où l'électeur faisait sa lésidence, et où il reçut les fières de l'infortuné monarque.]] Ce prélat, doué d'un bon caractère et de mœurs régulières, était faible, inconstant, changeant de pensées et de sentiments, selon les hommes auxquels il donnait sa confiance. Déjà, en 17G9, il avait tenu à Coblentz avec les deux autres électeurs une .sorte de congrès, dans le but d'adresser des réclamations à la cour impéiiale contre les droits (ju'exereaient en Allemagne les nonces du Pape 5 et dans cette assemblée, il avait eu pour organe le célèbre Hontheim, l'auteur du Féhrojiius. Dans les années suivantes, ayant pris les conseils d'un ecclésiaslicjue vertueux, François-Henri Beck (2), il tint une conduiîe toute différente; il travailla à amener à la soumission l'évcque de Myriophite (3); il fit à Joseph II des protestations énergiques sur ses innovations; et lorsque Pie VI fît le voyage de Vienne, il chercha à lui donner loules les marques possibles de dévouement. Mais vers la fin de l'année 1782, finfluence d'un autre abbé Beck (Joseph -
Trei'irensem, etc. Ccl écrit, très-solide, et savant quant au fond, dans lequel le Pape est censé toujours parler lui-uième, est rédigé dans une forme ass: z extr.iordinaire. Sous ce rapport, il est criiiciué par Pacca ; mais il emprunte un havit degré d'autorité n celui dont il porte le nom.
(1) Voyez Mémoires, tome IV, page 190.
(2) Voyez, sur FraBçois-Henri Beck, une notice dans \ .Imi de la Efli^ion^ tome lAHI, page 97.
(3) royecplus haut, pnge 98.
232 ANiNÉE 1786.
Louis), partisan des nouvelles opinions, le fit changer de nouveau, et le détermina à s'unir aux autres électeurs dans leur opposition au Saint-Siège.
Maxiinilien d'Autriche, frère de Joseph II, et de Léopold, beau-frère de Louis XVÏ, et du roi de Naples, avait donné d'abord de grandes espérances aux catholiques; et elles ne s'étaient pas démenties, tant qu'il n'avait été que coadjuteur de Cologne : mais, en 1784, étant devenu, par la mort de son prédécesseur, archevécjue en titre et électeur, il s'entoura de mauvais conseillers, dont (juelques-uns même sont accusés d'avoir appartenu à la secte des illuminés (l); et il se laissa entraîner par eux lia nsu ne suitede fausses démarches. C'étaient probablement les mêmes hommes qui eurent une si triste influence sur l'établissement de l'université de Bonn. (Bonn était la résidence ordinaire de l'électeur de Cologne.) Il parait que la nouvelle école avait pour but de s'opposer à celle de Cologne, où l'enseiguenient était resté pur des nouveautés <|u'on voulait accréditer : on avait appelé dans la nouvelle école des religieux sortis de leurs cloîtres, des partisans déclarés des l'éformes, des théologiens semi-protestants et inclinant ouvertement vers ce qu'on a appelé Ih nouvelle exégèse (2). Ou signalait entre les autres un P. ïhaddée de Saint-Adam , carme déchaussé, et professeur d'herméneutique sacrée, très-hardi dans ses explications-, Heddérich, mineur conventuel, et professeur de droit ecclésiastique; Schneider, Franciscain sécularisé, et professeur d'éloquence sacrée, ayant dès lors une très-mauvaise réputation sous le rapport de la foi et des principes: c'est le même qui, étant devenu commissaire dans les jours de la terreur de la révolution française^ se signala par les
(1) C'esl ce qu'assure posilivemcnt Pacca, qui, dans sa nonciature <lc Cologne, avait pu avoir de cette assertion des preuves positives.
(2) L'Université de Bonn avait été fondée par Maxiniilien de Kccnisseg, prédécesseur <lc Maximilien d'Autriche j mais ce fut ce dernier qui en (It l'ouverture avec grande po:iipe.
