ART. I, — AUTEURS CATHOLIQUES
42 février. — Nicolas- Joseph du la Verdure, doyen de Saint-Ame" de Douai, et professeur de théologie, était né à Aire en 4G36. Fénelon voulut l'attirer à Cambrai, et plusieurs prêtais distingués de celte époque l'honoraient de leur estime. Il a fait imprimer un Traité sur la Contrition, VAttrition et ta Rechute, en latin, qui fut attaqué par le P. Henneguier, Dominicain. M. de Choiseuï, évêque de Tournai, en prit la défense, et de la Verdure fil lui-même l'apologie de son ouvrage. 11 a laissé en manuscrit une théologie complète, plusieurs traités de controverse sur l'Ecriture, et quatre commentaires sur les quatre Evangi'es. Il était regardé comme le père des pauvres.
5 man. Antoine Tommissim, Jésuite, né à Cilla di Castello en 1652, fut célèbre dans son temps par sa piété et ses travaux. On a écrit sa vie, et l'on prétend qu'il s'est opéré des miracles par son intercession»
22 mars. — Matthieu Hubert, Oratorien , né dans le Maine en 4640, mort à Pari*, prêcha dans cette ville et à la cour. Ses sermons ont été publiés à Paris, en 1725, en six volumes.
[[Prêchant en même temps que le célèbre Massillon, qui apparlelenail comme lui à la Congrégation Je l'Oratoire, Hubert sut conser* ver de la réputation par la solidité et l'onction de ses discours. ]]
48 avril. — Jean de la Noê-Mbnard, prêtre du diocèse de Nantes, né en 4630, a dû sa célébrité à l'affectation que les Jansénistes ont mis à le louer. (Voyez ce qui en a été dit dans ce volume, p. 46.)
9 juin, — Jeanne-Marie de la. Mothe-Gcyon, née à Montargis en 1648, flt beaucoup de bruit à Paris, dans l'affaire du qnlétisme, vers
la On du xvii* siècle. Elle fui enfermée ; mais s'étanl soumise sincèremenl, elle sortit de la Bastille en 1702, et mourut à Blois, dans de grands sentiments de piété et dans une parfaite soumission à l'Eglise. Ses principaux ouvrages sont : Les Torrents spirituels; — le Moyen court et facile de faire Oraison (ce livre a été condamné); — le Cantique des Cantiques expliqué; — C Ancien et le Nouveau Testament avec des Explications, en 20 vol. in-8° ; — des Lettres spirituelles, A vol. in-8° ; — des Cantiques spirituels; — des Discours chrétiens , dans lesquels des passages choisis de l'Ecriture sont développés; 2 v. in-8°. Ces livres contiennent bien des choses singulières, et même uV> extravagances, si on prend les expressious à la lettre. [[Madame Guyon écrivait avec une étonnante facilité; on ne peut s'empôcher d'admirer bien des pages, où le sentiment le plus élevé est rendu dans un style pur, élégant, nourri des expressions de la sainte Ecrilure: son malheur fut des'étre crueappelée à une sorte d'apostolat, qui aurait eu pour but de propager la pratique du pur amour, et de s'y être livrée sans assez de défiance. ]] L'abbé de la Bletlerie Ta très-bien justifiée, par trois lettres très-eslimées, des calomnies avancées contre elle. On les trouvera dans le tome XI delà Correspondance de Fénelon.
11 juin. — Louis Dl Carrières, prêtre de l'Oratoire, né près d'Angers en 1002, avait d'abord été page et militaire. 11 entra à l'Oratoire, en 1680, et mourut dans la maison de la rueSaint-Honoré.à Paris, dans un âge avancé. Son Commentaire littéral de V Ecriture sainte, inséré dans la traduction française, avec le texte latin en marge, 24 volumes, Paris, 1701-1716, est fort connu. L'auteur s'est servi de la traduction de Sacy. Son Commentaire ne consiste que dans plusieurs mots adaptés au texte pour le rendre plus clair. Il est utile et estimé. Il a été adopté dans la Bible de l'abbé de Yencc, et dans celle d'Avignon. Rondet, l'éditeur de celte dernière, y a fait quelques corrections. On dit que c'est la seule version française de l'Ecriture qui soit autorisée en Italie.
[Le Dictionnaire des livres jansénistes, article Commentaire littéral, reprocheauP. de Carrières d'avoir trop suivi dans le Nouveau- Testament, la traduction condamnée de Mons; ce qui doit mettre un peu en défiance. ]]
i& juillet. — Jean Martîanay, Bénédictin de Saint-Maur, né à Saint-Séver en 1647, s'appliqua aux études alors en vogue dans sa Congrégation, donna, avec le P. Pouget,une nouvelle édition de saint Jérôme, en 5 vol. in-folio, publia la vie de ce saint docteur, et deux écrits pour soutenir, contre le P.Pezron, l'autorité et la chronologie du texte hébreu de la Bible. Il travailla aussi sur l'Ecriture sainte.
[[ On a fait à l'éditeur de saint Jérôme le reproche d'avoir trop suivi l'édition d'Erasme, sans une vérification assez complète des manuscrits, cl d'avoir adopté quelquefois une distribution qui n'est pas assez méthodique: l'éditionde Valarsieslplusestiméesous ces rapports.]]
i9 Septembre.— Marc Battaglini évéque deCésène, et précédemment de Nocera, était né à Rimini en 1C45. Il est auteur d'une Histoire universelle des conciles, d'Annales du sacerdoce et de V Empire du dix-septième siècle, d'Instructions aux curés el dExercices spirituels.
12 Novembre. — Charles Hurê, principal du collège de Boncourt, resta simple acolythe. Il était né au diocèse de Sens en 1659. Lié avec MAI. de Port-Royal, il se retira quelque lemps dans celte maison. On a de lui un Dictionnaire de la Bible ; une édition latine du Nouveau Testament, avec de courtes notes ; une traduction française du même, qui fut attaquée, et qui est très suspecte de jansénisme, surtout dans les notes. [[ Aussi elle a été condamnée par plusieurs évéques de France, et en particulier par PEvêque de Marseille , de Bclzunce -, et elle a été mise à Y Index. C'est aussi Huré qui, de concert avec Défossé, rédigea la Bible connue sous le nom de Bible de Liège, en 3 vol. in-fol., où Ton trouve une traduction accompagnée de courtes annotations; on a également reproché à celte Bible de suivre, par rapport au Nouveau- Testament la traduction de Mons, et d'insinuer en plusieurs endroits, les opinions de Quesnel, sur la nécessité de l'Ecriture sainte, que nul homme ne peut se dispenser de lire (Préface), sur la nécessité de la charité, parce que Dieu ne récompense]que ceux qui travaillent par amour ( I Cor. m ), ele, etc. On doit au même auteur, un Novum Testamentum regulis illustrât um , ouvrage dans lequel il s'attache à expliquer selon les règles de la grammaire, les hébraïsmes si fréquents dans les auteurs sacrés. ]] Il composa aussi une Grammaire sacrée.
29 Décembre.— Jean-Marie CnifiRicATo (Clericatus), prêtre de l'Oratoire de saint Philippe-de-Néri, naquit à Padoue,enl655. II fut attaché successivement à George Cornaro, évéque de cette ville, et au cardinal Barbarigo, son successeur. Il est auteur de la lettre encyclique adoptée par ce prélat, le 20 septembre 1664; il l'accompagna trois fois au conclave, l'assista dans les disputes qu'il eut pendant 20 ans, pour la défense de ses droits, composa pour lui quelques écrits, et devint son grand vicaire. Il le quitta en 1695 pour s'occuper uniquement de son salut. On a de lui des décisions morales réimprimées plusieurs fois et particulièrement en 1757; sous le tilie de Déci sions sur les Sacrements; en latin, 3 vol. in-fol.— Erotemata Ecclesiaslica, ce sont encore des décisions morales pour l'usage desjconfesseurs; — Institution du Droit canonique;'— Discordiœ Forenses,Z\o\. Venise, 1787. — Réflexions sur la Genèse ; — Vie du cardinal Barbarigo. Cet ecclésiastique fut estimé pour sa piété, son zèle et la douceur de ses mœurs. Le pape Benoit XIII lui donna des preuves particulières de considération. Ses ouvrages canoniques font autorité.
17 mars. — Etienne Rassicop, avocat, né en 1745 à la Ferté-sous- Jouarre, est connu par ses Notes sur le concile de Trente; in-8°. [[Cet ouvrage est le résultat des conférences qu'avaient entre eux, sur h religion , plusieurs conseillers d'Etat. On Ut dans le Moréri qu'il parut à l'insu de l'auteur, qui le jugeait lui-même très- imparfait. Quoique rédigé dans un sens parlementaire, il peut èire utile pour connaître les difficultés qui étaient opposées en France à la promulgation des décrets du Concile.]]
17 avril. — Louis Hàbhrt, docteur de Sorbonne, fut successivement grand-vicaire de plusieurs diocèses. Il était né à Blois, et dans sa vieillesse il se relira à Paris, où il était souvent consulté pour les cas de conscience. Il est surtout connu par un cours complet de théologie , publié sous le titre de : Thcologia dogmatica et moralis, ad usum seminarii Catalaunensis ; 7 vol. in-12. La première édition, quiesldc 1707, attira l'attention de plusieurs évéques, et en particulier de Fénelon, qui jugea qu'Haberl n'avait fait qu'insinuer le jansénisme en termes radoucis. L'auteur assurait formellement qu'il rejetait les cinq propositions dans le sens propre et naturel de Jansénius ; mais le système qu'il admettait paraissait retomber entièrement dans celui de l'évêque dipres. Non-seulement il admettait que, depuis le péché d'Adam l'homme se trouvait placé entre les deux délectations, l'une céleste qui le porte au bien, et l'autre terrestre qui le porte au mal ; mais selon lui la volonté obéissait à la délectation relativement victorieuse par une nécessité, non physique, mais morale.
On vil paraître au commencement de 1711 une Dénonciation de la théologie de M. Hubert, adressée au cardinal de Noaillcs. On soupçonna Fénelon d'en être l'auteur; mais il s'en défendit, et déclara dans plusieurs de seslettres qu'il n'approuvait pas la forme de cet éi rit, quoique le fonds lui parût solide et véritable. Il ne s'en tint pas là : encouragé surtout par les conseils du P. Lelellier, Jésuite, il rédigea lui-même un Mandement pour réfuter le système de la théologie de Chalons et la condamner. Déjà celte Instruction pastorale était imprimée, lorsque Louis XIV, dans la crainte de nouveaux troubles, fil inviter Fénelon à en suspendre la publication (1).
Haberl chercha à se défendre conire les accusations dont il liait l'objet, et à montrer la différence qui existait entre son système cl celui de Jansénius, el à expliquer ce qu'il entendait par la nécessité morale qu'il attribuait à la délectation victorieuse ; c'est ce qu'il s'at
(1) V Instruction pastorale contre Hubert $e trouve dans le tome XV de» OEwres de Fénthn, p. 205),
tacha surtout à faire dans les nouvelles éditions de la théologie, publiées en 1713 et années suivantes. Ses défenses ont paru à de savants théologiens pouvoir être admises, moyennant certaines conditions; et il est à remarquer que cette théologie n'a pas été condamnée parle Saint-Siège. On estime spécialement son Traité du sacrement de l'Ordre: ses observations sur la hiérarchie ecclésiastique sont utiles. La justification de Habert déplut au parti janséniste, et Petitpied publia à cette occasion récrit ayant pour tiire \ De V injuste accusation de jansénisme ; plainte à M. Habert (1).
Habert est encore auteur de la Pratique de la pénitence, connue sous le nom de Pratique de Verdun, parce qu'elle parut avec l'approbation de M. de Béihune, évéque de Verdun , dont Habert avait été grand-vicaire. On lui a reproché une grande rigidité , et on Ta quelquefois appelée la Pratique impraticable.
\% juillet. — Etienne Baluze, savant et laborieux critique, né à Tulle en 1651, fut un des hommes de son temps les plus versés dans l'histoire ecclésiastique et profane, dans la connaissance des chartes, desroanuscrits et des monuments de l'antiquité et de la politique ; et un de ceux qui ont le plus travaillé à faire connaître ses trésors. On trouve des détails très-curieux sur la vie et les immenses travaux de Baluze, dans la belle édition des Capitulaires des rois francs, qui fut donnée en -1780, d'après ses notes, par l'abbé de Chiniac. C'est de celte source que nous tirons tout ce que nous allons dire.
[[ Honoré dès son adolescence de l'amitié des hommes très-distingués que possédait alors Toulouse, Baluze publia à l'âge de vingt-un ans son premier ouvrage Ântifrizonius, 1652, in-8°, pour relever les erreursque Frizonavait commises dans l'ouvrage intitulé: Galliapurpurata. Bientôt après, il s'attacha au savaut prélat De Marca, archevêque de Toulouse, puis de Paris, qui l'admit dans la confidence intime de ses travaux, et qui lui confia tous ses manuscrits, lorsqu'il mourut en 1665. Ce fut, en effet, Baluze qui publia l'ouvrage de De Marca, intitulé : De Concordia sacerdotii et imperii; 1 vol. in-fo!.; et d'autres dissertations du même auteur, ainsi que sa vie. Il devint peu après bibliothécaire du célèbre Colbert, que l'embarras des affaires n'empêchait pas de rechercher l'entretien des hommes savants. Ce fut Baluze qui porta ce ministre à acquérir à grands frais une immense quantité de livres et de manuscrits très-précieux. (Celle bibliothèque Colbertine, très- célèbre dans toute l'Europe, fut léguée plus tard au roi par Colbert, archevêque de Rouen, fils du ministre : elle enrichit actuellement la bibliothèque royale). Louis XIV avait érigé pour Baluze une chaire de droit canon au collège royal, et plus tard, en 1707,
(1) On trouvera sur celte affaire des détails intéressants dans \'4i'erti\scmr-nt de l'Editeur, place en tête du Xe volume de» QEuwes complètes de Wmttc.t.
