‹ Mémoires pour servir à l'histoire générale des eaux minérales sulfureuses et des eaux thermalesChapitre 28 sur 36 · IV · texte numérisé non relu

IV

La matière constitutive des glaires, traitée par les alcalis, semble n'être soluble qu'autant qu'elle subit , dans sa nature , une altération plus ou moins profonde. Le peu de solubilité de la gîairine par les alcalis, ainsi que sa dissolution , par suite des changemens de constitution qu'elle éprouve, me paraissent attestées, i° par le peu d'efficacité que possèdent les alcalis pour la dissoudre, lorsqu'ils sont étendus d'une trop grande

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quantité d'eau; 2° par la persistance avec laquelle la portion de glairine qui a été dissoute se maintient en dissolution, lors même que l'alcali caustique a été transformé en carbonate, par une longue exposition à l'air.

Des glaires muqueuses , épuisées par l'alcool et lavées, ensuite, à Peau bouillante, ont été soumises à Faction d'une solution de potasse caustique étendue de dix parties d'eau à la température de l'ébuilition. Une grande partie de ces glaires a été dissoute, et la liqueur a pris une teinte jaune foncé. Après filtration 9 Facide hydrochlorique y décide la précipitation d'une matière floconneuse, légère, qui n'est pas sensiblement soluble à Feau , ne paraît pas attaquable par Fétber, mais s'est montrée partiellement soluble à Falcool, ce que ne ferait point primitivement la matière glaireuse. Elle continue de se montrer soluble à chaud, dans une dissolution alcaline; et fait passer, quoique lentement, le nitrate d'argent à une teinte rouçe, ce qui annonce que, quoiqu'il y ait eu altération , elle n'a pas été, cependant , assez étendue pour effacer cette aptitude de la glairine.

La portion de dissolution alcaline que l'on avait conservée , ayant été examinée après une longue exposition à Fair, qui avait transformé Falcali en carbonate , a paru se comporter de la même manière, par rapport à la glairine, c*est-à-dire que n'a}^ant rien déposé, l'addition d'un acide y provoque , avec effervescence, la précipitation d'une

matière floconneuse, légère, roussàtre,et que, nonobstant cette précipitation,leliquideretientencore une portion de matière pseudo-organique décidément colorante.

Ces effets semblent prouver qu'une partie de la substance des glaires que la solution alcaline avait prise , n'était pas retenue en dissolution par l'alcali lui-même, qu'elle a été saisie par Feau; que la portion dont l'alcali caustique s'était emparé, s'était maintenue en dissolution, malgré la saturation par l'acide carbonique; enfin, que la matière enlevée par l'alcali, n'était point homogène , et que les produits qui s'étaient formés , provenaient de la réaction dont l'alcali avait été l'instrument.

Les expériences où Ton a lait agir les alcalis sur un certain nombre de variétés de glaires, et qui ont ramené, constamment, les mêmes résultats , semblent annoncer encore que, si la glairine dissoute dans Peau peut former avec l'ammoniaque une combinaison saturée, et semble agir ainsi, à la manière des acides, cette tendance est, cependant, assez, faible pour que les alcalis fixes ne puissent surmonter que difficilement la cohésion des glaires à l'état concret.

On a prétendu que ces matières pseudo-animales qu'entraînent les eaux de certaines sources alcalines, y étaient tenues en dissolution par les alcalis , et l'on a été lente d'attribuer leur précipitation, du moins partielle, pour la formation des concrétions glaireuses, au contact de l'air et à la

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transformation de l'alcali caustique en carbonate. Mais on vient de voir que le carbonate alcalin luimême peut favoriser la solution de cette matière , et c'est , en effet , à l'état carbonate que l'alcali se trouve, dans toutes les sources sulfureuses que j'ai examinées, et qui m'ont offert de la glairine.

Les acides qui ne changent pas la constitution des glaires, m'ont paru se borner, en général , à être plus propres que l'eau , à prendre en dissolution la matière dont elles se sont formées.

L'acide acétique, même concentré et agissant à chaud, semble se borner à dissoudre la glairine. Cette dissolution, d'une teinte jaune, se trouble sensiblement, si l'on y verse de l'ammoniaque. On serait d'abord tenté d'attribuer cet effet à la rupture d'une combinaison préexistante où la glairine serait réputée avoir été saturée par l'acide ; mais outre que la petitesse des proportions de la matière éliminée se prononce contre cette interprétation, le mode d'influence qu'exercent , sur cette dissolution acétique, l'alcool et l'éther, semble appeler d'autres conjectures.

