‹ Mémoires pour servir à l'histoire et à l'anatomie des mollusquesChapitre 6 sur 107 · Du Créne · texte numérisé non relu

Du Créne

L’anneau cartilagineux qui sert de base à la couronne formée par les pieds, est d’une forme peu régulière.

Dans son milieu est le canal que traverse l’œsophage, accompagné de: la grande artère et du canal excréteur commun des glandes salivaires inférieures.

La partie postérieure de Fanneau contient le cerveau; sa face externe est presque membraneuse; les parties latérales renferment les deux grands ganglions en forme de pattes d’oie; la partie antérieure, qui est la plus épaisse et la plus dure, contient les deux cavités des oreilles et la portion médullaire qui achève de former le collier commun à tous les animaux mollusques et articulés. De chaque côté de cet anneau cartilagineux naît une lame également cartilagineuse qui soutient l'œil, et s’amincissant et se ramollissant de plus en plus, lui fournit une enveloppe membraneuse sur laquelle nous reviendrons.

2°, Cerveau et Nerfs principaux.

Le cerveau +, fig. 4, pl.T, est divisé en deux parties; une postérieure, plus grise, à-peu-près globuleuse, et une antérieure , plus blanche , plus plate, plus carrée. On peut comparer la première au cervelet, l’autre au cerveau.

Des bords antérieurs et latéraux du cerveau naissent 1° des nerfs très-fins 88, qui vont en dedans de la base des pieds, aux muscles du tour de la bouche et aux lèvres.

20, Un nerf de chaque côté qui va former le ganglion latéral de la bouche.

3°, Un faisceau large et court qui va se joindre au ganglion en patte d’oie.

De chaque côté du cervelet naït le large faisceau qui, en s’unissant à son analogue, forme le collier.

De son bord antérieur , près de sa naissance , sort un

faisceau également large , qui, en s’épanouissant, produit le ganglion en patte d’oie >, sorte d’expansion médullaire large et aplattie , qui occupe le côté entier de l'anneau cartilagineux, et donne de son bord supérieur les quatre nerfs des pieds de ce côté, 445 son bord postérieut recoit le faisceau cérébral dont nous avons parlé ci-dessus.

De l’origine de ce même collier , et à sa face externe, au point même où il sort du cervelet, sort le nerf optique, qui demeure très-court, et immédiatement après avoir pénétré dans l'orbite, se renfle en un très-gros ganglion $ dont nous reparlerons,.

Du bord postérieur du collier, vis-à-vis du nerf optique, naît le nerf à, qui se rend, en suivant le pilier postérieur supérieur de Ja bourse, à la base de ce pilier, où il se renfle subitement pour produire le ganglion étoilé.

Plus enavant, ce même bord pRsLériqu donne de chaque côté le grand nerf des visceres,

Plus en avant encore, et plus haut, le collier donne le: nerf de l’entonnoir, ;; et entre ces deux-là, il fournit le petit nerf acoustique, +.

Les nerfs des pieds , comme les pieds eux-mêmes, sont

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au nombre de huit; ils se glissent le long de la face interne de la cavité qui contient la masse de la bouche, pénètrent chacun dans le pied situé vis-à-vis de lui, et parcourent toute sa longueur dans le même canal où marche aussi larière. Dans ce trajet, ce nerf se renfle légèrement à des distances très-rapprochées, et donne dé chaque renflement une infinité de petits nerfs qui pénétrent dans la substance charnue du pied:

Immédiatement après avoir pénétré dans P épaisseur du pied, et avant de produire des renflemens , chaque nerf donne deux gros cordons, un de chaque côté, qui vont, au travers de la substance charnue des bases des pieds, s'unir aux deux nerfs des pieds voisins, ensorte queles huit nerfs sont joints ensemble par une ceinture nerveuse ++; et cette ceinture se dédouble vis-à-vis de chaque-nerf, et y forme une petite anse. s

Le nerf qui produit le ganglion étoilé de chaque côté ao, f.2, pLL, fx, pl. Il, f. 1, pl.IV, marche tout droitet sans division le long du pilier charnu latéral supérieur, et, arrivé à sa base externe ,ilforme son ganglion, d’où sortent, à ce qu'il paraît , les nerfs qui se distribuent à la bourse.

Un nerf important ést celui des viscères uu, pl. I, f. 4, pl. A, f.ret3, pl. IL, f. r. Après avoir donné des filets aux muscles du cou; il descend parallèlement à son congénère , le long de la grande veine cave ; détache de son bord interne quelques rameaux, qui forment une sorte de plexus derrière cette veine, le rectum, et le conduit du noir, s’écarte un peu pour marcher parallèlement à l’oviductus , jusque vers le cœur latéral , où il se renfle en un petit gan= glion , et se divise en trois principales branches.

