‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le XVIIIe siècleChapitre 3 sur 17 · OBIIT DIE · texte numérisé non relu

OBIIT DIE

AKKO SALUT 1S ,

BEDIT 1H FONT1FICATU

OKATE FRO BO.

Pour qu'on suppléât les renseignements précis que cette épitaphe devait contenir, Clément fit don aux ecclésiastiques de la basilique d'un certain nombre de livres de prières, à la condition qu'ils prendraient soin de faire graver sur cette pierre tumulaire, le jour, le mois et l'année de son décès.

Éditeur.

particulièrement le premier, de lui pardonner les impatiences qu'il leur avait fait éprouver dans l'exercice des fonctions de sa charge. Gomme le second s'était mis à genoux pour lui demander sa bénédiction apostolique, Clément lui mit la main droite sur la tête, et lui dit qu'il le bénissait du fond du cœur, l'exhortant en même temps « à vivre saintement, en considérant, à la vue du spec- » tacle qu'il avait sous les yeux , où aboutissaient toutes » les choses d'ici-bas. » Les autres membres du sacré collège, apprenant que le Pape était à toute extrémité, se rendirent avec empressement au Quirinal, et témoignèrent combien était vive la douleur que leur causait la perte immense que l'Église était sur le point de faire. En un instant, ces sentiments furent partagés par tous les habitants de Rome; ils remplirent les églises, où avaient lieu les prières publiques usitées en pareille circonstance, avec toutes les marques d'une vive douleur.

Cependant la situation de Clément s'aggravait de plus en plus. 11 écoutait avec une attention soutenue et répétait avec une étonnante lucidité les prières que l'on faisait à ses cotés ; il y mêlait même des réflexions et des passages des psaumes appropriés à sa position. Ses regards se portaient tour à tour vers le ciel et sur son crucifix. 11 invoquait fréquemment la sainte Vierge envers laquelle sa dévotion s'était sensiblement accrue dans les dernières années de sa vie.

Lorsqu'il lui fallut faire la profession de foi catholique dont il avait lui-même rédigé et prescrit la formule, Clément XI voulut avoir pour témoins de cet acte solennel les deux chefs des notaires apostoliques, et le cardinal Àlbani, camérier de la sainte Église romaine. Mais déjà les ténèbres de la mort obscurcissaient sa vue , et tout ce qu'il put faire , ce fut de suivre à haute et intelligible voix le maître du sacré palais qui lut lentement la formule de profession de foi. Puis Clément la prit entre ses mains, et, dans les intervalles que lui laissaient ses souffrances, il s'efforçait de la lire lui-même. Il avait pris

la plume pour la signer, mais son extrême faiblesse l'en empêcha ; et c'est ainsi qu'il prouva, jusqu'entre les bras de la mort, combien il tenait à l'habitude qu'il avait tou*jours eue de n'apposer sa signature sur aucune pièce, dont il n'eût pris auparavant une exacte connaissance.

Interrogé sur ses dispositions envers une personne qui avait poussé loin l'ingratitude a son égard, il répondit qu' « il ne se connaissait pas d'ennemis, qu'il faisait, sans » exception, des vœux pour le bonheur de tous, et que s'il » avait à par djnncr a des ingrats, il le faisait de tout son » cœur. ))

Le 19 mats, dès le matin, on lui administra l'extrêmeonction, qu'il reçut avec une pieuse résignation à la volonté de Dieu. Il demanda ensuite au cardinal Àlbani, son neveu, s'il pensait a sanctifier par quelque pratique particulière de dévotion la féte de saint Joseph ; et, sur sa réponse affirmative, il le félicitai C'était pour Clément XI un grand sujet de consolation de penser qu'il allait mourir le jour même où l'Église rend un culte spécial au grand saint, qui est invoqué comme le prolecteur des mourants. (Il avait hérité de ses ancêtres une tendre dévotion envers saint ioseph ; et il avait fait rédiger, dans le dessein de la propager, un nouvel Office en son honneur.) Il expira en effet, le 19 mars, dans la soixante-douzième année de son âge, et la vingt et unième de son pontificat. L'Église perdait dans sa personne un des plus grands Papes qui eussent honoré la chaire de Saint-Pierre. Aussi * à l'exemple de Rome, toutes les nations, sans excepter les plus lointaines, voulurent payera sa mémoire un tribut d'amour, dè reconnaissance et de vénération (1). j]

• — Cardinaux nommés par Clément Xi. Pendant son long pontificat, Clément XI créa soixante-neuf cardinaux. Nous citerons ceux qui se distinguèrent plus spécialement.

Dans sa première promotion, en 1703, il ne nomma

(t) Extrait de Polidori, Dt Dita et rébus gestië CUtnéntli undecimi,

que Pignatelli, ancien nonce en Pologne , archevêque de Naples, parent de son prédécesseur.

La promotion de 1706 fut de vingt cardinaux j nous ne nommons que les suivants :

Badaëro, patriarche de Venise, était estimé pour sa vertu et son assiduité à remplir ses fonctions.

Corsini fut depuis Pape sous le nom de Clément XII.

Auguste dè Saxe-Zeits, des ducs de ce nom, devint archevêque de Strigonie.

Gualterio avait été nonce en France, vers 1^01} s y était fait estimer par ses belles qualités, et avait été nommé abbé de Saint-Victor de Paris. Il était lié avec tous les savants hommes de cette époque.

De La Trémouille avait été auditeur de la Bote, et il devint archevêque de Cambrai, en 1718.

Fabroni jouissait de toute la confiance de Clément XI \ il était en relation avec Fénelon, comme le prouve la correspondance de ce dernier.

Michel- Ange Conli (de Comitibus) succéda à Clément XI, sous le nom d'Innocent XIII. Nous en parlerons bientôt plus amplement. Il avait été choisi pour remplacer un prélat qui donna alors un bel exemple de modestie en refusant la pourpre romaine que le Pape lui avait de* mandé avec instance d accepter. C'était (iabriel Philip* pucci, votant de la signature de justice, qui refusa en alléguant son âge et ses infirmités* Clément crut devoir céder à l'humilité du vertueux vieillard, qu'il releva dans l'allocution du 7 juin 1706. Philippucci étant mort peu après j le Pape lui fit faire des obsèques magnifiques.

[[ Dans la promotion de 1707, nous ne remarquons que Maillard de Tournon , ce vertueux légat que nous avons vu endurer de si rudes traverses dans sa légation de l'Inde et de la Chine. « Nous ne sommes pas moins redevables, » disait le Pape en annonçant cette promotion, à ceux qui » sont loin de nos yeux qu'à eeux qui sont près; et rien » ne nous parait plus convenable que d'honorer pér lés » î>rëuvës tes plus éclatantes dè la libéralité apostoiiîjùë

» ceux qui vivent dans les travaux apostoliques, ces ou- » vriers infatigables qui, aux extrémités de l'Orient, cul- » tivent fidèlement la vigne du Seigneur. »

En 1709, il promut Gozzadini et San-Vital ; et au contraire il admit la démission de François-Marie de Médicis, qui, élevé au cardinalat par Innocent XI, n'était pas même encore dans les ordres mineurs , et que des raisons d'État portaient alors à rentrer dans le monde. Ce prince épousa peu après une princesse de Gonzague , et mourut bientôt sans postérité. Toute sa race s'éteignit à la même époque.

Ce ne fut qu'en 1711 que Clément donna le chapeau à son neveu Ânnibal Albani, qui avait déjà rendu à l'Eglise d'importants services particuliers dans les légations qu'il avait remplies en Allemagne; et encore en le créant le vertueux Pontife exprima la crainte de céder à la chair et au sang. Le cardinal Albani honora la pourpre. On lui doit la collection des œuvres du Pape, son oncle, trèsprécieuse pour l'histoire de son temps.

La promotion qu'il fit de onze cardinaux , en 1712, fut fort remarquable. On dislingue avant tout, parmi eux, le B. Joseph-Marie de Thomassi , qui a été béatifié par Pie VII, le 3 juin 1803. Né en Sicile, en 1649, il était l'aîné de l'illustre famille des ducs de Palma , encore plus distinguée par l'éminence de la piété que par sa noblesse (l); et il sacrifia tous les avantages que le monde lui promettait pour entrer à l'âge de quinze ans dans l'ordre des Théatins. Après qu'il eut été ordonné prêtre, ses supérieurs ne lui permirent pas, à cause de la faiblesse de sa santé et de ses graves infirmités , de se livrer aux travaux du ministère. Retiré à Rome au couvent de Saint- André délia Falle, il employait ses loisirs à écrire

(I) On a publié des notices très-édi fiantes sur le père du B. Thomassi, et sur ses sceurs, dont quatre entrèrent dans le cloître* de celles-ci : l'une, Marie Crucifiée, bénédictine, a mérité qu'on travaillât à sa canonisation. Voyei le Supplément aux ries des saints de Godescard, publiées par Mir Donne), évéque de Montauban, 1. 1. p. 1. Edit.

des ouvrages théologiques, dont le principal nous paraît être un cours d'Institutions théologiques, composé avec des traités choisis des saints Pères. Cependant, sa réputation . commençant à s'étendre, il fut contraint de remplir différents odices, soit dans son ordre , soit dans les congrégations romaines, de la discipline des réguliers, des rits, des indulgences, et du Saint-Ollice; il s'y fit autant admirer par sa sagesse et sa prudence que par sa modestie. Clément XI le choisit pour son confesseur; et il l'obligea, le 16 mai 1712, d'accepter le chapeau de cardinal. Pendant le peu de temps qu'il posséda cette dignité, il fit éclater sa fermeté, son amour pour les pauvres, son zèle, qui Je portait à faire souvent lui-même le catéchisme aux enfants du peuple. Il mourut le 1er janvier de l'an 1713, après avoir légué tout ce qu'il possédait au collège de la Propagande. Le Pape exprima vivement dans le Consistoire suivant la douleur qu'il ressentait de cette perte.

