DE TRENTE DOCTEURS EN THÉOLOGIE, DU PARTI DES APPELANTS
Les impiétés et les infamies des convulsionnaires avaient à la fin épouvanté les plus honnêtes appelants, et ils avaient cru l'honneur de leur parti intéressé à rejeter des scènes dont ils gémissaient. Ils écrivirent contre les convulsions, et c'est d'eux que nous avons tiré presque tout ce que nous avons dit h cet égard. Le parti des appelants se trouva donc divisé en partisans et en ennemis des convulsions. Il y eut entre les uns et les autres, en 1732 et 1733, des conférences, où Ton convint de la nécessité d'établir des règles pour prévenir les écarts des convulsionnaires. Mais ceux-ci ne voulurent pas s'y soumettre. L'esprit de Dieu, qui les animait, pouvait-il être assujetti à des règles gênantes? Ils secouèrent le joug que préten-
m ANNÉE 1735.
daient leur imposer des gens sans mission, qui leur avaient appris à ne pas se rendre aveuglément à l'autorité. Les désordres continuèrent, et c'est alors que plusieurs appelants témoignèrent hautement leur horreur pour ces farces scandaleuses.
La division se mit même dans le camp des convulsionnistes (l). Les uns trouvaient tout admirable dans les convulsions, et rapportaient également tout à Dieu. Les autres voulaient qu'on fit un discernement, et c'est pour cela qu'on les appelait quelquefois les discernants; ils ne pouvaient se résoudre à diviniser des crimes. Celle seconde classe comptait à sa tête les évêques de Montpellier et de Sénez, Boursier, d'Ètemare et autres coryphées. Ce n'est pas que dans les commencements ils n'eussent montré pour toutes les conv ulsions beaucoup de zèle et d'enthousiasme. Mais il fallut bien revenir sur un jugement aussi aventuré. On leur reprocha ce changement, et on les attaqua même avec avantage sur leur système actuel. Car en disant qu'il y avait dans les convulsions des choses qui ne pouvaient venir que de Dieu, et d'antres dont le démon seul pouvait être l'auteur, ils ne savaient pas donner de règles satisfaisantes pour discerner le divin du diabolique ; et on leur prouvait que celle distinction n'avait rien de solide, et qu'il était impossible de supposer que Dieu et le démon s'y trouvassent ensemble.
Déjà plusieurs appelants connus avaient battu, par les armes du ridicule et de la raison, les scènes du convulsionnisme, lorsque, le 7 janvier 1735, trente docteurs de Paris, connus par leur attachement à la cause de l'appel, signèrent la fameuse Consultation sur les convulsions, qui devint alors l'objet de l'attention générale. Elle ne parut d'abord signée que des noms de quatre docteurs assez obscurs; mais on publiait en même temps une liste
(1) [[ On appelait Convulsionnirtts 1rs partisans ou admirateurs des convulsions. Les convulsiannalres étaient ceux qui éprouvaient des consultions. On doit comparer cet article avec ccki <|iii précède, sous la date du 17 février 1733.1]
séparée de vingt-six autres signataires, à la tête desquels on voyait les noms de Pet il pied, l'un des oracles du parti, de l'abbé d'Asfeld, frère du maréchal de ce nom et le plus célèbre des disciples de Duguet, du docteur Foui Houx, d'un certain nombre des curés de Paris, etc. On assure même qu'elle avait été concertée avec la Cour (1). Quoi qu'il en soit, rien n'est plus curieux que cet écrit, signé par des chefs même du parti appelant, et rien n'est plus propre à faire connaître les excès monstrueux où avait conduit le jansénisme. C'est pour cela que nous croyons devoir en donner une courte analyse (2).
[[La Consultation avait pur objet de résoudre les doutes d'une personne qui avait suivi les convulsions : elle a ouï dire qu'il s'était fait sur les malades des miracles auxquels il paraissait que les convulsions avaient contribué : on lui a dit que les convulsion naircs se regardent comme destinées de Dieu pour prédire et pour figurer de grandes choses qui doivent arriver incessamment dans Y Eglise \ mais le mélange de caractères opposés lui fait craindre d'attribuer à Dieu ce qui ne serait pas son ouvrage j elle cherche enfin à se fixer.
La réponse des docteurs commence par quelques réflexions générales : « Le Conseil, après un sérieux examen, » estime que pour se former une idée juste des convul- » sions, il est nécessaire de les envisager dans leur tout, » de considérer qu'elles forment une seule œuvre; que les » convulsionnaires sont unis entre eux par les liens d'une » société particulière , qui a les mêmes vues , les mêmes » fonctions, le même langage-, qu'ils veulent qu'on les » regarde comme une troupe suscitée extraordinairement » pour annoncer de concert les desseins de Dieu sur son » Eglise 5 et qu'ils se rendent les uns aux autres le témoi-
(1) Nouvelles ecclésiastiques, pour 1735, p. 50. — Journal de l'avocat Barbier, t. n, p. 75.
