ÉCRIVAINS (I7M
Vérone en 1704. Il publia le quatrième volume de l'édition d'Anastase, entreprise par son oncle ; — Vindiciœ Scripturarum, dont il n'a donné qu'un volume ; — Evangeliarium quadruplex latinœ versionis antiqwB, in-folio, qui peut être regardé comme une suite du précédent; et d'autres ouvrages d'érudition. On ne dit point l'année de sa mort.
40 mars. — Simon Gourdan, chanoine régulier de Saint-Victor» naquit à Paris en 1646. H se rendit recommandable par sa piété, et par ses connaissances dans les choses spirituelles. C'était un religieux intérieur, humble, uni à Dieu par l'habitude de la prière et de l'oraison. Il a composé quelques livres de piété, comme la Méditation continuelle de la loi de Dieu ; — Sacrifiée de foi et d'amour au Saint- Sacrement, dont on vient de donner une nouvelle édition. Il a écrit aussi sur la dévotion au sacré Cœur, et sur la soumission aux décrets de l'Eglise. On a sa Vie, qui fait admirer son amour pour les austérités. On a môme prétendu qu'il avait reçu des faveurs extraordinaires : il était en grande répulion de piété.
14 mars. — Charles-Joseph Morozzo, religieux Bernardin, né à Mondovi en 1645, devint évèque de Bobbio.en 1693, et de Saluées ' en 1698. Il fonda un séminaire, prêchait et visitait son troupeau. Ses écrits sont : Cours de la Vie spirituelle ; — Théâtre chronologique de • l'ordre des Chartreux; — Vie et Vertus du B. Âmédée ///, duc de Savoie — et Histoire de Citeaux.
29 mars. — Antoine-Marie Bonnuccî, Jésuite italien, né à Arezzo, fit le voyage du Brésil, et revint à Rome, où il mourut. 11 se distingua dans la carrière de la prédication. Il est auteur d'environ quarante ouvrages. Ce sont la plupart des vies de saints et des livres de piété. Le principal est Ephémérides ecclésiastiques, en 4 vol.
16 mat. -— Jean-Baptiste-Elie Avrillon, religieux Minime, né à Paris en 1652 , exerça le ministère de la prédication avec succès pendant plus de cinquante ans. Il avait une profonde connaissance du cœur humain, et on le sent dans divers ouvrages qu'il a composés. On y remarque également une piété douce et affective et une grande onction. On a de lui : Conduites pour VÂvenl, pour le Carême, pour la Pentecôte; — Méditation sur la communion; — Retraite de dix jours pour tous les états; — l'Année affective ; — Traité de l'Amour de Dieu ; — Commentaire affectif sur le Miserere, pour servir dé préparation à la mort; — Réflexions pratiques sur la divine enfance de Jésus-Chrisl; — Pensées sur divers sujets de morale , et quelques autres écrits de ce genre. Le P. Avrillon eiait plein de zèle et de vertu. Plusieurs de ses livres sont encore aujourd'hui entre les mains des âmes pieuses.
3 septembre.— Jean Hardodin, Jésuite, né à Quimperen 1G46, se
distingua par une érudition peu commune, mais en même temps par un amour du pnradoxequi ïVntroînadans de graves erreurs. Il «tonna, en 1(»87, des Questions sur le Baptême, et, dix ans après, la Chronologie réformée, «ù il avança son système de la supposition de tous les anciens écrits. Il s'était imaginé que tous les livres des anciens qui remplissent nos bibliothèques, les écrits des Pères , les canons des conciles, les histoires ecclésiastiques, les vies des saints, étaient des inventions de quelques faussaires qui avaient vécu pendant les treizième et quatorzième siècles. H ne faisait grâce qu'à la Vulgate et au concile de Trente. Il insinua ses idées dans une édition de Pline et dans un traité sur la dernière Vaque. On sentit aisément les conséquences d'un tel système, et lorsqu'en 4709 parut le recueil intitulé: Joannis Harduini opéra selecta, on obligea l'auteur à se rétracter, et les Jésuites de Paris désavouèrent l'ouvrage. Si Hardouin fut sincère en cette occasion, et on n'a pas de preuves du contraire, il faudrait dire que ce qu'on a publié de lui après sa mort et les manuscrits trouvés dans ses papiers, avaient été composés avant 1709.
Nous avons parlé de son édition des conciles, t. II, p. i03.
En 1753, des amis, sans doute imprudents, publièrent en Hollande : Joannis Hafdulni opéra varia, que les Jésuites désavouèrent dans les . mémoires de Trévoux de cette année ; et le P. Brumoy y donna, en 1744, deux longs extraits des Athei detecti, où il caractérise le monstrueux système de son confrère.
Le Commentaire sur le Nouveau-Testament f qui parut an 1741, est plus répréhensible encore; Hardouin y abandonne toute la tradition. La plus grave de ses erreurs est celle qui regarde la Trinité. Hardouin prononçait que le Verbe n'a commencé d'être Fils de Dieu qu'au mo- " ment de l'Incarnation ; et les passages où il est parlé de Jésus-Christ, comme Fils de Dieu, il les entendait de l'humanité sainte, unie toutefois au Verbe. Joignez à cela de vaines conjectures, des hardiesses outrées, des invectives contre le texte grec, des interprétations forcées, et vous aurez une idée des égarements de cet homme extraordinaire. On dit qu'il avait laissé sur 4a plus grande partie de l'Ecriture des commentaires manuscrits et rédiges dans le même esprit. Nous les avons parcourus, dit le P. Berthier, et cette lecture nous a persuadé qu'il était tombé plus de monuments sous la plume de ce docte destructeur que sout le fer des Goths et des Vandales. Le même remarque qn' Hardouin eut quelques disciples, mais qu'il trouva un adversaire très-zélé dans le P. de Tournemine qui le combattit dans l'écrit intitulé: Douse impossibilités du système du P. Hardouin proposées en 4702. Tournemine s'éleva en toute occasion contre Hardouin et Berrnyer son disciple. Lors de l'éclat du livre de ce dernier, on enveloppa Hardouin dans la même eensure. Leurs erreurs n'étaient heureusement p «s de nature à faire fortune. Voyez sur eux des Observations du P. Berthier daus les Mémoires de Trévoux, de 1761.
Les Œuvres diverses et les Œuvres choisies de Hardouin
sont à Vinâex, par décret du 13 avril 4739, et son Commentaire sur le Nouveau-Testament, par décret du 28 juillet 1742.