En ajoutant à cette dissolution acétique de l'alcool à 4°% on v°fr paraître, aussitôt, un nuage épais de glairine , et le liquide prend, par l'agitation, un aspect comme mucilagineux; l'addition de l'éther y fait naître , également , un nuage g lai-

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reux très-abondant. Les sels eux-mêmes en dissolution concentrée , semblent se borner à séparer la glairine, en affaiblissant l'aptitude dissolvante du liquide. Le nitrate d'argent, entre autres, y décide, bientôt, un précipite floconneux de nature évidemment glairineiise,qui ne tarde pas à échanger sa teinte blanc-sale, contre cette teinte rouge qui est le propre de la réaction de la glairine sur ce sel métallique.

De Tacide hydrochlorique, étendu de cinq parties d'eau, agissant sur les glaires blanches, à la température de l'ébulîition, dissout la plus grande partie de la matière, tout en laissant un léger résidu que sa teinte brune signale comme une altération de la matière glaireuse. La dissolution, d'une teinte jaune, tenant un grand excès d'acide, laisse précipiter une matière floconneuse blanc-sale, par l'addition de l'ammoniaque ou de la potasse; mais, bien différent delà dissolution acétique, l'alcool, non plus que l'éther, ne sont plus efficaces pour en séparer la glairine. Ce qui induirait à penser que, dans ce cas, la glairine était saturée par l'acide , et avait puisé cette aptitude dans une légère réaction intestine que l'acide aidé de la chaleur avait provoquée.

Le résidu brun qui s'est forme aux dépens de la matière glaireuse , pendant l'action de l'acide hjdrochlorique,se rapproche, évidemment, desbitumes, H estsoiuble, du moins en partie, dans

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l'alcool. Après son lavage et sa dessiccation, il brûle avec flamme blanche et fumée abondante ; sa dissolution alcoolique se trouble et devient opale , si on Tétend d'une certaine quantité d'eau.

Le genre d'altération que subit la matière constitutive des glaires, par l'action de l'acide hydrochlorique, se prononce d'autant plus, que l'acide agit avec une plus grande densité; lorsqu'on emploie de l'acide étendu de parties égales d'eau, le résidu brun est sensiblement plus abondant , pour une même quantité de glaires -, et la portion dissoute est, elle-même, différente. Nonseulement ia matière floconneuse que les alcalis séparent , est plus décidément rougeâtre , mais encore après cette précipitation, la teinte rouge - brun du liquide témoigne qu'une autre portion de matière sur laquelle les alcalis n'ont point de prise, est retenue en dissolution.

Le traitement de la glairine , par l'acide sulfurique, reproduit le double mode d'action des acides acétique et hydrochlorique , suivant la densité de l'acide employé. Étendu de dix parties d'eau, il semble n'agir qu'en qualité de dissolvant, sans dénaturer la glairine , lors même qu'on opère à chaud, pourvu qu'on ait soin de maintenir l'acide également affaibli. On n'obtient, alors, qu'une dissolution légèrement jaunâtre , d'où la potasse, l'ammoniaque , etc. , séparent une matière floconneuse d'un blanc sale, que l'alcool peut aussi éliminer. Dans toutes ces épreuves, l'acide sulfu-

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rique se montre moins propre que l'acétique à dissoudre la matière des glaires.

Si l'acide sulfurique est mis en jeu sur la glaire avec sa densité ordinaire, il la dissout en entier, même à froid, sans dégagement d'acide sulfureux. Quoiqu'une portion de la matière glaireuse ait été convertie en substance résineuse, celle-ci ne se sépare , en troublant la transparence du liquide, qu'autant qu'on étend l'acide d'une certaine1 quantité d'eau. Tout cela semble prouver que l'influence exercée par l'acide sulfurique -, dérive moins de sa nature comme agent d'oxigénation, que de la disposition qu'il fait naître, dans les élémens de la glairine, à fonder de nouveaux assortiment parmi lesquels il en e>i de bien plus solub!e> dans L'acide, que la glairine elle-même. Il n'en est pas tout-à-1'ail ainsi de l'action exercée par l'acide nitrique sur les glaires. Cet agent m1 comporte à leur égard, comme il le fait, en général , sur les substances animales proprement dites; et, si l'analogie de nature entre la glairine et ces substances, n'était pas déjà suffisamment établie par plusieurs i\c> faits précédens, il suffirait de consulter cette action de l'acide nitrique, pour n'avoir plus, à ce sujet, aucun doute.