4 i 2 LISTE CHRONOLOGIQUE
il fut nommé inspecteur de cet établissement. Arrivé à Pàge de quatre-vingts ans, il fut enveloppé dans la disgrâce du cardinal de Bouillon, pour lequel il avait travaillé. On trouva mauvais que dansson Histoire de la Maison d'Auvergne, 2 vol. in-folM il eut parlé trop a van* tagcusementdes titres de celle maison, à laquelle appartenait le cardinal : on dépouilla Baluze de presque tous ses revenus , et on l'exila. Son innocence ayantclé reconnue, après la paix d'Ulrecht en 1713, il obtint, à la grande satisfaction de tous les hommes de lettres, la permission de revenir à ses livres et à ses travaux, au milieu desquels la mort le surprit à l'âge de qnatre-vingt-huil ans. 11 fut enterré dans l'église Saint-Sulpice. Baluze n'avait reçu que la tonsure, ce qui ne l'empêcha pas, selon l'usage du temps, d'obtenir successivement diverses cures et canonicats. 11 était en dernier lieu chanoine de Reims. Un article assez bizarre de son testament portait qu'il voulait expressément que sa très-riche bibliothèque fût vendue en détail, afin, disaitil, que les hommes savants qui désiraient les livres ou manuscrits très-rares qui s'y trouvaient, pussent profiler de l'occasion pour les acquérir. Mais on trouva plus convenable qu'elle fut achetée tout entière pour la bibliothèque du roi, afin que chacun Jput jouir de ses richesses. Le catalogue qui en a clé publié, d'après le recensement de Baluze lui-même, énumère plus de quinze cents manuscrits et une multitude de pièces très-curieuses. ]]
Les principaux ouvrages de Baluze sont d'abord d'excellentes éditions de Salvien ; — de Loup de Ferrières ; — de saint Agobard de Lyon; — de saint Césaire d'Arles; — de Réginon de Prume; — de Lactance; — des lettres du pape Innocent III; 2 vol. in-fol.; — de Marius Mercator, etc. II ne put terminer celle de saint Cyprien, qui fut achevée après sa mort, par les soins de D. Maran. A ces éditions il faut ajouter : Capitularia regum Francorum; 2 vol. in-fol.;— Coneilia Galliœ Narbonensis, in-8°;— un Supplément à la collection des conciles de Labbe ; 1 vol. in-fol. ; — Miscellanea, hoc est collectio teterum monumentorum; 7 vol. in-4°, ouvrage dont Mansi a donné en Italie une nouvelle édition. Parmi les ouvrages historiques que Baluze publia, celui qui a pour titre : Vitœ Paparum Âvenionensium, est un des plus importants et des plus utiles. Nous supprimons une foule d'autres dissertations, mémoires, ouvrages en vers, etc., dont quelques-uns eussent suffi pour la gloire d'autres auteurs.
2 octobre. — Barthélemi Germon, Jésuite, né à Orléans en 1665, et mort dans celle ville, eut des différents avec dom Habillon et dom Coustant sur la diplomatique. Il composa des Lettres et Questions sur l'histoire des congrégations de Auxiliis de Serry, et un Traité théohgique de la bulle Unigenitus, que le cardinal de Bissy adopta pour son diocèse. 11 jouissait de l'estime de Fénelon.
17oc(o6re, — François Paris, vicaire de Saint-Etienne-du-Mont,
DKS ÉCRIVAINS. (1719.)
à Paris, né près cette ville, est auteur des Psaumes en forme de prières tirées de VEcriture sainte paraphrasées, de Vidée de la Vie des saints, du Traité de l'usage des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, et de Règles chrétiennes pour la conduite de la vie. II ne faut pas le confondre avec le fameux diacre François de Paris.
2$ décembre. — Anioine-Augusle Touttéb, Bénédictin de Saint- Maur, né à Riom vers 4650, fut éditeur des OEuvres de saint Cyrille de Jérusalem, qui ne purent être données au public qu'après sa mort, en 1720, par D. Maran. Cette édition, grecque et latine, esttrès-eslimée pour les dissertations savantes qui raccompagnent.
44 février. Hugues-François Van-Hbussbn, prêtre hollandais, né à La Haye en 1634, fut curé à Leyde, eut le titre de doyen du chapitre d'Utrcchi, et fut choisi, par M. Codde, pour pro-vîcâire, pendant le voyage de celui-ci à Rome. On le cite comme un des plus zélés provocateurs de la désobéissance envers le Pape dans celte a/Taire. Il composa sur ce sujet : Hisloria episcoporum fœderati Belgii ; Batavia sacra; plus un traité de conlroverse contre les protestants.
24 février. — Jean Richard, avocat, né à Verdun, se lit, quoique laïque, auteur de sermons, et en composa un grand nombre. Il donna douze volumes de discours et sermons, qui oni eu une certaine réputation. On a aussi de lui les Eloges historiques des saints, 4 vol. et le Dictionnaire moral, ou la Science universelle de la chaire, 6 vol. Il fut l'éditeur des Sermons de Fromentière, — des Prônes de Joly, — et des Discours de l'abbé Charles Boileau.
7 avril. — Le Vénérable Jean-Baptiste de la Salle. Nous avons donné, pages! 44 et 145, de ce volume, quelques détails biographiques sur le pieux instituteur des Frères des Ecoles chrétiennes. Nous ne reviendrons point sur les faits que nous avons déjà mentionnés, et nous nous bornerons à dire quelques mots des modestes et utiles ouvrages qu'il composa pour l'instruction de l'enfance.
[[Le premier et le plus important est intitulé : Les Devoirs du chrétien envers Dieu et les moyens de bien s en acquitter. C'est un traité méthodique, écrit d'une manière fort simple et fort claire, sur les obligations essentielles du christianisme et sur la manière de les remplir dignement. Il est divisé en deux parties. La première traite des devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers soi-même. Elle est consacrée à l'explication du Symbole, du Décalogue et de tout ce qui regarde la morale chrétienne. La seconde fait connaître au chrétien les moyens que la religion lui fournit pour s'acquitter de tousses . devoirs. L'auteur y traite des sacrements et de la prière. On voit par
ce léger ;i]hti;u que le plan de M. île La Salle, ressemble beaucoup à celui que Lhomond a suivi plus tard avec un peu plus de dévclopperaenl dans son livre de l.i Doctrine chrétienne. — La Cirilité chrétienne est un traité beaucoup plus court que le précédent, qui a pour but d'instruire les écoliers des lois de la charité, des usages de la politesse et desaulres vertus de leur âge. Ce livre, comme le précédent, a été fort longtemps en HSfege dans les Ecoles dirigées par les Frères. Mais on a senti la nécessite d'en modifier un pou la rédaction dans ces derniers temps, et les éditions les plus récentes diffèrent noUMement de celles qui ont précédé. — On a attribué quelquefois à M. DE la Salle les Douze vertus d'un bon maître ; ouvrage de peu d'étendue, mais d'une rare utilité pour les instituteurs de la jeunesse. Ce petit livre a été souvent imprimé sous le nom du Vénérable Fondateur des Frères. Il est certain toutefois qu'il n'avait fait qu'en tracer le plan, qui a été rempli plus lard par le Frère Agathon, supérieur général de l'Institut, d'après ses maximes el ses principes. ]]
24 avril. — Hyacinthc-Kobillard d'Avhigny, Jésuite, né à Caen en 1075, mourut à Alençon. 11 est auteur des Mémoires chronologiques et dogmatiques pour servir à /' Histoire ecclésiastique depuis 1CO0 jusqu'en 1710; ouvrage curieux et utile, mais où les affilies propres aui Jésuites tiennent trop de place, cl qui a été mis lA'Indr.v a Uume par décret du 2 septembre 1727, sans doute à cause de la malignité de quelques réflexions. On dit que ces Mémoires furent revus par le I'. Lallemant, qui en retrancha beaucoup de choses, el que l'auteur enfui si affecté qu'il en mourut de chagrin. On croit s'apercevoir en effet que la Un de ces Mémoires a été tronquée. D'Avrijmy avait de l'esprit, du talent et des connaissances. On regrette qu'il n'ait pas donné plus de place dans son ouvrage à l'histoire des Eglises étrangères, et qu'il n'ait pas parlé des attaques portées dans le xvir* siècle à la révélation. Ces détails eussent été plus intéressants que ceux que.d'Avi igny donne fort longuement surtout ce qui louche sa Société. Ses Mémoires sont cependant ce que nous avons de mieux sur l'histoire ecclésiastique du xvne siècle.
45 mai. — François Malaval , né à Marseille en 1627, et aveugle dès l'enfance, fut néanmoins auteur. Sa Pratique facile pour élever l'âme à la contemplation fut censurée et mise à V Index à Rome. On crut y voir les principes du quiétisme, qui paraissait alors se propager. Malaval se soumit avec docilité. Il envoya sa rétractation à tous les évêques de France, à la Sorbonne, au roi. Tous ceux qui ont été censurés dans ce siècle n'ont pas été aussi dociles. Malaval était aussi pieux qu'éclairé. On a déplus de lui des Vie* des saints, la Vie de saint Philippe Beniti, un Discours contre la superstition des jours heureux et malheureux, et quelques livres de piété.
20 mat. — Joseph de Joivenci, Jésuite, né à Paris en 1643, ap-
pelé à Rome en 1799, y composa ou plutôt y continua Y Histoire de la Société, commencée par Orlandin, Sachini et Poussines. Il en Ht paraître, en 1710, un vol. in-fol.,qui est le dernier de la cinquième partie.
[[ Ce volume souleva bien des querelles. L'auteur, obligé de parler des événements qui concernaient la Société dans la dernière partie du seizième siècle, y discutait la plupart des arrêts portés par le Parlement de Paris contre le corps en général, et contre quelques particuliers. Tout ce qui concernait soit le supplice honteux infligé au P. Guignard, soit d'autres faits semblables, fut présenté comme offensant pour les magistrats. L'ouvrage de Suarès, De defensione fidei, dans lequel tout ce qui concerne la souveraineté temporelle est exposé selon les maximes ullramon laines, ayait été loué: d'autres ailleurs, condamnés en France pour les mêmes doctrines, avaient été justifiés: ou tira de là des conséquences extrêmes ; on voulut y voir l'apologie du lyrannicide, qu'on se plaisait à objecter aux Jésuites. L'ouvrage fut dénoncé au Parlement; et dans un premier réquisitoire, les Gens du roi demandaient que le livre fût brûlé par les mains du bourreau ; que l'auteur fût décrété de prise de corps, et amené dans la • prison de la Conciergerie, pour son procès lui être fait et parfait ; que les Jésuites fussent tenus de faire une déclaration signée de six des principaux de toutes les maisons de Paris. Louis XIV ne voulut pas qu'on portât les choses à ces extrémités : il régla lui-même que l'on se contenterait de supprimer le livre par arrêt, après toutefois que le provincial de France et les supérieurs des maisons de Paris auraient fait une déclaration, portant en substance, qu'ils re> onnaissaient qu'il était échappé à leur historien quelques expressions susceptibles d'un mauvais sens ; qu'ils abhorraient la doctrine du lyrannicide ; et qu'ils reconnaissaient que la puissance royale ne dépend directement d'aucune autre puissance sur la terre. Les choses se passèrent ainsi ; et l'avocat-général Joly de Ffeury dit dans son dernier réquisitoire que le roi Us jugeait plus dignes que jamais de la protection dont il les honore. Le livre fut supprimé par arrêt du 17 mars 1715.
Nous ne parlons pas des ouvrages purement littéraires deJouvency, de ses éditions expurgées et annotées d'auteurs classiques; mais nous ne pouvons omettre entièrement le Ratio discendi et docendi, qui a été longtemps regardé comme un des livres les plus utiles aux jeunes professeurs. ]]
6 juin. — Louis-Elie Dufin, docteur et professeur de Sorbonne, né à Paris en 1657, commença encore jeune sa Nouvelle Bibliothèque universelle des auteurs ecclésiastiques. Dès qu'elle parut, elle fut l'objet de sévères mais justes critiques; et Bossuet fut un de ceux qui se déclara contre elle avec le plus de force. [[Présidant une thèse au collège de Navarre, en 1692, il blâma publiquement la manière dont Dupin s'était explique au sujet du pécbé originel. Il fit plus : il
adressa au chancelier Boucherai un solide Mémoire pour relever les principales erreurs de celle Bibliothèque (1), et il le fil suivre bientôt après par des /{('marques sur l'Histoire des Conciles d'Ephèse et de Calcédoine de Dupin (2). Ces Remarques sont surtout dignes d'attention relativement au jugement que porte Bossuel sur les omissions affectées qu'avait fait Dupin de ce qui était le plus propre à relever les |m crogalive3 du Siégc-Apostolique ; ce qui donne à l'évèquc de Meaux 1 occasion d'appuyer sur ce que les monuments de l'antiquité présentent de plus formel sur ce point. C'est au sujet de ces ouvrages que Fénelon, qui était encore en relation d'amilié avec Bossuel, lui écrivait, le 7 mars 1693 : « J'ai été ravi de voir la vigueur du vieux doc- » leur et du vieil évèque. Je m'imaginais vous voir en calollc à » oreilles, lenanl M. Dupin, comme un aigle lient dans ses serres un » faible épervïer. » Cependant le grand poêle Racine, parent et ami de Dupin, eut d'abord recours à Fénelon lui-même pour fléchir Bossuel en faveur de l'auteur; puis il vint le présenter à l'évéque de .Meaux, qui accepta ses explications et ses promesses. [^M.de Harlay condamna aussi l'ouvrage en 1093; et Dupin fut obligé de réiracier plusieurs propositions. Il continua celle Bibliothèque, qui forme quarante-six volumes, el qui se ressent de la précipitation avec laquelle elle a élé rédigée. [| Les premiers volumes avaient été misàT/ur/cr, en 1G93, et tout l'ouvrage y fut de nouveau placée en 1745. Le célèbre Richard Simon rédigea une Critique de la Bibliothèque de Dupin, que publia eu 1730 le P. Souciel, Jésuite, en y joignant ses propres observations. ]]
Dupin fut exilé à Chàtellerault, lors du Cas de conscience, cl n'obl in t son rappel qu'en révoquant sa signature. Il révoqua aussi, le 1er août 1714, l'approbation qu'il avait donnée en UJÔ7 aux réflexions morales de Qucsnel. Le chancelier d'Aguesseau, dans ses Mémoires historiques sur les affaires de l'Eglise depuis 1G97 jusqu'en 1710, excuse Dupin sur ce qu'il était martyr d'une opinion qu'il ne suivait pas. On a prétendu en effet que celui-ci n'était pas janséniste dans le fond; maison l'a accusé d'avoir des principesassez peu orthodoxes sur des points importants. lie Morèri dit qu'il était exempt des préjugé* ordinaires, et propre à former des projets de réunion. Il fut en relation de letlres avec Guillaume Wake, archevêque anglican de Canlorbéri : il travailla à une réunion des deux églises, mais sans vouloir faire part au Pape de la négociation, qui, d'ailleurs, n'eut aucun succès.
