Remarques générales
Nous avons déjà vu, d’une manière sommaire, à l’article des TrrronraA , combien le genre Doris a été embrouillé par Linnœus et ses commentateurs ; retraçons-en Phistoire en péu de‘mots.
* Les anciens ne disent rien qui y ait un rapport évident quoiqu’on ait voulu enretrouveruneindication dans 4 Elien; ii Rondelef, ni G'essner n’en parlèrént ; le premier moderne qui en ait donné une figure est Fabius Columna, dans les Observationes aquatiliun qui sont à la suite deson ÆFcphrasis, pag. 2b. fl regardoit son animal comme une espèce de lièvre marin; sa figure est très-mauvaise,
: Aldrovande en donnä une autre fort grossière, aussi sous le nom de lièvre marin, hist. an. exs. p. 82, qui fut copiée par Jonston , exs. pl F, D 6. |
‘Ces deux Étires ne sont pas à beaucoup près assez pré-
cises pour qu'il soit possible de déterminer quelle espèce.
de doris elles représentent.
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MUSEUR (D'RISTOIRE NATURELLE
Aussi Linnæus n’eut-il aucun égard ni à l’une ni à l’autre quand il forma le genre Doris, dans sa 10.° édition.
Il n’en avoit alors observé qu’une espèce, probablement celle que nous décrirons plus bas sous le nom de verrucosa; du moins c’est elle que semble représenter la figure qu’il cite, Seba. IT, t.61 , fig. 5. Si toutefois ectte figure représente un Doris, ce due je doute beaucoup, car elle me paroït plutôt être l’image d’un oscabrion. Le limax verrucosa , Rumph. amb. rarit. cam 58 , est aussi un oscabrion selon toutes les apparences , à en juger par la mauvaise description sans figure de cet auteur. Linnœæus en examinant cette espèce unique, se trompa sur la position de la bouche; prit l’anus pour elle, et considéra les branchies comme des téntacules. Voilà pourquoi il Bt entrer dans le earactère générique ces mots: éertacula ad os circiter oclo, qui autrement ne peuvent du tout s’expliquer. |
Il réforma le caractère du genre dansla 12.° édition , lorsqu’il y fit entrer l’argüs de Bohatsch'; il reconnut que dans celui-ci , l’ouverture entourée de franges, étoit l'anus ; mais oubliant apparemment l’analosie de ces franges avec celles du doris verrucosa qu’il n’avoit peut-être plus sous les yeux, il taissa toujours dans la description spécifique de celui-ci, ces prétendus huit tentacules autour de la bouche.
Il ajouta dans cette édition au genre Doris, deux espèces observées par Koenig en Islande, et evidemment analogues à largus. D. bilamellata et lœvis.
C’étoit donc cet argus qu’il prenoit désormais pour type de ses doris ; et nous l’imiterons en ce point, ne laissant parmi les doris que celles qui ressemblent à l’argus dans les articles génériques , tels que Linnæus lui-même les
donne , et dont le principal consiste dans ces branchies en forme de franges qui entourent l’anus; anus posterius in dorso suprà , cinctus ciliis. |
C'est la circonscription que j'ai proposée depuis longtemps dans mon Tableau élémentaire, p. 387, et quiaété adoptée ensuite par M. Lamarck ( an. sans vert., p. 66 ). M. Bosc l’a adoptée aussi (vers. 1, go ), mais en l’attribuant à M. Lamarck, ainsi que la création du genre #itonte, quoique toutes deux m’appartiennent également. M. Bosc n’a d’ailleurs pas été fidèle au caractère qu’il avoit adopté, puisqu'il a laissé dans ses Doris, l’arborescens et le frondosa qui sont des tritonies.
Or, si après s'être bien pénétré du vrai caractère générique, on parcourt l'énumération de Gmelin, et si on le compare avec les écrits des naturalistes contemporains ou postérieurs à Linnæus, on remarque bientôt,
1. Que sept espèces seulement sur les vingt-cinq dont le genre se compose, ÿ appartiennent en réalité, et d’une manière certaine, savoir : D. argo ( l’argus de Bohatsch }, slellata , Jusca (le bilamellata del'édit. XIE )Zœvis, obvelala, muricata. et pilosa.
Gmelin les a toutes comprises dans sa seconde section.