(2) [[ L'analogie qu'ont avec l'œuvre des convulsions certaines choses qui se passent de nos jours, nous a déterminés à présenter ce précis. M. Picot n'avait donne que la conclusion gAnéralr de la Consultation. 1]
» gnage d'être animés de l'esprit de Dieu et de parler en » son nom (l).
Les docteurs établissent ensuite quelques principes fondamentaux, et ceux-ci entre les autres, que pour juger les événements même les plus singuliers, il faut s'en tenir inviolablement aux règles reçues dans l'Eglise, et qu'on ne doit attribuer à Dieu aucune œuvre qui porte des caractères indignes de ses attributs. Puis ils répondent en détail à une série de douze questions.
1° Doit-on attribuer les convulsions à Dieu, comme à leur principe immédiat? rf. « C'est demander si des contor- » sions hideuses, des gambades, des tours de souplesse, » des indécences, des traits de folies de toute sorle, des «faussetés, des calomnies, peuvent être attribués à » Dieu dans l'ordre des miracles. »
2° Est-ce par l'esprit de prophétie que les convulsionnâmes prédisent V avenir ? çf . « Dès qu'il est avoué que ces » filles et femmes convulsionnaires, qui se mêlent de pré- » dire, s'y trompent souvent on ne peut douter que » ce n'est point par l'esprit de Dieu, mais par une témé- » rite criminelle, ou par un effet de la séduction, qu'elles » prétendent découvrir ce qui est caché. Celte décision » va devenir encore plus constante, si on considère que » c'est dans des aliénations et des transports, qui ne lais- » sent pas à ces filles le libre usage de la raison et des » sens, qu'elles font leurs découvertes ; car c'est une vé- » rité établie dans toute la tradition , que, pour être mis » au rang de ceux qui parlent par l'esprit de Dieu, il faut » être maître de son esprit et de ses sens. »
(Les convulsionnistes, dans leurs réponses à la Consultation, lui ont reproché de n'avoir indiqué que des filles et des femmes qui avaient des convulsions. « Il y a, disent-ils, » un tiers d'hommes de tous les ordres : il y a plus de huit » cents convulsionnaires à Paris de tous états, etc.) (2). »
(1) Consultations sur les conduisions, p. 8.
(2) Nouveau plan de ré/lexions sur la Consultation, 1735, cité dans le» Nouvelles ecclésiastiques <lo 1735, p. 5f.
3» et 4° Est-ce par le mouvement de l esprit de Dieu que les convulsionnâmes demandent ces secours cruels, qui, par eux-mêmes 9 paraissent plus capables de blesser et de tuer que de soulager? « Kf. Il est d'une pleine évidence que » celles qui demandent ces secours pèchent gravement >> contre le cinquième commandement. En vain on allègue » que ces secours les soulagent réellement. Car ces re- » mèdes étant par eux-mêmes meurtriers, rien ne peut en » empêcher l'effet que Dieu ou le démon. Or, ce seraitune » illusion manifeste que de prétendre que Dieu inter- » vienne ici par un miracle qui se renouvelle sans cesse » et à des heures marquées. » A plus forte raison ceux qui donnent ces secours sont très-coupables.
5° Que penser des discours des convulsionnaires ? Rf. Les docteurs, après avoir observé que dans les discours mêmes qui paraissent an-dessus de l'âge et de la portée de ceux qui les tiennent, il n'est pas certain « que ce ne soit pas » l'effet d une imagination vivement remuée, comme il » arrive dans les maladies de vapeurs, » répondent que, si l'on a recours à un agent surnaturel, on ne peut les rapporter à Dieu. « On trouve dans leurs plus beaux dis- » cours un système propre aux convulsionnaires, et qui » porte avec soi la preuve d'un vrai fanatisme : c'est que » la 'venue d'Elie est très -prochaine ; quelle doit étrepré- » cédée par des victimes ; que ces victimes sont des per- » sonnes de l'un et de l'autre sexe, qui doivent répandre » leur sang pour la vérité ; que la colère de Dieu étant » apaisée par le sang de ces victimes, il enverra ce pro- » phète pour renouveler l'Eglise ; que le sang de ces vie* » limes, mêlé avec celui de Jésus-Christ, est le fondement » de la miséricorde que nous attendons. Car on est allé » jusqu'à cette folle impiété, etc. »
6° Les épreuves qui se font sur les convulsionnaires par l'attouchement des reliques ou autres choses équivalentes, sont-elles légitimes? Rf. « On ne peut douter que tant de » personnes de tout rang et de tout sexe, qui se mêlaient » de réitérer sans règle et sans mesure ces sortes d'expé-
» ricnces, et qui le faisaient sans scrupule par l'applica- » tion superstitieuse d'une infinité de choses différentes, )> ne se soientrendues coupables du péché de tenter Dieu.»