On a de Dupin une édition de Saint Optât de Milève ; et un autre deGerson, en fî volumes in-folio. Il publia de plus De antiquà Ecclcsiœ disciplina , 1 vol. in-4°. [( Cet ouvrage, fruit de ses premiers travaux, fut coudamné en 1088 par un Bref du Pape Innocent XI.
(1) OBuwet complètes de Bossuel, t. x\x. t:d. de fcrsailtes, p. 469
(2) Ibid. ;». 5l«J
(V. Y index.) — on Traité de la puissance ecclésiastique et temporelle; — une Histoire de l'Eglise, <4 volumes; — Notœ in Pentateuchum ; — de la Nécessité de la foi en Jésus-Christ; — Défense de la monarchie de Sicile; — Traité historique des excommunications, dont le second volume fut supprimé par arrêt du conseil, du 8 janvier 1745; — Méthode pour étudier la théologie; la traduction latine de ce Traité, précédé d'une longue préface par Frickins, a été notée par F Index. — Traité philosophique et théologique sur V amour de Dieu ; Traité de la vérité^ etc. On voit combien cet écrivain était fécond ; il n'est ni toujours sûr ni bien exact. Il n'était pas favorable au Saint-Siège. Ses ennemis lui ont reproché des torts plus graves encore, mais qui ne paraissent pas fondés.
2 septembre. — Michel Le Tellier, Jésuite, né près Vire en 1643, écrivit en faveur des cérémonies chinoises, contre le Nouveau- Testament de Mons, contre le livre de la Morale pratique, et sur quelques autres contestations de ce temps-là. Ce qui le rendit célèbre, c'est qu'il devint confesseur de Louis XIV à la mort du P. de La Chaise, en 1709. Ce qu'on dit, dans quelques Mémoires, sur la manière dont il parvint à cet emploi, est destitué de vraisemblance. On lui a reproché d'avoir poussé Louis XIV à des mesures de rigueur contre les jansénistes. Ces mesures se bornèrent à l'exil de quelques in (ri* gants. Ce prince ne suivit pas, depuis 1709, une conduite différente de celle qu'il avait tenue jusque-là. Il regardait les jansénistes comme dangereux, et il les contint avec fermeté. On a dit que Le Tellicr avait forcé Clément XI à donner la bulle Unigenitus, et qu'il avait exigé la condamnation déplus de cent propositions. C'est une de ces anecdotes sans autorité , qui sont semées dans les écrits du parti. Celle-ci mérite d'autant moinsde conflance, que \es Ré flexions morales avaient déjà été condamnées à Rome, en 1708, avant que Le Tellier pût y avoir aucune influence. Son caractère a été peint sous des couleurs très-désavantageuses. On trouve cependant dans les Œuvres de M. d'Âguesseau un trait en son honneur. Le roi, dit l'illustre chancelier dans le Discours sur la vie et la mort de son père, le roi avant demandé un jour au P. Le Tellier pourquoi il ne se servait pas, pour ses voyages, d'un carrosse à six chevaux, comme son prédécesseur, le confesseur répondit que « cela ne convenait pas à son état, » et qu'il aurait été encore plus honteux de le faire depuis qu'il avait 9 rencontré sur le chemin de Versailles, dans une chaise à deux chcd vaux, un homme de l'âge, des services et de la dignité de M. d'Ad guesseau. » Le Tellier avait la feuille des bénéfices, ainsi que l'avait eue le P. La Chaise. Après la mort de Louis XIV, il fut exilé à Amiens, puis à La Flèche, où il mourut. On voit dans le Moréri, à l'article Faore, qu'il rendit des services à cet Oratorien, et qu'il lut envoya de l'argent dans un moment où celui-ci en avait un trèsgrand besoin. Toutefois le P. Le Tellier c>t fort maltraité dans la
plupart des écrits de ce temps-la. Depuis 1745, la feuille des bénéfices Tût donnée au Conseil de Oonstienct, établi pat lé Régent ; elle était entre les mains de l'abbé de Thésut, secrétaire des commandements du prince, qoi la remit, en 1722, au cardinal Dubois, nommé premier ministre. Sous le ministère de M. le duc, elle fut confiée à Millain, secrétaire de ses commandements ; ou plutôt celui-ci travaillait sous la direction de l'évêqué de Fréjus.
10 septembre. — Michel Felibien. Bénédictin de Saint-Maur, né à Chartres en 1666, était neveu de Jacques, dont nous avons parlé sous 1716. On a de Michel, V Histoire de l'Abbaye de Saint-Denis, la 17e de madame d'Humières , abbesse et réformatrice de Mouchy, cl des Sentiments de piété sur l'Eucharistie.
27 octobre. — François Baert, Jésuite, hé à Ypres en 1651, fut envoyé à Anvers en 1681, pour travailler aux Actes des Saints.
[[Chargé d'abord de parcourir l'Allemagne pour y faire des recherches littéraires, il recueillit un nombre considérable de monuments importants dont ses collaborateurs ont fait usage. Lui-même eut pendant quelque temps la direction générale de l'enlrcprise ; et il donna les vies d'un certain nombre des saints du mois de juin. Tous ce qu'il dit dans ses notes, sur la Bretagne, l'Irlande et l'Ecosse, prouve une profonde connaissance de l'histoire ecclésiastique de ces contrées : on lui doit aussi plusieurs tables générales des matières , rédigées avec soin, et estimées des connaisseurs. ]]
2 décembre. — Pasquier Quesnel, théologien fameux par le nombre de ses écrits, et par les disputes auxquelles il a donné lieu, était né à Paris en 1634. Après avoir achevé son cours de théologie en Sorbonne, il entra dans l'Oratoire en 1657. Il paraît que son premier ouvrage fut ses Réflexions morales sur le Nouveau Testament. Ce n'était d'abord que quelques réflexions sur les paroles de Jésus-Christ, et l'auteur ne les avait destinées , dit-on, qu'à l'usage de ses jeunes confrères de l'Oratoire.
En 1675, Quesnel fit paraître une nouvelle édition des OEuvres du Pape saint Léon, avec des notes, des observations et des dissertations, qu'il revit plusieurs fois et qui forme 2 vol. in-fol. Elle fut censurée à Rome, le 22 juin 1676, et a depuis été effacée par celle des frères Ballerini, qui, tout en rendant à Quesnel la justice que méritent de sa van (es recherches, lui reprochent avec raison beaucoup d'inexactitudes et d'infidélités ; surtout dans ce qui se rapporte aux prérogatives du Siège Apostolique. Beaucoup de savants^ comme Baluze (t), et même Richard Simon, dans sa Critique de la Bibliothèque de Dupin, confirment ces obsérvajftns. Cependant la Congtégàtton de l'Oratoire était travaillée par des opinions nouvelles. Elle avait à sa tète le
(I) Bahuc; Préface du livre De Concordia. Edit. de 1701.
P. Abel de Sainle-Marthc , qui peut ôlre regardé comme une des principales causes de sa décadence, et qui y favorisait les sentiments de Jansénius et d'Arnauld. II avait donné sa confiance au P. Quesnel qui les avait adoptés. Repris plusieurs fois par M. de Harlay, archevêque de Paris, et continuant toujours à servir le même parti, Quesnel fut exilé, et il eut ordre de choisir une autre résidence que Paris. Il se retira à Orléans, en 1681, et continua à y travailler à ses Réflexions morales, La petite mortification qu'il venait d'essuyer le porta encore plus à faire entrer dans son ouvrage des plaintes assez mal déguisées sur le sort de la vérité et de ses défenseurs. Une nouvelle mesure vint accroître ces dispositions peu favorables. L'assemblée générale de l'Oratoire avait dressé, en 1678, un formulaire sur divers points de philosophie et de théologie. En 1684, elle en ordonna la signature à tous les membres de la Congrégation. On y avait mêlé assez imprudemment le cartésianisme avec le jansénisme. Il est assez vraisemblable que ce ne fut pas par attachement pour le premier de ces systèmes que Quesnel sortit alors de l'Oratoire ; mais il ne crut pas devoir souscrire à la condamnation d'opinions qui lui étaient chères. Il se relira dans les Pays-Bas en février 1683, et joignit Arnauld à Bruxelles. Une telle compagnie le fortifia de plus en plus dans son zèle pour la doctrine de Jansénius. Ce fut là que Quesnel acheva les Réflexions morales. On peut penser, sans beaucoup de noirceur, que les conseils d'Arnauld, et la situation de l'auteur hors de son pays, ne contribuèrent pas à calmer l'amertume de ses plaintes, et à le détourner de ses perpétuelles allusions contre les pasteurs et contre l'autorité. L'ouvrage parut en 1695 et 1694 (1). On ne peut que déplorer l'usage que Quesnel fit de son temps et de ses talents pour composer un livre qui devait exciter tant de troubles; mais l'en* tetement des disciples à le soutenir passa encore celui de l'auteur à le produire, et est, ce semble, bien moins excusable.
En 1694, Quesnel perdit Arnauld: loin de se laisser abattre par une mort qui laissait un si grand vide dans les rangs du parti, il songea à réparer ce malheur par son activité. Déguisé sous un habit laïque, dans un Etat catholique, il y semait le trouble par ses conversations et ses écrits, excitait les prêtres contre 'les évoques, et le clergé contre le Saint-Siège, soutenait la cause de Buïus et de Jansénius, écrivait contre les constitutions des Papes, et entretenait en Hollande et en France une correspondance assidue. U avait un agent à Rome dans la personne de Duvanoel. Ses lettres et celles de ses amis prouvent assez l'existence d'une secte qui avait un langage mystérieux, des chiffres, des noms de guerre : celui de Quesnel était le père prieur. U méritait celte distinction par son zèle et par sa fécondité, produisant sans cesse de nouveaux écrits, et ne laissant passer aucune occasion
(1) On peut voir dans le premier volume de ces Mémoires, p. 49 et suivantes, beaucoup d'autres détails sur ce livre.
de propager sa doctrine. Ce fut pour tous ces griefs qu'il fut arrêté et mis en jugement. Nous avons raconté ailleurs les détails de cette affaire (1). Quesnel trouva moyen de s'échapper des prisons de l'ofticialité. Il avait de chauds amis. Deux ou trois bons Flamands (d'Aremberg, Roover et un autre) furent les anges qui délivrèrent ce nouveau Pierre. Il se relira en Hollande, et se logea chez Brigode, son ami, qui se Gt libraire pour être plus utile à son parti. Dès lors, Amsterdam devint un centre et un point de réunion, comme Bruxelles l'avait été précédemment. Les jansénistes de France y allèrent en pèlerinage, et quelques-uns même se fixèrent auprès de leur patron, Petitpied, Le Gros, Dilhe, Fouillou, Laniez, Sartre, furent de ce nombre. Ce fut de là que partirent tant d'écrits H de pamphlets. Ce fut là entre autres que furent imprimés les Hexaples, recueil destiné à justifier les cent une Propositions , que l'on envoyait par la poste à Paris, feuille à feuille (2).
Il nous serait impossible d'entrer ici dans le détail de tons les ouvrages composés par Quesnel. Il se trouva engagé dans une foule de contestations particulières, auxquelles il tint tête avec une ardeur et une fécondité extrêmes. Il s'éleva par des mémoires nombreux contre la Constitution Unigenitus, et contre le jugement porté sur sa personne à Malines. Il fatigua de ses réclamations les papes, les évèqnes, les assemblées du clergé de France, le roi, les magistrats. Il poursuivit les Jésuites avec une chaleur dont ses disciples héritèrent. On peut voir dans Moréri les titres de différentes brochures. Ils remplissent plusieurs colonnes. Quesnel prit beaucoup de part aux troubles de l'Eglise de Hollande, et prépara le schisme de cette Eglise. Enfin, on a de cet homme infatigable quelques livres de piété ; heureux , si dans ceux-mémes à qui on donne ce titre, on ne trouvait pas des traces des préventions de l'auteur. Il aurait pu servir l'Eglise; il ne lui est resté que la réputation d'un chef de parti.
— Marin Humbblot, docteur en théologie de Paris et chanoine du Louvre, refusa de se soumettre à l'édit de 1682, sur les quatre articles, et fut exilé avec plusieurs autres docteurs. Il composa dans son exil Sacrorum Bibliorum notitia generalis, qui ne parut qu'en 1700 à Paris. Il y prétendait, dit-on, que l'Ecriture ne parle point assez clairement de la Trinité et de l'Incarnation, et que les Apôtres ©Bt écrit par occasion et non par inspiration : H se déclarait contre
(I) Hémoires, 1. 1, p. 151, — Voyex le recueil intitulé : Causa Quesnelliana; Bruxellis, 1704, I vol. in-4".
(1) Les Hexaples forent le fruit du zèle et des travaux d'une société d'appelants. Ils furent rédigés en grande partie à Saint-Magloirc, où se réunissait cette société. Boursier, Le Fcvre , d'Etémare , Nivelle, Fernanville, Boulenois, y travaillaient à Pavîs , et Quesnel, Fouillou, Dilhe et Laniez à Amsterdam. Voyci dans les Mémoires, t, i, p. 379, ce qui concerne leur condamnation.
loutes les versions de l'Ecriture en langue vulgaire. L'ouvrage fut supprimé par arrêt ; et Ton fit signer à Fauteur une déclaration, du 24 mars 1700, portant qu'il avait avancé dans son livre plusieurs choses mauvaises et réprchensibles. (Voyez son article dans Moréri).
— Jean-Frédéric Karg, ministre d'Etat de l'électeur de Bavière, et ensuite du frère de ce prince, l'archevêque électeur de Cologne, publia à Wurlzbourg,en 1680, le livre intitulé : Paix religieuse. On a encore de Karg : Vues pacifiques sur la réunion des religions qui divisent ? Allemagne, et une Vie de saint Jean-Népomucène.
Vert ce temps. — Etienne Lochon , docteur de Navarre , curé de Bretonvillierc, né au diocèse de Chartres, mourut à Paris où il s'était retiré. Ses ouvrages les plus connus sont : Abrégé de la discipline de l'Eglise; — Traité du secret de la Confession, avec la censure faite, le 21 janvier 1708, par Guy de Sève, évéque d'Arras, d'un libelle anonyme contre le sceau de la confession, etc.
