‹ Mémoires pour servir à l'histoire et à l'anatomie des mollusquesChapitre 37 sur 107 · Description extérieure des Laplysies ; leurs habitudes · texte numérisé non relu

Description extérieure des Laplysies ; leurs habitudes

Elles ont en tout beaucoup de rapports avec les limaces ; leur corps est ovale, aplati en dessous pour former un pied long et étroit, bombé en dessus, plus où moins pointu en arrière, et se rétrécissant un peu en avant en une espèce de cou, susceptible de plusieurs degrés d’allongement, et à l’extrémité duquel est la tête.

La tête est la seule partie supérieure qui avance au-delà des bords du disque qui fait le pied. Les autres bords de ce disque se redressent, et font une espèce de .palissade qui entoure les côtés et la partie postérieure du corps : cette sorte de muraille charnue se redresse et s’élève plus ou moins, en s’amincissant, ou bien elle s’affaisse en se gonflant, ou enfin elle se plie en odulations plus ou moins nombreuses, selon la volonté de l’animal, qui peut croiser l’une sur l’autre la partie droite et la partie gauche, ou les écarter et les évaser, leur donner enfin toutes les figures imaginables, Entre ses

rebords, s’aperçoit une pièce presque demi-circulaire, atta-

chée par son côté gauche seulement, mobile en totalité comme un couvercle à charnière , et dont le bord, flexible au gré de l'animal, forme souvent une sorte de gouttière ou de demicanal propre à conduire lPeau aux branchies. Les branchies sont, en effet, sous ce couvercle. À l'extrémité postérieure de son attache, est percé l’anus ; et entre l’extrémité antérieure de cette mème attache, et celle correspondante du rebord membra-

D'HISTOIRE NATURELLE, 295 neux du corps du côté droit, est le trou par lequel sortent les œufs, et cette liqueur puante que l’on a regardée comme un venin. Mais, outre cette liqueur, qui est blanchâtre, et qui ne sort que très-rarement , l'animal en répand une autre beaucoup plus abondante ; et d’un rouge pourpre très-intense. Une grande laplysie peut fournir assez de cette liqueur pour rendre un sceau d’eau semblable à du vin pour la couleur. Cette liqueur rouge n’est point contenue dans un sac particulier ; mais elle a son siége dans la substance même du couvercle des branchies, tout autour de son bord libre. L'animal la répand pour peu qu’il soit contrarié , et sur-tout lorsqu’on le met dans l’eau douce: elle sort, à ce que je crois, en transsudant au travers des pores de la Porn: du moins je ne lui ai point vu d’iséue particulière.

La laplysie n’est pas le seul animal qui répande une liqueur violette: j’ai observé que le murex brandaris, et encore une autre espèce, en répandent une toute pareille dans les mêmes circonstances ; et je ne doute pas un instant que ce ne soit là la véritable pourpre des anciens : par conséquent, je pense que Swammerdam , et tous ceux qui, d’après lui, ont supposé que la pourpre étoit contenue dans une petite Faune en connexion avec les organes de la génération, se sont trompés.

J'ai recueilli une certaine quantité de cette liqueur de la laplysie pour en faire des essais : elle prend à l'air, en se desséchant, une belle teinte foncée, comparable à celle de la scabiosa atropurpurea, et qui ne paroît pas susceptible d’aliération par l’air seul. L’acide nitrique en petite quantité lui donne une teinte plus violette; lorsqu'on en verse beaucoup , il la change en aurore sale. La potasse lui donne une teinte d’un gris vineux sale. Ces deux réactifs y

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produisent beaucoup de flocons blancs. En effet ,;cette liqueur, très-semblable dans sa nature à celle du calmar, qui est la véritable encre de la Chine , contient sa matière colorante dans un excipient muqueux : elle n’a ni goût ni odeur bien forte, et n’a aucune qualité malfaisante pour la peau; car j’y ai plongé les doigts pendant assez long-temps sans en éprouver d’inconvéniens. Les pêcheurs de cette côte croient cependant qu’elle pourroit faire mal aux yeux, si on y en portoit.

La bouche est fendue sous la tête, non pas en travers, mais en long ; et le bord antérieur de la tête forme de chaque côté une production membraneuse, conique, comprimée, plus ou moins allongeable, qui représente un tentacule.

Sur la tête, plus en arrière, il y a de chaque côté un autre tentacule conique, que l’animal peut aussi allonger ou raccourcir , mais qu'il ne peut pas faire rentrer dans le corps comme le limaçon. L’extrémité en est un peu pliée en deux longitudinalement ; ce qui le fait ressembler à une oreille externe de ton dnbenle Au-devant de sa base est l’œil, qui ne présente qu’un petit point noir. ”

Sous le tentacule antérieur du côté droit, est un trou par lequel la verge sort en se déroulant : cette verge n’est pas plus percée que celle de la plupart des autres gastéropodes ; mais un sillon profondément creusé à la surface du corps vient de V'orifice des œufs à la base de la verge, et se prolonge sur le corps de celle-ci. C’est la seule connexion entre les organes des deux sexes, La verge se termine par un filament blanc et mince : elle sort ordinairement du corps lorsque l’animal expire.