Tolomei,ouPtolomei, savant jésuite, était un professeur du collège romain, très-estimé pour sa profondeur en métaphysique. Il continua à vivre dans son couvent avec la • simplicité d'un humble religieux.

Armand-Gustave de Rohan-Soubise, évêque de Strasbourg, fut un des plus illustres prélats de son époque, joignant une grande fermeté contre les erreurs du temps, à la magnificence convenable aux places éminentes.

Annibal, baron de Schrettemberch, évêque d'Olmutz, remplissait à Naples les fonctions de vice-roi pour l'Autriche.

Dans une promotion supplémentaire de la même année, nous nommerons Corradini, très-versé dans les antiquités sacrées et profanes, comme le prouve en particulier son savant ouvrage, Fétus Latium, sacrum et profanum , 2 vol. in-folio.

Parmi les quatre cardinaux promus en 1713, brillaient Odescalchi, archevêque de Milan, dont le Pape célébra les vertus, en annonçant sa promotion, et MelchiordePoltgnac, ancien auditeur de Rote, si célèbre par le beau

poème de YAnti-Lucrèee. Ce prélat devint plus tard archevêque d'Auch, et fut pendant huit ans ministre de France à Rome*

En annonçant, dans le Consistoire de 1715, la nomination de Thiard de Bissy, successeur de Bossuet sur le siège de Meaux : « Yous connaissez* disait le) Pape* les services » éminenls qu'il a rendus à la religion catholique* soit eh » défendant la liberté catholique lorsqu'il était évéque de » Toul, soit en combattant pour la vérité de la doctrine » orthodoxe, depuis qu'il est évéque de Meaux. »

C'est en l7l7qu'Alberoni reçut la pourpre : nous avons suffisamment fait connaître ce prélat*

[[ L'année 1710 vit aussi de nombreuses promotions. Le Pape parla ainsi de Léon Potier de Gêvres* archevêque de Bourges : a II a passé dans cette ville de Borne plu- » sieurs années, remplissant les fonctions de référendaire » de Tune et l'autre signature, menant la vie la plus mo- » deste, aimé de tout le monde. »

C'était de son propre mouvement que Clément avait résolu de créer cardinal François de Mailly* archevêque de Beims. « Nous le louerons assez, dit-il, lorsque* faisant » allusion à son nom (Malleus)^ nous l'aurons nommé le » marteau des jansénistes \ car personne n'ignore avec quel » courage et quelle fermeté il a toujours été le défenseur » de la constitution Unigenitus, et tout ce qu'il a souffert » à celte occasion. Il est donc juste de prouver en ee que » nous ferons pour lui combien nous sommes touchés des » efforts de tous ces évoques de l'Église gallicane, aussi » illustres par leur science que par leur piété* qui ont m obéi à cette même constitution. » La cour de France ne vit pas avec peine cette promotion-, et de Mailly reçut la barrette des mains du jeune roi.]]

Thomas Philippe d'Azam de Bossu, archevêque de Malines, recevait un éloge du même genre pour la fermeté avec laquelle il avait puni les réfractaires a la bulle Unigenitus ;

Jean-Baptiste Salerno, jésuite, était aussi récompensé

par la pourpre de la part qu'il avait eue dans la conversion du prince royal de Saxe, et dans les négociations pour son mariage avec une archiduchesse d'Autriche, événement dont nous avons parlé sous l'année 1712*

Nous ne nommerons plus que deurt cardinaux espagnols, qui tous les deux firent honneur au sacré collège; le premier est Louis de Belluga, évéque de Carthagène, que le Pape ne craignit pas d'appeler la grande lumière et l'ornement de la très-rcligieusé nation d'Espagne. Le vertueux prélat résista de toutes ses forces à son élévation, et il y opposait le vœu qu'il avait fait et qu'il avait même confirmé par serment de ne pas accepter les honneurs de ce genre : mais le Pape les lui imposa par le commandement le plus exprès.

Le second est le jésuite Alvarez Cien/uegos. Intimement lié avec l'Aniirante de Castille Henriquez, il avait puissamment servi la cause de l'archiduc Charles, dans la guerre de la succession d'Espagne. Charles, devenu empereur d'Allemagne, le choisit pour remplir d'impertantes missions diplomatiques dans diverses cours, et enfin il demanda pour lui le chapeau de cardinal. Un livre qu'il avait publié sur le mystère de la sainte Trinité, sous le titre ^Énigmes théologiques , fit naître diverses oppositions, auxquelles le Pape ne crut pas devoir s'arrêter (l). C'était lé troisième jésuite auquel il donnait la pourpre romaine : Tolomei seul était de son choix : Salernoet Cienfuegos étaient présentés par les couronnes (2); le dernier devint dans la suite évêque de Montréal.

(1) Cienfttélrbs est entorè auteur depldâïeufs antres dtivrages. Oh Cite, jtailr la singularité du fait, sa Fie dé S. François de Botgia, précédée d'un* épfire dtdicatoire à son ami Henriques, épitre plus longue que la vie du saint.

(2) Les jésuiléit a ce qu'assure M. Crétinedtt^Joly, s'effratèrerit eda-Mmès de ces trois princes de l'Église; tirés du sein de leur Compagnie; et il Tut résolu tacitement qu'à partir de ce jour, on ferait en sorte de ne plus s'exposer à des faveurs qui compromettaient l'essence dë l'ordre : iùssi Cichfuegos fut le dernier cardinal jésuite, atartt ta suppression. Histoire dé tu Conùjagnit de Jésus, tome iy, chap. v.

On peut voir par cette énumération que Clément XI ne manqua pas de discernement, et que le sacré collège compta de son temps bien des hommes distingués. On lui a reproché quelques choix ; mais on ne fait pas assez d'attention qu'il y a dans ces sortes d'affaires des exigences politiques, auxquelles l'Église a coutume de se rendre , dans des vues de conciliation et d'union avec les princes chrétiens, qui présentent des sujets et les recommandent avec instance.

— [[ Saints et^Bienheuheux qui sont morts sous le pontificat de Clément XI. Nous ne croirions pas avoir suffisamment fait connaître l'époque du pontificat de Clément XI, si nous ne parlions pas -aussi des serviteurs de Dieu, qui vivaient à cette époque, et qui ont mérité les honneurs de la béatification. A mesure qu'une époque se rapproche de la notre, il semble que ces preuves de la grâce céleste, toujours subsistante dans l'Église, nous intéressent plus spécialement.

Nous avons parlé, il n'y a qu'un instant, du B. Tomassi : voici quelques autres noms qu'il est impossible de passer sous silence.

Le B. Joseph Oriol mourut en 1702, âgé d'environ cinquante-deux ans. Né à Barcelone, il fit avec succès ses études dans l'université de cette ville, y fut ordonné prêtre , et y passa presque toute sa vie dans l'exercice des plus hautes vertus. Austère avant tout pour lui-même, menant la vie la plus pauvre, il inspirait à ceux qui se mettaient sous sa conduite l'amour de la pénitence. Par la aussi il s'attira les critiques et même les persécutions des ecclésiastiques qui ne partageaient pas l'élévation de ses sentiments. On l'accusa de ruiner la santé de ses pénitents et l'évêque de Barcelone, s'élant laissé prévenir, lui retira les pouvoirs de confesser. Le saint prêtre supporta cette humiliation en silence, jusqu'à ce que la vérité eût été reconnue. On remarqua cette circonstance de sa mort, que, se sentant près de ses derniers moments, il désira qu'on chaînât dans sa chambre le Stahat mater, ce qu'exécutè-

ANNÉE mi.

rent au chevet de son lit quatre enfants de chœur , accompagnés d'une harpe. 11 expira dans les douces émotions de ce chant sacré. Le pape Pie VII, qui le béatifia en 1806, parle des nombreux prodiges opérés de son vivant et après sa mort.

Le B. Nicolas de Longobardi, ainsi appelé du lieu de sa naissance, en Calabre , était un simple frère lai, minime, qui mourut à Rome en 1709. « Dieu, dit le pape Pie VI, » dans le bref de sa béatification, Dieu choisit Nicolas, » homme sans lettres, qui n'était distingué par aucun don » du ciel, et qui était tout à fait ignorant, pour répandre » en lui les trésors de sa grâce. »

Le B. Bonaventure de.Potenza, religieux franciscain du royaume de Naples, exerça son zèle avec les plus grands succès dans beaucoup de parties de l'Italie, et spécialement à Naples, où il mourut le 26 octobre 1711. Les miracles opérés pendant sa vie et après sa mort l'ont fait mettre au nombre des bienheureux par Pie M, en 1775.

