QUATRIEME SECTION
De la matière pseudo- organique que les eaux sulfureuses apportent, avec elles, du sein de la terre, et de son identité de nature avec les glaires concrétées au bouillon des sources.
L'étude des glaires qui se montrent constamment au bouillon des sources sulfureuses, ne saurait intéresser, essentiellement , l'histoire de ces eaux, qu'autant qu'on sera en droit d'envisager ces matières comme provenant des eaux ellesmêmes. A cet égard, rien ne peut suppléer les résultats de l'analyse chimique. Il faut retrouver, dans les eaux sulfureuses , puisées à leur bouillon , des matériaux analogues, par leur nature, à ceux que nous avons vu constituer les glaires, pour être autorisé à regarder celles-ci comme étant , ellesmêmes, un produit des eaux.
Sans cette condition, les apparences qui sembleraient, au premier coup-d'œil, les plus entraînantes, seraient, au fond, sans la moindre importance réelle. On aurait beau n'apercevoir de véritables glaires qu'aux sources sulfureuses, on aurait beau voir ces glaires, former des dépôts d'autant plus abondans qu'elles se rapprochent davantage du point d'émergence des sources , comme on l'observe pour les sédimens ochracés
dans les eaux ferrugineuses carbonatées , à tout prendre, ce pourraient n'être là que des circonstances décevantes; on serait encore fort éloigné de pouvoir conclure que les glaires ont été entraînées et déposées par ces eaux. Il est évident, en effet, que le phénomène n'en resterait pas moins susceptible d'interprétations fort différentes.
Au contraire, si , parmi les produits de l'évaporation des eaux sulfureuses naturelles, on parvient à découvrir certains matériaux qui, se comportant à l'instar des composés organiques, nous offrent les plus fortes analogies de nature avec ces glaires, ne serons-nous pas forcés de regarder ces matières comme formant les glaires elles-mêmes par leur concrétion ou l'agrégation de leurs molécules au contact de l'air, malgré les suggestions opposées que recommanderaient d'autres genres de considérations? C'est du moins la conséquence à laquelle j'ai été comme forcément amené, soit par l'uniformité des résultats que d'autres chimistes ont obtenus dans l'analyse des eaux sulfureuses, soit par ceux auxquels mes propres recherches m'ont constamment conduit.
La concordance très-remarquable que je vais signaler dans les résultats d'expériences exécutées en divers lieux , et à des époques très-variées, me paraît être l'un des traits les plus saillans de l'histoire de cette substance pseudo-organique, en ce qu'elle semble suggérer, naturellement, l'idée de la généralité du phénomène, sinon pour toutes les
SECOND MEMOIRE. 2l3
eaux sulfureuses, du moins pour un certain ordre d'entre elles.
L'existence d'une matière carbonisable se comportant à l'instar des produits organiques, a été si positivement constatée dans l'analyse de la plupart des eaux sulfureuses, qu'on serait très-porté à penser que, s'il est quelques eaux de cette classe qui n'en aient point offert , c'est que , souvent , elle aura échappé, à cause de la petitesse de ses proportions, ou que l'analyste , non prévenu , ne l'aura pas recherchée avec assez de soin.
Il est encore possible que cette substance n'appartienne qu'à un certain ordre d'eaux sulfureuses; et il restera à constater, par une observation plus généralisée de ces eaux , quelles sont les autres circonstances de leur nature qui coïncident avec celle-là.
Tout ce que je crois devoir déduire , en ce moment, de cette singulière uniformité de résultats, dans l'analyse des eaux sulfureuses, c'est que la présence, dans ces eaux, de cette matière comme organique qui m'occupe, se prête d'une manière remarquable à être considérée, plutôt comme phénomène général , que comme phénomène accidentel, et semble par conséquent se rattacher à quelque condition commune de la formation de ces eaux dans le sein de la terre.
Bayen avait signalé, depuis long-temps, dans les eaux de Bagneres de Luchon, l'existence d'une matière bitumineuse que, quelquefois, il qualifie
encore de matière grasse on gélatineuse \ Bien plus récemment, MM. Richard et Bazin ont reproduit cet ingre'dient, sous le nom de matière extractwe % et M. Poumier sous celui de matière végéto- animale 3.
Les eaux de Baréges tiennent, suivant M. Borgella, à côté de quelques autres matériaux, une substance grasse qui s'y trouve àl'état savonneux 4, et tout annonce que cette substance grasse est la même que M. Poumier y a signalée sous le nom de matière vègéto-animale sy la même encore que cette substance azotée que M. Longchamp, qui la croit de nature animale, y a retrouvée et à laquelle il a cru devoir assigner le nom de Baréginey en promettant de ia faire mieux connaître °.
Une matière analogue, également qualifiée de matière grasse savonneuse , est attribuée , par M. Fabas, aux eaux de Saint-Sauveur 7.
Les eaux de Cauterets, analysées par Baulin , sont réputées tenir une substance bitumineuse 8, et M. Poumier y signale une matière gélatineuse cvvl'A
1 Bayen, Opusc. ch.t t. I , p. i35.
7 Alibert, nouv. Elcrn. de Thcrap., quatrième édition, t. II, pag. 637.
3 Poumier, Anal. , etc., des eaux tk. des Pyrénées, p. 99. * Alibert, L. C. , pag. G79.
5 Poumier, L. C, pag. 73.
6 Ann. de chim. et deph., t. XXII, pag. i58. l Alibert, L. C, pag. 683.
9 Alibert, L. C, pag. 685.
SECOND MÉMOIRE. 2l5
désigne quelquefois aussi sous le nom de vége'toanimale \
Celles de Cambo recèleraient, suivant M. Salaignac, de l'extractif2.
Dans son Analyse des eaux d'Ax publiée en 1787, M. Pilhes signale comme entraînée par toutes les sources sulfureuses de cette localité , une matière glaireuse qu'il est porté à envisager comme étant de nature bitumineuse , mais qu'il se propose d'examiner de nouveau 3. M. Magnes-Lahens a précisément retrouvé, dans toutes ces sources, une matière vegcto-animale que M. le professeur Dispan y avait déjà signalée sous la même dénomination 4.
