‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le XVIIIe siècleChapitre 5 sur 17 · SUR*UN MIRACLE OPÉRÉ A LA PROCESSION DE LA PAROISSE SAINTE · texte numérisé non relu

SUR*UN MIRACLE OPÉRÉ A LA PROCESSION DE LA PAROISSE SAINTE

Marguerite, a Paris,, le 31 mai précédent (l). Cet événement fit dans Je temps un grand éclat : le mandement du cardinal l'expose avec une parfaite netteté.

a II est important, mes très-chers Frères, dit le cardinal, que vous sachiez exactement les circonstances du fait miraculeux qui vient de paraître, que vous en tiriez les conséquences justes et naturelles qu'il nous présente, et que vous soyez instruits des précautions que nous avons prises pour assurer la vérité du fait, et pour le transmettre a la postérité avec la même exactitude que nos Pères ont observée, pour faire passer jusqu'à nous des miracles de la même nature, dont ils ont élé les témoins. »

« La femme en faveur de qui Dieu a opéré le miracle, se nomme Anne Charlier, épouse du sieur de la Fosse, maître ébéniste, âgée de quarante-cinq ans, née et élevée à Paris. On rend témoignage dans tous les lieux où elle a demeuré, et particulièrement sur la paroisse de Sainte- Marguerite, où elle est établie depuis 20 ans, que sa conduite a toujours été chrétienne et édifiante. »

« Il y a près de 20 ans que Dieu affligea cette femme d'une perte de sang qui depuis sept années était dcveuue

(1) M. Picot, dans l'édition précédente, s'exprimait ainsi : « Mandemtnt » sur un miracle, opéré, dit-on, à la procession , etc. » Ce fait nous paraît tellement avéré, que nous n'avons pas cru devoir laisser subsister l'apparence du doute. Tous les ans, on bit encore présentement dans la paroisse Sainte- Marguerite, une procession commémorative du miracle : nous avons cru nnssi devoir rappo ter textuellement un long extrait du Mandement que M. Picot avait seulement analysé. Jpdtieur.

si continuelle, si violente et si opiniâtre, que les tentative» qu'on avait faites pour la guérir avaient été aussi inutiles que dangereuses. »

« Depuis 1 8 mois, son épuisement ne lui permettait plus de marcher, même avec des béquilles, ni de soutenir la lu* mière ; les plus légers mouvements la faisaient tomber enfai* blesse, elle ne pouvait presque demeurer dans son lit à cause d'une grande douleur de côté, et pour passer de son lit h son fauteuil, on était obligé de la porter. Pour recevoir la sainte communion le lundi qui précéda saguérison, elle se fit porter dans une chaise jusqu'au pied de l'autel $ elle ne put se mettre à genoux que soutenue par deux personnes, et on la rapporta de r église presque mourante. »

« Son infirmité connue d'un grand nombre de personnes, tant du faubourg Saint-Antoine, que de différents autres quartiers de Paris, était devenue de notoriété publique ; et soixante témoins dignes de foi, attestent les circonstances que nous venons de vous marquer. La vérité et la promptitude de sa guérison ne sont ni moins notoires, ni moins attestées. »

« Se sentant plus incommodée qu'auparavant, elle prit la résolution de s'adresser à Jésus-Christ le jour du Saint- Sacrement, que la procession devait passer devant sa porte... Le matin même de cette fête solennelle , une femme née dans la religion protestante, que la malade connaissait depuis longtemps, la vint voir, et l'ayant trouvée consternée par l'augmentation de son mal, elle l'exhorta à mettre toute sa confiance en Jésus -Christ : elle lui représenta que le Fils de Dieu ressuscité d'entre les morts, toujours vivant, n'était pas moins puissant dans le ciel, que lorsqu'il était sur la terre, etc. »

« La dame de la Fosse, fortifiée par ce discours, résolut de suivre le mouvement que Dieu avait mis dans son cœur, et de demander sa guérison à Jésus-Christ ; non à Jésus-» Christ présent seulement dans le ciel, selon le conseil de la nouvelle réunie (1), mais à Jésus-Christ réellement

(1) ([ On donnait le nom de nouveaux réunis on nouveaux rom'erti$ *

présent dans le sacrement de l'Eucharistie, selon la foi de l'Église. Animée de ees sentiments, elle se fit descendre dans la rue; la nouvelle réunie se retira dans ce moment, pour aller dans une maison voisine, où plusieurs nouveaux réunis étaient assemblés, et où Dieu avait permis qu'ils se trouvassent, pour être instruits exactement du miracle qu'il voulait opérer, peut-être encore plus pour eux que pour la malade. »

a Lorsqu'elle fut à sa porte, elle se trouva très-mal, ne pouvant soutenir ni l'air, ni le grand jour. Cependant quand on lui dit : Voilà le Saint- Sacrement, elle fit un effort pour se jeter à genoux, et elle tomba dans l'instant sur ses mains, criant en même temps : « Seigneur, si vous » voulez, vous pouvez me guérir, je crois que vous êtes le » même qui êtes entré dans Jérusalem : pardonnez-moi » mes péchés, et je serai guérie. » Elle marcha sur ses genoux et sur ses mains quelques pas, criant toujours à haute voix : « Jésus- Christ, vous pouvez me guérir. » Le peuple étonné du spectacle, parut scandalisé de voir une femme suivre le Saint-Sacrement se traînant par terre, et criant à haute voix : les uns crurent qu'elle était ivre ou eu démence, d'autres qu'elle tombait du mal caduc : tous la pressèrent de se retirer; sa foi ne fut point refroidie par tous ces obstacles ; rien ne put l'empêcher de continuer sa marche et d'invoquer Jésus-Christ, disant a qu'on la » laissât suivre son Dieu, et sa foi fut bientôt exaucée. »