7» Que penser des convulsionnaires qui s'ingèrent de faire des fonctions hiérarchiques, comme de dire la messe, de baptiser, d'imposer des pénitences , de bénir des prêtres, etc. ? b[. Les docteurs s'élèvent avec toute la sévérité convenable contre cet excès a" orgueil outré et révoltant, principal caractère de V œuvre des convulsions, qui a |X>rté de pauvres filles à faire des représentations de ce genre, comme aussi à s'attribuer le pouvoir d'opérer des miracles, de guérir des aveugles, et ce qui est le comble de la folie, de ressusciter un enfant mort (on citait un exemple de cette tentative), mais surtout contre les ecclésiastiques qui autorisaient de leur présence et de leur coopération ces profanations visibles de ce que la religion a de plus sacré.
Pour être justes, nous dirons qu'on a reproché à la Consultation d'avoir accusé simplement les convulsionnaires de dire la messe, ce qui aurait clé un attentat que les lois punissaient du feu , tandis qu'il ne s'agissait que d'une simple représentation, sans pain ni vin, ni ornements, ni apparence d'autel (1). Cette observation n'empêchait pas que, pour le reste, la Consultation ne fût fondée.
8° Les convulsionnaires se donnaient comme des tableaux mouvants et parlants, par lesquels Dieu représente les choses intéressantes pour l'Eglise. Les docteurs représentent combien est absurde une telle prétention, «dans » des personnes immodestes, menteuses, orgueilleuses, » cruelles envers elles-mêmes, comme sont celles même » qui ont le plus attiré l'admiration. »
9° La Consultation fait voir tout ce qu'avaient de criminel et d'ignominieux les immodesties des convulsionnaires, malgré les significations allégoriques par lesquelles les écrivains qui en étaient les partisans cherchaient à les excuser.
(1) Nouvelles ecclésiastiques, 1736, p. 6.— * Expose touchant les convutsto is, par l'abbé «TKicinarc.
1 0° Dans la supposition quil s' est fait des guérisons surnaturelles avec les convulsions, et entre les mains ou par le ministère des convulsionnaires , en peut-on conclure le divin de leur état? b[. Les docteurs , après avoir montré combien il était déraisonnable d'exiger qu'on croie des fails de celte nature sur des bruits populaires, ou sur le rapport de personnes intéressées, « n'hésitent pas à ré- » pondre que, si elles sont réelles, si on les croit d'un » ordre supérieur à la nature, il ne reste qu'à recourir à » un agent fort distingué de Dieu ; » et ils en donnent pour preuves cet assemblage monstrueux de vices, cet état d'aliénation, qui accompagnaient les convulsions.
1 l°et 12° Les docteurs concluent qu'on ne peut admettre dans l'œuvre des convulsions un mélange, consistant à dire que Dieu y entre pour quelque partie. Cette idée de mélange choquant également les notions du bon sens et celle de la religion, puisque a c'est dans le même moment » ou les convulsionnaires font de beaux discours, des prières » touchantes, etc., qu'elles se prêtent à des attitudes » immodestes, etc. On n'a plus rien à attendre pour ju- » ger; tout réclame contre: la majesté de Dieu, la sainteté » de son culte, l'honneur de l'Eglise, la pureté des mœurs, » le bon ordre exigent de tous ceux qui s'intéressent au » bien de la religion, qu'ils concourent à faire cesser un » scandale qui a duré si longtemps, etc. >> ]]
Cette consultation , ayant été rendue publique, devint un grand sujet de scandale pour tout le parti, qui se trouvait divisé en trois fractions , des convulsionnistes , des discernants ou mélangistes, et des anti- convulsionnistes. Les deux premières se récrièrent avec vivacité contre les décisions de la troisième. « On vous a vus, disaient-ils, approuver ce » quevous rejetez aujourd'hui. Pendant plus d'un an, vous » avez reconnu dans les convulsions l'œuvre de Dieu » même. Quel sujet de triomphe pour nos ennemis com- » muns î Vous souscrivez à leurs principes; vous leur four- » nissez des armes, vous anéantissez le3 preuves glo- » rieuses sur lesquelles s'étayait noire appel. » Ils repro-
;i82 AlS>iÉfc) 1735.
chaient encore aux docteurs de se séparer desévêqi pelants(savoirceuxde Se nez, de Montpellier et d'Àuxern et de rompre ainsi avec les pères et les colonnes Eglise. Au reste, ce qu'il y avait de plus clair dai dispute, c'est que ces divers partis se terrassaient l'autre. Les trente docteurs avaient fort bien qu'on ne pouvait admettre les convulsions < mais ils avaient gardé le silence sur les prétendus miracles^ qu'on attribuait au diacre Paris ; ils ne disaient pas un mot qui lut relatif au tombeau. Les partisans des convulsions, en répondai t à ceux de leurs adversaires qui reconnaissaient encore les miracles, leur démontraient qu'ils étaient tellement liés avec les convulsions, qu'on ne pouvait rejeter les unes sans proscrire aussi les autres. C'étaient le même tombeau, les mêmes reliques, les mêmes invocations qui produisaient les convulsions et les miracles. De ces raisonnements réciproques on devait conclure que ces deux sortes de prestiges méritaient le mépris et l'horreur, et qu'il ne restait aux nppclautsquc la honte d'avoir vanté tout, au moins pendant quelque temps , et d'avoir comme divin ce qui ne pouvait être regardé < l'œuvre du démon ou le fruit de l'imposture.