cnianlés les plus inonstnicuses, et mourut ensuite luimême sur réchaCaud (I). L'ouverture solennelle des cours (le la nouvelle université que fit solennellement 1 électeur en j)ersonne au mois de septembre 178G, allliî^ea tous les amis de rK<rlisc. Le baron de Snicrcl, cbanoiuc d'IIildeslieim et ^îunsler, aucpiel il remit les insi,';iies académicjues, et (|ui d(;vait j)orler le litre de curateur, (il un discours sur les i'ici.ssitiides de renseii^ncnient public j et il y (il un élo^e des principes de la réloiinc inUoduile au seizième siècle dans la discipline ecclésias(i(|ue, éloge qui |)arut s'adresser cà la réforme prolestante (2). Les tlicses qui furent soutenues pendant (rois jours (et toujours en lan[;ue allemande), portèrent également le caractère de la témérité. Un proleslanf, (pii avait assisté à ces cxei'cices, put éci'irc (ju'on pressentait un bel ai^enir pour lu dijjusion des 'vraies luniicres (3). Sans doute l'arcbevèque n avait pas l'intenlion directe de favoriser ces excès: mais ils servent à montrer combien il était prévenu, et ils enqîècbent qu'on ne soit étonné de celte suite de fausses démarclies (pie nous avons h signaler.
L'arcbevèfiue, prince de Salzbourg, tenait dans l'empire le j^remier rang après les trois électeurs: il portait le litre de lcf;at-né du Saint-Siège (4), et avait le droit de siéger après les électeurs dans les dièies de l'empire. Celui (lui était alors assis sur ce siépc éminent était Jérôme de Colloredo, issu d'unedes plus illustres familles de I Autriche. On a beaucoup loué son admlnislralion habile.
(1) l*ie VI, (I:\ns le bref adressé au tliapidc de Cologne, le 27 mars 179i', ne parle (lu'avec liorrtur des «loclriiics iiioiistriunses des professeurs lîe Boiiii : Doctrinal II /Il poi leulu ntqiia mointra, qi:a: ah llcililci ichio, Spit gelio, Jl'cincro, Thadilœo, Sc/imiilcto, dUisiiiic professoi ibita tradiiiiluiin Bonnemi ut.ii'crsitalc. Biillai iitm voiiKiiiuin Pu II, n. 7!)8.
Plusieurs ouvrages de Thaddec, Spiégel, Scliiieidei, fuient mis à l'iudcx vers ITUO.
(2) C'est te que l'ie VI rc proche à ce discours de Spicgel cl à un aulrc Iciiu par Heddcriik dans 1. s menus cireonstanc <s. Bref cité tout a l'heure.
(3) Celte lellre d'un protestant, qui parut alors dans la Jli/iliotlicquc universelle d'^Uemagne, est reproduite dans les iMémoires de P.icca, page 3G.
(')) l'I.c titre de f.c^c.t'iir, élalili au mo\cn \\^c, repondait au titre de
,2â4 ANNÉE 1780,
qui contribua à la prospérité de la contrée; ses connaissances en économie, son zèle pour le soulagement des pauvres (1) : mais on avait déjà remarqué une instruction pastorale qui lui avait mérité les applaudissements des novateurs. Sous prétexte d'attaquer quelques abus, il s'élevait contre la pompe des églises, contre la pompe des cérémonies, et contre différents usages dont les personnes religieuses ne sont pas ordinairement choquées-, il demandait que les curés eussent des notions justes non seulement de psychologie, de l'histoire, des belles-lettres, des lois, mais aussi de V économie rurale, de la médecine , et surtout de la diététique, etc. (2). Jérôme de Colloredo s'unit aux électeurs et vint former avec eux, à Aschaffembourg-, une ligue peu édifiante.
Le commencenienf, ou plutôt le prétexte de la querelle fut la création d'une nouvelle nonciature à Munich. L'électeur palatin, duc de Berg, Clèves et Juliers, Charles- Théodore, avait été appelé à la possession de l'électoral de Bavière, après l'extinction de la branche aînée de sa famille; et il était parvenu à s'y établir, malgré l'opposition injuste que lui avait faite Joseph H. Il souhaita qu'il y eût un nonce dans sa capitale, avec lequel pussent correspondre ses sujets, qui précédemment avaient dû recourir pour leurs affaires spirituelles aux trois nonces résidant hors de son territoire, à Lucerne, Vienne et Cologne. Pie VI accueillit d'autant plus facilement sa demandeque le prince témoignait plus d'attachement au Saint-Siège, dans un temps où d'autres souverains cherchaient à en siqier
Priiiuil, tt il avait pour l.iit dVlablir une sorte de juridiction sujvji ieure à la métropolitaine, pour juger des causes qui auraient dii être portées à Rome; mais depuis loiigtemiis les droits des Icgals-nés et des primats ne s'exeréaient plus et n'avaient pas d'objet. Pie VI, dans l'écrit intitulé Responsio, discute solidement te poini, et montre, qu'à l'eNeeption de l'église de Lyon, qui exerçait encore alors la juridiction primatiale , on ne pouvait alléguer ces anciennes prérogatives , et surtout les opposer aux droits, des nonces lorsqu'ils étaient Missi n latcre.]
