‹ Mémoires pour servir à l'histoire générale des eaux minérales sulfureuses et des eaux thermalesChapitre 31 sur 36 · CINQUIÈME SECTION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SECTION

De r origine probable de la glairine et des glaires} ou des conjectures que Von peut hasarder sur V existence de la glairine dans les eaux.

Les considérations expérimentales que j'ai fait valoir dans la section précédente , ont mis hors de doute que les eaux minérales sulfureuses d'un certain ordre , entraînent toutes, du sein de la terre, une matière singulièrement analogue aux composés organiques animaux , par sa nature chimique et par la manière de se comporter dans les

épreuves comparatives qui tendent à faire ressortir cette analogie.

Elles ont encore ( il me le parait du moins ) rendu extrêmement probable que c'est cette matière pseudo-organique azotée, entraînée par les eaux, qui donne lieu, principalement, à la production des concrétions glaireuses que j'ai retrouvées à toutes les sources sulfureuses dont il s'agit et que je n'ai vues que là , quoique j'aie eu à étudier une foule d'eaux minérales non sulfureuses.

De ces deux faits qui intéressent d'une manière remarquable l'histoire des eaux minérales sulfureuses, le premier seul , il faut en convenir, est établi de manière à restera l'abri de toute incertitude.

Quel que fût, en effet, le parti qu'on prendrait sur l'origine des glaires, il n'en serait pas moins démontré, par une expérience constante, que ces eaux amènent , du sein des montagnes d'où elles proviennent, jusqu'à la surface du terrain où elles se montrent, une substance se comportant à l'instar des matières organiques végéto-animales.

Il n'en est pas de même du second, c'est-à-dire de la dépendance que je signale entre la production des glaires et l'existence d'une matière pseudoorganique dans les eaux sulfureuses. Ce dernier n'a pour lui qu'un certain nombre de probabilités. Mais ces probabilités sont des plus entraînantes : c'est, je pense, ce qu'on sera forcé de déduire desconsidérations que je vais développer, touchant

SECOND MÉMOIRE. l\~

rorigine de cette matière pseudo-organique signalée comme produit commun d'un certain ordre d'eaux sulfureuses.

Dans cette dernière section de ce Mémoire, je me propose donc de rechercher ce qu'on a de mieux à penser sur l'origine de cette matière comme organique que les eaux entraînent, et sur ses rapports avec la formation des glaires; en d'autres termes : quelles sont les causes les plus probables que la nature de ces matières , leurs proportions , les terrains d'où elles proviennent, la constance de leur association à certaines eaux sulfureuses, enfin quelques rapprochemens analogiques, permettent d'assigner à leur production.

On sent bien qu'ici nous entrons, forcément, dans le champ des conjectures; mais je me promets bien de n'adopter comme conjectures préférables que celles qui me paraîtront supporter le mieux le contrôle des faits observés. C'est là tout ce que je me propose. Je n'entre même dans ce genre de spéculation qu'avec une défiance qui eût suffi pour m' arrêter, si, tout en reconnaissant qu'il est impossible d'aborder autrement le sujet en question, je n'avais conçu l'espérance d'être du moins utile en provoquant , pour ce genre de discussion, des efforts plus féconds que les miens.

Lorsque notre illustre Vauquelin eut constaté la présence d'une matière animale, dans les eaux de Plombières , ainsi que dans celles d'Ax et d'Us-

sat, il ne signala l'importance du fait qu'en laissant pressentir les difficultés d'une bonne interprétation, a C'est assurément, dit ce grand chi- )> miste, une chose remarquable que la présence » des matières animales dans des eaux qui circu- » lent dans l'intérieur de la terre, et qui provien- » nent, notamment, des montagnes primitives; » elle peut offrir d'amples sujets de méditation » aux géologistes et aux zoologistes, pour expli- » quer les révolutions que peut avoir éprouvé » notre globe ' . »

Sans doute, la découverte d'une matière azotée si semblable aux substances animales, dans des eaux qui coulent à travers les montagnes primitives , est bien propre à donner à penser aux scrutateurs des secrets de la nature ; mais le fait est d'un ordre bien plus élevé encore , lorsqu'au lieu de se présenter comme un accident propre à quelques sources particulières, il se montre au contraire comme apanage d'un certain ordre d'eaux minérales, comme s'associant, avec une persévérance remarquable, à certaines circonstances de leur nature, malgré la diversité et l'éloignement des lieux, ainsi que j'ai eu occasion de le noter.

Dans les interprétations qu'on a jusqu'ici essayées, comme en passant, soit de la présence de cette matière carbonisable azotée, dans les eaux, soit

1 Analyse des eaux de Plombières ; Annales de chimie tom. XXXIX, pag. i 74»

de la présence des glaires auprès de certaines sources , on s'est borné à voir cette matière comme étant d'origine animale. On n'a peut-être pas assez aperçu les difficultés inextricables qu'entraînerait ce genre d'explications qui bouleverserait, manifestement, quelques résultats des mieux établis de la géologie et de la zoologie.

C'est, précisément, le sentiment de ces difficultés qui m'a amené à penser que la production de ces matières, dans le sein de la terre , pourrait bien être plutôt un fait chimique qu'un fait zoologique, et que, malgré ses ressemblances de nature avec les matières végéto-animales , la glairine pourrait bien n'être qu'un produit pseudo-organique.

Il est certain que cette dernière manière de voir se lierait bien mieux avec toutes les circonstances dont l'apparition de ces matières se montre entourée. Elle n'a contre elle que la nécessité d'admettre que les seules forces qui président à la formation des produits inorganiques ont pu donner lieu, dans le sein de la terre, à un composé dont l'analogie de constitution , avec les composés organiques , ne laisse pas d'être frappante. Mais elle peut invoquer aussi, en sa faveur, de fortes analogies chimiques, et elle s'étaie surtout, comme interprétation conjecturale, del'impossibilité d'accueillir les autres sentimens.

La première pensée qu'ait fait naître , sur son origine, la présence de cette matière comme animale , dans les eaux minérales , c'est qu'elle pro-

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venait de quelques débris d'animaux ensevelis S par suite des révolutions que le globe a subies, dans les couches de la terre que ces eaux traversent.

Telle fut, en effet, la conjecture qu'essaya, en passant, M. Vauquelin, sur la matière de ce genre qu'il avait découverte dans les eaux de Plombières, sans y attacher, cependant, aucune importance, et sans méconnaître les difficultés qui se rattachaient à un fait de ce genre. « Il serait difficile, dit-il , » d'expliquer , exactement , l'origine de cette subs- » tance, puisque nous n'avons, pour cela, aucune » données certaines; il n^est donc permis, en ce » moment , que de faire quelques suppositions »> plus ou moins vraisemblables. L'on peut croire , » par exemple, que les eaux qui sourdent à Plom- » bières , passent, en parcourant l'intérieur de la « terre, à travers des substances qui ont appartenu, » autrefois, à des corps organisés , et probablement » à des animaux *. »

On voit bien que le savant qui essaya, le premier, cette conjecture, sur un fait des plus remarquables que, le premier aussi, il avait exactement constaté, ne la hasardait pas lui-même avec une grande confiance. C'est qu'en effet ce sentiment a contre lui des difficultés insurmontables.

On ne saurait nullement admettre que les terrains primitifs recèlent des dépôts de matières

' Ami. de chimie, t. XXXIX, p. 173.

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organiques, sans bouleverser de fond en comble \es résultats les mieux établis par les géologues. Ils ort fait, précisément , de cette absence totale des débris de l'organisation le principal caractère de ces sortes de terrains, et ils sont partis de la présence ou de l'absence de cet indice, dans l'attribution des époques qu'ils ont assignées aux diverses couches dont le globe est formé.

C'est cependant des terrains bien décidément reconnus comme primitifs , que proviennent les eaux sulfureuses qui portent, avec elles, cette substance pseudo-organique, et qui déposent, à leur sortie, les concrétions glaireuses dont nous nous sommes occupés.

Cest une circonstance géologique à laquelle on ne trouve aucune exception pour les eaux sulfureuses du département des Pyrénées orientales. Elles existent toutes dans le granit, le gneis, le schiste micacé , ou l'eurite; tandis qu'on ne les retrouve plus dès qu'on dépasse les limites de ces terrains primordiaux.

Ainsi, en descendant la vallée de la Tet, on trouve, dans les terrains de cette nature, les sources sulfureuses de Saint-Thomas, de Thuez, d'En, de Cana veilles oud'Olette, deNyer, du Vernet, deMolitg, enfin celle de Nossa où elles s'arrêtent définitivement, parce que, bientôt après, se montrent des terrains d'une autre nature et d'un âge très-différent.