Les eaux sulfureuses de Bagnols (Lozère) ont présenté au docteur Barbut, une substance extractive animalisée qu'il dit y être sous forme de savon , combinée avec le carbonate de soude 5.
Celles de Greoulx ( Basses-Alpes ) ont offert à M. Laurens, parmi les produits de leur évaporation, une matière qu'il nomme floconneuse 6. Une matière, désignée sous le nom de substance
* Poumier , L. C, pag. 87.
2 Pâtissier, L. C, pag. 208.
3 Pilhes, Traité analytique et pratique des eaux thermales d'Ax , pag. 12.
* Magnes-Lahens, Anal, des eaux min. d'Ax , 18*2 3 , p. 34»
5 Pâtissier, L. C. , pag. 176.
6 Pâtissier, L. C , pag. i83.
9>l6 SECOND MÉMOIRE.
organique , a été reconnue dans Peau sulfureuse de Saint-Honoré (Nièvre ) \
Les eaux d'Enghien présentèrent à Fourcroy, parmi leurs matériaux , un peu de silice et de matière extractive \ M. Rivet, analysant, en 182 r , les eaux sulfureuses de la nouvelle source , connue à Enghien sous le nom de fontaine de la Pêcherie, y a également signalé une matière colorante extradée, après avoir aperçu sur les eaux quelques flocons blanchâtres , très-probablement glaireux 3.
La qualification d* extr actif animalisé est celle dont M. Souquet s'est servi pour désigner la matière comme organique, qu'il a reconnue dans les
1 Pâtissier, L. C. , pag. 2o5.
2 Fourcroy, Anal, des eaux suif . d' Enghien, pag. 3o2.
3 Revue médicale , t. V, pag. 38g. Je ne serais pas étonné qu'il v eût de notables différences entre cette matière extractive des eaux d'Enghien et la glairine qui accompagne les eaux sulfureuses provenant de terrains primitifs , surtout si , comme semblent le supposer les auteurs de cette analyse , le caractère sulfureux de cette source se rattachait à son passage sous l'étang de Montmorency et à l'accumulation de débris organiques dont il est le réceptacle (L. C. , pag. 390). Tout me porte à croire que la différence des couches souterraines , où se forment les eaux sulfureuses, est une condition très-influente, soit pour produire cette substance, soit pour la modifier. Si , après ïérification , cette matière colorante extractive méritait d'être identifiée avec la glairine, on serait, je crois , autorisé à conclure que l'ingrédient sulfureux de ces eaux n'est pas d'une origine aussi superficielle qu'on le présume ; mais qu'il provient des profondeurs même de la terre.
eaux d'Aix en Savoie \ et qui avait été signalée, dès 1785, dans ces eaux, par le professeur Bonvoisin sous le nom de partie extractwe animale 2.
M. Lansberg, analysant les eaux d'Aix-la-Chapelle postérieurement à MM. Reumont et Monheim, y a admis une substance résineuse 3.
Enfin, Westrum, bauquel on doit d'importantes recherches sur un grand nombre d'eaux sulfureuses de l'Allemagne, et qui les a signalées comme tenant, toutes, une plus ou moins grande quantité d'hydro-sulfure de chaux, y a retrouvé, constamment, des substances carbonisables , et il a cru pouvoir désigner ce genre de produit sous le nom de résine de soufre fétide , prétendant qu'à l'aide de dissolutions répétées dans l'alcool et d'évaporations successives, cette matière se décompose en soufre et en une résine d'un brun noirâtre 4.
1 Pâtissier, Manuel des eaux minérales, pag. 189.
3 Pâtissier , L. C. , pag. 1 88.
3 Alibert, nouv. Elém. de Tkérap., t. II, p. 689.
* Si la matière carbonisable trouvée, par Westrumb, dans les eaux sulfureuses de l'Allemagne, était réellement de la nature des résines, elle différerait, sensiblement, de notre glairine; mais, outre que , ne connaissantles travaux de Westrumb que par l'extrait que nous en offrent les Annales de chimie (tom. LXII, pag. 186), je n'ai pu vérifier si des précautions suffisantes ont été prises pour ne pas dénaturer, par la chaleur, une substance qui se transforme, si aisément, en une matière soluble à l'alcool, et comparable aux bitumes, quoiqu'elle en soit si difiérente dans l'état naturel ; il ne résulte pas moins de ces recherches de Westrumb, que les eaux sulfureuses, exa-
2l8 SECOND MÉMOIRE.
Malgré cette diversité de dénominations que les analystes ont, successivement, employées pour de'-
miuées par lui , recèlent une matière analogue aux produits organiques.
Cette espèce d'universalité avec laquelle les eaux sulfureuses semblent s'accompagner d'une matière ayant les plus grandes analogies de nature avec les substances organiques, m'a fait rechercher si ce produit aurait été aperçu par les chimistes anglais dans l'analyse de leurs eaux sulfureuses; telles que celles d'Harrowgate et de Mossat qui sont les plus connues. J'ai été d'autant plus surpris que le docteur Garnet, qui a analysé ces deux eaux , n'en ait fait aucune mention , qu'il a été des premiers à signaler, dans ce double examen, le dégagement simultané du gaz azote et de l'acide carbonique que, dans mes conjectures, je suis porté à supposer n'être pas sans quelque rapport avec la production de laglairine. Les expériences qui auraient pu constater la présence de cet ingrédient des eaux sulfureuses , ont-elles été faites ou négligées? C'est ce qu'il ne m'a pas été permis de vérifier, ne connaissant ces analyses du docteur Garnet que par l'extrait qu'en a donné Saunders ( A treatise on the chemical history and médical powers ofsome of the most celebrated minerai wat ers. London. i8o5.) Si jusqu'ici on n'a pas établi , d'une manière suffisamment exacte, que rien de comparable à notre giairine n'existe dans les eaux sulfureuses d'Harrowgate et de Mossat, il serait bon de revenir sur leur examen,danslebut de savoir, positivement, à quoi s'en tenir. Dans le cas où on n'y retrouverait , définitivement, aucune trace de produit carbonisable , on affaiblirait l'importance que j'attache à quelques phénomènes concommittans de la formation de ce produit pseudo-organique. Je ne saurais trop répéter que c'est par un examen attentif de l'ensemble des eaux sulfureuses , que ces théories générales que l'esprit est enclin à se former, pour l'interprétation des phénomènes de la nature, peuvent gagner ou perdre en consistance.
signer un produit carbonisable, et comme organique, qu'ils ont aperçu dans les eaux sulfureuses, en Fappelant tour à tour, matière bitumineuse , matière extractive, substance grasse, substance résineuse , matière albumineuse , extr actif anima- Usé, Barégine, etc., etc.; il est de fortes raisons de penser que c'est toujours la même substance ou à peu près.