3 mars. — Dominique Smsllabrtz, chanoine de Garni, né à Anvers en 1650, fut d'abord professeur à Louvain. Il est auteur de dissertations sur des sujets d'histoire sacrée, de discipline, et d'un Commentaire sur les quatre Evangélistes. C'était, dit-on, un homme remarquable par sa science, sa piété et son habileté dans les affaires. Il fut quelque temps grand-vicaire de Gand.
3 août. Liberl Hbnnebel, docteur de Louvain, né en 1652, se fit d'abord connaître par les thèses très-hardies qu'il soutint en 1682, pour obtenir le doctorat. Entre autres propositions, il accusait saint François de Sales d'avoir été infecté des erreurs semipélagiennes ; il attaquait la sainteté de saint Jean de Capistran ; et ces thèses furent proscrites à Rome. Dans les démêlés qui s'élevèrent au sein de l'Université de Louvain, il fut député à Rome pour venger sa Compagnie des reproches de jansénisme et de rigorisme qui lui étaient adressés en particulier par le P. Désirant Augustin ; il s'agissait surtout de l'interprétation donnée par un certain nombre de membres de la Faculté à la signature du formulaire, dont ils voulurent toujours excepter le sens de Jansénius. Hennebel publia à cette occasion plusieurs Mémoires ; mais ses efforts ne parurent pas couronnés de succès; le Pape Innocent XII donna bientôt après les brefs dont il a été parlé dans le Tableau historique, placé en tête de ces Mémoires , et qui prescrivaient la signature du formulaire, sans aucune explication qui put mettre à couvert le sens de Jansénius. {Voyez 1. 1. p. 43.)
in septembre. — Eusèbe R en au dot, prieur de Frossay, né à Paris
en 1640, fut un des hommes les plus versés de son temps dans les langues orientales. II fut pendant quelques années membre de la Congrégation de l'Oratoire ; après en être sorti , il n'entra pas dans les ordres sacrés. Ayant accompagné le cardinal de Nouilles dans le conclave de 1700, il fut encouragé par le nouveau Pape Clément XI ; les recherches qu'il fit dans les bibliothèques de Rome lui fournirent des matériaux précieux, et à son retour il publia deux volumes pour servir de défense au livre de la Perpétuité de la foi; il s'attacha surtout à bien faire connaître les croyances des communions séparées sur le sacrifice et la présence réelle. On lui doit encore Y Histoire des patriarches jacobites d'Alexandrie ; — un Recueil d'ancienne* liturgies orientales; — une traduction latine de la Vie de saint Atkanase, et quelques autres ouvrages d'érudition et de critique. Ses connaissances et son caractère lui avaient procuré beaucoup de considération ; et l'avaient fait entrer à l'Académie française et à celle des Inscriptions. Sa bibliothèque passa, d'après son testament, à l'abbaye Saint-Germain-de8-Prés.
20 septembre. — Pierre Drlabroue, évêque de Mirepoix, fut un des quatre évéques qui donnèrent le signal de l'appel. Nous l avons fait connaître suffisamment dans ce même volume, p. 3.
29 novembre. — Jean Opstraet, professeur de théologie à Louvain, naquit au pays de Liège en 1651. L'archevêque de Malines'le Ui renvoyer en 1690 , et Philippe V le bannit en 1704. Mais il revint deux ans après, quand l'empereur se fut emparé des Pays-Bas, et il fut fait principal du collège du Faucon. Il était lié avec les Jansénistes. Ses ouvrages sont assez nombreux. Dissertation théologique sur la conversion du pécheur; — Pastor bonus, ouvrage qui traite avec mé-> thode des devoirs des curés ; — le Théologien chrétien; — nue théologie ; — des écrits contre Steyacrt, contre les Jésuites, contre DaeU man, contre l'avocat Parmentier, contre le père Mcyer, contre Denys, théologal de Liège. On voit qu'Opslraët ne haïssait pas les disputes.
20 décembre. — Isaac Mabtineau, Jésuite, né à Angers en 4640, fut confesseur du duc de Bourgogne, publia les Vertus de ce prince, livre qui répond peu au sujet , mais qui a l'avantage d'avoir été composé par un témoin oculaire ;— les Psaumes de la Pénitence, avec des réflexions, — et des Méditations pour une Retraite.
— Le Bienheureux François de Posadas. (Voyez ce qui en a été dit dans le premier vol. des Mémoires, p. 341).
—Henri de Saint-Ignace, religieux Carme, né à Alh, en Flandres, fui professeur de théologie dans son ordre. Son Ethica Amoris, ou Cours complet de Théologie morale, a été prohibé à Rome en 1714 et en 1722 ; livre assez méthodique, mais infecté de yansénisme (1). Il se
(I) Le Mctionuaire d«s livre* janséni teg en (Ion se de» preuves, qui pa-
DES ÉCRIVAIS, (mi.)
déclara contre les Jésuilê6 dans le Mulfaiewe renversé et u>ns Jteaucoup de pamphlets, où l'on nç trouve pas plus, u'jntérêl et de gout que de mesure et 4'équilé.
21 janvier. — François Pàgi, religieux Cordelier, né à Lanipesç en 1654, était neveu du savant Antoine Pagi, auteur q> la Critiqw des Annales de Maranius. Il avait aidé son oncle dans ses travaux, et il donna lui-même une Histoire des Papes, en 4 vol. in-4°, dont le dernier fut publié en 1727 par un autre Antoine Pagi, son neyeu.
26 janvier.— Pierre-Daniel Muet, évéque d'Avranches, naquit à Gaejï, en 1650. Il se livra aux études de critique et d'érudition, et fut nonimé sous-précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV. Il obtint l'abbaye d'Aunay, en 1678, et fut fait évéque de Soissons, puis d'Avranches. Mais l'amour de l'étude l'engagea, en 1699, à renoncer aux fonctions de l'épiscopat. Il donna sa démission, et se retira chez les Jésuites de la rue Saint-Antoine, à Paris, où il passa le reste de ses jours. Nous ne citerons dp ses ouvrages que ceux qui ont un rapport plus direct avec |a religion. Sa Démonstration épangélique, dont il donna deux éditions successives, annonce une grande érudition. jSon édition des Commentaires dOrigène sur V Ecriture sainte ; l'ouvrage intitulé : Quœstiones Âlnetanœ de Concordiâ rationis et fidei, ou Questions d'Aunay sur l'alliance de la raison et de la foi (elles furent ainsi appelées du nom de l';»bbaye d'Aunay où Huet les rédigea); le livre de la Situation du Paradis terrestre, etc. , sont pleins de recherches. Voltaire, qui a pris à tâche d'atténuer Paliacheroeut des plus grands hommes pour le christianisme, dit dans son Siècle de Louis XIV, que le Traité de la faiblesse de Vesprit humain a fait beaucoup de bruit, et a paru à quelques-uns démentir la Démonstration Evangélique. Il n'avait sans doute lu ni l'un ni l'autre. Huet était très-savant, et voué aux recherches d'érudition.
[[Nous croyons nécessaire d'entrer sur les ouvrages dcHuetdans des détails plusprécis, d'autant plus que depuis la première apparition des Mémoirest\m système tout-à-fait analogue à celui de l'évêque d'Avranchesaeubien du retentisssement. La plupart des détails que nous donnerons sont puisés dans les Mémoires publiés par Huet lui-même deux ans avant sa mort, sous le litre de Euetii Commentarius de rébus ad ipsumpertinentibus, 1718, 1 vol. in— 12, et dans V Eloge historique que l'abbé d'Olivel a placé à la tète du Traité philosophique sur la faiblesse de l'esprit humain. Huet prit dès l'enfance une sorte de pas* sion pour l'étude. Il avait d'abord été appliqué par ses tuteurs a la •clence du Droit; mail, de» qu'il ent atteint m majorité, il atoan-
donna celte carrière ; el il nous apprend lui-même que ce qui le détermina fut le goût qu'il prit à la lecture des Principes de Descartes, et à la Géographie sacrée de Bochart. Venu à Paris pour connaître, comme il le dit lui-même, les princes de la littérature, il fut accueilli avec bonté par les Pères Sirmond et Pélau, qui jouissaient alors de toute leur considération. Il commença lui-même à se faire connaître au public par son édition des Commentaires d'Origène, qu'il accompagna de savantes et utiles dissertations sous le titre oVOrigeniana. (Elles ont été depuis complétées par les notes qu'y ajouia D. Vincent de la Rue.)
Le duc de Monlausier le flt attacher à l'éducation du Dauphin, en qualité de sous-précepteur ; et Bossuet parle ainssi des rapports qu'il eut avec Huet pendant tout le cours de celte éducation : « J'ai » vu M. Huet dès sa première jeunesse prendre rang parmi les sap vants hommes de son siècle ; et depuis j'ai eu les moyens de me p confirmer dans l'opinion que j'avais de son savoir durant deux p ans que nous avons vécu ensemble (1).» C'est alors qu'Huet eut la principale part à la direction des éditions classiques ad usum Delphini; et c'est à lui en particulier qu'on doit l'utile pensée des Vocabulaires placés à la fin des ouvrages de chaque auteur.
Pendant ce temps, il préparait son grand ouvrage de la Démonstration évangélique, où il voulait surtout faire servir principalement les ressources de l'érudition à prouver l'authenticité des Livres saints et l'accomplissement des prophéties. Une grande partie de l'ouvrage est à l'abri de toute critique ; mais deux choses frappèrent les lecteurs, c'est d'abord que, dans l'Introduction, Huet paraissait recommander le scepticisme en matière de philosophie, comme préparation à la foi : « Nous avons, dit-il , deux moyens de connaître les » choses, le rapport des sens et de la raison, et la foi. Le premier » moyen est faible, incertain, trompeur, sujet aux illusions et acces- • sible à tous lessophismes; l'autre au contraire est infaillible, clair,
p évident, et Ole toute incertitude Aussi sont-ils moins éloignés
p de la religion qu'on ne le pense communément, ces philosophes p qui doutent de tout ce qu'ils ne savent que par la raison et le té" » moi g nage de leurs sens, et qui ne veulent rien admettre de certain.., p On a vu des hommes fort distingués et très-savants, chercher à p faciliter aux incrédules le retour à la foi, en leur préchant le sceptip cisme, persuadés que les arguments qu'ils employaient ne poup vaientétre invoqués plus tard contre eux; car ils s'appuyaient sur p des principes émanés de Dieu, et non sur le témoignage de la raip son. Mais le temps et mon sujet ne me permettent pas de continuer » ces digressions, etc. (2) » La seconde observation concerne les
(1) Sixième avertissement sur les lettres de M. Jurieu, tom. xxu, p. 150, éd. Vers.
(%) Nous nous servons ici de la traduction française qu'on trouve dans l'édition dos Déinonstralions de M, Mignc, t. v, j>. 30.
DES &MVAINS. (1721.)
mylhologies anciennes que l'auteur prétendait n'être toutes qu'une altération des Livres saints; soutenant en particulier que Moïse est le Dieu qu'ont adoré presque tous les peuples anciens sous des noms différents : assertion qu'il est difficile de concilier avec les monuments anciens de l'Egypte, de l'Inde, etc., qui prouvent que les superstitions idolâiriques remontent à des temps très- éloignés (I).
L'éducation du Dauphin ayant été terminée, Huet Tut nommé en 1688 à Tévéché de Soissons, qu'il échangea presque aussitôt aven celui d'Avranches ; mais les démêlés de Louis XIV avec la cour de Rome furent cause qu'il ne put être sacré qu'en 1692.(11 n'était entré dans les ordres sacrés qu'à l'âge de quarante-six ans.) Il se lassa bientôt des fonctions épiscopales, et donna sa démission en 4609. Son dessein était d'abord de se fixer dans l'abbaye de Fontenay qu'il possédait aux portes de Caen sa patrie; mais à peine y fut-il établi, que les procès vinrent l'assaillir, il prit alors le parti de se retirer dans la maison professe des Jésuites de Paris, où il passa les dernières années de sa vie dans une paisible et laborieuse retraite, et où il mourut nonagénaire.
Cependant il avait fait paraître un assez grand nombre d'ouvrages. Dans celui qu'il intitula Censura philosophiœ Cartesianœ, 1 vol. in-12, 4089, l'auteur, qui dans sa jeunesse s'était passionné pour Descaries, critique avec sévérité la philosophie cartésienne, et il attaque surtout ce principe d'évidence, qui en fait toute la base. La célèbre méthode de Descaries lui paraît injurieuse à la foi et dangereuse dans ses conséquences. Bientôt après les Quœstiones aine tance indiquèrent les mêmes tendances. Après avoir présenté les principes ordinaires sur lesquels s'appuient les théologiens pour vaincre l'opposition apparente entre la raison et la foi , l'auteur suppose la raison impuissante à acquérir une certitude suffisante ; et cependant il cherche à montrer des rapports multipliés entre les traditions des anciens peuples et les vérités de la foi, et les cérémonies de la loi mosaïque. On a trouvé que, sous ce deroier rapport, l'auteur allait trop loin dans ses assertions (2).
Mais l'ouvrage où la pente d'Huet vers le scepticisme se montre plus à découvert, est le Traité philosophique sur la faiblesse de l'esprit humain, qui ne fut publié qu'après sa mort, en 1723, par l'abbé d'Olivet, mais qui paraît avoir été rédigé dans le même temps que les Quœstiones alnetanœ, dont il développa certaines parties. On a voulu en contester l'authenticité ; mais Huet en avait fait lui-même une édition latine, dans laquelle il est impossible de méconnaître le
(1) [[On trouvera dans la Raison du Christianisme, de M de Genonde, à l'article Huet, un Précis des observations que l'abbé de Houtteville avait fait »ur cette partie de la Démonstration évangélique.]]
(2) [[Voyez sur ce point le Précis des observations de Houtteville, dans la Raison du Christianisme, de M. de Genoude, art. Muet. y.
style. I.'auw ur est censé y rendre compte des conversations d'un homme habile, versé dans la connaissance des anciens philosophes. Il est aisé de voir par les Mémoires qu'il a laissés sur sa vie qu'il veut parler d'un magistrat d'Aix qui, ayant été exilé à Caen, eut avec lui les rapports les plus intimes : « Nos conversations, dit-il , rou- » laient presque toujours sur les sectes des anciens philosophes, que » cet homme connaissait à fond, surtout sur celles qui veulent qu'on » s'abstienne de toute affirmation. Aussi cet ami avait-il une estime » particulière pour Sextus Empiricus; et les éloges qu'il lui donnait » me portèrent à me rendre singulièrement familier un auteur dont » auparavant je connaissais à peine le nom, et à me le faire goûter » extrêmement (I).» On ne s'étonnera pas après cela de trouver dans le Traité un précis de tous les arguments qu'employait le célèbre pyirhonnien pour tenir l'esprit dans un doute spéculatif universel, en se contentant pour la pratique des probabilités qui nous frap pent; mais il est bien singulier qu'un savant et pieux évèque ait cru par ce moyen servir la cause de la foi, à laquelle seule il attribue la certitude.