45 novembre. — Michel d'Amato, docteur en théologie à Naples, prêtre de la congrégation des Missions apostoliques, chapelain royal, chargé, en 4719, de faire la visite de9 églises et chapelles royales, pénitencier et théologien de la Cour, est auteur de six Dissertations en latin sur des matières ecclésiastiques. Il avait de l'érudition et de la littérature. H mourut à quarante-sept ans.
Jean-Marie Amato, Jésuite, né à Palerme en 4660, fils du prince de Galaie, a donné une liste de vingt conciles de Sicile, inconnus jusqu'à lui, et y a joint des éclaircissements sur l'histoire ecclésiastique de l'île. Le tout se trouve à la suite de son édition du concile de Palerme tenu en 4388. On ignore l'année de sa mort.
20 novembre. — Nicolas Geryaise, évêque d'Auren, était né à Paris. Il fut d'abord missionnaire à Siam, puis curé à pannes, ensuite prévôt de Suèvre à Saint-Martin de Tours. Vers 1722 il alla à Rome, et y fut sacré évêque d'Auren ou d'IIorren. Il s'embarqua pour le lieu de sa mission , qui était apparemment le pays qu'arrose l'Orénoque, dans l'Amérique méridionale. Il y fut massacré, ainsi que les ecclésiastiques qui l'avaient accompagné, par les Caraïbes qui habitent au-dessus de la Guyane, dans un bras de rivière nommé Aquira. Il avait publié en France un Histoire de Siam;— une Histoire du royaume de Macaçar (il était revenu en France avec deux fils du roi de ce pays) ; — une Vie de saint Martin de Tours, — et une Histoire de Boice. Une Vie de saint Louis qu'il avait faite n'a point paru.
26 décembre. — Honoré Tournély, docteur et professeur de Sorbonne, né à Amibes, le 28 août 4658, vint de bonne heure à Paris, où il fut élevé par les soins d'un oncle, l'abbé Moistau, qui était attaché au clergé de Saint-Germain-l'Auxerrois. Les heureuses dispositions du jeune Tournély lui procurèrent des succès brillants dans ses études; il fut reçu de la maison et société de Surbonne, et prit le bonnet de docteur en 4686. Deux ans après il obtint une chaire de théologie à Douai. On l'a regardé comme ayant eu la principale part à la mystification de quelques jansénistes, connue sous le nom de fourberie de Douai, et racontée dans tous les écrits du temps, entre antres dans les Mémoires chronologiques et dogmatiques du P. d'Avrigny, sous Tannée 4690 : nous avouerons nettement que le réle que joua l'abbé Tournély, dans cette affaire, fait plus d'honneur à sou esprit qu'à sa candeur. Aussi se trouva-l-il en tyulte à toutes sortes de sarcasmes de la part de ceux qu'il avait joués. En 4692, on le rappela dans la capitale, et on lui confia une chaire de théologie en Sorbonne. Il la remplit avec succès pendant vingt-quatre ans. Celle place l'obligea de renoncer à un canonicat qu'il avait obtenu à Tournay, ville alors réunie à la France. Pour l'en dédommager, on le pourvut d'un cano-
ii "m al do la Sainte-Chapelle à Paris , puis de l'abbaye de Plaio-Pied, diocèse de Bourges. L'abbé Tournély, quilta sa chaire en 1716, lors des troubles qui éclatèrent dans la faculté de théologie; mais il ne cessa de réclamer contre l'esprit de licence et d'insubordination, et l'on croit même qu'il défendit les droits de l'Eglise, par quelques écrits anonymes ou sous des noms empruntés. Le temps de sa retraite fut principalement employé à revoir les traités qu'il avait dictés en Sorbonne. Ces traités parurent de 1725 à 1750: ce sont ceux de la Grâce, des Attributs de Dieu, de la Trinité, de l'Incarnation, de l'Eglise et des Sacrements, tant en général qu'en particulier. L'impression du Traité du Mariage était presque achevée au moment de la mort de l'auteur. Celle théologie est regardée comme un des ouvrages les plus complets de ce genre. Tournély fut un des docteurs qui travaillèrent avec le plus de zèle à ramener le bon ordre dans la Faculté de Paris. Nommé à cet effet membre d'une commission, en 172!), il rédigea un Mémoire pour faire revivre les délibérations prises en 1714; mais il ne vit point la conclusion decelle affaire. Une attaque d'apoplexie le conduisit au tombeau, le 26 décembre 1729. Ses adversaires mêmes ont rendu justice à ses talents. Erudit, laborieux , propre aux affaires, il était regardé comme un des docteurs les plus habiles de son lemps. On a deux abrégés de sa théologie, l'un p\us étendu et très-estimé, quoique borné à quelques traités par Montaigne, docteur de Sorbonne et prêtre de Saint-Sulpice, mon le 5 avril 1767; l'autre plus court, par le Lazarisle Collet.
— Louis Lecomte, Jésuite, ancien missionnaire en Chine, publia les Nouera a x Mémoires sur l'état de la Chine. Il y exaltait beaucoup iroples Chinois. La Faculté de Paris censura ce livre en 1700.
— Honoré oe Sainte-Marie, né Biaise Vauzelle, religieux Carme- Déchaussé, naquit à Limoges en 1651, et mourut à Lille. Son meilleur ouvrage est intitulé : Réflexions sur les règles et l'usage de la critique touchant l'Histoire de (' Eglise , les ouvrages des Pères, les Actes des Martyrs et les Vies des Saints. Cet ouvrage, en 5 volumes, esl savanl et estimé. — Tradition des Pères sur la contemplation, avec un Traité de l'Amour divin ; — Traité des Indulgences du Jubilé;— Apologie de la Constitution Unigenilus ; — Vie de saint Jean de la Croix; — Dénonciation de V Histoire ecclésiastique de Elrurg, au clergé de France. Sa critique porte principalement sur ce que Fleury dit des Papes et de leurs droits dans l'Eglise.
20 janvier. — Antoine Becquet, Célestin, bibliothécaire de son ordre à Paris, y naquit en 4654. On a de lui VHisloire de son ordre
en France, et un Supplément au P. Helyot pour ce qui regarde les Célestins.
12 février. — Ambroise Paccori, principal du collège de Meung, né dans le Maine, perdit sa place sous Fleuriau, évolue d'Orléans, et se retira à Paris en 1706. Il resta diacre toute sa vie, et composa beaucoup de petits livres de prières et de piété, peu connus et peu recherchés aujourd'hui.