L'ordre de Saint-Dominique fut honoré par les vertus duB. François de Posadas. Né à Cordoue, eu 1644, de pieux parents, il fut lui-même toute sa vie un modèle de vertu. Fervent missionnaire, il produisit d'innombrables conversions. On peut citer comme une des preuves les plus évidentes de son ascendant sur les esprits, qu'il obtint la destruction du théâtre de la ville de Cordoue. Jusque dans ces derniers temps, le théâtre n'avait pas été rétabli. Il mourut presque subitement, au moment où il quittait l'autel, après avoir célébré la messe, le 20 septembre 171 3. On peut voir, sous cette dernière date, dans le volume précédent, quelques autres détails que nous avons donnés sur ses travaux et sur ses écrits.

S. François de Hieronymo, autrement dit de Girolamo, selon une autre manière de prononcer le même nom, fut un fervent missionnaire de la Compagnie de Jésus. Il mourut à l'âge de soixante-treize ans, le 1 1 mai 17»6, après une vie très-laborieuse employée presque tout entière au salut du prochain. Le royaume et plus particulière-

ment la ville de Naples ftirent le théâtre de son zèle apostolique. Une de ses pratiques était d'attirer les fidèles à des communions générales de chaque mpis, qu'il préparait avec soin ; et on rapporte qu'il réunissait ainsi dix mille personnes, et rouvent davantage. Plusieurs miracles signalés firent connaître son crédit auprès de Dieu (1).

L'Église catholique prouvait ainsi, à l'entrée d'une époque bien féconde en scandales, qu'elle continuait à être l'école de toutes les vertus, et l'arche du salut. J]

Le 8 mai. Le cardinal Conti est élu Pape, et

prend le nom d'Innocent XIII. Michel-Ange de Conti (de Comitibus), des ducs de Poli, était né en 1Ô55, d'une famille des plus anciennes de Rome, à laquelle on assure qu'avaient appartenu plusieurs Papes célèbres, et en particulier Innocent III et Grégoire IX. Il avait é\é successivement évéque d'Osimo et de Viterbe. Nous avons dit plus haut qu'il avait fait partie de la promotion des cardinaux de 1706. Le conclave où il fut é|u était composé de cinquante-six cardinaux, et pe dura pas longtemps.

Le nouveau Pape s'occupa sur-le-champ des contestations qui divisaient l'Église de France. Il reprit d'abord le dessein qu'avait eu son prédécesseur, de blâmer ouvertement l'espèce d'accommodement fait en 1720, etd'pbliger le cardinal de Noailles à donner saijsfaction à l'Eglise. Divers incidents relardèrent ce projet, qui, par rapport au dernier point, n'eut pas de suite durant le court pontificat d'Innocent XIII (*2). Mais un nouveau scandale, qui éclata dans l'Episcopat, l'obligea bientôt de s'expliquer clairement sur l'obéissance entière qu'il exigeait par rapport à la bulle Unigenitus, comme nous le verrons dès le commencement de l'année suivante.

— Le 9 mai. Georges I*% roi d'Angleterre, ordonne

(1) Voyez sa vie dans les suppléments des Fies if" soi pis de Butler et Uo4escard par Mlr Doonry, évoque de Honlauban. Editeur. (§) Qn peu| consulter sur ces divers incidents yffisfoire 4* l* Constitution

AUX MAGISTRATS DE RECHHRCïTER ET DE PUNIR DES ASSEMBLÉES

de blasphémateurs. L'incrédulité se propageait en Angleterre» et commençait à compter, surtout à Londres, des parlisans que favorisait la dépravation d'une grande capitale. On y avait été, comme à Paris, en proie au déjjre d'une cupidité aveugle. Un émule de Law, le chevalier Blunt, avait donné naissance a un système absurde et ruineux, qui avait séduit une foule crédule. La nation parut aussi livrée à un esprit de vertige. Toutes les professions, tous les emplois étaient négligés. Un agiotage scandaleux avait remplacé les travaux ordinaires. Pendant l'enivrement que produisit cette illusion, le luxe, le vice et la débauche furent poussés jusqu'à l'extravagance. Les nouveaux riches, éblouis de leur opulence éphémère, donnaient dans les excès d'un faste ridicule, et affectaient du mépris pour la religion et les mœurs. Il se répandit même qu'il s'était formé une société de jeunes libertins qui s'engageaient par des serments affreux. Ils avaient, dil-op, donné à leur association le nom du /eu d'enfer, comme pour se moquer des terreurs de la religion, et la débauche et l'impiété se prêtaient chez eux un mutuel support.

Les gens de bien réclamèrent avec force contre de tels scandales. Un membre de la chambre des pairs se plaignit de l'accroissement de l'athéisme et de l'jmmoralilé, et sollicita unbill pour réprimer l'un et l'autre. Quelques lords secondèrent sa demande -, mais la majorité représenta le projet de bill comme une espèce d'inquisition et comme une entrave à la liberté de penser, et il n'en fallut pas davantage pour rejeter toute mesure contre le mal. La liberté de penser n'avait déjà que trop de protecteurs dans la chambre haute. On tourna la chose en plaisanterie. On mit la légèreté et les saillies à la place de la gravité, qui devait présider à celte discussion. On prétendit que les terreurs des amis de la religion étaient exagérées, que )a société dont on se plaignait n'existait pas, ou du moins qu'il fallait l'abandonner au mépris public. Quelques historiens ont, en effet, regardé l'existence de cette associa-

tion comme douteuse. Il se peut que les ténèbres dont elle s'enveloppait, aient contribué à obscurcir ce fait.

Quoiqu'il en soit, les progrès de l'incrédulité en Angleterre ne pouvaient être équivoques. Tant d'écrits contre la religion les avaient accélérés. C'est à cette époque que Collins, Toland, Tindal déployaient leur zèle contre le christianisme. D'autres noms moins fameux étaient entrés dans cette controverse. Nous avons déjà parlé d'Asgill et de Coward. Jean Trenchard avait publié, sous le nom de Diogène, des Lettres sur divers points de religion. Ces lettres, pleines d'une critique hardie, lui avaient mérité de justes reproches qu'il parut dédaigner. Il s'était associé, pour la composition de ses ouvrages, avec Thomas Gordon, Écossais, qui attaqua la religion d'une manière plus directe dans des écrits que le bon goût ne paraît pas avoir dictés. Le Cordial pour les esprits bas, les Piliers de la* supercherie sacerdotale et de l'orthodoxie ébranlés, sont les titres de quelques-unes de ses productions ; il les trouvait sans doute ingénieux et piquants, ou plutôt il fpit cru devoir prendre ce ton pour se mettre à la portée dernières classes de la société. C'était un moyen de rendre l'irréligion populaire. C'était ainsi qu'elle hâtait ses progrès assez lents jusque-là, mais qui dès lors prirent un essor rapide, comme on le voit par les monuments du temps. Plusieurs Anglais l'ont remarqué. Addisson, ce littérateur si estimé, déploi e, dans ses écrits, les ravages de l'irréligion et de l'immoralité. Leibnitz, qui avait fait le voyage d'Angleterre , disait que la religion naturelle s'y affaiblissait extrêmement, et Clarke, dans sa réponse, n'osait contredire ce fait. « Il est vrai, disait-il, et c'est une chose déplorable, qu'il y a en Angleterre des personnes qui nient la religion même naturelle, et qui la corrompent extrêmement. Mais après le dérèglement des mœurs, on doit attribuer cela principalement à la fausse philosophie des matérialistes. Leland remarque que les attaques contre le christianisme se succédaient sans interruption, et que les ennemis de la révélation montraient pour la dé-

ANNLE 1721.

truire un zèle aussi étrange qu'infatigable. C'est par cette réflexion qu'il ouvre son article sur Tindal, un des déistes les plus fameux de celte époque, qui avait donné, en 1706, les Droits de V église chrétienne défendus contre les papistes, livre où, sous prétexte d attaquer les catholiques, il sapait toute constitution ecclésiastique, toute discipline, tout ministère, toute autorité.

Le clergé anglican fut alarmé de ce livre. Les Droits, et la défense qu'en avait faite Tindal, furent condamnés au feu le 24 mars 1710. L'année suivante, la chambre basse de la convocation, dont Alterbury était l'orateur, ayant tracé un tableau de la religion et des progrès de Incrédulité , Tindal fit paraître un pamphlet contre cet écrit (l). Il y pousse l'ignorance, ou plutôt la mauvaise foi, jusqu'à soutenir que la nécessité des actions humaines est le seul fondement de toute religion. Lorsque l'évèque anglican de Londres, Edmond Gibson, adressa à ses diocésains une première Lettre pastorale contre les productions irréligieuses qui avaient paru depuis plusieurs années, Tindal, dans une adresse dérisoire aux habitants de Londres et de Westminster, s'efforça de rendre l'évèque ridicule. Depuis il répondit par une seconde adresse dans le même genre, à une seconde lettre de Gibson. Mais son plus fameux ouvrage est celui qui a pour titre : Le Christianisme aussi ancien que la création, ou V Evangile, nouvelle publication de la loi de nature. Il y renouvelle le système qu'avait autrefois adopté lord Herbert de Cherbury. Il y prétend qu'il n'y a pas eu de révéla lion extérieure distincte de la loi de nature; que la raison sufHt pour nous diriger, et que la loi naturelle est claire, parfaite et appropriée à nos besoins. Cependant il est obligé d'avouer, en plusieurs endroits, les dérèglements et les erreurs monstrueuses où sont tombés les hommes sur les

(I) On appelle en Angleterre convocation l'assemblée du clergé anglican de chacune (les deux provinces de Cantorbëry et d'Yorck. Chacune de* deux assemblées a une chambre haute, ou siègent les évêques, et une chambre basse, composée des doyens, archidiacres et simples ministres repréaen-tant le clergé inférieur. " Editeur.

