‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le XVIIIe siècleChapitre 12 sur 17 · ANN$E · texte numérisé non relu

ANN$E

le 1 7 septembre, deux lettres distinctes, pour presser la canonisation de saint Vincent de Paul, et de saint François Régis, qui netaient encore que béatifiés. Elle appelle saint Vinceut de Paul « ce prêtre illustre, aux soins et «aux infatigahles travaux duquel l'Eglise doit principale- » ment, dans nos contrées, le renouvellement de la disci- » pline, la correction des mœurs, raffermissement de la » foi, la propagation de la piété , la décence et l'éclat » rendus aux saintes cérémonies, etc. >» Elle s'exprimait aiusi au sujet de saint François Régis ; « Très-saint Père, » présentez au monde qui vieillit ce modèle actif de la » charité apostolique ; donnez aux peuples qui nous en- » tourent un nouveau défenseur ; accordez à une société, » qui a bien mérité, de l'Eglise, cet encouragementjdansses » travaux, qui sera pris dans son propre sein, etc. » JJ

— Le 8 novembre. Nowelle Instruction qb ^'archevêque m Paris al sujet des i rétenpls miracles. La division, qui régnait au sujet des convulsions et figurisrne> ne rendait pas les partisans du jansénisme plus réservés, relativement aux miracles du diacre Paris. L'arpbevpque de Sens, pwguct, ayant publié à ce sujet une savante Instruction , vingt-trois curés de Paris, les mêmes qui, dès le temps du cardinal de Noailles, avaient fait des démarches publiques pour faire reconnaître par l'autorité ecclésiastique cinq de ces miracles, se prétendirent diffamés; ils avaient présenté au Parlement» le 5 mai 173.'), une requête tendant à faire déclarer cette Instruction abusive. .Ils y soutenaient la réalité des cjn,q jnjracles, et ils en rapportaient treize autres comme incontestables. M. de Yintimille ne crut pas pouvoir garder le silence sur un acte de cette nature ; et il publia, le £ novembre 1735, une Ordonnance, accompagnée de toutes les pièces justificatives, pour démontrer la fausseté de ces allégations. Il y faisait voir que jamais aucun procès-verbal régulier n'avait été fait sur les prétendus miracles; que la requête des curés donnait comme t délies dei guérisonn, dont les unes étaient démenties

par l évidence des faits, et dont les autres n'avaient aucun des caractères qui conviennent aux miracles. \\ faisait ressortir les contradictions dans lesquelles tombaient les partisans des miracles , en voulant les détacher des convulsions, avec lesquelles ils étaient inséparablement liés. Enfin il insistait sur un principe supérieur et fondamental , « qui obligeait à rejeter tous ces miracles » sans discussion même et sans examen .* c'est que nul » prodige qui combat l'autorité des pasteurs ou la doc- » trine qu'ils enseignent, ne peut venir de Dieu, qui » n'est pas contraire à lui-même, et ne peut renverser ce » qu'il a édifié : d'où il suit que le prodige, dans ce cas, m est un faux prodige, ou qu'il ne peut être atttribué » qu'au Démon. »

On parlait de conversions opérées par suite de ces miracles : c'était uno autre chimère que le prélat combattait avec force, en représentant les désordres scandaleux qui en avaient été la suite. « D'ailleurs, ajoutait-il, le » prince des ténèbres ne s'opposera point à des conver- « sions de cette nature; on n est pas moins dans ses fers » par l'orgueil, par l'indocilité pour les pasteurs, et par » le mépris de leur autorité, que par le libertinage des » mœurs. »

En conséquence, l'archevêque défendait expressément de publier les miracles allégués, et renouvelait les lois générales qui défendaient d'en publier aucun qui n eut été reconnu par l'ordinaire. Il condamnait comme fausse, impie et blasphématoire cette proposition avancée dans différents libelles : — Si on avait examiné les miracles de Jésus- Christ, comme on examine ceux qui sont attribués au sieur Paris, les miracles de Jésus-Christ, même la résurrection des morts, n auraient pas tenu contre une pareille critique.

