‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 5)Chapitre 3 sur 15 · ANNE;-: I77R · texte numérisé non relu

ANNE;-: I77R

de Pnris pour cinq cents jeunes gentilshommes (1). Plus tard, en 1764, il avait divisé l'établissement en deux parties : les enfants depuis l'âge de huit ans, jusqu'à quatorze ou quinze ans accomplis, devaient être placés au collège de La Flèche, et on ne devait appeler à l'Ecole militaire que ceux qui montreraient des dispositions pour la profession des armes. Ces ordonnances recevaient déjà un commencement d'exécution, lorsque le ministre de la guerre, Saint-Germain , persuada à Louis XYl de placer immédiatement près des régiments les élèves les plus avancés eu âge, et de distribuer les plus jeunes dans différents collèges de plein exercice, tenus par des corporations religieuses, et situées en divers endroits du rovauine. Le nombre total devait être porté à six cents, mais on ne devait en placer qu'environ soixante dans chaque maison, et ils devaient y recevoir les mêmes instructions que les autres élèves. Ces dix collèges étaient ceux de Sorèze, Tu'on, Rebais, Beaumont et Poutlevoy, dirigés par les Bénédictins-, de Vendôme , EîHat et Tournon , tenus par les Oratoriens; de Pont-à-Mousson^, confié à la Congrégation du Sauveur, et de Brienne, tenu par les 3!inimes (2). Ces maisons prirent dès lors le titre d'Ecoles royales viililaires. Ceux qui ont reproché au roi et à son ministre d'avoir confié à des moines l'éducation de cette jeune noblesse (3), ne nous paraissent pas avoir compris les avantages que la discipline religieuse et la fixité de ces corporations pouvaient offrir, dans un temps où tant de réclamations s'élevaient contre les vices de l'éducation des collèges.]]

— Le 2 mars. Arrestation des frAucs-maçons de Naples.

(1) Lnp bulle tle Clément \fll, du 31 octot)rc 1760, avait uni à la eliapelle de l'Ecole militaire, la mense abbatiale de Saint-Jean rie Laon.

(2) Chacun sait que c'est à Brienne que Napoléon Bonaiiarte reçut son éducation.

(3) Voyez Dioz, JJistoùe du règne de Louis XFI, tome I, page 1. Toutelois cet auteur convient qu'il pouvait y avoir (ic l'avanlage à établir ces maisons dans les provinces : « Les mœurs des élèves et leurs étu<ies, dit-il, » pouvaieni \ gaijiier. »

Cet événeaienl, assez curieux par cela même qu'il s exécutait par l'ordre du ministre philosophe Tanucci, fit alors grand bruit: il se lie à l'histoire des sociétés secrètes, dont nous allons, dans (juelques instants, citer d'autres traits. Le gouvernement napolitain, averti par quelques désordres, avait rendu, dans le cours de l'année précédente, un édit très-sévère contre ces réunions clandestines : les contrevenants devaient être traduits devant la junte d'Etat, et traités eu criminels de lèse-majesté. Instruit que les Irancsmaçons ne s'en réunissaient pasmoins, lecommissairede la junte investit une maison où se tenait une loge, au moment même oîi l'on procédait à la réception d'un nouveau frère, et l'on fit main basse sur celui-ci, sur le maître, sur les assistants. Le procès-verbal peint les circonstances bizarres de la cérémonie: une salle, ayant un plafond peint en bleu avec des étoiles, n'était éclairée que par une lampe suspendue qui projetait une pale lumière. Le récipiendaire avait les yeux bandés, et était à genoux devant le grand maître qui lui lisait les statuts et règles de l'Ordre; à côté se trouvait un flacon et un b;issin contenant du sang, une tête de mort et une chemise ensanf^lantée, et les autres mystérieux emblèmes. On traita d'abord les prisonniers avec rigueur ; et on ne les relâcha qu'après plusieurs mois de détention, lorsqu'ils eurent promis d'obéir aux lois de l'Église et de l'Etat, qui défendent les sociétés secrètes. Tanucci écrivit à tous les évêques du royaume, pour que, conformément aux bulles pontificales, on traitât les francsmaçons en excommuniés (l).]]

— Le 16 mars. Placard des Etats de Frise, relativement AU CLERGÉ catholique. Nous Bvons déjà vu, sous la date du 2 1 septembre 1730, un placard des États généraux renfermant des précautions sévères contre les prêtres et les religieux (2). On renouvela en 1776 ces dispositions

(1) Voyez, dans les Mémoires, tome III, page 21, le précis de la bulle de Benoit XIV. Les détails donnés sur l'affaire des francs-maçons de Naples sont tirés du Journal hisloriqiie et littéraire de Liège pour 1776.

(2) Mémoires, tome II, page 298.

1 [Les Proviiiccs-T'nics so c oinp.'is'-.icnt à ccUc itpoqnc de sept provinces :

ANNIîE (770. -49

oppressives, toutel'ois avec des adoucisscmcnls sur différents poinls qu'il est utile d'observer. Les déclamations des écrivains jansénistes et des partisans de la nouvelle philosophie n'avaient fait qu'accroître et fortifier les préjugés des protestants contre les ordres religieux ; et la proscription des Jésuites en Portugal, en Espagne et en France avait enhardi partout leurs ennemis. La province d'Utrecht arrêta de ne plus tolérer les Jésuites et les religieux sur son territoire. Seulement on devait laisser s'éteindre ceux qui étaient alors en place. Quatre Jésuites moururent successivement après cette résolution : l'un à Munsfore, un autre à Weeg et deux à Ulrecht. Les deux premiers furent remplacés par des prêtres séculiers. La province de Frise paraît avoir pris pour modèle en cette occasion la province d'Utrecht. Des commissaires furent chargés de faire un rapport sur le clergé catholique, et, en particulier, sur les religieux et les Jésuites. Ce rapport fut communiqué au stathouder qui l'approuva. En conséquence, les Etats de Frise publièrent, le 16 mars 1776, un placard en dix articles; il portait qu'aucun prélre ne pourrait exercer son ministère dans la province sans le consentement des magistrats du lieu 5 que si ce consentement était refusé, le prêtre pourrait se pourvoir devant le collège des députés des Etats-, qu'on ne permettrait dorénavant l'exercice du ministère qu à des sujets nés dans les Provinces-Unies ; qu'on n'y admettrait aucun religieux, encore moins des Jésuites, mais seulement des prêtres séculiers ; que tout prêtre, lors de son admission, promettrait solennellement aux magistrats de sa résidence de n'enseigner aucune doctrine qui tendrait à blesser ou à altérer les droits et la

au nord-est, Groniiii^uc; au nord-ouest, la Frise (Lewarden) ; au sud, Ove-> ryssel (Dewentcr), la Gueldre hollandaise (N'iinègue), et U trecht ; à l'ouest, la Hollande ^Amsterdam), et la Zélande formée de plusieurs îles, Walcheren, Nord-Béveland, etc.

