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avec son système. Il s'afflige de ce quon abuse du nom de Dieu. II observe que 1 écrivain sacré ne parlait que pour l'homme 'vulgaire. Il ne veut que concilier la nature avec la théologie, sans se rappeler ce qu'il avait dit (1), »< qu il » faut se borner à savoir du délufje (on peut dire la même » chose de la création) ce que les livres sacrés nous en ap- » prennent, avouer en même temps qu'il ne nous est pas » permis d'en savoir davantage, et surtout ne pas mêler » upe mauvaise physique avec la pureté du livre » saint (2). »
La théorie de Buffon, prise dans son ensemble, a eu peu de succès. L'auteur eut de son vivant le chagrin de la voir rejetée généralement. On ne lui a pas été plus favorable après sa mort. Les progrès de la physique, les découvertes de la chimie moderne, les travaux des plus célèbres géologues et minéralogistes, ont renversé toutes ces suppositions arbitraires, fruit d'une imagination féconde, qui, interprétant le passé d'après de vaines spéculations, y voit tout ce qu'il lui plaît de voir. Les savants de nos jours regardent le système de Bufibn, du moins pris dans sa totalité, comme une de ces idées, dont un homme habile d'ailleurs se préoccupe parce qu'il l'a enfantée, mais que personne n'eût mieux réfutée que lui, si un autre que lui en eût été l'auteur.
Ce n'était pas la seule erreur où se fût laissé aller le savant naturaliste. Il supposait les animaux produits par le concours ou la réunion d'une grande quantité de molécules organiques vivantes. « Ces molécules sont, disait-il, » indestructibles et toujours actives... : quand elles ne se » trouvent absorbées par aucun moule animal déjà sub- » sistanl , elles se réunissent pour les formes particuliè-
(1) Tome I de VHlsloire naturelle, page 2î)5.
(2) On peut voir, sur le système de BuiTon, VAitalrse et réfutation des èftotiues, par Royoïi ; \e Monde de verre réduit en poudre, par le même; Vf:.ramen impartial des époqua de la nature, par Ffllcr; les Lettres à un Anicricain sur l'histoire naturelle, par le Laige de Lignac; le Journal ds littérature, de l'aLbé Grosier, etc.
)) res... : mais aujourd'hui qu'elles sont entièrement absor- )) bées par les moules des êtres existants, il ne peut se » former d'espèces nouvelles (l). » Il suppose même que ces molécules existaient dans le soleil, sans s'embnrrasser si elles y pouvaient vivre. Ces idées extraordinaires, pour ne rien dire de plus, donnèrent quelques avantages aux adversaires de l'auteur. Ce volume des Epoques renferme bien d'autres assertions bizarres. Là on nous dit qu'il faut 14,000 ans pour former une colline de glaise de 100 toises de haut ; ce dont on se sert encore pour étayer le système général. Ici on nous assure que le grain dont l'homme fait son pain, n'est point un don de la nature, mais le grande Vutile fruit de ses recherches et de son intelligence , et l'on suppute combien il a fallu de temps pour arriver à cette découverte (2). Enfin, si l'on veut savoir quel est l'âge de notre globe, et combien il a encore à vivre, on apprendra que sa formation date de 75,000 ans, durée qui nest même pas encore assez étendue pour tous les grands ouvrages de la nature, et que la nature vivante doit encore subsister 93,000 ans (3). Et Buffon s'élonne au même endroit qu'on ne se rendît pas à ses raisons, et qu'on se laissât effrayer par ces calculs.
Au mois de novembre 1779, La Faculté de Théologie de Paris avait nommé une commission pour l'examen du livre ; et plusieurs mois après les délégués rendirent compte de leur travail. « Ils ont cru, dit le rapport, que le » livre du très-célèbre auteur méritait l'attention de la » Faculté, surtout parce que le récit de l'Ecriture sur l'ori- » gine du vnonàe paraît y être déguisé et déterminé à des » sens nouveaux, qui sont assortis à l'hypothèse imaginée « par l'auteur, mais éloignés du sens naturel des divines )) Ecritures, quoique l'auteur se fût obligé, en 1751, par » une promesse solennelle, à observer la soumission due à
(1) Tome IX, page 264.
f2) Ibid., page 356, (3) IbiA., pnge 9C.
ANNEE 1780. i2t;
» l'Ecriture sainte (1). » BufTon ayant appris, par Je bruit public, In censure qui se préparait, demanda qu'on lui communic|uàt les observations faites sur son livre; la Faculté crut devoir traiter avec égards un homme si célèbre-, elle lui fît passer un extrait des passages rangés sous neuf chefs avec des observations sur chaque point. L'auteur y opposa d'abord diverses réponses et explications-, mais elles ne furent pas jugées sullisanles pour dissiper, ou même pour tempérer les accusations Ibrmées contre le système des Epoques. Alors Buffon consentit à donner, le 18 mai 1780, la déclaration suivante : « 3Ies- » sieurs les députés de la Faculté de Théologie ra'ayant )) fait part des observations qu'ils ont cru devoir faire sur )) les Epoques de la nature ^ et sur l'interprétation du )) premier chapitre de la Genèse, que j'ai insérée dans » cet ouvrage, je déclare que je suis toujours dans les » mêmes sentiments de respect pour leurs décisions: et, » renouvelant la déclaration que j'ai faite en 1751, j'avoue » que je n'ai repris mon système sur la formation de la « terre et des planètes, que dans la persuasion où j'étais H de pouvoir le concilier avec le récit de l'historien sacré ; » je reconnais volontiers que je me suis trompé dans mon » jugement; et j'abandonne tout ce qui, dans mon ou- » vrage, leur a paru contraire au texte sacré, et aux règles » qu'on doit suivre dans son interprétation. >) La Faculté fit imprimer toutes ces pièces, et les envoya aux évéques et à tous les docteurs, et l'on crut devoir s'abstenir encore de la censure. On voulut bien savoir gré à Bafibn de conserver, à l'extérieur, des égards dont tant d'autres s'affranchissaient, et de paraître abandonner des opinions qui n'étaient guère d'accord avec ce que la foi nous enseigne. Il n'a pas été compté parmi les ennemis de la religion-, mais on peut voir en lui un écrivain égaré par une imagination brillante, et séduit par un système trompeur. Ceux
(1) Acla S. Faciiltalls theologice Paiisiensis occasione libri qui inscribittir : Histoire nntiirclle contenant les époques de la nature, ParisiiSf 1780, 19 pages in-4'».
même qui n'ajoutent pas foi au récit de la Genèse, ne croient pas davantage à la théorie du naturaliste. Chacun a voulu bâlir la sienne. Chacun a voulu substituer ses idées à Thisioire des livres saints. Mais toutes ces cosmogonies se sont évanouies successivement. Leurs auteurs se sont combattus les uns les autres, et en s'aveuglant sur les défauts de leurs propres conceptions, ils ont été trèsclairvoyants sur le ridicule ou l'absurdité des systèmes de leurs devanciers : ce qui seul pourrait, ce semble, former déjà un préjugé légitime contre ces théories, qui, comme le disait si bien Buffon lui-même, produisent tout ce quon veut, et ne sont autre chose que des romans physiques et de vaines spéculations (l).
(1) [[I>es ^ctes de la Faculté n'ont pas échappé à la critique : on lui a reproché avec assez de raison, ce nous semble, de n'avoir pas assez insisté sur l'absurdité du système, en ce qui conccrnailla f(jrmation des êtres vivants parles molécules organiques. MWa avait cru devoir surtout s'altai lier à combattre les longs espaces que Buffon admettait entre les jours de la création, par ce principe très-vrai, o que lorsque la parole de Dieu sur les faits de la » nature a un sens cluir et lillérnl, tout jdiysicien est obligé de se sou- » mettre; la contradiction qu'il croirait trouver entre les vérités révélées et » ses propres observations prouveraient la fausseté de son opinion et l'in- » sullisance de ses preuves. » Or, selon les mêmes docteurs, « la p.irole de » Dieu sur la création aurait été inintelligible si le mot jour n'y eût pas été » pris suivant l'acception commune : le sens lUléral du mot jour est con- » firme par le texte de Moïse, etc. » Cette application du principe, faite par les docteurs de Paris, est sans doute remar(|uable ; mais elle n'a pas paru évidente à plusieurs esprits. Dans le temps même de la controverse sur les Epoques de la nature, l'abbé Grosier, qui d'ailleurs combattait très-sulidenieiit le système de Bullon, soutenait que, quant aux périodes, celte opinion ne contredisait pas le texte sacré. Le savant Deluc, dans ses Lettres sur l'histoire physique de la terre, croit prouver, ^a/- ie teste sacré lui-même, qu'on ne peut inler|)réter les jours de la création comme des jours semblables aux nôtres. On a cité pour exemple, d'une interprétation trop littérale, celle dont s'appuyait l'opinion abandonnée de la révolution du soleil autour de la terre. D'ailleurs, sur les jours de la création, il ne s'agissait pas de cette interprétation unanime des Pères à laquelle on est, rigoureusement obligé de se soumettre; au contraire, dès les premiers temps, des explications diverses ont été données sur le sens du mot jour dans le récit de Moïse. Enfin les docteurs de Paris eux-mêmes se contentaient de dire que le système de Bufl'on leur paraissait s'éloigner du sens naturel. Ces réflexions sont d'autant plus nécessaires, que, si le système général de Buffon est abandonné, la partie qui concerne les longues périodes antérieures à la création de l'homme est devenue un sentiment presque général, {^l'oyez, sur cette
— Le 2 juin et jours suivants. Emeute a Londres contke LES CATHOLIQUES. Nous avons VU que les adoucissements de l'acte de 1778 avaient mccontenté des hommes accoutumés à regarder avec horreur ce qu'ils appellent le monstre du papisme. lisse représenicrent les dernières concessions comme un coup terrible porté à l'église protestante, et ils résolurent d'empêcher qu'on ne les étendît à l'Ecosse, comme il paraît que c était l'intention du gouvernement. La Société formée à Edimbourg, pour la propagation de la foi chrétienne, publia, au mois d'octobre 1778, un pamphlet où les catholiques étaient peints comme odieux à la sociéléet indignesdes faveursdu gouvernement. Le synode de Glasgow se tint peu après. On y opina avec violence contre les catholiques, et l'on y résolut de s'opposer à tout bill en faveur de ceux d'Ecosse. Le dimanche suivant, 18 octobre, il y eut un attroupement qui fondit sur les catholiques, dans le moment où ils étaient assemblés dans une maison particulière pour l'oflice divin. On cassa les fenêtres, on pilla la maison, et le tumulte dura toute la nuit. Les résolutions du synode de Glasgow fureut rendues publiques par la voie des journaux, et la société d'Edimbourg n'omit rien pour exciter les esprits. Des lettres, des billets, des pamphlets, furent distribués dans les lieux publics, et semés même dans les rues pour accroître les mécontentements et provoquer un éclat. Après quelques jours de mouvements et de clameurs, le 2 février 1779, un attroupement brûla une chapelle et une maison bâties dernièrement par les catholiques d'Edimbourg. D'autres maisons catholiques fut pillées, sans qu'on prît des mesures pour réprimer ces désordres. Les mêmes scènes eurent lieu à Glasgow, le 9 du même mois, et elles se renouvelèrent dans quelques autres villes d'Ecosse.
Ce n'était point assez d'avoir échauffé les têtes dans cette partie du royaume j on voulut obtenir le même succès en
queslion, les Conférences de M. Frayssinous, tome II, conférence 6; la Théologie du P. Péroné, dans le traite De Deo créature, le Dictionnaire de Feller, art. Dcluc.)]]
