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On sait qu'après la mort de l'Empereur Charles VI^ dernier rejeton mâle de cette puissante Maison d'Autriche qui avait donné seize Chefs à l'Empire , un conflit général s'alluma en Europe au sujet de sa succession. Se fondant sur la Pragmatique sanction du 19 arril 1713, Marie-Thérèse, Reine de Hongrie et de Bohême^ femme de François de Lorraine^ Grand Duc de Toscane, et fille unique du Prince défunt^ s'était mise en possession des vastes États de son père. Mais attaquée dans celte possession par les Rois d'Espagne et de Naples, qui avaient l'appui de la France ^ inquiétée d'autre part par le Roi de Prusse, assaillie sur tous les points à là fois^ elle dut déployer toute l'énergie de son caractère pour résister au torrent qui la menaçait.
Dans ces circonstances critiques^ et pendant la longue guerre qui s'ensuivit^ son plus constant^ son presque unique allie fut Charles-Emmanuel III ^ qui toujours fidèle à ses engagements^ nonobstant les pé* ripéties d'une lutte de sept ans^ donna à l'Autriche^ dont la cause se confondait alors avec celle de l'indépendance politique de l'Italie , des marques de dévouement telles^ que l'on peut affirmer comme un fait historiquement notoire ^ que ^ sans lui^ sans son génie et sans ses efforts , cette Puissance ne posséderait pas aujourd'hui un pouce de terrain en deçà
des Alpes.
Le premier traité d'alliance conclu entre ce Monarque , à qui la postérité a justement donné le titre de Grand, et Marie-Thérèse, est du i.*' février 1742,
' il est relatif aux secours que le Roi devra fournir à cette Reine pour la défense des territoires de Pavie , de Plaisance et de Parme. Dans cet acte Charles - Emmanuel s'engage provisoirement à ne pas faire valoir contre l'Autriche ses droits sur le Milanais.
' A ce sujet il est à propos de rappeler que les droits de la Maison de Savoie sur le Duché de Milan , bien que vivement contestés à cette époque-là par l'Empire, étaient cependant fondés sur des titres irréfi^ag^bles. Ces droits lui venaient de Catherine^ fille de Philippe II ^ Roi d'Espagne , lequel , à la mort
de François Sforza . avait ëtë investi du Duché dotait il s'agit par l'Empereur Charles V son père. Catherine avait épousé le Duc de Savoie Charles-Emmanuel I^ et comme la ligne masculine de Philippe II n'avait pas tardé à s'éteindre en la personne de Charles IT^ dernier Roi d'Espagne de la Maison d'Autriche , les descendants de cette Princesse se trouvaient les premiers en rang pour entrer en possession du Milanais^ à teneur du diplôme impérial du i a décembre 1 549r qui avait réglé l'ordre à suivre pour la succession de ce fief. A peine le traité du i." février 174^ était-il signé ^ que Charles-Emmanuel III dut entrer en campagne à la tête d'une ormée de plus de 40^000 hommes^ qui prit position sur les frontières du Parmesan^ pour faire face aux Espagnols qui arrivaient de Naples/ ou des ports de la Toscane.
Ce qui a été dit^ il y a un instant^ sur l'efficacité du concours prêté en cette occasion par le Roi de Sardaigne à l'Autriche, est tellement vrai, que Marie- Thérèse n'avait alors en Lombardie que 1 1,000 hommes sous les ordres du Maréchal de Traun.
