‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècleChapitre 6 sur 14 · V. p. 114. la canonisation de cinq bienheureux, etc · texte numérisé non relu

V. p. 114. la canonisation de cinq bienheureux, etc

La béatification de sainte Jeanne-Françoise Frémiot de Chantai, faite par le Pape, le 21 novembre 1751, a été rappelée incidemment, à l'occasion do l'Assemblée du clergé de France, en 1755. — Nous ferons encore remarquer la béatification de Joseph de Cupertino, Conventuel, le 20 septembre 1753 ; puis deux décrets importants : l'un sur le martyre d'André Bobola, jésuite, polonais, dont la béatification a été récemment solennisée; et l'autre sur la cause du vénérable Cardinal Buralis d'Arétio, Thcatin et archevêque de Naples. Bulluire, édition Mechl, tome XII, p. 258 et 274.

(2) Voyez dans ce volume, pages 149 et 190.

sa vie, consulté par les personnages les plus distingués, comme un homme spécialement éclairé de Dieu, et d'être placé, après sa mort, sur les autels -, il mourut le 19 mai 1750. Le pape Pie Vil, qui le béatifia le 26 août 1806, dit « qu'il était le père des pauvres, le consolateur des » affligés, illustre par ses prophéties et ses miracles (l). » Un aulre serviteur de Dieu, François-Antoine Fasani, de l'ordre des Mineurs Conventuels, édifia successivement plusieurs couventsdeson ordre en Italie, et en particulier celui de Lucera, dans le diocèse de Triples, où il passa trentequatre ans, soit comme professeur, soit comme gardien ou provincial, où il mourut en 1742. On fit bientôt après sa mort des informations sur ses vertus et ses miracles ; mais sa cause n'a été régulièrement introduite qu'en 1832 (2). Un de ses disciples, Lucci,avaitdéjà eu le même honneur. C'est aussi sous le pontificat de Benoit XIV, qu'un vertueux prêtre, Alphonse de Ressi, né dans le diocèse de Gênes et chanoine de Sainte-Marie in Cosmedîn, à Rome, exerça dans cette dernière ville une charité d'autant plus méritoire qu'elle avait pour objet les plus petits et les plus abandonnés. Les pauvres gens de la campagne venaient le trouver en si grand nombre, que, pour qu'il pût entendre leurs confessions, on fut obligé de le dispenser de l'assistance au chœur. C'est à lui que le Pape confia un catéchisme qu'il établit spécialement pour les sbires; les prisonniers, les condamnés à mort, le bourreau, les repenties étaient l'objet de ses soins assidus; et il ne négligeait d'ailleurs aucune occasion d'être utile aux pieuses communautés ou aux œuvres charitables. Il est peu de lieux à Rome qui n'aient été les témoins de son zèle, et qui n'aient entendu sa voix. Il mourut à l'hôpital de la Trinité, où il faisait sa résidence, le 23 mai 1764 (3).

(1) Voyez un précis de sa vie dans les divers suppléments aux Fies des Saints; de Butler et Godescard.

(2) Voyez \\4mi de la Religion, t. LXXXI, p !il6.

(3) Voyez dans l'Ami de la Religion, tome I.XXXF, p. 403, ce qui concerne la discussion de la cause de ce vénérable serviteur de Dieu.

C'est toujours avec consolation que nous retraçons des souvenirs de ce genre, qui prouvent que dans tons les temps le Dieu de toute saintel ; est avec son Eglise.]]

— Le (3 juillet. Le cardinal Rezzonico est élu Pape, et prend le nom de Clément XIII. Le conclave qui suivit la mort de Benoît XIV s'ouvrit le 9 mai, et finit le 6 juillet. Il n'était composé que de quarante-quatre cardinaux. Le cardinal Àrchintoeut d'abord vingt-trois voix, et paraissait désiré par les puissances; mais son parti déclina graduellement, et celui du cardinal Cavalchini prévalut dans la même proportion. Le vingt-sept juin il e.ut vingtsept voix. Il allait être élu lorsque la France lui fit donner l'exclusion. On n'en donne d'autre raison, sinon qu'il était attaché aux Jésuites, et qu'il avait voté pour la canonisation de Beliarmin. Cette démarche du ministère français fil beaucoup de bruit, et ne fut pas généralement approuvée. On pouvait écarter le cardinal Cavalchini sans faire tant d'éclat. Pour lui, il parut insensible à un traitement si dur et si peu mérité. Le cardinal Passionei eut dix-huit voix, quoique, dit un écrivain que nous allons bientôt nommer, son humeur capricieuse le fit peu désirer. Plusieurs autres furent mis successivement sur les rangs. Le cardinal Spinelli avait des partisans; mais s'altendant à être exclus par l'Espagne, il porta le cardinal Rezzonico. Celui-ci eut dix-huit voix le 5 juillet; et à V accession, il s'en trouva tout à coup trente et une en sa faveur. Ce choix d'un cardinal vénitien surprit, dans un moment de rupture déclarée entre la cour de Rome et la république de Venise. La réputation du nouveau Pape expliquait celte préférence.

