DES PYRÉNÉES
Dans mon Mémoire sur le dégagement du Gaz Azote, du sein des eaux minérales sulfureuses, qui est inséré au tome XVIII des Annales de chimie et de physique , j'avais énoncé que toutes les eaux sulfureuses des Pyrénées orientales m'avaient offert un sous -carbonate alcalin à côté d'un hydro-sulfate ', et tout me faisait penser que estait , généralement , du sous - carbonate de soude.
L'exactitude de ce résultat fut suspectée par M. Longchamp, qui , publiant , dans le même journal, des observations dont mon premier Mémoire lui avait fourni le texte, assure que les eaux sulfureuses des Hautes-Pyrénées ne contiennent pas vestige d } acide carbonique /présente V alcali comme
1 Ann. de chim. et de phys., t. XVIII, p. ia3.
existant à Vétat caustique dans les eaux de Baréges , Cauterets, etc., et laisse entendre qu'il doit en être de même dans les eaux des Pyrénées orientales qui m'avaient occupé *.
En répondant aux observations de M, Longchamp, mais ne connaissant pas encore les preuves expérimentales qui lui avaient servi à établir son assertion, je me bornai à justifier la mienne. Je crus la placer à l'abri de toute attaque en faisant connaître la méthode expérimentale qui lui servait de base.
Elle consiste, comme on a pu voir, à remplir d'eau sulfureuse une cornue tubulée qu'on fait suivre de deux flacons tenant de l'eau de baryte; à porter l'eau delà cornue à l'ébullition qui, seule , n'en dégage que très-peu d'acide hydro-sulfurique; à ajouter, par la tubulure, lorsque tout dégagement gazeux semble arrêté, de l'acide sulfurique étendu ou de l'acide oxalique en dissolution; immédiatement après l'addition d^un acide, on voit s'échapper des matières gazeuses , dont l'acide carbonique fait évidemment partie, puisque l'eau de baryte est précipitée et que ce précipité est un carbonate.
Cette manière de procéder me semblait péremptoire. Elle témoignait, irrésistiblement, que, du moins dans les eaux sulfureuses des Pyrénées orientales, l'alcali existait à l'état de sous- carbonate.
* Loc. cit., t. XIX, pag. 188.
Si le sentiment de M. Longchamp avait eu à invoquer des données aussi décisives, si les eaux qu'il a examinées avaient pu subir ce genre d'essais sans donner d'acide carbonique , il fallait nécessairement en conclure que, pendant que la soude existait dans nos eaux unie à l'acide carbonique, celles de Baréges, Cauterets, etc., ne la contenaient que libre et caustique.
Cette double manière d'être de l'alcali était sans doute possible; mais la différence était trop importante pour ne pas demander à être convenablement éprouvée.
Les preuves alléguées par M» Longchamp sont fort éloignées, si je ne me trompe, d'être aussi entraînantes que celles que j'avais fait valoir. Ce chimiste les a exposées dans une note sur les eaux sulfureuses de Baréges, Cauterets, etc., qui fait partie du tome XXII des mêmes Annales.
L'existence de la soude, à l'état caustique, dans ces eaux, y est principalement déduite de ce que, ramenant au bleu la teinture de tournesol rougie par un acide, elles ne sont pas, cependant, louchies par l'eau de chaux, comme cela devrait être si la soude y était unie à l'acide carbonique.
M. Longchamp attache une haute importance à faire ressortir ce résultat. « Je crois, dit ce chimiste, m devoir appuyer d'autant plus sur ce fait que , » outre qu'il intéresse l'analyse chimique des eaux, » il me parait très-important pour l'art médical, )) en ce que je pense qu'une partie des effets des
» eaux de Baréges est due à cet alcali. C'est lui qui » réveille ces chairs tombées en atonie, et qui me » semble la cause de ces beaux miracles qu'elles * opèrent sur les plaies anciennes. »
Cette opinion du chimiste a bientôt trouve' du crédit chez les médecins. Ils n'ont pas tardé à faire honneur à V alcali caustique d'une bonne partie des bons effets produits par les eaux de Baréges, etc. , et une notable défaveur semblait devoir attendre , à cet égard, les eaux sulfureuses qui n'auraient offert qu'un sous-carbonate alcalin.