Les eaux sulfureuses d'Escaldas, de Dorres, de

Quez et de Llo, dans la vallée de la Sègre, celles de la Preste et d'Arles, dans la vallée du Thec, sont dans le même cas.

Cette observation que j'ai pu constater , pour toutes les eaux sulfureuses des Pyrénées orientales, paraît convenir à toutes les eaux du même genre si répandues dans les autres régions des Pyrénées, ainsi que l'indiquent les ge'ologues qui ont eu occasion d'étudier cette belle chaîne de montagnes '.

Ce fait se vérifie encore, pour les eaux de Plombières, dans les Vosges, ainsi que pour bien d'autres sources à glairine , et il est très-probable qu'il se reproduit assez généralement, pour qu'on puisse établir comme caractère de la matière pseudoorganique dont il est question, qu'elle tire son origine des montagnes primitives; de sorte que si l'on retrouvait une substance animale, dans des eaux du domaine de terrains bien moins anciens, il resterait à examiner si elle est, en tout, comparable à la première. Mais lors même que l'identité serait établie, la difficulté d'expliquer comment les terrains primitifs fournissent cette singulière substance, n'en serait nullement affaiblie.

Une circonstance qui a été déjà signalée, vient ajouter encore aux difficultés inséparables de l'opinion qui envisagerait ces matières pseudo-orga-

1 Voyez Essai sur la constitution gcognostiquc des Pyrénées par M. Charpentier. Passim.

niques comme des débris de corps organisés, ensevelis dans les entrailles de la terre : c'est la généralité même du phénomène; c'est la persévérance avec laquelle , malgré la diversité des lieux et les distances, on voit coïncider la manifestation de cette matière avec la nature de certaines eaux sulfureuses.

En effet, si ces matières pseu do -organiques étaient extraites, parles eaux, de dépôts de corps organisés cachés dans le sein du globe, ce serait là, tout au plus, une circonstance accidentelle, à laquelle on ne pourrait attribuer d'autre extension que celle que la raison serait autorisée à admettre pour Tétendue de ces anciens dépôts. On pourrait découvrir cette matière organique dans telle ou telle source, et cette particularité de nature dériverait du caractère essentiellement limité des terrains qu'elle aurait traversés. Mais qu'après avoir vérifié que cette singulière substance se représente dans un certain ordre d'eaux minérales qui , nonseulement, pullulent le long d'une vaste chaîne de montagnes, mais qui se rencontrent, pour ainsi dire, dans tous les pays et aux plus grandes distances , on voulût encore invoquer l'existence de dépôts de matières organiques de cette étendue et de cette généralité, c'est ce qu'on ne serait tenté d'admettre en aucune manière ; car les difficultés qui naissent du manque de rapport entre la nature de la matière et la nature des terrains, se fortifie-

raient, dans ce cas, de l'extension gigantesque qu'i faudrait donner à l'hypothèse.

Les naturalistes ont suggéré , sur l'origine de? glaires, un autre sentiment qui, au premier aspect semblerait rendre convenablement raison de certaines de leurs formes , mais dont les difficultés ne se développent qu'à mesure qu'on entre plus avani dans les données expérimentales du phénomène.

Ainsi, ils ne se sont occupés que des glaires concrétées aux sources thermales, tout en négligeant, complètement, les produits pseudo-organiques que certaines de ces sources entraînent habituellement et que je présume devoir se représenter dans toutes les eaux où Ton retrouve de véritables glaires. Ce n'est là, à tout prendre, qu'embrasser la moitié du phénomène, ou traiter d'un phénomène différent qui ne serait même que d'une importance fort accessoire pour l'objet dont je m'occupe.

On a remarqué , depuis long-temps , que certaines espèces de conferves, de tremelles, etc., habitaient, de prédilection, les eaux thermales et se retrouvaient,familièrement, aux sources d'une température élevée. Ce qu'on nommait conferve des bains , confeiva reticulata,tremella gelatinosa, reticukita, été*, faisaient partie de ce genre de produits organiques. On les prit d'abord pour des plantes; mais on en vint, ensuite, à les ranger parmi les animaux, d'après cette double observation, que ces êtres donnent des produits azotés, no-

tamment de l'ammoniaque dans l'acte de leur décomposition par le feu , et qu'on leur découvre , au microscope, des mouvemens de contractilité analogues à ceux des animaux.

Ces êtres équivoques, ainsi que leurs analogues, qui naissent et se développent dans les eaux, ont ûxè, dans ces derniers temps, l'attention d'un naturaliste distingué qui est parvenu, à force de patience et de sagacité , à discerner dans leur organisation respective , des différences assez notables pour les distinguer en familles , tribus , etc. M. Bory de Saint-Vincent a été amené à reconnaître que ces êtres ne sont , proprement, ni des végétaux, ni des animaux; qu'ils forment un règne intermédiaire. C'est ainsi qu'il admet que les êtres composant ce qu'il nomme la famille des Arthrodiées, sont quelquefois des animaux, quelquefois des végétaux , sans que l'existence de ces états soit jamais simultanée *.

C'est, précisément, dans la famille des Arthrodiées parmi les Oscillariées , seconde tribu de cette famille, et dans le genre A nabaine [Anabdina), que ce naturaliste range les glaires des eaux sulfureuses. L'attribution n'est pas indécise. C est parmi les A nabaine s , dit-il, qu'il faut placer /'Ulva labyrinthiformis des auteurs, analysée par MM. Vau-

1 Extrait d'un Mémoire de M. Borj de Saint- Vin cent sur Fhydrophtologie ou botanique des eaux. Bulletin de la société Philom.

quclin et Chaptal, qui reconnurent dans cette arthrodiêc les principaux caractères des substances animales \

C'est Tidée qu'adopte aussi M. Thiébaut de Ber neaud, suivant lequel le zoogène de M. Gimbernat ne serait que la con/etve des bains de plusieurs auteurs ; et on la retrouverait dans les bains de Tœplitz en Bohême, d'Aix.en Savoie, d'Ischia, de Lucques, de Montecalinien Italie, de Plombières, d'Ax, de Baréges et de Chaudes-Aiguës en France.

Bien plus , M. le professeur de La Rive, racontant dans une notice, les effets du tremblement de terre du 19 février 1822, sur les eaux thermales d'Aix en Savoie, dit qu'il aperçut, parmi les ma tériaux qu'elles entraînaient, de petits corps blancs, glaireux , ayant l'aspect de l'albumine coagulée, ne se dissolvant point par l'alcool , ne se liquéfiant point par le feu, mais noircissant, donnant un charbon difficilement in cin érable et secompoi tant à la manière des substances animales. Il re cherche ensuite quelle peut être l'origine de ces matières, et il présume qu'elles ont été détachées des parois du conduit et que ce sont des débris de ces substances végétales du genre des Conférées et des Oscillatoires qui croissent dans les lieux chauds, humides et obscurs 2.

1 Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Article Ârthrodiées.

2 Bibl. univers. , t. XXII , p. 23.

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Il n'est donc nullement douteux que ce que j'ai appelé glaires des eaux minérales sulfureuses est considéré, par les naturalistes, comme étant des êtres organisés d'un ordre particulier qui. ne s'accommodant que d'une température élevée ne se retrouvent que dans les eaux chaudes.

Je conviens que cette opinion m'eût facilement entraîné, si je n'avais vu nos glaires que sous quelques-unes des formes qu'elles m'ont présentées, notamment aux sources d'Arles et de Thuez; et surtout si je n'avais retrouve une matière absolument analogue, en dissolution dans les eaux à leur sortie du sein de la terre.

Ce que j'ai désigne sous le nom de glaires fibreuses, offre, en effet, des apparences d'organisation tellement prononcées, qu'il me fut en quelque sorte difficile de résister à la séduction. Lorsque je les étudiai sur les lieux, je ne connaissais point encore le beau travail de M. Bory de Saint-Vincent ; il est probable que s'il m'eût été connu, il m'eût inspiré, à cet égard,plus de scrupules que je n'en éprouvai , pour rattacher, d'après L'analyse chimique, ces variétés de glaires, aux glairesles plus communes des eaux sulfureuses. Quant à ces dernières, le parti était sensiblement plus facile à prendre; et les faits que j'ai fait valoir prouvent suffisamment , ce me semble, qu'à l'égard des sources sulfureuses que j'ai eu à examiner, la glairine venait, constamment, de l'intérieur de la terre à la surface . au lieu de tendre du dehors ver,

le dedans, comme cela devrait avoir lieu, si elle n'était que le produit de ' l'organisation et de la vie.