98 A.NNÉH 17 2t.

Eriucipes même fondamentaux de la loi naturelle. Il étalit d'ailleurs que l'intérêt personnel doitêlre la règle de nos actions, et il avance d'autres maximes qui ne sont pas moins pernicieuses en morale.

Un tel livre fit beaucoup d'éclat, et excita le zèle de plusieurs docteurs. Le célèbre Waterland, qui s'était d jà signalé par ses écrits contre l'arianismc, donna à cette occasion son Ecriture vengée. Jackson, Stebbing, Balguy, foster réfutèrent tour a tour plusieurs parties du système de Tindal, Conybeare, depuis évèque de Bristol, composa, H l'instigation de l'évèque deXondres, sa Défense de la religion révélée, que le savant Warburton regardait comme un des livres les plus forts en raisonnements. Leland entra aussi dans cette controverse, dont Tindal ne vit pas la fin, Diderot, dans son Essai sur le mérite et la vertu, où il essaie de justifier Shaflesbury, dit « qu'il est injuste de )> le confondre avec les Asgill, les Tindal, lesToland, gens » aussi décriés dans leur église, en qualité de chrétiens, » que dans la république des lettres, en qualité d'auteurs, » mauvais protestants, et misérables écrivains. >>

— Le 3 juillet. Satisfaction présentée par le sénat de Hambourq a l'empereur Chaules vi. Le parti protestant a toujours montré en Allemagne et ailleurs une extrême propension à prendre ombrage de tout. Un incident bien peu important en lui-même arriva à Hambourg. Deux hommes du peuple, un catholique et un luthérien, ayant pris querelle dans la rue, une pierre, que le premier jeta à l'autre, donna par hasard contre les vitres du temple, au moment où le ministre y distribuait la cène. L'assemblée ne fut d'abord qu'un peu émue de ce manque de respect ; mais quand le peuple sut que la pierre avait été jetée par un catholique, son ressentiment éclata. Les luthériens s'attroupèrent, coururent à la chapelle catholique, en brisèrent les vitres, mirent les ornements en pièces, foulèrent aux pieds les images, et enlevèrent les vases sacrés. Non contents de cette première vengeance, ils coururent à rhétel du résident impérial et le pillèrent. Le désordre

AiNÎSÉK 4721. 9»

dura depuis le matin jusqu'au soir, et ne cessa qu'à l'arrivée des troupes. Le résident impérial se plaignit vivement du retard qu'avait mis le sénat à réprimer l'émeute, et ne voulut point recevoir de satisfaction. Son hdtel avait déjà été pillé par les luthériens, un jour que Christine, reine de Suède, qui venait de se faire catholique, y donnait un repas à l'occasion de l'élection du pape; et elle avait été contrainte de s'enfuir précipitamment. L'empereur demanda que le sénat Ht réparer la chapelle et l'hôtel pillés, que les auteurs du désordre fussent punis. Le sénat voulait traîner l'affaire en longueur. Il réclama la protection du roi d'Angleterre, qui était alors lié avec l'empereur, et qui conseilla aux Hambourgeois d'apaiser ce prince. Ils furent donc obligés de se soumettre, après quelques délais, L'empereur exigea qu'ils vinssent lui faire des excuses. Une députation se rendit à Vienne le 26 mai 1721 ; elle fit sa soumission dans une audience publique, le 3 juillet suivant. Les Hambourgeois n'étaient pas heureux *, ils eurent, dans le même temps, une querelle avec Je roi de Prusse, qui leur reprochait de gêner l'exercice de la Religion pour les calvinistes.

Un autre différend, qui eut lieu dans le même temps entre catholiques et protestants, fut plus grave encore, et oecupa l'attention de tout l'empire. L'électeur palatin Charles-Philippe, dont nous avons parlé sous 1712, avait demande au consistoire protestant d'Heidelberg, où il faisait sa résidence, la moitié de l'église du Saint-Esprit en cette ville, Celte église avait appartenu autrefois aux catholiques, et leur avait été enlevée lors de la réforme. Elle était, depuis ces derniers temps, partagée entre les catholiques et les protestants, et un mur la séparait en deux et la défigurait. L'électeur souhaitait ériger, dans la partie occupée par les protestants, des tombeaux pour sa famille, et proposait, en échange à ceux-ci, une église entière. Ils refusèrent. L'électeur, après avoir épuisé la voie de la négociation, fatigué de la résistance des ministres, abat le mur de séparation, et s'empare de ce qu'on ne voulait pas

AiNNEK 1722.

lui accorder. Clément XI l'en félicita par ua Bref du 8 octobre 1719, mais les protestants jetèrent les hauts cris. Un second grief fut que l'électeur défendit la publication d'un catéchisme où les minisires avaient affecté récemment d'ajouter que le culte de l'église romaine était une idolâtrie, et que ceux qui la professaient devaient être regardes comme des idolâtres. L'électeur, blessé d'une addition aussi injurieuse et qui retombait sur luimême, supprima ce catéchisme, jusqu'à ce que l'addition eût été retranchée. Le consistoire d'Heidelberg s'adressa au roi de Prusse et aux autres princes de sa communion, qui épousèrent vivement sa cause. L'électeur, de son côté, avait prévenu l'empereur de ce qui s'était passé, et Clément XI avait adressé un Bref à celui-ci, le 2 décembre 171!), pour l'engager à soutenir les intérêts de la religion dans cette circonstance. Le 23 février 1720, Charles YI écrivit au roi de Prusse pour le calmer; il se plaignait de vexations exercées envers des établissements catholiques à Hammersleben, à Minden, et ailleurs. L'empereur écrivit aussi le 9 mars au duc de Wurtemberg, qui était entré également avec chaleur dans cette affaire. 11 rendit un décret pour obliger, au préalable, les protestants à rétablir le monastère de Hammersleben, à restituer les biens de l'ancienne cathédrale de Minden, ceux de l'église de Zell, et d'autres dont on avait dépouillé les catholiques. Mais, en même temps, l'empereur recommanda à l'électeur palatin de tout remettre à Heidelberg sur le même pied. 11 le fit, quoiqu'il eût accordé une autre église aux calvinistes. Les taquineries du consistoire lui firent prendre en déplaisance le séjour d'Heidelberg, et il transféra sa résidence à Manheim.

— 8 janvier. Condamnation de la Lettre des sept ëvêques opposants a la bulle Unigenitus. La mort de Clément XI et l'avènement du nouveau Souverain Pon-

tife avaient donne quelques espérances aux opposants; ils affectaient de répandre le bruit que le pape Innocent désapprouvait la conduite de son prédécesseur. Sept Eveques du parti adressèrent, à Innocent XIII, presque aussitôt après son élévation, une lettre où se montrait à découvert l'esprit de secte ; et Ton prétend qu'elle avait été composée par Boursier. | [ Les signataires étaient d'abord trois des Evêques qui avaient donné le signal de rappel, et qu'on retrouve à la tête de toutes les manœuvres de ce temps, Soanen de Senez, Colbert dé Montpellier, De l'Angle de Boulogne (l'Evêque de Mirepoix était mort depuis quelque temps) ; ensuite De Gaylus d'Auxerre, Cassaignet de Tilladet de Maçon, de Vertbamont de Pamiers, et Maillebot de Sales, ancien Evéque Tournai. ]] Dans cette lettre, Clément XI et sa Bulle étaient traités de la manière la plus outrageante. « C'est, disaient les » prélats, un corps entier d'une nouvelle doctrine, qui » attaque toutes les parties de la religion, et qui se répand » tous les jours de plus en plus dans toutes les nations du » monde chrétien... : c'est un système qu'on veut faire ré- » gner aujourd'hui sur les débris de la doctrine et de la » morale de nos pères. » La manière dont ils parlent de la condamnation de Quesnel est d'autant plus étrange, qu'ils soutiennent cet auteur, relativement même aux doctrines pour lesquelles il avait été censuré. « On a con- » damné, disent-ils, l'auteur sans l'entendre; l'auteur va » au-devant -, il supplie ; et cependant il ne peut ni savoir » de quoi on t'accuse, ni se garantir d'être flétri. L'Eglise » romaine voudrait-elle approuver un aussi étrange juge- » ment ? Rome païenne ri eût pu le souffrir, »

[[Il est curieux de voir comment ils jugeaient eux-mêmes l'accommodement de l'année précédente : « Adopter, di- » sent-ils, les explications de 1720, c'est un parti qui ren- » ferme des inconvénients insurmontables; on a relevé » des défauts essentiels dans cet ouvrage : on introduit par i> là dans l'Eglise une méthode, à la faveur de laquelle le » pour et le contre seront censurés. Mêmes inconvénients

» dàhs de" nouvelles explications que le Pape donnerait : t plus ellesseraicnt coh formes à la doctrine de l'Eglise, plus » ellcsseraientdpposéesà la Constitution, etc.. «Telle était donc la conclusion : « La Religion d'un Pape aussi zélé nous » fait espérer1 qu'il fera connaître à tout l'univers combien » Sa Sainteté est éloignée de soutenir une Bulle qui con- » damne les propositions des saints Pères, et qui n'est propre » qu'à rompre la chaîne sacréede la tradition. Nous avons yi de plus cette ferme espérance que Votre Sainteté Com- » blera nos vœux pàr là convocation aVùn Concile général, » remède si nécessaire à cette multitude de maux, etc.]] Cette lettre rte parvint à tlome qu'environ six mois après sa date; on l'âvait fait passer par la voie de 1 Autriche, parce qu'à cette époque on se flattait de trouver quelque appui danâ ht cour de Vienne, où il parait qu en effet le parti avait des intelligences parmi quelques subalternes. Mais cette pièce parut sans doute trop violente, et la prdtection qu'ils sollicitaient leur fut refusée.