Pour que cette manière d'envisager les vertus des eaux de Baréges, Saint-Sauveur, etc. , eût été fondée , il aurait fallu que les changemens heureux , qui surviennent dans les plaies anciennes , par l'usage convenable de ces eaux , ne fussent pas, également, l'ouvrage de sources sulfureuses qui, au lieu de présenter la soude à l'état caustique , la tiennent manifestement sous forme de sous-carbonate. Or les observations médicales certifient pleinement, que les sources qui s'offrent avec le double caractère d'être sulfureuses et alcalines sous-carbonatées exercent une action thérapeutique du même genre que celle des eaux de Baréges, Saint-Sauveur, etc. Je puis assurer , à ce sujet , que les beaux miracles des eaux de Baréges sur les plaies anciennes, ne sont pas étrangers aux eaux des bains d'Arles, quoique celles-ci tiennent, à côté d'un hydro-sulfate de soude, non de la soude caustique, mais bien un sous-carbonate de cettebase.
TROISIEME MEMOIRE. 3oi
Cette analogie, pour moi évidente, dans les ffets thérapeutiques produits par nos eaux sulfureuses des Pyrëne'es orientales, et par celles des Hautes-Pyrénées, m'excitait déjà à présumer que les 'eaux des Hautes-Pyrénées ne recelaient pas la soude dans un autre état que celles des Pyrëne'es orientales.
D'un autre côté, la grande uniformité de constitution chimique que gavais aperçue dans toutes nos eaux sulfureuses me suggérait, également, que toutes celles des Pyrënées devaient se rapprocher, dans ce sens, et qu'il notait guère probable que , s'il existe de l'acide carbonique dans les sources des Pyrënées orientales, celles du reste delà chaîne en fussent complètement privées.
Mais ce qui semblait donner le plus de force à mes pressentimens, c'est, je dois le dire, la nature des preuves alléguées par M. Longchamp, pour établir l'existence de la soude caustique. Je me souvenais, en effet, qu'essayant, comme lui, nos eaux sulfureuses par l'eau de chaux , il avait souvent fallu attendre quelques heures pour voir se former le précipité de carbonate , et il me paraissait fort possible que ce chimiste n'eût admis l'absence de tout vestige diacide carbonique que parce qu'il Saurait tenu compte que des effets instantanés du réactif.
Je ne pouvais espérer de lever toute espèce de doute, qu'autant que j'aurais pu examiner, sur les lieux, les sources des Pyrénées qui ont occupé
M. Longchamp, ou que j'aurais pu recevoir des échantillons de leurs eaux , avec toutes les garanties qui devaient me donner la certitude de les retrouver dans toute leur intégrité originelle, par rapport à la soude.
Une occasion de ce genre , que j'avais long-temps désirée, est venue s'offrir, enfin , pour obtenir de ces eaux avec les conditions requises. L'examen très-attentif que j'en ai fait, en confirmant pleinement la justesse de mes pressentimens, ne m'a laissé aucune espèce de doute sur le genre d'illusion dont M. Longchamp n'avait pu se défendre. Il m'autorise à affirmer que les eaux de Baréges, Saint-Sauveur, etc., entièrement semblables, en cela , aux eaux sulfureuses des Pyrénées orientales, contiennent la soude, non à l'état libre et caustique, mais bien à l'état de sous-carbonate.
Les eaux de Baréges, de Caulerets, de Saint- Sauveur, celles même de Bagnères de Luchon , ont été, successivement, l'objet de mes recher ches. Elles avaient été puisées aux sources et renfermées dans les bouteilles avec les précautions les plus minutieuses pour prévenir les effets de l'air et les déperditions du principe sulfureux. Aussi, lorsque j'ai eu à les examiner à Montpellier, étaientelles toutes plus ou moins décidément sulfureuses; précipitant en noir les sels d'argent et les sels de plomb; ne jaunissant instantanément, par l'acide arsénieux, qu'autant qu'on ajoutait un autre acide; verdissant le sirop violât; ramenant au bleu le
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tournesol rougi par un acide et se comportant , dans toutes les épreuves que je leur ai fait subir, à peu près de la même manière; variant seulement par l'intensité des phénomènes ou les proportions des produits.