Angleterre. Une association protesianle se forma dans Londres pour obvier aux dangers imminents dont la réforme élait menacée. Elle entra en correspondance avec la société d'Edimbourg, et prit les mêmes moyens pour réussir. Il n'était question que de l'audace croissante, et des entreprises réitérées des catholiques, alors qu'on brûlait leurs maisons. On écrivait de tous cotés en Angleterre pour exhorter les bons protestants à faire une ligue contre les accroissements prodigieux du papisme. Le péril était si pressant, et les exhortations si vives, qu'en peu de temps ïassociation compta un assez grand nombre de membres. Le plus fameux de tous, comme le plus ardent, fut Georges Gordon, troisième fils du duc de ce nom, homme d'un caractère hardi et fougueux, mécontent du ministère, borné d'ailleurs, et d'un fanatisme extravagant. C'est le même qui se fit enfermer pour ses pamphlets, embrassa le judaïsme, et mourut à peu près fou à Newgate, en 1793. Son nom et ses exhortations servirent les vues de ïassociation. Il en fut déclaré président. On tenait de fréquentes assemblées dans lesquelles on faisait les sorties les plus vigoureuses contre les catholiques. Là les discours les plus violents, les motions les plus fougueuses étaient précisément ce qu'on applaudissait le plus. On se réunissait dans des tavernes, dans des maisons de jeu, dans des marchés, et bientôt le nombre des membres fut si grand qu'il fallut s'assembler en plein air. On rédigea une pétition au parlement; et le président déclara qu'il ne la présenterait point s'il n'était point accompagné d'au moins vingt mille personnes. Il s'en trouva plus du double réuni, le 2 juin, dans une campagne aux portes de la capitale. De là on se mit en marche pour l'abbaye de, Westminster, sous la conduite de lord Gordon. On portait solennellement la pétition écrite sur une énorme bande de parchemin, et souscrite, dit-on, par 40,000 pétitionnaires. Arrivés devant la chambre des communes, ils firent une décharge générale de mousqueterie; car ils s'étaient munis de leurs armes pour plus de précaution. Ils forcèrent presque tous
AN.NLL l';^0. \-I\*
les uiL-inbrcs t!n ])arloa.t'iil à crier avcc ».n\ : Point, dti pt/.pisme, et ils tirciil proiiullre à plusieurs qu'ils voleraient pour la révocation de ledit de J778. D autres turent in- >.uliés, et plusieurs pairs ])arti(:ulièreuient furent traites avec brutalité. Il v en eut cjui eurent |)eine à se soustraire au ressentiment de celte iroupe emportée. Lord Gordon présenta la pétition. On V(julait (jue le parlement délibérât séance tenante. Mais pendant les débats la foule entreprit desatistaire sa bainc contre les catboliques. Deux cba- (lelles turent pillées et détruites. L'une était celle de l'ambassadeur de Sardaif^ne. Le 4 juin, les attroupements et les violences recommencèrent. On se porta sur les cbapelies et les maisons des callioliqucs à Moorlieids. Elles lurent pillées, et tout ce qui s v trouvait jeté au feu. Trois maisons de calboli(pjes lurent Irailc^es de njème. La populace ne parlait que d'exterminer entièrement le papisme. Le à, les attroupenjents devinrent plus incpiiétanls encore. Les ujcconientsdélruisirenl d autres cbapelles, et pillèrent d'autres maisons, entre antres celle de sir Georges Saville, qui avait lait la motion au parlement [)our labrogation de lacté de 168'J. Le ti, après avoir conduit en Iriompbe leur digne cbef. ils se séparèrent pour continuer leurs expéditions. Il mirent le feu à la prison de Newgate, parce (ju'on y avait renfermé quelques-uns des leurs. Lu parti so détacha contre les caibolicpies de la rue de Devonsbire. La tuiit du 6 au 7 fut afireuse. Il n'était question que de desiruelion et de pillage. On mit le feu à plusieurs endroits à la fois. La maison d'un calliolicpic, ailleurs une ebapelle et trois maisons attenantes, d'autres maisons de p.iriiculiers de la même communion, devinrent la proie des flammes. Les catboliques, objet de la fureur de la multitude, n'osaient se montrer dans les rues.
Au milieu de la confusion générale, cbacun commeueail à cr;iindre; et les pruleslants eux-mêmes pouvaient être victimes du désordre. On sentit enfin la nécessité de le réprimer. On lit venir quelques troupes. Georges Gordon fut mis à la tour. On arrêta plusieurs des séditieux, T. T. a
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parmi lesquels il s en trouva qui étnienl animés d'au esprit de vertige. Ils se regardaient comme des martyrs. On exécuta dix-neuf des plus coupables. Le reste fut condamné, mais obtint sa grâce. Soixante-douze maisons furent brûlées pendant ces jours de terreur. On découvrit, par Tinterrogaloire de lord Gordon, et pnr ses papiers, quels étaient ses projets. Il se disposait à partir pour lEcosse, afin de travailler, conjointement avec la société d'Edimbourg, à y produire les mêmes résultats qu'il venait d'obtenir à Londres. Il entretenait des correspondants chargés de seconder ses projets. Ce fut par leurs soins qu'il y eut des émeutes à Bristol et à Hull; en en arrêta les suites. Les tactieux eurent plus de succès à Balh. La populace y détruisit une chapelle et plusieurs maisons de catholiques.
C'est ainsi que, dans un siècle qui vantait si fort sa tolérance, on donna un exemple si frappant d'intolérance et de fanatisme : chez une nation éclairée, des fureurs de secte compromirent la sûreté générale. Au surplus, il ne paraît pas que le clergé anglican ait beaucoup contribué à ces scènes terribles, ïrès-peu d'ecclésiastiques entrèrent dans V association. On ne cite qu'un prédicateur, ledocteurFordyce, dont les sermons étaient un véritable manifeste contre le papisme. Quand les tumultes furent apaisés, la chambre des communes crut qu'il fallait accorder quelque chose aux préventions de la multitude. Elle adopta un bill pour assurer Vèglise établie., contre les accroissements du papisme ; mais la chambre des pairs rejeta cette loi. Elle s'assura que ces plaintes continuelles sur des accroissements imaginaires n'étaient que des déclamations dictées par la passion et dénuées de fondement. Rien ne prouve mieuxd'aveuglement de l'esprit de parti qu'une assertion que nous avons lue dans un pamphlet au sujet des mouvements séditieux que nous venons de rapporter. L'auteur de ce pamphlet dit, et a l'air de dire irès-sérieusement, que ce furent les catholiques qui excitèrent les tumultes et les incendies. On ne saurait réfuter une telle accusation. C'é-
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lailsaiis cloiilc une luse bien perfide à ees cutlioliqiies de briller leurs chapelles et leurs maisons, pour avoir le plaisir de crier contre les protestants. Des gens qui se cacbaienl n'étaient guère disposés à diriger les mouvements de la populace. Dès avant la révolte, les catholiques avaient hautement annoncé leur délermination de ne faire, pour le moment, aucune demande, et de s'en tenir aux dernières concessions. Cette résolution avait même été publiée dans les journaux, mais n'avait pu calmer relïervescence des esprits, qu'on s'était plu à aigrir et à exalter par tous les moyens possibles.
— r[Le II juin. Premières opérations de l'assemblée DU clergé DE France, relatives au don gratuit, demandé pour la guerre d'Amérique. C'est un préjugé très-répandu que le Clergé français se prêtait peu à venir au soulagement de l'État, et qu'il a ainsi contribué à préparer la révolution, dont il a été une des premières victimes ; voilà pourquoi nous nous sommes appliqué à relever les sacrifices qu il n'a cessé de l'aire dans tout le cours du siècle dernier, sacrifices beaucoup plus onéreux qu'on n'afifectedele croire. L'assemblée de 1780 offrit une nouvelle preuve de dévouement aux intérêts de l'Elat : elle accorda un don de trente millions à l'occasion de la guerre d'Amérique.
On peut voir encore dans cette circonstance combien est peu fondé ce préjugé que les subsides qu'on demandait au clergé, étaient pour lui l'occasion de s'immiscer dans les affaires du gouvernement. On ne voit aucune trace de discussions de ce genre: et toutefois la guerre qu'il s'agissait de pousser avec vigueur avait un caractère particulier que nous pouvons signaler ici, sans nous écarter du but (le ces Mémoires. Il s'agissait de soutenir la déclaration iV indépendance qu avaient faite en 177(S des Etats longtemps soumisà l'Angleterre, et d aider les i/isurgetits, comme on les nommait alors, à s'affranchir des lois de la mère patrie. Cette déclaration fameuse était basée sur les principes de la souveraineté du peuple, et contenait en germe les droits de l'homme, proclamés chez nous quel-
ij-i AN-NE L l'/80.
ques années plus tani. Voici ce qu'elle portait dans le préambule : <( Nous regardons comme inconlestables et ■» évidenles par elles-mêmes les vériiés suivantes : que » tous les hommes ont été créés égaux, qu'ils ont été doués )) par le créateur de certains droits inaliénables^ que » parmi ces droits on doit placer au premier rang la vie, » la liberté et la recherche du bonheur; que pour s'assu- » rer la jouissance de ces droits, les hommes ont établi » parmi eux des gouvernements dont la juste autorité )) émane du consentement des gouvernés; que toutes les » fois qu'une forme de gouvernement quelconque devient » destructive de ces fruits pour lesquels elle a été éta- » blie, le peuple a le droit de la changer et de l'abolir, et 1) d'instituer un nouveau gouvernement, en établissant » ses fondements sur les principes, et en organisant ses » pouvoirs dans les formes, qui lui paraîtraient les plus » propres à lui procurer la sûreté et le bonheur... » On ne peut ignorer combien cette guerre d'Amérique servit à développer parmi les Français l'esprit démocratique 5 mais vers 1780, ces conséquences n'étaient point aperçues. Quoi qu'il en ait été, le Clergé ne discuta aucunement les motifs de la demande qui lui était faite. Voici dans quel noble langage était exprimée la détermination prise le 11 juin : « L'assemblée persuadée, tant par l'énormiléde )) la somme qui lui est demandée, que par les dispositions » du gouvernement, qui a bien voulu lui faire connaître » que l'intenlion de Sa Majesté est de ne demander aucun » secours extraordinaire pendant le cours de la présente » guerre; considérant que la circonstance actuelle peut ^) rendre utile un effort extraordinaire, qui en impose aux » ennemis de Sa Majesté, en leur faisant connaître les res- » sources immenses qu'elle peut trouver dans l'amour de n ses peuples et la con fiance des différents ordres de son n État; parliculièreineiît touchée de la sagesse et de la ^) bonté de Sa Majesté, qui a su jusqu'à présent sulîire aux » frais d'une guerre dispendieuse, sans mettre de nou- 1) veaux impôts; pleine de cette espérance si consolante
» pour les pi^steurs des peuples que, si leurs dons ik^ peti- » vent empêcher entièrenienf ces impôts, ils peuvent au )» moins eu julouclr le poids, ou en reeider IN'poque ; ayant » celte confiance en la ju.«iice de Sa Majcsié qu elle n ap- » prendra pas, sans y porter remède, les atleinles n)ulli- » pliées et les assujetlissements de toute espèce qu'ont » éprouvés et dont sont menacés les biens du Clerî];é, aux- » quels on ne peut porter préjudice sans tarir la source » de ses dons, et afTaiblir le gage d(; ses engagements,... » a unanimement délibéré de lui accorder une somme de )) trente millions, à litre de doji gratuit, aux clauses et )) conditions du contrat qui sera passé entre Sa Majesté el » le Clergé, comme aussi d'accepter ToîTre qui lui a élé » faite par les commissaires du roi d'un million par année, )) pendant quatorze ans (l). » La dernière clause prouve qu'il ne s'agissait que de seize millions en don absolu, et d'uneavancedequatorze millions, qui seraient remboursés successivement. Cette somme n en paraîtra pas moins considérable, si l'on considère que le gouvernement qui s'était adressé aux pavs d'Etat, pour un emprunt, n en avait pu obtenir que vingt et un millions (•2). Pour pourvoir à des prestationsaussi considérables, le Clergé était obligé de recourir lui-même à un nouvel emprunt, au denier vingt (3) : et afin de couvrir cette dette, avec celles qui étaient accumulées par les donsdes dix années précédentes, il établissait sur tous les biens ecclésiastiques, de quelque nature qu'ils fussent, à l'exception de ceux qui étaient destinés au soulagement des pauvres (4), une imposition Hnnuelle de sept
(1) Proct-s-1'erbau.r de rassemblée <I«* 17S0, page 3S.
''?) Droz, Histoire de Louis XI'I, etc., tome I, pnge 2!)1.
(3) Pour accomplir plus i'acilement son emprunt, le Cierge faisait snécinlement appel aux étabiisseineiils ecclésiasliques, couvents, labri((ues, liosplces, qui avaient des petites sommes:! piacer; il leur offrait toute espèce de tacilitf et de garantie; il obtint un arrêt du conseil, qui déclarait les constitutions de rentes faites en faveur de ces i taliiiv«-nien(s non suiette'i au droit d'amortissement.
(V Les biens dir l'ordii- <ic Maitc étaient aussi exceptés, selon l'ancien UPa^e, à raison d» s 'iervirc< qn'IN i-I:i!iiil \r\>-v'< i>Mnlrr à la 'bicfii u'c.
millions trois cent quarante-trois mille neuf cent soixantequinze livres.
On a vu qu'en même temps qu'il donnait cette preuve de son dévouement , le Clergé réclamait la protection du roi contre les atteintes portées à ses immunités. En etFet, l'assemblée avait reçu des plaintes de presque toutes les provinces. Ici, on assujetti vait à la taille les fermiers des biens ecclésiastiques avec une rigueur qu'on n'avait point encore vue; ailleurs, il s'agissait des droits seigneuriaux ; pins souvent encore les villes et les provinces cherchaient à faire partager aux clercs les charges dont ils avaient été exempts jusque-là, pour la construction des édifices publics, tels que casernes de la maréchaussée et palais de justice, pour les remparts des villes, pour la réparation des ponts. L'esprit général de l'époque se faisait de plus en plus remarquer dans toute la France. Les choses allaient si loin que, plusieurs diocèses du Midi (Cahors, Rodez et Vabres) avant promis aux Etats de la Haute-Gascogne de concourir à la confection de grandes routes, le Clergé crut devoir prendre des précautions pour que cet exemple ne fût pas regardé comme un précédent obligatoire.
