‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècleChapitre 7 sur 14 · ART. I. — AUTEURS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

ART. I. — AUTEURS CATHOLIQUES

24 février. — Constantin Roncaglu, de la Congrégation delà Mère de Dieu, élait né à Lueques et y mourut. Il donna une édition de Y Histoire Ecclésiastique de l ancien et du nouveau Testament, de Noël Alexandre, avec des remarques, édition augmentée depuis par Manzi, et formellement autorisée par un décret de l'Index; — Théologie Morale, Lueques, 1750, 2 vol. in-fol. ;— Effets de la prétendue réforme de Luther, de Calvin et du Jansénisme; — Histoire des Variations des églises protestantes, — et la Famille Chrétienne instruite de ses obligations.

M avril. — Pierre Hecquet, médecin célèbre, né à Abbeville en 1661, se retira, en 1727, chez les Carmélites du faubourg Saint- Jacques. Il est auteur de la Médecine théologique ; d'un Traité des dispenses du Carême, ouvrage sévère et lourd dans les formes, mais utile sous plusieurs rapports; — de Lettres sur le miracle du faubourg Saint-Antoine ; — du Naturalisme des convulsions, et de quelques autres écrits contre celte œuvre. Le témoignage d'Hecquet a d'autant plus de poids, qu'il était fort attaché au parti qui a produit ces extravagances.

2 mai. — Servais Hoffremmont, curé de Grâce dans le diocèse de Liège, était un ecclésiastique laborieux, mais infecté des erreurs qu'il avait puisées à l'Université de Louvain, et très-attadié au p:irli de l'Appel. Le prince Joseph-Clément de Bavière, évèque de Liège, ayant voulu l'aire recevoir la bulle Unigenilus, Hoffremmont se rendit à Vienne, pour soumettre celle affaire au Conseil Auliqne ; et il

en obiint un rescrit, adressé au prince évêque sous la date du 9 seplembre 172J, portant défense d'inquiéter personne pour refus de soumission à la bulle Unigcnitus. Non-seulement l'évêque refusa d'exécuter ce rescrit, mais il en obtint formellement la révocation. Hoffremmont prit alors le parti de se retirer en Hollande, auprès du prétendu archevêque Barchman. Un de ses frères, qui avait auparavant été maître des novices à Orval, était à la tête de ces religieux fugitifs qui allèrent s'établir à Bhinwich , près d'Utrechl: (voyez t. II, p. 162) : il alla passer ses dernières années dans cet asile ; outre plusieurs écrits contre la Constitution Unigcnitus, il avait publié en 1720 un Traité de la faillibilité du Pape, 2 vol. iu-12; et il a laissé plusieurs manuscrits qui sont restés dans l'oubli.

o mai. — Louis de Targny, docteur de Sorbonne, abbé de Saint— Lô, garde de la Bibliothèque du Roi, était né à Noyon. Le cardinal de Rolian se servit plus d'une fois de ses lumières. De Targny rédigea par son ordre les mémoires sur l'édition desconciles du P. Uardouin, dont Thory avait parle, !. II, p, 10i, et quelques autres écrits, entre autres deux mémoires contre les jansénistes, cités dans Moréri, à l'article Pelitpied, qui écrivit contre. Ce sont les mêmes qui furent publics en 1 720 sur les projeis des jansénistes, d'après une lettre interceptée de Tbierri de Viaiteux à Petitpied. Il y en a sept en tout. Ils sont curieux. Targny coopéra avec Tournely aux démarches de la Sorbonne, pour la rétractation de l'appel, en 1729.

4 mai. — Marien Armellixi, bénédictin du Mont-Cassin, né à Ancône, se distingua dans la prédication >, et mourut abbé iie Koligno. Ses ouvrages sont : Bibliothèque des Bénédictins du Mont-Cassin, ou Notices sur la vie et 1rs ouvrages des religicxix de cet ordre, in-folio, en latin; Catalogues d'hommes illustres de cet ordre, au-si en latin et in-folio; Vie de la bienheureuse Marguerite Corradi.

•17. mai. — Claude Buffif.r , né en Pologne en 1 761 de parents français, fut élevé à Bouen, et y entra cirez les jésuites : pendant qu'il était appliqué à renseignement de la théo'ogic, vers 1697, il fit paraître une brochure à l'occasion des sujets de conférences que l'archevêque Colberl proposait à ses curés. La brochure fut condamnée parmi mandement, et Bullier fut obligé de quitter le diocèse; il fut appelé quelque temps après à Paris, pour travailler aux Mémoires de Trévoux; et il publia un grand nombre d'écrits, qui annoncent un écrivain habile, élégant, plein d'esprit et d'instruction,

[[Le principal ouvrage de Buflier est un Cours général et particulier des Sciences sur des principes nouveaux et simples, pour former le langage, le cœur et l'esprit, un vol. in-fol., 1752. On a réimprimé, il y a quelques années, une partie importante de ce recueil ; le Traité des premières véiités et de la source de nos jugements, un vol. in-8°.

Bufliery développa des idées abstraites avec grande clarté: il y établit la force de ce sens moral, par lequel les hommes les plus simples admettent sans raisonnement les premiers principes de la morale. On a prétendu y trouver des rapports avec un système célèbre sur les bases de la certitude; celle assertion a paru à d'autres peu fondée. Une autre partie, le Traité de la Société civile, et du moyen de se rendre heureux , en contribuant au bonheur despersonnes avec qui ion vit, a éprouvé quelques critiques, comme renfermant quelques maximes peu conformes à la sainteté chrétienne. Voyez l'article Buffter , dans la Biographie universelle.]} L'auteur publia des Eclaircissements sur les difficultés proposées sur divers traités du Cours des sciences, un vol. in- 12, 1752; une Exposition des Vérités les plus sensibles de la religion ; la Pratique de la mémoire artificielle , pour apprendre et retenir l'Histoire, la Chronologie et la Géographie; à Paris, de 1701 à 1715, 4 vol. in-'lâ. (Cet abrégé composé en vers techniques a été longtemps en usage dans les maisons d'éducation, ei il a éié souvent réimprimé avec des additions diverses); — une Introduction éi i Histoire desrnûïsons souveraines d'Europe, 5 vol. in-12; — im Abrégé de l'Histoire d'Espagne, du jésuite Mariana; — une Vie du comte Louis de Sales, frère âe saint François, 1 vol. in-12 , 1708; — Vie de l'abbé du Val Richer , 1606; — Vie de l'Ermite de Compiègncjlol. On doit aussi au P. Buflier divers traités de piété, comme Véritable esprit du saint emploi des Fêtes solennelles , 1712; Exercice de Piété, souvent réimprimé, etc. ; et une traduction de la Pratique des devoirs des curés, par Segneri.

26 juillet. — Henri-Pons de Tbiard, cardinal de Bissy, évêque de Toul, puis de Meaux, naquit en 1657. Il îefusa, en 1097, l'archevêché de Bordeaux, et fut promu au cardinalat en 1715. Il état instruit et zélé. Il prit beaucoup départ aux affaires de l'Eglise de son temps, et fut employé dans les négociations pour accommoder les différends. Nous avons parlé de plusieurs de ses écrits et instructions pastorales sur ces querelles. Il n'e^t point l'auteur du Traité théologique sur la Constitution Unigenilus , comme il l'annonce lui-même. Ce traité est du P. Germon, jésuite, et le cardinal ne fit que l'adopter pour son diocèse. On ne doit point juger de lui pa/ ce qu'en disent Dorsaime, et après lui Vil efore et Duclos. Le système constant des premiers est qu'on n'a ni honneur ni religion quand on se déclaie contre le jansénisme, et le dernier trouvait un plaisir singulier à immoler les évoques à sa causticité. Le cardinal de Bissy était régulier. Ses ouvrages et mandements onl été recueillis en 5 vol. in-4°.

g a0lK% Antoine Asselme, abbé de Saint-Scvcr, naquit en Gascogne en 1652. Il fut prédicateur et homme de lettres. Ses .Sermons, Panégyriques et Oraisons funèbres, en 7 vol. n'ont pas soutenu !a réputation qu'ils avaient eue lors du débit.

5 octobre. — Jean-Claude Sommier, archevêque de Césarée inpartibus infidelium , grand-prévôt de Saint-Dié, était né en Franche- Comté, et fut d'abord curé de Champs. 11 était instruit. On lui doit une Histoire dogmatique de la religion, en 6 vol. ; et une du saint Siège, en 7 vol. Il mourut âgé de 76 ans, au milieu des disputes qu'il avait avec l'évêque de Ton!, sur les droits de son église de Saint-Dié, pour lesquels il avait écrit.

3 novembre. — Antoine-Marie Lupi , jésuite et antiquaire célèbre, naquit à Florence en 1693 et se rendit habile dans la théologie, l'histoire et les antiquités ecclésiastiques et profanes. Il résida successivement à Vienne , à Rome et à Païenne où il mourut âgé seulement de 42 ans. Il était aussi aimé pour la douceur de son caractère qu'estimé pour ses talens et son érudition. On a de lui des dissertations sur des objets d'antiquité, deux discours sur l'année précise de la naissance de Jésus-Christ, notice sur saint Innocent, auteur et martyr, des thèses historiques sur la vie de Constantin le Grand. Zaccaria a publié quelques écrits postérieurs de ce savant jésuite que la mort arrêta au milieu de sa carrière et qui aurait sans doute publié un plus grand nombre d'ouvrages.

26 novembre. — Joseph-François Bourgoin de Villefore, littérateur, né à Paris en 1652, est auteur de la Vie de saint Bernard] des Vies des pères des déserts d'Orient et d'Occident; de la Vie de sainte Thérèse; de traductions de quelques traités de saint Augustin, et de la Vie de la duchesse de Longueville. Ces ouvrages ne sont pas mal écrits. Villefore rédigea les Anecdotes ou Mémoires secrets sur la constitution Unigenitus, où il chercha à mettre en corps d'histoire le Journal de Dorsanne. C'est un ouvrage fatigant par l'esprit de parti qui y règne, et plus encore peut-être par la prolixité des détails et par les minuties sur lesquelles se traîne l'auteur.

31 janvier. — Jean Croiset, Jésuite, né à Marseille, fut long-temps recteur du noviciat d'Avignon. C'était un homme pieux et zélé. Il est auteur d'une Année chrétienne, sous le litre d'Exercices de piété, en dix-huit volumes; d'une Retraite; de Vies des saints ; en deux volumes; de Réflexions chrétiennes; de Méditations, et d'autres livres de piété, assez goûtés des personnes pieuses, malgré leur diffusion. Il ne faut pas le confondre avec Thomas Crozct, Récollcl, proies à Marseille en 1650, prédicateur, qui séjourna longtemps à Madrid, et mourut à Avignon vers 1720. Celui-ci est auteur de quelques livres de morale, espagnols et français, et d'une Défense de Marie d'Agrcda contre la Sorbonne.

5 mars. — Corneille Nari, prêtre catholique et curé à Dublin, était né en Irlande en 1660. Il fit ses éludes à Paris, fut précepteur du comte d'An tri m, puis exerça le ministère. C'était un ecclésiastique estimable par sa conduite, son zèle, sa piété et ses talens. Il publia des é«rils de piété et de controverse, entr'autres, Etal de la controverse entre les catholiques et les protestants; — Lettre à V archevêque protestant de Tuam; — des Prières et méditations ; un nouveau Testament en anglais; — Règles et pieuses instructions. Il traduisit les Œuvres de Papin, protestant converti par Bossuet, et répondit à une brochure intitulée : Conférence entre M. Clayton et M. Nari.

12 mars. — Jacques-Hyacinthe Serry, religieux Dominicain, docteur en théologie à Paris, et professeur de celte science à Padoue, naquit à Toulon en 1639. En 1700, il donna, sous le nom d'Augustin le Blanc, une Histoire des congrégations de auxiliis, qui fut imprimée, dit-on, par les soins de Quesnel, ei qui fut vivement attaquée par les Jésuites, lesquels se plaignirent de la partialité de l'auteur. Serry eut une aulie dispute à l'occasion delà Véritable tradition de V Eglise sur la prédestination et la grâce, de Launoy, et il écrivit pour réfuter cet ouvrage. En 1706, il écrivit pour la défense de l'école de saint Thomas contre le P. Daniel. Son traité De roma.no Ponlifice a été mis à l'index par un décret du 14 juillet 175". Sa Theologia supplex a pour but de demander des explications de la bulle Unigenitus. Elle fut mise à l'index par décret du 14 janvier 1757. On a de lui divers autres écrits de théologie et de critique. Serry mourut à Padoue avec la réputation d'un zélé thomiste.

16 mars. — Jean-Gérard Kerkherdère, érudit et critique, né à Fauquemont vers 1678, étudia à Louvain, et y devint professeur de belles-lettres et d'histoire. Ses ouvrages sont savants et tous en latin. Ce sont le Système de l'Apocalypse, essai d'un ouvrage plus considérable qu'il donna ensuite pour concilier les prophéties de Daniel et de saint Jean;— un autre Essai sur les principales difficultés de l'ancien Testament; — De la situation du Paradis terrestre; — Essai sur le Céphas qui a été repris, et d'autres dissertations pleines d'érudition, sur des matières d'histoire el d'antiquités ecclésiastiques.

8 avril. — Charles-Joaehim Colbert de Croissy, évêque de Montpellier, était né à Paris en 1668, du marquis de Croissy, frère du minisire Colbert. Il fut conclaviste du cardinal de Furstemberg dans le conclave pour l'élection d'Alexandre VIII. En 1097, il devint évêque de Montpellier. Le commencement de son épiscopat fut tranquille; el le nouveau prélat ne paraissait pas se séparer alors de ses collègues. Ce ne fut que lors de la bulle Unigenitus qu'il s'avisa de montrer cette opposition ardente et inflexible qui a rendu son nom cher aux appelants, et dont les Mémoires ont offert tant de preuves, à

ÎJ94 LISTE CHRONOLOGIQUE

pûttir surtout de l'an 1717. On le vit, pendant vingt ans, aeeumu'er des écrits tons pins vils les uns que les anlies, mandements; lettres au Pape, au Roi, aux évèqucs, écrits de tontes les formes. Il paraît qu'il était dominé entièrement par deux ou trois jansénistes: Ou lui

avait donné pour théologien un abbé Gaultier, dont i! sera p.irlé ciaprès sous 1755, et on croit que plusieurs des écrits, publiés sons le nom de l'évèque, étaient de ce Gaultier. Colbert avait encore auprès de lui un prêtre , nommé Croz , dont les JSoucellcs ecclésiastiques l'ont un grand éloge. La même gazette nous apprend qu'il avait un agent à Paris, Léonard Di!be, mort le 10 juin 1701), qui ne s'était laissé ordonner prêtre par lui qu'à condition de ne jamais dire la messe. Avec de tels conseillers, l'évèque de Montpellier ne garda plus de mesures, et fatigua toutes les auloriiés de ses écrits. La chose alla si loin, qu'un airèl du conseil du Uoi,du2i seplembie '172-4, saisit les revenus de son évècbé, et déclara ses autres bénéfices vacans et impétrables L'assemblée du clergé de 1725demand i la t nue du concile de Narbonnc , et elle l'aurait sans doute obtenue sans les sollicitations d'une famille accréditée. Celte année même , l'évèque avait écrit deux lettres violentes conire le décret qu'il avait pris en aversion. Son crédit, déclina un peu à l'époque des convulsion-, où il avait voulu faire un discernement qui n'était pas du goût des plus fanatiques.

L'évèque de Montpellier était de plus abbé de Froidmont et prieur de Longueville; l'austérité de ses principes n'allait pas apparemment jusqu'à lui interdire la pluralité des bénéfices. Un appelant disait de lui, dans un écrit publié en 1727 : M. de Montpellier est d'un caractère à ne reculer sur rien. La fermeté dégénère en entêtement quand on u pris un mauvais parti. Le, prélat sacrifiera l'intérêt de la ré}i!é. le bien de VEglise. sa propre gloire, plutôt que de revenir sur ses premières démarches. Il paraît que celle opiniâtreté formait le caractère du prélat. Il ë*st bon de prévenir, au stirp'tos, que dans les Écrits de ses partisans, il ei-t désigné souvent sous le nom du grand Colbert; exagération ridicule quand elle s'applique à un évémie qui très-probablement ne lit qu'adopter la plupart de.- éciits publiés sous son nom.

On a publié les OEuvres de Colbert en trois gros volumes in-4o. On trouve à la tête une espèce de vie, ou plutôt de panégyrique de ce prélat. Nous ne donnons point la liste de ses écrits. Elle serait longue, fastidieuse et inutile;

21 m'ai. — François Bnuvs, né dans le Maçonnais en 1708, quitta la France, embrassa le calvinisme en Hollande; et revint ensuite dans sa patrie, où il lit abjuration. 11 est auteur d'une Histoire des Papes, en cinq volumes in-4°, où il ne faut pas Chercher d'impartialité. Dans ses dernières années, il témoigna souvent et publiquement son regret d'avoir fait un tel ouvrage. Le 12 juillet 1731, on

condamn.i, en Hollande, un volume de sa Critique désintéressée des ouvrages lit 1er air es , pour quelques propositions favorables au mensonge officieux. Il avait adopté à cet égard l'opinion du ministre Saurin.

31 mai. — Jean-Baptiste Cotta , religieux Augustin; né à Ternie en 1608, se rendit célèbre par ses talents pour la poésie. Il prêcha aussi avec beaucoup de succès dans les grandes villes d'Italie, et devint vicaire général de son ordre. Il mourut dans sa pairie où il était retourné en 1735. Ses écrits sont un recueil des définitions de son ordre, — la Vie du B. André des Artesi, •— celle du B. Antoine Tormini, et des poésies pieuses où l'on dit qu'il excellait.

8 juillet. — Jean-Pierre Niceron, Bamabite, né à P.u-is en 4685, est connu par ses Mémoires pour servir à Vlïisioire des hommes illustres dans la république des lettres, en Ai volumes : ils sont estimés sous le rapport de l'exactitude et de i'inlerêt. On lui doit aussi une traduction de l'ouvrage anglais intitulé : la Conversion de l'Angleterre au christianisme comparée avec sa prétendue réformation. Niceron connaissait bien l'histoire littéraire.

— Viani, Servite, né à Saluces vers 1600, tut confesseur de

SI. oc Mezzabarbà, qu'il accomplira dans sa légation. Quelques-uns lui attribuent la Relation de ce voyage publiée en 1739; d'autres disent qu'elle est du P. Fàbri, secrétaire du légat. Depuis son retour, Viani exerça différentes charges dans son ordre. Il publia, à Modène, des Prolégomènes sur la théologie, où il y a beaucoup de recherches. 11 fut prieur de Saint-Marcel, à Borne, et il paraît qu'il y mourut. On l'ait l'éloge do ses connaissances et de ses talents.

Vers ce temps. — Jean-Baptiste Vincens, prieur claustral de Saint- Martin-des-Champs, ei supérieur généial de la congrégation réformée de Gluny, naquit à Arles. Il prêcha et professa la théologie. Il est auteur de quelques dise tirs et mémoires , particulièrement en faveur de sou ordre, conire les prétentions du cardinal de Bouillon, abbe de Cluny, et a laissé, en manuscrit, des Notions sur la Bible ; des Sermons; des Panégyriques ; des Conférences idéologiques et morales, etc. C'était un homme sage et un bon religieux.

G mars. — Jean-Frédéric Schànnat, prêtre et historien allemand, naquit à Luxembourg en 1683, et mourut à Heidelberg. 11 composa plusieurs oiivrages sur l'histoire de l'abbaye de Fulde, écrivit aussi celle de l'église de Worms , et lit beaucoup de recherches, particulièrement sur l'histoire ecclésiastique d'Allemagne. C'était un éru dit

et un critique estimable qui voyagea en Italie, où il fut lié avec les cardinaux Alb.mi, Quirini et Passionei.

22 avril. — François Louvard, Bénédictin de Saint-Maur, né vers 1061, au diocèse du Mans, fut employé, avec la Croze, à l'édition des Œuvres de saint Grégoire de Nazianze, et abandonna ensuite celte entreprise. Il eut l'honneur d'être le premier opposant de son corps contre la bulle, et il établit dans un écrit exprès que la recevoir était une apostasie. Depuis ce temps il composa sur cet objet une foule de petites brochures, toutes plus violentes les unes que les autres, lettres, requêtes, protestations, dénonciations. Sa fougue et l'intempérance de son zèle lui attirèrent plusieurs exils et emprisonnements, qui ne firent qu'échauffer cette tête ardente ; il s'enfuit en Hollande, et mourut à Schoonaw, près Utrecht.