— Vers le même temps. Divisions au si nisME. Nous avons déjà remarqué que les convulsions paraissent être venues du figurisme, c'est-à-dire de la manie de voir partout des figures dans l'Ecriture sainte. Ce système, qui, renferme dans de justes bornes, ne présente rien que de louable, de sage et de conforme à la tradition, devient ridicule quand on l'outre, comme faisaient \esjiguristes de ce temps-là. Le plus célèbre d'entre eux, l'abbé d'Étemare, avait été disciple de l'abbé Duguet; mais il alla bien plus loin que son maître, et nous avons déjà rapporté jusqu'à quel excès il portait cette manie de voir partout des allégories (l). 11 avait insinué ces idées dans des livres, dans des conférences publiques, dans des
(!) Voyez plus baut,p. 333.
entretiens particuliers. Elles trouvèrent aisément accès clans des têtes disposées à l'illusion. On crut voir ce qu'on désirait, et les convulsions parurent l'accomplissement ou du moins le présage du renouvellement général qu'on attendait dans l'Eglise. Ce parti des figuristes devint pendant un temps dominant dans l'appel (1). Le docteur Boursier, le diacre Poncet, Le Gros, Mongeron, le gazetier La Roche, les évoques de Montpellier, de Sénez et de Babylone étaient, après l'abbé d'Etemare, les principaux de ce parti , et ils le soutinrent par leurs écrits. Après eux venaient des noms moins connus, le P. Boyer, l'abbé de Fernanville, l'abbé Coudrette, l'abbé Nivelle, agents subalternes, qui suivaient les ordres et exécutaient les commissions de Boursier et d'Etemare. Tous jouèrent un rôle dans les convulsions. On les vit s'agiter en faveur de Vœuyre, assister avec dévotion aux assemblées des convulsionnaires, et préconiser comme des choses divines les scandales et les excès qui s'y commettaient. 11 y en eut même qui prirent une part plus active encore a ces excès. Dn Tronchet, agent de Boursier, devint fameux sous le nom de frère Victor. C'était un prêtre du diocèse de Tours, qui déshonora son caractère par sa conduite. D'autres prêtres, dont quelques-uns appartenaient à une congrégation respectable, mais qui n'avait pas été inaccessible à la séduction , des laïques, des avocats, des religieux , on a honte de le dire, se signalèrent par un aveugle dévouement à des pratiques monstrueuses.
Au parti des figuristes s'opposa un autre parti, qu'on appela les anti-figuristes. A leur tête était un docteur de
(1) Le diacre Paris passait pour avoir été très-attaché au Jtgurisme. Formé à l'école de l'abbé d'Asfeld, il croyait voir dans les faits relatifs à la Constitution la grande apostasie prédite par saint Paul : il soupirait après la venue d'Élie, etc. En conséquence, une des dévotions du parti était de demander à Dieu la venue d'Éiie, libérateur des persécuté* cl réparateur de l'Église.
On peut voir une formule de ces prières, alors fort répandues dans le Supplément aux Nouvelles ecclésiastiques de 1735, p. 80. Ce Supplément aux Nouvelles était un recueil périodique , qui avait pour objet de réfuter les Nouvelles.
Sorbonfte, appelant, l'abbé Débonnaire, qui se rendit alors fameux par le zèle avec lequel il combattit le Jigurisme et les convulsions. 11 s'unit pour cet effet avec plusieurs appelants , tels que l'abbé Boidot , le docteur La Tour, chanoine de Laon, l'abbé Mignot, et ils produisirent plusieurs écrits qui soulevèrent contre eux les amis du ftgurisme. Desessarls, dit Poncet, se signala particulièrement contre eux, et fit adopter par Tévéque de Sénez une lettre du 20 juin 1736, contre ce qu'il appelait leurs erreurs. On les accusa de témérité et même de socinianisme. L'abbé Débonnaire fit tète à l'orage avec une constance imperturbable. Il prouva par des écrits multipliés qu'il ne s'effrayait pas des contradictions (l).
Entre son parti et celui des purs Jiguristes, s'élevait un parti mitoyen qui prétendait s'éloigner également de tout excès. Ce parti était celui des docteurs signataires de la consultation du 7 janvier 1735, qui, en réprouvant les convulsions, ménageaient le figurisme. Les principaux de ce parti étaient Besoigne , d'Asfeld, Delan, Fouilloux , Pctitpied. Le premier publia l'écrit intitule le Juste milieu. Il paraît auteur, avec l'abbé d'Asfeld, de trois écrits contre les discernants et les mélangistes. Delan rédigea les Réflexions judicieuses et les Dissertations sur les convulsions.
Ainsi, de chaque coté, c'était un déluge intarissable d'écrits, de pamphlets, de libelles, de dissertations raisonnées. Chaque parti croyait écraser les autres par des preuves sans réplique. La liste seule de ces brochures remplirait des volumes. Nulle controverse ne fut plus animée, nulle ne montra mieux la nécessité d'une autorité. Car, comment en imposer à des gens qui étaient exercés
(I) ta Lettre h Nicole, Y Examen critique , physique et théologique des convulsions , les Observations apologétiques , les neuf lettres sceptiques, les Réponses de l'auteur des trois Examens, Y Esprit en convulsions, plusieurs lettres aux évoques de Montpellier et de Séncz , d'autres Réponses aux auteurs des Réjlexions judicieuses et du Juste milieu, furent les fruits de cette controverse aujourd'hui oubliée.