Le i3 septembre 174^, après avoir essayé vainement d'arracher la Savoie aux Espagnols, Charles- Emmanuel conclut, à Worms, avec Marie -Thérèse, un traité important, en ce qu'il est la première source des droits qu'aujourd'hui compétent au Gouvernement
Sarde sur le Duché de Plaisance. Dans Tarticle 9 de ce traité^ la Reine ^ en considération du zèle et de la géisbéposUé avec lesquels S. M- le Roi de Sardaigne ^^e^t portée à exposer sa personne et ses États pour lu causet puifUque, et pour celle de S. M. la Reine de. Hongrie et de Bohême , et de la Sérénissime Maison d Autriche y et des secours effectifs qu'elle en a d^fà reçus y et par plusieurs autres moti& qui y sont eX|>riDQ^$.> lui &it ce^siom du comté Anghéra , du Viglévanasq^e^ d'uue portion du Pavésan^ et lui cède en outre la ville de Plaisance avec la partie du Plaisaafin qui est entre le Pavésan jusqu'à moitié du lit d» la rivière Nura y depuis sa source jusqu'au Pô , de manière que le milieu , autant de la Nura , que du Pô y fasse ici la borne des deux États y et que par conséquent ce qui appartenait jusque ici au Plaisantin de tauire côté du Pô , en reste séparé.
Dans un article précèdent de ce même traité^ le Roi de Sardaigne renonce à ses prétentions sur le Milaoi^is y mais seulement en faveur de la Reine y et de ses héritiers et successeurs.
'Ea^ v«ptu d;e$ stipulations ci-dessus énoncées y Charles-Emmanuel prit possession du Duché de Plaisauce y ainsi que des autres portions de territoire fiiiisaat Tqbjet de la cession. Successivement la guerre continua avec des alternatives d<e succès et de revers.
Enfin le i8 octobre 174^9 ^ùt conclu le fatteux traité d'Âix-Ia-Cbapelle ^ qai rétablit la ^six ^tkït^ toutes les Puissances beiligérai)ti^*
Dans railtcle 6 de ce traité^ il est dit que la Savoie et le comté de Nice , qui avaient été enleTés au Roi de Sardaigoe par les Français et les Espagnols, lui seront restitués ; puis , dans Farticle 7 , les hautes parties contractantes s'expriment ainsi qu'il suit:
En considération des restitutions éfue S. M^ TYès- Chrétienne , et S. M. Catholique /wtt par te présent traité soit à S. M. rimpératrive Reitiê de Hongrie et de Bohême, soit à S. M. le Roi de Sardaigne, les Duchés de Parme , de Plaisance et de GuastoUa, appartiendront à Va^erUr au Sérénissime Infant Don Philippe y pour être possédés par lui et ses enfans mâles y nés en légitime mariage y en la même manière ^ et dans la même étendue -, qu'ils ont été possédés par les présens possesseurs y et ledit Sérénissime Infhnt au ses descendans mâles jouirent desdits trois Duchés conformément et sous les conditions exprimées dcms les actes et cession de V Impératrice Reine de Hongrie et de Bohême , et du Roi de Sardaigne.
Les actes de cession dont il est &it mention \t\ font partie des préliminaires signés à Aixrla-Chapelle le 3o avril précédent^ et sobt conçus de la manière suivante;
léCS Duchés de Parme , Plaisance et Guastalla seront cédés au Sérénissime Infant Don Philippe y pour lui tenir lieu d^ établissement y avec le droit de réversion aux présents possesseurs ^ après que S. M. le Roi des Deux Siciles aura passé à la Couronne d* Espagne j ainsi que dans le cas où le Sérénissime Infant Don Philippe viendrait à mourir sans enfans.
Ensuite du traité dont on vient de parler^ Charles- Emmanuel dut ë?acuer Plaisance; il ne retenait pour prix de son dévouement à l'Empire, et pour dédommagement des pertes immenses que la guerre lui avait fait éprouver, que les territoires de Vigévano et d'Anghéra, et une petite portion du Pavésan. Or il est évident qu^n tout ceci, par le fait de T Autriche, le Roi de Sardaigne se trouvait privé de la souveraineté et propriété du Duché de Plaisance que l'Impératrice Marie-Thérèse lui avait cédé, ainsi que l'on a vu, par le traité de Worms, comme correspectif des sacrifices qu'il avait fait pour soutenir les intérêts de cette Princesse , et de sa renonciation aux justes prétentions qu'il pouvait faire valoir sur le Duché de Milan. Il suit de-là que la Maison d'Autriche n'ayant pas garanti , ou pu garantir, lors du traité d'Aix-la- Chapelle , le maintien intégral de la cession consentie à Worms le i3 septembre 174^^ la Maison de Savoie
était fondée ù faire revivre ses prétentions sur le Milanais.