L'assemblée adressa aussi au roi des réclamations graves et remplies de solidité, contre un édit rendu au mois de janvier précédent, pour autoriser la vente des biens des immeublesde tous les hospices du royaume. Cet édit avait été suggéré par Necker, sous le prétexte qu'en soumettant le gouvernement des hospices à une administration centrale, il serait plus facile de pourvoir aux nécessités d'un grand nombre de ces maisons, dont plusieurs n avaient que des ressources insufïisantes (I). Le Clergé fit voir à quels dangers exposait une semblable mesure, qui avait été prise sans aucune intervention de l'autorité épiscopale ; et cependant, dans tous les temps qui avaient précédé, les évêques avaient eu la principale part dans la
(I) Procès-verbaux de l'assemblée de 1780.
ilirection des hopilaux: on prévoyait que bicnlol on proposerail également de l'endre et aliéner tous les immeubles du clergé satis aucune inter\>ention du clergé^ pour soumeltre également ses aflaires à une administration collective ; prédiction qui a été complètement réalisée (pielques années après. Nous ne savons si ce sont les r(';c!ama(ions du Clergé qui empêchèrent que ledit de janvier ne fût mis à exi culion 5 mais nous ne voyons pas qu'il ait eu alors de suites importantes: plus tard la même mesure fut ordonnée par l'assemblée constituante-, et les conséquences en furent si sensibles, que, dès 1796, elle fut entièrement suspendue ^ et qu'il fut même alors ordonné que les biens déjà vendus fussent remplacés par une quantité équivalente de biens nationaux. Jj
— Le iO juillet et jours suivants. Travaux de l'assem-
r.LÉE nu CLERC, É P.ELATIVEMF.M" U X IISTKnÈTS DE LA KELIGION ET
DE l'Église. Le retour des Assemblées ramenait ordinairement les mêmes plaintes et des observations sur les mêmes objets; c'est ce qui fait craindre de fatiguer le lecteur en lui reproduisant périodiquement des réclamations identiques; nous nous bornerons à signaler dans celles de 1780 ce qu'elles ont de particulier.
Ou commença par écarter du bureau chargé des affaires de la religion l'archevêque de Toulouse, de Brienne, prélat qui y avait siégé jusque-là, et qui y avait même paru avec assez d'éclat, mais dont on avait lieu de suspecter le zèle-, et l'on mit à sa place M. Dulau. archevêque d Arles, prélat également pieux, instruit et vigilant, qui s'acquitta de ses fonctions de manière à mériter les éloges de tous les amis de la religion. Le 21 juin, il fit un rapport sur les mauvais livres. 11 se plaignit de linutilité des réclamations des assemblées précédentes, de l'éclat affecté des hommages rendus à Voliaire, et des souscriptions ouvertes publiquement pour des ouvrages qui respiraient la haine de l'autorité. Il s'éleva surtout contre le scandale qu'avait donné récemment un prêtre, un ancien religieux (Raynal), en menant son nom à la tête d'un écrit semé desblas-
i3t AN\ÉE 178(1.
phèmes les plus révoilanls. 11 dit que la sévôritt' même de quelques règlements sur la librairie était peut-èîre une des raisons qui faisaient fermer les yeux sur les délits des auteurs^ qu(; la déclaration du 16 avril 1757, en portant la peine de mort contre les auteurs et distributeurs de mauvais livres, avait manqué le but qu'elle semblait vouloir atteindre: que cette excessive rigueur arrêtait les juges les mieux disposés, et qu il était digne du clergé de France de solliciter contre ses ennemis, non des supplices, mais des mesures répressives qui conciliassent les intérêts de la religion avec les égards dus même aux coupables. Il fut chargé de conférer à ce sujet avec le garde des sceaux. Quelques jours après, il fit des rapports sur les entreprises des protestants, el sur la tenue des conciles provinciaux. Il demandait pourquoi on refusait au clergé ces réunions anciennes et canoniques, tandis qu'on favorisait de toutes parts l'établissement de sociétés dans tous les genres. L Eglise devait-elle donc s'attendre à être moins protégée que les sciences, que la littérature, que la franc-maçonnerie même, qui avaient leurs académies, leurs loges, leurs lieux et leurs jours de réunion bien connus? Déjà M. de Pompignan, archevêque de Vienne, avait adressé, à cet égard, au prince, des représentations pleines de sagesse. L'assemblée prit des détermiuationsconformes auxconclusionsde Tarchevêqued'Arles. Le 20juillet, elleadopta trois Mémoires au roi sur ces sujets différents. Dans le premier, un passage est frappant. Ou exposait au roi combien il était temps de mettre un terme à l'assoupissement funeste où l'on semblait plongé sur les progrès de l'esprit d'irréligion. Encore quelques années de silence, disaient les évêques, et V ébranlement , de\>enu général^ ne laissera plus apercevoir que des débris et des ruines ; paroles reiBarquables, qui se sont si tristement vérifiées quelques années après. Elles ne firent alors aucune impression : on afTectait même de se moquer de ces terreurs.
D'un autre coté, on minait chaque jour quelqu'une des institutions religieuses. Des couvents, des corps en tiers dis-
paraissaient par les soins d'une commission Ibrmée, disaiton, pour épurer l'élat monastique, mais qui ne paraissait occupée qu'à le détruire. Des exiiuctious réitérées anéantissaient des ordres anciens. Ce fut la matière d'un rapport, présenté, le 17 août, par Tarclievèque d'Arles. « Sans » parler, dit-il, de cette société célèbre dont le sort a si )) justement excité les re.",rets lionorabies des assemblées « précédentes, nous avons vu tomber et disparaître, en » moins de neuf ans, neut congrégations, lesGrammon- » tains, les Servîtes, les Cclestins, l'ancien ordre de Saint- » Benoît, ceux du Saint-Esprit de Montpellier, de Sainte- » Brigitte, de Sainte-Croix de la Bretonnerle, de Saint- )> Ruf. et de Saint-Antoine, L'ordre de la Merci paraît » ébranlé jusqu'en ses fondements, et le même orage gronde » au loin sur les autres conventualités. On répand I oppro- )) bre sur une profession sainte. L'insubordination exerce au )) dedans ses rava&es. La cofinée est à la racine de l'insti- » fut monastique, et va renverser cet arbreanlique, déjà » frappé de stérilité dans plusieurs de ses brancbes. » L'assemblée du clergé s'occupa à plusieurs reprises des ordres religieux et dosalleintesqui leur avaient été portées, et elle signa particulièrement une réclamation générale contre la suppression de l'ordre de Saint-Antoine, et contre l'union qu'on avait faite de ses biens à l'ordre de Malle. [[Elle écrivit à ce sujet au Pape, une lettre toucbante, qui débutait ainsi : « La coutume de l'église gallicane, inspi- » rée par la piété filiale, a été dans tous les temps de ré- » clamer le secours du Siège Apostolique et 1 appui de son
» autorilédansloutes leschosesépineuses Les vierges fie
» Sion pleurent, très-Saint-Père ; toutes noséglises sont dans » la désolation, au sujet de la ruine de tant de monastères, » de tant de congrégations même, que nous avons vues dis- » paraître depuis quelques années, au grand détriment » du culte du Seigneur... Tous les ordres régidiers sont » dans l'effroi et la douleur, prévovant que le même ave- » nir les menace : ce qui est plus d(''plorable eticore, » plusieurs hâtent eux-mêmes par leurs désirs cette fin la-
» meniable... Nous avions assurément le dessein de venir >» au secours de ceux qui périssaient, et de fortifier ceux qui » étaient encore debout; mais la manière de procéder » qui a été employée dans ces affaires nous a olé tout )) pouvoir de prévenir celle issue déplorable : on n'a tenu » aucun compte ni des droits des évêques, ni des intérêts » de la relij^ion... On n'a laissé à des hommes condamnés » d'avance aucun moyen de défense : ils se sont vus frappés » comme par un coup de foudre. C'est avec douleur que » nous rappelons les maux qui ont suivi. Toute la vigueur » de la discipline régulière s'est relâchée; les études ne » font plus que languir dans les communautés où elles )) avaient été le [)lus florissantes; la famille religieuse, « autrefois si féconde, est devenue une solitude, m Les évêques appliquant spécialement ces plaintes à latfaire récente de l'ordre de Saint-Antoine, demandaient au Pape que toutes les fois qu'il pourrait être question de la suppression ou de l'union des communautés, on entendît auparavant le vœu des évêques (l).
Cette lettre, que transmit le ministre des affaires étrangères, de Vergennes, obtint une prompte réponse, datée du 11 octobre. Le Pape, accueillantavecbontédes plaintes inspirées par l'amour de l'Eglise, disait qu il ne fallaitattribuer les suppressions autorisées par lui qu'à la preuve qu'il avait acquise que les religieux supprimés avaient tout à fait abandonné la pratique de leurs règles, et que par conséquent les religieux fidèles à leur vocation et amis de la régularité n'avaient riendescmblableà redouter. Il attribuait principalement la déchéance des ordres réguliers à l'article de l'édit de 1768, qui fixait pour entrer en religion un âge si différent de celui qu'avait déterminé le concile de Trente-, et il engageait à faire auprès du gouvernement des instances réitérées pour en obtenir la révocation (i).
L'assemblée suivit les intentions du Pape, et elle re-
(1) Procès-verbaux de l'assemblée de 1780, page 654.
'-) [[f^f bref, qui ne se trouve pas drtiis le Bullaire romain, est rapporté
ANNÉE 118(1. ISt
nouvéla contre cet édit les réclamaiionstiéjà faites en 1 775. Mais loin que le ojonverncment lût disposé à y avoir égard, il venait de eonilrmer iléfinitivemenl, par des ieltres patentes du 19 lévrier 1779, ce même article de l'édit de 1768, qui concernait Imje des relifjieux (l).
L'assemblée crut aussi devoir donner son attention h la nouvelle édition de Bossuet, dont était charf^é dom Déforis. Bénédictin, (lot homme de parti char^jeait de notes injurieuses et maladroites les OEuvres de l'illustre évéque. 11 sen)blait que ce lût une lataliu? attachée aux manuscrits de ce faraud prélat, de lond)er en des mains qui eu abusassent. Après avoir appartenu longtemps à son neveu, l'évéquedc Troyes, ils avaient passé aux Blancs-Manteaux, maison de Bénédictins, de Paris, connue par .son al tacher ment à un parti tenace. C'est de là que partait la nouvelle édition. I). Déforis, qui s'en était chargé, après l'abbé Claude Lequeux. cherchait à en iaire un dépôt de ses opi-» nions exagérées (2). L'assemblée du clergé, justement jalouse de rhonneur d'un évéque dont les écrils sont le plus beau domaine de l'église gallicane, improuva de la manière la plus expresse le travail de l'éditeur, et pressa le garde des sceaux de lui renouveler l'ordre qu'on lui avait déjà intimé de ne faire imprimer que le texte de Bossuet déffap;é de ton! commentaire.
l^e 7 octobre, l'archevêque d'Arles fit encore un rap-
dans les Procès-verbaux de Vassenihl.ic i/r l'SO, Picccs jvstijîcaln'es, page 1162.
I.es évtMpies de la inèine assinibléf écrivirent aussi une autre lettre à Pie YI pour reconiniander la cause du vénérable Alain de Solminiae, évéque de (}aliors. Déjà les mêmes instances avaient été faites dans ])]u'.iiurs asseniblces, iKitainineiit en 1705.
(1) Plusieurs des usseniblées provinciales qui avaient p-.ecéde la réuuion de 1780 avaient <'xpriiiié des in(|niélndes sur un arrêt du <<.nseil du 19 mars ITSO, qui créait une iKiiiveib,' comniisiiion jiour les réguliers a la place de celle (|ui avait fait naître tant de plaintes. On lit <les rei lanialions eu cnnséqucnce, et l'on reçut une réponse du garde des sceaux, Hue de Mirnmesnil, qui donnait des explications, dont on se contenta.
(2) l'oYcz, sur la part que l'abbé I.equeux prit à cette édition, la TÀsU alphabvlique des auteun dans les Mémoires, tome IV, page 458.
port sur les ouvrages pour et contre la religion. Il remarqua avec douleur que presque toutes les productions modernes étaient empreintes du venin de l'incrédulité, et qu'elle se glissait dans les écrits les plus étrangers à ces sortes de matières. Il parla avec éloge des efforts de quelques ecclésiastiques qui avaient entrepris des travaux honorables à la religion (l). L'assemblée leur accorda des encouragements, et se sépara, le II octobre, après avoir fait de nouvelles et plus instantes représentations sur la multitude des mauvais livres, et sur l'impunité de ceux qui les distribuaient.