22 février. — Simon-Michel Trecvê , docteur en théologie, chanoine et théologal de Meaux, naquit en Bourgogne en 1651, et mourut à Paris. Il a composé plusieurs ouvrages : Instructions sur les dispositions qu'on doit apporter aux sacrements de Pénitence et d'Eucharistie; — Instruction sur la Pénitence ; — le Directeur spirituel pour ceux qui n'en ont point ; — Devoirs des pasteurs ; — Discours de piété; — Mémoires sur l'Excommunication;— Retraite de dix jours; — Histoire de M- Du Hamel, curé de Saint-Merry. Treuvé était, comme le précédent, opposant à la bulle Unigenitus.
4 mars. — Robert Manning , prêtre et missionnaire catholique en Angleterre, élevé à Douai, y fut d'abord professeur, se livra à la controverse contre les protestants, et publia trois ouvrages dans ce genre, savoir : la Controverse moderne, 4720; — la Conversion et la Ré formation de V Angleterre comparées, 1725;— le Combat singulier. Il mourut dans le comté d'Essex.
19 mars. — Livin de Metbr, Jésuite, né à Gand en 1655, est auteur d'un grand nombre d'écrits, dont la plupart sont dirigés contre les Jansénistes. Il publia une Histoire des Congrégations de Âuxiliis, pour l'opposer à celle de Serry. Il réfuta Peliipied, Van-Espen, De Wilte, Henri de Saint- Ignace, et autres.
9 octobre. — Louis Tiberge, supérieur du séminaire des Missions- Etrangères à Paris, abbé d'Andres, était un prêtre pieux et instruit, qui jouissait dans son temps d'une grande considération. Il se déclara contre les cérémonies -chinoises, et écrivit sur cette affaire. Il est de plus auteur d'une Retraite spirituelle ; — d'une Retraite pour les ecclésiastiques,— et de Retraite et Méditations pour les personnes qui vivent en communauté.
Même jour. — Iguaee de Laubussel, Jésuite, né à Verdun en 1663, fut précepteur du roi Louis, fils de Philippe V, et confesseur de la reine sa femme. Il mourut au port Sainte-Marie, en Espagne, où cette princesse résidait* Son ouvrage le plus connu est le Traité des abus de la critique en matière de religion, 2 vol. in-12, 4710. D'Aleinbert a donné, sous le même titre, un ouvrage bien différent. Laubrussel a écrit la Vie du P. Charles de Lorraine, Jésuite.
20 octobre. — Jean Interian de Avala, religieux de la Merci, et professeur d'Ecriture sainte à Salamanque, publia une traduction espagnole du Catéchùme historique, de Fleury; — la Vie de sainte
Marie de Ccnclhn; — des Sermons, en 2 vol. in-4°; — et la Vie religieuse de saint Pierre Pascal. Il mourut à Madrid, où il était prédicateur et théologien du roi.
30 décembre. — Laurent Juilliahd du Jarry, prieur du Jarry, né dans ce lieu, près Sainles, en 1658, a laissé des Semions en 4 vol.; — des Poésies chrétiennes, — et le Ministère èMngèliquel ou Réflexion* sur ^éloquence de la chaire.
19 mars. — Jean-Baptiste le Brun, dit Desmarelles, né à Rouen, fût élevé à Port-Royal, et mourut à Orléans. Il resta simple acolylhe, et eut la confiance de Colbert, archevêque de Rouen, et du cardinal de Coislin, à Orléans. Il prépara l'édition des Œuvres de faim Prosper d'Aquitaine, publiée en 4711 , par Luc-Urbain Mangeant. Il est auteur des Bréviaires d'Orléans et de Nevers ; — d'une édition des OEuvres de saint Paulin, avec des notes : — des Voyages HLurgique* de France, sous le nom de Moléon ; — d^une Concorde des livres des Rois et des Paralipomènes, et d'une édition de Lactance, qui n'a été publiée qu'après sa mort par Lenglet Dufresnoy. C'était un savant liturgiste, qui travailla longtemps sur les martyrologes, et particulièrement sur celui d'Usuard. Son attachement à Port-Royal, où il avait demeuré, lui attira quelques traverses.
49 août. — Robert Morel, Bénédictin de Saint-Maur, né à la Chaise-Dieu , en Auvergne , en 1653, bibliothécaire de Saint-Germain-des-Prés , composa beaucoup de livres de piété , comme Effusions du cœur sur chaque verset des Psaumes, 5 vol. ; — Entreliens spirituels sur les Evangiles, 4 vol. (les Entretiens avec Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement de l'autel, qu'on lui attribue, sont de Pau) Dussault, aussi Bénédictin) ; — Méditations chvétiennfs sur les Evangiles, 2 vol.; — une traduction de V Imitation; — une Retraite, et autres de ce genre. Il ne faut pas le confondre avec Jean-Baptiste Morel, curé de Villiers-Vineux, auteur de la Vie d'Edme Ro, curé de Perré; ni avec un autre . Jean-Baptiste Morel 3 curé du diocèse d'Auxerre, auteur d'une Dissertation sur V Ambrosiaster f et traducteur du Discours de saint Victrice.
51 août. — Jean Vittement, recteur de l'Université de Paris, naquit à Dormans en 1<&3. Louis XIV le nomma sous -précepteur de ses petits-ûls en 1697, lors de la disgrâce de Fénelon. Vittement acheva l'éducation du duc d'Anjou, qui l'emmena avec lui lorsqu'il devinljoi d'Espagne. Il refusa l'archevêché de Burgos, et repassa en France, où il fut nommé sous-précepteur de Louis XV. Il quitta la Çour en 1722, fit vécut dans sa patrie, au milieu des exercices de la piété et des pratiques de la pénitence. Aussi modeste cl aussi désintéressé
qu'instruit, il ne voulut jamais accepter de bénéfices, et ne laissa que des ouvrages manuscrits; des Commentaires sur plusieurs livres de l'Ancien -Testament; — des Entretiens sur diverses questions ihéologiques; — un Traité sur ta Grâce; — une Réfutation du système de Spinosa, — et quelques Opuscules, en faveur de la constitution Uni" genilus. Les ennemis de ce décret ne pourront pas dire qu'il Tait défendu par esprit d'intrigue ou par ambition.
