livre
[[Lannée suivante, une autorité plus haute frappait solennellement le même ouvrage. Un bref de Pie VI, le condamnait et le défendait. Après avoir rappelé la règle si sagement établie par le concile de Trente, qu'en tout ce qui se rapporte à la foi et aux mœurs personne ne doit oser expliquer la sainte Écriture d'une manière contraire au sens que rÉ^lise y attache, où à l'interprétation unanime des Pères il disait que les assertions de l'auteur avalent produit le plus grand scandale, « parce qu'on y avait vu une
(1) Jaiisseiis , dans son Herméneutique, tome II, pa^'e 107, coiiiLat le scnliincnt d'Isenhitlil, et renvoie a une liistolsc de cette controverse qui se U-oine dans la liouvelle bibliolhèqut de Freissingen, cl dans nn ouvrage alleinaiid de F. Walcn.
» atteinte souverainement imprudente à la tradition, telle 1) qu'appuyée sur le témoignage unanime des Pères, elle » est arrivée jusqu'à nous. » 11 louait le zèle des évèques allemands, de ce que, ne se contentant pas d'avoir cherché un remède, soit dans les condamnations particulières, soit dans les avis demandés aux honuncs les plus savants, ils s'étaient conformés à la règle suivie de tout temps, de s'adresser au Siège Apostolique, surtout pour les questions qui se rapportent à la foi ; et de ce qu'en conséquence, ils l'avaient supplié avec Instances de porter sur ce livre empoisonné un jugement propre à réprimer cette téméraire licence d'opinions. Après ces préliminaires, il condamnait et proscrivait l'ouvrage comme contenant des propositions /rtU5ses , téméraires^ erronées ^ favorisant l'hérésie, et même hérétiques {!). L'auteur censuré fit, peu après, un acte de soumission authentique.]]
— Le 1" novembre. Rétractation de M. de Hontheim j BREF ET allocution DU Pape A CE SUJET. On sc rappelle que M. de Hontheim, suffragant de l'électeur de Trêves, avait donné, en 1763, sous le nom de Fehronius, un ouvrap^e où il prétendait réformer l'Église à sa manière, lui tracer un nouveau plan de gouvernement, et la bouleverser sous prétexte de la refondre. Son livre, publié dans un moment où des idées d'innovation agitaient les esprits, fit une fortune prodigieuse en Allemagne. Les protestants s'applaudirent d'y trouver leurs principes consacrés. Les ennemis de la religion se félicitèrent de voir l'auteur seconder leurs projets, en attaquant l'Eglise et ses décisions, en taxant les papes de tyrannie, en traitant d'abus les usages les plus anciens et les règles les plus accréditées, et en portant sur une foule d'objets une critique amère et tranchante. De faux catholiquesvirent avec joie un homme élevé en dignité dans l'Eglise, s'unir à eux pour saper l'aulorlié légitime, qu'il eût dû défendre. De là, l'engouement pour le Fehronius. Ses assertions devinrent à la mode.
(1) Bullariurn romanum PU VI, u. 230.
Des universités même adoptèrent son langage et accueillirent son système. Déjà, depuis plusieurs années, Vienne se rempiissait^e théologiens réformateurs qui prenaient la peine de refaire l'enseignement de TEglise : M. de Honiheim achevait leur ouvrage. Il se faisait dans les esprits une bien funeste révolul ion. Les premiers pasteurs s'étaient cependant élevés contre l'erreur. Nous avons vu les évêques d'Allemagne proscrire le livre naissant (1). Il avait été flétri par Clément XIII, en 1764, et prohibé de nouveau en 1766; et même en 1771 et en 1773, et par conséquent sous Clément XIV-, ce que quelques-uns regardèrent comme une sorte de scandale. L'assemblée du clergé de France de 1775, consultée sur le Fehronius , avait répondu que cet ouvrage, peu connu parmi nous, passait pour être fort inexact, pour favoriser les opinions nouvelles, et pour s'écarter de la doctrine et du langage dont l'Eglise gallicane avait tant de fois fait profession, sur la primauté des Papes et sur l'autorité de l'Eglise romaine (2).
A tant de flétrissures et à tant d'avertissements réitérés, le prince électeur de Trêves joignit ses représentations et ses instances. (Cet électeur était Clément, prince de la maison de Saxe, qui avec le siège de Trêves, occupait encore celui d'Augsbourg). M. deHontheim, qui était déjà âgé de soixante-dix-huit ans, se rendit enfin , et donna sa rétractation le I *=' novembre 1778. [[La matière est si importante que nous croyons devoir mettre sous les yeux du lecteur le texte même des articles, au moins en ce qu'ils ont de substantiel : c'est par ce moyen qu'on verra avec plus de précision en quoi consistait le jebronianisme, abj uré par son auteur (3).
(1) Voyez dans les Mémoires, tome IV, page 143, ce qui a été dit de Fel)ronius. Voyez aussi l'afTaire de l'évêque de Coïmbre , même tome, page 297.
(2) Dans le même temps, l'abbé Bergier, dans une lettre imprimée à un évêque d'Allemagne, montra les contradictions et les écarts du livre.
(3) [[M Picot, qui ne donnait qu'un précis très-succinct de la rétractation, dit qu'elle était en dix-sept articles^ Nous croyons devoir suivre M. de
31. de Hontheim commençait par exposer au Pape la douleur avec laquelle il avait appris qu'il y avait dans ses écrits plusieurs points qui avaient été jugés par sa Sainteté injurieuses au Siège Apostolique, contraires à ses droits, et par conséquent nuisibles à la religion. « Mais, disait-il, » comme il n'est rien de plus digne d un homme de bien » que d'avouer son erreur, lorsqu'il l'a reconnue, je dé- )) plore amèrement celle dans laquelle je suis tombé, par )) un zèle indiscret pour réunir les protestants à l'Église )) catholique, et par les efforts que j'ai faits dans ce but, en » appliquant à toutes les églises des coutumes propres à des » églises particulières, et en exagérant même le plus sou- )> vent ces usages au delà de toute mesure. Je suis sincère- » ment résolu, après que j'aurai imploré mon pardon de la )) clémence paternelle de Votre Sainteté, à préférer le » jugement du Saint-Siège à mes lumières, et à ne mettre » aucune borne à ma soumission. C'est pourquoi je dépose » aux pieds du successeur de Pierre mes sentiments actuels » sur l'état de V Eglise et les droits du siège du prince des » ^-4 patres.
» 1° Je reconnais en premier lieu, avec Tournély, que » lesclefs de l'Eglise ont été données à la fois et à Pierre seul » et à l'unité, de manière que l'un n'exclut pas l'autre.
)) 2° Les clefs ont été données au seul Pierre, en tant » qu'il a reçu de Jésus-Christ la primauté et la puissance )) de gouverner toute l'Eglise, et qu'il représentait l'Église )) comme son chef suprême après Jésus-Christ.
M 3° Les clefs ont été aussi données à l'unité, c'est-à- » dire que pour le bien de l'unité , le pouvoir d'enseigner » et celui de gouverner ont été conférés, à l'exclusion du » peuple, età Pierre principalement, comme il a été dit, et » aux autres Apôtres et aux évéques leurs successeurs, mais » cependant avec dépendance et subordination envers » Pierre, lequel, selon saint Optât, a reçu seul les clefs >) qui devaient être communiquées aux autres.