Des glaires blanches muqueuses avant été soumises à l'influence de l'acide nitrique, avec les conditions requises pour ce genre d'essais, la dissolution s'en opère, avec dégagement d'une infinité de petites bulles gazeuses avant toutes les

propriétés de l'azote. Ce gaz, en effet, après son lavage à l'eau de chaux qu'il ne louchit pas d'ailleurs, se montre non inflammable, éteignant une bougie allumée, non rutilant au contact de l'oxigène , non absorbable par les alcalis, etc. Ce n'est qu'à la suite de cette émission d'azote presque pur, dont l'apparition caractérise, comme on sait, la nature des matières animales soumises à ce genre d'épreuves, que se montrent du gaz oxide nitrique et du gaz acide carbonique. Le liquide acquiert, en même temps, une teinte jaune très-prononcce. Après une concentration convenable et son refroidissement, on y découvre une matière grasse, blanche, concrète , une matière jaune, enfin une matière cristalline qui s'est déposée sur les parois du vase. Les essais analytiques dont ces résidus deviennent l'objet, y décèlent de l'acide oxalique en abondance, de l'acide malique, cette matière jaune amère si analogue aux acides que M. Welther a spécialement signalée, etc.; c'est-à-dire tous les produits familiers de ce mode de décomposition des productions d'origine animale, ou des matières végétales azotées.

S vr.

Delà matière soluble a P alcool que contiennent famiherement les glaires , et qui parait se rattacher a une décomposition de la glairine.

Celle facile transformation de la glairine en un proclu.t comme bitumineux, soluble dans l'alcool, qui a dû être remarquée sous l'influence des acides bydrochlorique et sulfurique, m'a paru n'être pas sans connexion avec la formation spontanée d'une matière analogue que l'on parvient, à l'aide de 1 alcool, à extraire des glaire dans leur état brut, ou primitif , et dont la formation semble s'annoncer comme subordonnée à des conditions très-variables.

Les faits qui me paraissent entourer de nombreuses probabilités, ce mode de transformation de la glairine, ne sont pas sans importance dans le but que je me propose.

Si la matière pseudo-organique que les eaux sulfureuses entraînent dans leur cours souterrain, est de nature homogène et se borne à présenter les caractères de la glairine, sans être associée à aucune matière soluble dans l'alcool, tandis que les concrétions glaireuses qui se forment à l'extérieur dessources, s'annoncent comme réunissant des matériaux différens,et comme offrant, indépendamment de la glairine, de certaines proportions d'une

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matière solubîe dans ce menstrue , on ne peut se dissimuler que cette différence de constitution fait paître quelques doutes sur l'identité de la matière azotée que les eaux tiennent en dissolution et des glaires elles-mêmes; mais si Ton est amené' à penser que cette matière soluble à l'alcool qu'on retire des glaires, s'y développe progressivement, sous l'ascendant de certaines conditions, il ne reste plus aucune raison de douter qu'en effet les glaires sont, uniquement, formées par la matière pseudoorganique qui est un principe commun de ces eaux. Jusqu'ici, tout ce qui a été dit des glaires et des épreuves auxquelles elles ont ètè soumises s'est rapporté, comme j'ai eu soin d'en prévenir, aux glaires préalablement traitées par l'alcool , et dépouillées , par ce menstrue , de tout ce qu'elles peuvent lui céder. La précaution était indispensable; car toutes les variétés de glaires recueillies aux sources , abandonnent à l'alcool une matière d'une teinte jaune verdâtre , bien distincte de la glairine. Mais quoique j'aie retrouvé cette matière dans toutes les variétés de glaires , il faut dire aussi qu'elle s'y présente dans des rapports étrangement différens. Les glaires blanches , par exemple, en offrent à peine des traces; au lieu que les glaires rouges ou brunes , en sont notablement chargées. Or, comme les glaires brunes ne sont, manifestement, que des glaires blanches altérées , il en résulte que le principe soluble à l'alcool s'y serait formé des débris de la glairine, par

suite d'un genre d'altération dont les véritables conditions n'ont pas été appréciées.

Je me suis convaincu de l'identité de la matière extraite par l'alcool des diverses glaires, en traitant, par ce dissolvant, des glaires blanches muqueuses, des glaires rouges, des glaires brunes, prises dans diverses localités, et examinant, comparativement, leurs produits respectifs; mais j'ai, principalement, exécuté les épreuves dont il va être question , sur la matière enlevée par l'alcool aux glaires brunes que j'ai indiquées comme étant les plus riches à cet égard.

Des glaires brunes qui avaient été primitivement rouges ou blanches , après avoir été lavées à l'eau et desséchées par compression, ont été traitées, jusqu'à épuisement, par l'alcool à quarante degrés, qui bientôt se colore d'une teinte jaune verdâtre foncée, même à froid. Les liqueurs réunies ont été soigneusement évaporées, et ont laissé un résidu jaune brun.