2.° Que le D. verrucosa, si c’est réellement celui que je vais décrire, appartient aussi au genre , quoique Gmelin l'ait laissé dans sa première section , dont lés autres espèces. n’y appartiennent pas, mais sont ou des ##onies (1), ou des æolides (2), ou des cavolines (3), ou des glaucus (4). | (1) Dor. clavigera , auriculata ? cervina , coronata, arboréscens et frondosa:
(2)Dor. Fasciculata , papillusa , lacinulata, minima ? et pennata. : (3) Dor. Peregrina et affinis.
(4) Dor, Radiata, y
3.° Que les caractères assignés à ces huit espèces, ne les distinguent pas les unes des autres, de manière qu’on ne sait si plusieurs ne reviennent pas à la mème ; ce qu’on dit pour larous, parexemple, ano cilialo phrygio, et ce qu’on dit pour le s/ellata , stella ad anuni octo radiala raduis ramnosis, sont des expressions différentes pour dire une même chose , et une chose non-seulement commune à ces deux espèces là, maitoutes ucelles qis à APRATSATÈRL véritablement au genre, etc.
4.° Que les divers synonymes cités, ne sont pas à beaucoup près tous certains; par exemple:
La /imace à plante, Dicquemare , journ. de phys. 1770, juillet , qu’on rapporte à l’argus, est du double plus grande, et tout autrement colorée ; c’est une belle espèce tout-à-faït distincte.
Le concha sinetesta, planc. app. t. V, fig. Get H, né ressemble pie plus clairement à l’obvelata sous sata on le range, qu’à bien d’autres espèces ; tout ce qu’on peut en dire ;, c’est que.c’est un doris , et voilà tout.
T1 ER absolument de même, comme nous l'avons vu, du /epus marinus aller minor de Columna.
J'ai eu à ma disposition treize espèces de véritables doris, toutes caractérisées par un cercle de houppes branchiales autour de l’anus, et par des tentacules supérieurs pouvant se retirer dans une cavité. Dix de cesespèces appartiennent à la seconde des divisions établies par Gimelin , c’est-à-dire, qu’elles ont le corps plane, obtus par les deux bouts , et débordant le pied de toute part ( Corpus utrinque obtusum, planum , tectum). Les trois autres appartiendroient à la première section, parce que leur corps est, pour ainsi dire,
D'HISTOIRE NATURERLE 451 prismatique, se terminant néanmoins quelquefois en pointe par derrière , et que le manteau au lieu de déborder le pied ,, se réfléchit vers le haüt:( Corpus retrorsum acunrinaËUM , suprà convexurn nudun ). Mais elles ue ressemblent pas pour cela aux espèces que Gmelin a introduites dans cette section , comme nous l'avons vu tout À l'heure.
Sur les dix espèces de première sorte , trois sont certainement comprises dans l’énumération de Gmelin ; Savoir : les Doris pilosa, stellata et lœævis ; une quatrième me pa roit y être aussi, quoique moins évidemment ; celle que je: nomime À. verrucosa; et tout le reste me semble ne S'y point trouver, sans que je veuille soutenir cependant qu’il. n’en $oit point parlé dans d’autres auteurs. -
J'ai trouvé deux de ces espèces, les 2. verrucosa et tu bcrculata, dans l’ancienne collection du cabinet d'histoire. naturelle ; une troisième, le D. lœvis, m'a été procurée. par feu M. Théodore Hombers du Havre, jeune homme. plein de mérite, qui étoit pénétré d’un véritable amour de la science, et que la mort vient d'enlever lorsqu'il se pré-. paroit à rendre publics les fruits de ses grandes recherches. sur les animaux marins. J’acquitte un. devoir bien cher J quoique bien. douloureux, en rendant témoignage ici de. toutes les obligations que j’avois à son amitié.
Trois autres, les D. stellata, pilosa et Lomentosa, ont été adressées avec un individu du éuberculaia, par M. Fleu-riau de Bellevue, naturaliste très-instruit et irès-zélé, qui réside à la Rochelle, et auquel je dois ‘beaucoup d’autres. mollusques, dont j'enrichirai cette suite de Mémoires. M. de Bellevue à joint à son envoi des observations faites par lui-même , et d'autant plus précieuses , que les doris, ainsi
4592 ANNALES DU MUSÉUM que les autres mollusques, ont rarement été vus vivans par de vrais naturalistes.
J'ai observé et recueilli moi-même à Marseille, une septième espèce, le D. limbata.
