‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècleChapitre 5 sur 14 · A^NEE · texte numérisé non relu

A^NEE

vier 1758, le Roi l'exila dans une ferre de sa famille, a quelques lieues de Sarlat, dans le Périgord.

Ce furent surlout les suites données à celle affaire qui eurent un grand retentissement. Déjà on avait persuadé aux religieuses de s'adressera M. de Tenein, archevêque de Lyon, afin qu'en sa qualité de Primat, il cassât l'Ordonnance de l'archevêque de Paris-, mais le prélat étant mort le 2 mars 1758, elles présentèrent leur requête à M. de Montazet, alors évêque d'Aulun. \jn des privilèges les plus extraordinaires des évêques d'Aulun, celait de gouverner le diocèse de Lyon, pendant la vacance du siège au moins : c'est ce que M. de Montazet s'appliqua à établir dans la Lettre qu'il publia à ce sujet. Le prélat en conclut qu'il avait droit d'exercer les droits de la primalie de Lyon, dont dépendait la métropole de Paris. 11 fut d'ailleurs, peu de jours après, nommé à l'archevêché de Lyon (1). Il accueillit la plainte des religieuses, et il rendit, le 8 avril 1758, une sentence qui déclarait sanseffel L'ordonnance et la monition rendues par M de Beaumont, et qui permettait aux Hospitalières de procéder à l'élection définitive d'une supérieure et des officières, en commettant, pour y présider, le curé de Saint- Benoît à Paris (2).

Celle conduite fut formellement blâmée par un grand nombre de collègues de M. de Montazet. Dans plusieurs des Assemblées provinciales du clergé, qui eurent lieu peu après, pour préparer l'Assemblée générale dont nous parlerons bientôt, il fut proposé de faire des réclamations, et d'obliger même le nouveau primat à rétracter son jugement. M. de Beaumont fit présenter à l'Assemblée

(1) Le bruit courut alors que le siège de Lyon avait été offert a M. de Montazet, à condition qu'il se prêterait aux vues de la cour, en cassant l'Ordonnance de M. de Beaumont.

(2) |[ M. de Montazet dit, dans la Lettre à M. de Ueaumont, qu'il avait préalablement écrit aux grands vicaires de Paris ; mais qu'ils avaient déclaré être sans pouvoir, relativement aux religieuses de la Miséricorde; et qu'il avait aussi eu le dessein d'aller trouver M. de Leaumont dans le Périgord , mais qu'il en avait reçu défense de la cour. ]

générale un Mémoire, dans lequel il présentait comme une atteinte à ses droits une ordonnance qui semblait légitimer la révolte 5 mais les prélats ne jugèrent pas à propos de s'engager dans la discussion de celle affaire. La faveur de la cour, l'appui du Parlement, et les applaudissements du parti consolèrent M. de Montazet du blâme de plusieurs de ses collègues (l).

M. de Beaumonl vit aussi le Roi révoquer, par une Déclaration donnée le 15 mars 1/58, celle qu'il avait donnée en 1/51, conformément aux vues de l'archevêque, pour l'administration de l'hôpital général (2). Ce second exil se prolongea jusqu'en septembre 1759.

— Le 10 février, Déclaration des pasteurs de Genève. Le septième tome de X Encyclopédie venait de paraître. Il renfermait entre autres l'article Genève, rédigé par d'Alembert. L'auteur, après avoir blâmé les Genevois de ne point souffrir chez eux de comédie, venait à l'article de la religion, et disait que les ministres, dans cette ville, étaient bien éloignés de penser tous de même sur

(i) [[ M. tic Montazet publia un Mémoire pour sa justification, sous le titre de Leilre de M. V archevêque de Lyon, primat de Fiance, a. M. l'archevêque de Paris, iu-4° de 168 pages. Eilc fut attribuée , dit ailleurs M. Picot, aux abbés Hook etMcy. Elle exaltait les droits de la primatie. M. de Montazet crut les relever davantage en prenant le litre de Primat de France, tandis que ses prédécesseurs prenaient celui de primat des Gaules. [A ml de la religion, t. xxn , p. 103.) Cette dernière observation est très-fondée,

Nous ajouterons néanmoins que cette Lettre, rédigée avec talent, con~ tient des observations importantes et des discussions ibrl curieuses, surtout relativement aux droits de la primatie. M. de Montazet y dit qu'il a envoyé au Pape Benoît XIV les pièces relatives à cette procédure ; et il cite le bref par lequel le Pape, en accusant réception, lui dit qu'il en a remis l'examen à ceux dont il avait demandé les conseils, à l'occasion de son Encyclique de l'an 175G. Le Pape le félicite en même temps de sa promotion à la primatie de Lyon , et lui dit ces paroles, qui méritent attention à la suite de cette affaire : Primatialis enim diguitas in nullo altéra melius collocari poterat, quant iu le uno eui milla desunt aul tiaturœ aut l'irtutum oriiamenlaad hanc dignitatem cum lande sustinenclam.

Il n'est d'ailleurs que trop vrai que M. de Montazet se rapprocha beaucoup trop, depuis cette époque, des jansénistes, dont ii avait autrefois combattu les écarts. M. Picot a donné sur lui une Notice détaillée dans VJini de la religion, t. xxn, p. 161.]]

(2) Voyez plus haut, p. 199.

ANNÉE i758. 531

les articles qu'on regarde ailleurs comme les plus importants; que plusieurs ne croyaient plusàla divinité de Jésus-Christ ; qu'ils avouaient les torts de Calvin ; que l'enfer leur paraissait une injure faite à la divinité; enfin, que plusieurs n'avaient d'autre religion qu'un socinia-

nisme parfait, rejetant tout ce qu'on appelle mystères

Le. respect pour Jésus- Christ et pour les Ecritures , était -il dit, est peut-être la seule chose qui distingue d'un pur déisme le christianisme de Genève. Cet article, où d'Àlembert avait mis tous ses artifices ordinaires, renfermait encore d'autres traits dirigés plutôt contre la religion catholique et ses ministres, que contre les protestants. 31ais le malin auteur s'était flatté d'échapper à la censure, en prévenant qu'il était historien et non controversisle, et que raconter n'était point approuver.