On a vu que l'un des cas qui^ suivant le traité d'Âix-la-Chapelle^ devait donner ouverture à la clause de réversibilité du Duché de Plaisance en faveur du Roi de Sardaigne^ était celui où le Roi de Naples serait appelé à la Couronne d'Espagne ; or ce cas arriva précisément en 1 769 que Charles , Roi des Deux SicileS; fut appelé à succéder au Roi d'Espagne Ferdinand YI. Charles-Emmanuel déclara aussitôt qu'il entendait être admis à la jouissance de ses droits sur le Plaisantin ; mais les Rois de France et d'Espagne ^ signèrent le i5 août 1761 un pacte de famille^ par lequel ils s'engagèrent à garantir l'In&nt D. Philippe contre l'efiectuation de la clause invoquée par le Roi de Sardaigne^ et à procurer à ce dernier une indemnité proportionnée à son intérêt. Des négociations furent entamées sur ce point ^ et après d'assez longues discussions^ on conclut à Paris ^ le 10 juin 1763^ un traité par lequel les Cabinets de France et d'Espagne voulant indemniser Charles-Emmanuel de la non-exécution de la clause dont il est question, prirent l'en^ gagement de lui fournir , en revenu annuel, une somme égale à ce que rapporterait à ce Prince le Duché de Plaisance, déduction faite des charges et frais d'administration , à V effet de quoi y y est-il dit,
5* M* Très-Chrétienne s'engagera par une cons^enUon particulière vis-à-vis de S. M. Sarde à la remise de la somme capitale du revenu dudit pajrs, laquelle somme sera vérifiée à t amiable et de bonne foi entre les deux Cours de France et de Tuf*in.
Moyennant ces promesses ^ Charles-Emmanuel consentit à laisser l'Infant D. Philippe en possession paisible du Plaisantin , et à ce que la clause de ré- Tersibilitë £&t modifiée de la manière suivante , ainsi qu'il en résulte de l'article i.^' du traité ci-dessus cité y savoir : Leurs Majestés Catholique et JYès- Cftrétierme reconnaissent de nouveau en faveur de Sh m, le Roi de Sardaigne le droit de réversion de la souveraineté de la ville de Plaisance , et de la part du Plaisantin jusqu'à la Nura y spécifiée dans le traité dC Aixda-ChapeUe y au cas où la ligne masculine de V Infant Don PtUlippe possesseur actuel viendrait à s^ éteindre, de même que dans le cas ou ce Prince , ou ses descendons mâles passeraient par succession à une des Couronnes de la famille.
Dans Tarticle 4 il ^st ajouté que^ le cas de réversion arrivant^le Roi de Sardaigne ne pourra se mettre en possession du Duché de Plaisance qu après avoir pris avec le Roi de France les mesures propres ù assurer à celui-ci la restitution de la somme qui aura ^té. payée.
Il est à noter que^ le jour même où ce tmitë Ait conclu^ les Plénipotentiaires Français et Sarde passèrent une convention par laquelle Findemnité retenant au Roi de Sardaigne^ pour l'objet dont il s'agit^ fiit fixée à huit millions et deux-cents mille Irrres tournois^ que l'on convint de placer au denier a5 sur les Monti de la ville de Turin.
De fait, le placement de cette somme s'effectua conformément aux intentions des parties contractantes, ainsi qu'il en résulte des Patentes Royales du 3 septembre de ladite année.