HoiUheiaij qui, dans le Commentaire dont il sera parlé plus bas, divise cet acte en Uentc-huit prupositioiis.]]
iOO AiSNÉE 1778.
» 4° On doit par conséquent rejeter l'erreur puisée chez » les protestants que l'Eglise est une sorte de collège , et » non cette société dans laquelle les fidèles vivent, d'après )) l'institution même de Jésus-Christ, sous le gouvernement » des pasteurs légitimes et principalement du souve- )) rain Pontife; gouvernement qui impose h l'universa- » lité une véritable obligation de soumission et de dépen- » dance.
)) 5° Je professe que le Fils de Dieu, voulant que son » Église fût une, a établi la primauté dans le but de former )) et régir cette unité, et l'a confiée à saint Pierre seul...
» 6" Je professe que celui-là est schismatique, comme » le dit saint Oplat, qui élève une autre chaire contre » la chaire unique (singularem), ou qui se retire de sa com- » munion eu lui refusant l'obéissance.
)) 7°, 8" et 9" J'afiirme que cette primauté, qui n'est » pas seulement d'ordre, de direction et d'inspection, mais » aussi de véritable autorité et juridiction , ne devant pas » être moins perpétuelle que l'unité elle-même, pour la 1) conservation de laquelle elle a été établie, a passé de droit )) divin dans les Pontifes romains, successeurs de Pierre, » et dans le Siège Apostolique, centre et racine de la même )) unité, de telle sorte qu'elle ne peut être transporté du )) Siège romain à aucun autre...
» 10° et 11° En conséquence, je reconnais, avec les » Pères du concile œcuménique de Florence, que Jésus- » Christ a donné au Pontife romain, dans la personne de » Pierre, une pleine autorité , pour paître, régir et gou- )) verner l'Eglise universelle.
)) 12° Mais comme le pouvoir de paître ne peut subsister )) sans une juridiction et coaction convenable, dont l'ex- » communication fait partie, je reconnais que ce pouvoir » réside dans le Pontife romain, comme émanant de Jésus- )) Clirist même.
» 13° Je professe que le Pontife romain est le juge su- « prême des controverses dans les matières de la foi et des •/) mœurs j et que, par conséquent, lorsque les esprits sont
» divisés sur ces questions, il laul suivre ce qu'écrivait » saint Jérôme à Damase : Je ni unis à votre béatitude, etc.
» 14" et 15" Contrairement à l'erreur des novateurs, » qui, méprisant la multitude des évéques unis expres- )) sèment ou tacitement à leur chef, veulent renfermer » l'Eglise et la vérité dans le petit nombre, j'ajoute qu'il » ne peut point arriver que le corps des évèques unis à » leur chef le Pontife romain s'écarte de la vérité -, qu'ainsi, «avant même le concile de Trente, l'Eglise ayant le Pon- )) tife à sa tète, avait déjà, par son oracle, condamné défini- » tivement et irrévocablement l'hérésie de Luther ; parce » que l'Eglise, unie à son chef, ne peut pas se tromper » dans la définition desdites causes (de la foi et des mœurs), » soit qu'elle soit dispersée, soit qu'elle soit réunie dans )) les conciles généraux, où les évéques, conjointement » avec le souverain Pontife, décident les questions par » l'autorité judiciaire qui leur est propre et inhérente eu » vertu de l'institution même de Jésus-Christ...
^) l6" Je reconnais pareillement que Jésus-Christ a donné » h son Eglise le droit de juger du sens des propositions, )) livres et auteurs;... que ce jugement n'est pas sujet à » l'erreur; que par conséquent les fidèles sont obligés )) d'acquiescer à ce jugement par une adhésion intérieure )) de leur jugement, et non seulement par un silence reli- » gieux.
)) 17° J'aflirme qu'une entière obéissance est due à la » bulle Unigenitus, comme à un décret dogmatique du » Siège romain et de l'Église universelle.
» 18° Je dis, avec saint Avit de Vienne, que dans tous » les doutes qui concernent Y état de V Eglise on doit ré- » férer la chose au souverain Pontife de l'Eglise romaine.
» 19° Je professe, avec saint Gélase et saint Léon, que » les dècrètales des pontifes romains doivent être reçues )) avec respect et saintement observées.
)) 20° et 21° J'ailirme qu'il appartient, de droit divin, » au Pontife romain, de convoquer, de diriger et de pré- » sider les couciles œcuméniques, lesquels obtiennent par
» son concours une pleine infaillibilité, indépendamment » de toute autre acceptation.
» 22° Je professe que le concile de Trente a été libre » non-seulement dans les choses de la foi, mais aussi dans » celles de la discipline, nonobstant que ce saint synode » n'ait pas, à cause des circonstances, tout réformé selon » le vœu de quelques hommes de bien.
» 23° Je juge que c'est avec raisoU que les causes cri- » minelles des évêques ont été réservées au souverain » Pontife par ce concile. (Sess. XXIV, c. 5.)
» 24° Le même concile ayant déclaré (Sess. XIV, c. 1), » que les Papes ont pu se réserver quelques causes crirai- » nelles plus graves, à raison de la suprême puissance qui )) leur a été donnée dans l'Église, il n'est pas permis d'élu- » der cette déclaration par des interprétations obliques, » comme si ce pouvoir n'appartenait pas au Pape, en vertu )> d'un droit originaire et divin.
» 25° Le Pape a donc dans l'Eglise universelle le pou- )) voir de dispenser, par une cause légitime, d'une loi » portée par un concile général.
» 26° Dès le commencement de l'Eglise , on a regardé » comme de faUx évêques cdlix dont l'élection et l'ordina- » tion ont été absolument rejetées par le Poritife romain ; )) telle que l'ont été celles des faux évêques d Utrecht et » de leurs adhérents. Quoique autrefois la confirmation él )) la consécration des nouveaux évêques aient appartenu » aux conciles provinciaux, et surtout aux métropolitains, » la discipline a été chahgée sur ce point dans 1 Occident, » pour des causes légitimes^ et je pense qu'on ne peut » revenir à l'ancienne discipline que dii consentement )> libre du Saint-Siège.
» 27° Je dis qu'on doit suivre la même règle, par rap- » port àilx ti*anslaiions et dépositions d'évêques, aitisi que » par rapport à l'érection de nouveaux sièges.
» 28° La canonisation des serviteurs de Dieu a été avec » raison réservée au Pape par Alexandre III...
M 29° Quoique autrefois il n'y eiit que les causes ma-
» jeures, qui lussent déférées à la cour romaine, cepen- » dant aujourd'hui, à raison de ce pouvoir suprême que » le droit divin a attribué au Pontife romain dans I Eglise )) universelle, un usage légitime et commun a introduit » qu'on appelât à lui dans toutes les causes ecclésiastiques, » afin qu'il jugeât en dernière instance, soit à Rome, par » les juges ordinaires qu'il y aélablis, soitsurles lieux par » des délégués, selon la diversité des lieux, des mœurs et » des concordats.
» 30" C'est avec toute espèce de droit que les papes » Pie II, Jules II et Grégoire XIII, ont condamné les ap- )» pels du Pape au futur concile, appels déjà réprouvés par M saint Gélase.