On remarquera aisément, en réfléchissant sur de pareï ls e%ces, 1 m Qocnce désastreuse que le jatisenisme a du nécessairement avoir sur l'incrédulité du dix-huitième siècle A peine le Mandemen t de l'archevêque avait-il paru

qu'il était attaqué avec aigreur par les Nouvelles ecclésiastiques ; l'odieuse proposition que nous venons de rapporter y était excusée (1); on faisait plus d'efforts que jamais pour faire croire aux prétendus miracles. On distribuait partout aux malades et on leur donnait en potion de la terre du tombeau de Paris (2) ; les deux tiers de Paris passaient pour être attachés à ce parti ; il gagnait dans les provinces une multitude d'afliliés. Quelles atteintes n'a pas dû recevoir la foi des peuples (3) !

— Les 17 février et 1er avril. Fondations importantes de l'archevêque de Salzbourg. Nous avons vu précédemment les mesures sévères que l'archevêque de Salzbourg, Léopold de Firmian, avait cru devoir prendre pour apaiser les dissensions religieuses (4). Le prélat comprenait bien du reste que c'était par l'instruction et l'édification qu'on pouvait opérer des conversions solides. C'est à ce but que se rapportent les fondations de missionnaires qu'il fit en 1736; il chercha à établir solidement dans son diocèse quatre ordres religieux, en assignant à chacun d'eux son territoire : il établit donc les Âugnstins à Hall et à Fnenberg; les Capucins à Werffen, à Radstadtet à Dambsweg; les Bénédictins à Schevazach, et les Récollels à Hausdorff. M. de Firmian leur recommandait de visiter leur terri-

(1) Nouvelles ecclésiastiques, pour 1736, p. 3?.

(2) [[Les Nouvelles ecclésiastiques sont pleines de faits de ce genre. On assure que plus d'un malade fut victime de ce honteux fanatisme. On rappor a à celte cause la mort du jeune duc d'Anjou , fils de Louis XV, à qui une ganle-malade avait donné furtivement des potions de ce genre. Proyatt, Fie de Marie Leckzinska. ]]

(3) [[« Depuis cinq à six ans qu'il est question des miracles de M. Paris et

• des convulsions, on a eu trop de faiblesse pour le parti janséniste. Ce

• parti, qui compte a présent les deux tiers de Paris, de tous états, et snr- » tout dans le peuple, est allumé par nombre de prêtre déplacés, qui ne sub- » sistent que par les charités du parti , sur les apparences d'une vie sainte, » et d'une morale pure, etc. » Journal de l'avocat Barbier, t. n, p. 173. ]]

(4) Voyex plu* haut, sous la date dn Î1 août 1731, p. 32*1.

toire, de catéchiser, d'instruire, de ramener ceux qui hésitaient encore, de ne rien négliger enfin pour extirper Terreur ou Tem pêcher de renaître. Il voulait qu'il y eût dans chaque résidence quatre missionnaires. Il assignait des fonds pour leur subsistance. Il cédait a ceux de Werffen un hien pour le mettre en état de bâtir une église et une inaisou de missionnaires. Une pieuse veuve, Thérèse Glick, avait donné 12,600 florins pour la mission des Récollets ; d'autres dons furent faits également par d'autres particuliers. L'archevêque les ratifia. Le chapitre métropolitain donna son adhésion aux mesures prises par le prélat et qui sont spécifiées dans ses Mandements distincts des 17 février, 1er avril et 8 décembre 1736, et 14 mars 1737. Ces mesures furent soumises à la Congrégation de la Propagande, qui les approuva, et Clément XII confirma l'établissement des missionnaires par des lettres apostoliques du 12 janvier 1739. 11 y donna des éloges au zèle de M. de Firmian, qui mourut en 1744, après avoir gouverné pendant dix-sept ans le diocèse.

— Le 17 mai. Mandement de l'archevêque de Paris pour

ANNONCER LA NOUVELLE ÉDITION DU BllÉVIAIRE (l). Depuis

un siècle environ, plusieurs évêques de France travaillaient à donner une nouvelle forme au Bréviaire. Après plusieurs modifications de la liturgie moins importantes, l'archevêque de Paris, de Harlay, avait donné, vers 1680, une édition du Bréviaire, à laquelle avait travaillé, par son ordre, une commission d'hommes instruits : on avait remplacé par des homélies authentiques des Pères celles qui ne Tétaient pas, en quoi Ton avait été puissamment aidé par les belles éditions des Pères qui se publiaient alors : on avait corrigé les légendes douteuses : à des hymnes