Voici les principales considérations qui m'ont paru, déposer avec plus ou moins de force, contre le sentiment des naturalistes, qui vient d'être exposé, relativement à l'origine des véritables glaires. Leur concours, si rien ne me fait illusion, me semble assez décisif pour nécessiter d'autres conjectures à ce sujet.

i°. Il a été déjà énoncé que je n'avais aperçu nos glaires qu'aux sources sulfureuses . mais que je les avais retrouvées toutes les fois qu'une eau était décidément de cette nature ; tandis que, au contraire, les eaux fortement thermales, mais non sulfureuses, ne m'en avaient jamais offert. Si cette persévérance se représente ailleurs, avec In même constance que dans les contrées que j'ai parcourues, elle accréditerait, puissamment, la nécessité de la nature sulfureuse des eaux pour la production de ces matières.

Ce ne serait pas là, à la vérité, une objection insoluble dans le sentiment des naturalistes, qui se bornerait , dès-lors, à admettre, comme condition de la vie de ces Arthrodiées, la présence du principe sulfureux dans les eaux ; mais cela imposerait à leurs observations une nouvelle carrière à parcourir , et c'est sur le terrain de ces eaux sulfureuses, au milieu de toutes les autres circons tances qui vont être notées, qu'ils doivent espérer

de trouver la justification de leur sentiment sur les glaires, ou des motifs pour le réformer.

2°. On retrouve des concrétions glaireuses identiques, dans les eaux sulfureuses les plus chaudes, comme dans les eaux sulfureuses les plus froides ; sans que cette extrême différence de température , qui semblerait devoir être si influente sur la vie d'êtres organisés, paraisse changer, le moins du monde, les qualités de ces glaires.

Ainsi, j'ai vu les mêmes glaires blanches aux eaux de Thuez, dont la température s'élève à 62% 25 R.; aux sources du Vernet de 42% 8; à celle d'Escaldas de 34 R. ; aux eaux deMolitg de 3o°,3 R. ; aussi bien qu'aux eaux de Nossa, dont la température n'est plus que de 180, 8 R., et à celles de Quez, dans la Cerdagne , qui ne marquent plus, au thermomètre, que i3n, 5 R., et sont décidément froides.

Il serait, évidemment, contraire à toutes lesidées familièrement admises sur l'ascendant réservé à la température, relativement aux actes de la vie, de supposer que les mêmes produits de l'organisation, les mêmes êtres vivans, s'accommodent également, à ce point, du froid et du chaud. Cette double circonstance que ces glaires se représentent, toujours, dans les eaux sulfureuses, indépendamment de leur température, tandis que je ne les ai jamais vues dans des eaux très-chaudes, lors même que ces thermales non glaireuses existaient au voi-

sinage d1eaux sulfureuses chargées de glaires , me paraît n^être pas sans importance.

3°. Les glaires qui sembleraient, d'après les résultats précédens, s'accommoder de températures si contrastantes, en même temps qu'elles se montreraient très-exigeantes pour la présence du principe sulfureux, s'offrent, quelquefois, dans des eaux qui ne sont point sulfureuses , ou plutôt qui ont cessé de l'être ; ce qui ne devrait point avoir lieu si ces glaires étaient des corps vivans.

<Tai fait connaître , dans mon Mémoire sur le dégagement du gaz azote du sein des eaux sulfureuses ', ce que j'entendais par sulfureuses dégénérées; ce sont des eaux qui , dans les entrailles de la terre , sont décidément sulfureuses , mais qui ne se montrent plus comme telles à leur point d'émergence, parce que leur principe sulfureux a été usé, en entier, dans le trajet, en vertu de cette réaction destructive qu'exerce continuellement , sur lui, Toxigène de l'air tenu en dissolution dans l'eau.

J'ai été amené à admettre ces sulfureuses dégénérées , parce qu'il m'est souvent arrivé, dans mes excursions hydrologiques , de ne point apercevoir d'indices du principe sulfureux, dans des sources dont le caractère sulfureux se manifestait hautement, si on allait l'étudier plus près de leur sortie réelle de la terre. Cependant j'ai toujours

1 Ann. de chimie et de physique , t. XVIII et XX.

trouvé des glaires, dans la partie du courant qui n'offrait rien de sulfureux, comme je les avais vues dans les eaux sulfureuses. Or, si le principe sulfureux était un excitant si nécessaire aux habitudes vitales de ces êtres organise's, comment les retrouverait-on dans des eaux où ce principe manque totalement?

Si les observations que j'ai recueillies sur ce point de l'histoire naturelle des glaires, avaient, en effet, toute la généralité que, jusqu'à présent, je crois être autorisé à leur attribuer, il s'ensuivrait que lorsqu'on apercevrait des glaires dans certaines eaux qui n'offriraient rien de sulfureux , on aurait du moins quelques raisons de supposer que ce sont des sulfureuses dégénérées, et il serait, souvent, possible de vérifier la conjecture, en allant aborder la source plus haut, comme je l'ai fait à diverses reprises.

La constance avec laquelle , pour les eaux que j'ai eu occasion d'observer, la présence des glaires coïncide avec la nature sulfureuse des sources, m'a paru même permettre de faire intervenir ce caractère dans le signalement des sulfureuses dégénérées. A cet égard, j'ai cru pouvoir avancer, dans une autre occasion , qu'il y aurait de fortes présomptions qu'une eau est du nombre de ces sulfureuses dégénérées, lorsqu'à la présence de ces matières glaireuses, elle réunirait l'émission du gaz azote , la présence de sulfates ou hyposul-

fates, et je dois ajouter le concours de l'acide carbonique ou d'un carbonate alcalin.

Si, par exemple, le second de ces caractères, c'est-à-dire l'émission du gaz azote, venait s'ajouter aux deux autres (la présence des glaires et du carbonate alcalin) , pour les eaux de Plombières, je serais fortement tenté de les réputer sulfureuses dégénérées, ce qu'il n'appartient qu'à un examen plus exact d'établir positivement, et ce qui devient également applicable à certaines eaux qui sont dans le même cas.

On verra bientôt, qu'à tout prendre, je n'ai pas indispensablement besoin , dans l'hypothèse que j'essaie sur l'origine des glaires , du concours du principe sulfureux; de sorte que, lors même qu'après examen , les eaux de Plombières resteraient, manifestement, étrangères aux sulfureuses dégénérées , elles n'offriraient point , à beaucoup près, une objection contre cette hypothèse.

Ici, je n'entends faire ressortir que ce résultat : que si ces glaires étaient , effectivement, des êtres organisés, il serait bien étonnant qu'elles se développassent également bien , dans des eaux trèschargées de principe sulfureux, et dans des eaux qui n1en contiennent point sensiblement. Car il est difficile de croire qu'un principe aussi actif fût indifférent; et c'est cependant ce qu'alors il faudrait admettre.

4°. La matière des glaires vient, évidemment, de

l'intérieur des sources , c'est-à-dire du dedans au dehors; et c'est ce qui ne saurait être dans le sentiment que je discute en ce moment. Les suppositions qu'il faudrait accueillir, pour justifier son origine, ne sauraient s'accommoder avec les faits observés.

Bordeu qui avait eu de si nombreuses occasions d'étudier les eaux sulfureuses des Pyrénées , avait bien reconnu qu'elles entraînent des flocons blanchâtres qu'il dit être comme graisseux, et qui se rassemblent pour former des glaires couenneuses comme des blancs-d'œuf '.

Les glaires que M. Pilhes ramassa, en 1800, aux bains du Couloubret et qu'il adressa à M. Vauquelin , furent recueillies, ainsi qu'il le dit luimême, sous le robinet de cette source à l'aide d'un tamis de crin % et M. Vauquelin ajoute que les eaux d'Ax en contiennent une si grande quantité, qu'elles en déposent une partie dans les bassins, par le repos et à mesure qu'elles se refroidissent 3.

J'ai énoncé moi-même que j'avais obtenu des glaires à l'aide d'une manœuvre semblable, tout en avouant que cette manœuvre est peu productive, et ne saurait convenir à celui qui, voulant

1 Bordeu, Lettres sur les eaux minérales du Bcarn, p. 187.

2 Ann. de chimie, t. XXXIX, p. 174? et analyse des eaux minérales d'Ax, par M. Magnes-Lahens.

avoir à sa disposition une certaine quantité de glaires, n'a pas beaucoup de temps à passer auprès des sources.

La manifestation des flocons glaireux au sein des eaux sulfureuses, à leur sortie des entrailles de la terre , est sensible à l'oeil , pour un observateur, même peu attentif, ainsi que j'ai pu surtout m'en convaincre aux bains de Molitg.

Lorsque ces eaux glairineuses sont immédiatement reçues dans des piscines ou dans des réservoirs, même couverts, pourvu qu'on maintienne ces réservoirs constamment pleins, en laissant toutefois à Feau son écoulement ordinaire et quoique le trop plein s'évacue par un jet d'une certaine hauteur capable d'interdire tout accès aux objets venant du dehors, on ne laisse pas de voir, au bout d'un certain temps , des concrétions de glaires ou des sédimens glaireux, se former et se renouveler plus ou moins abondamment dans ces eaux.