16 mai. — René-Joseph de Tournemine, Jésuite, né à Rennes en 1GG1, travailla longtemps au journal de Trévoux, et fut bibliothécaire de la maison professe de Paris. Il était à la fois théologien, philosophe, antiquaire, littérateur et critique. Ses principaux écrits, du moins parmi ceux qui entrent dans notre plan, sont : Réflexions sur l'athéisme; Eclaircissement sur la prophétie de Jacob, Non auferelur sceptrum de Juda; — de la Liberté de penser sur la religion; — Lettres sur la dernière Pâque; — Lettre sur l'immortalité de l'urne et les sources de l'incrédulité, et beaucoup de dissertations et de mémoires sur différents sujets. Il donna une édition de Menochius, et y joignit onze dissertations. Il engagea, dit-on, fortement le P. Hardouin à abandonner son système, ou du moins à ne pas le publier, et lui déclara qu'en ce cas il le combattrait de toutes ses forces. C'est pour cela qu'il rédigea les douze impossibilités du système du P. Hardouin, proposées en 1702 ; elles sont restées manuscrites. On trouve dans les Œuvres de Voltaire, trois lettres de lui à ce Jésuite, dans lesquelles il lui propose ses doutes sur des points importants avec une modération, dont il eût été à souhaiter qu'il ne se fût jamais départi. Le P. de Tournemine était avec le P. Chamillart, de l'espèce d'académie qui se tenait à Paris dans la bibliothèque du cardinal de Rohan, et sur laquelle on peut voir la Bibliothèque historique de la France, nouvelle édition, tom. Ier, n° 852. Moréri loue lui-même beaucoup ce savant Jésuite , qui cependant se déclara contre les jansénistes, soit dans ses sermons, soit dans plusieurs écrits sur ces disputes.

20 juin. — Edmond Martenne, Bénédictin de Saint-Maur, né au diocèse de Langres en 1054, se distingua par ses savantes recherches et son amour pour l'étude. En 1708, il commença un voyage dans les différentes provinces de France pour y faire les recherches nécessaires à l'achèvement du Gallia chrisliana. Il finit ce voyage en 1713, avec D, Ursin Durand, et en publia les fruits dans son Thésaurus novus anecdolorum. En 1710, ils firent un autre voyage en Allemagne,

et donnèrent aussi la collection des pièces qu'ils avaient découvertes. Ces deux voyages ont élé imprimés sous le litre de Voyages littéraires, 1717 et 172i. Marlenne donna de plus un Commentaire sur la règle de saint Benoit ; — des Anciens rits des Moines; — des Anciens rits ecclésiastiques touchant les Sacrements, ces trois écrits en latin: delà Discipline de l'Eglise dans la célébration des offices; — Vie de D. Claude Martin. Mais le plus célèbre de ses ouvrages est le Vêlerum scriptorum amplissima collectio, 9 vol. in-folio, dans lequel il a fait entrer un grand nombre de pièces inédites avant lui.

15 août. — Louis-Anaslase Glichard, religieux pénitent du tiers ordre de saint François, sous le nom de P. Anastase, naquit à Sens, et mourut au couvent de Picpus à Paris. Il a laissé une Histoire du socinianisme, 1723; — une Histoire de Sens., et un Traité historique et canonique sur les livres défendus. Ces deux derniers sont restés manuscrits.

i9 août. — Alvarez Cienfuegos, cardinal," évèque de Cataneenl720, puis archevêque de Montréal, ministre plénipotentiaire de l'Empereur à Rome, naquit en 1657 à Aguerra, en Espagne. Il entra chez les Jésuites, et fut professeur de théologie. L'empereur Charles VI lui confia plusieurs affaires importantes, et le présenta pour le chapeau. Cienfuegos eut de la peine à être nommé, à cause de l' JËnigma theologicum inmyskrio SS. Trinilatis, imprimé à Vienne en 1717, et qui fut déféré au siège. Mais cet ouvrage, où il s'écartait de la méthode ordinaire des théologiens, ne fut pas condamné. On a encore de lui Vila abscondila sub speciebus cucharisticis ; — la Vie du P. Jean Niclo, et celle de saint François de Borgia. Voyez quelques autres détails dans les Mémoires, t. il, p. 93.

2 septembre. — Charles-Louis Hugo, évèque de Ptolémaïde inpartibus, abbé d'Etival, était né en Lorraine, et entra chez les Chanoines-prémonlrés. Il se livra à l'élude, et publia successivement divers ouvrages. Il eut de longues disputes avec l'évêque de Ton! sur la juridiction, et le clergé de France y intervint. En 1G9G, le chapitre général de son ordre censura dix propositions extraites de ses cahiers de théologie. Il est auteur de la Vie de saint Norbert; des Monuments historiques et dogmatiques de l'antiquité, en latin ; de Y Histoire de Moïse ; d'une réfutation du système de Faydit sur laTrinité, etc. Ce prélat était vif et ardent. Son Traité historique de la maison de Lorraine fut condamné par arrêt du parlement de Paris, du 17 décembre 1712.

5 octobre. — Charles de la Rie, Rénédiclin de Saint- Maur, né à Corhie en 1684; il avait entrepris un grand ouvrage des antiquités ecclésiastiques, et donna les ticux premiers volumes de la savante et belle édition des OEuvrcs d'Origènc, qui fut achevée par D. Vincent

303 LISTE CHRONOLOClyUE

de la Rue, son neveu, aussi Bénédictin. Celui-ci mourut en 1762, après avoir publié l'ancienne version latine de la Dible, appelée Italique.

28 octobre. — Giiles Vauge, Oratorien, né en Bretagne, professa la théologie, à Grenoble, sous le cardinal Le Camus et sous Montmartin, son successeur. Il mourut à Lyon. Il est auteur du Catéchisme de Grenoble, — du Directeur des âmes -pénitentes; — d'un Traité de l'espérance chrétienne, — et de deux dialogues sur les disputes de l'Et;lise à celle époque.

50 novembre. — François Vivant, docteur de Sorbonne, curé de Sainl-Leu, à Paris, puis chanoine de la métropole et grand vicaire du diocèse, né en 1688, eut beaucoup de part au Missel publié par le cardinal de NoaiHes en 1727. On lui doit un Traité contre la pluralité des bénéfices, — et un autre contre la Validité des ordinations anglicanes, de Le Courrayer.

Son frère, Jean Vivant, étêquede Paroset suffragant de Strasbourg, y était mort le 16 février 1759.

iZ janvier. — Jean Mallemans, chanoine de Sainte-Opportune à Paris, était ne à Beaune en 1649. Il n'embrassa l'état ecclésiaslique qu'après avoir clé militaire et marié. Il a laissé plusieurs ouvrages, parmi lesquels nous ne citerons que son Histoire de la religion depuis le commencement du monde jusqu'à Jovien ; — des Pensées sur le sens littéral des dix-huit premiers versets de l'Evangile de saint Jean, et diverses di>sertations sur des passages difficiles de l'Ecriture sainte. Cet écrivain avait de l'érudition, mais il était vif et singulier.

7 mai. — François Catrou, Jésuite, né à Paris en I0o9, commença par la prédication, travailla ensuite au journal de Trévoux, et donna, en 1706, {'Histoire du fanatisme dans la religion protestante, qui fut augmentée depuis de Vllistoirc du Daridisme et de celle des Quakers. 11 avait de la réputation comme littérateur.

27 juin. — Jean-Baptiste du Sollikr, Jésuite, né près Court ray en 1609, fut associé aux Jésuites d'Anvers pour la continuation des Actasanelorum, et eut même quelque temps la direction de l'entreprise. Il publia les mois de juin, juillet et août; uu Traité des patriarches d'Alexandrie, et quelques autres écrits.

2V> juillet. — Laurent Blonoel, simple clerc tonsuré, instruit dans la bibliographie et la liturgie, et très-affectionné pour Port-Royal, était né à Paris en 1672. 11 a fourni des matériaux aux nombieux

compositeur» d'histoires et de mémoires sur Port-Royal. Ou a de lui, fies des saints, 1722,1 vol. in-folio; Pensées évangéliques ; Pratiques et Prières. Il coopéra aux Lettres théologiques de Le Gros contre l'usure, et demeura quelque temps en Hollande : il fut mis aux arrêts.

11 ne Tu i pas le confondre avec Pierre-Jacques Blondel, mort le 50 août 173'), à cinquante-six ans, et dont on a les Vérités de la religion enseignées par principes, 1705, in-12.

27 octobre. — Chai les du Plessis d'Argentré, évêque de Tulle depuis 1723, était né en Bretagne en 1675. Il fut docteur de Sorbonne en 1700, puis aumônier du Roi. Il donnait à l'élude tout le temps que lui laissaient les fondons de l'épiscopat qu'il remplissait avec assiduité. (1 s'appliqua surtout à l'histoire ecclésiastique et à la théologie, et composa, dans ce genre, des ouvrages pleins de recherches. Le plus connu et le plus utile est la Collection des jugements sur les nouvelles erreurs proscrites dans l'Eglise depuis le commencement du xue siècle jusqu'en 1725, en latin, Paris, 1728, 5 vol. in-folio; — Lettre et instruction pas/orale sur la juridiction qui appartient à l'Eglisc,en 1 731 ; — Éléments de théologie ; — Explication des sacrements, en 3 vol.; — Mandement sur la dévotion au sacré cœur; sermons; Méthode d'oraison; — Notes sur le traité de l'analyse de la foi divine, de Holden, elles se trouvent à la fin de cet ouvrage, et elles ont de l'impôt tance ; Apologie de l'amour qui nous fait désirer véritablement de posséder Dieu seul par le motif de trouver notre bonheur dans ses connaissances, 1699. Tous ces ouvrages et quelques autres encore forment plus de vingt volumes. M. d'Argentré était aussi pieux et zélé qu'instruit et lahorieux, et on ne peut que louer son zèle pour une rigoureuse exactitude en théologie. A sa mort, il travaillait à une théologie tirée des livres saints.

10 décembre. — Pierre Fromage, Jésuite, né à Laon en 1678, fut missionnaire dans le Levant. Il avait étahli une imprimerie dans le monastère de Saint-Jean-Baptislc, près d'Ant tura, village de l'Anli- Liban, et il y a publié un assez grand nombre d'ouvrages en arabe ; ce sont, jour la plupart, des traductions d'ouvrages de piété connus en Europe. Le P. Fromigc assista au concile des Maronites en 1756.

23 décembre. — Jean Soanen, évoque de Sénez, né àRiom en 1647, entra dans l'Oratoire, et eut d'assez brillants succès dans la prédication. Il fut nommé à l'évèché de Sénez en 1605, et fut suspens au concile d'Embrun en 1727. On l'exila à l'abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne, où il demeura jusqu'à sa mort. Ce qui le concerne est raconté en détail dans le second volume des Mémoires. Dorsanne dit qu'en 1720, on gagna cet évèipi-, qui ordonna en peu de jours douze Hol'aii'lais sur les démissoires du chapitre d'Utrecht, cl sans Extra

tempora. Ce prélat avait des qualités; mais il fut la dupe d'intrigants qui abusèrent de son extrême facilité. Il eut le malheur d'applaudir aux miracles et aux convulsions dans des lettres imprimées. La plupart des écrits publiés sous son nom n'étaient pas de lui ; il est même douteux qu'il en ait composé. On n'est pas sûr qu'il soit auteur des Sermons imprimés, comme de lui, en 4767. Quant aux Lettres, Mandements cl Instructions pastorales qu'il donna sur les contestations d'alors, on en connaît les auteurs. Cadry eut beaucoup de part à Y Instruction pastorale de 172(5, qui provoqua principalement la tenue du concile d'Embrun. Boursier composa Y Instruction pastorale de 1728, sur f autorité de l'Eglise. Il fournit de plus à l'évêque, sa lettre au Roi en 1729, et d'autres écrits. La Lettre du 20 juin 1736, publiée sous le nom de Soanen, contre les erreurs avancées dans quelques nouveaux écrits, est du P. de Gennes. Ces nouveaux écrits étaient ceux de l'abbé Débonnaire, appelant, qui s'était associé avec Boidot, Mignot, de la Tour et autres appelants, pour combattre le figurisme et les convulsions. [Voyez Débonnaire, 1752.)

Soanen était visité, dans sa retraite, comme un confesseur de la foi. Un pèlerinage à la Chaise-Dieu était alors de rigueur. Il n'oubliait point de signer : Jean, éveque de Sénez, prisonnier de Jésus- Christ. Cependant sa réputation souffrit quelque atteinte lors des convulsions. Des appelants même le peignirent comme un vieillard de la faiblesse duquel on abusait pour lui faire adopter les visions du figurisme, et autoriser un fanatisme révoltant pour le bon sens, et déshonorant pour la religion] et il mourut sans pouvoir ramener la paix dans son troupeau divisé. Depuis le concile d'Embrun, son diocèse avait été successivement régi par trois grands vicaires, les abbés de Saléon, de la Motbe et de Vocance, qui achevèrent d'y établir le calmi1, malgré les efforts d'Elienne de la Porie, qui prit quelque temps le litre de grand vicaire de Sénez, publia des lettres et mandements, fut arrêté pour ses intrigues, relâché ensuite, et mena une vie errante et vagabonde.

On publia, en 1751, la Vie et les Lettres de M. Soanen, en 8 gros vol.in-12. On y trouve un abrégé des miracles opérés par son intercession ; on lui en a attribué une foule pendant sa vie et après sa mort. Les lettres contenues dans ce recueil sont au nombre de plus de seize cents. La plupart étaient de la façon de Jean- Joseph Pougnet, dit Bérard ou Bcaumont, que l'on avait donné au prélat pour secrétaire, et qui fut depuis un agent très-actif de l'église d'Ulrecht. Il y faisait tenir à l'évêque le langage d'un chef de parti. Ces lettres sont presque toutes en effet pour la gloire et les intérêts des appelants.

29 décembre. — Paul le Cleuc, Jésuite, né à Orléans en 1657, est auteur de la Vie d'Ubaldin ; de Y Abrégé de la vie de saint François Réyis; de Réflexions sur les quatre fins dernières; des Vérités et

pratiques chrétiennes, et de quelques autres livres de piété. Il était pieux et zélé pour l'instruction des jeunes gens; il mourut à Paris.

Ver« ce temps, Joseph-Marie Perinsezzi, évèque d'Oppido, né en Calabre, est auteur de Dissertations choisies, historiques, dogmatiqiKS et scholastiques sur la science sacrée touchant Dieu (en latin), Naples, 1758, 8 vol. in-fol. ; du Dévot à saint François de Paule, et de la Vie de Jean Paslrizio.

2 février. — Guillaume Cuypers, Jésuite, savant critique, né à Anvers en 1686, fut un des coopérateurs des Acta sanctorum, travailla aux mois de juillet et d'août, et donna quelques dissertations estimées, entr'aulres un Traité historique des patriarches de Constantinople.

25 février. — François de Villeneuve de Vence, prêtre de l'Oratoire, mort à Vendôme, dans un âge avancé, avait traduit les six livres de saint Augustin contre Julien, (1756, deux vol.) et le Traité de la grâce, du même, 1758.

11 ne faut pas le confondre avec Henri-François de Vence, dont nous parlerons sous 1749.

29 ma i. — François Bretonneau, Jésuite, né à Tours en 1660, se distingua dans la carrière de la prédication. Ses sermons furent publiés, en 1745, par le P. Berruyer, en 7 vol. Le P. Brelonneau fut éditeur des Œuvres spirituelles du P. Valois; mais il rendit un service inestimable par les soins qu'il donna à l'édition des sermons de Giroust, de Cheminais, et surtout de Bourdaloue. On lui a appliqué ce qui avait été dit de saint Martin , qu'il était trium mortuorum suscitator miri ficus. Ses propres Sermons, sans s'élever à la réputation de ceux qu'il édita, sont encore un répertoire très-utile. On a encore de lui des Réflexions chrétiennes pour les jeunes gens qui entrent dans le monde, et un Abrégé de la vie de Jacques IL

12 septembre. — Dominique de Colonia, Jésuite, né à Aix en 1660, mourut à Lyon, avec la réputation d'un littérateur et d'un savant. Son principal ouvrage est la Iïeligion chrétienne autorisée par le témoignage des auteurs païens, imprimée à Lyon en 1718, en 2 volumes. Il y a beaucoup de recherches dans ce livre. C'est à peu près le même sujet qu'avait déjà traité le P. Pezron, et que Lardner, en Angleterre, et Bullet, en France, ont encore approfondi depuis. Colonia a fait de plus le Panégyrique de saint François-Régis , et la Bibliothèque des livres jansénistes. Cette dernière a été mi>e à l'index à Rome par un décret du 20 septembre 1749. L'auteur y prodiguait

402 LISTE CilRONOLOGlUL'E

le titre de jansénistes à des auteurs estimables, à des ouvrages exempts de celte tache et à des opinions non condamnées. On prit sa défense dans une lettre d'un docteur de Sorbonne à un de ses amis de Flandre, datée du 21 novembre 1749. Cet écrit, qui n'était rien moins que modéré, fut mis à l'index le 6 mai 1750 et 26 novembre !75i; ce qui attira des remerciements du docteur de Sorbonne au P. Iiicchini, secrétaire de l'index, de ce quen proscrivant la lettre, il Va continuée. Ce nouveau pamphlet qui était en latin et qui parut en Italie, fut proscrit par des déciels du 4 novembre 1741 et 2 mars 1742. Ces productions font peu d'honneur à la docilité et à la modération de leurs auteurs.

20 novembre. — Mclehior de Pougnac, cardinal, archevêque d'Auch, naquit au Puy en 1661. Il prit le bonnet de docteur en 1683, et fut chargé de plusieurs négociations à Rome lors de raccommodement avec Alexandre VIII. Depms il fut ambassadeur en Pologne et en Hollande, et fut créé cardinal en 1712. En 17^,>, le Roi le nomma archevêque d'Auch, et minisire de France à Rome, où il résida depuis 1721 jusqu'en 1732. Ce cardinal mourut à Paris. C'était un littérateur et un savant. On lui doit le beau poème de Y Anti- Lucrèce, publié, après sa mort, par l'abbé de Rolhelm, avec les notes de le Deau.

[[On ne peut se lasser d'y admirer avec quelle merveilleuse facilité l'auteur a appliqué une poésie toujours élégante en même temps que sévère aux questions les plus difficiles de la haute métaphysique. Seulement il est à regretter que l'auteur s'y montre exclusivement Cartésien, jusque dans des questions de pure physique. Il a été fait plusieurs traductions estimées de F Anti- Lucrèce. Celle en prose par Bougainville a eu de la réputation. La traduction, en vers fiançais, de l'abbé Rérardin de Bataurs. ancien principal de Louis-le-Grand, n'est pas aus-i connue : elle lutte en bien des endroits avec l'élégance de l'original.]]

17 décembre. — Thomas Bouges, religieux Augustin, né vers 1667, est auteur de la Philosophie augustinienne ; — Chronologie sacrée et profane; — Dissertation sur les soixante-dix semaines de Daniel; — Histoire ecclésiastique de Carcassonnc. Il était de la province de To'douse, et mourut à Paris.

21 décembre. — Bernard de Montfaucon , Bénédictin de Saint- Maur, né en Languedoc en 1635, est connu par son érudition. Il est auteur d'une nouvelle édition des OEuvrcs de saint Atlianase , en 1698; d'une autre des OEuvres de saint Jean Chrysostûmc , 15 vol. in-fol.

Celle édition, accompagnée de savanles préfaces de la vie des Sainis, de notes miles, est un des plus grands services que les Bénédictins aient rëftdus à la science sarréc, en 1718. Il publia aussi lès

Hexaples d'Origène, des recueils et des dissertations qui supposent beaucoup de lecture, de connaissances et de recherches.

1er mars. — Antoine-François Bellati, Jésuite, né à Ferrare en 1663, prêcha avec succès dans les principales villes d'Italie. Il se relira ensuite à Piaisance. On a publié à Ferrare, en 4 volumes, ses Sermons, Traités de morale, Exhortations, Lettres, Prières, avec sa Vie. Il était bon littérateur et bon écrivain.

