DE LA MATIÈRE PSEUDO-ORGANIQUE QUE CES EAUX ENTRAINENT
« Il y aurait beaucoup de recherches à » faire par rapporta ces glaires ; le temps » nous apprendra beaucoup. »
Bordeu, Eaux min. du Béarn, p. 175.
Les eaux minérales sulfureuses , si multipliées dans le département des Pyrénées-Orientales , entraînent toutes, avec plus ou moins d'abondance, une matière comme glaireuse qu'elles déposent en partie dans leur trajet , et dont la manifestation décèle, à l'œil, une source de cette nature, comme un sédiment jaune ocracé indiquerait une eau ferrugineuse carbonatée ; à tel point que , dans mes recherches , ce caractère m'a souvent servi à dis-
tinguer de petits filets de ces sources qui, sûrement, m'eussent échappe, si une traînée de glaires blanches ne les eût mis en évidence.
Je retrouvais, e'videmment, dans ces glaires, ce produit si remarquable que d'autres avaient déjà signale', depuis long-temps, dans certaines sources minérales , et que sa nature azote'e avait fait envisager comme analogue aux substances animales, ou plutôt comme étant d'origine animale.
Ce qu'on en avait dit jusque-là tendait à faire envisager la présence de cette matière comme un accident propre à certaines sources ; et c'est l'idée que j'en avais moi-même, lorsque la persévérance avec laquelle elle se représentait dans toutes les eaux sulfureuses que j'avais eu occasion d'étudier, et quelques autres considérations que je ferai valoir quand il en sera temps, me firent penser qu'elle pourrait bien être un produit commun de cette élaboration souterraine qui donne lieu, dans le sein de la terre , à la formation des eaux thermales sulfureuses , ou , du moins , d'un certain ordre de sulfureuses.
Cette conjecture se trouva bientôt encouragée, dans mon esprit, par la constance avec laquelle toutes les sulfureuses que j'avais examinées , laissent dégager du gaz azote et entraînent à la fois un sous-carbonate et un hydro-sulfate alcalins. Il me parut que la manifestation de ces glaires n'était pas l'eiFet d'une coïncidence fortuite ; mais bien le résultat d'une dépendance dont il serait très-curieux
de rechercher et de faire entrevoir, s'il était possible , les causes probables.
L'intérêt qui s'attache à ce singulier ingrédient des eaux minérales, sous le rapport de ses analogies de composition et de propriétés avec les substances végéto-animales, s'accroîtrait à un haut degré aux yeux du scrutateur des secrets de la nature, si, aulieu de le concevoir, soit comme déposé , par suite des révolutions que le globe a subies, dans les terrains que ces courans d'eau traversent , pour être entraîné par eux, soit comme constituant autant d'êtres organisés dont le développement n'aurait lieu qu'au sein des eaux thermales , ainsi que le pensent quelques naturalistes modernes , on avait des raisons plausibles de l'envisager comme se formant de toutes pièces.
Mais pour bien juger du degré de consistance dont cette dernière conjecture est susceptible, il est indispensable que les observations se multiplient sur ces matières glaireuses ; que l'on apprenne jusque quel point leur manifestation s'associe aux eaux sulfureuses, ou à ce que j'ai nommé, dans un autre Mémoire, sulfureuses dégénérées * ; qu'il soit bien constaté que l'identité de ce produit répond, en tous lieux, à l'uniformité de certaines conditions concomitantes; que les difficultés dont semble s^ntourer l'opinion qui les range parmi les
1 Mcm. sur le dégagement du gaz azote du sein des eaux min. su/fur. Ann. de chim. et de phys., t. XVIII.
produits organiques, aient été' convenablement appréciées; il est nécessaire, enfin , que la possibilité de les rattacher à un phénomène général de la formation naturelle de certaines eaux minérales , excite à ne rien négliger de ce qui peut consolider ou infirmer une pareille interprétation.
C'est dans ces vues que j'ai été amené à entreprendre , sur ces glaires et sur la substance glaireuse que certaines eaux entraînent, un travail qu'elles me paraissaient d'ailleurs appeler de tant de manières.
Je ne pouvais méconnaître que , quel que dût être le sort de l'hypothèse que j'essaie sur leur origine , il n'en était pas moins important d'examiner de près les propriétés et la nature de celte singulière substance , jusqu'ici trop faiblement étudiée; et de préparer ainsi quelques données utiles , soit au besoin d'apprécier le degré d'influence qu'elle peut exercer sur la vertu des eaux dont elle fait partie , soit à la possibilité de la remplacer dans l'art d'imiter les eaux minérales naturelles.
J'avais d'ailleurs quelques raisons de croire que les chimistes qui s'en sont, jusqu'ici , plus spécialement occupés ( ceux du moins dont les recherches ont été publiées et me sont connues ), ne les avaient pas vues sur les lieux, ou, du moins, dans une assez grande diversité de lieux; ce qui avait dû, nécessairement , rendre très-incomplète l'histoire naturelle de ces glaires, qui ne laissent pas d'offrir
un certain intérêt, comme je l'ai éprouvé moimême dans les nombreuses occasions que j'ai eues de les examiner.
Voici donc sous quels rapports je me propose d'envisager ce sujet dans ce Mémoire :
i°. Je retracerai succinctement les principaux résultats déjà établis sur le compte de ces glaires, afin de mieux rattacher les recherches dont elles m'ont fourni la matière, à celles des observateurs qui m'ont précédé dans leur examen ;
'2°. J'exposerai les caractères physiques de ces glaires dans toutes les modifications qu'elles m'ont présentées, ainsi que les circonstances de leur histoire naturelle qui m'ont paru les plus dignes d'être notées ;
3°. Je m'occuperai , avec quelque insistance , de leur examen chimique ou de leur nature ;
4°. Je signalerai l'identité de nature que l'observation découvre entre les glaires concrétées au bouillon des sources sulfureuses, et certains matériaux que les eaux apportent, avec elles, du sein même de la terre ;
5°. Enfin, je traiterai de l'origine probable de la matière constitutive des glaires et des conjectures que l'on peut hasarder sur son existence dans les eaux. Je rechercherai les causes que la constitution chimique de cette substance, ses proportions dans les eaux , la nature des terrains d'où elle semble provenir, la constance de son association à certaines eaux sulfureuses , et
t l() SECOND MEMOIRE.
(|iielques rapprochemens analogiques, permet lent d'assigner à sa production.