‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le XVIIIe siècleChapitre 9 sur 17 · T. JI. 'M · texte numérisé non relu

T. JI. 'M

ANNÉB 4 729.

qui troublait le bon ordre fût puni selon les voyes canoniques et civiles (1).

Le roi repondit par une lettre qui fut également rendue publique, et dans laquelle, après avoir félicité le prélat de sa sagesse et de sa fermeté, il promettait de le soutenir de toute son autorité, s'il ne pouvait ramener par la douceur ces esprits opiniâtres (3).

[[Trois des curés signataires, ceux de Saint-Éiienne-du- Mont, de Saint-Médard et de la Villetle., appartenant à la congrégation de sainte Geneviève , l'archevêque de Paris s'entendit avec leurs supérieurs : ils furent éloignés, renvoyés dans divers monastères, et remplacés. Un autre curé, celui de Saint-Barthélcmi , fut déclaré suspens à cause des omissions dans lesquelles il tombait en célébrant la messe. La cour appuya d'abord ces mesures, malgré l'opposition des magistrats. Nous verrons sous Tannée 1730 la suite de la dernière affaire.

Le gouvernement ne laissait pas de donner son appui à tout ce qui pouvait ramener à la soumission les ecclésiastiques, et plus spécialement les membres des congrégations. On a vu plus haut les efforts qui avaient été tentés chez les Chartreux, avec l'appui de l'autorité royale (3). Vers la même époque, les Lazaristes expulsèrent de leur corps les plus opposés à la Constitution ; car ce funeste esprit avait également pénétré chez les enfants de saint Vincent-de-Paul. Avant l'assemblée générale de 1724, le roi avait ordonné de n y recevoir que ceux qui auraient signé le formulaire purement et simplement , et qui seraient soumis à la Constitution Unigenitus. Le supérieur-général, Bonnet, avait dû exclure plusieurs membres, et en particulier, son premier assistant, supérieur du séminaire d'Auxerre. D'autres supérieurs de grands séminaires, des professeurs ou missionnaires, n'étaient pas moins hautement déclarés contre la soumission. Mais malgré leurs

(t) Lettre de M. de Vintitnilte an roi, du 8 février 1730.

(2) Lettre du roi du 16 février 1730, à la suite de 1a précédente.

(8) Voyez plus haut sous la date du 30 septembre 1725, tome ai, pag. 160.

protestations, rassemblée ordonna, sous peine d'exclusion, que tous les membres de la congrégation qui ne souscriraient pas sans délai seraient exclus (l).

On ne réussit pas également à purifier l'Oratoire. Comme on avait coutume de demander l'agrément du roi pour tenir les assemblées générales où se nommaient les olliciers généraux de la congrégation, il fit défendre d'y admettre ceux qui avaient renouvelé leur appel depuis la déclaration de 1720. Lç cardinal de Fleury fit donner en 1729 des ordres plus précis encore, pour exclure tous ceux qui n'auraient pas signé purement et simplement le formulaire et la constitution Unigenitus mais il paraît que le nombre des opposants fut tel qu'on ne put mettre la mesure a exécution : on se contenta de l'exclusion de ceux qui faisaient des protestations téméraires, et de la promesse donnée par le P. De la Tour, supérieur-général, d'employer les moyens que permettait la prudence pour soumettre les autres (2).]]

— Le 8 novembre. Conclusion de la Faculté de théologie de Paris en faveuu de la bulle. Il y avait quatorze ans que ce corps donnait l'exemple de l'insubordinat ion et de l'amour des nouveautés. Un grand nombre de ses membres souhaitaient de sortir enfin de cet état, et de rendre a leur compagnie la paix et l'estime des gens de bien. C'était la présence des agitateurs qui rendait ce retour difficile. Le roi le facilita, en envoyant à la Faculté une lettre de cachet pour « exclure des assemblées et de toutes » fonctions et prérogatives ceux qui avaient appelé dem puis la déclaration de 1720, ou qui avaient signé le » formulaire avec la distinction proscrite, ou qui avaient » adhéré à la cause de M. Soanen. m

Celte élimination faite, l'abbé de Romigny, syndic, assembla la Faculté le 8 novembre. Il représenta qu'il était

(1) Relation de ce qui s'est passé dans l'assemblée de la Mission de 1724, in-4° de 44 pages.

(2) Mémoire dressé par les députés de l'Oratoire exclus en 1720. •** Mémoire sur une prétendue assemblée de l'Orattoire m 1726.

temps enfin de prendre le parti de la soumission à l'Eglise, et il exhorta les docteurs à nommer des députés chargés de terminer celle affaire. On en choisit douze, à la tête desquels était le docteur Tournély, non, dit la conclusion, pour examiner si la Constitution a été reçue, (car la Faculté reconnaît l'avoir acceptée, les 5 et 10 mars 1714, et déclare qu'elle l'accepte encore actuellement, s'il en est besoin ), mais pour chercher les moyens de ramener ceux qui s'opposent à un décret qui a force de loi dans toute l'Eglise. Quarante-huit docteurs 'exclus, auxquels d'autres se joignirent depuis, protestèrent et tentèrent même de se procurer un appui au parlement, qui, d'à* près les ordres formels du roi, n'admit pas leur requête. Le 1er décembre, quatre-vingt-quatorze voix contre treize ratifièrent la conclusion précédente.

Le 15, les députés firent leur rapport. Ils dirent qu'après avoir examiné ce dont on les avait chargés, ils s'étaient convaincus que la compagnie avait librement et respectueusement accepté la constitution en 1714 ; que ce qui avait été fait depuis, pour tâcher d'anéantir cette accepta^ tion solennelle, méritait d'être enseveli dans un profond silence ; que dans ces temps de trouble et de confusion la doctrine ancienne de la Faculté avait été altérée; qu'où s'était oublié jusqu'à établir de nouveaux dogmes, qui détruisaient l'autorité de l'Eglise dispersée, anéantissaient celle du chef de l'Eglise et des premiers pasteurs, accordaient à de simples prêtres le droit déjuger des matières de la foi, consacraient les démarches les plus irrégulières, et représentaient l'Eglise comme couverte de ténèbres et presque entièrement éleinte. L'avis des commissaires fut donc que la Faculté reconnût et ratifiât les décrets de 1714, qu'elle reçût de nouveau avec respect la constitution comme un jugement dogmatique de V Eglise universelle^ révoquât l'appel et les actes contraires à cette décision, rejetât les opposants de son sein, et déclarât qu'elle ne recevrait plus que ceux qui auraient donné des marques certaines de leur soumission à la bulle.

Tout ce rapport fut adopté et forma la conclusion, qui fut encore confirmée au mois de janvier suivant. Ces actes de la Faculté furent imprimés. Les docteurs qui se trouvaient dans les provinces y adhérèrent comme ceux qui étaient à Paris: et il y en eut en tout sept cent sept, dont trente-neuf évéques, qui souscrivirent ces décrets. La Faculté écrivit une lettre-circulaire aux autres Universités du royaume pour Lui faire connaître ces actes ; et elle en reçut des réponses uniformes, qui prouvaient combien on était généralement désabusé de l'opposition qui avait séduit tant d'esprits durant quelques années.

La Faculté s'est toujours montrée depuiszéléeà soutenir la réputation de sagesse et de doctrine dont elle avait si souventdonné des preuves. L'éclipsé qu'elle avait soufferte lui apprit à repousser soigneusement les nouveautés. Une conduite si louable lui attira bien des injures. C'est alors qu'un conseiller au Parlement de Paris, Pucelle, que nous allons voir jouer un rôle fort actif, appela en pleine Grand'- Ch ambre la Faculté, une misérable carcasse. Cette dénomination parut un trait de génie, et fut répétée depuis dans d'autres libelles. On sait que les vaincus aiment souvent à se venger de leurs défaites par des injures.

[[ Il arriva peu après un événement moins important en soi, mais qui fut très-sensible au parti. L'ancien et célèbre collège de Sainte-Barbe était regardé depuis longtemps comme une pépinière de Jansénistes. Le roi le leur fit enlever. Le lieutenant de police, Héraut, s'y rendit avec le procureur du roi et nombre d'archers, comme pour un siège. Le lieutenant de police fit connaître aux maîtres et aux écoliers les intentions du roi -, le principal et les régents furent exilés à vingt lieues de Paris, et on leur substitua des maîtres formés à Saint- Su Ipice. On dit qu'une grande partie des élèves fut retirée par les parents: ce qui est certain, c'est que le collège ne perdit pas sa réputation d'un régime sérieux et de fortes études (l). ]]

(1) [[Lafitau, Histoire delà Constitution, lit. vu— Journal de Barbier, fm. i, pag. $28. j;

— Le 28 novembre. — Condamnation de Woolston, a Londres. Thomas Woolston, bachelier à l'Université de Cambridge, avait débuté, en 1705, par le livre intitulé: Ancienne Apologie pour la Religion chrétienne, contre les Juifs et les Chrétiens renouvelée. Il y donnait les premières ébauches d'un système qu'il poussa depuis jusqu'à l'extravagance. Les progrès du déisme, en Angleterre, venaient, selon lui, de ce qu'on interprétait mal l'Ecriture, et de ce qu'on expliquait littéralement ce qui ne devait être entendu qu'au sens figuré. Moïse n'était qu'un personnage allégorique, et les miracles de l'Evangile n'étaient non plus que des allégories, de mémo que ceux du Pentateuque. Celte théorie irréligieuse et absurde n'empêcha point Woolston de publier presque en même temps un écrit pour prouver la nécessité de la mission de Jésus- Christ. Cependant sa manie de ne voir partout que des figures l'occupait et faisait des progrès dans son imaginalion. Dans un Défi au clergé, il parlait des partisans du système littéral, avec un mépris insultant. Il les appelait les ministres de la lettre, les adorateurs de la bête, les ministres de Vantechrist. Collins venait de faire paraître son Discours sur les fondements de la Religion chrétienne, dans lequel , sous prétexte d'établir le christianisme sur des bases solides, il voulait, au contraire, prouver que cette croyance divine n'avait aucune base, puisqu'elle u 'était appuyée que sur les prophéties, et que les prophéties, à l'entendre, ne prouvaient rien. Woolston, ne mettant pas plus de franchise et de loyaut * dans ses procédés, prit, en apparence, le rôle de médiateur entre les deux partis, et publia le Modérateur entre un incrédule et un apostat, qui fut suivi de deux suppléments. Mais ce prétendu médialeur donne tout à-fait gain de cause à Collins. 11 applique aux miracles de Jésus-Christ le système de Collins sur les prophéties; ne voit dans ces miracles que des figures, et leur oie, par conséquent, leur caractère de preuves. Il ne se contenta pas d'avoir énoncé cette doctrine anlichrctienne ; il se proposa de l'établir d'une ma-

nière invariable dans six discours, publiés depuis 1727 jusqu'en 1729 : son but était d'y prouver que le récit des faits, rapportés daus les Evangiles, doit être pris entièrement dans un sens mystique et allégorique, et qu'entendus dans le sens historique et littéral, ils sont faux, absurdes et imaginaires. Aucun incrédule n'avait usé jusque-là d'un langage aussi outrageant que Woolston. Jamais on n'avait parlé de Jésus-Christ avec une indécence si révoltante, ni de ses miracles avec une raillerie de si mauvais goût. Au milieu deses plates et nombreuses bouffonneries, Woolston déclare plusieurs fois, avec une ironie sanglante, qu'il n'a écrit que pour l'honneur de saint Jésus et pour la défense du christianisme. Il a épuisé particulièrement ses efforts contre le miracle de la résurrection du Sauveur, qu'il attaque de mille manières, sachant bien que ce miracle est un des fondements de la religion.

Le clergé anglican se hâta d'imposer silence à ce critique téméraire. L'Université de Cambridge l'avait déjà rayé de la liste de ses membres, et l'avait privé des émoluments de sa place au collège Sidney. Le procureur-général de la cour dite du banc du roi, rendit plainte contre les six discours. Après une plaidoirie contradictoire, Woolston fut condamné à payer vingt-cinq livres sterling d'amende pour chacun de ses discours, et à rester en prison pendant un an, au bout duquel temps il pourrait être relâché, à condition de fournir des cautions pour deux mille livres. N'ayant pu payer cette somme, il mourut en prison (1).

Au surplus on ne se borna point contre Woolston à des mesures de rigueur. De savants Anglais entrèrent dans la lice pour le réfuter (2).

On s'occupa de discuter, avec beaucoup de soin, le fond

(1) Un panégyriste de Voltaire le loue d'avoir employé une partie de l'argent qu'il retira de la vente de sa Henriadc à délivrer Woolston. Hais ta Biographie britannique montre que ce fait est sans fondement.

(2) Gibson, Pearce, Saiallbrook, Stebbing, Stevenson et Ray, se distinguèrent dans cette lutte, Woolston se plaignit surtout Ct ce dernier, et la

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de la question. Le célèbre Lardner, qui se signala depuis par son grand ouvrage de la Crédibilité de ihistoire de ï Evangile, donna une défense de (rois miracles particuliers de Jésus-Christ, celui de la fille de Jaïre, celui du (ils de la veuve de Naïm et celui de Lazare. Un adversaire non moins habile et plus illustre encore du téméraire détracteur de l'Evangile, fut le docteur Thomas Sherlock, un des membres les plus distingués de l'église anglicane pendant ce siècle : il ht paraître, en 17*27, l'ouvrage intitulé : Les Témoins de la Résurrection de Jésus-Christ, examinés et jugés suivant les règles du barreau, ouvrage qui eut le plus grand succès en Angleterre, et qui fut jugé aussi piquant pour la forme que solide pour le fond. L'auteur n'y nomme pas une seule fois Woolslon ; mais il instruit la cause en elle-même, écoute les témoins, pose et résout les objections, et fait toutes les fonctions d un rapporteur habile et d'un juge intègre. Cet écrit, qui est assez court, a été traduit en Français.

— [[Vers le même temps, Fondation du Méthodisme. C'est à cette même année 1729 qu'on rapporte les commencements d une tentative nouvelle de régénération au sein du protestantisme. John Wesley, jeune étudiant d'Oxford, né en 1703, en est regardé comme le principal fondateur; et il fut secondé dès le commencement par Charles Wesley, son frère. La lecture des livres de spiritualité dirigea ses efforts vers une vie ascétisque et mystique. Les associés qu'il forma partageaient régulièrement leur temps entre la prière, l'étude et la pratique des bDnnes œuvres; ils jeûnaient plusieurs fois la semaine; ils avaieiïl ^es réunions pieuses; leurs actions étaient tellement compassées, qu'il paraît que c'est de là que vient le nom cfi?N méthodistes, qu on leur donna d'abord par sobriquet, et \

traita fort mal dans une de ses apologies, où il semblait avoir pris à tâche de métiter de plus en plus les reproches qu'on avait déjà faits à ses premiers ouvrages. C'est un torrent de mauvaises plaisanteries et d'invectives grossières contre le clergé. 11 prend hautement le parti des incrédules. Eux seuls ont des merurs rt de la honne lui.

qu'ils adoptèrent eux-mêmes. On faisait profession, dans la société nouvelle, de tendre à une vie sainte et parfaite; mais dans les commencements surtout, on ne se séparait pas de l'Eglise anglicane, et Ton recevait l'ordination selon ce rite. Georges Whitefield, qui entra dans la société vers 1735, y prit un tel ascendant qu'il en est regardé comme le second fondateur. C'était un prédicateur actif, véhément, trop véhément même, s'il est vrai, comme on le raconte, qu'à la suite d'un sermon qu'il prêcha à Glocester, quinze d'entre les personnes qui l'écoutaient, tombèrent en démence (1). Les frères Wesley partirent pour l'Amérique vers le même temps, dans le but de convertir les indigènes, et ils formèrent des établissements dans la Géorgie. Withefield, qui vint les y joindre, fonda à Savannah, une des villes principales de Géorgie, un établissement d'orphelins. John Wesley, revenu en Angleterre en 1748, trouva la société notablement accrue; il forma des assemblées destinées à la pré* dication et à la prière; il chercha à introduire l'usage d'une sorte de coulpe ou de confession, qui lui attira bien des critiques; il donna divers autres règlements, dont quelques-uns furent empruntés par lui à la société des frères Moraves dont nous allons parler, et spécialement l'usage des agapes ou repas coin ru uns après la communion. Bristol devint comme la métropole du méthodisme.

Cependant les méthodistes ne tardèrent pas à se diviser. John Wesley avait adopté sur la prédestination et la grâce les opinions plus radoucies d'Arminius : Withefield, au contraire, tenait aux opinions rigoureuses des premiers réformateurs ; il fallut se séparer : de là deux branches de méthodistes. D'autres divisions non moins profondes eurent lieu par la suite ; il paraît que John Wesley s'érigea en évêque, et fit des ordinations. Parmi ses disciples, les uns conservèrent le système épiscopal, et les autres le rejetèrent. On sait que les Méthodistes se sont beaucoup

(0 [[Vove- 1* nouvelle édition du Dictionnaire fie Fefler, chez Leroux, 1830, arc. Jihittefictd. V.

multipliés aux États-Unis, où ils devaient trouver moins de résistance qu'en Angleterre. On ne peut nier que les Méthodistes n'aient souvent contribué à ramc%ner le sentiment moral et même religieux dansdes populations, comme aussi à foncier sur une assez vaste échelle des œuvres de bienfaisance; mais on leur a reproché avec raison, soit l'exagération qui domine dans les gestes de leurs prédicateurs, soit le mysticisme outré et l'exaltation d'un grand nombre d'associés. Le fondateur Wesley racontait de luimême qu'entendant un jour la lecture de la préface de Luther sur l'épîlre aux Romains, il se sentit tout à coup touché, converti, et élevé à cet état où l'on est au-dessus île tous les mouvements des sens, et jouissant d'une complète impeccabilitê (\). Les assemblées généralesont amené aussi, dans diverses régions de l'Amérique du nord, des abus très-pernicieux.

C'est vers la même époque que s'établirent en Allemagne la secte des frères Moraves ou Hernhules, qui a beaucoup d'allinité avec celle des Méthodistes. Les Hernhutes descendent des Piélistes , dont nous avons fait connaître l'esprit et la tendance dans le tableau historique qui précède ces mémoires. Le jeune comte de Zinzendorf, élevé par les Piétisles dans l'université de Halles, ayant trouvé dans ses domaines quelques restes des anciens Hussites, travailla avec ses amis de Vatteauvila, a Spargenberg, à les former en communauté, et après en avoir jeté les premiers fondements à Bertholsford, dans la haute Luzace, il vit, en peu d'années, les maisons se multiplier ('2); il s'appliqua a les pénétrer de ce qu'il appela la théologie du sang et de la Croix. La doctrine de la nouvelle secte roulait tout entière sur la mort sanglante du Christ crucifié ; elle se distinguait par la bizarrerie des locutions et la singularité des images. La com-

(1) Histoire de l'Église , par Alxog, tome in, page 393.

(2) Le mot flernhut, qui signifie protection du Seigneur, fut donné à un rte leurs villages sur le mont Hutberg ; de là vient le nom donné à toute la secte. Bcrgier, article llcrnhules,

munauté ne doit se composer que de ressuscites; tout membre incorrigible en est exclu. L'union est entretenue par des réunions fréquentes, des repas de ebarité, etc. Le ebant fait chez eux une grande partie de l'instruction et du culte ; lorsque Ion a prêché, des chantres inspirés doivent répéter en chant ce qui a été annoncé, etc. Cette secte singulière, s'est propagée en diverses contrées d'Europe, d'Afrique et d'Amérique (l).

L'inutilitéde toutes ces tentatives, qui paraissent d'abord le fruit d'un bon principe, mais qui aboutissent presque toujours à des abus sensibles et palpables, est propre à faire sentir de plus en plus le prix inestimable de l'unité catholique.]]

— Le 21 février. Mort de Benoit XIII. Ce Pape était âgé de quatre-vingt-un ans. Il avait régné cinq ans et près de neuf mois. On le vit sur le Saint-Siège, tel qu'il avait été à Bénévent, simple dans ses mœurs, adonné à la prière, fidèle à l'observation de sa règle, protecteur généreux des églises et des pauvres. Nous compléterons ce que nous avons dit de sa vie antérieure, en rapportant ce qui a trait à l'histoire de son pontificat (2).

Benoît XIII aimait à visiter les églises et les hôpitaux ; il sortait sans appareil, entrait dans les églises pour prier, s'assurait si elles étaient bien tenues, et si les offices se faisaient convenablement; il allait voir les pauvres et les infirmes, etil leur portait des consolations et des secours. Il rétablit l'usage que le Pape présidât à diverses cérémonies. Il faisait volontiers les sacres devêques, imposait luimême le pallium et consacrait des églises. La première qu'il consacra , fut la basilique des douze Apôtres qui ve-

(1) Voyea Àlzog, Histoire universelle de l'Église, tome m, page 873, Ber-

gicr, Dictionnaire, article Hcrnhutes.

* (2) Nous suivrons encore ici Alexandre Borgia, archevêque de Fcrmo, qui a écrit la vie de ce Pape. Voyo* plus haut, p. 131 et »uiv.