Charles Rezzonico, né à Venise en 1693, auditeur de rote, cardinal en 1737, et évoque de Padoue en 1743, était digne, par ses vertus, du haut rang où il venait d'être élevé. Les écrivains les moins amis des Papes lui ont rendu ce témoignage. L'abbé Clément, qu'un certain parti avait envoyé alors à Rome pour y influencer l'élection, et qui se donna en effet beaucoup de mouvement

pour y faire un choix utile à sa cause, l'abbé Clément, peu

louangeur en général, loue cependant Clément XIII. « À

» Padoue, dit-il, Rezzonico n'était appelé que saint. Gé-

» lait un homme exemplaire, qui, avec l'immense revenu

» de son diocèse et de son patrimoine, était toujours réduit,

» par ses aumônes, à se trouver sansargent, donnant jusqu'à

» son linge... Lorsqu'on lui fit la proposition de le nom-

» mer, il témoigna la plus grande opposition, refusa pcn-

» dant quelque temps, et enfin se rendit... Il n'avait d'au-

» Ire dépendance de la société, que des rapports avec quel-

» ques ecclésiastiques estimés pour la régularité de 1( urcon-

» duileet leurzèle pour les fonctions du ministère(l). » Le

même écrivain dit encore : « Lorsqu'on lui fit la première

» ouverture de son exaltation, la surprise et le saisisse-

» ment accablèrent aussitôt le bon cardinal. Refus, oppo-

» sîtion , fièvre, cris capables de déceler le plan qu'on

» se proposait. On ne put le calmer qu'en lui disant d'a-

» bord que ce n'était après tout qu'une proposition dont

» on pouvait se désister ; selon lui, l'Eglise était perdue si

» elle se trouvait confiée en des mains si peu capables

» de la gouverner. Et que dirait tout l'univers d'un pareil

» choix? Tout ce bruit pensa faire échouer 1 entreprise. »

Le nouveau Pape reçut ainsi dès le commencement des

éloges unanimes (2). 11 sera bon de se rappeler ccsjuge-

()) Journal d'un forage, et Correspondances en Italie cl en Espagne, j>:ir Clément. Paris, 1802; 3 volumes.

(2) Le gazelier même, on l'auteur «les Nouvelles ecclésiastiques, en parlant <le la circulaire que Clément XIII adressa aux évêques pour leur faire part de son exaltation, disait que « ce bon Pape y parlait de l'abondance » d'un cœur vraiment pénétré.» « Les lions citoyens, dit le comte d'Alhon, » (Discours sur l'Histoire, t. Il, p. 235), ne peuvent, sans une tendre émo • » tion, prononcer le nom de Clément XIII. C'était vraiment le pire du » peuple; il n'avait rien de plus à cœur que de le rendre heureux, il y tra- » v ail la i t avec zèle. » Enfin, Lalandc lui-même, dons son Voyage d'Italie, ajoute à ces éloges. « Clément XIII, «dit ce philosophe, « a des mœurs irré- » prochaines, une piété édifiante, une douceur inaltérable. Les maux de l'E- » glise ne lui arrachent que des larmes. J'ai admire son zèle, sa vigilance, sa » modération en parlant de ceux mêmes qui méritent le moins ses menage- » ments. » C'est ainsi que des hommes, qui n'étaient pas accusés de flatter les Tapes, jugeaient Clément XIII.

ments, lorsque nous verrons ce Pontife en butte à tant de contradictions.

L'élection de Clément XIII causa particulièrement à Venise une joie extraordinaire. C'était depuis Alexandre VIII, le premier Pape né dans les Etats de Venise. On fit dans cette ville de grandes réjouissances. Une procession solennelle eut lieu , en actions de grâces, sur la place Saint-Marc. Tout le clergé, les confréries , les écoles , y assistèrent, ainsi que les Conseils et la noblesse. Le frère et le neveu du nouveau Pape furent créés chevaliers et inscrits au Livre d'or: le premier fut nommé procurateur de Saint-Marc. Ces démonstrations de joie étaient d'autant plus remarquables, que, depuis quelques années, il existait des différends entre le Saint-Siège et la république. La cause en était un décret du 7 septembre 1754, rendu à Venise et adressé aux gouverneurs des provinces. Ce décret en sept articles roulait sur les concessions d'indulgences, sur les dispenses pour mariages, sur celles accordées à des religieux pour l'adoucissement des règles, etc. Il était dit qu'elles ne pourraient être mises à exécution, si elles n'étaient précédées de certificats d'évêques, et si elles n'avaient été communiquées au gouvernement. On engageait les évêques à n'être pas trop faciles à donner des certificats, et à ne pas admettre des rescrilsde Rome pour des choses qu'ils pouvaient accorder par leur droit d'ordinaires ou par privilège. Ce décret avait excité des réclamations de la part de Benoît XIV, et ce Pontife en avait demandé instamment la révocation. Ne l'ayant point obtenue, il n'avait point nommé de cardinal vénitien dans la promotion des Couronnes, du 5 avril 1756. Le Sénat s'en étant plaint, le Pape avait répondu que, depuis dixhuit mois, il sollicitait une mesure juste, qui lui avait été refusée. Il renouvela depuis ses instances ; des princes voisins intervinrent auprès de la république, et elle consentit à une suspension du décret pendant quatre mois. Benoît XIV mourut avant la fin des négociations. Clément XIII les reprit aussitôt après son exaltation. Il fit