Ainsi , ce que Bayen prenait pour une matière bitumineuse n'était plus qu'une matière extractive pour MM. Richard et Bazin, et une matière végétoanimale pour M. Poumier.La prétendue substance grasse que les eaux de Baréges avaient offerte à M. Borgella, est devenue la matière végéto-animale de M. Poumier, et la Barégine de M.Longchamp. La matière bitumineuse de M. Pilhes n'a plus été qu'une matière végéto-animale, pour MM. Dispan et Magnes-Lahens, etc., etc.
Lorsqu'il est question d'une substance qu'on ne retrouve qu'en proportions extrêmement faibles; dont la constitution est très-mobile; dont on ne peut guère constater la présence qu'autant qu'on a amené à siccité, par l'évaporation, les matériaux fixes des eaux minérales ; lors d'ailleurs que cette substance ne demande qu'une application un peu intempestive de la chaleur pour changer de nature, subir la carbonisation et fournir des produits bitumineux solubles à l'alcool; il serait bien surprenant qu'on n'eût pas commis quelques mépri-
ses, méconnu les véritables caractères du produit et accueilli, quelquefois, les expressions de bitume , de résine, de matière extractive, etc. Mais au milieu de cette fausse divergence, ce qu'on voit ressortir le mieux, c'est que cette matière, comme organique, qui est commune aux eaux sulfureuses, est un composé azotifère , chimiquement analogue, par sa nature, aux substances animales ou végéto-animales.
C'est là en effet ce que mes propres recherches m'ont fait reconnaître avec une constance qui, à mes yeux, serait plus que suffisante, pour lever toute espèce d'indécision, relativement au caractère chimique commun du produit pseudo-organique que fournissent les eaux sulfureuses ; et à moins de preuve positive du contraire, je me crois fondé à admettre que, dans toutes les eaux du même ordre que celles que j'ai examinées, qui tiennent , parmi leurs matériaux , une substance susceptible de carbonisation, cette substance simule, avec les modifications que j'indiquerai bientôt , un composé végéto-animal, et se prête à une production d'ammoniaque , d'huile empyreumatique, d'hydrogène carboné, etc. , c'est-à-dire que, dans tous les cas , c'est à peu près la même substance.
Il est aisé de pressentir tout ce qu'aurait d'important une semblable généralisation du phénomène , si un nouvel examen des eaux sulfureuses
de tous ies pays, rétablissait, du moins pour un certain ordre de ces eaux, comme j'ai lieu de le croire.
Ainsi, j'ai retrouvé la même matière parmi les produits de l'évaporation des eaux d'Arles, de la Preste, d'Escaldas , de Thuez, du Vernet, de Molitg, deNossa, en un mot, de toutes les eaux sulfureuses dont j'ai été conduit, par l'importance des sources, à tenter une analyse de détermination précise; j'en ai fixé les proportions, j'en ai vérifié les caractères, et je n'ai rien négligé pour en constater Tidentité.
Comme ce ne sont pas là, à beaucoup près, les seules eaux sulfureuses dont j'ai eu à m'occuper , je puis ajouter que, lors même qu'il a été question de sources qui, par leur position, semblaient n'exiger de moi qu'un examen plus superficiel , et devoir n'appeler qu'une analyse d'indication, il m'a suffi de rechercher cette matière pseudo-organique pour l'y reconnaître; de sorte que tout m'autorise à l'admettre dans toutes les eaux sul fureuses que renferme le département des Pyrénées orientales où elles sont si nombreuses.
QuW ne pense pas que je me sois contenté de prendre les eaux sur lesquelles j'ai opéré au sortir des établissemens thermaux, c'est-à-dire au milieu de circonstances qui auraient pu donner lieu à quelque illusion. J'ai mis, dans tous les cas, la plus sérieuse attention à écarter toute espèce d'incertitude, en faisant découvrir les sources, le plus
près possible de la roche d'où elles sortent, et en puisant les eaux, avec toutes les garanties que j'aurais à les examiner telles que la nature les avait faites.
Toutes ces eaux considérées en ce qui est relatif à la présence de cette matière pseudo-organique , ont offert un ensemble de traits communs , dont on pourrait composer , sous ce rapport , leur signalement collectif. Voici les principaux indices auxquels on peut reconnaître la présence et la nature chimique de cet ingrédient remarquable des eaux.
A. — L'eau suffisamment concentrée, est d'une teinte jaune plus ou moins foncée.
B. — Dans un état très-avancé de concentration, elle exhale une odeur sensible de bouillon. A côté de cette odeur très-analogue à celle d'une substance animale, on peut encore distinguer, dans les eaux que nous avons examinées, une odeur de lessive. C'est que toutes ces eaux tiennent aussi du sous-carbonate de soude.
C. — Amené à siccité, à l'aide d'une chaleur bien ménagée, le produit fixe de l'évaporation de ces eaux, est d'une couleur jaune brunâtre noircissant et se charbonnant par la chaleur.
D. — Ce produit jaune, brunâtre, mélange de diverses matières salines, de silice et de matière carbonisable, traité, successivement, par l'alcool et par l'eau, cède au premier dissolvant une trèspetite quantité de la substance pseudo-organique ,
et abandonne à Peau la plus grande portion de matière carbonisable entraînée avec les matériaux solubles dans ce liquide ( notamment avec le carbonate alcalin ); tandis que le résidu insoluble que Peau refuse de prendre, retient encore de petites proportions de la matière pseudo-organique, ainsi que le témoigne la calcination de ce résidu.
E. — La partie, soluble à l'eau, du résidu fixe de l'évaporation des eaux sulfureuses , ramenée de nouveau à siccité, et soumise à l'influence combinée d'une température élevée et du contact de Pair, passe d'abord au noir, se charbonne, exhale quelques vapeurs empyreumatiques, subit lentement sa calcination, et passe enfin à une teinte blanche.