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liait d être restaurée pries Mineurs-Conventuels. Il donna une forte somme pour réparer la basilique de Saint-Paul sur le chemin d'Osiie, et l'église de Sainte-Marie in Dominiez Ayant mandé à son palais les généraux des ordres réguliers, il leur recommanda d'envoyer chacun à leur tour des religions dans les hospices pour y porter les secours spirituels aux malades.

L'usage des conciles provinciaux tombait en désuétude. Benoît XIII voulut le faire revivre par son exemple, et sur la fin de 1724 il indiqua un concile provincial à Rome pour Tannée suivante. 11 ouvrit en même temps le jubilé, qui attira à Rome un grand concours de pèlerins. Le seul hospice de la Trinité en reçut, dit-on, trois cents mille dans le cours de Tannée. Le Pape pourvut à ce qu'ils fussent traités convenablement ; et, à son exemple, les cardinaux, les prélats et les pieuses confréries rendirent aux étrangers les services de la charité. Deux princes de la maison de Bavière, la veuve du grand-duc de Toscane, Jacques III (Stuart) et sa femme, née princesse Sobieska, étaient à Rome à cette époque.

Le 29 janvier 1725, Benoît XIH annonça au consistoire la restitution de Commacchio que les troupes impériales occupaient depuis 1708, et que les deux Papes précédents avaient vainement redemandé. Il fit rebâtir T hospice et Téglise de Saint-Gallican, dans le quartier au-delà du Tibre. Nous ne reviendrons point ici sur le concile de Rome, dont il a été parlé sous 1725. Pendant le concile, le Pontife consacra Téglise de Sainte-Marie in Vallicella, où Ton garde les reliques de saint Philippe de Néri, auquel il avait une dévotion particulière. La loterie, défendue par plusieurs Papes, était néanmoins encore en usage à Rome ; on Tavait laissée se rétablir, tantôt par suite de sollicitations importunes, tantôt pour empêcher de porter Targent à des loteries étrangères, tantôt à cause des embarras du trésor. Benoit XIII consulta à cet égard des hommes graves et expérimentés; et après avoir pesé les raisons pour et contre, il interdit la loterie d'abord au

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clergé, ensuite à tout le monde, sans se soucier du tort qu'en pouvaient éprouver ses finances.

L'autorité séculière continuait des entreprises en Savoie; elle prétendait avoir des droits sur l'hospice du Grand-Saint-Bernard, entre le Valais et le Val d'Aoste. On sait que cet hospice est desservi par des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Le supérieur du monastère a le titre de prévôt. Le prévôt actuel, Louis-Boni face, n'avait pu obtenir d'entrer en possession de sa charge, avant d'avoir prêté serment defidélitéau roi de Sardaigne, comme duc de Savoie, et d'avoir reconnu le droit de patron nage du prince sur le monastère. Le pape crut devoir s'élever contre cette prétention insolite, et par une bulle du 14 février 1726, il déclara injustes et nuls les actes extorqués par crainte au prévôt.

Il eut à se plaindre peu après d'actes passés en Pologne. Au mois d'octobre 1726, la diète de Pologne, assemblée à Grodno, avait porté une loi pour priver de sa juridiction le nonce du Pape, Vincent Santini, archevêque de Trébisonde, et le 26 novembre suivant, elle avait décrété cinq articles pour l'exécution de cette loi. 11 était défendu aux avocats de plaider devant son tribunal, et de recourir à lui pour l'expédition des affaires. Les curés et les religieux avaient défense de publier les censures qui pourraient émaner de la nonciature. On alla jusqu'à mettre des soldats autour de la demeure du nonce pour empêcher qui que ce soit de recourir à lui : il paraît que le nonce, prélat estimable d'ailleurs, avait déplu aux Polonais par quelques procédés. Le Pape fut très-sensible aux mesures prises contre lui à Grodno; il les regarda comme une injure faite au Saint-Siège. Il écrivit au roi de Pologne et aux évêques de ce pays, pour les presser de faire rapporter des actes aussi hostiles; mais, au contraire, cesactes furent misa exécution, du moins en partie. Le chancelier de la nonciature eut défense de faire aucun acte de juridiction, et on interdit aux avocats de porter des causes devant lui» Benoît XIII envoya en Pologne un nonce exiraordinajre.

Camille Paulucci, archevêque d'Icône, en le chargeant de faire ce qui était en lui pour obtenir la révocation de la loi et des articles qui l'avaient suivie. Mais les démarches et les instances du nonce n'eurent point le succès qu'on pouvait en attendre. On se relâcha sur la défense faite au chancelier et aux avocats ; mais la loi de 1726 et les cinq articles ne furent point révoqués. Le Pape crut donc devoir s'élever publiquement contre ces actes; il les condamna expressément par sa bulle du 25 septembre 1728 qui commence par ces mots : In supremo. Il les déclara nuls, et défendit d'y avoir égard.

Le Pape avait conservé l'administration de l'archevêché de Bénévent, et, tendrement attaché à cette église, il voulut la visiter encore. Il partit donc de Borne le 24 mars 1727, malgré le temps du carême, et quoiqu'il ajoutât au jeûne ordinaire de nouvelles austérités. Il prit sa route par Albano, Terracine et le royaume de Naples, où le cardinal d'Althana, qui en était vice-roi pour l'empereur, vint l'accompagner et lui rendre les honneurs dus à sa dignité. Le Pontife arriva à Bénévent le 2 avril, prêcha le jour même, et visita un hospice. Pendant son séjour en cette ville il visita toutes les églises, adressa des instructions au peuple, et présida a diverses cérémonies. Il consacra une église qu'il avait fait construire en l'honneur de saint (Phi lippe de Néri. Enfin, après avoir distribué beaucoup d'argent en bonnes œuvres, il retourna à Rome au mois de mai par Capoue, le Mont-Cassin, où il consacra l'église du monastère Aquino, patrie de saint Thomas, à l'ordre duquel il avait appartenu lui-même. On raconte que sur sa route, ayant rencontré un batelier qui n'était point instruit de sa religion, il le prit avec lui et chargea un ecclésiastique de l'instruire.

Clément-Auguste de Bavière, élu archevêque de Cologne, et en même temps, par un abus trop fréquent alors, évoque de Munster et de Paderborn, étant venu en Italie pour être sacré par le Pape, Benoît XIII alla faire la cérémonie a Viterbe, le 10 novembre 1727.

Daus le même temps, il accueillit Jean Baz, prince du Mont-Liban, qui était venu à Rome pour les intérêts de sa nation. Le 12 décembre 1727, il adressa un bref aux évéques et aux missionnaires dans l'Inde pour confirmer les règles tracées en 1704 par M. de Tournon, sur les rits malabares. Il reçut une lettre et des présents de l'empereur de la Chine, et la promesse de rendre la liberté à des missionnaires qui avaient été arrêtés.

Une ancienne tradition porte que le corps de saint Augustin fut transporté en Sardaigne après sa mort, puis porté en Italie sous Luitprand, roi des Lombards. En 1695, on avait trouvé dans une église de Pavie un tombeau que ses inscriptions firent juger être celui de l'évêque d'Hippone. Après des informations exactes, François Perturbati, évêque de Pavie, déclara, le 16 juillet 1728, que les restes trouvés dans le tombeau étaient ceux de l'illustre docteur, et Benoît XIII confirma et notifia ce jugement par une bulle du 22 septembre 1728 (1).

En 1729, Benoît XIII voulut revoir encore sa chère église de Bénévent. Son âge avancé ne put le détourner de ce projet. Il partit de Rome le 28 mars, après avoir tenu un consistoire, et arriva le 5 avril à Bénévent, où il célébra les offices de la semaine sainte. Il avait convoqué les évéques de la province pour un troisième concile provincial ; on se rappelle qu'il en avait tenu deux, élant archevêque, en 1693 et en 1698. Le concile s'ouvrit au mois de mai, et il s'y rendit des évéques des pays voisins, entre autres Mondilla Orsini, neveu du Pape, qui avait été de l'Oratoire de saint Philippe de Néri, et qui avait passé récemment de l'évêché de Melphi à l'archevêché de Capoue. Benoît accueillait les évéques, les admettait à sa table toujours servie sans luxe, et s'occupait avec eux du bien de la religion dans la province. Après le concile, il consacra l'église de Saint-Barthélemi, qui avait été renversée

(Il Un savant d'un mérite distingué, Juste Fontanini, archevêque d'Auçyre, a écrit pour prouver que le corps conservé à Pavie était réellement celui de saint Augustin.

une seconde (ois après le dernier tremblement de (erre, et qu'il avait fait reconstruire en entier. 11 partit de Bénévent sur la fin de mai et revint à Rome, où son premier soin fut de descendre à Sainte-Marie-Majeure pour rendre grâces à Dieu de son heureux voyage.

Pendant son absence, des pirates avaient fait une descente au Mont-Niceo, dans l'Etat pontifical, et avaient réduit en servitude plusieurs familles qu'ils emmenèrent sur les côtes de Barbarie. Le Pape fut très-touché de cet événement, et voulut qu'on s'occupât sur-le-champ de racheter ces pauvres captifs. Us furent rendus h la liberté par ses généreux sacrifices, et revinrent dans leur pays l'automne suivant.

L'âge du Pontife ne l'empêchait point de présider encore à diverses cérémonies. Aux quatre-temps de décembre 1729, il fit encore une nombreuse ordination. Le 12 février 1730, il sacra l'évéque de Gcrace (Locres) en Calabre. Trois jours après, il assista aux obsèques du cardinal Nusidei. Mais la fièvre le prit bientôt. Il ne garda le lit que trois jours, et fut toujours occupé de pieuses prières. Le 21 février, veille des Cendres, il reçut le saint Viatique à genoux et récita encore son olïice ; mais arrivé à Compiles, on s'aperçut qu'il touchait à son heure dernière. On lui administra l'extrême-onction, et il expira sur la fin du jour, étant âgé de quatre-vingt-un ans et vingt jours. Ses obsèques eurent lieu le 25 février; le Père Ricchini y prononça son oraison funèbre. En 1733, son corps fut transporté dans le couvent des Dominicains, à Sainte- Marie-de-la-Minerve; on le trouva sain, entier et sans odeur. Un service solennel fut célébré en celte occasion.

L'archevêque de Fermo termine la vie du pieux Pontife par des réflexions fort judicieuses que nous regrettons de de ne pouvoir rapporter en entier. Il remarque que ce pontificat fut exempt d'orages, que l'Europe était en paix, que les princes vécurent généralement en bonne harmonie avec le Saint-Siège, et qu'on n'éprouva aucun de ces fléaux par lesquels Dieu châtie les peuples. On n'eut à re-

prendre en Benoît qu'une excessive conûance pour des hommes qui paraissent avoir abusé de leur crédit sur son esprit. Il avait amené de Bénévent et admis dans les charges, des élrangers que Tes Romains voyaient d'un œil jaloux. Le plus haï de tous était le cardinal Coscia, qui porla sous le règne suivant la peine de ses torts. L'auteur de la vie de Benoît XUI dit avec raison qu'un souverain serait heureux s'il n'avait que des serviteurs irréprochables, qu'un si beau privilège n'appartenait point à l'humanité, et que les vertus particulières du Pontife, sa piété tendre, sa charité généreuse, son zèle pour l'Eglise, sa vie austère compensent bien aux yeux de la postérité trop d'indulgence pour ses serviteurs.

Nous avons parlé plus haut des canonisations que ce Pape fit ou promulgua et des saints qui vécurent de son temps (1).

On calculait en 1726 que le Pontife avait consacré jusqu'alors, soit comme archevêque, soit comme Pape, trois cent soixanle églises et mille quatre cent quatre-vingtquatorze autels; et ce nombre augmenta encore depuis.

— Cardinaux créés par Bemoit XIII. Benoît fit vingtneuf cardinaux en douze promotions. Nous avons déjà fait connaître suffisamment le cardinal de Fleury. Parmi les autres, un de ceux dont la promotion eut le plus de conséquence fut 'Nicolas Coscia, que le Pape avait amené de son ancien diocèse de Bénévent, et qu'il fit même son successeur dans ce siège. Coscia qui était depuis longtemps le confident du Pape, passa pour avoir abusé du grand pouvoir qu'il avait sur l'esprit du Ponlife : nous verrons dès le commencement du pontificat suivant la rigueur avec laquelle il fut traité.

Nous avons déjà eu occasion de nommer plusieurs fois le cardinal Maria Angélo Quirini , bénédictin de Florence (2). Devenu archevêque de Corfou, en 1723, il sut

(1) Voyez plus haut, pag. 141, etpag. 192.

(2) Voyez Tableau historique, tome i, page 68.

par une conduite vraiment épiscopalc, en même temps que par son érudition, s'attirer la vénération non-seulement des catholiques, mais aussi des Grecs schismatiques. L'ouvrage qu'il publia sur Corfou (l'ancienne Corcvre), sous le titrede Primordia Corcyriœ^ est rempli d'une saine critique. Elevé plus tard sur le siège de Brcscia, il s'appliqua à en restaurer les monuments, et il rendit sa cathédrale une des plus magnifiques de l'Italie : la création d'une bibliothèque publique, et les recherches savantes qu'il fit paraître sur les ouvrages de ses saints prédécesseurs et les antiquités littéraires de Brescia, n'étaient pas moins propres à lui concilier l'affection de ses diocésains. Devenu cardinal en 1727, il fut chargé de la bibliothèque du Vatican, et l'augmenta avec magnificence. Ses libéralités s'étendaient au loin, et il contribua largement;! la construction d une église catholique à Berlin : il mourut subitement à Brescia en 1755.

Laurent Cozza avait pris l'habit religieux chez les Frères Mineurs observantins , et avait exercé les principales charges dans son ordre. Promu au cardinalat en 1726, il présida avec distinction plusieurs des congrégations romaines : il a laissé divers ouvrages de théologie.

François Antoine Fini était un de ces Bénéventins qu'avait favorisés Benoît XIII ; et il partagea la haine qu'on leur portait, comme nous le verrons sous le règne suivant (I).

Vincent-Louis Gotti, savant Dominicain, a laicsé de grands ouvrages, soit contre les protestants, soit pour prouver la vérité de la religion.

Vincent Ferreo, Piémontais, évêquede Verccil, était un prélat simple et modeste, très-estimé pour ses vertus,

La plupart de ces choix, et quelques autres encore, font honneur au discernement de Benoît XIII; mais l'Eglise lui aurait encore des obligations, quand il n'aurait admis dans le sacré collège qu'un homme du mérite du cardinal Prosper Lamberlini, dont le nom est également

(1) Voyez plus haut, sous le 44 mars 1727, divers faits qui le coheernent.

cher à la religion et aux lettres. Il fut fait cardinal en 1 728 ; nous le ferons connaître davantage quand nous parlerons de son élévation sur la chaire de saint Pierre.

mars. Déclaration de louis xv contre le jansénisme. Tout ce qui se rattache à cet événement mérite d'autant plus d'attention que c'est surtout à l'occasion de cette Déclaration qu'on va voir se développer dans la magistrature l'opposition la plus déplorable aux décisions de l'Eglise. Il paraissait de plus en plus nécessaire de mettre un frein à la licence des écrits. Elle était portée si loin, que le Parlement de Paris même avait paru quelque temps vouloir la réprimer. En 1729, il avait proscrit une Dénonciation contre les Jésuites , adressée aux plénipotentiaires du congrès de Soissons (1), et il s'était plaint de ce que les auteurs de cette lettre prenaient un nom de parti, celui de Jansénistes, et réclamaient l'appui des puissances étrangères. En 1730, il condamna au feu des Remontrances à V archevêque de Paris, parties de la mémo source, comme prêchant la désobéissance avec un emportement et un scandale intolérables. Peu après il fit subir la même peine à un écrit où l'on détournait les fidèles de tout confesseur acceptant. Mais ces flétrissures n'allaient point à la source du mal. La plupart des autres libelles étaient épargnés. En composer et en répandre, était à des yeux fascinés une œuvre méritoire. On en eut un exemple dans le même temps. Un colporteur d'ouvrages prohibés, ayant été pris, fut mis au carcan ; mais tel était le respect pour les lois, qu'on voulut transformer cette flétrissure en une espèce de triomphe pour le coupable. On l'escorta avec honneur, on le combla publiquement d'éloges, et le journaliste du parti n'eut pas honle de l'appeler un captif de Jésus-Christ (2). Etrange abus de la religion ! Nous

(I) [[Un congrès avait été ouvert à Boissons en 17*8, « dans le but, avait dit * 1* cardinal de Fleury, lorsqu'il en fit l'ouverture, 4c terminer à l'amiable les » différents intérêts de l'Europe, qui étaient en contestation. » Ce congrès, ou se trouvèrent en effet les plénipotentiaires des principaux Etats de l'Europe, n'eut pas de résultats immédiats, j]

(!) Nouvelles ecclésiastiques, 1730.

avons vu plus baul comment M. de Vintimille, effraye d'un tel esprit d'égarement, s'était plaint au roi, en lui exposant toute l'étendue des maux de son diocèse. Le prince avait promis de prêter son bras à l'autorité ecclésiastique, et c'est dans ce but qu'il donna la Déclaration de 1730, qui devait développer et perfectionner ce qu'avait commencé la déclaration de 1720. L'objet que se proposait le gouvernement ressortira du préambule même de la nouvelle déclaration ; et l'on y verra aussi ce qui pouvait fournir un prétexte à l'opposition de la magistrature :

« Louis, etc. Après la division et les troubles que le re- » fus de se soumettre à la bulle Unigenitus , avait fait » naître dans l'Eglise de France, nous eûmes lieu d'espé- » rer, en l'année 1720, d'y voir la paix heureusement * rétablie. Des explications dressées dans un esprit de con- » corde et de charité, approuvées par tous les cardinaux, » tous les archevêques, et presque tous les évêques de » notre royaume, qui avaient accepté la constitution, » adoptées même par la plupart des prélats, qui avaient » hésité d'abord à la recevoir, ne laissaient aucun prétexte m à ceux qui, affeclaot de la décrier, par des interpré- » talions contraires à son véritable sens, voulaient les » faire servir d'excuse à leur résistance. Ce fut dans des » circonstances si favorables, que nous jugeâmes à propos » de donner notre déclaration de 1720, par laquelle en » ordonnant d'un coté que la bulle Unigenitus fût obser- » vée selon sa forme et teneur..., nous prenions de l'autre » les précautions les plus convenables pour assurer la tran- » quillitéde cœur de ceux de nos sujets, qui feraient céder » leurs préventions a l'autorité du chef et des corps des m premiers pasteurs. Nous avons eu à la vérité la salisfac- » tion de voir des corps entiers, et un grand nombre de » nos sujets des différents ordres de l'Église de France, » entrer dans ces sentiments et l'édifier pour la sincérité de » leur soumission. Mais nous savons que tous ceux qui les » avaient imités dans leur résistance, n'ont pas encore » suivi l'exemple de leur soumission ; et nous voyons avec

» déplaisir qu'il y en a même plusieurs qui, au lieu d'en » profiter, n'ont cherché qu'à allumer Je feu que nous » voulions éteindre. Non -seulement ils ont interjeté de » nouveaux appels, et ils n'ont pas cessé d'attaquer la » Constitution avec la même licence, mais ils ont entre- » pris de révoquer en doute le pouvoir qui appartient aux )> évêques d'instruire les fidèles de la soumission qu'ils » doivent à la bulle Unigcnitus, et d'examiner les senti- » ments et les dispositions des ecclésiastiques lorsqu'ils se » présentent à eux, soit pour recevoir les saints Ordres, » soit pour obtenir des institutions canoniques, m (C'est » même seulement à la constitution Unigenitus que les » ennemis de la paix cherchent à donner atteintes ils ne » cessent d'attaquer directement ou indirectement les » constitutions des papes, qui ont condamné les cinq pro- » positions, tirées du livre de Jansénius, ou qui ont prescrit » la signature du Formulaire. Ils renouvellent les subti- » lités frivoles qui ont été inventées pour éluder les obser- » valions de ces bulles : ils s'autorisent de la discussion du » fait et du droit, et abusant de ce qui se passa sous le » pontificat de Clément XI, ils prennent toujours la dé- » fense du silence respectueux sur le fait de Jansénius, » quoique déclaré insuffisant par la bulle Fineam Domini, » donnée par Clément XI, et unanimement acceptée par » tous les prélats de notre royaume. » (Nousavons déjà expliqué comment, pressés de souscrire le Formulaire, les jansénistes avaient recours au subterfuge de ne le souscrire que relativement à la paix de Clément IX, qui, selon eux, tolérait le silence respectueux, etcherchaient même, contre toute évidence, à donner ce sens à la bulle Fineam), On sait également qu'ils abusaient de l'article Y de la Déclaration de 1720, qui défendait de se provoquer les uns les autres par des termes injurieux,

« Nous ne devons donc pas, concluait le roi, diviser deux » objets, qui, quoique différents, ne sont que trop unis )> dans l'esprit de ceux qui ne cherchent qu'à perpétuer » les troubles présents de l'Église. Nous continuerons ce-

» pendant de veiller avec attention à la conservation des » maximes de notre royaume et des libertés de l'Eglise » gallicane, qui nous seront toujours plus précieuses qu'à » ceux qui n'y cherc hent qu'un vain titre pour colorer » leur résistance. Et nous sommes persuadés que nos cours u du parlement, qui étaient principalement chargées du » soin de les maintenir, se sont acquittées si dignement de » ce devoir en dillérentes occasions, sauront toujours faire » un juste discernement entre le zèle éclairé de ceux qui » les défendent avec sagesse, et les intentions suspectes » de ceux qui n'y cherchent qu'un prétexte pour troubler » une paix aussi désirable pour l'intérêt de l'Etat que pour » le bien de l'Eglise. A ces causes, de l'avis de notre » conseil, de notre grâce spéciale, pleine puissance et au- » torité royale, nous avons dit, déclaré, et ordonnons, etc. »

Les articles I et II concernaient la signature du Formulaire, prescrit par Alexandre VII. Il était ordonné » que lesdites signatures du Formulaire fussent pures et » simples, sans aucunes distinction, interprétation ou res- » friction. » Les ecclésiastiques n ayant pas signé le Formulaire, ne pouvaient être promus aux Ordres, ni pourvus d'aucun bénéfice ; et s'ils en avaient été pourvus, leurs bénéfices étaient déclarés impétrables de plein droit. « Au cas que quelque d'entre les évêques néglige d'en » exiger la signature , voulons conformément à l'édit » de 1G63, qu'il y soit contraint par la saisie du revenu » temporel de son évêché. »

Les articles III, IV et V étaient relatifs à la bulle Unigenitus. « Confirmant les lettres patentes de 1714, et » notre Déclaration de 1720, ordonnons que la constitu- » tion Unigenitus, étant une loi de l'Église, par l'accepta- » tion qu'elle en a faite, soit aussi une loi de notre royaume. » Voulons que tous nos sujets, de quelque état et condition h qu'ilssoient, aient pour la bulle Unigenitus le respect et la m soumission qui sont dus aux jugements de V Église uni- » venelle en matière de doctrine . La Déclaration de 17UO » sera exécutée dans sa teneur, mais sans néanmoins que.