— Le 29 novembre. Mort de l'impératrice Ma.rie- Thérè:se. Cette princesse était née en 1717, et régnait depuis 1740, Eprouvée au commencement de son règne par de grandes traverses, elle en avait triomphé par son courage. Dernier rejeton de la maison d'Autriche, elle en avait soutenu la gloire par sa politique et par ses armes. Elle fit élire empereur le duc François de Lorraine, son époux, et leurs enfants formèrent une nouvelle maison d'Autriche, entée sur l'ancienne. Cette princesse avait de grandes qualités ; elle était sincèrement attachée à la religion, affable, compatissante; elle voulait procurer le bien de ses peuples; mais les meilleurs souverains sont entourés de tant de passions, de pièges et d'obstacles, que leurs plus louables intentions sont souvent frustrées. C'est sous Marie-Thérèse que commencèrent les réformes pour l'enseipuement dans les Etats héréditaires de la maison d'Autriche. Ces réformes furent dues à une cause peu importante, en apparence. Marie-Thérèse avait fait demander au célèbre Boerhaave, professeur de médecine à Leyde, deux médecins habiles, et avait mis pour condition qu'ils fussent catholiques. Boerhaave lui envoya Van-Svvieten et
(i) Lp lappnrl citail, entre autres, l'abbé Bergier, rabi)é Guénëe, et ses rxiifUtnUs Lettres ne quelques Juifs ]>orluqnis à Vollaire; l'aljbé Godcscard et SCS l'ief des Sainf^, ouvrai^e plein de (riliqiie el en même temps de piété; l'abbé (l<* l:i Rlandinière, rontinnatf iir des (.'oiifcienres d' Angers, etr.
ANNEE 1780. l«
de Haen, tous deux réputés très-habiks ilans leur protessioii^ il se trouva (ju'ils étaient aussi tous deux du petit nombre des laniilles attachées aux evéc|ues scbisinali(|uesd'Ltiecht. Arrivés à Vienne, et devenus prcujiers médecins de l'impératrice, ils mirent beaucoup de zèle à faire prévaloir les préveniions (ju'ils avaient reçues dans leur jeunesse, et on les regarde avec raison comme les auteurs des changements qui eurent lieu successivement dans les écoles, relativement à la philosophie et la théologie. Par leur avis, I impératrice nomma trois conseillers chargés de >uivre un plan de réforme. L'abbéde Stoch, devenu en 1 753 président de la Facidié de théologie, était tout à fait dans les idées de Van-Swielen : il fui secondé par deux hommes iujbus des mêmes opinions; Riegger, cpie l'on fit professeur de droit canon, et Martini, professeur de droit naturel. 11 fit venir de tout côté et surtout d'Italie, de nouveaux professeurs pour toutes les universités. On écarta les Jésuites de renseignement. La cour seule choisissait les professeur^ de théologie, sans égard aux droits des <^'éques. Les chaires de droit canon ne furent plus confiées qu à des laïques, et celles de théologie qu'à des ecclésiastiques ou religieux peu favoaables au Saint Siège. L'abbé de Stoch dirigeait tout. Premier membre du conseil des études, de celui de la censure des livres, et de celui des affaires ecclésiastiques, évèque de Rosone in pailibus, son influence endjiassait toutes les parties de renseignement. Il fit publier, en 1769, avec l'autorisation du gouvernement, un .sommaire de doctrine en cent articles tjue les étudiants en théologiedel université de Vienne devaient défendre, pour arriver au doctorat, et oii se trouvaient tous les principes des appelants français. [| Nonseulement on y soutenait les quatre articles de la déclaration de; 1682: mais rinfaillibilité de l'Eglise dispersée nelail établie (pie par rapport aux dogmes de la foi qu'elle enseiffne avec unanimité. On v attribuait aux souverains l'autorité d'assembler les conciles particuliers (on avançait même que les liuil premiers conciles généraux n'a-
142 ANrSEK 1780.
vaienl été convoqués que par la seule autorité des empereurs) ; d'élablir des conférences ou colloques pour pacifier les disputes de la religion \ d'empêcher qu'aucune loi ecclésiastique ne fût promulguée dans leurs Etals sans leur consentement-, d'accorder à leurs sujets opprimés par la puissance ecclésiastique le recours à leur puissance {i appel comme d'abus): d'établir des empêchements dirîmanls sur le mariage, en tant que contrat, etc. (!)•]] ^^^ livres élémentaires qu'on mettait dans les mains des jeunes gens étaient choisis dans le même sens.
Marie-Thérèse estimait cependant les Jésuites et les avait favorisés longtemps. Elle ne consentit qu'avec peine à leur suppression, et l'on dit que ce fut sa fille, la reine Caroline, de Naples, qui triompha de ses répugnances. Il est vrai néamoins que ce fut sous son règne que les Jésuites perdirent, non -seulement tout crédit, mais encore les places qu'ils occupaient dans les universités. Le prétexte que l'on mettait en avant contre eux, était, dit-on, le relâchement de leur morale : la véritable raison était leur attachement au Saint-Siégc. Van-Swieten et de Sloch ne les aimaient pas. Ce dernier fut presque toujours en guerre avec le cardinal Migazzi, archevêque de Yienne, prélat pieux et zélé, qui vil bientôt où tendait le système de réforme. On se rapprochait de plus en plus de iadoctrine des jansénistes modernes: on faisait réimprimer leurs livres: on exagérait les droits des souverains dans l'Eglise, et l'on finissait par mettre toute l'autorité dans leurs mains: on ne protégeait que les écrivains et les professeurs qui favorisaient ces principes. De Stock avait introduit auprès des enfants de l'impératrice, pour leur enseigner la religion , un abbé de Ternes qui faisait
(1) [[Syno)}sis dostrinœ, quant. DI). candidnli ad supreniatn in Theologia lauieam (isi>irantes, in prœslitiito de Jure Kctlesiaslico tentaminc propugiiabnnt. VindoIjoiitP, 1709, 12 p. in-4o. Les Nom'elles ecclcsia!,tiqiies pour 1770, pa|^c 81, en iloniicMit raniilyse avec les plus grands éloges. Cet abrégé fut rérmpiinié dans le même temps pour les Pays-Bas .tulrichieiis, ou l'on voulait propager les mêmes principes.]]
AN.NtK 1780. 143
jirotossioti d'èlre jaiisénisfe. et ([iie les Nouvelles ecclesuistiques citent avec clofTc comme leur correspondant. Ou peut croire qn il s Cnbic;;! d inspirer ses préventions à ses élèves. De Stock avait dési.jjné poin- son successeur dans la présidence de la Faculté de Théoloijie, l'abbé Wirtola, ennemi déclaré des Jésuites, et qui rédigea depuis la Gazette ecclesia.sti(/ue de Vienne. Ses intentions ne furent pas remplies sur ce point; mais le plan qu'il avait adopté lut suivi constamment après sa mort, en 1772, et surtout sous Josepli II, comme on le verra par les faits que nous allons avoir à raconter. \an-Swieten mourut la même année que Stock, et De Haen quatre ans après: celui-ci avait eu le crédit de faire écrire par Timpéralrice au Pape en faveur de la petite église d'Lirecht,
[[Marie-Thérèse avait eu de François de Lorraine huit enfinls, dont la plupart jouèrent un grand rôle dans rhi.^loire des dernières années du dix-huitième siècle. Nous avons tléjà eu l'occasion, et elle se représentera bientôt, de parler de l'empereur Joseph II, et de Léopold, d'abord grand-duc de Toscane, et ensuite empereur et chef de la nouvelle maison d'Autriche. L'archiduc Maximilien-Fiancols Xavier, né en 1758, devint, en 1780, grand-maître de l'ordre Teutonique (avec dispense de vœux, par un bref inséré au bullaire de Pie VI), et coadjuteur de l'électeur, archevêque de Cologne, et évéque prince de Munster, auquel il succéda quatre ans après (l). Nous le verrons bien lot entrer dans la coalition des électeurs contre les droits de la cour de Rome. Parmi les filles, Caroline Marie, reine de Naples, joua un grand rdle(-2). La cour d'xiulriche avait stipulé dans l'acte de mariage que celte jeune reine, mariée à l'âge de dix-sept ans, entrerait au conseil, dès qu'elle aurait donné un héritier au roi : elle y entra même auparavant, et on lui attribua une grande
(1 Pic VI pionoiuja, il i'occaslon de la prdinoiion de Miiximilien, une allocution qui se trouve dans le Bullaire de Pic VI, n. 282.
(i) f^oycz dans ces Mcinnhci, tnnie IV, ].ai,'e 2S3, ce qui concernp l« passage de l.\ jeune reine dans les Ktats du Pape, en I7B9.
U4 ANNEE i780.
influence dans les aflaires. Nous aurons plus tard à parler de ses malheurs. Marie-Amélie, sa sœur, épousa, peu après, Ferdinand, duc de Parme, et ce mariage fut l'occasion de la réconciliation du duc de Parme avec le Saint-Siège (1). Le nom de Marie-Antoinette-Joséphine- Jeanne, rappelle ce que notre piopre hisloire a de plus douloureux. Née le 2 novembre 1755, elle épousa, le 16 mai 1770, le Dauphin, qui allait régner sous le nom de Louis XVL Nous avons dit quelles circonstances malheureuses attristèrent les fêtes données à cette occasion (2). Douée de facultés brillâmes, jalouse de conquérir une popularité, qu'elle croyait nécessaire, pleine de bonté et d'affabilité, elle fut quelquefois entraînée par ces qualités même dans de fausses démarches, dont la calomnie abusa, mais qui n'empêchèrent pas qu'on ait rendu une pleine justice a la pureté de ses mœurs et à la sincérité de sa foi. Lorscjue son mariage avec le Dauphin avait été conclu, on lui avait donné pour précepteur l'abbé de Verniout, qui conserva toujours sur son esprit une grande influence, mais qu'on croit généralement n'avoir pas été à la hauteur de ses Ibnciions dans des circonstances si dilliciles. Deux autres archiduchesses étaient abbesses des chapitres nobles de chanoinesses , l'une de Prague , et l'autre d'Inspruck.]]
— Le 29 novembre. Bulle Romanorum pontificum
POUR AUTORISER ET CONFIRMER UN TRIBUNAL DE CENSURE ÉTA- BLI EN Portugal. Le roi Joseph avait établi à Lisbonne, par une loi du 5 avril 1768, un tribunal royal de censure, auquel il avait attribué une juridiction exclusive pour tout ce qui concernait l'examen, l'approbation et la condamnation des livres dans tous les Etats portugais. Cette attribution d'une juridiction exclusive était assez conforme au génie despotique de Pombal , qui voulait réunir dans sa main tous les pouvoirs, mais elle portait atteinte aux
(1) Mci/ioirei, l. IV, page 320.
(2) Ibid,, page 332.
droits des évèques d'approuver ou de condamner les livres, selon qu'ils soni uliles ou danfjcreux pour les fidèles. Il y eut donc des rccianialions (jue Poinbal ëlouira, tant (ju'il (in ministre. Après sa disgrâce, la reine Marie-Françoise-Elisabeth voulut réparer ce qu'il y avait eu d'irrégulier dans la loi du 5 avril 1768: elle rendit, le 9A juin 1787, un édit pour re.\pli(|ucr et la rectifier. Elle déclarait, dans le préambule, que l'Église seule a le pouvoir de déclarer et de définir tout ce qui appartient à lu doctrine, et conséquemment le droit de condamner les livres nuisibles ou suspects en matière de religion. Elle ajoutait qu'en 1768, le défaut de correspondance avec la cour de Rome n'avait pas permis de demander au Pape l'approbation nécessaire pour le nouveau tribunal, en ce (|ui concernait les matières de doctrine. C'était pour se conformer, disait-elle, aux sentiments de son père qu'elle avait prié le Pape d'accorder aux membres qui devaient exercer ces fonctions, la juridiction nécessaiiequant à l'autorisation et à la prohibition des livres. Suivaient ensuite vingt-trois articles qui réglaient la composition, les attributions et la procédure du tribunal. Le président et quatre membres devaient être ecclésiastiques et gradués en théologie de la Faculté de Coïmbre, et devaient voter seuls, lorsqu'il s'agirait de l'examen et de la censure de la doctrine des livres, et de peines canoniques à infliger. L'article 10 de l'édit reconnaissait aux évèques le droit de censurer les livres, mais ils devaient s'adresser au tribunal pour en défendre le débit, ce que la reine lui recommandait de faire. Le Pape donna à ces dispositions la sanction de son autorité : pour que la comuiission pût avoir à la fois la dénomination de pontificale et royale, il lui transportait les droits atti Ibués antérieurement à l'inquisition, et par conséquent la faculté de porter des censures ecclésiastiques contre les auteurs, Ucteurs et délenteufs des livres condamnés, et aussi dcn permettre la lecture. Le président du tribunal devait être confirmé par T. T. <0
14fi AN.NLE 1781.
le Pape ^ mais il pouvait entrer en fonctions aussitôt après la nomination royale (l).
— Le 24 janvier. Ediï du roi de SvÈot: polk le lilue
EXERCICE DE LA RELIGION; ÉTAT DU CATHOLICISME EN SlÈDE.