F. — Si cette décomposition s'effectue dans un petit matras de verre, il devient facile de constater Fémission d'un peu d'ammoniaque.
Lorsque la matière est épuise'e de produits volatiles, ce qui reste est une substance comme charbonneuse , brillante, dont la teinte ne s'éclaircit qu'à l'aide d'une lente calcination exécutée avec le contact de l'air.
G. — Le résidu insoluble à l'eau , soumis aux mêmes épreuves que la partie soluble , se montre aussi comme tenant une matière carbonisable azotée, conversible en partie en ammoniaque; seulement , cette matière y est moins abondante que dans cette portion du produit de l'évaporation que l'eau a pu dissoudre.
La silice que ces eaux contiennent en abondance nesesépare jamais, en entier, de la portion soluble à la première évaporation ; le besoin de ménager la substance pseudo-organique ne permettant pas de calciner suffisamment le résidu, les matières que Peau redissout retiennent une partie de la silice; en renouvelant à diverses reprises Tévaporation et la dissolution par l'eau, à chaque fois, un peu de silice se sépare, et chaque fois aussi une portion de matière pseudo-organique lui est adhérente.
H. — Le résidu charbonneux de la distillation de ces produits retient encore, très-sensiblement, le caractère azoté; puisqu'en le traitant, convenablement, par Teau et par un sel ferrugineux, on voit se développer une teinte bleue, indice de la présence du cyanogène.
La formation du cyanogène, dans ces charbons, est encouragée par la présence constante d'un sous-carbonate alcalin.
I. — La portion du produit D qui a été prise en dissolution par l'alcool à 4o°, retient, manifestement, un principe colorant de même nature que celui que Ton retrouve dans la dissolution aqueuse; mais avec de légères modifications que suppose, d'ailleurs, sa solubilité dans ce menstrue. Ainsi, cette dissolution alcoolique est colorée en jaune; sa distillation dans un petit madras de verre y manifeste une matière carbonisable, fournissant des produits empyreumatiques. Mais cette portion de la matière pseudo-organique semble se distinguer
en ce quelle est sensiblement moins azotée; à tel point qu'on trouve quelques difficultés à mettre en évidence des traces d'ammoniaque, dans Pacte de sa décomposition, ainsi que nous l'avons éprouvé, dans de nombreuses tentatives qui, à la vérité, n'ont pu être réalisées que sur d'extrêmement faibles proportions de matière. La partie sur laquelle l'alcool a quelque prise , ne s'y trouve jamais , en effet, qu'en très-petites quantités; mais toutes minimes que sont ces proportions, on aurait, bien certainement, plus de facilités pour mettre en évidence le caractère ammoniacal, s'il était question de la matière retenue dans la dissolution aqueuse.
J. — Le liquide A, produit concentré de l'évaporation des eaux sulfureuses, qui, par sa teinte jaune et son odeur de bouillon, témoigne, le mieux, la présence de cette matière azotée, ne laisse pas de se montrer peu propre aux altérations putrides que la nature de cette substance semblerait devoir rendre faciles; et ce caractère n'est pas un des moins importans, dans le signalement que nous retraçons. J'ai conservé et je conserve encore , depuis plusieurs années, dans des flacons de verre des liquides provenant de la concentration des eaux sulfureuses sans qu'ils aient offert le moindre indice de putréfaction. Leur odeur en était également exempte.
K. — La matière pseudo-organique qui accompagne les sels solubles à l'eau, notamment, le souscarbonate alcalin que nous avons dit se retrouver,
invariablement, dans ces eaux, ne doit pas sa solubilité à une combinaison qu'elle formerait avec le sous-carbonate alcalin, comme on Ta présumé pour des substances analogues. On peut, en effet, saturer le sous-carbonate par un acide, sans que la matière pseudo-organique perde de sa solubilité , de manière à se précipiter.
Ainsi, une dissolution aqueuse du résidu de Pévaporation de nos eaux sulfureuses E , assez concentrée pour offrir une teinte jaune bien décidée , a été traitée par Facide acétique , sans que sa transparence ait été troublée et sans que Ton ait pu apercevoir de matière floconneuse. Bien mieux, on a concentré de moitié le liquide, sans que sa limpidité ait paru en souffrir, même après plusieurs jours.
Cette circonstance m'a doutant plus surpris que les résultats obtenus par M. Vauqueiin sur la matière organique des eaux de Plombières, mefaisaient présager la précipitation de la matière pseudoorganique de nos eaux. Ce chimiste avait constaté , en effet , qu'il suffisait de saturer le carbonate de soude pour décider un précipité floconneux.
Une telle différence est-elle suffisante pour faire admettre que la matière pseudo-organique qui accompagne nos eaux, est toute autre que celle des eaux de Plombières? Je suis éloigné de le penser ; leur nature azotée commune étant d'un tout autre poids dans le parallèle.
L. — La dissolution aqueuse K qui retient, outre la matière pseudo-organique , les sels solubles à l'eau, éprouvée par divers réactifs, après la conversion des sous-carbonates en acétates , présente certains phénomènes qui semblent tendre à caractériser, plus spécialement, cette matière organique dont je cherche à tracer, en ce moment, le signalement.
i°. Les sels de plomb précipitent la matière colorante. Le liquide devient , aussitôt, tout-à-fait limpide; le précipité qui s'est formé, instantanément, offre une teinte jaune très-décidée. Le nitrate , l'acétate, et le suracétate de plomb, ont également opéré cette précipitation.
2°. Le précipité formé par les sels de plomb , soumis à l'action du feu , dans une cuiller de platine, après avoir été lavé et desséché, noircit promptement, se charbonne et donne lieu à un dégagement sensible d'ammoniaque, indice de la décomposition de la glairine.
3°. Le nitrate d'argent donne un précipité cailleboté, d'abord blanc, mais prenant, bientôt, une teinte rosée qui devient de plus en plus intense , surtout du côté le plus éclairé. La liqueur surnageant le précipité reste sensiblement colorée. Il s'y produit, peu à peu, une combinaison d'un rouge foncé qui se dépose, lentement, à la surface du précipité primitif. Cette couleur rouge tranche si iort à côté de la teinte bleue violette que prend le chlorure d'argent , sous l'influence des ï ayons
2fc8 COKD MEMOIRE.
lumineux, qu'on ne saurai! s\ méprendre, doutant qu'une portion de cette matière coloré* m maintient constamment en dissolution.