(i) Voyez dans la Bioi^mphie luiù'erseUe, l'article qui le concerne.
(2) Les Nom'elles ecclésiasliqnes pour 1783, page 91, donnent une analyse étendue de cette instruction pastorale.
ANlMiK 1780. ^3:5
r<HitoiUé^ il nomma donc le prélal, Zolio, archevêque d'Athènes, son nonce à Munich pour lous les Elals dé|3endantsde la Bavière, cl il forma ainsi rarrondissemcnl de la nouvelle noncialui-e de parties délachées des trois plus anciennes. Assurénunl ré(al)lis.s(uiieiil de la nouvelle nonciature dépendait de la volonté du Pape; elle ne portail aucune atteinte aux droits des prélats allemands; elle n'introduisait aucune innovation. Cependant l'électeur de Mayence et l'archevêque de Salzhourg firent entendre les plus vives réclamations; et ils s'adressèrent même à ^
l'empereur pour empêcher la nouvelle mesure.
[[Joseph II comprit qu'il ne pouvait empêcher le Pape
d'avoir un nonce dans un Etat souverain ; mais il prolila
de cette occasion pour s'élever contre les actes que les
nonces étaient en possession d'exercer dans l'empiic. Il
adressa, le 12 octohre 1785, non -seulement à ces deux
prélats, mais aussi aux électeurs de Cologne et de Trèvis
un rescrit, dont voici les principaux passages : « Leurs
n dilections, l'électeur et archevêque de Mayence, et
» l'archevêque de Salzhourg, m'ont remontré que la cour
» de Rome avait formé le dessein d'envoyer un nonce à
» Munich, et de le revêtir des mêmes pouvoirs pour la
» Bavière et le Palatinat, dont jouit celui de Cologne; et
» dans la crainte que cette nouvelle nonciature n'usurpât
» leurs droits diocésains, ils ont imploré la protection im-
)) périale, que je leur dois comme prolecteur suprême de
M Ja constitution de l'église germanique. Puisque je me
)) suis attaché dans tous les temps à donner les preuves les
» moins équivoques de mon zèle patriotique pour le main-
» tien de l'empire, dans toutes les parties de sa conslitu-
» tion, je dois aussi, en bon frère, ami, et gén('reux
)) associé, contribuer de tout mon pouvoir à ce que les
» évêques recouvrent tous les droits qu'ils ont possédés
)) primitivement, qu'ils ont conservés durant tant de
» siècles, et qu'ils n'ont pu perdre que par le malheur des
» temps et des empêchements illicites.
» En conséquence, j'ai résolu , à l'occasion des remon-
» trances susdites, de notifier à tout l'empire mes senii- » ments à ce sujet, comme aussi de déclarer à la cour de » Rome c|ue jamais je ne souffrirai que les évêques de » l'empire soient aucunement troublés dans l'exercice de » leurs droits diocésains qu'ils tiennent de Dieu et de » 1 Eglise, que je ne reconnaîtrai à Favenir les nonces i) que comme des envoyés du Pape pow les affaires poli- » ti(/ues, ou celles qui le regardent ininiédiatev)ent coninic » chef de l Eglise; mais que je ne puis permettre que ces )) nonces exercent dorénavant aucune juridiction dans les » affaires ecclésiastiques, et soient les chefs d'aucune juy) tlicatnre ecclésiastique. En même temps que je fais part » à vos Dilections de mes sentiments, je vous exhorte à » maintenir contre toute attaque vos droits métropolitains » et épiscopaux, tant pour vous (jue pour vos suffragants; » et de vous opposer lei'memenl à tous les empiélemenls
P » cl usurpations (|uc la cour de Rome pourrait enfre-
» prendre contre de tels droits; à l'effet de quoi, je vous 1) assure de toute la plénitude de mon appui, et protection » impériale (l)-... »
QueKjue singulier que fut ce rescrit, il est évident,
*" comme j)lus tard le Pape le fit remarquer aux électeurs,
qu'il ne pouvait autoriser leur conduite; le prince n'y parlait pas même en législateur: indépendamment de ce qu'il n'était pas juge compétent en ces matières, il se bornait à promettre sa /?/ofec//o« pour la conservation des droits app;nnenant aux évêcjues. Cette lettre lut cependant le fondement sur lequel ils s'appuyèrent dans leur opposition
n aux nonciatures Quelques retards qu'éprouva l'arrivée du
nonce de .Munich, leur firent d abord croire (|ue la cour de Rome ne donnerait pas de suite au nouvel établissement : mais quand ils virent que, d une part, Zolio arrivait à Mu-
-f.- nich, et qu'en même temps un nouveau nonce, Pacca, était
1^ envoyé à Cologne ^ les quatre prélats se liguèrent pour
(1) La Ipltrc se trouve en eiiliir «hiiis les Knuvellcs ecrh-sinstifiiiei de
^ 1786, page 87. Les Mcmolres de Paie;» m donimit le piétis.