Je pense donc que, sous ce premier rapport , il ne doit rester aucun doute que la matière glaireuse ne provienne, du moins en très-grande partie, de l'intérieur des sources \ Mais, dira-t-on,

1 M. Berthier émet une opinion bien différente sur le compte de ces matières végéto-animales que l'on découvre dans un grand nombre de sources et qu'il a retrouvées , lui-même , aux eaux de Vichy et de Saint-Nectaire. Il regarde comme certain que ces sortes de matières proviennent, uniquement, delà décomposition des fucus, nen ayant jamais aperçu la moindre trace dans les eaux prises au bouillon des sources, et qui na-

rie pourrait-elle venir de l'intérieur des sources sans cesser, pour cela, d'être fournie par des corps organisés qui en habiteraient les canaux?... (Test là du moins ce que suppose Inobservation citée , plus haut, de M. de La Rive. Il me parait qu'un examen attentif des sources suffirait pour recommander des idées toutes différentes.

S'il est des cas où les canaux qui servent à diriger et à distribuer les sources , lorsqu'elles sont parvenues à la surface du terrain (car ce sont là les seuls canaux accessibles ), recèlent des glaires , ce n'est guère qu'avec un concours de circons-

vaient été gardées que peu de temps en bouteilles. (^Ann. de chimie et de physique , t. XIX, p. 129; Notice sur les eaux minérales et thermales de Saint-Nectaire.}

Une telle manière de voir peut être exacte pour les matières organiques aperçues par M. Berthier aux sources de Vichy et de Saint-Nectaire. Elle me semblerait, même, démontrée pour les deux localités dont il s'agit, si l'observation invoquée par l'auteur , que ces eaux n'offrent rien de semblable lorsqu'on a soin de les puiser au bouillon des sources, est suffisamment étaolie. Mais cette opinion est, bien certainement, trop généralisée, ;t ne saurait convenir à nos eaux sulfureuses; car, pour elles lu moins , la précaution d'aller les prendre au sortir même de la roche, n'a jamais été négligée. J'en ai fait la remarque très- •jxpresse. Si le sentiment de M. Berthier , limité aux sources qu'il a étudiées, était fondé, il servirait du moins à rendre raison des différences qui séparent la matière organique des eaux de Vichy et de Saint-Nectaire d'avec la glairine de nos sulfureuses, puisque celle-ci aurait, dès-lors, une toute autre origine.

tances qui tendent à prouver que ce n'est pas là , à beaucoup près, le foyer intérieur des flocons de glairine entraînés par les eaux à leur point d'émergence.

On ne trouve alors de glaires qu'autant que le canal n'est que partiellement occupé par la source; et ces glaires sont toujours muqueuses, en petites proportions, situées hors de Peau, adhérant à la paroi supérieure du canal , offrant l'aspect d'une concrétion uniforme , telle qu'auraient dû la former les flocons de glairine dispersés par les sautillemens du liquide.

C'est du moins ce que j'ai constamment observé, notamment aux bains du Vernet et aux bains d'Arles , où les conduits que j'ai fait mettre à découvert ne l'avaient pas été depuis plus de vingt ou trente ans. Certes, il est impossible qu'une couche aussi faible de matière glaireuse eût pu donner lieu à une émission continuelle de la substance des glaires. Il faudrait en déduire une force de reproduction que rien n'autorise à admettre. Cela pourrait expliquer, tout au plus, le phénomène rapporté par M. de La Rive de la manifestation accidentelle d'un plus grand nombre de flocons blanchâtres; mais il ne faut point perdre de vue, qu'à la quantité près , cette excrétion floconneuse est un phénomène permanent.

Si , au contraire , le canal que la source parcourt est de dimension telle qu'elle l'occupe en entier ou à peu près, ces concrétions glaireuses de Pin-

térieur, disparaissent iout-à-fait, ainsi que j'ai pu m'en assurer à Molitg et à la Preste , sans que , pour cela, rémission glaireuse cesse d'avoir lieu.

La source de Molitg est reçue, à sa sortie de terre, dans un puits carré de faibles dimensions. Ce puits, dont les parois sont de granité, débouche dans un réservoir de même matière, destiné a rassembler les eaux de manière à en avoir une plus grande quantité de disponible, dans un temps donné. Une semblable disposition annonce que le puits intérieur est, constamment , plein d'eau, et qu'il en doit être de même, du moins jusqu'à une certaine distance, des canaux souterrains qui l'y amènent à travers la montagne. Lorsque je suis entré dans le réservoir, pour recueillir le gaz qui se dégageait a travers l'eau du puits , il y avait déjà fort long-temps qu'on ne l'avait point ouvert; et quoique je n'aie pu découvrir aucun vestige I de concrétion glaireuse dans le puits, non plus que dans le réservoir , il n'en est pas moins vrai que l'émission de flocons de glairine était trèsactive ; il n'en est pas moins vrai que l'eau tenait en dissolution la matière pseudo-organique dont il a été fait mention. Comment , dans ce cas , supposer, à l'intérieur de la source, un assemblage d'êtres organisés devenant le foyer de ces matières azotées qui sont, continuellement, transportées audehors ?

5°. La quantité de matière pseudo-organique qu'entraînent les eaux en question , est telle , en

général, que si elle provenait delà décomposition d'êtres organisés, il faudrait que ces derniers existassent, dans les entrailles de la terre, en masses , d'une étendue qu'aucun fait observe' , qu'aucune analogie entrevue , ne rendent probable et qui répugne, au contraire, à toute espèce de considération.

Dans le sentiment des naturalistes qui se bornent à regarder les glaires des eaux sulfureuses , comme des êtres organisés d'un ordre déterminable, on serait, probablement, forcé d'envisager cette portion de matière animale, que ces eaux entraînent dans tous les temps, comme représentant les débris d'êtres correspondans qui seraient censés exister dans les entrailles de la terre; car, on ne saurait trop le redire , l'histoire des glaires se rattache , très-étroitement, à l'existence de cette matière comme organique , que les eaux amènent à la surface du terrain ; et ce sera désormais à comprendre ce fait capital, dans leur doctrine, que les naturalistes devront appliquer leurs soins. Que Ton calcule, dans ce sens, quel devrait être l'entassement de ces êtres organisés, dans les entrailles de la terre, pour donner lieu, pendant la durée d'une génération de ces êtres , à l'émission de cette matière organique que les eaux entraînent , en partant de l'estimation expérimentale que j'en ai fournie pour chaque source , et Ton verra snil est possible de s'arrêter, le moins du monde, à cette idée.

Il ne faut point perdre de vue qu'en adoptant l'opinion des naturalistes , on serait force d'admettre que ces êtres organisés qui seraient censés habiter les entrailles de la terre, en subissant, à tous les instans, une décomposition des plus actives, devraient s'y de'velopper , s'y perpétuer sans communication avec l'air extérieur , et sans la possibilité de recevoir, du dehors, de nouveaux germes.

La belle source d'Escaldas, assez puissante pour mettre en mouvement un moulin à foulon , vient du sein de la terre , par une direction de bas en haut; à sa partie supérieure existe une vaste piscine, pavée en dalles de pierre, et c'est entre les interstices de ces dalles mal jointes, que s'élèvent les eaux pour remplir la .piscine. Avec une telle disposition que j'ai retrouvée en d'autres lieux , comment concevoir que rien du dehors puisse parvenir dans l'intérieur de la terre, jusqu'au foyer de ces êtres organise's , d'où l'on supposerait que se détache, continuellement, cette matière animale qui vient avec les eaux; et si rien ne peut y parvenir du dehors , comment admettre, et des masses assez étendues, et une reproduction assez énergique pour suffire à d'aussi vastes déperditions! Les hypothèses auxquelles il faudrait recourir, pour tout cela, seraient, évidemment, aussi forcées qu'aucune autre qu'on puisse essayer à ce sujet.

Enfin, lors même qu'on admettrait l'existence, dans le sein de la terre, d'une assez grande quan-

27O SECOiND MEMOIRE.

tité d'arthrodiées pour suifire à rémission constante cTaussi grandes proportions de matière organique , toutes les difficulle's ne seraient pas levées; on ne laisserait pas d'en trouver encore d^un autre genre, à déterminer, dans l'état actuel de nos connaissances zoologiques, comment ces êtres pourraient trouver les conditions de leur existence et de leur accroissement dans une eau courante, en restant à l'abri de l'influence de l'air atmosphérique, etc. , c'est-à-dire au milieu de circonstances qui pussent leur fournir les élémens de leur nutrition, notamment le carbone, dont ils abondent, et Fazote qui leur imprime tant de ressemblances de nature avec les animaux '.