13 avril. — Louis Lagrille, Jésuite, né à Autun en 1638, mort à Pont-à-Mousson, exerça diverses fondions importantfs dans son ordre. On lui doit entre autres ouvrages une Histoire d'Alsace, 3 vol. in -fol v qui est esùmée à cause de ses savantes recherches.

M avril. — Pierre Brumoy, Jé-uite, né à Rouen en 1668, travailla aux Mémoires de Trévoux, revit le onzième volume de YHistoirc de l'Eglise gallicane, el composa le douzième. Il est auteur de la Morale chrétienne, el de la première lettre de YExamen du poème de Racine fils sur la gréicc. Il fut obligé de sortir de Paris, en 1739, pour V Histoire de Tamerlan, du P. Margat , son confrère, de L'impression de laquelle il avait pris soin, el où le Récent élait forl maltraité. Le P. Brumoy était un littérateur habile. Son ouvrage sur le Schisme des Grecs a joui longtemps d'une grande célébrité, et il en élait digne.

14 mai. — Dominique-Marie Varlet, évêque de Babylone, né à Paris m 1678, prit le bonnet de docteur en Sorbonne en 1706, et travailla pendant six ans dans la Louisiane et dans le Canada comme missionnaire. A son retour, il fut nommé par le Pape évêque dWscalon elcoadjuieur de Babylone. Il fut sacré en cette qualité à Paris, le 19 février 1719, apprit le jour même la mort de Louis-Marie Pidou de Saint-Ohm, évêque de Babylone, et partit de Paris le 18 mars. Il prit sa roule par la Hollande, où il conlnicla des liaisons avec les opposants de ce pays. Arrivé a Sliamaké, en Perse, le 1" novembre, il y fui déclaré suspens par Févêque d'Ispahan, vicaire apostolique d.uis ces contrées. La cour de Rome avait appris de lui diverses choses qui la portèrent à ordonner celte mesure. L'évêque de Babylone revint en Hollande et s'y livra entièrement aux apppelanls., Varlet sacra successivement quatre archevêques d'Utrecht, malgré les brefs des Papes. Le 15 février 1723, il appela de la bulle et de la censure portée contre lui. On a de lui deux Apologies de sa conduite; une Lettre, du 23 octobre 1736, à Soanen, pour donner son assentiment à la Lettre de celui-ci, du 20 juin précédent, contre les erreurs avancées dans quelques nouveaux écrits; une Lettre du 12 mai 1736,

à Pévêque de Montpellier, en faveur des miracles du diacre Paris ; deux autres Lettres, à l'évêque de Sénez, et une sur V Histoire du concile de Trente, de Le Courraycr. Ces écrits ont tous été imprimés. Ses ouvrages posthumes , où il est principalement traité des miracles contre l'archevêque de Sens, furent mis à l'index le 1er février 1752. Varlel vint en France incognito, et logea à Régennes, chez M. de Caylus. H y pissa quelque temps caché , et retourna mourir en Hollande dans les bras de ses amis. Le marquis de Fénélon, ambassadeur en Hollande, et M. d'Acunha, ambassadeur de Portugal dans le même pays, s'efforcèrent, dans une conférence, de l'engager à abandonner le parti auquel il s'était livré. Ils ne purent réussir.

4 s septembre. — Vincent-Louis Gotti, cardinal, né à Bologne en 1664, fut d'abord religieux Dominicain, et inquisiteur à Milan, puis patriarche titulaire de Jérusalem, et cardinal en 1728. Il eut beaucoup de suffrages au conclave de 1740, et mourut à Rome avec la réputation d'un théologien savant et laborieux. Ses ouvrages roulent tous sur ces matières; ce sont : De vera Ckristi ecclesia, en 5 vol ; Theologiascholastico-dogmatica ; — Colloquia theologico-polemica ; — De eligenda inter christianos dissidentes sententia; plus un grand ouvrage en douze volumes, qui parut depuis 1735 jusqu'en 1740, pour prouver la vérité du christianisme contre les athées, les niahomélans, les païens et les juifs. On a sa Vie par le P. Ricchini.

22 septembre. — Pierre Benedetti, Jésuite, était né à Gusta, en Phénicie, en 1663, d'une famille maronite; son nom de famille était Ambarach. Il fut élevé à Rome dans le collège des Maronites, et s'y rendit habile dans l'étude des langues et de la théologie. De retour dans son pays, il fut ordonné prêtre par le patriarche des Maronites, et exerça le ministère ecclésiastique en Orient. Il alla ensuite à Rome pourlesaffaiiesdeson église , et on l'engagea à y rester pour s'y livrer plus aisément à son goût pour les sciences. Cosrae III le nomma professeur d'hébreu à Pise. Benedetti se lit Jésuite en 1707. Hélait lié avec tous les savants de ce temps-là, et particulièrement avec le cardinal Quiiïni. 11 donna les deux premiers volumes de l'édition de saint Ephrem, continuée et achevée par le savant Assemani; traduisit une partie du Ménologe des Grecs, et lit deux dissertations contre Khôl, le Brun et Renaudot. Voyez les Mémoires de Trévoux , juillet 17-io.

2o septembre. — Henri-Michel Guédier de Saint-Aubin, docteur et bibliothécaire deSorbonne, naquit à Gournai en 1695. Il avait étudié principalement les langues, la théologie et la morale. On lui doit YHistoire sainte des deux alliances, en 7 volumes, avec des dissertations ; des décisions de cas de conscience, et des traités de théologie qui sont restés manuscrits.

28 septembre— Jean-Baptiste Massillon. [[Nous avons déjà inséré

dans ce volume, sous l'année 1742 , l'abrégé d'une notice assez complète sur l'évêque de Clermont. Nous ne reviendrons pas sur les détails biographiques qui concernent cet illustre orateur, et nous ne donnerons ici qu'une courte appréciation de ses œuvres.

Nous avons de Massillon, un Avcnl , un grand Carême, un Petit Carême, des discours sur les Mystères, des Panégyriques et des Oraisons funèbres, des Conférences ecclésiastiques , des Mandements et discours synodaux, et des Paraphrases sur les Psaumes. C'est lace que contient l'édition complète de ses œuvres donnée en 14 vol. in-12 , en 1744 et 1745 par Joseph Massillon , son neveu, qui accompagna chaque discours d'une analyse généralement bien faite et utile pour diriger le lecteur

On a imprimé depuis en un vol. in-8°, Besançon 1823, un discours inédit sur les Mauvaises lectures et huit lettres adressées à différents personnages. Ces pièces se trouvent également dans une édition de Beaucé-Rusand , Paris. — Il existe encore un grand nombre de lettres de Massillon dans plusieurs bibliothèques particulières de la capitale. L'abbé d'Hesmivy d'Auribeau avait entrepris de les recueillir et de les donner au public, mais la collection qu'il avait promise n'a jamais paru, et il n'est même resté aucune trace durable de ses recherches à ce sujet. VAmi de la Religion, t. XXVII , p. 39, a publié une de ces lettres qui était adressée à M. Couturier, supérieur de Sainl- Suîpice; l'évêque de Clermont y donne des marques touchantes de son estime pour la respectable congrégation, à laquelle il avait confié son séminaire. « A l'égard de notre grand Séminaire, lui disait-il, il » n'y en a pas en France de mieux gouverné. Vous me demandez » d'avoir toujours la même amitié pour (vos confrères), c'est une » maison que j'aime, qui fait toute ma consolation, et à qui je dois » tout le bon ordre démon diocèse. »

On a dit que l'abbé Gougel conservait le manuscrit d'une Vie du Corrège, écrite par Massillon; quant aux Mémoires sur la minorité de Louis XV , publiés par Soularie, sous le nom de Massillon, ils sont indignes de ce grand évêque et ne sauraient lui être attribués.

Nous ne pouvons mieux faire connaître le mérite littéraire de Massillon, qu'en rapportant l'appréciation de Laharpe : « C'est dans ses ser- » nions, dit le célèbre critique, que Massillon est au-dessus de tout ce » qui l'a précédée! de tout ce qui l'a suivi, par le nombre, la variété et » l'excellence de ses productions. Un charme d'élocution continuel, une » harmonie enchanteresse, un choix de mots qui vont tous au cœur, ou » qui parlent à l'imagination; un assemblage de force et de douceur, de » dignité etde grâce, de sévérité et d'onction; une intarissable fécondité » de moyens, se fortifiant tous les uns par les autres; une surprenante » richesse de développement, un aride pénétrer dans les plus secrets » replis du cœur humain, de manière à l'étonner et à le confondre; » d'en détailler les faiblesses les plus communes de manière à en la- » jeunir la peinture; de l'effrayer et de le consoler tour à tour; de

kûd LISTE CHRONOLOGIQUE

» tonner dans les consciences et de les rassurer; de tempérer ce que » l'évangile a d'austère par tout ce que la pratique des vertus a de » plus attrayant; l'usage le plus heureux de récriture et des pères; un » pathétique entraînant et par-dessus tout un caractère de facilité qui » fait que lout semble valoir davantage, parce que tout semble avoir » peu coûté. C'est aces traits réunis que tous les juges éclairés ont » reconnu, dans Massillon, un homme du très-petit nombre de ceux » que la nature fit éloquents. C'est à ces litres que ceux mêmes qui » ne croyaient pas à sa doctrine, ont cru du moins à son talent, et » qu'il a été le Racine de la chaire , et le Cicéron de la France. » (Laharpe, Cours de littérature, t. Vil et XIV.)

Les sermons de VAvent et du grand Carême sont principalement ceux où l'on trouve les plus beaux exemples de ce pathétique qui faisait le principal mérite de Massillon. 11 suffit de nommer ses sermons, de la mort du pécheur et de la mort du juste, deux tableaux également parfaits quoique d'une expression si différente; de la vérité d'un avenir, de l'aumône, où il retrace avec des traits déchirants les misères publiques, du petit nombre des élus, dont la seconde partie produisit sur son auditoire une si terrible impression, qu'il ne put retenir des signes d'effroi. Nous n'examinerons pas ici ce que peut avoir de fondé le reproche qui a été adressé au célèbre orateur, d'avoir souvent une sorte d'exagération , soit dans la peinture qu'il fait des mœurs, soit surtout dans celle qu'il l'ait des jugements de Dieu ou des devoirs du chrétien. Nous croyons que pour bien apprécier des points aussi graves, il faut se former une idée juste du temps où parlait l'orateur, du sens dans lequel on devait naturellement prendre les paroles, des illusions qu'il avait à combattre ; en un mot de toutes ces circonstances qui font que ce qui convient dans un temps et un lieu, ne convient pas à un autre.

Le Petit Carême prêché devant Louis XV enfant, présente un caractère différent de celui des autres sermons de Massillon. L'orateur y traite des vices et des vertus de ceux qui doivent commander aux autres hommes. On a souvent présenté celte suite de discours où la dignité du ministère évangéique est heureusement tempérée par l'onction paternelle que permettait l'âge du jeune monarque, comme le chef- d'œuvre de Massillon. Nous reconnaissons, en elïet, que jamais son style n'a eu plus de douceur, plus de richesse et plus de grâce: nous ne connaissons même rien de plus beau comme éloquence, que l'exorde du sermon pour le jour de Pâques : Les Vains triomphes des conquérants n'étaient ]>Ihs qu'un vain spectacle, etc. Mais nous sommes loin d'admirer également le fond même de ces discours : il ne se compose en général que de deux ou trois pensées, présentées, il est vrai, avec cet art inimitable qui sait varier à l'infini les couleurs, mais qui ne supplée pas assez à une trop faible étendue. Mais si nous ne partageons pas l'enthousiasme des admirateurs du Petit Carême, noua n'approuvons nullement les reproches amer»

dont il a élé l'objet de la part de certains critiques. Nous ne saurions voir, ainsi que nous l'avons déjà observé, dans les sermons du Petit Carême, le germe, des idées philosophiques dont l'explosion signala si malheureusement la fin du dernier siècle.

Si Massilîon n'atteignit pas à la gloire de Bossue!, dans ses oraisons funèbres, s'il y eut même moins d'éclat que dans les discours de morale, on ne peut nier néanmoins qu'il n'y ait eu des succès, qui eussent suffi à la gloire de bien d'autres. Ce fut même par les oraisons funèbres de M. de Yillars , archevêque de Vienne, et de M. de Villeroy, archevêque de Lyon , qu'il commença à se faire connaître. Plus tard', il prononça celles du prince de Conti , en 1709; deux ans après, celle du grand Dauphin , cl enfin, en 1715, celle de Louis XIV; chacun sait l'impression que fil sur l'auditoire, cette première parole : Dieu seul est grand, mes frères. Depuis son épiscopal, Massilîon rendit aussi ce dernier hommage à Madame, duchesse d'Oiléans, qui lui avait souvent donné des preuves d'une estime et d'une confiance toute particulière.

Les Conférences que M;;ssillon faisait en qualité de directeur au séminaire de Sainl-Magloire, et celles que, dans le cours de son épiscopat , il adressait à ses curés dans le séminaire de Clermont , se distinguèrent par les mômes qualités que les plus achevés de ses discours.

Les dernières, en particulier, sont, au jugement des critiques les plus éclairés, le modè'e le plus achevé en ce genre. On y trouve à la lois la tendresse d'un père, la fermeté d'un évêque, la connaissance approfondie du cœur humain et de ses faiblesses.

Nous avons cité parmi les ouvrages de Massilîon la Paraphrase d'un certain nombre de psaumes. Le but qu'il se proposait était de fournir aux chrétiens des modèles de prières, puisées dans les livres saints, suivant les occasions et les situations différentes où ils peuvent se trouver. Le style de cet ouvrage varie avec la nature des sujets, il est tantôt majestueux et sublime, tantôt doux et tempéré, suivant que les images du texte .vacré sont elles-mêmes plus élevées ou plus simples. L'onction et la piété y sont toujours jointes à l'élégance : cl c'est ce qui peut en rendre la lecture très- utile à un grand nombre de personnes, surtout à celles qui sont dans l'affliction et l'épreuve.]]

8 novembre. — Claude-François Houteville , prêtie de l'Oratoire , puis secrétaire du cardinal Dubois, et abbé de Saint-Vincent de Bourg-sur-Mer, naquit à Paris vers 1088. Son ouvrage le plus connu est la Religion chrétienne "prouvée pur les faits, in-1", ll-l'-l, avec un Discours historique. Cet ouvrage fui critiqué pour le style , les raisonnements et le jugement. Houteville répondit à quelques difficultés, et prolita néanmoins des critiques pour la troisième édition, en 17*1, 5 vol. in-48. Les ÂtémottM éeTréWuœ lui firent de solides ob«

jeclions. L'abbé Houlcville est encore railleur d'un Essai philosophique sur la Providence, qui fui critiqué aussi, el d'un Eloge historique de Bossuct.

3 novembre. — Joseph-Antoine Bordoni, Jésuite, né à Turin en 1G82, résida quelque temps en Angleterre avec un ambassadeur de Sardaigne. Il établit parmi les Jésuites une congrégation de la bonne mort et publia des Discours sur l'exercice de labonne mort, en Z vol. in-4°.

— Marlin Pallu, Jésuite , né en 1661 , prêcha devant Louis XIV. Ses Sermons ont été publiés en 6 vol. par le P. Sé^aud ; quoique généralement un peu froids, ils possèdent un fond solide et une grande clarté, qui en rend la lecture très— utile. Il a donné aussi le Saint et fréquent usage des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie , et beaucoup d'autres livres de piété.

Fulgence Belelli, religieux Augustin , né au diocèse de Conza, dans le royaume de Naples, théologien, fut général de son ordre. Son Mens Augustini de statu créatures rationalis ante peccalum, 1713, fut dénoncé à Rome en 17 14, et ne fut point proscrit. Belelli donna en même temps : Mens Augustini de modo reparationis creaturœ post lapsum, adversus Baïanam et Janscnianam hœresim. Il y concilie la doctrine de la bulle Unigcniius avec celle de saint Augustin , ou pluiùl avec celle de l'école de théologie, connue sous le nom à'Augusiiniennc. L'année qui suivit sa morl, M. de Salins, archevêque d'Aix , publia conlre lui l'ouvrage intitulé : Baianismus et Jansenismus rcdiviuus. Il s'efforçait d'y montrer que, soit sous le rapport de l'état de pure nature , soit par rapport à la nature de la délectation victorieuse, Belelli se rapprochait des erreurs condamnées : le P. Berlin, autre Augustinien zélé, prit la défense de Belelli, et les ouvrages de l'un et de l'autre ont échappé à la censure.

— Hilaire Dumas, docteur de Soi bonne, n'est guère connu que par une Histoire des cinq propositions de Jansénius, qui parut en 1GU9, et par sa Défense, 1701. Le premier «le ces ouvrages est solide, sage et modéré. Ceux qui voulaient voir les Jésuites partout, l'ont attribué au P. If Tellier; mais il ne pourrait être de ce religieux dans leur opinion , puisqu'on n'y trouve rien de l'aigreur et de la véhémence qu'ils lui reprochent. Les faits y sont présentés sans passion , et les raisonnements en sont pressants. Nul ouvrage n'est plus impartial et plus décisif sur ces matières. L'abbé Dumas ne s'est point nommé dans F Histoire , mais son nom se trouve dans la Défense. Il est aussi regardé comme l'auteur de quatre lettres d'un docteur de Sorbonnc à un homme de qualité , louchant les hérésies du 17e siècle. Il ne faut point le confondre avec Pierre Dumas, Doctrinaire, qui ne prit pas lout-à-fait le même parti. Celui-ci écrivit en faveur du P. Cerle,

des filles de L'Enfance, et sur d'autres matièresfort peu intéressantes aujourd'hui. Il mourut le 8 décembre 1703.

René-Hyacinthe Drouin, Dominicain, docteur de Sorbonne, né vers 1682, était neveu du P. Serré cité plus haut. Ayant été reçu docteur du temps de la Sorbonne appelante, il en conserva fidèlement les maximes et professa à Paris et à Caen. Il pas^a pour avoir dressé la censure que la Faculté de théologie de Caen poria en 1720, de vingtsept propositions de théologie extraites des cahiers des Jésuites, censure que M. de Lorraine publia en 1722. Il paraît qu'il était le eomeil de ce prélat. Ayant eu ordre de quitter le dioeè*e, il se relira à Chambéry, où on le lit professeur de théologie, et remplit ensuite le même poste à Verceil. C'est pendant son séjour dans celle ville qu'il fit paraître son Traité dogmatique et moral des Sacrements, 1757, 2 vol. in-fol., en latin, qui a été réimprimé à Paris en 177o, avec des notes du P. Paluzzi et du P. Richard, 9 vol. in-12. Cet ouvrage a surlout pour but de former les jeunes théologiens à l'argumentation scholastique : on y trouve en général une érudition assez bien choisie; mais trop de diffusion et de longueur. Après la mort du roi Victor, Drouin quitta Verceil. Il entretint toujours des relations avec les Jansénistes français.

ï» janvier. Joseph-Marie Platina, Mineur conventuel , était du Piémont, fut professeur de théologie à Padoue et mourut à Bologne. Nous ne citerons de lui que des Leçons théologiques sur les anges... contre les monothéliles et contre Bossuet, Bologne, 1750, 4 vol. in-4°. Nous ne voyons pas pourquoi Bossuet est ici accosté aux monothéliles.

7 janvier. — Guillaume-Hyacinthe Bougeant, Jésuite, néàQuimper en 1690. Il fut exilé quelque temps à la Flèche, pour son Amusement philosophique sur le langage des bêtes, bidinage plus ingénieux que solide. Bougeant esl de plus auteur d'une Exposition de la doctrine chrétienne, en forme de catéchisme, en 4 vol. in-12 ; d'un Traité sur la consécration de l'Eucharistie, contre le Brun, 2 vol. in-12; d'une lettre à l'abbé Savalelte, pour rétracter son Amusement philosophique, et quelques écrits spirituels et malins, destinés à tourner les jansénistes en ridicule, tels que les Comédies de la Théologie tombée en quenouille ; la Femme docteur, etc. Bougeant était historien et littérateur. 11 mourut à Paris.

22 janvier. — Paul-Gabriel Antoine, Jésuite, né à Lunéville en 1679, fut professeur de théologie. On lui doit une Théologie gêné-

raie dogmatique; en latin, 7 vo1.; une Théologie morale, aussi en latin, 4 vol.; une Démonstration de la vérité de la religion; des

Lectures chrétiennes, et «les Méditations. Ses traités de théologie sont estimés.