ANNÉE 1780. m

» sous prétexte du silence que nous avons imposé, on puisse » prétendre que notre intention ait jamais été d'empêcher » les évêques d'instruire les ecclésiastiques et les peuples » sur l'obligation de se soumettre à la constitution* »

On ne devait pas, conformément à la même Déclara» tion, exiger directement ou indirectement de nouvelles formules de souscription *, mais, disait le roi, « par cette » défense, nous n'avons pas entendu que les évêques ne » puissent refuser d'admettre aux ordres, aux dignités v et aux bénéfices, les ecclésiastiques séculiers ou régu- » liers, qui persistent dans les appels qu'ils auraient in- » lerjetés, ou qui refuseraient de s'expliquer sur la sou* v mission due à la constitution. »

L'article VI était relatif aux appels comme dabus, qui pourraient avoir lieu à l'occasion des refus faits aux eccl siastiques qui se trouveraient dans quelques-uns des cas exprimés dans les articles précédents : « Les causes de rc- » fus marquées dans lesdits cas, ne pouvaient être regar- » dées comme des moyens d'abus. »

Enfin l'article VII renouvelait les peines portées contre les auteurs et imprimeurs d'ouvrages contraires aux constitutions apostoliques, à la religion , au respect dû aux papes et aux évêques, aux droits de la couronne, ou aux libertés de l'Eglise gallicane. 11 était enjoint aux parlements de tenir la main à ce que ees mesures fussent exacte* ment et mviolablemcnt observées, et de prêter aux évêques le secours et l'assistance nécessaires pour l'exécution des jugements qui seraient rendus par eux contre les contrevenants.

Telle était la Déclaration que la piété du prince accordait à la religion des évêques, pour nous servir d'une expression qu'employait dans une circonstance semblable Gilbert des Voisins, « II y avait longtemps , dit La fi tau, » que les évêques la demandaient : si elle avait été ôb» » servée religieusement, le calme était rendu à l'Eglise et » à l'État (1). »

(4} Lafilau, J/iêtoire de la Constitution, \\v. vi.

— Le 3 avril. Lit de Justice. Gomme on connaissait la résistance qu'un certain nombre de membres du parlement de Paris opposeraient à l'enregistrement de cette déclaration, il fut résolu que le roi irait le 3 avril tenir un là de justice pour faire entendre ses volontés. [[ On sait que les lits de justice étaient des assemblées solennelles du parlement que le roi venait présider en personne. « Telles furent long- » temps, a dit un magistrat, l'incertitude et l'imperfec- » tion de nos institutions. Quand les rois venaient au pa- » lais tenir ce qu'on appelait leurs làs de justice, la » royauté semblait n'étaler sa puissance et ne se montrer » dans sa majesté, que pour éclipser l'autorité du parle- >» ment, entraîner ses votes, ou, s'il résistait, lui faire vio- » lence en forçant l'enregistrement des édits. Au Heu de » voir dans ce vain appareil un exercice régulier du pou- » voir, l'opinion publique était réduite à déplorer cette » force déployée au sein même de la justice. Le scandale » des protestations venait contredire les actes, et des re- » gistres contenaient tout à la fois un acte d'obéissance et » un germe de rébellion (1). » Ces paroles s'appliquent pleinement à ce qui se passa à l'occasion du là de justice de 1730, et de ceux qui furent tenus les années suivantes.

Pour faire comprendre différents détails dans lesquels nous entrerons, il est nécessaire de rappeler brièvement quelle était l'organisation du parlement de Paris.

Le parlement de Paris était une cour souveraine composée d'ecclésiastiques et de laïques, qui rendait la justice en dernier ressort au nom du roi, même dans les affaires les plus importantes, lorsqu'elles ne lui étaient pas enle« vées par des circonstances exceptionnelles.

Le parlement de Paris était partagé en trois principales sections : la Grand-chambre, les Enquêtes et les Requêtes.

La Grand- chambre, qui seule était compétente pour un certain nombre d'affaires majeures, était composée d'un

(1) Discours prononcé par M. Dupin aîné a Vinstallation de la magistrature, le 3 novembre 11*0.

premier président, de neuf présidents à mortier, ainsi appelés de l'espèce de toque qui était la marque de leur dignité, de douze conseillers, clercs ou ecclésiastiques, et de vingt-quatre conseillers laïques. Mais, déplus, les pairs ecclésiastiques, les ducs et pairs, et quelquefois les maréchaux de France, y avaient séance et voix délibérative.

Les chambres des Enquêtes jugeaient principalement les procès pai% écrit, c'esl-à-dire ceux dans lesquels on était admis a produire les mémoires, pièces et preuves en première instance. 11 y avait, en 1730, cinq chambres d'Enquêtes, composées chacune de trois présidents et de trentecinq conseillers tant ecclésiastiques que laïques.

Les chambres des Requêtes formaient une juridiction exceptionnelle, à laquelle un certain nombre de privilégiés avaient droit de requérir que leurs causes fussent examinées par des commissaires spéciaux. Il y avait deux chambres de requêtes, composées chacune de trois présidents et de quinze conseillers. Comme on passait à la Grand-chambre, des Requêtes et des Enquêtes, il est évident que les magistrats de ces chambres étaient généralement plus jeunes.

Le parlement comptait en outre d'autres magistrats , les gens du roi, c'est-à-dire les avocats-généraux, et, à leur tête, le procureur-général, les greffiers civils et criminels, etc.

Quand le roi tenait le lit de justice, tous ces magistrats se réunissaient dans la Grand-chambre, avec les pairs ecclésiastiques et laïques. On prenait ordinairement^leur avis, et le roi intimait ses ordres ]] (1).

(1) i[ Nous empruntons les détails suivants à V Encyclopédie. '

Ce terme, lit de justice, pris dans le sens littéral, signifie le trône où le roi est assis lorsqu'il siège solennellement en son Parlement : (dans l'ancien langage, un siège couvert d'un dais se nommait un lu :) cinq coussins forment le siège de ce lit; le roi est assis sur l'un, un autre tient lieu de dossier, deux autres servent comme de bras, et soutiennent les coudes du monarque : le cinquième est sous ses pieds. Toute séance du roi en son Parlement n'était pas qualifiée lit de justice : on ne qualifie ainsi que les séances solennelles oit le roi est assis sur le lit de justice.

Le dais et le lit de justice est placé dans l'angle de la grnnd-chamlire ; sur

2M ANNlvE «730.

[il roi vint donc nu palais le lundi saint, 3 avril. Le silence qui se remarqua à son entrée et sur son passage, indiquait assez la préoccupation des esprits (1). La séance fut ouverte par un discours du chancelier d'Aguesseau, qui fit l'éloge de la Déclaration, et exposa les motifs qui l'avaient dictée. Puis le chancelier parcourut les rangs pour recueillir les voix. [ Les ducs et pairs ne réclamèrent pas contre l'enregistrement ; et les évêques l'appuyèrent formellement : mais du côié du parlement; il y eut un grand nombre de réclamations. On assure que sur plus de deux-cent-cinquante opinants, il y en eut tout au plus quarante qui furent pour l'enregistrement, et que la plupart manifestèrent leur opposition d'une manière énergique (*2). Plusieurs ne se contentaient pas d'un simple vole ; mais développaient leur opinion , en s'appuynnt principalement sur le rapport qu'ils prétendaient exister entre la condamnation de la proposition quatre-vingt-onzième sur la crainte des excommunications if/ justes qui ne iloit pas empêcher de faire son devoir, et la légende de Grégoire VII , dont il a été parlé plus haut (3).

1rs hauts sièges, a la droite du roi, sont les princes du sang et les pairs laïques ; au bout du dernier banc se met le gouverneur de Paris : à lu gauche, aux

liants sièges, sont les pairs ecclésiastiques et les maréchaux de France venus avec le roi; et sur une chaise à bras, couverte de l'extrémité du tapis de velours violet, semé de fleura de lys, servant de drap de pied au roi, se met le chancelier.

Sur le banc ordinaire des présidents à mortier, sont le premier président et les autres présidents à mortier, revêtus de leur épitngc. Sur les bancs ordinaires couverts de fleurs de lys, sont les conseillers de la Grand-chambre, 1rs présidents des Enquêtes et des Requêtes, tous en robe ronge, ainsi que les autres conseillers du Parlement, etc. etc. Encyclopédie, art. Lit de justice, |]

(1) \\ Mémoire présente au roi en mai 1730. — Joui nul de Barbier.]]

(2) IKnciae, Abrégé de l'Histoire ecclésiastique, loin, xv, pag. 195. La suite des faits porte à croire que ectauteur peut être cru sur t e qu'il raconte.

(3) Le clergé avait mille fois montré qu'on ne pouvait en aucune manière tirer aucune conséquence inquiétante et fâcheuse de la condamnation de cette proposition. Voyet Y Instruction pastorale de l'assemblée de 1714, loin, i, des Mémoires, pag. 315. Le parti ne cessait de revenir sur ce point, parce qu'il paraissait de nature à faire impression sur les magistrats plus que les questions sut la grâce et h liberté.

L'abbé Pucelle, sous-diacre et conseiller clerc, se fit remarquer entre les autres (l). « Je suis, disait-il, trop fidèle » sujet du roi, pour consentir qu on le dépouille de ses » droits et qu'on le déclare vassal du Pape, » Et comme le chancelier lui disait que ce n'était là que des mots, et r/ue la déclaration ne contenait rien de tel f « je sais, ré- » pondit-il, que cela n'y est pas renfermé en termes for- » mets \ mais c'en est l'esprit -, c'en est une conséquence n naturelle, » Selon un autre conseiller, depuis que la légende sur Grégoire VII ayoit paru, il fallait croire, en admettant la condamnation de la quatre-vingt-onzième proposition, que le Pape est endroit aV arracher le sceptre de la main du roi et de disposer de sa couronne. Un vieillard de o/ialre-vingt-lrois ans, de Lessevillc, conseiller d'honneur, fléchissant le genou, supplia le roi au nom de la religion de retirer la Déclaration. D'autres incidentaient sur les objections que les opposants avaient tant de fois répétées contre la forme de la bulle. Le chancelier ne laissa pas d'intimer les ordres du roi pour l'enregistrement pur et simple, qui s'accomplit sous ses yeux. ]] Le roi fit défense au parlement de délibérer sur celte affaire, et se retira.

[[Le lendemain, 4 avril, les conseillers des Enquêtes et des Requêtes se rendirent à la Grand-chambre pour se plaindre de l'enregistrement, et surtout de ce que le chancelier avait dit que l'avis de la pluralité était pour l'enregistrement. Le premier président, Portail, fit lecture d'une lettre du chancelier portant un ordre exprès du roi, qui défendait au parlement, à peine de désobéissance, de délibérer sur la Déclaration. Comme les présidents se levaient pour obéir, un grand nombre de conseillers environnèrent le premier président, qui ne sachant comment éluder leurs instances, leur dit que l'on ferait mention sur le

(1) L'abbé Pucclle, dont il lero plusieurs foi» question dans ces Mémoires, était tteveudu célèbre maréchal Cntinat; il possédait l'abbaye de Corbigny.

A l'époque du lit de justice de 17-50, il avait Soixante-quinze ans; il vécut encore quinze ah». Srs mœurs étaient austfcres : Il eut le malheur d'Ptre «•gardé longtemps comme le chef des opposant* à la bulle Unigenims.

registre de leur demande, ot en même temps de la défense du roi, qui empêchait qu'on ne délibérât dans les formes. Sur quoi les conseillers des Enquêtes et des Requêtes se retirèrent dans leurs chambres, et décidèrent qu'il serait dressé des procès-verbaux pour constater quel avait été l'avis de la majorité.

Les fêtes de Pâques suspendirent un instant ces réunions tumultueuses. Le mercredi d'après la Quasimodo, aussitôt après les discours ordinaires prononcés à l'occasion des mercuriales de rentrée, l'abbé Pucelle, appuyé par un grand nombre de conseillers, demanda avec instance qu'on prit des moyens sûrs pour constater les réclamations du parlement. Le premier président fit lecture d'une lettre de cachet adressée par le roi lui-même au parlement, dans laquelle était blâmée l'assemblée irrégulière tenue, le 4 avril, par les conseillers des Enquêtes et des Requêtes; il était ordonné que tout vestige de cette assemblée fût détruit ; et de nouveau toute délibération relative directement ou indirectement à ce qui s'était passé au lit de justice était interdite. Malgré des ordres si formels, on ne laissa pas d'insister pour qu'on délibérât au moins sur cette lettre. Tous les présidents à mortier s'élant retirés à la suite du premier président, les conseillers des Enquêtes et des Requêtes formèrent une nouvelle assemblée, et y arrêtèrent qu'il serait fait des protestations, et que ces protestations seraient présentées à la Grand-chambre. Le 28 avril, le roi manda à Fontainebleau tous les présidents du parlement, un certain nombre de conseillers, et les Gens du roi ; il leur exprima luimême son mécontentement ; et il leur fit enjoindre, par la bouche du chancelier, que. tout ce qui avait été fait de contraire à ses volontés fut regardé comme infirmé et de nul effet : il permettait au premier président de réunir tout le parlement pour faire le récit de ce qu'il ordonnait, sans toutefois qu'aucune délibération pût avoir lieu. <c C'est ce qui fut exécuté, le 4 mai, conformément aux » ordres du roi, dit l'historien Racine : mais cela n'em-

» pécha pas que les protesta lions el le procès-verbal , » signés par plus de cent-quatre-vingts de Messieurs des » Enquêtes et des Requêtes, ne subsistassent dans toute Jeur » force (1). »]]

Après une résistance si manifeste, il était évident que l'Église avait peu de protection à attendre du parlement. La Déclaration du 24 mars étant émanée du souverain, il ne restait, ce semble, à ses ofliciers de justice, qu a la mettre à exécution : c'est pourtant ce qu'ils refusèrent constamment. Us rendirent cette année même plusieurs arrêts absolument opposés à la Déclaration ; ils accueillirent plusieurs ecclésiastiques qui, aux termes de cette loi, devaient êtrejprivés de leurs bénéfices ; et ils les maintinrent en possession. Nous verrons bientôt les suites fâcheuses d'un conflit si déplorable.

[[ La déclaration de 1730 fut enregistrée sans trouver la même opposition dans les autres parlements du royaume : néanmoins nous voyons que le roi écrivait au parlement de Rennes, sous la date du 16 mai : « Nous vous avions » adressé dès le mois d'avril précédent, la Déclaration sur » l'exécution des bulles contre le Jansénisme : nous som- » mes informés que vous n'avez pas encore procédé à l'en- » registrement, sous prétexte de difficultés qui ont donné » lieu à un retardement si contraire au bien de notre ser- » vice. » Ensuite le roi ajoutait : « Gomme nous ne pou- » vons souffrir aucunes représentations au sujet d'une Dé- » cla ration si importante, que nous avons fait enregistrer » et publier en notre présence, dans notre Cour de parle- » ment, séant à Paris..., nous vous mandons que, toutes » affaires cessantes, vous ayez à procéder à l'enregutre- » ment pur et simple, etc. » C'est ce qui fut exécuté, du très-exprès commandement de Sa Majesté, porte l'arrêt rendu en conséquence (2). ]]

— Le 12 juillet. Le cardinal Corslni est élu Pai»e et

(1) Abrégé de l'Histoire ecclésiastique, t. xr, p. 210.

(2) Recueil des édils, etc., registres en la cour de Normandie, t. pag. 216. »

phend le îcom de Clément XII. Laurent Corsini, né à Florence le 7 avril 1752, d'une famille illustre de Toscane, lit ses études au séminaire romain, et fut reçu docteur en théologie à Pise. Ayant perdu son père il retourna à Rome, et entra dans la prélaturc : il fut d'abord clerc de la chambre. Alexandre VIII le nomma archevêque de Nicomédie et nonce h Vienne. Des dilîicultés qui ne lui étaient point personnelles l'empêchèrent d'occuper ce poste. En 1696, Innocent XII le fit trésorier de la chambre, place importante h Rome, et qui conduit au cardinalat. En effet, le 17 mai 1706, Clément XI le créa cardinalprêtre du titre de Sainte-Sabine, lui laissant cependant les fonctions de trésorier. Corsini montra dans ses différentes places autant d'intégrité cl de prudence que de zèle et d'habileté. En 1725 il passa dans l'ordre des évoques, et fut fait évêque de Frascati. Ami des lettres, il ajouta à sa bibliothèque et à celle du cardinal Irénée Corsini, son oncle, celle du cardinal Gualterio , qui était riche et choisie, et qu'il acheta 1 1,000 pièces d'or : ce fut Malachie d'Inguembert, depuis évêque de Carpcntras, qui lui fil cette acquisition. Le cardinal usait noblement d'une grande fortune, était généreux pour les pauvres, affable pour tout le monde, et exact observateur de toutes les convenances de son état.

Benoît XIII étant mort, le conclave s'ouvrit le 3 mars, et fut a la fin composé de cinquante-cinq cardinaux. Un grand nombre de voix parut d'abord se réunir en faveur du cardinal Imperiali, mais le cardinal Bentivoglio s'y opposa au nom de l'Espagne. 11 fut question ensuite des cardinaux Zondadari, RufTo, Banchieri et Duvia : celui-ci eut vingt-neuf voix ; il ne lui en manquait que quatre ; on persista longtemps h le soutenir. On se rejeta ensuite sur le cardinal Corradini, qui était savant dans les antiquités ecclésiastiques, et qui a laissé plusieurs ouvrages 5 mais il était repoussé par les cardinaux espagnols et allemands. On revint donc à Corsini, dont on avait parlé au commencement du conclave. Le cardinal Albani, qui avait de

ÀfsWfcE 1730.

l'influence dans le conclave, lui donna sa voix. L'élection fut résolue le 11 juillet; mais le cardinal Cor si ni était si peu pressé de voir son élévation qu'il demanda qu'elle fût différée jusqu'au lendemain, jour de la fête de saint Jean Gualbert, Florentin, en qui il avait une dévotion particulière. Le conclave avait duré 4 mois et sept jours. Le nouveau Pontife prit le nom de Clément XII, en l'honneur de Clément XI qui l avait fait cardinal.