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de longue main à ne pas se rendre à ia voix des chefs et des pasteurs? Il n'y eut pas jusqu'au frère Augustin, dont il sera bientôt parlé, qui ne publiât ou du moins ne Ht publier des écrits en sa faveur. Les apologies, les défenses, les récriminations se succédaient sans fin. La discorde était au comble, et un de leurs écrivains, l'auteur de la Table des Nouvelles^ convient que c'était une tentation terrible de se voir ainsi aux prises les uns avec les autres. Ils réalisaient ainsi malgré eux le sort prédit à tous ceux qui se séparent du tronc, qu'ils ne pourront conserver l'union entre eux. Au-dessous naissaient une infinité de branches : il y eut les augustinistes, les vaillantistes , les ottinistes , les margouillistes , les mongeronistes(l), et d'autres espèces de fanatiques.
Où retrouver, au milieu de celte lutte et de ce désordre, cette unité et cette union qui font le caractère de l'Eglise véritable? Que serait-ce si nous montrions de quelle manière chaque parti se traitait réciproquement, et quels portraits ils traçaient les uns des autres ? On verrait com • bien les colonnes de l'appel étaient ébranlées, et ce que pensaient les uns des autres les meilleures têtes du parti. On peut consulter à cet égard la dix-neuvièmeZe/fre^eologiquede D. la Taste , qui a rassemblé les jugements curieux que ces hommes portaient mutuellement de leurs adversaires, et qui s'est amusé à les mettre en scène d'une manière fort piquante. Ils se sont plaints de lui très-vivement ; commesi c'était à lui qu'ils eussent dû s'en prendre decestémoignageshumiliantsprisdans leurs propres écrits.
— Le 18 janvier. Le p rocu re u r - g én é k al au parlement de Paris dénonce des ccnvtjlsionnaires. Nous disions tcut à l'heure que parmi les partisans des convulsions un certain nombre persistait à tout diviniser dans l'œuvre. Un fanatique appelé Paillant, prêtre du diocèse de
(1) Il sera parlé, dans l'article suivant, d'Augustin, de Vaillant , de Mongeron. « On a donné le nom de Margouillistes aux membres d'une secte obscure et peu connue, qui s'est montrer dans le Forez. » Complément du Dictionnaire de l'Académie.
Troyes, prétendit être Elic en personne, fit toutes Sortes d'extravagances, et l'ut enfermé l\ la Bastille , où je crois qu'il mourut. 11 trouva des ecclésiastiques qui le reconnurent pour Elie. Un anlre, nommé Augustin ou Coz, dont nous nous garderons bien de décrire les folies, les sacrilèges et les désordres, sous un voile hypocrite, couvrait les plus effroyables turpitudes; et cet être affreux, qui se disait le second Jean, le précurseur d'Elie, l'homme sans péché, l'Agneaifsans tache, eut des sectateurs et des disciples qui imitèrent et son langage impie et ses crimes. Plus ils commettaient d'horreurs dans leurs orgies , plus ils recherchaient l'ombre, et étaient attentifs à n'admettre que leurs admirateurs à leurs assemblées; mais ils étaient en assez grand nombre, et trouvaient aisément à se recruter dans celte foule d'êtres dépravés que recèle la capitale. Ce fut de celte classe que se plaignit principalement le procureur-général. 11 s'éleva contre le fanatisme de gens qui, sous prétexte de convulsions, enseignaient une doctrine pernicieuse. Il en rapporta quelques traits, et déféra un recueil imprimé de discours tenus par des convulsionnaires, et dont nous avons cité quelques passages, qui méritaient bien en effet toute l'attention des magistrats. M. Gilbert désigna spécialement cet Augustin dont nous venons de parler, et trois ou quatre de ses partisans.
La Grand'Chambre ordonna d'informer. On entendit plusieurs témoins ; Augustin et un de ses disciples furent décrétés de prise de corps. On prononça la même peine contre quatre ou cinq convulsionnaires ; trois filles furent enfermées. L'alarme se mit parmi leurs partisans. C'était déclarer ouvertement la guerre aux saints. On se remua en faveur de ces filles; on présenta en leur nom au Parlement trois requêtes, que l'on osa imprimer, et qui étaient une apologie des convulsions. Un conseiller, que nous verrons bientôt se signaler par une démarche imprudente, de Mongeron, en était Fauteur. Ces requêtes furent appuyées par une consultation d'avocats. Douze jurisconsultes, du nombre de ceux qui s'étaient déclarés
contre le concile d'Embrun, et les mêmes à peu près qui écrivirent en faveur des miracles de Saint-AIédard, prirent la défense des trois convulsionna ires, en remontrant que c'était là une œuvre de Dieu, au il n'était pas donné au bras de V homme de pouvoir .empêcher. On n'avak rien oublié pour gagner la Grand'Chambre. Deux de «ces messieurs , fort dévoués aux miracles, avaient plaidé pour les soutenir. D'autres conseillers avaient donné des déclarations écrites en faveur d'une des convulsionnantes. -Enfin il fut arrêté de délarer simplement les requêtes des trois filles non admissibles pour le présent. Ce fut avec cette indulgence que le Parlement termina une affaire, dans laquelle on avait espéré qu'il montrerait doutant plus de vigueur, que le mal avait fait plus de progrès , et que c'était un moyen de répondre à ceux qui taxaient les magistrats de partialité.