« Sentant tout d'un coup son cœur se fortifier, elle se leva, encore soutenue par les deux personnes qui l'avaient accompagnée ; et dans le moment, éprouvant que son corps tournait comme pour retomber, elle cria encore plus fortement : « Seigneur, que j'entre dans votre temple, » et je serai guérie. » Elle dit même à ceux qui la soutenaient de la laisser, persuadée qu'elle marcherait bien; ils la virent en effet marcher dans la foule du peuple et suivre le Saint-Sacrement. Elle alla seule et sans secours

ceux qu'on savait tenir rn secret à la religion protestante, mais qui n'osaient la professer publiquement. ] •

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jusqu'à l'église de Sainte-Marguerite, perdant toujours néanmoins une très-grande quantité de sang. »

« Arrivée à la porte de l'église, elle redoubla ses prières, et demanda à Dieu avec une nouvelle ferveur, qu'elle n'entrât point dans le lieu saint, sans être pleinement guérie : au moment donc qu'elle eut mis le pied dans le temple du Seigneur, elle sentit comme l'Hémorrhoïsse de l'Evangile, la source du sang qu'elle perdait desséchée. Elle resta debout ou à genoux à la porte du chœur, pendant tierce et la grande messe, qui durèrent une heure et demie, sans être aidée de personne, ni pour se mettre à genoux, ni pour se relever 5 pendant sexte, elle entra dans le chœur, et demeura quelque temps à genoux devant le Saint-Sacrement : elle en sortit sans être incommodée de la lumière, qu'elle ne pouvait soutenir auparavant. Enfin, sans être soutenue par personne, elle revint à pied chez elle, accompagnée d'une grande multitude qui, semblable aux peuples témoins des miracles de Jésus-Christ, saisie de crainte et d'admiration, glorifiait Dieu, qui donnait aux hommes des preuves si surprenantes de sa puissance. »

« Ceux qui avaient vu la malade se jeter par terre en présence du Saint-Sacrement, et qui n'avaient pu la suivre, à cause de la foule du peuple, s'attendaient si peu à une guérison miraculeuse, qu'ils laissèrent quelque temps à sa porte le fauteuil dans lequel on l'avait descendue, convaincus qu'on allait la rapporter presque mourante, et que le secours qui avait été •nécessaire pour la descendre, le serait encore plus pour la remonter dans sa chambre. »

« A son arrivée dans sa maison, quel concours de ses voisins et de tous ceux qui avaient été exactement instruits de sa maladie ! En la voyant monter son escalier, comme si elle n'avait point été malade, ils ne pouvaient croire ce qu'ils voyaient; à peine était-elle assise, qu'ils la priaient de se lever et de marcher dans sa chambre, pour confirmer à leurs yeux la preuve d'une guérison au-dessus des forces de la nature, et qui ne pouvait venir que de Dieu. »

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« Le bruit du miracle parvint bientôt jusqu'à la nouvelle réunie, qui avait vu le matin la dame de la Fosse, et qui s'était retirée dans le voisinage. Elle dépose elle-même que frappée d'étonnement et de joie, sur la nouvelle de la guérison de son ancienne amie, elle en perdit la parole, et qu'elle envoya dans le moment son fils aussi nouveau réuni, chez la malade, pour s'assurer de la vérité du fait. »

« Le fils courut à la maison de la dame de la Fosse, qu'il rencontra dans la rue arrivant de la messe : il atteste dans sa déposition que le spectacle de cette femme qu'il voyait marcher librement, après l'avoir vue depuis si longtemps, ne marchant que sur ses genoux et sur ses mains, et qu'il appelait le ver rampant, le toucha et le saisit si fort, qu'il ne put lui parler : il ajoute qu'il ne fut (oui -à-fait persuadé de la guérison, que lorsqu'il l'eut vue, faisant plusieurs tours dans sa chambre, et le reconduisant jusqu'à l'escalier, sans que personne la soutint. »

« Dès qu'il eut rendu compte à sa mère, elle vint ellemême, pour voir de ses propres yeux les merveilles de Dieu; la malade lui donna des preuves si claires et si convaincantes de sa guérison, que la mère a reconnu et déclaré aussi bien que son (ils, que c'était a un effet mi- » raculeux de la toute-puissance de Dieu, et qu'ils ne » croient pas qu'il y ait eu de miracle plus certain que » celui-là; » ce sont les propres expressions de leur déposition que nous rapportons ici. »

« A ces deux témoignages si édifiants, et que l'on ne peut soupçonner de collusion, nous ne pouvons nous dispenser d'en ajouter un troisième d'un chirurgien que son art et la connaissance qu'il avait de la malade rendent encore d'un plus grand poids. »

a Le sieur Proubet, chirurgien, voyait la dame de la Fosse depuis quinze ans, et il savait que son infirmité l'avait réduite dans une entière impuissance de marcher; il avoue dans sa déposition que, à la première nouvelle de sa guérison, il ne put la croire, et qu'il dit que, si elle marchait, ce ne pouvait être que l'effet d'un très-grand miracle, n

« Pour s eclaircir du fait, il alla le jour même chez la malade; dès qu'elle le vit, elle se leva et vint au-devant de lui, disant quun plus grand médecin que lui lavait guérie. Il en fut attendri sans pouvoir parler, et il ne douta plus de la guérison, après avoir vu la malade descendre son escalier, le reconduire jusque dans la rue, aussi ferme sur ses jambes que si elle avait toujours joui d'une parfaite santé (l). »

a Pour vous donner ici, mes très-chers Frères, un précis des témoignnges contenus dans l'information, presque tous les témoins que notre commissaire a entendus connaissaient depuis longtemps la dame de la Fasse; ils savaient l'état de faiblesse et d'épuisement où son infirmité l'avait réduite; ils marquent tous leur étonnementsur une guérison si prompte et si parfaite; ils rendent tous témoignage à la vertu, à la caudeur et à la droiture de la malade, »

