A!S!SÉE
lions de ce prince. Leurs déclamations empoisonnèrent les derniers jours d'Anne.
Cette reine mourut le 12 août 1714. L'électeur de Hanovre fut aussitôt proclamé roi sans difficulté. Il se livra aux whigs à qui il devait la couronne. Or, les whigs avaient les catholiques en horreur, d'abord comme catholiques, ensuite comme tories. Dans leur langage, jacobitc et papiste devinrent des termes synonymes. La révolte d'Êcosse vint leur fournir des prétextes pour satisfaire leur ressentiment*
Il était naturel que le fils de Jacques 11 cherchât à profiter de la mort d'Anne pour faire valoir ses prétentions; 11 répandit èn Angleterre un manifeste où il rappelait ses droits, à l'exclusion d'un étranger. On savait qu'il y avait des partisans assez nombreux, même parmi les protestants. On ieS appelait jacobites, et ils avaient des éfêques qui n'avaient point prêté les serments à Guillaume. Ils avaient encore plus d'cldignement pour Georges Ier, que personne ne connaissait, qui était d'une religion différente, et dont les droits au trdne n'étaient rien moins qu'évidents; L'Écosse surtout, plus attachée au sang des Stuarts, ses anciens rois, avait plus de peine à reconnaître un prince allemand. Les épiscopaux de ce pays , peu favorisés lors dë la révolution de 1688, avaient persévéré dans le refus des serments , et gardaient leur fidélité au fils de Jacques II. Des troupes sè réunirent en sa faveur en 1715. Leur devise était pour Jacques III et la religion protestdnte. Ainsi les catholiques ne dominaient pas parmi eux. Le 2 janvier 1716, le prétendant arriva en Ecosse; mais dès le mois suivant il fut obligé de se rembarquer. Son parti ne put tenir coutre lès forces du nouveau gouvernement ^ qui avéit pris les précautions les plus sévères pour sa sûreté. Les catholiques furent vivement recherchés; ils ne l'avaient point encore été si soigneusement depuis le règne d'Elisabeth. On leur enleva leurs armes et leurs chevaux. On menaça dfe mettre en prison tous ceux qui
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ne pou fraient trouver deui protestants pour leur servir de caution, et on en saisit en effet un très-grand nombre: On avait imaginé un moyen sûr pour découvrir ceux de cette religion qui auraient voulu déguiser leurs sentiments. G'était de leur faire jurer que la transsubstantiation était une erreur détestable. Ce moyen ne fut pourtant point employé; apparemment, dit le continuateur de Rapin Tho^raS, parée qu'il ressemblait trop à une persécution déclarée -,
On avait espéré que Georges Ier, au commencement de son règne, chercherait à gagner l'affection de ses nouveau! sùjets par des actes de clémence envers les /ocobites tombés en son pouvoir. Il montra, au contraire, une rigueur inflexible. Six pairs furent condamnés à mort. H y eut aussi beaucoup d'exécutions dans les conditions inférieures. Ces supplices ne firent qu'augmenter le nombre des mécontents. Pour faire cesser les murmures* le gouveruenient sévit contre les catholiques; Le 26 juillet 1717, le roi sanctionna un bill qui les obligeait à donner une déclaration circonstanciée de leurs biens. Un historien dit que cet acte est urt des plus fàcheux qu'on ait portés contre eux. En 1722, on mit à la tour de Londres le duc de Norfolk , le premier pair du royaume. Il paraît que son crime était d'être catholique et fort riche. Dans le même temps , on imposa sur les terres des catholiques une taxe annuelle de cent mille livres sterling.
il y eut pourtant, vers le même temps, un projet en faveur des catholiques. L'auteur était le docteur Strickland, qui devint depuis évcque de Namur. Il avait part à la bienveillance de Georges Ier, et il se donna beaucoup de mouvements pour faire passer un plan d'après lequel le gouvernement se serait montré moins sévère envers les catholiques. Ceux-ci, de leur cété, auraient prêté serment de fidélité au roi Georges. Un vicaire apostolique* Jean Stonor, évêque de Thespie, donna les mains à ce projet. On assembla les catholiques, et l'on gagna le duc de Nor»folk et plusieurs autres seigneurs -, mais le corps des catho-
liques désapprouva ces démarches, et les trois autres vicaires apostoliques s'y montrèrent opposés. On se défiait des promesses du ministère anglais, et même de Strickland. Nous avons vu des pièces originales où cet abbé était assez maltraité. Malgré ses soins et ceux de l'évêque de Thespie, le projet avorta. Nous nous sommes borné dans cet article à ce qui regarde l'Angleterre et l'Ecosse; nous avons parlé, sous 1704, de ce qui a rapport à l'Irlande.
— [[Le 18 août. Capitulation de Belgrade. Cet événement important nous paraît bien digne de fixer l'attention , parce qu'il semble fermer définitivement l'époque des croisades, en délivrant pour toujours la chrétienté des grandes inquiétudes que lui avaient si souvent causées les infidèles. Déjà la fin du siècle précédent avait été marquée par une suite de victoires remportées par les chrétiens, par la délivrance si glorieuse de Vienne, par Sobieski, en 1683; par les campagnes des années suivantes, toujours funestes aux Turcs; et enfin parla terrible bataille de Zeuta, gagnée avec éclat par le prince Eugène de Sovoie, en présence du Sultan, Mustapha II. Le traité ae Carlowitz, en 1699, avait été pour les Turcs le résultat deces reverset la preuve d'une décadence bien reconnue; ils y avaient reçu la loi ; ils avaient été obligés d'abandonner la Transylvanie, qui définitivement était unie aux provinces hongroises, d'accorder à l'Allemagne des frontières plus avantageuses, et de céder la Morée à la république de Venise, etc. Poussés par le dépit et l'ambition, ils reprirent les armes sous Achmet III, vers la fin de l'année 1714. Déjà, dès l'année précédente, Clément XIV avait averti l'empereur d'Allemagne, la république de Venise, le roi, les évêques et les grands de Pologne du danger qui les menaçait. La guerre s'ouvrit par l'invasion de la Morée, d'où les Vénitiens furent chassés en un mois, d'autant plus facilement que les Grecs, par suite de leur haine invétérée contre les Latins, appelaient euxmêmes les Turcs et les aidaient à chasser leurs nouveaux maîtres. De là, les infidèles se portèrent sur Corfou et
commencèrent à inquiéter toute l'Adriatique. D'un autre coté, ils s'avancèrent vers la Hongrie. Mais bientôt l'Empereur, dont la paix d'Ulrecht et de Baden avait rendu les troupes libres, put leur opposer le prince Eugène de Savoie, le plus habile des généraux de l'Empire (1). Une première victoire fut remportée par Eugène à Carlowitz même, où le dernier traité avait été signé, comme pour punir la foi violée. Bientôt après il obligea la forte ville de Temeswar à capituler ; mais ce fut surtout la prise de Belgrade, qui mit fin à la guerre. Cent cinquante mille Turcs étaient venus, sous la conduite du grand-visir Astcbi Ali-Pacha au secours de cette place assiégée par Eugène avec une armée bien inférieure en nombre. Celui-ci n'en remporta pas moins, le 16 août, une victoire signalée : blessé au milieu de l'action, il se fit panser dans la lente même du visir, qui était en fuite. Deux jours après, la ville ouvrit ses portes. Le sultan effrayé fit demander la paix ; et elle fut signée l'année suivante à Passarowitz avec des conditions moins avantageuses sous quelques rapports pour leschrétiens, que ne semblaient le promettre de si grands succès. Les Vénitiens cédèrent définitivement la Morée, qui resta aux Turcs, en obtenant toutefois quelques échanges.
C'est particulièrement à partir de cette époque que la situation des Turcs en Europe parut changer, et qu'euxmêmes furent obligés de se rapprocher davantage de la constitution Européenne : malgré cela, l'empire Ottoman n'a guère fait que décroître (2). ]]
— Le 8 septembre. Déchet du sénat de Venise en faveur des Méchitaristes. La société des Méchitaristes tire
(1) Chacun sait qoe ce grand capitaine, (ils du comte de Soissons, était Français, et né à Paris. N'ayant pu, dans sa jeunesse, obtenir de Louis XIV l'avancement qu'il espérait, il avait offert ses services à l'empereur.
(2) L'empereur fit hommage au Pape Clément XI de quatre étendards pris sur les Turcs. Le Pape, de son coté, envoya au prince Eugène une épée bénite, en signe de sa joie et de sa reconnaissance.
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son nom d'un religieux arménien, nommé Biéchitar, qui s'était proposé de travailler à la régénération spirituelle et scientifique de sa nation. Né à Sébaste en 1676 (1), Méchitar était entré h 15 ans dans le couvent de Sainte- Croix, près Sébaste. Il y montra une intelligence précoce en même temps que le désir de la perfection religieuse. Ordonné diacre en 1691, il visita les monastères d'Ecs- Aliazin et de Se van, cherchant partout des lumières et des vertus. Mais la rencontre qu'il fit d'un missionnaire Franc, puis d'un Arménien qui avait étudjé à Rome, et enfin du père Beauvollin, Jésuite, missionnaire dans le Levant, lui inspira un vif désir d'aller à Rome, où il trouverait des secours pour l'exécution de son projet. Des maladies et divers accidents l'empêchèrent de faire le voyage. En attendant, il se livrait à l'étude et à la méditation des Sa in tesT Ecritures. Ayant été ordonné prêtre, il exerça le ministère, puis enseigna la théologie. En 1699, on lui conféra le titre de vertq(ner ou docteur. L'année suivante il se rendit à Constantinople avec quelques disciples qu'il destinait à être les fondements de sa société future. Les contradictions qu'il y essuya, l'engagèrent à passer ei\ Ifqrée, où il serait sous la protection du gouvernement vénitien , duquel ce pays dépendait encore. Le 8 septembre 1704, la. société naissante commença à prendre quelque cpnsislance ; ses membres, qui n'étaient qu'aq ppm.bre de dix, se consacrèrent à |a sainte Vierge. Méchitar fut élu. supérieur. Jl eut k surmonter plusieurs obstacles avant de passer en Morée, où il s'établit à Blpc|on §yec l'agrément du gouvernement vénitien.
Cependant il recopnut la nécessité 4 être reconnu et approuvé à Rome, et il y envoya deux de ses religieux avec
(i) H. fcow dit f|iie Méchitar «tait ne d>pe feuille catholique. J/abb« Viguier suppose )e contraire dans un mémoire qu'il voulut bien nous communiquer et qui a été inséré daus \'/tmi de la Religion, tonie xxxii, p. 129. Ce mémoire porte que, l'étude que Méchitar fit de l'Histoire de l'Eglise çt des écrits des Pères, lui ayant ouvert les y<Uïf il embrassa ja croyance catholique.
une copie des règles de son institut, lesquelles avaient alors pour base celles de Saint- Antoine; mais depuis il adopta celles des Bénédictins. En attendant la décision, il formait ses associés à la piété et à l'étude. Lui-même apprit le latin et l'italien. La, communauté était fort pauvre; néanmoins Méchitar entreprit de bâtir un couvent, et en 1708 il posa la première pierre d'une église. Des nobles Vénitiens secondèrent généreusement son entreprise. Son institut semblait prospérer; il fut approuvé à Rome, et lui-même en fut nomme abbé. La guerre qui éclata en Morée vint troubler ces heureux commencements. Les Turcs firent une irruption en Morée, et Méchitar, qui prévit que Venise allait perdre ce pays, voulut se ménager une retraite. 11 laissa quelques-uns de ses religieux à Modon, et obtint de se rendre à Venise avec onze autres. L'île de Saint-Lazare, près Venise, était déserte: l'église et l!hospice étaient a moitié ruinés. Méchitar demanda qu'on leur en fit la concession, et le sénat, sur les témoignages et les recommandations de plusieurs nobles Vénitiens en faveur de la société naissante, accorda, la demande par un décret du 8 septembre 1717, quj procurait enfin aux religieux arméniens une retraite assurée après tant d'orages et d'incertitudes.
Ce fut alors que Méchitar fit le voyage de Rome pour faire connaître exactement le but de sa société, et dissiper les préventions que ses ennemis avaient pu répandre. Il fut bien reçu par le Pape, qui l'autorisa à envoyer des missionnaires en Orient. De retour dans son couvent, il en régla la discipline intérieure. Il sépara ses religieux en trois classes, les vertabiers ou docteurs, les élèves en philosophie et en théologie, et Ie6 enfants qu'on instruit. Sa nation était le but constant de ses travaux, et c'était pour elle qu'il avait formé son institut. Aussi de riches Arméniens le secondèrent par leurs libéralités, et le mirent en état d'élever le monastère dans l'état où il se trouve. Ce fut au milieu de ces soins que sa santé s'affaiblit. H tomba malade au commencement d'avril 1740, et mourut le 2l>
du même mois, après avoir adressé de louchants adieux à ses religieux. Ce fut certainement un homme doué de beaucoup d'intelligence, de sagesse et de courage. C'est presque un prodige que dès sa jeunesse et dans sa position, il ait pu concevoir le projet de sa société, et qu'il l'ait mené à fin, au milieu des obstacles les plus propres à déconcerter une volonté moins ferme.
Le grand but de Méchitar fut d'éclairer sa nation et de la ramener à l'unité catholique. Mais il voulut que ses élèves restassent toujours Arméniens, et il mit en première ligne de leurs études la connaissance de leur langue, de leur histoire et de leurs pères. La première condition pour être admis dans la congrégation est donc d'être Arménien d'origine. Les enfants élevés dans la maison prennent l'habit quand on leur trouve la capacité et les dispositions requises, et qu'on les juge propres à être savants ou missionnaires, mais ils sont toujours libres d'entrer dans la société.
Ce qu'il y a de remarquable dans le couvent de Saint* Lazare, ce sont les presses qu'on y a établies, et d'où il est sorti bon nombre d'ouvrages plus ou moins importants. Le premier dans Tordre des dates est le Dictionnaire arménien littéral vulgaire, composé par Méchitar et qui porte son nom. Depuis on a donné des éditions de la Bible, du Nouveau Testament , d'ouvrages d'anciens auteurs arméniens, de traductions d'ouvrages européens en arménien. Il a paru des dictionnaires italien-arménien, français-arménien et arménien-français; anglais-arménien et arménien-anglais; une grammaire arménienne et d'autres pour l'italien , le français, l'allemand, l'anglais, etc. Les Méchitaristes ont fait paraître encore des ouvrages sur l'histoire et les antiquités de l'Arménie. On doit au père Auchus une édition de la chronique d'Eusèbe de Césarée, texte arménien et traduction latine, 1818, et des opuscules de Philon le Juif. Enfin , pour nous borner dans ce court aperçu des travaux des Méchitaristes, l'archevêque Saluas Somal , aujourd'hui abbé général , a donné
en 18*29 un tableau de l'histoire littéraire d'Arménie.
L'éducation des jeunes Arméniens qui ne se destinaient pas au sacerdoce, entra aussi dans le plan des Méchitaristcs. Ils ont fondé en 1834 un collège dans ce but à Paris, grâce à un legs considérable que leur avait laissé dans cette intention Samuel Moorat, riche négociant arménien , établi à Madras ; et ils ont , dit-on , l'intention d'établir une maison semblable à Venise, avec les fonds qu'ils ont reçus de la libéralité d'un autre négociant, Édouard Raphaël , aussi établi à Madras.