Les parties que je viens d'indiquer sont communes à toutes les laplysies ; mais elles varient en proportion et en couleur.

Dans l’espèce qui paroît avoir été décrite par Bohatsch,

as D'HISTOIRE NATURELLE. 295 le corps est plus mousse en arrière et très-ridé, de couleur livide, nuancé par-tout de brun noirâtre. Dans celle que je nomme cartelus , il est pointu en arrière , et revêtu d’une peau lisse et blanchâtre ; le cou est excessivement allongé. Mon laplysia alba diffère du camelus par la brièveté de son cou.

Ni l’une ni l’autre de ces deux dernières n’a de trou à la membrane supérieure de son couvercle des branchies ; maïs il y en a un assez grand , de forme ovale, dans l’espèce que je nomme punctata, qui se distingue en outre par la hauteur extrème du rebord qui entoure son corps, sur-tout en arrière, par la longueur de ses tentacules supérieurs ; et par sa couleur d’un noir pourpre tout parsemé de points pâles.

Poiret parle, dans son Voyage en Barbarie, d’une espèce dont M. Gmelin a fait sa seconde et dernière ( /aplysia fasciata), et qui diffère encore de toutes les précédentes; elle est noirâtre, et ses bords et ses tentacules sont d’une belle couleur rouge. :

Enfin le citoyen Bosc en indique'une sixième , qu’il nomme verte (lapl. viridis) , et: qui est, en effet, de cette couleur, avec les rebords plus pâles. Comme elle a les yeux derrière les tentaculessupérieurs, c’estune espèce bien différentedes autres.

Il n’y a que les personnes qui observeront vivantes mes laplysia , camelus et alba , et Vespèce de Bohatsch, qui pourront décider si ce sont des espèces constantes, ou seulement des variétés, ouenfin si les diversités qu’elles offrent ne viennent pas de la manière dont elles ont été conservées dans la liqueur. Comme je ne les ai vues que dans ce dernier état, je me borne à énoncer ce qu’elles m'ont offert, et je laisse les naturalistes maîtres de les adopter ou non dans leurs énumérations. J’ignore même de quelle mer viennent les deux premières.

Mais j’ai observé vivantes la /aplysia punctata eïla fasciata, qui sont l’une et l’autre très-communes à Marseille, et je puis assurer que ce sont deux espèces différentes. Les pêcheurs provençaux les distinguent très-bien ; ils savent quela fasciata est toujours noire, quelque petite qu’elle soit, et que, par nn la punctata, quoique lala plus petite que l’autre, n’en est cependant pas le jeune âge.

Ces deux laplysies sont, au reste, des animaux très-innocens, et qui ne méritent point le al que les anciens en ont dit. Elles n’ont pas plus de vitesse dans la mer, que nos limaces des jardins n’en ont sur la terre : ordinairement tapies sous quelque grosse pierre, ou dans quelque trou de rocher, ou enfin dans quelque creux de sable, elles ne sortent guère que pour chercher leur nourriture, qui consiste en petits coquillages aussi lents qu’elles. Dépourvues d'armes offensives, n'ayant pas même cette coquille robuste qui protège la plupart des gastéropodes marins, elle ont tout à craindre, et ne peuvent presque rien attaquer. Leur liqueur rouge les garantit, en obscurcissant l’eau autour d’elles, à peu près comme la sèche le fait avec son encre. Quant à leur humeur âcre, je doute qu’elle soit assez abondante pour leur être d’un grand secours, sur-tout dans l’eau, où elle doit, à l’instant de son émission , se mêler et Perdre son effet.

Il faut qu’elles soient fécondes, car elles sont fort abondantes en certaines saisons. Il y a lit journées de printemps où la mer fourmille de lespèce fasciée. C’est au mois de mars qu’elle commence à pulluler. L’espèce tachetée paroît bien plus tôt; et, dès le mois de janvier, j’en ai ewdes centaines de petites. Au reste, on en trouve en tout temps quelques adultes, et même au fort de l'hiver. Les pècheurs ont remar-

D'HISTOIRE NATURELLE. 1807 qué qu’elles ne sont pas plus d’un mois où deux à prendre tout leur accroissement. : mil

Ces animaux répandent une légère odeur vireuse, qui aura donné lieu de leur attribuer toutes les propriétés venimeuses que j'ai citées plus haut, Ici, aucun pêcheur ne paroît connoître ces propriétés. On ne mange point les laplysies, parce que leur figure et leur odeur sont désoüûtantes ; mais on n’a point pour elles cette crainte superstitieuse que témoïgnoient les anciens. Je n’ai pu même entendre parler dé la dépilation que Linnæus attribue à la liqueur de sa première espèce.

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