— Le 18 février. Arrêt du parlement de Paris, contre ■■une Instruction pastorale de l'archevêque de Cambrai, et contre des thèses soutenues en Sorbonke. Pendant que le* magistrats montraient tant de mollesse d'un coté, ifs déployaient, de l'autre, toute leur sévérité. M. de Saint- Albin , archevêque de Cambrai , avait donné, le 14. août précédent, une Instruction pastorale où il citait, pour appuyer ce qu'il avançait , les trois bulles contre Baïus, un décret de l'inquisition et la bulle Unigenitus. A peu près dans le même temps, il avait été soutenu en 'Sorbonnc une thèse, où il était dit que tour cadioUque ^est obligé d acquiescer aux bulles contre Baïus.
Ces épouvantables erreurs enflammèrent le zèle d'un -conseiller aux Enquêtes, <qui, le -21 février, déféra aux -chambres l'Instruction pastorale et la thèse. La déooocia- -tion fut longue; c'était une espèce de diversion qu'on Avait ménagée pour détourner l'attention du public, et empêcher les suites que l'on craignait des informations ordonnées contre les convulsionnaires. L'Instruction et la Jhèsc furent remises aux Gens au roi, qui firent leur rapport le 18, et requirent la suppression des deux écrits:
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mais un arrêt aussi simple ne satisfaisait pas les plus ardents. Il y eut des discours, tous plus forls les uns que lés autres. On eût cru être dans une école de théologie , tant on y raisonna sur ces sortes de matières, si ce n'est pourtant qu'on y traitait mal les papes, les évéques et les décisions les plus solennelles, et qu'on y tranchait fort légèrement lesquestions les plus délicates. L'abbé Pucel le, surtout, y parla avec sa véhémence ordinaire, et ce fut par son avis qu'on rendit l'arrêt qui supprimait l'Instruction de l'archevêque, comme contenant des principes contraires aux maximes du royaume, soit en citant un décret de l'inquisition, soit « en proposant , comme des règles certaines aux- » quelles tout fidèle est obligé de se soumettre de cœur et » d'esprit, des bulles non reçues dans le royaume , non » revêtues de lettres-patentes registrées en la Cour, et qui » n'ont acquis par aucune décision de l'Eglise, et ne peu- » vent avoir par leur nature le caractère des règles de » foi. » Comme l'archevêque , en parlant du roi, l'avait appelé Sa Majesté très-chrétienne , le Parlement trouvait un abus dans ces expressions et faisait au prélat défense de s'en servir , et lui enjoignait de parler du seigneur roi dans des termes qu'il convient à des sujets d'employer en parlant de leur souverain seigneur (l). On ordonnait également que la thèse serait pareillement supprimée, et l'on mandait devant la Cour le syndic et le répondant.
Ainsi le Parlement décidait sur des questions qui n'étaient pas de sa compétence, et il en décidait contre les décisions même de l'Église. 11 anéantissait l'autorité des bulles contre Balus. Il répétait encore que ces bulles et les autres n'avaient acquis , par aucune décision de l'Église, le caractère des règles de foi ; comme si l'acceptation de l'Église ne su Élisait pas pour leur donner ce caractère , et qu'il fût besoin pour cela d'une nouvelle décision, sur laquelle on pourrait élever les mêmes difficultés, et
(1) « Pour le coup, dit l'avocat Barbier, en parlant de cette partie de l'ar- • rét , voici une vraie querelle d'Allemand ; aussi le discours de l'avocat-gé- » néral est-il un vrai galimatias, t. n, p. 109. »
comme s'il avait fallu, par exemple , un nouveau concile général pour décider que celui de Trente était œcuménique. Enfin, le Parlement oubliait que l'enregistrement des constitutions des papes, en matière de doctrine, était d'un usage moderne ; que Louis XIV l'établit, pour la première fois, en 1665, lors de la bulle d'Alexandre VII; qu'on ne l'avait pas suivi pour celle d'Innocent X; et que regarder cette formalité comme nécessaire pour donner de l'autorité aux décisions dogmatiques des papes , c'était abuser, pour les anéantir, de ce que Louis XlV avait introduit pour les faire mieux exécuter.