» 3P A la vérité, d'après l'usage primitif de l'Eglise, » tous les bénéfices paraissent avoir appartenu à la colla- » tion de l'évèque, en sa qualité d'ordinaire du lieu : mais » étant raisonnable que le souverain et universel Pontife » eût dans les provinces la dispensalion de plusieurs grà- » ces, on ne peut regarder comme injustes les réserves » des bénéfices, qui dans la suiie ont été confirmées ou 0 respectivement modifiées par les concordats faits avec les » diverses nations.
M 32° Ces concordats ayant la force de traités, doivent )) être religieusement observés....
» 33° Les annates, établies pour subvenir aux nécessités » de la cour de Rome qui veille, travaille et supporte des » frais pour l'intérêt de toutes les Eglises, doivent être re- )) gardées comme légitimes.
» 34° L'exemption des religieux, dont l'utilité est grande » dans l'église, et leur soumission immédiate au Saint- » Siège, introduite pour le bien de ces ordres et même » de l'Eglise universelle..., ne peuvent pas être abrogées » par un concile particulier, ni, à plus forte raison, par la » puissance séculière.
» 35° Le concile de Trente a pourvu aux abus qui pou- » valent naître de cette exemption.
» 36° Je sais que les évêqucs ont été établis, non par
104 ANNEE i77S.
» l'Église, mais par TEsprit-Saint, pour paître les troupeaux )) confiés à leurs soins, avec subordination envers le Pon- » tlfe romain. Quoique, dans les premiers temps de l'Eglise, » ils aient exercé un pouvoir de juridiction plus étendu, » les canons ont pu la restreindre dans des limites plus » étroites, qu'il n'est pas permis de transgresser de son » autorité privée.
» 37° Dans les choses qui tiennent à la foi, aux sacre- » ments et à la discipline ecclésiastique, la puissance ec- » clésiastique décerne de plein droit, sans le concours de « l'autorité civile. Cependant à raison de la protection » mutuelle que se doivent les deux puissances, il appar- » tient au pouvoir séculier de protéger les canons de )) rÉglise, autant qu'elle même le désire, et d'en préve- » nir l'exécution par des moyens temporels.
» 38° Enfin je juge qu'il faut prendre les meilleurs » moyens pour conserver perpétuellement la paix et la » concorde entre l'Église et l'État ; et que, par conséquent, » autant que les droits de la religion le permettent, il faut » éviter ces conflits qui sont propres à faire naître des » différends et des maux graves. »]]
Cette rétractation ayant été envoyée à Rome, Pie VI en témoigna une grande joie. Le jour de Noël, après avoir ollicié dans la basilique de Saint-Pierre, il tint un consistoire dans la sacristie, pour communiquer cette pièce aux cardinaux, trouvant, comme il le dit, ce lieu très-convenable, à cause de la confession même de Saint-Pierre qu'on avait sous les yeux , et des reliques de saint Léon le Grand, qui sont dans une chapelle de l'église. Il y fit lire en même temps les lettres qu'il avait écrites à M. de Hontheim, pour le féliciter, et pour lui donner des preuves de sa pleine satisfaction (1).
Le 3 février suivant , l'évêque suff"ragant adressa au clergé et aux fidèles du diocèse de Trêves une lettre pastorale pour leur notifier sa rétractation, et leur notifier
(1) BuUarium PU FI, n. 188.
lui-même les ordres de l'élecleur, qui défendait de lire ou retenir son livre. [[ « Il arrive le plus souvent, dit-il eu » commençant, que ceux qui, en même temps qu'ils étu- » dienl Vantiquité^ sont dominés par l'amour de la nou- » veauté, embrassent des opinions mal digérées et absurdes )) qu'ils rejetteraient eux-mêmes s'ils les examinaient dans » un autre esprit ; nous confessons publiquement que c'est » ce qui nous est arrivé... »]]
Cependant cette démarche fit grand bruit. Il était naturel qu'elle déplût infiniment aux amis et protecteurs des nouveautés. En quelques endroits l'autorité séculière défendit de publier cet acte. C'est ce que firent en particulier ceux qui gouvernaient en Lombardie et dans les Pays- Bas au nom de l'Autriche, alléguant que la rétractation, arrachée à l'auteur du Fehrunius, était contraire aux droits des souverains (l). Comme on afTectait de répandre le bruit que cet acte n'avait pas été entièrement libre, M. de Hontheim publia^ le 2 avril 1780, une déclaration qu'il transmit au prince-archevêque : il y assurait que sa rétractation avait été sincère, et qu'il se proposait de la confirmer dans un ouvrage auquel il travaillait. Il fit paraître, en efTet;, l'année suivante, son Commentaire sur sa rétractation (2). Il la développe en trente-huit propositions, qu'il confirme de nouveau quant au fond, mais à quelques-unes desquelles il donne des interprétations et des modifications, que plusieurs ont jugées conlraires à l'acte du T' novembre 1778. Il y a en effet, dans ce Commentaire, bien des endroits où l'on remarque l'embarras et les détours d'un écrivain qui ne veut pas abandonner tout à fait ses premières assertions, qui retient d'une main ce qu'il cède de l'autre, et qui énerve par des restrictions partielles leg aveux mêmes qu'il a fait, etlesprincipesauxquelsilasemblé revenir. On y trouve cependant aussi des propositions qui
(1) Nouvelles tcciésiastiques pour 1779, page 81.
(2) Justini Febronii conimcntarius in suant retractattoneni, Pio Vl oblatam, 312 pages in-4''.
peuvent recevoir un sens très-favorable (1). Quoi qu'il en soit de sa sincérité dans ce dernier écrit, il fit insérer à la fin les actes du consistoire du 25 décembre 1778, le bref que lui avait adressé le Pape, le mandement qu'il avait donné lui-même, et un extrait d'un livre publié à Rome, par Zaccaria, où cet auteur, son ancien adversaire, s'efforçait de prouver que la rétractation était sincère.
— Le 28 juin. Mandement de M. Siestrzencewicz,
ÉVÊQUE DE MalLO ET VICAIUE APOSTOLIQUE EN RtJSSIE, POUR PERMETTRE AUX JéSUITES DE CE PAYS DE RECEVOIR DES
NOVICES. Conduite de Pie VI dans cette circonstance. Ainsi que nous l'avons expliqué ailleurs, lorsque le bref d'extinction parut, une partie de la Pologne venait de passer sous la domination de la Russie (2). Le bref n'y fut point publié ni signifié aux Jésuites des diverses maisons. Ces religieux en profitèrent pour laisser les choses dans le même état. Ils s'abstinrent d'abord de recevoir des no-
(1) [I Non-seulement M. de Honlheim interprète ses propositions dans le sens des quatre articles de 16S2, expliqués par Bossuet, lequel il déilare vouloir suivre constamment comme l'astre le plus récent qui ait brillé clans rKglise; mais mallieurcusement il suit aussi d'autres guides, Van-Espen, Eybel, Pitliou, Uupin, (Jibert. Il modiPie plusieurs de ses propositions de manière à mériter le sudrage des jansénistes. l*ar exemple, sur la proposition seizième, relative aux faits dogmalufucs, il prétend qu'il y a des théologiens plane catholici qui nient l'infaillibilité de l'Eglise sur ces faits. Sur la dix-septième, relative à la bulle Viiigenilus, il ne condamne pas le silence imposé par les souverains et leurs tribunaux, sous le prétexte de la tranquillité publique. Plus loin, sur la proposition trente-septième, il attribue aux princes le droit d'apposer leur placet, même aux bulles dogmatiques, avant d'en permettre la publication, comme aussi le droit d'empêcher que de» personnes incapables ne soient admises aux saints ordres, etc. Toutefois, comme il ne laissait pas dans le même commentaire de combattre le jansénisme, de reconnaître la légitimité de la bulle Unigenitus, etc., il ne pouvait parvenir par ces concessions, qui affligeaient les amis de l'Église, à se concilier des gens attachés à leurs erreurs avec opiniâtreté. Aussi les Nouvelles ecclésiastiques pour 1782, pages 24 et suivantes, se trouventelles très-peu satisfaites du Commentaire.]]