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part de ses désirs à l'ambassadeur de Venise à Rome. Il écrivit à Venise dans des termes pleins de bienveillance et d'attachement, demandant la révocation du décret de 17.54 et appuyant sa demande des motifs les plus pressants. Le sénat accorda une nouvelle suspension. Le Pape l'en remercia par un bref affectueux et sollicita une révocation définitive. On était alors à Venise dans des dispositions très-favorables. Trois jours après la réception du bref, le Sénat relira le décret du 7 septembre 1754, et écrivit aux gouverneurs des provinces de le regarder comme non avenu (1). Clément XIII fut sensible a celle heureuse conclusion du différend. Il l'annonça aux cardi-

naux , dans le consistoire du 2 octobre 17 58; et en témoignage de satisfaction., il créa cardinal un Vénitien, Anloine-Marin Priuli, évèque de ^ icence(2).

— Le 1er octobre. Ouverture d'une Assemblée extraordinaire du clergé de France. Elle avait été convoquée pour donner des secours à l'État pendant une guerre malheureuse. Elle remplit les désirs du prince, en offrant un don de seize millions.

Le 13 octobre, l'assemblée arrêta six principaux objets de ses remontrances : le Roi exprima le désir que rien ne transpirât au dehors ; mais qu'on lui représentât séparément sur chaque arrêté un mémoire court et précis; et il y répondit également par écrit (3).

Le premier objet des demandes du clergé était le rappel de l'archevêque de Paris et celui des autres évêques exilés. L'assemblée faisait l'éloge le plus complet de l'archevêque de Paris, de ce prélat si recommandable par

(1) On trouve celle correspondance dans la Continuation de l'Histoire de l'Eglise, de Béiaiilt-Beleastel, parBordoni, t. XXI, page 394 et suivantes. Mais l'auteur ne donne point de dates, suivant son usage.

(2) Bordoni n'a point indiqué cette promotion qui incitait le sceau à l'accommodement. Le recueil anglais d'Hippisley, qui cite le décret de 1754, page 173, n'a garde de faire mention de la révocation.

(3)11 avait été question, dans les Assemblées de provinces, du jugement de M. de Montazet dans l'affaire des Hospitalières, et l'on croyait que l'Assemblée générale de 1753 s'en occuperait ; niais le ministère fit en sorte que cet objet ne fût pas traité.

son zèle, par la pureté de ses mœurs et par V assemblage de toutes les vertus ; cpii ri avait jamais eu en vue que de soutenir l autorité de l Eglise en faisant respecter ses décisions. « Toute réalise de France, disent en terminant » les évèques, a les yeux fixés sur la démarche que nous » faisons en ce jour- elle attend de Votre Majesté qu'elle » voudra rendre à la Capitale un pasteur, le père et la res- » source des pauvres, au clergé un de ses membres les plus » distingués ,à l'épiscopat un de ses principaux ornements. » Nous nous flattons que Votre Majesté voudra bien ae- » corder en même temps leretourdes autres évèques, qui » se trouvent éloignés de leurs diocèses. » (l).

On demandait également le rappel des prêtres exilés ou décrétés. « De tous les événements qui nous affligent, il » n'y en a point qui touche plus sensiblement les évèques » que les traitements rigoureux qu'éprouvent depuis plu- » sieurs années un nombre considérable d'ecclésiastiques » du second ordre. Ces prêtres , également recommanda- » blés par la sainteté de leur caractère et la régularité de » leur conduite, sont associés à notre sacerdoce : ils parla- » geaienl avec nous les travaux du saint ministère: main » tenant errants de province en province, nous les voyons » déchus de leur état, chassés de leurs places, dépouillés » de leur bien, privés de leurs fonctions, n'ayant d'autres » ressources que la charité des fidèles, les regrets de leurt

» peuples et le témoignage de leur conscience Nous

» voudrions cacher à Votre Majesté, et pouvoir nous dissi- » muler, à nous-mêmes, le triste spectacle qu'offrent à » nos yeux plusieurs provinces, où des églises sans culte, » des paroisses sans pasteurs, des peuples sans instruction, » ne laissant entrevoir que 1 a perspective affligeante des » maux que nous ne pouvons guérir. »

L'assemblée faisait dans un mémoire spécial., des représentations sur la Déclaration de 175G, et montrait combien

(l) Procès-verbaux des assemblées générales du clci g<- , t. Vllï, première partie, ;hiv piccesjustificalive»,

cile était peu propre à protéger l'Eglise contre les atteintes portées par la magistrature à sa juridiction. Nous avons présenté ailleurs les principales raisons sur lesquelles étaient appuyées ces réclamations (l).