4°. La dissolution dW, dans lacide chloronitrique, y produit, avec lenteur, une peli te quantité d un précipité roussàtre très-ramassé dont la matière pseudo-organique fait partie.
5 . La solution du deuto-chlorure de mercure paraît, d'abord, sans action appréciable sur le liquide. "Mais, après vingt-quatre heures, on aperçoit un léger précipité jaunâtre qui, desséché et calciné, se charbonne et manifeste quel(]iies globules métalliques à peine perceptibles.
\u\ traits qui viennent d'être esquisses, il semble qu'on ne peut méconnaître la glairinc dont il a été surtout question dans la précédente section , substance pseudo-organique d'une composition analogue à celle des substances régéto-animales ; tenant, comme elles, de l'azote, quoiqu'on faibles proportions, à ente du carbone, de l'hydrogène et de L'oxigène; comme telle, donnant lieu à la production d'une certaine quantité d'ammoniaque el gène, dans l'acte de sa décomposition par ie ivu; communiquant aneodeur sensible debouil- Ion au liquide qui en et suffisamment charge par concentration; peu disposée aux altérations putrides, du moins tant qu'elle esl associée à certaines proportions des matières salines qui raccompagnent familièrement ; précipitante de ses dissolutions aqueuses par les sels de plomb et autres;
coBTersible pai le nitrate d argent en i
à teinte r parti llètnenl insohil
l'unissant i la silice, etc.
Q la que cette glairine que les eaux en-
traînent, ne présente quel* --.ces.qn.
on la compare à celle qu'on extrait, directement 1
r glaires. Sa teinte jaune, une pi i< . le bilité dans l'eau, plus de résistance à la corruption . le relu- de céder quelq»..
sont . entre antres, d instances qui ten-
draient a l'en distinguer; m ...
paraissent tenir Lien moin- e dé-
nature qu'à certaines inodiiM que ces matières subissent, -elun leou a l'association de quelques m s: étran-
gers
Si i.i glairine que le- eaux recèlent s1 une teinte ' dans le liquide fortement con-
centre; si elle >e montre bien uble
que la glairine concrète formant les ires, puisqu'elle refuse de se précipiter, lorsqu'à la cette concentration, on sature, par le- acides, le carbonate alcalin qui semblait devoir pre dissolution; n'est-ce pas autant de conséquences de la reaction que le carbonate alcalin a dû e cer sur un composé a constitution m Cela
est d'autant plus probable qu'a mesure que la densité du liquide augmente , nei e nodifica-
trice de l'alcali doit gagner en intensité. Il reste, à cet e^ard. bien peu de doute, lorsqu'on se rap-
pelle que tel est, à peu près, le mode d'action exercé, par les alcalis ou carbonates alcalins, surla matière des glaires , qui se dissout , prend une teinte foncée, et se comporte d'une manière toutà-fait comparable. Aussi, la dissolution alcaline des glaires conserve-t-elle une teinte jaune rougeâtre, lors même qu'en ajoutant un acide jusqu'à saturation , on a provoqué la précipitation d'une matière floconneuse ; ce qui indique qu'une portion notable de glairine a acquis assez de solubilité pour se maintenir dans le liquide.
C'est , sans doute , une chose remarquable qu'une substance aussi analogue aux matières animales, par sa composition, manifeste de si faibles tendances à la putréfaction , lorsqu'on la conserve dans les eaux concentrées. Mais n'est-ce pas à son association avec les autres matériaux salins de ces eaux que cette résistance à la décomposition putride doit être attribuée? On a d'autant plus lieu de penser que cette condition n'est pas la seule cause de son inaltérabilité, qu'on a vu que la glairine , extraite des glaires , possède une si faible tendance putréfactive qu'on a pu la garder des années entières dans l'eau, sans qu'elle en fût dénaturée, quoiqu'elle se trouvât sous l'empire de conditions très-propres à provoquer ce genre de décomposition.
Il n'en est pas moins vrai , cependant, que c'est à la glairine elle-même, trop faiblement défendue par l'extrême petitesse des proportions de matières
SECOND MEMOIRE. 23l
salines que les eaux sulfureuses contiennent dans leur état naturel, qu'il faut rapporter, et l'odeur putride que contractent ces mêmes eaux conservées depuis long-temps , et la manifestation des nuages glaireux qui troublent, alors, leur transparence , et la production du gaz hydrogène carboné qu'on a eu quelquefois occasion de signaler.
C'est , évidemment , une des principales causes qui doivent faire surveiller , dans les dépôts d'eaux minérales, la vente des eaux sulfureuses naturelles tenant de la glairine, lorsqu'elles ont été puisées à la source depuis trop long-temps. On conçoit combien ces altérations de la glairine sont propres à dénaturer les propriétés du liquide; et ce doit être un motif puissant, pour le médecin , de prescrire la boisson de ces sortes d'eaux sulfureuses en les prenant aux sources mêmes ; comme il faut , aussi, n'en permettre l'usage, lorsqu'on ne les reçoit que par la voie du commerce des eaux minérales , qu'autant qu'on s'est assuré de leurs bonnes qualités. Cette existence de la glairine dans certaines eaux sulfureuses d'une grande célébrité , pourra, aisément, faire juger à l'analyste, de la légitimité de l'origine , lorsqu'on les retrouvera dans les dépôts d'eaux minérales.
Dans les recherches que j'ai exécutées, directement, sur les glaires, j'ai eu à signaler l'existence, en proportions variables , d'une matière colorante soluble à l'alcool, mais surtout soluble à l'éther; or j'ai vainement cherché une substance analogue
dans le produit pseudo-organique entraîné dans les eaux. Si l'alcool agissant sur le résidu desséché de Févaporation des eaux , s'y charge d'une trèspetite quantité d'une matière jaune, déliquescente , carbonisable, il est évident que ce n'est plus ici le même ingrédient que l'éther extrait des glaires , avec tant de facilité; puisque tout ce qui a été fait de tentatives pour attaquer, par l'éther, la matière prise par l'alcool, a été sans succès.