L'article fit du bruit et excita des plaintes. Les pasteurs de Genève prétendirent qu'on ne leur rendait pas justice, et qu'on dénaturait leurs sentiments, en les représentant comme des sociniens. Cependant il passait déjà pour constant qu'en beaucoup d'endroits le protestantisme dégénérait en un socinianisme véritable. Ce grand changement, annoncé autrefois par Bossuet, se réalisait depuis longtemps. Mosheim avoue que dès le commencement de la réforme on y remarquait cette pente vers les opinions sociniennes. Cette pente était telle, que dès 1616 la cour électorale de Saxe s'était crue obligée de prendre des mesures contre la propagation d'une erreur si manifestement opposée à la doctrine chrétienne. En 1642, un ministre de Stultgard avait été reconnu socinien. Un écrivain récent a rassemblé une foule de faits qui prouvent a quel point la même opinion s'était propagée dans le sein du protestantisme, vers l'époque à laquelle nous sommes parvenus (l): nous parlerons immédiatement des ravages de l'impiété en Allemagne : d'Alembert n'avait

(1) Grégoire, Histoire des Sectes religieuses.

3b 2 ANNEE 1158.

fait que répéter un bruit public, en annonçant que cette opinion dominait à Genève (1).

Toutefois les ministres de cette ville ne crurent pouvoir dissimuler une telle accusation. Les pasteurs et professeurs de l'église et de l'académie de Genève s'assemblèrent et rédigèrent une Déclaration, où ils cherchaient à se justifier. Cet écrit, daté du 10 février 1758, portait en substance qu'ils tenaient la doctrine renfermée dans 1 Ecriture, seule règle de leur foi ; qu'ils regardaient le Symbole des Apôtres comme un abrégé de la religion ; que leurs prédications annonçaient l'œuvre de la rédemption par Jésus-Christ-, qu'ils s'efforçaient de préserver leur troupeau du poison funeste de l'incrédulité; qu'ils prêchaient non-seulement la morale, mais aussi le dogme, avec les promesses d'une félicité éternelle, et les menaces d'une condamnation éternelle pour les impies et les impénitents ; qu'ils admettaient la révélation comme un secours très-nécessaire \ qu'ils reconnaissaient Jésus-Christ comme fils de Dieu, en qui a habité corporellement toute la plénitude de la divinité, etc.

C'était là ce qu'il y avait de plus précis dans cette pièce, qui ne parut pas répondre d'une manière bien peremptoire aux accusations des encyclopédistes. On s'étonna que les ministres de Genève ne repoussassent pas avec plus de force le soupçon de socinianisme 5 qu'ils ne spécifiassent point les mystères qu'ils admettaient ; et qu'ils ne dissent et sur l'enfer et sur Jésus-Christ, rien qui n'ait été

(1) [[Li Correspondance fie foliaire et de d ' Alembert offre, par rapport à cette affaire, bcaucoupde détails curieux et piquants. D'Alembert quisavait que Voltaire, dans sa retraite de Ferney, recevait fréquemment la visite des ministres, lui écrivait le 28 janvier 1757. « Parlons un peu de Genève et de » vos ministres. Je n'ai garde, Monsieur le Plénipotentiaire de l'Ençyclo- » ficdie, de vous interdire les politesses avec ces sociniens honteux, mais » surtout point de rétractation, ni directe, ni indirecte. Dites-leur lùcn de » ma part que je n'ai point vu leur secret, que je n'ai rien dit qui ne soit » connu de toute l'Europe, et sur quoi ils se justifieraient vainement. Pro- » posez-leur de signer cette petite profession de loi en deux ligncs:«/e crois » comme article de foi que les peines de l'enfer sont éternelles, et que » Jésus-Christ est Dieu, égal en tout a son père ; vous verrez les phari- » siens aux prises avec les sadducéens, etc. »

souvent dans la bouche des sociniens. Leur déclaration est conçue en termes vagues et généraux qui ne firent que confirmer les bruits répandus sur leur compte. On se dit que des chrétiens bien fermes dans leur foi eussent fait une profession plus nette et plus positive-, qu'ils eussent articulé plus franchement ce qu'ils croyaient, et qu'ils se fussent servis de termes au-dessus de toute équivoque. Les ministres, en déclarant qu'ils admettaient les menaces d'une condamnation éternelle, ne disaient point du tout qu'ils croyaient que les peines de l'enfer seraient éternelles et n'auraient point de fin ; et le texte auquel ils se bornaient sur la divinité de Jésus-Christ, avait été employé par les ariens eux-mêmes, qui prétendaient l'expliquer dans leur système. On fit donc des commentaires sur leur déclaration ; et on se persuada de plus en plus qu'ils n'étaient pas fort éloignés des opinions qu'ils ne voulaient pas avouer. On crut qu'il entrait plus de politique que de sincérité dans leur écrit; et on fut étonné qu'ils n'eussent pas cherché depuis à faire cesser des bruits qui prenaient de plus en plus de la consistance, et qu'attaqués dans leur foi, ils gardassent constamment un profond silence. C'est qu'en effet le mal avait jeté chez eux de profondes racines; et Rousseau, leur compatriote, se moqua très-bien de leur embarras, de leurs tergiversations et de l'obscurité de leurs réponses. On voit, par des lettres de sa correspondance, que plusieurs ministres de son temps n'étaient pas très-fermes sur les principes mêmes de la loi naturelle.

— Vers le même temps. Puogrls de l'impiété en Allemagne-, NAISSANCE DE LA NOUVELLE EXÉGÈSE, ET DU RATIONA- LISME. C'est à peu près de l'époque à laquelle nous sommes parvenus dans ces Mémoires, que date en Allemagne la naissance des systèmes, qui, sous le nom de naturalisme, rationalisme, nouvelle exégèse, tendent à saper les fondements du christianisme. 11 est important d'en signaler la naissance, et d'en suivre le progrès.

|( Nous avons eu bien des fois l'occasion d'indiquer les t. ni. 23

3oi ANNÉE 1758.

progrès de l'incrédulité en Angleterre (1). D'un côté, les déistes anglais avaient attaqué ouvertement toutes les bases de toute religion révélée ; et, d'autre part, les ariens et les sociniens avaient attaqué les dogmes fondamentaux, et cherché à expliquer les mystères dans un sens accommodé à leurs systèmes. Nous avons également signalé l'introduction de l'impiété en France, où elle ne tarda pas à prendre surtout un caractère sceptique ou matérialiste (2). Quelques condamnations subies par les encyclopédistes ou autres écrivains philosophes ne les empêchaient pas de poursuivre leur œuvre avec astuce et persévérance.