Il est nécessaire de remarquer l'impression que cet écrit produisit a son apparition. Nous n'en pouvons mieux juger que par les Mémoires Trévoux , rédiges par les Jésuites, amis d'iluet. I| est traité de ce livre dans le numéro de juin 1723 (2). Après avoir observé que tout l'ouvrage n'est qu'un réchauffe de Sextus Empuricus, et de quelques autres rhéteurs, qui combattent ce qu'ils n'entendent pas, l'article poursuit ainsi : a On veut croire que l'auteur a une intention saine: » son intention ne corrige en aucune sorte le vice du sv-tème qu'il wpiopose. Les Pynhoiiiens étaient peut-être mal intentionnés, mais » ils raisonnaient couséquemment en sapant ouvertement les prin- » cipes <J§ la religion, après «voir sapé roux de la raison. En efl'< l . » l'auteur a bonne grâce, apiès nous avoir rendu suspects nos yeuv . » nos oreilles, notre cerveau, notre cœur, notre esprit, notre pensée; » après nous avoir dit qu'il est impossible d'atteindre aux vérités les » plus communes; après avoir traité l'histoire , la morale, la géomé- « li ie de frivoles illl usions ; après nous avoir mis en défiance contre d Dieu, qu'il nous permet de regarder comme occupé à nous tromper » toujours p. J,c. 10, p. 85.) ; il a bonne grâce de venir nous pré- » cher la foi. la religion et les mystères. Un esprit faible ou un es-
(1) « Omnis fere sermo eral de veterum pliilosopliorum secd's; quariim » omnium cura egregie sciens, tum carum prxcipur qurr animum jubent ab » n mni msfusu nbstinere. Summopere itaque com probaba I Sr\ti Empirii i » doctrinam, effecitque ut auctor a<lliuc de nominc lanlum mihî cognilus » perscrutarelur a me diligenler, mihique ficrel pcrfanipHarjs, cf. pfimma » esset illius apiid nie roiomcndntio. » Commenlaiius, etc., \\. 22U.
(2) Comme l'auteur de l'article prétendait que l'ouvrage était faussement attribué à Huet, il s'ensuivit une polémique entre l'abbé «l'Olivct cl << « Pbrtt Bal»u« Dit«cfceaU| d'OUvet prouva l'authentlcltéi
— mi
r> prit fort que son premier livre aurait séduit, serait-il bien en élat » d'être ramené par le second? La foi supplée, dit-il, au défaut de p lu raison ; c'est un sophisme. Car, si la foi supplée au défaut de » la raison, c'est, comme le dit saint Thomas, par rapport aux » choses divines que. la raison ne peut atteindre : mais la foi fait-elle » que nous concevions mieux qu'il soit jour en plein midi, qu'un » triangle ail trois angles, qu'il y ait des corps, etc. » Personne ne s'étonnera de l'importance que nous avons mise à signaler le système d'Huet sur la certitude.
Parmi ses aulres écrits, nous remarquerons encore le Traité de l'Origine des Romans, 1 vol. in-I8, IG70, où il prétend prouver que ces sortes de livres, quand ils sont sagement écrits, sont propres « à tromper l'homme par l'appât du plaisir, à corriger ses défauts en » les condamnant dans les autres ; à adoucir la sévérité des préceptes » pour l'agrément des exemples, etc. •
Huet avait cultivé avec un soin extrême la littérature latine. C'est ce qui le fera toujours lire avec grand plaisir par les hommes de goût; jusque dans sa vieillesse, il faisait des vers latins avec une rare élégance. Il était aqssi très-appliqué à l'élude des Livres saints ; el il raconte lui-même dans le Commentarius, que depuis plus de trente ans, il consacrait régulièrement plus de deux heures à les lire, en comparant le texte original avec les anciennes versions. Il fut regardé, après Bossuet et Fénefon, comme le plus savant prélat du grand siècle. l j
19 mars. — Le Pape Clément XI ne peut être omis dans la liste des écrivains de ce siècle. Ses œuvres, réunies en 2 vol. in-fol. p.ir le cardinal Albani son neveu, contiennent des Homélies prononcées en diverses circonstances, des allocutions, des bulles et des brefs. Nous avons fait connaître tout ce qui concerne ce Pontife illustre, plus haut, p. 80,
27 avril. — Claude Fyot du la Marche, abbé de Saint-Etienne de Dijon, prêtre plein de zèle et de charité, dont nous avons du faire l'éloge dans le Tableau historique, placé en tête de ces Mémoires, p. 95, est auteur d'Entretiens avec Jésus-Christ, — du Manuel pour entendre la Messe, — de la Dévotion aux anges, — et d'Avis sur le sacrement de Pénitence.
6 mai. — Pierre-Lambert Le Drou , religieux Augustin et docteur de Louvain, naquit à Huy, daus les Pays-Bas. Innocent XI l'appela à Rome, où il fut préfet du collège delà Propagande. Innocent XII le (it son sacrislc, et lui donna le titre d'évèque de Porphyre. Il eut quelques désagréments au sujet du livre des Réflexions morales, pour lequel il fui nommé consulteur. 11 revint dans les Pays-Bas , et fut vicaire-général de Liège. On a de lui quatre Dissertations sur la Contrition et l'Âttrition.
\Z (/ouV, — Jacques f.K Long , préïre de l'Oratoire, né à Paris en
1065, bibliothécaire de la maison de Sainl-Honoré, fui savant et laborieux. Il est connu spécialement par sa Bibliothèque sacrée , où il donne un catalogue des manuscrits et des textes originaux de la Bible avec leurs éditions et versions, et aussi une notice des auteurs qui ont travaillé sur l'Ecriture sainte et de leurs ouvrages. On a de plus de lui un Discours historique sur les Bibles polyglottes , et sur leurs différentes éditions. C'est lui qui est le premier auteur de la Bibliothèque historique de France.
i9T septembre. — Benoît Bagchini, Bénédictin du Mont-Cassin, né à Borgo san Donnino en 4651, mort à Bologne, était un savant d'un mérite rare, et versé dans les antiquités ecclésiastiques. Il est auteur de Dissertations sur l'histoire ecclésiastique, entre autres De ecclesiasticm Hierarchiœ originibus dissertatio. On dit qu'elle e6t savante et pleine de recherches. Il se distingua aussi dans la carrière de la prédication.
18 octobre. — Pierre Coustant, Bénédictin de Saint-Maur, né à Compiègne en 1654, mort à Paris, donna, en 1693, une édition des Œuvres de saint Hilaire, travailla à celle de saint Augustin, et rédigea le premier volume des Lettres des Papes, tl prit la défense de Mabillon contre le P. Germon, Jésuite,
30 décembre. — Pierre Le Lorrain db Vallbmoht, prêtre, né à Pont-Audemer en 1649, y mourut. Entre beaucoup d'écrits de lui, nous citerons ses Lettres sur la conversion de deux ministres protestants, Vignes et Gilbert, 1679 et 1685. — Sa Physique occulte, ou Traité de la baguette divinatoire, a été réfutée par le P. Le Brun, et mise à Y Index à Rome, le 26 octobre 1 701 . — Sa Dissertation thiologique et historique du secret des mystères, ou Apologie de la rubrique des Missels, qui ordonne de dire secrètement le Canon de la Messe, 1710, Paris, 3 vol. donna lieu à des Remarques critiques, de Beaudouin, chanoine de Laval, partisan du système contraire, et qui avait déjà écrit en faveur de Claude de Vert.
31 janvier. — Joseph Lambert, docteur de Sorbonne, Prieur de Palaiseau, né à Paris en 1654, prêcha avec succès dans la capitale. C'était un ecclésiastique charitable pour les pauvres, et zélé pour la conversion des protestants, dont il ramena plusieurs. On a de lui des Discours sur la Vie ecclésiastique ; — V Année évangélique, en 7 vol.; — des Instructions sur les Commandements de Dieu, sur les Evangiles; des lettres de controverse, et d'autres écrits de morale et de piété.
DES ÉCRIVAINS. (1723.) i29
7 février. — Louis-Gérauld de Cordemoi, licencié de Sorbonne, abbé de Fénières, lecteur du Dauphin fils de Louis XIV, naquit à Paris en 165J. Il s'appliqua à la controverse, et fit plusieurs missions en Saintonge, et des conférences publiques à Paris avec les protestants. Ses ouvrages roulent sur cette matière : De l'Invocation des Saints ; — Conférence de Luther avec le diable; — Lettre en réponse à celle de Jurieu contre l'Histoire des variations; — Traité contre les Socinicns , dédié à Bossuet ; — Eternité des peines, contre les mêmes; — Traités des images et des reliques; — Réflexions sur la réponse des docteurs d'Helmstadt.
17 mars. — Amédée Hamilton, Anglais de nation, était page del'électrice de Bavière lorsqu'il résolut, en 1665, d'entrer chez les Théatins de Munich. Sa piété et son zèle le firent remarquer ; et, en 1701 il fut destiné aux missions d'Orient. Il partit de Munich avec un de ses confrères, le Père Du Bélin, et se rendit par terre à Ispahan, d'où il devait passer à Goa. Mais il tomba malade ; et après avoir été accueilli par M. Pédon de Sainl-Oion, évéque de Babylone, il fui obligé, vu le mauvais état de sa santé, de revenir en Allemagne, où il s'appliqua à la direction des consciences. Il avait publié quelques oraisons funèbres. Vezzozi lui attribue les Cinq raisons pour se faire catholique; Cologne, 1710, in-12. Un, passage de la lin indique en effet que l'auteur était Anglais et qu'il s'était converti.
8 avril. — Jean-Baptiste Hué-Delauné , docteur de Sorbonne , et vicaire- général de Bayeux, fut longtemps curé à Caen. Il y fit paraître son talent pour la controverse, eut des conférences avec les protestants, et en ramena un grand nombre. M. de Nesmond se l'attacha spécialement. Ses ouvrages roulent tous sur la controverse : M otifs de réunion; — Lettres à MM. Morin et Du Bosc; — Lettre aux nouveaux convertis.
26 mat. — Edme-Bernard Bourrée, prêtre de TOratoire, professeur de théologie, naquit à Dijon en 1652. Nous ne citerons de ses écrits, qui forment plus de quarante volumes, que les Conférences ecclésiastiques de Langres; — Explication des Epitres et Evangiles de tous les dimanches; — Serinons; — Homélies; — Méditations; — Retraite; — Vies de personnes pieuses. On loue son zèle et sa piété.
[[ler;anvt>r.— Louis de Courcillon de DANGBAU^abbéde Fontaine- Daniel, naquit le 26 janvier 1643. Il était fils de Louis de Courcillon, marquis de Dangeau et de Charlotte des Noues, pelle-fille du fameux Duplessis-Mornay, un des oracles du calvinisme. 11 fut élevé daus la
religion protestante; mais plusieurs conférences atec Bossoèl, et la lecture de l'Exposition de la Doctrine catholique, du grand évêque de Meanx, déterminèrent son abjuration. Il entra même dans Tétai ecclésiastique, et fut nomme peu après lecteur du roi Louis XIV, charge qu'il exerça jusqu'à sa mort. L'abbé de Dangeau fut reçu le 26 février 1682, à l'Académie française, à la place de l'abbé Cottin, que Boileau a ridiculisé dans ses satires. On a de lui plusieurs ouvrages, aujourd'hui à peu près oubliés, mais qui ne laissèrent pas d'exercer dans leur temps une modeste et salutaire influence. C'est ainsi qu'il donna tour à tour plusieurs Traités de grammaire, recueillis pur l'abbé d'Olivct dans ses Opuscules sur la langue française, des Entretiens sur la religion, et quelques Opuscules sur la Géographie et sur l'Histoire. On dit que l'auteur de ces traités disputa à Fénelon l'honneur de devenir le précepteur du jeune duc de Bourgogne , et que madame de Maintenon fit pencher la balance en faveur du futur archevêque de Cambrai. Quoiqu'il en soit, on ne peut méconnaître quel'amour de l'étude, les vertus solides, et les connaissances variées de l'abbé de Dangeau , n'eussent pu rendre utile son concours à l'éducation du jeuneprince.il mourut le 1er janvier 1725. J]
17 avril. — Thomas-Vincent Tosca, docteur en théologie, prêtre et supérieur de la Congrégation de Saint-Philippe de Néri, était né au diocèse de Valence, en Espagne, et y fut examinateur synodal. Il est auteur d'un Cours de philosophie; — de la Vie de la Mère Josephe- Marie de Sancta Inès, religieuse Déchaussée de la Conception, — et d'un Abrégé de théologie, qu'il n'a pas terminé. Il mourut à soixanteonze an% avec la réputation d'un homme savant dans les sciences physiques et religieuses.
44 juillet. — Claude Fleury, célèbre historien, naquit à Paris, en 4640, d'une famille originaire de Normandie. [[Il fui élevé au collège de Clermont, depuis Louis-le-Grand, et il paya envers celte maison la dette de la reconnaissance , dans un fort beau poème sur la bibliothèque du collège , Bibliothtca Claromontana , qu'on trouve à la fin des Nouveaux Opuscules. Il suivit quelque temps le barreau sous la direction d'un ancien magistrat, M. deGaumont, 6ur lequel il a laissé une lettre fort intéressante, insérée dans le même recueil. Il embrassa l'état ecclésiastique vers 4666.]] fl fut précepieurdu prince de Conti, en 4672 ; et il le devint en 4680, du comte de Normandie, fils naturel de Louis XIV et de Madame de la Vallière. Après la mort du jeune prince, arrivée en 4684, il obtint l'abbaye du Loc-Dieu, et peu après, répondant à l'appel de Fénelon, il alla se joindre aux missionnaires qui travaillaient en Saintonge à la conversion des prolestants. Le roi le nomma, en 4689, sous précepteur des enfants de France ses petits-fils ; et ainsi Fleury se trouva associé à Fénelon, au duc de Bcauvilliers, ct^ux autres hommes vertueux chargés de l'éducation du dauphin et de ses frères, eu 1696. Il fut appelé à 1'Acadéuïte
française à la place de La Bruyère, et, selon l'usage , il fit l'éloge de son prédécesseur dans son discours de réception. Il faillit éire enveloppé dans la disgrâce de Fénelon à l'occasion du quiclisme. Mais Bossuel qui avait pour lui beaucoup d'estime, répondit de lui et le mit à couvert; en sorte qu'il resta à la cour jusqu'à la fin de l'éducation des princes, en 1706. Nommé alors au prieuré d'Argenteuil, il remit l'abbaye de Loc-Dîèu. Le 0 novembre 1717, H fut choisi, ma gré son grand âge, pour être le confesseur de Louis XV enfant; et en celte qualité il entra au conseil de régence. Il donna sa démission en 1722, comme nous l'avons dit, et fut remplacé par le P. de Linicres (1). Il mourut d'apoplexie l'année suivante, avec la réputation d'un ecclésiastique vertueux, doué d'une modestie exemplaire, qui avait vécu à la Cour, comme dans la plus grande solitude, uniquement occupé de ses devoirs et de ses plus graves études.