En outre, une partie du Brahauf, Bois-le-Duc, la baronie de Berg-op- Zoom, Maestricht, une partie du Limbourg et de la Flandre septentrionale, dépendaient des Provinces-Unies. ]]

puissance du souverain, mais qu'au conlraire il inculquerait à son troupeau l'obéissance, et tâcherait de procurer de tout son pouvoir la paix et la tranquillité intérieure du pays. Quant aux religieux exerçant déjà dans la province, on trouva bon qu'ils y continuassent leur ministère, quand même ils ne seraient pas nés sur le territoire de la République, pourvu qu'ils fissent la déclaration ci-dessus prescrite. Mais par l'article 7, les anciens Jésuites étaient exclus de cette concession, et ils étaient tenus de sorlir de la province dans six semaines, à compter de la date du présent placard 5 les magistrats devaient faire exécuter cet ordre sans connivence. Les articles 8, 9 et 10 du placard regardaient les biens des églises. Les deux premiers portaient que les États ayant, par un placard de 1755, confirmé en 1757, chargé chaque église de l'entretien de ses pauvres, l'équité demandait qu'on ne disputât pas à ces communautés le droit de posséder des biens destinés à cette fin. En conséquence, on permettait que les biens-fonds appartenant à des paroisses catholiques ne fussent plus possédés sous des noms empruntés, et qu'ils fussent inscrits sous le nom même des églises, et sous l'inspection des magistrats, à condition que ces églises ou communautés payassent à l'Etat tous les trente ans le droit de collatéral, ou quarante deniers, pour tous les immeubles et effets qui leur appartiendraient. Le dixième article déclarait valides tous legs et donations faits entre vifs en faveur des églises catholiques ou des maisons des pauvres, à condition que ces biens fussent effectivement employés au service des églises ou maisons susdites. Il est aisé de voir que ce placard est moins rigoureux que celui de 1730, puisque la déclaration prescrite à celte dernière époque était modifiée, et que les religieux en exercice étaient tolérés (1).

(1) Les Nouvelles ecclésiastiques du IS juin 1776, qui donnent un extrait de ce placard, admirent les dispositions pacifiques et équitables des Etats de Frise. Elles approuvent formellement le Lannissement des Jésuites, et ajoutent que si l'exclusion est étendue à tous les religieux, ceux-ci ne doivent l'attribuer qu'a eux-mêmes, parce qu'ils se sont montrés les vils

AN.NÉl£ I77G. 5!

— Le 1" mai. Weishaupt jette a Isgolstadt les fondements DE l'illuminisme. Cct liommc, devenu depuis si fameux en Allemagne, était un professeur en droit à Ingolsladt, en Bavière. Génie inquiet et turbulent, avide de renom, mais surtout dominé par une antipathie déclarée contre le christianisme, et par un amour démesuré de rindépendance, il conçut le projet d'une société universelle et secrète, modelée h peu jirès sur celle des francsmaçons. Cette société, Weishaupt prétendait qu'elle était fort ancienne. Il en dressa lui-même le code. Il lui donna d'abord le titre d'ordre des perfectibilistes , et ensuite

esclaves des Jcsintes et des Jlfitlcurs de ta cour de Home. Telle était la inndération et rimpmtiiilité flii jiarti dont les Nntu'eïles étaient l'organe.

Nous trouvons un autre exemple d'impartialité du même parti à l'occasion d'un fait arrivé peu après en Hollande, et nous croyons devoir le ra|)portcr succinrlement. Un Hollandais , nommé François Van-Dyk , mourut le 31 mars 17C5 il l'hospice des Orphelins de Haarlem, oii l'on recevait aussi des catholiques vieux et infirmes. Ce Van-Djk était attaché à l'église janséniste de Haarlem. Il laissa par testament quinze cents florins à l'hospice, il condition qu'on y dirait la messe pour lui. Or le chapelain de la maison ne reconnaissait point la juridiction de l'évèque janséniste de Haarlem, qui n'en avait en elTet aucune ; il tenait ses pouvoirs du nonce de Bruxelles, qui était chargé de la mission de Hollande. Le service pour Van-Dyk fut donc refusé: mais les administrateurs de l'hospice prétendirent néanmoins entrer en possession du legs, disant qu'il était pour la maison, et offrant toutefois de laisser une somme convenable pour un service qui serait célébré par un prêtre attaché comme le défunt ii l'évèque de Haarlem. C'est là-dessus que le débat s'établit. La cause fut portée devant les échevins de la ville et plaidée eonliadicloirement. L'avocat des exécuteurs testamentaires entreprit de prouver que les jansénistes de Hollande étaient orlUodoxes. 11 parla longuement sur le formulaire, sur la constitution Unigenitus et sur la question de juridiction. Les Noiwellcs ecciesicutiques du 25 décembre 1780 donnent l'analyse de son plaidoyer el le citent comme un i)uissant argument en leur faveur. Le 2 août 1780, les échevins de Haarlem prononçaient leur jugement, qui déboutait les administrateurs de leur demande. Le rédacteur des lYou- ^'ellcs applaudit à ce jugement. « C'est la première fois, dit-il, que cette » cause a été discutée légalement dans un tribunal régulier, depuis ])lus de » quatre-vingts fins que dure le débat entre la cour de Rome et l'église » d'L'trecht. » Ainsi les échevins protestants de Haarlem étaient un tribunal régtdier dans une question de doctrine et de juridiction ecclésiasti(|ue. Ainsi des gens condamnés dix fois à Rome se consolaient, parce qu'ils pouvaient citer en leur faveur un jugement de laïr(ues et de calvinistes! Plaisants catholiques qui se réjouissaient de pouvoir opposer aux brefs et décrets des Papes un certificat d'orthodoxie délivré i)ar un avocat et des bourgeois protestants de Haarlem ! La dérision est poussée ici jusqu'au ridicule.

celui de ï ordre des illuininés. Voici en quels. termes il définit le but de cette société et l'esprit qui devait animer ses membres : « Réunir en vue d'un intérêt élevé, et par )) un lien durable, des hommes instruits de toutes les par- » ties du globe, et de toutes les religions, malgré la di- » versité de leurs opinions et de leurs passions-, leur l'aire » aimer cet intérêt et ce lien, au point que, réunis ou sé- )) parés^ ils agissent tous comme un seul individu, qu'en » dépit de leurs différentes positions sociales, ils se trai- )) tent réciproquement comme égaux ^ et qu'ils fassent » spontanément et par conviction ce qu'on n'a pu faire )) effectuer par aucune contrainte publique , depuis que » le monde et les hommes existent. » On assure que Weishaupt, qui, dans sa jeunesse, avait été élevé chez les Jésuites d'Ingolstadt, modela en grande partie l'organisation de sa société sur celle des Jésuites; mais, selon lui, tout ce qui, dans l'institut de saint Ignace , avait produit de fâcheux effets, allait en produire de salutaires au profit des progrès de la philosophie (1).]] Les statuts imposaient aux membres une obéissance aveugle envers les supérieurs, et exigeaient même, dans certains cas, une confession orale. Les initiés montaient successivement à différents parades, suivant les dispositions que l'on remarquait en eux ; mais on ne leur révélait le vrai secret de l'ordre, que lorsqu'on s'était assuré de leurs sentiments. Plusieurs restaient longtemps dans les grades inférieur^, en attendant qu'on les amenât peu à peu à secouer leurs préjugés, et l'on n'imaginerait guère jusqu'où Weishaupt apportait sur ce point son adresse et ses moyens. Il relevait les avantages de son ordre, il en exaltait les principes et les règles. Profondément dissimulé, il ne dévoilait qu'une partie de ses secrets. Ses discours et ceux de ses affidés tendaient à éteindre par degrés dans la plupart de ceux qu'on recevait dans l'ordre, les idées de religion et de vertu, et celui qui n'y était d'abord entré que par curio-