Elle suppliait le Roi d'appuyer de son autorité l'exécution du bref de Benoît XIV, sur le refus des sacrements. C'était, disait-elle, son vœu le plus unanime ,• elle rappelait au prince que c'était lui-même qui s'était chargé, et d'adresser au Pape la consultation des évoques de l'assemblée de 1755, et de leur transmettre la réponse du Pape , en les exhortant à s'y conformer : elle faisait briller cette espérance que, si ce point importai! tétait obtenu, rien ne pourrait pi us troubler l harmonie entre le sacerdoce et l'empire.

La situation de la Faculté de théologie était l'objet d'un autre mémoire. On y rappelait les coups si peu mérités qui avaient frappé ce corps, et les inconvénients immenses du silence qui lui était imposé , silence , dont celte antique école ne pouvait ni connaître, ni apprécier retendue. « Il n'y a point de vérité, quelque précieuse qu'elle » soit, que les magistrats ne puissent bannir de l'ensei- » gnement des écoles, sous levain prétexte d'atteintes in- « directes, données à un silence, dont ils se rendent les » arbitres (2). Déjà les points les mieux discutés et les mieux » approfondis excitent leurs censures-, n'osant se promettre » de la détruire, ils espèrent ensevelir dans l'oubli tout ce » que Votre Majesté a fait depuis son avènement à la cou- )> ronne pour assurer aux décisions de l'Eglise la soumis- » sion qui leur est due... Rendez donc, Sire, nous vous en » conjurons, à la Faculté, la liberté dont elle a toujours » joui par sa propre constitution, et dont elle n'a jamais » abusé. Ne permettez pas que les jeunes ecclésiastiques, » sans maîtres, sans guides, se livrent plus longtemps à >> une oisiveté dangereuse, ou à des études arbitraires, sou- » vent plus dangereuses que l'oisiveté elle-même. Ordon- » nez que le calme si nécessaire à l'étude de la religion

(]) Voyez les remarques sur la Déclaration de 1736, plus haut, p. 239. (î) Voyez plus haut, page 311.

» leur soit rendu ; qu'ils puissent sans être distraits, con- » sulter dans la retraite ces monuments antiques, que » leur présente la Faculté, et puiser dans ces sources res- » pectables, la science propre à combattre l'irréligion, » l'impiété et l'erreur. Joignez à cette faveur celle de m rappeler ses membres exilés ou exclus, etc... »

Enfin l'assemblée de 1758 réclamait aussi contre le nombre toujours croissant de mauvais livres, et présentait avec énergie les tristes ravages qu'ils portaient dans toutes les provinces du royaume.

[[Les réponses du Roi à des demandes si équitables et si justes sont généralement bienveillantes, mais vagues et en rapport avec la ligne de conduite adoptée depuis quelques années par le Gouvernement (1). Il annonçait qu'il avait pris des mesures pour procurer le retour de l'archevêque de Paris-, et qu'il en attendait le succès avec une impatience proportionnée à son respect pour la religion , et à sa bienveillance pour le clergé. Ce ne fut toutefois qu'au mois de septembre de l'année suivante que le prélat eut la permission de revenir à Paris. Il disait qu'il était aussi peiné que le Clergé lui-même de la situation des ecclésiastiques bannis à l'occasion des derniers troubles; et il promettait d'employer les moyens les plus propres à procurer leur rétablissement. Les difficultés de formes, qui dans l'ancien droit français s'opposaient au rétablissement de ceux qui avaient été judiciairement condamnés , firent longtemps différer l'effet de cette promesse. Il ajoutait qu'il attendait de la sagesse des évêques qu'ils préviendraient toute démarche indiscrète qui pourrait donner lieu à de nouveaux troubles.

Au sujet de la Déclaration de 17f)6, le Roi donnait quelques explications qui avaient pour but de rassurer le Clergé, et lui faire connaître ses véritables intentions (2),

11) Procés-verlaux des assemblées du cierge, tome VIII, aux pièces justificatives.

(2) « J'entends, » disait le Roi, « que la huile Unigcnihis soit toujours » respectée et observée comme une loi de l'Eglise et de l'Etat, Je punirai

mais qui étaient bien affaiblies paries réponses précédemment données au Parlement , réponses revêtues d'une publicité refuséeaux actes du Clergé. Relativement à l'Encyclique de Benoît XIV, le Roi reconnaissait que l'avant lui-même adressée aux évèques, il leur en av-it recommandé V exécution , et déclarait qu'il ne changerait pas de dispositions à cet égard; « Je suis, disait-il , dans la ferme » persuasion que les dispositions de ce bref, qui ont le plus » de rapports à la pratique, peuvent beaucoup contribuer » au bien de l'Eglise et de l'Etat. » Mais il ajoutait que quant au désir exprimé par l'assemblée de voir celle réponse du père commun des fidèles , revêtue de l'autorité nécessaire pour devenir une loi du royaume, il pouvait y avoir des difficultés, à raison des formes; cependant il donnait l'assurance qu'on obtiendrait de lui tout ce quil serait possible et utile d'accorder.