Mais les six espèces les plus belles , les 2. solea, lacera, scabra , pustulosa , maculosaet atro-marginata, nouvelles toutes les six, et dont les trois premières sont en mème temps, avec l’espèce de Dicquemare, les plus grandes qu’on ait encore décrites , m’ontété apportées de la mer des Indes, par M. Péron, l'un des savans qui ont accompagné le capitaine Baudin, et certainement l’un des voyageurs qui auront le plus enrichi l’histoire naturelle dans ces derniers temps.
Je n’anticiperai point dans ce Mémoiresur ce que M. Péron doit dire de ces animaux dans la relation de son voyage; il est trop juste qu’il publie lui-même ce qu'il a eu tant de peine à découvrir; je me borneräi aux observations anatomiques faites par moi dans mon cabinet, sur les individus qu’il est allé chercher avec tant de dangers, à une autre extrémité du globe.
Jai plus particulièrement disséqué einq de ces espèces , savoir : les 2. lacera, solea, scabra , tuberculata et verruCOs«.
Maisles deux premières m’ayant donné plus de facilité à cause de leur grandeur, j’en ferai l’objet principal de ma description, ne parlant des autres que quand elles différeront en quelque point de celles-là.
Ces deux espèces ont en même temps l'avantage d’être chacune le type d’une des deux grandes subdivisions du genre ; 1). lacera des prismatiques , D), solea des planes.
D'HISTOIRE NATURELLE. 453 2.” Description extérieure du Doris lacera.
J'ai représenté le D. Jacera, pl. I, fig. 1; ; sa longueur est à-peu-près de 5 à 4 pouces; sa largeur de 1 à 1 et demi, selon qu’il s'étend dans un sens ou dans l’autre : ; ilest plus étroit à proportion que les Doris ordinaires; les bords de son manteau, @,&, 8 ‘étendent peu au-delà de ceux du pied, ô,b;ils sont minces, très-inégalement repliés, en partie réfléchis, et tellement découpés qu’ils semblent avoir été décbies |
La peau du dos est comme renflée en grosses vésicules inépales, irrégulièrement placées , c, c, c, et dont l’intérieur n’est rempli que d’une cellulosité lâche.
Les deux tentacules supérieurs, d, d , sont comme dans tous les Doris que j'ai vus en forme de massue, c’est-àdire, portés sur un pédicule plus mince que de COTPS 5 cb ci se termine en pointe et est finement strié en travers. Sous le rebord intérieur du manteau sont deux autres tentacules, e, e, charnus, larges, plats et lésèrement dentelés entre Lunel est la bouche ou la trompe.
Sur la partie postérieure du corps sont les houpes branchiales, /, f, au nombre de huit ou dix, en forme de petits arbres irréguliers. Elles ne sont point, comme dans les Doris planes, rapprochées par leurs pédicules de manière à représenter plus ou moins exactement une espèce de fleur ou d'étoile, comme on les voit, par exemple, dans mon Doris solea , pl. IE, fig. 1; mais elles sont disposées autour de l'anus en un cercle ou en une couronne dont le diamètre intérieur est d’un centimètre et demi.
L’anus g est au centre de ce cercle ; et à son côté droit,
un peu en avant, est une autre petite ouverture , 2, que j'ai retrouvée dans tous les vrais Doris, et dont aucun autre n’avoitencore fait mention. Elle est très-remarquable, parce qu’elle donne issue à une excrétion fort singulière par .ses sources dont nous parlerons en décrivant lintérieur. :
Les organes de la génération ont leur issue par deux petits trous percés dans un tubercuie, z, du côté droit du corps sous le rebord du manteau , vers le quart antérieur ; ce tubercule offre à-la-fois les orifices des deux sexes.
Toutes ces ouvertures sont en même nombre et placées aux mêmes endroits dans les autres doris, même dans les: planes ; la seule différence essentielle de celles-ci consistant dans la forme du corps et la position réciproque des raimeaux des branchies. Leurs tentacules inférieurs sont aussi. simplement pointus. DA EE On
Dicquemarre figure l’organe mâle de la génération sorti, dans sa /unace à plante; 11 y est au même endroit que dans les nôtres. M. de Bellevue à fait la même remarque sur les individus vivans qu’il a observés. |