Je ne doute nullement, d^près cela, que la glairine qui existe en dissolution dans les eaux , ne soit une substance homogène; et que ce ne soit par suite de légères altérations qu'elle subit, soit, dans l'acte de la concentration, delà part du souscarbonate alcalin, soit, dans la dessiccation, de la part du feu, qu'elle donne lieu à la formation de ce peu de matière sur laquelle l'alcool a de la prise, pendant que le reste de la glairine se colore, en même temps, d'une teinte plus foncée; cette altération est, cependant, assez légère pour que lerésidu pseudo-organique soluble à l'alcool n'ait pas, toutà-fait, perdu son caractère azoté ; au lieu qu'on n'a jamais pu le constater pour l'ingrédient des glaires soluble à l'éther.
Ce dernier me parait donc être lui-même le produit d'un autre genre d'altération subie par la glairine, sous des influences différentes, et notamment au contact de l'air. Ce qui le confirme, c'est, comme on Ta déjà noté, queles glaires blanches fournissent à peine des traces de cette ma-
tière, tandis que lorsqu'elles ont subi, à Pair, ce mode d'altération qui les rend glaires brunes, elles cèdent à l'éther des quantités notables de ce principe colorant. N'est-ce pas une preuve qu'il s'est développé dans la masse même de la concrétion glaireuse ?
Il est réservé à un examen ultérieur de toutes les variétés qu'on peut avoir à remarquer, soit dans les glaires, soit dans la glairine des eaux, de faire ressortir les différences de nature qui peuvent les séparer, ainsi que les causes de ces différences. Ce que j'ai pu constater, en général, pour la glairine des eaux sulfureuses, ainsi que pour celle des glaires concrétées à l'extérieur , c'est que c'est toujours une même matière; se rattachant, par sa constitution chimique aux deux ordres de productions organiques; plus rapprochée, cependant, des matières végétales que des matières animales; bien caractérisée par les chimistes qui l'avaient signalée comme matière vegéto-animale, mais se produisant au milieu de circonstances étrangères à l'or«anisation; ne pouvant être déterminée, à cause de cela, que comme production pseudo- organique , c'est-à-dire se bornant à simuler par sa nature les composés organiques, quoiqu'en étant bien distincte par son origine , ainsi que j'aurai bientôt à le suggérer.
Dans le cours de ces recherches sur la glairine des eaux, j'ai vainement désiré pouvoir parvenir à
isoler la matière p se udo- organique d'avec les substances salines qui lui sont associées, dans le résidu de l'évaporation de ces eaux. Je n'ai jamais pu y réussir: la glaii ine ne se séparait d'un assortiment que pour s'introduire dans un autre. 11 n'a été possible de déterminer ses proportions dans les eaux, qu'à l'aide de la calcination et en évaluant la perte de poids que cette opération fait subir à ces résidus par la destruction du composé pseudoorganique , avec la précaution d'amener ces résidus à un état uniforme de sécheresse, avant et après l'action du feu.
C'est ce qu'on a fait, en utilisant le bain-marie étuve , proposé par MM. Gay-Lussac et Thénard, pour les travaux de ce genre, et qui rend en effet, pour ces sortes d'évaluations, des services qu'on attendrait vainement, je le pense du moins ainsi, de tout autre moyen connu.
Lorsque l'état hygrométrique du résidu de l'évaporation était arrêté, d'une manière fixe, à la température de l'eau bouillante, on en déterminait le poids à une balance de Fortin; on exposait, alors, la matière à l'action du feu , dans une petite capsule de platine; et lorsque la calcination était tout-à-fait complète, on y ajoutait quelques gouttes d'eau, dans le but d'élever l'état hygrométrique au-dessus de celui que devait limiter le bainmarie. Le poids delà substance était déterminé, quand cette limite se trouvait atteinte; et Ja diffé-
rence des deux pesées était envisagée comme donnant le poids de la substance pseudo-organique détruite par le feu.
C'est à Taide de ces manipulations quont été recueillies les données analytiques qui vont être retracées dans le tableau suivant , comme exprimant les proportions de matière pseudo-organique contenues dans les diverses eaux sulfureuses des Pyrénées orientales qui ont été examinées et que j'ai ramenées au même volume de liquide.
Tableau des quantités de matière pseudo-organique destructible par le feu , contenues dans les eaux minérales sulfureuses du département des Pyrénées orientales , par cent pouces cubes de chacune de ces eaux.
Désignation des lieux.
Désignation des sources.
!5 tr>
Thuez
Thuez
Escaldas. . . .
Bains d'Arles.
Bains d'Arles.
Vernet. . . .
La Preste. . .
Molitg. . . .
Vu
Bain de Thuez
Source de Fr. Garenne.
Grande source
Fontaine Manjolet. . . .
Grande source escaldadou gros
Grande source
Grande source
Grande source des bains de M. le marquis de Llupia
Nossa, font, d'al sqfra.
o,oo65 o,oo56 0,0109
0,0 ï 47 o,o233 0,0102 o,oo36
o,oo4o
o,oo35 0,0064
o,oi36 o,ooi3 o,oo63 0,0062 0,0047 0,0012
o,oo36 0,0089 ! °500 ' ^ o,oo55|o,oo55| 0,0018
L'inspection de ce tableau suffit pour dévoiler que les sources sulfureuses varient, singulièrement, les unes à l'égard des autres, par leur degré de richesse en glairine, puisqu'il en est qui en contiennent six fois plus que d'autres. Il serait curieux de déterminer si ces rapports , si différens pour chaque localité, ne varient pas, dans chacune d'elles, suivant les temps, comme il serait trèsimportant de découvrir quelle est la part qui revient à ces proportions de glairine, dans les effets thérapeutiques des eaux qui en sont plus ou moins chargées. On sent bien que de telles évaluations comparatives nepeuvent être, utilement, attendues que des observateurs analystes qui , habitant auprès des sources, peuvent se livrer à ces recherches dans les temps opportuns.