Le nouveau Pape eut à s'occuper sur-le-champ des plaintes générales contre les malversations commises sous le dernier règne. Le peuple demandait justice à grands cris. Le cardinal Coscia était surtout l'objet de sa fureur. Déjà il l'avait éprouvée pendant le conclave. Aussitôt après la mort de Benoît XIII, son protecteur, il avait été obligé de quitter son palais qui avait été pillé, et de sortir même de Rome. Mais le sacré collège l'ayant invité à revenir pour assister au conclave, il rentra de nuit dans Rome. L'élection faite, il eut ordre du Pape de rester au Vatican, et ensuite de se rendre à son palais, sur les portes duquel il fit mettre les armes de l'Empereur pour en imposer à la populace qui se montrait toujours fort animée contre lui. Clément XII nomma une congrégation de six cardinaux pour le juger. Il fut reconnu coupable de concussion : on lui fit donner sa démission de l'archevêché de Bénévent, et on lui défendit de sortir de l'Etat de l'Eglise. Sa démission fut pour le peuple de Bénévent le signal d'une joie effrénée. [[On assure que, pour remercier le ciel, on fit dans Rome des processions solennelles avec exposition du saint Sacrement pendant trois jours (1). ]] Le 31 mars 1731, le cardinal Coscia s'enfuit secrètement de Rome, et se retira dans le royaume de Naples. On avait formé une nouvelle congrégation de quatre cardinaux pour procéder contre lui. Cette congrégation le déclara interdit, et séquestra ses biens. Le cardinal sollicita vainement la protection de l'Empereur, qui refusa de *fc > t -. *">\£ * 1 ~ - 't^Jq&vifcbf**' h'** - n ■

ft) biographie, art. Coida.

s'intéresser à son affaire. 11 lut donc obligé de se rendre a Rome, et y fut mis en jugement. 11 fut interrogé, et on entendit des témoins. Après plus d'un an d'instruction, il y eut, le 9 mai 1733, une sentence qui le déclarait excommunié, et qui le condamnait à rester pendant dix ans prisonnier au château Saint-Ange, à restituer les sommes prises ou reçues contre l'équité, et à payer en outre, pour les autres profits illicites qu'il avait faits, la somme de 100,000 ducats qui devait être employée en œuvres pics. On le privait de plus de sa voix dans le conclave futur. La nuit suivante, il fut conduit dans la prison où était déjà son frère, qu'il avait fait nommer évêque de Targa, et qui partagea ses disgrâces. Néanmoins le cardinal Coscta entra au conclave de 1740, Clément XII ayant ordonné, par son testament, que sa voix lui fût rendue; et Benoît XIV, à son avènement au trône, le rétablit dans tous les droits de sa dignité. Peu estimé à Rome, il se retira à Naples, où il mourut le 8 février 1755, après avoir payé cher sa courte faveur et l'abus qu'il en avait fait.

D'autres qui s'étaient enrichis sous le dernier règne, furent condamnés à la prison ou à des amendes. H y en eut qui perdirent leurs places, et quelques-uns s'exilèrent volontairement.

Le cardinal Fini fut également recherché ; on l'accusait surtout d'avoir prévariqué dans le concordat passé avec la Sardaigne. On enleva de son palais son argent et ses papiers. H eut défense de paraître aux consistoires et aux cérémonies publiques, et il subit plusieurs interrogatoires. Il parait qu'il se justifia : du moins, en 1732, le Pape le reçut en grâce, et le rétablit dans tous les droits et privilèges de sa dignité. Quant à ce qui concerne le concordat fait avec la Sardaigne, nous verrons, sous la date du 6 août 1731, le décret qui l'annule.

— Le 11 septembre. Lettres de l'assemblée générale no clergé au roi. Il était difficile que des évèques vissent d'un œil indifférent les maux de l'Eglise. Le parlement de Paris avait rendu depuis la Déclaration, dix arrêts consé-

culifs, tous en faveur des opposants, tous contre les évêques qui s'autorisaient de la loi de l'Eglise et de celle de l'Etat : ce n'était plus même seulement la déclaration qui élait méprisée, les édits les plus importants sur la juridiction ecclésiastique étaient ouvertement violés. L'assemblée que présidait l'archevêque de Paris arrêta des remontrances au roi, et lui écrivit deux lettres.

[[ Sa première lettre et la requête qui y est annexée expliquent très-clairement le juste fondement de ses plaintes. Nous croyons utile de faire connaître ces détails.

L'assemblée peint d'abord en ces termes généraux Vétat déplorable où la religion se trouve en France :

« L'indépendance et la révolte des curés sont ouverte- » ment protégées : les droits les plus sacrés des évêques » sont contestés, et leur ministère est rendu inutile ; les » laïques se constituent juges de la doctrine 5 et, ce qui est » encore plus affligeant, l'esprit de schisme s'introduit » insensiblement dans vos Etats. Ce sont là , Sire , les » tristes et déplorables suites des usurpations continuelles » que font les tribunaux séculiers sur l'autorité spiri- » tuelle(l). »

Les évêques en viennent ensuite à l'exposé des faits récents qui concernaient la violation de la juridiction ecclésiastique : « Deux curés et un chanoine d'Orléans, un curé du diocèse de Soissons, sont justement interdits par leurs évêques pour réprimer le scandale de leur désobéissance opiniâtre : ils ont recours au parlement; ils y sont favorablement écoutes; et munis d'autant d'arrêts qui défendent indéfiniment d'exécuter les ordonnances rendues contre eux, sans avoir été renvoyés aux supérieurs ecclésiastiques pour les relever des censures dont ils étaient liés, ils retournent en triomphe exercer les fonctions dont ils avaient été privés. Mais de tous les coups qu'on ose porter sous nos yeux à la juridiction ecclésiastique, il n'en est pas qui nous contriste davantage que celui que lui a porté l'arrêt

(1) Recueil des actes et mémoires concernant les affaires du clergé, pag. 1631.

rendu le 26 juillet, en faveur du sieur Lair, curé de la paroisse de Saint-Barthélémy. Le promoteur de l'oflicialité de Paris, informé que le curé de Saint-Barthélémy faisait journellement des omissions considérables dans la célébration des saints mystères, dans l'administration du sacrement de baptême, ou dans les cérémonies de l'office public, qu'il était hors d'état de remplir par lui-même les autres fonctions de son ministère, et qu'il avait empêché des prêtres, approuvés par l'archevêque, de prêcher, de confesser, de catéchiser, et de remplir dans l'église de Saint-Barthélémy les autres fonctions, donna sa plainte à l'Ofïicial. Sur l'information faite en conséquence, et composée de treize témoins, qui sont tous de cette paroisse, et parmi lesquels il y a des prêtres et des clercs qui desservent ladite paroisse , sur les conclusions du promoteur, l'Ofïicial rendit sa sentence, par laquelle le sieur Lair a été ajourné à comparaître par-devant FOIlicial pour être interrogé sur les faits résultants de l'information ; et cependant il a été déclaré suspens des fonctions de ses saints ordres, jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné par l'Ollicial. Le sieur Lair a interjeté appel comme d'abus; et il a obtenu un arrêt par lequel il a été non-seulement reçu appelant comme d'abus de la sentence de l'ollicialité de Paris, mais il a été aussi fait défense de passer outre, de faire poursuite ailleurs qu'en la cour, et de mettre a exécution la sentence de l'ollicialité de Paris, h p 'ine de nullité, et de 1,000 livres d'amende. Le curé de Saint-Barthélemy, en conséquence de cet arrêt, est rentré dans ses fonctions curiales et de ses ordres, le jour même de la signification qu'il a lait faire de cet arrêt; et il a depuis continué.

Les évêques démontraient clairement que ces arrêt* étaient entièrement contraires à divers édits, surtout a l'édit de 1693, concernant la juridiction. Selon l'article 34, de cet édit, tout ce qui concernait la suspense de Tinterdiction, était une matière purement ecclésiastique qui n'appartenait qu'au* juges d'église. D'après l'article 36,

À*NÉB 1730.

les ordonnances des évêques et juges d'église devaient être exécutées nonobstant appellation comme d'abus: car ces appellations n'ont pas d1 effet suspensif \ L'article 4 1 portail encore que dans le cas même où les cours, après avoir vu les charges et informations faites contre des ecclésiastiques* estimeraient juste qu'ils fussent absous à cautèle, elles les renverraient devant les évêques qui auront procédé contre eux, et en cas de refus à leurs supérieurs ecclésiastiques pour en recevoir l'absolution, sans que ces ecclésiastiques pussent en conséquence fait e aucune fonction ecclésiastique» IL était évident que les arrêts de parlement violaient toutes ces dispositions. En conséquence les évêques demandaient au roi qu'il réformât et annulât des sentences si préjudiciables.]]

Le. roi accéda en effet à la demande des évêques, et le 23 septembre un arrêt du conseil d'Etat, le roi y étant, cassa l'arrêt du parlement, et fit les expresses défenses de s'en servir, et évoqua au roi et à son conseil Y appel comme d abus interjeté par le sieur Lair de la sentence de l'Olïicial, et en interdit la connaissance à toutes cours et juges : nouvelles défenses furent faites au curé d'exercer ses fonctions. Un semblable arrêt, rendu le 3 octobre, évoqua également l'affaire des trois prêtres d'Orléans, leur faisant, par provision , très-expresses défenses d'exercer aucunes fonctions cur iules, au moins jusqu'à ce que l'évêque d'Orléans* ou ses supérieurs ecclésiastiques les eussent relevés de l'interdit porté contre eux.

L'assemblée du clergé faisait aussi au roi, dans cette pre • mière lettre, des remontrances sur un arrêt du parlement relatif à une thèse soutenue en Sorbonne. « Sansénoncerau- » cune proposition contraire aux libertés de votre royaume, » on a fait, dans cet arrêt, inhibitions et défenses de sou- » tenir, écrire* enseigner directement ni indirectement » aucune proposition contraire à l ancienne doctrine de » l'Eglise. N'est-il pas vraisemblable que, par cette sorte » de condamnation vague de la thèse èn général, on n'a » en vue que de donner atteinte aux propositions qui éta-

» blissenl l'autorité de la Constitution et des jugements de » l'Eglise? D'ailleurs prononcer ainsi, c'est dire que la » thèse contient une doctrine nouvelle et contraire à Tan- » tienne ,* opposer doctrine à doctrine; en approuver Tune » et condamner l'autre : c'est en un mot s'ériger en juges » des matières doctrinales, dont Jésus-Christ n'a confié la » décision qu'aux évêques. Les empereurs chrétiens et les » rois, vos prédécesseurs, ne se sont jamais attribué le » droit de juger des matières de doctrine ; et ils en ont » toujours renvoyé la connaissance aux évêques. Nous osons » donc nous flatter que, à l'exemple de vos prédécesseurs, » Votre Majesté, attentive à maintenir les évêques dans la » juridiction que le souverain législateur a attachée à leur » caractère, cassera et annulera par un arrêt de son con- » seil l'arrêt rendu au parlement (1).»

Une affaire d'une nature non moins délicate fut l'objet de la seconde lettre que l'assemblée adressa au roi, sous la date du même jour. Colbert, évêque de Montpellier, publiait chaque jour des écrits, où la nouveauté des principes le disputait à l'aigreur du style. Il avait écrit au roi, le 31 décembre, une lettre qui avait été ensuite répandue avec affectation dans le public, et dans laquelle il s'efforçait de décrier ses collègues, et de rendre leur fidélité suspecte. [[La légende de Grégoire Vil, rapprochée de la proposition sur les excommunications injustes, était le grand épouvantai! dont se servaient alors les ennemis de la bulle. Comme c'est encore aujourd'hui ce qui fait souvent impression sur les hommes du monde, nous croyons utile de présenter le précis de la lettre des évêques (2).

« Votre royaume, disaient-ils, par la sagesse de votre » gouvernement, par l'amour de vos sujets, jouit d'une » puissante tranquillité. Ce prélat ( l'évêque de Montpel- » lier ) s'efforce de jeter de vaines terreurs dans l'esprit » des peuples... Il ose nous représenter comme des lâches

(1) Recueil des actes , titres et mémoires concernant les •ffaires du clergé, p. 1655.

(3) Jbid. pag. 1660.

» et des prévaricateurs ; il nous fait l'injure de nousix- » horter à nous souvenir du serment de fidélité que nous » vous avons prêté... C'est ainsi que par des imputations » calomnieuses, il croit pouvoir faire oublier ses excès, et » couvrir, à l'ombre d'un zèle amer et déplacé, le scanm dale qu'il cause dans l'Église. Cet artifice n'est pas nou- » veau. Tous les sectaires l'ont mis en usage ; les ennemis » de l'unité s'en servent aujourd'hui ; leur dessein est » aisé à pénétrer : occupés depuis seize ans à soulever les » magistrats et les peuples contre l'autorité de la Consti- » tution', ils ont saisi l'occasion de la légende de Gré- » goire VII; légende qui n'a été adoptée dans votre royaume » par aucun évéque, et dont l'usage n'a été... permis dans » aucun de nos diocèses... Ils ont cru pouvoir, par des ré- » flexions malignes et captieuses, rompre l'union et le » concert qui règne entre les deux puissances. »

Après ce préambule, les évéques rappellent au roi, que dans ces bulles, dont on faisait un crime au Pape et un reproche de faiblesse aux évéques, son bisaïeul, Louis XIV, si attentif à soutenir les droits de sa couronne, n'avait rien vu qui pût causer la moindre alarme : puis ils continuent ainsi avec dignité : « Les évéques sont responsables aux » sages et aux insensés : ils ne doivent rien oublier pour » ramener à l'unité ceux qui s'en éloignent : mais sera-t-il » permis à ces hommes, qui mettent le trouble dans l'Église » et dans l'État, de nous interroger et de nous appeler à » tout moment en jugement ? C'est à nous à les citer eux- » mêmes pour nous répondre de leurs égarements dans » la foi. Mais on nous attaque par un endroit trop sensible » pour garder le silence. Obligrs par notre caractère à » donner à vos peuples l'exemple de l'obéissance qu'ils )> vous doivent, nous publierons toujours les maximes que » nous suivons nous-mêmes, et les instructions que nous » leur donnons. . . Nous ne cesserons de révérer en vous cette » autorité souveraine, indépendante, soumise à Dieu seul » de qui vous la tenez ; et nous regardons la soumission et » la fidélité que tous vos sujets vous doivent, et que la loi

» de Dieu prescrit comme un devoir sacré que nulle puis- » sancc ne peut les dispenser de remplir... Quoi de plus » injuste, que de prétendre que la doctrine de la bulle » soit capable d'affaiblir ces sentiments religieux? Les, m nouveaux sectaires avaient répandu dans leurs écrits des » propositions erronées sur fol censures de l'Eglise : les » armes spirituelles que Jésus-Christ lui a laissées pour » faire observer ses lois, et réduire les pécheurs rebelles, » étaient dans ces ouvrages exposées au mépris des peu» » pies : on laissait le fidèle seul juge de la validité ou de » l'injustice de l'excommunication : on lui inspirait le mé- » pris de l'autorité qui l'avait portée, l'indifférence à l'en » faire relever, l'illusion même de la regarder comme un » honneur et un titre de sainteté ; et plût à Dieu que cette » fanatique disposition fut aujourd'hui moins commune ! » Il était du devoir des évêques de ramener les fidèles à » l'obéissance due à l'Église, au respect religieux pour ses » pasteurs -, à la crainte salutaire de leurs censures si re- » dou tables aux yeux de la foi. Ce sont ces motifs, qui y » déterminèrent le Pape, et non point les indignes vues » qu'on lui prêle. On voit dès lors l'attention qu'eurent » les prélats de votre royaume, à prévenir les fausses in- » terprétations que la malignité de ce parti faisait crain- » dre : ils distinguèrent dans une Instruction adoptée par » tous les évêques qui avaient accepté la bulle, ce que » les novateurs affectaient de confondre-, ils marquèrent » avec précision les devoirs que V excommunication devait » empêcher de remplir ; et en exceptèrent toujours ceux » qui sont prescrits par la loi de Dieu : telle est la fidélité » qui lie les sujets au prince, etc. (1). »

Rien de plus lumineux que les réflexions que présentaient ensuite les évêques contre le système monstrueux ;ulopté pnr l'évêque de Montpellier et les autres Jansénistes, qui opposaient quatre ou cinq évêques réfractaires,

(1) Voyez le précis de Y Instruction pastorale adopté par l'assemblée <1r IfJéj m m, i, île* Mémoires, pag. il lit.

a*ec un certain nombre de prêtres et de laïques, à l'autorité du cprpf des premiers pasteurs unis à leur chef* « Dès le » commencement des contestations présentes, l'union des » seutiments des Eglises étrangères avec celle de France, » forma en faveur de la Constitution un consentement gé« » nérel; et il fut notoire au monde entier que tout était » uni contre eu* dans répiscopat, A la place des premiers » pasteurs, qui manquaient aux novateurs, ils substitué* » rentdesprêtres.desimples clercs, des laïques; ils enflé- » rent leurs listes de tout ce qu'ils purent pour en impo- »ser au public» et dans l'i m possibilité d'avoir le plus v grand nombre dëvèques de leur côté, ils attaquaient » le principe que U plus grand nombre des èvêques, unis » à leur chef ne pouvait enseigner l'erreur.*., principe ine- » branlable , à la faveur duquel, comme le plus à la » portée de tous les esprits, les saints Pères ont ramené ou » confondu tous les sectaires de leur temps...; pierre m contre laquelle se brisera toute erreur, signal qui rap- » pellera sans cesse toutes le3 nations. Et que deviendrait » l'Eglise, son universalité, sa visibilité, si on la réduisait » au plus petit nombre ? etc. »

L'évéquede Montpellier, ainsi que le faisaient alors les partisans des nouvelles erreurs, insistait sur cet obscurcissement, qu'il prétendait annoncé par les prophètes, sur cette apostasie, qui devait précéder le jugement dernier, u Mais, répondent les évêques, cet auteur, qui se place h avec une témérité inouïe au milieu des prédictions et » des promesses, pour donner à son gré des biens aux uns » et aux autres, ne nous montrera jamais dans l'Evangile m que Jésus~Christ ait prédit qu'il y aura un temps oil il » abandonnera son Eglise.»* Les scandales se multiplie- » rontj les peuples seront séduits; l'en fer combattra contre » l'épouse du Fils de Pieu ; mais il ne prévaudra jamais, » et dans l'apostasie qui précédera le dernier avènement » de Jésus-Christ, il n'arrivera jamais, oomme le suppose » M. l'évêque de Montpellier, que la multitude des pre* » miers pasteurs unis au Pape, enseigue Terreur ou cou-

» damne la vérité... Cette règle fixera la croyance des fi- » dèles, même dans le temps de la plus grande désertion » prédite. »

Il résultait donc évidemment du système des jansénistes qu'ils étaient dès lors obligés d'emprunter les maximes des protestants, en réduisant les fidèles à V esprit particulier, à la voie de la discussion et de V examen. C'est, comme l'observe la lettre de rassemblée , ce que l'évêque de Montpellier faisait bien entendre, lorsqu'il supposait une autorité de persuasion accordée quelquefois au petit nombre d'évéques, tandis qu'il ne laissait au corps des pasteurs unis au Pape, qu'une autorité de juridiction sujette à l'erreur, a Distinction nouvelle et inconnue à nos pèa res, disent avec raison les évêques, distinction scandai» leuse, qui ne peut servir qu'à donner gain de cause à » toute espèce de secte , et qui laisse flotter le fidèle à » tout vent de doctrine. » ]]

L'assemblée, après avoir insisté sur l'emportement avec lequel Colbert se déchaînait contre le Pape, concluait en suppliant le roi de permettre à la province de Narbonne de tenir son concile : ils rappelaient que déjà cette demande avait été faite par l'assemblée de 1723, le nouvel écrit du prélat novateur offrant des motifs puissants de réclamer un remède canonique.

À cette demande, le roi répondit : qu'il reconnaissait toute V utilité des conciles provinciaux, et qu'il ferait examiner dans son conseil, les raisons qui en rendaient la convocation plus importante dans la province de Narbonne. La permission ne fut pas accordée : on craignit apparemment que, daus les circonstances, cette mesure ne rendît encore plus violente l'opposition de la magistrature.

L'assemblée de 1730 avait eu aussi à s'occuper d'un autre prélat, qui semblait ne chercher qu'à souffler la discorde. L'évêque d'Auxerre lui ayant écrit au sujet de la légende de Grégoire VII, elle se montra choquée de ses imputations calomnieuses , tandis qu'il était luimême dans une désobéissance ouverte à l'aulorilé de

l'Eglise , et par là même réfractaire aux ordres du roi* Comprenant que M. de Gaylus ne lui avait adressé la lettre que pour se donner la liberté d'invectiver contre la bulle, elle témoigna qu'elle ne voyait pas sans indignation à quels excès il s'était porté contre un jugement dogmatique de l'Eglise universelle , auquel tout évéque , comme tout fidèle, doit adhérer de cœur et d'esprit , et elle chargea son président de l'exhorter à la soumission.