(1) [[Cet article sur le Bréviaire est un précis de celui que M. Picot avait inséré dans Y Ami de la Religion, t. xxvi, p. 280, et qu'il se proposait d'insérer dans la nouvelle édition de ses Mémoires , comme le prouve une note manuscrite. Nous avons aussi profité de la notice exacte que le docte abbé Caron deSaint-Sulpice publia, lorsqu'il donna, en 18i6, le Manuel des cérémonies scion le rile de Paris, etc.]]

d'un style dur et incorrect, on en avait substitue de plus soignées. Celui qui eut alors le plus d'influence sur le travail fut Claude Chaslelain, chanoine de Notrc-Danu . ecclésiastique très-érudit, qui s'était appliqué principalement à tout ce qui concernait la liturgie : le Missel paroi en 16Sâ,et le Processionnal l'année suivante.

Il se fit très peu de changements dans les éditions du Bréviaire et du Missel, qui parurent sous le cardinal de Noailles. Seulement ee prélat publia, en 1727, avec le secours du P. Viger, de l'Oratoire, le Martyrologe de Paris, présentant, avec les noms des saints, un choix de Canons qu'on devait lire à Prime, selon ce qu'avait déjà prescrit en M DO, Louis de Beaumont, évèque de Paris (l).

M. de Yinlimille, se trouvant obligé de donner une nouvelle édition du Bréviaire et du Missel, ordonna qu'on travaillât à la révision de l'un et de l'autre. Celui qui eut le plus de part à cette rédaction du Bréviaire fat le P. A i ger (2). Cet homme, très-versé dans la liturgie ecclésiastique, avait pris le parti de la soumission dans les disputes qui agitaient 1 Eglise : (il mourut en 1752, supérieur du séminaire de Saint-Magloire). Il s'était surtout appliqué à faire de l'Ecriture l'emploi le plus propre à nourrir la piété, en rapprochant avec soin les textes des deux Testaments, surtout dans les offices des principales solennités. On ne peut nier qu'en général le choix des homélies de:> saints Pères ne soit fait avec discernement. Les Canons de Prime, qni n'étaient auparavant que dans le Martyrologe, et qui n'étaient lus que dans quelques églises, furent revus et insérés dans le Bréviaire, afin que les clercs pussent acquérir la connaissance des règles les plus importantes de la discipline. Les hymnes avaient été retouchées, et on

(1) 'Le Martyrologe de Paris est principalement calque sur celui qu'Uauard, moine de Saint-Germain-des-Prés , a*ait public au neuvième siècle, d'après les usages de' Paris, et sur celui de Louis de Beaumont.

(2) M. Picot, dans V/fmi de la Religion, t. xxv, p. 289, le nomme Vigier-, mais l'auteur de la Notice historique assure que Figer est la véritable orthographe de ce nom.

en avait substitué de nouvelles pleines de goût à un certain nombre des anciennes. Déjà Santeuil, chanoine de 5aint-Vic(or, en avait fourni un grand nombre-an Bréviaire de M. de Harlay. Charles Cottin, principal du collège de Beauvais , à Paris , que nous avons déjà eu occasion de nommer dans une assez triste circonstance (l), eut la principale part à la révision des hymnes de l'édition de 1736. On trouve dans ses vers moins de verve et d'éclat que dans ceux de Santeuil, mais une latinité peut-être plus pure et surtout plus de cette élégante simplicité et de cette onction qui conviennent à ce genre d'ouvrage (2). On avait aussi employé les hymnes de quelques autres auteurs du même temps, dont le plus connu est Robinet, grand-vicaire de Paris, qui avait déjà eu la plus grande part à la rédaction du Bréviaire de Rouen (3).

Le Bréviaire , avant même d'être définitivement prescrit, essuya quelques contradictions : (il en avait été fait une édition en 1733, comme par essai, afin de faciliter le travail de ceux qui devaient composer le chant). On se plaignait de plusieurs changements, de la suppression de prières consacrées par leur antiquité, et de la substitution de nouvelles formules, où Ton trouvait de l'affectation.

(1) Voyex plus haut, dans ce volume, p. 44.

(2) 'Biographie universelle, art. Cojjfin, par Noël.

(3) On attribue à Robinet les hymnes de la Présentation de la sainte Vierge, Quant pulchre graditur% et Jnfanst ainsi que celles qui sont entrées dans le commun des prêtres, (J sacerdolum, et Jam satis.