1er août. — Jean Grancolas naquit à Paris, vers le milieu du dixseptième siècle. Il fut reçu docteur en Sorbonne, en 1685, et devint chapelain de Monsieur, frère de Louis XIV, charge qu'il conserva jusqu'à la mort de ce prince. Il était d'un caractère austère et rude, et d'une sévérité qui le rendait la terreur des candidats aux grades de la Faculté de théologie. On dit qu'il avait cultivé avec soin l'étude de la langue latine, mais en revanche ses ouvrages semblent démontrer qu'il négligea trop celle de sa langue natale. On a de lui un grand nombre d'ouvrages et de traités, principalement sur la liturgie. Les principaux sont : Antiquité des Cérémonies et des Sacrements; — lmtructiom sur la Religion; — Science des Confesseurs ; •— Histoire de la Communion ; — Traité des Liturgies ; — Ancien sacramentaire de l'Eglise (ces deux derniers sont particulièrement estimés) ; — Traité de la Messe; — Critique des auteurs ecclésiastiques; — Commentaire historique sur le Bréviaire romain ; — Traité de morale ; — Histoire abrégée de l'Eglise de Part*, etc. On dit que ce dernier fut supprimé 6ur la demande du cardinal de Noailles.
12 mars. — Michel le Quien naquit à Boulogne en 1G61. Il entra à l'âge de vingt ans dans Tordre de Saint-Dominique, où il eut pour nlaltre le P. Charsolier. Sous la conduite de ce savant, il se rendit habile dans les langues orientales, la théologie et les antiquités ecclésiastiques. C'était un bon religieux, fort appliqué à l'étude, et d'un commerce agréable. Il mourut le 12 mars 1735, dans la maison de la rue Saint-Honoré. Ses principaux onvrages sont: Va. Défense du texte hébreu et de laversion vulgate, contre le P. Pezron, avec une réponse à un écrit de ce père en faveur de son système; — une édition des OEuvres de saint Jean de Damas un Traité conirele schisme des Grecs; — la Nullité des ordinations anglicanes contre te Courrayer; (Il est remarquable que le Moréri, en rendant compte de celte controverse, se montre favorable à Le Courrayer) — et surtout VOriens christianusy grand ouvrage publié après sa mort, en 1740. L'auteur
y rapporle les noms el l'étendue des diocèses des quatre grands patriarcats d'Orient, et la succession des évéques. Celte collection, faite sur le modèle du G allia Chrisliana, est pleine de recherches et d'érudition [[Le P. Lequien a concouru également à la collection Byzantine, et Ton a de lui plusieurs autres mémoires, insérés dans divers ouvrages ou recueils du temps. ]]
30 avril. — Joachim le Grand, prieur de Neuville et de Preveslin, né à Saint-Lô en 1653, écrivit contre Y Histoire de la ré formation d'Angleterre, de Burnet, et en faveur de Y Histoire des variations, de Bossuet. C'était un critique laborieux et exact. Ayant été quelque temps de l'Oratoire, il avait eu le P. Le Cointe pour maître dans l'étude de l'histoire ecclésiastique.
5 mat. — Nicolas Heyendal, chanoine régulier de Saint- Augustin, naquit au duché de Limbourg en 1658. Il professa la théologie, et devint abbé de Rolduc en 1742. Il a laissé des Lettres ecclésiastiques sur la vie el les devoirs des ministres de V Eglise; quelques écrits sur les maiières de la grâce suivant les principes de l'université de Louvain ; une défense de la foi des religieux de son abbaye, et des mémoires sur des points de juridiction.
23 juin. — Zacharie Chardon de Lugcy, protestant converti par Bossuet, entra au séminaire Sainl-Sulpïce, puis dans la communauté des prêtres de la paroisse. Il s'appliqua à la controverse et travailla avec zèle à la conversion des protestants. Il mourut à l'âge de quatrevingt-dix ans, laissant entre autres ouvrages un Traité de la religion chrétienne, 2 vol. in-12.
3 juillet. — Henri Boillot, Jésuite, né en Franche-Comté en 1698, mort à Dôle, est auteur entre autres des Maximes chrétiennes et spirituelles extraites des OEuvm du P. Nieremberg, 171 A, et de Sermons nouveaux sur divers sujets; Lyon. Il ne faut pas le confondre avec Jean Boillot, Minime, né en Bourgogne en 1658, et mort à Semur, le 16 mars 1728, auteur de Lettres sur le secret de la Confession, 1703, et De la vraie Pénitence; Dijon, 1707.
26 juillet. — Ignace-Hyacinthe Amat de Graveson, religieux Dominicain, né près Avignon, fut employé à Rome dans son ordre. Il assista, comme théologien, au concile de Rome, en 1725, et prit part aux négociations pour ramener le cardinal de Noaiiles à des sentiments plus favorables pour le Saint-Siège et pour la paix de l'Eglise. Il est cité plus d'une fois sous ce rapport dans le Journal de Vabbé Dorsanne, où on le présente comme prenant beaucoup d'intérêt à la cause du cardinal. On connaît de lui une Histoire de V Ancien-Testament ; — une Histoire ecclésiastique ; — un Traité de la Vie et des Mystères de Jésus-Christ ; — des Opuscules sur la grâce efficace et la prédestination. Il mourut à Arles, à l'âge de soixante-trois ans. Il était fort attaché aux sentiments de son école.
18 août. •— Jean-Jacques Scheffmacoer, Jésuile,-néen Alsace en 1668, fut professeur de la chaire de controverse fondée à Strasbourg par Louis XIV. Il donna plusieurs écritscontreles protestants, et particulièrement douze Lettre», dont on a fait plusieurs éditions, et auxquelles Pfaff de Tubingue et Armand de la Chapelle ont vainement essayé de répondre.