[[ Nous interromprons ici le Mandement pour observer qu'il est certain que Voltaire, qui était alors âgé de trente ans, fut du nombre des témoins qui furent entendus dans l'enquête et qui déposèrent sur la vérité du miracle: une de ses lettres ne laisse aucun doute à ce sujet. « Le mi- » racle du faubourg Saint-Antoine, dit-il, m'a donné un » petit vernis de dévotion : je suis cité dans le mande- » ment; j'ai été invité en cérémonie au Te Deum chanté » en action de grâces de la guérison de la dame de la » Fosse (2)]]. »

« Les parents (de la dame) qui la voyaient souvent, ses voisins qui lui rendaient les services que la charité chrétienne exige, et qui la consolaient dans ses souffrances ;

(1) On imprime présentement le Journal d'un contemporain, l'avocat Barbier, qui indique souvent un peu de légèreté relativement aux contestations religieuses de l'époque. 11 s'exprime ainsi sur ce miracle : « Nous avons en » un miracle dans Paris à la Procession de la grande Fête-Dieu ; et il est si » avéré, que je suis obligé moi-même de le croire, ce qui n'est pas peu. a Journal de Barbier, tome î, page 219. Editeur.

(î) Lettre de Voltaire à la présidente de Bernières, 29 août 17ÎS : OEuvres de Voltaire, édil. Lequicn, tome i.n».

d autres personnes répandues dans divers quartiers de Paris, qui la connaissaient à l'occasion des ouvrages de son mari et de son commerce, ont déposé qu'ils l'ont trouvée quelquefois baignée dans son sang, ne pouvant plus marcher, sa vue si affaiblie, qu'elle ne distinguait pas ceux qui venaient la voir, et qu'elle ne les reconnaissait qu'au son de leur voix; que, presque toujours sans appétit, elle ne pouvait prendre de nourriture sans de grandes souffrances; si maigre et si exténuée, qu'on la regardait comme une malade hors d'espérance de guérison, et que les médecins ne la voyaient plus, parce qu'ils jugeaient sa maladie sans remède. Ces mêmes témoins admirent comment en un instant elle a été délivrée de maux si considérables et si invétérés, comment ses forces se sont rétablies au point qu'elle va à pied d'une extrémité de Paris à l'autre; ils louent tous, ils glorifient tous Dieu de la santé rendue à cette malade, dont ils croyaient l'infirmité incurable (1). »

« Dans le concours de monde de tout état, de toute nation, de toute religion, que le bruit du miracle a attiré chez la dame de la Fosse, tous sont revenus aussi convaincus de la vérité de la guérison qu'édifiés de la foi simple et de la sincérité de la personne guérie. »

» Nous devons a jouter, pour votre édification, que Dieu n'a pas permis que la moindre apparence d'intérêt ait pu faire soupçonner de l'art et de l'industrie dans ce qui s'était passé. Une auguste princesse, que sa foi et sa piété rendirent attentive ace miracle, croyant la personne guérie dans le besoin, lui fit offrir des secours : quoiqu'il ne fût presque pas permis de refuser un présent d'une main si respectable, la dame de la Fosse, contente de 6on état, n'hésita point pour répondre qu'elle n'avait besoin de rien, qu'elle s'estimait trop heureuse d'avoir recouvré sa santé, et que le même Dieu qui l'avait assistée pendant sa maladie, après l'avoir guérie, ne la laisserait pas manquer. D'autres

(1) Le cardinal chargea de plus cinq des principaux médecins de la capitale d'examiner la dame de la Fosse, et de lui faire un rapport sur cette guerison, qu'ils s'accordèrent fous à regarder comme miraculeuse. Éditent .

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personnes d'une grande considération firent tous leurs efforts pour lui faire accepter quelques secours qu'elle a généreusement et constamment refusés : un homme connu dans le monde, pressa le mari, par un mouvement de charité, de recevoir quelque argent j le sieur de la Fosse, pénétré de reconnaissance de la grâce si surprenante faite à sa femme, répondit avec foi qu'il ne serait pas ditquil eût vendu les dons de Dieu. C'est ainsi que, dans un siècle où l'on veut douter de tout, Dieu a voulu que tout concourût pour mettre dans une pleine évidence un miracle si avéré. »

« Dans le fait miraculeux dont il s'agit, Dieu a récompensé la foi, la piété, la patience de la malade éprouvée depuis tant d'années : mais en même temps, dans ces jours de licence et de corruption, où l'irréligion fait tant de progrès, Dieu a voulu confondre les incrédules, donner pour la consolation des Fidèles et pour la pleine conviction de nos Frères réunis une preuve sensible et éclatante des grandes vérités, que les premiers sont assez heureux pour croire d'une foi ferme, et dont les seconds ont tant de peine à se persuader. »

« Nous croyons que le divin Sauveur est réellement présent dans l'Eucharistie : nous rendons une véritable adoration à Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel : enfin nous croyons qu'il n'y a rien que de saint dans l'usage de consacrer une fêle dans l'année, où l'on expose Jésus- Christ dans l'Eucharistie à la vénération publique des fidèles. Nos frères séparés refusent de croire le dogme de la présence réelle : ils condamnent l'adoration que l'on rend au Fils de Dieu dans ce mystère, comme un acte d'idolâtrie : la vénération que nous témoignons pour la sainte Eucharistie dans les processions solennelles établies pour l'honorer, leur paraît un culte abusif et superstitieux. Trois vérités que Dieu a voulu démontrer d'une manière visible : trois erreurs opposées au dogme et au culte de l'Eglise que Dieu a voulu détruire par le miracle opéré sous nos yeux. Cette femme chrétienne que le Seigneur â

guérie Ta dit elle-même à plusieurs protestants que la main de Dieu conduisait chez elle pour être témoins de sa guérison -, elle leur a dit que c'était Jésus-Christ présent dans le Saint-Sacrement de l'Autel qui était l'objet de son adoration et de son culte, que c'était à Jésus-Christ caché dans les sacrés mystères, exposé dans la procession solennelle à la Vénération des Fidèles, qu'elle avait demandé sa guérison avec des sentiments de foi que Dieu a bien voulu exaucer. »