Ce n'est que vers le milieu du siècle que l'Allemagne entra plus sensiblement dans cette voie déplorable, dans laquelle, du reste, elle n'était que trop disposée à marcher. Le piélisnie, qui avait été introduit dans de grandes universités, dans celle de Halle en particulier, et qui en s'attachant exclusivement au développement des sentiments religieux, favorisait la tolérance des opinions et la liberté de s'écarter de la doctrine des livres symboliques, y préparait déjà les esprits (3). Au piétisme on avait vu s'opposer la philosophie appelée TTrolfwnne, parce que Woîf, tout en suivant presque toujours les systèmes spiritualistes de Leibnitz, leur avait donné une forme, trèsdogmatique et synthétique. Cette philosophie, devenue dominante vers le milieu du siècle, avait pénétré dans l'enseignement théologique, et lui avait imposé sa méthode aride et pédantesque ; ne procédant que par défini-

(1) Voyez dans le Tableau hi'tirique servant d'introduction, t. i, les pages 19i et suivantes; et dans les Mémoires, t. t, p. 254, et p. 307, les détails donnés sur les première déistes et ariens anglais. — Voyez aussi t. n, p. 36, p. 180, cte.

(2) Voyez les détails donnés sur les Lettres persanes de Montesquieu, et sur les premiers ouvrages de Voltaire, t. n, p. 127; sur les Lettres philosophiques ou autres écrits de Voltaire, même volume, p. 367, etc., etc.

(3) Voyez les détails donnés sur le piétisme, 1. 1, p. 1 42. « C'est, dit le pro- » testant Armand Saintes, par la brèche faite par le piétisme, qu'une caté- » goric de rationalistes est entrée pour faciliter aux autres les moyens de s'em- » parer de tout L'édifice. » Armand Saintes, Histoire du rationalisme en Allemagne, t. i, p. 7.

tions et théorèmes; cherchant à appuyer presque toutes les démonstrations sur des principes pris dans la seule raison (t). On ne peut nier, dit un écrivain protestant qui ne paraîtra pas suspect, qu'en suivant celte méthode, elle n'ait grandement préparé les voies au rationalisme (2). Car, comme l'observe avec assez de justesse le même auteur, au lieu que la religion chrétienne s'adresse autant au sentiment qu'à ia raison, ou plutôt agit sur iouies les puissances de l'homme, le dogmatisme de l'école de Wolf n'est fondé que sur la raison : il a même prétendu exclure toute influence du sentiment sur les sciences théologiques; et c'est ce qui a fait que, transporté dans la chaire, il n'a produit que des résultats déplorables. Au lieu que, dans les siècles précédents, même dans les sermons des prédicateurs protestants, l'Ecriture sainte tenait toujours les premiers rangs, en fait de preuves ou de simples citations; sous le règne de la philosophie wolfienne , elle ne paraissait plus que comme supplémentaire, et on n'offrait pour nourriture au peuple que des raisons toutes humaines, des définitions ridicules, de pauvres hypothèses, et un laneaee froid et incapable de remuer les âmes.

on i

Le naturalisme vint augmenter la perversion des esprits. On avait importé en Allemagne les objections des incrédules contre la révélation et contre tout ce qui est surnaturel.]] L'exemple de Frédéric H, les succès brillants de ce prince, ses liaisons avec les beaux esprits qu'il appe-

(1) M. Saintes cite parmi les principaux théologiens protestants qui suivirent cette méthode, vers le milieu du EÎècIe, Cuntz, célèbre professeur de Tuhingen , mort en 1753. Les titres seuls de ses ouvrages indiquent assez le Lut qu'il se proposait : Philosophiez Leibniizianœ et Wolfianœ usus m theolvgia ; Lipsise, 17:19 ; Compendium Iheoiogiœ, in quo definilionibus veri' laies theologicœ detei ■minaniur , déterminâtes deoionstrantiir , oracula l'indicantur. Accedit singulit ar lieu lis doctrines momentum, consensus cuni libris confessorum, ele Ribov, professeur à Helmstredt et àGollingen, qui publia vêts 1735 des Institution* de théologie dogmatique , méthodiquement démontrée; Carpov, professeur à Veimar, dont le principal ouvrage est Theologia revelala methodo scietilifica. Lipsix, 1737; Sigismond Jacol» Baumguiten, célèbre professeur à Halle, etc. Voyez dans la Biographie universelle son article par M. Guizot; etc., etc.

(2) Armand Saintes, ibid.j pt i, '.h. ix.

3o6 ANNEE 1758.

lait à Berlin, et en particulier avec Voltaire, contribuaient notablement à propager l'impiété. Ou vit naître deux classes d'écrivains qui tendirent au même but par des voies différentes. Les premiers montrèrent plus de sympathies pour les flegmatiques hostilités des déistes anglais, et firent à ce dessein d'amples recherches d'érudition historique et philosophique, appropriées au génie de l'Allemagne. C'est dans cette voie que marchèrent en particulier deux hommes qui, vers l'époque où nous sommes parvenus, eurent une grande influence. Le célèbre poêle Lessing répandit le poison dans les Fragments d'un inconnu, qu'il était censé tirer de la bibliothèque de Wolfanbulel, dont il avait la direction. Il y attaqua les faits consignés dans la sainte Ecriture, et en particulier les preuves de la résurrection du Sauveur (1). Le libraire Nicolaï, de Berlin, fonda la Revue intitulée Bibliothèque allemande universelle, et en soutint longtemps la vogue, par son activité et sa hardiesse. On peut dire que ce recueil périodique a exercé sur les opinions en Allemagne une sorte de dictature. On ne se bornait pas à v décrier les livres symboliques des protestants ; on y favorisait ouvertement le socinianisme ; on y dépréciait toute religion révélée. La seconde classe d'auteurs se composa de ceux qui, comme Edelman, Bascdow, et plus tard Bahrdt, marchaient à la suite des philosophes français, sceptiques ou matérialistes, dont la frivolité téméraire et aventureuse répondait mieux à la trempe de leur esprit (*2). De

(1) [[ 11 paraît que l'inconnu dont Lessing empruntait les objections, était Beimar, savant professeur de philosophie à Hambourg, mort en 17i8. ]]

(2) [f Edelman (Jean-Christian), natif de Weisseiil'cld, en Saxe, après avoir étudié la théologie à Iena, habita successivement Brunswick, Hambourg, Berlin; il publia Moïse démasque, 1740; Christ et Bêlial , 1742; Divinité de la raison, 1752.