1 M. Magnes -Lahens , pharmacien distingué de Toulouse , auquel on doit un travail important sur les eaux d'As , après avoir constaté que toutes ces sources tiennent des quantité.-, notables d'une matière qu'il qualifie de végéto-anunale , ainsi que l'avait fait M. le professeur Dispan , essaie aussi, de son côté, de rendre raison de la présence de ce singulier ingrédient ; mais , il faut le dire , son explication ne me paraît pa.« heureuse : il suppose, en effet, que cette matière végéto-animale aura été apportée, dans les sources, par Veau de pluie ou de neige qui aura -, dans son passage, lessivé des détritus de plantes, ou les terreaux dont on recouvre les jardins qui se trouvent au-dessus et dans le voisinage des bains.

Si cette interprétation était fondée, il ne devrait guère y avoir de sources d'eau commune qui ne recelassent des matières analogues, extraites de la superficie du sol par le lavage des terreaux, d'autant que ces eaux sont, en général, plus superficielles que les eaux thermales; cependant on n'observe rien de

SECOND MÉMOIRE. 2J t

Tout ce qui vient d'être exposé, jusqu'ici , sur la manière dont les naturalistes conçoivent la production des glaires des eaux thermales, qu'ils envisagent comme autant d'êtres organisés ne trouvant que dans les eaux d'une température élevée les conditions de leur existence, tend, si je ne me fais illusion, à démontrer que si, d'un côté, ce sentiment offre quelque chose de spécieux, tant qu'il n'est question que des glaires concrétées au gryphon des sources, de l'autre, il reste entouré de difficultés insurmontables lorsqu'on a égard à cette excrétion si générale, si persévérante et si étendue de glairine, que les eaux sulfureuses d'un certain ordre entraînent, en tout temps, du sein du globe et des terrains primitifs.

C'est après avoir pesé ces difficultés, autant qu'il a été en moi, et en restant bien convaincu, par l'ensemble des données que j'ai fait valoir, qu'une telle opinion n'est pas soutenable , que j'ai été

semblable à leur égard; et les eaux où l'on retrouve ce composé pseudo-organique devraient être, plus que toute autre, par la profondeur de leurs cours, par leur plus grande indépendance des accidens météorologiques et par la nature des terrains qu'elles parcourent, à l'abri de cette introduction de matières végétales ou animales.

Il est inutile de chercher une cause locale, lorsque la même circonstance de nature se reproduit, pour un même ordre d'eaux minérales , avec toute la généralité qui a été signalée.

( Voyez Analyse des eaux minérales d 'Ax. Toulouse 1 823 , pag. 34. )

amené à essayer d'autres conjectures sur L'origine de cet ingrédient des eaux sulfureuses.

Il m'a paru que Ton pourrait concevoir cette glairine, que les eaux sulfureuses ou autres tiennent en dissolution à leur sortie du sein des terrains primitifs, comme un produit direct de certaines combinaisons se réalisant entre matériaux inorganiques, dans le sein même de la terre, avec le concours d'un certain nombre de circonstances favorables. Il m'a paru que si cette glairine ressemble aux produits de l'organisation , notamment aux substances animales par sa constitution chimique, comme formée de carbone, d'oxigène , d'hydrogène et d'azote, elle en diffère, du moins, parle mode primitif de formation, puisqu'elle ne serait que le résultat d'actions purement chimiques ; au lieu que les composés décidément organiques se rattachent primitivement, dans tous les cas, à des élaborations dont les matériaux, les instrumens et les puissances, ne se réunissent que dans les corps vivans.

Jusqu'à quel point une pareille hypothèse estelle admissible , dans l'état actuel de la science? Peut-elle invoquer, en sa faveur, des probabilités assez fortes pour que, dans ses applications au phénomène qu'il s'agit d'expliquer, elle reste supérieure aux autres interprétations qu'on en a déjà essayées? Il me semble que, malgré la défaveur avec laquelle on serait tenté d'accueillir, au premier aspect, l'idée d'attribuer à des forces pu-

rement chimiques la formation d'un composé aussi ressemblant aux produits organiques , il est possible, facile même de l'entourer d'assez de vraisemblances pour lui obtenir le crédit dont ces sortes de théories sont susceptibles.

Je vais puiser les considérations que je me propose défaire valoir, i° dans la doctrine chimique, 2° dans l'expérience et les faits observés du même genre , 3° enfin dans l'analogie.

Si la doctrine nous laisse entrevoir qu'il n'est pas impossible que les seules forces chimiques, s'exerçant entre des matières inorganiques , donnentlieu à des composés comparables, sous certains rapports, aux produits de l'organisation; si l'expérience vient fortifier, par le succès de certaines tentatives, les spéculations delà théorie; enfin, si l'analogie nous fait retrouver, dans d'autres circonstances de la nature minérale, une formation de produits comparables à celui que j'ai signalé dans les eaux sulfureuses d'un certain ordre, il me semble que la conjecture que je crois pouvoir essayer sur la formation de la glairine, mérite d'être livrée aux méditations des chimistes, soit comme interprétation d'un phénomène important qui ne saurait être conçu d'aucune autre manière, soit comme fournissant un fait notable de plus à la comparaison des forces chimiques qui unissent les élémens de la matière morte, et des forces organiques qui président à la formation des produits de la vie.

I. Tous les chimistes s'accordent à penser que si Ton n'a pu réussir , dans les laboratoires de la science, à obtenir, d'une manière directe, des combinaisons ternaires ou quaternaires de carbone, d'oxigène, d'hydrogène et d'azote, comparables par leur constitution chimique aux produits de l'élaboration végétale ou animale, cela dépend, surtout, des obstacles qu'apporte à ces combinaisons multiples, l'état ou la tendance élastique de trois de ces corps. Cet état et cette tendance sont manifestement en opposition avec leurs attractions réciproques ( à moins qu'il ne dût en résulter des produits binaires gazeux comme il arrive communément ). Si l'on peut espérer de réaliser, un jour, ces sortes de composés ternaires ou quaternaires , l'influence d'une haute pression, comme antagoniste de cette répulsion élastique, serait, naturellement, une condition des plus importantes au succès '.

L'état élastique contrarie à tel point la tendance à la combinaison , que lorsque deux substances, dont une du moins à fétat gazeux, n'ont entre elles que de faibles affinités, il devient impossible de les unir, à moins qu'on ne saisisse, habilement,

1 II serait bien important d'utiliser, aujourd'hui, pour des recherches de ce genre ces hautes pressions qu'on met en œuvre avec tant de succès , comme moteur. Je suis persuadé que celte manière de disposer les corps à agir chimiquement entre eux sera susceptible de grands effets et fera éclore, pour la science , de beaux résultats.

SECOND MEMOIRE. 2j5

l'instant où la substance gazéfiable, se dégageant des liens d1une combinaison préexistante, se trouve dans la disposition que les chimistes ont appelée son état naissant ; ainsi qu'on a lieu de l'observer dans une foule de phénomènes, notamment dans des cas de formation d'ammoniaque, de cyanogène , d'acide nitrique, etc.

Enfin, les combinaisons entre substances gazeuses ou gazéfiables à attractions débiles, sont, généralement, encouragées parle concours de certaines matières qui soient capables de retenir le nouveau produit, soit en le saturant à mesure qu'il se forme , soit en le prenant en dissolution. Les preuves en seraient faciles à donner.

Or, ces diverses conditions que la the'orie reconnaît comme très-influentes pour favoriser les combinaisons entre matières gazeuses ou gazéfiables sont, évidemment, réunies dans le travail souterrain dont certaines eaux minérales sulfureuses ou autres entraînent, au-dehors, les résultats; et ces eaux recèlent, dans tous les cas, les mate'riaux élémentaires qui , s'assortissant par suite de ce travail, sous une forme nouvelle, sont pre'sumés donner lieu au produit pseudo-organique qui nous occupe.

Là se trouvent, en effet, d'une manière invariable (du moins pour les eaux sulfureuses dont je m'occupe ), de l'acide carbonique ou un carbonate alcalin pouvant être la source du carbone* de l'acide hydro-sulfurique libre ou combine' et

de Peau d'où peut provenir l'hydrogène; l'oxigène peut être fourni soit par Peau , soit par l'acide carbonique, soit par l'air entraîne' par les eaux; enfin l'origine de l'azote qui imprime au composé glaireux, une si forte ressemblance avec un composé animal , y est d'autant plus facile à entrevoir que toutes les eaux sulfureuses à glairine que j'ai étudiées, donnent lieu à un dégagement perpétuel de ce gaz ; ce que, dans un premier Mémoire , j'ai fait envisager comme un attribut constant de ces eaux.