On ne peut mieux connaître quelle était en Suède la situation de l'Église catholique, qu'en considérant en détail les principaux articles de cet acte. Les états du royaume avalent arrêté le 26 janvier 1779, une résolution sur le libre exercice de la religion. Gustave \\\ approuva, expliqua et confirma celte résolution parsonéditde 1 781. Celte ci est fort étendue, et elle reproduit les articles arrêtés par la diète avec les explications que le prince y a joule. Le principeadmis ijarléditest un plein exercice de chaque culte et une certaine liberté de conscience. Toutefois la diète stipulait que les personnes d'une religion étrangère ne pourraient occuper de place dans l'Etat, qu'elles ne pourraient èlre membres de la diète, ni tenir des écoles pour répandre leurs doctrines, ni admettre ou envoyer des missionnaires, ni établir des couvents, ni faire des processions et cérémonies extérieures. Le premier chapitre de la loi criminelle devait être appliqué avec sévérité à ceux qui abandonneraient la véritable doctrine de révangile pour en embrasser une erronée. Les juifs ne pourraient avoir de synagogues qu'à Stockholm et dans deux ou trois grandes villes. Le roi approuvait ces dispositions; il y ajoutait que la liberté de la presse ne s'étendait pas aux livres qui soutiendraient une religion étrangère ou qui contrediraient les principes fondamentaux du luthéranisme; il décrétait des amendes contre ceux qui parleraient d'une manière désavantageuse des doctrines ou des pratiques de la religion du pays, qui recommanderaient une religion
, 1) BuUarium PU VJ, n. 293.
A.NNtE 178.'. H7
eUangère, outjui Ibrccraient leurs serviteurs iuthcri<insà assister aux olliccsd'uuc reli/^iori étrangère. D'autre part, le roi jjermetlait aux dissidents de bâtir des é^^lises dont le plan devait être soumis à son approbation, d'avoir des cloches et des cimetières particuliers, de choisir des ministres de leur religion. Si les parents éiaicnt tous deux de la même religion, leurs enlknts pouvaient être baptisés par leurs propies prêtres et élevés dans celle religion : leur mariîîgc pouvait aussi être fait devant leurs prêtres. Quoi.juc les personnes d'une religion étrangère ne ))ussent, d'après la résoluliuu des états, établir des écoles publiques, elles pouvaient cependant faire élever leurs enfants par leurs minisires ou par d'autres personnes privées. La défense d'envoyer des missionnaires nempèchait poini les minisires d'une religion de visiter leurs coreligionnaires dans les lieux qui n'avaient point de minisire résident, ni de leur administrer les saciements. Les étals n'approuvaient point que les simples réformés ou calvinistes fussent membres de ia dièle, comme ils y avaient é(('' autorisés par un rescritdu '27 août 1741: ainsi ce piivilége leur fut retiré : mais les étrangers pouvaient prendre part à l'élection des membres de la diète. Les Suédois étaient invités à ne point troubler les membres d'une religion étranpère dans l'exercice de leur cuite, et des amendes étaient portées contre ceux qui conireviendraier.t à cet avis. Le roi déclarait que, s'elant fait rem<jllre sous les veux tous les édits et ordonnances et les résolutions des étals, qui avaient paru sur des matières de religion depuis la réfornie, ei v ayant découvert des dispositions entièrement contraires au libre exercice de la religion, il révoquait !out ee cjui ne s'accordait point avec le présent édil. Quant aux mariages mixtes^ il avait déjà été réglé, par un ('dit du i I août 1765 que, quand le mari serait luthérien et la femme calviniste, lesen fan tsdevait;nt être élevés dans la religion iuihérienp.e. Si le mari éiait calviniste, et la femme luihéiienne, ils conviendraient a vaut le mariage dans que lie religion les enfants devraient être élevés. Pour les mariages avec des grecs, de s
4i8 ANNÉE 1784.
caiholiques (l) et autres communions, on suivrait la même règle que pour les calvinistes. Le clergé luthérien ne devait forcer personne à user de son ministère, maisdevait laisser les futurs époux user de la permission de se procurer des prêtres de leur communion.
Telles sont les principales dispositions de cet édit qui, comme on le voit, était beaucoup plus favorable aux catholiques que celui du roi de Danemark en 1766 (2).
Nous ajouterons ici sur la situation du catholicisme en Suède, dans le dernier siècle, une note qui fut rédigée vers 1812, par M. Gridalne, alors vicaire apostolique à Stockholm (3). La religion catholique avait été rigoureusement proscrite en Suède dans le seizième siècle, et alors il ne fut peruHS à personne de la professer. Seulement les ambassadeurs des cours catholiques eurent la liberté d amener des prêtres de leur religion. C'est par là qu'une étincelle de catholicisme s'est conservée en Suède. Il était dangereux pour tout autre prêtre de s'y introduire. Vers le milieu du dixhuitième siècle , le gouvernement fit venir d'Allemagne et d'autres pavs des ouvriers intelligents pour les fabriques ; la plupart étaient catholiques^ on leur permit verbalement le libre exercice de leur religion. Les chapelles catholiques alors existantes étaient celles des ambassadeurs de l'enipereuret des rois de France et d'Espagne. Christophe-Théodore d'Aniivari était à cette époque ministre de l'empereur en Suède ; cet homme estimable fonda quatre lits à l'hôpital royal pour les malades catholiques, et donna des fonds pour l'entretien d'un prêtre. 11 mourut en 1763 ; mais avant laissé ces fonds à l'administration de
(1) C'est la seule lois que les catholiques sont t'orniellement noiiiméfi dans l'edit.
;2) Vovcz MiJiioiies, tome IV, page 223. L'extrait que nous venoiT; de iloiimr de l'edit du roi de Suéde est tiré du recueil anglais de John Hip- ))isley ; une copie de l'édit l'ut euvoyéc à sirJohnpar l'ainhassadeur ansjlai.v :i Stockliulin.
(3) La iiote, dont nous donnons ici Texti'ait, se trouve également dans le recueil (l'Hippislev. (Voye: , sur ce Tiecueil , nos Mémoires, tome IV.
VSSVM. I7ï«t. U9
.ses successeurs, l'un dVux Ie*s dissipa entièremenr. I/élablissemenl de l'hôpital existe encore.
Les Etats-généraux de 1778 furent les premiers qui depuis la réforme autorisèrent l'exercice de la religion catholique en Suède. Gustave llf étant allé à Rome, en 1783, fut bien accueilli par Pie Vl, ce qui fortifia ses bonnes dispositions pour les catholiques. Le Pontife envoya en Suède un vicaire apostolique, M. Oster, du diocèse de Metz, qui fut autorisé par lettres-patentes du roi. Les catholiques de Stockholm tinrent, d'après son invitation, une assemblée où ils nommèrent quatre d'entre eux pour l'assister de leurs conseils. En attendant la construction d'une église, on leur céda une salle de l'Hotel-de- Ville qui fut disposée en chapelle. Elle fut ouverte le jour de Paque par le vicaire apostolique et les aumôniers des légations. Le duc de Sudermanie, frère du roi, y assista avec d'autres personnes de distinction. La comtesse de Wréde, dame d'honneur de la reine, rendit le pain bénit, La messe fut chantée par la musique du roi, et M. Oster prononça un discours (l). A cette époque les princes protestants se montrèrent souvent plus favorables à l'Eglise que bien des princes catholiques.
La congrégation de la propagande fournissait à l'entretien du vicaire apostolique. La paroisse se forma, mais quelque temps après les chapelles des cours catholiques furent fermées. Les catholiques suédois n'éiaient, au commencement du dix-neuvième siècle, qu'au nombre de 1,000 environ, dont plus de la moitié à Stockholm : ceux-ci étaient en général des ouvriers allemands, français, italiens, etc.: la paroisse était très-pauvre-, c'était par le moyen des aumônes privées qu'on parvenait à soulager les indigents et les malades, et à soutenir une école de pauvres enfants. On désirait qu'on pût établir une chapelle à Gothenbourg où le commerce attirait des catholiques élran-
(1) Uisloire riviti-, ir-fiiiiiru' el i tllf^iem-f île Vie f'I, Avi(»noti. in-8*,
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gers. Louis XVI avait destiné des fonds à cet effet ; la révolution sans doute l'empêcha de réaliser ce projet. M.Gridaine a succédé, en 1805, à M. Osier. Il érait alors seul prêlre à Stockholm-, on sentait vivement le besoin d'en avoir deux ou trois autres pour visiter les catholiques dispersés dans l'intérieur.
Gustave IIl continua d'être assez favorable aux catholiques : mais il périt quelques années après par un liorrible attentat. Il avait travaillé à relever le pouvoir royal, en abaissant celui des grands et du sénat; et par là il s'était suscité de nombreux ennemis. Une conjuration se forma, et Anckarsfroëm l'assassina le 5 mars 1792. Il venait d'ac- • corder de son propre mouvement la main-levée des arrêts de bannisscMTient et confiscation portés contre Thieulen, «entilhomme suédois de Gothenbourg, qui voyageant en Espagne, au moment même où l'on en chassait les Jésuites, conçut pour eux des sentiments de vénération et d'estime tels, que non-seulement il embrassa le catholicisme, mais qu'ayant suivi ces pères exilés en Italie, il y prit l'habit de la Société. Il s'est fait connaître depuis par des ouvrages utiles (1).
— Acte du sénat de Hamboubg, poru l\ tolérance. Nous joignons à l'édit du roi de Suède un acte du sénat de Hambourg, qui est relatif au même objet, et qui dut être porté vers le même temps, quoique nous en ignorions la date précise ("2). On y assurait le libre exercice de la religion aux catholiques et aux calvinistes, mais à certaines conditions: les luthériens devaient avoir seuls l'exercice public. Les catholiques et les réformés pouvaient bàlir des oratoires; mais il ne leur était pas permis d'vavoir des clochers, ni des cloches, ni rien d'extérieur. Une députation de
(1) On iMiit voir, sur L;iiirent-lgnacc Thieulen, VJmi de la Religion, tome LXXi\, p. lt)7.
(2) Cet acte se li-ouve tité dans le Recueil d'Hippisley, page 46'!. Comme il y est parlé d'iiii décret de l7S2, il faut qu'il soit jiostërieur à cette date : peut-être faut-il le rapporter au temps de la révolution française, oii plusieurs rnllmliqucs se véfugièrenl à Hambourg;.
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deux sénateurs et de deux membres du collège des soixante devait régler ce qui regardait la religion. Les deux communions devaient choisir leurs ministres, et les faire connaître à la dépulation, pour qu'elle les confirmât. Le refus ne devait avoir lieu que pour des causes très-graves. Mais les religieux étaient exclus. Les prêtres devaient éviter toute controverse, lis porteraient l'habit noir. Ils ne devaient reconnaître d'autre juridiction (séculière) que celle du sénat, et payer les impots, célébrer les fêles usitées à Hambourg, prier pour le sénat et pour la ville, et publier les ordonnances qui leur seraient envoyées et qui ne seraient pas relatives à la religion. Les mariages devaient toujours être publiés dans les églises luthériennes; mais les catholiques et les calvinistes pouvaient les publier aussi dans leurs oratoires. Quand une des parties était luthérienne, le mariage devait être fait par un ministre luthérien. Mais si les deux parties étaient de la même communion, elles pouvaient se marier devant un prêtre de leur communion. Quant au bapiême, il était au choix des parents de le faire faire par un ecclésiastique luthérien ou par un de leur communion; seulement l'enfant devait être inscrit au registre de la paroisse. Chaque congrégation pouvait choisir un intendant ou aumônier pour la distribution des aumônes ou l'administration des biens et capitaux ; et l'on en donnerait connaissance à la députation cidessus désignée. On engageait 'es dissidents à se contenter de ce (juon leur accordait, et à ne point empiéter sur les droits de l'église luthérienne.
— Le 25 avril. Jugement et ni^GLEMENT de l'f.mpekedr Joseph H, sur les matières ecclésiastiques. Nous avons déjà dit que l'empereur Joseph II passait pour avoir été élevé dans des sentiments peu favorables à l'Eglise et au Saint-Siège. Plein de projets vastes et d'idées extraordinaires, il eut à peine été appelé à partager le fardeau du gouvernement, qu'il fil l'essai de ses systèmes. Du vivant même de Marie-Thérèse, on avait déjà changé eu beaucoup d'endroits les professeurs de théologie, pour en
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substituer d'autres qui eussent des idées toutes contraires. On était allé jusqu'à oter aux évêques la direction de leurs séminaires et le choix des théologiens qui y devaient enseigner. Mais ce ne fut là que le prélude des changements qu'opéra Joseph, quand il fut seul maître. A peine Marie -Thérèse eut-elle fermé les yeux, qu'il donna l'essor à son caractère inquiet. Nous allons faire connaître en détail les actes qui soulevèrent le plus de dillicultés.