22 février. — Louis-Antoine de Moncade de Belluga, cardinal, naquit au royaume de Grenade en 1662. 11 fonda en Espagne la congrégation de saint Philippe de Néri, et fut sacré évoque de Carlhagène en 1703. Son zèle et sa charité l'y firent estimer. Libéral, il fît beaucoup de fondations pour les pauvres, établit des maisons de refuge, des collèges, des séminaires, remplit avec assiduité les fonctions de l'épiscopat, et sut même défendre avec vigueur les dioiis de l'Eglise à une époque de brouilleries entre Philippe Y et le S,«inl- Siége. (Voyez un bref du Pape à cet évoque, le 15 février 1720, le pontife y donne des éloges à la conduite également ferme et. puidente du prélat. ) Il n'accepta que sur des ordres réitérés le chape. m de cardinal que Clément XI lui donna de son propre mouvement. Clément XI lui adressa sur ce sujet un bref, le 12 mars 1720; il répondait à ses difficultés, levait ses scrupules et lui ordonnait il'accepter le chapeau en vertu de la sainte obéissance, le dispensant des vœux qu'il pouvait avoir faits à cet égard. Le bref est très-honorable pour le prélat espagnol. S'élant démis de son évêché en 1724, il alla se fixer à Rome où il ne fut pas moins considéré qu'en Espagne. Différents Opuscules et Mémoires qu'il avait composés sur les affaires ecclésiastiques, et des Traités de théologie sont restés manuscrits. Benoît XIV faisait beaucoup de cas de ce prélat, tant pour son caractère et ses vertus, que pour ses connaissances dans les matières ecclésiastiques.

9 mars. — Jean-François Baltus, Jésuite, né à Metz en 1667, et mort à Reims, où il était bibliothécaire, fut un critique instruit. On connaît principalement de lui sa Réponse éi l'Histoire des Oracles, de Fontenelle. Il y soutient, contre cet académicien, et contre le Hollandais Van-Dale, l'opinion généralement répandue dans le christianisme, que le démon avait part aux oracles des païens, et que ces oracles avaient cessé après la naissance de Jésus ChrUt. Le P. Battus adressa son ouvrage à Fontenelle lui-même, qui n'y répondit point. Jean le Clerc l'entreprit pour lui; ce qui occasionna une suite au livre de Baltus. On a encore de ce religieux, une Défense des saints Pères accusés de platonisme, contre le Platonisme dévoilé, qu'avait publié, en 1700, le calviniste Souverain; — la Religion chrétienne prouvée par l'accomplissement des prophéties. S 728; — la Défense des prophéties, 1757, contre Grotius et Simon. Baltus y réfutait la doctrine de deux sens littéraux applicables à toutes les prophéties , telle que l'avait imaginée Hardouin et que la suivait Berruyer; depuis il Ht Insérer dans les Mémoires de Tr6voti*,eiî

mars 1738, une lettre pour prouver le rapport intime du sentiment de Groliusavecla doctrine des partisans du double sens littéral adopté par ses deux confrères. On lui doit encore quelques autres écrits moins importants. Baltus était modeste, laborieux et zélé.

29 mars. — Frédéric-Maurice Foinard, curé de Calais, né à Couches en 1683, mourut à Paris, ayant publié un Projet de Bréviaire, en 1720, puis un Bréviaire, rédigé selon ses vues ; la Clef des Psaumes, une Traduction des mêmes, et deux volumes d'Explications sur la Genèse, qui firent du bruit et furent supprimés ; l'auteur y avait inséré, après l'approbation, bien des choses singulières et hasardées.

6 mat. — André-Michel Ramsay, né en Ecosse en 1686, voyagea en Angleterre et en Hollande. Etant venu à Cambrai en 1709, il y connut Fénélon, qui le convertit à la religion catholique. Jacques III l'appela à Rome en 1721 pour lui confier l'éducation du prince son fils. Mais Ramsay ne res'a pas longtemps dans ce poste. De retour en France, il fit l'éducation de deux grands seigneurs, et mourut à Sainl-Germain-en-Laye. Il est auteur d'une Histoire de la vie et des ouvrages de Fénélon. On imprima sous son nom, à Glascow, en 17 50, les principes philosophiques de la religion naturelle et révélée, développés et expliques dans l'ordre géométrique. L'auteur n'y est pas toujours exact, et de plus il a le tort de mettre ses idées sur le compte de Fénélon. Peut-être cet écrit a-t-il été altéré après la mort de Ramsay.

14 juin. — Jacques Villotte, Jésuite, né à Bar-le-Duc en 1656, fut missionnaire en Arménie. De retour en Europe, en 1709, il composa en langue arménienne plusieurs ouvrages qui furent imprimés à Rome par ta propagande; ces ouvrages sont : Explication de la foi catholique; — Arménie chrétienne ;— Abrégé de la doctrine chrétienne, et un Commentaire sur les Evangiles.

14 juillet. — Jacques- Bénigne Bossuet, évêque de Troyes, né en 1661, était neveu de l'illustre évêque de Meaux. Il entra dans l'état ecclésiastique, et son oncle mit auprès de lui l'abbé Phelipeaux, pour le diriger dans ses éludes. Ils étaient ensemble à Rome lors de la naissance de la dispute du quiélisme, et Bossuet les y fit entrer pour suivre cette affaire. De là une correspondance entre l'oncle et le neveu, quia été publiée par Déforis, et qui ne donne pas une idée très-avantageuse de la sagesse et de la modération de l'abbé Bossuet. Il resta quatre ans à Rome, et ne fut ordonné prêtre qu'à son retour en 1699. Son oncle l'avait, huit ans auparavant, nommé archidiacre ; il le fit alors son grand vicaire, et s'en servit dans l'administration de son diocèse. Il le demanda même pour coadjuieur, ou pour successeur dans un placet qu'il présenta à Louis XIV, et qui a été

imprimé dans les Mémoires de Trévoux, en 1763. L'évêque île Meaux y fait de son neveu un éloge qui prouve apparemment que celui ci avait su se contraindre devant un si bon juge. Quoiqu'il en soit, Bossuel n'obtint point ce qu'il souhaitait, et tant que Louis XIV vécut, son neveu fut éca:té de lYpiscopat. On assure que lors de l'affaire du Cas de conscience, il se donna beaucoup de mouvement pour engager les docteurs signataires à se rétracter, et Fouilloux, dans son Histoire du Cas de conscience, dit qu'il s'attira à celte occasion des reproches assez vifs sur sou ambition et sur son désir d'être évêque.

Après la mort de l'évêque de Meaux , l'abbé Bossuel parut oublié. On voit pourtant qu'il présenta à Louis XIV un exemplaire manuscrit de la Défense de la déclaration de 1682. La régence le remit en évidence. Le 7 niais 1716 , il fut nommé à l'évêché de Troyes par le crédit du cardinal de Noailles. Il n'obtint ses bulles qu'en 1718, encore fallut-il que le cardinal de la Trémoille donnât une attestation en sa faveur. Le nouvel évèque adhéra à l'accommodement de 1720. En 172a, il se déclara pour l'évêque de Montpellier dans l'assemblée du cleigé, et depuis il signa les lettres en faveur de Soanen. On dit pourtant que dans un moment de mécontentement, il avait retiré ses pouvoirs aux ecclésiastiques de son diocèse qui s'étaient fait mettre sur une liste d'adhérents à cet évèque ; démarche qu'on lui fit bientôt rétracter. En 1750, il fut nommé un des supérieurs des religieux du Calvaire par MM. Colhert et de Caylus, ei prit, quoiqu'assez faiblement, parla leur résistance. (Voyez le compte que nous avons rendu de celte affaire sous la date du 1er août 1758.)

L'évêque de Troyes publia plusieurs ouvrages posthumes de son oncle, tels que les Elévations sur les mystères, les Méditations sur r Evangile, le Traité de l'amour de Dieu, celui du Libre arbitre et de la concupiscence, et celui de la Connaissance de Dieu et de soi-même.

On prétendit que ces ouvrages n'étaient pas de l'évêque de Meaux , on voulut y trouver des propositions peu exactes, et un abbé Fichant dénonça à ce sujet l'évêque de Troyes. Les journalistes de Trévoux, dans le n° de juin 1731 , avaient déjà élevé de semblables soupçons. Le prélat lil paraître, à ce sujet, deux Instructions pastorales, où on regrette qu'il n'ait pas prescrit a ses rédacteurs de mettre plus de modération. Il obtint néanmoins sur le fond un arrêt du parlement de Paris, du 7 septembre 1755, qui décida l'affaire en sa faveur.

[[On y voit (pie les supérieurs des trois maisons de Jésuites de Paris ( maison professe, noviciat et collège Louis-le-Grand) et leur provincial, « reconnaissent que l'imprimé du livre des Elévations est « conforme au manuscrit , lequel est entièrement de la main de feu « M. Bossuel, évêque de Meaux : » on leur donna acte, ainsi qu'à l'abbé Fichant, du désaveu qu'ils font de ce qui avait été avancé à cet égard, comme de leur déclaration « qu'ils n'ont pas entendu s'é- « riger en juges du fond d'un ouvrage qui porte un nom si respec-

a table, etc. » Depuis celte époque l'authenticité de ces écrits n'a phisélé que faiblement contestée. Ce n'est p;is lui qui publia d'abord la Défense de la déclaration. Il réclama même contre une impression i'urlive, qui avait paru à Luxembourg , en 1730, et qui était remplie de fautes. Ce n'est qu'après sa mort que l'ouvrage parut, tel que nous l'avons maintenant d'après les manuscrits qu'il avait remis à le Roy. (Voyez la préface de cet éditeur en tète de la Défense.)

Depuis, l'abbé le Pelletier dénonça à M. Languet, archevêque de Sens , les Instructions pastorales de l'évèque de Troyes , qui obtint contre le dénonciateur un arrêt du parlement de Paris du 2 juillet 1725. Ce prélat eut encore de longues disputes avec son métropolitain , d'abord sur la charité, en 1732, puis sur un nouveau Misse] qu'il avait donné à son diocèse en 1753, et que M. Languet attaqua. (Nous avons donné à <e sujet quelques détails, t. II, p. 403.) Celui-ci publia sur ce sujet, trois mandements, des 20 avril et 8 décembre 1737, et 5 avril 1738, auxquels l'évèque de Troyes répondit, ou plutôt fit répondre par trois Instructions pastorales des 8 septembre 1737, 28 du même mois et 1er mai 1758. Ce fut Peliipird qui les rédigea. Cependant l'évèque rétracta plusieurs dispositions de son Missel par un Mandement du 15 octobre 1738 ; ce qui fut regardé comme une faiblesse parmi ses amis. Le 30 mars 1742, il donna sa démission de son évêché , et obtint une pension. Il mourut l'année suivante.

Nous ne voulons pas oublier les égards dus à son nom et à son caractère d'évêque ; nous pouvons dire néanmoins, sans les blesser, que ni sa doctrine, ni sa conduite ne rappelaient l'évèque de Meaux. Les manuscrits de son oncle, dont il était dépositaire, passèrent, après sa mort, à son neveu, le président de Cbazot, puis aux Bénédictins des Blancs-Manteaux à Paris. C'est enfin l'évèque de Troyes qui provoqua l'édition des OEuvres de son oncle , donnée par Pérau et le Roy en 1745.

18 août. — Jean-Baptiste du Halde, Jésuite, né à Paris en 1671 , est auteur d'une Description de la Chine d'après les Mémoires des missionnaires, où il exalte trop ce peuple, et des Lettres curieuses et édifiantes, depuis le neuvième recueil jusqu'au vingt-sixième. Il n'y 'a pas toujours dans cette collection autant de méthode et de critique qu'on le désirerait. Cependant elle a eu beaucoup de vogue, et elle la méritait à bien des égards.

12 janvier.-— -Gierotée Stay, religieux de saint Basile, né à Candie, fut missionnaire dans les îles de la mer Egée, en Valachie et dans les

pays voisins. Son zèle et ses travaux pour la foi furent récompensés en 1716 par le titre d'archevêque d'Edesse. Etant devenu vieux, il se relira en Italie et se fixa à Eaenza où il mourut à 85 ans. Ses ouvrages sont une Théologie dogmatique en G vol.; — une Théologie morale en 8; — des Sermons en 2 vol., et un Martyrologe grec.

M janvier. — Etienne Souciet , Jésuite, né à Bourges en 1671, professa la théologie dans sa compagnie, et devint bibliothécaire du collège Louis-lc-Grand. Il réfuta le système de chronologie de Newton, publia, en 1715, un Recueil de dissertations critiques sur les endroits difficiles de l'Ecriture sainte; une nouvelle édition du livre de Deschiimps De hdsresi Janseniana ; et une édition de la Critique de la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques de Dupin, par Simon. Souciet était habite dans les langues, érudit, critique, versé d;ms la chronologie et dans l'astronomie. Etienne-Augustin Souciet, aussi Jésuite, et frère du précédent, passait pour travailler au Supplément aux Nouvelles ecclésiastiques, que les Jésuites rédigèrent depuis 1754 jusqu'à

9 février. — Thomas Innés, prêtre écossais, né en 1GG2, fut élevé à Paris, et remplit ensuite les fonctions de missionnaire dans sa patrie. Au bout de trois ans, il fut rappelé par son frère, qui était principal du collège des Ecossais à Paris, et lui succéda dans celte place. Il était ami de Port-Royal , et il y faisait de fréquents pèlerinages. Appelant zélé, il ne négligea rien pour introduire dans sa patrie des disputes qu'on n'y connaissait pas, et il eut le malheur d'y réussir, au moins pour quelque temps. Sa qualité de principal lui eu four,- issait les moyens. Ses élèves, imbus de ses préventions, les propageaient à leur retour en Ecosse. Innés y fit d'ailleurs plusieurs voyages, enir'aulres en 1726. Enfin sur les plaintes qui s'élevèrent de toutes parts contre lui, on lui ola sa place de principal, qui fut donnée . à son neveu. Il paraît que l'esprit de celle maison continua sous ce dernier à être à peu près le même que sous lunes. Nous avons vu des lettres de missionnaires d'Ecosse qui s'en plaignaient vivement. Un des vicaires aposto'iques, Alexandre Sinilh, évêque de Misinople, favorisait ce parti, qui avait trouvé le moyen de s'insinuer aussi dans l'école de Scalan, établie en Ecosse. Ce prélat en recul plus d'une fois des reproches de Rome. Un missionnaire, Gordon, dit de Scalan, publia un ouvrage en faveur du jansénisme. Trois autres, élevés à Paris, Tyr, Mac'donald et Gordon, donnèrent un grand scandale en embrassant le calvinisme. La mission était divisée et troub'ée par des disputes dans un moment où elle aurait eu plus que jamais besoin delà paix, au milieu des traverses et des persécutions auxquelles elle était en butte. Thomas Innés publia des Mémoires en 2 vol., pour servir à l'histoire ecclésiaslique d'Ecosse. C'est à son frère Louis que Jacques II avait remis de.- Mémoires qui otit été perdus durant la révolution.

DES ÉCRIVAINS. (17io. 41 o

8 avril, —Bernard Mahy, Jésuite, né à Namur en 1 68-4 , prêcha avec succès dans les Pays Bas pendant vingt-sept ans. Il est aulenr de Y Histoire du peuple hébreu jusqu'à la ruine de la synagogue; Liège, 1742, en 5 vol. in-12.

3 mai. — Nicolas le Duc, curé en Normandie, puis vicaire de Saint-Paul à Paris, était né dans le diocèse de Rouen, et fut interdit par M. de Vintimille à cause de son opposition aux décrets de l'Eglise. Il est auteur de Y Année ecclésiastique , en la vol.; d'une traduction de Y Imita! ion de Jésus-Christ , en 1737, et du Chemin du ciel, du cardinal Bona.

8 septembre. — Gaétan-Marie Mérati, ihéalin , né à Venise en 1068, fut consultcur des ri ts à Rome et y mourut. Il donna une édition du Thésaurus sacrorum rituum de Gavanli qu'il accompagna de longs commentaires, et en préparait une du Manuale episcoporum, du même. Il augmenta sa collection des Décrets de la Congrégation desrils et publia en 1721 la Vérité de la religion chrétienne et catholique démontrée dans ses fondements et dans ses caractères, 2 vol. in--i°.

5 juin. — Henri Bûrumaêchi , de la congrégation de la mère de Dieu, né à Lucques eu 16s2, mort à Naples dans le collège de Sainte- Brigille, eut beaucoup de réputation dans la chaire. On conserve un grand nombre de ses serinons.

Frédéric Burîamacchi, de la même famille, se fit jésuite et composa les notes sur les lettres de sainte Catherine de Sienne dans le recueil des oeuvres de la sainte, imprimé à Sienne en 1713, in-4°. On fait l'éloge de son érudition.

Jo'~

il janvier. — Louis-Marie Lucini, cardinal, né à Coni en 1666, était religieux de Tordre de saint Dominique, et exerça longtemps à Rome la charge de commissaire-général du saint olïice. Il lit paraître, en 1728, un ouvrage contre les cérémonies prohibées par le cardinal de Tournon. On le croit auteur de l'ouvrage latin intitulé : les Privilèges du pontife romain, défendus contre ses derniers ennemis, Venise, 1734, in-S(>. Cet ouvrage, qui renferme deux dissertations et deux appendix, est diiigé principalement contre la Défense de la déclaration du clergé, deBossuet. Le cardinal Lucini mourut à Borne. Il passait pour un théologien instruit.

15 mars. — Jean-Baptiste MouNtER, pètre de l'Oratoire, né à Arles en 1675, quitta l'Oratoire en 1720. il prêcha avec succès à Paris et dans la province. 0:i a delui, Sermons choisis, en 14 vol.; —

Exercices du pénitent; — Instructions et prières de pénitence; — Prières et pensées chrétiennes. Molinier fut interdit par M. de Vintimilie. 11 le méritait, suivant le Journal même de Dorsanne, qui blâme l'exagération de ce prédicateur, et ses invectives en pleine chaire. Il se lia depuis avec les convulsionnaires.

Mars. — Claude-René IIongnant, Jésuite, né à Paris en 1671, travailla aux Mémoires de Trévoux. Il composa la 5e lettre de l'examen du poème de Racine sur la Grâce, concurremment avec les PP. Brumoy et Rouillé, et dix-huit leitres à l'abbé Houteville, sur son livre. L'abbé Desfonlaines ne fit que retoucher le style, et ajouter deux autres lettres. On a au>si du P. Hongnant une Dissertation, contre le P. le Brun, sur la forme de la consécration.

25 mai. — Jacques-Vincent Ridai d'Asfeld , abbé de la Yieuville, docteur de Sorbonne, naquit en 1601. Il était frère du maréchal de France de ce nom. Il fil longtemps des conférences à Saint-Roeh sur l'Ecriture sainte, et Duguet lui en fournissait la matière. Ces conférences étaient très fréquentées. D'Asfeld eut part à l'explication de plusieurs Psaumes de Duguet, à celle des 25 premiers chapitres dïsaïe, et à celle des livres des Rois. Il composa la préface des Règles pour l'intelligence des saintes Ecritures. Ou l'exila en 1721, à l'occasion de son reappel et de sa réponse aux interrogatoires du lieutenant de police. Depuis il provoqua et signa la consultation contre les convulsions dont on a donné le précis sous la date du 7 janvier 1757, et fut un des plus déclarés contre ces folies. D. la Taste lui attribue, sur ces matières le Système du mélange confondu, et le Système des discernans confondus, 1755 et 1756. On le dit aussi auteur des Vains efforts des mélangistcs et des discernans confondus , 1758, où il réfute Poucet, Roursier, d'Étemare. Il paraît que Resoigne le seconda dans ces écrit*. L'abbé d'Asfeld avait donné sa démission de son abbaye en 1706. Dans ses dernières années il tomba en enfance.