(2) Voyei Mémoires, tome lY, page 402.
vices, et n'en admirent, en effet, qu'après la permission que leur accorda, en 1/79, l'évèque de Mallo. [[Ce prélat venait d'être investi par Pie Yl d'une délégation Irèsélendue, pour gouverner les fidèles du rit latin de toute la Russie blanche, et il avait reçu en particulier un plein pouvoir de gouverner les réguliers, soit pour les visiter, soit pour les rappeler à l'observation de leurs règles, et les rétablir dans leur état primitif. S'appuyant sur ces facultés, il avait donné un mandement, qui fit alors beaucoup de bruit, pour permettre aux Jésuites d'établir un noviciat : il y assurait positivement que Clément XIV, ayant à cœur de faire plaisir à ^impératrice de Russie, n'avait pas fait exécuter dans ces contrées le bref de suppression, et que Pie VI, voulant également seconder les intentions de la même princesse, n'avait pas empêché qu'ils conservassent leur état, leur habit et leur nom (1).]] Aussitôt que ces pièces furent publiées, les ennemis de la Société s'alarmèrent de voir qu'elle eut conservé un asile dans un coin de l'Europe, et tremblant de la voir déjà revenir dans les pays d'où on l'avait chassée, ils se plaignirent vivement au Pape de l'inexécution du bref de son prédécesseur. Ces plaintes, appuyées d'intercessions puissantes et réitérées, obligèrent le souverain Pontife à marquer à ses nonces que le prélat russe avait excédé ses pouvoirs. Le nonce à Varsovie eut même ordre d'écrire à cet évêque. Mais ces démarches, auxquelles Pie VI ne s'était prêté, dit-on, qu'avec répugnance, n'eurent pas l'effet ' que les ennemis de la Société en avaient attendu. L'impératrice de Russie témoigna l'intention de conserver le petit nombre de Jésuites qui étaient dans ses Etals. Elle fit représenter au Pape que les supprimer, ce serait priver ses sujets catholiques des secours qu'ils recevaient de ces religieux, surtout pour l'éducation, secours d'autant plus
(1) Ce mandement, où le prélat citait le texte de l'induit qu'il avait reçu pour gouverner les réguliers, se trouve dans les Nouvelles ecclc. élastique s pour 1779, page 2S3.
nécessaires qu'il eût été dillicile de les remplacer dans un pays où l'instruction était peu répandue. [[Comme la cour d'Espagne était toujours la plus ardente à poursuivre la Société, jusque dans les régions étrangères, elle écrivit au roi d'Espagne, en lui demandant de ne causer au Pape aucun désagrément à l'occasion de la résolution qu'elle avait prise, parce qu'autrement elle serait obligée de prendre la défense du Pape, au risque même de perdre sa couronne. Du reste, elle disait dans cette lettre qu'elle n'avait rien demandé à ce sujet à Pie VI 5 mais qu'elle n'avait fait que se servir des pouvoirs qui lui avaient été accordés par le feu pape Ga?iganelli (l).Jj Les Jésuites furent donc conservés. Bien plus, sur un ordre de l'impératrice, et sur l'autorisation du même évêque de Mallo, ils s'assemblèrent en congrégation générale au collège de Polocz, et ils élurent, le 17 octobre 1782, le P. Czerniewicz pour leur vicaire général. Ces circonstances causèrent à la cour de Rome de nouveaux embarras, dont nous parlerons sous la date du 26 avril 1783, lorsque nous verrons le Pape ériger canoniquement le siège de Mohilow. Telle était la .dureté des temps que le Pontife se voyait obligé de désavouer publiquement ce qui lui était agréable, et ce qu'il approuva même de vive voix, aussitôt que la chose lui fut possible.
— Le 1 2 juillet. Ordonnance du roi de Naples sur les
REVENUS DES ÉGLISES VACANTES; COUP d'oEIL SUR LES ACTES DU GOUVERNEMENT NAPOLITAIN. NoUS SalslsSOnS l'oCCaslon
d'un acte particulier pour présenter dans son ensemble ce système d'hostilité permanente envers le Saint-Siège, que le ministre Tanucci avait suivi constamment, et qui longtemps après lui domina encore à la cour de Naples. La politique de ce ministre a été appréciée par un auteur non suspect, le philosophe Bourgoing, dans ses Mémoires historiques et philosophiques sur Pie VI et son pontijicat.
(1) Clément XIII et Clément Z/f', par le P. de Ravignan, volume Mip-
pléniciitairc, pnge 4!)'i.
que nous suivrons j)rincipalcmenl dans cel arllcle. 11 y peint Tanucci comme un liommc ambitieux, iracassicr, vindicalif, plein d'animositc contre la cour de Home. Chaque année, presque, de son ministère, fut marquée par des innovations et des empiélemenls sur l'autorité pontificale. On a vu avec quelle chaleur il s'était déclaré contre les Jésuites. Lors du bref sur les édits du duc de Parme, il avait fait occuper Bénévent par les troupes napolitaines et il ne tint pas à lui qu'on ne le gardât toujours (1). En 1 7G0, il diminua les droits de la chancellerie romaine, défendit aux monastères de faire de nouvelles acquisitions, enleva au nonce plusieurs de ses privilèges, et fit supprimer la contribution annuelle et volontaire que les rois de Naples étaient dans l'usage d'envoyer à Rome pour les travaux de l'église Saint-Pierre et pour la bibliothè(juedu Vatican. En 1772, il persuada à Ferdinand qu'en qualité d'héritier de la maison Farnèse, il avait des droits sur le territoire de Castro et de Roncigliano, et il voulait en prendre possession, lorsqu'il fut arrêté par la réconciliation des princes de la maison de Bourbon avec le Saint-Siépe. Sous Pie YI, le ministre suscita d'autres querelles pour la nomination aux bénéfices et pour la juridiction, et il se plaisait à contrarier le Pape sur les objets les plus minutieux. C'était un usage ancien que les souverains Pontifes accordassent des indulgences pour ceux qui visiteraient, pendant le jubilé, les quatre principales églises de Rome 5 Tanucci fit publier un édit portant que, pour obtenir ces indulgences, il suffisait de visiter quatre églises de Naples: inconséquence ridicule: car s'il croyait, dit Bourgolng, à l'efficacité des indulgences, il ne devait pas, lui dépourvu de pouvoir spirituel, se croire en droit d'en déterminer le mode, et il devenait usurpateur. Il supprima tout à coup beaucoup de monastères en Sicile, réunit quelques évèchés, donna des abbayes sans le concours du Pape, et voulut que les évéques nommassent eux-mêmes à des cures réservées de leurs diocèses.