On frappa d'abord les religieux. L'édit du 2 avril 1781 leur défendait d'obéir à leurs supérieurs étrangers; de recevoir de leur part des visiteurs, ou des lelircs d'obédience; de se rendre aux chapitres de l'ordre qui se tiendraient hors des états de l'empereur; d'envoyer de l'argent à Rome ou dans d'autres pays étrangers, même pour l'achat des livres à l'usage de leur ordre -, de faire euxmêmes des voyages au dehors, sans la permission du gouvernement. Il leur était enjoint de tenir des chapitres provinciaux, pour élire eux-mêmes leurs supérieurs, et ils devaient en avertir le gouvernement. Bientôt après on supprima arbitrairement des couvents; on s'empara de leurs revenus ; on leur défendit de recevoir des novices.
Le 9 du même mois, un autre édit exigea le placet impérial non-seulement pour toutes les bulles, mais pour toute espèce de rescrits de la cour de Rome, qu'il était d'ailleurs défendu de mettre à exécution, s'ils n'étaient pas revêtus de celte formalité. Quelques jours après, parut un nouvel édit concernantspécialemenl les bullesi«Cœ«rt Domini, et Unigenitus : il était défendu de les alléguer comme autorité, d'en disputer en public, d'exiger qu'on leur donnât des preuves de soumission.
[[Le serment que les évêques sont contraints de prêter au Pape à l'occasion de leur sacre paraissait à Joseph trop absolu. Il déclara, par l'édit du 1" avril 1781, qu'il n'accorderait le placet aux bulles envoyées pour la consécration des évêques que sous la réserve expresse que ce serment ne serait entendu que dans le sens d'une obéissance
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canonique, qui ne préjudicierait, ni direcrement . ul indirectement aux droits de rempcreur. Or on peut juger de ce qu'il enlendaii par là, par ces clauses qu'il ajoutait en même temps au serment de fidélité que les nouveaux évèques devaient lui prêter à lui-même : « Je )) promets aussi avec serment d obéir, sans tergiversation, » ni exception, à tous les décrets, luis et ordonnances de « Sa Majesté-, et de les l'aire observer pas mes inférieurs » avec le respect qu'ils leur doivent (l). »
L'édil du 4 septembre 1781 défendait de recourir à Rome pour aucunes dispenses de mariage ; mais on devait s'adresser aux évêqucs, auxquels il était ordonné de les accorder, dans tous les cas oii il y aurait des motifs fondés. Le nonce du Pape à Vienne, Garampi, ayant représenlé que les évêques ne pourraient en conscience obéir à ces ordres, I empereur fit par écrit la réponse suivante : « Les évêques qui croiront ne pouvoir pas obéir )> en conscience à mon édit, n'auront qu'à me remettre » leurs bénéfices : je trouverai à les remplacer par des su- » jets plus soumis: je saurai bien cbàlier les désobéis- » sants(2). »]]
(1) [[Les JYom'elles ecclésiastiques pour 1782, page 85, rapportent tmil»la teneur du serment prescrit à l'ciupereur : il va snns dire i(iie la ieiiille jansfiiiste applaudit à toutes ces mesures.^]
(2) Noin'cllcs ecclfiinstiqufs pour 1782, page 120.
Voici le texte de la notilication n"i '"t 'aite du niètne édit dans les Pays- Bas autrichiens : « L'intention de l'enipertur itant que les évêques de ses
> États accordent désormais de leur cliet, et sans aucune influence étran- » gère, les dispenses requises en lait d'empèclienienl de niaria^je, duns tous
> les cas qui en seront susceptibles, et ou il y aura des motils londes,
> sans qu'en micini ciis aucun de ses sujets puisse ou doive à cet eflet » recourir, soit à la cour de Rrnue, soit aux nonciatures, ou quel(|ue part
• que ce puisse être, ailleurs qu'à son évèque diocésain, c'est par son ordre » exprès que nous vous inroiiuons de sa resolution à cet «'gard; vous pre-
• venant que, le liieu de l'IUat exige^int absolument (|ue vous usie* en cette » matière de tout le pouvoir (jue vous donne la plénitude de votre niinistera,
• dont les évèques n'ont pu, en aucun temps, se départir envers la cour de » Rome, auti ement que suus le bon pLiisir du souverain. Sa Majesté est » bien déterminée ij n'admettre sur ce point aucune e>p<re d'excuse, et a ■ mainli iiir la résolution immuable qu'elle a prise, par tous les nioyeu»^ » que Dieu a donnes à «a puissance souveraine... »
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Aces édits, il faut ajouter une suite non interrompue de règlements qui cliangeaient tous les usages et renversaient la discipline. L'attention du réformateur s'étendait sur les plus petits objets. Il supprimait des confréries, abolissait les processions, relrancbait des fêtes, prescrivait l'ordre des oiïices, réglait les cérémonies, le nombre des messes, la manière dont devaient se dire les saints, et jusqu'à la quantité de cierges qu'on dovait allumer aux oliices. Ce sont ces ordonnances minutieuses qni le faisaient appeler par Frédéric, i/ton frère le sacristain. II ne laissait plus rien à faire aux évêques, prenait leurs revenus, les excluait des Etats de leur province, et détruisait même leurs sièges.
En même temps que Joseph travaillait ainsi à réformer selon ses vues l'Eglise catholique, il étendait par d'autres édits très-larges la tolérance envers les protestants : et il leur permettait de bàiir des temples dans les lieux où ils seraient au nombre de cinq cents.
Le jugement que le même prince prononça le '25 avril de cette même année 1781, mérite une mention spéciale; rien n'est plus propre à faire connaître la manière de procéder de la cour impériale. Le séminaire de Briinn près Olmulz, en Moravie, était commun à l'archevêché d'Olmuiz et à l'évêché de Briinn, récemment érigé par Pie VI, sur les instances de Marie-Thérèse. Les supérieurs qui avaient élé établis par Tautorité épiscopale, ayant été dénoncés à la cour impériale , on les avait destitués en 1778, et on les avait remplacés par des hommes imbus des opinions nouvelles : il y eut bientôt des plaintes contre ces derniers; on les accusa de suivre les principes des appelants, de répandre leurs livres, et de chercher à introduire en Allemagne les sujets de querelles et de dissensions qui avaient si fort agité d'autres pays. Leur principal accusateur était le comte de Vetter, archidiacre d'Olmulz, qui était en même temps surintendant du séminaire , et qui, en cette qualité, avait interrogé les élèves du séminaire, et dressé procès-verbal de leurs réponses^
Larchevéquc dOlmutz, et Tévèqucde Brùnu, ayant pris connaissance des plaintes, les trouvèrent foiuK'es; et en conséquence l'archevêque fil parvenii- h 1 empereur le procès-verbal d'enquête qui avait été fait contre les professeurs. Plusieurs autres évèques, et en particulier le cardinal Miîjazzi, archevêque de Tienne, jusienient ef- Irayés du proî^rès des nouvelles doctrines, cherchèrent à seconder les efforts des deux prélats. Le conseil aulique, à qui la dénonciation avait été remise, et qui avait aussi reçu les mémoires des professeurs inculpés, fit nommer une commission d'enquête composée d'ecclésiastiques choisis dans le clergé des deux villes et de laïques nommés par le gouvernement : et lenquête confirma les principaux griefs allégués, surtout le défaut de soumission à la bulle Inif^enitus. C'est d'après ces documents que Tempereur rendit, le 25 avril 1781, un jugement en douze articles, qui ne se bornait pas, comme on va le voir, à prononcer sur l'affaire. « Le comte de Vetter, corwaincu juridique- » vient de vimwais caracti^re, sera destitué de la surinlen- » dancedu séminaire de Briinn, et dépouillé de son ar- » cliidiaconé (art. 1). Les deux membres ecclésiastiques » de la commission d'enquête , qui ont osé ioutenir les » bulles In cœna et l nigenifus, et faire de leur résistance » un crime aux supérieurs du séminaire, seront sévère- » ment réprimandés, et l'un d'eux qui occupe le poste » de chancelier de l'Université d'Olmntz sera destitué 1) (art. 3). Les prédicateurs, qui ont déclamé contre les su » périeurs, seront interdits de la cliairc, j)our toujours et )) partout (art. 4). Il sera ordonné à rarchevêque dOl- ■» mutz et à l'évêque de Ijriinn, qui ont été engagés dans » celleaffairepar la malice de leurs théologiens, de choisir » pour conseil à l'avenir des hommes plus sages, qui aient » fait leurs études de théologie et de droit canon dans les » universitésdes Etatsautriehiens, et qui soient pleinement » affermis dans les bons principes : autrement Sa Majesté n sera forcée dètahlir des personnes pour 'veiller à la saine )» doctrine, soif dans les séminaires, soit dans les examens
n pour les ordinations (art. 6). Les bulles Unigenitus, ei » In cœna n'ayant jamais été reçues et ne pouvant jamais » rêtre à l'avenir dans les Etals de la maison d'Autriche, » doivent, être ôtées de tous Les livres liturgiques oii elles •» pourraient se trouver: il est ordonné aux gouvernements ^) provinciaux de veiller soigneusement à l'exécution de » cet ordre. A l'égard des universités, il leur sera or- •)> donné de déposer tout esprit de parti, de ne parler, ni » de jansénisme, ni de molinisme (art. 7). » (Cet article que Joseph paraît avoir eu vivement à cœur l'ut l'objet d un décret spécial, adressé, le-i mai suivant, aux autorités de la Moravie. Il était enjoint aux tribunaux de la justice séculière, de veiller avec V attention la plus scrupuleuse à son exécution, sans se rendre coupable de la moindre négligence ou lenteur, dont ils seraient rigoureusement responsables.) « On s'en tiendra pour la prohibition des li- » vres, au catalogue dressé par la censure de Vienne-, et » ainsi les évéques n entreprendront pas d'interdire des » livres qui sont généralement permis (art. 8). Pour réta- » blir la bonne réputation du séminaire calomnié, Sa Ma- » jesié, par un décret spécial qu'elle adresse au gouverne- » ment de Moravie, déclare qu'elle a vu avec satisfaction » que les accusations intentées contre les supérieurs et les » élèves étaient destituées de fondement; et comme ils se » trouvent décriés jusqu'en Bohème et en Silésie, elle )) ordonne que le décret pour la Moravie soit également w publié dans les deux autres provinces; et qu'il soit » communiqué aux évêques, en leur recommandant de » conférer volontiers les ordres aux sujets que ces supé- M rieurs leur présenteront (art. 9). Comme le cardinal » Migazzi s'est immiscé dans cette cause, il lui sera fait » pour ce sujet une forte réprimande : il lui sera ordonné » d'avoir soin de son propre diocèse, et de son propre sé- » minaire; et comme sa conduite en cette affaire montre » que les bons principes ne sont guère connus dans son » séminaire, il sera enjoint à cette Eminence de rendre un » compte exact de ce qui s'y passe, quels en sont les re-
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» venus ; combien il y a d'élèves ; conunent un les iormc -, » quelle esl leur disciplliie doiueslique; ce (|u'oti leur en- » seigne ; quels livres ou leur défend ou ou leur conseille. » Le père spirituel du séminaire de Brïiun sera établi » suiintendant du séminaire de Vienne, pour veiller à » l'exéculion des décrets auliques (art. 10). Alin de pour- >• voir à l'administration de tous les autres séminaires des » Etals autricliiens, les évèques seront avertisde rendre un » compte semblable de Tétat de leurs maisons [art. 12(1)].» il est dillicile, on le voit bien, de réunir plus de mesures despotiques, à Toccasion d'une cause qui évidemment n'était point de la compétence du pouvoir séculier.
Il s'éleva peu après dans la même province une autre alFaire où Joseph mil la même vivacité. Un curé lut accusé et convaincu, devant rarclievêque dOlmutz, d'innover dans les oUices, et même dans le sacrifice de la messe, puis- (ju'il avoua qu'il récitait quelquefois l'épître et l'évangile en langue vulgaire; de ne louer que les livres des appelants et des ennemis du Saint-Siège -, de ne pas recevoir la bulle U/iigenitus; enfin d'enseigner une doctrine suspecte. En conséquence il fut condamné par l'archevêque, assisté de son consistoire, à se retirer dans un couvent pour y passer quelque temps en retraite (2). Cetîe sentence n'avait précédé que de queUjues jours le décret de l'empereur, <tonl nous venons de parler. Le curé en appela au prince, juge bien compétent en pareil cas. Celui-ci rendit, le 17 novembre, un jugement portant que le curé était coupable pour ses innovations, et que larchevêcpie ne le renverrait à sa paroisse que lorsqu'il le croirait convenable. Mais en même temps il blâmait le prélat, ordonnait qu'il fut réprimandé d'avoir suivi des conseils ineptes et passionnés, et il condamnait les accusateurs du curé à lui payer une pen-
\i) Nouvelles ccclcsiastique.s pour 1782, page 130.
;2' Les Nouvelles eccltsiasUques pour 1782, page 101, «loinent en fuiier l'interrogatoire de ce cure, et racontent au long toutes le» phases de cette «inj^ulièrc an'aire.