Après Méchilar, sa congrégation fut gouvernée par Ètienne Melchior, de Constantinople, sous lequel deux religieux fondèrent en 1773 une maison à Trieste; chassés de Trieste par les Français, en 1807, ils se retirèrent à Vienne, et y résident encore. A la mort d'Etienne, en 1800, on lui donna pour successeur Étienne Acoucio Kobec, arménien de Transylvanie, qui fut sacré à Rome archevêque de Séleucie, et qui mourut en 1824. L'abbé général est aujourd'hui Sakias Somal , archevêque de Junium. Tous ces abbés résidaient à Venise. Dieudonné Babik, qui avait formé rétablissement de Trieste, fut sacré en 1800, à Venise, sous le titre d'archevêque d'Ecs-Miazin ; il mourut en 1826, laissant la direction de la communauté à Avitacu Azacia, qui, la même année, fut sacré archevêque de Césarée. Ce prélat a mis la maison dans un état florissant; il a fait venir de Constantinople et d'Asie une école de jeunes disciples qu'il a élevés suivant la méthode d'Europe. Il a rebâti son couvent. On y donne des éditions d'ouvrages arméniens, et il y en a eu de publiés jusqu'en 1837. De plus, on y imprime de bons livres allemands, français, hongrois, italiens et latins (1).
— Le 7 octobre. Déclaration du Roi , prescrivant un
(1) Nous avons réuni ici tout ce qui regarde les Méchitaristcs, jusqu'à ces derniers temps. Nous avons pris presque tout le fonds de cet article dans une notice curieuse de M. E. Boré publié sous le litre de S. Lazare, ou Histoire de la société religieuse arménienne Je Méchilar. Venise, 1835, in-8°
T. il. 3
SILEBCE ABSOLU SLR LES OBJETS DES COJSilESTlTIONS. C'était
une bien faible barrière contre l'extrême fermentation des esprits, qu'une loi de cette nature.
Le 13 juillet précédent, le Régent avait envoyé aux évêques une circulaire où il leur assurait sa protection , marquait son mécontentement de l'insubordination de plusieurs ecclésiastiques , et exhortait les prélats à s'efforcer de maintenir la paix , jusqu'à ce qu'il eût pris des mesures avec le souverain Pontife.
[[ La déclaration du 12 octobre, après avoir parlé des troubles causés dans l'Église et des négociations qui continuaient auprès du Pape, concluait ainsi : a Aces causes » nous disons et déclarons, voulons et nous plaît que » toutes les disputes, contestations et différents qui se sont » formés dans le royaume, à l'occasion de la Constitution » de notre Saint-Père le Pape contre le livre des Rê- » jlexions morales, soient et demeurent suspendues comme » nous les suspendons, imposant par provision un silence » général et absolu sur cette matière ; et ce pendant le » cours des instances que nous continuons de faire auprès » de notre Saint-Père le Pape pour obtenir de sa sagesse » et de son autorité des secours capables d'éteindre les » divisions présentes, et en conséquence faisons très-ex- » presses inhibitions à tous nos sujets de se provoquer les » uns les autres par des termes injurieux de Novateurs, » Jansénistes, Semipélagiens, Schismatiques, Hérétiques » et autres noms de parti. »
Celte déclaration fut enregistrée dès le lendemain par le Parlement, qui y trouvait des armes contre les prélats dociles à la voix de l'Église : ainsi qu'on devait s'y attendre, elle déplut également aux deux partis, soit des acceptants, soit des appelants, quoiqu'elle favorisât les progrès de Terreur. Tout le monde se plaignit que l'autorité royale fût sortie de ses bornes en intervenant directement
de 1 1* pige*. M. Bore avait visité 1rs Méchitaristes de Venise, et deux ans •près, H séjourna che* ceux de Vienne, comme on le voit par ta Corresptndance, qui a paru en 1840, 1 vol. in-*».
ANiNÉIS 1717, 3$
et en recommandant le silence dans une matière qui concernait l'enseignement de l'Église. On la compara, en particulier, au fameux Type de l'empereur Constant, que le Pape Martin Ier avait condamné avec sévérité vers Tan 621 (1).
Le seul rôle qui puisse convenir à l'autorité, disaient les uns, c'est de prêter à l'Église le secours de sa puissance contre desesprits rebelles : les fonctions de Paulorilé, disaient les autres, seraient de protéger la vérité attaquée (2). ]] On comprend que le silence prescrit fut trèsmal observé. On vit alôrs se multiplier lesappels. Le Parlement supprima, à la vérité, quelques écrits des opposants, et entre autres l'acte d'appel du cardinal de Noailles : (car à cette époque cet acte devint public, non par cette publication proprement dite et accompagnée de solennité dont nous parlerons sous l'année suivante ; le cardinal ne l'osait pas encore-, mais par la divulgation qui fut faite alors de celte pièce irouv 'e dans les papiers de lYvéqtie de Lectoure après sa mort) ; mais en même temps on fit essuyer cet outrage à des rcrits auxquels on ne pouvait reprocher que de défendre la cause de T Église.
Le Pape se plaignit vivement au Régent des suites de la déclaration ; il lui fit représenter qu'il était injuste de traiter sur le même pied et de condamner également au silence ceux qui défendaient une loi de l'Église et ceux qui s'élevaient contre cette loi avec tant d'aigreur et d'in» décence : mais le Régent voulait paraître tenir toujours la balance égale, et se flattait encore que c'était le seul moyen de ramener la paix. Ou inventait tous les jours de nouvelles voies de conciliation qui n'étaient pas plus heureuses que les premières. De son côté, le Pape souffrait extrêmement de ces divisions ; il avait tout tenté pour les faire cesser ; il
(1) Il parut, à cette époque, un Parallèle e/it/e le Type de l'empereur Constant et les déclarations du ftoi. On cite également un écrit attribué k M. de Fa resta de Cologno, évêque {TApt, sous le titre à'Jftptl du roi mineur au roi majeur de la déclaration de ni 7. Éditeur*
(2) llëjlexions sur la déclaration du roi (par un appelant.)
avait écrit plusieurs fois au cardinal de Noaillcs; il avait tâché de l'ébranler par la vue des maux qu'entraînait son opposition. Aucun de ces moyens ne réussit. Clément XI ne crut pas devoir ménager davantage des gens intraita* blesj et le 19 février 1718, il condamna les actes d'appel des quatre évêques, du cardinal, et des Facultés de Paris, de Reims et de Nantes.
— • Le 7 février. Décret porté à Rome contre le Discours SUR LA LIBERTÉ DE PENSER, DE CoLLINS. Antoine Col-
lins est un de ceux qui ont poussé le plus loin, en Angleterre, au commencement du dix-huitième siècle, la liberté de penser. Il avait débuté, en 1707, par un Essai sur l'usage de la raison dans les propositions dont l'évidence dépend du témoignage humain, où il se plaît à mettre en opposition la certitude que produit la révélation et l'évidence que fournit la raison. La même année, il s'engagea dans la controverse, entre Dodwell et Clarke, sur l'immatérialité et l'immortalité de l'âme, et combattit l'immortalité naturelle de l'âme et sa spiritualité. 11 fut réfuté vigoureusement par Clarke, un des plus forts métaphysiciens de son temps, et dont la gloire serait bien plus pure si, dans le temps qu'il défendait les grands principes de la loi naturelle et de la morale, il n'eût mis en compromis un des dogmes les plus importants du christianisme. 11 était diflicile que Collins eût des idées bien justes sur la liberté de l'homme, après en avoir montré d'aussi inexactes sur la nature de lame. Il faisait consister la liberté dans le simple volontaire, et n'en excluait que la contrainte ou la nécessité physique, se souciant peu que la nécessité morale qu'il admettait parût une doctrine révoltante. Clarke soutint la thèse contraire avec cette dialectique lumineuse qui fait le caractère de ses écrits; ce qui n'a pas empêché Voltaire de supposer qu'il n'avait été qu'un chicaneur dans cette dispute, quoiqu'ailleurs il re-
connaisse que ce docteur est le seul qui donne des idées bien nettes sur la liberté de l'homme.
Col lins, dans ses ouvrages précédents, n'avait fait, pour ainsi dire, que préluder au plan d'attaque qu'il méditait. Mais le Discours sur la liberté de penser annonça ouvertement des vues hostiles contre la révélation. 11 fut composé, ainsi que l'indique son titre, à l'occasion de la naissance et des progrès d'une société de libre-penseurs, qui, sous préV texte d'attaquer la superstition et le papisme, ébranlaient réellement les fondements de la religion. Col lins était digne de figurer dans cette société. On peut se plaindre avec raison, dit Leland, de son peu d'équité et de bonne foi dans tout le cours de ce livre. Il y suppose perpétuellement que les amis de la révélation sont opposés à une liberté de penser raisonnable. On ne peut douter qu'il n'ait eu l'intention d'avilir le christianisme, quoiqu'il afr fecte quelquefois d'en parler avec respect. D'après lui, tout le mal qui a été fait par des chrétiens tourne en preuve contre le christianisme, et tout ce qui a été un sujet de dispute doit être regardé comme douteux. En dernière analyse, l'ouvrage se réduit à ces deux propositions : on ne doit rien recevoir sans examen, et l'examen ne nous apprend rien de certain. Les livres saints sont sans autorité ; ils ont été altérés. Les anciens pères de l'Eglise n'étaient que des imposteurs. Les prophètes étaient des libre- penseur s. Il y a dans ce Discours bien d'autres paradoxes que l'auteur avance en courant.
Il faut rendre justice au clereré anglican : il se souleva contre la témérité de Col lins. L'imprimeur fut mandé par le magistrat, et nomma l'auteur, qui se retira en Hollande, oir il était déjà lié avec Jean Le Clerc et autres littérateurs et théologiens de ce temps-là. Cependant il fut réfuté dans sa patrie par plusieurs écrivains. Hoadly et Bentley exposèrent au grand jour ses méprises, son ignorance et l'infidélité de ses citations. Whiston lui-même, quoique très-peu orthodoxe sur beaucoup de points, se mit aussi sur les rangs pour défendre cette même révélation
qu'il avait plus d'une fois ébranlée. Dans des réflexion* qui furent réimprimées plusieurs ibis, il reprocha a Coltins de tracer a tout propos un portrait odieux du clergé et des préires chrpticns en général, d'y attaquer le christianisme avec une mauvaise foi visible, d'affecter du mépris pour la nation juive et pour la législation de Moïse, ainsi que pour le grand principe de l'immortalité de l'Ame, et de chercher sans cesse à rendre nos livres saints suspects, ridicules ou incertains.
Collins, ainsi confondu par des hommes qu'il espérait peu («être ne pas compter au nombre de ses adversaires, imagina de faire imprimer sous ses yeux, à La Haye, une traduction française de son Discours sur la liberté de penser. Cette édition, faite en 1714, est probablement celle qu'on avait en vue dans le décret de Rome, qui la défend. Elle n'était pas entièrement conforme à l'original anglais, quoiqu'elle fût annoncée pour telle. Collins avait fait, tant dans le texte que dans les notes, beaucoup de changements relatifs aux bévues et aux infidélités signalées par Bentley; mais il se garda bien de reconnaître ses torts, et il laissa passer l'édition de Hollande comme une traduction fidèle. De la Chapelle, ministre protestant à La Haye, fit imprimer, en 1788, l'ouvrage de Bentley, sous le titre de Friponnerie laïque des prétendus esprits -fort s d'Angleterre, par opposition à la Friponnerie ecclésiastique^ titre d'un pamphlet de Collins contre le clergé anglican.
Après le mauvais succès du Discours sur la liberté de penser, Collins resta muet pendant plusieurs années. Il ne rentra dans la lice qn'en 1 7 24, par son Discours sur les fondements et les raisons de la religion chrétienne. Il y suppose que le Sauveur et les apôtres ont établi exclusivement toutes les preuves du christianisme sur les prophéties de l'Ancien Testament. Après quoi il travaille à faire voir que les prophéties de l'Ancien Testament, citées dans le Nouveau, ne sont que des types et des allégories, et par conséquent qu'elles ne prouvent rien ; d'où il résulte que le christianisme n'a plus aucune base solide.
Les deux Chandler, Bullock, Sykes et plusieurs autres répondirent à Collins. Thomas Sherlock publia six Discours Sur l'usagé et les fins de la prophétie, dans lesquels il trace la suite des prophéties dans les différents âges, leur enchaînement et leur accomplissement successif. Il parut, en tout, trentercinq écrits contre le livre de Collins. Mais loin d'être effrayé d'un si grand nombre d'adversaires, il donna, en 1727, V Examen du système de prophéties littérales, où il renouvelle les mêmes objections, sans faire attention aux raisons qu'on lui avait opposées, li y rassemble surtout ses efforts contre l'antiquité et l'autorité des livres de Daniel ; ce qui occasionna une réplique de Chandler. On voit combien Collins avait à cœur de propager ses sentiments sur la religion. Les amis et les ennemis du christianisme se sont accordés à l'en regarder comme un des plus zélés détracteurs. Ses écrits n'ont pas été inutiles aux modernes incrédules français.
— Le a et le 15 mai. Assemblées tou cohseil de «bgbïtcb sua les affaires de l'Èglisb (l). Je remarque les conseils tenus ces deux jours, parce qu'ils pensèrent avoir des résultats funestes. Le Régent était mécontent du Pape, et voici à quelle occasion. En 1716. on avait nommé à des évêchés plusieurs ecclésiastiques dont la doctrine et les liaisons étaient suspectes : c'était une suite de l'influence du cardinal de Noailles dans la présentation aux bénéfices. Le Pape, alarmé de pareils choix, avait refusé de donner des bulles à MM. de Gastries, de Tourouvre, d'Entraigues, de Lorraine et Bossuet : il ne voulait point concourir à une nomination qu'il prévoyait devoir être la source de nouveaux troubles. Le Régent, de son côté, réclamait la stricte exécution du concordat. De là, une altercation entre les deux cours : elle dura jusqu'en mai 1718.
Dans les premiers jours de ce mois, le cardinal de la Trémoille, ministre du Roi auprès du Saint-Siège, prit sur lui d'assurer le Pape de la soumission qu'auraient pour le
(1) Journal de Ythhè Dorsannc, m ni 1718.
Saint-Siège les ecclésiastiques nommés-, un d'eux, l'abbé de Lorraine, avait écrit au cardinal pour le promettre. Après cette démarche, le Pape ne fit aucune difficulté d'accorder toutes les bulles.
Il y avait alors en France une douzaine de sièges vacants. On ignorait encore à Paris la conclusion de cette affaire, lorsque, dans un conseil de régence, tenu le 2 niai, il fut question du refus des bulles. On ouvrit à ce sujet des avis assez vifs. Cinq commissaires furent nommés pour examiner les motifs du refus du Pape, les moyens de le faire cesser, et, s'il y persistait, les voies que l'on pourrait prendre pour gouverner l'Eglise de France et pourvoir au sacre des évêques. On voit qu'on allait assez vite. Ces commissaires furent les maréchaux d'Huxelles et de Villeroi, les ducs d'Antin et de Saint-Simon, et le marquis de Torcy. On avait exclu tout exprès les évêques et les magistrats. L'établissement d'une pareille commission faisait craindre quelque détermination violente : on était alarmé surtout d'y voir le duc de Saint-Simon, frondeur de l'ancien gouvernement, chaud partisan de l'appel, et qui eût voulu, dit Dorsanne même, faire appeler toute la nation (1). On put deviner quel serait son avis, quand on vit quels théologiens il consulta : ce fut l'abbé Chevalier, ce négociateur si modéré ; Boursier, un des oracles du parti; Le Gros, chanoine de Reims, excommunié par son évêque, et autres opposants. On fit revenir de Hollande, exprès pour lui, Pet il pied, qui s'y était retiré auprès de Quesnel, en 1705. Les conseils de pareilles gens faisaient trembler, et l'on sait qu'en effet ils composèrent à cette époque, de concert avec d'autres appelants, un Mémoire où ils présentaient les moyens de se passer du Pape, et donnaient au Régent des avîs pour secouer le joug de la cour de Rome. Ils voulaient introduire en France le système qu'ils réalisèrent peu après en Hollande.