L'une sedirige vers le ruban charnu qui supporte la bran-

chie , s’y renfle encore en un ganglion oblong , puis marche HHélehente à l'artère branchiale , pour de là donner des filets à tous les feuillets de, cet organe.

La seconde descend vers le fond du, sac, en suivant le ruban musculaire qui tent au. pédicule veineux de la branchie. La troisième se dirige en dedans et vers le cœur du milieu.

- De lŒul.

L/ il des da nge cal est. une des parties les plus remarquables de leur organisation , par la beauté de sa structure, par sa complication, qui égale pour le moins celle des animaux vertébrés les plus élevés dans l'échelle: et par les différences! fort: notables qui le distinguent SSP de cet: œil des vertébrés. FOPNE NE déoc thé 1

. L'ouverture extérieure &, f.12 et. x pl. L Fe est Rte petite dans le poulpe; percée dans une peau épaisse et dans une couche de muscles allant dela bourse aux pieds, et qui peuvent encore contracter cette ouverture. à: |

Le bord portérieur et inférieur se glisse sous le bord opposé, et en s’amincissant 1l se change en une sorte de troisième paupière b, fig. 3, ou de valvule semitcirculaire, qui forme un ideaudeni-trausparent derrière | quyenture extérieure oi errott -

La peau âpre, sèche, dd soit sur le Aa de l’ouverture circulaire , soit sur celui de la valvule, double ensuite ces sortes de paupières, et étant arrivée à une certaine profondeur, élle revient sur le globe de l'œil, auquel elle forme ainsi une véritable conjonctive jusqu’au bord de la pupille;et pr obablement cette conjonctive se recourbe encore derrière la pupille, et revient ensuite tapisser le cris-

tallin par devant : car il faut savoir que cet œil n’a aucune chambre antérieure, que le cristallin donne dans la pupille, et que si on enlevait les paupières, ce cristallin serait absolument à nu, sauf le voile que cette conjonctive peut lui fournir. Outre la couche des muscles extérieurs qui entourent immédiatement l’ouverture circulaire, il se glisse dans l’épaisseur des paupières deux tuniques qui viennent des bords de l'orbite; l’une purement cellulaire, l’autre manifestement musculaire : cette dernière doit ouvrir les paupières. On en voit une partie en @, fig. 7, pl. LIL. La conjonctive y est marquée d b. Sous la conjonctive de l’œil se glisse une autre membrane, #6. ce, Venant également des bords de l’orbité, et allant comme la conjonctive même jusqu’à ceuK'de la püpille. Elle renferme le globe même de l’œil d, et une poche située derrière lui e, et contenant le Biaéton optique f, et les glandes qui l'entourent gg" Cette poche e, est une membrane transparente qui naît des bords mêmes du trou optique. Elle occupe tout l’espace entre le globe proprement dit et'lés ‘tiniques qui se rendent aux paupières : en sorte que le globe véritable ne remplit qu' àpeu-près le tiers de cet autre globe plus général qui paraissait d’abord être l'œil lui-même.

On donne fie. 5, pl.Il, une coupérde toutes ces parties, où celles que nous venons de RÉPSncr sont marquées des méêmés lettrés a —g.

Le globe a trois tuniques propres, une externe Lh, fig. 5, pl. IT, de couleur argentée, de consistance un peu cartilagineuse, que l’on pourrait corpare er à la sclérotique. Elle est criblée en arrière d’une infinité de petits trous, pour le passage des filets qui viennent du ganglion optique , et elle va former au-devant des bords du cristallin: le cercle

de la pupille, qui, par sa nature, doit être sans mobilité. Une seconde, 11, blanche opaque , qui paraît sensi= blement résulter de l'épanouissement et de la coalition de tous les filets nerveux qui ônt traversé la membrane précédente, et que l’on devrait par conséquent regarder comme une rétine. Cependant elle se termine par un cercle plissé en rayons très-fins de la plus grande beauté, qué l’on peut comparer au procès ciliaire. Le bord de ce cercle va s’insérer dans la rainure circulaire qui sépare les deux hémisphères, qu’il sertit ainsi de la manière la plus solide.

La troisième membrane, d’un brun-violet très-foncé, qui a peu de consistance, et que l’on pourrait plutôt considérer comme une couche de vernis analogue à celui qui recouvre la choroïde dans Fhomme , que comme une véritable membrane. On ne conçoit pas comment elle n’est pas un obstacle insurmontable à la vision.