Cet extrait alcoolique exhale une odeur difficile à caractériser, mais qu'on reconnaît sans peine pour être celle-là même qu'on trouve aux glaires, dans quelques circonstances. Sa saveur est décidément acre et piquante ; chautfé, il se fond, se boursoufle légèrement, et prend feu aux approches d'un corps embrasé, en brûlant avec flamme, répandant quelques fumées épaisses et laissantcomme un vernis charbonneux luisant dont l'incinération est très-difficile, même à la chaleur rouge.

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A l'état concret , cette matière conserve toujours un certain degré de mollesse; elle refuse de se dessécher au point de devenir cassante et pulvérisable, de sorte qu'on peut la re'puter sensiblement déliquescente.

L'alcool reprend, aisément, cette substance , et , avec elle, une teinte d'un jaune verdâtre brillant. Cette belle nuance s'efface quand, évaporant cette dissolution alcoolique , le liquide est arrive à un certain degré de concentration ; il se trouble alors ; il s'en sépare des flocons d'une teinte brunâtre ; c'est l'effet de l'insuffisance du dissolvant devenu trop aqueux. Les flocons n'ont besoin que d'être repris par l'alcool pour lui redonner la teinte brillante.

L'eau dissout aussi cette matière , ce qui prouve que ce n'est pas une substance résineuse. Cette dissolution s'effectue péniblement et n'offre qu'une teinte d'un jaune sale.

L'éther , au contraire , semble la dissoudre mieux que l'alcool lui-même. Le liquide en reçoit une teinte jaune verdâtre des plus brillantes. Si, après avoir partiellement rempli un bocal étroit de la dissolution aqueuse de cette substance, on ajoute un peu d'éther sulfurique , on voit, bientôt, la couche éthérée se colorer fortement , tandis que la couche aqueuse se décolore d'autant. En vingt-quatre heures , le liquide inférieur n'offre plus que l'aspect de Peau , au lieu que le liquide supérieur ressemble à une huile limpide. On voit

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bien que cette interversion des teintes, est l'effet de faction attractive et dissolvante exercée par l'éther. Le chlore décolore , très-vite , cette matière colorante des glaires, soit qu'on la lui présente à lYtat concret, ou en dissolution. La dissolution alcoolique d'un jaune vif a été, subitement, décolorée par quelques bulles de chlore, sans que la transparence du liquide ait été troublée; ce qui dénote qu'après ce changement d'état, la matière n'en est pas moins soluble dans l'alcool. Même effet de décoloration sur la dissolution aqueuse et sur la dissolution éthérée.

Cette puissance de décoloration que le chlore exerce sur ce principe des glaires , ne laisse point douter que ce ne soit en agissant sur cette mat.Crc, que le chlore convertit, subitement, en glaires blanches, les glaires diversement colorées, et que cette matière , soluble à l'alcool, ne soit, au milieu de cette variété de nuances qu'elle peut revêtir, le principe colorant commun des glaires que fournissent les eaux minérales sulfureuses. La matière soluble à l'alcool, l'est aussi dans les alcalis étendus d'eau. La dissolution d'une teinte verdàtre traitée par un acide, se trouble sensiblement et présente, après quelques heures, au fond du liquide, un précipité verdàtre floconneux bien différent de celui que donnerait la glairine dans les mêmes circonstances.

La facile combustibilité de cette matière soluble à l'alcool laissait pressentir, déjà, qu'elle ne

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devait pas être de nature azotée, et c'est ce dont on a pu Rassurer , en en calcinant une certaine quantité, avec du sous-carbonate de soude, et essayant si les sels ferrugineux y décèleraient l'existence du cyanogène. Il a été impossible d'en apercevoir le plus loger vestige comme dans la décomposition par le feu , qu'on a fait subir à cette même substance. On n'a pu réussir à constater les plus faibles traces d'une production d'ammoniaque.

Tout cela est bien propre à faire ressortir combien la nature intime de cette matière colorante des glaires est différente de celle de la glairine , puisque l'absence de l'azote rend la première de ces substances absolument analogue aux produits organiques végétaux ; au lieu que la nature azotée de la glairine la rend, justement, comparable aux produits organiques animaux, quoiqu'elle soit moins ricbe en azote que la plupart d'entre eux.

Si, comme je suis porte' à le croire , cette matière colorante non azotée se produit aux dépens de la glairine, il doit en résulter qu'à mesure que cette transformation s'effectue, il se développe, en même temps, un composé plus azoté que la glairine primitive. J'ai tenté quelques recherches pour éclaircir ce point, mais je n'ai pu y parvenir.