Le conseil de régence, du 15 mai, fut très-orageux.
(I) Jonrnal de l'abbé Dorsanne, juin et septembre 1718. ,
Le duc de Saint-Simon , fort des conseils des docteurs, était pour une rupture éclatante. Quelques membres opinèrent dans son sens. 11 s'agissait de faire appeler tous les parlements et toutes les universités : heureusement ces propositions violentes ne prévalurent pas. Le prince de Conli, le duc du Maine, M. de Cbavigny, ancien évêque de Troyes, le maréchal de Villeroi, le garde- dessceaux furent ceux qui combattirent avec plus de force les projets présentés. Le régent parut même effrayé des dangers du parti qu'on avait voulu lui faire prendre, et résista à toutes les sollicitations. Il dut s'en féliciter, quand il apprit le jour même que le Pape avait accordé les bulles.
Ce qui se passa en cette occasion aurait dû apprendre au duc d'Orléans à apprécier les intentions de quelquesuns de ceux qui l'approchaient. Mais son caractère facile le disposait trop à suivre leurs impulsions. Il fit pourtant à celte époque un acte d'autorité. Il était mécontent du parlement de Paris, qui cherchait à jouer un rôle, et à rentrer, peu à peu, dans la connaissance des affaires du gouvernement, que Louis XIV lui avait interdite. Il fit donc tenir au jeune roi un lit de justice, où il fut défendu aux magistrats de s'immiscer dans ces sortes d'objets. Le parlement réclama, et ne se rendit point.
— Le 28 août. Clément XI donne les lettres Pastoralis officii. La licence des appelants, leur déchaînement contre le Saint-Siège, les erreurs qu'ils enseignaient, firent juger au Pape qu'il ne pouvait plus être témoin muet de tant d'excès. Il crut qu'il serait censé les tolérer, s'il ne les réprimait de toute l'autorité dont il était revêtu. Il donna donc une bulle adressée à tous les fidèles, et commençant par ces mots : Pastoralis officii.
[[ On doit regarder cette constitution comme inséparablement liée avec la bulle Unigenitus, dont elle détermine clairement le sens et la portée, en même temps quelle condamne énergiquement l'appel.
Dans la bulle Pastoralis , le Pape, après avoir rendu
compte de ses efforts pour ramener les opiniâtres et en particulier les èvéques opposants, et de l'inutilité de ses efforts, s'exprimait ainsi : «Mais afin qu'on ne séduise » plus le peuple chrétien par de vains discours, nous » avons cru nécessaire de vous avenir que c'est fausse- » ment et non sans un levain de malice, que ces hommes » se glorifient d'être d'accord avec nous sur le dogme, » tandis que, à l'exemple des hérétiques, ils ont la har- » diessede s'élever contre notre Constitution, oubliant tout » le respect qui lui est dû, et de la déchirer malignement, » non -seulement par des interprétations contraires à la » substance des termes, mais encore par des calomnies » évidentes. » On ne pouvait donc plus se servir de cette excuse frivole que la constitution Unigenitus n'avait pas un caractère dogmatique.
» Ceux-là ne sont pas moins coupables qui font sem- » blant de n'être pis opposés à la Constitution, mais seu- » lement de demander des explications sur des choses » très-claires à tous les autres, cherchant par là moins » à s'instruire qu'à tendre des pièges.
» Que tous ceux donc, conclut-il, qui, dans l'étendue de » l'Église , font gloire d'être catholiques, sachent que » nous ne regardons pas comme des enfants de l'Eglise » romaine ceux qui ont refusé jusqu'à présent, ou qui re~ » fuseraient dans la suite de rendre à notre Constitution » V entière obéissance qu'ils lui doivent, à quelque dignité » qu'ils appartiennent, et que, puisqu'ils se sont les pre- » raiers séparés de nous et de la sainte Église romaine, si- » non par des paroles, du moins par des marques ruulli- » pliées de l'endurcissement et de l'obstination de leurs » cœurs, nous les regardons comme tout-à-fait séparés de » nous et de notre charité, cl de celle de la sainte Église » romaine \ que, par conséquent, désormais ils n'auront » plus, ni avec nous, ni avec la sainte Église romaine, au- » cune communion ecclésiastique. »
Cette excommunication devait subsister jusqu'à ce que les réfraotaires, ayant donné des preuves de leur parfait
retour à l'obéissance, eussent mérité d'être rétablis par le Siège apostolique dans les droits de l'unité. ]]
Le Pontife en envoyant celte bulle au régent, l'accompagnait d'un bref affectueux, où, rappelant avec adresse les efforts que le prince avait déjà faits pour amener la paix de l'Eglise, et lui représentant quelle avait été jus* qu'ici l'inutilité de tous les moyens qui avaient été employés, il lut représentait qu'il avait été dans la nécessité d'élever la voix; et il lui demandait avec instance son appui, afin de triompher de l'opiniâtreté des opposants.
Ce langage, clair et plein de fermeté, révolta ceux qu'il concernait. On ne doit donc pas être étonné que, dans l'effervescence où se trouvaient alors les esprits, on vit se renouveler les scènes de l'année précédente. Le cardinal dé Nnailles publia alors l'appel qu'il avait fait l'année précédente de la bulle Unigenitus. Dans les premiers jours de 1719, il fit paraître, sous le titre de Première et Se* conde Instruction pastorale, un écrit considérable destiné à développer le déplorable système sur lequel il appuyait sa résistance.
Nous allons voir toutefois bientôt ce prélat essayer d'autres voies : sa conduite offrira bien des phases, et se terminera enfin par une entière soumission. Mais en attendant, le chapitre métropolitain adhéra à l'appel du cardinal, ainsi qu'une multitude de curés et de communautés, etc. Les évéques opposants renouvelèrent également leurs actes.
[[ — Le 5 octobre. Appel de l'CJmversite. Malgré l'espèce de fatigue que peut occasionner aux lecteurs la répétition de ces actes déplorables, nous nous arrêterons un instant sur l'appel que fit alors l'Université de Paris, parce qu'il sert à rappeler l'organisation de ce grand corps, et parce que des noms célèbres se trouvent mêlés dans cette affaire. Nous avons vu précédemment l'appel de la Faculté de théologie de Paris, le 5 mars 1717. La Faculté des Arts avait, peu de jours après, résolu d'y adhérer, lorsque survint un ordre du Régent, qui défendait de passer outre, lia Faculté des Arts était composée entièrement
de principaux de collèges, professeurs de grammaire, de littérature, et tout an plus de philosophie, presque tous simples laïques , que cette affaire ne concernait guère. Mais cette même Faculté, étant depuis longtemps en possession du rectorat de l'Université, quoique ce titre n'eût alors qu'une bien faible autorité, ne devait pas être fâchée de faire voir son importance.
Le recteur de l'Université alors en exercice, Michel Godeau, ayant donc convoqué le corps entier dans Tas» semblée ordinaire, qui se tenait au collège des Gholets, le 1er octobre, une députation de seize membres de la Faculté de théologie, la fleur et la force de la sainte Faculté, est-il dit dans le rapport {flos et robur sacras Facultatis)y ayant à sa tête le docteur Héduin, curé des Saints-Innocents et syndic de cette année, vint assurer l'Université que cette Faculté n'avait rien de plus à cœur que de voir l'appel adopté et publié au nom du corps entier.
Gaspard Bré, antécesseur (l), et doyen de la très-prudente Faculté de droit (consultissimœ jurium Facultatis), vint lire le rapport du syndic, Claude-Joseph deFerrières, qui aboutissait aux mêmes conclusions (2). Chacun sait que, depuis longtemps, la Faculté de droit était toute sécularisée : les professeurs eux-mêmes n'étaient pas astreints au célibat.
On ne s'étonnera point après cela qu'Amand Douté, médecin de la duchesse de Berry et doyen de la très-salutaire Faculté de médecine (saluberrimœ Facultatis), vînt déclarer qu'après une mûre délibération, les docteurs de la Compagnie avaient été d'avis qu'il fallait appeler au concile général (censuit saluberrinius Or do appellandwn esse ad concilium générale).
Charles Rollin, ancien recteur de l'Université, professeur d'éloquence au collège Royal, et procureur de
(1) Les professeurs de l'école de droit avaient emprantè le titre d'antêtisseurs au droit romain. Voyei la préface placée par Justinien en tête des Pandectes.
(2) Claude-Joseph de Ferrières est connu par un Dictionnaire de Droit, t vol. in-4".
l'honorable nation de France (honorandœ Gallorum natioms), vint lire les conclusions qui avaient été arrêtées, sur son avis, dans une assemblée de sa Compagnie tenue aux Mathurins. (La Faculté des Arts, qui était la plus nombreuse de toutes, et qui comptait un très-grand nombre de collèges, était divisée en quatre nations.) Le » monde entier, disait Rollin, avait les yeux tournés sur » l'Université de Paris, regardée à la fois comme la mère » de la science et de la piété. Personne ne doutait qu'elle » n'apportât un secours à l'Église dans le danger extrême » où elle était placée. L'Université de Paris n'avait-elle » pas été établie pour servir de rempart invincible à la » foi, à la vérité et à la religion, pour être le plus sur ga- » rant de la discipline, des mœurs, des libertés de l'Église r> gallicane et des droits du royaume, pour veiller à la » sécurité de nos rois (toutes choses que mettait en péril la » constitution Unigenitus)^ et enfin pour opposer comme » un mur d'airain l'autorité de la vénérable antiquité aux S) pernicieuses nouveautés des ultramontains, etc. (l)? » Levasseur , professeur au collège de Beau vais et procureur de la très-fidèle nation picarde (Jîdelissimœ Picardorum nationis)\ Roussel, procureur de la respectable nation normande (venerandœNormannorumnaliomsy.Xnthoine, procureur de la très- constante nation allemande (constantissimœ Gemianorum nationis) , vinrent faire des
(1) « Addidit conversos esse omnium oculos in almam pietatis pariter et » scientiarum parentem Academiam; nec dubitari quin i lia, pro suo constant! » etperpetuo tuendae reritatis studio, laboranti Ecclesiae, et in summum discri- » men adducts, salutiferam sit opein allatura. Jdeo prsecipue fundatam esse » universitatem Parisiensem, ut esset veluli arx invicta fidei, veritatis, etreli- » gionis; ut esset firmissimumlutanien disciplinai moruiu, libcrlatum Ecclesiae » Gallicans, jurium regni ; ut sucre regumsuorum personne securitati invigi- » laret; quse omnia in extremum discrimen constitutione Unigenilus adducun- »tur; ut denique adversus perniciosas ultrajnontanarum opinionum novi- • tates, sacram verendae antiquitati* aucloritatem, velut murum œreum, op- » ponerct.» Jetés et Exposition des motifs de l'appel, interjetés par l'Université de Paris. Nous avons cède à la tentation de citer ce morceau, qui montre comment des bommes graves peuvent se faire illusion, avec des mots sonores et de belles périodes. Éditeur.
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déclarations du même genre, et en même temps chaque compagnie protestait de sou fidèle attachement au Saint* Siège» de son obéissance canonique au Pape, de son zèle pour l'unité, etc.
Le recteur, ayant recueilli tous les suffrages» observa que l'acte d'appel se ferait plus convenablement dans une procession solennelle qui devait réunir l'Université aux Maihurins le ro octobre; et, en effet, la chose y fut remise en délibération ; les quatre Facultés vinrent y renouveler leurs protestations. Maître Charles Rollin commençait à parler de nouveau au nom de l'honorable nation de France, lorsqu'il fut interrompu par une acclamation universelle qui s'éleva de toutes les parties de la salle pour demander que, sans délai, on confirmât l'appel, tant au nom de la célèbre Faculté des Arts (prœclarœ) qu'au nom de toutes les autres. C'est pourquoi le Becteur (amplissU mus reçtor) prononça solennellement que, plaçant sous la protection de Dieu et du concile général sa personne, les maires, les professeurs, les docteurs, les licenciés, les bacheliers, les écoliers et les officiers de l'Université, il ap" pelait de la bulle Unigenitus, et demandait instanter, mstan* tius, instanlissime les lettres dites Apostolos (1).
Quelques jours après, Charles Coflin (2), élu recteur de l'Université, inaugura son enUve en charge par un discours cicéronien, ou il relevait, en termes pompeux, ce qui s'était fait le 5 octobre ; et signa le Mémoire par lequel l'Université expliquait sa conduite, pièce travaillée
(1) t Magistcr Carolus Rollin, procuratbr honoranda? Galloram nationis, » nunquam potuit absolvcre dicendo scnlcnliam, ila data est ex omnibus » angulis, ex omoi loco, vox omnium ad iinum Magistrbrum, tam Prtecla- » roe Artium facultatif quam aliarum, acclamantium : Appellamus! appella- » mus! Ergo Rcctor Amplissimus, in tain manifesta tàmq'ie confirma ta om- » nium Acadetnicorum volnntate; neque enim «nus quisqoam inventus est, * qui aliter sentirc se innucret, resuinptis suflragiis, sic pronuntiavit. *{Acll et expression des motifs de l'appel de V Université.
(2) Charles Coffin, le disciple chéri de Rollin, après que celnt-^ci eut été nommé professeur d'éloqu«-nce au collège royal, lui succéda dans la charge de principal du collège de Beauvais, et soutint la réputation de cette maison.
ANiNÉE iTi8.
avec un grand soin, comme le dit Coi Un, mais où l'esprit de secle perce de toutes parts. ]
La magistrature se signala à son tour \ beaucoup de conseillersvoulaient que le parlement en corps appelât au futui* concile; mais on jugea qu'il était, sinon plus efficace, du moins plus conforme aux usages de la cour d'appeler comme dabus ; et en effet, le parlement de Paris reçut le procureur général appelant comme d'abus de la bulle. Plusieurs autres parlements de province firent de même, et à Aix, un avocat-général se signala par un réquisitoire, où il appliquait, sans façon, au Pape ces paroles : « Quand m vous croyez pouvoir séparer tout le monde de votre » communion, c'est vous qui vous séparez de la commu- » n ion de tout le moude ! » Comme si tout le monde eut été appelant.
De celte disposition de la magistrature résultèrent de nouvelles vexations. Les évëques français fidèlement unis au chef de l'Église, sans citer textuellement les lettres Pastoralis, donnèrent en grand nombre des Mandements, où ils ordonnaient de se soumettre à Ja bulle Unigenitus, « comme à un jugement dogmatique de l'Eglise universelle» ' dont tout appel était nul, frivole, illusoire, téméraire, scandaleux, injurieux au Saint-Siège et au corps cpiscopal, contraire à l'autorité de l'Église, schismatique, et tendant à renouveler et à fomenter des erreurs condamnées. » Quaraule-buit évêques français s'expliquèrent en ce sens; et quelques autres ne donnèrent pas, à la vérité, des Mandements, mais se contentèrent de manifester leurs dispositions par leur conduite. Les tribunaux se montrèrent encore en cette occasion . Plusieurs de ces Mandements contre l'appel furent supprimés. En vain le Eégent écrivit, le 25 octobre, deux circulaires, l'une aux évéques, l'autre aux parlements. Il recommandait dans celle-ci de soutenir les premiers pasteurs contre les membres révoltés de leur clergé. Mais déjà se mîiuifestaient, dans quelques cours supérieures, ces dispositions hostiles contre les evéques, cet esprit d'envahissement sur leur autorité, et cette fa-
veur marquée pour les opposants, dout nous ne trouverons que trop de preuves.