Quoique ces paroles ne fussent pas entièrement satisfaisantes, il semble que depuis cette époque, les questions sur les refus de sacrements devinrent moins fréquentes, ou perdirent de leur aigreur. Le Parlement de Paris, en particulier, s'en occupa beaucoup moins. Le Clergé, ayant une règle plus uniforme, évita plus aisément ce qui pouvait servira l'animosilé des partis. C'est pour cela qu'en distinguant ailleurs les diverses époques du jansénisme, nous avons marqué le temps où nous sommes arrivés, comme

» ceux qui oseraient y contrevenir. Le zèle avait quelquefois été (rop loin sur » celle matière; l'esprit de désobéissance s'en était prévalu . L'un et l'antre » avaient donné occasion à des disputes également dangereuses pour la rcii- » gion et pour l'Etat. Jamais mon intention n'a été de prononcer sur des » matières purement spirituelles, ni de restreindre la .juridiction ci l'cnsci- » gneinent des Pasteurs. J'ai cru entrer dans les besoins de J'Egïisc, et ne pas » m'eloigncr de son langage, soit en interdisant des qualificfji. ris qu'elle n'a » point autorisées, soit eu prescrivant pour quelque temps nu silei.ee aussi » nécessaire à l'affermissement de la soumission qu'à celui de la paix. C'est a en laveur des ecclésiastiques que j'ai déclaré certains cas ou ils ne pou- » vaient être poursuivis pour raison de refus de. sacrements'. S'il v en a d'au- » très, je n'ai pas prétendu les exclure, me réservant de protéger ceux qui » ne s'écarteraient pas des règles. Je n'ai pas déclaré que tous les relus de sa- » crements, même criminellement poursuivis, fussent des cas pi ivilt- • gies, etc., etc. x

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la fin de la seconde époque du jansénisme Quesnellisle(l). Le Roi déclarait qu'il approuvait le zèle de la Faculté pour la constitution Unigenitus ; quesort enseignementnétail généralement point de la doctrine, et qu'elle était autorisée à n'admettre à ses degrés que des sujets soumis. C'était pour son bien qu'il avait éloigné des docteurs dont le zèle trop vif aurait nui au rétablissement de la paix : il promettait de les rétablir dans leurs fonctions quand il serait instruit qu'ils étaient unis à leurs confrères pour affermir la paix.

Ces promesses ne furent pas stériles. Les évéques de l'assemblée eurent des conférences avec les principaux docleurs d'une part, et de l'autre avec le chancelier et les principaux ministres. La Faculté se prêta aux désirs de la Cour relativement a la reprise des exercices de la licence. On lui reconnut le droit de défendre les sainesdoctrines. Les docteurs eurent bien soin de consigner nettement ce point dans les délibérations qu'ils firent à eette occasion, et d'y marquer expressément cette pleine liberté : omnimodam libertatem (2). Quoique ce mot causât quelque ombrage à la Cour, on consentit h leur rendre les docteurs exclus ou exilés; et pendant quelque temps les choses se passèrent plus pacifiquement.

Enfin, sur l'article des mauvais livres, le Roi déclarait qu'il avait ordonné qu'on usât d'un plus grand discernement dans le choix des censeurs, et qu'on avertît ces derniers d'être moins indulgents dans les approbations; qu'il avait aussi défendu de laisser entrer dans le royaume aucun livre qui ne fût autorisé ; il promettait de plus de prendre des mesures propres à arrêter le cours de tant de libelles. C'est vraisemblablement à celte disposition du Roi qu'il faut rapporter les poursuites sévères contre les mauvais livres, dont il sera parlé sous Tannée prochaine.

Les ministres, qui, à cette époque, avaient le plus d'in-

(1) Voyez, sur les époques du Qucsnellisme, le tome I, page 340.

(2) Délibération du 1«' décembre 1758. Nouvelles ecelésiast. pour 1759, page 1).

