SECONDE SECTION
Des Caractères physiques et de C Histoire naturelle des Glaires des Eaux minérales sulfureuses.
Les glaires dont il s'agit accompagnent les eaux minérales sulfureuses des Pyrénées-Orientales avec une constance qui n'est pas le trait le moins important de leur histoire. J'ai eu à observer environ cinquante sources de cette nature disséminées dans quatorze communes de ce département. Toutes m'ont offert ces glaires en quantités plus ou moins grandes. Je les ai régulièrement retrouvées sur les deux versans des Pyrénées ; aux bords de la Sègre et de la Raour, dans la Cerdagne française; comme sur les rives du Tech et de la Tet. Partout où une eau sulfureuse vient y sourdre à la surface de la terre, elle s'y décèle par un dépôt de glairine, qu'elle forme le long des canaux qu'elle parcourt , ou dont elle revêt les corps solides sur lesquels elle se répand; de telle sorte que, le plus souvent, on reconnaît pins vite une eau sulfureuse
à la traînée des glaires ordinairement blanches quelle offre dans son cours, qu'à l'impression que peut en recevoir l'odorat.
Les concrétions de glairine sont communes aux sources sulfureuses, quelle que puisse être, d'ailleurs, la différence de leur température. La source du hameau de Qucz ;, dans la vallée de Carol , qui est une sulfureuse froide, puisque sa température ne s'élève qu'à i3\5 11. , et celle de Nycr qui marque 18 ,5 R., m'en ont offert aussi bien que les eaux sulfureuses de Thuez, dont la chaleur est de 62°,5 R. , et je les ai retrouvées dans tous les degrés intermédiaires.
Si cette circonstance atteste que la manifestation des glaires est indépendant* de la température sources dont elles font partie ( du moins de cette température SOUS laquelle elles se présentent à leur point d'émergence), il en est une autre non moins digne d'être notée, comme pouvant jeter du jour sur les conditions génératrices de la glairine. C'est que je n'ai pu en apercevoir aucun vestige dans des eaux d'ailleurs tres-voisines et très-fortement thermales, lorsque ces eaux étaient bien décidément étrangères aux eaux sulfureuses.
C'est ainsi que j'ai vainement cherché la glairine à la source duPont-Noù près le Martinet, dans le terroir de la commune d'En sur la rive droite de la Tct; quoique la température de ces eaux soit de 4o°R.; ce qui est d'autant plus remarquable i que cette source est très-rapprochée d'une foule
d'autres qui sont, à la fois, thermales , sulfureuses et pourvues de glairine.
Lorsque je visitai là montagne de Thuez , qui est, sans contredit, l'un dos plus riches ateliers d'eaux thermales naturelles, je découvris une grotte au-devant de laquelle s'effectuait un suintement très-actif d'eau thermale, et qui présentait des glaires abondantes , suspendues à Feutrée, sous forme de stalactites. Je fus d'abord naturellement porte' à regarder cette eau comme n'étant qu'une dérivation d'une source située un peu au-dessus , que je jugeais devoir être sulfureuse , à l'instar de tant d'autres dont ce lieu abonde, et à laquelle je me rendais; mais lorsque, ayant examine cette dernière qui est située dans une propriété' du sieur François Gaurène,du village d'En, je me fus assure' que ce n'était qu'une simple eau thermale nullement sulfureuse, chargée de sulfate de chaux, et privée elle-même de glaires, j'éprouvai quelque embarras pour concevoir comment cette eau pouvait donner lieu aux glaires de la grotte. Je revins donc à celle-ci, et je n'eus pas de peine à m'assurer que, malgré l'extrême voisinage, l'eau de la grotte reconnaissait une origine bien différente. Elle était décidément sulfureuse; ce qui ne contribua pas peu, comme on peut le penser, à encourager mon esprit à regarder les glaires comme une attribution propre des eaux sulfureuses, du moins, de certaines sulfureuses. Ce fut même l'occasion d'une observation qui n'est pas sans intérêt,
sur les reactions qu'exercent entre elles, à leur rencontre , deux eaux très-différentes. Je la rapporterai avec détail , lorsque je traiterai des eaux minérales du département des Pyrénées-Orientales.
L'établissement thermal de Molitg in a offert , également, cette double circonstance que, de deux sources thermales tout-à-lait voisines Tune de l'autre, il nVn est qu'une qui entraine des glaires, et c'est la source sulfureuse; au lieu que la seconde n'en offre point de traces, et c'est une thermale simple.
Quoique je n'aie eu occasion de retrouver la glairine que dans les eaux sulfureuses, à le! point que, dau> L'ensemble de mes observations, ces deux circonstances m'ont paru très- étroitement liées, je dirai cependant que la richesse d'une source, en glairine, m'a paru, souvent, éloignée de répondre à sou intensité sulfureuse.
Vinsi, lorsque j'ai voulu établir le parallèle de nos sources, sous ce double rapport, j'ai aperçu , entre elles, des différences notables. Les eaux du Vernet,qui figurent au premier rang pour l'abondance de leur ingrédient sulfureux, se sont montrées les plus pauvres en glairine. Les eaux de la Preste, comparativement à celles de Molitg, sont à la fois plus chargées de la matière des glaires et bien moins riches en principe sulfureux. Aux bains d'Arles , les eaux de la source Manjolet l'emportent sur celles de la grande source, par les proportions
deglairine, et ne laissent pas d'être bien moins sulfureuses, etc.
Ce ne sont là , à la vérité , que des évaluations relatives à cette portion de la matière des glaires que Ton retrouve dans les eaux. Il est fort difficile de juger comparativement des dispositions des sources à former des concrétions glaireuses, autour de leur bouillon. Rien ne m'assure que les deux phénomènes soient proportionnels. Ce que je puis dire, ;'est que, de toutes les sources sulfureuses qui ont fixé mon attention, aucune ne m'a offert des dépôts de glaires aussi abondans que celles d'Arles. Aussi, lorsqu'il a été' question de faire ma provision de glaires, pour les recherches dont elles devaient être l'objet, ai-je trouvé, partout ailleurs, de notables difficultés pour en recueillir des quantités suffisantes, tandis que les eaux d'Arles m'en ont offert avec une sorte de prodigalité.
Généralement parlant, les glaires, suivant qu'eles proviennent de sources fortement ou faiblement sulfureuses, m'ont paru présenter cette différence de nature, que, dans le premier cas, elles retiennent une quantité plus notable de soufre qui semble s'être déposé en même temps que la giaiine , par un effet de la décomposition que subit , surtout , au contact de Pair, le principe sulfureux ; au lieu qu'elles sont sensiblement plus pures dans e second : ce qui explique certaines différences qu'on aurait pu remarquer entre les glaires des sources sulfureuses, et qui dérivent du concours