Ce n'était pourtant plus une chose douteuse, que tous les évéques, dans les différentes parties de la catholicité, regardaient la Constitution Unigenitus comme une décision de l'Église universelle, et l'appel comme un acte illégitime et nul. Avant que la Constitution eût paru, Quesnel avait dit, dans sa Tradition de V Église romaine, que « le silence des autres églises, quand il n'y aurait rien de » plus, doit tenir lieu d'un consentement général, lequel, » joint au jugement du Saint-Siège, forme une décision » qu'il n'est pas permis de ne pas suivre. » Il avait dit ailleurs : c On assure que la bulle a été reçue partout. » Mais qu'ils en donnent des preuves ; et pour leur épar- » gner une partie de la peine, on les dispense du soin d'en » faire venir les attestations d'Asie et d'Amérique. Pourvu » qu'ils nous en donnent de toutes les églises d'Europe, » on les tiendra quittes du reste. » Tel était le défi deQuesnel. Il fut bientôt accepté. On pria les évéques étrangers d'expliquer hautement leurs sentiments par rapport à la bulle. Aussitôt les prélulsdes plus grands sièges envoyèrent des témoignages de leur adhésion à ce jugement et de leur éloignement pour l'appel.
En Italie, le patriarche de Venise et les archevêques de Bologne, de Gênes, de Milan, de Ravenne, de Floreuce, de Pise, de Sienne, de Naples, de Bénévent, de Palerme, de Messine et de Cagliari attestèrent que la Constitution était reçue partout dans leurs métropoles et chez leurs suffraganls.
En Allemagne, les trois archevêques-électeurs, l'archevêque de Sa h z bourg et celui de Prague, les évéques de Bàle, de Liège, d'Hildesheim, de Ratisbonne, de Spire, de Wurtzbourg, de Paderborn, d'Osnabruck et de Munster assurèrent qu'elle était connue et observée dans leurs diocèses. Le cardinal de Saxe, archevêque de Strigonie et primat de Hongrie, manda que, dans ce royaume, il n'y avait pas de réfraclaires.
En Pologne, les archevêques de Gnesne et de Léopol, et îes évêques de Cracovie, de Posen et de Lucko, adhéraient à ce jugement. Les archevêques de Raguse, de Zara et de Spalatro, en Dalmatie, cerliûèrent qu'eux et leurs suffragants le révéraient.
En Espagne, les inquisiteurs, les archevêques de Sarragosse, de Burgos, de Grenade, de Tolède et de Séville, et les évêqucs d'Avila, de Ségovie, de Siguenza, de Taragona et de Badajoz s'empressèrent de montrer la conformité de leurs sentiments avec ceux de tant d'évêques. Les efforts de Ravechet, ce fougueux syndic de la Faculté de Théologie de Paris, dont nous avons parlé sous 1717, auprès des prélats et des universités de ce royaume, pour les engager à appeler, ne servirent qu'à prouver combien l'Église d'Espagne était éloignée de prendre part à un pareil acte, et n'attirèrent au docteur que de justes reproches.
Le cardinal d'Acunha, grand inquisiteur de Portugal, et le patriarche occidental de Lisbonne rendirent compte des dispositions des évêques de ce pays. Elles étaient les mêmes qu'eu Espagne.
Les évêques de Sion et de Lausanne s'exprimèrent contre l'appel dans les termes les plus forts. En Piémont, le vicaire-général du Saint-Olfice, l'évêque de Mondovi et différents particuliers apprirent qu'on n'y avait pas d'autre manière de penser. L'évêque de Genève accepta la bulle dans son synode.
Trois évêques remplissant les fonctions de vicaire apostolique en Angleterre, envoyèrent leurs assurances d'adhésion.
Les évêques des Pays-Bas n'avaient pas attendu, pour se déclarer, qu'on le leur demandât. Placés dans des contrées où était née la nouvelle doctrine, et où elle avait aussi ses partisans, ils avaient aussi à lutter contre l'erreur. Dès 1714, les évêques de Namur, de Gand, de Ruremonde, d'Anvers et de Tournai, et les grands-vicaires de Malines, de Bruges et d'Ypres, dont les sièges étaient vacants, avaient donné des Mandements pour faire publier
el recevoir la Constitution. Le 17 octobre 1718, M. d'Alsace de Bossu, devenu archevêque de Malines, publia une lettre pastorale, où il déclarait ne point reconnaître les opposants pour de vrais enfants de l'Eglise, mais pour des rebelles, avec qui il ne voulait plus conserver aucun lien. Le prélat fit plus : le curé de son église métropolitaine, Van-Rosz, était connu par sa résistance à la bulle; il fut çité à comparaître devant l'archevêque, et, malgré les réclamations du curé auprès du conseil souverain du Brabant, malgré une consultation donnée en sa faveur par les docteurs Van-Espen et Bauvers, malgré les mémoires des avocats, il fut déclaré suspens de toutes fonctions ecclésiastiques et pastorales jusqu'à ce qu'il eût reçu la bulle, et la sentence reçut son exécution.
Le 23 novembre suivant, le même prélat, ciuq autres évéques, et le vicaire apostolique de Bois-lcDuc, écrivirent au Pape pour l'assurer de leur soumission. Les Facultés de théologie de Douai, de Louvain et de Cologne, les Universités de Pont-à- Mousson et de Coi mbre, donnèrent sur ce point les déclarations les plus précises.
Cette nuée de témoignages ne laissait, ce semble, aux opposants d'autre parti que celui de l'obéissance. Sur quel prétexte étnyer encore leur indocilité? Mais, vaincus par l'autorité comme par le raisonnement, ils eurent recours à des subtilités frivoles. Ils disputèrent sur les motifs de l'acceptation des évéques, comme si ces motifs, quels qu'ils fussent, pouvaient être de quelque considération pour atténuer l'autorité des premiers pasteurs, et comme si un pareil subterfuge n'allait pas jusqu'à renverser les décisions même des conciles généraux. Quelques-uns des appelants étaient pourtant effrayés de leur solitude. On trouve, à ce sujet, dans le Journal déjà cité de l'abbé Dorsanne, des aveux assez naïfs. Il se plaint du peu de fruit qu'avaient fait les appels de plusieurs évéques (l). « M. de » Boulogne, dit-il, avait presque tout son diocèse contre
(1) Journal de l'abbé Dorsanne, octobre 1710.
» lui. M. de Montpellier avait soulevé le sien dès le com- » mencement. M. de Verdun n'était ni aimé ni estimé » chez lui. MM. de Melz et d'Arras avaient un clergé qui » regardait l'appel au futur concile comme une hérésie, » et s'ils eussent appelé, ils auraient pu voir une grande » partie de leurs diocèses se séparer d'eux. M. de Mire* » poix, quoique ancien dans son siège, quoique instruit, » n'avait pu y provoquer un seul appel. M. de Pamiers » était contredit par tout son diocèse. M. de Châlons trouh vait d'assez bonnes dispositions , mais un procès qu'il » avait entrepris avait soulevé toute la ville contre lui. » Plus que tout cela, aucun évéque étranger ne présen- » tait la main aux appelants. » Plus bas, on lit encore (l): « Bien loin de voir croître le nombre des appelants, on le » voyait diminuer. MM. de Condom et d'Àgen désiraient » avec empressement la fin des contestations. MM. de » Tréguier et d'Arras souffraient de voir leurs diocèses u presque entièrement opposés au parti qu'ils avaient pris. » MM. de Mirepoix et de Pamiers n'avaient pas un seul m appelant. » On voit, par ces aveux d'un des plus chauds opposants, que le parti de l'appel n'était pas aussi fort que quelquefois on voulait bien le faire croire. Les clameurs pouvaient bien lui donner l'apparence d'une multitude; mais en comptant les rangs, on s'apercevait qu'il n'y avait là qu'une poignée de brouillons. Dans les temps de troubles, les factieux semblent former le plus grand nombre, parce qu'ils se mettent en avant et qu'ils excitent beaucoup de bruit, tandis que les gens sages et paisibles se tiennent à l'écart et se taisent.
— Le 1er octobre. Albert Romëro , Jésuite, et douze Indiens soht massacres par les Zamucos , peuplade de l'Amérique méridionale. Le généreux missionnaire reçut celte récompense du zèle avec lequel il s'efforçait d'attirer ces sauvages à la religion chrétienne. Ses néopbites furent immolés avec lui. Dans le même temps, plusieurs
{i)lbld.t juin 17*0.
autres missionnaires furent victimes de leur zèle à évangéliser les différentes tribus indiennes qui habitent le Paraguai. Le P. Barthelemi de Blende, Jésuite flamand, fut mis à mort par les^Payaguas. Le P. Joseph de Arce, qui avait prêché longtemps la foi chez les Chiquites, essuya le même traitement. Biaise de Sylva et Joseph Maco, de la même Société , périrent aussi avec trente néophites indiens. C'est ainsi que ces hommes courageux scellaient leur prédication de leur sang, et répondaient par des travaux assidus, par un zèle infatigable, et enfin par le martyre aux vains reproches de leurs détracteurs. [[Aussitôt que des apôtres étaient tombés sous le fer, d'autres membres de la même Société venaient affronter les mêmes dangers. C'est ainsi que presque immédiatement après la mort de Romero, on vit les pères d'Agnilar et Castanères se présenter chez les mêmes Zamucos et les gagner par leur douceur; ils finirent par les amener à la réductiou de S. Raphaël (du Paraguai). Ces admirables exemples se sont renouvelés cent fois(l)]].
— Les 25 et 26 janvier. Rétractation de cinq habitants de Velletri accusés d'athéisme. Sylvestre Legui et Jules Legui, son fils, Jean Vecchioli, Bonaventure Arrigoni et Bernardin Salviati donnaient dans de grands égarements de doctrine et de conduite. Ils niaient l'existence de Dieu, l'immortalité de lame, le paradis et l'enfer, blasphémaient contre Jésus- Christ, et se rendaient de plus coupables d'horribles désordres. Arrêtés, ils avouèrent leurs crimes et les délestèrent publiquement devant l'inquisi-
(1) Voyex l'Histoire de la Compagnie de Jésus, par Crêtineaa-Joly, t. îv, c. k. Editeur.
tion romaine. Ils firent leur abjuration dans l'église de Sainte-Marie de la Minerve, en présence d'une nombreuse assemblée. Ce dernier et Legui le père prononcèrent leur abjuration le 25 janvier, et les autres le lendemain. Le P. Graveson, qui rapporte ce fait dans son histoire ecclésiastique , dit que la lecture de leurs impiétés, que Ton fit publiquement, faisait frémir. Ils furent relevés de l'excommunication par le P. Lucini, commissaire du Saint- Office, et depuis cardinal.
Le 1er décembre 1718, le Pape, dans une congrégation de l'Inquisition, avait condamné les deux Legui à une prison perpétuelle, après avoir fait abjuration $ Arrigon et Salviati à dix ans de détention, et Vecchioli à sept.
— Le 4 mai. Jugement rendu a Rome contre l'évêque d'Oviedo. Les égarements de Molinos dans le siècle précédent, et Téclat qu'avait eu en France l'affaire du quiétisme, rendaient naturellement l'Église plus vigilante sur tout ce qui pouvait réveiller de fâcheuses querelles. Dans le procès que l'inquisition d'Espagne fit à quelques personnes accusées des erreurs de Molinos, se trouva princi- , paiement compromis Joseph Fernandez de Tozo, évêque d'Oviedo, et auparavant inquisiteur de Murcie. Son affaire fut d'abord instruite en espagnol en 1709; puis on envoya les pièces du procès à Rome, et l'évêque y fut traduit lui-même, et mis au château Saint-Ange le 9 juillet 1716. N'étant encore qu'inquisiteur, M. de Tozo dirigeait plusieurs personnes, nommément une jeune fille nommée Augustine Navarro, qu'il disait être spécialement éclairée de Dieu. Mais on acquit bientôt la certitude que le directeur entretenait sa pénitente dans l'illusion. Lui-même avoua beaucoup de choses à l'archevêque de Sarragosse, inquisiteur d'Espagne, et les dépositions des témoins aggravèrent les charges qui pesaient sur lui. On cita dans l'instruction un grand nombre de propositions, les unes impies, les autres hérétiques, scandaleuses, absurdes, renouvelées de Molinos, etc. L'évêque deroaudaà être jugé à Rome.
Cet e affaire y fut instruite avec une grande maturité. Le 27 avril*1719, les consulteurs donnèrent leurs votes; et le 4 mai suivant, le Pape, après avoir ouï l'avis de huit cardinaux, jugea que J.-F. de Tozo devait être déclaré hérétique formel, et que comme tel il avait encouru les peines et censures portées par les canons. Il le condamna donc à faire abjuration , le déclara suspens h perpétuité de l'exercice de ses ordres et de l'administration du sacrement de pénitence, lui enjoignit de s'abstenir entièrement de la direction des consciences, le déclara privé de son siège et de tous autres bénéfices, incapable d'en posséder d'autres, et même tenu h la restitution des fruits non consommés, lui réservant une pension alimentaire sur les revenus de l'cvcché. Enfin , Clément XI décida que le coupable serait mis dans un monastère hors de l'Espagne, pour y faire pénitence sous la direction d'un religieux pieux et éclairé. Le 27 juillet, on lui notifia sa sentence*, on l'amena du château Saint-Ange dans le palais, où, en présence du Pape et des cardinaux, il fit abjuration à genoux, avoua ses fautes en sanglotant, et demeura longtemps prosterné. Le Pape fut touché de son repentir. Il instruisit le roi d'Espagne de l'issue de celte affaire. Un autre évéque fut nommé a Oviedo. En 1740, M. de Tozo fut transféré du château Saint-Ange dans le monastère des chanoines réguliers, dit de Saint-Pierreaux-Liens, qui devait lui servir de prison. En 1722, il demanda qu'il lui fut permis de dire la messe; ce qui lui fut refusé. L'année suivante, on lui permit de sortir du couvent, mais toujours accompagné d'un ecclésiastique. En 1724, il se retira à Albano; et en 1725, il eut la liberté de revenir à Rome. En 1728, il présenta requête à Benoît XIII , pour demander à être affranchi de toutes les peines portées par Sa Sainteté, sans cependant vouloir rentrer dans son évêché ni faire les fonctions épiscopales. Le Pape, ayant égard à son âge, à sa conduite, à sa longue pénitence, lui accorda de résider où il voudrait.
*»- Le 0 juillet. Le Regeht fait biffée plusieurs cok-
cursioirs de Là Faculté de théologie. Ce corps ne gardait plus de mesures. Au commencement de cette année 51 avait donne de nouvelles preuves de l'esprit qui dirigeait ses démarches. La Faculté appelante de Caen avait envoyé à celle de Paris son acte d'appel, dans lequel elle disait nettement que l'opinion de l'infaillibilité du Pape est erronée. On n'avait pas encore été jusque-là en France: elles plus ardents antagonistes de l'infaillibilité s'étaient contentés de la combattre, sans donner h ce sentiment une qualification qui tendait à rendre hérétiques les trois quarts du monde catholique. Néanmoins la Faculté de Paris applaudit à la décision des docteurs de Caen , et rendit, le 19 janvier, un décret portant qu'il est erroné de soutenir le Pape infaillible. Le docteur Tamponnet , ayant formé opposition, fut déclaré exclu et déchu du doctorat.