25 octobre. — Jacques-Joseph Dugukt, théologien et moraliste, naquit à Montbrison dans le Forez, le 9 décembre 1649. Il entra dans l'Oratoire en 1667, et fut ordonné prêtre à Paris. Ce fut alors qu'il commença des conférences sur l'histoire ecclésiastique. Le décret rendu pour proscrire le cartésianisme et le jansénisme, le fit sortir de l'Oratoire en 1684. Il se retira à Bruxelles auprès d'Arnauld, et rentra peu après en France, où il vécut dans la retraite, chez le président de Menars, qui lui avait donné asile, et dont il fut constamment l'ami. Il y passa le reste de ses jours, à l'exception de quelques voyages qu'il fit à l'abbaye de Tamié en Savoie, en Hollande et à Troyes. Duguet fut forcé à ces absences par suite du parti qu'il avait pris dans les affaires de l'Eglise; car il était très-attaché à la cause de Jansénius et de Quesnel, et quoiqu'il fût un des plus modérés de ce parti, il ne renonça jamais néanmoins à son appel. Il réappela même en 1721, et mit beaucoup de zèle à engager d'autres à faire la même démarche. Sa lettre à l'évêque de Montpellier, en 1724, mérita d'èire flétrie par arrêt. Ses autres ouvrages sont nombreux. Les voici suivant l'ordre des dates: I. Traité de la prière publique et des dispositions pour offrir les saints mystères, 1 vol. in-12; Paris, 1707: il a été réimprimé fort souvent. — II. Traité sur les devoirs d'un évéque; Caen, 1710. — III. Règles pour l'intelligence des saintes Ecritures, 1 vol. in-12; Paris, 1716: l'abbé d'Asfeld y a travaillé; elles ont été attaquées par l'académicien Fourmont, et par un anonyme, un abbé Léonard publia en 1727 une Réfutation du livre des Règles et un Traité du sens littéral et du sens mystique. Fourquebaux lui répondit par les Lettres d'un prieur. Il y a une lettre de Léonard pour soutenir ces deux écrits contre une critique de Poncet. Elles se trouvent à la suite d'un écrit de l'abbé de Bonnaire, intitulé : Réponses de l'auteur des trois examens aux lettres d'un ami. — IV. Réfutation du système de Nicole, touchant la grâce universelle, brochure in-12; 1716. — "S. Traité des scrupules, in-12; Paris, 1717. — VI. Lettres sur divers sujets de morale et de piété, 10 vol. Paris, 1718: souvent reimprimé. — VII. Pensées d'un magistrat sur la Déclaration qui doit être portée au parlement, brochure in-4°. 1720. — VIII. Conduite d'une dame chrétienne, in-»l 2 ; Paris, 1725.— IX. Dissertation théologique et dogmatique sur tes exorcismes et autres cérémonies du baptême ; Traité dogmatique de V Eucharistie; Réfutation d'un écrit sur l'usure, in- 12; Paris, 1727. — X. Caractères de la charité, in-12; Paris, 1727. — XI. Maximes abrégées sur let décisions de l'Eglise, et préjugés lé-
gitimcs contre la constitution : 1727. — XII. Explication du mystère de la Passion, 2 vol. in-12 ; Paris, 1728: ce livre, dont il a élé fait plusieurs éditions, n'est qu'une portion du grand cl savant ouvrage, qui parut sous le môme litre, en i4 vol. 1753. — XIII. Réflexions mile mystère de In sépulture ou le tombeau de Jésus-Christ , 2 vol. ini2; 1751. — XIV. L'ouvrage des six jours, ou Histoire de la création, 1 vol. in-12; 1751 : souvent réimprimé : c'est le commencement de VExplieation de la (ienese, qui parut l'année suivante, à Parié, en G vol. in-12. — XV. La même année. Explication du livre de Job, 4 vol. in-12. — XVI. Explication de filusii urs Psaumes, 4vol. in-12; Paris, !7r>3: l'abbé d'Asfeld y adonné un supplément. — XVII. Explient ion des vingt-cinq premiers chapitres d'haïe, G vol. in-12; Paris, 175i: l'abbé d'Asfeld y aeu part. — XVIII. Traité des principes de la foi chrétienne. 5 vol. in-12; Paris, 1756. — XIX. Explication des livres des Rois, f> vol. in-12; Paris, 4758: l'abbé d'Asfeld y a eu part. — XX. Institution d'un piince, 4 vol. in-12; I7r>i> : ce! ouvrage fut composé pour le duc de Savoie, depuis roi de Sardaigne. — XXI. Conférences ecclésiastiques, 2 vol. in-4°.
Duguct était trop fécond. Du reste, plu>ieurs de ces ouvrages sont estimés des ecclésiastiques. Il y règne un ton d'onction qui n'est pas commun dans son croie. Les Explications de l'Ecriture sainte méritent surtout d'être remarquées, ('/est le fruit des conférences que l'auleur faisait à Sainl-Iloch avec l'abbé d'Asfeld, et qui eurent dans le temps beaucoup de vogue et de réputation. On a encore de Duguel une lettre à Van Espen, en faveur de l'appel ; tribut qu'il a payé aux préjugés île son parti. Il était néanmoins bien éloigné de l'arrêté et de la passion qui dominent dans tant d'écrits publiés vers cette époque. Dans une lettre, du 0 février 1752, qui fut imprimée, il s'élève fortement contre les Nouvelles ecclésiastiques , et caractérise dignement celle misérable gazelle et son auteur. Il ne blâmait pas moins la folie des convulsions, l'opprobre de ce parti. Cette manière de voir diminua son crédit sur la lin de ses jours, et l'exposa à quelques desagréments de la part de ceux dont il avait épousé jusque-là les intérêts.
30 octobre. — Michel Tiioncimy, chanoine de Laval, né à Mayenne en 1GG6, publia les dix derniers volumes des Mémoires de Tillemont, dont il était secrétaire; Vidée de la vie et de l'esprit du même; llistaire abrégée de Port -Royal; Lettre à M. Colbert, en 1725, sur les contestations d'alors. Il fut ordonné prêtre parce prélat en 1716. Use lia avec le P. Quesncl, qui était à Paris en 1700, et il entretint avec lui jusqu'à la mort un commerce de lettres.
— Louis Dufolr de Longuerue, abbé de Sepl-Fontaines et du Jard, né à CharleviUe en 1652, [[montra dès la plus tendre enfance, les dispositions les plus excellentes pour l'élude. Il était à peine âgé de qualiC ans, lorsqu'il fut présenté au roi Louis XIV, qui avait dé- ' siréle voir, sur le rappoit qu'on lui en avait fait, et ses réponses ne
démentirent pas l'opinion qu'on s'était formée de lui. Il eut pour précepteur le calviniste d'Ablancourt, dont il était parent. Après avoir fait en fort peu d'années les progrès les plus étonnants dans l'élude des langues, et suivi les cours de la Sorbonne, il reçut les ordres sacrés, et entra à Saint-Magloire où il demeura quinze ans. Il s'appliqua à l'étude de toutes les branches des connaissances humaines, mais surtout à l'histoire. Il était en rapport de lettres avec le P. Pagi, et lui fut très-utile pour sa Critique des annales de Baronius. Il mourut à Paris, à l'âge de quatre-vingt-un ans. 11 était sec, tranchant, original, et l'on a voulu jeter quelques nuages sur sa piété et sur sa foi. Il ne parut pas cependant que ces attaques fussent fondées.]] On lui attribue le Traité d'un auteur de la communion romaine, touchant la transsubstantiation, 1686, que l'on crut quelque temps du minisire Allix, son ami. Il aida l'abbé Bérault pour le Traité des annales^ 1718. Il est également auteur de beaucoup de dissertations sur des sujets de critique et d'antiquités ecclésiastiques et profanes.