«Que plusieurs Protestants que Dieu a permis qu'ils aient été témoins des infirmilés de la malade et de sa guérison miraculeuse; que ceux d'entre eux qui ont eu la sincérité et la bonne foi d'attester la vérité du miracle 5 que tant d'autres qui n'en peuvent douter profiteut donc dè la grâce singulière que Dieu leur accorde pour les éclairer et pour dissiper leurs ténèbres-, que les circonstances de ce prodige les rendent attentifs à tant de preuves éclatantes du dogme de la présence réelle tirées de l'Ecriture et de la tradition, qui n'ont pu jusqu'ici les convaincre, et qu'ils reconnaissent avec nous que Jésus-Christ est réellement présent sur nos Autels, qu'il veut y être adoré, et qu'il approuve l'hommage et le culte public que nous lui rendons dans le Sacrement de l'Eucharistie. »

Ces conclusions que développe solidement le reste du mandement étaient d'autant plus importantes à établir qu'il y avait alors un plus grand nombre de protestants dans le faubourg Saint-Antoine. Cette explication est plus plausible que celle de quelques appelants qui prétendaient que ce miracle était décisif en leur faveur, parée que le clergé de Sainte-Marguerite, et en particulier le curé, qui portait le Saint-Sacrement, étaient appelants. Ils s'en vantèrent dans plusieurs écrits, et cette jactance infirma aux yeux de plusieurs personnes l'authenticité d'un prodige qui aurait sans doute trouvé plus de créance sans les impostures notoires et les miracles ridicules que l'on multiplia si fort quelques années après, au

scandale de l'Église et à la honte de ce même pani (1).

— Le 30 septembre. Consécration du second archevêque d'Utrecht. Le jansénisme avait consommé le schisme en Hollande par la consécration de Steenoven. Après la mort prématurée de celui-ci, Corneille- Jean Barchman-Wuytiers fut élu pour lui succéder le 15 mai, par le prétendu chapitre d'Utrecht. Barchman, après avoir fait ses premières études chez les Oratoriens de Malines, avait passé ensuite plusieurs années au séminaire Saint-Magloire de Paris, que dirigeait la même congrégation : il avait reçu les ordres des mains de l'évêque de Sénez ; et Quesnel avait prédit qu'il ferait la consolation de l'église d'Utrecht (*2), prédiction dont le sens est aisé à comprendre. Le décret d'élection fut envoyé au Pape, à qui le nouvel élu, conjointement avec le Chapitre, demandait la confirmation et la dispense du décret du concile de Nicée, qui exige que l'évêque consécrateur soit assisté de deux autres évêques. Ces demandes étaient d'autant plus illusoires, que le souverain Pontife avait essayé précédemment tous les moyens pour empêcher cette élection schismatique; aussi le Pape n'y répondit que par un bref qui déclarait l'élection nulle, et défendait, sous les peines les plus rigoureuses, de procéder à la consécration. Mais cette sentence tombait sur des cœurs endurcis : le nouvel élu opposa un acte d'appel signé de lui, de son Chapitre et d'environ soixante prêtres; et Varlet, évêque de Babylone, qui avait déjà imposé les mains à Steenoven, sacra également Barchman. [[ Celui-ci, écrivant au Pape peu de jours après son sacre, protestait qu'il était prêt à descendre

(1) Plusieurs écrivains de cette époque supposent que les partisans de la constitution Unigenilus faisaient des efforts pour que la dame de la Fosse déclarât sa soumission à cette bulle, l/historien Racine, qui recueille avidement tout ce qui favorise les jansénistes, rapporte lui-même qu'elle faisait cette réponse : ■ Je ne sais ce que c'est que la Constitution : je suis soumise » a mon archevêque, au Pape, à l'Eglise. » Abrégé de l' Histoire ecclésiastique, tome xv, art. 7. On ne voit pas comment le p irli pouvait se prévaloir du prodige. Éditeur.

(2) Histoire de l'église d'Utrecht, page &7.

ANNÉE tl».

de son siège, si celte démarche était nécessaire pour rétablir la tranquillité dans V Église. On jugera facilement de la bonne foi de ces protestations. D. Thierry de Vienne, lui ayant témoigné quelque peine au sujet de cette clause, en reçut celte réponse : « Ne vous mettez pas en peine de » 1 offre que je fais : ce ne sera qu'à de si bonnes condi- » lions que l'Église en tirerait de grands avantages. Voilà » les trois conditions : point de Formulaire ; point de » constitution Unigenitus $ et les droits du chapitre d'U- » trecht reconnus; et cela non par de vaines promesses, » mais par des actes authentiques (l). » On voit bien qu'après cela le prétendu prélat n'élait guère inquiet sur les suites de ses engagements.]] Déclaré par un nouveau bref excommunié avec tous ses adhérents, il se consola par les lettres de félicitation et de communion qu'il recevait des appelants français. Sans parler des ecclésiastiques du second ordre, on cite, parmi ceux qui approuvèrent formellement cette consécration sacrilège, lesévéquesde Sénez, de Montpellier, d'Auxerre et de Baycux (-2). Ces détails *sont d'autant plus importants à observer, que la marche suivie par le parti janséniste en Hollande servit de modèle à celle qu'il parvint à faire adopter plus tard dans La Constitution civile du clergé.

C'est, du reste, à cette époque que le parti se renforça, en Hollande, d'ecclésiastiques errants, de religieux déserteurs de leurs règles et de laïques passionnés. Cette même année, vingt-six Chartreux s'y rendirent de Paris, pour éviter d'obéir à un décret de leur Ordre, qui prescrivait de se soumettre à la constitution Unigenitus,

[[ Des troubles malheureux agitaient depuis longtemps celle congrégation si respectable. Nous ne parlerons pas des débats intérieurs qu'avaient excités quelques changements opérés dans les statuts de l'Ordre. Le jansénisme

M) Histoire de l'église d'Ulrecht, page 538.