fluence sur la direction des affaires ecclésiastiques, paraissent avoir été le comte de Saint-Florentin, et le cardinal de Bernis, qui dirigeait les affaires étrangères. Ce prélat venait de recevoir la pourpre du nouveau Pape. On n'ignore pas que Mme de Pompadour avait été la protectrice d'un jeune abbé, qui avait d'abord débuté par des poésies bien légères(l). Cependant il faut reconnaître qu'il ne tarda pas à s'avancer par les services réels qu'il rendit dans beaucoup d'affaires délicates, et par une habileté incontestable. Il paraît en particulier que, lorsqu'il avait été chargé de l'ambassade de Venise, il avait servi très-utilement les vues de Benoît XIV, qui était alors en différend avec la république. Nous avons vu plus haut qu'il avait agi comme médiateur pour terminer l'affaire du Parlement de Paris. C'était lui également qui intervenait entre le Roi et les prélats de l'Assemblée (2). Très peu de temps après, les mauvais succès d'une guerre malheureuse le portèrent à quitter le ministère. Il fut disgracié et exilé dans une dépendance de son abbaye de Saint- Médard de Soissons 5 mais, vers 1765, il fut promu d'abord à l'évéché d'Alby, et il devint plus tard le représentant de la France à Rome. Nous aurons occasion de parler des négociations délicates qu'il fut chargé de suivre. Les évèques de l'Assemblée de 1758, avant de se séparer, écrivirent au Pape, pour presser les procédures tendant à la béatification de la sœur Agnès de Jésus, religieuse dominicaine du couvent de Lanzac : « C'est, di- » sent-ils, ce que demandent avec nous les diocèses du » Puy et de Saint-Flour, dont l'un l'a vu naître, et l'autre » l'a consacrée à Jésus-Christ -, et qui, tous deux, conser- » vent fidèlement le souvenir du parfum très-suave de » ses vertus et des signes aussi éclatants que nombreux

(\) [ V abbé fli' Remis chercha plus tard a réparer ce tort par un poëine en dix chants, intitulé lu Religion vengée, où l'on ne peut méconnaître un véritable talent , mais qui est resté beaucoup au-dessous de la réputation du poème de Louis Racine. ]

(2) Procès-verbaux des assemblées, tome VIII, page 651.

ANNEE 17o8.; 381

» de sa protection. Que cette nouvelle étoile vienne s'a- » jouter à tant d'autres astres brillants, par lesquels POr- » dre de saint Dominique jette dans l'Eglise une si vive » lumière. Que ce nouveau titre dont l'Eglise gallicane » vous sera redevable vienne réchauffer la piété qui se m refroidit, hélas! de jour en jour ; etc (l) »]]

— Le 22 novembre. Maudemekt de M. de Beaumont,

ARCHEVÊQUE DE PARIS, CONTRE LE LIVRE INTITULÉ de V Esprit.

Il y a longtemps qu'on a dit que ce livre aurait pu être intitulé, avec plus de raison , de la Matière, tant on y rapportait tout au matérialisme le plus grossier. L'auteur était le médecin Helvétius, un des philosophes les plus connus de celte époque. Le précis de ses erreurs fera connaître les funestes principes qui envahissaient la société, et se produisaient au grand jour. L'envie de combattre la religion avait pu seule lui inspirer un système si faux, si favorable à la perversité (2).

On peut partager les propositions les plus répréhensiblesdu livre d'Helvétius en quatre classes, de l'âme, de la morale, de la religion et du gouvernement. C'est la division que la Faculté de théologie adopta depuis dans sa censure.

Sur le premier chef , l'auteur commençait par poser, dès les premières pages de son livre, le principe le plus absurde. Nous avons en nous, disait-il, deux facultés, ou} si f ose le dire, deux puissances passives , la sensibilité

(1) Procès-verbaux , (ome VIIF, pièces justificatives, page 247.

(2) Grimm, qui, dans sa Correspondance, représente Helvétius comme livré à un extrême dérèglement de mœurs , explique ainsi ce qui le porta à composer son livre : « L'amour de la réputation, » dit-il, « le surprit inopinément au milieu de sa vie tumultueuse. 11 se fit tour à tour géomèirc, » poëte et métaphysicien. Ses essais dans le deux premiers genres n'ayant pas » été heureux, il lit le livre de l'Esprit, qui ne lui procura pas la haute con- » sidération dont il s'était (lai té. 11 n'avait cherché qu'à s'écarter des routes » battues. 11 tomba dans des paradoxes qui ne donnèrent pas aux philosophes » une idée merveilleuse de la justesse et de la profondeur de son esprit.» Correspondance littéraire, philosophique et critique adressée à un souverain d'Allemagne, par Grimm, IIe partie, de 1770 à 1782, t. II.

« Il a débité, dit-il ailleurs, une morale mauvaise et fausse en cllc- » même. La philosophie aura de grands reproches à lui faire.

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physique et la mémoire, qui sont les causes productrices de nos idées (l). Tout se réduisait, même en dernière analyse, à la sensibilité physique ; car la mémoire n'est, suivant l'auteur, qu'une sensation continuée. Le reste répond à ce début. Helvélius n'assignait entre nous et les animaux d'autre différence qu'une certaine organisation extérieure (2); la sensibilité physique nous étant commune avec eux. Il mettait en doute si la faculté de sentir ne convenait pas à tous les corps (3), quoiqu'on ne l'eût encore reconnue que dans les animaux. 11 regardait les dogmes de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme comme des opinions problématiques, que les anciens n'adoptaient pas, qui avaient pris naissance à Rome du temps des premiers empereurs, qui y avaient même produit, des effets fâcheux. Il niait la libellé humaine, et comparait notre déterminalion à l'action des deux poids d'une balance. On voit qu'il était impossible de prêcher plus hautement le matérialisme.