15 décembre. — Jacques Jubé, curé d'Asnièrcs, diocèse de Paris, était né à Yanves, près Paris, en 1674. 11 fut un des hommes les plus actifs du parti des appelants. Promu à la cure d'Asnières en 1701, il introduisit dans cette paroisse des changements singuliers dans la liturgie, qui attirèrent l'attention de l'autorité et provoquèrent de justes réclamations. (Voyez plus bas, sous 1747, l'article Petilpied). Asnières devint un lieu de prédilection pour les disciples de Quesnel ; et le diacre Paris aimait à s'y retirer. Jubé ne crut pas que les devoirs de sa charge l'empêchassent de faire de fréquents voyages et de longues absences dans l'intérêt du parti. Ce fut lui qui fut député en 1717, pour porter au Czar Pierre les propositions de plusieurs docteurs de Paris, pour un plan de réunion de l'Eglise Russe, projet qui échoua entièrement, comme nous l'avons raconté en son lieu. Plus

lard, il pailicipa à des intrigues bien plus scandaleuses; il contribua à l'évasion des chartreux. (Voyez ces Mémoires, t. h, p. 161.) Le schisme d'Otrecht trouva en lui un partisan zélé. Lorsque Clément XIII tint un concile ;\ Rome en 1725, il fut envoyé par Colbert, évéque de Montpellier, et d'autres ennemis delà bulle Unigenitus pour travailler, selon leurs expressions, à éclairer les théologiens qui avaient accès auprès du pape: mais presque aussitôt après son arrivée, il fut obligé de se cacher et de travailler dans l'ombre. Après bien des années passées en courses continuelles, et un séjour assez prolongé en Hollande, il revint passer ses dernières années à Paris, et il y mourut à l'Hôtel- Dieu. Ses écrits, tous relatifs aux affaires du temps, ne méritent pas l'attention.

10 mai. — Charles-François des Monliers de Mérinville, évèquc de Chartres, était neveu de M. Godet Desmarais. Il devint son grandvicaire, fut nommé son coadjuleur, le 26 avril 1709, lui succéda la même année, et fut sacré à Paris, le 18 mai 17i0. Il hérita de la piété de son vertueux prédécesseur. Sa modestie, sa frugalité, son recueillement, son esprit de simplicité et de mortification, annonçaient en évéque des premiers lemps. Il assistait aux offices dans sa cathédrale, faisait la prière en commun dans son palais, et visitait exactement son diocèse, réformant les abus, corrigeant les scandales, et maintenant l'ordre et la paix. Sa charité pour les pauvres était sans bornes. Il en nourrissait tous les jours chez lui, distribuait des secours abondants, faisait des pensions à des ecclésiastiques âgés, et élevait graluitemei.t déjeunes clercs. Il retranchait sur sa dépense pour fournir à ces libéralités. Il n'hésitait pas à porter aux pieds du trône les besoins des malheureux, et le Roi et la Reine, qui l'estimaient, semblaient n'avoir rien à lui refuser. Il fil bâtir un petit séminaire, et augmenter les bâtiments du grand. Nous ne citerons des écrits qu'il a publiés comme évéque, que son Ordonnance du 7 avril 1756, pour condamner les Nouvelles ecclésiastiques, et les Anecdotes sur la constitution Unigenilus, par Villefore. Par un mandement du 10 mars 1744, il adressa à son clergé des Sujets de conférences ecclésiastiques sur la morale, en 2 vol. in-<Sn.

l-i août. — Charles Petebffi, Jésuite, né en Hongrie, fut un savant critique. Il a publié une collection des conciles de Hongrie, depuis 1016 jusqu'en 1715, en latin, 1742, in-fol.

5 novembre. — Maur-François d'Antine, Bénédictin de St-Maur, né au diocèse de Liège en 1686, travailla à la collection des historiens de France, et à l'Art de vérifier les dates. Il (it imprimer, en 1738, une traduction des Psaumes sur l'hébreu, avec des notes, dont il donna irois éditions. On trouve son élngc à la tète du premier volume de l'Art de vérifier les dates, troisième édition.

t. ni. 27

7 janvier. — Nicolas Petitpied, docteur de Sorbonne, né à Paris en 1665, fut un des plus féconds écrivains du parli janséniste. Exilé en 1705, au sujet du Cas de conscience, qui paraît avoir été réd;gé par lui, il fut le seul qui ne céda point, alla en Hollande en 1705, et y demeura près de Qiiesne). C'est de cette retraite que sortirent tant d'écrits pour la défense de celte cause. Ceux qu'on doit à Peiiipied sont les Lettres sur les excommunications injustes; — sur le formulaire; — sur le silence respectueux ; — la Justification de M. Cochle; — de l'Injuste accusation de jansénisme, plainte à M. Hubert; — Réflexions sur un écrit du Dauphin, en 1712; les lettres théologiques, contre le cardinal de Bissy, en faveur de Juénin, et l'Examen théologique. En 1718, Petitpied revint à Paris. Sa plume n'y fut pas non plus oisive. 11 écrivit contre M. Languet, et contre le corps de doctrine de 1720. S'clant attaché à M. de Lorraine, évoque de Bayeux, il donna sous son nom deux Mandements, en 1722, sur des propositions de théologie; deux Instructions pastorales, des 17 juillet 1724 et 15 janvier 1727, et des Remontrances au Roi. Le Mémoire ùvs curés de Paris, du 16 mars 1727, cl la Lettre des dix évêquesau Roi, du 14 mai 1723, sont encore de Pet tpied. Celte année-là il se relira de nouveau en Hollande, et y travailla avec le Gros à l'ouvrage latin intitulé: Dogme de l'Eglise touchant l'usure. Depuis son retour en France, en 1734, il composa trois lettres sur les convulsions; plusieurs écrits sur la dispute qui s'était élevée dans ce parti sur la crainte et la confiance chrétiennes, dispute dans laquelle \\ joua le principal rôle; les Instructions pastorales de Bossuel, évêque de Troyes, du 8 septembre 1757, du 28 du même mois, et du 1er mai 1758, sur son Missel; i' Examen pacifique de la bulle; un Traité delà liberté, qui a donné lieu à une dispute dans ce parli ; enfin d'autres brochures sur divers sujets. On voit combien ce théologien étail fécond, et combien les évoques cités plus haut étaient heureux de trouver une plume si exercée. Petitpied avait demeuré, vers 1719, à Asnièrcs, près Paris. Le curé de celte paroisse, Jubé, y accueillait les appelants, et on dit qu'on y faisait l'office, et qu'on y di-ail la messe avec des cérémonies singulières et nouvelles. C'est à ce sujet que furent publiées les Réflexions sur la nouvelle liturgie d'Asnières, 1724. Elles sont, dit- on, du P. Jacques de la Ratine, Jésuite, neveu du Jésuite du même nom, éditeur des Œuvres de Sirmom!. On y accuse Petitpied et le curé d'Asnières d'innovations dans la célébration de la messe; de dire le canon tout haut; de ne rien dire à l'autel de ce qui se chante au chœur, de se tenir assis du côté de l'Epîlre jusqu'à l'Offertoire, etc. L' Examen pacifique delà bulle, et XcTraité de la liberté, ne furent publiés qu'après la mort de l'auteur. On remarque que

Petilpicd, et son éditeur, y mitigeaient, sur plusieurs points, la doctrine des appelants. Gourlin les réfute dans cinq lettres, où il leur reproche de favoriser le molinisme. Plusieurs lettres de Petilpied, une, enlr'autres, du 13 mais 1737, où il se déclare contre les convulsions, et blâme hautement les convulsionnaires, sa controverse avec Boursier, sur les vertus théologales, qui produisit plusieurs écrits; celle sur la crainte et la confiance, qui en enfanta encore davantage, mécontentèrent le gros des appelants. On ne trouvait plus Petilpied assez ardent. Il parait que dans sa querelle sur la crainte il abandonnait les principes rigoureux des jansénistes.

Avril. ^- Jean-Louis Bruiset, avocat au parlement de Paris, né à Arles en 1688 , est auteur de VHisfoire du droit canonique et du gouvernement de l'Eglise; d'une nouvelle édition du Traité des droits et libertés de V église gallicane, [Le grand vice de cet ouvrage est qu'on veut y établir le droit par les faila, au lieu déjuger des faits parle droit.) 1731 , i vol. ia-folio, et d'une nouvelle édition des Maximes du droit canonique de France, de Dubois.

21 mai. — Jacques-Antoine Bassani, Jésuite, né à Venise en 1686 , fut un prédicateur célèbre dans son temps , et prêcha dans les principales villes d'Italie, à Bologne, à Rome, et devant Benoît XIV. II mourut à Padoue, où il résidait le plus souvent. Trente de ses sermons ont été imprimés à Bologne et a Venise. On a sa Vie, par Robetti.

— Charles Merlin , Jésuite, né au diocèse d'Amiens, mort au collège Louis-le-Grand, est auteur d'un Examen exact et détaillé du fait d'Honorius; d'une Réfutation des Critiques de Bayle sur saiiil Augustin ; d'une Dissertation sur les miracles, 17 i2; d'un Traité historique et dogmatique sur la forme des sacrements, cl de quelques dissertations insérées dans les Mémoires de Trévoux.

— Thadée O'Bryen, prêtre catholique irlandais, né au comté de Corck, vint en France après la capitulation de Limmerick pour y achever ses études. I! fulsupérieur du collège des Irlandais à Toulouse, puis curé de Casllelyons, dans sa patrie. On loue ses connaissances et son zèle. Il réfuta , en 1716, le livre d'un docteur protestant, Davis , contre les catholiques, donna encore un nouvel écrit sur ce sujet en 1720, et écrivit sur le jubilé de 1725.

20 juillet. — Dominique Giorgï, prélat, né à Rovigo en 1680 et mort à Rome, est connu par les ouvrages suivants: Des anciennes métropoles d'Italie; traité sur les habits pontificaux du pape ; de la chaire épiscopalc de Sezzia ; de la liturgie pontificale ; du monogramme du Christ; Vie de Nicolas V et une édition du martyrologe d'Adon.

— Silvestre Lloyd , évèque catholique de Killaloë , puis de Watcrford, en -1730, mort à Patis, publia une traduction du Catéchisme de

Montpellier, conue laquelle écrivit le P. Minby, Jésuite , neveu de

Pierre , doyen de Lon Jonderry.

17 février. Thomas-François Rolariô ou Rovero Barnamte, né à Asli eu I6G0, est auteur d'un Apparatus universœ (hcologiœ moralis, 1758; Theologîa moralis regularium, 1724, 5 vol. in-folio; examen provehendorum ad ordines.

5 mars. — Vidien la Borde, prêtre de l'Oratoire, né à Toulouse en 1680, supérieur de la maison Sainl-Magloire à Paris, fut longtemps un chaud partisan de l'appel. Il fut envoyé à Rome , par ce pani , avec l'abbé Chevalier, se brouilla avec lui , eut ordre de quitter Rome, et revint en France, où il eut part à la confiance du cardinal de Noailles. Il pi il dans la suite des sentiments plus sages et plus modérés. Ses écrits sont : du Témoignage de la vérité dans l'Eglise, supprimé par le parlement de Paris, cl censuré par l'assemblée du clergé de 1715 ; les Principes sur la distinction des deux puissances, proscrits par Benoît XIV dans son bref du 4 mars 1755; une Retraite de dix jours; des Conférences sur la pénitence, et les Instructions pastorales de MM. de Fitz-James, évêque de Soissons, et de Bezons, évoque de Carcassonne, contre le livre du P. Pichon. On lui attribue l'Histoire des démêlés de Paul V avec la république de Venise, traduite de l'Italien du Servite Paul, 1759, 2 vol.

Mars. — Philibert Bernard Lenet, chanoine-régulier de Sainte-Geneviève, naquit à Dijon en 1077. Il prononça, en 1712, l'oraison funèbre du pieux abbé d'Aligre, abbé de Saint-Jacques de Provins; elle a été imprimée. Lcnel travailla au Missel de Troyes, donné par révoque de celle ville , Bossuet, qui était son paient. II se rendit éditeur des Conférences ecclésiastiques de Duguet, 17 i2 , 2 vol. in-4°, et du Traité des principes de la foi chrétienne, du même, 1750, 5 vol. On lui attribue une traduction du Traité de l'amour de Dieu, de Bossuet.

•18 juin. — Julien-René-Benjamin de Gennes, piètre de l'Oratoire, naquit à Vitré en 1087. S'étant rangé dans le parti des appelants, il lit du bruil à Saumurpar une ihèse que condamna Poucet, êvéque d'Angers. Il n'en lit pas moins à Troyes par des sermons contre la cour de Rome. On fut obligé de l'exclure de l'Oratoire en 1729. Alors il se jeta dans le parti des miracles et des convulsions, et écrivit en faveur de celle œuvre. Ce fut lui qui composa la Lettre du 20 juin 1750, que l'évéque de Sénez adopia, contre les erreurs avancées dans quelques nouveaux écrits. [Voyez Soanen.) De Gennes se relira ensuite à Semervillc, au diocèse de Blois. 11 y vivait en laïque, ne disanl jamais la messe, et passant même plusieurs années sans faire ses

Pâques. En 1741 , il publia la Réclamation des défenseurs légitimes des convulsions et des secours, contre les Nouvelles ecclésiastiques. Ces écrits et plusieurs autres du même, sur les miracles et les convulsions, sont tombés dans le plus profond oubli.

Un P. de Genncs, son frère, se fit Jésuite, et professa longtemps la théologie à Caen. Il était fort opposé au jansénisme, dénonça à l'évêque de Baveux l'enseignement des professeurs de Caen, et est désigné dans les Nouvelles ecclésiastiques comme l'auteur du Jansénisme dévoilé, 1757.

28 octobre. — Jean-Charles de Ségi:r, ancien évêque de Saint-Papoul , né en 1693, avait éé fait évêque en 1723. Dorsanne. dans son journal , ne paraît pas l'estimer beaucoup. L'abbé de Ségur, dit cet appelant, sans théologie, sans connaissance de latinité, fut fait évêque. Au sortir des gardes, il était entré à F Oratoire, où il avait commencé à apprendre les éléments du latin. Il en sortit lorsqu'on commença à lui donner les premiers principes de théologie. Ainsi parlait-on de cet évêque en 1723; mais en 1733, aucun éloge ne pouvait donner une assez haute idée de son mérite. Le 26 février de celte année-là, il rétracte tout à coup ses Mandements précédents, soit en faveur de la bulle, soit contre la consultation des cinquante avocats. Il annonça la démission qu'il donnait de son évêché, et s'accusa de tout ce qu'il avait fait précédemment relativement aux affaires de l'Eglise. Cette démarche éclatante lui avait été conseillée, à ce qu'il parait, par l'évêque de Montpellier, Colbert. Le 2 avril, un arrêt du conseil supprima le Mandement , qui le fut aussi , le 3 , par le parlement de Toulouse. Le Pape et plusieurs évoques le condamnèrent également. M. de Ségur vécut depuis ce temps-là dans l'obscurité, courant de retraite en retraite. Il mourut oublié des uns et peu considéré desautres.

[[Ségaud (Guillaume de). prédicateur, né à Paris en 1674, mort dans la même ville en 1748, prit l'habit de Jésuite à l'âge de 18 ans. Son esprit facile et ses connaissances littéraires le firent choisir pour professer les humanités au collège Louis-le-Grand et à Rennes. Il fut ensuite employé au ministère de la prédication, et il fut un des orateurs les plus suivis de son temps. Appelé à la cour pendant trois carêmes, il satisfit tellement le roi qu'il lui lit une pension de 1200 livres". Le père Ségaud vivait d'une manière conforme à la morale qu'il enseignait, et il n'était pas moins bon religieux qu'excellent prédicateur. Ses sermons se distinguent par un grand fonds d'instruction, beaucoup d'élégance et d'énergie, et surtout cette onction qui pénètre lame et touche les cœurs. Ils ont été imprimés à Paris en 1750 et 175-2 en 0 vol. iu-12 par les soins du père Berruyer. Le père Ségaud a aussi composé quelques pièces de vers qui ne manquent point de mérite.]]

6 octobre.- Jcan-Biplistc Pittoni, prêtre vénitien; dressa un

Recueil ées constitutions des Papes et des décisions des congrégations romaines de 1704 à 17:24, 14 vol. in-8°, et un Calendrier romain décennal en 2 vol. in-8°. 11 écrivit la Vie de Benoit XIII.

— Jacques-Philippe Lallemant, Jésuite , né à S dm Va!éry-sur- Somme, et mort à Paris, montra beaucoup fie zèle contre le jansénisme. Ses ouvrages sont : le Véritable esprit, des nouveaux disciples de saint Augustin; le Sens propre et littéral des Psautncs; des Réflexions morales avec des notes sur le Nouveau Testament, 17 43, 12 vol. qu'il opposa à celles de Qnesnel, et qui furent approuvées par Fénélon et par vingt-trois autres évèques; Enchiridion christianum. L'assemblée du clergé de 1723 lui accorda une pension.

17 février. — Laurent-François Boursier, docteur de Snrbonnc, naquit à Ecouen en 17G9. Il joua un grand rôle dans les affaires du jansénisme, et eut beaucoup de crédit d;ms ce parti. Son premier ouvrage fut le livre de l'Action de Dieu sur les créatures, ou la Prémotion physique prouvée par le raisonnement. Il parut contre ce livre : 1° une Réfutation du livre de l'action de Dieu sur les créatures, Paris, 1724, in-12; 2° le Philosophe extravagant dans le traité de faction de Dieu sur les créatures, Bruxelles, 171G, in-12. Il rédigea depuis des Mémoires contre la constitution Unigenilus; Y Acte d'appel des quatre évèques en 1717; divers autres écrits des mêmes; les articles de la Faculté de théologie en 1718 (il en fut au moins le principal rédacteur), Y Acte d'appel des quatre évèques pour la huile Pastoralis officii; leur Mémoire en 1719 ; leur renouvellement d'appel en 1720 ; la Lettre de trois évèques au Roi en 1721, et celles de sept évèques au Pape et au Roi la même année ; la réponse de six évèques au cardinal de Bissy en 1"23, et heaucoup de Mémoires pour Soanen lors de son jugement à Emhrun. Bourrer déploya surtout son zèle dans celle affaire, et mit en mouvement les théologiens et les avocats pour la défense de Soanen. Il fut un des principaux aies- boutants de la Sorhonne depuis 17I6 jusqu'en 1729. On le lit sortir de ce corps en 17-29 avec les autres opposants. Boursier dressa la Lettre de douze évèques au Roi contre le concile d'Embrun ; Ylnstruclion pastorale de Soanen sur l'autorité de ï Eglise ; la Lettre du même au Roi en 1729, et plusieurs autres écrits au nom des docteurs et des curés de Paris. Il rédigea en grande partie Ylnstruclion pastorale de Colbert, en 175G, où il est parlé des secours. On a donc eu raison de dire qu'il était l'oracle de tout ce parti. 11 dirigeait les évèques opposants, et les faisait ptrler à son gré. C'était, ce semble, une grande f.iihlesse à des prélats d'eue ainsi asservis à un théologien exalté. La fin de la vie de Boursier fui marquée par d'aulrcs brochures sur les convulsions, sur

l'espérance et la confiance, sur les secours, sur les vertus théologales. Il y eut parmi les appelants, sur ces différents points, des disputes dans lesquelles Boursier joua un grand rôle, et qui lui occasionnèrent, de la part même des siens, des chagrins et des contradictions auxquelles il fut fort sensible. Cet homme était instruit, laborieux et fécond, mas en même temps ardent et opiniâtre. On le voit présider à (ouïes les assemblées des appelants, dicter leurs démarches, exciter leur zèle. Il fut surtout des assemblées de 1752 et 1735 sur les convulsions, et s'efforça d'imposer quelque frein à ce délire, dont il ne lui fut pas donné cependant de sentir toute la honle. M,!,e Mol le peint comme un homme cauteleux et rusé, qui aimait à dominer. Ses amis l'ont loué ni plus ni moins qu'un Père de l'Eglise.

4 avril. — Hugot, simple acolyte, né à Paris, est auteur d'une

Retraite pour les enfants; d' Instructions pour préparer à la mort ; û'Avis aux riches; d'Instructions sur les vérités de la gréice et (le la prédestination. Il fui forcé, sous M. de Yinlimille, de cesser des conférences de théologie cl des Catéchismes pour les enfants, qu'il faisait à Paris. C'était un appelant.

5 avril. — Séraphin de Yicence, religieux Capucin (il s'appelait aussi Rabant Horace Marchi), né en 1702, eut des succès dans la chaire. Il a laissé des Discours sacrés; des Pensées mondes; des Sermons pour le Carême et la grande affaire du Salut proposée à la considération des fidèles. On a réuni ces écrits, et on les a traduits en français, Lyon, 1747.