(2) L'Histoire de l'église d'Utrecht, écrite sur les lieux, assure, p. 639, qu'on conservait dans tes archives d'Utrecht les originaux de plus de cent de ces lettres de communion. Editeur.

ANSEK 1725.

avait malheureusement séduit un certain nombre de ces solitaires : dès le commencement du siècle, la signature du formulaire avait déjà rencontré beaucoup d'opposition : le chapitre général de l'Ordre, tenu en 1723, ayant reçu la constitution Unigenitus , et ayant prescrit à chaque Chartreux de s'y soumettre simplement et sans restriction, de grands désordres s'ensuivirent. Quarante-cinq religieux de la seule province de France présentèrent à l'assemblée de Tannée suivante de vives réclamations, où se faisaient remarquer les préventions les plus outrées. Les supérieurs généraux, et en particulier don Mongcflbn, prieur de la Grande-Chartreuse, crurent devoir recourir à des mesures énergiques : on éloigna certains religieux des maisons sur lesquelles ils avaient de l'influence; on surveilla plus sévèrement les autres; enfin le chapitre général, du commencement de l'année 1723, employa les peines canoniques. On distingua les récalcitrants en trois classes. Vingt-cinq religieux, qui avaient simplement refusé de se sou m ei ire à la Conslitulion, furent déclarés interdits, suspens de tout exercice des saints ordres, privés même de la communion laïque, et menacés prochainement d'excommunication, s'ils ne venaient à résipiscence. Quatorze, qui non-seulement avaient refusé de se soumettre, mais qui, depuis la déclaration du 4 août 1720, avaient appelé ou renouvelé leur appel, étaieut dénoncés nommément excommuniés, et devaient être traités comme tels. Enfin dix autres, qui, outre leur appel, avaient rétracté la signature pure et simple qu'ils avaient faite du formulaire, étaient non-seulement demeurés comme excommuniés, mais devaient avoir leur cellule pour prison, et étaient condamnés à cinq jours par semaine d'un jeûne rigoureux (1). J]

Ne pouvant obtenir de la magistrature l'appui sur le-

{? (1) Protestation des Chartreux opposants h la bulle Unigenitus , — Apologie pour les Chartreux, Amsterdam, 1725. Cette dernière pièce est signée de trente-un religieux profès des maisons de Paris, Bourg-Fontaine, Gaillon, Beaune, etc. (Editeur.)

quel ils avaient quelque temps compté, et e ici tés par de

{►ernicieux conseils, les récalcitrants sortirent une nuit de eurs cellules, franchirent les murs de leur couvent avec les secours qu'on leur fournit du dehors, trouvèrent des habits et des chevaux tout prêts, et s'enfuirent déguisés (l). Des prêtres ollicieux et déguisés eux-mêmes gardaient leur marche. C'étaient ce Jubé et ce Boullenois dont il a déjà été parlé. Accueillis avec faveur par Barchmann, ils s'établirent dans deux maisons près du voisinage d'Utrecht, où ils essayèrent de reprendre la vie conventuelle.

On ne négligea rien pour pallier ce qu'une telle con-? duite avait de choquant et de contraire à toutes les règles de leur état. 11 parut des écrits pour la Défense des Cltartreux fugitifs, et l'on voulut faire admirer la constance et la piété de ces moines édifiants, qui s'échappaient de leur couvent pour aller respirer l'air libre de la Hollande.

Ce triste exemple eut des imitateurs. Quinze religieux de l'abbaye d'Or val, au diocèse de Trêves, s'enfuirent en habits d'officiers, plutôt que de se soumettre à la signature du formulaire, qui leur était demandée par un visiteur apostolique chargé de cette mission par le nonce du Pape à Bruxelles 5 à leur tête étaient le prieur et le maître des novices, Jean-Jacques Hoffremont, qui s'appliquait depuis longtemps a précautionner les novices contre l'acceptation de la bulle Unigenitus: c'est le témoignage que lui rendent les Nouv. eoelés. du 28 juin 1737. Des martyrs d'une si belle cause méritaient qu'on leur procurât un exil commode. Les jansénistes de France se cotisèrent en leur faveur, et leur achetèrent auprès d'Utrecht les maisons de Schoonaw et de Rhinwich, pour en faire le refoge de tous ceux que l'appât de la liberté entraînait vers ce

(1) Une lettre de D. Hudelet, Clinrtretix, qui rentra pen après dans «on couvent, montra les artifices et les séductions dont on j>'élait servi pour les arracher dç leur cloître. « Je n'ai eu que trop de sujet déjuger, dit-il, que » ceux qui ont procuré notre évasion, cherchaient plutôt à faire un coup » d'éclat qu'à nous tirer d'une prétendue oppression dont ils nous grossis- » saient l'idée pour nous intimider. • l'n de ces Chartreux passa depuis en Angleterre, où l'on croit qu'il se fit ministre.

pays(l). L'église d'Utrecht devint un point de ralliement pour lous les ennemis du Saint-Siège, et Ton mettait d'auv tant pins d'ardeur à la soutenir, qu'elle semblait donner du relief à la cause par le nom d'un archevêque. On y envoya des contributions volontaires, des actes d'adhésion, et Ton serra davantage les nœuds de cette union, à mesure que l'on se détachait plus volontiers du centre de l'unité. Le parti du chapitre d'Utrecht ne dissimulait même plusses sentiments. Interpellés par le gouvernement hollandais, ces prêtres répondirent sans façon qu'ils étaient jansénistes, comme le marque Dorsanne, dans son Journal, t. II, page 413. Il raconte, dans le même endroit, que ce parti travailla et réussit à empêcher les démarches que firent, auprès des États, les prêtres qui ne reconnaissaient pas le chapitre, pour obtenir qu'on leur permît d'avoir un vicaire apostolique.