Il y a de plus la membrane propre du vitré, toute fine et transparente ; mais elle ne se rend pas à la pupille ni à la rainure du cristallin : elle se réfléchit derrière celui-ci, en sorte qu’elle forme un sac complet, convexe en arrière, et creusé en avant d’une petite concavité.

La conjonctive de l'œil, comme nous l'avons dit, après avoir recouvert la sclérotique jusqu’au bord de la pupille, se réfléchit sous elle pour la doubler, jusqu’à la base du procès ciliaire; elle revient sur le procès ciliaire même, et passe sur le cristallin dont elle couvre la face antérieure, en ÿ adhérant intimement, en sorte que l’on peut dire que le cristallin est immédiatement sous la peau, sans cornée transparente , sans chambre antérieure et sans humeur aqueuse. |

La face postérieure du cercle de la pupille est teinte du

ho MÉMOIRE

même brun foncé que l’intérieur de l’œil. On y remarque, un peu en arrière du bord , un cordon circulaire saillant, kRk, fig... 5, pl. AL. |

Le cristallin 71. ib. est peu bombé en avant, mais il l’est beaucoup en arrière. Ses deux parties, distinguées par un sillon profond, où s’insère.le procès ciliaire , se séparent aisément. Elles se composent de calottes concentriques, formées elles-mêmes de fibres rayonnantes, et durcissant de plus en plus, à mesure, qu’elles approchent du centre.

La poche située derrière le globe contient, comme nous l'avons dit, le ganglion optique et les corps glanduleux.

Le ganglion, f f, est de la forme d’un rein, et d’une grosseur énorme ; il égale presque le cerveau, auquel il tient par un filet nerveux, gros et court, qui sort du crane par un trou particulier, percé au fond de l'orbite. Une portion oblongue du fond de la sclérotique, occupant toute sa largeur, mais nôn toute sa hauteur, répond au ganglion, et est percée d’un nombre de trous proportionné à celui des filets qui sortent du ganglion, pour aller former la retine par leur réunion.

Tout le pourtour du ganglion est rempli d’un corps singulier, de consistance à peu près semblable à la laite des poissons, divisé en lobes irréguliers et arrondis, entre . lesquels pénètrent des productions de la poche membraneuse qui les enveloppe. Je n’ai pu voir de canal excréteur à ce corps, toute glanduleuse qu’est son apparence, et je ne lui peux supposer d'autre usage que de soutenir le globe proprement dit, et de l’empêcher de trop comprimer le ganglion situé derrière lui, quand les muscles externes le compriment lui-même.

. On ne peut se dissimuler que cet œil, en rappelant, par

sa grandeur et par une partie des tuniques qui entrent dans

. sa composition, l’œil des vertébrés, ne s’en éloigne en des

points bien essentiels. L'absence totale de cornée transparente, de chambre antérieure et d'humeur acqueuse pourrait à la vérité s'expliquer par linutilité de ces parties dans des animaux qui vivent dans l’eau, et où le cristallin est immobile. Les poissons ont déjà la cornée très-applatie et la chambre antérieure presque nulle. Mais ce qui est plus étonnant, c’est, entr'autres choses, l'absence d’une véritable choroïde.

4°. L'Oreille.

Dans la partie antérieure, et la plus large de l’anneau cartilagineux de la tête, celle dont les paroïs sont aussi les plus épaisses et les plus dures, sont creusées deux cavités à-peu-près sphériques , à parois lisses, qui représentent à elles seules tout le labyrinthe des deux oreilles. Une vésicule ou bulle à-peu-près sphérique aussi, à membranes très-transparentes, un peu moins large que la cavité, est suspendue au milieu de son vide par un grand nombre de filets ; probablement vasculaires. Le nerf acoustique qui pénètre dans la cavité par un trou particulier, se divise en deux ou trois rameaux sur la membrane de la bulle; et dans son intérieur, à sa paroi postérieure, est attachée une petite pierre de la forme d’une demi-sphère, ou d’un cône très-évasé, teinte en jaune du côté où elle regardé intérieur de la bulle, blanche du côté par où elle adhère à samembrane. La bulle est remplie d’un fluidé gélatineux, parfaitement transparent.