Dans la harangue que fit au roi l'évéque de Nismes, le 17 septembre, jour de la clôture de l'assemblée, toutes ces demandes furent renouvelées. Nous ne signalerons dans ce discours que le passage suivant, qui fut bientôt l'objet des plus injustes attaques. « La sacrifice des avan- » tages (temporels), dès que Votre Majesté l'exige, ne » coûte rien à notre cœur, parce qu'il ne prend rien sur » notre religion et sur notre caractère. Tout ce qui n'est » qu'humain peut être à la merci des hommes : mais pour » le dépôt de la foi, et notre juridiction, qui en est une » suite nécessaire, c'est notre trésor, notre gloire, notre » engagement : nous ne pouvons jamais consentir qu'on » nous l'enlève ; nous en sommes redevables à Dieu, à » l'Église, aux peuples, à Votre Majesté, dont le règne est ^ » fondé sur la catholicité, et doit toujours se soutenir sur » les mêmes principes. »

[[La marche de la magistrature était trop directement combattue par le clergé pour que l'on ne vît pas s'élever de vives réclamations. On fit d'abord un si grand bruit au sujet de cette phrase que le règne du roi était fondé sur la catholicité^ que l'évéque de Nismes se crut obligé d'expliquer dans une lettre au roi le sens de ses paroles. Le 16 décembre, à l'occasion d'une assemblée qui réunissait les chambres du parlement pour la vérification de quelques édits, l'abbé Pucelle, qui était alors le plus ardent promoteur du parti, dénonça avec violence la harangue de l'évéque de Nismes et la lettre de l'assemblée. Sur ce que les évêques avaient dit que la légende de Grégoire VII ri avait été adoptée par aucun évéque du royaume , il pro-

duisit un supplément au Bréviaire romain, imprimé à Lyon avec le Paroissien de l ordinaire , et obtint facilement qu'il fut remis aux gens du roi pour qu'ils eussent adonner leur conclusion. Il voulait, ainsi que beaucoup d'autres, qu'on arrêtai la même chose par rapport à la lettre et à la harangue. Mais « l'avis de la majorité fut »> qu'on ferait au roi de très-humbles remontrances sur ce » que ces deux écrits peuvent contenir de contraire k son » autorité; et que Sa Majesté serait très-humblement sup- )> pliée d'interposer son autorité pour que ladite harangue » ne soit pas insérée dans le procès-verbal du clergé, sans » qu'il y soit joint une rétractation de ce qui paraît ren- » fermer des principes contraires à su souveraineté. »

Le même jour, malgré tous les efforts que ht le premier président pour faire respecter la volonté du roi, le parlement arrêta qu'il serait fait au roi d'autres remontrances et sur les évocations, par lesquelles les affaires concernant les ecclésiastiques frappés de censure étaient nltribuées au conseil du roi, selon la demande du clergé; et sur les défenses faites par le roi de délibérer sur la Déclaration du 54 mars, et au on énoncerait tous les maux qui en avaient été, et qui en seraient la suite (l). Ces démarches n'eurent alors d'autre effet que d'entretenir celle agitation et cette inquiétude, que nous allons voir bientôt se manifester par d'autres indices. ]]

— Le 21 septembre. Placard des Etats de Hollande et de la Frise occidentale contre les prêtres catholiques. 11 était d'usage de renouveler de temps en temps ces placards contre les prêtres; les Etats-Généraux, et ceux de chaque province en particulier, ne manquaient pas l'occasion de prendre des mesures sévères pour conprimer de plus en plus les catholiques et leur clergé.

Pour nous borner à ce siècle, on avait déjà vu des placards du 17 août 1702, du 2G avril 1709 et du 2."> mai 1720, contre les Religieux et les Jésuites. Le placard de 1730

(4) Anciitt, Mittoin abré/téê do Vàwlliê* tom, |f, pig. 915.

les confirma et y ajouta de nouvelles entraves, tout en parlant de y indulgence des états. Il commença par se plaindre des erreurs grossières, des superstitions du pa+ (usine et de Y audace de ses partisans, qui étaient cependant alors sous le joug le plus dur. Il prescrit ensuite plusieurs dispositions. Aucun prêtre ne pourra exercer son ministère sans y avoir été autorisé par les bourgmestres ou les magistrats. On n'admettra que les prêtres nés dans les provinces-unies. Les Religieux, et particulièrement les Jésuites, ne seront point admis, conformément aux anciens placards. Avant d'obtenir l'autorisation, les prêtres déclareront par un écrit signé d'eux, qu'ils ont une aversion innée pour l'opinion de ceux qui soutiennent que le Pape ou toute autre autorité ecclésiastique a droit de dispenser du serment d'obéissance à l'autorité civile pour cause d'hérésie ou pour toute autre cause, et qu'on ne doit pas fidélité et soumission à ceux qui sont sous le poids de l'excommunication et hors de l'Eglise romaine. Us déclareront en outre non-seulement qu'ils professent le contraire de ces opinions, mais qu'ils l'inculqueront de tout leur pouvoir aux membres de leur communauté, et qu'ils leur enseigneront, par leur exemple et leurs préceptes , l'obéissance aux étals et aux magistrats; qu'ils n'engageront jamais personne, directement ou indirectement, à à 'donner de l'argent pour les couvents, collèges, séminaires, églises en pays étranger, et pour les institutions papales; enfin qu'ils ne solliciteront et n'accepteront point de dispenses du Pape ou de tout autre pour la présente déclaration. Les prêtres qui exerceraient leurs fonctions sans avoir souscrit cette déclaration et sans avoir obtenu l'autorisation, paieraient, pour la première fois, une amende de 500 pièces d'or (guident), et la seconde fois, outre l'amende, ils subiraient un an de prison. Les prêtres actuellement en exercice feront cette déclaration dans l'espace d'un mois; s'ils la refusent, ils seront bannis. L'amende ci-dessus sera partagée par moitié entre le dénonciateur et le magistrat auquel il est recommandé

de veiller exactement à l'observation de ce règlement. Les prêtres qui recevraient des bulles, brefs et ordres quelconques sur les affaires de l'Eglise, ou pour suspendre ou éloigner d'autres prêtres, soit que ces ordres et rescrits vinssent de Rome, ou du nonce de Cologne, ou de Tinternonce de Bruxelles, ou de tout autre, ne pourront les communiquer ou en faire usage qu'après avoir porté Toriginal au conseil ou aux bourgmestres, à peine d'une amende de 1,000 pièces d'or (guldens) et d'une détention arbitraire. On ne pourra bâtir d'autres églises que celles qui existent, ni les augmenter ou les restaurer, sans le consentement du bourgmestre et du conseil. On veillera à ce que les lieux de réunion des catholiques pour leur culte ne paraissent point au dehors et ne ressemblent point à des églises. On empêchera les pèlerinages et les autres superstitions romaines : si les officiers de justice éprouvaient à cet égard quelque empêchement ou dommage, les catholiques du lieu en seraient responsables. D'après les résolutions du 29 juillet 1654 et du 11 octobre 1827, tout catholique doit être exclu des places d otlicierde justice, de secrétaire ou de messager de police (1).

Nous n'avons pas besoin d'insister sur cet ensemble de précautions et de restrictions. On peut voir qu'il y avait dans la déclaration une clause qui devait surtout répugner aux ecclésiastiques. Aussi nous croyons que peu la souscrivirent. Nous parlerons, en 1776, d'un autre placard publié dans le même pays.

— Le 3 octobre. Publication d'une consultation de qua-

BANTE AVOCATS AU SUJET d' ECCLÉSIASTIQUES APPELANTS. La

lettre de l'assemblée au roi avait fait mention de l'affaire de trois ecclésiastiques quel'évêque d'Orléans, Fleuriau, avait interdits de leurs fonctions, et qu'un arrêt du parlement y avait maintenus. Nous avons dit que le roi avait cassé cet arrêt, et évoqué l'affaire à son conseil. Le jour

(1) Extrait du rfcneil d'Hippisgley, pag. 460. 1

même où parut cette ordonnance, le 3 octobre, fat publiée une consultation signée, le 7 septembre précédent, par quarante des principaux avocats, sous le titre de Mémoire pour* les sieurs Sanson, curé d'Olivet, et autres ecclésiastiques de différents diocèses, appelants comme d'abus contre l'évêque d'Orléans et autres archevêques et évéques de différents diocèses intimés, sur F effet des arrêts des parlements, tant provisoire que définitif, en matière d'appel comme dabus des censures ecclésiastiques. Ce qui rendait extrêmement grave l'apparition de cet écrit, d'ailleurs peu étendu, c'était son objet et la hardiesse des principes qu'on y soutenait. On essayait d'y prouver « que » les ecclésiastiques, qui après avoir été frappés d'interdit » par leurs évêques, obtenaient des cours séculières des » moyens de défense, pouvaient reprendre l'exercice de » leurs fonctions, sans être obligés de recourir à l'autorité » ecclésiastique, ni pouvoir en être empêchés que par un » jugement définitif, portant qu'il n'y a abus. » (On appelait arrêt de défense, celui par lequel la cour, recevant quelqu'un comme appelant d'une sentence , faisait en même temps défense de la mettre à exécution). Rien ne pouvait être plus opposé à ce que nous avons vu dans la lettre de l'assemblée du clergé. Le Mémoire soutenait « que, le pouvoir des clefs étant purement spirituel, l'E- » glise n'a reçu aucune voye de contrainte, ni aucun droit » de l'exercer avec l'appareil extérieur de la domination » et de la force, mais seulement parla voye de la persua- » sion$ c'était à la puissance séculière que l'Eglise était » redevable de toute juridiction, qu'elle exerce hors de » son intérieur. »

La puissance royale ne paraissait guère plus ménagée par les auteurs du mémoire que l'autorité ecclésiastique. On fut surtout choqué de ce qu'ils avaient dit « que les » parlements sont le sénat, le tribunal souverain et la naît tion, pour rendre au nom du roi, qui en est le chef, la » justice à ses sujets; que les magistrats sont les assesseurs » du trône dans l'administration de la justice ; que par

302 ANNfcU 1790.

» rapport à l'Eglise el à l'Etat, les lois sont de véritables » conventions entre ceux qui gouvernent et qui sont gou- » vernés, etc. »

Ces idées républicaines, ce premier essor d'une doctrine peu connue jusque-là, excitèrent d abord l elonnement ; et il est bon de se rappeler que ces principes, dont nous avons éprouvé les résultats, ont été professés dans le commencement par les champions d'un parti, qui prétendait en même temps être le plus zélé défenseur de la souveraineté des rois. Le roi, averti par les murmures publics, fit examiner la consultation des quarante. On se convainquit que cet ouvrage tendait à inspirer des idées d'indépendance, et sapait également les principes du gouverne • ment ecclésiastique et les fondements de la monarchie. Le roi le supprima donc, comme injurieux à son autorité, séditieux, et tendant à troubler la tranquillité publique. Il interdit les signataires de leurs fonctions, s'ils ne se rétractaient dans un mois.

Un second Mémoire fut en conséquence rédigé par les avocats ; il fut cette fois signé par deux cent trente, et porté au chancelier par Tartarin , bâtonnier de l'ordre. Les explications qu'ils y donnaient ne laissèrent rien à désirer pour ce qui concerne l'autorité royale. En conséquence, un nouvel arrêt du conseil du roi, rendu le 25 novembre, déclara que le roi était satisfait du témoignage solennel que les avocats lui avaient donné de leur fidélité. Cet arrêt était une victoire pour le parti : car si le roi s'était fait rendre ce qui lui était dû, l'Eglise n'obtenait aucune satisfaction ; et le nouveau Mémoire contenait sur la puissance ecclésiastique et sur la juridiction de l'Eglise des propositions tout-à-fait erronée!» Aussi les évoques crurent-ils devoir user des moyens qui étaient en leurs mains, pour soutenir leurs droits, en proscrivant le Mémoire par des Mandements publics, ainsi qu'on va le voir (1).

. (1) Voyw Lolita», Uiitoirt de U constitution, Hv.n .

irai.

— Le 10 janvier. Ordonnances et Instructions pastorales OE PLUSIEOBS ÉVËQUES, CONTRE LA CONSULTATION DteS

quAkànte avocats. L'archevêque de Paris, de Vintimille, fut un des premiers à proscrire directement le Mémoire par un Mandement étendu, où la matière délicate de la distinction des deux puissances était traitée à fond. Il s'était cru, disait-il, d'autant plus obligé d'élever la voix, que cet écrit avait paru dans son diocèse. Il s'attachait à prouver, contre les avocats, cinq chefs principaux ; loque l'Eglise est une véritable puissance, indépendante pour ce qui la regarde, comme la puissance temporelle ; 2° que lesévêques ont le droit de faire des lois; 3* que l'Eglise a une véritable juridiction, qui n'est point bornée au for de la pénitence, mais qui s'étend au dehors, et qui lui donne droit de prononcer des censures ; 4* qu'elle a Un pouvoir coactif qui s'exerce par la menace ou l'imposition des peines spirituelles ; 5° enfin que la distinction établie dans le mémoire entre le fond et Y exercice du pouvoir des clefs, est fausse, inconnue à l'antiquité, inventée par les auteurs protestants, et répétée par Richer et Quesnel. M. de Vintimille finissait par condamner la Consultation comme renfermant ou favorisant, sur les cinq chefs cités, plusieurs principes faux, pernicieux^ destructifs de la puissance et de la hiérarchie ecclésiastique, erronés et même hérétiques, *

M. de Sanzai, évêque de Nantes, adopta* depuis, cette Instruction pastorale ; et M. deTencin, archevêque d'Embrun, en donna une autre pleine des plus fortes raisons, contre cette même Consultation.

llsemble qu'il devait être permis du moins aux évéques, accusés et injuriés dans tant d'écrits , de défendre leurs droits et de répondre à leurs adversaires. Le parlement n'en jugea pas ainsi. Cette cour, qui n'avait point repoussé l'encens que lui offraient les avocats dans leur Mémoire,

ne put souffrir qu'on flétrît cet ouvrage. Le 29 janvier, sur la dénonciation de l'abbé Pucelle, elle supprima le Mandement de M. de Tencin, et, le même jour, un autre Mandement de cet archevêque contre un écrit de M. Colbert. Ces deux écrits étaient supprimés par l'arrêt, comme téméraires, séditieux, et tendants à troubler la tranquillité de l'Eglise et de l'Etat. Dans le même temps, une lettre de l'ancien évêqued'Apt fut condamnée au feu, et un Mandement de l'évêque de Laon déclaré abusif. M. de Vintimille ne fut pas plus ménagé. Le 5 mars, le procureurgénéral fut reçu appelant comme d'abus de son Ordonnance. Ainsi des laïques déclaraient qu'il y avait abus dans un qualification d'hérésie donnée par leur archevêque même-, et le troupeau, ou une très-petite partie du troupeau, prétendait réformer le pasteur dans une matière de foi.

Les évêques se récrièrent contre cet oubli de tous les principes. Pour les calmer, le roi rendit, le 10 mars, en son conseil, un arrêt qui ordonnait un silence absolu sur ces matières, jusqu'à ce qu'il eût pris des moyens pour terminer les disputes. 11 défendait, dans le préambule, qu'on contestât à l'Eglise le pouvoir qu'elle a reçu de Dieu seul, de décider les questions de doctrine sur la foi et les mœurs, de faire des canons de discipline pour la conduite des fidèles, d'établir et de destituer ses ministres, et de se faire obéir par les jugements et les censures des premiers pasteurs. Il déclarait vouloir que l'Eglise continuât de jouir paisiblement des droits et privilèges qui lui avaient été accordés par ses prédécesseurs, pour joindre aux peines spirituelles l'appareil extérieur d'un tribunal public, les formalités de l'ordre ou de style judiciaire ; l'exécution forcée des jugements sur les corps ou sur les biens.

[ Les évêques, dit Lafitau, furent affligés de cet arrêt : mais ils se rassurèrent sur ce que de droit divin, ils ne pouvaient y être compris, et sur ce que dans la dernière déclaration du 24 mars précédent, le roi avait positivement déclaré que son intention n'était pas de les com-

prendre dans !e silenccqu'il imposait (1). Ceux des évêques à qui cet arrêt fut d'abord communiqué, représentèrent que le silence ne pouvait leur être imposé; et qu'il était d'abord nécessaire dans les circonstances de déclarer que, par le pouvoir de V Eglise, on entendait le pouvoir des évêques, parce que les Quesnellistes prétendaient que la puissance ecclésiastique avait été donnée de Dieu au corps des fidèles en général, non aux évêques en particulier; et qu'ensuite le roi se servit du mot de juridiction (2).

Pour satisfaire les évêques, le roi leur fit écrire en son nom une lettre circulaire, dans laquelle il reconnaissait le pouvoir et la juridiction des évêques.

Une seconde circulaire, adressée aux évêques le 27 juillet, avait un objet plus délicat. Les opposants élevaient surtout desdifficultés sur la qualification dérègle defoiaue beaucoup de prélatsdonnaient à la bulle Unigenitus, On a pu voir que le concile de Rome de l'an 17*25 avait adopté cette expression (3). Sous prétexte d'éviter de nouveaux sujets de contestation, le roi, après leur avoir de nouveau promis son appui, et les avoir exhortés même à faire rendre à la bulle Unigenitus la soumission entière et parfaite qui lui est due, non comme à une simple loi de police et de discipline, mais comme à un jugement dogmatique de l'Eglise universelle, les engageait à ne pas se servir, en parlant de celte décision, de la dénomination de règle de foi, dénomination qni ne paraissait pas nécessaire et qui donnait lieu à de nouvelles disputes, mais^t se contenter de celle de jugement dogmatique de VEglise universelle, qui avait été généralement adopté. Au fond, observe avec raison Lafitau, n'était il pas étrange qu'on mît cette différence entre deux expressions qui ont absolument le même sens?

Cependant l'archevêque de Paris, maltraité au parle-

(1) Voyez plus haut celte Déclaration, p. 219. \t) Laliiau, Histoire de ta constitution, lir. *l. (8) Voyes plus haut, pag. 14t.

meut, avail eu recours au roi. 11 lui présenta uu Mémoire développé, qui fut publié peu après : il y discutait les objections élevées sur son Instruction pastorale contre la consultation des Quarante et il y justifiait par les témoignages les plus précis et les raisons les plus fortes, ces expressions de juridiction extérieure du pouvoir coactif, dont il s'était servi en parlant de l'autorité de l'Eglise.

Le roi eut en effet égard aux réc lamations du prélat : et le 30 juillet,, il lit rendre par le Conseil l'arrêt suivant, dont la teneur est remarquable : « Vu ce .qu'a représenté w ledit sieur Archevêque, qu'on ne saurait nier que les » premiers pasteurs de l'Eglise ont reçu de Dieu le pou- » voir de prononcer des jugements et des censures hors » du for secret de la pénitence, de s'assurer de la vérité » des faits, d'obliger les hérétiques et les scandaleux à » obéir au jugement prononcé contre eux ; Que le terme » de juridiction, ainsi expliqué, est si peu contraire aux m droits de la puissance séculière, que les empereurs ro- » mains l'ont appliqué à l'autorité des évêques, et que. » l'usage en est si commun depuis plusieurs siècles, non- » seulement dans les canons des conciles, mais dans lesor- -» donnances des rois et dans les arrêts des parlementa, que » cette expression ne peut jamais servir de fondement à » un appel comme d'abus. . 5 Vu que le sieur Archevêque > a d'abord marqué, dans son Instruction, que le pouvoir » d'imposer des peines spirituelles, et de les leur faire )> porter malgré eux, est ce que les théologiens appellent » pouvoir coactif de l Eglise; Que ce pouvoir ne consiste » donc point dans la contrainte ou coaelion qui s'exerce sur » les corps ou sur les biens temporels par une force exte- » rieure , à laquelle il n'est pas possible de résister, la » coaction, prise en ce sens, étant réservée à la puissance » temporelle; Que c'est un principe également reconnu » par les lois civiles et par les lois canoniques, que la ju- » ridiction suppose quelque droit de coercition ; mais qu'il )> y a deux sortes de coercition et de contrainte,, l'une qui » s'exerce par les peines temporelles, et l'autre qui cou-

» siste dans te droit qu'a la puissance ecclésiastique d'o- » bliger les chrétiens à s'y soumettre par la crainte des » peines, spirituelles, ou de les leur faire porter malgré w eux, s'ils résistent ; Que rien n'est plus commun dans le » Drert-Canon que ces expressions per censuras cogatis ; » Qu'enfin comme l'Archevêque Ta fait voir, les ex presto sions de contrainte ou coercition n'ont rien de nouveau, » puisque non-seulement Tes théologiens et les canonistes, » mais les jurisconsultes, les magistrats eux-mêmes, et les » plus zélés défenseurs de la puissance royale s'en sont » servi en parlant de l'autorité de- l'Eglise ; Sa Majesté » lève les défenses portées par l'arrêt, et permet audit Ar- » chevêque de faire distribuer son ordonnance, etc. »

11 devait sembler que des déclarations aussi précises eussent dû faire taire toutes les oppositions : les suites vont prouver combien le mal était profond. Le corps des avocaisse, trouva très-blessé de cet arrêt : dès qu'il eut' paru, nomseulement lès quarante signataires fernlèrenl leur cabinet, mais ils firent entrer leurs confrères dans la querelle, en leur représentant l'honneur de l'ordre compromis. Se trouvant, disaient^ils, dénoncés au public comme soutenant et fomentant des hérésies , ils ne pouvaient plus continuer des fonctions que les ordonnances du royaume' . interdisaient à des hommes, tels que le prélat les dépeignait dans une instruction publiquement autorisée (l). Les richesse cotisèrent pour gagner les pauvres; ceux qui n'eussent pas suivi le torrent se. seraient exposés à mille avanies. Ainsi lë barreau demeura désert : plus d a- Vûcats dans- le patai* pour suture lès audiences ; plus de conseils même pour les particuliers. En vain le premier président manda' le bâtonnier de l'ordre et quelques anciens avocats pour leur intimerlès ordres et même lès menaceS'de la cour y en vaiu employa-t-oh les exhortations : les avocats restèrent inébranlables. On lès fit avertir que le roi leur donnait deux jours poar faire cesser le scandale,

(l) Racine, Jbie'gé de l'Histoire ecclésiastique, tom. xr, pag. î73.