On pense bien qu'Innocent XIII ne fut pas tenté de répondre à une missive aussi injurieuse -, il là fit condamner le 8 janvier pdr le décret du Saint-Office, comme contenant plu sieurs propositions injurieuses aux Evéques caiholiqùes, et principalement à ceux de France, à Clément À7, au Pape régnant et du Siège apostolique , et comme étafit dans son tout Schismatique et pleine a un esprit hérétique.

Le Papd joignit à ce décret deux ferefs, l'un adressé au roi et l'autre au régCht. îl s'y plaignait amèrement de là lettfd des sept Eveques, qui, « pour mettre le comble à » letir exécrable témérité, n'avaient pas rougi d'appeler » son autorité aU secours de leur perversité; comme si, » disait-il, nou^ pouvions réformer la doctrine apostolique >< et la fol qué toute l'Eglise de Jésus-Christ, instruite par » la* Voix de Pierre, professe fermement. C'est pourquoi, » ajoutëit-il, nous avons rejeté celte lettre; nous l'avons » proscrite et condamnée avec les notes qu'elle méritait.» Il faisait cnteildre assez clairement qu'il fallait s'occuper de là déposition de tels pasteurs, plus propres à perdre le

troupeau du Seigneur quà le gouverner. De plus, le Pape s'expliquait sur raccommodement de i72Ô, qu'il assurait avoir été blâmé par son prédécesseur, parcequ'il n'y avait d'autre voie de réconciliation qu'une obéissance franche et sincère.

Le régent fit publier ces Brefs, et il voulut qu'ils fussent imprimés au Louvre. Il voulait déférer la lettre des sept EvêquesauParlement; et c'était l'avisdu premier président et du procureur-général Menguy; mais l'appel comptait trop de protecteurs parmi les magistrats de cette cour. Le grand conseil fut moins indulgent; et, par un arrêt du 19 avril, il proscrivit la lettre comme téméraire , séditieuse et injurieuse, au sacerdoce et à i Èmpire. Les seplEvêques répliquèrent 5 et Boursier composa pour eux des remontrances, qui furent flétries par un second arrêt.

— Le lâ août. Avis des censeurs nommes pour examiner l'édition des Conciles du père Hardouin. Le Pèrê Hardouin, Jésuite, avait été chargé par le Clergé clé France de faire cette édition, qui fut imprimée au Louvré, en 1^15, en douze volumes in-folio. Commfe a ccttfc époque les Jésuites étaient assez mal vus par un parti dominant, et qu'on cherchait à leur faire expier le crédit dont ils avaient joui sous le règne précédent, on s'éleva contre l'édition du Père tiardouin, comme rédigée dans des principes contraires a nos libertés. Sur ces plaintes, le Parlement de Paris, nomma, le 20 décembre i715, six" théologiens et avocats pour examiner l'édition. Ces examinateurs étaient Witasse, Du pin, Ànquetil , Léger, Lemerre et Berlin. Leur choix pouvait faire prévoir q Uë lê Jésuite ne serait pas ménagé.

Èn effet, un avis du 13 août 1722, représenta son travail comme défectueux1 et méritant les reproches les plus graves. Les censeurs insistaient beaucoup sur quelques omissions, et sur les maximes contraires à nos libertés. Ils s'y plaignaient entre autres que le Père Hardouin parlât des appels du Pape au Concile commé êtaHt déféndUs*.

Nous avons examiné cet avis (l), et il nous a paru qu'il y avait beaucoup de chicanes, et que l'esprit de pani s'y montrait trop. On peut remarquer de plus que trois des six commissaires étant morts, l'avis fut donné par les trois autres seulement, et que, parmi ces trois, il n'y avait qu'un théologien, Léger. Or, était-ce à des avocats, comme Lemerre , étrangers à ces connaissances, qu'il appartenait de prononcer sur une foule de questions et de faits qu'ils n'avaient pas étudiés ? Quoi qu'il en soit, cet avis donna lieu à un arrêt du Parlement, rendu le 7 septembre suivant, qui supprimait l'Epitre dédicatoire où il était parlé de la constitution Unigenitus et des réfractaires. Quant à l'édition, attendu la difficulté de la réformer, on ordonnait d'y insérer au moins les arrêts et l'avis. Le Père Hardouin se plaignit de cet arrêt, et demanda à n'être point tenu d'y déférer. Le roi chargea le cardinal de Bohan de faire examiner ses plaintes; et le prélat nomma l'abbé de Targny, l'abbé Vivant et quelques autres, qui, en convenant que le Jésuite s'était égaré sur quelques points, le justifiaient sur d'autres, et montraient l'injustice et les chicanes des censeurs. D'après leur rapport, il fut rendu au conseil-d'Etat, le 21 avril 1725, un arrêt portant, que le Parlement avait arrêté sans titre la distribution d'un livre que le feu roi avait fait imprimer à sou imprimerie ; que le Père Hardouin avait, à la vérité, omis dans sa collection des pièces Intéressantes; qu'il y était peu favorable à nos libertés ; mais que, « si l'ouvrage » a mérité d'être réformé , la censure qui en a été faite » par des examinateurs prévenus d'opinions contraires à

(1) En tête est un avertissement rédigé par l'abbé Cadry. C'est dire assoi quel part le parti opposant avait pris a l'avis. [[ Cadry, théologal de Laon, s'était fait une grande répution par ses prônes ; mais son attachement au jansénisme lui fit composer un grand nombre de pamphlets, et écrits en faveur du parti. Il publia les trois derniers volumes de Y Histoire du livre des /î«- Jlexions morales, commencée par Truil; et cet ouvrage, qui raconte avec partialité les événements jusqu'en 1728, précéda la fameuse gaxettedcs Nouvelles Ecclésiastiques, qui en fut la continuation. ]]

» l'autorité du Saint-Siège, la plus légitime et la moins » contestée, ne mérite pas moins d'être réformée; » qu'il sera donc seulement ajouté à l'ouvrage un supplément renfermant les pièces omises, et des notes, et que l'imprimeur ne sera pas tenu d'insérer les arrêts et l'avis des censeurs. L'abbé de Targny rédigea en même temps des additions à faire pour chaque volume (l).

— Le 27 avril. Sept prêtres hollandais nomment, de

LEUR AUTORITÉ, UN ARCHEVEQUE d'UtRECHT. Depuis U mort

de Codde, en 1710, il n'y avait point d'évêque en Hollande. Les vicaires apostoliques que l'on y avait envoyés, avaient été forcés, par diverses intrigues, d'abandonner la mission. Le gouvernement spirituel de ces provinces avait été confié par le Pape à ses Nonces de Cologne et de Bruxelles ; mais les partisans de Codde et de Quesnel n'avaient jamais voulu se soumettre à leur juridiction, et ne reconnaissaient que les grands-vicaires nommés autrefois par Codde ou par le chapitre d'Utrecht. Celui-ci prétendait avoir droit de gouverner pendant la vacance du siège. Il nommait des pasteurs, donnait des dimissoires, et exerçait toutes les autres fonctions de l'administration ecclésiastique. La cour de Rome jugeait au contraire que le chapitre d'Utrecht ayant été éteint depuis le changement de religion en Hollande, et ayant cessé d'exister pendant longtemps, les prêtres qui prenaient le titre de chanoines d'Utrecht, mais qui ne résidaient point en cette ville, et qui étaient attachés à différentes paroisses de ce pays, ne pouvaient être considérés comme formant le chapitre cathédral et l'église métropolitaine. Comment sept prêtres, suivis à peine d'une soixantaine d'autres, pouvaient- ils

* (11 Voyez à ce sujet un carton de la bibliothèque «tu roi, qui est coté B. 1684. A. On peut consulter aussi le Traité de l'Elude des Conciles, par Salmon, qui énnmère les principales omissions du P. Hardouin.

tOfl ANNÉE H23.

représenter le reste du clergé de Hollande, infiniment plus nombreux, et qui restait soumis à l'autorité du Saint- Siège? Cependant ces chanoines , enhardis par des suggestions étrangères, prétendirent que c'était par usurpation que les Papes les avaient gouvernés jusque-là. Ils refusèrent les vicaires qu'on avait envoyés chez eux , et voulurent avoir des archevêques en titre. Le siège d'Htrecht était aboli depuis plus de cent ans. Ils entreprirent de le faire revivre, et de se donner un archevêque à leur gré, indépendamment du Souverain Pontife.