Les excès de l'auteur sur la morale étaient plus graves encore, s'il est possible, ou plutôt étaient une conséquence de ceux dont nous venons de parler. Helvéfius prétendait « cpie la morale était à son enfance, que les fa- » natiques cl les demi-politiques s'opposaient h son déve- » loppement, et qu'il fallait faire une morale comme une » physique expérimentale , afin que celte science vainc » devînt utile à l'univers. » Selon lui, « la douleur et le » plaisir (-1) sont les seuls moteurs de l'univers moral, et » l'intérêt personnel (5) e^t la seule base d'une morale » utile -, la probité n'est que l'habitude des actions utiles à » la sociélé, et la probité d'un particulier n'est presque (6) » d'aucune utilité au public. » Il se moquait de ces mo-

(1) Dèl'Esprit, pages 1 et 2.

(2)76 ici., pages 2 et 3.

(3)Jfc/rf., page 32.

(4) Ibul., page 366.

(5) Hmt., page 232, et en. une foule d'autres endroits.

(6) De l'Esprit, page 81.

ralislcs déclamaleurs qui recommandent la modération des désirs. « Recommander a un homme de ne pas être » ambitieux, » disait il, «c'est comme si un médecin disait » à son malade : Monsieur, n'ayez pas la fièvre (l). » Il soulenait que « c'est à l'imprudence et à la folie que le » ciel attache la conservation des empires (2) et la durée » du monde, que la prudence est le plus funeste des dons » que le ciel peut verser sur une nation, » et que l'homme est l'esclave de la nécessité et du fatalisme. Il appelait la pudeur une invention de V amour et de la volupté raffinée. il faisait l'apologie de la corruption, représentait les femmes vicieuses comme fort utiles au public (S), et faisant un meilleur usage de leurs richesses que la femme pieuse; et il avançait que le libertinage n'aurait rien de dangereux si tous les enfants étaient déclarés enfants de l'État (4) j que les liens de parenté tendent à étouffer V amour de la patrie ; que les suicides méritent presque autant le nom de. sages que de courageux (5), etc. Exposer ces étranges maximes, c'est les réfuter.

Sur la religion, Helvétius n'avait pas osé parler si clairement cpie sur les deux premiers chefs. Content d avoir exposé des principes qui renversaient de fond en comble l'édifice de la religion, il se bornait presque toujours sur cet article à des traits un peu couverts, à des allusions, à des attaques indirectes. La différence de religion n'est, à son avis, qu'une différence d'opinion. « Un philosophe s'é- » levant au-dessus de la terre, » dit- il, « peut briser tous » les liens des préjugés, examiner d'un œil tranquille la » contrariété des opinions des hommes, passer sans élon- » noment du sérail à la Chartreuse (G). » Et ailleurs: « L'espoir ou la crainte des peines ou des plaisirs tempo-

(1) De l'Esprit, page 571.

(2) Il Ut., page 583.

(3) /&«/., page 1«8.

(4) Ibid., page 147.

{h) Ibid., page 450.

(6) Ibid., page 130.

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» rels sont aussi efficaces que les peines et les plaisirs éter- » nels. » Et ailleurs : « Rien de plus sage au fondateur de » l'empire des Incas que de s'annoncer d'abord aux Pé- » ruviens comme le fils du soleil, et de leur persuader » qu'il leur apportait les lois que lui avait dictées le dieu » son père. Ce mensonge était utile et vertueux. » L'auteur ne veut point qu'on édifie la morale « sur la )> religion même vraie, mais sur des principes dont il » soit moins facile d'abuser , tel que l'intérêt person- » nel. »

Quant au gouvernement , il prétend que le gouvernement monarchique réprime les élans du génie et force a taire de grandes vérités. 11 parle souvent de tyrannie, de despotisme, et voile sous des allusions ce qu'il n'ose dire ouvertement.

Tel était ce livre hardi, où l'auteur n'avait pas craint de mettre son nom. Celte seule circonstance indiquait les progrès d'une école nouvelle, qui ne rougissait plus de ses travers, et qui avouait ses vues profondes. En établissant le matérialisme et le fatalisme, en anéantissant la morale, elle marchait directement à son but. Aussi elle prona le livre de Y Esprit, et mit tout son zèle à le répandre. Il eut à peine paru que tous ceux qui aimaient la religion en furent affligés et indignés. On se récria contre un système qui ramenait tout à la sensibilité physique, et qui ne voyant dans les vertus que Y intérêt, dessèche l'àme, et en flétrit les affections les plus louables. On se plaignit que des opinions si monstrueuses fussent étalées avec tant de hardiesse, que l'auteur eût osé les avouer, et qu'il se fût trouvé un censeur assez dupe ou assez complice pour les approuver. Sur les réclamations qui s'élevaient de toutes parts, un arrêt du Conseil supprima l'ou-

vrape.