(1) Voyei Mémoires, tome IV, page 2S1.
itO ANNÉE 1779.
On ne savait plus où la cour de Naples s'arrêterait; celle de Madrid elle-même trouva qu'elle passait les bornes de la sap^esse, et chargea son minisire d'intervenir. Sur ces entrefaites, l'archevêché de Naples vint à vaquer: le roi voulait y nommer; le Pape réclama la possession où il était de choisir les évêques du royaume; il consentit pourtant à la translation de M. Filangieri, de l'archevêché de Palerme à celui de Naples, à la condition de nommer seul le successeur de M. Filangieri à Palerme; arrangement qui fut accepté, parle soin qu'on prit, dit-on, d'exclure Tanucci de la négociation. Mais quand les querelles tiennent à des personnalités, ajoute l'auteur des Mémoires, les trêves ne sont pas longues; Tanucci chercha et trouva bientôt l'occasion de rompre celle-ci. Il demanda que le nouvel archevêque de Naples fût fait cardinal : Pie VI qui n'était point content du prélat, et qui suspectait sa doctrine, refusa de lui accorder cette dignité. La guerre s'engagea donc de nouveau; c'était, suivant Bourgoing, ce que demandait Tanucci, dont le caractère tracassier appelait les querelles plus encore que sa philosophie n'aimait les réformes. 11 voyait avec dépit la bonne inlellip-ence du ministre d'Espagne à Rome avec le Pape. Il s'avisa de déprimer cette même faveur qu'il sollicitait naguère; à l'entendre, les cardinaux n'étaient après tout qu'une superfétation dans la hiérarchie, et le roi pouvait bien avoir dans ses Etats un collège d'ecclésiastiques qui ne tiendrait la pourpre que de lui; projet qui ne pouvait paraître que bizarre et ridicule.
Tanucci accueillait et protégeait dans le même temps un Dominicain dont on venait à Rome de condamner le livre; il voulut que ce religieux continuât son travail et reprît la chaire dont on l'avait privé. Il essaya aussi de blesser la cour de Rome par un autre endroit. On sait que les rois de Naples devaient, d'après un ancien usage, présenter tous les ans aux Papes, la veille de la Saint-Pierre, une haquenée blanche, richement enharnachée et ferrée en argent, et de plus offrir une bourse contenant 6000 du-
cats. Cettccérémonie se faisait avec pompe, et était destinée à rappeler que les rois de Naples devaient leur couronne au Sainl-Siége, cl qu'il conservait sur eux un droit de suzeraineté. En fait cependant les rois de Naples n'en étaient pas moins maîtres chez eux, et la liaqucnée et le tribut ne leur faisaient rien perdre de leur autorité. Quoi qu'il en soit, sous prétexte de quelques contestations qui eurent lieu entre des pages à la présentation de la liaquenéc en 1776, Tanucci annonça à la cour de Rome que cette cérénomie se ferait à l'avenir sans aucune pompe (l). Ce fut presque le dernier acte de son ministère. Son crédit baissait depuis quelque temps devant l'influence de la reine qui était une princesse d'Autriche, fille de Marie- Thérèse. Tanucci fut remplacé en octobre 1776 par le marquis de la Sambuca : mais il avait laissé dans le ministère des traditions qui ne se perdirent pas. La chambre rovalede Sainte-Claire, ému le de nos parlements et animée du même esprit, continua de restreindre de plus en plus l'autorité ecclésiastique, et de provoquer des atteintes à la puissance du Saint-Siège. La présentation de la haquenée eut lieu en 1777, à peu près dans la forme ordinaire: mais il fut défendu aux évéques de recevoir des rescrits de Rome, et l'on suspendit les dispenses que la Daterie était en possession d'accorder. Le 22 novembre 1777, l'ordre fut donné aux évêques de se rendre dans leurs diocèses et de n'en point sortir sans la permision du roi.
Le 12 juillet 1779, une ordonnance royale, provoquée par une consultation de la chambre royale de Sainte-Claire du 21 juin 1775, abolit un usage et un droit très-ancien, d'après lequel la chambre apostolique percevait les revenus des églises vacantes. Ou découvrit que cela était contraire aux canons, et l'on chargea des économes royaux de percevoir ces revenus. On promit à la vérité d'employer ces revenus pour l'entretien des Églises
(1) Précédemment Tanucci avait déjà fait suspendre la présentation de la haquenée à l'occakion du différend de Parme, de 1769 à 1773.
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et le souiageiuent des pauvres : mais il y a lieu de croire que ni les Églises ni les pauvres n'y ont rien gagné, et que les économes seulement y ont trouvé leur compte. Toutefois le roi voulut que ce règlement fût regardé comme une loi fondamentale du royaume.
Nous verrons, sous 1788, la suite des différends entre Rome et Naples.
— Le 17 juillet. Bref aduessé par Pie VI aux évèques, AU clergé et a la nation maronite. Il y avait alors à Bécorche, dans le mont Liban, une religieuse nommée Eudie ou Anne Agémi, qui prétendait avoir des révélations, el qui avait trompé plusieurs personnes et entre autres le patriarche lui-même, Pierre Stefani (1). Elle affectait dans ce pays une sorte de suprématie spirituelle ^ elle avait fondé un institut particulier du Sacré-Cœur, et s'était donné un vicaire dans la personne d'une autre fille, la sœur Catherine, attachée aux mêmes illusions. Elle troublait la paix de cette église par des prophéties ridicules, et prétendait être unie en corps et en âme avec Jésus-Christ. Les divisions qu'elle excitait ayant été portées à Rome, le Pape forma une congrégation de cinq cardinaux de la Propagande pour examiner cette affaire. Ils exprimèrent le résultat de leur travail dans quatre décrets du 25 juin 1779, dans lesquels ils déclarèrent qu'Eudie était attachée à des illusions, que ses révélations étaient fausses et controuvées,
(1) On trouve quelques détails sur cette fille dans le Foyage, par V Italie, en Eiryiilc, au mont Liban et en Palestine, par l'ablié Bernis, Paris, 1787, tome II, page 94. Elle y est appelée Indié. Ou dit ([u'elic établit, vers 1747, une maison du Sacré-Cœur et institua des religieuses; elle voulait être honorée comme sainte, et maltraitait les filles qui ne voulaient pas la reconnaître tomme telle. Rome envoya des commissaires pour faire une enquête : Indié leur ferma les portes du couvent; mais le prince Joseph, qui commandait dans le pays pour le grand- seigneur, fit entrer de force dans le couvent, dont on fit sortir les religieuses. Indié et quatre de ses compagnes s'étaient relug'ées .sur les terres d'Isniail Soliman. Joseph, qui soupçonnait le patriarche (l'avoir favorisé leur fuite, défendit de reconnaître son autorité jusqu'à ce que Roiiic eût prononcé. Ce coup d'autorité, quoique arbitraire, dissipa le parti d'Indié. Joseph envoya ensuite sur les terres d'ismaïl pour ramener Indié el ses adhérentes, et il voulait même les faire conduire à Rome. Berni» écrivait ceci en 1777.