Peu après, la Faculté reçut dans son sein , et rétablit dnns tous ses droits, Pelitpied, ce signataire obstiné du Cas de conscience, réfugié en Hollande depuis 1705, et ui n'était revenu en France que pour donner au village 'Àsnières, auprès de Paris, l'exemple d'innovations scandaleuses dans les cérémonies ecclésiastiques et même dans la célébration de la messe.
En effet , sous prétexte de rétablir les pratiques de l'ancienne liturgie , Petitpied, de concert avec le curé d'As* nières, avait introduit beaucoup de ces pratiques auxquelles à cette même époque les réfugiés jansénistes de Hollande commençaient à s'attacher. La messe ne devait être célébrée que les dimanches et fêtes, ou pour une cause publique. Hors le temps du sacrifice, l'autel devait toujours être dépouillé, comme on le fait après l'office du jeudi-saint. Au moment qu'on allait dire la messe, on couvrait l'autel d'une seule nappe j on n'y mettait ni croix ni cierges; mais le prêtre marchant à l'autel, se faisait précéder d'une grande croix , la même qui était portée aux processions, et la seule qui fût dans l'église. Arrive au bas de l'autel, le célébrant disait l'Introït, auquel le
peuple répondait à voix haute; puis, au moment où il aurait dû monter à l'autel, il allait s'asseoir du coté de Tépître. La il récitait les oraisons, et il entonnait le Gloria et le Credo ; mais il ne récitait aucune des parties que le chœurchantait, ni même répîlrc et l'évangile, qui étaient chantés par le sous-diacre et le diacre. Le paiu et le vin destinés au sacrifice étaient apportés à l'autel avec les offrandes du peuple et les prémices de la saison qu'on laissait sur l'autel. Le diacre tenant le calice, conjointement avec le prêtre, récitait avec lui à voix haute les paroles de l'Offertoire, comme représentant des peuples chrétiens. Les signes de croix qui, avant le Pater, sont faits sur la sainte hostie , étaient étendus aux oblations des fruits et légumes placés sur l'autel. A la communion des laïques, le prêtre ne faisait aucune des prières qui doivent l'accompagner. Il y avait encore des cérémonies plus étranges à certains jours; et, en particulier, le jour du jeudi-saint une sorte de Cène où Ton voyait une espèce de diaconesse réciter l'évangile en français, etc., etc. (i). A la fin , toutes ces innovations excitèrent tant de rumeurs, que le Régent crut devoir expulser Petitpied ; mais il fut accueilli par M. de Lorraine, évêque de Bayeux.
Le régent avait cru arrêter les écarts de la Faculté, en lui rappelant la déclaration du 5 juin, qui prescrivait le silence, et qu'il lui envoya, avec un ordre de suivre les auciens statuts sur la signature du formulaire, que Ton n'exigeait pius(2). Mais Tordre ne fut pas plus observé que la déclaration. On soutint des thèses contre la bulle et en faveur de l'appel. Le 1er juillet, on confirma le rétablisse*
(1) Ces détails sont tirés de V Histoire de la Constitution Unigeuitus, par La (i tau, évêque de Sisteron, qui dit avoir été témoin oculaire de plusieurs des innovations introduites à Asnières. Editeur.
(2) Le Régent avait, dans l'année précédente, laissé rompre le silence, depuis la publication de la bulle Pastoralis ; et c'est ce qui donna lieu aux éclats que nous avons vu suivre; mais l'abus était si sensible, qu'il essaya de prescrire de nouveau le silence, selon la déclaration du 5 juin 1819. EdlU
ANNÉE 1719. f>7
ment de Petilpied, malgré l'exil dont le gouvernement venait de punir les incartades de ce docteur. Ce nouveau trait parut au régent un mépris affecté de son autorité. Il ordonna aux doyen, syndic et greffier, de se rendre chez le garde des sceaux avec le registre des délibérations, et là on raya, en leur présence, les conclusions sur I infaillibilité du Pape, sur le docteur Taraponnet et sur Petitpied. On leur recommanda d'être plus circonspects à l'avenir, et on inscrivit sur leurs registres la déclaration du 5 juin, et la lettre qu'ils avaient refusé de recevoir.
Le parlement de Paris ne montrait pas plus de modération : vers le même temps, il condamna au feu des lettres de M. de Mailly, archevêque de Reims, et de M. Joseph Languet, évêque de Soissons, parce qu'on y déclarait que la constitution était une règle de foi obligatoire-, éclat auquel on n'était pas encore accoutumé, et qui fut blâmé des plus sages. Quelle flétrissure serait réservée aux libelles, si l'on traitait ainsi les écrits des évêques?
— Le 5 décembre. Disgrâce du cardinal Alberoni, premier ministre do roi d'Espagne. Jules Alberoni, né à Plaisance, en 1664, d'abord chanoine de la cathédrale de Plaisance, s'était insinué dans les bonnes grâces du duc de Vendôme, général des armées françaises en Italie , qui l'emmena ensuite en Espagne. Adroit et habile, il eut occasion de rendre quelques services à la cause de Philippe V, et contribua au mariage de ce prince avec Elisabeth Farnèse. La nouvelle reine, arrivée en Espagne, lui donna sa confiance et le fit entrer dans le conseil. Alberoni fit disgrâcier la princesse des Ursins et le cardinal del Giudice qui avaient de l'influence à la cour de Madrid. La reine voulait le faire cardinal, mais la froideur constante, que Philippe V montrait depuis huit ans à l'égard du Pape, était un obstacle. Alberoni négocia un rapprochement. Le nonce apostolique rentra dans tous ses droits j son tribunal fut rétabli ; on leva la défense faite en Espagne d'entretenir aucun rapport avec la cour de Rome. On rendit à la chambre apostolique les droits dits des dé-
58 ANNftE 17lî>
poullles et les revenus des églises vacantes qu'elle était dans 'l'usage de percevoir. Enfin, tout fut remis dans le même état qu'avant les brouîlleries.
Le Pape ne put qu'être sensible a la bonne volonté qu'avait montrée Àlbcroni dans cette circonstance. Il lut savait gré, en outre, d'avoir envoyé, l'année précédente, des bâtiments de guerre au secours des Vénitiens contre les Turcs -, de plus, au moment même, on préparait à Cadix une nouvelle flotte qui semblait avoir la même destination. Le Pape céda donc aux instances de la cour de Madrid. Dans le consistoire du 12 juillet 1717, il rappela les services d'Alberoni, et il le déclara cardinal. Presque en même temps, Philippe V le nommait premier ministre et grand d'Espagne.
Déjà la flotte espagnole était partie de Cadix; mais au lieu d'aller rejoindre la flotte chrétienne h Corfou ou sur les côtes de la Grèce, elle s'arrêta en Sardaigne, fie qui, d'après les derniers traités, appartenait à l'empereur. Elle y débarqua des troupes qui en eurent aisément fait la conquête.
Au premier bruit de cette agression inattendue, Clément XI adressa, le 24 août, à Philippe V un bref plein des représentations les plus fortes. Précédemment, dans un bref du 8 octobre 1714, il avait vivement sollicité ce prince de s'abstenir , pendant la guerre contre les Turcs, de toute hostilité contre les domaines de l'empereur en Italie, afin que celui-ci put faire usage de toutes ses forces pour repousser les infidèles, et qu'il n'eût pas la crainte d'être inquiété d'un autre côté. Dans le bref du 24 août, il ne pouvait croire encore que le prince eût consenti à tourner ainsi contre des Chrétiens des forces qui étaient demandées et préparées contre les infidèles. Il était, en effet, bien peu généreux de profiter de l'embarras de l'empereur, alors occupé à la guerre contre les Turcs, pour allerattaquer unedeses possessions. Aussi Charles VI cria à la perfidie. 11 se plaignait d'Alberoni, que tout le monde accusait de cette brusque entre*
prise. Il pana même croire d'abord que Clémeifi Xï pouvait être de connivence dans ce projet* quoique le zèle du Pontife à exciter les princes chrétiens à s'unir contre les Turcs eut dû montrer l'invraisemblance d'une telle imputation. Toutefois, ce fut sans doute d'après ce soupçon que, le 29 novembre 1717, l'archevêque de Thessalonique, nonce à Naples, eut ordre de sortir de la ville et du diocèse dans les vingt-quatre heures, et du royaume dans les deux jours suivants. On annonça en même temps qu'il n'y aurait plus, à Naples, ni nonce ni tribunal de la nonciature. On ordonna de mettre en séquestre les revenus des bénéfices à mesure qu'ils vaqueraient, et on supprima le tribunal de la fabrique de Saint-Pierre établi dans leroyaume. Mais on put s'apercevoir alors que ces mesures hostiles provoquées par des esprits ardents n'avaient pas l'assentiment de l'opinion. Le nonce, dit Reboulet, reçut, en partant, toute sorte de témoignages d'honneur et de respect, tant des évêques que de la noblesse et du peuple.
Le Pape se plaignit de ces procédés au comte de Gallas, ambassadeur de l'empereur à Rome ; il en écrivit le 21 décembre à l'empereur lui-même, et chargea son nonce à V ienne de le calmer (l). Le Pontife adressa encore sur le même sujet des brefs au prince Eugène de Savoie, qui commandait les armées impériales, et au Père Tonneman, Jésuite, confesseur de l'empereur. Il témoigna de la manière la plus expresse combien il blâmait l'expédition de Sardaigne. il retira l'autorisation qu'il avait accordée au roi d'Espagne de percevoir quelques revenus des biens d'églises, comme divers subsides, pris sur les biens ecclésiasiique6, ou provenant des taxes appelées de la Croisade (cruciada), elc., pensant avec raison que c'était faire un indigne usage de ces biens que de s'en servir pour %Ji-
(1) Dans la vie de Clément XI, qui se trouve dans le Supplément à l'His~ toire Ecclésiastique de Noël Alexandre, Bassano, 1778 chei Remondinî, il est dit tome 11, pnge 84, que l'empereur renvoya aussi le nonce de Vienne. C'est une ermir, comme le prouve le bref du 21 décembre. 1* nonce George Spinoh, archevêque de Césarcc, ne quitta point Vienne. Il lut fait cardinal *n 171».
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menter latguerre contre les chrétiens. Alberoni s'était fait nommer, en novembre 1717, à l'évéché de Malaga, et fut préconisé en cette qualité à Rome, le 6 décembre; mais il se fit nommer le 16 décembre au riche archevêché de Séville. Le Pape, déjà mécontent d'Alberoni, le fut surtout de cet empressement à accumuler les dignités de l'Eglise. Les bulles pour Malaga ne furent point expédiées ; et le Pape refusa d'accorder celles pour Séville. La cour d'Espagne fut très- blessée de ces actes du Pontife ; et on peut douter qu'Alberoni ait cherché h la calmer. Elle ne voulut plus reconnaître le nonce, Pompée Aldovandi, défendit aux minisires d'avoir aucun rapport avec lui, et rappela les agents espagnols qui étaient à Rome. Le nonce, se voyant sans fonctions, et craignant quelque voie de fait, partit de Madrid sans prendre congé et se rendit en Italie. Le Pape n'approuva point qu'il eût ainsi quitté son poste sans ordre, et lui fit dire d'aller à Bologne, sa patrie, et d'y rester.
L'empereur ne pouvait plus douter des intentions de Clément XI : il révoqua ses ordres de novembre 1717, et autorisa le nonce à retourner à Naples. Le nonce rentra, en effet, dans le royaume en juin 1719; mais le conseil collatéral, présidé par Argenio, montra ici sa mauvaise volonté : il éleva des difficultés sur la manière d'accorder Vexequatur au bref du nonce. 11 s'était montré bien plus empressé, lorsqu'il avait été question de faire sortir le prélat du royaume. Il fallut de nouveaux ordres arrivés de Vienne pour que l'on permit au nonce d'entrer à Naples. On lui rendit sa juridiction et ses privilèges. Seulement les choses restèrent en suspens quant au tribunal de la fabrique de Saint -Pierre; mais la bonne harmonie fut rétablie entre Rome et Vienne.
Ni les plaintes du Pape, ni l'étonnement de l'Europe à la nouvelle de l'invasion de la Sardaigue, n'avaient touché Alberoni. Ce ministre aggrava encore ses torts en 1718. Il attaqua la Sicile, que Philippe V, par le traité d'Utrcchf, avait cédée au duc de Savoie. La flotte espagnole parut,
le 30 juillet, devant Palerme, et débarqua des troupes qui s'emparèrent d'une partie de l'île. Le soulèvement fut général en Europe contre cette agression déloyale. Le nouveau roi de Sicile, beau-père de Philippe V, fut plus surpris que personne (l). Des plaintes éclatèrent de toutes parts contre Alberoni, dont l'entreprise d'ailleurs échoua complètement. Les Espagnols, battus sur terre et sur mer, furent forcés d'évacuer la Sicile. Par le traité de la triple alliance, celte île fut adjugée à l'empereur, et la Sardaigne au duc de Savoie. Alberoni, toujours fécond en projets, fit partir une flotte pour soutenir en Ecosse le parti des Stuarts, et fomenta en France des troubles contre le Régent. Ces deux entreprises échouèrent, et Alberoni, en butte à l'animad version publique, reçut, le 5 décembre 1719, un décret signé de la main du roi qui lui défendait de se mêler des affaires de l'État, et lui ordonnait de sortir de Madrid dans huit jours, et d'Espagne dans trois semaines. Sa disgrâce rétablit la paix entre l'Espagne et la France. Le cardinal se rendit en Italie en traversant la France. Arrivé dans l'état de Gênes, il fut d'abord arrêté sur la demande du Pape ; mais relâché ensuite, il n'alla à Rome qu'après la mort de Clément XI, assista au Conclave, et sa conduite ayant été examinée sous Innocent XIII, il fut condamné à rester quatre ans dans un couvent. Le Pape réduisit cette peine à une année. Alberoni se retira chez les Jésuites de Rome. En décembre 1723, Innocent XIH le rétablit entièrement dans les privilèges de sa dignité. Nous aurons encore à parler de ce prélat intrigant (2).
(1) Philippe V avait épousé en premières noces la princesse Louise de Savoie, fille de Victor-Amédée, laquelle mourut en 1712. 11 épousa en secondes noces Elisabeth Farnèse, princesse de Parme, qui fut d'abord la protectrice d'Alberoni. Éilileur.