Le 22 novembre, M. de Beaumont donna, pour le proscrire, un Mandement daté du lieu de son exil en Périgord. Il en caractérisait bien les vices, et s'efforçait de prémunir les fidèles contre la séduction de cette fausse philosophie

qui cherchait à pervertir les esprits et les cœurs : « Nous » vous conjurons, disait-il, de jeter vos regards sur la » face de l'Eglise, et de remarquer les efforts que fait » l'esprit d'irréligion pour y éteindre la connaissance et » l'amour de Jésus-Christ. De toutes parts, les livres, les » discours, les exemples, tendent à établir l'empire de » l'incrédulité. Cette capitale que vous habitez, ou que » vous fréquentez, est devenue comme le centre des » opinions perverses, des maximes anti-chrétiennes, des » sophismes impies, des entreprises manifestes contre l'E- » vangile. C'est là que règne cette fière et profane phi- )> losophie, dont nous vous avons dévoilé quelques traits. >: Elle s'insinue en mille manières différentes 5 elle ré- » pand son poison dans des livres de morale, dans les » recherches sur la nature , dans les systèmes de poli- » tique, dans les brochures d'amusement, dans les rela- » tions de voyage, dans les pièces de théâtre, etc. Elle in- » fecte les sociétés publiques et particulières, la jeunesse » et 1 âge mûr, l'opulence et la médiocrité, les professions » graves, et les arts d'agrément. De là, comme d'une » source aussi abondante que pernicieuse, sortent des ruis- » seaux empestés, qui se distribuent dans les villes de se- » cond ordre, qui pénètrent jusque dans les bourgades, » qui portent la contagion partout. » Triste peinture que ne justifient que trop les monuments de l'époque! Plusieurs évêques s'élevèrent aussi contre ce nouvel excès, et Clément XIII condamna ce même livre, par des lettres apostoliques du 31 janvier 1759, comme tendant à renverser la religion chrétienne et à étouffer même la loi et l'honnêteté naturelle.

La Faculté de théologie de Paris avait arrêté de l'examiner. Le 9 avril de l'année suivante, elle en termina la censure, qui est assez étendue, et où elle qualifie convenablement les sophismes et les impiétés d'Helvétius; elle s'y plaint amèrement des attaques continuelles de la philosophie, et elle prouve, par les citations les plus exactes, que c'est dans Hobbes, Spinosa, d'Argens, LaMeltrie, Ma-

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chiavcl, etc., que l'auteur du livre de l'Esprit a pris une grande partie de ses erreurs.

Cependant tant de coups portés à cette production pernicieuse avaient effrayé Helvétius. Accoutumé dans Paris à une vie commode, jouissant d'une grande fortune, il eut l'air d'abandonner son système, et donna dans le temps deux rétractations : la première, fort longue, fort délayée et fort insuffisante ; la seconde, plus courte, plus précise, mais qui laissait encore à désirer, Du reste, il ne changea pas de sentiments, et laissa à sa mort, en 1771, un ouvrage imprimé sous ce titre, de V Homme. Ce sont à peu près les mêmes principes que dans son premier ouvrapv. Voltaire convenait que ce n'était guère que du fatras (1), et que si la hardiesse y piquait quelquefois la curiosité, le livre était en général ennuyeux. Il ne faisait pas beaucoup plus de cas de l'Esprit, qu'il regardait comme très-médiocre. « On peut reprocher à l'auteur, » disait-il, » que l'ouvrage ne répond point au titre -, que des cha- » pitres sur le despotisme sont étrangers au sujet ; qu'on » prouve avec emphase quelquefois des vérités rebattues, » et que ce qui est neuf n'est pas toujours vrai -, que c'est » outrager l'humanité de mettre sur la même ligne lor- » gueil, l'ambition, l'avarice et l'amitié 5 qu'il y a beau- » coup de citations fausses, trop de contes puérils, un mé- » lange de style poétique et boursouflé avec le langage » de la philosophie; peu d'ordre, beaucoup de confusion, » une affectation révoltante de louer de mauvais ouvrages, » un air de décision plus révoltant encore, » etc., etc. (2).

(1) Correspondance avec d'Alembert, lettre du I6juin 1773, t. LX1X des OEuvres de Voltaire, in-S°, p. 193. Voltaire s'exprime encore plus fortement dans une lettre du }er septembre 1773, à Saint-Lambert. Il y dit que le livre posthume d'Hehétius n'a pas le sens commun.

(2) Voltaire ne dissimula pas à Helvétius lui-même ee qu'il pensait de l'Esprit. Voyez la lettre du 13 août 1764, dans la Correspondance générale, 0(1 il lui repruclie quelques propositions immorales, et le blâme d'avoir pris pour guide l'auteur de la Fable des Abeilles. (Correspondance général?, tome LXl des OEuvres de Foliaire, p. 118; lettre du 7 février 1759, a Tbiriol.)

Nous ne paraîtrons sans doute pas trop sévères en adoptant ce jugement de Voltaire sur le livre d'Helvélius, jugement qui se confirme, ce semble, de plus en plus depuis qu'on a vu les tristes résultats de ces doctrines qui ont répandu tant de nuages sur les fondements les plus nécessaires de toute morale.

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