Parmi les autres hymnographes , qui ont contribué au Bréviaire de Paris, et dont les noms sont cites dans la dernière édition de ce Bréviaire, nous citerons en particulier le savant père Pétau, Jésuite, à qui sa dévotion à sainte Geneviève a inspiré une fort belle hymne; — le P. Commire, Jésuite, auteur des trois hymnes de sainte Ursule, et d'une des hymnes de saint Martin; — Santeuil, fOratorien, frère aîné du célèbre chanoine de Saint-Victor, et auteur de l'hymne sideste, pour la Toussaint; — Habèrt, évêque de Vabrcs, j»our les hymnes des premières et secondes vêpres de la Toussaint; — GoUrdan, de Saint-Victor, très-célèbre par sa piété, auteur d'une belle hymne ' pour saint Lazare; — Guillaume Duplessis de la Brunctlcre , qui, après avoir été grand-vicaire de Paris, devint évéque de Saintes , et à qui l'on dut, entre les autres, l'hymne Jesu sacerdolum decus , pour les Pontifes; Jd nuptias, pour les Vierges ; Posture percusso, pour la Conversion de saint Paul ; et celles de la Commémoration de saint Paul.

L 'attachement de Cullin au parti de l'appel faisait craindre qu'il n'eût voulu insinuer ses opinions dans ses hymnes. On fit donc, par l'ordre de l'archevêque, un examen attentif du nouveau Bréviaire, et des hommes très-connus par leur opposition au jansénisme, et, entre les autres, l'abbé de Roraigny, vicaire- général et syndic de Sorbonne, Robinet et Couet, aussi vicaires-généraux, furent appelés à y concourir avec "une commission nommée par le chapitre, qui avait àsa tête l'abbé d'Harcourt, doyen (1). On arrêta quelques modi6cations(2) ; le Bréviaire fut définitivement publié, et un Mandement du 17 mai 1736 en ordonna l'usage.

On vit paraître en même temps quelques critiques, et, entre les autres , trois Lettres sur le nouveau Bréviaire adressées à l'archevêque de Paris : on les attribua au P. Hongnant, Jésuite , l'un des rédacteurs du Journal de Trévoux (3). On y reprochait , avec beaucoup d'amertume, à ceux qui avaient concouru au travail d'avoir été conduits par l'esprit d'hérésie, d'avoir cherché à insinuer l'erreur, surtout relativement à la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes, à la primauté du Pape, et au culte de la sainte Vierge. Viger y opposa trois lettres, dans lesquelles il réfuta ces objections avec autant de solidité que de modération, et il parut pleinement se justifier. On ne peut, en effet, qu'être étonné de l'interprétation donnée à certains passages (4). Les Lettres sur le nouveau Bré-

(1) Les Nouvelles ecclésiustiques, pour 1736, p. H7, parlent avec amertume de celte commission; mais son récit porte l'empreinte de la passion.

(2) La plus importante de ces modifications regarde l'hymne Ave maris Stella, dans laquelle on avait changé trois strophes; on mettait, par exemple, Vitam posce puram , pour Vila m prtesla. On rétablit cette hymne telle qu'elle se trouve dans le Bréviaire romain. On changea aussi quelques canons et homélies. On peut comparer sur ces points l'article de Y À mi de la Religion et la Notice historique de M. Caron.

(3) D'autres les attribuaient à Gallande, docteur de Sorbonne, très-prononcé contre le jansénisme. Ami de la Religion , t. xxv, p. 291; Notice, p. 41.

(4) Ami de la Religion, t. xxv, p. 293 ; Notice, p. 41 et note 50. Une des meilleures preuves de la solidité des réponses de Viger, c'est, comme l'observe l'auteur de la Notice, après un écrivain plus ancien, que jamais M. de

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viaiie furent dénoncées au parlement, et, sur la réquisition de l'avocat-général Gilbert-des- Voisins, elles furent condamnées au feu(l).