Comment se forme celte matière colorante? quelle est la condition influente qui préside à sa production? C'est ce qu'il me serait, jusqu'à présent, impossible de faire , seulement, entrevoir. Je

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ne puis que m'en rapporter à ce que j'ai dit touchant les teintes variables des glaires. La temperature élevée et le contact de Pair, ont paru n'être pas sans quelques rapports avec la coloration des glaires rouges; et les glaires blanches ont paru n'exiger, pour se convertir en glaires brunes, qu'un mouvement de décomposition spontanée, subi avec le contact de l'air.

Je ne tiens, en ce moment, qu'à faire ressortir ce double résultat : l'queîa glairine, dans son e'tat primitif, et telle que les eaux sulfureuses l'entraînent, dans leur cours souterrain, n'est point associée à cette matière colorante sur laquelle l'alcool a tant de prise ; 2° que la glairine blanche peut se transformer , partiellement , de plusieurs manières , en une matière soluble à l'alcool, comme cela s'observe à l'égard des glaires.

Que la glairine amenée du sein de la terre, par nos eaux sulfureuses, n'offre aucun vestige de matière comparable à cette matière colorante soluble à l'alcool, c'est ce que prouve, sans la moindre indécision , l'examen fait par M. Vauquelin , des glaires de Plombières et de celles d'Ax qui avaient été, immédiatement, recueillies par le tamisage des eaux des sources. Bien sûrement , une substance de ce genre ne se serait pas soustraite à des investigations dirigées par une main aussi habile. C'est encore ce que j'ai pu vérifier moimême, en traitant , par l'alcool, les résidus de Févaporation d'une foule d'eaux chargées de glai-

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rjne. Dans ce dernier cas, il est vrai, il faut bien que l'évaporation des eaux soit conduite avec beaucoup de ménagement; car pour peu qu1à l'instant de la dessiccation la matière éprouve un commencement de calcination , il s'y développe une matière jaune que l'alcool dissout fort aisément.

Mais cette glairine qui, sous forme de glaires blanches et récentes, ne cède rien à Palcool, lui abandonne, au contraire, des proportions variables de la matière en question, si elle a pris, en se concrétant,une nuance rouge, ou si elle a bruni par une exposition prolongée à l'air. J'ai vérifié, surtout, cette dernière transformation, sur les glaires des eaux de Molitg. Bien plus, après avoir extrait de ces glaires, jusqu'à épuisement, tout ce qu'elles pouvaient cédera F alcool , j'ai imprégné ces glaires d'une certaine quantité d'eau, et les ai, lonouement, tenues dans un flacon ouvert. Revenant après cela, à les traiter par l'alcool , j'ai pu constater qu'il s'était formé de nouvelles quantités de la matière soluble dans ce liquide , et j'ai déjà annoncé qu'il suffisait de soumettre à l'action des acides hydrochlorique ou sulf^rique des glaires muqueuses, préalablement traitées par l'alcool, pour voir se former aux dépens de la glairine une substance très-analogue à celle dont il est question.

Je crois être autorisé à conclure de tout cela que cette matière soluble à l'aîcool , que les glaires dans certains de leurs états, abandonnent à ce

liquide, s'est formée aux dépens delà glairine; ce qui n'est peut-être pas, pour celle-ci, un des traits les moins importans de son signalement.

Je dois dire cependant que, dans la recherche de cette matière colorante , exécutée sur une grande diversité de glaires, elle ne s'est pas toujours montrée également soluble dans féther , c'est à- dire toujours exactement identique. D\in côté , je serais très-porté à croire que ce genre de transformation delà glairine , est susceptible de diverses modifications; de l'autre, il esl très-vraisemblable que , dans beaucoup de leurs états, les glaires anciennes sont devenues le réceptacle de matières fort étrangères : je ne pouvais m'arrêter qu'à ce que je trouvais de plus constant.

S vu.

Les glaires des eaux sulfureuses, décidément azotées et , comme telles, fort analogues aux substances animales, semblent devoir être éminemment putrescibles. C'est, -en effet, ce qu'on croirait remarquer dans beaucoup de circonstances de leur décomposition spontance ; mais, en examinant la chose de près , on ne tarde pas à se convaincre que les indices de putréfaction qu'elles offrent quelquefois, proviennent, surtout, de matières étrangères qui peuvent leur être associées , tandis que la glairine qui en fait la masse et en est la subs-

tance caractéristique, jouit d'une sorte d'inaltérabilité bien remarquable.