Cependant cette petite église était livré à des divisions intestines. Un clerc janséniste nommé Laurent Blondel avant élé arrêté à son retour de Hollande, on le trouva porteur d'une lettre de dom Thierry de Viaixnes au docteur Petitpied, où le Bénédictin réfugié en Hollande se plaignait des troubles intérieurs dont il était témoin. Il y avait beaucoup de jalousie entre les Hollandais et les Français. Ceux-ci, qui protégeaient l'Eglise de Hollande, et qui y faisaient couler d'abondantes aumônes, se croyaient en revanche en droit d'y dominer. Paris-Vaquiez, Lcgros, qui avait pris le nom de Maupas, Des Essarts, surnommé Poncet, y dirigeaient toutes les affaires. Ils y avalent gagné la confiance de Barchman, qui ne se conduisait plus que par leur impulsion. Le prélat croyait surtout devoir ménager Poncet, qui, par sa fortune et son dévouement, était

(1) C'est à cette même époque que deux hommes qui se rendirent depuis fameux, le P. Tranquille de Bayeux, Capucin, et le P. Rouviere, Jacobin, s'enfuirent «usai en Holhnde. Des prêtres appelants des Pays-Bas prirent le même parti, savoir: Practl, Hagarts, Vivien, Verniel, Cinch , Perringo, Collette, Dossugne, Van-Tiegcn, Bessemars, Dalhoit, Villemans, Radas, lea deux frères Verhulst, Pennaërt, Van-der-Hydcn, Méganck, Le célèbre Van-Espett alla également mourir en Hollande.

AiYNfcE ilio.

fort utile à la cause. C'était lui qui avait fait eu grande partie les frais de plusieurs établissements formés récemment dans ce pays, du collège et du séminaire d'Amersfort, des maisons de Rhinwich et de Schoonaw pour les réfugiés d'Orval. La politique conseillait de témoigner de grands égards à un homme riche et si zélé. Barchman résista donc aux mouvements que se donnèrent les Hollandais pour forcer Poncet à quitter le pays, et pour renvoyer Legros du séminaire d'Amersfort. Ce ne fut qu'après la mort de l'archevêque qu'ils parvinrent à se débarrasser de l'influence de ces deux étrangers.

Différentes disputes avaient contribué à augmenter la discorde entre les jansénistes hollandais elceuxde France. Ces derniers avaient porté en Hollande leur système exagéré de figures et leurs folies de convulsions. Ce sysième et ces folies élaient propres à dégoûter tous ceux à qui il restait un peu de religion et de sens (l).

((On entend par figurisme un système outré qui veut que toutes les actions, les histoires, les cérémonies de l'Ancien Testament soient des figures et des prophéties de ce qui doit arriver dans la nouvelle loi, et qui, sous ce prétexte, a la prétention d'annoncer l'avenir par des applications arbitraires des faits et des paroles de l'Ecriture-Sainte (2).))

Une querelle plus vive encore, et qui touchait aux intérêts privés et aux usages du pays, divisa et aigrit les esprits. Un long usage avait établi eu Hollande des espèces de prêts et de contrats, que Ton regardait comme l'âme du commerce, et en particulier larente dite/ achetable des deux côtés. Les prêtres hollandais, ceux surtout qui prétendaient former le chapitre d'Utrecht, et le doyen de ce chapitre, Van Ëckel, étaient tous favorables au prêt, et

(1) Voyex à ce sujet les sept mémoires Sur le figurisme moderne en 1729, ft l'Examen du figurisme moderne, par le P. Leroy, de l'Oratoire.

(2) [[On peut consulter sur \efigurisme Bergier, Dictionnaire théologique, art. Figurisme, Ecriture, Commentaire, Cocceïens. Voyea aussi ce qui sera dit dans les Mémoires, sous l'année 1722.]]

ANNÉE 172j

souffraient impatiemment que les appelants français réfugiés parmi eux vinssent les troubler dans leurs opinions et dans leurs usages. Barchman, par les conseils et l'influence de ces derniers, condamna les contrats racheta b les des deux cotés. De plus, il refusa de sacrer évêque de Harlem, Donker, ancien secrétaire de l'archevêque de Scbaste, quoique lui-même et son chapitre l'eussent élu pour ce siège, le 16 juin 1727, et il le refusa uniquement parce que Donker s'était déclaré en faveur du prêt.

On publia de part et d'autre plusieurs écrits sur le prêt et les contrats en question. En 1710, un théologien flamand, Opstraët, très-zélé pour le jansénisme, disait dans une lettre du 21 septembre, qu'il ne lui paraissait pas défendu de recevoir annuellement quelque chose au delà du principal. Thierry de Viaixnes se déclara plus fortement encore pour le prêt dans une lettre du 6 mars 1728. D'autres théologiens flamands et hollandais soutinrent le même sentiment dans de nombreux écrits; et Mcganck, un d'eux, comptait dix-huit ouvrages différents, publiés par les jansénistes de Hollande, en faveur des contrats de rentes /'achetables des deux côtés (1).