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qu'elle serait oblitjée de les rélracltr et qu'on la transférerait dans un autre monastère, ainsi {jue Catherine sa complice. On devait rechercher et anéantir leurs écrits, abolir linsillut nouveau formé sous le nom du Sacré-Cœur, et supprimer quatre monastères établis en contravention du concile du mont Liban. Le patriarche était mandé a Rome pour y rendre compte de sa conduite 5 et Tévéque , (jîermain Dins, qui n'avait pas été non plus à l'abri de la séduction, était condamné à rétracter tout ce qu'il avait fait ou dit en faveur de la prétendue prophétesse. Le Pape, par son bref du 17 juillet, confirma toutes ces dispositions de la Congréfjation, et, par un autre de même date, il loua le zèle cl la piété des Maronites, et les exhorta à éloigner d'eux toute discorde et à déférer à ses conseils paternels. Ce peuple fidèle et constant fut toujours l'objet de la vigilance particulière des souverains pontifes (1).
— Le 7 janvier. Lettre circulaire du grand-duc de Toscane aux éviiques de ce pays. Commencements de Ricci. L'archiduc Léopold, frère de Joseph II, et grand-duc de Toscane, commençait à se mêler beaucoup du gouvernement ecclésiastique. On assure que, par inclination, ce prince eut été étranger à ces détails; mais que, dominé par un frère qui avait à cœur de propager ses principes d'administration, il suivait avec docilité ses errements, et qu'il obéissait à l'influence de la cour de Vienne.
[[Nous avons déjà vu que, dans les États de la maison d'Autriche, un parti remuant, profitant du désir de réforme qu'avait manifesté Marie-Thérèse, s'était emparé de l'enseignement des universités (2); il faisait valoir de nouveaux principes dans l'explication des lois canoniques; il
(1) Voyez les ilclails doiinés sur les Maronites, à l'occasion du (oncile tenu il Anloura en 1736, dans les Mémoires, tome III, page 404. Tlus tard le pape Pie VI y fit (cnir un second concile vers 1793.
(2) Voyez ilcnioires, louie IV, page 383.
provoquait des réformes hardies , et , sous ce prétexte , il cherchait à étendre l'action du pouvoir séculier sur les choses sacrées : c'était surtout dans cette matière que la bureaucratie, propre aux temps modernes, se montrait alors plus impérieuse. Cette marche devait d'autant plus facilement amener des conflits en Toscane, que ce pays était plus éloif^né des usages nouveaux qu'on voulait introduire. Après l'extinction de la famille des Médicis, le grand-duché avait été possédé pendant quelque temps par l'Espagne; puis, en vertu du traité passé à Vienne en 1738, il avait été cédé à l'Autriche , dans la personne de François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse, et, plus tard, empereur d'Allemagne. Le règne de ce prince fut assez paisible par rapport à la Toscane. Toutefois, lorsqu'il en eut confié le jqrouvernement au comte de Richecœur, vers 1751, on commença à voir naître des difficultés entre les deux pouvoirs, et elles ne firent que se multiplier par la suite (l). Le principal promoteur des nouvelles réformes paraît avait été dès lors le sénateur Rucellai, secrétaire de la juridiction et des droits de la couronne , qui joignait à une instruction assez étendue un zèle très-ardent pour l'extension des droits régaliens. Son influence s'accrut surtout après la mort de l'empereur François, lorsque Léopold, second fils de ce prince, fut investi du grandduché de Toscane, en 1763. Chaque année vit naître des conflits, principalement en ce qui touchait aux immunités locales et personnelles des clercs (2). Sans doute divers changements pouvaient être nécessaires en cette partie ; il était dilficile, par exemple, de conserver le droit d'asile, qui pouvait devenir funeste dans une ville comme Florence, oii l'on comptait alors plus de trois cents églises : la cour de Rome ne refusait pas son concours aux mesures
(1) Voyez Mémoires, tome III, page 48.
(2) [[De Polter, dans l'appendice à la P'ie de Ricci, tome III, donne un détail fort circonstancié des réformes tentées par les instigations de Rucellai. Nous aurons tout à l'heure l'occasioa d'apprécier cet ouvrage.]]
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qu'exigeait le bien des peuples; et ce qui le prouve, ce sont les concordais qu'elle fit vers cette époque avec plusieurs cours d'Italie, avec le Piémont, avec Milan et Venise (1). Mais on persuada à Léopold que la voie des concordats était dangereuse, et qu'il était plus avantageux qu'il intcrronqjît les négociations commencées sur cette affaire, en statuant de sa propre autorité sur ces matières délicates (2). On lui inspira également des préventions en faveur des ouvrages jansénistes qu'on s'efforçait d'introduire dans ses Etats; il voulut qu'on substituât au catéchisme de Bellarmin qui servait à l'enseignement élémeniaiie, une traduction du catéchisme de Colbert, évêque de Montpellier, laquelle avait été mise à l'index. On le poussa à faire dans l'enseignement des réformes inquiétantes. La lettre qu'il adressa le 7 janvier 1780 aux évéquesde ses États, sur la police extérieure de l'Eglise , n'était qu'un résumé des circulaires particulières qu'il leur avait déjà adressées, et elle montrait une volonté très-prononcée de s'immiscer dans tout ce qui appartient plus spécialement à l'autorité de l'Eglise; elle était en trente et un articles; elle traitait des ordinations, du choix des curés, du gouvernement des paroisses, de la résidence, du casuel, des tribunaux ecclésiastiques, des réguliers, des dévolions, etc. A des avis sages et utiles étaient jointes des recommandations suspectes, et des injonctions contraires à la discipline qui avait été jusque-là en vigueur. On voulait que les évèques engageassent les curés à se servir îles catéchismes qu'avait fait rédiger le grand-duc. On leur recommandait de donner aux religieuses des confesseurs séculiers plutôt que des réguliers. Les biens des monastères devaient être régis par des administrateurs indépendants des ordinaires : les causes criminelles des clercs étaient toutes attribuées aux juges royaux ; et les seules causes purement spirituelles étaient attribuées aux juges d'église :
(1) Voyez Mémoires, tome III, page 53, sur le concordat avec Turin.
(2) ';De l'oitcr, ^^ie de Ilicci, lonie III, |iaL',e l74, |>r»sentc le lutiiioire de Piucellai kur tes questions brûlantes]
il était de plus défendu de porter hors de VÈtat les causes mêmes ecclésiastiques par leurnature ; il était défendu de publier des censures ou monitoires avant d'avoir obtenu Vexequatur royal. Ces mesures n'étaient toutefois que le commencement d'autres plus extraordinaires encore, dont nous aurons à parler par la suite.]]