ANNlil': 1780. 237
couil)atlic li\s préroj^alivos tlts nonces. L'éleclcnr do. Colo- 5<}no tlôlcndit à ses curés de recourir à la nonciature pour cjuel([ue cause que ce put être (1); ii refusa de recevoir et de reconnaître le nonce Pacca, à moins qu'il ne promît de renoncer à (ont acte de juridiction : ce fut contre son l^i'é que le prélat fut reçu avec les honneurs accoutumés par le sénat de Cologne, qui exerçait dans la ville les droits de souveraineté. ]]
Les quatre j)rélais firent tenir à Ems un congrès, où ils se firent représenter par des députés, et ceux-ci, le 25 août 1786, sifrnèrent, en leur nom, les vin."t-troisarticlcsconnus sous le nom àc punctalion (VF.ms (2). (Ems était un bourg situé près de Coblentz, où tout exercice de la religion catholique était proscrit.) Quelques traits du préambule, le texte des principaux articles, un court précis des autres, montreront un plan plus propre à opérer un schisme qu'à mettre la paix dans 1 Eglise; no'is n'avons pas besoin d'y opposer d'autre réfutation.
« |[Sa Majesté impériale, disait-on d'abord, dans la très- » gracieuse lettre adressée aux quatre archevêques de l'em- » pire, en date du 12 octobre 1785, ayant bien voulu pro- » înellre aux évêques de l'église germanique, non-seule- M ment de maintenir leurs droits épiscopaux dans leurs )) diocèses respectifs, mais encore de prendre les mesures 11 nécessaires pour réintégrer les évêcjues dans tous les » privilèges qui leur avaient été enlevés par une épou-
(1) [[Le mandement que IVIectenr <lc Cologne fil ptiiilier par son grand vitaire, en décembre 1785, coiniiiençail ainsi : « Sa Majesté iiiiiicrialc, ayant » aboli toute apèce tic juridiction et toutes les facultés des nonces apos- 0 tûliques, par son rcscrit dn 12 octobre 1785, el rendu aux évA/ues leurs
n droits printilifs , rarclievè(iiie électeur de Colcgne, fait défenses à
» tous pielats, archidiacres, doyens, cures, etc., et au.\ supérieurs de tous » ordres réguliers, rntme exempts, de recourir à la nonciature de Cologne » pour <]uel<]ues causes que ce puisse être, etc. » [^ou\>clles ecclésiaslitpies, pour 178G, Jiage 88.)]]
(2) Les députés étaient, pour Mayence, Heinics, évêquc d'Audona, et sufTragant; pour Trêves, Reeker, officiai; pour Cologne, Tautpluceus, conseiller ecclésiastique de Munster; pour Salzbourg, liœnieke, conseiller consistorial.
» vantahle usurpalion, et de rétablir Tordre prlmilive- )> ment établi, a manifesté à tout l'empire les sentiments » dont il était affecté comme son souverain protecteur, et » en même temps a fait intimer au Saint-Siège qu'il ne » veut pas que dorénavant les évéqnes de l'empire soient » troublés dans l'exercice de leurs droits épiscopaux qu'ils » tiennent de Dieu et de l'Eglise. Les promesses qui leur M sont faites par le chef de l'église germanique ont encou- » ragé les quatre archevêques à se débarrasser des entraves » dont ils avaient été chargés jusqu'alors, ainsi que toute » l'église d'Allemagne, en envoyant les quatre députés » soussignés, afin de spécifier les principaux droits épisco- )) paux en question.