C'est un fait observé , depuis long-temps , que lorsque les glaires appartiennent à des sources riches en principe sulfureux , il suffit de les tenir quelque temps enfermées dans des bouteilles, pour qu'elles exhalent, ensuite, une odeur vive d'œufs pourris, et se montrent bien autrement chargées d'hydrogène sulfuré qu'elles ne l'étaient primitivement. On dirait qu'elles sont, alors, dans un état de corruption des plus avancés, et, cependant, on peut s'assurer que ces apparences tiennent surtout à une nouvelle production d'acide hydrosulfurique libre, soit que cet acide provienne de la décomposition d'un hydro-sulfate opérée par quelque acide spontanément formé, soit qu'il résulte du soufre retenu par les glaires s'unissant à de l'hydrogène dégagé de la glairine en décomposition.

Des olaires de Molitg avaient été introduites dans une bouteille qu'on avait achevé de remplir d'eau sulfureuse. Lorsque, un an après, la bouteille a été débouchée, la matière était noire et exhalait une odeur forte d'ceufs pourris; du papier recouvert d'acétate de plomb placé à l'ouverture du vase, noircit fortement ; le nitrate de plomb est précipité en noir par le liquide filtré , bien plus copieusement qu'il ne le serait par l'eau de Molitg ellemême ; la solution d'acide arsénieux prend, également, une teinte jaune bien plus intense et sans le

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concours d'un acide; le liquide filtré devient, promptement, opalin au contact de Pair, ce que ne fait pas Peau de la source; l'ébullition en dégage une grande quantité d'acide h) dro-sulfurique , et ce qui reste , brunit à peine les sels de plomb.

Les choses sont bien différentes, s'il est question de glaires provenant de sources peu sulfureuses; ou même de glaires très - sulfureuses, pourvu qu'on ait eu soin de les bien laver, pour leur enlever tout l'h} dro-sulfate qu elles peuvent retenir; ou de les traiter avec une dissolution alcaline, dans le but de les débarrasser du soufre interposé dans leurs molécules. Dans ce cas, la putréfaction s'annonce d'une toute autre manière avec des phénomènes d'ailleurs variables, suivant l'état particulier de ces glaires.

Nul doute, par conséquent, que le caractère sulfureux des émanations odorantes dont s'accompagne la putréfaction de certaines glaires, ne dépende de la présence d'une matière sulfureuse qui ne leur est pas essentielle, puisqu'elles peuvent en être, à peu près, complètement privées

Il en est, dans ce cas, de la putréfaction des glaires comme de leur combustion, après dessiccation. Si quelques observateurs les ont indiquées comme brûlant, alors, avec flamme bleue, et odeur d'acide sulfureux , c'est qu'ils avaient opéré sur des glaires riches en soufre. Pour bien apprécier ce qui est le propre des glaires , ou ce qui leur est accidentel, il faut distinguer les glaires

sulfurées et les glaires non sulfurées ou désulfurées.

Bordeu rapporte que lorsqu'on voulait transporter les eaux chaudes dans des bouteilles ou des barils, on leur associait de ces glaires qu'elles charient , dans le but de leur conserver, plus efficacement, leurs vertus. Il avait même entendu dire que quelqu'un avait réussi à fabriquer une eau sulfureuse excellente , rien qu'en mettant des glaires dans de l'eau ; mais Bordeu révoque en doute, et Futilité de la précaution mentionnée, et la possibilité du résultat en question '. Ce qui a été dit précédemment, atteste cependant que l'opinion de ce grand médecin n'est nullement fondée. Ce que l'expérience nous apprend de ce mode de décomposition des glaires sulfurées, ne permet pas de douter que , dans le premier cas , la présence de ces glaires a dû exalter l'odeur sulfureuse des eaux long-temps conservées; et que, dans le second cas, on ne puisse obtenir en effet avec une bouteille de ces glaires altérées , en les étendant d'une grande quantité d'eau, non aérée, et les filtrant avec des précautions convenables , un grand volume d'un liquide analogue jusqu'à un certain point aux eaux sulfureuses.

Mais il faut ajouter, aussi, que cette manière de conserver et de fabriquer des eaux sulfureuses par

1 Bordeu, Eaux du Béarn , page 98.

l'intermède de leurs glaires est bien défectueuse; non-seulement comme introduisant dans le liquide certains produits de la corruption; mais encore comme donnant lieu à des eaux tout-à-fait différentes de celles qu'on se propose de conserver ou d'imiter. Il est évident que, dans ces cas , le principe sulfureux se développe sous forme d'acide hydro-sulfurique libre, tandis que j'ai de fortes raisons de penser que la plupart , pour ne pas dire la totalité des eaux sulfureuses des Pyrénées, contiennent l'ingrédient sulfureux à l'état d'hydrosulfate.