Basedow, longtemps professeur à Hambourg, puis errant dans diverses régions, publia entre autres écrits une Philosophie pratique, 2 volumes in-8° ; LeipJicl., 17^8; — Philatèthe,OU nouvelles considération? sur les vérités <te fa religion et de la raison, jusque sur les limites de la révélation ; Alloua, 1764. Cet écrit lui attira des magistrats de Hambourg la défense de rien imprimer. C'était un homme sans mœurs. 1

ces éléments divers naquirent des sociétés organisées dans le dessein avoué de saper dans sa base tout ce qu'on appelait la superstition, et de refuser toute influence sur les jugements à une autorité que la raison elle-même n'aurait pas reconnue.

Le protestantisme, fondé sur le libre examen, était évidemment insuffisant pour repousser des attaques de ce genre. C'est alors que parut le rationalisme proprement dit(l). Un grossier naturalisme ne pouvait répondre, en Allemagne, ni aux babiludes des peuples, ni même aux besoins de beaucoup d'esprits livrés aux recherches scientifiques : il leur fallait un système qui, sans combattre directement toute inspiration, ou toute révélation surnaturelle quant à la forme ; et, sans rejeter absolument la Bible, n'admît cependant d'autres vérités que celles qui se trouvent dans la raison humaine. C'est vers ce but que des théologiens protestants, de jour en jour plus nombreux, dirigèrent leur efforts ; ceux surtout qui adoptèrent ce qu'on est convenu d appeler la nouvelle exégèse. Ernesli, pasteur et professeur de théologie à Leipsick, célèbre par de savantes recherches sur le grec et le latin, posa comme les fondements de cette manière d'interpréter l'Ecriture (2). Selon lui, il fallait appliquer à l'explica-

(1) [[Comme il nous paraît extrêmement important de Lien saisir ce qu'on entend par rationalisme allemand, nous empruntons les définitions suivantes que nous trouvons citées dans l'Histoire de M. Saintes. La première est tirée de VExaminatorium dogmatique des Eglises protestantes : Quedlem- Lourg, 1830; programme rédigé, dit M. Saintes, par un rationaliste. « Au lieu » que le surnaturalisme est la croyance à une révélation immédiate, qui est » élevée au-dessus de la raison et h laquelle celle-ci doit se soumettre , le » rationalisme ne fait qu'accepter une révélation médiate, dont la raison » est le juge, et qui ne peut rien contenir de contraire à la raison, ou dV- » lève au-dessus d'elle.» Un autre écrivain rationaliste, Wegselicidcr, explique la différence qui existe entre les rationalistes et les surnaturalistes, en ce que « les premiers, satisfaits d'assurer à la raison la liberté de juger la révélait lion et rie l'appliquer à la pratique, reconnaissent volontiers qu'il y a eu » véritablement une révélation divine , à laquelle la raison humaine est rede- » vaille des progrès qu'elle a faits, surtout dans le culte de la divinité, etc. » 1

(1) L'ouvrage; d'Ernesli, Inslitiitio interprelatlonis JYovi Tenta menti, parut en 17G1. 11 a été réimprimé depuis avec des notes d'Ammon 11 mourut en 1781.

lion des livres saints les mêmes règles qu'à celle des auteurs profanes, c'est-à-dire se servir principalement de l'histoire contemporaine, de la philologie, de l'élude dessentiments répandus à l'époque où vivaient lesécrivainssacrés. Semler, élève, puis professeur de l'université de Halle, marcha moins timidement dans celte voie, et mérita d'être regardé comme le fondateur du nouveau système (1). Il prétendit établir des règles de critique inconnues avant lui, pour juger de l'authenticité de telle ou telle partie de l'Écriture; et, d'après ces principes, il ne voulut plus admettre comme certaines des parties nombreuses reconnues authentiques par toutes les communions chrétiennes. Sans s'inquiéter des traditions acceptées par les Eglises chrétiennes, il ne voulut reconnaître de l'Ecriture qu'une interprétation purement littérale; il réduisit Y inspirai ion des auteurs sacrés h n'être plus qu'un simple recueillement de l'âme, 11 supposa que les Apôtres avaient, dans leur langage avec leurs contemporains, suivi un plan iï accommodation , d'après lequel il expliqua les miracles même dans un sens purement naturel. îl ne craignit pas de supposer que le Sauveur lui-même s'était accommodé aux idées des Juifs de son époque, en parlant, par exemple, des anges, des démons, de la résurrection des morts, etc., etc. Il fut bientôt suivi par de nombreux successeurs, qui se montrèrent plus ou moins téméraires. Les uns, comme le savant Michaélis (2), qui fut bientôt dépassé par ses disciples, cherchèrent , dans l'élude des idiomes de l'Orient, des sens tout nouveaux, qu'ils donnèrent aux paroles des saints livres; les autres, en paraissant admettre le texte, donnèrent aux récils de la IJible des interprétations qui ne firent plus de la religion chrétienne qu'une sorte de mythologie. Tel fut le travail de

(1) [[Semler publia en 1750 son Introduction à l'exégèse théologique, quatre colonnes in-8°. Son Appavalas ml lillaalem I\ovi Testamenti interprétâtio nem ne parut que vers 1773. ]

(2) [[Michaclis publia sa Grammaire hébraïque à Halle, en ! "45. Nous par* I tiens ailleurs de h- s autres ouVrogi

destruction qui eut lieu jusque vers la fin du siècle, où la philosophie de Kant répandit de nouveaux nuages sur les vérités religieuses (1).

— Le 3 mai, Mokt de Benoit xiv. Le Pontife était âgé de qualre-vingt-lrois ans. [[ Depuis longtemps de fréquents accès de goutte avaient affaibli sa santé. Un monument de son érudition donne des détails assez curieux sur ses infirmités : c'est une longue et savante dissertation , en forme de Bref, adressée, le 28 octobre, au maître des cérémonies, sur la question s'il était convenable que le Pape s'accordât à lui-même la permission de célébrer assis la messe tout entière (2). On y voit que les derniers mois de Tannée 175G avaient été marqués par les maladies les plus graves ; il avait même reçu deux fois l'extrème-onction, dans un intervalle assez court; et, quoique rétabli par intervalle, il n'avait jamais recouvré 1 usage des pieds 5 mais il avait conservé la plénitude de ses forces intellectuelles. La dernière année de son pontificat se passa dans les mêmes alternatives; enfin il fut enlevé le 2 mai, après avoir conservé jusqu'à la fin sa douce sérénité. Il avait gouverné l'Eglise pendant près de dix-huit ans. ]J