Une observation importante trouve ici sa place. En 1 8 1 4 ^ après la rentrée du Roi Victor-Emmanuel I dans ses États , le Gouvernement Sarde avait , à ce qu'il paraît, l'intention de diriger l'attention des Puissances sur ses droits au sujet du Plaisantin; M/ le comte Napione de Cocconato rédigea à cet égard un petit mémoire, où, en ce qui concerne la restitution éventuelle des 8 millions et aoo mille livres dont il a été parlé ci-dessus, il s'exprime ainsi :
A V égard de cette restitution y dit-il, on fait observer qu'elle ne pourrait plus asK>ir lieu aujourd'hui par les raisons suivantes: La suppression totale et sans aucune indemnité faite par le dernier Gouvernement Français des Monti de la ville de Turin , suppression qui a occasionné de si graves dommages,
tant aux particuliers quaux ûeuyres pies et au pu-trimoine ecclésiastique , a entraîné pour VÉtat des charges incalculables en ce sens quHl est obligé main-tenant de suppléer d'une autre manière aux exi^ geances des églises et aux besoins des pauvres. Cela posé^ de deux choses tune: ou Von prétend que les Monti subsistent encore y et dans cette hypothèse ce serait au Gouvernement Français qui les a abolis de fait y qui a brûlé leurs cédulesy aies rétablir; ou ton admet quils ne subsistent plus^ et alors îe Gouver" nement du Roi ne saurait être tenu de rembourser des capitaux dissipés par ceux-là mêmes qui voudraient en demander la restitution.
Par le Irailë de Paris du 3o mai 1814^ le Roi de Sardaigne fut réintégré dans les possessions de ses ancêtres^ à Tcxception d'une portion de la Savoie qui^ comme on sait ^ fut annexée à la France. Ce traité ne contient absolument rien touchant les droits de ce Prince sur le Duché de Plaisance.
Peu de tems après s^ouvrit le Congrès de Vienne. Une des premières préoccupations des négociateurs envoyés à ce congrès fut d'assurer le repos de l'Italie par une juste répartition de forces entre l^s États
fl dont elle se compose. C'est dans ce but surtout que l'on pensa qu'il était indispensable d'incorporer au Royaume de Sardaigne le territoire de l'ancienne République de Gènes. Il est probable que s'il ne se fài pas agi alors de créer une position à S. M. l'Impératrice Marie - Louise , les Puissances n'auraient pa$ manqué de compléter leur oeuvre par l'annexion aux États-Sardes des Duchés de Parme , de Plaisance et de Guastalla.
En nous donnant la possession du territoire de Génes^ on nous donnait bien un port dans la Méditerranée^ mais on ne nous attribuait qu'un pays stérile^ et l'on nous obligeait à des dépenses considérables pour l'organisation d'une marine^ tandis qu'il eût été rationnel^ et tout-à-&it dans l'intérêt de Véquilibre italien^ si nécessaire à la paix de l'Europe ^ de réunir au Piémont des provinces qui , en quelque sorte ^ le complètent^ soit par leur position géographique /soit par la nature de leurs productions.
Le traité particulier de Vienne du 20 mai 181 5 vint régulariser la position du Roi de Sardaigne^ qui n'avait été^ pour ainsi dire^ qu'indiquée dans celui de Paris du 3o mai précédent. Un des annexes de ce traité est relatif à la réversibilité du Duché de Plaisance; il Êiit l'objet d'une convention à part entre la Sardaigne et l'Autriche^ et il est ainsi conçu :
Le droit de réversion de S. M. le Roi de Sar daigne sur le Dtwhé de Plaisance , stipulé par le traité d' Aix4a*Chapelle de 1748 et par le traité de Paris de 10 Juin 17^3^ est confirmé. Les cas où ce droit de9t^a se réaliser seront réglés dun commun accord ^ lorsque les négociations relatives aux États de Parme et de Plaisance seront achevées. Il est toutefois en^ tendu que y le cas échéant de cette réversion y la n)iUe de Plaisance et un rayon de 2000 toises y à partir de la crête du glacis extérieur ^ resteront en toute souveraineté et propriété à S. M. F Empereur dAu-triche , ^e^ héritiers et ses successeurs , et quHl sera cédé y en compensation y à S^ M. le Roi de Sardaigne une autre partie des Etats de Parme y ou auù^e contigue à ses États en Italie y à sa ûonvenancey et équiva^ lente en population et revenu à la ville de Plaisance.