)) Le Pape de Rome est, il est vrai, le chef et le primat M de l'Eglise universûlle, le centre de l'unité, ayant reçu » de Dieu la juridiction nécessaire pour cet objet, en sorte » que tout catholique, dans quelque fonction qu'il sera, » lui doit une obéissance canonique : cependant toutes » les réserves qui, dans les premiers siècles de l'Eglise, )) n'ont pas été liées avec la primauté, mais qui ont leur )) source dans les fausses décrétâtes d'Isidore, au préjudice «notoire des évéques, ne sauraient, depuis que leur )) fiction est suilisamment reconnue, être comprises dans » rétendue de cette juridiction ; elles doivent être rangées >) parmi les usurpations de la cour de Rome. Les évèques )) sont donc justifiés en l'essaisissant, sous la protection de » Sa Majesté Lnpériale, l'exercice des droits qu'ils tien- » nent de Dieu, d'autant plus que tout recours au Pape à » ce sujet resterait sans résultat (l).]]
)' Art. I. Jésus-Christa donné aux apdtres et auxévêques » leurs successeurs, un pouvoir illiniitéàe lier et de délier, » pour tous les cas où la nécessité, ou l'utilité de leurs » églises et de leurs ouailles pouvaient l'exiger. Il n'est
(1) 'Il paraîL que ce préambule ne se trouve pas dans tous les exemplaires. Il est tirt- du Recueil d'H'spiley, |)uLlié en 1817 par l'ordre du parlenieni britannique..]
AN.NÉli: 1786. 2.39
» point douteux, suivant la nature de la conslilution yiri- » mitive de TK^Iisc, que foules les pei sonnes luibitnnl (Unis » les diocèses des c\'ec/ues , leur sont, sans distinction, su- )) bordonnéesdans le.s affaires internes et externes de reii- M gion : c'est pourquoi il est dclrndu à tous les diocésains » de recourir à Rome, en sautant leurs chefs immédiats. )) Cependant il leur sera libre de se servir, dans les cas » qualifiés de droit, des moyens d'aj)pel, graduellement, » suivant la consiilulion de la biérarcliie. Aucunes >y exemptions ne sauraient plus avoir lieu, puisqu'elles « sont contraires à rexercice di' rolîice épiscopal, exc<?/?/e » néanmoins pour les corps et membres dont V exemption est » confirmée par des privilèges impériaux et généralement » reconnus dans V empire (l). Il ne sera désormais permis » à aucun ordre religieux de s'attribuer, soit dans les ma- » nuscrils, soit dans les écrits publics, le nom à'exempts. » I! est défendu aux religieux de recevoir des ordonnances )i de leurs généraux ou cbapitres généraux, ou d'autres )j supérieurs babllant bors de I^VIIemagne, de l'obéissance )) desquels on les dispense une fois pour toutes; d'assister » aux assemblées générales, et d'y envoyer des contribu- » tions pécuniaires, sous quelque piétexte que ce puisse » être.
» Art. II. Tout évêcpie peut, suivant le pouvoir obtenu » de Dieu de lier et de délier, dininer des lois et en dis- » penser pour des motifs suffisants. I! doit par conséquent » accorder la dispense aux fidèles, tant dans les lois géné- » raies que particulières de l' Eglise, lorsque le temps et )) les circonstances l'exigent. 11 est donc autorisé à dis- » penser, par rapport au commandement général de » l'absiinence, lorsque ceîte dispense est fondée sur une » nécessité ou utilité j)ublique des diocésains ; de même » pour les empècbemenis malrlmoniaux, dans tous les cas » où le Saint-Siège avait coutume J'accorderauxévèques le
(1) Inconsiquince étrange 1 on refusait an Pape, sur une mutiire ecclésiastique, une autorité législative qu'on accordait à la puissnnce civile.
» pouvoir (général de dispenser, et même quelquefois dans » des cas particuliers, pour- des degrés plus proclies, sa- » voir pour le second (legré de consanguinité, cl pour les » premier et second degrésd'adinité; en quoi il reste libre » à toulévèquede demander lavis de Sa Sainteté^ lorsque H l'importance du cas l'exigera. Mais comme on dispense » presque toujours dans les troisième et quatrième degrés » de consanguinité et d'aliinité, et de parenté spirituelle, et » dans la plupart des cas nommé?, à' honnételé publique^ on « pourrait aviser avec les autres évèques, s'il ne convien- )) drait pas d'abolir entièrement tous lesdits empèche-
)) ments.