(1) Feller, Dictionnaire historique, article Weishaupt.

site et par amour de la nouveauté, finissait par prendre l'esprit de ses maîtres, et par abjurer aussi toute croyance religieuse et toute dépendance sociale. Weishaupt ne pouvait guère lui-même prévoir ses succès, quand, le 1" mai 1776, il inscrivit son nom sur la liste, alors fort courte, des illuminés. Il s'y mit sous le nom de S/Jartacus, comme pour apprendre aux siens qu'ils devaient secouer le joug de l'esclavage et ne plus reconnaître d'autorité, Deu.x de ses écoliers, qu'il avait gagnés, furent les premiers de ses adeptes. ïl leur donna aussi des noms de guerre, et en fit ses apôtres. Bientôt après un nommé Zwach se joignit à lui, et forma des loges illuminées à Munich. De là il s'en éleva dans différentes villes de Bavière.

Les circonstances favorisaient extrêmement les vues de Weishaupt. Depuis quelques années l'esprit d'incrédulité s'était aussi propagé en Allemagne. Là, comme en France, des écrivains hardis s'attachaient à saper les principes religieux. Plusieurs souverains allemands augmentaient la séduction en s'y livrant eux-mêmes. En Prusse, Frédéric professait l'irréligion. Il accueillait à sa cour les incrédules les plus renommés, protégeait leurs productions, et favorisait la circulation de leurs principes. A Vienne, Joseph II n'était pas inaccessible aux flatteries et aux sophismes des philosophes. On m'assure que l'empereur est des nôtres, écrivait Voltaire, et Frédéric lui marquait, en 1770, que ce prince aimait ses ouvrages , quil les lisait autant qu'il pouvait, et qu'il n était jien moins que superstitieux (l). [[Joseph publia, le 1 1 décembre 1773, au sujet des francsmaçons, un rescrit impérial fort singulier. Après avoir dit qu'il était à sapropre connaissance que plusieurs loges particulières avaient donné occasion à quantité d'indécences, il

(1) f[ Toulcfois ce prince, qui, cette année nirinc, visita la France, garda de la réserve par rapport à la religion, quoiqu'il laissât percer sou goût pour les innovations. En retournant en Allemagne, il passa près de l'erney, et Voltaire, qui avait conçu l'espoir de recevoir sa visite, tut très-niorlilié de n'avoir pas cet honneur. \]

ne laissait pas d'autoriser les réunions de francs-maçons, à condition qu'ils se soumissent à observer un règlement qui lui paraissait écarter tout ce qu'elles pouvaient avoir de préjudiciable à la religion, au bon ordre et aux bonnes mœurs (\).~^ D'autres princes moins puissants suivaient les mêmes errements; et l'on sent ce que leurs exemples avaient dû produire de mauvais effets. Les sujets se laissent aisément aller à imiter les princes, qui leur tracent la route du mal.

Weishaupt n'eut donc presque qu'à se montrer, pour attirer à lui des hommes déjà séduits. Bientôt il compta des adeptes dans presque toutes les parties de l'Allemagne. La jeunesse crédule, irréfléchie, aisée à séduire, donna dans les pièges du novateur; c'est à elle surtout que s'adressaient ses efforts. Sa place de professeur lui en facilitait les moyens. Il circonvenait les jeunes gens par ses émissaires, les recevait chez lui, et leur insinuait, dans de fréquents entretiens, le poison de ses maximes. Un baron hanovrien, nommé Knigge, dont il avait fait la conquête, le secondait avec ardeur, et travaillait à pervertir le nord de l'Allemagne, tandis que Weishaupt se réservc»it le midi. Knigge profila d'une circonstance qui lui parut propre à étendre l'association naissante. Une assemblée générale de francs-maçons se tenait à Wilhemsbad, par les soins du prince Ferdinand de Brunswick, qui en était grand-maître. On s'y rendait de toutes les parties de l'Europe. Knigge y alla, et trouvant, dans un pareil rassemblement, des hommes qui avaient abjuré toute croyance; il les gagna facilement à sa cause, et en fit des illuminés. Déjà Tordre comptait dans son sein , non pas seulement de simples particuliers, des noms inconnus, mais des seigneurs titrés, et même, qui le croirait! des souverains. Sans doute que Weishaupt leur avait caché son aversion pour toute espèce de dépendance. Sans doute qu'il leur avait dissimulé le serment qu'il faisait, dit-on,

(1) Nou^/elles ecclésiastiques de 1786, page 110,

prêter dans les derniers grades de détester les rois, et qu'il ne leur avait manifesté que ce qu'il pouvait leur révéler sans les blesser, savoir ses projets hostiles contre la reli- .o-ion, et son horreur pour les prêtres. On nomme en Allemap-ne cinq princes souverains qui embrassèrent Xilluminisme, sans compter ceux que l'on ne connaissait peut-être pas. Quelques-uns, à la vérité, ouvrirent dans la suite les yeux, et abandonnèrent la secte, mais sans en avoir découvert apparemment toutes les vues iniques et profondes -, car on ne voit pas qu'ils aient pris aucune mesure pour en arrêter les progrès. Nous verrons toutefois, sous la date du 12 juin 1784, les efforts courageux que fit l'électeur de Bavière pour dissiper ces sociétés secrètes dont il sut reconnaître tout le danger.

Ce que l'on ne peut déplorer assez, c'est que des ecclésiastiques nient pu s'enrôler dans une telle conjuration. Les archives de l'ordre nomment des prêtres , des curés : il faut cependant avouer que Weishaupt se fit peu de partisans dans cette classe, et que, si plusieurs furent d'abord dupes de ces artifices, ils le quittèrent pour la plupart lorsqu'ils eurent appris à le connaître, et qu'ils soupçonnèrent où l'on voulait les mener. De ce nombre fut, dit-on, un homme élevé à de hautes dignités dans l'église d'Allemagne (1).