Je n'ai, je l'avoue , aucune donnée comparative assez précise pour décider si les eaux qui recèlent de plus grandes proportions de glairine, sont celles où les concrétions glaireuses abondent davantage. A tout prendre il serait possible que la condition qui retient le mieux la glairine en dissolution dans l'eau sulfureuse , et prévient sa pre'cipitation, fût plus développée dans les eaux plus chargées de cet ingrédient, et contrariât ainsi la formation des glaires extérieures. On voit au moins, en rapprochant les quantités de glairine des diverses sources, de leur température respective, qu'à très-peu d'exceptions près, ce sont les eaux les plus chaudes qui sont les plus riches.
SFCOND MEMOIRE. 23j
Quelque faible que paraisse la proportion de glairine contenue clans ces eaux, on ne laisse pas d'être étonné de la quantité qui en est chaque jour exportée, par elles, du sein de la terre, lorsqu'on a égard au volume de liquide que fournissent, journellement, les sources. Ce rapprochement me semble nécessaire pour donner une idée de cette productibilité de glairine, du degré d'activité des causes qui la préparent dans l'intérieur du globe , ainsi que pour mieux évaluer le degré de justesse de certaines opinions sur son origine probable.
La grande source des bains d'Arles qui alimente l'établissement thermal, et dont j'ai présentéles eaux comme tenant. o,02i5 gram. de matière pseudo-organique, par 100 pouces cubes de liquide, fournit, toutes les vingt-quatre heures, 325oo pieds cubes d'eau, et entraîne, par conséquent, hors de terre dans le même temps, 12074,4 grammes de matière pseudo-organique. Cette matière est ainsi évaluée, à l'état sec, sinon de sécheresse absolue, du moins à l'état hygrométrique que fixe la température de Teau bouillante. Or, l'on a vu que 25 grammes de glaires blanches, dans leur état naturel, ne laissaient que o,4 gramme de résidu lorsqu'on les avait amenées au même degré de dessiccation : ce qui donne l'agrégat glaireux dans l'état hydraté, comme formé de 24,6 grammes d'eau et o,4 gramme de glairine séchée au bain-marie ; d'où Ton est amené à conclure que la quantité de
glairine hydratée que fournit, en un seul jour, la source d'Arles, égale 754 kilogrammes 64o grammes, quantité déjà assez élevée pour étonner l'ima-
gination
Mais quelque abondante que soit la source dont les eaux ont été, dans cette localité, l'objet de mon analyse et de l'évaluation de volume , elle ne forme guère la moitié des eaux thermales qui sont si rapprochées sur le même point ; de sorte que la glairine quela totalité de ces eaux extrait, chaque jour, des terrains primitifs qu'elles parcourent, s'élève, pour le moins, à plus de 1000 kilogrammes , si on la suppose formant avec l'eau l'agrégat concret qui a été signalé.
En calculant, dans le même sens, la quantité de glairine qu'entraîne la belle source d'Escaldas sensiblement plus riche, à cet égard, que l'eau des bains d'Arles, on trouve que les 23625 pieds cubes d'eau qu'elle donne par jour recèlent i3oo2, S56 o-rammes de glairine sèche , et par conséquent5 8 12 kilogrammes 678 grammes de glairine
hydratée.
Enfin, admettant, par supposition, que le volume des eaux thermales de Thuez, ne fait qu'égaler celui de la source d'Arles ( et je suis certain de rester, à cet égard, fort au-dessous delà vérité, car ie n'ai vu. nulle autre part,un monument d'eaux thermales sulfureuses aussi remarquable par leur abondance), Ton trouve qu'un seul jour suffit pour amener hors de terre , avec ces eaux .
SECOND MÉMOIRE. 23g
43 kilogrammes 8o4 grammes de glairine sèche qui représentent près de 2800 kilogrammes de glairine hydratée; quantité énorme que l'imagination a de la peine à accueillir, quoiqu'elle soit établie de la manière la moins suspecte , et dont Fétendue ne laissera pas de devoir être prise en grande considération , lorsqu'il s'agira de s'élever jusqu'aux causes de cette émission souterraine de glairine.
Quelles que puissent être d'ailleurs ces causes, il ne sera pas du moins bien difficile de concevoir comment de si surprenantes proportions de glairine, étant chaque jour amenées à la surface de la terre par les courans d'eaux sulfureuses , peuvent donner lieu à ces dépôts de glaires dont le bouillon de ces sources s'accompagne dans tous les cas.
Les chimistes qui ont déjà examiné cette substance pseudo-organique que les eaux sulfureuses entraînent, habituellement, du milieu des terrains primitifs, ne me paraissent point avoir envisagé ce phénomène de l'émission, ou de la production d'une si grande quantité d'une matière aussi semblable aux composes primaires végéto-animaux, avec tout l'intérêt qu'il semble commander. Il me paraît mériter, à tous égards, de figurer au premier rang, dans l'histoire des faits propres à cette élaboration souterraine qui prépare les eaux minérales, dans les ateliers de la nature. Bien certainement, il ne peut qu'exciter l'esprit à la recherche
de ses causes et au rapprochement de toutes les probabilités que cette recherche pourra utiliser.
N'est-ce pas, en effet, une chose des plus remarquables que de voir sortir d'une manière si continue, des terrains granitiques, une quantité de matière comparable aux produits organiques tellement grande, qu'elle équivaudrait, chaque jour, pour une seule source , à la somme de matière solide que renferme le corps de plusieurs grands animaux?
Lorsque les physiologistes ont voulu préciser le rapport suivant lequel les solides et les liquides concourent à former le corps de l'homme, ils ont soumis un cadavre à la dessiccation dans un four , en prenant toutes les précautions qui devaient limiter Faction de la chaleur à la simple expulsion des liquides, et ils ont constaté que 120 livres se réduisaient ainsi à 12 ; ce qui établissait le rapport cherché entre les solides et les liquides comme 9 ai1. Encore trouve-t-on, dans le résidu solide, les phosphates terreux qui en font une si bonne partie. Mais en partant même de ce rapport et en admettant qu'il reste le même pour le corps des animaux , la matière pseudo-organique extraite , en un jour, du sein de la terre, par les sources sulfureuses de Thuez, équivaudrait, par son poids,
1 M. Chaussier cité par M. Adelon, Physiologie de V Homme, tom. I , pag. i32.
SECOND MEMOIRE. S^i
à celle qui concourrait à former 3g4 kilogrammes du corps des animaux; résultat tout-à-fait digne de fixer l'attention, soit comme propre à représenter le degré d'activité dont sont douées les causes productrices de la glairine, dans les entrailles de la terre, soit pour évaluer l'importance de ce phénomène qui paraît commun à une classe entière d'eaux minérales , soit enfin pour motiver l'intérêt aue le scrutateur des secrets de la nature peut apporter à la recherche des conjectures qu'on peut former avec le plus de probabilités sur l'origine de ce singulier ingrédient des eaux.