Dès le lendemain de l'arrêt, le roi évoqua à lui la connaissance de cette affaire, et fit défense au syndic et au répondant de comparaître au Parlement. Les magistrats firent des représentations. D'un autre côté, la Faculté présenta un Mémoire, et plusieurs évêques en dressèrent un en faveur de leur collègue. Le 10 mai intervint un arrêt du Conseil du roi , par lequel le prince ordonnait que les qualifications données à l'Instruction et à la thèse, seraient comme non avenues et nulles, recevait le prélat et la Faculté opposants à l'arrêt, et remettait les deux écrits au même état qu'auparavant : ce qui n'empêcha pas que, quelques jours après, le Parlement ne supprimât encore une lettre de l'archevêque de Cambrai, et ne déclarât un bref du Pape abusif, parce qu'on y prenait la défense de l'Instruction et de la thèse attaquées.
[[Les suites de cette affaire se prolongèrent jusqu'cnl 737, et elles se compliquèrent avec le bruit qu'excita un autre événement. Dans le cours de janvier 1737, un chanoine de la collégiale de Saint-Aimé de Douai, qui depuis plusieurs années avait été interdit de toutes fonctions des saints ordres, à cause de son opposition publique à la Constitution, était mort privé des sacrements ; on lui avait refusé la sépulture ecclésiastique; et, malgré les réclamations de la famille, la police locale l'avait inhumé dans un lieu profane (1). Ce fait, déuoncé au Parlement de Paris,
(ï) Nouvelles ecclésiastiques, 1737, p. 29.
fut traité dë scandale j de tentative de sthisme, etc. Le 6 avril, le Parlement présenta des remontrances contre l'arrêt du Conseil du 10 mai, renouvela ses plainte» contre l'Instruction de l'archevêque de Cambrai; traita ce qui Tenait d'arriver èt Douai entreprise alarmante , et attaqua de nouveau l'obéissance due à la Constitution «
Le chancelier d'Àguesseau fut chargé de faire parvenir, au nom du roi, une réponse motivée, dans laquelle il insistait surtout sur ce reproche que faisait le Parlement aux bulles contre Balus, qu'elles n'avaient pas été promulguées en France^ avec le concours de l'autorité temporelle : car c'était l'objet principal de la contestation. « Vouloir, di- » sait cé magistrat, que le fonds même de la doctrine déw peride nécessairement de la formalité d'une publication » solennelle ; exiger, pour que les décisions des papes ac- » quièrent une entière autorité, que le consentement de » l'Église soit toujours exprès et jormel, ce serait s'élever » également contre le vœu commun des théologiens de » toutes les nations et de toutes les écoles, contre la doc- » trine constante de l'Église gallicane; contre les témoi- » gtiages de ceux même qui, dans les derniers temps, ont » été les moins soumis à l'autorité de l'Église. Le zèle des » plus dignes défenseurs de nos maximes ne les a pasem- » péchés de reconnaître, avec l'approbation du Parlement, » que toute décision dogmatique qui est reçue par une » acceptation expresse ou tacite de toute l'Eglise, soit une )> partie de sa doctrine j par conséquent qu'elle mérite » l'appui et !a protection du prince, et surtout du roi très* )> •chrétien, etc. »
Celte réponse produisit au Parlement une très-grande rumeur. Après une discussion, dans laquelle se distingua surtout l'abbé Pucclle , un arrêté fut pris à «ne immense majorité de voix pour faire au roi de nouvelles remontrances, afin qu'on ne vît pas figurer dans les registres du Parlement un acte revêtu de son nom , qui contenait -des pfincipès contraires aux droits les plus inaliénables de 4a souveraineté pour le concours du sacerdoce et de V empire.
AWÉB 1735. 301
Un extrait de ces nouvelles remontrances fera bien comprendre jusqu'où allaient les prétentions do cette Cour et
les prétextes qui les couvraient. « Si Votre ftfojesté ne peut
» donner aux fidèles des règles de croyance, elle seule peut » donner des lois à l'État. Nous conviendrons volontiers » avec les théologiens que le consentement exprès ou tacite % » donnépar l'Eglise aux décisions des papes, sullit pour mé- » riter l'appui et la protection du prince ; nous convien* » drons encore avec eux que la véritable preuve du copsen- » tementtoc/te est l'observation uniforme et la prédication » commune : mais le consentement de l'Église ne fait pas » ces décisions lois de l État. Que s'il plaît à Votre Majesté » de leur donner cette sorte d'exécution que V Église ne » peut leur procurer par elle-même , ce n'est qu'après un » examen préalable, non du fonds, mais des caractères » extérieurs de ces décisions. Ceux que Votre Majesté charge » de celte importante décision, ne peuvent s'en acquitter » que par un examen scrupuleux qui les mette à portée » de reconnaître si le droit des évéques comme juges né- » cessaires de la doctrine y a été conservé; si dans le » concert des suffrages la liberté n'a point été gênée ; s'il » ne s'est rien glissé sous le nom de doctrines, qui blesse » les maximes du royaume, qui tende à troubler la tran- » qu illité publique, ou qui puisse attaquer les droits inalié- » nables de la souveraineté : tels sont les principes dont » votre Parlement ne s'est jamais écarté (1). »
La réponse du roi fut bien faible : a Je saurai mainte- » nir toujours les maximes de mon royaume \ et je compte » aussi qu'on ne s'écartera jamais du respect qui mTest » dû. » L'arrêt du Conseil contre lequel réclamait le Parlement fut maintenu. Qui ne déplorera ces tiraillements continuels entre lesquels flottait le pouvoir ? Qui ne voit aussi où conduisaient les vues de la magistrature?]]