— Le 24 février. Mort de Joseph, roi de Potitlgal;

COMMENCEMENT DU KÈGNE DE MaUIA I"". [[NoUS aVOUS déjà CU

(1) Les détails qui font le sujet de cet article sont extraits des Mémoires sur le jacobinisme, de l'abbé Barruel. Ces Mémoires ont été taxés d'exagération sur quelques points, et, en effet, pour ce qui regarde les franc s-maçons français et leurs rapports, soit avec les philosophes modernes, soit avec les jacobins, il y a des choses qui paraissent hasardées et qui ne sont pas appuyées sur assez de preuves; mais quant à ce qui regarde ,les illuminés de Bavière, l'abbé Barruel a rassemblé, à cet égard, un grand nombre de faits, et même de pièces et de documents, qui forment comme une masse de témoignages auxriucls il nous semble difficile de se refuser.

m ANNEE 1777.

l'occasion de remarquer que le commencement de réconciliation qui avait eu lieu avec le Saint-Siège vers la fin du règne de Clément XIV, avait été très-imparfait (1). Il n'avait pas laissé de mettre un terme à une situation trèsfuneste aux intérêts de la religion : les évéchés, qui étaient restés vacants pendant un si grand nombre d'années, avaient été canoniquement remplis 5 les nonces apostoliques avaient été réintégrés dans les principaux droits qu'ils avaient coutume d'exercer en Portugal. Le roi avait donné des marques très-publiques de son respect pour le Siège apostolique (2). Dans ses derniers jours, ce prince parut comprendre qu'il avait à faire des réparations plus complètes. Nous emprunterons ici les paroles dont se servit Pie YI, dans l'allocution qu'il adressa aux cardinaux, à l'occasion de la mort du roi Josepb : u Voyant qu'il allait )) bientôt paraître devant celui qui jugera les justices, il » s'appliqua à corriger ce qui avait été entrepris sous son » règne contre les règles de la justice 5 et, après en avoir » conféré avec la reine son épouse, il ordonna qu'on mît » en liberté ceux des détenus qui restaient oubliés depuis » longtemps dans les prisons, et entre les autres ce prélat » illustre ( l'évêque de Coïmbre) qu'on avait autrefois vio- » lemment arracbé à son église , et qui était depuis si » longtemps redemandé par elle (3). Il voulut qu'on ré- » tablît dans leur premier éclat la dignité des églises » autrefois troublée et comme anéantie. Il donna à la » princesse sa fille, qui allait lui succéder, des avis très- }) mémorables, lui recommandant de veiller aux intérêts » de la religion, à l'observation des lois divines, à l'union » entre le sacerdoce et l'empire (4). » ]]

(1) Mémoires, tome IV, page 340.

(2) \[ On peut voir, en particulier, les honneurs que Joseph fit rendre au nonce Conti, lors de sa promotion au cardinalat (P. Theiner, Histoire du pontificat de Clément XIF, tome II, page 31S). Plusieurs évèques hésitant à se servir, dans leurs mandements, de la iormule par la grdce du Sicge apostolique , il leur avait demandé de la rétablir.]]

(3) Voyez Mémoires, tome IV, page 291.

(4) BuUarium romanum PU VI, »• 129.

. ANN'Kt: 1777. ST

La mort du roi fut immédiatement suivie de la disgrâce de Pombal. Marie P% qui montait sur le trône, était une princesse très-religieuse. Pombal, qui connaissait son éloignement pour sa manière de gouverner le royaume, avait intrigué pour faire passer la couronne sur la tête du fils aîné de la princesse ; mais il avait échoué dans ce dessein. Il fut mis en accusation, et ce ministre, qui s'était emparé de toute la confiance du roi, se trouva heureux d'échapper à la punition dont il était menacé. Tous les ordres de l'Étal témoignèrent hautement leur joie d'être délivrés du joug d'un homme qui mettait ses caprices à la place des lois, les violences à la place de la justice, qui avait fait couler le sang, et avait pris des mesures funestes à la religion. Mais la reine respecta en lui la confiance dont son père l'avait honoré, et quelques ministres voisins firent intercéder en sa faveur. Un décret définitif porté contre lui, en 1781, portait qu'il était criminel, mais qu'ayant égard à son âge avancé, la reine l'exemptait de la punition qu'il avait méritée, et lui ordonnait de se tenir éloigné de vingt milles de la cour (l). Il mourut en effet peu après, le 8 mai 1782, dans sa quatre-vingt-cinquième année (2). Plusieurs des injustices qu'il avait commises furent réparées : l'évêque de Coïmbre, dell' Annunziata, si maltraité en 1768, sortit de son cachot : les prisons rendirent enfin à la liberté les victimes qu'elles recelaient, et en particulier quelques Jésuites, qui, depuis la suppression opérée en 1759, gémissaient encore dans les fers. La reine ne se contenta pas de faire des pensions aux membres de la Compagnie expulsée : elle comprit qu'elle devait réparer lé tort matériel fait au Saint-Siège par les dépenses que lui avait imposées la subsistance de tant de religieux jetés sans

(1; Fellcr, Dictionnaire historique, article Pomiul.

(2) On lit dans les Mémoires déjà cités du cardinal Pacca, que, quelque temps après sa disgrâce, Pombal fut visité par le vénérable évèque de Coïmbre qu'il avait persécuté, et qu'il se mit à genoux devant lui et le pria d'oublier ses torts. Le cardinal Pacca rend justice aux grands talents de ce ministre malheureusement si violent et si hoblilc à l'Eglise.

aucune ressource sur les terres de l'Eglise, el elle fit payer à cette intention une somme d'un million et quatre-vingt mille écus (l). Le nonce du Pape rentra dans tous les privilèges dont il avait été dépouillé. Les établissements religieux que l'on avait proscrits furent rétablis j le siège de Lisbonne recouvra ses honneurs, son revenu, son chapitre; les évoques sortirent de servitude. Cependant Pombal avait mis en place des gens qui y restèrent, et qui, imbus des mêmes principes que lui, continuèrent à les répandre, et s'eflbrcèrent d'affaiblir dans ce pays l'attachement au Saint-Siège et à la foi.

[[La reine, princesse d'un esprit faible, et disposée à la folie, qui se manifesta vers la seizième année de son règne, n'avait pas l'habileté que réclamaient les circonstances, et elle ne pouvait trouver un secours bien eîïicace dans le roi dom Pèdre, à la fois son oncle et son époux , prince d'un esprit étroit et borné 5 elle avait nommé à la place influente de secrétaire d'Etat un nommé Scabra, qui lui avait autrefois rendu l'éminent service de l'avertir des desseins que Pombal avait formés pour l'écarter du trône, mais qui n'en était pas moins imbu des mêmes principes (2).

On doit donner une attention spéciale à la direction prise par l'université de Coïmbre , qui était comme le centre de l'enseignement en Portugal. Pombal s'était appliqué à la relever 5 il en avait fait comme une fondation nouvelle ; il lui avait attribué le riche collège que les Jésuites avaient possédé à Coïmbre. Le Pape Pie VI, avant la mort de Joseph, avait consenti à unir à l'université d'autres revenus assez considérables de biens ecclésiastiques ; mais malgré ces concessions de l'Eglise, la doctrine de l'école n'en était pas moins funeste; les principes du jansénisme et d'un gallicanisme exagéré, très-voisin de l'anglicanisme,

[ (1) Artaud, Histoire des Papes, article Pie VI.