($) On trouve sur ce cardinal dans le Dictionnaire de Moreri, 1759, une notice fort détaillée, mais rédigée par une main amie. On y dissimule les torts du cardinal. L'Jrt de vérifier Us dates, l'a traité aussi très-favorablement dans la chronologie des rois d'Espagne, tome i, page 774. Il y est dit qu'il aurait régénéré l'Espagne, s'il avait gouverné plus longtemps. Il eut été plus
— Le 1 3 mars. Corps de doctrine approuvé a Paris
PAR TRENTE ÉVÉQUES, ET ACCOMMODEMENT CONCLU EN CONSÉ- QUENCE. 11 y avait déjà plusieurs mois qu'une nouvelle négociation se suivait à Paris, et les conférences sur ce sujet avaient commencé dès Tannée précédente. Le peu de succès qu'avaient eu jusque-là ces sortes de moyens, aurait dû peut-être détourner d'y recourir encore; mais le Régent se flattait toujours de ramener la paix par cette voie. Il paraît qu'un des premiers auteurs du nouveau projet émit le P. de la Tour, général de l'Oratoire, que son âge, sa place, et la considération dont il jouissait auprès de plusieurs évéques, rendaient plus propre à réussir. Il fit entrer dans ses vues M. Dreuillet, évéque de Bayonne, qui avait du crédit sur f esprit de M. de Noailles, et le célèbre Massillon, nommé récemment évêque de Clermont. Le Régent favorisa leurs démarches, et en prit même ensuite le succès fort à cœur. Il paraît certain que fabbé Dubois, l'ancien précepteur du Régent, eut une grande influence sur cette affaire, ainsi que sur la déclaration dont il sera bientôt parlé. Les Jansénistes ne le lui ont jamais pardonné; et c'est un des motifs qui ont porté les écrivains du parti à présenter avec tant d'animositc, et peut-être avec tant d'exagération, les torts ou les vices de cet homme d'Etat.
Il se tint tout l'hiver des conférences à Paris entre les évêques, et enfin on convint d'un corps de doctrine, oii l'on s'expliquait sur les points contestés : c'était une sorte d'interprétation de la bulle. Les évéques qui avaient déjà accepté la constitution, approuvèrent cet écrit par une lettre dans laquelle ils reconnurent qu'il était conforme
vrai de dire, qu'il l'aurait épuisée par des projets gigantesques et par des expéditions ruineuses.
['[ M. Crétineau-Joly, dans Y Histoire de la Société de Jésus, t. it ,chap. 6, donne sur la disgrâce d'Alberonl quelques autres détails qu'on lira arec intérêt. ]1
aux principes de l'Instruction pastorale de rassemblée de 1714. Dans l'acte d'acceptation* on condamnait les Réflexions morales et les cent une propositions* avec les mêmes qualifications que la bulle ; on condamnait aussi les livres et libelles faits contre elle. Vingt-huit évêques signèrent la lettre. Le cardinal de Noailles et l'évoque de Bayonne, quoiqu'ils ne la signassent point, étaient cependant de raccommodement i mais le premier prétendait avoii* ses raisons pour ne pas se déclarer encore. Il consentit seulement à envoyer, le 14 mars, au Régent, son acte d'acceptation de la bulle, et d'approbation du corps de doctrine, mais à condition qu'après l'avoir montré aux évéjues, on le lui renverrait, et l'on eut la complaisance de consentir à cette marche oblique.
Toute la conduite de ce prélat, en cette occasion, parait assez difficile à expliquer. D'un coté, il semblait qu'il fut las du rôle qu'on lui avait fait jouer jusqu'alors. La crainte du schisme, dit Dorsanne, un grand fonds de piété, C intérêt de son diocèse, qui souffrait extrêmement de ces divisions, lui avaient peut-être dessillé les yeux (1). Quelques-uns même de ceux qui l'entouraient, commençaient à être effrayés des suites de leurs conseils, et la première effervescence du délire était passée* Mais d'un autre côté, d'autres motifs le retenaient encore. Les démarches qu'il avait déjà faites contre la constitution, la honte de revenir sur ses pas, les engagements qu'il avait contractés, l'exagération d'une partie de son clergé, exagération qu'il avait fomentée lui-même* tels étaient ses principaux liens* Il écrivit à ses curés une circulaire, où il leur disait qu'en prenant le parti d'accepter la bulle, il avait mis la vérité à couvert par de bonnes explications j expression très-équivoque dans les circonstances. Il ne rétractait ni son appel, ni ses Instructions de 1719 $ et il ne cherchait pas à ramener les appelants. On répandit en son nom deux autres écrits qui n'auraient pas prouvé
(1) Journal, juin 1720, tome », page 6, in-4".
Ci ANNÉE 1720.
«ne envie bien franche de rétablir la paix, et qui étaient si peu modérés que le parlement de Paris les supprima.
Quoi qu'il en soit des dispositions secrètes du cardinal, la vue d'un acte d'acceptation signé de lui ût croire aux évêques qu'il était disposé à se rendre, et on se prêta à tout ce qu'il voulut. Il avait désiré que le corps de doctrine fût approuvé par le plus grand nombre d'évéques qu'il serait possible; ce fut pour le satisfaire que le Régent dépêcha dans les provinces quelques ecclésiastiques chargés de porter aux évoques, résidants dans leurs diocèses, les actes convenus à Paris, et de les engager à y apposer leurs signatures. Ces abbés remplirent leur commission avec une excessive diligence : à peine donnaientils aux prélats, chez lesquels ils passaient, le temps de lire avec quelque réflexion l'écrit qu'on leur présentait. Cependant le désir de la paix, l'espérance de l'avantage de l'Eglise, l'exemple de leurs collègues réunis à Paris, et les instances qu'on leur faisait, en déterminèrent un assez grand nombre, et il s'en trouva soixante-sept qui donnèrent leur approbation au corps de doctrine.
Quelques autres évêques refusèrent leur signature, mais par des motifs divers. Ceux-ci, au nombre de cinq ou six, craignirent de donner atteinte à l'autorité de la bulle et à (acceptation qu'ils en avaient faite en 1714 ; et cinq évêques nommés dans le temps même, ne firent, dans leur acceptation de la bulle, aucune mention des explications de 1720. Ceux-là, au contraire, ne voulaient pas d'une acceptation quelle qu'elle fût, et trouvaient l'acte dressé à Paris trop favorable à une constitution qu'ils étaient convenus de peindre des plus noires couleurs (1).
A la tête des prélats de cette seconde classe étaient les quatre évêques qui avaient donné le signal de l'appel :
(1) Le corps de doctrine fut attaqué à cette époque avec violence par les plus chaud* appelants, qui trouvaient que leurs principes y étaient renversés. \J Abrégé de l'Histoire de l'Église par Racine, tome xv, art. 46, peut donner une idée des plaintes du parti. Éditeur.
en particulier ceux de Montpellier el de Boulogne, qui, se trouvant à Paris au moment de la conclusion, se donnèrent beaucoup de mouvement pour la traverser. Ils sollicitèrent vivement le cardinal de Noaillcs de refuser son adhésion ; et ce fut par leurs instances que l evêque d'Auxerre, de Caylus, qui avait paru disposé à souscrire, partit de Paris sans l'avoir fait. Ils entraînèrent encore plusieurs de leurs collègues, el il y eut en tout douze évêques qui refusèrent, par ce même motif, de prendre part à l'accommodement. Tous les autres prélats qui avaient paru peu favorables à la bulle, et entre autres quatre ou cinq appelants, signèrent le corps de doctrine et l'acceptation. Cette défection vivement déplorée par le parti, réchauffa le zèle de ceux qui étaient restés fidèles à la cause. Des gens afiidés couraient dans Paris et chez les curés du diocèse, pour faire signer des protestations contre raccommodement. Les cabales et les intrigues recommencèrent, et le cardinal de Noailles ne fit rien pour les empêcher.
— Le 4 août. Déclaration du Roi pour autoriser le corps de doctrine et l1 accommodbment. Cette déclaration avait été dressée par M. d'Aguesseau, magistrat d'une grande réputation, et qui, devenu chancelier depuis la mort de Louis XIV, montra un zèle louable pour la paix de l'Eglise, et n omit rien pour faire réussir raccommodement.
«Confirmant, disait le premier article, en tant que besoin » serait, les lettres patentes du 14 février 1714,... ordon- » nons qu elles soient exécutées selon leur forme et teneur. » Ce faisant, voulons que la constitution Unigenitusy reçue » par les évêquesde notre royaume, soit observée;... et en » conséquence, défendons à nos sujets, de quelque qua- » lité qu'ils soient, à tous corps,... même aux universités » de notre royaume, et notamment aux Facultés de théo- » logie, de rien dire, écrire, etc., soit contre la constilu- » lion, soit contre l'instruction pastorale , publiée dans » l'assemblée de 1714, et adoptée par plus de cent évê- » ques de France, et contre les Explications approuvées
» par lesdits cardinaux et évêques comme conformes au » véritable sens de la bulle. »
L'article deuxième défendait « d'interjeter appel de la » bulle au futur Concile, sous quelque prétexte que ce » fût, et voulait que les appels ci-devaut interjetés fussent » regardés comme de nul effet. •>
L'article troisième renouvelait les anciens édits contre le Jansénisme. << Nous voulons que les ordonnances des » rois nos prédécesseurs et les nôtres, concernant la po- » lice, la discipline de l'Eglise, et l'exécution des juge- » ments de l'Eglise en matière de doctrine, soient exécu- » tées selon leur forme et teneur, notamment les lettres » patentes sur les bulles d'Innooent X et Alexandre VIII, » contre le Jansénisme, l'éditdu mois d'avril 1663, sur la » signature du Formulaire, les lettres du 31 août 1705, » sur la bulle Fineam Domini. » Toutefois on ajoutait : « N'entendons néanmoins qu'il puisse être exigé directe» » ment ni indirectement aucunes nouvelles formules de » souscriptions, à l'occasion des bulles des Papes reçues » dans notre royaume, n'étant pas permis d'en introduire, » sans délibération des évéques revêtue de notre auto* » rité. »
L'article quatrième renouvelait l'édit de 1695, qui ordonnait que la connaissance et le jugement de la doctrine appartînt aux évêques : « Ordonnons aux parlements et à » tous juges de renvoyer ces affaires aux évéques, et de » leur prêter aide pour l'exécution des censures qu'ils » pourraient en faire, et de procéder à la punition des » coupables; sans préjudice toutefois auxdites cours et » juges, suivant le même édit, de pourvoir, par les autres » voies qu'ils estimeraient convenables, a la réparation » des scandales et troubles de la tranquillité publique, » que la publication de ladite doctrine aurait pu causer. »
Enfin l'article cinquième défendait « de se provoquer » les uns les autres par des termes injurieux de novateurs, » jansénistes, hérétiques, et autres noms de parti. »
Le 18 août, cette déclaration fut envoyée au parlement
de Paria, qui venait dëtre transféré a Pontoise. (Cet exil de la première cour du royaume tenait aux remontrances qui avaient été faites contre plusieurs édîls relatifs au fa* meux système de Law : ces remontrances avaient paru d'autant plus inopportunes, qu'elles pouvaient servir a entretenir les mouvements séditieux du peuple, alors trèsprononcé contre les nouvelles opérations.) Au lieu d'enregistrer la déclaration du 4 août, le parlement fil des difficultés : il s'occupa à recevoir des requêtes que lui présentaient les quatre premiers évéques appelants, l'Université de Paris, la Sorbonne et quelques curés. Selon la requête des quatre évéques, « par suite de leur appel, tout » autre tribunal que celui du Concile était devenu incom- » pétent pour terminer l'affaire de la constitution ; et » ainsi on n'avait pu la terminer par un prétendu accom* » modement où toutes les règles saintes de l'Eglise avaient » été violées. »
Le Régent fut d'autant plus mécontent de cette conduite, que tous les autres parlements enregistraient sans difficulté et sans modification. Le 7 septembre, il fit porter sa déclaration au grand Conseil, en défendant au parlement de s'en occuper. [[ Le grand Conseil, auquel nous verrons plus d'une fois le gouvernement obligé de recourir, était une sorte de cour souveraine extraordinaire, composée d'un certain nombre de conseillers en titre, de prélats et de grands seigneurs qui avaient droit d'y siéger*, le chancelier y présidait. Sa juridiction a souvent varié selon les matières qui lui étaient attribuées; et il est aisé de voir que, comme le dit Fleury, celte juridiction n'était conservée que pour punir les parlements (1). ]] Le Régent y trouva plus de difficultés qu'il ne devait s'y attendre pour faire enregistrer la déclaration ; déjà, parmi les conseillers, un assez grand nombre voulait qu'on priât le Régent de retirer sa déclaration. 11 se rendit lui-même au sein du grand Conseil, le 23 septembre, accompagné
(1) Fleury, Droit public dt France, I1* panic, % V.
AtNiNEE I7i0.
des princes et des pairs, qui avaient voix délïbérative, et l'enregistrement pur et simple passa. ]] Le parlement s'en offensa, et Ton voit dans Dorsannc, quel mouvement il se donna pour en faire repentir le prince. Cet écrivain nous apprend, et son témoignage paraît irrécusable sur ce point (l), que les magistrats se liguèrent avec le cardinal de Noailles, qui promit de ne donner son Mandement d'acceptation qu'après l'enregistrement au parlement. Celui-ci, de son côté, promit sans doute de ne pas souffrir que le cardinal fût inquiété. L'abbé Menguy, conseiller, vif et accrédité dans son corps, fut l'agent de celte union, que quelques-uns appelleraient une cabale, et dont on peut voir les détails dans le journal cité.
Le Régent, qui n'en avait aucune connaissance, donna, le 15 septembre, des lettres-patentes qui évoquaient au grand Conseil toutes les contestations nées et à naître sur la bulle.
Cette opération terminée, on pressa le cardinal de Noailles de donner son Mandement d'acceptation *, mais, fidèle aux engagements qu'il venait de contracter avec les magistrats, il n'en voulut rien faire que la déclaration n'eût été enregistrée par eux. On l'exhorta vainement à terminer enfin tant de disputes. Ni le bien de l'Église, ni cet amour pour la paix dont il se prétendait animé, ni les instances pressantes et les sollicitations réitérées de M. d'Aguesseau, ni même celles que le Régent voulut bien lui faire, ne purent l'engager à céder. Plus curieux de remplir des engagements répréhensibles que de réparer ses écarls, il semblait devenir plus difficile à mesure qu'on le recherchait davantage ; enfin les fauteurs mêmes de sa résistance s'employèrent à la faire cesser. Les magistrats, relégués depuis longtemps à Pontoise, s'ennuyaient dans cet exil et soupiraient après leur retour à Paris. Ils sollicitèrent donc le cardinal de céder, même pour leurs intérêts j et Menguy, qui avait formé l'union du mois de sep-
(1) Journal, septembre 1720, tome u, page 19.
tembre, fut le premier à conseiller à l'archevêque de la rompre. Après deux mois de résislance, le prélat se rendit enfin, et le 16 novembre, il porta au Régent quelques exemplaires de son Mandement d'acceptation, qu'il publia peu de jours après, et qu'il envoya à ses curés et à tous les évéques.