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sion de ^00 florins, jusqu'à ce qu'il fût réintégré dans sa place. Etrange contradiction î
Ces décrets et ces jugements excitèrent le zèle de plusieurs évèques. Le cardinal Migazzi fit plusieurs fois des représenlalions qui furent très-mal accueillies. Le cardinal de Frankemberg, archevêque de Malines, profita d'un voyage que fit Joseph dans les Pays-Bas. au mois de juin 178 1 , pour lui présenter un Mémoire, plein de modération et de fermeté, sur les plus dangereuses des innovations que portaient les édita précédents, et aussi sur la circulation trop libre des livres des incrédules (1): car il est remarquable que ces hommes, qui prétendaient réformer l'Eglise, laissaient en attendant attaquer la religion^: ils trahissaient ainsi leur secret , en favorisant leseiïbrls de la philosophie, et en protégeant les ouvrages où l'Eglise, ses dogmes et ses ministres étaient combattus et tournés en ridicule, dans le temps même où, à les entendre, ils ne travaillaient que pour rendre à l'Eglise tout son lustre et à ses dogmes toute leur pureté. L'Université de Louvain fit des remontrances sur l'édit en faveur des protestants, et sur les entraves mises à l'enseignement. L'archevêque de Trêves représenta les inconvénients du décret relatif à la bulle Unigenitus. Sept évêques de Hongrie dressèrent un mémoire sur le même sujet: et le cardinal Bathiani, primat de ce royaume, archevêque de Sfrigoiiie, remonira que les édils excédaient le pouvoir de l'autorité civile. Il faisait observer que la bulle Unigenitus était un jugement
(i) [I^Lf niciiioiru du cardinal roulait sur cinq chel's : 1" sur la nécesMlc de mainicnir la bulle UnUji'uitus, « décision du Saint-Siège, eu matière de foi, » acceptée ));ir tous les évêques de la chrétienté, à l'exception de (juclques D rélractaires ; « 2° sur le bruit qui se répandait que les protestants avaient demandé à l'empereur la faculté de bâtir un temple a Bruxelles, et d'y avoir la liberté du culte ])ublic; 3° sur la nécessité d'interdire une souscription ouverte dans bruxclies à uneédition lumiilàle des ORm'vcs de l'oUaire, avec une loterie propre ;i encourager les souscripteurs ; 4» sur Y Histoire des deux Indes, par Bajnai; 5« sur les embarras oii les évêques étaient placés par les édits sur les religieux, « les évèques ne pouvant recevoir de l'empereur la » juridiction sur les réguliers exempts, ni contester au Souverain Pontife k k droit des exemptions, reconnu daus toute l'ivglisc. »jj
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de l'Eglise uiilveiSLlle, et citail, à cet égard, les actes du concile de Kome, en 1725, Y Ency clique de Benoît XIV, en 173G, el les actes du clergé de France, en 1765. Le nonce du Pape à Vienne seconda les cfForls dos évéques d'Allemagne. On voit par toutes ces démarches combien est fausse l'allégation des auteurs de Vyirt de vérifier le^ dates, qui prétendent que le décret de l'empereur ne souffrit aucune opposition.
Enfin, Pic VI écrivit différentes fois à Joseph pour essayer de le ramener à des dispositions plus modérées. Une circonstance rendit les instances du Pape plus vives. L'empereur avait réclamé, comme un droit inaliénable de ."îU couronne, la collation de tons les évéchés, abbayes et prévotés de la Louibardie autrichit une. C'était évidemment renouveler, en ce qu'elle avait de plus exagéré, la vieille querelle des investitures, qui, au moyen âge, avait excité tant de troubles dans l'Eglise. Pie Vi lui ayant écrit à ce sujet au mois d'août 1781, et n'ayant pu rien obtenir ni par ses représentations, ni par ses prières, prit tout à coup une résolution inattendue : il espéra qu une entrevue avec Joseph aurait plus de succès, et que des observations présentées de vive voix feraient quelque impression sur cet esprit singulier. Il lui écrivit, le 15 décembre, pour lui annoncer le dessein où il était de faire prochainement le vovage de Vienne. [[Après lui avoir rappelé que la collation des oiiices ecclésiastiques appartient exclusivement à l'Eglise, et que si l'on voulait attribuer aux princes le pou voir de donner lesprélatures,on n'attaquerait pas seulement les droits du siège apostolique, mais ceux des évéques de tout l'univers ; il lui citait ce qui s'était ()assé sous sa mère l'impératrice Marie-Thérèse. Celte princesse avait demandé le droit de conférer, non les évèchés, mais les abbayes de la Lombardie autrichienne: Benoît XIV lui en avait montré les inconvénients: la princesse s était désistée de sa demande, et elle n'en avait pas moins regardé ce sage pontife comme dévoué à la maison d Autriche, dévouement dont, au reste, il avait
donné une preuve bien éclatante, lorsqu'à la naissance de Joseph lui-même, il avait, voulu le tenir sur les fonts de baptême, et Tunir ainsi au Siège apostolique par un lien plus étroit. « C'est, continue le pape, pour celte » même raison que nous nous sentons plus porté envers » vous, notre très-cher fils: nous éprouvons le plus ardent )> désir de traiter avec vous à l'amiable, comme un père » avec son fils, soit de cette question, soit de beaucoup » d'autres qui ont été soulevées depuis votre avènement au » trône, et qui nous causent une douleur continuelle » et profonde.... Nous avons donc résolu d'aller trouver )) Votre Majesté; nous ne tiendrons aucun compte des dif- » ficultés d'un long voyage, que notre âge qui commence )» à s'avancer et l'afîaiblissementde nos forces rendront plus » pénible (I). » |] Un langage si louchant ne fléchit pas l'empereur-, il répondit au Saint- Père que son parti était irrévocablement pris, et qu'il ne revenait jamais sur les mesures qu'il avait adoptées. Pie VI n'en persévéra pas moins de son côté dans son projet, dont nous verrons l'exécution sous Tannée suivante.
— [[Le 9 mai. Bulle uon>ée a Terractne, pau le Pape
Pie VI, A L OCCASION du dessèchement des MAlîAlS PoNTIKS.
Cette bulle est très-peu importante dans son objet : car elle n'a pour but que de faciliter par des concessions sur le sel les nouveaux établissements qui se feraient dans la région des marais Pontins : mais elle est pour nous l'occasion de rappeler une des grandes œuvres qui occupèrent les premières années du pontificat de Pie VI, et qui lui firent le plus d'honneur : quoique ce soit plutôt le prince temporel que le Pontife dont il faille dans cette affaire louer la sollicitude éclairée, il n'est pas moins vrai que l'éclat en rejaillit sur l'Eglise. On appelle marais Pontins une assez vaste étendue de terrains, d'une longueur d'environ quarantedeux kilomètres, sur une largeur de dix-sept à dix-huit, qui se trouve à environ vingt-cinq lieues de Rome , vers
(1) Bullarium Rontaimm PU VI, n. 345.
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Textréuiilé des Eluts romains, entre la luer de Toscane et une appendice de la chaîne des Apennins, la peiile ville de Cislerna, et celle de Terracine, la dernière du domaine de l'Eglise. Celle région, aulrefois florissante, est tombée depuis bien des siècles dans un étal déplorable d'insalubrité, par suite du défaut d'écoulement suflisant pour les eaux; situation d'autant plus fâcheuse que c'est à travers ces marais que doit être naturellement tracée la route qui relie Rome à Naples et à la Campanie. Déjà trois siècles même avant l'ère chrétienne, c'était la direction que suivait la voie à laquelle le célèbre censeur Appius avait donné son nom. Plus lard, de grands efforts avaient été tentés pour vaincre les inconvénients de la configuration du sol : Auguste avait fait pratiquer latéralement à la voie Appienne un large canal, servant à la fois à la navigation et à l'assainissement (1) : leroi Théodoric, quiconstruisil, à Terracine, un palaisdonton montre encore les ruines imposantes, fit exécuter aux mêmes lieux des travaux notables: dans des temps plus modernes, quelques Papes, comme Martin V, et surtout Sixte-Quint, avaient aussi essayé de réparer les longs ravages des siècles : depuis, des études avaient été plus d'une fois commencées 5 mais la grandeur de la dépense avait empêché de leur donner une suite sérieuse. Pie VI l'entreprit avec un grand courage dès le commencement de son règne. Rétablir d'une manière sûre la voie Appienne, pratiquer une canalisation sagement dirigée; rendre à la culture un vaste terrain; ramener la salubrité dans une région intéressante et voisine de Rome ; voilà ce qu'il se proposa et ce qu'il poursuivit avec persévérance. Il fut d'abord secondé par l'élan du public : une banque, conslituée sous le litre de mont, des marais, réunit en peu de temps plus d'un demi-million ; Mtrs, 1778, des milliers de bras furent occupés à ouvrir de nouvelles voies au cours des eaux, et à exécuter de grands travaux de
^1) c'est sur ce canal iju'Horacc b'euibarqud daus le voy^i^c «ju'ii raconte, Satyr,, livre I, o.
T. T. Il
152 aimnée i";«i.
canalisation. Le Pontife alla lui-même deux lois sur Ic-^ lieux, et il fit sa seconde visite au sortir d'une maladie qui paraissait demander des ménagements^ il parcourut à pied la voie Appienne 5 il donna a la ville de Terracine les preuves d'un intérêt tout spécial. Ces efforts ne furent pas entièrement stériles : une portion de terrain fut rendue à la culture 5 l'insalubrité fut notablement diminuée : l'antique voie, qui depuis cette époque fut nommée Fia Pia, put désormais être parcourue avec plus de sécurité : • mais le découragement avait bientôt refroidi les premiers souscripteurs -, quelques mécomptes fournissaient des prétextes à la critique : les temps devinrent d'ailleurs trèsmalheureux 5 Pie VI ne put achever son œuvre. Plus tard Napoléon voulut la reprendre, et il fit faire à ce sujet de nouvelles études, qui ne seront peut-être pas stériles pour l'avenir (l).]]
Le 16 juin. Censure de la Faculté de Théologie
DE Paris contre i.' Histoire philosophique et politique des établissements des Européens dans les deux Indes, par Raynal. Cet ouvrage, déjà publié en 1770, avait été augmenté successivement et avait été réimprimé, en dernier lieu, avec des additions considérables, qui le rendaient de plus en plus digne de flétrissure. C'était, avec le Système de la nature, les deux productions les plus hardies qu'eût enfantées la philosophie. Raynal y avait mis son nom ; ce que ses amis même regardaient comme une indiscrétion et une folie d'autant plus ridicule que l'ouvrage, disaient-ils, était moins à lui que jamais. On nommait ses coopérateurs, on y retrouvait leur style 5 seulement c'était lui qui lesavait excités à plus d'audace. « Qui » ne sait, dit Grimm (2), que près d'un tiers de l'Histoire
(1) ITM. Artaud, clans l'Histoire des Papes, dans la vie de Pie VI, enUe dans d'assez grands détails sur le dessèchement des marais Pontins, et il présente un précis du mémoire que l'ingénieur franç?,is, M. de Pronj, fit paraître sur les marais Pontins en 1818.]]
(2) Correspondance littéraire, philosophique et critique, lil' i)avtic, tome IV, page 85.