(2) C'est ce qu'assure le cardinal Pacca, qui, dans le temps de sa nonciature en Portugal, avait été à portée de bien connaître les choses. C'est à ia Relation sur la nonciature de Portugal que nous empruntons ces détails.

en faisaient la base. Nous avons vu que ce qui avait occasionné l'emprisonnement de l'évêquc de Coïmbre, c'était le zèle avec lequel il avait voulu écarter des auteurs aussi suspects que certains écrits de Dupin , et surtout le Fébronius (1). Pendant la captivité du prélat, !e gouvernement avait, au mépris de toutes les règles, fait nommer comme vicaire capitulaireLemos Faria, qui ne seconda que trop les vues de Pombal (2). Au temps de la réconciliation du Portugal, Clément XIV, pressé par les instances du roi, et ignorant vraisemblablement la grandeur du mal, lui avait donné le titre d'évèque de Mello in partihus , avec les droits de coadjuteur de Coïmbre, en sorte que, même après la délivrance de M. delT Annunziata, et surtout après sa mort, cet indigne prélat put continuer à protéger les nouvelles doctrines (3). Parmi les autres évéques du royaume, il en était un trop grand nombre qui, malgré une vie d'ailleurs exemplaire, conservaient toujours un peu de cette crainte servile du pouvoir civil que les violences de Pombal avaient répandue parmi le clergé de Portugal (4). C'est à ces funestes causes qu'il faut rapporter ces dissidences malbeureuses qui dans la suite mirent plus d'une fois le Portugal sur la voie du schisme. ]]

— Le 28 février. Congrégation tenue a Rome dans la

CAUSE DE LA BÉATIFICATION DU VÉNÉRABLE JeAN DE PalAFOX.

Jean de Palafox, né en Espagne en l600, évéque d'Angelopolls dans le Mexique, en 1639, mourut en 1659, évcque d'Osma en Espagne, où il avait été transféré. Sa piété est attestée par sa conduite et par ses écrits. Il eut sur la juridiction des différends avec les Jésuites, et il se plaignit d'eux dans une lettre au Pape, du 25 mai 1647. On lui

(1) Mémoires, tome lY, page 298.

(2) Ibid.

(.3) C'est ce même évêque de Mello qui parvint plus tard à s'emparer de la direction de la reine; direction fatale, à laquelle on attribua d'avoir influé sur la folie de cette malheureuse princesse, frappée de la monomanie du désespoir de son salut. (Nonciature du Portugul, par Pacca.)

^4) C. Pacca, ibid.

dd ANNÉE 1777.

en attribue une autre plus vive encore du 8 janvier 1649. Quoi qu'il en soit, il fut question sur la fin du dix-septième siècle d'instruire le procès de sa béatification. Les cardinaux Casanate et Porzia s'en étaient autrefois occupés, et Benoît XIII admit la cause en 1726. En 1741 Benoît XIV en chargea le cardinal Passionei, à la place du cardinal Porzia. L'affaire fut conduite avec assez de lenteur, et ne parut reprise qu'en 1760. Le 12 août de cette année, Charles III, roi d'Kspagne, avait écrit à Clément XIII pour demander qu'on pressât davantage l'instruction de cette cause. C'est de ce moment que l'on y travailla à Rome avec plus de zèle. Un décret de la Congrégation des Bits, du 10 décembre 1760, porta que les écrits de Palafox ne contenaient rien contre la foi et les mœurs, et qu'en conséquence on pouvait passer outre. Après de nouvelles ditîicultés et de nouvelles informations, un décret semblable fut encore rendu le 23 août 1766, et le 21 février 1767, un troisième décret déclara que les mêmes écrits ne contenaient rien qui ne fût conforme à l'esprit de Dieu. Le 10 septembre 1770, Clément XIV ordonna de ne plus s'occuper de ces écrits qui avaient été sufîisamraent examinés, et de passer à l'examen des vertus de l'évéque. C'est à cette époque surtout que les mémoires se multiplièrent le plus sur cette affaire. Les Jésuites publièrent plusieurs brochures, dans lesquelles ils accusaient tour à tour la doctrine et la conduite de Palafox. Ils voulaient le faire passer pour janséniste 5 mais cette allégation ne paraît fondée que sur les éloges que les jansénistes ont faits de Palafox. Après sa mort, ces éloges pouvaient paraître suspects de leur part. Ils avaient quelque intérêt à proclamer la sainteté d'un prélat qui avait été en opposition avec les Jésuites, et il leur semblait qu'en le faisant canoniser, ils canoniseraient aussi leur antipathie pour la Société. Ils se donnèrent donc beaucoup de mouvements pour presser la décision, et se plaignirent amèrement des sages lenteurs et de la maturité avec lesquelles on procédait à Rome. On publia à celte occasion plusieurs volumes in-folio de pièces, de

mémoires et d'écrits contradictoires (1). Enfin, après de longues discussions, informations et examens , Pie M convoqua une assemblée de tous les membres de la Congrégation des rits, pour donner leur avis sur cette affaire. Cette assemblée se tint en présence du Pape , le 28 février, Surquarantcetun membres, vingt-six furent d'avis qu'on pouvait procéder à la béatification -, quinze émirent un vote contraire. Parmi ces derniers étaient le cardinal Calini, le prélat Dugnani, le promoteur de la foi, Dominique Zarapieri, etc. (2). Le Pape ordonna à chacun des votants de donner par écrit son vœu avec ses motifs; il s'abstint de porter une décision. On sait que Benoît XIV, dans son D'ahé de la canonisation des Saints ^ conseille que le Pape suive les deux tiers des voix. S'il y a en effet une matière où il soit nécessaire de s'entourer de plus de suffrages, c'est quand il est question de proclamer la sainteté d'un personnage et de le proposer à toute l'tglise comme un modèle et un objet de vénération; il est de la sagesse de ne pas porter dans ces matières une décision qui pourrait rencontrer des contradicteurs ; un jugement de canonisation est la déclaration de l'opinion unanime des peuples sur la sainteté d'un particulier. Or, quand cette sainteté est méconnue par un assez grand nombre, n'y aurait-il pas d'inconvénient à la proclamer ? Aussi les Papes ont évité de canoniser des hommes dont la réputation ou les écrits avaient été l'objet de censures ou même de préventions. C'est pour cette raison qu'ils n'ont pas prononcé la canonisation de Bellarmin , quoique la vie et les travaux de ce

(1) Blasi et MarioUo répondirent aux objections des Jésuites et aux animacWersions du promoteur de la loi; leur inéiiioire ne paraît pas aussi modéré et aussi im))arlial qu'il serait ii souhait<r. Des écrits rédigés dans un meilleur esprit sont celui qui parut en 1773 sous ce titre : Janseniani eiroris calumuia à V. Joannc de Palafox sublala, et les Lettres de Mamachi sous le nom d'Aléthès Pliilalète, en 3 volumes. Ces deux auteurs paraissent séparer tris-hicn ce qui ne doit pas être confondu et marclicr sagement entre deux excès. Ils discutent les plaintes des Jésuites et les lanfaronnades de leurs adversaires.