Benoit XIV a laissé une mémoire révérée. Sa douceur, son affabilité, son amour pour les lettres, la protection qu'il accordait aux savants, ses grandes connaissances, ses excellents ouvrages, la sagesse de son gouvernement, l'esprit de paix et de modération qu'il montra pendant son pontificat, lui ont attiré les éloges des

(1) [[M. Picot, en cet endroit des Mémoires, renvoyait ses lecteurs al' Histoire îles sectes religieuses, par Grégoire. Depuis il a paru sur le rationalisme allemand des ouvrages plus développés, comme Vffisloire critique du rationalisme allemand, par Armand Saintes; ouvrage plein de recherches, mais plein de paradoxes, cl très- favorable au rationalisme qu'il parait combattre. On n'a lien de semblable à craindre de la Défense du christianisme historique, partie relative à l'Allemagne, par M. Chassai; 3 vol. in-12.]]

(2)|[ stipendiée \XI à la lin tiu Traite de Benoit WS ,de Missie sacrificio. Le l'.ipe ne décide pas : il réunit seulement les autorités pour et contre. Cette 11. • e offre des preuves bien remarquables de la inodc3lic et de la réserve dit liocte Pontifei ij

catholiques et des protestants. Les jansénistes euxmêmes n'ont pu s'empêcher de lui rendre souvent justice (l)-, ils ont même essayé plus d'une fois de le supposer favorable aux erreurs de leur parti (2) 5 mais tons les actes du savant Pontife protestent contre une telle assertion. 11 suffirait de rappeler l'Encyclique adressée au clergé de France, le 16 octobre 1756 (3). On se contentera de citer ici son décret du 20 novembre 1752, et son bref du A mars 1755. Dans le premier, il condamne l'ouvrage ayant pour titre : Apologie des jugements rendus par les tribunaux séculiers en France contre le schisme (4), où l'on voulait prouver l'injustice des refus de sacrements et la compétence des juges pour en connaître, et dont l'auteur se faisait à la fois le champion et de l'opiniâtreté des appelants et des nouvelles prétentions de quelques Parlements. Le Pape défend et condamne son livre, comme contenant des assertions fausses, téméraires, scandaleuses, injurieuses aux Papes et aux évétpœs, contraires à la juridiction ecclésiastique , renversant V obéissance due sincèrement par tous à la constitution Unigenitus, favorisant le schisme , schismatiques et erronées. C'est ainsi que ce Pontife éclairé qualifiait ces déclamations si communes alors, par lesquelles des portions indo-

(1) Cependant au milieu de ce concert de louanges, la critique s'tst fait entendre. Dans V .lit de vérifier les dates , on reproche à ce Pape des préjuges; ce qui ne signifie sans doute autre chose, sinon qu'il n'avait pas les préjugés de l'auteur. Dans le Nouveau dictionnaire historique, par Chaudon, etc., on lui attribue un projet de corps de doctrine, où l'on aurait, dit-on, établi la vérité cl condamne l'erreur, sans loucher aux opinions de Jiaïus, de Jansénius et de Quesnel. Mais un pareil projet n'a jamais été conçu par Benoît XIV. Il ne pouvait tomber dans l'esprit d'un Pape, et d'un Pape tel que celui-là, de condamner l'erreur sans proscrire comme erroné ce qui depuis cent ans était regardé comme tel par toute l'Eglise. Aussi ne donne-t-on aucune [neuve d'une pareille idée ; et tout ce qu'a l'ait Benoît XIV montre sa parfaite conformité avec ses prédécesseurs sur les objets des contestations qui déchiraient l'Eglise.

(2) Voyez la preuve plus haut, dans ce volume, page 275.

(4) La première partie de cet ouvrage était de l'abbé Mey, et la seconde de l'avocat Maullrot.

ciles du troupeau s'efforçaient d'avilir l'autorité qui avait proscrit leurs erreurs, et d'éviter le reproche d être schismatiques, en intentant cette absurde accusation à leurs pasteurs. Dans le bref du 4 mars 1755, adressé aux évêques de Pologne, il parle d'un autre ouvrage publié sous ce titre : Principes sur l'essence, la distinction et les limites des deux puissances, et qui était du P. La Borde, oratorien , appelant. L'auteur, conformément à l'usage des siens, y déprimait extrêmement l'autorité qui les avait condamnés, pour élever d'autant celle dont ils espéraient plus d'appui, et on avait traduit son livre en polonais, pour propager sa doctrine dans ce pays. « Cet im- )> pudent écrivain, dit Benoît XIV dans son bref, accumule w d'artificieux sophismes, emploie avec art le langage de ï> la piété et de la religion, donne la torture à plusieurs )> passages de l'Ecriture et des Pères pour ressusciter un » système mauvais , pernicieux , réprouvé depuis long- » temps par le saint Siège, et condamné expressément » comme hérétique. » Le Pape le proscrit de nouveau, T^t le qualifie de captieux, de faux, d'impie et d'hérétique. Ce sont surtout les ouvrages de Benoît XIV, qui ont rendu si cher à l'Eglise le nom de ce Pontife, dont ils prouvent en effet la vie laborieuse autant que le profond savoir (1). Nous ne chercherons pas à relever le prix de

(1) La première collection des OEuvres de Benoit X[F parut à Rome en 1747, en 12 volumes in-folio, par les soins du Père Emmanuel d'Azevedo, jésuite. Il y en eut une autre édition à Venise en 16 volumes également infolio. Les cinq premiers contiennent le grand ouvrage de In béatification et de la canonisation tles Suints, oii tout le monde convient que l'auteur a épuisé la matière. Le sixième tome contient les Actes des Saints canonisés par ce Pontife. Les deux tomes suivants renferment des suppléments et des remarques sur les volumes précédents.

Le neuvième tome contient le Traité du sacrifice de la messe, qui parut lorsque l'auteur était encore archevêque de Bologne: mais étant devenu Pape, il y fit des additions, et on l'imprima au séminaire de Padoue.

Le dixième tome renferme le Traité des Fc'tes en l'honneur de J. C. et de la sainte Vierge et aussi des saints honorés à Bologne. Ce Traité parut d'abord en italien à Bologne ; depuis il fut traduit en latin, et il s'en lit une édition à Padoue, et dans la suite à Louvain et ailleurs.