Un phénomène du même genre peut donner lieu à une sorte de régénération du principe sulfureux , dans des eaux que l'ébullition et leur concentration avancée semblaient avoir complètement désulfurées. Lemonnier voulant transporter à Paris, pour en approfondir l'examen, le résidu de l'évaporation de l'eau de Baréges , fit réduire soixante livres de ce liquide, jusqu'à deux livres qu'il renferma soigneusement dans des bouteilles. Dès les premiers instans de l'ébullition de l'eau de la source, il s'était assuré que toute odeur sulfureuse avait disparu , et que le liquide avait perdu la faculté de noircir l'argent; cependant lorsque, plusieurs mois après, il déboucha les bouteilles, il retrouva, dans le liquide, des indices formels de putréfaction et, surtout, une odeur sulfureuse très- exaltée. V odeur n'était plus t dit-il,

douce et modérée comme au bain , mais vive et puante '.

Je cite, doutant plus volontiers, cette observation deLemonnier, quelle nous montre la glairine contenue dans les eaux, amenée par une concentration suffisante \ à produire des effets analogues à ceux des glaires concrétées aux sources; ce qui fortifie, déplus en plus, ridée de l'identité de ces matières que je cherche à établir.

Tant que ces glaires restent immergées dans le courant des sources, elles se maintiennent sans altération apparente. Les blanches conservent leur blancheur dans toute sa pureté, ainsi que j'ai eu occasion de le noter à la grande source d^scaldas et à la source du sieur Coupes à Molitg. La nuance des rouges s'y montre également inaltérée, comme j^n ai vu des exemples aux sources d'Arles. Ce genre d'inaltérabilité s'explique très-bien, d'ailleurs, par cette double circonstance qu'elles sont à l'abri du contact de l'air et soumises à l'influence de l'eau courante.

J'ai été bien plus surpris de trouver dans leur état d'intégrité complète , des glaires concrétées hors de l'eau, mais le long des canaux qui donnent passage aux sources, quoiqu'il y eût un grand nombre d'années que ces canaux n'eussent pas été mis à découvert; ce qui eut lieu notamment au Vernet et à Arles. Les concrétions glaireuses s'y

* Histoire de V Académie royale des Sciences , IJÛJ.

présentèrent, sons un aspect muqueux, sans la plus légère trace de corruption.

Ce n'est qu'autant que les glaires sont hors du courant et au contact de l'air, qu'elles s'altèrent, brunissent, échangent leur odeur fade contre une odeur forte, désagréable, et offrent des indices d'une décomposition putride plus ou moins avancée. Encore ai-je observe que, placées dans les mêmes circonstances, les glaires muqueuses résistent bien plus efficacement que les autres variétés: c'est ce que j'ai pu remarquer aux bains d'Arles ( bassin du sieur Carbonell) ; les plus corruptibles de toutes m'ont paru être les glaires rouges fibreuses.

Des glaires rouges fibreuses, qui m'avaient été fournies, aux bains d'Arles, par une source des bords du Mondoni , avaient été renfermées dans un flacon qu'on avait ensuite mastiqué avec soin ; examinées deux ans après, leur état de décomposition putride était évident. Leur teinte était fortement brune; elles exhalaient une odeur vive et presque exclusivement ammoniacale. Un lavage à l'eau les débarrassa presque en entier de toute odeur putride.

Des glaires muqueuses blanches de la même localité , placées dans les mêmes circonstances et examinées après le même laps de temps, exhalaient bien une odeur putride, mais bien moins ammoniacale que celle des précédentes. Dans tous les cas, l'addition d'acide sulfurique faisait res-

sortir l'odeur d'acide acétique; dans tous les cas, le chlore dissipait toute odeur putride, et ramenait, instantanément, les glaires à l'état de glaires blanches comme récentes; dans tous les cas, enfin, il suffisait de traiter la glaire altérée, d'abord par Peau froide , ensuite par l'alcool , enfin par Peau chaude, pour lui voir prendre Paspect et la demitransparence des glaires muqueuses, ce qui prouve que Paltération putréfactive avait été peu profonde, malgré la faveur des conditions au milieu desquelles elle avait dû s'opérer.