Ce fut cette même année, 1780, que Léopold fit placer sur le siège des deux églises unies, Pistoie et Prato, Scipion Ricci, dont il parut depuis suivre aveuglément les conseils (1). La paisible Toscane ne s'était point ressentie des troublesreligieuxquiavaient agité divers Etals. Ricci, entreprenant, tracassier, et se sentant appuyé, se mit en tète d'introduire en Italie les opinions auxquelles la France avait dû cent ans de disputes. On voyait, par ses conseils, paraître de fréquentes et prolixes circulaires où le prince, entrant dans les plus petits détails, envoyait aux évêques des catéchismes, leur indiquait les livres qu'ils devaient mettre entre les mains des fidèles, abolissait les confréries, diminuait les processions, réglait le culte divin et les cérémonies, et n'omettait rien de ce qui pouvait en affaiblir la pompe et la majesté. Ricci, de son côté, après avoir provoqué ces réformes, en faisait l'essai dans son diocèse. 11 remplissait les places d'hommes asservis à ses idées , qu'il appelait de toutes parts. Il faisait établir des académies ecclésiastiques, où l'on enseignait la théologie nouvelle. Il donnait des écrits contre la dévotion au sacré
(1) [[Scipion Ricci était parent de Laurent Ricci, dernier général des Jésuites, dont nous avons raconté la mort plus haut, page 45. Il avait embrassé de bonne heure les principes du jansénisme qu'on cherchait alors à introduire en Italie, surtout quant n cette autorité que la secte aimait à donner au pouvoir séculier sur les choses saintes. La (■'le de Ricci, composée sur les manusciits autographes du prélat, en 3 volumes in-8°, par de Potter, respire partout le ])lus mauvais esprit, et montre à quel terme conduit cet amour prétendu fie !a réforme ecclésiastique. On eu jugera par cette première phrase du livre : « Celui qui voudrait prouver que la religion chré- » tienne est peu jiroprc à faire naître et à nourrir les vertus civiles, et que » le catliolicisn)e est Vennemi le plus dangereux du système social, ne » devrait puiser ses preuves que dans l'histoire de l'Eglise, etc. » C'est donc avec raison que cet ouvrage a été proscrit.]]
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cœur de Jésus, contre les indulgences, et renversaiii !;i doctrine commune sur cette faveur de l'Eglise, il la réduisait à n'être que la relaxation de la pénitence canonique imposée aulrelois pour les péchés. 11 changeait les rits, réformait la discipline, bouleversait renseignement, et sans s'embarrasser des plaintes des peuples^ dépouillait le culte de son éclat, l'Eglise de ses droits, et la religion du respect des fidèles, le tout sous prétexte de rétablir les usages de l'antiquité. Fidèle imitateur de la conduite des appelants de France, il les proposait pour modèles. Sous sa plume, Soanen était toujours un saint évéque ; Quesnel, un savant et pieux martyr de la vérité; l'abbé Racine, Mésenguy, Gourlin , des lumières de l'Eglise. Il faisait traduire en italien leurs ouvrages en faveur de l'appel et contre les Papes. On établit à Pistoieune imprimerie, uniquement destinée à cet usage, et qui mit au jour plusieurs volumes remplis de brochures oubliées, de pamphlets satiriques, et des plus mauvaises productions d'un parti qui en avait tant enfanté. Les éditeurs de ce recueil avertissaient en tête qu'ils se proposaient de dévoiler les injustes prétentions de cette Babylone spirituelle , qui a bouleversé et dénaturé toute l'économie de la hiérarchie ecclésiastique, de la communion des saints et de V indépendance des princes. Luther eût probablement avoué un pareil langage. Quel esprit de discorde portait donc Ricci à introduire en Italie des disputes que l'on n'y connaissait pas, à ressusciter des écrits qui ne pouvaient plus avoir d'intérêt que pour la malignité, et à troubler par ses innovations une église tranquille dans sa croyance.-^ Espérait-il attacher davantage les peuples à la religion, en les détachant du Saint-Siège? Lfrnorait-il les oraeres et les maux qu'avaient attirés dans l'église de France les maximes qu'il prêchait, et ne pouvait-il pas craindre les mêmes malheurs pour son pays? Il faisait tenir chez lui des conférences où l'on s'élevait contre la constitution Unigenitus , où l'on préconisait l'appel, où l'on plaidait la cause des schismatiques de Hollande. En vain Pie VI écrivit à cet évêque
pour essayer de le ramener. Ricci répondait par d'autres innovations, et suscitait des sujets de querelles entre les deux cours. Il fallut toute la modération du Pape pour éviter une brouillerie avec le grand-duc, dirigé par de si mauvais conseils.
— Les 1" mai et 17 juin. Arrêt du parlement de Bordeaux EN FAVEUR DE l'ordre DE LA Merci. L'ordrc dc la Merci, fondé en Espagne par saint Pierre Nolasque, pour la rédemption des captifs chez les infidèles, est une des plus belles instituùons que la société doit à l'esprit de religion et de charité. Il a délivré depuis son origine des milliers de captifs en Afrique, et il remplissait encore ce généreux ministère dans le dix-huitième siècle, quoique avec moins de succès et d'éclat : toutefois il se ressentit bientôt des préventions répandues par la nouvelle philosophie contre les corps religieux , et il eut sa part des coups que l'on portait , sous prétexte de réformes, à des ordres respectables. La Commission des réguliers exerça aussi son influence sur l'ordre de la Merci ; il se tint en 1769 un chapitre où M. de Cambon , évêque de Mirepoix, assista comme commissaire du roi. Ce prélat avait été grand vicaire de M. de Brienne à Toulouse , connaissait ses plans, et suivait son impulsion. Il fit décider que, sur dix-sept maisons que l'ordre avait en France, on en vendrait dix, sous prétexte de procurer aux maisons conservées le nombre de conventuels fixé par l'édit de 1768. La vente toutefois n'eut pas lieu, par suite des réclamations qui s'élevèrent. L'évêque proposa ensuite la réunion avec les Triniiaires, institut qui avait le même but, la rédemption des captifs ^ la réunion fut acceptée d'abord, mais il vint ensuite des protestations de presque tous les couvents de la Merci, et le projet avorta. Cependant la fermentation régnait dans l'ordre, la subordination et la discipline s'affaiblissaient sensiblemant. Un père Baussié, supérieur de la maison de Toulouse , s'arrangea avec l'archevêque de Toulouse pour la vendre, moyennant une pension pour lui et les religieux.
Le chapitre ordin:iire fut prorogé jusqu'en 1775, et se tint au mois de janvier à Toulouse, toujours sous la présidence de 1 evêque de Mirepoix. On y poursuivit la vente des maisons, et l'on y adopta un nouveau code qu un des religieux, le père Puel, avait été chargé de rédiger : mais le général, qui résidait en Espagne, relusade l'approuver. En 1778, un nouveau chapitre fut présidé par M. de Cambon ; on v proposa de dresser le tableau des biens de la province , pour savoir s'il y aurait assez de revenus pour fournir une pension honnête à chacun des religieux. C'était annoncer la destruction de l'ordre. Toutefois la proposition passa. Alors commencèrent des ventes laites de la manière la plus irrégulière. Le père Villa, nomme provincial, vendit le couvent de Carcassonne à l'évéque de cette ville, pour en faire son séminaire. Il allait de tous cotes pour conclure ses marchés, trafiquant des biens, du mobilier, de l'argenterie même des églises. Deux prélats, les évèques de Marseille et de Perpignan, refusèrent de se prêter à ces moyens de destruction. Villa, dans ses courses, se rendit à Bordeaux pour y vendre la maison de cette ville et les biens qu'elle possédait. ]1 avait déjà pris des arrangements avec des acquéreurs et des marchands , quand le procureur général du parlement, M. Dudon , instruit de ces manœuvres, s'en plaignit dans un réquisitoire. Il demanda de quel droit ces religieux, chargés de maintenir et de protéger les établissements, travaillaient au contraire à leur ruine; il rendit compte au parlement des marchés que Villa était en train de faire, et requit qu'on réprimât ses entreprises.