Il parait que ce projet leur fut suggéré par les réfugiés français qu'ils avaient chez eux, et qui leur procurèrent les moyens de le mettre à exécution. Ce fut, dit-on, un diacre français, nommé Boullenois* fort attaché au parti* et venu en Hollande eit 1716* qui commença l'œuvre» II fut touché de voir la triste situation où étaient réduits en ce pays les opposants, n qui étaient abandonnés de la plupart » des ecclésiastiques séculiers et réguliers* tous attachés au » Nonce* et qui formaient un troupeau pauvre* faible et » digne de pitié; » Le zèle de ce janséniste s'échauffa en leur faveur; Il revint en France dans l'intention de ne rien négliger pour leur procurer du secours; Il y travailla avec ardeur, et peignit vivement les maux de ces victimes du despotisme de la cour de Rome. Plusieurs docteurs de Sorbonne* tous appelants, donnèrent une consul*, talion où ils établissaient qu'une église ne perd point ses droits par une longue viduité; que l'usage de la cour de Rome* d envoyer des vicaires apostoliques* était une usurpation î et que les prêtres de Hollande pouvaient rentrer dans l'exercice de leurs droits , contre lesquels rien ne pouvait prescrire. La faculté de droit de Paris* aussi appelante* donna une décision pareille. Yan-Espen et qu'aire docteurs de Louvain répondirent de même. Boullcneisne borna pas là ses bonsollices. Par ses instances et celles de ses amis, des évêques français consentirent à ordonner prêtres de jeunes Hollandais, sur les dimissoires du eha* pitre d'Utrecht,ët saris exiger la signature du formulaire.

Boullenois en amena lui-même en France; el les évêques de Bayeux et de Blois, et surtout celui de Sénez, en ordonnèrent plusieurs. Ce fut apparemment pour reconnaître ces services, que les chanoines dT'trecht et leurs adhérents se joignirent , le 9 ruai i/19, à l'appel des évêques opposants de France.

Sur ces entrefaites, il leur arriva un évoque qui leur parut envoyé par la Providence pour sacrer celui qu'ils voulaient se donner. Ûominique Varlet, prêtre des Missions-Etrangères de Paris, venait d'être fait, en 1718, coadjuteur de l'évéque de Babylone. Il avait passé par la Hollande pour se rendre en Perse, et avait donné la confirmation à Amsterdam, sur les pouvoirs du chapitre de Harlem. Cette conduite et ses liaisons lui attirèrent une suspense, qui lui fut signifiée en Perse, le 15 mars 1720, par î'évêquè d'tspahan. Il fut donc obligé de revenir à Amsterdam ; et là, loin de chercher à faire lever ses censures, il s'attacha de plus en plus au parti du chapitre, exerça ses fonctions malgré la suspense, et résolut de se fixer en Hollande pour y être plus utile aux opposants de ce pays. Le 15 février 1723, il appela de la bulle Unigenitus et des censures portées contre lui. Il était reçu parmi les siens qu'après cette formalité on pouvaii braver toutes les décisions de Rome et toutes les peines de l'Église. C'est ce què fit Varlet, qui, déclaré plusieurs fois excommunié et schlsmatique, alla toujours en avant.

On se disposa à profiter du séjour que faisait en Hollande un prélat aussi opposé aux décrets du Saint-Siège et aussi téméraire. Après avoir écrit au Pape pour la forme, le chapitre d'Utrecht, ou, si Ton veut, les prêtres qui prétendaient former ce clnpitre, réunis au nombre de sept, élurent, le 27 avril 1723, pour archevêque Corneille Sleenoven, l'un d'eux, qui exerçait depuis longtemps les fonctions de grand-vicaire, ils annoncèrent celle élection au Pape, en le priant de la confirmer ; et ils n'en reçurent aucune réponse.

Le collège des cardinaux, lê Sàint-Siëgè vâcarit, chàr-

gea, le 8 avril 1724, Tinternonce de Bruxelles de recommander aux évoques voisins de ne point prêter les mains à la consécration de Steenoven, attendu que l'élection de ce faux évèque avait été faite sans aucun droit. Les prélats des provinces voisines refusèrent, en effet, leur ministère } Varlet fut moins dillicile. Suspens, interdit et excommunié, il n'en parut que plus propre à ce qu'on désirait de lui. Le 15 octobre 1724, il sacra Steenoven à Amsterdam, n'étant assisté que de deux chanoines ; ce qui est contraire à la discipline observée dans l'Eglise, et ce qui n'est permis qu'avec des dispenses qui ne furent point demandées. Le 30 novembre suivant, Steenoven et son clergé interjetèrent appel, au concile général, de ce qu'ils appelaient les vexations de la cour de Rome. Benoît XIII ayant, par un bref du 21 février 1725, déclaré l'élection nulle et l'élu suspens de toutes fonctions, celui-ci en appela encore le 30 mars mais il survécut peu à ce nouvel acte de schisme, et mourut le 3 avril. Les catholiques hollandais, qui n'avaient pas voulu le reconnaître, désiraient profiler de cet événement pour obtenir d'avoir chez eux, comme par le passé, des vicaires apostoliques nommés par les Papes : ils en sollicitèrent la permission des Etats. Il semblait qu'on pouvait d'autant moins la leur refuser, qu'ils étaient en bien plus grand nombre que les partisans du jansénisme. Mais ceux-ci se donnèrent tant de mouvements auprès des Etats, qu'ils empêchèrent que cette demande ne fût accordée. Ils se hâtèrent aussi de remplir la place de Steenoven, comme on le verra sous 1725.

— Le 13 mai (1). Bulle d'Innocent XIII, commençant par ces mots : àpostolici MiNtsTERii. Cette constitution renfermait, en 27 articles, des dispositions pour opérer une réforme dans le clergé séculier et régulier en Espagne. Cette bulle avait été provoquée par le cardinal Belluga, évêque de Carthagène, qui avait fait exprès le

(1) [.« bullaire met 1» date en tfte an 13 mai, et à la fin an 23.

voyage de Rome. Plusieurs articles de la bulle regardaient la naissance, l'âge, la vocation et les mœurs de ceux qui demandaient a entrer dans le clergé. D'autres roulaient sur la conduite et les études des ecclésiastiques; il y en avait aussi sur l'exercice du ministère, la prédication, l'administration des sacrements, sur les religieux et religieuses, sur l'observation des décrets du concile de Trente. Si un acte de cette nature prouve qu'il existait en effet quelques abus contraires à la discipline, il honore en même temps le prélat qui l'avait sollicité, et il prouve que les saines traditions se conservaient en Espagne.

— 1 0 août. Mort du cardinal Dubois , archevêque de Cambrai, et premier ministre du roi de France. Comme la plupart des historiens ont, comme à Tenvi, décrié ce personnage, nous croyons devoir donner quelques détails sur ce qui le concerne $ car, comme l'a dit un homme fort estimé pour la sagesse, c'est servir la religion que de montrer ce qu'ont d'exagéré des imputations flétrissantes pour un Prélat élevé à un si haut rang dans l'Eglise (1). D'ailleurs, la vie assez extraordinaire de ce Cardinal peut jeter du jour sur plusieurs affaires qui intéressent l'Eglise de France.

Guillaume Dubois, né en 1656, à Brives-la-Gaillarde, d'un apothicaire, fut d'abord précepteur chez un simple marchand ; puis, après avoir passé par quelques autres postes, il fut attaché à l'éducation de Philippe, duc de Chartres, depuis le Régent, par la protection de Saint- Laurent, alors sous- gouverneur du prince; il succéda à celui-ci qui mourut peu après, et parvint à s'insinuer dans la confiance de son élève. Tout ce qu'on a dit sur les efforts qu'il fit pour corrompre son élève, ne parait

(1) Cette réflexion est de M. Émery, supérieur de Saint-Sulpice, qui publia un article sur Dubois, dans les Mélanges de Philosophie t tome vin, page 176.

Tout ce qu'on va lire sur Dubois est presque entièrement tiré d'un article étendu que M. Picot inséra dans Y Ami de la Religion, tome xxxn, page 289, et qu'il se proposait d'insérer dans ses Mémoires. Editeur.

fondé sur aucuns preuve, Jl contribua, k ce que Ton assure, à déterminer Philippe à épouser Mademoiselle de Blois, fille légitimée de Louis XIV; et le monarque, qui mettait beaucoup d'intérêt à ce mariage, témoigna sa satisfaction à Dubois, qui fut pourvu de riches bénéfices, quoiqu'il ne fui que simple tonsuré (l) : il accompagna le jeune prince dans plusieurs campagnes ; puis fut employé dans des négociations importantes.