Le onzième volume renferme les Institutions ecclésiastiques, c'est-à-dire les Instructions et les Mandements que l'auteur avait donnés en italien à Bo-

son Traité de la béatification et canonisation des Saints. Nous avons rapporté plus haut les détails pleins d'iniérèl (pie lui-même a donnés sur cet ouvrage dans une occasion solennelle (l). Parmi ses autres traités théoriques ou canoniques, celui qu'il intitula du Synode diocésain a acquis une immense autorité. En ne paraissant traiter que d'un acte passager de l'administration diocésaine, il a su tracer aux évèques les règles les plus sages par rapport à une multitude de points d'une application journalière. 11 leur rendit un autre service en publiant, quand il fut élevé sur le siège de saint Pierre, ses Institutions ecclésiastiques, c'est-à-dire les principales ordonnances qu'il avait faites n'étant encore qu'archevêque de Bologne. Son Bullaire est un recueil aussi important que curieux de décisions dogmatiques, canoniques et morales, de discussions

lojne, et qui, quand il l'ut Pape, furent traduits en latin par le Pire Isidore de Saint— Charles, des écoles pics, et imprimés à Rouie.

Le douzième tome comprend le Traité de Synntio illœcesaiia, ouvrage qui est regardé comme le plus complet sur ta matière, et qui suppose un savoir et des recherches rares. L'illustre auteur l'avait commencé a Bulogne : obligé de l'interrompre lorsqu'il fut devenu Pape, il l'acheva ail bout de quelques années, et le fit paraître à Rome, en 1748. Il en donna depuis une nouvelle édition, dans la collection de ses œuvres imprimée à Venise. Le Pape vend compte lui-même, dans une Préface, de son plan et de la manière dont il l'a exécuté. lia été fait plusieurs éditions du Traité de Synado di&cesàttà, entre autres à Louvain, en 17G3, 3 volumes in-8°; à Mayence, en 3782, 7 volumes in-8° , et à Malines, en 1823, chez Hanicq; 4 volumes in-S».

Les quatre derniers volumes de l'édition de Paris sont remplis parle Bullaire, ou la collection des bulles et brefs du Pontife. Ce Bulltùre parut d'abord à Rome en 4 volumes in-!olio; le premier, en 1746; le deuxième, en 1749; le troisième, en 1753; et le quatrième, en 1*57, avec quatre appendices, Mais, dans cette édition de Rome, manque l'appendice du tome IV, qui offre la continuation des bulles et brefs depuis 1 7.) 7 jusqu'au 3 mai 1758, que le Pape mourut. Ce supplément se trouve dans l'édition de Venise, en 1768. Le Pape adressa le premier volume aux docteurs et écoliers de l'Université de Bologne. Il y a un autre supplément dans l'édition de Rassano , en 1767, tome XV; ce supplément renferme des brefs, allocutions et décrets omis dans les éditions précédentes du Jiulltiire. 11 a paru à Malines chez Hanicq, en 1826 et 1827, une nouvelle édition du liullaire en 13 volumes in-12; on y a fait (titrer les appendices et le supplément ci-dessus. Le dernier volume contient une table générale, au lieu de quatre tables qui se trouvaient à la (in de chaque tome in-folio de l'édition précédente,

(1) Voyez plus haut l'all(jcuiion de Bu; oit XlVj dans le consistoire de 174<>, llttui ce volume, j;, 119.

historiques et critiques sur différents points de discipline, de pièces de tout genre relatives au gouvernement de l'Eglise. Le Pontife ne se contentait pas de prononcer sur les questions qui lui étaient soumises : il aimait à déduire ses motifs 5 et les développements qu'il leur donne sont toujours instructifs et solides. Une élude assidue du droit ecclésiastique; les places qu'il avait occupées dès sa jeunesse dans les congrégations, et en particulier dans celle du Concile, dont il fut longtemps secrétaire; les affaires multipliées qui avaient passé par ses mains; une mémoire singulièrement heureuse jointe à un esprit très-méthodique et modéré, tout semblait se réunir pour qu'il put éclaircir avec avantage les questions les plus épineuses (1). [[ Benoit XIV ne pouvait manquer d'encourager les sciences et les lettres. Dès le commencement de son ponli-

[\] On s'aperçoit facilement qu'on n'a pas inséré, clans le Bullalre, un certain nombre de pièces imporlantes. Ainsi on n'y trouve point les bulles, concordats et instructions sur les différends avec la Cour de Turin. On n'y a fait entrer que les principaux brefs. Il eût été à désirer qu'on eût fait pour lui ce qui avait été l'ait pour Clément XI, dans l'édition de ses œuvres publiées par le cardin.il Albani : outre la collection de ses bulles, on y a fait entrer un recueil de ses brefs aux princes, aux cvêques, ele ; et ces brefs donnent beaucoup de lumières sur l'histoire ecclésiastique du temps. Le recueil des brefs de Benoit XIV n'eût été sans doule ni moins instinctif, ni moins curieux, s'il eût renfermé des additions du même genre.

En 1748, le Pontife lit paraître le Martyrologe romain, augmenté et corrigé par ses soins. 11 y a, dans celte édition, un bref adressé au roi Jean '\ de Portugal, qui avait piis un vif intérêt à cette publication, et qui avait concouru aux frais de l'impression. Dans ce bref qui est du 1er juillet 1748, le Pape explique les additions et les corrections qu'il a faites, et il en donne les motifs. 11 se livre ensuite à une longue discussion sur Clément d'Alexandrie, Sulpice Sévère et le Pape saint Sirice, et il expose les raisons pour lesquelles il n'a point admis les deux premiers dans le Martyrologe, et celles pour lesquelles il y a fait entrer le dernier. Quelques-uns ont trouvé la décision de Benoit XIV un peu sévère pour les deux premiers ; et on a cru pouvoir laisser leurs noms dans la nouvelle édition des fies des Papes , de Butler et Godescard. Le cardinal Quirini critiqua aussi plusieurs assertions du f., utile.