(2) f''oycz ses Hemarques sur la cause de Palafox, Rome.

saint et savant Jésuite eussent sembléjdevoir lui procurer cet honneur 5 mais on a eu égard aux réclamations des souverains blessés de quelques-uns de ses principes. Pie Y[ crut également devoir déférer aux représentations de quelques évèques sur la canonisation de Palafox. On ne pouvait se dissimuler qu'elle était poursuivie par un parti, et l'on craignit que ce ne fût lui fournir des armes que de lui accorder ce qu'il sollicitait avec une ardeur et une affectation de zèle fort suspectes. Telles furent sans doute les vues de modération et de prudence qui décidèrent Pie VI à ne rien prononcer sur cet objet. La cour d'Espagne, mécontente de ce retard, fit présenter au mois de mars 1777, un mémoire pour presser la conclusion : on s'y plaignait des Jésuites, que le ministère espagnol continuait à poursuivre avec beaucoup de ténacité et de chaleur. Le chef de l'Eglise ne crut point devoir déférer à ces représentations. Sur quoi le ministère espagnol fit dresser un état du nombre des causes de canonisation pendantes à Rome. II s'en trouva quarante-deux, et l'on prétendit qu'elles coûtaient annuellement un demi-million. On ordonna dans un moment d'humeur de les discontinuer. Celle de Palafox avait produit quatorze volumes in-folio d'écritures. Le 7 avril 1789, le roi Charles IV, successeur de Charles III, écrivit encore au Pape pour lui recommander cette affaire. On ne voit pas que ces nouvelles instances aient produit aucun effet, et la cour de Rome ne crut point devoir se départir du plan qu'elle n'avait adopté que par les vues les plus louables de discrétion, de paix et de sagesse.

— Le 7 juin. Déclaration du roi de France concernant LES Jésuites. La Société éteinte portait toujours ombrage à ses ennemis. Ils craignaient encore de la voir renaître de ses cendres, et cette crainte troublait leur repos. Plusieurs ex-Jésuites étaient rentrés en France depuis la disgrâce de la magistrature, et y avaient accepté différents emplois. Leur présence et la tranquillité dont ils jouissaient, servaient de prétexte à des alarmes feintes ou réelles. Au mois de février précédent, un président de chambre aux En-

ANNEE rrn. 63

quêtes. Audran. les dénonça au parlement de Paris, comme cherchant encore à se faire rétablir.

[[Après les changements opérés à rÉcole-Militaire, dont il a été parlé plus haut (l), le bruit avait couru qu'il était question de former dans les bâtiments de cet établissement un séminaire d'aumôniers pour les armées du roi : on supposait que les anciens Jésuites étaient les auteurs de ce projet, et qu'ils cherchaient par là un moyen de se relever 5 et déjà quelques écrits paraissaient pour combattre ce plan. On faisait aussi grand bruit de quelques écrits plus ou moins adroits, où Ton attaquait le bref de Clément XIV, et où l'on parlait du retour des Jésuites. Cette dénonciation ne fut accueillie par une partie du parlement qu'avec assez de froideur (2).]] On s'attendait toutefois à voir cette cour adopter de nouvelles mesures : mais le roi prit les devants par un édit daté du mois de mai, où, après avoir rappelé V extinction totale et sans retour de la Société de Jésus opérée par le roi son aïeul dans tout le royaume, et son extinction absolue dans tous les États catholiques, il faisait connaître ses intentions sur les moyens les plus convenables pour faire participer d'une manière plus parfaite les membres de cette Société détruite aux effets de son amour pour tous ses sujets, en prenant néanmoins toutes les mesures que sa sagesse exige pour éditer ce qui pourrait troubler la tranquillité du royaume. [[Les principaux articles statuaient (art. 2) qu'ils ne pourraient vivre plusieurs en société, sous quelque prétexte que ce put être : qu'ils n'entrcliendaient aucune correspondance avec les étrangers qui auraient été de la Société (art. 3)5 qu'ils ne pourraient posséder ^an> les i'i7/e5 de bénéfices à charge d'âmes, ni v exercer de fonctions de vicaires (art. 4); qu'ils ne pourraient occuper les mêmes places, dans les campagnes , ou prendre possession d'aucun bénéfice , sans avoir rapporté un acte de soumission

(1) Foyez dans ce volume, page 46.

(2) youi'elles ecclésiastiques pour 1777, page 174.

aux dispositions de l'édit de 1764 (art. 6), etc. (1).]] Le parlement en enregistrant cet édit, le 23 mai, avait voulu y ajouter quelques clauses restrictives, savoir que les Jésuites résideraient dans leurs diocèses respectifs, qu'ils ne pourraient posséder dans les villes de canonicats, qu'ils n'exerceraient dans les villes aucunes fonctions publiques du ministère, la prédication par conséquent; et qu'ils feraient serment de maintenir les quatre articles de 1682. Mais une déclaration du 7 juin ne confirma que cette dernière disposition; et elle fui enregistrée sans nouvelle opposition.

— [[Le 25 Juin. Bulle relative a Malte. Il s'était passé a Malte, le 14 septembre 1775, un événement très-bizarre, et qui serait à peine croyable, s'il n'était confirmé par la manière dont le Pape en parle dans sa bulle. Le trop grand nombre d'ecclésiastiques, ou d'bommes portant l'habit ecclésiastique parce qu'ils avaient reçu la tonsure, mais engagés ensuite dans le mariage, occasionnait beaucoup de désordres à Malte; l'abus des immunités ecclésiastiques y favorisait la licence; et le mal était accru par la conduite de l'évêque lui-même, qui ne vivait pas en bonne intelligence avec le grand maître de l'ordre, Ximenès de Texada. 11 se forma contre les chevaliers une conspiration, à la tête de laquelle paraît avoir été un ancien missionnaire, nommé Gaétan Manarini (2). Profitant de l'absence des principales forces de la religion de saint Jean, qui étaient alors occupées dans une expédition contre Alger, cet intrigant, à la tête d'environ deux cents ecclésiastiques, s'empara par surprise et trahison desdeux forts Saint-Elme et le Cavalier, qui dominaient toute la ville, fit prisonnière la garde à laquelle ils étaient confiés, et après avoir pointé les canons contre le palais du grand maître , il appelait le peuple à la révolte. Mais les cheva-

(1) Voyez Mémoires, tome IV, page l'i5.

(ï) La Gazelle de France du 23 octolnc 1775 appelle Manarini ou Mannrino, Tiiissioiinaire H jiiéclicaleur. Les Nouvelles ecclésiastiques pour 1776, page 16, supposent malignement que c'était un ancien Jésuite.

AN.NÉL: 1777. o:i

liers ayant fait fermer les portes de la ville, et lait mettre à la chaîne les esclaves (il y en avait environ cinq mille), personne ne se déclara pour les conjurés, et ils furent obligés d'entrer en capitulation : ils menaçaient, si l'on refusait d'accepter leuis conditions, de faire sauter le ma.j^asin à poudre, ce qui aurait amené la destruction de la ville : pendant la négociation, les soldats de la garnison des forts parvinrent à se dégager et à rentrer par des issues qui leur étaient connues, dans des postes avantageux. Cène fut plus alors qu'une déroute générale des conjurés, dont les uns prirent la fuite, et dont les autres furent saisis et livrés à la justice.