De leur coté, les appelants français soutinrent la controverse. Legros et Petitpied rédigèrent en commun le Dogma Êcclesiœ circa usuram, Utrecht, 1730, in-4°, ouvrage plein de savantes recherches. Le même Petitpied fit

(1) Les principaux de ces ouvrages étaient un Court traité des contrats vachelables des deux côtés, par Brocdersen, curé à Delft, 1729, in-4°; — le Traité latin, du même auteur, De usuris licilis et illicitis, in-fol., savant ouvrage où se trouvent réunis toutes les autorités pour ou contre le prêt intéresse;— une Discussion de Walkenburgh, clianoine d'Utreclit, 1730, in-4°; — un Examen pacifique d'uncas de, conscience sur les rentes, par Cinch, président d'un collège de Lmivain, reliréà Delft; — des Observations pacifiques sur la lettre d'un Sorboniste , par le même; — Jugement d'un théologien, jurisconsulte brabançon, .sur les contrats r achetable s des deux côtes, par Vivien, chanoine de Louvain. Tous ces écrits sont en latin et parurent en 1730 ou 1731 ; Méganck en publia trois autres, une Défense des contrats de rente, 1730, une suite de celte Défense, 1731 ; et des Remarques sur une lettre de l'évêque de Montpellier, 1741. On trouve à la fin de ces Bemarques la liste d'autres écrits anonymes sur ce sujet.

deplûsparAÎtreen 1731 lesZetfrei sur les contrats de rentes rachelables dès deux côtés, et Legroadonna, sous le nom de Maupas, Vingt-six Lettres théologiques contre le Traité du prêt de commerce* Ce dernier Traité avait paru en France en 1739, et fut réimprime à Lille en 174-2. Il sortait aussi du parti de l'appel et était tout en faveur du prêt (t)<

— Le 27 octobre . Clôture db l' assemblée du clergé» Les évoques voyaient avec beaucoup de douleur, depuis bien des années* les désordres de l'Eglise et le progrès des maux. Us auraient désiré pouvoir se réunir pour aviser en commun aux moyens d'y opposer une digue. Mais le Régent, loin de permettre ces réunions, n'avait pas même convoqué l'assemblée ordinaire du clergé de 1720; et il n'y en avait point eu cette année-là. Celle de 1723 n'avait pu suivre tous les mouvements de son zèle. Elle avait seulement demandé avec instance, 1° le rétablissement des conciles provinciaux, comme le remède le plus efficace aux maux de l'Église; 2° Une déclaration qui assurât aux bulles Vineiim et Unigenitus la qualité de lois de l'Etat comme de l'Église; 3° une défense au parlement de recevoir les appels comme d'abiiB des réfractaires; 4° la cassation de quelques arrêts rendus dans ces derniers temps contre l'autorité de l'Église et des évêques. L'assemblée de 1725 réitéra les mêmes demandes.

Cette assemblée fut d'ailleurs très-orageuse, et elle se

(1) Le Traité du prêt de commerce passa dans le temps pour cire l'ouvrage de l'abbé Boizot, supérieur du séminaire des Trente-Trois, et docteur de Sorbonne, exclu en 1729. Barbier, dans le Dictioitnaire des Anonymes, l'attribue à l'abbé Mignot, Je l'Académie des Inscriptions, Mais un recueil que nous avons sons les yeux, autorise à croire que ce Traitt est de l'abbé Aubert, docteur de Sorbonne et curé de Cbànes , diocèse de Màcon. Dans ce recueil, ou se trouvent plusieurs écrits publiés en Hollande en Faveur du prêt, se trouvent aussi des lettres d'Aubcrt qui parle toujours du Traité comme de son ouvrage. 11 dit qu'il a fait exprès le voyage de Paris pour conférer avec lè docteur Boursier, qui avait gardé son manuscrit un an; il l'avait soumis également au docteur Gillot, ancien chanoine de Reims, mort en exil à Auxerre, en 1739, qui, dit-il, était de son sentiment et lui avait donné des conseils. Aubert se propos ât surtout de répondre au Dogma de l.egros et Petitpied. Nous verrons plus tard Son livre augmenté et refondu par Mignot, ce qui a fait croire qu'il en était le premier autour.

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trouva divisée sur plusieurs points avec le ministère. Le premier concernait les immunités ecclésiastiques. Le clergé se plaignait qu'elles fussent violées par une déclaration du 5 juin précédent, qui assujettissait ses biens, comme ceux de tout le royaume, à une imposition extraordinaire. De là naquirent des altercations entre rassemblée et M. le duc de Bourbon, alors premier ministre. Le second point regardait les affaires de 1 Église. Lesévêques n'avaient pas cru qu'il leur fût permis de garder le silence sur cet article. La licence des appelants, l'insubordination de plusieurs ecclésiastiques, les outrages faits au caractère épiscopal, l'au* dace âvec laquelle des gens en délire semblaient courte nu schisme, les écarts de quelques tribunaux et la protection qu'ils accordaient aux prêtres qui affichaient la révolte, tous ces désordres réclamaient un remède. Déjà dans les assemblées des métropoles on s'était plaint de ces excès. La province de Narbonne surtout avait senti plus qtte toute autre la nécessité d'un concile, et l'avait de* mandé. Mais lorsqu'on voulut parler dans l'assemblée générale et de cette affaire et des autres besoins de l'Eglisë, on fut arrêté par des ordres supérieurs. Il fat fait cependant, le 2 octobre, par Une commission chargée spécialement de la doctrine, un rapport sur MM. Colbert et de Lorraine, évéques de Montpellier et de Bayeux» On dé* duisit plusieurs griefs Contre ces deux prélats, et l'assemblée arrêta de demander au roi la permission de tenir lefe conciles de Narbonne et de Rouen.

Elle désirait faire quelque chose de plus, et pouvoir s'é* lever Contre tant d'erreurs et d'écrits. Mais elle s'occupait de condamner quelques libelles et de censurer quelques propositions, lorsqu'elle reçut ordre, le 27 octobre, de terminer ce joUr-lâ ses séances. Cette nouvelle excita beaucoup de plaintes. Les évéques trouvaient étrange qu'on leur fermât la bouche, tandis que l'impunité était assurée à leurs adversaires. Ils arrêtèrent d'écrire au Roi pour lui faire leurs représentations. Dans cette lettre ils reconnaissaient la constitution Unigenitus pour uhe loi irréfra-»

gable de l'Église et de l'État, et ils annonçaient qu'ils la feraient observer par leurs ecclésiastiques. L'assemblée se sépara ensuite, après une séance extrêmement longue, et avec la douleur de n'avoir pu apporter des remèdes proportionnés aux maux de l'Eglise. Sa lettre déplut à M. le duc de Bourbon, déjà choqué de n'avoir rien obtenu sur le cinquantième \ et le mécontentement de ce prince éclata de la manière la plus marquée. 11 envoya le lendemain un secrétaire d'État, qui se fit ouvrir d'autorité les archives du clergé, emporta l'original de la lettre, et ratura tout le procès- verbal de la séance du 27. Cette voie de fait réjouit les ennemis de l'Église, qui eurent de plus le plaisir de voir le parlement s'élever contre la lettre de l'assemblée.