Il est à observer qu'il est constant, par la Correspondance de Fénelori) qu'à cette époque, et longtemps encore après, Dubois était en relation avec l'illustre archevêque de Cambrai, qui dit même, dans une lettre écrite eu 1711, que Dubois est son ami depuis un grand nombre if années, et qu'il regardera comme fait à lui-même ce qu'on fera pour lui ; preuve évidente que, quelle que fut la çonduitq secrète de Dubois, on ne peut supposer qu'on doive lui attribuer une immoralité affichée, telle que la représentent tant d'auteurs, qui ont copié Duclos et Saint- Simon (a).

la régence du due d'Orléans, qui avait beaucoup de cpnfiançe en Dubois, donna à celui-ci l'occasion de s élever rapidement. Revêtu du litre d'ambassadeur eitraordinaire et plénipotentiaire, il signa, en 1717, le traité de la triple-alliance entre la France, I Angleterre et la Hollande, et en 1718, eelui de la pacification générale de l'Europe. [[ Dubois y déploya des talents qui justifient tes

; (1) Il fut pourvu de l'abbaye de Saint-Just en 1693, et peu après de celle de NoKcnlo-fcoua-Giucy.etc,

(91 Voici comment t'exprime l'archevêque de Cambrai, dam la lettre qu'il écrivit, le 14 octobre 171 1 , à une dame Roujaut, femme de l'intendant de Poitiers, lettre dont on possède encore l'original : « Souffrez, Madame, q«ie je » vous, montre une pleine confiance pour une grâce que je dois vous deman- » der. M. l'abbé Dubois, autrefois précepteur de M. le duc d'Orléans, est » mon ami depuis un grand nombre d'années ; j'en ai reçu des marques » solides et touchantes dans les occasions; ses intérêts me sont sincèrement » chers. Je compterai, Madame, comme des grâces faites «H moi-même toutes n celles que vous lui ferez. S'il était plus connu de vous, il n'aurait aucun » besoin de recommandation ; sçn mérite ferait bien hlus que mes paroles. » Il a une affaire importante, où vous cl M. Roujaut, pouves lut être utiles.

houneurs dont il fut comblé par la suite. « Il avait à » triompher d'une foule d obstacles politiques, dit un au- » leur qui l'a peu ménagé, S'il n'eût fallu pour réussir » que de la souplesse, ses ennemis même s'en fussent reu posés sur lui -, mais il fallait une connaissance profonde » de l'état de l'Europe, une logique puissante, et un tact >) exquis pour discerner le point ou il convenait de s'arrê- » ter. C'est ce que Dubois lit éclater dans un degré supéi> rieur, Sa correspondance manuscrite, sur la négociation >) de la triple-alliance, le place au nombre des diplomates » qui ont attaché leur nom à l'un de ces traités fameux, dont >i l'influence s'est fait sentir sur l'ensemble du système politt tique. Le succès presque inespéré d'une négociation aussi » importante parut aux yeux du prince devoir l'emporter » sur toute autre considération : il confia à son favori le mi- )> nislère des affaires étrangères (1).»]] C'est donc avec raison qu'on a dit que chacun des titres que recevait Dubois, était la récompense d'un nouveau service (2).

A partir de cette époque, on le voit prendre une part active aux négociations relatives à l'Eglise de France; il était très-prononcé contre l'appel ; la preuve en est évidente dans les écrits du temps. Dorsanne lui reproche,

» J'espère bien que vous ne me refuserez pas de lui faire sentir ce bon cœur » qui m'a fait une ai forie impression, pendant que vous étiez dans ce pays.» {Correspondante de Fénelon, tome vi, page 44 \.) S'il était vrai, comme on l'a dil, que Dubois eût flatté le» passions naissantes de son élève, est— il croyable que Fénelon eût pu l'ignorer : si un Prélat, si exact observateur des convenances, eût eu connaissance de tout ce qu'on a reproché à cet homme, est-il croyable qu'il l'eût appelé son ami? Et, qu'on le remarque, Dubois avait cinquante-un an, quand Fénelon écrivait cette lettre : il devait être alors ce qu'il a toujours été depuis. D'autres endroits de la même Correspondance^ tome il, pages ÎS et 29, et une autre lettre h La Molhc-Oudard, du 48 août 1713, qui se trouve dans les OF.uvres de Fénelon , édit. de Versailles, tome xxt, page 263, prouvent évidemment qu'il avait avec Dubois des relations d'amitié,

fl) Biographie universelle, article Dubois. M. Sevelinges, l'auteur de l'article, avait oublié en 1715, les Mémoires secrets et Correspondance inédits du cardinal Dubois ; correspondance particulièrement relative aux traités de 1715. Editeur.

(V Fie du Régent.

dans son journal, d'opiner en toute rencontre dans le conseil pour le parti de l'obéissance au Saint-Siège, de pousser le régent à des mesures de rigueur contre les appelants, de crier beaucoup contre le cardinal de Noailles, d'avoir dos liaisons avec le cardinal de Rohan, avec les Jésuites, etc. (l). Dans le cours de 1719, il travailla à un projet de réconciliation pour l'épiscopat, conjointement avec Massillon, qui fut, à cette époque, élevé sur le siège de Clermont, et avec le Père de La Tour, supérieur de l'Oraioire, qui, après avoir été entraîné par son corps dans le parti de l'appel, sentait la nécessité de revenir sur ses pas. Ce projet eut pour résultat la déclaration du 4 août 1720. Est-il étonnant qu'un parti aussi violent que celui qu'il s'agissait alors de soumettre, lui ait attribué tous les vices; qu'il ait supposé que l'ambition seule était le mobile de sa conduite, etc. ?

Le cardinal de la Trémouille, ambassadeur à Rome et archevêque de Cambrai, étant mort, le 10 janvier 1720, Dubois sollicita et obtint ce siège-, on prétend que Georges I", roi d'Angleterre, écrivit au Régent pour celte affaire ('a). Ce fut alors seulement que Dubois reçut les Ordres sacrés. Le cardinal de Noailles, qui élait fort mécontent de la cour, refusa non-seulement de l'ordonner, niais ne voulut pas accorder le licet nécessaire pour qu'il fût ordonné à Paris (3). L'ordination se fil dans le petit village de Chanteloup, près Triel, doyenné de Pontoise.

On a avancé (4) que, muni de la permission de l'Ar-

(\) Journal de Dorsanne, tome I, in-4°, page 427. Racine, dans X Abrégé de l'Histoire de l'Eglise, dont les derniers volumes sont exclusivement consacrés à la défense du jansénisme, confirme ces détails. Tome iv, art. Ah, etc.

(2) Duclos cite, sous la date d!l 4 lévrier, une lettre de remerciaient de Dubois au roi d'Angleterre. Editeur.

(3J Duclos prétend dans ses mémoires que ce refus fut un des plus forts arguments qui rendit Dubois partisan de la constitution Unigenitus. Cette assertion est démentie par une multitude de preuves, qui font voir que depuis plusieurs années Dubois était entièrement opposé au jansénisme.

Editeur.

(4) Mémoires de Duclos; — Biographie universelle, article Dubois; — Lacrctellc, f/isloirc de France au XVIII* siècle, — et une foule d'auteurs.

chevêque de Rouen, dont la juridiction s'étendait alors jusque-là, et d'un Bref du Pape, Dubois avait reçu tous les Ordres dans une seule matinée; et l'on ajoute des circonstances scandaleuses. Les choses se passèrent sans doute trop vite, mais d'une manière bien moins irrégulière. De Tressan, évêque de Nantes, lui conféra les ordres mineurs et le sous-diaconat, aux Quatre-Temps du Carême, le samedi 24 février, le diaconat le lendemain dimanche, et la prêtrise le dimanche suivant, toujours dans lè même lieu (l).

Lorsque I induit nécessaire pour sa nomination à Cambrai fut arrivé, le cardinal de Gesvres, archevêque de Bourges, fut chargé de faire l'information ordinaire de la vie et des mœurs, et les témoins de Dubois furent de Tressan, évêque de Nantes, et Massillon, évêque de Clermont. Le sacre eut lieu le 9 juin, dans l'église du Valde-Grâce, avec une grande magnificence, en présence du Régent, de la cour, des ambassadeurs étrangers: le consécrateur était le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg et grand aumônier, assisté des cvéques de Nantes et de Clermont. [[ La manière dont Duclos excuse Massillon d'avoir prêté son concours à cette promotion, mérite d'être rapportée, parce qu'elle montre comment les hommes du siècle les plus légers envisageaient cette conduite du grand orateur. « Le Régent pria Massillon d'être le second assistant; Massillon aurait bien voulu s'en dispenser: » mais la grâce singulière d'avoir été fait évêque, ri ayant » que du mérite^ lui lit craindre que son refus ne fût taxé >: d'ingratitude. Il avait fallu payer pour lui ses Bulles, et » lui avancer de quoi se procurer les meubles nécessaires » à sa nouvelle dignité, afin qu'il n'humiliât pas trop les m autres par sa pauvreté, et qu'il ne ressemblât pasabso- » lument à un évêque de la primitive Église. D'ailleurs

(1) Dorsnnne, Joui nal, tome i, page 607, etc. Cet autour contemporain, vicaire-général de Paris, qui notait jour par jour ce qui l'intéressait dans les affaires ecclésiastiques, est une autorité plu» sûre que des écrivains posté* rieurs. Ce seul point doit montrer combien on doit se défier des anecdotes.

m ANNEE 1723.