En effet, un arrêt, rendu le même jour, nomma deux commissaires pour se transporter au couvent de la Merci, interroger \illa et les autres religieux, et suspendre les opérations commencées. Sur le rapport des commissaires, le procureur général prononça, le 17 juin suivant, un autre réquisitoire où il déplora les atteintes portées à un ordre si précieux à l'humanité et à la religion : « Qui » pourrait dévoiler, dit-il, les ruses, les artifices dont les
» agents du système destructeur ont fait usage pour par- » venir à leurs fins? Inspirer l'indépendance aux infé- » rieurs , flatter les supérieurs d'un traitement favo- )) rable, séduire les plus relâchés par l'appât de la li- » berté, intimider les plus fervents en les menaçant de les » livrer à toutes les horreurs de la misère; ainsi, et par )> mille autres moyens également odieux, on est parvenu » à introduire le relâchement-, à inspirer la méfiance )) aux religieux les uns contre les autres, à les dégoûter de » leur état, et à leur rendre le joug de la religion insup- » portable. »
Le magistrat proposait donc de supplier le roi de conserver la maison de la Merci à Bordeaux. Un arrêt fut rendu le même jour en conséquence ; il ordonnait aux religieux de rester soumis à leurs supérieurs, et cassait tous les marchés faits pour la vente des biens et du mobilier. Cet arrêt fut signifié à la communauté, et arrêta les transactions iniques commencées par Villa : car il est remarquable que la maison de Bordeaux, comme celle de Toulouse, de Cahors, de Perpignan, de Montpellier et de Marseille, étaient les six couvents qu'on avait proposé d'abord de conserver et auxquels on réunissait les biens des couvents supprimés; et cependant Yilla travaillait à détruire ces six maisons comme les autres.
L'arrêt du parlement de Bordeaux parut avoir excité le zèle du parlement de Toulouse. Le ministère public , instruit que les religieux de la Merci de Toulouse vendaient aussi leurs biens, demanda qu'on y mît ordre. On pria le roi de conserver le couvent de Toulouse, et de reprimer des entreprises contraires à ledit de 1768. Un arrêt ordonna aux religieux de rester soumis à leurs règles , et cassa les traités qui auraient pu être faits pour la vente. Une mesure semblable fut prise peu après par le conseil souverain de Roussillon. Un arrêt du 27 janvier 1781 supplia le roi de conserver le couvent de la Merci à Perpignan, couvent aussi ancien que l'ordre même. Il ordonnait au père Traxas, supérieur, que le père Villa, provio -
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cial, avait forcé de quitter son couvent, et qui s'était retiré chez les Augustins, de rentrer dans sa maison, et de reprendre ses jonctions ; enfin, il anntilait les marchés faits pour la vente des biens meubles et immeubles.
Le père Villa avait eu le dessous dans cette afîaire, malgré les mémoires qu'il avait publiés; mais il trouva moyen de s'en dédommager bientôt. Il avait eu le crédit d'obtenir du général, qui, résidant en Espagne, était mal instruit de Télat des choses en France, la présidence du chapitre qui se tint à Toulouse, le 11 mai 1781. Là il parvint à mettre dans ses intérêts la commission nommée par le parlement pour assister au chapitre. On arrêta le rétablissement de la maison d'Aurillac : mais Villa fit rejeter, sur des motifs frivoles, l'exécution d'un ordre du général pour que les membres du chapitre promissent par serment de vivre et de mourir dans leur état. Il fit maintenir dans le chapitre des votants qui auraient dû être exclus. On élut pour provincial un vieux religieux dévoué au père Villa. Celui-ci fut nommé supérieur de la maison de Toulouse, et on lui donna le titre de procureur-général de la province, chargé des intérêts de l'ordre à la cour. Les autres élections furent faites dans le même sens. Ainsi on plaçait à la tête de l'ordre les ennemis de la régularité et les provocateurs de la sécularisation , des hommes dégoûtés du cloître, et dont plusieurs portaient même déjà des habits séculiers. Il ne restait donc plus que l'ombre de l'ordre de la Merci, et l'on peut dire que le chapitre de 1781 en consomma la ruine (l).
Le père Villa qui joua un rôle peu honorable dans celte affaire est le même qui entra depuis dans les rangs du clergé constitutionnel. Dominique-Paul Villa était né le 24 septembre 1735, à Mondavizan, diocèse de llieux ; il fit le serment en 1791, fut professeur au séminaire de
(1) Nous avons consuUé.sur i< s troubles, les A'ouvrUcs ecclésiaatiqnes Aes 30 jauvitr,6 fcvricr, 1" mai et 25 so|)ttiiil)rt! 1781 , en stparant les fails qui y sont rapportes des reflexions daDgcreuses qui y sont jointes.
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Perpignan en 1798, et on le qualifia de président du presbytère. On l'élut évéque des Pyrénées-Orientales, et il fut sacré en celte qualité à Perpignan, le 6 mai 1798. Il tint un synode, assista au concile de 1801 et donna sa démission peu après. 11 resta à Perpignan, et y mourut le 24 janvier 1814, dans sa soixanle-dixneuvième année (l).
— Le 18 mai. Nouvelle déclaration de Bliffon. On se rappelle qu'en 1751, cet auteur avait remisa la Faculté de Théologie des explications où il abandonnait son système, et modifiait quelques propositions qui avaient paru répréhensibles (2). Celte démarche de sa part avait empêché la censure de son livre. Mais celte soumission fut-elle sincère? l'illustre naluraiiste renonça-t-il réellement à son hypothèse? On est fondé à en douter. En 1775, il publia ses Epoques de la nature, dans le neuvième volume du Supplément de son Histoire naturelle. Ces Epoques étaient, comme il l'expliquait lui-même, les points de l'histoire de la terre, conformément à sa théorie; il s étonnait qu'on n eût pas saisi les rapports et V ensemble de ce grand système. « Néanmoins, ajoutait-il, y a-t-nl un sujet » plus élevé, plus digne d'exercer la force du génie? On )) m'a critiqué sans m'entendre. Que puis-je répondre, » sinon que tout parle à des yeux attentifs, tout est indice » pour ceux qui savent voir; mais que rien n'est sensible, » rien n'est clair pour le vulgaire, et même pour ce vul- . » gaire savant qu'aveugle le préjugé? » Tout ce volume est donc consacré à défendre ce système chéri, ou plutôt un second système. Car il y a des différences assez importantes entre la nouvelle exposition et l'ancienne. L'auteur, une fois prévenu de cette théorie, l'applique à tout, et plie les raissonnements et les observations à cette hypothèse dont il était plein. Il cherche même à la faire accorder avec le récit de la Genèse ; et par une explication telle quelle, il prétend concilier ce que Moise dit de la création
(1) Voyez VÀmi de la Religion, tome LXII, page 276.
(2) Voyei Mémoires, tome III, page 179.