23 avril. Michel-Gabriel de Rossillion de Berxex, évôque de Genève, né en Savoie en 1657, entra en 1672 dans l'ordre des chanoines réguliers de Saint-Antoine, et fut professeur de théologie dans son ordre. Il s'y distingua par son mérite et sa piété. Choisi pour successeur de M. d'Aranthon d'Alex, évèque de Genève, mort en 4695, il se montra digne de ses vertueux prédécesseurs. Il visitait exactement son diocèse, prêchait les peuples, fondait des écoles, formait des établissements utiles, et trouvait encore dans un revenu très-borné le moyen défaire d'abondantes aumônes. L'opinion de sa sainteté lui a fait attribuer plusieurs miracles, et Ton cite entre autres un certificat signé par Jean- Jacques Rousseau, pour attester qu'on devait aux prières de ce prélat la cessation d'un incendie qui s'était manifesté à Annecy. M. de Bernexa laissé plusieurs ouvrages de controverse et de piété, dont on trouve la liste dans sa vie, publiée par le P. Boudet. Sennebier dit qu'il blâma la publication faite par de Pontverre, un de ses curés, de l'écrit intitulé: Motifs de la conversion de Joachim- Frédéric Minutoli, Genevois, qui s'était fait catholique. Son écrit était, suivant Sennebier, un libelle contre quarante ministres de Genève. M in n toi i publia encore en 1722: Sentiments particuliers des ministres de Genève sur la religion, qui ont servi de motifs à la conversion de Joachim-Frédéric Minuloli.
26 avril. — Jean -Baptiste Morvan de Bellegarde, né en Bretagne en 1648, fut quelque temps Jésuite, sortit ensuite de la société, et mourut dans la communauté des prêtres de Saint-François de Sales. C'était uo écrivain plus fécond qu'agréable. Il a laissé des livres de
morale et de piété, et des traductions d'écrits des Pères. Il ne se piquait pas d'y êire exact, et il l'avoue lui-même dans une de ses préfaces. La liste de ses écrits est fort longue. Voyez le Wrért.
10 décembre. — François Babin, docteur en théologie d'Angers, prieur de Pommier-Aigre et grand-vicaire de celle église, naqu.t a Angers en 4G57. 11 professa la théologie pendant vingtans, et rédigea les Conférences d'Angers, dont il publia 18 volumes. On le consultait comme un canoniale instruit et un moraliste sûr, et il jouissait d une grande réputation de connaissances, de sagesse et de pieté. Son ouvrage est méthodique, simple, clair, et a beaucoup de cours parmi les ecclésiastiques.
41 janvier. — Jacques Lokgueval, naquit le 18 mars 4680, près de Péronne. [[Il fil ses études avec succès et entra chez les Jésuites, ou on le chargea successivement de professer la li.téralure, la pbikNMH Sto eiÏÏiWogie. La part un peu trop vive qu'il pnt au* querelles du temps le lit exiler dans une maison de province ; mais le crédit de ses supérieurs lui fil bientôt obtenir sa grâce. Il en profila pour revenir à Taris : ce fui pendant son exil et dans les années qui suivirent Tôn retonr dans la capitale, qu'il conçut et cxécula le plan d une ^•^U«Bèr«*lW^M««^- «^aiidéjà publie les huit nrem ers volumes, lorsqu'il mourut d'une attaque d ,poplexie,a I âge ^Suante-cinq ans.]] Il est auteur d'un Traité du schtsme ; d une tiZZt^nZls miracles, et de quelques écrits sur les disputes ^ lors 11 laissa une Histoire du semi-pélagianisme, qui est restée fnanuscr te. Mais il est plus connu par son Histoire de l'Eglise gallt-
,,,11 Cet ouvrage fut d'abord favorablement accueilli par le cierge de France qui récompensa l'auteur par une pension. On ne peut nier que Von n'v irouve une méihoJe simple cl claire, un style convenable, et une modération qui n'a eu depuis que trop peu d'imitateurs.]] Les dis- Ipr. nions oui l'accompagnent sont savantes et curieuses. Les PP. Fon-
J^jffi « Berlhier onl conlinué VHistoire de VEglUe g<ulicane'
qui n'a cependant pas été lerminée.
10 mars. — Jean-Jacques Boilbau, chanoine de Saint-Honoré à Paris né près Agen en 4649, est auteur de Lettres sur différents sw lt de mtale et de piété, H37; 2 vol. ; d'une Vie de Jtf"; de Uancourf d'un Abrégé de la vie de M™ de Combé, et d'une Vie manuscrit de Mllt d'Epemon, Carmélite. Il eut beaucoup de part à la conlhnce du cardinal de Noailles, et joua un rôle dans les disputes et les négociations relatives au jansénisme, auquel il était assez favorable.
23 avril. - Edouard Hawardem, professeur à Douai, puis prêtre
DES ÉCRIVAINS (1735.) m
et missionnaire catholique dans le nord de l'Angleterre et ensuite à Londres, était versé dans les matières ecclésiastiques, et composa un corps de théologie conservé manuscrit à Douai ; — Charité et vérité; Fondements catholiques ; — la Vraie Eglise contre Lesley ; — Réponses à Clarke et Whislon ; —Discours sur la religion ; —la Règle de foi, etc. Il mourut à Londres.
8 juin. — Jean db Ferreras, curé de Saint-Pierre, à Madrid, naquit à Labaneza en 1632. Il eut de grands succès dans la chaire. Il fut confesseur du cardinal Portocarrero, pendant la faveur duquel il eut part aux affaires ; théologien du tribunal de la nonciature, et qualificateur de l'inquisition. U refusa l'évécbé de Monopoli, au royaume de Naples, et celui de Zamora, en Espagne. C'était un savant, extrêmement considéré par ses connaissances, sa modestie et ses talents. Il donna des ouvrages de théologie sur la foi, sur Dieu, sur la Trinité; — une Dissertation sur la prédication de saint Jacques en Espagne, et quelques autres écrits. Il est aussi auteur d'une Théologie complète, estimée en Espagne.