308 ANNÉK 1731.

et que le terme passé il y pourvoirait de la manière qui lui paraîtrait la plus convenable. Le terme expiré, dix des principaux avocats furent exilés dans des lieux déterminés, avec défense de s'en écarter. Ce châtiment ne ramena pas les autres : on courait féliciter les exilés au moment de leur départ ; on se promettait de les suivre, ou d'obtenir leur retour par une fermeté inébranlable. Depuis le 27 août le palais resta entièrement abandonné, et la chambre des vacations ne put remplir ses fonctions. On comprend facilement combien le public souffrait de cette suspensiou des affaires : c'est ce qui amena la cour à se prêter à des arrangements. Les avocats voulurent bien rentrer au palais le 26 novembre ; et le 1er décembre il parut un arrêt du Conseil qni portait en substance, que l'arrêt du 30 juillet qui permettait a l'archevêque de distribuer son Ordonnance, n'avait rien de contraire à l'honneur des avocats, puisque F archevêque ne faisait uniquement tomber sa censure que sur de faux principes qui ne sont point soutenus par lesdits avocats, et qui sont très-éloignés des sentiments qu'ils professent.

Les dix exilés furent rappelés; et l'on apprit, par cet exemple, qu'une résistance persévérante pouvait triompher de l'autorité du prince.

Le 15 juillet. Mandkmeut de M. de Vintimille sur

UN MIRACLE ATTRIBUÉ A L'iNTERCESSION DU DIACBE PARIS.

11 faut joindre à cette Ordonnance une autre du même prélat, publiée le 30 janvier 1732, par laquelle il condamne trois différents ouvrages, ayant chacun pour texte: rie de M. de Paris, diacre. François de Paris, diacre du diocèse de Paris, mort le 1er mai 1727, avait toujours vécu dans l'obscurité, et même, à ce qu'on dit, dans les austérités de la pénitence. On imagina d'en faire un saint, et un saint à miracles. C'eût été, en effet, un grand relief pour une cause à laquelle on savait qu'il était extrêment attaché. Les écrivains de sa vie rapportent qu'il était tellement attaché à la doctrine de Jansénius, quil donnait à son livre le premier rang après les livres de

saint Augustin : il regardait le Formulaire comme une source de troubles et un malheur : il avait appelé de la bulle Unigenitusy etc. (l). Au surplus, toute la vie de ce vénérable personnage n'est pas également édifiante. Resté diacre, par une pratique assez commune dans ce parii, il passa une fois jusqu'à deux ans sans communier, et même sans faire ses Pâques. Cette omission d'un précepte formel était, chez les siens, la preuve d'une haute perfection, qui n'a pas besoin d'observer les commandements de l'Eglise. On en trouve plusieurs autres exemples , dont le plus frappant est celui d'un P. de Gennes, ex-oratorien, que l'historien de sa vie nous apprend avoir passé quinze ans sans communier.

Pour en revenir au diacre, on l'enterra dans le petit cimetière de la paroisse Saint-Médard , où son tombeau devint peu à peu le rendez-vous d'une foule crédule. Des gens séduits en attiraient d'autres à leur séduction. L'appât de la nouveauté, l'amour du merveilleux, l'exemple, des vues intéressées, peuplèrent ce cimetière d'une multitude, qui, par ces dispositions, était portée à croire, sur les plus légères apparences, ce qu'on voulait lui persuader. On sentait le besoin d'avoir des miracles. Le parti, terrassé par l'autorité, ne voyait plus que les prodiges qui pussent étayer une cause désespérée. Un de ses écrivains avait même avoué que l'autorité de la bulle était telle qu'il n'y avait plus que les miracles pour la contrebalancer.

Quand même on supposerait ces miracles avérés, ils ne prouveraient rien contre les jugements de l'Eglise, et il faudrait alors les attribuer à l'esprit d'erreur (2). Il n'est pas permis de mettre en question à qui il faut croire, ou de l'autorité, ou des prodiges, quand ils sont en opposi-

(1) Le Mandement de M. de Vintimille rite les extraits même des vies du diacre Pdris, où ces faits étaient rapportés par ses panégyristes.

(2) Benoit XIV, De canonisatlone, liv.nr, pag. 1, chap. 7, n. Î0, discute arec solidité ce qui concerne les prétendus miracle* du diacre Paris.

310 ANNÉE i73i.

tion. On doit préférer le moyen sûr el infaillible, à un moyen souvent trompeur, el dont l'Ecriture même nous avertit en plus d'un endroit de nous défier : Quand un ange, dit TApoire, viendrait vous annoncer une autre doctrine; ne le croyez pas. S'il ne faut point se laisser séduire par un miracle aussi imposant que celui d'un ange qui desccndraitdu ciel pour enseigner une nouvelle doctrine, il n'y a donc d'autre voie sûre que l'autorité des pasteurs.

Au surplus, celte discussion n'est même pas nécessaire. Les miracles du cimetière Saint-Médard ne sont pas de nature à soutenir l'examen ; el il fallait qu'un bandeau bien épais couvrît les yeux des partisans de ces misérables prodiges, pour leur en cacher le ridicule et la fausseté. Leur nombre seul les rend suspects. Plus de deux cents, opérés en peu d'années, tandis que depuis plusieurs siècles le ciel semble avare de ces faveurs extraordinaires-, ce serait un grand changement dans l'économie de la Providence.

Un des premiers miracles allégués, est celui qu'on disait s'être opéré sur une fille nommée Lefranc. Rien de plus affreux que l'état où elle était réduite, si l'on en croit la relation. Oppression continuelle, enflure générale, crachements de sang, fièvre dévorante, anéantissement total, insomnie, privation de la vue, tout cela disparut en un moment sur le tombeau du diacre Paris. Cent vingt témoins prêtèrent leur signature pour certifier ce fait. Qui n'eût cru qu'un miracle si bien attesté, était à l'abri de la critique? Cependant la vérité s'éclaircit bientôt. M. de Vintiinille ordonna une enquête à l'archevêché. On entendit quarante témoins, et entre autres, la mère, le frère et la sœur d'Anne Lefranc, ainsi que les chirurgiens qui l'avaient traitée. Leurs dépositions dispensèrent d'en chercher davantage. Elles prouvèrent 1° que la relation publiée blessait la vérité, en assurant que la maladie de cette tille était sans remède, et que b guérrson s'éfnrt faite subîtement à Saint-3fétlard ; 2° que parmi les certificats imprimés,

AftNÉE 1731. 311

les uns avaient été surpris ou èxtora4ue!s, les autres altérés ob falsifiés; qoe plusieurs n'attestaient même pas dû tout lë miracle , el \\ue le reste était entièrement indigne de créance. Deux médecins el trois chirurgiens déclarèrent que la maladie n'était pas incurable. La famille Lefrarié désavoua le miracle et démentit les faits. Plusieurs témoins attestèrent avoir vu cette fille depuis sa giiérison prétendue; et l'avoir toujours trouvée dans le même état. Enfin, un grand nombre rapportèrent les importùhités et les artifices dont oh S'était servi pour surprendre leiir signature ou altérer lieur témoignage. En conséquence, M. de Vinlimillé, pour détromper ceux cjue la relation avait pu séduire, déclara le miracle faux et supposé, défendit d'feh publier daûires et de rendre un culte religieux au sieur Paris, et condamna un écrit en faveur dès prestiges dé Saint-Médard. Mais1 la voix du pasteur pouvait-elle se fàirë entendre au milieu des clameurs d'une multitude mensongère ou crédule? On suff^éra à M fille LefranC d'en appeler comme 'd'abus au parlement ^ èt quatre avôcltë appuyèrent sa requête d'une consultation.

On fit plus; bientôt après-, pour confondre le Mandement d'une manière péremptoire, on mit èn avant de nouveaux prodiges. Le 13 août, vingt-trois curés dë Paris présentèrent à leur archevêque une requête pour l'engager à reconnaître cinq nouveaux miracles. Les procédures1 pour les constater avaient été commencées sbùs le cardinal de Noailles, é< les prodiges étaient tellement avérés, selon ces curés, qu'il ne manquait plus que le sceau de l'ordinaire pour les proposer à la vénération (les fidèles. îM. de Yinlimille ne sétant pas pressé de satisfaire à' cette requête, On lui en présenta une seconde, le 4 octobre, avec les relations de treize autres' miracles, dont les curés s'ôffràfcrit d'administrer lès preuves. Oh voit que les prodiges se multipliaient sous leur main. Bientôt ils se succédèrent avèè une rapidité incroyable. Chaque jour en voyait de nouveaux, et la merveille du jour était effacée le lendemain par une merveille plus étonnante. On en donnait dé

3ttt ANNÉE 1731.

pompeuses relations, que l'on distribuait avec profusion dans Paris et dans les provinces. On les croirait toutes jetées dans le même moule. La plupart ne pouvaient avoir été dressées par ceux auxquels on les attribuait, gens pauvres presque Ions, et qui, loin d élie en état de composer des descriptions soignées, ne savaient souvent ni lire ni écrire. Ce qu'il y a de curieux dans ces récits, c'est que ces malades, dans I excès de leur dévotion, pensent moins sur la tombe aux besoins de leurs corps qu à ceux de leurs âmes. Us parlent tout uniment de leurs ferventes prières, de leur piété, et témoignent ne désirer leur guérison que pour la plus grande gloire du bienheureux diacre et la confusion de ses détracteurs. L'un ne songe qu'aux maux de l'Eglise, s'apitoie sur les ravages causés par la constitution, déclame contre le Pape et les évoques; et des dispositions si chrétiennes lui obtiennent la santé qu'il ne demandait pas. Un autre sollicite la guérison d'un parent, d'un ami; et cet oubli de lui-même lui mérite la sienne propre. Quelques-uns de ces miracles ont été démentis par ceux mêmes sur lesquels on avait dit qu'ils s'étaient opérés. Dans plusieurs de ces récits, on voit des signes évidents de fausseté. Là c'est un malade réduit, si on veut l'en croire, à ne pouvoir plus marcher, et qui fait une lieue et demie à pied pour se rendre à Saint-Médard. Ici, c'est une fille atteinte d'une maladie secrète dont elle se prétend guérie, et dont elle meurt quelque temps après. Ailleurs, un sourd et muet, que l'on assurait avoir recouvré déjà l'usage de l'ouïe et commencer à parler assez joliment, e^t amené devant M. de Vintimille, est interrogé, ne peut répondre à aucune des questions qu'on lui fait, et confond sans réplique, par son silence, ceux qui avaient vanté ce miracle comme incontestable. Dans une autre relation, c'est un orfèvre qui raconte que « pendant » un mois il est allé fous les jours à Saint-Médard, qu'il y » a éprouvé plus de deux cents convulsions accompagnées » de beaucoup de joie et de dévotion, sans parler de quan- » tilé d'émotions violentes que lui occasionnaient les re-

» liques et la tombe du diacre; » et qui ajoute gravement qu'à la fin de tous ces sauts il a été guéri, mais que, pour l'empêcher d'oublier le bienfait, Dieu lui a laissé un doigt paralytique.

Les miracles du cimetère de Saint-Médard étaient donc souvent mêlés de convulsions, et ne s'opéraient même, dit-on, que par ce moyen. De là le nom de convulsionriaires, donné à ceux qui prétendaient avoir éprouvé les effets du pouvoir du diacre Pàris. Mais une observation commune à presque tous, c'est que ces effets arrivaient à des personnes pauvres et de la dernière classe. Des savoyards, des gens à qui le travail ne suffisait pas pour vivre, des mendiants, trouvaient fort commode de n'avoir, pour se tirer d'indigence, qu'à supposer qu'ils étaient guéris d'une incommodité qu'il n'avaient jamais eue, ou qu'à dissimuler qu'ils en souffraient encore. On les accueillait, on pourvovait à leurs besoins. Les douceurs d'un tel état n'étaient pas trop achetées à leurs yeux par leur complaisance à dire ce qu'on désirait. Quelquefois, car on profilait de tout, quand on trouvait quelqu'un qui commençait à se rétablir, par les moyens naturels, d'une maladie ou de tout autre accident, on l'engageait à cacher ce rétablissement , et à prolonger son mal aux yeux du public , jusqu'à ce que, la guérison terminée, on en fit honneur à quelque pèlerinage à Saint-Médard, ou bien à l'attouchement de reliques du sieur Paris. D'autres fois, on employait encore en même temps l'invocation du nouveau saint et les remèdes de l'art, et quand ceux-ci avaient opéré, on en était quitte pour n'en pas parler dans la relation, et pour n'attribuer le retour de la santé qu'à la protection du diacre. Plusieurs médecins certifièrent avoir ainsi traité et guéri des gens, qui prétendaient ensuite devoir leur salut à des moyens surnaturels. C'est par tous ces artifices, employés à propos par des gens adroits, qu'on obtint tant de prodiges. Les temps apostoliques n'en avaient pas autant vu , qu'il s'en opéra à Paris dans le court espace de quelques années.

Si 4 AWtàE 1711.

11 y eut bien aussi des miraeles du même genre dans lès provinces* mais en petit nombre. Les moyens n'y étaient pas aussi puissants qu'a Paris. Les jansénistes même de Hollande s'efforcèrent de s'illustrer par quelque événement éclatant; et une fille d'Amsterdam fut guérie en baisant le bas du rochet de Barcbman, archevêque d'Utrecht -, qui fit dresser procès-verbal de celte merveille opérée par son intercession.

Pour mieux faire comprendre tout ce qui regarde cette matière, dans laquelle on vit tant d'imposture d'une part et tant défcrédulitéde l'autre, nous citerons un ou deux de ces miracles; car il faut bien donner un échantillon du savoirfaire de ces thaumaturges ; il faut bien s'arrêter un instant sur un genre de folie, qui* semblable à une maladie épidémique, tourmenta tant de têtes. On sait avec quelle fureur on courait a" Saint-Médard. Examinons un de ces prodiges qu'on y divinisait* et choisissons le plus fameux, celui qui les surpasse tous, qui les prouve tous, et quun aveuglement terrible peut seul contester, si l'on en croit les partisans de l'abbé Pâris. C'est la punition exercée sur Urie femme à Saint-Médard. Ydici le fait. La veuve Delormc va sur le tombeau le 4 août 1781 (1). Elle avait éprouvé la nuit préeédënte quelque incommodité. Elle arrive au cimétière a}a*ht fort chaud , se laissé eonddirc Sur la tombe, s'y cdtiche et } est saisie de paralysie. Ùn pareil accident arrivé sur le tombeau', n'était pus très-propre à en accréditer la vertu- Gomment détourner ce coup ? Qriëlcfû'urt imtfgrne de dire qnè cette femme est Venùè pour se moquer du diacre, et que Dieu l'en a prime sur-le -champ. Cette èxplication était trop fa vorablc pdur n'être pas saisie par )à foule d'enthousiastes qui remplissait le cimetière*. On la répète. Chacun y ajoute des circonstances. LafhalhettrèuSe^ s'écrie- 1 -on*, f impie qui insulte à Dieu dans là persànhëâe Ses saints! Mille voix publient que ti paraly-

(!) 1A veuve Déforme était, d'apre* lu relation même faite par les partisans des miracle», une marchande de petites mercerie» qu'elle étalait sur le Peiit-Pont.AWt'eJ/e* ecclésiastiques pour 17 M .

sie est une punition divine. A celte assertion il se manquait que des preuves. On en eut bientôt du contraire. La femme, conduite à l'Hotcl-Dieu» avoue à un prêtre en entrant, qu'avant d aller à Saint-Médard, elle avait eu des pressentiments de paralysie. Elle déclare la même chose à deux autres ecclésiastiques de la maison, et le répète à deux chanoines, assurant qu'elle n était point allée au tombeau par dérision. Cependant le parti ne voulait point renoncer à la gloire de son samt, ni au roman qu'on venait de forger. On entoure cette femme. Son lit est assiégé de gens, qui, à force de sollicitations, de promesses et de présents, parviennent à lui faire changer de langage (1). Entraînée par ces suggestions, la veuve Delorme dément ses premières dépositions ou plutôt on les dément en son nom. Son confesseur, parlant pour elle, déclare quë sa paralysie est une punition de Dieu pour 1 esprit de moque* rie qui Ta conduite au tombeau. 11 signe celte relation, qu'il avait dressée. La veuve ne signe point. Le concours continuait à son lit. On se relevait pour l'empêcher de rétracter ce qu'elle venait de dire. Ce fut pour la soustraire à des i m port uni lés aussi nuisibles à son rétablissement qu'à la vérité, qu'on la transporta dans une maison religieuse, où on lui laissa le temps de se rétablir, et où* rendue à elle-même, elle déclara* le -28 avril 1732, a un grand-vicaire de Paris, qu'elle n'était point allée au tombeau par dérision; que la nuit d'avant elle s'était trouvée incommodée; qu'une personne, qu elle nommait, lui avait recommandé de tenir la chose secrète; qu'une autre lui dictait ses réponses à l'Hotel-Dieu, et que la déclaration de son confesseur n'était ni vraie, ni faite à sa réquisition. Cette punition divine, ce coup terrible d une main puissante et intéressée à venger llionneur de ses saints, n'est done

(») O» ntk par les «clés .THthenikjties do temps, «jne le li< dé cette petite mercière était environné de chsinoirtes «le Paris, «Je diteteiir? de Sorlmnne, de prêtres de l'Oratoire, de conseiller» ;in parlement, de duchesses, etc. Relation *fo fa maniéré a*Ant fa tem'é Déforme â été frappeé <V une paralysie subits, par Chmjhx, docteur en tkêotngic, confesseur de Ht malade.

qu'un accident très-naturel, travesti en miracle par l'imposture.

Il est, il faut l'avouer, parmi ces prodiges une punition plus réelle que celle-ci. Le fait mérite d'être raconté. Le 20 mars 1737, un vitrier travaillant dans l'église Saint- Médard, à des réparations de son état, et excité par la vue, les prières et les gestes de quelques dévots au sieur Pàris, qui invoquaient près de là leur pilron, se permit des propos contre le diacre et sa vertu. On les entendit, et on lui annonça que le saint pourrait le faire repentir de sa témérité. Les auteurs de la prophétie se mirent en devoir de l'accomplir. Dès le soir même, une main invisible, dit la relation, jeta pendant plusieurs heures dans les vitres de l'indiscret ouvrier, des pierres , des morceaux de tuiles, etc. On cherchait, ajoule-t-elle, on regardait de tous cotés, on ne pouvait deviner d'où partait le coup. Le bruit de cette merveille attirait les curieux. Les jansénistes accouraient pou/' s'instruire religieusement dujail, et s'en édifier; ce sont les termes du récit. Il y avait un grand rassemblement devant la porte, beaucoup de tumulte, de cohue. Cependant les pierres volaient toujours, et bientôt toutes les vitres du malheureux s'en allèrent en éclats. On applaudissait de plus en plus. Au milieu de cette foule et de ce brouhaha, il eut été difficile de discerner d'où partaient les coups. Tout était 6ni, quand la police s'en mêla. On n'arrêta qu'une petite fille, qui fut trouvée, dit-on, innocente, et il passa pour indubitable qu'il ne s'était jamais opéré de miracle aussi éclatant que celuilà, et que le bénin M. Paris, devenu vindicatif cette fois, était revenu au monde pour casser des vitres.

Tels sont pourtant les prodiges qui firent courir une partie des habitants de la capitale. On aurait peine à le croire aujourd'hui, si d'autres exemples n'avaient montré à quel point une multitude légère et amie des nouveautés peut se laisser entraîner par des hommes intéressés à propager l'erreur, et combien sa frivolité même la rend susceptible des impressions les plus vives. On ne rêvait que

ANMÉE t73t.

miracles à cette époque, et le sieur Paris ne fut pas le seul qui eût la réputation d'en faire. MM. Soancn, Quesnel, Rousse, Desangins, et autres champions de la même cause, eurent aussi la gloire d'être thaumaturges. Mais aucun n'égala la vogue du diacre. Différents écrivains ambitionnèrent l'honneur de composer son histoire. Leurs ouvrages furent, il est vrai, condamnés à Rome et en France *, mais de pareilles flétrissures n'effrayaient plus ces genslà. Ils soutinrent leurs miracles par des écrits nombreux, marqués tous au coin de l'enthousiasme et du fanatisme, et qui ne furent pas laissés sans réponses. Plusieurs théologiens montrèrent le ridicule el la fausseté de ces prodiges. M. de Vintimille, qui avait cru ne pas devoir répondre d'abord aux requêtes de quelques-uns de ses curés, pour laisser évanouir les premières fumées de l'esprit de vertige, fit examiner, en 1735, les procès-verbaux qu'on lui avait envoyés. Le promoteur de 1 ollicialiiéen discuta l'autorité, et se convainquit que les cinq guérisons alléguées dans la première requête des curés, étaient ou fausses ou naturelles. Son rapport, extrêmement bien fait, et dirigé par une critique sage, fut suivi de l'ordonnance de M. de Vintimille, dont nous parlerons sous la date du 8 novembre 1735.