Od voit qu'à Tëpoque où fiit rédigé cet article additionnel du traité de 20 mai i8i5^ on s'occupait , au Congrès de Vienne , à réaliser les projets que Ton avait conçus touchant la position à faire à S. M. Flmpératrice Marie-Louise. Et en effet ^ par l'article 99 de l'acte final de ce Congrès^ acte conclu^ comme on sait y le 9 juin 181 5^ il fut décidé : que S. M. Vlm^ pératrice Marie-Louise possédera en toute propriété et souveraineté les Duchés de Parme , de Plaisance et de Guastalla y à t exception des districts enclavés^
dans les États de S. M. Impériale et Rojrale, sur la ris^ gauche du Pô. Puis il est dit: que la réversibilité de ces pays sera déterminée, d'un commun accord, entre les Cours d! Autriche , de Russie , de France , d'Espagne , d^ Angleterre et de Prusse , tou&fols ayant égard aux droits de réversion de la Maison d'Autriche et de S. M. le Roi de Sardaigne sur les- X dits pays n
Il est évident que^ par cet article de l'acte final du Congrès de Vienne^ on sMeartait complètement Ait^ conséquences qui semblaient naturellement tracées par toutes les conventions intervenues jusqu'alors sur cette matière. On investissait Marie-Louise, à titre àd propriété et de souveraineté, d'un territoire qui en réalité revenait aux deaeendans de l'Infant Don Philippe, sous la condition de réversion stipulée dans les traités de 1748 et 1763. Ces mots en toute propriété et souveraineté, qui ne coiTcspondaient point à l'idée d'une possession purement viagère, telle qu'il était dans l'intention des Puissances de la donner à Marie-Louise, ces n)ots, disons-nous, qui impliquaient contradiction entre le fait et le droit, firent soupçonner que l'Autriche s'en était servie pour appuyer plus tard quelque arrière pensée ambitieuse. On a prétendu effectivement que, par un acte signé à Vienne le i4 septembre 18 15, il avait été aiTeté
qu'après la mort de S. M. rimpératrice Marie-Louise^ les États de Parme ^ Plaisance et Guastalla devaient passer à son fils le Due de Reichstadt. Il est à présumer que f si cet acte a existé , les difficultés qu'il devait susciter^ ou peut-être le refus de quelque Puissance d'y donner son adhésion^ empêchèrent qu'il ne fiit rendu public.
Quoiqu'il en soit^ comme il s'agissait ^ tout en pourvoyant aux intérêts de l'Impératrice Marie- Louise , de songer à un établissement pour la Branche Bourbonienne de Parme , issue de l'In&nt Don Philippe , on jugea à propos de lui attribuer la Principauté de Lucques^ avec droit de réversion en faveur du Grand Duc de Toscane , pour le cas où l'InÊinte , ou son fils^ Don Charles^ ou leurs héritiers directs^ viendraient à obtenir un autre établissement^ ou à succéder à une autre Branche de leur Dynastie. C'est ce qui fait l'objet des articles loo et 102 de l'acte Unal du Congrès de Vienne.
Il est évident que^ dans la pensée des Puissances qui prirent part à ce Congrès^ et qui^ ainsi que l'on a vu plus haut^ avaient l'intention de pondérer les forces italiennes de manière à y établir un juste équilibre^ il est évident^ disons-nous/ que la création^ ou le rétablissement des petites Souverainetés de Parme ^ de Modène^ de Lucques furent considérées comme de véritables entraves.
La position que l'acte final du Congrès de Vienne^ et successivement le traité définitif de Paris de ^o novembre i8i5 avaient feite à la Branche Bourbonienne de Parme ^ en lui enlevant ses domaines héréditaires , et en la confinant dans le Duché de Lucques^ avait été cause que le Cabinet d'Espagne s'était refusé à donner son adhésion à ces deux traités.
C'est ce qui donna lieu au nouveau traité de Paris du 10 juin 1817^ par lequel il fut dit^ article 3^ que les Duchés de Parme , Plaisance et Guastalla , après le décès de S. M. P Archiduchesse Marie-Louise , passeront en toute souveraineté à S. M. tInfanJte £ Espagne Marie-Louise ^ t Infant D. Charles-Louis , son fils y et ses descendans mdles, en ligne directe et masculine , à V exception des districts enclavés dans les États de S. M. Impériale ^ Royale y Apostolique sur la rive gauche du Poy lesquels resteront en toute propriété à ladite Majesté, conformément à la reS" triction établie par t article 99 de tacte du Congrès.