8 avril. — Pierre Wiltz, Jésuite, né à Arlon en 1671, exerça, pendant trente ans, les fonctions de missionnaire dans le Luxembourg. Il publia un Catéchisme à l'usage des soldats; une Instruction pour recevoir avec fruit les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie; la Mine d'or spirituelle, en latin; la Vie de saint François Régis, et quelques auties livres de piété.

12 avril. — François Bellenger, docteur de Sorborme, né au diocèse de Lisieux en 1688, donna, en 1720, à Paris, une édition latine des Psaumes, suivant la Yulgate, avec des notes. Il a traduit la Théologie astronomique, de Derhain.

16 août. — Roger-François Daon, Eudiste, né au diocèse de Baveux, est auteur de la Conduite des confesseurs, de la Conduite des âmes au tribunal de la pénitence, de Catéchisme et Inslrtiction, et de divers autres livres de piété. Il moût ut à Séez. (Voyez l'art, de Moréri, l. X, Additions.)

1er novembre. — Henri-François de Yence, docteur de Sorbonne, prévôt de Nancy, précepteur des enfants de Léopoïd, duc de Lor-

r.iine, est connu par l'édition qu'il donna à Nancy, depuis 1738 jusqu'en 1743, des Commentaires du P. de Carrières. II y joignit huit volumes d'Analyses et Dissertations, six sur l'Ancien Testament et deux sur les Psaumes. Rondel en a inséré la plupart dans l'édition qu'il a donnée Je la Bible à Avignon, en 17 vol. in 4°; ce qui a fait quelquefois donner à celle-ci le nom de Bible de Vence.

29 décembre. — Rcmi Breyer, docteur de Sorbonne, chanoine de Troyes, naquit dans celle ville en 1G69. Il traduisit en français les lettres de saint Loup et de saint Sidoine, travailla au Bréviaire de Troyes, qui parut en 1718, et publia, avec des notes, la Vie de saint Aldérad; celle de saint Prudence, et de sainte Maure. La seconde est pleine surtout de discussions critiques, où Breyer défend la sainteté et la doctrine de cel évoque. On a encore de lui le Catéchisme des riches, et une Nouvelle Dissertation sur les paroles de la Consécration, où il s'écartait à la fois du sentiment du P. le Brun, et de celui du P. Bougeant. Lorsque Bossuet, évoque de Troyes, donna un nouveau Missel à son diocèse, Breyer se déc ara contre, ainsi qu'une partie du chapitre, plusieurs curés, et le métropolitain, M. Languet. Il composa sur ce sujet quelques écrits restés manuscrits, Celait un savant laborieux, qui s'appliquait à recueillir les anciennes traditions, et à tenir un journal exact de tout ce qui se passait de son temps. Ce journal a servi à Gros'ey pour ses Ephémérides troyennes. Breyer a laissé une Histoire manuscrite des conciles de la province de Sens. Voyez son Eloge par Grosley.

— César Calini, Jésuite, né à Brescia, mort à Bologne, a écrit dix volumes de Traités historiques et de Réflexions morales sur l'Ecriture et principalement sur le premier livre des Rois. Discours pour la conduite des religieuses, Discours aux jeunes gens studieux.

— Pie-Thomas Milaute , évoque de Caslellamare au royaume de Naples, était Dominicain et fut longtemps professeur de théologie à Naples. Ses écrits f-ont des Thèses de théologie; des Lettres pastorales; Défense des Réguliers sur la pauvreté , et la Bibliothèque de Sixte de Sienne éclaircie pur des remarques, 17i3, 2 vol. in-fol.

23 janvier. — Louis-Antoine Muratori, prévôt de Sainte-Marie de Pomposa, et bibliothécaire du duc de Modène, naquit dans le Modenais en 1072. Il se livra de bonne heure à l'élude, et se rendit habile •luis toutes les parties de la littérature. La théologie, la critique, l'érudition, l'antiquité, l'histoire, lui étaient également familières. Nous ne citerons de ses ouvr.iges que ceux qui ont un rapport plus

DES ECRIVAINS. (I7o0.) 423

direct avec notre objet. Il donna, en latin, sons le nom de Lamindus Prilanius, un Traité de la conduite des esprits en matière de religion, avec une Défense de saint Augustin, contre les criliques de Phcreponus (le Clerc), 1714; du Paradis et de la gloire du royaume des deux, 1758, avec le traité de saint Cyprien, déjà Mortalité (il y réfute l'ouvrage de Thomas Burnet, de Statu mortuorum) ; Ancienne liturgie romaine, 1748; le Christianisme heureux dans les missions du Paraguay; Vie du P. Paul de Segneri; de la véritable Dévotion ; plusieurs Mémoires et Dissertations sur des sujets de religion. Ce savant fut lié avec les littérateurs les plus célèbres de son temps, et se (il esiimer par son caractère et ses talents. Ayant ouï dire que Benoît XIV trouvait dans ses écrits plusieurs choses dignes de censure, il en fut affligé, et s'adressa à ce savant pontife lui-même, en le priant de l'éclairer. Benoît XIV lui répondit que ce qu'il avait dit à sou sujet n'aurait pas dû être rendu public. Pour montrer à l'inquisiteur d'Espagne que l'on n'aurait pas dû condamner aussi légèrement les ouvrages du cardinal de Noris, il lui avait cité les écrits des Bollandistes, ceux de Tillemont, la Défense de la déclaration du clergé, par Bossuet, et quelques ouvrages de Muratori. Les premiers furent dénoncés sous Clément XI; mais la prudence de ce pontife ne lui permit pas de procédera leur condamnation. De même on s'abstint, sous Clément XII, de censurer l'ouvrage de Bossuel, tant par égard pour l'auteur, que dans la crainte d'exciter de nouvelles divisions. Le Pape finissait par dire à Muratori, qu'il n'avait trouvé de répréhensible dans ses écrits que certains endroits où il était question de la juri. fiction temporelle.

Avril. — Jean-Georges de Solillac, évèque de Lodève depuis 1732, paraît avoir été un prélat instruit et édifiant. Il donna un Mandement contre le livre du P. Pichon. On le croit auteur des Conférences ecclésiastiques de Lodève, 1740, 4 vol. in-12. Ha été maltraité dans le Dictionnaire des livres jansénistes, qui lui reproche de tenir le langage des appelants. M. de Souillac n'était point de ce parti; mais il était attaché au système augustinien. Ses conférences sont rédigées dans ce sens.

3 août. — Louis-Jacques de Chapt de Bastignac, archevêque de Tours, était néen 1G84. Il fut fait évèque de Tulle en 1722 , et transféré à Tours deux ans après. Il montra d'abord beaucoup de zèle contre le jansénisme, fut approuvé par un bref de Benoît XIII , du 22 août 172.J, présida avec honneur à plusieurs assemblées du clergé, et parut faire cause commune avec ses collègues pour les intérêts de l'Eglise. On dit que quelques différends qu'il eut avec des Jésuites commencèrent à l'aigrir. Dans son dépit, il donna sa confiance à des gens qui en abusèrent pour lui faire tenir leur langage. Ce fut à l'occasion du livre du P. Pichon qui» ces dispositions du prélat éclatèrent. Il condamna ce livre, et en cela on ne peut que louer son zèle. Mais

o:i trouva qu'en pailaiH de li rétractation de l'auteur, il n'étul ni modéré ni équitable. Pour combattre ses faux principes, l'archevêque donna successivement, en 1748 et 1749, trois Instructions pastorales, une sur la pénitence, une autre sur lu communion , et une troisième, p'us fameuse encore, du 23 février 1749, sur lu justice chrétienne par rapport aux sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Il s'était d'abord adressé pour les rédiger à Boursier ; mais celui-ci étant mo:t, son travail fut achevé par son disciple et son ami, Gourlin -, qui y insinua les réflexions et les maximes les plus chères aux appelants. Aussi nul ouvrage n'a été plus loué par eux. Sur les plaintes qu'on en lit, le cardinal de Rolian réunit, par ordre du Roi, quelques évêques chargés d'examiner cette Instruction. Ces évêques étaient MM. Berlin, évèque de Vannes; la Taste, évèque de Bethléem ; Robuste, évèque de Nitrie, et Billard , évèque d'O.ympe, qui s'adjoignirent le docteur Montagne, de Saint-Sulpice. On écrivit à l'archevêque de Tours pour l'engager à expliquer son Instruction. Le cardinal de Rolian, l'archevêque de Sens et d'autres prélats le sollicitèrent à cet effet, mais en vain. Un anonyme , qu'on dit être un abbé de Cussac, ayant publié, en 1749, une Lettre contre l'Instruction pastorale, l'archevêque condamna cet écrit par un Mandement très-vif du 1S novembre 1749. Cependant il lit paraître une lettre du 5 février 1750, où il protestait de sa soumission aux décisions de l'Eglise. Il assurait, dans d'autres lettres, que s'il était condamné, il saurait imiter Eénélon dans son obéissance. Un nouvel écrit de Cussac, sous le titre de Réponse, excita les réclamations du prélat, qui le déféra et aux magistrats et à l'assemblée du clergé. L'écrit n'était pas modéré; mais les plaintes <!e l'archevêque ne le furent guère non plus. Sa mort mit lin à celle dispute.

7 novembre. — Hervé le Poitevin, Eudisle, né près Valogne en 1665, chanoine de Senlis et directeur du séminaire, a laissé quelques livres de \Y\élc ; Conduite chrétienne ; Catéchisme; Méthodes; Instructions. Il mourut à Senlis en icpulalion de pieté.

— Denis Martin, prêtre du diocèse d'Avranches, bâtit un séminaire à Doinfront, d'où il se répandait dans les campagnes pour l'aire des missions. Eu 172o, il s'associa, lui et son séminaire, aux EmlUles. Il mourut à Doinfront, âgé de quatre-vingt-neuf ans, laissant cinq volumes de Sermons, avec des Méditations pour les retraites ecclésiastiques,

— Constantin Gît im a tut, Napolitain, né en 1607, fut un ad versait e déclaré de la théologie scolasliquc et eut à ce sujet une controverse avec Benoit Alclin ou plutôt le P. de Benedicîis qui s'était caché sous ce nom (voyez 170G). Grimaldi donna contre lui Réponse aux lettres apologétiques pour lu défense de la théologie scolasttquè de H. Âlêtin; deux autres Réponses au même et des Discussions historiques, théo-

Indiques et philosophiques sur le mémo sujet. Ce dernier écrit fut mis à l'index par décret du 25 septembre 1726. Il paraît que l'auteur donna une déclaration et rétradation de quelques propositions. Il composa encore une Dissertation sur la magie et des Considérations (héologiques et politiques sur les édits du roi de Naples louchant les liens ecclésiastiques, qui lui attirèrent une détention à Castel-Unovo en 1744.

10 février. — Jean d'Yse de Saléon, archevêque de Vienne, naquit en 16G9. Chargé, en 1727, par le concile d'Embrun, d'administrer le diocèse de Sénez après la sentence portée contre M. Soanen, il eut à y lutter contre les partisans de cet évèque. En 1728, on le nomma à i'évèché de Digne, et en 1729 à celui d'Agen, et il fut sacré pour ce dernier siège le 1G avril de Tannée suivante. Transféré à Rodez en 1735, il se montra dans ces différentes places très-zélé contre le jansénisme. Le 11 novembre 1757, il condamna par un Mandement les cahiers de théologie du P. Viou, Dominicain, professeur à Ro !ez, qu'il accusait d'enseigner les erreurs proscrites dans Jansénins. Viou lui avait remis, le 6 avril précédent, un mémoire pour sa défense ; mais cet écrit n'ayant pas paru satisfaisant, il se retira au Puy, d'où il lança des Réfleaions contre le Mandement de l'évéque, qui furent supprimées tomme injurieuses à l'épiscopat. Le Dominicain ne perdit pas courage, et porta cette affaire à Rome. Le 15 mars 1743, un décret du général de son ordre l'en exclut pour toujours. Un autre décret, du 10 mai , défendit de !e recevoir dans aucune maison. Le P. Viou trouva des avocats qui signèrent, le 6 juin 1744, une consultation où ils décidaient qu'il pouvait appeler comme d'abus. Il le fit en effet, et présenta requête au parlement de Paris, qui prononça, le 5 septembre de la même année, qu'il n'y avait lieu de le recevoir pour le présent appelant comme d'abus? Viou publia, sous le nom de Dumoiit,cn 1759 et années suivantes-, des Nourrîtes du Portugal, lors de l'assassinat du roi Joseph, et de l'expulsion des Jésuites. Ces écrits étaient uniquement dirigés contre ces^religieux. li est auteur du Thomisme triomphant, 1751, in-4°; de l'apologie du Thomisme triomphant, 1751, in-4"; de l'apologie de Pierre Soto, 1758, iu-12. M. de Saléon, de son côté, écrivit au Pape; le 25 avril 1742. Benoît XIV loi répondit le S juillet suivant. Sans entrer dm s le fond de la question, le Pape, après avoir donné des éloges au prélat, dis— t ingue trois espèces de réfractaircs, et trace les règles a suivre pour chacune. Il lui recommande d'ailleurs la réserve et la circonspection. Quelques années après, l'évéque publia contre Belelli et Berli les deux

écrils intitulés : le Iîaïanisme et le Jansénisme ressuscites. II les envoya au souverain Ponlife avec une lettre, où il le pressait de condamner les ouvrages de ces deux religieux. Il les dénonça également à l'assemblée du clergé de 1747, et même, dit-on, à l'université de Vienne, en Autriche. Ces démarches n'eurent aucun effet, et l'augustinianisme, que professaient les deux religieux, continua d'être enseigné en Italie et à Rome. Voyez ce qui est dit à cet égard à l'article Longuet, Il mai 1755. En 1746, M. de Saléon devint archevêque de Vienne. C'était un prélat régulier et édifiant. On a encore de lui une Instruction pastorale, du 23 janvier 1718, sur l'usure, où il soutient l'ancienne doctrine contre des théologiens qui favorisaient le prêt à intérêt.

25 février. — Antoine Sandini, professeur d'histoire ecclésiastique à Padoue, naquit dans le Vicenlin en 1692. Il fut estimé du cardinal Kezzonico, depuis Clément XIII. On a de lui, les Vies des Pontifes romains; V Histoire de la sainte famille ; V Histoire des saints Apôtres, et vingt Dissertations pour son Histoire des Papes. Tous ces ouvrages *ont en latin. Sandini était hon critique.

20 avril. — Philippe Roidot, docteur de Sorhonne et supérieur du séminaire desXXXHI, de 1720 à 1726, fut exclu de la faculté en 1720. Dans les Mémoires publiés par l'abbé de Targuy celle même année, il est désigné sous le nom de Tobie que lui donnaient les appelans de Hollande dans leur correspondance. Boidol était le chef d'une société particulière et tenait chez lui des conférences sur les matières ecclésiastiques. Les principaux membres de celte société étaient Débonnaire, Mignot, de la Tour. Dans la controverse de ceux-ci avec les attires appelants, on attribue à Boidot deux courtes Dissertations pour défendre la Lettre à Nicole, par Débonnaire, et une Lettre du 18 mars 1756 sur les imputations faites éi ce docteur dans les Nouvelles ecclésiastiques. Ils composèrent ensemble les Traités historiques et polémiques de la fin du monde, de la venue d'Elie et du retour des Juifs, 1757, 3 vol. in- 12. Celle société des XXXII l passait auprès du reste des appelants pour porter assez loin la libellé de penser, et on la qualifiait même de Socinianisantc, parce qu'elle refusait d'accéder à l'autorité de leurs deux ou trois évèques. On crut (pie c'était de là qu'était parti le Traité des j>réts de commerce publié en 1750 par Aubert, docteur de Soi bonne et curé de Chânes, Traité que Mignot augmenta depuis. Roidot fut éditeur du Traité théologique, historique et critique des indulgences et du jubilé, par Loger, curé de Chevreuses, 1751, iu-12, et revu par Goujet. Ce Traité est à l'index par décret du 22 février 1755.

50 avril. — Sylvain Péuiisskat, Jésm'le, eut du succès dans la chaire, fut conl ss tir ûi\ Dauphin, lils de Louis XV, et eut aussi le

titre de confesseur du Roi. Ou ne connaît de lui que des Sermons choisis, en2[vol., elun Panégyrique de saint Louis.

8 mai. — Charles-François Babia, prédicateur, né à Ancônc en 1675, prêcha dans toute l'Italie avec heaucoup d'éclat pendant trente-huit ans, et alla même à Vienne, où on voulut l'entendre, il devint ahbé de Saint-Nicolas à Parme, puis de la Novalèse, et se fixa à Turin, où il mourut, en outre laissant des sermons pour le carême et autres discours, en 2 vol., un grand nombre de sermons manuscrits, et des traductions de quelques ouvrages de piété français.

8 juin. — Joseph-Marie Brocchi, prieur de Sainte-Marie aux Ormes, recteur du séminaire de Florence, était né dans cette ville en 1687. Il est auteur des Principes généraux de théologie morale ; d'un Traité de l'occasion prochaine du péché ; des Constitutions du séminaire de Florence, et de plusieurs vies de saints.

5 septembre. — Jacques Martin, Bénédictin de Saint-Maur, né en Languedoc en 1691, était un critique instruit, mais singulier et paradoxal. Ses principaux ouvrages sont : Traité de la religion des anciens Gaulois; Explication de plusieurs textes difficiles de l'Ecriture, 2 vol. in-4°. (Supprimée à cause de plusieurs explications singulières et de quelques gravures indécentes.) Explication de divers monuments singuliers qui ont rapport à la religion des plus anciens peuples, avec YExamen de la dernière édition de saint Jérôme; un Traité de l'origine de iâme, 1756, et une traduction des Confessions de saint Augustin.

21 septembre. — Armand-François Gervaise, ancien ahbé de la Trappe, né à Paris en 1660, frère de l'évéque d'Auren, cité plus haut, fut d'abord Carme déchaussé, puis religieux de la Trappe. L'abbé de Rancé le fil nommer son successeur en 1696. On fut obligé de lui faire donner sa démission deux ans après. Bizarre, bouillant, il voulait tout changer. Il mourut exilé à l'abbaye de Reclus, au diocè^e de Troyes, après avoir composé les Vies de saint Cyprien, de saint Irénée, de saint Paul, de saint Paulin, de saint Epiphane et de Rufiii; Y Histoire de l'abbé Sugcr; celle de l'abbé Joachim; Y Histoire de la réforme de Citcaux; Lettre d'un théologien à un ecclésiastique sur une dissertation touchant la validité des ordinations anglicanes ; l'honneur de l'Eglise catholique et des souverains Pontifes défendu contre les calomnies du P. Courayer, I7i2, 2 vol. in- 12; Jugement critique mais équitable des Vies de l'abbé de Rancé, par Maupeou et Marsollier; (Moréri semble lui donner raison contre ces deux écrivains.) et le Ier volume d'une Histoire générale de Citcaux. Ces deux derniers écrits furent blâmés, et attirèrent à l'auteur quelques contradictions.

50 septembre. — Jean-Philippe-Louis de ChÉZKAUX, astronome et physicien, né à Lausanne en 1718, est auteur de Dissertations criti-

ques sur la partie prophétique de iEcrilurc. Soigneux de Correvon a publié sa vie, avec une Dissertation, qu'il avait composée, sur tannée de (a naissance de Jésus-Christ.

20 novembre. — Léonard de Tort-Maurice, mineur-réformé de Tordre de saint François, naquit au Port-Maurice en 1070, d'une famille distinguée. Il alla à Home dès Tige de 12 ans, et étudia chez les Jésuites. Après avoir été ordonné prêtre, il se consacra aux missions dans les villes et les campagr.es, et parcourut, pendant quarante ans, l'Etat de Gènes, la Toscane, lesEials de l'Eglise, la Corse, prêchant la parole de Dieu, et faisant de grands fruit*. Sa vie seule était un puissant encouragement à la piété. On a de lui plusieurs ouvrages : Prix et excellence de la Messe, 1737; Manuel sacré, 1754 ; Voie du Paradis, etc. Ces ceuwes ont été réunies en 2 volumes, Venise, 1742. Après sa mort on fit des informations sur sa sainteté. Le 10 février 1702, il fui déclaré qu'il avait pratiqué les vertus chréliennes jusqu'à l'héroïsme, et le 2 août 1795, on décida que ses vertus étaient constatées par deux miracles. Le 23 février 1700, 1 » congrégation des rites jugea unanimement qu'il était digne d'être admis au nombre des bienheureux, et un décret du 19 mars suivant porte que l'on pouvait sûrement procéder à sa béatification.