Ce qui m'a le plus frappé , dans cette décomposition spontanée des glaires , c'est l'espèce d'inaltérabilité dont parait jouir la glairine pure; ce qui contraste avec sa nature azotée qui la rend analogue aux substances animales. Je conservais, depuis 1819 dans mon laboratoire, des glaires blanches muqueuses imprégnées d'eau, dans un flacon fermé, uniquement, par un bouchon de liège; cinq ans après , je les ai encore retrouvées blanches, muqueuses, demi-transparentes, sans moisissure, exhalant une odeur qui n'est ni acide, ni ammoniacale, se rapprochant de celle des substances végétales qui commencent à fermenter. Pour les dépurer, il ne fallait que les laver à l'eau ; et cependant, après cette dépuration, la' glaire desse'chée et distillée continuait de donner des produits ammoniacaux et de se comporter comme eût fait la glairine dans son état primitif.

Après de telles observations, il restait à vérifier

2o4 SECOND MÉMOIRE.

comment se comporterait la glairine pure , c'està-dire, préalablement dégagée par l'eau et par l'alcool , soit des matières salines , soit de la matière colorante et des autres corps étrangers auxquels la glaire la plus pure peut être associée. J en ai tenu et j'en conserve encore dans des flacons ouverts, imprégnée d'eau, et je dois dire qu'elle ne m'a point offert d'indices bien prononcés de putréfaction, quoiqu'elle ait déjà subi Tépreuve de deux étés. J'ai pris cette même glairine, et, la traitant comme celle des glaires fraîches, je n ai pu apercevoir entre elles aucune différence.

Dans la section suivante, on verra que cette résistance à la putréfaction est aussi l'apanage de la glairine que les eaux sulfureuses entraînent. Après avoir évaporé un grand volume de ces eaux, de manière à le réduire à une petite quantité de liquide qui, alors, est très-chargé de glairine et de différens sels, j'ai pu conserver ces résidus pendant long-temps, sans y apercevoir aucun vestige de putréfaction. Il est vrai que, dans ce cas, le concours des matières salines aurait pu être une condition antiseptique. Cependant, lors même qu'on fait la part de cette circonstance, ce rapprochement entre la glairine des eaux et celle qui constitue les glaires, mérite d'être noté.

En admettant donc, comme donnée de l'expérience, que la glairine est peu disposée à subir la décomposition putride, même au milieu des cir-

constances qui sembleraient devoir la favoriser le plus, on doit reconnaître que, si certaines glaires sont promptes à donner des signes de putréfaction , et si les phénomènes , dont leur putréfaction s^ccompagne, sont décidément variables , c'est qu'elles contiennent des matières bien plus putrescibles que la glairine. J'avoue que c'est là une des circonstances qui m'ont le plus porté à penser qu'en effet, les concrétions glaireuses qui se forment aux sources sulfureuses, peuvent devenir et deviennent, familièrement, le réceptacle d^animaux microscopiques, ce qui concilierait les phénomènes.

Ainsi, les glaires les plus chargées d'animalcules seraient les plus promptement putrescibles; mais aussitôt que les animalcules auraient subi leur putréfaction , la masse glairineuse qui leur sert de support , montrerait son inaltérabilité caractéristique; et si les glaires rouges fibreuses tiennent le premier rang à cet égard, c'est qu'elles seraient plus chargées d'animalcules; ce que semblent indiquer plus spécialement leurs apparences plus décidément organiques et leurs ressemblances frappantes avec des concrétions musculaires.

Peut-être est-ce là, véritablement, le nœud qui lie, et les observations des naturalistes qui ont signalé ces glaires des eaux sulfureuses, comme un ordre particulier de corps organisés et vivans , et les résultats obtenus par les chimistes qui , retrouvant la matière constitutive de ces glaires

dans les eaux elles-mêmes, à leur sortie du sein de la terre, ont pu être autorisés h penser: i° que ces concrétions glairineuses peuvent se produire dans des eaux chargées de la glairine, par des causes tout-à-fait indépendantes de la vie ; 2° que ces concrétions une fois formées , peuvent servir de réceptacle à des animalcules microscopiques ; 3° que ces animalcules peuvent même approprier et maîtriser ces molécules de glairine de manière à imprimer à leur ensemble une configuration organique.

On voit que ce que je dis de l'introduction de la vie dans ces masses de glairine , n'est qu'une simple conjecture, une supposition hasardée, uniquement, dans le but de rattacher certaines formes des glaires à la présence de la glairine dans ces eaux. Peu familiarisé avec l'observation microscopique de ces premiers lineamens delà vie, je laisse volontiers aux naturalistes qui en ont fait un objet spécial d'études , l'avantage de disserter sur ce point, avec l'appui d'observations directes. Je me borne à désirer que, dans leurs investigations, ils ne fassent pas abstraction des considérations chimiques qui ont pour objet, soit la glairine entraînée par les eaux, soit les glaires concrétées au point d'émergence, notamment de celles que j'utiliserai dans les quatrième et cinquième sections de ce Mémoire.

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