C'est pour prévenir le refour de semblables attentats, qui sont rappelés sommairement dans le préambule de la bulle, et pour prouver aux chevaliers sa reconnaissance pour les services qu'ils rendaient à la chrétienté, en réprimant les entreprises audacieuses des pirates, que Pie VI régla différents points qui concernaient l'admission à la cléricature et l'usage des immunités ecclésiastiques. Dans l'île de 3Ialte, il défend d'admettre à la tonsure ceux qui ne posséderaient pas un patrimoine convenable, à moins que ce ne fût pour être pourvu d'un bénéfice ecclésiastique. On ne pouvait être promu aux ordres mineurs, si l'on n'avait passé au moins trois ans dans un séminaire, et si l'on n'avait donné des preuves de sa bonne conduite, Le Pape déterminait les cas dans lesquels le privilège du for ecclésiastique peut s'appliquer; il restreignait 1 immunité locale, qui empêchait quelquefois qu'on pût saisir des coupables avec assez de facilité (1). Pie VI s'appliqua aussi à rétablir la bonne harmonie entre le grand maître et l'évéque de Malte (2).]]

— Le 18 novembre. Testament be M. Rouillé des FiLLETiÈKES. Nous nc citous ici ce testament que parce qu'il donna lieu à un procès singulier, et parce qu'il avait

(1) hullariumromanum Pu FI, n. 131.

(2) Artaud, Jlhtoirc des Papes, article Pu: Vf.

rapport à une caisse d'une nature assez étrange, dont il confirma l'existence, et dont il révéla les ressources et les moyens. Cette caisse était connue depuis longtemps sous le nom de boite à Perrette, et ion dit qu'elle fut appelée ainsi du nom de la gouvernante de Nicole, lequel laissa à cette fille les premiers fonds. Cependant, suivant une autre version, Nicole confia ces fonds à trois légataires ou plutôt à trois fidéi-commissaires, qui furent le père Fouquet, de l'Oratoire, l'abbé Couet et du Charmet. Nicole leur expliqua ses intentions dans deux mémoires joints à son testament. Il y disait que ses biens devaient être dépensés en œuvres de pitié, et il recommandait instamment de faire en sorte (\\\ils ne passassent jamais à des parents, et quils fussejit transmis successi\^ement et à perpétuité à des personnes sûres et désintéressées. Il y eut procès entre les liéritiers de Nicole et ses légataires, mais il fut terminé par une transaction en vertu de laquelle presque tout resta à ces derniers. Le père Fouquet, dépositaire du legs de Nicole, mourut en 1733, et transmit le legs à l'abbé d'Eaubonue, chanoine de la métropole de Paris, et connu par son zèle pour la même cause. Ce fut sous sa gestion que les legs et les dons se multiplièrent. Depuis 1730, dit un Mémoire que nous ferons connaître, on voit une foule de personnes consacrer à Venvi leurs biens à la même œuvre. Le zèle de nos ancêtres pour les fondations religieuses ji" était ju plus vif ni plus généreux.

Il serait diilicile de donner exactement l'historique de toutes ces profusions. On sait seulement que le legs de Nicole qui était de 40,000 livres, s'accrut de près de 1,100,000 livres, pour ne citer ici que les legs connus, et certainement il y en a eu beaucoup d'autres secrets. En 1728, l'abbé Dorsanne fit à l'abbé d'Eaubonne un legs de 164,000 livres. En 1737, legs de M. de Bagnols -, on ne dit point à quelle somme il se montait; mais il dut être considérable, si l'on en juge par le zèle que M. de Bagnols avait de tout temps fait éclater pour le parti auquel il était attaché. Sa terre de Saint~Lyé, près Orléans, était le

rendez-vous des gens qui avaient des raisons pour se cacher 5 et 31. de Ségur, ancien évèque de Saint-Papoul, y avait habité quelque temps avec des ecclésiastiques, qui pour se mieux déguiser, y portaient, comme lui, l'habit laïque et même l'épée. Vers 1741, legs universel du sieur Dumanel, qui donna 150,000 livres. Il n'y eut pas jusqu'au bon lîollin qui ne grossît cette caisse d'une somme de miile écus. Cet homme, si judicieux d'ailleurs, avait eu le malheur de voir l'œuvre de Dieu dans les convulsions [[ou plutôt dans les miracles du diacre Paris]]. Eu 1742, leps universel de mademoiselle Gui ta ut- Despoisses. En 174C, donation de 110,850 livres, faite par la marquise de Vieuxpont, grande admiratrice des convulsions et des miracles. L'abbé d'Eaubonne était chargé d'employer tous ces legspour le même objet et sans en rendre aucun compte. En 1754, le sieur Langlet fit son légataire l'abbé Besoigne, qui l'avait déjà été, en 1727, du sieur Durieux. C'était donc encore une autre caisse. L'abbé Besoigne était aussi un partisan de la même cause, et il ne le cédait point à l'abbé d'Eaubonne en activité et en dévouement. En 1762, il institua pour ses légataires l'abbé de Majainville et M. Delaunay, puis il substitua M. des Filletières à M. Delaunay. De son coté l'abbé d'Eaubonne créa en 1764, le même des Filletières son légataire universel. Son legs était de 450,000 livres.

Des Filletières, dépositaire de sommes si considérables, et réunissant à lui seul les deux grandes branches de la caisse commune, paraît avoir mis dans sa gestion la même loyauté et les mêmes soins que ses prédécesseurs. Il avait deux registres, comme on le voit par les pièces du procès, l'un pour ses propres affaires, l'autre pour celles du parti dont il était le trésorier. Il écrivait exactement la recette et la dépense pour chaque année 5 et les pièces imprimées à l'occasion du procès, donnent cette recette et cette dépense pour plusieurs des années de sa gestion. Ainsi on trouve que de 1766 à 1771 , la recette avait été de 174,000 livres et la dépense de 231,000. La recette, en

68 ANMiB 1777.

1774, avait été de 19,000 livres et la dépense de 23,000. Dans le détail des dépenses de cette année, il y a 1498 livres envoyées en Hollande, et différentes sommes données à des curés du diocèse d'Autun, et à des religieuses pour le procès d'Auxerre. Il aurait été très-curieux de voir l'article des dépenses dans le temps des miracles de Saint-Médard, ou lors de la destruction des Jésuites. Mais les pièces imprimées n'en font aucune mention. Peut-être n'avail-on aucun renseignement sur ces deux époques qui étaient antérieures à la gestion dt^ M. des Fillelières. Le 4 octobre 1778, ce trésorier mourut. Le 18 novembre précédent, il avait fait son testament dans lequel il se recommandait, comme de raison, au bienheureux diacre saint Fran^ cois de. Paris , et instituait l'abbé de Majainville son légataire universel. Il faisait aussi un legs de 1 10,000 livres au sieur Defays, autant à Desprez de Boissy, auteur des Lettres sur les spectacles , et 64,000 livres à l'abbé Clément, le même qui joua depuis un rôle dans l'église constitutionnelle.