4 décembre. — Nicolas Le Gros, ancien chanoine de Rétms, né dans celle ville en 107o, fut connu par son attachement et ses services pour la cause de l'appel. Protégé sous M. le Tellier, il n'eut pas le même avantage sous M. de Mailiy , son successeur, et quoiqu'il eût signé le Formulaire, et dressé, comme greftier de la Faculté de théologie de Reims, la conclusion pour 1'acceplalion de la Constitution, il n'en fut pas moins poursuivi par l'archevêque, et se retira en Hollande, auprès de Quesnel, d'où il ne revint qu'après la mort de Louis XIV. Son appel et l'ardeur de son zèle l'exposèrent à de nouvelles traverses. Ses amis l'envoyèrent à Home, en 172'i; malheureusement le Pape et ie concile n'eurent point la sagesse de profiter de ses lumières. Le Gros pique alla les offrir à l'Eglise de Hollande, qui ne fut pas si difficile. Ou le choisit pour professeur de théologie au séminaire d'Amersfoi t. emploi qu'il exerça dix ans. Un voyage qu'il lit en Angleterre, en 1720, ne fut pas plus heureux que celui de Home, cl les catholiques de ce pays furent sourds à ses insinuations. Le zèle de le Gros contre l'usure, et le livre qu'il composa sur celte matière avec Peiitpied, sous le titre de Dogme de VEtjlise louchant l'usure, l'exposèrent lui et l'archevêque Barchman, à bne sorte de persécution de la part des partisans du prêt, fort nombreux en Hollande. L'archevêque Van der Croon ayant paru assez favorable à ces derniers, le Gros se relira à Ulrecht; et là, pour expier sa signature du Formulaire, il s'abstint <!e dire la messe peu 'an! quelques années. (Celle dévotion n'était point raie dans ce parti. Nous avons (u l'exemple d'un nommé Dilhe, cl d'un P. de Gcnnes. On ci'e encore

un abbé Turrms, mort en 1733, qui ne disait pas la messe depuis environ vingt ans; ci un abbé Briquet, mort en 1 770, qui passa les cinq dernières années de sa vie sans dire la messe et sans communier.) Ce fut alors qu'il écrivit sur les miracles du diacre Paris, et qu'il composa ces discours pour ebaque année des Nouvelles. Un nouveau sujet de brouillcrie le força de changer d'asile. Il n'approuvait pas les excès des convu'sions, cl comme elles avaient beaucoup d'admirateurs en Hollande, ainsi qu'en France, il se fil de nouveaux ennemis. En 1 743 , il s'établit à Rliynwich , maison nouvellement formée par les jansénisies français, et dont il fut fait supérieur. Ce fut là qu'il mourut. Nous ne pouvons donner la liste de ses écrits. La plupart sont des broebures sans intérêt. Il y en a contre MM. de Mailly, Languet, de Chirency, et autres évèques ; sur l'appel; sur les convulsions, etc. Des productions un peu plus importantes sont : la Bible, traduite sur les textes originaux, 1739, 1 volume in-12, réimprimée en 1753, en 5 volumes, par les soins de Rondet, avec de grandes augmentations, entre autres avec, un Discours sur les prophètes, où railleur donne dans les illusions du figurisme, calomnie horriblement un corps respectable, et se perd en conjectures sur les derniers temps; vingt-six lettres théologiques contre V usure ; Méditations sur la concorde des Evangiles , 1730; 5 volumes in-12; Méditations sur VEpitre aux Romains, 2 volumes; Motifs invincibles d'attachement à l'Eglise romaine; Méditations sur les six premières Epilres canoniniques, G vo'mnes; mm Explication manuscrite de l'Apocalypse, et un Traité de l'Eglise, 1782, qu'Anqietil-Duperron , l'Orientaliste, ancien disciple de le Gros, a traduit en français et commenté. Il voulait le faire imprimer. Sa mort, en 180o, l'en a empêché.

— Claude Le Pilletier, docteur en théologie et chanoine de Saint-Pierre de Reims, est auteur d'une Nouvelle défense de la Constitution, Rouen, S7-2Î), 2 vol. ; de la Charité envers Dieu ou de Vamour de Dieu cl de ses vrais caractères, réimprimé sous le litre de Traité de V Amour de Dieu tiré des livres saints, 1732, 2 vol. Ces deux écrits furent dénoncés au Parlement de Paris, le 13 avril 1733, par le conseiller Titon. Le second fut supprimé p.ir arrêt du conseil du 31 avril 1752. Eu 1733, le Pelletier fut décrété pour être ouï, à cause de sa Dénonciation des Instructions de l'évêque de Troyes. 11 est encore auteur d'autres écrits, dont on trouve, dit-on, la liste à la fin de son Traité dogmatique de la grâce universelle, 1727. On lui attribue une traduction de V Imitation. Le Pelletier a été représenté par ses adversaires comme un écrivain méprisable, oulré dans son zèle, et même décrié. 11 mourut veis 1731.

Claude le Pelletier est auteur de :

La Pratique et les règles des vertus chrétiennes, tirées de l'Ecriture sainle, Lyon, 1715, 5 vo'. in-12.

Reflet ion a critiques sur le Nouveau Testament, de Huré. Lyon, 174 S, in-12.

Dénonciation du Traité philosophique et théologique sur l'amour de Dieu, de Dupin, 1717, in-12.

Traité de la pureté chrétienne, liié de l'Ecriture. Liège, 1723, in-12.

Traite de la pénitence, Lire de l'Ecriture. Liège, 1725, in-12.

Traité dogmatique et moral de la ejràcc universelle, tiré du Nouveau Testament. Luxembourg, 1725, in-12.

Traité dogmatique de la Messe, contre le Courayer. Paris, 1727, in-12. Et d'un grand nombre d'opuscules sur les controverses du temps.

2 janvier. —Gaspard Teurasson , prêlre de l'Oratoire, né à Lyon en 1680, était frère d'André, nommé en 1725. II se consacra à la prédication, cl fut ensuite obligé d'y renoncer et de sortir de l'Oratoire, à cau-e de son opposition à la bulle Unigenitus , qu'il paraît néanmoins avoir acceptée en 1744. Il laissa des Sermons, en i volumes. Les Lettres sur la justice chrétienne ne sont pas de lui.

■4 lévrier. — Louis de Bourbon, duc d'Orléans, fils du Régent, né à Versailles en 1724, d'une princesse de Bade, dont la moi!, arrivée en 1726, lui lit faire de sérieuses réflexions. H prit, en 1750, un appartement entre l'Eglise Sainte-Geneviève et celle de Saint-Eiienncdu-Mont. Là le premier prince du sang assistait aux oflices, récitait le Bréviaire, communiait fréquemment, couebait sur une simple paillasse, se levait à quatre heures du malin, ne buvait que de l'eau, jeûnait rigoureusement, donnait souvent audience aux pauvres, visitait même les malades, relevait de pauvres familles, mariait des tilles indigentes, dotait des religieuses, envoyait des aumônes à Berlin, en Silésie, et jusque dans les Indes, li fonda des é( oies et des collèges, et distribua de grosses sommes en 1755, en I75U et en 1740. Il lisait et étudiait beaucoup. L'Ecriture, les Pères, les théologiens, les langues orientales lui étaient connus. Ce prince affermissait sa foi parcelle élude. Il protégeait les savants et les écrivains qui travaillaient pour la religion. Il laissa en manuscrit une traduction des Psaumes; une nuire des Epîires de saint Paul ; un Traité contre les spectacles., et une Réfutation des Hexaples. Quelques-uns le supposaient janséniste ; mais il était loin d'être de ce parti, comme on le voit par ce dernier ouvrage, ainsi que par une lettre qu'il écrivit à M. de Caylus, évoque d'Auxerre, et dans laquelle il blâme ce prélat de sa résii-lance. Celle lettre, qui est longue et motivée, est assez curieuse, et se trouve dans une source non suspecte, dans le Vie de Caylus (par Delley), tome II,

page 2Gt. Le duc d'Orléans ne reçut point les sacrements à sa mort. Bezenval, dans ses Mémoires, raconte que cela vint de ce que le duc ne voulait pas reconnaître les enfants du duc de Chartres, son fils. 11 s'était imaginé, dit-on, dans ses derniers moments, qu'il ne naissait ni nemourait personne. En vain on lui représenta les conséquences d'un tel refus; il mourut pendant que son confesseur voulait lui persuader de reconnaître ses petits-enfants. Cet incident bizarre donna lieu, dans le temps, à des conjectures dépourvues de vraisemblance.

27 février. — Simon Reboulet, ancien primicier de l'Université d'Avignon, y naquit en 1688. 11 donna, en 1734, VHistoire de la Congrégation des Filles de VEnfance, 2 volumes in-12; une Réponse à la critique de celle hisloiie, et en 1752 Y Histoire de Clément XI, 2 vol. in-i°.

25 mars. — Alexandre-Pompée Berti, clerc régulier de la congrégation des Serviteurs de la Mère de Dieu, naquit à Lucques en 1G86. Il fut professeur de théologie àNaples, alla à Rome en 1759, y resta toujours depuis, et devint assistant du général de son ordre. C'était un littérateur. 11 traduisit en Italien les Essais de morale de Nicole, et plusieurs autres ouvrages du même. Zaccaria lui reproche d'avoir par là contribué à répandre le jansénisme en Italie.

28 mars.[ — Ignace Le Mère, prêtre, né à Marseille vers IG77, était attaché au duc d'Orléans, lils du Régent. Après avoir passé quelque temps dans l'ordie de Malle, puis dans l'Oratoire, il reçut les ordres sacrés, voyagea en Ila'ie, alla à Rome, et se fixa à Paris en 1722. Le duc d'Orléans et l'abbesse de Chelles, sa sœur, le piolégeaient. Il est auteur de plusieurs traductions des ouvrages des Pères grecs; du Traité de la Providence, de Théodoret, 17 40; d'Homélies et d'Exhortations de saint Jean Chrysostôme, 4 vol. in-80, des OEuvrcs de piété de saint Ephrem, 1744, 2 vol. Il devait donner, aussi en français, les Lettres de saint Isidore de Peluse, et un ouvrage sous le litre d' Auguslinus grœcus. On dit qu'il a laissé d'autres manuscrits.

28 avril. — Français Oldin, Jésuite, né en Champagne en 1675, et mort à Dijon où il demeurait, étudia l'Ecriture, les Pères et les antiquités ecclésiastiques. Il connaissait les langues anciennes el modernes, et était à la fois théologien, littérateur el érudit. Il travailla à la Nouvelle bibliothèque des écrivains de sa société. Dans son Commentaire latin sur l'Epitre de saint Paul aux Romains, il suit principalement les explications de saint Chrysostôme. On a de lui une Histoire dogmatique des conciles, et des commentaires manuscrits sur les Psaumes, sur saint Matthieu, et sur les autres Epîircs de saint Paul; Epistola B. Pau'.i apostoli ad Romanos explicala, 1 7 43. On lui attribue le^ Remontrances des jésuites à l'évêque d'Auxerrc. Après sa mort, le Pèie Jean-Louis Courtois, son confesseur, né à Charleville,

fui chargé de continuer la Bibliothèque des écrivains de lu Société. On l'appela à Rome, d'où il revint en France en 1767, pour raison de santé. Il mourut vers 1768.

II juin. — Jean-Baptiste Scaiuncelli, Jésniie romain, missionnaire et écrivain ascétique , mourut à Maceiwla, après avoir publié : Discernement des esprits; Règles (directoriennes) mystiques; Vie de la sœur Marie-Crucificc Sateîlico, franciscaine; Règles ascétiques.

28 juin. — Louis de Bonnaire ou Débonnaire, docteur deSorbonnc, naquit près Troyes. 11 avait été de l'Oratoire, et quitta celle congrégation, sans doute à cause du parti qu'il avait pris dans les affaires de l'Eglise. La Biographie universelle dit qu'il prit vivement parti contre les jansénistes; c'est une erreur. 1! était appelant. Il est auteur, conjointement avec le P. Jard, de la Religion chrétienne méditée dans le véritable esprit de ses maximes. 6 volumes; les Leçons de la sagesse sur les défauts des hommes, !757, 5 volumes ; la Règle des devoirs, 'i vol. ; les Semaines évangéliques, 2 vol.; l'Esprit des lois qunitessencié, sont aussi de lui. Peut-être fut-il éditeur du Discours de Fleury sur les libertés de l'église gallicane, 1721, avec des noies assez amères. Les Enluminures de la constitution lui font encore moins d'honneur. On lui attribue une lettre, du 18 mars 1725, intitulée : le Faux prosélyte, contre le Traité de l'infaillibilité du Pape, de Pelkdidier. Sa Lettre à Nicole, en 1726, fut vivement attaquée, et fut défendue par deux lettres attribuées à Boidot. Les miracles et les convulsions occasionnèrent une longue coniroverse entre lui et d'autres appelants. il se déclora contre ces folies. L'Examen critique, physique et théologique des convulsions ; les Observations apologétiques ; les Lettres sceptiques; les Réponses de fauteur des trois exarnens; l'Esprit en convulsion; l'Alexiticon. ou réponse à Alexis Desessarls, etc., ont rapport à ces disputes, dans lesquelles Débonnaire montra beaucoup de Mvacité. Il publia quelques lettres aux évêques de Montpellier et de Senez. Dans une lettre du 29 août 173'i, à M. Colberl, il lui dit: On dit qu'il y a dans Paris un homme chargé d'une procuration générale de signer pour vous tout ce qu'il plaît a certaines gens de publier sous voire nom. Il écrivait à M. Soanen, le 12 février 1736 : Vous pouvez vous ressouvenir qu'au mois d'octobre 1729, vous n'aviez point encore ouï parler d'un ouvrage condamné le 1er août i726, dans une Instruction pastorale qui porte votre nom. Par où l'on voit que Débonnaire croyait, comme nous, que les écrits publiés sous le nom de ces prélats n'étaient point d'eux. Ce fut lui que l'évèque de Senez attaqua dans la Lettre du 20 juin 1750. Le docteur se défendit, et Mignot, de la Tour et Boidot, tous appelants et ses adhérents, le secondèrent dans celle controverse, où Poucet tint principalement la plume de l'autre côté. Débonnaire fil paraître, avec Boidot, des Traités historiques et polémiques de la fin du monde, de la venue d'Elic, et du retour des

Juifs, 1737, 5 vol. Nul ne combattit plus vivement le pgurismc, les convulsions et les Nouvelles.

Il juillet. — Antoine Patrono, Jésuite, né à Bari en 1057, professa successivement à Naples la philosophie, la théologie, le grec, l'arabe cl l'hébreu. C'était ùri homme pieux et savant, dont on a une Défense du jeûne ecclésiastique, 1720, et des Commentaires sur les XII petits prophètes, 1743, 2 vol. in-folio. Ces écrits sont en latin. Patrono avait commencé un autre ouvrage sur les contrats et rentes en usage à Naples, et sur les moyens de les affranchir d'usure; il ne l'a point achevé.

25 juillet. — Alexandre Politi, clerc régulier des écoles pies, né à Florence en 1679, fut à la fois littérateur et théologien. Ceux de ses ouvrages qui rentrent dans noire plan, sont: Philosophie péripatétique, suivant saint Thomas; Chefs principaux de théologie chrétienne ; Vie de la sœur Marie-Angèle Gini, 1738," Martyrologe romain, avec des commentaires, in-folio. Il fui professeur de philosophie, de théologie, de rhétorique et de grec, soit à Gènes, soit à Pise, où il mouiut.

8 octobre. — François-Nicolas Vicier, Oratorien, supérieur de Saint- Magloire, est connu surtout par la part qu'il prit au Bréviaire, au Missel et au Martyrologe de Paris, dont il fut le principal auteur. L'abbé d'Harcourt, doyen de Notre-Dame, eut aussi part à ce travail, ainsi que Mesenguy. Le Bréviaire fut annoncé au diocèse par un mandement de M. de Vintimille, du 17 mai 1750. Il essuya d'abord quelques contradictions. On se plaignait de quelques changements assez peu nécessaires et non motivés, et l'archevêque fit rétablir en effet les endroits qui avaient été altérés. Il parut contre ce Bréviaire une Lettre que l'on dit être du docteur Gaiilan !e, et des Remontrances ou deuxième lettre , qui étaient peut-être au-si de lui. Ces deux écrits, où il n'y avait guère de discrétion et de mesure, furent condamnés au feu par le parlement de Paris les 8 juin et 20 août 4730. On y répondit dans des Lettres de iabbé de *** à un de ses amis, qui furent attribuées à Vigier. La première lettre, en 24 pages in-4°, traite de la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes; la deuxième, du culte de la sainte Vierge; et la troisième, de la primauté du Pape. On y réfutait les critiques faites contre le Bréviaire, qui a survécu a ces attaques, et a même été depuis adopté dans plusieurs diocèses. Vigier fut élu Assistant de sa congrégation, en 1740. Il avait fait à Tours des conférences de théologie positive, fondées dans la maison de l'Oratoire.

18 octobre. — Louis de Héricourt, avocat au parlement de Paris, né à Soissons en 1087, est auteur des Lois ecclésiastiques de France, et d'un Abrégé de la discipline de V Eglise, deThoiiiassin. Le premier de ces ouvrages surtout lui fait honneur. Feller reproche pourtant à l'auteur de n'être pas assez favorable a la puissance ecclésiastique.

Mais de Hériconrt était très-modéré, en comparaison de la plupart de ceux qui ont écrit après lui sur les mêmes matières.

2o octobre. — Joseph Chevassu, curé au diocèse de Saint-Claude, naquit dans celle ville en 167-4. On a de lui des Méditations ecclésiastiques, en 6 vol. ; Catéchisme paroissial ; Méditations sur la Passion ; Abrégé du Rituel romain, et le Missionnaire paroissial, en 4 vol. Il donna sa démission de sa cure^ et mourut à Suint-Claude.

— Victor-Amédée Soardi. prêtre de Saint-Lazare, né à Turin, professa la théologie au séminaire de Saint-Firmin, à Paris. II n'est connu que par un ouvrage latin, imprimé à Avignon, en 1747, sous le litre de Doctrine actuelle de l'église gcdlicane sur l'autorité suprême du Pape , et qui fut supprimé par arrêt du parlement de Paris, du 25 juin 1748. Soardi s'efforça d'y prouver que le clergé de France reconnaissait l'infaillibilité pontificale. Son livre ne nous a pas paru bien fort de critique et de raisonnement. On en a donné une nouvelle édition à Heidelberg, en 1795.

14 janvier.— Jean-Raplisle-IVoèl Le Rouge, docteur de Soibonne, chanoine de Sainl-Louis-du-Lou\rc, syndic de la Faculté de théologie, en 1731), était neveu de celui qu'on accusa, sous la régence, d'avoir fabriqué un faux décret d'acceptation de la constitution parla Sorbonne, les opposants aimant mieux le faire passer pour faussaire qu'avouer leurs propres variat;ons. Le neveu est auteur d'un Traité dogmatique sur les faux miracles du temps, 1759, et donna une nouvelle édition de la traduction du Nouveau Testament, du P. Amelolle.

9 mars. — Jean-Jacques Rubini, archidiacre de Pesaro, est auteur de beaucoup de dissertations sur des sujets de théologie et de morale, d'une Histoire du Pélagianisme et du Semipélagianisme, d'après saint Augustin et d'autres écrits.