En ce qui touche les droits de réversion appartenant au Roi de Sardaigne , ils furent maintenus par l'article 7 de ce même traité ainsi conçu : La réversion des Duchés de Parme , Plaisance et Guastalla , en cas d^extinction de la Branche de t Infant Don Charles, est explicitement maintenue dans les termes du traité d'Aix-la-Chapelle de i^ifiet du traité
séparé entre tAuWiche et la Sardaigne du 20 mai
S'il est UD point de &it constant^ et dont personne nV jamais douté ^ c'est que^ contrairement à l'esjnnt des traités et aux intentions des Puissances^ les Duchés de Parme ^ Plaisance et Guastalb ont été gouvernés^ depuis 181 5^ comme un fîef^ comme une dépendance de l'Autriclie. Il n'est pas nécessaire de £|ire de grands frais de dialectique pour prouver que la conduite du Cabinet de Vienne était contraire aux droits des genSj et attentatoire aux intérêts politiques des autres États Italiens». Pendant l'année i &47> qui fut la dernière du règpe de Marie-Louise^ cette pression de l'Autriche sur les populations des Duchés avait pria un caractère beaucoup pltt décisif^ beaucoup plus tranché. Le Duc Charles- Louis ^ lors de son avènement^ fît ouvertement alliance avec l'Empereur^ et céda au Duc de Modène le Duché de Gua&taUa et le riche territoûre d'Oltr'Enza^ contrat éminemment lésif qui privait l'État d'un revenu annuel de 800 mille livres.
Enfin la révolution éclata dans ce pays le ^o mai 1848. Le même jour le Duc fit puMier un manifesti^
par lequel il transférait son pousfoir suprême à une Régence de 5 membres ^ avec &culté d'accorder telles institutions qui seraient jugées convenables. Dans des actes postérieurs^ il manifeste le désir d'adhérer à la Confédération Italienne^ et de voir promulguer un Statut semblable au Statut Piémontais^ ou à la Gon* stitution Toscane. Ailleurs il fait connaître qu'il a déjà imploré le secours du Roi de Sardaigne^ pour la protection des États de Parme contre l'ennemi commun , et qu'il a mis toutes ses troupes à la di$* position de ce Prince^ qui se trouvait alors à Alexandrie. Par un acte de 29 mars ^ il avait déclaré que^ ne voulant pas être personnellement un obstacle à l'accomplissement des destinées de l'Italie , il remettait à Sa Sainteté le Pape Pie IX ^ à S. M. le Roi Charles-Albert et à S. A. R. le Grand Duc Léopold II le soin de prononcer sur son propre sort^ s'en rapportant entièrement à leur arbitrage^ et étant disposé à accepter les dédommagemens qu'il leur plairait de lui accorder.
Le 8 avril suivant^ désirant écarter les soupçons de ceux qui doutaient encore de sa pleine et entière adhésion à la cause italienne ^ sur le motif que la convention qu'il avait passée avec Modène y bien que nulle de fait^ ne l'était pas encore de droite il déclara qu'il tenait pour nulle de toutes les manières
cette conventioa qui , dit-il ^ a été la coiiséquence de la dépendance politique dans laquelle il se trouvait alors ^ et lui a été imposée par la présence des troupes autrichiennes dans ses États.
Le lendemain enfin il accepta la démission du Conseil Suprême de Régence institué précédemment par lui^ et renonça à tous ses droits en consentant à rétablissement d'un Gouvernement provisoire.
On sait que le Gouvernement provisoire ayant cru devoir consulter le pays sur ses destinées^ le vote des populations fut presqu'unanime pour demander l'annexion des Duchés aux États Sardes. Cette annexion fut acceptée par le Parlement Piémontais ^ et sanctionnée par la loi du i6 juin 1848.