Là ces divers matériaux peuvent réagir les uns sur les autres, pour s'unir en combinaison multiple sous l'influence : i° d'une pression d'autant plus élevée que le foyer de ces élaborations souterraines est plus profondément établi dans les entrailles du globe ; 2° d'une haute température qui devrait favoriser ces réactions compliquées; 3° d'un courant d'eau qui saisirait le nouveau produit à l'instant de sa formation pour l'amener aussitôt, sous des températures de plus en plus décroissantes; 4° enfin de Vêtat naissant de V azote dont partie entrerait dans le composé pseudo-organique, tandis que le restant se dégagerait sous forme gazeuse.

C'est, principalement , cette coïncidence imperturbable que j'ai eue à remarquer entre le dégagement d'azote , du sein des eaux sulfureuses, et la présence d'une matière pseudo -organique dans ces mêmes eaux , qui m'ont suggéré la première pensée que ce dernier phénomène pourrait bien se

rattacher à l'autre. Inexistence d'une matière azotée dans des eaux qui, sans cesse, donnent lieu à une émission de gaz azote, semblait se présenter, naturellement, comme liée aux causes de ce dégagement.

De plus, je fus sensiblement encouragé dans cette conjecture, lorsque j'eus constate que toutes les eaux qui fournissent, à la fois, de l'azote à l'état gazeux et une matière extractive pseudo-organique, recelaient un carbonate alcalin ou de l'acide carbonique pouvant céder le carbone dans des régions souterraines où le carbone ne pouvait reconnaître une origine organique.

Dans cette hypothèse, le concours d'un hydrosulfate alcalin pourrait bien être censé n'intervenir que comme moyen d'user, progressivement, l'oxigène de l'air que les eaux retiennent et qui s'y renouvelle, manifestement, pour mettre l'azote en liberté. S^il n'a que cet usage, il ne serait pas surprenant qu'on retrouvât cette matière pseudoorganique dans des eaux non sulfureuses, lors, d'ailleurs, queles autres circonstances seraient propices ; attendu que j'avais moi-même aperçu ce dégagement de gaz azote dans des sources

on r?

purement acidulés et non sulfureuses, telles que celles de Balaruc, d'Avennes, de la Magdelaine, dans le département de l'Hérault '.

1 Voyez Essai sur l'analyse des eaux minérales du département de V Hérault, par M. Saint-Pierre.

(Test à une observation de plus en plus généralisée des eaux minérales qu'est réserve' le droit de confirmer ou d'infirmer, décidément, les conjectures que j essaie en ce moment. Que les chimistes constatent,, soigneusement, jusqu'à quel point la manifestation du gaz azote, l'existence d'une matière extractive azotée et le concours de l'acide carbonique ou d'un carbonate, se montrent ensemble ou séparément, dans les eaux minérales sulfureuses ou autres. Les résultats de leurs observations ainsi étendues, diront seuls quel degré de confiance la partie purement spéculative de ce Mémoire peut mériter d'inspirer définitivement.

De quelque manière que prononcent les recherches que j'invoque, je pense avoir été autorisé à hasarder une semblable théorie, par le grand nombre d'eaux sulfureuses que j'ai examinées et par l'étonnante persévérance avec laquelle ces divers phénomènes m'ont paru s'assortir dans tous les cas. Certes, il était diflicile qu'une telle uniformité ne me portât pas a attribuer la production constante de cette matière pseudo-organique à des causes également générales.

Qu'on n'allègue point qu'il y a trop de disparate entre les forces purement chimiques et les puissances vitales, pour qu'on puisse attribuer à l'intervention seule des premières la fabrication dune matière si analogue aux produits de l'organisation ! Le sentiment que je développe n'a nullement besoin, pour être exact, que l'on con-

fonde ces deux modes d'activité si différens l'un de Pautre.

Cette puissance mystérieuse qui , sous les noms de force vitale, de principe de vie, de chimie vivante, donne lieu, dans les corps vivans, à des élaborations si variées et si remarquables, se distingue bien moins par la nature des produits qu'elle prépare , que par la faculté de créer et de développer ce merveilleux assortiment d'instrumens, d'où ces produits émanent.

Lorsque , dans nos laboratoires , nous fabriquons de Pacide oxalique, en traitant le sucre par l'acide nitrique, nous n'avons mis enjeu que des forces chimiques; et cependant, le nouvel acide est, manifestement, identique avec celui qu'on retrouve dans certaines plantes, quelquefois même, dans les animaux comme produit d'une élaboration vitale.

N'est-ce pas en vertu d'une action purement chimique, que restent unis les élémens des productions organiques qui ont cessé de faire partie d'un système vivant ?

Il est donc infiniment probable que les forces qui conservent certaines combinaisons, sans l'intervention de la vie, pourraient, sans elle aussi, produire quelques composés primaires analogues, ou formés des mêmes éîémens ; mais ce qui établit pour la force chimique proprement dite , une énorme différence, quand on la compare à la force vitale, c'est que celle-là n'est capable d'imprimer

aux molécules de la matière d'autre arrangement que celui de la cristallisation, au lieu que la puissance de la vie les dispose en organes, c'est-à-dire en instrumens capables de certaines fonctions.

Les efforts de la chimie pourraient aller jusqu'à fabriquer de toutes pièces , ou à imiter avec une extrême exactitude, le sucre, la gomme, la gélatine, l'albumine, etc., c'est-à-dire les divers composes primaires que l'analyse nous fait retrouver comme matériaux immédiats des végétaux ou des animaux, que sa puissance serait encore à une distance infinie de la production d'une feuille de plante ou d'une aile d^nsecte.

Si jusqu'à présent nous n'avons pu obtenir, artificiellement, quelques produits semblables à certains produits de la vie qu'autant que nous agissons sur d'autres composés que la vie avait d'abord préparés, c'est que l'art synthétique a été jusqu'ici totalement impuissant pour associer dans une même combinaison les élémens communs des substances végétales ou animales. Mais ce que les procédés chimiques n'ont pu faire, encore, dans ce sens , n'est pas à beaucoup près impossible, et ce qui le prouve, c'est que les tentatives qui ont été dirigées vers ce but , ne paraissent pas avoir été sans succès dans tous les cas, notamment dans les essais de Doèbereiner, de M. Bérard, etc.

II.Doèbereiner avait reconnu qu'en faisant passer à travers un tube de fer, des vapeurs aqueuses suides charbons ardens , il se formait, outre l'acide

SECOND MÉMOIRE. 28l

carbonique, le gaz oxide de carbone, et l'hydrogène carburé , une substance gélatineuse en si grande quantité, que le conduit du gaz en fut plus d'une fois obstrué \

Cette substance qu'il qualifie de gélatineuse , est soluble à l'eau qui prend un goût très-prononcé de graisse ou de bouillon faible non salé; étendue sur un papier brouillard , elle se décompose en eau et en une matière ayant de grands rapports avec le suif a.

Le chimiste auquel on doit cette expérience trèscurieuse a constaté, en la répétant à diverses reprises, que la matière gélatineuse ne se forme que lorsqu'on fait passer sur le charbon plus de vapeur aqueuse qu'il ne peut en décomposer, et qu'on a soin de réfrigérer, sans cesse, la portion extérieure du tube que les gaz et les vapeurs traversent.

M. Bérard était, également, parvenu à fabriquer, artificiellement, un composé analogue à la graisse, en faisant passer à travers un tube de porcelaine rougi, un mélange de gaz acide carbonique, de gaz hydrogène percarburé et de gaz hydrogène simple. La matière obtenue était en petits cristaux blancs, nacrés, brillans , gras au toucher, surnageant l'eau, fusibles par la chaleur, solubles par l'alcool 3.

1 Bibliot. univers. , t. IX, p. 220.

• Ibid.

3 Essai sur l3 analyse des substances animales , p. ai

Quelques différences qu'on eût à remarquer entre notre glairine et cette prétendue gélatine de Doëbereiner, encore très imparfaitement examinée, ou la matière graisseuse de M. Bérard, on ne peut méconnaître ce qu'un tel rapprochement donne de force à la conjecture que je viens d'exposer sur l'origine de la matière extractive azotée qui a été signalée comme élément commun d'un grand nombre d'eaux minérales, notamment de toutes les eaux sulfureuses des Pyrénées orientales.

Bien mieux, M. Doëbereiner lui-même semble avoir pressenti le rapport qui existe enlre ces produits d'une opération de laboratoire et certains matériaux de quelques eaux thermales.