[[ Ce Mandement, daté du 2 août, élait adressé à son clergé sous ce titre : Mandement pour la publication et acceptation de la Constitution L nigénitus, suivant les explications approuvées par un très-grand nombre d'évéques de France. 11 y rappelait d'abord Y Instruction pastorale des quarante prélats de l'Assemblée de 1714 : il assurait que les explications qu'il donnait étaient dans le même sens; et il terminait ainsi : « Nous acceptons avec respect » et soumission la Constitution Unigenitus* renouvelons la » condamnation que nous avons faite du livre des réflexions » morales, et condamnons tant ledit livre que les cent » une propositions, avec les mêmes qualifications pronon- » cces respectivement par Sa Sainteté, le tout suivant les » susdites explications qui ont été approuvées par un très- » grand nombre d'évêques de France, et que nous vous w donnons comme renfermant le véritable sens de la bulle, » explications que nous avons jugées nécessaire de joindre » à la constitution Unigenitus, uniquement pour empé- » cher que, par des interprétations également fausses et » contraires au véritable sens de la bulle et auxdites ex- » plications, la foi ne fût attaquée, la pureté de la morale » corrompue et la liberté des écoles blessée. Défendons » aux fidèles de notre diocèse de donner à ladite Constitu- » tion des sens contraires auxdites explications; condam- » nons tous les libelles qui ont paru et qui pourraient pa- » raître contre la Constitution et les susdites Explications » en faveur dudit livre et des propositions condamnées ; » ordonnons que ladite Constitution, les Explications et » notre présent Mandement soient enregistrés au greffe de » notre officia U té, et que le tout soit lu et affiché partout » où besoin sera. »
Quelque différent que fût ce langage de celui qu'il avait tenu jusqu'ici, il restait encore bien des nuages sur la soumission parfaite du cardinal; plusieurs de ses exprès*» sions faisaient naître des doutes : non-seulement il n'ordonnait pas la lecture de ce Mandement dans les églises, mais on assure qu'il fit défense expresse de la faire (l). Nous verrons d'autres preuves de ses tergiversations. ]]
Le 4 décembre, le parlement, séant à Pontoise, enregistra purement et simplement la déclaration du 4 août (-2) et fut rappelé à Paris, ' J^ÉÉ
Les évéques adhérents à M. de Noailles, et qui n'avaient pas encore donné leurs mandements d'acceptation, les firent paraître successivement; mais en même temps les appels, quoique condamnés par la déclaration, se renouvelèrent. Les quatre fameux évéques de Sénez, de Montpellier, de Boulogne et de Mirepoix, les mêmes qui avaient donné le signal en 1717, recommencèrent aussi en 1720. Boursier composa leur nouvel acte d'appel. Leur exemple fut suivi. On publia des listes d'appel, que l'on colporta de tous cotés pour engager à s'y faire inscrire. Les préjugés trop répandus et les sollicitations du parti eu séduisirent plusieurs.
Les mouvements que l'on se donnait, et l'éclat que faisaient ces intrigues, attirèrent l'attention du gouvernement. Un arrêt du conseil supprima les Mandements des quatre évoques pour le renouvellement d'appel. Le parle* ment de Paris supprima aussi une liste de réappelants, et un écrit pour exhorter à la souscrire. On fit subir des interrogatoires à plusieurs de ceux qui étaient sur cette liste, et les plus ardents furent exilés.
(t) Abrégé de l'histoire de l'Eglise par Racine, tk iv, seet. v, art. t. \%) L'enregistrement du parlement ne puraît pas avoir été fait aussi pui-c» ment nue ledit M. Picot : il portait au contraire cette clause fort équivoque.
• Conformément aux maximes du royaume sur l'autorité de l'Eglise, sur le
• pouvoir et la juridiction des évéques, sur l'acceptation des bulle» des paprs, » et sur les appels aux futurs conciles ; lesquelles règles ou maaimes thuuiu- » reroht dans letir force et vertu, etc. » On ferma apparemment les yens sur ces clauses, dont le sens se fer» hientdt connaître. Aditour.
Ou sévil contre la Faculté de théologie, toujours dirigée par les factieux. Un ordre du Roi y fit rentrer les docteurs qu'elle n'avait exclus que parce qu'ils n'étaient pas favorables aux nouveautés, et d'autres ordres exclurent neuf à dix docteurs des plus turbulents, et dans ce nombre Boursier, qui jouissait d'un grand crédit parmi eux, et que l'on regardait comme l ame de toutes leurs démarches. Le syndic Jollnin, curé de Saint-Hilaire, fut déposé; et le docteur Rcmigny chargé d'en remplir provisoirement les fonctions. La Faculté réclama contre ces actes d'autorité qu'elle avait provoqués par tant de démarches condamnables; elle chercha à intéresser le parlement dans sa cause : mais elle fut obligée d'obéir, et dès ce moment elle entra dans une meilleure voie. On voit, par tous les détails qui précèdent, que la situation générale de 1 ÉgUêe de France commençait à s'améliorer.
— Le 26 août. Concile des évéques goecs-ikis a Zamoski, en Pologne. La religion grecque s'était longtemps conservée en Pologne, et, quand, au dix-seplième siècle, plusieurs évèques de cette communion se réunirent au Saint-Siège, il fut convenu qu'ils garderaient leurs rites et leurs usages, et on ne les astreignit qu'à reconnaître les conciles généraux, la procession du Saint-Esprit, la primauiédu Pape et les autres points de foi qui séparent les schismatiques grecs de l'Eglise romaine. Mais dans un si grand changement il y avait bien des choses de discipline qu'il fallait régler. Léon Kiszka, archevêque de Kiow et d'Halitz, désira d'être autorisé particulièrement par le Saint-Siège à convoquer en concile les évéques grecs qui dépendaient de sa métropole, et Clément XI ne put qu'approuver un si louable dessein, il chargea Jérôme Grimaldi, archevêque d'Édesse, et son nonce en Pologne, de présider au concile, et engagea les évéques à se rendre à l'invitation du métropolitain.
L'archevêque de Kiow indiqua donc le concile à Léopol pour le 26 août de celte année; mais la peste s'étant manifestée dans cette ville, il désigna relie de Zamoski,
dans la province appelée Russie-Rouge. Le concile s'y ouvrit en effet au jour indiqué dans l'église de Sainte-Marie et Saint -Nicolas, appartenant aux Grecs -unis. Il s'y trouva, outre l'archevêque d'Èdesse, président, et le métropolitain de Kiow, sept évêques grecs, huit archimandrites ou abbés, qui oot une grande autorité dans celte église, et plus de cent vingt ecclésiastiques séculiers et réguliers de la même communion; car la religion- grecque est la plus suivie dans la partie orientale de la Pologne, et il n'y avait pas longtemps que la plus grande partie de la noblesse et du clergé s'était unie au Saint-Siège.
La première session se passa avec les cérémonies accoutumées. Les membres signèrent tous une profession de foi très-détaillée et dirigée surtout contre les erreurs des schismaliques. Us y reconnurent entre autres l'œcuménicité du concile de Trente, et se soumirent à ses décrets, ainsi qu'à ceux des autres conciles généraux tenus dans l'Église latine. La seconde session eut lieu le 1er septembre. On y lut plusieurs Constitutions des Papes, et entre autres la Constitution Unigenitus. La troisième et dernière session se tint le 17 septembre, et on y adopta les décrets qui avaient été rédigés dans des conférences particulières. Le premier roule sur la foi. On y condamne spécialement les erreurs d'un nommé Philippe, qui avait, à ce qu'il paraît, plusieurs partisans dans ces contrées, et qui enseignait qu'on ne devait plus recourir aux sacrements, et que le temps de l'antéchrist était arrivé. On cita onze propositions extraites de sa doctrine, et le concile les réprouva. Dans le décret sur la messe, il est statué que les Grecs continueront de la célébrer avec du pain fermente, et que chacun suivra exactement son rit. Sur plusieurs autres points, on permet de suivre indifféremment les usages de l'une ou l'autre Église. 11 est ordonné que les seuls religieux soient élevés à l'épiscopat, à moins d'une dispense spéciale. C'est qu'ils étaient plus généralement instruits, étant tirés de l'ordre de saint Basile, très-répandu dans ces contrées, et qui a beaucoup de monastères où Ton
pouvait plus facilement donner l'éducation ecclésiastique. Le métropolitain venait pourtant de fonder un séminaire à Wladimir, siège qu'il occupait aussi, et il y avait encore un collège à Léopol. Les autres décrets traitent de la prédication, des fêtes, de l'administration des sacrements, des religieuses, etc. On arrêta de réunir en un seul corps les différentes congrégations de l'ordre de saint Basile, qui n'auraient plus qu'un abbé, dont l'inspection s'étendrait sur tous les monastères, afin qu'il pût réprimer les abus avec plus de facilité. On réglait, en outre, plusieurs points de discipline. Ces décrets sont fort étendus, et le concile ordonna qu'ils fussent traduits en langue vulgaire, pour que tous pussent en connaître les règlements et y puiser l'instruction et les conseils nécessaires.
Les actes du concile sont signés du nonce Grimaldi, archevêque d'Édesse, comme président; de Léon Kiszka, archevêque de Kiow et dllalitz (l), évêque de Wladimir et de Braesk, métropolitain de toutes IcsRussies; de sept autres évèques, et de huit abbés de différents monastères. On trouve aussi, à la fin, des signatures de cent vingt-sept ecclésiastiques séculiers et réguliers des différents diocèses que nous venons de nommer, et en outre de ceux de INovogorod et de Minsko; par où I on voit que ce concile était fort nombreux. Benoît XIII en approuva et confirma les décrets le 19 juillet 17*24.
— Le 1er novembre. Procession solennelle a Marseille, a l'occasion de la veste qui désolait cette grande ville. Un bâtiment venant des Échelles du Levant, et arrivé à l'île d If le 25 mai précédent, répandit en France le fléau redoutable de la peste. Le mal se manifesta dans les premiers jours de juillet, et fit en peu de temps de rapides progrès. Presque toute la Provence en fut atteinte; Aix et Avignon en ressentirent les effets; Mende même n'en fut pas exempte; mais ce fut à Marseille que la contagion
(1) Ces évéchés sont unis et sont toujours possédés par les mêmes titulaires.
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se déploya avec plus de fureur ; elle était encore accrue par les chaleur* de l'été, qui sont plus ardentes à cette époque dans cette ville. Bientôt la mortalité Gt les plus grands ravages; le nombre des pestiférés augmentait tous les jours; la maladie ne durait pas plus de vingt-quatre heures.
Dans cette situation désespérante, où la pitié était étouf» fée par la peur, et où chacun tremblait pour soi, la ville fut heureuse de renfermer de ces hommes intrépides et charitables, que le danger n'effrayait pas, ou qui savaient le braver. Tandis que plusieurs se hâtaient de quitter un sol empesté et de chercher un abri à la campagne, d'autres se dévouaient pour le salut de leurs concitoyens. Leséchcvins de la ville ne négligèrent rien de ce qui était de leur devoir, et travaillèrent sans relâche soit à construire des hôpitaux, soit à procurer des vivres, soit, ce qui était le plus urgent et le plus pénible à la fois, à enterrer cette foule de morts qui jonchait les places et les rues, et dont les cadavres exhalaient une corruption qui aggravait le mal. Ce fut là le plusdillicile de leurs soins, et ils le remplirent avec un courage héroïque. Plusieurs médecins et chirurgiens s'oublièrent aussi eux-mêmes pour ne songer qu'aux devoirs de leur état.
Le clergé surtout se montra digne de son auguste mU nistère ; les prêtres des paroisses, les religieux rivalisèrent de zèle et de dévouement ; assidus dans les maisons des malades et dans les hôpitaux, ils portaient à tous les se^ cours de la religion et des consolations nécessaires au milieu de cette désolation générale; ils couraient de lits en lits, abordant sans effroi ces asiles assiégés par la contagion (l). L'évoque de Marseille, M. de Belzunce, les sou*
(1) Dans V Histoire de la Régence du duc d'Orléans, par Marmontcl, <,n donne une relation détaillée de la peste de Marseille. Mais qui croirait qu'on dépit de tous les mémoires et de toutes les relations du temps, on n'y dit pas un mot du zèle et du dévouement des ecclésiastiques de cette grande vilUr ? Cette omission affectée ne parait guère excusable. Celle relation renferme aussi des traits non moin* déplacés.
tenait par son exemple. Loin d écouler des conseils timides, il était resté au milieu de son troupeau et remplissait les fonctions de père et de pasteur, visitant les malades, secourant les pauvres et montrant tout le courage qu'inspire une héroïque charité. Il ne périt point, mais plus do deux cent cinquante prêtres et religieux furent victimes de leur zèle, et la contagion enleva en tout environ cinquante mille âmes. Elle continua de se répandre avec la même fureur pendant les mois d'août et de septembre; elle diminua ensuite graduellement, et ne cessa enfin qu'au mois de juin de Tannée suivante; elle était encore dans sa plus grande force lorsque, le 7 septembre, les échevins firent, au nom de la ville et entre les mains de l'évéque, le vœu solennel de doter un hôpital pour les orphelines.
Le 1" novembre, jour où l'Église célèbre la fête de tous les saints, M. de Belzunce fil une procession solennelle pour toucher la colère de Dieu. Il marcha la corde au cou, les pieds nus et tenant la croix dans seB mains, et célébra Ie6 saints mystères sur un autel dressé en plein air. Là, après avoir exhorté son peuple à fléchir le ciel par ses prières, il consacra la ville au Cœur de Jésus, et depuis les échevins s'engagèrent, par une délibération, à entendre tous les ans la messe le jour du Sacré-Cœur, à y offrir un flambeau orné de l'écusson de la ville, et à se trouver le soir à une procession générale en actions de grâces de la cessation du fléau ; cérémonie qui fut longtemps ponctuellement observée, et qui, après avoir été interrompue par la révolution , vient d'être rétablie.
On a aussi , dans ces derniers temps, élevé un monument en l'honneur de ceux qui avaient, en cette rencontre, servi la ville avec un noble dévouement. On y nomme entre autres le pieux évêque, le P» Milley, Jésuite, qui mourut en soignant les pestiférés (I), et d'autres imitateurs
(i) On a du P. Milley, des Lettres de piété, qui supposent un homme vers* dam la science dei Paint**
de son zèle. On y fait aussi mention des secours du Pape, qui , sur la nouvelle de la contagion , ordonna des prières dans Rome pour la délivrance des Marseillais, et leur envoya gratuitement trois cent cinquante charges de blé pour être distribuées aux pauvres.
— Le 31 décembre. M. de Mezza-Barba , légat du Pape pour les missions orientales, a sa première audience de l'empereur de la Chine. Le peu de succès de la mission du cardinal de Tournon , détermina le Pape à tenter encore un effort. Il se décida à envoyer un légat en Chine, et choisit pour cette commission importante M. de Mezza- Bar ba , auquel il donna le titre de patriarche d'Àntioche. Ce prélat, parti de Lisbonne le 5 mars 1720, aborda à Macao le 26 septembre suivant. Il y releva des censures plusieurs Jésuites , dont le cardinal de Tournon avait eu a se plaindre, et l'évêque de Macao, qui en avait usé si mal envers cet infortuné légat. M. de Mezza-Barba se contenta de leur faire prêter le serment prescrit par la bulle Ex Ma die (du 19 mars 1715), qu'il était chargé de faire observer. Le 7 octobre, il s'embarqua pour Canton, d'où il se rendit à la cour. Il essuya, chemin faisant, des désagréments qui ne firent pas bien augurer du succès de son voyage. Il eut beaucoup de peine à obtenir une audience de l'Empereur. Elle lui fut enfin accordée pour le 31 décembre. Il présenta au prince le bref du Pape, et lui demanda pour les chrétiens de ses États la permission de suivre le christianisme dans toute sa pureté, et d'observer ce qui avait été prescrit à Rome sur les cérémonies contestées. L'Empereur, prévenu, dit-on , par les partisans de ces usages, fit plusieurs observations au légat, et lui témoigna son étonnement de ce que le Pape proponçait sur les affaires de son empire. M. de Mezza-Barba répondit que le Saint-Père ne prétendait point s'immiscer dans le gouvernement des Chinois, mais qu'en qualité de chef des chrétiens, il avait le droit de décider ce qui pouvait leur être permis ou non par la religion.