On conserve à Borne, dans la bibliothèque Corsini, les actes et écrits autographes d'une congrégation pontificale formée par Benoit XIV, en 1741, pour la information du Bréviaire romain. Voyez V/ier italicum de Martin ; : ert, 1765, in-80, p. 467; et L'abrégé de la Nie de Benoit XIV, placée en i.'i :!n Traité de <Sj^7iorfo, édition «le Malihes, 1723.

fient, il exhorta les prélats romains à se livrer à l'élude, et déclara que dans la distribution des emplois il aurait égard à l'application. Les savants de toutes les nations reçurent souvent de lui des marques de considération (t) ; et c'est ce qui encouragea mèmedes auteurs protestants à luidédierdes éditions de leurs ouvrages(2); il prodigua des faveurs aux établissements scientifiques (3). L'année qui précéda sa mort , il envoya la bibliothèque choisie qui lui était propre au séminaire de Bologne (4). Il fonda à la Sapienee des chaires de mathématiques et chimie'. Il établit quatre académies, au Capitule celle d'histoire romaine et d'antiquités profanes; au couvent des oratoriens de Saint- Philippe de Nice, celle d'histoire sacrée et d'érudition ecclésiastique ; à la Propagande, celle de l'histoire des conciles; à la maison de Sainte-Marie di 3Ionte, celle de liturgie. Chaque lundi, quand le Pape n'était pas empêché, il convoquait au Quirinal une de ces académies, et on lisait devant lui une dissertation sur l'une des matières respectives. On possède encore vingt-deux discours rédigés à cette occasion par Gaétan Cenni, savant diplomate et bibliothécaire du Vatican. Il fonda également à ses frais, dans l'université portugaise de Coïmbie, deux académies, l'une d'bistoire ecclésiastique, et l'autre des rites sacrés; il y assura une dotation abondante pour quatre professeurs; il se chargea lui-même d'en dresser les règlements

Cl) [[On peut voir en particulier, dans le supplément au Bullaire, édit. Loven., t. XIII, p. 96, les encouragements qu'il donna à un pieux laïque, le sénateur vénitien Cornélius, qui avait écrit sur des matières ecclésiastiques. Personne n'ignore la manière gracieuse dont il répondit à Voltaire, quand celui-ci lui dédia sa tragédie de Mahomet. Le poëte n'avait pas encore affiché cette impiété qui devint bientôt après si scandaleuse. 11 faut aussi observer avec M. Artaud , qui reproduit celle curieuse correspondance, que Voltaire, en écrivant au Pape avec sa verve piquante, témoignait un singulier respect pour les formes d'étiquette et les usages sacrés reçus à Home. Histoire des Papes : Benoit XIV. ]]

(2) Buehmer, savant jurisconsulte de l'Université de Halle, lui dédia l'édition qu'il donna du Corps du tlroit canon, avec des notes.

(3) Nous avons cite plus haut, p. 314, notc,'\c bref honorable qu'il envoya aux docteurs de Sorbonne.

(4) Voyez l'appendice XXI du Traité de Saci i/icio missce.

eï de déterminer les matières qui devaient y être traitées (1). Par ses ordres, le célèbre père Boscovith dressa une carte trigonométrique des Etats pontificaux, et mesura avec précision deux degrés du méridien.

Le Pape favorisa également les beaux-arts. Après avoir enrichi le musée du Capitule de nouvelles richesses, il pourvut à ce qu'il y fut établi une école de dessin , pour former des peintres et des sculpteurs; et le bref qu'il publia à celle occasion est un monument de son goût autant qu'une preuve de sa munificence (-2). La ville de Rome lui dut de nouveaux ornements, et en particulier d'importantes réparations «à la basilique de Sainte-Marie Majeure, et de magnifiques mosaïques à Saint- Pierre du Vatican : la série des portraits des Papes à Saint-Paul fut continuée par ses ordres, et confiée à des hommes distingués.

Ii fit aussi tous ses efforts pour la prospérité temporelle de ses Etals. Ayant trouvé le trésor de l'Eglise presque épuisé, il diminua sur-le-champ les dépenses du palais pontifical, et porta la réforme dans les diverses branches de l'administration, et il se vit par là en mesure de répandre avec discernement ses libéralités. Ayant élé luimême longtemps officier de la cour de Rome, on voit dans plusieurs endroits du Bullaire avec quel soin il releva un grand nombre d'emplois par ces distinctions honorifiques, qui encouragent les hommes. Les établissements charitables furent un des plus chers objets de ses soins; il allait lui-même y visiter les pauvres et leur distribuer l'aumône de sa main. Il ne négligea pas le commerce : c'est «à lui que la ville de Civitla-Vecchia, l'ancienne Centum-Celle, dut sa prospérité ; il ne négligea rien pour l'assainir et la repeupler -, il assura à son port des franchises qui lui furent très-avantageuscs : la ville, reconnaissante, lui éleva une statue.

(1 [[On peut voir les détails que contient la très-intéressante Epître, que le Père Emmanuel Azevedo a placée à la tôle <lu Traite de Benoît XIV, de Canonizatione.]]

2 Bullaire, édition Meclil, t. X,p. 578.

Ce qui couronne tant d'éminentes qualités, c'est son héroïque désintéressement par rapport à sa famille; il semblait qu'il n'y eût que ses proches sur qui sa libéralité ne s'étendit pas : il avait un neveu sénateur de Bologne ; lorsqu'il fut élevé sur la chaire de saint Pierre, 11 lui défendit de venir à Rome, s'il n y était pas appelé ; et lui, dont la mémoire était si heureuse, parut l'avoir oublié. On a pu dire qu'il ne permettait pas même à ses proches parents de venir le contempler dans l'éclat de celle dignité (l). Ce ne fut que plus lard qu'il permit qu'un petit-neveu fût placé comme élève au collège Clémenlin.

On comprend facilement qu'un tel Pontife dut laisser une mémoire universellement chérie (-2). ]]

— CaudinA-cx créés rAi\ Benoit XIV. Ce Pontife, dans un règne de plus de dix-huit ans, fit sept promotions et créa soixante-qualre cardinaux, de sorte qu'il renouvela en grande partie le sacré Collège.

La première promotion, du 9 septembre 1743, fut de vingt-quatre cardinaux. On dislinguait parmi eux Jean Théodore de Bavière, évèque de Liège et de Freisingue, frère de cet électeur de Bavière qui fut quelque temps empereur sous le nom de Charles VI î (3). Les autres étaient tous des prélats de la cour de Piome, et qui y avaient exercé des charges, ou qui avaient rempli des nonciatures. Le prélat Pallavicini, administrateur de l'hospice du Saint-Esprit, qui devait être de cette promotion, refusa constamment le chapeau.

(1) Voyez sur cet article l'Epître déjà citée d'A/.cvedo. — Artaud, Histoire des Papes, Benoit XIV.