Ainsi, les eaux de Carlsbad et de Baden-Baden offrent, quand elles sont récemment puisées, l'odeur et le goût d'un bouillon faible; Doëbereiner conjecture qu'elles doivent ces qualités à une matière gélatineuse analogue, et dont la formation pourrait être attribuée, selon lui, à de grandes couches de houille qui brûlent au voisinage de ces eaux \

Une telle supposition ne paraît pas, en tout, légitime; puisque ces eaux sortent du granit 3,et que par conséquent, elles n'auraient pas pu emprunter cet ingrédient pseudo-organique à des couches de houille avec lesquelles elles ne peuvent

1 Bibliot. univers., t. IX, p. 222.

" Mêm. de Klaproth, t. I, p. 3i4

guère se trouver en contact immédiat; le phénomène rentrerait bien plutôt dans la théorie que nous avons essayée sur la production pseudo-organique qui s'est offerte dans un si grand nombre de sources émanées, aussi, des terrains granitiques ou primitifs, mais sans aucun rapport avec Fexistence de la houille ■'.

* Dans sa belle Analyse des eaux de Carlsbad, M. Berzélius attribue, aussi, à ces eaux récemment puisées, le goût du bouillon *; mais il ne fait aucune mention de matière organique, parmi les ingrédiens. La cbose est d'autant plus remarquable qu'à la suite de ce travail , s'occupant d'une autre classe de sources chaudes qu'il dit différer, à plusieurs égards, de celle du Sprudel dont il avait fait sa principale occupation, il découvre et signale, dans toutes, une matière organique qu'il désigne, tantôt sous le nom à'extractif , tantôt sous le nom d'extrait de V humus ; telles sont les sources de Kalte-Sauerling à Carlsbad, de Steinbad àTceplitz, la Trinkquelle et la Badequelle à Konigswart **.

Il est bien à regretter que cet illustre chimiste n'ait examiné cette substance extractive que passagèrement, puisqu'il s'est borné à évaluer ses proportions par la calcination , et qu'il n'ait pas essayé de faire entrevoir sa nature particulière et son origine. Nousignorons, par conséquent, si cette matière extractive a le moindre rapport de nature avec notre glairine ; nous ignorons, également, si des glaires analogues a celles de nos eaux sulfureuses accompagnent cessources; mais nous savons du moins, d'après ce qu'en dit M. Berzélius, que ces sources sont chaudes, peu salées, peu alcalines, quelquefois faiblement hépatiques, qu'elles sortent de terrains granitiques dans les-

* Ann. de chimie et de physique , t. XXVIII , p. a38. ** L. C, pages 3g6, 401-402.

L'expérience de Doèbereiner et ses analogues déposent donc, d'une manière évidente, en faveur de la possibilité d'obtenir, artificiellement, et en agissant, uniquement, sur des matières inorganiques, des composés analogues, par leur nature, aux produits de l'organisation et de la vie; et l'on ne peut disconvenir, ce me semble, qu'elles attachent, par cela même, de fortes probabilités à la doctrine spéculative que j'ai essayée sur l'origine de la glairine.

On peut même avancer que ce genre de recherches touche à une époque où elles pourront être poursuivies avec bien plus de succès. Tout anquels on ne trouve point de débris organiques; qu'elles sont , enfin , analogues aux eaux de Bagnères , de Baréges , de Cauterets, etc. *. Si la ressemblance est aussi parfaite avec les eaux sulfureuses de nos Pyrénées, je serais fortement porté à rapprocher cette prétendue matière organique de la glairine, et à présumer que les dépôts glaireux ne sont point étrangers à ces sources de la Bohême; d'autant mieux que l'on retrouve, dans la nature des produits gazeux que ces eaux fournissent, une des circonstances qui m'ont le plus frappé, dans mes recherches sur les eaux sulfureuses à glairine; j'entends parler de la présence de l'azote pur ou sans oxigène. En effet, Berzélius qui n'avait trouvé que de l'acide carbonique presque sans résidu, dans le gaz que fournit le Sprudel à Carlsbad, aperçut du gaz azote parfaitement pur entraîné avec l'acide carbonique, du sein de la source Thouscen-Brunnen dans la même localité **.

* L. C, pag. 3g5.

" L. C.,pag.367.

nonce, en effet, que les tentatives de cet ordre pourront prendre, bientôt, une extension bien plus grande, dès qu'on utilisera ce résultat si remarquable dont la science s'est enrichie naguère : qu'on peut condenser les gaz à Fétat liquide ou concret, à l'aide de pressions suffisantes; ce qui permettra de les faire agir les uns sur les autres, sous les formes les plus favorables à leurs attractions réciproques, et en écartant cette puissance d'élasticité qui a été signalée comme principal obstacle à leurs combinaisons ternaires ou quaternaires.

III. Ce n'est pas seulement dans les courans d'eaux minérales que paraissent exister les conditions de la production de ces matières pseudo-organiques dont il a été question ; elles se représentent, encore, dans les volcans; et cette circonstance n'est pas d'une faible importance, pour les conjectures que nous formons, puisqu'elle se prêterait bien moins encore à toute autre sorte d'explication.

M. de Gimbernat a vérifié à la solfatare dePouzole, ainsi qu'au Vésuve, que les vapeurs qui se dégagent de leurs cratères sont formées, en trèsgrande partie, par l'eau vaporisée, mêlée à une substance analogue à la matière animale ; et il a reconnu que cette substance devait être assimilée a celle que M. Vauquelin avait découverte aux eaux de Plombières et que lui-même avait signalée dans les eaux thermales de B ad en etd'Ischia \

1 Bibliothèque universelle, tome XI, page i5o. Journal universel des sciences médicales , octobre 1819 , p. 110.

Il serait important de reprendre, plus spécialement, l'étude des propriétés de ce produit, probablement pseudo -organique, des volcans, pour vérifier jusqu'à quel point se soutiendrait le parallèle avec la glairine des eaux sulfureuses.

De mon côte', je dois convenir qu'il eût fallu constater si cette matière pseudo-organique qui communique l'odeur et le goût du bouillon aux eaux sulfureuses des Pyrénées orientales jouit d'un certaine volatilité, et se retrouverait, du moins en partie, dans le produit de la distillation de ces eaux. C'est un oubli que je compte réparer lorsque j'en trouverai l'occasion ; et ce n'est même pas la seule vérification que j'aie à regretter d'avoir négligée lorsque je me trouvais près des sources.

Mon lecteur présume bien, sans que j'aie besoin d'en faire la remarque, qu'il n'importe, nullement, aux conjectures qui viennent d'être émises sur la production de la glairine, que la matière pseudoorganique des volcans ait avec elle autant de traits de ressemblance que M. de Gimbernat en suppose; des conditions un peu différentes, suivant les lieux,

Lorsque l'empereur d'Autriche monta au Vésuve, M. de Gimbernat, qui avait l'honneur de l'accompagner, fit goûter à ce prince de l'eau d'une fontaine qu'il avait établie au sommet du cratère à l'aide de dispositions ingénieuses propres à condenser les vapeurs. On reconnut que cette eau, qui ne retenait ni acide sulfureux, ni sels, ni aucun autre principe minéral, avait décidément le goût du bouillon- (Z. C.)

peuvent suffire, pour introduire des différences notables dans les propriétés de ces matières pseudoorganiques. Ce qu'il y a d'essentiel à mon sujet, c'est qu'il se produise, dans les volcans, une substance composée de carbone , d'hydrogène , d'oxigène et d'azote semblable , à cet égard , aux matières animales, mais différant de celles-ci, en ce que son origine est, tout-à-fait, inorganique; et il me semble que cette dernière circonstance est encore plus probable, dans ce cas, que pour ce qui concerne les eaux minérales.

Si les considérations que j'ai fait valoir jusqu'à présent, tendent à rendre raison de la formation primitive de la glairine qu'entraînent, les eaux sulfureuses d'un certain ordre; si d'un autre côté, l'on peut en déduire la production des dépôts glaireux qui se montrent avec tant de persévérance, au point d'émergence de ces sources, en admettant, seulement, qu'une portion de cette glairine exportée par les eaux, prend la forme floconneuse au contact de l'air, ou perd de sa solubilité par l'abaissement de température, et se dépose sous forme de concrétions glaireuses; il n'en est pas moins vrai que cette hypothèse se montre totalement insuffisante, s'il s'agit de rendre raison de certaines formes qu'affectent ces dépôts glaireux.

Je ne saurais, par exemple, comment expliquer, par elle, la formation de ces glaires fibreuses qu'une certaine régularité de texture, l'arrange-

ment symétrique de leurs molécules rendent si semblables à des corps organises.

A cet égard, je serais fortement tenté de penser que ces dépôts de glairine, se formant au contact de Pair et à la sortie des sources, deviennent le réceptale d'animalcules qui pullulent dans leur substance et maîtrisent les molécules de glairine, de manière à communiquer à leur agrégat cette configuration fibreuse et symétrique dont il s'agit, à peu près comme le font les zoopbytes.