Le 10 janvier suivant, M. Gilbert de Voisins, avocatgénéral, en demanda la suppression par un réquisitoire, où il s'écarta des vrais principes sur l'autorité des évoques et sur celle de la Constitution. Ce plaidoyer, qui fut presque tout entier rappelé dans l'arrêt rendu en conséquence, eut des suites dont nous parlerons, sous la date du 15 avril 1726.

— Le 28 octobre. Concile d'Avignon. M. de Gonteri, archevêque de cette ville, l'avait convoqué, à l'exemple et sur les ordres de Benoît XIII, qui aurait désiré que le concile qu'il venait de tenir à Rome eût encouragé à ouvrir de pareilles assemblées dans toutes les métropoles. Il y eut, à ce qu'il parait, une conférence préliminaire des évêques de la province d'Avignon, dans le monastère de Saint-Martial de Gentilino, et on y prépara, sans doute, les matières qui devaient faire l'objet du concile. Il s'ouvrit, au jour indiqué, dans l'église métropolitaine d'Avignon. Les décrets en ont été publiés, et roulent sur les devoirs des pasteurs, sur l'observance des fêtes, sur l'administration des sacrements, et sur des objets de discipline ecclésiastique. On y condamne quelques abus, et Ton y prend des mesures pour les prévenir. Il y a, comme dans le concile romain, un chapitre particulier pour prescrire l'adhésion à la bulle de Clément XI contre le livre des

Réflexions morales. Il y a aussi des règlements pour maintenir la pureté de la foi, pour proscrire les mauvais livres, et pour préserver les fidèles de la séduction des hétérodoxes. Les décrets sont rendus au nom de l'archevêque métropolitain, et sont signés par lui et les trois évêques ses suffragants, les évêques de Garpentras, de Gavaillon et de Vaison. 11 s'y trouva en outre vingt-trois prêtres et théologiens, presque tous français; et comme les trois évêques étaient aussi français, ce concile peut être regardé comme appartenant à l'église gallicane. La clôture s'en fit le 1er novembre. Benoit XIII en approuva les actes par son bref du 25 février 1728.

— [[26 novembre. Affaire des douze articles : Mandement de l'éveque de Saintes a ce sujet. On appelait les douze articles un nouveau Corps de doctrine, qui venait de paraître pour faciliter l'acceptation de la bulle Unigenitus. Quelques détails nous semblent nécessaires sur cette affaire, qui fut, selon l'expression d'un auteur contemporain, <v la dernière négociation qui ait été suivie par rap- » port à l'acceptation de la bulle (I). »

Le Pape Benoit XIII avait fait connaître qu'il était peu satisfait de l'accommodement conclu en 1720 : il exigeait surtout que le cardinal de Noailles acceptât purement et simplement la bulle Unigenitus ; comme aussi qu'il retirât V Instruction pastorale qu'il avait publiée au commencement de 171 9, et dans laquelle leprélaldéveloppait les motifsde son opposition (2). L'archevêque de Paris de son côté demandait au Pape d'approuver formellement douze articles, qu'on présentait comme la pure doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, à laquelle on disait que le Pape était très-attaché. On assurait (3) que le cardinal de Polignac, qui faisait alors les fonctions d'ambassadeur de France à Home, travaillait d'une part à obtenir du cardinal un désaveu de son Instruction qui fût conçu

(1) Lafitau, Histoire de la constitution Unigenitus, liv. (î) Voyei plus haut, page 47.

(3) On peut voir les détails de celte nt'gnciation dans Lafitau, Bistvhtod la Constitution , liv . v .

dans de» termes propres à satisfaire le Pape et que d'un autre côté il s'employait à faire approuver les douze articles par le Pape : on allait alors jusqu'à dire que le Pape avait promis cette approbation.

On avait d'abord fait espérer un bref doctrinal adressé aux évêques, ou du moins au cardinal de Noailles : plus tnrd on supposait que le bref serait adressé aux Dominicains. Précédemment, le 6 novembre 1721, le Pape leur avait adressé un bref qui déclarait les doctrines de saint Thomas à l'abri de toute Censure : on disait qu'il allait leur en adresser un autre pour déclarer les douze articles exempts de toute censure : maison n'a pas donné de preuves que Benoît XIII ait fait à ce sujet aucune promesse. Ce qui est très-certain, c'est que jamais le bref n'a été donné ; et il n'est pas moins certain que cette approbation eût été un déplorable échec pour ceux qui avaient accepté la bulle Unigenitus ; non que ces articles fussent tous également faux en eux-mêmes^ mais parce que la rédaction de plusieurs était obscure, suspecte dans le sens qu'on voulait y attacher et favorable même au plus dur jansénisme (1).

(I) Ces Mémoires étant destinés à être lus par des ecclésiastiques versés dans la théologie, nous croyons devoir rapporter tel ces douze articles, dont parlent les auteurs de cette époqne, sans les citer textuellement.

I. « Depuis le péché d'Adam, personne n'a pu acquérir la véritable justice, » ou le salut éternel , sans une foi au Médiateur et Rédempteur, plus ou » moins explicite ou distincte, selon la variété des temps et des personnes.

II. » La loi de Moïse ne donnait point par sa propre vertu la grâce, qui » est nécessaire pour accomplir les commandements de Dieu.

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