Le grand ouvrage de Fleury est son Ilistoire ecclésiastique, qu'il commença à publieren 1001, eldont il donna vingt volumes; il était âgé de quatre-vingt-deux ans quand il fil paraître le dernier, qui ne va que jusqu'à la fin du concile de Constance ; et rien ne parut s'y ressentir de la faiblesse de l'âge. A la tête de plusieurs volumes se trouvent placés des Discours, dans lesquels, il envisage les faits sous des points de vue plus généraux. Ces Discours sont généralement très-estimés ; ils sont pleins de force et de précision ; et ils présentent beaucoup de vues sages. Toutefois , l'auteur y regrette trop amèrement l'ancienne discipline, et semble blâmer tout ce qui ne porte pas l'empreinte des premiers siècles. Un homme si judicieux ne devait-il pas prendre davantage en considération l'autorité de l'Eglise, qui a sanctionné ces changements, suite inévitable du temps. Nous parlerons à part du Discours sur les libertés de l'Eglise gallicane , qu'il ne fit pas entrer lui-môme dans le corps de l'ouvrage. V Histoire ecclésiastique est écrite avec beaucoup de naturel et de simplicité , quelquefois même avec négligence. Mais celte négligence passe, à la faveur de l'esprit de piété, qui anime l'ouvrage, de l'onction qui y règne, du jugement, de la gravité d'un style toujours convenable à la matière, de la raison, de l'amour pour la vérité, qui s'y font sentir. C'est d'ailleurs un résumé généralement bien fait, de tous tes écrits des saints Pères, des conciles, et de toutes les pièces qui offrent au lecteur un intérêt véritable.
On a adressé bien des reproches à celte Histoire. Dom Ceillicr, le cardinal Orsi, et les auteurs de Y Histoire de Y Eglise gallicane, notèrent plusieurs erreurs de faits et dates, difficiles à éviter dans un ouvrage d'aussi longue haleine. Deux religieux, le P. Honoré de Sainte-Marie, et le P. Beaudouinde Housta, Augustin, relevèrent avec sévérité les défauts de cet ouvrage. Il parut à Avignon, en 1736, des Observations sur VHistoire ecclésiastique de Fleury, en 2 volumes,
(I) Voyex plus haut, pag. 124.
qui devaient cire suivis de six autres. Celle suilc n'a pas vu le jour. Ou attribue cet ouvrage au P. Lanléaume, Jésuite; telle est l'opinion de Barbier dans le Dictionnaire des anonymes. Les IS'oucelles ecclésiastiques le donnaient à un prêtre vertueux et instruit, l'abbé Planque, Sulpicien. Celle critique est plus modérée que celle de l'abbé Bossignol, ex-Jésuite. Celle-ci est intitulée : Réflexion s sur l'Histoire ecclésiastique de Fleury ; Paris, 1802. On fait beaucoup de cas, en lialie, des Observations critiques de Marcbetli, sur l'Histoire ecclésiastique de Fleury : elles ont été traduites en français, et imprimées dans les Pays-Bas, il y a quelques années (1). L'auteur, Jean Marcbetli, né en Toscane, est un des ecclésiastiques italiens qui ont le plus travaillé pour défendre la cause de l'Eglise contre les novaleurs, à la fin du siècle dernier et dans les premières années de ce siècle. 11 jouissait delà réputation d'un homme vertueux et versé dans la connaissance de l'antiquité : il fut fait plus tard archevêque d'Ancyre, et il devint membre de plusieurs congrégations romaines. Ses Observations avaient déjà eu plusieurs éditions avant 1704.
Nous nous arrêterons un instant sur cet ouvrage, parce qu'il résume les accusations principales portées contre YHistoirc ecclésiastique par les critiques précédents. Dans une première partie, Marcbetli s'attacha à montrer que sur plusieurs points d'une application assez étendue, et qui tiennent surtout à l'exercice des prérogatives du Siège Apostolique, Fleury avait des opinions peu fondées. Il lui reproche, par exemple, d'avoir beaucoup trop exagéré les con- U quences des fausses décrétalcs d'Isidore, qui, selon lui, auraient très-notablement changé la discipline de l'Eglise, surtout en ce qui lient aux jugements des évèques en première instance, aux appellations portées directement au Pape en loul étal de cause, à la lenue des conciles provinciaux, etc. 11 discute de même plusieurs assenions relatives aux changements introduits dans la suite des siècles dans l'administration du sacrement de Pénitence, aux indulgences, à la doctrine des Scholastiques, au genre de vie des religieux mendiants, etc. Enfin il accuse Fleury de suivre de préférence, relativement au moyen-âge, les auteurs qui paraissent exagérés dans leurs écrits, comme Matthieu Paris, Villani, Pétrarque, etc. Dans sa seconde partie, Marcbetli entre dans l'examen particulier d'un certain nombre de passages, il relève quelques traductions inexactes, quelques omissions plus ou moins importantes, quelques assertions, etc. Dans toutes ces remarques l'auteur de la Critique paraîiavoir fait une étude spéciale de l'histoire de l'Eglise, et montre beaucoup de zèle pour la
(1) [[Ce que nous ajoutons ici sur l'ouvrage de Marchctli est extrait de deux articles que M. Picot a insérés dans Y A. mi de la Jïeligion, t. KU1, p. 241 cl 353. Il est à remarquer que ces articles, où M. Picot avait ajouté certaines réserves aux éloges qu'il donne à l'auteur, ne déplurentpas au prélat italien. (Voyez un antre article de M. Picot ; Jmi,l. xxvjj, p 61).]]
défense des droits de l'Eglise et pour ceux du Saint-Siège; les plus ardents gallicans ne pourraient lui refuser ce témoignage. Mais en même temps on peui lui reprocher de n'avoir pas assez ménagé un homme du mérite de Fleury, et d'avoir qualifié quelquefois ses méprises avec une sévérité un peu rigoureuse. Les réflexions de l'auteur dcY Histoire ecclésiastique soniqueïquctois un peu fortes et libres; mais il est à remarquer que chez lui du moins l'abus n'est pas un prétexte pour condamner la chose même. On voit qu'il aimait sincèrement l'Eglise, et qu'il ne ressemblait pointa ceux qui, le citant à tout propos, et se piquant peu d'être aussi équitables que lui, voudraient imputer à la religion même les vices de certains personnages, les abus introduits quelquefois dans les choses les plus saintes, et d'autres événements que les bons chrétiens déplorent, tandis que d'autres en font trophée. [[Nous croyons aussi qu'il faut tenir compte à l'écrivain de l'époque à laquelle il écrivait. Relativement au moyen âge, la critique historique n'était pas assez avancée; et il restait un grand nombre de points à éclaircir. Beaucoup d'opinions qui étaient alors assez généralement reçues, sur des questions historiques, sur des matières de discipline générale, ou même de théologie, ont été discutées depuis avec plus d'exactitude.]]
Un Capucin appelant, le P. Tranquille de Bayeux, depuis réfugié en Holbndc, prit la défense de Fleury contre ses détracteurs ; il publia en 1756 et 1738, une Justification des Discours et de l'Histoire ecclésiastique de Fleury; 2 vol. in-12. Mais sa Justification n'est plus lue aujourd'hui.
Nous avons dit plus haut que le Discours sur les libertés de VE~ glise gtdlicane n'avait pas été inséré par Fleury dans son Histoire ecclésiastique : en effet, il ne parut qu'après sa mort, en 1723. L'édition fut clandestine. L'éditeur (peut-être l'abbé de Bonnaire, appelant) y joignit des notes qui annoncent un homme de parti; ce qui fut cause que le Discours fui supprimé par un arrêt du conseil du 9 septembre 47*3. 11 fut aussi mis à l'index, à Rome, le 43 février 4725. Eu 4765, Antoine-Gaspard Boucher d'Argis (avocat, mort vers 4780) donna une nouvelle édition de ce Discours, où il se permit des altérations considérables, qui ont été relevées par M. Emery dans ses Nouveaux Opuscules de Fleury. M. Emery y donne le texte du Discours, conforme à un manuscrit qu'il avait entre les mains, et on voit avec surprise que Boucher d'Argis avait altéré précisément les passages les plus favorables à l'Eglise et au Saint-Siège. Un autre avocat, Chiniac de la Bastide, fil encore imprimer le Discours de Fleury, en 1765, avec un commentaire si violent, qu'il déplut même au parti auquel l'éditeur était attaché. Ainsi ce Discours avait toujours été altéré en lui-même, ou déparé par de mauvaises notes, quand M. Emery le publia, en 4807, dans sa pureté primitive. Il fait bien voir que Fleury n'était pas aussi opposé à la Cour de Rome qu'on avait voulu le persuader.
On trouve, cri effet, dans celle édition, des aveux très-i qui prouvent que, si Fleury n'était pas parfaitement dégaj jugés parlementaires, il comprenait du moins le danger des eiagérations qui étaient alors trop accréditées. On a fait aussi imprimer trois autres discours que Fleury n'avait pas insérés dans son Histoire, sur la poésie des Hébreux, sur l'Ecriture sainte et sur la Prédication.
[[ Parmi les autres ouvrages de Fleury, les Mœurs des Israélites et lest Mœurs des Chrétiens, qu'il publia en 1081 et 1682, ont mérité le succès le plus complet, et on les lit toujours ave que de plaisir, quoique le second ne soit pas exempt des reprochas qu'on a adressés à Fauteur relativement aux plaintes qu'il fait delà décadence des mœurs et de la discipline. Bossuet avait revêtu ces ouvrages de la recommandation la plus honorable. Fleury avait déji donné, en 1C7G, le Catéchisme historique, qui fut également révéla de l'approbation de Bossuet, et dont Fénelon faisait le plus grand cas, comme il le prouve dans son Traité de l'Education de$ Filles, où il est recommandé jusqu'à trois fois. Nous croyons, en effet, que rien n'est plus important que la méthode historique pour jeter les fondements d'une solide connaissance de la religion. On s'est quelquefois étonné que cet ouvrage ait été noté par Y Index, avec cette réserve toutefois donec corrigatur ; mais on doit remarquer, qu'en effet, dans plusieurs anciennes éditions, il se trouvait des propositions qui pouvaient offrir un sens peu orthodoxe. Ainsi, dans l'édition de 4709, que nous avons sous les yeux, an chnpitre de la Grâce, leçon xxxvn, nous lisons : « Notre volonté est tellement affaiblie -par le péché, que de nous-mêmes nous choisissons toujours le mal, et nous n'avons point de liberté pour bien faire, si nous ne sommes délivrés par la vérité qui est Jésus-Christ, etc. r> Ces propositions, et qnelques auires semblables, ont vraisemblablement été corrigées dans tions postérieures. Fleury n'était pas janséniste : nous avons observer que les accusations qu'on avait quelquefois cherché à répandre contre lui, tombaient par le seul souvenir de l'intimité dont l'avaient honoré des hommes tels que Bossuet, Beauvilliers, Fcuclon. (Voyez une leitre de Madame de Maintenon, citée dans le tome I de ses Mémoires, p. 578). Une lettre de Fleury à M. Le Pelletier, chanoine de Reims, que M. Fmery a publiée dans les Nouveaux Opuscules, d'après un recueil plus ancien, ne laisse pas l'ombre de nuage. Ce chanoine lui avait envoyé un écrit sur la Constitution Unigcnitus; Fleury le félicite d'avoir si bien mis en leur jour les erreurs qu'elle condamne. \\ montre que toutes les questions qu'on soulevait alors, n'étaient propres qu'à faire naître des disputes . des injures, des haines mortelles, et on peut voir d'autres preuves que le savant éditeur des Nouveaux Opuscules, présente dans la préface.
Le Traité du choix et delà méthode des Etudes, parut en 1686. Après un tableau étendu et intéressant de l'Histoire des Eludes aux différents âges, l'auteur donne des avis judicieux, soit sur les
in
munes, soit sur les études propres à différentes classes de personnes.
L'Institution au Droit ecclésiastique, 2 vol. in-12, fut publiée en 1687 C'est une introduction à l'étude du droit canon, qui a le mérite d'être à la fois courte et écrite avec une grande clarté. On doit seulement se délier de quelques principes parlementaires que l'auteur avait puisés d:ins sa jeunesse, et qui l'ont fait noter par l'Index.
Le traité des Devoirs des maîtres et des domestiques se rapporte a. l'administration des maisons des grands seigneurs, pour qui il avait été composé. La Vie de madame d'Arbouse, abbesse du Val-de- Gràee, est un ouvrage rempli d'une piété solide.
Plusieurs autres ouvrages de Fleury ont été édités après sa mort. Daragon, devenu possesseur de ses manuscrits, publia le Droit public français; 4 vol. in-12; précis curieux, quoique non terminé, des institutions françaises, politiques, judiciaires et militaires, et accompagné d'Opuscules relatifs à la politique. On voit dans la préface que ce n'est pas sans raison qu'on avait attribué à Fleury {'Institution au Droit français, publié sous le nom de Gabriel Argou, son ami.