Cependant, outre l'évêque de Sénez, Soanen, deux autres prélats, de Colbert et de Gaylus, se déclarèrent publiquement pour les miracks de Saint-Médard. Ces deux prélats allèrent jusqu'à publier des miracles qu'ils prétendaient avoir canoniquemeut reconnus : on démontra aussitôt le peu de fondement de leurs assertions (l). Leurs écrits furent condamnés à Rome (-2); ils furent supprimés par

(1) Indépendamment de ce qu'ont écrit à ce sujet, M. Langue t et D.'La Taste, le Supplément aux Nouvelle* ecclésiastiques, Paris, 1734, Recueil destiné à combattre la famille janséniste, montre par les détails les plus circonstanciés que ces prétendus miracles ne méritaient aucune confiance.

(2) Un Bref de Clément Xlt, du 11 octobre 1734, condamna une Lettre pastorale de l'évêque de Montpellier pour notifier un miracle opéré dans son diocèse par l'intercession de M. Pdris. Un autre Bref du 19 janvier 1734 avait également condamné un Mandement de Vévéque d'Auxerre, a l'occasion du miracle opéré dam la ville de Stignelai. Voyex V Index, aux noms Colbert et Car lus.

arrêt du conseil ( 1 ) ; ils turent encore réfutés par quelquesuns oV» teurs eoMègnes, et notamment par M. Langue!, et pardon? LaTaste, Bénédict in, depuis évéque de Bethlchem.

— » Le 6 août. Décret constSTOiiiAL de Clément XII sur les tiaitbs faits avec la Savoie. Le mécontentement

qu'avaient excilé à Rome les traités faits en 1727 avec le marquis d'Or ntéa,, éclata immédiatement après la mort de Rendit XI IL Chacun était convaincu que ce pontife avait été Htoatpé par ceux qui l'entouraient-, et que ceux-ci avaient été gagnés, par les artiGccs d'un négociateur habile à faire jouer tous les ressorts. Les cardinaux réunis en conclave partagèrent à cet égard l'opinion générale, et s'accordèrent à réprouver tout ce qui était contraire aux droits et aux intérétsdu Saint-Siège. Oir reçut pendant le conclave même des protestations des habitants des ferres de l'abbaye de Suint*Bénigne et des autres fiefs du Saint- Siège, en» Piémont, contre les actes des agents de la cour de lunin, qui voulaient établit* de plus en plus sur leur territoire l'autorité du prince.

Clément XII nomma une congrégation de cinq cardinaux.et<de trois prélats, pour examiner l'affaire des concordats* On y neconnut que le projet d'accommodement du 2*i mars 1727 était irrégulier pour le fond et pour la forme, que le* Saint* Siège n'y avait pas reçu la moindre satisfaction pour les entreprises précédentes* tandis que Ton avait consacré les prétentions les plus exorbitantes-, que ce traité n'avait point été peséet mûri suivant' les usages constants de la oonr de Borne -, qu'il n'avait été conclu que par le maître de la chambre du Pape* qui par ses fonctions n'avait aucun, droit d'intervenir dans oe* négociations ; mais qu'il était nécessaire, avant de prendre un parti, de réunirions les papiers et documents qui pouvaient jeter du jour sur cette affaire. Le Pape apppouva l'avis de la congrégation ; et l'on écrivit en conséquence à un agent du Saint-Siège, en Piémont, pour lui demander des renseignements sur l'état des choses en ce pays et sur tout ce qui pouvait intéresser l'Eglise et le Saint-Siège. Le courrier

(I) Ami du Conseil du 28 avril 1733.

A\NÉfci 1731. 519

qui parlait ces dépêches lut arrêté près Novarre, par des fcûwin£& appstés : on, lui, prit ces dépêches v et personne ne do nia, que cet acte, de violence u'eû.1, été. ordonné de Turin.

Le ministre de Sardaiguc à Rome poursuivait alors l'expédition des bulles pour un, prêtre nommé à une abbaye en Piémont, et se plaignait, des retards qu'éprouvait celte expédition : mais le Pape voulut avant tout êire éclairé sur tout ce qui tenait aux derniers concordais, et dans l'audience du cons;é qu'il donna, le 10 septembre 1730, au marquis d'Orméa, il l«i déclara qu'il ne croyait pas pouvoir en conscience confirmer çes traités ni en approuver les concessions, mais qu'il désirait vivre en parkite intelligence avec le roi de Sardaigne et écarter tout sujet de discussion. Deux jours après, le comte* de Gros, nouveau ministre de Sardajgne, remit au Pape une leitre du nouveau roi Charles-Emmanuel, fils de Victor- A médée, qui lql annonçait l'abdication de son. père. Celle abdication avait eu lieu le 2 septembre. Victor-Àmodée, qui régnait depuis cinquante-cinq- ans, se retira au. château de.MoQcaiieri, ou il mourut le 31 octobre- l<732> Il fut inhumé à la Superga, magnifique église bâtie par lui-même pour la sépulture de sa, famille.

I^e Pape> répondit au, nouveau roi, et l'exhorta en général à se. montrer favorable aux intérêts de IIEglise et du Saint-Siège : mais le 3 décembre suivant, dans un autre bref a ce prince, il lui, déclara nettement quapr.es avoir examiné les traités, il y trouvait de grandes difficultés, ex ne pouvait en permettre l'exécution sans avpir écarté çes. dillicultés-, quil aurait volontiers exposé ses raisons au* ministre du roi a Borne, tuais, que celuircL avait* refusé de les entendre. En effet, ce ministre soutenais! ouvrage du marquis d'Orméa, et prétendait que les Concordats dev,ai eut être observés. Cependant le SU septembre, le- Pape avait ordonné dans une congrégation de suspendre tout acte sur ce sujet» et comme le ministre de Sardaigne se plaignait que Taflaire eût été confiée à une congrégation composée d'hommes suspects et passiounés, on lui répon-

r!2ft ANNÉE 1731.

dit que Ion nommerait des personnes qui fussent restées étrangères aux discussions, si la cour de Turin voulait faire choix de personnes dans le même cas pour négocier un traité. Cette offre ne fut jamais acceptée par le ministre.

Dans une lettre de Charles-Emmanuel au Pape , en date du 1er novembre, le prince témoignait le désir que les autres sujels de discussion, non -réglés par les derniers concordats, fussent terminés. Ce vœu ne pouvait regarder que la question des fiefs. En attendant, la cour de Turin poursuivait ses entreprises, tant sur les terres aux envi* rons d'Asti , que sur celles de l'abbaye Saint-Bénigne, Le Pape se contenta de mettre ses droits à couvert, en faisant signifier aux feudataires de ne reconnaître d autre souveraineté que la sienne, et en rappelant aux évêques ses droits sur ces fiefs. Au surplus, pour ne pas mêler ensemble des choses diverses et montrer son désir de satisfaire le roi, il accorda sur sa demande un tribut triennal a payer au roi par les ecclésiastiques de Sardaigne, pour le maintien des galères destinées à protéger les côtes de File contre les iuvasions des pirates : ce fut l'objet d'un bref du 15 décembre adressé au roi.

Clément XII, persuadé qu'on laissait ignorer à Charles- Emmanuel ses dispositions et ses offres, et que les négociateurs des traités lui dissimulaient le vice de ces actes et les moyens peu honorables par lesquels ils étaient arrivés à les conclure, résolut d'envoyer à Turin un prélat pur expliquer ses intentions au prince. Mais le ministre de Sardaigne à Rome éleva plusieurs objections contre ce dessein, et le Pape y renonça pour le moment. De plus, pour couper court aux plaintes du ministre sur le choix des membres de la congrégation pour les affaires du Piémont, qu'il supposait animés de sentiments peu favorables pour sa cour, le Pontife se décida à remettre le tout à la connaissance du sacré Collège. 11 l'annonça dans le consistoire du 8 janvier 1731, où il fit aux cardinaux l'exposé de tout ce qui s'était passé depuis son élection. Il leur demanda leur avis dans le terme de 15 jours, en leur re-

ANiNÉE 4731.

commandant et leur promettant le secret. Afin de leur procurer tous les renseignements possibles, on demanda au cardinal Fini tous les papiers qui concernaient les affaires du Piémont. On savait que tout avait passé par ses mains dans le temps de sa faveur. Il envoya donc plusieurs pièces importantes, entre autres une relation dressée par lui de ce qui s'était passé pour le projet d'accommodement du 24 mars 1727, et un tableau des entreprises faites par les ministres de la cour de Turin contre la juridiction et l'immunité ecclésiastiques, tableau où l'on avait mis en regard des passages correspondants tirés des œuvres de Dumoulin, de Calvin et de Luther : (ce travail avait été fait par les savants Fontanini et Giorgi, sur Tordre de Benoît XIII). Le cardinal remit encore un cahier, qui parut incomplet, des relations originales envoyées au même Pape par les évéques et ecclésiastiques du Piémont sur des entreprises en ce pays contre la juridiction et l'immunité ecclésiastiques; ces relations venaient principalement des diocèses de Nice, de Casai, deVintimille, de Verceil,etc.

La relation dressée par le cardinal Fini parut en quelques points difficile à expliquer. Il y disait que le projet d'accommodement avait été approuvé par le cardinal Paulucci; mais ce cardinal était mort le 12 juin 1726, tandis que le projet ne fut signé que le 24 mars 1727. Le cardinal Fini assurait encore que le projet avait été communiqué par Benoît XIII au cardinal Corradini ; et celuici le niait formellement, et donnait des preuves à l'appui de ses dénégations. La relation du cardinal Fini portait encore que le marquis d'Ormea n'avait point de pouvoirs de son souverain pour signer le traité, et qu'il ne le signa qu'avec répugnance; mais comment pouvait-il avoir tant de répugnance à souscrire un traité si favorable aux prétentions du prince, et qui ne portait aucune concession a la cour de Rome? Enfin le cardinal Fini n'expliquait point pourquoi on avait tenu avec tant de soin le projet secret.

Il parut donc nécessaire que le cardinal donnât des ex-

plications plus précises sur divers points, et il fut appelé à déposer juridiquement devant trois cardinaux. Cet examen eut lieu les 24, 25 et 27 avril, et n eclaircit pas tous les doutes. Il ne fournit aucune preuve de Tordre du Pape de signer le projet. Il parut clairement que ni le cardinal, ni le minisire du roi n'avaient de pouvoirs pour conclure. Le projet manquait donc des formes usitées. En le comparant avec les concordais faits avec d'autres puissances, on y remarque de grandes différences qui sont détaillées dans les Ragioni déjà citées. Pour les autres concordats, les papes donnaient des bulles; pour ceux de 1727 il n'y en avait pas eu. Enfin ces traités étaient beaucoup moins favorables pour le Saint-Siège que les propositions faites par les ministres du roi, sous Clément XI et sous Innocent XIII.

Le Pape résolut de nouveau d'envoyer un prélat à Turin pour instruire le roi de différentes choses, et comme on avait fait quelques objections contre son premier choix, il chargea de cette mission un autre prélat, M. Guglielmi, qu'il ne semblait pas que la cour de Turin .eût des motifs plausibles de refuser. Cependant, arrivé à Alexandrie, on l'empêcha de passer outre, et on le reconduisit jusqu'à Novarre, pour s'assurer apparemment qu'il était sorti des États du roi. Ainsi un envoyé du Pape ne pouvait entrer en Piémont ; et l'on ne souffrait pas que le prince reçût d'autres informations que celles qu'il plaisait à ses ministres de lui donner. En même temps on était en défiance contre tout ce qui venait de Rome \ on ouvrait les lettres, et on arrêta quelques personnes soupçonnées d'intelligence avec des Romains. Des communes du territoire d'Asti, qui dépendaient du Saint-Siège, ayant rétracté le serment de fidélité qu'on les avait forcées de prêter au roi, on fit arrêter le syndic, les conseillers et le secrétaire, et on les envoya dans les prisons de Turin. Le comte Tarino, seigneur de Cosombrato, une de ces communes , resta en prison plus d'un an et demi.

Cependant les cardinaux ayant remis par écrit leurs

avis au Pape sur les concordais de 1727, il convoqua le consistoire pour le 6 août 1731, et y exposa les soins qu'il s'était donnés pour s'éclairer sur ces traités, et pour remédier aux préjudices qui en étaient résultés pour l'Eglise. C'est pour cela qu'il avait consulté le sacré Collège, et il se félicitait d'avoir eu recours au z'èle de ses membres. Sur trente-un cardinaux, à l'exception de cinq qui n'avaient pas bien clairement manifesté leur sentiment, ou avaient en quelque sorte admis ou excusé les concordats, vingtsix les avaient jugés captieux, absurdes, exorbitants, contraires aux canons, funestes à l'Eglise et iutolérables. Quant aux remèdes à appliquer, la plus grande partie des cardinaux étaient d'avis de révoquer les concordats, d'autres de les suspendre. Quant à 1 induit pour la nomination aux sièges, la plupart pensèrent qu'il contenait une nouvelle concession plutôt contraire que conforme à l'induit de Nicolas V; d autres émirent différents avis, et quant à la résolution à prendre, les uns proposèrent de révoquer le bref, d'autres d'en suspendre l'exécution, d'autres de le tolérer. Le Pape ajouta qu'après avoir imploré la lumière de l'Esprit saint , après avoir cherché tous les moyens de rétablir la concorde , et après avoir assuré le roi de son désir de l'obliger, il ne pouvait s'empêcher de défendre les droits et la liberté de l'Église.

On lut ensuite le décret consistorial par lequel le Pape déclarait nul et Sans valeur, le projet d'accommodement du 24 mars 1727, le concordat du 29 mai, et l'arrangement du 20 février 1728, relatif au Mon terra t. Quant au bref de Benoît XIII, relativement aux vicaires-généraux à nommer par les évéques étrangers pour la partie de leurs diocèses qui s'étendait en Piémont, Clément XII en suspendait l'effet jusqu'à plus ample examen, et en attendant, donnait aux évéques les pouvoirs nécessaires pour établir provisoirement des vicaires là où il en serait besoin. Enfin le Pape déclarait qu'il ne voulait point mettre d7obstacle à l'exécution du bref de Benoît XIII, du 29 mai 1727, sur le droit de nommer aux églises et abbayes eu Piémont et en Savoie.

J2i AiNiNÉb! 1731

Le iiieuie jour, le Pontife adressa un bref au roi de Sardaigne pour lui annoncer ce qu'il venait de faire, et lui dire qu'il y avait été obligé par le devoir de la sollicitude pastorale 5 mais qu'il ne souhaitait rien tant qu'un solide accommodement, et qu'il espérait que le prince s'y prêterait pour le bien de la religion dans ses Étals. Un bref fut adressé, le 29 août, aux évéques du Piémont, pour les exhorter à repousser les innovations au détriment de la discipline, et à n'avoir aucun égard aux concordats. Mais les évéques représentèrent qu'il leur serait bien difficile d'exécuter le décret consistorial, le gouvernement persistant à maintenir les concordats, et le passé montrant tout ce que l'on avait à craindre en tentant de s'opposer à ses volontés. Le décret ne fut publié que par les évéques des États voisins qui avaient des exteosions en Piémont.

Le prélat Valenti, qui partait pour remplir la nonciature de Bruxelles , et qui devait passer par Turin , eut ordre de s'y arrêter. Il tâcha de voir les ministres et de les assurer des dispositions du Pape pour arriver à un accommodement régulier ; mais il les trouva décidés à maintenir les concordats. Le marquis d'Ormea se croyait engagé par honneur à soutenir son ouvrage.

Ce fut alors que d'après l'avis de la congrégation de l'immunité, il fut décidé qu'on publierait les mol ifs du Saint- Père sur tout ce qui avait été fait. On répondrait par là aux écrits publiés par la cour de Turin. C'est ce qui a donné lieu aux Ragioni délia sede apostolica ne lie presenli conlroversia colla corta di Torino (1).

Ce recueil Gnit par le récit des nouvelles violences exercées sur les terres de l'abbaye de Saint-Bénigne. A la

(1) L'ouvrage intitulé Ragioni délia sede apostolica est en deux parties, dont chacune fait deux tomes. Il a été imprimé en 1732, mais tans nom de ville ni d'imprimeur. Il est à croire qu'il fut imprimé a Rome.

Le lome l«r, dans sa première partie, contient l'information historique et les documents qui servent de preuves. L'information historique est en quatre parties. I.» première comprend tout ce qui s'était passé avant Benoit XIII; la deuxième, ce qui s'était passé sous Benoît XIII; lu troisième, tout ce qui s'était passé sous Clément XII; la quatrième partie est une ré-

fin de juillet 1732, on y envoya des troupes qui arrêtèrent quelques-uns des principaux membres des quatre communes; on les envoya en prison à Turin. Les autres se réfugièrent dans l'église. On força les maisons des syndics et des conseillers, et on les mit au pillage. On nomma d'autres conseillers, qui furent obligés d'accepter, sous peine de mort et de confiscation de leurs biens : le sénat de Turin ordonna à ceux qui étaient en fuite ou réfugiés dans les églises, de rentrer dans leurs maisons sous trois jours, sous peine de voir leurs biens vendus et leurs maisons détruites. Il fut défendu sous peine de mort de correspondre avec Rome. Trois prêtres furent tirés de l'église et envoyés en exil : plusieurs maisons furent rasées; et des réfugiés furent condamnés à mort. Le Pape adressa sur ce sujet au roi, en septembre 1732, des représentations et des plaintes. Cependant les habitants restaient fermement attachés au Saint-Siège. Leurs réclamations et protestations se trouvent à la fin du dernier volume des Ragioni.

ponse à la relation historique publiée à Turin : ces quatre parties font deux cent cinquante-deux pages. Les documents qui suivent sont au nombre de cent six, et forment deux cent dix pages.

La deuxième partie du tome 1er contient des réflexions sur l'écrit de la cour de .Turin, relativement au projet d'accommodement, une dissertation suites matières bénéficiâtes à l'occasion du bref de Benoît Xlll, du 29 mai 1737, et du concordat du même jour, et une autre dissertation sur le serinent de fidélité des évêques du Piémont au roi. A la fin des réflexions est un tableau de l'état des choses à cette époque en Piémont.

Le tome 11 se divise également en deux parties : la première expose les récits du Saint-Siège sur les fiefs du territoire d'Asti, en réponse aux remontrances de l'avocat-général du roi du 8 mars 1731, en faveur de la souveraineté du prince sur ces fiefs. Il y a d'abord une exposition des droits du Saint- Siège sur ces fiefs, un tableau chronologique des actes de souveraineté exercés par le Saint-Siège sur ces fiefs depuis le huitième siècle, des réflexions historico-légales sur les droits du Saint-Siège, et une suite de documents et des pièces historiques en faveur de ces droits.

\* deuxième partie de ce tome est sur l'abbaye de Saint-Bénigne et ses fiefs : on y répond également aux remontrances de l'avocat-général du roi au sénat de Turin en mars 1731. On montre d'abord le domaine du Saint-Siège sur cette abbaye ; on présente ensuite une table chronologique des actes qui prouvent le domaine. Enfin viennent des réflexions historico-légales sur les droits du Saint-Siège, sur cette abbaye et ses fiefs : le tout est suivi de nombreux documents qui forment trois cent trente-deux pages.

— Le 26 août. Mandement imim-rial au sujet des prou stants de Salzuolro. Les montagnes de cet archevêché servaient d'asile à des Hussites et des Vaudois, à qui la difficulté des chemins donnait plus de moyens de pratiquer leur religion sans être découverts. Ils tenaient beaucoup à leur croyance et à leurs livres. Avant la guerre de Trente-Ans, on en avait contraint plusieurs à quitter le pays. En 1684, Maximilien Gandolf, archevêque de Salzhourg, voulutuserdudroit que lui laissait le traité deWestphalie, d'expulser de son Etat ceux qui ne professaient pas une des trois religions autorisées dans 1 Empire. Il contraignit, en conséquence, plusieurs des non-catholiques, • dont nous avons parlé, à sortir de son territoire. Léopold de Eirmian, un de ses successeurs, eut encore plus à cœur d'établir l'uniformité dans sa principauté. I! fit enlever aux descendants des Vaudois les livres qui les entretenaient dans l'erreur, envoya des missionnaires pour les prêcher, et employa, soit comme prince, soit comme archevêque, tous les moyens pour venir à bout de son dessein. Hencke, dans son Histoire des Eglises chrétiennes, publiée en 1801, avoue qu'il se trouva parmi les religionnaires des têtes ardentes qui se portèrent à des excès. Ils regardèrent comme une tyrannie les procédés de l'archevêque, et eurent recours à des voies de fait.

