‹ Mémoires pour servir à l'histoire générale des eaux minérales sulfureuses et des eaux thermalesChapitre 29 sur 36 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Les glaires des eaux sulfureuses des Pyrénées orientales , dont je viens de tracer l'examen chimique, se présentent donc, au milieu des modifications dont elles sont susceptibles, comme des agrégats dont l'eau fait, de beaucoup, la plus grande partie ; où Ton retrouve des proportions variables des matières salines que ces eaux entraînent, du soufre et diverses matières étrangères, accidentellement associées , mais qui sont , éminemment, formées par une matière propre qui mérite , d'autant mieux, de porter le nom de glairine , qu'elle constitue l'ingrédient caractéristique des glaires.

Si, envisageant la glairine dans son état d'isolement, je cherchais, maintenant, à résumer les propriétés qu'elle nous a offertes dans les divers ordres d'épreuves auxquelles elle a été soumise, j'en tracerais le signalement suivant :

C'est une substance d'un aspect muqueux; à peu près incolore, sans odeur; d'une saveur fade; très-faiblement soluble à l'eau froide ; un peu plus soluble à l'eau bouillante, surtout, quand on la traite à l'aide du digesteur.

Elle refuse de prendre la consistance gélatineuse, par le refroidissement de sa solution aqueuse concentrée; on ne lui trouve aucune aptitude au col-

lage , non plus qu'aucune coagulabilite par fa chaleur.

La dessiccation lui fait prendre une sorte d'élasticité et de demi-transparence cornées; elle brûle, alors, sur les charbons ardens sans fusion ni boursouflement, avec fumées épaisses, d'une odeur empyreumatique désagréable; laissant, dans ce cas, un résidu charbonneux qui retient la forme primitive et se montre difficile à incinérer.

Elle se comporte, dans sa distillation, à peu près comme ferait une substance animale faiblement azotée, qui tiendrait un peu de soufre; donnant, comme telle, du carbonate d'ammoniaque et du gaz acide hydro-sulfurique.

Son séjour dans l'eau, surtout dans l'eau chaude, lui fait reprendre l'aspect glaireux.

Insoluble dans l'alcool et dans l'éther, elle est précipitable de sa solution aqueuse par ces deux liquides.

Cette solution aqueuse, donnant avec l'acétate et même avec le sur-acétate de plomb un précipite' blanc sale dont la matière pseudo-organique fait partie , précipite lentement la solution du protochlorure d'étain , ainsi que le deuto-chlorure de mercure. Elle forme, avec l'infusion de noix de galle, un précipité floconneux, brunâtre, mais n'éprouve aucun changement apparent de la part de la solution d'iode.

L'addition de quelques gouttes de nitrate d'argent convertit, avec le concours de l'air, la glai-

rine ainsi dissoute, en un précipité brun rouge; tandis que le liquide surnageant retient une teinte analogue.

Plus soluble dans les alcalis et les carbonates alcalins que dans l'eau, la glairine est soluble sans altération, dans l'acide acétique; soluble aussi dans les acides sulfurique et hydro-chlorique , avec conversion partielle en une matière soluble à l'alcool. Enfin elle est attaquable par l'acide nitrique, avec émission de gaz azote, à l'instar des substances animales, et elle se fait remarquer par une résistance très-prononcée à la putréfaction.

Si Ton recherchait, maintenant, jusque quel point un tel signalement permet d'envisager la glairine comme une matière propre, se comportant à sa manière, méritant d'être signalée par une dénomination distincte, et se rapprochant tout au plus de tels composés primaires organiques, sans se confondre avec eux, on verrait, je pense, que ses caractères spécifiques sont assez saillans pour justifier le parti que j'ai pris.

Dans le parallèle que Ton pourrait chercher à établir entre la glairine et les divers composés organiques qui partagent, avec elle, le caractère azotifère , il n'est guère que ce que les chimistes ont désigné sous le nom de mucus animal qui semblerait s'en rapprocher. Mais si Ton aperçoit quelques analogies entre le mucus et la glairine, sous le rapport de leur caractère inodore, de leur faible sapidité, de leur peu de solubilité dans l'eau ,

de la faculté de retenir ce liquide entre leurs molécules respectives en formant des agrégats à aspect gélatineux, sous le rapport enfin de la propriété de précipiter l'acétate de plomb, etc.; il faut reconnaître aussi que la manière d'éprouver Inaction du feu , la conversion partielle en une matière comme résineuse sous certaines influences , la difficile putréfaction , mais surtout, les effets du nitrate d'argent et la disposition à donner, dans sa distillation, de bien moindres proportions de souscarbonate d'ammoniaque, etc., distinguent nettement la glairine.

L'admission de la glairine, comme substance particulière, déjà autorisée par les différences de propriétés et de nature, qu'on découvre entre elle et les composés organiques azotifères qui sembleraient s'en rapprocher le plus, devient bien plus légitime encore , si l'on a égard à l'origine de la glairine , à sa sortie continuelle du sein des terrains granitiques ou primitifs, etc.

Diverses circonstances de ce dernier genre rendent éminemment probable que, malgré ces analogies de composition qui sembleraient ranger la glairine parmi les produits organiques, elle reconnaît un mode de formation tout différent et ne constitue qu'un produit pseudo-organique ; résultat singulièrement remarquable , que les considérations qui vont être développées, dans les deux sections suivantes de ce Mémoire, entoureront, je pense , de fortes probabilités.

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