En 4780, le libraire Rondet publia des Opuscules de Fleury; en 5 volumes, en 1807, M. Emery donna, comme nous l'avons vu, du Nouveaux Opuscules, en un petit volume, auxquels il fit ensuite quelques additions qui furent réunies dans une nouvelle édition donnée en 1818. Les pièces qu'il y a insérées sont curieuses, et montrent en Fleury un homme opposé aux nouveautés de ce temps-là, et trèsattaché aux droits de l'Eglise et du Saint-Siège. Il est d'autant plus utile de le remarquer, qu'on a plus souvent abusé du nom et de l'au-*. torité de ce célèbre historien. ]]
Il ne faut point confondre, avec Toovrage de Fleury, la continuation de son Histoire par le P. Fabre; recueil fastidieux, où l'auteur a tout entassé sans choix, l'histoire civile et politique avec l'histoire de l'Eglise. Voyez Fabre, 1765. (On trouve à la fin des Observations critiques de Marcheiti, des remarques particulières sur celte continuation) On dit qu'un P. Alexandre de Saint-Jean-de-b-Croix, religieux Carme-Déchaussé, a aussi entrepris de donner une continuation do Fleury, et qu'il a été critiqué par Mangold dans un livre publié à Augsbourg, en 1783, en 3 volumes. Nous ne connaissons ni l'ouvrage du P. Alexandre, qu'on dit être très-partial et très-mauvais, ni le travail de son critique. L'un et l'autre paraissent être Allemands.
7 aotH . — Guillaume Daubéxton", Jésuite, né à Auxerre, en 1648, se distingua dans la prédication, et devint confesseur de Philippe V, roi d'Espagne. Il quitta cette place vers 1704; mais fut rappelé parle roi en 1716. Il a laissé la Vie du B. François Régis, —des Mémoires pour sa béatification, — et des Oraisons funèbre». Voltaire, dans son Précis du siècle de Louis XV, raconte, d'après Bellando, on corne absurde sur la mort de ce Jésuite. Voyez à ce sujet une lettre insérée, par l'abbé Groxier, dans Y Annie littéraire, 1777, n» 18. II y montre
qu'il est faux que Danbenton ait rien révélé de la confession de Philippe V,et qu'il soit mort comme le raconte Voltaire, d'après Bellando, historien inexact et supprimé en Espagne. Il fait voir aussi que Daubenlon, loin d'être un intrigant et un ambitieux, sollicitait sa retraite depuis plusieurs années, et qu'il rendit à Philippe des services importants. Cette lettre mérite d'être lue. Duclos a rapporté les faits comme Voltaire.
44 septembre. — François-Dominique Zurlauben, abbé de Mûri, naquit à Bremgarten, en 1646, et se fil Bénédictin à Mûri sous le nom de Placide. On a de lui des Discours panégyriques moraux , et le Double esprit d'humilité et d'obéissance, tous en latin. Il fut abbé de Mûri en 1683, et prince du Saint-Empire en 4701. Il fit beaucoup de bien au spirituel et au temporel de son abbaye, rebâtit l'église, et en accrut les domaines. Il était considéré en Suisse, et fut visiteur de tout l'ordre dans ce pays. Son frère, Conrad, aussi Bénédictin, né en 4649, devint abbé de Rheynaw en 4697, et fut bon théologien, saint religieux et sage prélat. Il fit revivre l'ancienne discipline dans son monastère, et fut visiieur de l'Ordre en Suisse, après la mort de l'abbé de Mûri. Il mourut à Rheynaw, le 18 juin 1735. Son uotn de religion était Gerold.
44 octobre. — Léger-Charles Decker, doyen de Halines, né àMons en 1643 , professa la théologie à Louvain. Il écrivit contre le Droit ecclésiastique, de Van-Espen, et donna deux courtes Histoires du baïanisme et du jansénîstnct en latin»
9 novembre. — Jacques Pin sonnât, docteur en théologie, professeur d'hébreu, et curé de Saint-Sauveur des Petites-Maisons , à Paris, était né à Châlons-sur-Saône vers 1653. Il est auteur d'une Grammaire hébraïque, et de Considérations sur les Mystères , les actions et les paroles de Jésus-Christ, avec des prières. Au commencement des contestations de l'Eglise, il publia une brochure intitulée : La Veuve de Sarepta. C'était un homme pieux, savant et zélé.
25 novembre. — David-Augustin Brubys, né à Aix en 4640, fut d'abord protestant, étudia la théologie dans celte communion, entra au consistoire de Montpellier, et écrivit contre V Exposition de la foi catholique, de Bossuet. Ce prélat s'en vengea en le ramenant à cette même foi. Brueys, peu après son abjuration, justifia celle démarche par un écrit auquel Jurieu, Lenfant et Larroque essayèrent de répondre. Il entra dans l'état ecclésiastique après la mort de sa femme. En 1685, il publia la Défense du culte extérieur des catholiques, avec la réfutation de ses critiques ; — en 4686, une Réponse aux plaintes des protestants contre les moyens employés à leur égard en France; <— un Traité de V Eucharistie ; — un autre de l'Eglise ; en 1692, une Histoire du fanatisme (des Cévennes) de notre temps, avec une suite
en 4709 et en 1713. Cet ouvrage est curieux et estimé. Il est encore auteur d'autres ouvrages de controverse. Enfin , il en a composé d'un genre bien différent. [[ Il est auteur de plusieurs pièces de théâtre qu'il publia avec Palaprat, son ami. Quelques-unes comme le Grondeur, l'Avocat Patelin, montrent un esprit très- versé dans ce genre de littérature, qui convenait du reste si peu au saint état qu'il avait embrassé. ]]
30 novembre. — - Pierre Forestier, chanoine d'Avalon, né dans celte ville en 1634, est auteur d'Homélies, en 2 volumes; de Vie$ det Saints du diocèse d'Âutun ; — d'une Histoire des Indulgences et du Jubilé; — d'une Explication des Evangiles , et d'autres écrits de piété.
— François-Amé Poucet, prêtre de l'Oratoire , docteur de Sorbonneetabbé de Chambon, naquit à Montpellier en 1666. Il fut vicaire à Sainl-Roch à Paris, et c'est en cette qualité qu'il connut et assista à la mort le célèbre La Fontaine, qui mourut entre ses bras dans do grands sentiments de religion , comme on le voit dans la Relation de Pougot, publiée par le P. Desmolets. 11 entra en 1696 dans la Congrégation de l'Oratoire. Il fut ensuite supérieur du séminaire de Montpellier, où il s'était rendu sur l'invitation de M. Collet, qui en était alors évéque. Le P. Pouget y demeura plusieurs années, après lesquelles il revint se fixer à Paris, au séminaire de Sain t-Ma gloire. Le cardinal de Noailles l'employa à la révision du Bréviaire de Paris. Il mourut dans sa retraite, le 14 avril 1723, a l'âge de cinquante-sept ans. On lui doit le Catéchisme de Montpellier, qui a été traduit en plusieurs langues, et entre autres en latin, sous le litre d1 Institutions catholicœ.
[[ Cet ouvrage, justement célèbre, est une exposition claire, solide, élégante, et en général fort savante de la doctrine de l'Eglise, sur les matières de foi, de morale, de sacrements et de liturgie. Malheureusement l'auteur ne se tint pas assez en garde dans les premières éditions contre l'influence de Tévéque janséniste, auprès duquel il se trouvait alors, et peut-être aussi contre son secret penchant pour les nouvelles doctrines. Plusieurs propositions sur la grâce, entachées ou suspectes de jan>énisme, excitèrent les justes réclamations de quelques évéques, et entre autres du cardinal de Bissy, qui, aussitôt après la mort de l'auteur, fit arrêter l'impression de la traduction latine. Elle ne parut qu'après avoir été revue par le docteur Claver, qui mit des cartons en plusieurs endroits. Grâce aux corrections qui y furent faites par l'ordre de M. de Charancy, successeur de Colbert sur le siège de Montpellier, l'ouvrage du P. Pouget a eu un grand succès et on le réimprime encore de nos jours.]]
On a encore de cet auteur plusieurs Lettres à M. de Colbert, — et au cardinal de Noailles, etc.; — une Instruction chrétienne sur la prière ; — une Instruction sur les principaux devoirs des chevaliers de Malte, dont il est plutôt toutefois le réviseur que l'auteur. ]]
Janvier. — Jean-Paul du Saclt, Bénédictin de Saint-Manr, né I Saint-Sever en 1650, et mort à Avignon, est auteur de* Entretiens de Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement, 1703, 3 vol. ; cet ouvrage était attribué à D. Morel: — de Y Abrégé des mêmes ; — d'Avis et Réflexions sur les devoirs de l'état religieux; 1708; 3 vol. souvent réimprimés,
et de ia Préparation à la mort ; S vol.
3 mars.— Jean Lot ail, prieur d'Anzai, naquit à Mayenne, et mon* rut à Paris. Attaché a la cause de Quesnel, il prouva son zèle pour les intérêts du parti par Y Histoire du livre des Réflexions morales. Cet ouvrage paraît avoir servi commé d'introduction aux Nouvelles ecclésiastiques, qui en sont la continuation. Lonail publia aussi des Réflexions critiques contre le livre du Témoignage de la vérité dans f Eglise (du P. La Borde), qu'il n'approuvait pas. On le croyait auteur, concurremment avec Mlle de Joncoux, de Y Histoire abrégée du Jansénisme, 1698. Il paraît que Fouilloux a reconnu cet ouvrage.
24 mars. — Nicolas Lb Noibry, Bénédictin de Sainl-Maur, né à Dieppe en 1647, donna, avec D. Garet, l'édition des Œuvres de Cassiodorc, et travailla à celle de saint Ambroise avec dom Duchesne, Bellaize el Friche. On a de lui: Apparatus ad Bibliothecam Patrum; 2 volumes in-folio, 1703 et 1715. C'est une collection savante et eslimée.
9 mai. — Ambroise Làlouette, chanoine de Sainte-Opportune, a Paris, né dans cette ville en 1653, s'appliqua au ministère et à la controverse. 11 est auteur de Traités sur la présence réelle et sur la communion sous une seule espèce ; — de YHistoire des traductions /rantaises de V Ecriture sainte; — de YHistoire et abrégé des ouvrages contre la comédie et l'opéra ; — * de la Vie d'Antoinette de Gondi% su- périeure du Calvaire; — deY Abrégé de la vie du cardinal Le Camus > et d'extrait des ouvrages de plusieurs Pères de l'Eglise sur différents points de morale.
[[ 21 aottt. — Noël Alexandre, naquit à Rouen, le 19 janvier 1659. Il entra fort jeune dans l'ordre de Saint-Dominique, où il se fit remarquer par une intelligence précoce, par un grand amour de l'étude, et par son zèle pour l'accomplissement de tous ses devoirs religieux. Après avoir Tait profession à Rouen, il vint à Paris, où il fut reçu docteur de Sorbonue en 1675. Il publia, dès l'année, suivante 1676, le premier volume de son Histoire ecclésiastique, qui parut en 24 volumes in-8% depuis cette époque jusqu'en 1686. L'auteur s'écarte assez notablement dans cet ouvrage du plan ci de la méthode qu'avaient généralement suivis jusqu'alors les historiens de l'Eglise.
Au lieu de présenter à la fois, comme on l'avait fait avant lui» le récit des événements et les réflexions ou les discussions auxquelles ils peuvent donner lieu, il rapporte d'abord chapitres par chapitres les principaux faits de chaque époque, et consacre ensuite plusieurs dis* sertations distinctes, à expliquer ou à établir divers points d'histoire, de chronologie, de critique ou de dogme. Ces dissertations sont en général claires, solides, pleines d'une érudition saine et bien digérée. C'était pour l'usage des jeunes licenciés, que l'suteur avait adopté ces formes scolastiques , qui en rendent la lecture un peu fatigante pour des lecteurs moins accoutumés à ce genre de composition. Un reproche plus grave que Ton doit adresser au P. Noël Alexandre est de n'avoir pas toujours assez su se préserver des préventions communes à la secte à laquelle il était malheureusement trop attaché. Le peu de me" sure avec laquelle il parlait dans son ouvrage des démêlés de la Papauté et de l'Empire, jointe a plusieurs autres opinions qu'il émettait sur les matières controversées à cette époque, fit condamner son Histoire par un bref du Pape Innocent XI, le 10 juillet 4084.
Le P. Alexaudre n'en continua pas moins la publication qui n'était pas encore complètement terminée,ety ajouta môme, en 1689, Y Histoire de l'Ancien Testament. Il lit plus ; comme il avait obtenu lo compte rendu des examinateurs romains, d'après lequel son livre avait été mis à V Index, il en publia une réfutation à la suite de son ouvrage. Innocent XI, par de nouveaux brefs du 6 avril 1085 et du 26 lévrier 4687, avait condamné les derniers volumes de Y Histoire ecclésiastique. Elle a été cependant réimprimée en 8 vol. in-folio, à Venise, par les soins du P. Mansi, de la Congrégation de la Mère-de- Dieu, avec des notes estimées de Roncaglia. Cette édition a été formellement autorisée par un décret de la Congrégation de Y Index, du 8 juillet 1754, qui a mitigé les défenses portées contre les éditions précédentes.
On a encore du P. Noël Alexandre : une Théologie dogmatique et morale selon l'ordre du Catéchisme du concile de Trente. Ouvrage estimé. — Des Commentaires sur le Nouveau Testament;— plusieurs Dissertations contre le P. Frassen, Launoi, etc., dont quelques-unes sont à Y Index ; — des Lettres sur le Thomisme, contre le P. Daniel; — V Apologie des Dominicains, missionnaires de la Chine ; — la Conformité des cérémonies chinoises avec l'idolâtrie des Grecs et des Romains ; — La Défense de la Mission de Saint-Denys l'arcopagiste en France , dans laquelle il accepte le sentiment sou* tenu pendant tout le moyen-âge, sur l'identité de saint Denys de Parisetdcsaint Denys l'aréopngite^tsur la venue de saint Lazare en Provence. On sait que cette dernière opinion, longtemps abandonnée, et pour laquelle certains critiques avaient vivement blâmé le P. Alexandre, a trouvé un sérieux défenseur dans le savant et mrt* deste M. Fayon de Saint-Sulplce.