Le Missel ne parut que deux ans après le Bréviaire ; il futannoncé par un Mandement du 11 mars 1738. Celui qui eut la principale part à la révision fut Mésengui, simple acolythe du diocèse de Beauvais, très- versé dans la connaissance des Livres saints, mais très-attaché à la cause de l'appel. [[Il esta présumer que cet attachement n'avait pas encore éclaté par des actes publiquement scandaleux ; autrement on ne comprendrait pas comment M. de Vintimille l'aurait chargé d'une œuvre si délicate. Ce n'est, en effet, que beaucoup plus tard que parut son Exposition de la Doctrine chrétienne, qui fut d'abord mise à Y Index en 1757, et condamnée par un bref de Clément XIII, en 1761.]] D'ailleurs ce Missel , qui conservait beaucoup de parties de celui qui avait parut sous M. de Harlay, ne paraît f pas avoir, alors du moins, essuyé de critiques (2). Comme les Collectes qu'on y avait admises, n'étaient pas toutes semblables aux Oraisons du Bréviaire, Mésengui fut chargé de rétablir cette conformité, dans l'édition du Bréviaire qui fut donnée en 1745, dans laquelle, du reste, on ne fit que de légers changements. Mésengui paraît aussi avoir rédigé le Processionnal qui parut en 1739, et en avoir même composé le chant (3).

Beau mont, si prononcé contre le jansénisme, ne voulut consentir à une nouvelle révision liturgique.

[[On peut donner pour exemple des passages qu'on prétendait incriminer les fameuses strophes : Jnscripta saxo lex velus, de l'hymne de àanteuil, pour les Evangélistes; et Ta nullius opis scilicet indigus, unus cttncta potens vis simul et facis.Ae l'hymne de Coffin, pour la Chaire de saint Pierre. ]

(1) Arrêts du 8 juin et du 20 août 4736 : « 11 n'est point, dit le réquisi- ■ toire , d'expressions violentes et injurieuses que l'on n'y emploie, ni d'in- » vectives que l'on ne prodigue et qu'on ne porte à l'excès; l'archevêque lui- » même n'y est pas épargne , etc. »

(2) Notice sur Us rites de l'Eglise de Paris, note 51, p. 73.

(3) Mésengui avait aussi publié, en 1733, trois Lettres écrites de Paris H tin chanoine, contenant quelques réflexions sur les nouveaux bréviaires, dans le but de réfuter les adversaires du Bréviaire de Paris. 11 ne parait pas du reste avoir eu à cette époque une grande part au nouveau Bréviaire, comme on le voit par le Mémoire sur sa rie et ses ouvrages, p. 15 et 16.

Le bœuf, chanoine d'Auxerre, composa le chant de l'Auliphonaire, et en grande partie celui du Graduel. Ou s'efforça de mettre ces livres à la portée des fidèles, en les faisant imprimer dans un Cor mat portatif j et on assure que la facilité que procura celle mesure contribua à ranimer le zèle du peuple pour l'assistance aux saints oCGces.

Les livres liturgiques de Paris eurent bientôt une grande vogue : ils Curent adoptés presque aussitôt par un irès-grand nombre de diocèses, et par des provinces ecclésiastiques tout entières (l). [[D'autres , sans les adopter, les prirent pour modèles. Chacun sait, qu'à cette époque, ec mouvement devint général, même dans les lieux où la liturgie romaine avait été toujours en usage, et où la bulle de saint Pie V avait été promulguée. Nous ne faisons ici que noter ce qui est connu de tout le monde, et dont nous ne prétendons aucunement discuter la régularité. J]

[[Nous ne croyons pas pouvoir passer sous silence plusieurs Caits liturgiques qui eurent vers celle époque beaucoup d'éclat, et qui suffisent pour montrer les graves inconvénients auxquels exposaient ces remaniements de la liturgie, qui n'avaient pas toujours un contrôle suffisant, dans un temps surtout où des erreurs dangereuses avaient tant de partisans.

L'évéque d'Auxerre, de Caylus, prélat ami des nouveautés, avait donné, en 1732, un nouveau Riluel, où un grand nombre d'usages des plus anciens et des plus vénérables étaient renversés. Il était ordonné de faire boire du vin aux enfants baptisés, de mettre un calice sur la poitrine des agonisants, de jeter de la cendre sur leur lit. On voulait que sept prêtres fussent appelés , lorsqu'on pouvait les avoir, pour administrer conjointement le sacrement de l'Extrème-Onction. On retranchait le Miserere et le De profundis des prières que l'on faisait pour les morts. Un nouveau Processionnal devait avoir des

(1) M. Picot iutlicfuc Irciiloncuf diocèses, Ami de la Religion, t. \xr, p. 293.

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changements analogues, et un nouveau Missel devait bientôt suivre. Le chapitre n'avait pas été consulté pour l'édition du Rituel. Le doyen favorisait les innovations; les autres chanoines s'y opposèrent avec vigueur; et l'un d'entre eux en particulier, fit signifier au chapitre, par huissier, les motifsde son opposition. Ses raisons parurent si solides qu'à la fin tous, Appelants et Acceptants, réclamèrent avec énergie (1).