C'est là tout ce qu'on peut observer dans l'oreille du

42 à MÉMOIRE poulpe qui n’a d’ailleurs ni ouverture extérieure, ni rien qui S y de 1

On va ha reconnaître encore aucune partie spécialement consacrée à l'exercice de lPodorat, quoique ces animaux paraissent jouir de ce sens, puisqu'ils sont attirés par l'odeur de diverses substances,

Tels sont les principaux traïts de l’organisation du poulpe, par lequel nous commençons cette histoire anatomique des animaux mollusques. IL n’est sans doute personne qui, à la lecture de cette courte description, et à la vae des figures qui l’'accompagnent, ne soit frappé de cet: appareil de parties organiques tout aussi développées et de même nature que dans les vertébrés, employées à la composition d’un être entièrement différent, quant au plan et à l’arrangement général, tant intérieur qu’extérieur. Ces fibres, cette matière médullaire, ces artères, ces veines, ces valvules, ce parenchyme, ces intestins, cet œil, tout est. semblable au fond, et tout est autrement entrelacé. autrement combiné. Si l’on excepte les organes de l'odorat, le système de la veineporte, les vaisseaux absorbans, le squelette etles organes relatifs à l'urine, qui même sont peutêtre remplacés par la bouise du Roi nous retrouvons à-peuprès ici toutes les fonctions qui s’exercent dans les poissons, et cependant il n’y a nulle ressemblance , nulle analogie de disposition. Même pour les imaginations les plus prévenues, les bras qui couronnent la tête ne deviendront point des nageoires; les cartilages qui renforcentle dosne se changeront point en vertèbres; ces trois cœursau fond de l'abdo= men ne remonteront point vers la gorge pour seréuniren.un seul. En vain chercherait-on à rapprocher çes mollusques de

quelques poissons, dont le squelette a presque disparu; ceux-ci n’en sont pas moins des poissons par tous leurs autres organes, par la forme de ces organes, par leur position mutuelle, par l'ensemble de la configuration, et rien de tout cela n’existe de même dans nos céphalopodes.

En un mot, nous voyons ici, quoi qu’en aient dit Bonnet et ses seclateurs, la nature passer d’un plan à un autre, faire un saut , laisser entre ses productions un hiatus manifeste ; les céphalopodes ne sont sur le passage de rien ; ils ne sont pas résultés du développement d’autres animaux, et leur propre développement n'a rien produit de supérieur à eux; considérations qui leur donnent en histoire naturelle une importance capitale, attendu qu’elles renversent un grand nombre de vains systèmes. C’est ce qui nous a engagé depuis long-temps à donner à leur étude une attention particulière.

Dr 14 Srrcuxr.

La seiche diffère du poulpe, principalement par les points Suivans :

* La bourse est de forme oblongue, et un peu applatie d'avant en arrière; sa forme est maintenue par un grand bouclier d’une substance pierreuse, particulière, enchässé dans son dos.

Le bord de la bourse.est distinct du col dans tout son pourtour ;:et ne luiest point continu;en arrière.

‘Chaque ‘côté iest bordé d’une nageoire dongue etétroité, qui règne depuis le bord jusqu’àla pointe.

Les huit pieds sont beaucoup plus courts à proportion;

leurs sucoirs sont beaucoup plus petits, plus nombreux, semés sans ordre, et autrement construits. Outre les huit pieds, elle a deux très-longs bras ou tentacules, qui prennent naissance chacun dans un creux situé entre le pied antérieur de :son côté et le pied suivant. Il paraît qu'ils peuvent se retirer en partie dans ce creux, ou même s’y cacher en se repliant.

La bouche est entourée d’une triple lèvre. circulaire, l'extérieure large et lâche ; la suivante serrée et mince; la troisième , charnue, et hérissée de petites papilles rondes.

Un tobe repli longitudinal de la peau produit en avant de l’œil une paupière épaisse. |

L’entonnoir a, à chaque angle externe de sa base, un disque creux, das lequel entre une proéminence de la partie RUES de la bourse; ce qui doit servir à mieux clore celle-ci.

À l’ouverture de la bourse on observe qu'il n’y a point de bride charnue en avant; mais seulement des piliers latéraux. L’anus a dé chaque côté une sorte de tentacule en forme de feuille. A ses côtés, un peu plus bas, sont les orifices des deux cavités pulmonaires; et un peu plus bas encore, dans la femelle, ceux des deux oviductus, qui se marquent d’ailleurs par les énormes corps glanduleux qui les garnissent, et que Swammerdam a comparés à des “mamelles.

La verge du mâle est du côté gauche, comme dans le poulpe , mais beaucoup plus grande. ,

Les branchies ont une autre apparence, parce que leurs feuillets sont beaucoup ‘plus nombreux et plus déliés. On en compte jusqu’à trente-six à chaque face, tous en triangle scalène, dont le petit côté est près du muscle suspenseur.

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