Au milieu de ces nombreux travaux, le P. Alexandre s'élait attiré bien des embarras par suite de son altachament au jansénisme. Il fut exilé à Châtelleraull en 1709, pour avoir souscrit le Cas de Conscience. Mais il fut rappelé après avoir réiraclé sa signature. Il lut également privé, en 4723, d'une pension qu'il recevait du clergé de France, pour avoir appelé de la bulle Unigenilus. Dieu l'affligea d'une manière non moins sensible en le privant de la vue quelque temps avant sa mort, qui arriva le 21 août 1724. Malgré ses écarts et les condamnations dont ses livres furent l'objet, le P. Noël Alexandre ne cessa pas d'avoir des relations d'estime et d'amitié avec les plus savants prélats de France et d'Italie. Le Pape Benoit XIII lui-même faisait un cas particulier de 6on grand savoir, et se plaisait a lui montrer son estime. On ne peut s'étonner après cela que la Sorbonne ait voulu assister tout entière à ses funérailles, alin de témoigner de sa reconnaissance pour un homme dont la science lui avait fait tant d'honneur. Heureux, s'il avait su se préserver des préjugés d'une secte avec laquelle il demeura malheureusement trop lié. ]]
24 août.— Jean Frain du Tremblai , gentilhomme angevin, fst auteur de Nouveaux essais de morale ; — d'une Critique de l'Histoire du concile de Trente, de Fra-Paolo ; — d'un Traité sur la vocation chrétienne, et de Mémoires insérés dans ceux de Trévoux. Goujel lui reproche des préjugés : mais l'abbé de Masbaretdit que Frain était un homme recoromandable par ses vertus chrétiennes et ennemi des nouveautés.
50 août. — Jacques Marsollier naquit à Paris en 1647. Il entra dans la Congrégation des Génovéfains, et on l'envoya peu après à Uzès, où il devint bientôt prévôt du chapitre et archidiacre de la cathédrale. Il passa le reste de sa vie dans celle ville, et y mourut le 30 août 1724. C'était un ecclésiastique régulier et laborieux. Il composa un assez grand nombre d'ouvrages dont quelques-uns ne sont pas sans mérite. On a de lui : Histoire du cardinal Ximénès; — Histoire de l'Inquisition et de son origine ; — Vie de saint François de Sales; — Vie de Madame de Chantai; — Vie de l'abbé de Rancé (l'abbé Gervaise l'a critiquée); — Apologie d'Erasme. [[ L'auteur se proposait d'y démontrer par des passages extraits des ouvrages d'Erasme, que ce dernier avait toujours été attaché à la foi de l'Eglise. Cet écrit donna lieu à de vives attaques. ]] — Histoire de l'origine des dîmes et autres biens temporels de l'Eglise. Voyez l'écrit intitulé : Marsollier découvert et confondu dans ses contradictions, 1708, in-12. On l'accuse de n'avoir pas toujours été exact.
. 3 octobre. — François-Timoléon de Cuoisy, prieur de Saint-Lo de Rouen et de Saint-Gelais, naquit à Paris le 16 août 1644. [[Il était fils de M. de Choisy, chancelier de Gaston duc d'Orléans, et d'une petitefille du chancelier de l'Hôpital. Sa famille le destina de boune heure à l'état ecclésiastique. S'il fa»Jt en croire les récils d'hisioriens conlem-
DES ÉCRIVAINS (1124.) 4 il
poraîns, mais assez connus par leur penchant à critiquer tout ce qui touche à la religion, sa jeunesse ne répondit nullement à la sainteté d'un état qu'il embrassait sans vocation. Une maladie grave qu'il fit à l'âge de trente ans le fit rentrer en lui-même, et le< sages avis de l'abbé de Dangeau achevèrent de le toucher. A peine fut-il rétabli, qu'il publia ses Conférences avec ce pieux ecclésiastique, en quatre dialogues) sur l'immortalité de l'âme , sur l'existence de Dieu, sur le culte qu'on lui doit et sur la Providence. Cet ouvrage ne suffisait pas au zèle d'un nouveau converti; il voulut faire partie d'une ambassade que le roi Louis XIV envoya en 1685 au roi de Siam, pour l'engager à embrasser la foi. Ce fut pendant ce voyage que l'abbé de Cboisy, qui n'était encore que tonsuré, reçut tous les ordres , et fut même élevé à la prêtrise, dans l'espace de quatre jours, par un vicaire apostolique. Il a laissé un journal de ce long voyage, dont le but ne fut pas atieint. De retour en France, il publia successivement, les Vies de David et de Salomon; — une Traduction des Psaumes; — une Traduction de V Imitation de Jésus-Christ. A me lot de la Houssaye, La Beaumelle, d'Alembert, se copiant les uns les autres, ont dit que ce dernier ouvrage avait été dédié à madame de Maintenon, avec une épigraphe fortpeu convenable. Mais cette anecdote est entièrement controuvee, ainsi que le démontre l'auteur du Dictionnaire des ouvrages anonymes. On a encore Je l'abbé de Choisy, des Histoires édifiantes; — une Vie de saint Louis; — des Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV, qui ne parurent qu'après la mort de l'auteur; — un Journal de l'Académie française , dont il était membre ; — des Vies de Philippe de Valois, de Jean II, de Charles V et de Charles VI, rois de France; et enfin, une Histoire de l'Eglise, le plus considérable de ses ouvrage. L'abbé de Choisy ne se piquait dans ses écrits, ni de profondeur dans les pensées, ni d'exactitude dans les faits; il cherchait surtout à plaire par l'agrément et la vivacité de la narration. Aussi l'a-t-on quelquefois accusé d'avoir plutôt écrit de pieux romans que l'histoire de ses héros. Il mourut, le 2 octobre 4724, à l'âge de quatre-vingts ans révolus, sans avoir été promu aux dignités de l'Eglise, que le peu de gravité de son caractère le rendait incapable de posséder.]]
3 octobre. — Charles-François Dubos, né en Auvergne en 1661, doyen de Luçon, est auteur des Conférences de Luçon , en 11 volumes, concurremment avec Louis et Dupuy ; de Conférences sur les mystères, les dimanches et les fêtes. On dit qu'il était généralement estimé, respecté et consulté pour son caractère, ses talents et ses lumières. Il était charitable, et fil plusieurs fondations pieuses.
l,f décembre. — Joseph Grandet, prêtre de Saini-Sulpice, directeur du séminaire d'Angers, et curé de Sainte-Croix de cette ville, était né dans cette ville en 1646. Il eut la confiance de l'évêque d'Angers, Pelletier; il travailla 5 u ne Histoire ecclésiastique de l'Anjou, et
iî publia la Vie de Mademoiselle de Melun;— celle d'un Solitaire, mort en 1691 ; — celle de Dubois de la Ferti; — celle de Crété, curé de Baranthnn; — celle de Vabbé Grignion de Montfort, et quelques autres encore.
— Pompée Saewelli, évoque de Biseglia en 4692, était né à Polignano en 4649. Il fut grand-vicaire du cardinal Orsini, à Bénévent. On a de lui de« Lettre» ecclésiastiques ; —la Vie du P. Boldoni; — \t* Constitutions synodales de son diocèse; — Y Ecole de l'âme; le JHodèle du clergé, et d'autres ouvrages de ce genre. C'était aussi un IUp» téraleur.
Janvier. — Jean de Catalan, évéque de Valence, né à Toulouse, fui fait évéque en 4705. 11 a laissé des Instructions pastorales adressées aux nouveaux convertis de son diocèse, et les Antiquité* de Vê* glisede Valence, 1724. Ce dernier ouvrage est rempli de recherches. Sa lettre pastorale aux nouveaux réunis de son diocèse fut attaquée par Basnage, auquel le prélat répondit par une nouvelle instruction pastorale.
30 mars. — Denis de Sainte-Marthe, Bénédictin de Saint-Maur, était né à Parts en 4650, d'une famille qui a produit plusieurs écrivains distingués. [[Il entra en 4667 dans la Congrégation de Saint- Maur, et y fut successivement employé à renseignement de la philosophie et de la théologie, à Reims, à Paris et a Saint-Denis. Après avoir rempli toutes les charges de son ordre, il en fut élu supérieur général en 1720. Ce fut dans l'exercice de ces fonctions difficiles qu'il mourut le 50 mars 4725. C'était un religieux estimé pour sa vaste érudition, pour sa régularité, et pour son attachement à son état; mais on eut h lui reprocher un peu trop de vivacité dans quelques controverses du temps , et surtout son attachement an parti janséniste, avec lequel il appela de la Bulle Vnigenitut. 11 adhéra toutefois à l'accommodement de 1720, et s'abstint depuis de toute manifestât on publique dans le sens des novateurs. ]] Ce savant composa un Traité de la Confession auriculaire ; ~ une Réponse aux plaintes des Protestants, touchant la prétendue persèeutionde France, 4688, in-12, où il justifie les rigueurs que Ton exerçait alors dans le royaume contre les calvinistes; — quatre Lettrée à Vabbé de Rancé, sur la fameuse dispute des études monastiques. H s'éloigna complètement, dans cet ouvrage, de la modération qui devrait présider a des discussions de celte nature ; — la Vie de Cassiodore, avec une notice sur les ouvrages de cet écrivain. Cet ouvrage est considéré comme un des meilleurs du P. Sainte-Marthe ; — et Y Histoire de saint Grégoire 4e-Grand.\\ donna l'édition des OEuvres
de ce Pape en 4703» concurremment avec DD. la Croix et Bessin; elle est généralement considérée comme inférieure aux autres éditions des Bénédictins. On a encore de cet auleur des Entretient touchant l'entreprise du prince d'Orange, 1689 et 1691, in-12; — des Réflexions sur la lettre d'un abbé d'Allemagne ; — et une Lettre à un docteur de Sorbonne ; ces deux derniers écrits furent composés à l'occasion de l'édition des œuvres de saint Augustin, que les Bénédictins avaient publiée, et qui avait essuyé d'injustes attaques. On atinbue également à Denis de Sainte-Marthe, Yllistoire abrégée de la paix de V Eglise; Mons, 1698, in-12. Mais son plus grand travail, celui qui, sans contredit, lui a Fait le plus d'honneur auprès de la postérité, c'est la Gallia Chrisliana. Il se servit pour la composition de cet ouvrage, dont il lut chargé par l'assemblée du clergé, d'un recueil publié sous le même titre, par plusieurs membres de sa famille; (1656; 4 vol. In-folio) ; mais il le refondit complètement, et son travail peut être considéré comme un ouvrage nouveau, tant pour le plan que pour les formes du style. C'est l'histoire abrégée mais fort savante de tout ce qui peut intéresser la religion, dans les diversévêchés et archevêchés de France. Il en publia les trois premiers volumes avec DD. Edmond Martenne , Ursin Durand , Jacques Boyer, Jean Thiroox et Joseph Duclon. Cet ouvrage fut continué, après sa mort, par D. Brice, mort le 13 novembre 1788; par D. Hodin, mort le 16 septembre de la même année; D. Duplesis, D. Taschereau, D. Henri, mort à Paris, le 10 février 1782. Le treizième volume parut en 1785. Il manque quatre métropoles, Tours. Vienne, Besançon et Utrecbt. Les bénédictins avaient rassemblé beaucoup de matériaux pour la composition des derniers volumes, qui probablement ne seront jamais terminés. On dit que l'abbé Prévost, qui quitta la Congrégation de Sainl-Maur en 1729, avait coopéré quelque temps à cet ouvrage, l'un des plus importants dont Ou soit redevable à ce corps savant et utile.
27 mai, — Charles db la Rub, né à Paris en 4643, entra chez les Jésuites et y professa les humanités et la rhétorique. Il commença à se faire connaître par quelques poésies latines, dont quelques-unes curent l'honneur d'être traduites par le grand Corneille. Ses supérieurs le destinèrent a la chaire, et il prêcha avec succès à Paris et à la cour. 11 fut au«si employé dans la mission des Cévennes. [[ Il mourut à Paris, an collège Louis-le- Grand, âgé de quatre-vingt-trois ans. On a de lui : CaroliRuœi S. J. Carminum; libri IV; Paris, 1668 ;— Plusieurs pièces de théâtre, en latin; — une édition de Virgile, ad usum Delphini\ — quatre volumes de Panégyriques et Oraisons funèbres. Ce sont ses meilleurs discours : on y remarque l'Oraison funèbre du duc cl de la duchesse de Bourgogne , où il ne p;irle presque point de Fénelnn alors exilé ; celles de Bossuet, du maréchal de Luxembourg et du maréchal de Bonifier*; des Sermons qui forment un
Avenl et on Carême. Ils sont moins estimés que ses Oraisons funèbres, quoiqu'ils ne soient pas sans mérite. On cite, en particulier, ses sermons des calamités publiques, du pécheur mourant et du pécheur mort. ]]
Zjuin. — Jean-Laurent Le Sémblibr, prêtre de la Doctrine chrétienne, né à Paris eu 1660, fut professeur de théologie et assistant du général de sa congrégation. Il est auteur de Conférences sur le mariage et sur Vusure. Les premières sont les plus estimées. Touies réunies, forment neuf volumes. C'est le fruit de conférences établies en 1697, au séminaire Stinl-Nicolas-du-Chardonnet, et dans lesquelles le P. Séinelier parut avec honneur. On dit que le docteur Le Paige, chanoine du Saint- Sépulcre, à Paris, et mort dans celte ville, le 24 octobre 1735, avait travaillé à ces conférences. On a publié , après la mort de Sémelier, dix autres volumes de conférences trouvées dans ses papiers. Il y en a six sur la morale, et quatre sur le Décalogue.
20;uin. — Jean Marin, Jésuite, né à Ocana, en Espagne, en 165 f, travailla sur l'Ecriture sainte et la théologie. Il fut précepteur de Louis, depuis roi d'Espagne, et mourut à Madrid. H est auteur de plusieurs ouvrages de morale et de théologie, et entre autres d'une théologie en 3 volumes in-folio.
Octobre. — Jean Hbrmant, curé de Maltot, au diocèse de Bayeux, naquit à Caen en 1650. On a de lui les ouvrages suivants: Homélies sur les évangiles; — Sermons; — Réflexions chrétiennes et morales; — Histoire des Conciles ; — Histoire des ordres religieux ; — Histoire des hérésies.
Mai. — Louis Pisant, Bénédictin, né en Normandie en 4646, mort à Saint-Ouen, à Rouen, est auteur de deux Lettres imprimées en 1798, pour montrer qu'on ne peut signer le formulaire en usant du silence respectueux, et d'un Traité historique et dogmatique des privilèges et exemptions ecclésiastiques, anonyme. Il y soutient leur validité.
Mai. — Pierre Billard, prêtre de l'Oratoire, né à Ernée en 1653, accompagna M. Picquet en Orient comme missionnaire, mais ne put s'accorder avec ce prélat, et revint ensuite en France. En 1693, il donna La Bête à sept têtes, en 2 volumes ; ouvrage d'une passion violente contre pne société célèbre. Il fut enfermé. Le P. La Chaise ne se vengea de lui qu'en lui procurant son entière liberté, en 1699, ainsi qu'on le voit dans Moréri. On a de lui Le Chrétien philosophe, et quelques livres de piété.