M. de Montmorin , évêque de Langres , fut obligé de dénoncer lui-même à son clergé, le 8 août 1735, le nouveau Bréviaire qui avait été introduit dans le diocèse peu de temps avant son arrivée, et où l'on cherchait très-directement à combattre la tradition de l'Eglise sur l'Assomption glorieuse de la sainte Vierge (2).

Ce qui se passa à Troyes, en 1736, fit encore plus de sensation. L'évêque de Troyes, Bossuet, publia, en 1736, le Missale sanctœ Ecclesiœ Trecensis. Il y avait retranché presque tout ce qui se rapportait directement à la sainte Vierge, même dans la messe de l'Assomption, et surtout dans les fêtes de l'Annonciation, de la Chandeleur, etc. ; on y cherchait en vain les textes les plus forts pour la primauté de saint Pierre : Tu es Petrus, etc. Quœcumque ligaveris 9 etc. On y affectait de s'y servir des textes de l'Ecriture dont les sectaires abusaient le plus, sur l'endurcissement du pécheur, etc. ; on y disait que la charité .était toute vertu j Charitas virtus omnis, etc., etc. L'esprit d'innovation se faisait remarquer également dans tout ce qui se rapportait à la décoration de l'autel ; on n'y voulait pas de tabernacle ; on en retranchait les chandeliers, etc. Tous ces griefs sont énumérés dans un Mandement, qu'en sa qualité de métropolitain d'Auxerre, l'archevêque de Sens, Lauguet, donna le 20 avril 1737.

(1) On peut voir une le tire d'Auxerre, dans le Supplément aux Nouvelles ecclésiastiques, pour 1734 , p. 7. Ce recueil périodique était destiné à combattre la gazette janséniste. — On peut aussi consulter le Dictionnaire des livres janséniste*, etc.; article Rituel d'Auxerre.

(2) Le Mandement de Montmorin est tout entier dans le Supplément au* Nouvelles, pour 1736, p. 71.

Ce petit nombre de faits suffit à notre but : nous pourrions en ajouter plusieurs autres de la même nature. ]]

Des contestations non moins graves s'élevèrent vers la même époque à l'occasion des catéchismes que publièrent des prélats attachés à la causes de l'appel.

— Le 30 septembre. Ouverture d'un concile provincial chez les Maronites de Syrie. On sait que la foi catholique s'est conservée intacte, chez ce petit peuple, au milieu des progrès de l'hérésie et du mahométisme. Les Maronites se distinguent depuis longtemps par un constant attachement à l'Eglise romaine. Ces tribus simples et pauvres sont gouvernées, quant au spirituel , par un patriarche et par des évêques, ou, comme l'on dit dans ce pays, par des archevêques. Les diocèses de ces prélats sont aussi bornés que leurs revenus. Ils ont sous eux des prêtres du pays et des missionnaires envoyés d'Occident. Car ceux-ci sont répandus dans presque toutes les parties de l'Eglise grecque, où ils exercent leur ministère sous la protection des puissances chrétiennes , et s'efforcent de ramener les schismatiques. Louis XIV, surtout, avait beaucoup favorisé ces établissements : il s'était servi de sou crédit à la Porte pour obtenir à ces missionnaires plusieurs avantages : il leur avait même bâti des églises, et avait contribué de tout son pouvoir à leurs succès. Par leurs soins, plusieurs cantons, soit dans la partie d'Europe, soit dans les îles, soit surtout en Asie, s'étaient réunis à l'Eglise romaine.

Cependant, quelques abus, relatifs à la discipline, s'étant introduits chez les Maronites, excitèrent l'attention du Saint-Siège. Clément XI y avait envoyé, en 1720, Gabriel Eva , religieux syrien-maronite , pour pacifier des différends entre le patriarche et les évêques. Clément XII leur envoya, suivant leurs désirs, en qualité d'ablégat, le prélat Assemani, qui était de ce même pays, et qui est si connu par sa vaste érudition et par ses savants ouvrages sur la littérature et sur la liturgie sacrée de l'Orient. Il devait engager les évêques à se réunir en concile, et a y

prendre de concert des mesures pour faire cesser les abus dont on se plaignait.