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à un historien judicieux ; mais an lieu de s'arrêter sur ces détails intéressants, sa vie ne nous offre que de prétendus lions mois, des anecdotes sans autorité, des rédesions vagues, rien enfin <|iii puisse satisfaire un lecteur éclairé, et qui réponde au mérite de celui nue l'auteur avait à peindre. (•'{) Voyez plus liant, p. 49.

Le 10 avril 1747, dans une seconde promotion, dite des couronnes, le Pape fit onze cardinaux, dont deux français, le cardinal de la Rochefoucauld et le cardinal de Rohan. Le premier occupa longtemps le siège de Bourges, et servit l'Eglise par sa modération en même temps que par son zèle pour la saine doctrine (1) ; le second est ce même abbé de Rohan-Ventadour, qui, ayant été élu recteur de l'Université, en 1739, avait eu une si grande influence sur la rétractation que ce grand corps fit de son appel (2). Devenu, après la mort de son oncle, évèque de Strasbourg, il mourut assez jeune, en 1756. Un autre prélat dont la promotion intéressa la France, fut le cardinal des Lances, piémonlais, qui avait pris à Paris l'habit de chanoine de Sainte-Geneviève, et qui devint aumônier du roi de Sardaigne et abbé de Sainte-Bénigne; il honora constamment la pourpre par sa piété et son savoir. Ce fut aussi dans la même circonstance que le chapeau fut donné à Jean- François Albani, petit-neveu de Clément XI, qui fut dans la suite doyen du sacré Collège, et qui jouit de ce litre pendant vingt-huit ans, n'étant mort qu'en 1809; il vil ainsi toutes les grandis calamités qui affligèrent l'Eglise à la fin du siècle, et il les partagea.

La même année, Benoît XIV fit une promotion particulière pour Henri Smart, duc d'Yorck, fils du prétendant Jacques III, prince cher à la religion par son éminente piété. [[Avant de conférer la pourpre au jeune prince, le Pape lui observa que, comme il pouvait avoir des droits éventuels à la couronne d'Angleterre, il l'engageait à réfléchir avant de s'engager dans les ordres sacrés, afin de ne pas détruire les espérances de l'Irlande, la constante amie des Stuarls, et de la partie de l'Ecosse pieuse et fidèle (3). Ce jeune prince, qui à celle époque avait un frère aîné, et pour qui d'ailleurs il y avait si peu de chances de royauté, n'hésita pas à sacrifier ces faibles es-

(1) Voyez sa conduite h l'Assemblée du clergé de 1755, plus haut, p. 282.

(2) Vovcz plus haut, p. 28.

(3) Artaud, Histoire des Papes, à l'article de Benoît XIV.

pérances du siècle. || Clément X11I le nomma peu de temps après archevêque de Corinthe et voulut le consacrer luimême (1). Le cardinal devint dans la suite évêque de Frascati ; il y tint en 1763 un synode dont on a fait imprimeries actes (2). Sa carrière se prolongea jusqu'aux premières années du XIXe siècle ; en lui s'éteignit la branche illustre et malheureuse des Sluarls. Il faut rendre cette justice à l'Angleterre, qu'elle a du moins traité avec égard ce dernier souvenir. Les révolutions de la fin du siècle ayant réduit le cardinal à une grande détresse, le roi d'Angleterre lui fit payer exactement jusqu'à sa mort une pension de quatre mille livres sterling; le prince régent (depuis Georges IV) lui fit élever après sa mort un magnifique tombeau.

La quatrième promotion, en 1754, comprit six cardinaux, tous Italiens-, nous ne nommerons que Torregiam, qui joua un rôle important sous le pontificat suivant.

Le 22 avril 1/55, il donna la pourpre à Antoine Sersale, noble napolitain, qui occupa successivement les sièges de Brindes, de Tarente et de Naples. Sa charité parut avec éclat dans ce dernier siège, à l'occasion de la disette de 1764 et de l'épidémie qui en fut la suite.

La même année, au mois de décembre, fut promu Louis Porto-Carrero archevêque de Tolède.

Une dernière promotion fut faite le 5 avril 1756, pour satisfaire aux demandes des couronnes. Trois cardinaux français en firent partie; de Saulx-Tavannes, qui, du siège de Chàlons-sur-Marnc , était passé sur celui de Rouen; de Luynes, archevêque de Sens, et de Gesvres, évêque de Beauvais. Ce dernier devait le chapeau à la

(1) On tira avec intérêt les détails, dans VHisloive des Papes, de M. Artaud, sur le dîner que le Tape. Clément XIII donna aux cardinaux après hi cérémonie. On lut, pendant une grande partie du repas, les œuvres de saint Grégoire.

(2) Coiistitutiones synodales Ecclc<i(c Tuscitlarice -, 1 volume in-4°. Un autre volume, sous le titre A\'f/>]endi.r, renferme d'autres écrits du cardinal.

présentation du roi de Pologne. Les injures semées dans les écrits du parti contre ces trois prélats prouvent assez leur zèle pour les intérêts de la Foi. Parmi les cardinaux étrangers nous ne nommerons que les cardinaux Solis de Cordoue, prélat espagnol, qui occupa successivement les sièges de Tolède et Cordoue, et qui fit partout admirer sa charité pour les pauvres; de Rodt, évêque de Constance, présenté par l'impératrice; Archinto, gouverneur de Rome; Lucini, connu par quelques écrits; Cavalchini et Lanti, dont on estimait les talents, et Fortuné Tamburini, Bénédictin du Mont-Cassin, qui vécut toujours en religieux, et qui honora la pourpre par ses connaissances, son zèle, sa modestie et son désintéressement. Il était neveu d'un général des Jésuites, et joignait l'instruction théologique à la piété.

— [[Saints personnages qui ont vécu sous BenoÎt xiv. Nous avons déjà mentionné les principaux décrets de Benoît XIV, relativement à la canonisation ou béatification des Saints (l) : il était naturel que nous nous étendissions davantage sur une matière qui avait été si longtemps l'objet spécial de ses travaux. Nous rappellerons les noms de quelques serviteurs de Dieu, qui, sous son pontificat, illustrèrent l'Eglise par leurs vertus. Nous avons déjà fait connaître les travaux de saint Alphonse de Liguori et du B. Léonard de Port-Maurice (2). Dans une condition plus humble et les plus bas emplois, un simple frère lai Capucin, Crispin de Viterbe, mérita d'être, pendant

(1) Voyez plus haut, p. 59, les décrets concernant sainte Elizabcth de Portugal, et la bienheureuse Jeanne de Valois.

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