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» philosophique appartient à Diderot!' 11 y travailla pen~ » d;uil deux ans, et nous lui en avons vu composer une » bonne partie sous nos yeux. Lui-même était souvent » eiïrayéde la hardiesse avec laquelle il Taisait parler son V ami. Mais Raynal l'encourageait. » D'autres personnes contribuèrent encore à cet ouvrage. Deleyre fut occupé, dit-on, à en rassenibler les matériaux. Le fermier vénérai Paulze, les comtes d'Aranda et de Souza communiquèrent des Mémoires relatifs an commerce et à l'administration des colonies. Le baron d'Holbach et Pechméja y insérèrent des tirades entières. Ce n'était pas le moyen que l'ouvrage fût bon. Les gens de goût s'accordent à y reprendre beaueouj) de déclamations, de morceaux parasites, de digressions, de redites, de l'emphase, du charlatanisme. Tel est, à travers beaucoup d'éloges, le jugement de Grimm luimême, qui peint Eaynai comme une tête ardente et tourmentée d'un vain désir de célébrité, et qui, au total, se moque un peu de lui. On pourrait être encore plus sévère envers l'auteur de V Histoire philosophùjiw, sans être fort injuste. Il y déclarait la guerre à la révélation , à la morale, à l'aulorité civile. ïl disait que le Dieu des Juifs n'était qu'un Dieu local comme ceux des autres nations. il ne pariait de Jésus-Christ qu'avec le ton de l'irrévérence. Il prétendait que l'établissement du christianisme n'avait été que l'efTet d'une mauvaise logique. Il faisait des martyrs autant de fanatiques, des miracles autant d'illusions, des prophéties autant de mensonges, des mystères autant de fruits de l'ignorance. 11 ne voulait d'antre autorité que celle de l'Etat, d'autres livres sacrés que ceux qui y sont reconnus comme tels, d'autre droit divin que le bien de la république, d'autres (-anons que les éditsdes princes et les arrêts des tribunaux. Ses écarts sur la morale n'étaient pas moins répréhensibles. Il y représentait la morale chrétienne comme favorable à ces mêmes crimes qu'elle condamne et qu'elle apprend à détester; les vœux de religion comme contraires à la nature; les couvents coninae une invention barbare; les préceptes évangéli-
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ques comme étoutiant les penchants les plus justes, tandis qu'ils ne font que les régler, en proscrire les abus, et en arrêter les excès, excès tout aussi préjudiciables à la société qu'à la religion. Mais ce qui était étrange, c'était la morale que cet écrivain passionné substituait à celle qu'il qualifiait d'inhumaine. Il ne donnait à la sienne d'autre motif que la conservation de l'individu ; ne reconnaissait aucun devoir pour l'homme isolé 5 variait la morale suivant les climats; ne défendait l'adultère que lorsque les conventions ont établi le mariage et la propriété des femmes 5 le légitimait, ainsi que le vol, quand ils étaient faits avec adresse 5 excusait des désordres honteux; ne voyait dans la pureté des mœurs qu'une affaire d'opinion, et proclamait avec emphase ces deux principes : Désir dé jouir ^ liberté de jouir. Tel était le code de ce nouveau et bienfaisant législateur. La pudeur n'était rien à ses yeux, et son cynisme étalait les maximes les plus corrompues et les peintures les plus dangereuses. Parlait-il du gouvernement et de l'autorité souveraine? Il n'y voyait que l'effet de la force, de la fourberie, de la superstition, qu'un principe d'abjection et de bassesse. Il se plaignait qu'on autorisât le despotisme paternel, qui produit le respect extérieur et une haine impuissante et secrète contre les pères. Helvétius avait aussi mis en avant autrefois cette haine contre les pères, qui n'est heureusement qu'une calomnie contre le genre humain. Raynal osait offrir aux peuples des remèdes contre la tyrannie. 11 s'écriait ; « Puissent les vraies lumières faire rentrer dans M leurs droits des êtres qui n'ont besoin que de les sentir w pour les reprendre! Sages de la terre, philosophes de » toutes les nations, c'est à vous seuls à faire des lois en « les indiquant à vos concitoyens. Ayez le courage d'éy> clairer vos frères.... Faites rougir ces milliers d'hommes )) soudovés, qui sont prêts à exterminer leurs concitoyens » aux ordres de leur maître. Soulevez, dans leurs âmes, •» la nature et l'humanité contre ce renversement des lois » sociales.... Révélez-leur les mystères qui tiennent l'u-
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» nivers ù la chaîne et dans les ténèbres, et que, saper- )» cevant combien on se joue (1<î leur crédulité, les peu- » pies, éclairés tous à la fois, vengent enfin la (^Joire de » l'espèce humaine (1). » Et ces provocations audacieuses étaient fréquemment répétées dans l'ouvrage (2). l.e plus souvent elles n'étaient amenées par rien, et n'avaient aucune liaison avec ce qui précédait. L'auteur, procédant par bonds et par mouvements impétueux, ne suivait que le délire d'une imagination intempérante, ou plutôt il avait adopté, avec une complaisance aveugle et coupable, tout ce que lui fournissaient ses amis. Il mêlait à tout cela des peintures séduisantes, des expressions passionnées, des descriptions voluptueuses, des conseils corrupteurs. On ne se serait pas attendu sans doute à retrouver tant d'excès sous un titre qui annonçait d'autres objets.
La Faculté de théologie ne crut pas qu'il lui fût permis de passer sous silence un livre si dangereux. Elle en publia une censure longue et détaillée. Elle y déplore d'abord cette conjuration funeste ourdie contre la foi, cette ligue d'écrivains qui semblaient prendre à tache de tout blasphémer, et spécialement cette témérité d'un homme qui, levant tout à fait le masque, sapait ces mêmes autels qu'il eût dû défendre. Elle s'étonnait qu'il osât se nommer à la tête d'un livre où il prêchait la corruption, et où il ne voyait d'autre crime que de professer la religion et d'obéir aux rois. La censure est divisée en quatre articles: de l'homme et de la loi naturelle, de la religion révélée, de la morale, du gouvernement. Elle cite, sur chacun de ces points, des passages nombreux de y Histoire philosophique, et y applique les qualifications
(1) Histoire philosophique In-4", tome I, page 65.
(2) Dans le même volume, page 120, on demandait si beaucoup de tyrans ai'aient péri sur les échafaiids, si les places ctaieut teintes de leur sang... Ailleurs on disait que la liberté iiuïtrail du sein de l'oppression, et que le jour du réi'cil n'était pas loin. (Tome IV, in— i°, page .SSÎ.) Telles étaient les ioiagrs, les vreux. 1p<! maximes <;pniprs dntis cet ouvr;it;e.
convenables. Il y a en tout quatre-vingt-quatre propositions, ou plutôt extraits du livre, sur lesquels porte le jugement. Mais la Faculté prévient qu'elle en a remarqué beaucoup d'autres qui ne sont pas moins condamnables et que la nécessité seule l'a forcée de se borner dans le choix qu'elle a fait. Sa censure est d'autant plus intéressante qu'elle ne se contente pas de condamner les erreurs du livre, mais qu'elle y ajoute, comme elle l'avait fait en d autres circonstances, les principales preuves de la loi et qu elle réfute les aberrations de l'auteur.
Le parlement de Paris sévit aussi contre V Histoire philosophique. Le 25 mai, M. Séguier, avocat général, la dénonça, par un réquisitoire long et énergique, comme une production funeste à la société et à la religion. « L'im- )) piété, l'audace, le mépris des souverains et l'esprit d'in- » dépendance sont, dit-il, tellement empreints dans cet » ouvrage, qu'on peut dire que l'auteur n'a fait qu'un )) code barbare, qui n'a d'autre but que de renv<'rser les » fondements de l'ordre civil. En rapprochant toutes les » parties du système répandu dans la totalité de cette « Histoire, on pourrait tracer le plan de subversion gé- » nérale que renferme cette affreuse production. » Le magistrat s'élevait avec force contre les principes de Raynal, et signalait le but où tendait cet écrivain enthousiaste et emporté. Sur sa plainte, le parlement ordonna que le livre serait brûlé et l'auteur envoyé en prison. On prétend que ce fut le roi qui fit rendre cet arrêt. On lui avait mis à dessein sui- sa table un exemplaire de l'ouvrage, comme pour le ])réparer à ce qu'il devait attendre un jour. Cette lecture l'indigna. Cette àme droite et vertueuse fut révoltée de tant de déclamations et d'e.mportements. Le monarque reprocha à deux de ses ministres d'avoir souscrit, el voulut qu'on écrivît à Genève pour engager la république à interdire l'ouvrage. C'est que l'édition était dite imprimée dans cette ville, quoiqu'elle l'eût été à Lyon.
Raynal, averti à temps, prit la fuite et se retira dans les Pays-Bas, où son livre lui attira de nouvelles Ira-
verses, qui robllgèrent à se réfugier dans les Etals du roi de Prusse (1).
— Le 27 février. Départ dePieVI pour Vienne. [[Pie VI, résoluàexécuter leprojetqu'ilavait forméd'alleràVienne, tint lavant-veille un consistoire secret, dans lequel il manifesta aux cardinaux ses intentions('2). Ildit qu'il n'emmenait avec lui aucun membre du sacré collège, parce
[i] [[Raynal liit d'abord accueilli à Liège, oii il avait des adiniiateurs, el oii un jeune poëte avait publié .-i sa louange une pièce de vers intitulée: La yriiiplie de Sjxi u l'abbc Puryiidl. On assure iiiénie ([ue l'anliur de VIlisloire des deux Indes trouva d'abord un accès beaucoup trop favorable auprès de l'évèciue, prince de Liège, Charles rie Valdruk. Du moins on murmura beaucoup à cette occasion; et le synode crut devoir présenter un ■rolnm au ])relal pour demander (|ne l'autetir du poëme fut sévèrement puni. (Le synode, ou consistoire de Liège, était une sorte de conseil ou de iribiiiial toujours subsistant et chargé uiuqueiiicnt de veiller aux intérêts religieux; il était composé de treize ecilésiastiques choisis dans tous les corps ecclésiastiques, et préside par le grand vicaire de l'évèque.) Charles de Valdruk se rendit d'abord a cette demande, et il parut sous son nom un mandement sévère contre la Nvjnp/ie de Spn et indirectement contre l'abbe Raynal, dont, élait-il dit, les ouvrages m'aient été Justement prosciits comme impies, blas/ihcmaloires et séditieux. Mais peu après le prélat accueillit une requête rédigée par le jeune poëte dans les termes les plus injurieux ]M)ur les membres du synode, qui y étaient présentés comme remplis de l'aniiiiosilc la plus ptuliule; puis, malgré les réclamations de ses conseillers, il se contenta d'une satisfaction très-insuIBsante. En conséquence, cinq membres du svnode donnèrent leur démission, et l'on assure que le prince évêcjue eut beaucoup de jjcine il les remplacer. Raynal, s'étaut ensuite rendu h Bruxelles, osa se ])iésenter au cardinal de Frankemberg, archevêque de Malines, qui lui adressa les plus sévères avertissements. Kous avons vu plus haut, page 158, que le prélat avait demandé ii l'empereur d'inlerdire scvi'reiiicnt cet ouvrage. (Les lYoui'elles ecclésiastiques pour 1782, page 51, entrent dans des détails curieux sur ces afl'aires.)]]
(2) [[Nous avons cru qu'on verrait avec intérêt les détails dans lesquels nous allons entrer sur le voyage de Pie VI : nous les emprunterons principalement il l'allocution qu'il adressa aux cardinaux après son retour, et à la narration très-circonstanciée insérée à la suite, et que nous a laissée .(eau Dini, maître des cérémonies, qul'l'avait accompai^né dans ce voyage : on les trouve, avec quel(|ues pièces accessoires, dans le recueil publié à Rome, à la fin de la même année, sous le titre : yJcta a SS. PP. Pio ri, causa itinei is sui f^indobonrusis, avnn 17S2. Ils sont reproduits dans le BuUaire romain, n. 304. '
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qu'il voulait faire ce voyage avec le moins d'appareil possible, el parce qu'il voulait prendre sur lui seul toutes les incommodités de la route. Après avoir réglé ce qui concernait les emplois delà cour de Rome; il déclarait que s'il venait à mourir dans ce voyage, l'élection de son successeur devrait se faire, sous peine de nullité, non dans le lieu où la mort le surprendrait, mais à Rome même (l). Le 27 février, de grand matin, il descendit dans l'église de Saint-Pierre pour y recommander à Dieu son voyage (2) , il Y trouva le grand-duc de Russie, Paul Petrowski (depuis Paul I") avec son épouse, et il en reçut les marques les plus empressées de vénération. Il partit ensuite accompagné du vice-gérant de Rome, et d'un petit nombre de prélats, et prit sa route par Loretfe, où il implora la protection de Marie dans le sanctuaire vénéré. Il s'arrêta à Césène, sa pairie, dans la maison de ses pères. Il reçut à Bologne la visite de Ferdinand, duc de Parme (3). A Ferrare, il commença à recevoir les prévenances de l'empereur, qui le priait avec instance de descendre et de loger au palais impérial. (Le Pape avait d'abord annoncé qu'il descendrait à la nonciature.) S'étant embarqué sur le Pô,
(1) Bullar., Pu Vl, n. 365.
(2) [[Le Pape arrivale2marsà Lorettc, et il alla aussitôt visiter la S. Casa. Le lendemain, qui était un dimanche, il célébra la messe dans la basilique qui renferme re sanctuaire, en présence d'un peuple innombrable qui remplissait l'église dès les premières lueurs du jour. Il visita, à Rimini, une de ses sœurs qui vivait dans un monastère appelé le Collège des Célibataires ; il était, le 5 mars, à Césène, sa patrie; il y passa un jour entier avec une autre de ses sœurs et ses neveux, 11 visita plusieurs couvents, et entre autres un monastère de lilles de l'ordre des Caiiialdules, dont une de ses nièces était abbesse. Il arriva à Bologne le 8 mars.l]
(3) [[Nous remarquerons que Pie VI, dans l'allocution oii il rend compte de son vovagc, parlant avec effusion de la visite du duc de Parme, ne lui donne cependant pas ce litre. « Nous nous étions proposé, dit-il, de ne vova- » ger qu'avec un cortège peu nombreux; mais sur toute notre route, soit > i|ue nous allions, soit lorsque nous revenions, la piété des peuples, qui » accouraient de toutes parts sur noliip passage, nous a environné d'un éclat » bien plu^ brillant. Cette pompe toute sainte a été merveilleusement embellie ■ par la visite de notre très-cher fils l'infunt d'Espagne Ferdinand, qui était » venu de Parme pour nous visiter, et qui nous a donné toutes les marques » possibles de sa piété filiale, etc. e]]