31 octobre. — Thierri DR Viaixnes (1), Bénédictin de Saint- Vannes, né à Châlons en 1659, fut un janséniste des plus outrés, suivant l'expression de d'Aguesseau, dans ses Mémoires sur les affaires de l'Eglise. Exilé en 1689, enfermé à Vincennes depuis 1703 jusqu'en 1710, il s'y fit remettre en 17U, fut encore exilé en 1721, puis banni. C'était lui qui avait composé, dit d'Aguesseau, le fameux Problème ecclésiastique, contre M. de Noailles, qui avait fait tant de bruit à Paris sur la lin du siècle précédent, et que les jansénistes avaient trouvé plaisant d'attribuer au P. Daniel, au P. Doucin, ou à quelque autre Jésuite. On a aussi obligation a D. de Viaixnes de l'édition du livre de I\icher,etd'unc autre des Actes des congrégations de Auxiliis, ainsi que de plusieurs mémoires, soit contre les Jésuites, soit contre la bulle. Il y a entre autres un Acte de dénonciation de la bulle, du 15 avril! 727, où il prend le ton d'un extravagant. La violence de son zèle était sans doute bien extrême, puisque les Nouvelles ecclésiastiques elles-mêmes le peignent comme un fou. Il se croyait honoré de révélations, et écrivit en faveur du prêt de commerce.
* — Nicolas l'Hermnier, docteur de Sorbonne, archidiacre du Mans, naquit dans le Perche en 1657. Il est auteur d'une Théologie scotastûjue, en 7 vol. en latin. Quelques évéques censurèrent le Traité de la grâce qui en fait partie. Il composa des Traités sur les $acrementst en 5 vol.
— Le P. Judde, Jésuite, naquit à Rouen le 21 décembre 1661. [[ Sa famille s'était acquis dans le commerce une juste réputation de probité. U préféra suivre une voie différente et entra de bonne
(1) Il se Irauve appelé ailleurs Joseph-Françoia Fainey de Viaixnes. T. H. 30
Heure daans la compagnie de Jésus, ou son attachement aux devoir* de son état, son zèle pour le salut du prochain, son lalent pour la parole, lui méritèrent bientôt reslime de ses supérieurs. Ils le firent venir à Paris où il connut le P. Bourdaloue, avec lequel la conformité des talents et une estime mutuelle ne tardèrent pas à le lier étroitement. Bourdaloue souhaita même en mourant qu'on lui confiât tous ses écrits, pour les mettre en ordre et les publier. Les supérieurs jugèrent plus utile d'employer le P. Judde, qui était fort versé dans la théologie, dans la lecture de l'Ecriture sainte et dans la conduite des âmes, au second noviciat de Rouen. Il fut le directeur de celte maison pendant plusieurs années, et vint ensuite en ta même qualité, au noviciat de Paris où il demeura jusqu'en 1721. Il se trouvait à la téle du noviciat, lorsque le cardinal de Noailles lui fit signifier ainsi qu'à tous ses confrères, qu'il lui retirait tous pouvoirs dans le diocèse de Paris (F. Mémoires, t, I, p. 384). Une semblable défense, faite à un homme et aussi profondément versé dans les voies spirituelles, suffît pour montrer h quelles extrémités peut entraîner la prévention. ]J
Les ouvrages du P. Judde ne furent imprimés qu'après sa mort. Ses manuscrits s'étaient déjà répandus parmi les personnes pieuses et l'on en avait fait plusieurs copies plus ou moins notablement allé rées. M. l'abbé Lenoir-Duparc donna, en 1781, la première édition de ses Œuvres, en 7 vol. in -12, d'après deux manuscrits revus par l'auteur lui-même en 1721. L'ouvrage le plus important de ce recueil, est sans contredit La grande retraite de trente jour*, dans laquelle le P. Judde a développé le plan de saint Ignace, avec autant de force que d'onction. On y remarque surtout les belles méditations Sur la fin de l'homme; sur la pensée de l'éternité; sur les souffrance* de J.-C. La retraite pour les religieuses témoigne d'une grande expérience de la vie des communautés, quoique l'on y lise quelques détails qui pourraient paraître superflus de nos jours. A la suite de ces deux retraites on trouve encore dans la collection de l'abbé Lenoir-Duparc, des Méditât ions, des Exhortations sur divers sujets, et plusieurs traités fort exacts et surtout fort pratiques Sur la Confesssion, sur l'Oraison, sur le Sacrifice de la Messe, etc.
[[ « Ce qui distingue le P. Judde, dit l'éditeur de ses (Ouvres, c'est » qu'il parle toujours à la raison avec force et sans rien outrer;- » d'ailleurs pathétique et plein d'onction quand les sujets le deman- » dent. Il est difficile de lire, sans être attendri, la troisième partie » de sa grande retraite sur les souffrances, la patience et l'amour » de Jésus-Christ pour les hommes. » ]]
12 janvier. — Vincent Tbuilliee, Bénédictin de Sainl-Maur, né à
Ceucien 1685, cultiva les éludes en usage dans sa congrégation, et publia les OEuvres posthumes de Mabillon et de Ruinart, et l'Histoire de la nouvelle édition des OEuvres de saint Augustin. Il avait d'abord été opposé à la constitution Unigenilus; mais il revint sur ses pas, et se montra même zélé pour cette bulle. 11 donna deux Lettres contre l'appel. Il avait, dit-on, fait une histoire de ce décret, qui n'a pas été publiée. Ces derniers écrits lui suscitèrent des ennemis dans sa congrégation, qui comptait on grand nombre d'appelants.
17 avril. — Juste Fontaxixi, archevêque d'Ancyre, chanoine de Sainte-Marie Majeure, à Rome, et camérier d'honneur de Clément Xï, naquit dans le Frioul en 1G66. Ce fut un critique et un érudil du premier ordre, extrêmement versé dans la connaissance de l'histoire ecclésiastique. Il a laissé beaucoup de dissertations, de mémoires et d'écrits sur divers sujets d'antiquité et d'érudition, entre autres une collection des bulles de canonisation, des écrits en faveur des droits temporels du Saint-Siège, et une vie duB. cardinal Tomasi. Il mourut à Rome.