» Il appartient également à chaque évêque d'abolir les » obligations (jid résultent des ordres sacrés, lorsqu il y » aura des raisons urgentes h l'égard des diacres et sous- » diacres: d'absoudre les religieux de leurs vœux solen- )) nels, lorsqu'il y aura des raisons canoniques sullisantes, » et d'ordonner que l'émission des vœux ne se fasse dans » les couvents des hommes qu'après la vingt-cinquième )) année complète, et dans les couvents des femmes (jua- » près la ijuarantiëme année.
» Art. 111. Les évèques sont en droit de changer pour « le bien de la religion et de l'intérêt commun une fon- » dation eu une autre plus conforme au but général, et » aux besoins réels.
» Art. IV. Cela étant, on ne demandera plus à la cour » de Rome les soi-disant facultés quinquennales; mais >) la dispense pour les cas y énoncés sera accordée par )) révêque, s'il y a des motifs canoniques : toutes dispenses » quon demandera ailleurs seront nulles. Toutes les autres » liulles ou autres dispositions papales n'obligeront point, )) si elles ne sont dûment acceptées par l'évêque. Toutes » les déclarations, mandements, et ordonnances des con- )) grégations de Rome, de quelque dénomination qu'elles » puissent être, ne seront point reconnues en Allemagne )) sans le consentement de l'évècjue. Les nonciatures ces- » sent entièrement pour l'avenir; les nonces ne sauraient
A.NM-:i-: i'iSG. 241
1) être que les ministres du Pape, et ne peuvent plussui- 1 vant la déclaration de Sa Majesté Impériale, du 12 oc- ') tobre 1785, fondée sur les lois fondamentales de [Eglise » et de l'empire, exercer aucun acte de juridiction arbi- 1) traire ou conlentieuse. Toutes les fonctions oilicielles ') des notaires et protonotaires apostoliques en Allema^^ne, » n'auront plus lieu, à moinsqu'ellcs n'aient été inunatri- 1) culées aux tribunaux des évèques. »
Dans les articles suivants, il était question des griefs de la nation germanique contre la cour de Kome; griefs pour le redressement desquels on réclamait l'intervention de l'empereur, et l'abolition des concordats passés à Ascbaflembonrgen 1448. (Art. YI.) D'autres regardaient la nomination aux bénéfices, qui dans certains cas était r(''servée au Saint-Siège. On décidait l'abolition du serment des évèques au Pape. (Art. XX.) On demandait une modération des sommes immenses, envoyées, disait-on, à Rome, pour les annales et le pallium (l). «. La nation germanique, » disait on dans l'article XXI, ne se refusera pas à fournir \) une certaine taxe pour l'argent des annales eî du /;rt//mw,- )) elle doit espérer que ladite taxe sera, dans l'espace de » deux ans, modérée suivant la proportion des revenus M des évèques, soit dans un concile national, soit dans le » cas où il ne pourrait avoir lieu , par Sa .Majesté impé- » riale et tout l'empire. Or si dans ce cas, la cour de Rome
1 "Il s'en faut bien, dit nu nuleur non .suspect, (|Ul- I:i Dalerie soit une " mine aussi al>on(iante (|mc le jin lenii('nt les gens mal instruits. La |ilupai't » (les écrivains voudraient persuader (|ue, pour l'expédition des bénéfiee.s et » les annales il roule sans cesse des lieuses d'or, i|ui de l'iance vont se » perdre dans Rome. Dans les plus abondantes années, le produit de cet » article va J» G ou 701, 000 livres, et année commune, à 000,000. Quand » l'Ktat, pour des objets de moindre importance, a versé des sommes consi— n dérabics dans les mains de l'etranijer, on n'a pas crié à la prodii,'ali(e. On n'a » pas cru qu'il en résultait l'appauvrissement de la nation. .Fe ne dirai pas » qu'au seul nom de l'ionie les esprits s'etrarouclient. J'aime à croire (|uc nos » erreurs à son égard ne viennent pas de sources si empoisonnées. » Bisifiitis sur Vlliitoirc, par le comte d'Albon, tome II, page l'?5. Ces observations s'appliquent encore avec plus de fondement à l'Allemagne, <iui comptant incomparablement moins d'évêchés que la France, devait donner pour les annates un produit lieaucoup moindre.