Cette manière de voir tendrait à faire concorder mes propres observations, concernant la glairine, comme produit pseudo-organique exporté des entrailles de la terre, avec le sentiment des naturalistes qui n'ont vu, dans les glaires, que des corps organisés et vivans d'un ordre particulier.

Elle se fortifierait, d'ailleurs, de quelques observations que j'ai rapportées , relativement à la marche que suivent les glaires, dans leur putréfaction.

Par elle, s'expliquerait , par exemple , pourquoi les glaires , surtout les glaires fibreuses, après qu'on les a enlevées des sources, exhalent bientôt une odeur putride, infecte, et subissent, en peude jours, les phénomènes d'une véritable corruption; tandis que, après ce mouvement putréfactif , qui évidemment n'est que partiel, la presque totalité de la masse glaireuse peut se maintenir, pendant trèslong-temps, à l'abri de toute altération progressive, et manifeste ainsi l'aptitude si remarquable de sa

principale substance à une sorte d'incorruptibilité. Ne serait-ce pas que la tendance putréfactive si prompte, d'un côté, à se prononcer, est l'apanage des animalcules dont la concrétion glaireuse est devenue la matrice, tandis que, d'autre part, après cette élimination, le réceptacle lui-même, éminemment formé deglairine, résisterait, efficacement, aux causes habituelles de décomposition?

Il n'appartient qu'à l'observation aidée du microscope de vérifier ce qu'une telle présomption peut avoir de justesse, et c'est en reprenant , d'après cette vue, l'examen attentif de ces productions glaireuses, que les naturalistes détermineront jusqu'à quel point l'intervention d'animalcules pourrait faire naître, dans certaines concrétions glaireuses, les apparences de l'organisation, ou même leur imprimer, d'une manière passagère, le caractère de l'animalisation; de telle sorte que tantôt ces glaires jouiraient d'une activité intestine qui leur ferait prendre, aux yeux de l'observateur, les allures de l'animalité, et tantôt elles se montreraient dans un état d'inertie qui, pour une investigation fugitive, se bornerait à simuler l'existence végétative. Cette différence, on le conçoit, pourrait ne dépendre que des époques où l'observation serait faite et de l'état de vie ou de mort des animalcules qui se seraient introduits dans les glaires.

S'il en était ainsi, on déduirait, très-aisément, de la différence des animalcules qui viendraient

animer les glaires , et leur imprimer des configurations si semblables à celles des corps organisés, pourquoi telle forme de glaires est familière aux sources sulfureuses dont la température se maintient entre certaines limites, et pourquoi ces formes cessent d'être les mêmes, lorsque ces limites de température sont dépassées en plus ou en moins. Cela tendrait, évidemment, à faire concorder les aptitudes vitales de certains ordres ou de certaines espèces d'animalcules avec l'ascendant de températures plus ou moins élevées et du caractère sulfureux plus ou moins développé dans les eaux, etc. Cette manière d'envisager les faits donnerait la clef d'une foule de résultats qui, sans cela, semblent être inconciliables, et se prêterait, surtout, à ce fait fondamental que je me suis efforcé d'établir, d'après l'expérience, savoir : que la matière qui constitue la base des glaires a été amenée du sein de la terre à sa surface avec le courant des eaux sulfureuses; ce qui est fort éloigné de l'idée que semblaient suggérer quelques considérations empruntées à l'histoire naturelle.

En résumant les considérations que je viens de développer dans ce Mémoire , j'en retracerai l'enchaînement de la manière suivante :

1°. Les eaux sulfureuses des Pyrénées orientales offrent toutes, hleuv bouillon, des concrétions glaireuses, ordinairement blanches, mais, d'ailleurs, de formes et de nuances variables.

2°. Ces glaires sont formées d'une substance

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particulière analogue aux matières végéto-animales , azotée comme elles, et, comme telle, donnant lieu à une production d'ammoniaque dans Pacte de sa décomposition par le feu. Je l'ai appelée glairine.

3°. Ces concrétions de glairine se représentent, dans les eaux sulfureuses, quelles que soient leurs températures; même dans les eaux sulfureuses froides; tandis qu'on ne les retrouve point dans les eaux non sulfureuses, quoique fortement thermales.

4°. C'est surtout à l'extérieur des sources que se montrent ces agrégats glaireux; ils s'étendent peu au-delà du bouillon, et l'on n'en retrouve que de faibles quantités dans les parties accessibles des canaux intérieurs que ces eaux parcourent.

5°. Ces agrégats glaireux ont été envisagés, par les naturalistes, comme autant d'êtres organisés que le mode de leur vitalité ne fait prospérer que dans les eaux chaudes. Les considérations que j'ai fait valoir tendent à prouver que ces glaires résultent, principalement, de l'agrégation des molécules de glairine qui sont exportées par les eaux. Si , dans quelques cas, ces agrégats offraient des indices d'activité animale, il est probable que ce serait par suite d'un développement d'animalcules dont ils seraient devenus les réceptacles.

6°. Toutes les eaux sulfureuses qui , dans les Pyrénées orientales , s'accompagnent de glaires à leur bouillon , entraînent, à côté des matériaux

sulfureux et cTun sons-carbonate alcalin, une matière carbonisable azote'e, analogue, par sa nature inlime, aux substances végéto-animales, et identique, par ses propriétés, avec Pingrédient constitutif des glaires. (Test encore de la glairine.

70. Cette matière carbonisable azotée est offerte, par ces eaux, à leur sortie delà terre, partie en dissolution, ce qui donne à ces eaux concentrées la faculté d^exhaler une odeur de bouillon ; partie sous forme de flocons glaireux qui semblent se produire au contact de Pair et donnent lieu aux concrétions glaireuses.

8°. Inexistence, dans les eaux sulfureuses, d\ine matière analogue aux substances animales , loin d^être exclusive aux sources des Pyrénées orientales et de se montrer comme subordonnée à des causes locales, semble se représenter, également, dans les eaux sulfureuses des autres contrées , reconnaître ainsi des causes générales , et se lier étroitement au mode d^élaboration qui, dans le sein de la terre , fait naître les eaux sulfureuses.

90. Les eaux sulfureuses à glairine proviennent toutes, dans les Pyrénées orientales, des terrains primordiaux, et la quantité de cette matière qu'elles fournissent habituellement, témoigne que ses causes productrices jouissent, dans ces sortes de terrains, d'une grande activité.

io°. Toute imitation artificielle des eaux sulfureuses de la nature , où Ton n1a tenu aucun compte de cet ingrédient si remarquable de ces eaux, a dû

être, par cela même, nécessairement imparfaite, etlessubstitutions qu'on s'est, quelquefois, permises, pour remplacer la glairine, ont été' peu légitimes; attendu qu'on n'a pu mettre en œuvre, à sa place, (jue des matériaux très-différens.

ii°. L'existence de la glairine, dans les eaux sulfureuses de la nature , rend ces eaux peu propres à être, longuement, conservées pourles besoins delà thérapeutique, et devient, à la fois, le motif d'un renouvellement fréquent de ces eaux et celui d'une surveillance particulière à exercer sur les dépôts d'eaux minérales où l'on distribue des eaux sulfureuses,

12°. Tout est à faire, encore, pour déterminer la part qui revient à la glairine , dans les effets thérapeutiques que l'on obtient de l'emploi des eaux sulfureuses naturelles.

i3°. Ce n'est pas, seulement, par un certain nombre de ses caractères que la glairine diffère des composés primaires organiques; elle s'en distingue , surtout , par son origine et par l'ensemble des conditions qui président à sa formation comme provenant des terrains primitifs.

i4°- On ne saurait envisager la glairine, exportée par les eaux, comme provenant d'aucun dépôt de matières organiques que les révolutions du globe auraient enseveli dans les couches de la terre que ces eaux traversent.

i5°. On ne saurait , non plus, la considérer comme représentant les débris de certains êtres

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organisés et vivans qui seraient cache's dans le trajet souterrain de ces eaux.

i6°. Il est éminemment probable que cette glairine, qu'apportent, avec elles, les eaux sulfureuses, est le produit de certaines combinaisons chimiques qui se réalisent entre quelques ingrédiensconstans de ces eaux , sous l'ascendant de conditions propres à ce travail souterrain.

170. La formation de ces sortes de composés pseudo-organiques peut invoquer, en sa faveur, non-seulement les suggestions de la doctrine, mais encore certaines données de l'expérience et de l'analogie.

180. En attribuant, à la glairine que les eaux sulfureuses entraînent, une semblable origine , on embrasse mieux, que de toute autre manière, les circonstances les plus importantes de son histoire naturelle, notamment retendue de ses proportions, la généralité de sa manifestation dans un certain ordre d'eaux minérales qui sortent des terrains primitifs , ses rapports constans avec la pré-r sence des glaires au bouillon des sources, etc.

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