— [[Le 26 février. Démission de l'éveque de Sai»t-Papodl. Au milieu de tant de choses étranges, cet acte fut une des
(1) Afotwtllti HttêêiiuUQuu, pottr fîlf, f« M,
plus singnlières.L'épiscopat français, à l'exception de quatre ou cinq vieux évêques, connus depuis longtemps par leur opposition, travaillait avec unanimité à amener les fidèles à la soumission à l'Église, lorsque tout à coup M. de Ségur, évêque de Saint-Papoul, dans un Mandement par lequel il adressait sa d 'mission, fil la confession publique la plus bizarre qu'on puisse imaginer. Le prélat, après avoir raconté les premières années de sa vie , son séjour à l'Oratoire, dont il avait fait partie quelque temps, expliquait comment il avait cédé à la tentation de désirer ce qu'il y a d'extérieur et d'éblouissant pour les charnels dans le royaume de Jésus-Christ. Pour arriver à l'épiscopat, il était sorti de la Congrégation de l'Oratoire ; et après être devenu grand-vicaire d'un diocèse (celui de Laon) où l'opposition à la bulle était alors presque universelle, non-seufemont il avait renoncé à l'appel , mais il avait employé tous les moyens pour y faire renoncer les autres-, comme pour obliger les ecclésiastiques à la signature pure et simple du formulaire. 11 avait suivi la même conduite, depuis qu'il avait été élevé sur le siège de Saint-Papoul : il avait montré dans des instructions pastorales le respect dû à la bulle; il avait condamné le fameux Mémoire des cinquante avocats contre le concile d'Embrun. C'étaient ces actes qu'il déplorait et qu'il rétractait. Prosterné aux pieds de l'évéque de Sénez, il déposait dans ses mains sa démission de l'épiscopat pour réparer les grandes et très-grandes fautes qu'il avait commises. Tel fut le fruit des liaisons secrètes que ce prélat entretenait avec les réfractai res(l).
Si les vrais fidèles furent contristés d'une telle lettre pastorale, si plusieurs évéques se crurent obligés de réclamer contre ce scandale, on comprend qu'elle excita des cris de joie dans le parti. « Qu'ai-je fait à Dieu, lui écrivait le » vieil évêque de Sénez: je ne vois plus rien à désirer pour n> le triomphe de la grâce, et pour la gloire de mes liens ; » je mourrai donc en paix, etc. » Les évêques de Montpel-
(I) Lafifaii, Histoire de la Constitution, t. vi.
lier et d'Auxerre admiraient ce miracle, etc. (1) Les avocats du barreau de Paris écrivirent au prélat une lettre de félicitations. Le Conseil du roi n'en jugea pas de même, et un arrêt supprima la lettre. Quant à la démission, évidemment elle ne pouvait être refusée. ]]
— Le 17 mai. Julien de Lizardi est massacré par les sauvages. Le P. Julien de Lizardi, jésuite espagnol, travaillait depuis plusieurs années dans les missions du Paraguay. Il était venu pour protéger et pacifier les tribus de néophytes voisins de Tarija; il fut fait prisonnier dans une invasion des Cbiriguanes; et, après avoir enduré de cruels tourments, il fut percé de flèches, ainsi qu'un catéchiste indien qui avait été pris avec lui. On retrouva son corps qui fut enterré avec honneur à Tarija, sur le Potosi (2).
— [[ Les H et 17 septembre. Clôture de l'assemblée générale du clergé. Nous avons déjà observé que l'assemblée de 1735, dans le désir de contribuer à maintenir le calme intérieur, n'avait pas voulu entrer dans la discussion de matières délicates qui lui étaient proposées (3). Aux douze millions offerts par l'assemblée extraordinaire de l'année précédente (4), celle de 17 35 joignit de nouveaux dons, avec d'autant plus de facilité, que la France avait été toujours heureuse dans ta guerre qu'elle soutenait à cette époque. L'assemblée renouvela sa demande par rapport à
la tenue des conciles provinciaux , que les évêques re- • gardaient comme le seul moyen efficace pour remédier aux maux de r Eglise (5); et elle réclama contre plusieurs abus d'insubordination envers l'autorité des Ordinaires, qui se glissaient jusque dans les monastères de filles. Avant de se séparer, les prélats écrivirent au Pape ,
(1) Toutes ces lettres étaient publiées dans les Nouvelles, 1735. {%) Quelques autres détails sont donnés par M. Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, t. v, c. u.
(3) Voyez plus haut, p. 363.
(4) Harangue faite au roi par l'évêque de Valence, pour la clôture, dans le Recueil des Actes et Mémoires concernant le clergé de France, p. 1778.
(5) Cahier des remontrances, dans le même Recueil, p. 1690.