9 l'étude avait pu l'empêcher d'être parfaitement instruit » de toute la dépravation du nouveau Prélat. Ajoutez à » ces raisons une sorte de timidité que la vertu bouro geoise conserve au milieu de la cour : il obéit enfui à la m nécessité; les rigoristes le blâmaient; et les gens raison - » nablesle plaignirent et l'excusèrent (l). » Un Prélat de ce caractère, qui rappelait an moins en quelque manière les vertu* des anciens temps, aurait-il prêté sou ministère ù la consécration d'un homme affiché par les scandales de sa vie et par une impiété grossière? Massillon, qoi, peu après sa nomination à l'évêché de Clerinout, avait prêché à la cour le Carême (2), et qui avait travaillé avec Dubois dans les négociations relatives à la pais de l'Église, n'eût pu ignorer la dépravation de Dubois, si elle eut été telle qu'on a coutume de la représenter. ]]

L'année suivante, le Régent demandait pour lui le chapeau de cardinal, et cette demande était appuyée par d'autres souverains, notamment par l'Empereur. Ce qu'on raconte du pacte conclu pendant la durée du Conclave avec le cardinal Conti (le Pape Innocent XIII), qu'il aurait l'appui de la France, s'il s'engageait à faire Dubois cardinal, n'est qu'une de ces fables dignes des pamphlets, où ou la trouve consignée; beaucoup d'auteurs en conviennent. Il fut déclaré cardinal le 5 juillet.

Son entrée au conseil de régence, en 1723, souleva les susceptibilités ordinaires dans les cours ; Dubois avait eu le soin d'y faire entrer avant lui le cardinal de Rouan, qui, par les droits de la naissance, pouvait précéder bien des ducs et pairs; puis, en qualité de Cardinal, il s'y plaça à la suite, immédiatement après les princes du sang. Les ducs et pairs se récrièrent, ainsi que les maréchaux de France, et le chancelier d'Aguesseau, qui fut exilé dans sa terre de Fresqes, et à qui l'on ôta les sceaux. Le* grandes fa-

(!) C'eet «» 1714 Mawillaa prêcha ce petit cwéme, qui peut servir k Taire apprécier la différente qui esùuil entre la c«»r du Régent et eetlr à* L,onit XIV. Éditeur.

milles ne purent pardonner à Dubois une élévation' si rapide; el voilà, entre les mitres, une des mirons pour lestpi elles il est si maltraité dans les Mémoires de Saint- Simon, qui, selon l'expression de Duclos, était duc jusqu'au fanatisme. Les déplaisirs du courtisan percent à chaque ligne dans ses récits pleins d'amerlunie (l).

Bientôt après, le 22 août 172*2, Dubois, tout en conservant le département des affaires étrangères, fut nommé premier ministre (2), et il assista en cette qualité au sacre du jeune roi. L'Académie française se fît un honneur de le recevoir ; Fontenelle, qui prononça le discours de réception, loue son esprit conciliateur, la sagesse de ses vues, son adresse à ménager des intérêts opposés, et à triompher des contradictions les plus embarrassantes : « Vous vous » souvenez, dil il au récipiendaire , que mes vœux vous » appelaient ici longtemps avant que vous pussiez y ap- » porter des titres. »

L'assemblée du clergé de l'année 1723 le nomma, le 29 mai, le premier de ses présidents, et il prononça, dans la séance du 4 juin suivant, un discours, que Ton trouve dans le procès- verbal, et qui est fort bien, soit pour le fond, soit pour le style.

S étant trouvé incommodé le 9 août, il se Ht transporter de Meudon, où était la cour, à Versailles; on lui fit une opération pour un abcès; et auparavant il s'était confessé à un Père Récollet. On a voulu tirer parti contre lui de ce que, sur la proposition qui lui avait été faite de recevoir le Viatique, il avait voulu qu'on s'informât d'abord du cérémonial particulier pour les cardinaux, et de ce

(I) Ces questions de préséance se renouvelèrent peu après a l'occasion du sacre du jeune roi. Le Regeot et les cinq plinces du sang y remplirent les fonction» de piirs laïques; les autres ducs el pairs n'y parurent pas, pour ne passe trouver après les Cardinaux. Editeur.

("2j Rien n'est plus absurde que toutes les anecdotes rappelées à l'occasion de celte nomination par Duclns et ceux qui l'ont copié. Le rôle inforne qu'il l'ait jouer à Lafi:au, évêque de Sisieron, est entièrement dénué de vraisemblance, ainsi que toutes les imputations qu'il ; ccun.ule contre ce prélat, fort odieux au parti janséniste. Editeur.

ANNEE il 23.

qu'il ne put le recevoir ensuite : mais, puisqu'il est trèsvrai qu'il y a un rit particulier pour les évêques et les cardinaux, il e>t injuste de conclure qu'il cherchait à se dispenser d'un devoir de religion. On a prétendu aussi que cette dernière maladie était la suile du dérèglement de ses mœurs; mais plusieurs auteurs contemporains, et Saint-Simon lui-même, si porté à accueillir les bruits les plus désavantageux à ses ennemis, gardent le silence sur cette imputation.

Dubois jouissait à sa mort, outre l'archevêché de Cambrai, de sept abbayes, et d'autres bénéfices, et les places qu'il avait dans le gouvernement lui rapportaient un revenu immense. Une multitude d'auteurs ont assuré qu'il recevait une pension de l'Angleterre. Mais, dit un auteur qui ne le ménage pas, un d:plomate fort instruit, et qui a été longtemps à la tête des affaires étrangères, n'a trouvé aucune trace de cette pension ; et on peut la regarder comme une fable inventée par ses nombreux ennemis (l). (( « Plus avide qu'avare, dit Duclos, Dubois enlrete- »> nait une maison superbe, et une table somptueuse, » dont il faisait très -bien les honneurs, quoique trèssvbre » par lui-même, » Témoignage important dans la bouche d'un homme qui semble avoir rassemblé contre Dubois toutes les satires de l'époque. « Le prodigieux mobilier du m cardinal, ajoute-t-il, passa a sou frère aîné, secrétaire » du cabinet, très-honnête homme : celui-ci n'avait qu'un » fils, chanoine de Saint-Honoré , digne ecclésiastique, » vivant dans la retraite, sans avoir voulu ni pension, » ni autre bénéfice que son canonicat. Le frère et le ne- » veu ne furent point éblouis d'une si riche succession. » Ils l'employèrent presque toute en charités, et ils ont » conservé leur modestie jusqu'à la mort. Ils firent éle-

(1) Biôgraphie universelle, art. Dubois, par Sevclinges. Cet auteur fait ntvmc observer qu'à l'époque ou l'on suppose que celte pension aurait été accordée, c'esl-à-dire à l'époque des traites de 1.17, Dubois aurait pu cire accusé du dessein de corrompre, plutôt qu'avoir à se défendre d'avoir clc corrompu ; tant les avantages qu'il obtenait étaient importants. Éditeur.

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» ver un mausolée au cardinal dans l'église de Saint' » Honoré où il fut inhumé. Pour toute épilaphe, on y » lit ses titres, terminés par une réflexion morale et » chrétienne (1). ))

Tous les faits et tous les témoignages que nous venons de recueillir, semhlent présenter le cardinal Dubois sous des couleurs moins défavorables que n ont coutume de le faire la plupart des écrivains. Sans doute nous ne prétendons pas que ce prélat était irréprochable : c'est avec blâme que nous voyons les services rendus à l'Etat récompensés par celte pluralité de bénéfices, et le siège de Fénelon occupé par un homme si longtemps étranger aux habitudes sacerdotales. Mais, en résumé, nous le voyons honoré constamment de la confiance d'un prince, facile à la vérité, mais spirituel 5 chargé de négociations importantes et les remplissant avec un succès inespéré; élevé a de grands emplois et y montrant autant de capacité que d'activité (2) *, en relation étroite avec des personnages distingués dans l'Église et dans l'État, avec l'illustre archevêque de Cambrai, qui l'appelle son ami ; avec le cardinal de Rohan, dont l'histoire a loué les nobles et brillantes qualités, avec un grand nombre d'évêques estimables, parmi lesquels étaient Massillon et Langue!; avec d'Argenson, Fonlenelle, etc. -, enfin honoré par la probité et le désintéressement de sa propre famille. Ne sont-cepas là des raisons sérieuses de croire que ce ministre n'a pas été tel que ses ennemis l'ont représenté ? N'est-il pas

(1) Ce mansolée, œuvre de Guillaume Cnustou, a été dans la suite transporte a Sainl-Roch. L'énuineration des titres de Dubois y est suivie de cette reflexion î Quid autem hl tituli, ni*i meus coloratus et vapor ad modicum parens ? Solidiora et stobilioia bona moi tuo precare. Editeur.

(2) « Le cardinal Dubois voulait surveiller par lui-même toutes les par- • ties de son immense administration. L'auteur de cet article a eu sous les » yeux la copie fidèle du tableau qu'il avait hiit dresser pour fixer d'une manière » irrévocable l'emploi de ses journées et qu'il avait suspendu au pied de son » lit et h sa cheminée. On y voit que dans toutes les saisons le travail eom- » mençait à cinq heures du matin, ne.se terminait qu'à sept heures du soir, » et n'était interrompu que d'une heure à trois, par le dîner, qui était d'une a magnificence somptueuse, quoiqu'il fût pour lui-même d'une sobriété ex- » trême. » Biogvnpltie, art. Dubois par Sevelinses.

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