Les héritiers de M. des Filletières, frustrés d'une succession sur laquelle ils comptaient, s'élevèrent contre les dispositions du testament. C'était un fidéi-commis, disaientils, et tout le prouvait en effet. Ils citaient même à cet égard des aveux des légataires, quoique ceux-ci eussent fait, à ce qu'il paraît, un serment contraire. Les héritiers ne négligèrent rien pour faire casser le testament. Ils alléguaient qu'on ne devait point tolérer ces dispositions exorbitantes; que le parlement de Paris avait cassé plusieurs fois des testaments de cette nature ; que le cas actuel était plus condamnable encore ; que cette association mystérieuse, ces fidéi-commis furtifs, ces prodigalités exclusives étaient pernicieuses pour la société et préjudiciables aux familles. Ils rapportaient le double registre- de M. des Filletières, l'un sur lequel il écrivait sa recette et sa dépense pour ses biens patrimoniaux, et l'autre qui marquait ce qu'il avait reçu et dépensé sur les fonds dont il était dépositaire. Le fidéi-commis était évident, et les juges ne

ANMit; il','. 69

pouvaient le aiéeonnaitre. Celui des héritieis qui paraît s'être donné le plus de mouvement dans celte affaire, fut le président Rolland. Ce magistrat avait joué un rôle lors de la destruction des Jésuites, et croyait, en conséquence, avoir assez bien méiité de la cause commune pour qu'on le dédommageât de ses peines. C'est ce qu'il explicpia, dans une lettre du 8 octobre 1778, à l'abbé de Majainville, laquelle lettre est imprimée avec les pièces au procès. Il y dit que le testament lui fait tort de deux cent mille livres ; que (' l'affaire seule des Jésuites et des collèges lui coûtait » de son argent plus de 60,000 livres, et qu'en vérité les » travaux qu'il avait fails, et surtout relativement aux Jé- » suites, qui n'auraient pas été éteints s'il n'eût consacré » à cette œuvre son temps, sa santé et son argent, ne de- .') valent pas lui attirer une exhérédation de son oncle. » Il répétait eucore dans un autre endroit : « L'affaire des Jé- » suites (|ui me coûte de mon argent plus de 60,000 livres, » me coûte, de plus, la succession de mon oncle (1). » Ce magistrat fit, de plus, paraître un Mémoire en sa faveur. Il est curieux, bien fait, sans déclamation, sans aigreur. On entrevolt même que le président Rolland ne disait pas tout ce qu'il savait. Dépositaire de notes secrètes et de pièces importantes, il ne révèle que ce qui est nécessaire au succès de sa cause, et il supprime bien des détails qui auraient pu blesser des gens auxquels A ne voulait pas déplaire. On aperçoit surtout son embarras au sujet de l'abbé de Majainville. Tout en lui témoignant quelques égards, il le montre sous un jour peu avantageux, et lui reproclie ses tergiversations. L'abbé avait nié le fidéi-commis, tandis que les autres légataires l'avalent reconnu du moins équivalemment. Ses ennemis l'accu-

(I) Ce mémoire, signi- Cnnlant, nnih'al et Fadraii, procureurs, et imprimé à Paris, «mi 1781, thiv. Simon, est le iiiéiiic dont nous avons parlé au con!mencemcnt de cet article. 11 a 62 pages, et est suivi de pièces justificatives, de la lettre du président lîolland citée ci-dessus, du testamciit de M. des Filleliércs, et des états de recette et de dépense des fonds pendant plusieurs années.

salent de mensonge, ce qui n'était pas poli. Les héritiers de M. des Filletières consentaient que Tabbé de Majainville gardât les 4ôO,000 livres qui provenaient du legs de l'abbé d'Eaubonne. Ils ne demandaient que le reste de la succession, qui se montait en tout à 750,000 livres. On devait, disaient-ils, séparer ce que le défunt avait en propre de ce qu'il avait reçu. Il faut voir, dans le Mémoire même, les faits et les raisons sur lesquels ils s'appuyaient.

L'abbé de Majainville gagna son procès; ce qu'il dut moins à la bonté de sa cause ou aux talents de son avocat, le célèbre Gerbier, qu'à la faveur que le parlement accordait encore au parti dont il venait d'être institué le trésorier. On peut croire que les magistrats n'auraient pas toléré de semblables dispositions, s'il n'eût été question d'une caisse à laquelle plusieurs d'entre eux prenaient encore intérêt. On s'est plaint, au surplus, que l'abbé de Majainville n'eût pas fait un aussi digne usage que ses prédécesseurs des fonds qui lui étalent confiés. Si l'on demande actuellement à quoi servaient des biens détournés ainsi de leur destination naturelle, nous répondrons qu'ils étalent emplovés à soutenir la gazette du parti, à faire imprimer et à distribuer pour rien des brochures contre le Pape et les évêques, a entretenir des moines et des religieuses échappés de leur cloître, à fournir aux frais de voyages des agents qu'on envoyait en différents lieux, à se concilier des partisans. Nous avons vu que des Filletières envoya en une seule année près de 1,500 livres en Hollande. Nous avons vu que les Jésuites n'auraient pas été éteints, si le président Rolland n'v eût consacré son temps, sa santé et son argent. Cette extinction lui a coûté a lui seul plus de 60,000 livres, et d'autres que lui y ont sans doute aussi contribué. Ces renseignements pourraient donner la clef de beaucoup de mystères.

— Le 10 novembre. Censure de la Faculté de Théologie DE Pakis, a l'occasion de l'approbation donnée par

DEUX DE SES DOCTEURS A l'ÉLOGE HISTORIQUE DE MiCHEL DE

l'Hôpital, chancelier de France. Cet éloge avait remporté le prix de l'Académie française dans cette même année. L'auteur était M. Garât (l), et son œuvre était revêtue de l'approbation des deux docteurs de la Faculté, Billctte et Fozembar. On avait rendu plainte contre eux dans rassemblée de la Faculté du 1" octobre. Elle nomma des commissaires pour examiner le discours et les notes qui y étaient jointes : ceux-ci proposèrent un projet de conclusion : enfin, dans deux assemblées générales, tenues dans le mois de novembre, la Faculté porta sa décision; elle blâma lapprobation ; elle ordonna aux deux docteurs de la révoquer ; elle recommanda aux censeurs d'apporter plus d'attention que jamais à l'examen des discours pour le prix de l'Académie. On extrayait ensuite neuf propositions, soit du discours, soit des noies : elles roulaient sur le concile de Trente, sur le célibat, sur les protestants, etc. : l'auteur suivait sur ces matières les idées nouvelles que la pbilosopliie cberchait à accréditer. La Faculté notait ces différentes propositions et en montrait le venin. Elle ajoutait que 1 ouvrage offrait plusieurs autres choses très-répréhensibles, des assertions fausses et téméraires, un style indécent et hardi, le fiel de la satyre, la malignité des allusions dirigées surtout contre les premiers pasteurs, et qu'on y attaquait par des railleries étrangères au sujet la réputation de magistrats illustres. Le censeur Fozembar écrivit, le 6 novembre, qu'il n'avait entendu qu'une lecture rapide de l'Eloge, et qu'il y avait donné inconsidérément son approbation^ mais qu il la révoquait, et qu'il suppliait qu'on la regardât comme nulle et de nul effet. Le docteur Billetfe écrivit également qu'il révoquait purement et simplement son approbation, et quil adhérait aux conclusions de la Faculté.

[[Nous croyons devoir présenter un extrait de celte censure, qui nous paraît propre à faire connaître quel était à

(1) [[Les IVouv clic ^ eeclcfiaitiquc^ pour 1777 disent que c'était un abbé qui s'était fait avocat et qui s'appelait Rémi. C'est aussi ce que dit FcUer, article Rbmi.JI

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