Le légat eut encore plusieurs audiences, et il se flattait
de quelque succès, quand l'Empereur parut disposé à chasser tous les chrétiens. Le patriarche lui adressa une supplique pour l'apaiser, et ne réussit point. On lui fit essuyer bien des dégoûls, et on arrêta plusieurs missionnaires sous ses yeux. Dans cette extrémité, on lui conseilla de prier l'Empereur de le laisser retourner en Europe, pour informer le Pape des faits, en promettant de ne rien innover, et de ne faire aucun acte de juridiction. Cette proposition apaisa un peu le prince, qui, le 1er mars 1721, donna une audience au légat pour la dernière fois, et lui remit des- présents pour lui , pour le roi de Portugal et pour le Pape. M. de Mezza-Barba retourna donc à Macao, où il fut obligé de séjourner plus de six mois. Il employa ce temps à s'efforcer de ramener au parti de l'obéissance ceux qui n'avaient pas encore déféré à la constitution Ex Ma die, et il en gagna en effet quelques-uns. Ces détails sont tirés de la relation que donna de cette ambassade un religieux servite qui accompagnait le légat. Il y inculpe fortement les Jésuites , et leur prête même des propos et des actions peu croyables. Il prétend que ce furent eux qui indisposèrent Kang-Hi contre le légat, et qui empêchèrent le succès de sa mission. Quoi qu'il en soit, le patriarche donna , le 4 novembre 1721, peu de jours avant de quitter Macao, un Mandement adressé aux missionnaires pour les exhorter à observer les décisions du Saint- Siège, et à ne pas quitter, sous divers prétextes, les fonctions auxquelles ils s'étaient consacrés. Mais en même temps il modifiait la bulle Ex Ma die par huit permis^ sions qui concernaient les honneurs envers Confucius et les ancêtres, et leurs tablettes. M. de Mezza-Barba retourna ensuite directement en Europe, emportant avec
Vi d
les honneurs funèbres à Rome. Ce Mandement devint le sujet de nouvelles discussions, qui ne furent terminées qu'en 1742, lorsque Benoît XIV relira les huit concessions du légat.
La mission de la Chine aurait eu pourtant besoin
plus que jamais d'union et de concorde. Le 20 déeembre 1 7*2*2, mourut Kang Hi , empereur de la Chine. Il avait presque toujours montre des dispositions favorab les pour le christianisme. Ami des sciences et des arH , il avait accueilli à sa cour les Jésuites qu'on avait envoyés d'Euiope en nullité de mathématiciens, d'astronomes ou d'artistes, et la protection qu'il leur accordait avait été plus d une lois utile à la religion. Ils avaient obtenu des édita favorables , avaient bâti une église a Pékin, dans l'enceinte même du palais impérial , et en avaient élevé beaucoup d'auln s dans difVén nies provinces. Le christianisme se professait publiquement. Les éveques et les autres missionnaires étaient connus comme tels. Un grand nombre de païens se convertissaient , et la foi faisait tous les jours de nouvelles conquêtes. Ces heureux progrès furent d'abord arrêtée par l'édtt de 1706, qui ordonnait à tous les missionnaires de se rendre à la cour pour obtenir la permission de demeurer en (mine, à condition de ne rien enseigner contre la doctrine de Confucius et les usages de l'empire. Ouarante-sept missionnaires, presque tous Jésuites, s'étaient, comme on sait, soumis à cette loi. Les autres, ne croyant pas pouvoir le faire, s'étaient tenus plus caeh s , mais n'avaient pas cessé de rester dans leurs provinces, en prenant quelques précautions, et d'y cultiver leurs troupeaux. Leur séjour en Chine choquait encore les ennemis du christianisme, et la faveur de l'Empereur n'avait fait , pour ainsi dire, qu'accroître la haine des païens contre la foi et ceux qui la prêchaient. En 1711, un mandarin présenta h Kang-Hi une requête pour faire proscrire la religion chrétienne. Cette tentative ne réussit point alors. Ce ne fut qu'en 1717, que sur une nouvelle requête d'un mandarin , il fut rendu par les tribunaux de l'empire des sentences extrêmement défavorables aux missionnaires. La rigueur en fut un peu modérée par l'Empereur, qui se contenta d'une défense générale d'era* brasser notre religion. Ses sentiments connus ne permet-
taient guère aux gouverneurs des provinces de faire éclater leurs dispositions, et d'avoir recours aux vexations et à la violence.
On put prévoir dès lors que les choses changeraient de (ace sous un autre prince \ et, en effet, Yong-Tching, quatrième fils de Kang-Hi, ne fut pas plutdt sur le trône, qu'il laissa voir des sentiments bien différents de ceux de son père. Les mandarins, qui depuis longtemps voyaient avec chagrin les progrès du christianisme, sentirent qu'ils seraient appuyés , et commencèrent a sévir. Ce fut dans la province de Fo-Kien que l'orage éclata. On fit des perquisitions contre les chrétiens, on démolit les églises, les missionnaires furent obligés de se tenir soigneusement cachés. À la fin de 1723, deux requêtes furent adressées à l'Empereur pour lui demander la destruction du christianisme. Elles furent appuyées par le tribunal des rits, et le 1 1 janvier 1724, Yong-Tching les approuva, et ordonna que tous les Européens fussent conduits à la Cour ou à Macao. Les Jésuites qui résidaient à Pékiu en qualité de savants, s'efforcèrent en vain de détourner ce coup. On s'empara presque partout des églises, qui furent détruites ou employées à des usages profanes. On arrêta plusieurs missionnaires que Ton conduisit à Canton. Mais les vexations tombèrent particulièrement sur une branche de la famille impériale, composée presque en entier de chrétiens. L'Empereur, irrité de voir des princes de son sang professer un culte qu'il voulait proscrire, les envoya en exil, les dépouilla de leurs dignités, et leur fit essuyer toute sorte de mauvais traitements. Enfin, on les mit dans des cachots , où la plupart périrent, sans qu'aucun de ceu* qui s'étaient convertis, dans cette famille extrêmement nombreuse, eut cherché à conserver la vie par une honteuse défection. Nous verrons, sous 1732, les suites de cette persécution.
— Le 19 mars. Moiit de Clément XI. Ce Pape fut sans contredit un des souverains Pontifes les plus recommandantes des temps modernes. Il joignait l'instruction au zèle, la modération à la fermeté, la sagesse à la piété, les vertus d'un Pontife aux qualités d'un souverain. 11 célébrait chaque jour les saints mystères, menait une vie simple et laborieuse , et distribuait d'abondantes aumônes.
Peu de pontificats ont été aussi orageux que celui de Clément XI. La guerre de la succession d'Espagne qui embrasa toute l'Europe et amena tant de désastres, les dissensions de la Pologne et les troubles qu'y excita l'ambition de Charles XII , la révolte de la Hongrie, les efforts réitérés des protestants d'Allemagne pour affaiblir ou ruiner la religion catholique, les entreprises des tribunaux séculiers contre l'autorité et la liberté de l'Église, les excès commis en ce genre à Naples, en Sicile, en Piémont et ailleurs, l'oppression des catholiques dans les îles Britanniques, en Hollande et dans le nord de l'Allemagne, la guerre des Turcs , les troubles suscités en France par une opposition violente à une bulle célèbre, les éclats scandaleux qui en furent la suite, un parti nombreux courant avec ardeur au schisme, et s'établissant en Hollande, les fléaux qui désolèrent l'Italie, enfin les dangers ou les pertes de la religion dans les différentes parties du monde furent pour le Pontife un objet continuel de douleur et de sollicitude. Aussi le voit-on sans cesse occupe à écrire aux souverains et aux évéques. La collection de ses brefs offre une espèce de tableau de l'histoire ecclésiastique à cette époque. Tantôt il poite les princes à la paix , les exhorte à protéger l'Église , ou réclame contre des menaces irrégulières et fâcheuses. Tantôt il rappelle aux évéques les obligations de leur ministère, anime leur zèle contre les erreurs du temps, ou bien les excite
à défendre les intérêts de la religion menacée par des hommes puissants.
Les preuves de sa vigilance qu'offrent nos Mémoires sont si multipliées, qu'on peut dire qu'il avait les yeux constamment ouverts sur tous les pays de la chrétienté. Nous en ajouterons quelques-unes. Il félicite le cardinal de Kol loniiz de son zèle pour la réunion des schismatiques de Hongrie. Il fait réparer, à ses dépens, une église à Andrinople, et il contribue à l'érection d'un séminaire à Léopol, pour former des missionnaires destinés à la Russie. Il sollicite les secours des princes et des évêques, pour un séminaire établi à Lintz, afin de procurer des missionnaires dans le nord de l'Allemagne, en Danemark et en Suède. 11 loue le prince Guillaume-Hyacinthe de Nassau, qui avait fait construire dans son Etat une église pour les catholiques, en remplacement de celle qui avait été brûlée. Un tremblement de terre désola l'État de l'Église, et effraya Rome en 1703. Le Pape ordonna des prières extraordinaires, et vint généreusement au secours des populations affligées par le fléau. Les protestants d'Allemagne s'efforçaient de faire révoquer le quatrième article du traité de Riswick, en 1697, qui portait que la religion catholique resterait en Allemagne sur le pied où elle était à cette époque; ils sollicitaient pour cela l'Empereur, et inquiétaient en outre les catholiques : Clément XI n'eut rien de plus à cœur que d'empêcher le succès de leurs tentatives-, c'est le sujet le plus ordinaire de ses réclamations auprès des princes catholiques. Il les pressait d'intervenir à cet égard auprès des princes protestants, et de recommander les intérêts de la religion à leurs négociateurs dans les traités qui se conclurent à celte époque.
Les troubles de la Pologne l'affligeaient sensiblement. Il adressa sur ce sujet des brefs au roi Auguste, aux évêques, aux sénateurs, consolant les uns, excitant les autres, blâmant ou approuvant selon les circonstances, et donnant toujours les avis les plus utiles.
Le 18 octobre 1707, il écrivit au czar Pierre, qui lui
avait fait témoigner des intentions bienveillantes pour les catholiques, et il l'exhorta vivement à réaliser les espérances qu'avaient données à cet égard le prince Kourakin, comme il a été dit dans le tableau historique (1). Le czar avait permis qu'on fondât à Moscou un couvent de Capucins et un collège de Jésuites; et ce qui était bien plus important, il promettait Accorder la liberté de l'exercice public de la religion catholique dans tout son vaste empire. Clément XI, lui rappelant cette promesse, par un autre bref du 12 mai 1717, sollicitait de lui un e4U qui garantit ces promesses.
On voit que dès lors les sociétés bibliques d'Angleterre répandaient dans les pays catholiques des Bibles suspectes : car le Pape écrit deux fois à ce sujet à l'archevêque de Spragosse, en 1709 et 1710. Il félicite l'empereur Joseph Ier d'avoir contribué à faire bâtir une église h Hanovre. Il sollicite fortement les princes catholiques de réclamer contre des décrets hostiles pour la religion, qui avaient été rendus à Berlin, à Hanovre et dans les duchés de Clèves et de Juliers, et son intervention ne fut point sans fruit. Il paraît que l'empereur parvint à faire révoquer au moins en partie ces décrets.
Clément XI reçut l'héritier des Sluarts exiles d'Angleterre; il voulut que cette famille, à qui sa foi avait coûté un trône, trouvât du moins dans l'État pontifical un asile honorable; et il lui fit une pension considérable.
Le Pontife montra un grand zèle pour arrêter les entreprises Turcs en Europe. En 1708, il envoya des secours à Malte que Ton croyait menacée par les Turcs. En 17 13, il excita le zèle des souverains catholiques en faveur de la Pologne que le sultan semblait vouloir attaquer; mais c'était contre la république de Venise que les préparatifs des Musulmans étaient dirigées. Ils envahirent et conquirent la Morée sur les Vénitiens, et en 1716 ils mirent le siège devant Corfou. Le Pape écrivit de nouveau
1 Tableau historique, dans le tome I* de ces Mémoires, pag. 166.
à tous les princes catholiques qui avaient (Jes bâtiments de guerre pour les engager à se joindre à |a flofjfe cj)rér fienne. Mais la victoire remportée, le £ août J7l(j, à péter- Waradin sur les Turcs par le prince Eugène, et la prise dp Témeswar, firent lever le siège p!e Çorfou. La Qptte réunie par les soins et les. instances o)u Pape était si forte, que les Turcs évitèrent le combat. En optobre 17 J7, ijne nouvelle victoire fut remportée sur eu? par le prince Eugène. L'empereur envoya à Rome des cjrapeaux pour y. être des monuments eje ces succès, et en même temps pour reconnaître le zè|e o\u Pape à réprimer les ennemis du nom chrétien.
[[ Daps les premier* jours de mars Qémen* XI
avait tenu un consistoire qui deyait être pour Ipi le derpier. Sa vie, minée par |es travaux , |es cbagrjps, et de se* crêtes infirmités, n'avais plus devant elle que peu de jours, pendant lesquels, malgré des souffrances qu'il ne Jui était plus possible de dissimuler, on ne ppf le faire consentir a se relâcher en rien de son application constante aux intérêts de l'Eglise. Lorsqu'il se 4éci4a enfin ■ se mettre au lit, il préyit qu'jl ne lui restait pins même ojpux jours à vivre* Péjà dans le Consistoire tenu vers la. fiu de décembre } 720, Clément XJ avait dif. apx cardinaux qu'il « était intérieurement averti qu'il serait bien- » tôt appelé devant |e tribunal de Pieu pour y rendre » compte de son administration (l). » Il ne lui restait d'autre propriété que sa bif)l}o^b.pque ; malgré son attachement à ses livres, ils furent transférés, par son ordre, dans la ville d'Albe, à laquelle il les avait destinés, et ce sacrifice une fois accompli, le Pontife n'en parla plus. Il s'entretenait, à certaines heures de la journée, avec le maître du sacré palais, son confesseur, des choses de Dieu et des moyens de faire une bonne mort. Ces conversations étaient pour lui une sopree de consolations. Il ordonna au cardinal Albani de lui faire préparer, dans la
(1) Orat. 91 Bullar. Clément. XI, pag. 314.
basilique du Vatican, un modeste tombeau pour lequel il ne voulut d'autre épitaphe qu'une simple inscription qu'il avait composée lui-même (1).
Le 18 mars, dès le matin, les médecins déclarèrent que le mal était sans ressource. Aucune des personnes attachées à la maison du Souverain Pontife ne se sentant le courage de porter cette triste nouvelle à l'auguste malade, le cardinal Albani, son neveu, consentit à la lui annoncer. Elle ne causa aucune surprise au Souverain-Pontife, et ce fut lui-même qui, au milieu de la consternation générale, donna avec une parfaite liberté d'esprit les instructions nécessaires pour l'administration des derniers sacrements.
Après une confession générale de toute sa vie, Clément XI fit appeler les cardinaux Paullucci et Albani, et les remercia avec effusion de lui avoir fait connaître sans déguisement qu'il touchait à sa dernière heure : « Vous » savez bien, ajouta-t-il , qu'il me tarde depuis longtemps » d'être débarrassé de ce corps périssable, et la seule chose » qui me reste à demander à Dieu, c'est qu'il me fasse la » grâce d'accomplir mes devoirs suprêmes avec toute l'é- » dification que l'on a droit d'attendre d'un homme dans » une position aussi élevée que la mienne. »
Après avoir reçu le Viatique, le pieux Pontife fit venir de nouveau les cardinaux Paullucci et Albani, et les pria,
(1) Le lecteur verra avec plaisir cette épitaphe rédigée par Clément XI lui-même. , .... . . „ „