Le soulèvement se propagea. Ce fut pour en arrêter les suites que l'empereur Charles VI publia l'ordonnance du 26 août, par laquelle il défendait aux protestants de se faire justice eux-mêmes, et leur prescrivait d'exposer paisiblement leurs griefs. Mais le mal était fait, et l'impulsion donnée. Il fallut envoyer des troupes pour contenir les mécontents. L'Empereur fit passer quelques régiments dans ce pays. On arrêta beaucoup de gens prévenus d'avoir pris les armes et excité le trouble. Enfin, le 31 octobre, M. de Firmian crut que l'intérêt de son Etat exigeait un sacrifice. H bannit ces religionnaires : il y en eut, dit-on, environ vingt-deux mille qui s'expatrièrent. Leur sort intéressa vivement tout le parti protestant. Les princes

réclamèrent en leur faveur, et leur accordèrent des asiles. La Prusse surtout reçut un grand nombre de ces émigrants ; et leur bâtit des villages.

Les écrivains qui nous ont transmis ces détails, et qui sont presque tous protestants, peignent très-vivement les rigueurs dont on usa envers les Salzbourgeois, et accusent fortement l'archevêque d'intolérance et de tyrannie. Cependant, même d'après leurs récits, il parait que tous les torts ne sont pas de son côté, et que ses sujets oublièrent bien vite leurs devoirs envers le souverain, et eurent recours à la force. Il y eut de leur part beaucoup d'excès et de désordres qui provoquèrent la mesure définitive que prit l'archevêque. Nous ne discuterons point F équité, ou pfutôt l'opportunité de cette mesure ; nous nous contenterons de dire qu'elle excita de grandes plaintes en Allemagne, et que les protestants de ce pays en ont fait longtemps le sujet de leurs reproches les plus vifs, et de leurs récriminations les plus amères.

*— 7 septembre. Arrêté doctrinal du parlement de Paris. Les faits qui précédèrent cet acte méritent la plus sérieuse attention. On a vu dans l'affaire de la Consultation des Quarante la prétention qu'avait la magistrature de maintenir les ecclésiastiques suspens ou interdits dans l'exercice de leurs fonctions.* La question va maintenant avoir pour objet l'administration des sacrements. Le curé de Sainte-Catherine-d'Orléans, vice-gérant de l 'officia lité, avait refusé les derniers sacrements à une dame dangereusement malade, à cause de son opposition très-connue à la bulle Unigenitus. Sa famille, après avoir fait diverses sommations au curé, avait porté plainte au lieutenant criminel d'Orléans. L'oflicial avait revendiqué la cause comme étant exclusivement de la compétence des juges d'Eglise. Sur un appel comme d'abus présenté au parlement de la sentence de l'ollicial , cette cour avait rendu le 28 avril un arrêt, dans lequel il était « ordonné aux sup- » pliants de se retirer de nouveau par-devant l evêque, » pour être, par lui, pourvu à l'administration des sacre*

» ments, et enjoint à l'cvêque de tenir la main «à ce qu'au- » cun prêtre de son diocèse ne put exiger, lors de l'admi- » nistration des sacrements, aucune déclaration ausujetde » la constitution Unigenitus (l). » L'arrêt, en ce qui concernait Y injonction faite à Vévëque en matières sj>irituelles, avait été cassé par le roi en son conseil. Cette mesure avait excité dans le parlement une vive opposition (2). Des remontrances furent présentées au roi, qui répondit que, après les avoir fait examiner, il n'y trouvait rien qui put le déterminer à changer la disposition de l'arrêt de son conseil. Le 17 août, itératives remontrances dans lesquelles le parlement retraçait dans un tableau général tous les effets de ces évocations au conseil qui le dépouillaient de ses prérogatives : des bénéficiers privés de leurs terres, pour n'avoir pas voulu se soumettre à des déclarations ; des curés enlevés à leurs paroissiens, qui les redemandaient inutilement ; des sujets capables, propres à élever la jeunesse, éloignés des emplois publics; des maisons religieuses, des monastères de filles, privés depuis plusieurs années de toute participation aux sacrements, « Telle est, » Sire, concluaient les magistrats, le trouble quis'élève dans votre royaume. » Le roi reçut les remontrances, les communiqua à son conseil, et fit cette réponse : « Je suis en- » core plus mécontent des secondes remontrances que des » premières, aussi bien que de la conduite de mon parle- » ment. Je défends toute délibération à ce sujet , et je veux » être obéi. » Ces ordres ne furent pas respectés : l'abbé Pucelle, et quelques autres les traitaient de mesures vexa-

(t) [[Vers le même temps, le parlement de Bordeaux avait écrit au roi pour se plaindre d'une lettre de M. de Saléon, évèque d'Agen , qui plaçait la résistance opiniâtre à la bulle Unigenitus, parmi les cas pour lesquels on devait refuser l'absolution, slbrégé de l'Histoire eêclésiastique, par Racine, tom. xv, paS. 25:j. ]J

(2) [[Parmi les discours tenus à cette occasion, nous remarquons celui de l'abbé Pucelle, qui présentait le refus de sacrements comme un vaste in" rendie qui gagnait de tous côtés ; « témoin, ajoutait-il, ce qui venait d'ar- » river à un magistrat au tribunal de la pénitence. • sfbrégé de l'Histoire ecclésiastique, tom. xv, pag. 256. On voit jusqn'oit s'étendait la vigilance de ces Messieurs. ]]

toires. Il fallait faire au roi des supplications en tout temps, en tout lieu et en toute occasion. Il fallait forcer ce blocus ; cette enceinte de cardinaux et de prélats qui investissait le trône, et en défendait l'accès au parlement. De troisièmes remontrances furent présentées le 3 août, et le roi y fit faire par écrit une réponse dans laquelle on insistait pour l'accomplissement de ses volontés, mais dans laquelle aussi, pour calmer l'irritation des esprits, on avait ajouté plusieurs phrases qui n'étaient pas sans inconvénient dans les circonstances, et celle-ci en particulier : « que Sa » Majesté était bien éloignée de vouloir empêcher que » son parlement nusdt de l'autorité quelle lui conférait » pour faire observer les lois, et assurer la tranquillité puni blique. »

Il est probable que ce sont ces paroles qui donnèrent l'occasion au parlement, toutes les chambres réunies, de prendre le 7 septembre un arrêté, dans lequel on prétendait établir, en quatre articles, des principes qu'on disait être tirés des ordonnances, édits et déclarations ayant force de loi (1). En voici le précis : « I. La puissance » temporelle est absolument indépendante de toute autre » puissance; et nul pouvoir ne peut en aucun cas y don- » ner directement ou indirectement aucune atteinte. )> II. Les canons et règlements que l'Eglise a droit de faire » ne deviennent loisde l'Etat qu'autant qu'ils sont revêtus » de l'autorité respectable du souverain. III. À la puis- » sance temporelle seule appartient la juridiction, qui a . » droit d'employer la force visible et extérieure, pour con- » traindre les sujets. IV. Les ministres de l'Eglise sont » comptables au roi, et en cas d'abus, à la Cour sous son » autorité de la juridiction qu'ils tiennent du roi, même de » tout ce qui pourrait, dans l'exercice du pouvoir qu'ils » tiennent directement de Dieu, blesser la tranquillité pu- » blique, les lois et les maximes du royaume. »

Les derniers articles de cet arrêté n'ont pas besoin d'au-

(1) Racine, Abrégé de l'Histoire ecclésiastique, tom. xv, pag. 280.

très commentaires que les arrêts précédents du parlement, sur les censures ecclésiastiques et les refus de sacrements ; et Ton voit assez qu'ils tendaient à restreindre l'autorité de l'Eglise. Quant a ce qui regarde l'indépendance des rois, il était d'autant moins nécessaire de rappeler ce point, que les évêques avaient souvent manifesté leur sentiment depuis le commencement des contestations (1).

Le lendemain, 8 septembre, le roi cassa l'arrêté, le révoqua, \emitau néant, et le déclara nul et de nul effet. Il ordonna même que la minute en fut rayée, et son présent arrêt transcrit h la marge. Il reprochait au parlement d'avoir pris le Style des lois, d'avoir répété inutilement, dans le premier article, ce qui n'était point contesté, et d'avoir voulu établir des règles sur des objets dont il s' était réservé la connaissance, et cela après avoir entendu, de sa bouche la veille même, ses intentions.

[[Topt ce tumulte coïncidait avec l'affaire des avocats dont nous avons parlé plus haut. Le parlement étant entré en vacances, le jour même où le roi avait cassé son arrêté, cette affaire fut la première dont il s'occupa dans la première assemblée des chambres après la rentrée, le 19 novembre. En vain on présente des lettres du roi, t}ul défendent toute délibération. L'abbé Pucelle propose que le parlement aille en corps, trouver le roi à Marly, pour lui porter ses doléances ; et pour sauver les apparences, l'arrêté est conçu en ces termes : « Lecture faite . » des deux lettres du roi, adressées à la compagnie, là » cour a arrêté* sans délibérer, qu'elle irait sur-le-champ, » porter ses plaintes au rot. » Èn conséquence, cinquante députés, pris parmi les présidents et les conseillers, par* tent pour Marly. L'étonnement de la cour fut au comble, dit un historien, en voyant ces magistrats se présenter sans avoir été mandés, dans un lieu consacré aux plaisirs et aux fêles. Ils arrivèrent lorsque le roi revenait de la

(1) On peut voir l'Instruction pastorale de l'assemblée de 1714, le Corps de doctrine de 1720, la Censure du livre de Le Court ayer, en 1727, etlea jugements sut la Consultation des quarante avocats, en 172&

chasse. Ils furent reçus au milieu des railleries des jeunes courtisans, qui s'attendaient à voir réprimer leur audace. Pendant que le premier président, Portail, négociait pour obtenir une audience du roi, on laissait errer les conseillers pêle-mêle dans de longs corridors. Le duc de Noailles montra seul quelque considération pour un corps dont l'appui n'était jamais à négliger. Ils reçurent enfin la triste réponse que le roi refusait de les voir ; leur ordonnait de repartir sur-le-champ, et leur défendait toute réplique. Le cardinal de Fleury, qui, sur le bruit de cette étrange démarche, venait en toute hâte d'arriver à Marly, se présenta aux magistrats humiliés, et les traita comme des étourdis, mais avec ce ton d affection qui fait évanouir la colère (1).

11 n'y avait, pour le parlement, comme l'observe encore l'historien que nous venons de citer, qu'un moyen d'empêcher le fâcheux effet et le ridicule de ce désagréable voyage, c'était de redoubler de fierté. Les résolutions se multiplièrent ; on chargea d'abord le premier président de représenter au roi l'impossibilité où était son parlement de remplir ses fonctions, tant qu'il ne pourrait concilier le devoir de la fidélité avec celui de V obéissance. Ce moyen n'ayant pas réussi, on arrêta du moins que des représentai ions seraient faites au roi en temps plus opportun, et aussitôt qu'il lui plairait de les entendre. Le roi manda plusieurs membres à Versailles, le 10 janvier 1731, et après qu'il leur eut imposé lesitence le plus absolu, il les fit réprimander par le chancelier d'Aguesseau, et leur fit ordonner de biffer tout ce qui avait été arrêté sur les con-

(I) Lacrctcllc, Histoire de France pendant U dix-huitième siècle, t. u, |>ag. 8G. Racine, s/brege de l'Histoire ecclésiastique, tom. xv, pag. 288.

• Le Parlement crut qu'il pourrait toucher le roi s'il lui parlait dans l'ab- » scoce du cardinal de Fleury. 11 sut que le ministre était à une petite mai- » son de campagne qu'il avait à Issy. Des député» prirent ce temps pour allai > a la cour. Ils rencontrèrent dans les avenues le Cardinal qui revenait » d'iawy. L'abbé Purelie, qui était un des députés, lui dit que le Parlement ■ n'avait jamais été si maltraité. Le Cardinal soutint l'autorité du Conseil : • on se sépara aijjri de part el d'autre. » Voltaire, Histoire du Parlement de Paris, chap. tx-.v.

lesta lions présentes : mais nous verrons bientôt la lutte recommencer avec plus de vivacité.]]

— [[ 10 octobre. Sentence du Parlement d'Aix, en faveur nu P. Girard. Nous croyons devoir brièvement mentionner ce fait, parce qu'il eut à cette époque un grand retentissement, et qu'il servit à nourrir les passions populaires. Le P. Girard, Jésuite, recteur du séminaire royal de la marine a Toulon, avait dirigé une jeune personne nommée Cadièrc, dont il eut le tort de trop prôner la vertu. La pénitente avait des extases, des visions, des stigmates ; et le confesseur ajouta d'abord foi à ces signes extraordinaires. Soit que, devenu plus défiant, il eût voulu se débarrasser de cette direction, ainsi qu'il le dit parla suite; soit que les parents inquiets eussent désiréque la Cadière changeât de directeur, comme ils le prétendirent, elle s'était adressée au prieur des Carmes déchaussés, et les visions avaient cessé. Peude temps après, les parents de la fille accusèrent le P. Girard de s'être servi de sa direction pour la corrompre, et d'avoir aussi employé à ce dessein les maximes du quiétisme le plus corrompu. Les amis du père prétendirent que celait le prieur des Carmes qui avait engagé cette fille à faire cette déposition. Le procès comprenant plusieurs des cas qu'on appelle privilégiés, fut porté au parlement d'Aix \ et cette affaire scandaleuse, envenimée par les contestations religieuses de l'époque, eut un éclat déplorable. Un arrêt du parlement, rendu le 10 octobre, après de longs débats, déchargea le P. Girard des accusations portées contre lui *, mais aussi il mit le prieur des Carmes hors de cause, et renvoya purement et simplement la Cadière à sa mère, en la condamnant néanmoins à de très-faibles dépens (l). ]]

(1) Feller, Dictionnaire historique, article Girard. Nouvelles ecclésiastiques, au 3 décembre 1731. On a rassemblé les pièces de ce procès en six volumes.

— Le 27 janvier. Ordonnance du roi pour fermer la. porte du petit cimetière Saint-Médard. Il y avait plus de six mois que ce cimetière était un théâtre où se jouaient les scènes les plus extravagantes. C'étaient les convulsions, espèce de maladie frénétique, ou plutôt d'imposture honteuse, dont il était donné au sieur Pâris de tourmenter ceux qui lui étaient dévoués. On n'avait pas encore vu de saints, qui, au lieu de guérir ceux qui les invoquaient, leur envoyassent des secousses violentes, du délire, et tous les attributs de la fureur. Cette gloire était réservée au palron des appelants.

L origine des convulsions se lie avec le figurisme, manie qui, depuis plusieurs années, était devenue fort commune dans le parti. C'était un système dont fauteur paraît avoir été l'abbé d'Etemare , appelant fameux , qui croyait avoir reçu le don d'intelligence des saintes Ecritures. Il voyait partout, dans l'ancien Testament, une figure de ce qui se passait, interprétait les prophètes à sa mode, et trouvait, à force de commentaires et de rêveries, que l'acceptation de la bulle était l'apostasie prédite, et que les Juifs allaient se convertir pour réparer les pertes de l'Église. Il sut inspirer à ses disciples ces idées, qui, germant dans des têtes ardentes et échauffées par ses prédictions, enfantèrent les écrits les plus bizarres. Il ne fut plus question, parmi eux, que d'interprétations arbitraires et de prédications merveilleuses. On ne rencontrait plus que des enthousiastes qui déploraient la situation de l'Église, et ne parlaient que de changements. Elie allait venir et rétablirait tout. On fixait le temps de son arrivée -, on se mettait en route pour aller à sa rencontre; car il ne pouvait tarder. La guerre, que la bête, suivant l'Apocalypse, avait reçu le pouvoir de faire aux saints, avait évidemment commencé à la Déclaration du 24 mars 1730; elle devait indubitablement finir au mois de septembre

ANMÉE i732.

1733. Telles étaient les rêveries dont se berçaient ces visionnaires, et qu'ils ont consignées dans de nombreux écrits.

Il parut, dans le temps, un ouvrage composé par un appelant , où les écarts des figwistes étaient mis au jour (t). L'auteur leur reproche de tomber dans la doctrine des calvinistes sur l'inamissibilité de la justice, de renverser la perpétuité et la visibilité de l'Église, et de croire l'apostasie à peu près consommée. « Aussi , s'ils » appellent au concile, dit-il, ce n'est, à proprement parler, » que pour la forme ; car ils ne croient pas qu'un concile, » dans l'état présent où est l'Eglise, put remédier aux maux » qu'elle éprouve. Ces maux n'auront d'autre terme que » le retour des Juifs. Jusque-là, il faut qu'ils croissent, et * qu'ils arrivent à la mesure qui doit consommer la ré- » probation des Gentils. » On voit par là ce qu'était l'appel dans l'opinion de ces gens-là. Ils n'appelaient que pour la forme ; ils se seraient moqués également d'un jugement qu'ils avaient l'air de réclamer avec tant d'instance. Telles étaient les idées dont se repaissaient ces hommes exaltés, Leur mépris pour l'autorité les avait disposés à toutes les illusions de l'esprit de mensonge, et le désordre de leur imagination s'accommodait fort bien du délire des convulsions et des extravagances de ces scènes.

Ge fut vers les mois de juillet et d'août 1731, que ces farces ridicules commencèrent à Saint-Médard. L'archevêque de Paris venait, après une information juridique, de déclarer faux le miracle d'Anne Lefranc (2). Les chefs du parti, assemblés à ce sujet, furent d'avis, dit-on (3), qu'il fallait détruire l'effet du Mandement par quelque coup d'éclat, et jugèrent que rien ne serait plus eflicacc qu'un miracle. On le demanda donc hardiment à Dieu. Un ecclésiastique de Montpellier, nommé Bescherand, se fit porteur de l'appel qu'on interjetait du Mandement, et

(1) Questions sur l'origine et les progrès des concisions.

(2) Voyez plus haut, pag. 310.

(S) Journal de* consultions, par madame Mol, niitc de Dugucl.

se présenta sur le tombeau du diacre, ne doutant pas que son infirmité (il était boiteux) ne disparut à la (in de la neuvaine ; mais il s'en passa deux , et sa jambe ne se redressait point. Alors les convulsions le prirent; des mouvements violents, des sauts, des élancements* des agitations furieuses, tel était le caractère de ces sortes de scènes. Il fut décidé qu'elles équivalaient au miracle attendu. Pendant que Bescherand donnait ce divertissement à la foule des curieux, des scribes décrivaient exactement toutes les variantes de ses convulsions, et ces descriptions s'envoyaient dans les provinces. Cependant le boiteux restait toujours tel. Ce n'est pas qu'il ne s'opérât dans sa jambe des changements notables ; il y eut telle séance où il fut constaté, qu'à force de sauter, elle avait allongé d'une ligne , prodige dont on eut soin d'instruire le public dans de pompeuses relations. Ce convulsionnaire se donna longtemps en spectacle, sans s'en trouver mieux. Tous les jours il venait se mettre sur le tombeau, et là, représentant l'Eglise (car on ne craignait pas de toi appliquer ces mots : Perspnani gerit Eccleske), il se déshabillait 9 et recommençait ses sauts et ses gambades. Les loua ng" es qu'on donnait à ce ridicule fou, l'accueil et les caresses qu'il recevait, firent naître à d'autres le désir d'avoir des convulsions. Ils en eurent; la folie gagna; et la tombe devint un théâtre, où accouraient des malades et des gens en santé qui briguaient l'avantage d'être convulsionnaires . On voyait des hommes, ne gardant de leurs habits que ce qu'ils ne pouvaient absolument ôler, s'agiter comme des furieux. On voyait des femmes éprouver les secousses les plus violentes, dans des. situations qu'il était difficile de concilier avec la décence. On n'osait les laisser à elles-mêmes, il fallait les tenir; elles se seraient tuées, disait-ou, tant l'esprit de Dieu qui les agitait avait besoin d'être réglé par la main des hommes. Bientôt, près de cent convulsion naires, de tout âge et de tout sexe, cou raient, criaient, hurlaient et faisaient mille extravagances. Voilà le spectacle dévot qui attirait la foule. Des curieux,

des imbéciles , des visionnaires s'y rendaient de tous cotés. La presse était si grande, qu'on pouvait à peine approcher du cimetière. Les lieux circonvoisins étaient remplis; on passait là des journées entières.

Ce concours, et le tumulte auquel il donnait lieu, fixèrent enfin l'attention du gouvernement. On n'ignorait pas quels discours s'y tenaient, quels projets s'y formaient. On ferma donc la porte du cimetière, et l'on mit des gardes à l'entour. Il est incroyable combien cette mesure excita de plaintes et de clameurs. Un roi de la terre vouloir imposer silence au Dieu tout -puissant, s'écrie à cette occasion un libelliste du parti (l). Plusieurs continuaient à vouloir pénétrer au tombeau ; on fut obligé de les écarter, et l'on ne vit plus de convulsionnaires en public. On ne fut pas cependant totalement privé de ce spectacle intéressant; les représentations se firent dans les maisons particulières, et sur ce nouveau théâtre les convulsions n'eurent pas moins de vogue. Nous serons obligés de revenir bientôt sur ces affligeants détails.

— Le 7 avril. Fondation d'une congrégation de prêtres

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