6 mat. — Lanrcnt-Josse le Clerc, prêtre de la congrégation de Saint-Sulpice, supérieur du séminaire de Lyon, était né à Paris en 1677. Il avait professé la théologie à Tulles, puis a Orléans. C'était un érudit et un critique versé dans l'histoire et fort laborieux. Il donna des Remarques sur le Moréri de 4718; une Lettre critique sur le Dictionnaire de Bayle; une Dissertation sur l'auteur du symbole Quicumque, qu'il croyait être de saint Alhanase; une lettre sur ce qui est dit de Fauste de Riez et de Césaire d'Arles, dans le tome III de Y Histoire littéraire de France, par les Bénédictins, et plusieurs ouvrages restés manuscrits, tels qu'une Histoire des Papes.
Il mat. — Jean-Baptiste Droubt de Màupbrtuy, prêtre, né dans le Berry en 4650, eut successivement plusieurs états et s'en dégoûta. Il passa quelque temps àSept-Fonls, et mourut àSaint-Gerniain-en- Laye. 11 est auteur d'un grand nombre de traductions de Laclante, de Salvien; des Actes des martyrs, de Ruinart; delà Pratique dus exercices de saint Ignace; du traité de Lessius Sur le choix d'une religion, etc. Il composa de plus des livres de piété; 1 Histoire de la réforme de Sept-Fonls, qui a été accusée d'inexactitude; Y Histoire de l'église de Vienne, etc. L'abbé de Maupertuy était un peu diffus dans ses écrits.
23 mat. — Nicolas le Tombeur, religieux Augustin, né à Tirlemont, en 1657, mourut à Louvain, après avoir composé, en latin, une Pratique pour administrer les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, et une Histoire de son ordre dans les Pays-Bas.
28 mat. Pierre Louis Dànès, professeur de théologie à Louvain,
naquit à Caseel en 1684. il fut successivement curé à Anvers et chanoine à Y près. On a de lui: Institutions de doctrine chrétienne; Discours et Homélies; plusieurs traités de théologie, un entre autres Sur tes trois vertus théologales. Feller fait l'éloge de ces ouvrages, qui sont tous en latin.
0 septembre. — François Salmon, docteur de Sorbonne, né à Paris en 1677, se rendit habile dans les langues savantes et surtout dans l'hébreu, et donna un Traité de l'étude des concilesf 1724, in-4°. H travailla à un Supplément des conciles du P. Labbe, qu'il n'a pas terminé, et dont il n'a publié que le Projet.
21 septembre. — Jacques Fouillou, diacre, licencié de Sorbonne, né à La Rochelle en 4670, écrivit beaucoup en faveur du jansénisme. Il alla en Hollande en 1705, et y travailla auprès de Quesnel. Il en revint vers 1720. On a de lui : Considérations sur la censure du Cas de conscience par l'évéque d'Apt, 1703; Défense des disciples de saint Augustin, contre Desmarais, évêque de Chartres, 1 704 ; Histoire du Cas de conscience ; (Elle est de Louail et de M'1' de Joncoux, Fouillou ne fit que la revoir et y joindre des notes.) Chimère du jansénisme, 1708; Justifications du silence respectueux, contre Fénelon, 1707; une édition des Lettres d'Arnauld, en 9 vol.; d'autres écrits contre la bulle de Clément XI et contre des évèques. Fouillou travailla aux Hcxaples, et fut opposé aux convulsions. Ce théologien avait de l'instruction, et était fort vif et fort ardent dans son parti.
2 novembre. — Jean-Pierre Gibert, naquit à Aix en 1660. Il entra de bonne heure dans l'état ecclésiastique, mais son humilité lui fit refuser à plusieurs reprises les ordres mineurs, et il resia toute sa vie simple tonsuré. Il avait un grand amour de l'étude et toutes les qualités nécessaires pour y réussir. Aprèsavoir été reçu docteur endroit civil et canonique, il fut chargéde professer la théologie, d'abord au séminaire de Toulon et ensuite à Aix. II vint plus tard à Paris, où il vécut dans la retraite, ne s'occupant que d'études et de bonnes œuvres. Il mourut d'une attaque d'apoplexie à l'âge de soixante-seize ans. C'était un savant canoniste, et il fut consulté pour toutes les grandes affaires, qui troublèrent, de son temps, la paix de l'Eglise. Ses ouvrages sont: les Devoirs du Chrétien, renfermés dans le Psaume C XVIII; Cas de pratique sur les sacrements ; Doctrine des canons, en latin ; Institutions ecclésiastiques et bénéficiâtes; Dissertation sur V autorité du second ordre dans le synode ; Tradition de l'Eglise sur le sacrement du mariage, 3 vol. in-4°. ; Corps du droit canonique, en latin, 3 vol. in-folio ; Consultations canoniques sur les sacrements, 12 vol. in-12. — Usage de l'Eglise Gallicane sur les censeurs, 1 v. in-4°. Gibert était favorable aux droiis de l'Eglise. [[On peut lui reprocher néanmoins plusieurs propositions trop hardies, surtout dans le Corpus juris canonici. 11 était appelant. ]]
44 novembre. — Pierre Van den Bosch, Jésuite, né à Bruxelles en 1680, fui associé, en 1721, aux savants qui travaillaient à la continuation des Acta sanctorum. Il coopéra aux mois de juillet et d'août, et est auteur entre autres d'une Dissertation sur les patriarches cTAntioche. Il mourut à Anvers. C'était un homme critique judicieux.
45 novembre. — Jean-César Rousseau de la Parisière, évéque de Nismcs en 4710, après la mort de Fléchier, était né à Poitiers en 4667. Il prêcha avec succès, et on l'a imprimé, en 1740, ses Sermons, Panégyriques et Mandements, en 2 vol. Ce prélat était de plus littérateur. Une harangue qu'il prononça devant le Roi, le 17 septembre 4730, comme membre de l'assemblée du clergé, servit de prétexte à des clameurs ridicules. Des gens qui vantaient leur zèle pour la religion, lui reprochèrent d'avoir dit que le règne de S. M. est fondé sur la catlwlicité, et doit toujours se soutenir par les mêmes principes. Celte proposition, qui a un sens très-religieux et très-vrai, blessa ces catholiques scrupuleux. L'abbé Pucelle la dénonça au parlement; l'évéque se justifia per une lettre du 18 novembre, au cardinal jdc Fleury. ( Voyez plus haut dans ce volume, p. 297 ).