La détermination de cette matière pseudo-organique que j'ai cru devoir appeler du nom de glairine, comme ingrédient constant des eaux sulfureuses , se rattache à deux questions très-importantes de l'histoire de ces eaux et semblerait exiger que l'on recherchât, i° quelle sorte d'influence peut exercer la glairine sur les effets thérapeutiques, ou les vertus des eaux dont elle fait partie ; 2° comment il faudrait s'y prendre pour imiter, plus parfaitement, les eaux sulfureuses delà nature, par une fabrication artificielle qui concilierait toutes les conditions d'une certaine importance.
Tenter de découvrir quelle est la part qui revient à la présence de la glairine, dans les effets thérapeutiques des eaux qui en sont plus ou moins chargées, serait, dans l'état actuel, une entreprise d'une exécution sinon impossible , du moins
'X^l SECOND MÉMOIRE.
bien difficile. Pour recueillir les données qui permettront, un jour, de s'élever jusque la solution de ce problème, il faudrait pouvoir comparer des sources sulfureuses naturelles, qui, d'une ressemblance parfaite pour tous les autres matériaux , ne différeraient, entre elles, qu'en ce que la glairine se retrouverait dans les unes et manquerait dans les autres. Il faudrait noter, soigneusement, les modifications d'activité médicinale que peuvent offrir des sources diversement chargées de glairine, et distinguer ce qu'il convient d'attribuer aux proportions de cette matière, à travers les effets qui appartiennent, soit aux autres ingrédiens, soit à la température. Il faudrait , enfin , vérifier, par des essais synthétiques bien entendus, si la glairine que Ton emprunterait aux glaires, introduite, suivant des rapports convenables, dans une eau sulfureuse artificielle qui resterait toujours la même , soit pour la température (ce qui n'est pas difficile), soit pour le principe sulfureux (ce qui n'est pas aussi facile qu'on serait tenté de le penser), lui communiquerait des vertus particulières , ou modifierait ses effets de manière à l'approprier à certaines indications.
Quiconque a pu apprécier, par des études thérapeutiques bien faites , l'extrême difficulté qu'il y a ( surtout quand il s'agit de substances d'une activité modérée) à préciser le mode d'influence qui est leur ouvrage, dans l'administration des
médicamens composés dont elles font partie, nu milieu de cette mobilité d'indications inséparable de la diversité des cas, sera, naturellement, porté à pressentir combien il faudra d'efforts habilement dirigés pour jeter, sur ce point de l'emploi thérapeutique des eaux sulfureuses , des lumières que la pratique puisse utiliser Je crois cependant faire une chose profitable à l'avancement de cette partie de la science, que d'appeler l'attention des observateurs et des expérimentateurs , sur un objet complètement négligé jusqu'ici, sur lequel tout est à faire encore, et dont, probablement, on ne s'occuperait pas avec quelque soin sans obtenir des résultats avantageux.
Il est évident que, lors même qu'on parviendrait, ce qui n'est guère probable, à des résultats négatifs; c'est-à-dire à constater que la glairine, soit par sa nature, soit parla petitesse de ses proportions, est un ingrédient des eaux dépourvu d'influence médicinale , on aurait rendu un service important; puisqu'on serait autorisé à en déduire que cette substance peut être, complètement, négligée dans l'imitation des eaux sulfureuses, lorsque l'art se propose d'imprimer scrupuleusement, à ses produits, toutes les vertus des productions naturelles qu'il entend copier.
Jusque-là, nul doute que tout ce qu'on a fait de tentatives pour fabriquer, artificiellement, les eaux de Baréges, de Bagnères de Luchon , etc., en un mot, des eaux sulfureuses à glairine, n'ait
été radicalement imparfait. En effet, tantôt on a prétendu tenir compte de leur ingrédient pseudoorganique, en lui substituant certaines matières animales sans aucune donnée suffisante sur la fidélité de la substitution; tantôt on a préféré négliger l'intervention de cet ingrédient, sans qu'on eût acquis , par l'expérience , le droit de pouvoir s'en passer.
Il est facile, sans doute, de fabriquer des eaux sulfureuses, de les approprier à des indications importantes, de proportionner même leur degré d'activité à certaines vues qui en réclament l'emploi ; mais il Test bien moins d'imiter telles ou telles eaux de la nature, de suppléer à ses matériaux par les nôtres, de substituer nos manœuvres aux siennes, et de justifier tout ce que nous faisons dans l'intention de nous passer d'elle.
Quelqu'imposans que puissent être ces établissemens qui , dans nos grandes cités , ont pour objet la fabrication des eaux minérales artificielles ; quelques services qu'ils puissent rendre, d'ailleurs, dans beaucoup de circonstances; ce serait une véritable déception que d'accueillir leurs produits comme une imitation fidèle de ceux de la nature. Quand on entend dire , dans ce genre, que V art est Veinule de la nature, disait avec beaucoup de raison l'un des plus grands chimistes de l'époque, on est tenté de rire de pitié '.
1 Ann. de eliim. et de phys., t. XXVIII, p. io5.
C'était, surtout, après avoir signalé cette matière organique si remarquable qu'entraînent les eaux de Vichy, que M. Vauquelin émettait ce sentiment sur la vanité de nos prétentions lorsque nous aspirons à imiter les eaux minérales naturelles, et que nous nous proposons de réunir, sur un même point, des ressources variées que les libéralités de la Providence ont distribuées en tant de lieux différens. On vient de voir que la présence de la glairine dans nos eaux sulfureuses des Pyrénées a dû rendre, nécessairement, imparfaits tous les efforts tentés, jusqu'ici, pour les imiter , et j'aurai encore plus d'une occasion de faire voir que ce n'est pas uniquement, dans ce sens, que la vanité de ces prétendues imitations s'est manifestée.