M mai. — Jean-Joseph Langlet, archevêque de Sens, naquit à Dijon en 1G77. Nommé évêque de Soissons en I7I5, il fut un des derniers évêques choisis par Louis XIV, et fut sacré le 23 juin de celle année. Les troubles élevés après la mort du Roi lui donnèrent lieu de montrer son zèle. Il se déclara en faveur des décisions de l'Eglise, et commença en 1718 à donner des Instructions pastorales aux appelants de son diocèse. Un de ses Mundemenls fut déclaré abusif par le parlement de Paris, qui supprima en outre une lettre que M. Languet écrivit à l'évèque d'Angonlènie sur son appe1. Le 24 juin 1719, il adressa au Régent une lettre que le Patlement con-

damna au feu. Ayant avoué celle lcltre, il fui condamné à 20,000 livres d'aumône ; mais le prince défendit de signifier cel arrèl. L'évêque de Soissons se trouva ainsi en bulle aux irails du parti janséniste. Ce traitement ne ralentit point son ardeur. Il réfuta les écrits des évêques appelants par des Instructions qui se suivirent pendant tout le temps que durèrent ces troubles, et donna des Mandements contre Le Courrayer, et contre la consultation des cinquante avocats. Ayant été transféré à l'archevêché de Sens en 3750, il y cul à soutenir de longs démêlés avec deux de ses suffragants, de Caylus et Bossuet, très-déclarés l'un et l'autre en faveur du jansénisme. Ces démêlés roulaient sur leurs Catéchismes, sur plusieurs points de doctrine et de discipline, el sur les innovations de l'évêque de Troycs dans son Missel ; celui-ci fut obligé de rétracter, en 1758, quelques-unes des dispositions de ce Missel. L'archevêque de Sens écrivit sur les miracles et les convulsions, et il en lit sentir le ridicule et l'imposture. Enfin on le vit toujours occupé à combattre ce parti. On l'en punit par plusieurs libelles, et on excita ses curés à se soulever contre lui. L'archevêque de Sens n'était point tel que ses ennemis ont voulu le faire croire. Son zèle el sa conduite faisaient honneur à son état. Ses productions annoncent des connaissances théologiques. Son style n'est pcul-être pas assez serré, mais ses raisonnements sont en général justes. On a dit que le P. de Tournemine, son ami, l'avait aidé dans la composition de plusieurs de ses écrits. Outre ses Instructions sur les querelles du temps, on lui doit aus'i quelques livres de piété, une traduction des Psaumes; de l'Esprit de l'Eglise dam ses cérémonies, contre Claude de Vert; — un Traité de la confiance en Dieu; — la Vie delà sœur Marguerite du saint Sacrement. C'est ce dernier écrit qu'on a tourné en ridicule, sous le nom de la Vie de la mère Marie Alacoque. En 1747, M. Langnel fut fait conseiller d'Etat. En 1749, il écrivit à M. de Rastignac, archevêque de Tours, au sujet de son Instruction sur les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. 11 engagea ce prélat, par deux lettres ires-pressantes, à désavouer un ouvrage où on lui prêtait un langage différent de celui qu'il avait tenu si longtemps. Il lui remontrait l'abus que les appelants faisaient de son Instruction, mais il ne réussit poinl à persuader son collègue. L'archevêque de Sens fut moins heureux encore sur un autre objet. Le S avril 1730, il porta un jugement doctrinal contre les Œuvres théologiques deBelelli et de Berti, qu'il accusait d'être favorables au jansénisme. 11 envoya ce jugement à Benoît XIV en le priant de le confirmer. Ses instances n'eurent aucun effet. Il paraît «pie l'estimable archevêque n'avait pas, dans cette circonstance, assez distingué le dogme de l'opinion. Le système augustinien, qu'il poursuivait, avait beaucoup de partisans en Italie, et s'd se rapprochait du jansénisme dans quelques conséquences, on ne pouvait les imputer à ceux qui les désavouaient. Tous les ouvrages de controverse de M. Languet ont été réunis en 2 vol. in-folio, et traduits en latin. Ce prélat eut plu-

sieurs frères, entr'aulrcs Jean-Bapliste-Josepb Langaet, curé do Saint- Sulpice, en 171-4, docteur de Sorbonne, abbé de Bernai, né à Dijon en 1675, et mort le il octobre 1750. Ce vertueux prêtre est célèbre par l'achèvement de son église, et par la fondation de l'Enfant Jésus. La consécration de son église se fil avec magnificence en 1 7 to. L'établissement de l'Enfant Jésus lui coula des sommes immenses, et suffit pour l'illustrer. Il était Irès-char.iable, vendit tous ses meubles, en 1725, pour venir au secours des pauvres, fit passer des secours à Marseille lors de la peste, et distribuait chaque année pour un million d'aumônes. MmB de Cavois lui ayant légué 600,000 livres, il n'en garda que 30,000 pour ses pauvres, et laissa le reste à la famille. Il avait résigné sa cure en 1748, et mourut à son abbaye, après avoir refusé les évè( liés de Conserans et de Poitiers.

5 août. — Jacques San Bjtali, Jésuite, né à Parme en 1GG8, fut professeur de théologie à Ferrare. Il donna au public des œuvres spirituelles et des vies des saints, et de plus désœuvrés de théologie, parmi lesquelles nous ciieions Recueil (Raccolla) de beaucoup de propositions extraites de l'histoire du Probabilismc, 1748; — \es Lettres théologico-morales pour la défense de l'histoire du Probabilismc, examinées et convaincues de fausseté, 1752; — Second recueil de propositions extraites de la Théologie morale de Concilia, 1752; — Observations sur les deux derniers tomes de la même Théologie. On voit que ces écrits avaient rapport à la querelle suscitée aux jésuites par Concilia, Patuzzi et les autres théologiens de cette école.

— Gaïtan de Bergame, Religieux capucin, né en 1660 et mort dans sa patrie, composa environ quarante ouvrages différents. Les principaux sont : Réflexions sur l'opinion probable, sur son bon usage et sur son abus, Bergame, 1759, 2 vol.; — l'Homme apostolique instruit dans le ministère de la confession; — l'Homme apostolique en chaire; — Réflexions sur l'attrition et la contrition; — les quatre Vertus cardinales, etc.

16 août. — François Illharrat oe la Chambre, docteur de Sorbonne, et chanoine de Saint-Benoît, né à Paris vers 1698, était un théo'ogien instruit et modéré, qui avait imaginé un système de conci'iation sur les matières du jansénisme. Ses ouvrages en ce genre sont, un Traité sur le Formulaire, 1750, en 4 vol.; un autre sur la Bulle, en 2 vol.; — Dissertation sur la conduite à tenir envers les opposants ci la bulle, 1745; (il y h àniail ceux qui ne voulaient pas communiquer avec les appelants) Dissertation sur la nature du jugement que renferme la bulle. 1747; (il y excuse les appelants d'hérésie.) En 1748, il désavoua ces Dissertations par une lenreadressée aux journalistes de Trévoux. Les aunes ouvrages de la CI) mbre, sur des matières d'un intérêt plus général, sont, un Abrégé de la philosophie ou Dissertations sur la certitude humaine, 1754, 2 vol., dont

l'abbé Joly de Fleury fui éditeur; Exposition claire et précise des différents points de doctrine qui ont rapport aux matières de religion, 1745, 2 vol. ; — Introduction éi la théologie, 1746; — Lettres sur les Pensées philosophiques, de Diderot, et sur le livre des Mœurs, de Toussaint, 1741); — Traité de la véritable religion contre les athées et les déistes, 1757, 5 vol.; — Traité de l'Eglise, 1743, 6 vol. 11 y a un Abrégé de la Vie de l'abbé de la Chambre, par Jean-Onier Joly de Fleury, cousin du procureur-général de ce nom, et chanoine dé Nolre-Damp de Paris. Cet abbé, fort lié avec de la Chambre, partageait ses opinions théologiques, et passa pour avoir eu part à ses ouvrages. On lui attribue la Science du salut, ou Principes solides sur les devoirs les plus importants de la religion, tirés des Essais de morale, de Nicole, 174b\ Il survécut peu à son ami, étant mort à Paris, le 27 novembre 17S5, à Page de cinquante-sept ans environ. Il avait été éditeur, en 1757, des Sermons du P. Jérôme de Sainte-Marie (Claude Joffrain), religieux Feuillant, et prédicateur, mort le 17 mars 1721.

22 octobre. — Jean-Claude Fabre, prêtre de l'Oratoire, naquit à Paris en 1668. S'élant avisé, dans une édition du Dictionnaire de Richelet, en 1709, d'insérer des articles de théologie janséniste, des éloges exagérés de Port-Royal, et des saiires contre les Jésuites, il fut obligé de sortir de l'Oratoire. Son ouvrage fut supprimé. Rentré dans la congrégation après la mort de Louis XIV, Fabre entreprit de continuer VHistoire ecclésiastique de Fleury; mais il n'avait ni l'instruction, ni le discernement, ni la mesure de son sage et pieux devancier. Il entasse sans choix dans sa prolixité fatigante, et l'histoire profme, et l'histoire de l'Fglise. Ses quinze volumes ne renferment qu'un espace de cent quatre-vingts ans, tandis que Fleury avait parcouru quatorze siècles en 21 volumes. L'abbé Goujet dans ses Mémoires] historiques et littéraires ne donne pns une idée plus favorable de Fabre et de son travail. Son style est lâche el peu correct, dit-il ; peu (Vexacliludc dans les faits. Fabre ne corrigeait jamais, et recourait rarement aux sources. Si on ait imprimé son ouvrage tel qu'il sortait de ses mains, au lieu de 14 volumes, on en aurait au moins le double. Je n'ai jamais fait qu'un volume de ce qu'il comptait devoir en faire deux. J'aurais encore diminué ce nombre si les libraires m'en eussent laissé la liberté. Malgré mes retranchements, l'histoire civile y domine encore trop. Fabre eut défense de continuer à cause de ses préjugés qui commençaient à percer à mesure qu'il approchait des temps modernes. 11 ne faut pas le confondre avec l'abbé Favre, auteur des Lettres curieuses et édifiantes sur la visite de M. des Achards en Çochinchine, mises à l'index à Rome, le 16 juin 1746.

15 décembre. — Corneille-Paul Hoynck Van Papendreciit, chanoine et grand-vicaire à Mali ne», ne à Dordrecld en. tfi.xt;. fut long-

temps secrétaire du cardinal d'Alsace. Il est auteur de V Histoire

cVUtrcchl; de six Lettres sur le schisme des prêtres jansénistes de ce pays, et d'une réponse à Broederscn.

— Antoine Prado Ventura, religieux de Tordre de la Trinité, né dans l'Andalousie en 1701, se distingua dans la prédication à Madrid

et ailleurs. Il mourut à Cordoue, laissant des Sermons sur les fe'tcs des suints, et autres écrits.

51 janvier. — Jean Cayron, Jésuite, remarquable par la sainteié de sa vie et par sa charité, se dévoua dans les épidémies qui affligèrent Rodez et Toulouse. On a sa Vie par le P. Séranne, son confrère, qui le présente comme un modèle de perfection.

3 avril. — Daniel-Charle-Gabiiel de Caylus, évoque d'Auxerre, naquit en IGO'J. Il fut grand vicaire du cardinal deNoailles, nommé, en 1704, à Tévêché de Toul, et la même année à celui d'Auxsrre. Les premier-; temps de son épiscopal furent a?scz paisibles. Le 22 mars 1711, il publia une lettre pastorale pour condamner une thèse soutenue par des Bénédictins de son diocèse, et où on renouvelait les erreurs de Bains. De Caylus exigea du professeur une rétractation de sept propositions, et des jeunes religieux un acte de soumission aux bulles contre Baïus et Jansénius. A cette démarebe éclatante, il ajouta l'acceptation qu'il lit, en 171 i, de ht bulle l'nigenitus. Il la publia par son Mandement du 28 mars. Membre de rassemblée du clergé de 1715, où l'on censura les Hexaples, il y parla encore dans le même sens. Telle avait été sa conduite sous Louis XIV; la mort de ce prince lui apporta apparemment de nouvelles lumières. Il signa, avec seize évoques, une lettre adressée au Régent pour demander des explications, et en souscrivit, dit-on, une seconde plus forte encore avec trente-un de ses collègues. Mais celte deuxième lettre est une chimère, et on n'a jamais pu en montrer les signatures. En 1717, il suspendit dans son diocèse l'acceptation de la bulle, et peu après il se mit au rang des appelants, et depuis on !c vit toujours un des plus ardents du parti anti-conslilulionnaire. 11 prit part à toutes ses démarches, signa plusieurs lettres communes aux antres évêques opposants, interdit les Jésuites de son diocèse, défendit leurs congrégations, et signala chaque année de son épiscopat par des traits d'un dévouement entier à la cause qu'il avait embia sée. Toutes les autorités furent fatiguées de ses lelircs et de ses remontrances. L'assemblée du clergé de 1750 le lit exhorter en vain à tenir une autre conduite. L'on château de Régennes était pour les opposants un rendez-vous et un asile. Les canonicats, les cures, tous les emplois

à la nomination de Pcvêque étaient réservés à des prélres en guerre avec leurs évêques, et le long gouvernement de M. de Caylus lui fournit le moyen de faire aimi de son diocèse une place forte du jansénisme. 11 conférait les oidres aux jeunes ecclésiastiques qui ne voulaient pas signer le Formulaire. En 1733, il publia avec ostentation un miracle opéré dans son diocèse par l'intercession du diacre Paris, et il alla chanter en grande pompe un Te Deum au lieu où le prodige avait eu lieu. Il changea le Bréviaire, le Missel, le Rituel et le Catéchisme de son diocèse. Ses disputes avec son métropolitain, M. Languet, furent longues et produisirent de part et d'autre beaucoup d'écrits. L'évèque avait toujours auprès de lui des conseillers destinés à nourrir et fortifier son zèle, et dont quelques-uns d'eux se laissèrent aller à des actes de fanatisme, comme on le voit dans la Vie même de M. de Caylus, tome II, page 92. Celui de ces prêtres qui mérite le plus d'être cité à cet égard, est Henri Julliot, curé de Courgy, appelant très-exalté, qui ne manquait pas de prêcher ses paroissiens contre la bulle. Ses services ne se bornaient pas à sa cure. En 1727, il avait parcouru les cantons de Tonnerre, de Chablis et de Noyers pour y chercher des adhésions à la cause de M. Soanen. Forcé de quitter sa cure à cause de son exagération, il devint l'agent de M. de Caylus, tantôt allant p;ir son ordre dans le diocèse de Sens exciter les curés contre leur archevêque, tantôt arrangeant adroitement quelques miracles, tantôt visitant les couvents des religieuses du Calvaire, et soufflant parmi elles la résistance et l'insubordination. Cette dernière affaire est une de celles qui occupa le plus M. de Caylus. Un bref de Clément XII, du 1er août 1739, avait nommé de nouveaux supérieurs pour celle congrégation. Les évoques d'Auxerre et de Troyes, qui étaient les anciens, s'opposèrent à cette nomination, et excitèrent les religieuses à ne pas la reconnaître. Ils les échauffèrent par leurs lettres et par leurs émissaires. On dicta à ces filles des remontrances, des protestations, des significations. Des avocats prouvèrent disertement qu'elles avaient toute raison de se plaindre. Les notaires ne pouvaient suffire à rédiger leurs actes, et les huissiers à les signifier; car c'était ainsi que l'on procédait, et il y eut sur cette seule affaire des écritures sans fin. M. de Caylus ne parut pas approuver les convulsions. On cite plusieurs de ses lettres contre les derniers volumes de Mongeron, contre le livre des Suffrages et contre les secours violents. En 1733, on lui présenta, dit sa Vie, un projet pour perdre les Jésuites. Il s'agissait de les dénoncer au parlement. L'évoque ne voulut pas donner les mains à celle levée de boucliers, et le complot fut différé. Nous avons parlé de la lettre que lui écrivit le duc d'Orléans sur sa conduite. Le chancelier d'Aguesseau lui fit également des représentations inutiles. Cet évéque s'était déclaré pour le schisme de Hollande, et avait donné son avis pour la consécration d'un archevêque d'Ulrecht, et ensuite pour celle des évêques de Harlem et de Devenler. H mourut à Régennes, étant depuis quatorze ans le seul

évêque en opposition avec les décrets do l'Eglise. Ses Œuvres, JT.'il, en 4 vol. in 12, furent condamnées à Rome par un décret du 11 mai 1754. Il en avait paru peu auparavant six autres renfermant les Mandements et les Lettres à M. Languet et à M. de Chacency. On croit qu'il n'y avait mis que son nom, et. qu'elles étaient soit de Duhamel, chanoine de Seignaley, qui lui prêta plus d'une fois sa plume, soit de Cadry, qui fut ron théologien et son homme de confiance soi tout depuis 174^. Ces détails sont tirés principalement d'une Vie de l'évêque, I7G5, par Dettey, chanoine d'Àuxerre, mort en 1775. Celte Vie, panégyrique continuel, est sur lotit remarquable en ce qu'on y fait de grands éloges de la déclaration du 2 septembre 1754, tandis que l'ouvrage est, d'un bout à l'autre, une infraction continuelle de cette loi.

22 avril. — Louis-Reniard la Taste, évêque de Bethléem, né à Bordeaux en 1G92, entra chez les Bénédictins de Saint-Maur, où il fit profession. Il devinlpiicurdu monastère des Blancs-Manteaux de Paris, et est principalement connu par les Lettres théologiques aticp écrivains défenseurs des convulsions et autres prétendus miracles du temps. Ces Lettres sont au nombre de XXI, et forment 2 volumes in-4°. Elles attirèrent à l'auteur un déluge d'injures et de pamphlets. Elles ne sont guère lues aujourd'hui; mais elles purent servir alors à détiomper quelques personnes. L'ouvrage est un peu long, pas autant néanmoins que les énormes recueils et les nombreuses apologies du parti contraire. D. la Taste devint successivement assistant du supérieur général de sa congrégation, évêque titulaire de Bethléem et abbé de Moirmont. Ii fut sacré le 5 avril 1739, fut depuis visiteur des Carmélites, remit l'ordre dans quelques couvents, et mourut à Saint Germain-en-Laye. On lui attribue des Lettres aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques; une Réfutation des Icttrcspacifiques, et l'édition des Lettres de sainte Thérèse, traduites par l'abbé Peiicot et Mme de Maupeou. On le supposait aussi auteur des Observations sur le refus que fait le châtelct de reconnaître la chambre royale; mais il paraît constant qu'elles sont de l'abbé Capmat lin de Chaupy, auteur des Réflexions sur la notoriété de fait et de droit.

30 avril. — François-Hyacinthe Delan, docteur et professeur de Sorbonue, chanoine el théologal de Rouen, naquit à Paris en 1G72. Exilé à Périgueux lors du Cas de conscience dont il était un des signataires, il se rétracta el obtint son rappel. Il prit part aux démarches de. la Sorbonue sous la régence, fut exc!u des assemblées de la Faculté en 1729, et signa la consultation, du 7 janvier I75;>, contre les. convulsion?. Il se déclara aussi contre les Nouvelles ecclésiastiques par vingt lettres qui parurent, en 175G et en 1757, sons le titre de Réflexions judicieuses, el dans lesque'les il allaqua aussi les Nouveaux écrivains combattus par Spanen. Il avait donné précédern*

DES ECRIVAINS (i7SK.) 443

ment deux Examens du fgurismc moderne, et faisait ainsi à la fois la guerre aux Nouvelles, aux figuristes et à Débonnaire, chef du parti opposé. On cile encore de lui une Dissertation théologique sur les convulsions ; VUsure condamnée par le droit naturel, 1753, contre Y Examen de V usure sur les principes du droit naturel, de Formey; la Défense de la différence des vertus théologales d'espérance et, de charité, 1744, sur la dispute qui s'éleva à celle occasion entre les appelants; l'autorité de V Eglise et de sa tradition défendue. De'ari paraît avoir été modéré d iris le parti de l'appel.

4e' juillet. — Charles-François Toustaix, Bénédictin de Saint- Maur, né au diocèse de Séez en 1700, se rendit habile dans les langues anciennes et modernes. Il travailla à une édition des OEuvres de saint Théodore Studite, qu'il abandonna pour le Nouveau traité de diplomatique, dont il fut rédacteur avec D. René-Prosper Tassin. D. Tou^tain est de plus auteur de Y Autorité des miracles, et de la Vérité persécutée par l'erreur; il écrivit sur le secret des saints mystères, à l'occasion de la dispute élevée par le Missel de Troyes. L'ouvrage est resté manuscrit, ainsi que quelques autres de ce savant religieux.

oaoùt. — Jean-B.iptisle Surian, évoque de Vence depuis 1728, était né en 1668, Il entra dans l'Oratoire, et s'y lit une réputation comme prédicateur. On imprima, en 1758, ses Sermons choisis pour le carême, en 2 vo1.

Octobre. — Péan, laïque, mort à Pré de Samans, est cité

comme auteur du Parallèle de la morale des païens et, de celle des Jésuites, 1756, in-8°; de Mémoires historiques sur le Formulaire, qui paraissent être plutôt de Coudrette ; du Combat de l'erreur contre la vérité, 1749, et du Combat du molinisme contre le jansénisme, 4 750, 2 vol. in-1 2.

Page 1