Ces évêques s'assemblèrent en effet après quelques délais. L'ouverture du concile se fit le 30 septembre à Louaisa, dans le Kesroan. Joseph-Pierre Gazenus, patriarche maronite d'Anliochc, présidait. Le prélat Assemani siégeait ensuite avec quatorze évêques maronites, deux syriens et deux arméniens, plusieurs abbés de différents monastères, des missionnaires apostoliques , et beaucoup de curés et de prêtres du pays. Un des missionnaires fit le discours d'ouverture , et parla sur les objets qui devaient se traiter dans l'assemblée. On lut la lettre du Souverain-Pontife, et Ton convint des choses à réformer. On y travailla dans six séances tenues les trois jours suivants. Le 3 octobre au soir, tout étant réglé, on finit la huitième séance par des acclamations et des actions de grâces.

Nous ne rendons pas un compte détaillé des règlements qu'on y fit, et qui avaient rapport à la situation particulière de celte église, et à des localités qui n'offriraient pas beaucoup d'intérêt. Le savant ablégat fut chargé de rédiger les actes du concile, qui furent envoyés à Rome.

Le Pape Benoît XIV s'occupa, en effet , à plusieurs reprises, des affaires des Maronites. Joseph-Pierre Gazenus, patriarche, qui avait présidé au concile de Louaisa, étant mort en 1742, il s'éleva des divisions pour le choix de son successeur. Six prélats avaient élu Elie, archevêque d'Arc, et quelques autres Tobie, archevêque de Naplouse. Tous deux écrivirent à Rome pour demander que leur élection fut confirmée. Mais la Congrégation de la Propagande fut d'avis de n'approuver ni l'une ni l'autre. Le Pape les annula donc toutes les deux par un décret du 13 mars 1743, et trois jours après, il conféra la dignité de patriarche à Simon-Pierre Evode, archevêque de Damas, qui avait été élevé au collège des Maronites à Rome, qui était devenu le doyen des évêques du pays, et ne s'était point mêlé dans les nouveaux troubles. Benoît XIV lui adressa un bref du 16 mars, où il rapporta la profes-

sioo de foi que le prélat devait émettre et le serment de fidélité qu'il devait prêter. Le même jour, le Pape nomma pour ablégat, visiteur et commissaire apostolique près les Maronites, Jacques de Lucques, Franciscain de l'Observance, gardien du couvent de son ordre à Jérusalem, visiteur et vicaire apostolique dans la Terre-Sainte. Il le chargeait de faire observer les décrets du Saint-Siège et de ramener la paix parmi les Maronites. Le Pontife déclarait en même temps, qu'en nommant le patriarche, il n'entendait point préjudicier au droit des évêques Maronites de le choisir. Il reconnaissait au contraire ce droit, et ce n'était qu'à cause des différends qui s'étaient élevés, qu'il avait cru devoir faire intervenir l'autorité du Saint-Siège. Un autre bref du 16 mars était adressé aux évêques maronites pour les exhorter à la soumission et à la concorde. Ces brefs étant arrivés dans le Levant, il se tint le 7 octobre 1743, à Arissa, dans le Rhesroan, une réunion des évêques maronites ; l'ablégat y donna connaissance des brefs qui furent reçus avec respect. Les évêques reconnurent le patriarche, qui fut installé le 11 octobre avec le cérémonial accoutumé. Il écrivit au Pape , ainsi que les autres évêques, des lettres pleines de soumission. Ces lettres furent présentées, le 13 juillet 1744, à Benoît XIV, en consistoire, par trois députés, et le Pontife prononça dans cette circonstance une allocution, où il loua la fidélité des Maronites au milieu de tant de déplorables défections. Il envoya le Pallium au patriarche et pourvut à ce qu'on lui fit un traitement convenable. Il voulut aussi que la réduction de plusieurs sièges, décrétée dans le concile de 1736, n'eût lieu qu'à mesure du décès des évêques.

Le patriarche Simon-Pierre Evode mourut le 12 février 1756. Les évêques maronites s'assemblèrent à Antouva, dans le Khesroan, pour lui donner un successeur. Ils élurent unanimement, le 28 février, Tobie Gazen, archevêque de Chypre, qui fut confirmé dans sa dignité par Beuoît XIV, le 18 mars t767 (t).

(i) Vovvx :ur ton* cp« fait» le bulbire (le Benoit XIVi

LISTE CBRONOLOGIP

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