GUICHARD III
Guichard III succéda à son père environ 4102 ou H 03; il ctoit déjà âgé, car ou le trouve présent à une charte de Savigny (a), sous l'abbé Dalmais, qui doit être d'environ l'an 1070 ou 1080. Cette charte contient un accommodement qui fut fait entre cet abbé et Aimon, chevalier, seigneur du château de Lay, en Beaujollois. Ca seigneur, qui éloit fort puissant, ayant les terres de Lay, de Jous et plusieurs autres, exigeoit de l'avoine et du foin des habitants de Tarare et de Saint-Loup, dont les églises et les rentes ou censives appartenoient à l'abbaîe de Savigny. L'abbé prétendoit qu'on ne devoit pas exiger ces droits de ses hommes ou sujets ; mais ne pouvant l'empêcher par la voie de douceur, il se résolut à faire la guerre au seigneur de Lay. Il alla assiéger son château et le prit avec l'aide de Dieu, dit-il, celle de saint Martin et d'un comte appelé Renaud, et il fit razer ce château. Aimon appela apparamment à son secours ses amis et alliés, et il alloit se venger de cet abbé, mais des amis communs s'entremirent pour les régler, et par l'accommodement, l'abbé Dalmais, pour indemniser Aimon de la prise et du renversement de son château, aussi bien que des droits d'avoine, de foin, et des autres qu'il prétendoit sur les terres de l'abhaïe, donna 1 00 s. à ce seigneur, 20 s. à sa femme et 5 s. à Humbert de Vigny ; outre quoi il donna â Aimon deux mas, pour les tenir en lief de l'abbaîe aux mêmes charges qu'il en tenoit déjà d'autres qu'il avoit eues de son père. Aimon les ayant acceptés, prêta serment de fidélité à l'abbé de Savigny, se reconnut son homme et promit que, moyennant les llefs qu'on lui donnoit et ceux qu'il avoit déjà, ses fils et
(.. > «rtiiltir* Sarfgmi IW. 'A. fc-rntr.I. f. Ut, tk. 131.)
27 i MÉllOIltES POUR SERVIR
les lils de ses (Ils. jusqu'à la dernière génération, prëtcroient sermenttic fidélité à l'abbaie de Savigny, sans qu'on leur donnât aucun autre gain en terres ni en autres effets, si ce n'est ce qu'on venoit de donner à leur père, qui \oulut que ses dis ne violassent jamais sa promesse. L'abbé; Dalraais et Guichard de Beaujeu signèrent cette charte. Je crois que Guichard de Beaujeu approuva celte charte comme (ils du seigneur de fie( d'Aimon de Lay. Cette charte (ait voir que les seigneurs prétendoicnl des cens et servis en foin et en avoine sur les hommes de l'Église, et je crois que r'étoit pour le droit de protection dont nous avons parlé ; mais les religieux préten- ■ datant, comme nous l'avons dit, que ces droits éloient injustes. Je ne sais qui éloit ce comte Renaud, qui fit la guerre pour l'abbé de Savigny, à moins que ce ne (Ut le comte de Mâcon, qui auroit été ami de l'ahbé Dalmais et peut-être aussi ennemi du seigneur de Lay, ou le comte de Hoanne, ou quelqu'autre du voisinage.
En H 03, Htimbert de C.hâtillon, chevalier, fit un traité avec l'ahbé et les religieux de Cluny (a), sur la justice du village de Chavcyria. Humbert «voit épousé la fille de Berard de Luseis, seigneur d'un château près de Neu\ille-les-Dames, dont la poêpe reste encore. Berard avoit eu des usages et des coutumes, c'est-à-dire des droits seigneuriaux sur le \illage de Chaveyria, que les religieux prétertdoienl être injustes et mauvais. Humbert préiendoil encore y être seigneur haut justicier et devoir jouir des mêmes droits dont son beau-père avoit joui, quoique les religieux soutinssent que Berard, son beau-père, s'en éloit désisté. Ces religieux vouloienl se pourvoir contre lui en justice, sur quoi Humbert alla à Berzé-la-Villc parlera l'abbé Hugues, pour terminer leurs difficultés, par l'avis de Berard de Sendrans, homme prudent et âgé. Ce seigneur déclara à Humbert de Châtillon que Berard de Luseis. son beaupère, étant à la lin de ses jours, avoit cédé et abandonné à l'abbaie de Cluny un repas ou droit d'être reçu qu'il exigeoit à Chaveyria, et toutes les mauvaises coutumes, les déprédations ou exactions qu'il y faisoit et exigeoit par lui ou par les siens, et qu'il ne s'étoit réservé autre chose u y exiger justement ou injustement, que la garde et la justice des malfacteurs qu'il disoit y avoir, défendant à ses descendants et à tous autres de sa race de demander et percevoir les droits qu'il cëdoit. Ce seigneur de Sendrans déclara encore que la justice se devoit exercer de manière que si le religieux qui avoit celte obéanec se plaignoit au seigneur et lui demandoit justice conlre quelqu'un de ses adversaires, ou conlre un larron on aulre malfacteur, le seigneur la lui devoit faire pleinement et entièrement, et qu'alors l'amende serait partagée entre l'obéancier et le seigneur, et que si quelque larron, qui ne seroil point homme de Saint-Pierre (c'est-à-dire demeurant dans les mas et directe de l'obéance de Chaveyria), faisoit quelque vol au marché et qu'il fût pris par le seigneur ou par sou prévôt, l'amende en seroil aussi partagée; mais à l'égard des hommes de Saint-Pierre (de Cluny], soit dehors ou dedans de Chaveyria, Berard déclara que le seigneur de Luseis n'y avoit aucune justice.
Humbert de Châtillon ayant entendu cette déposition, reconnut son tort: il
U, Cirtulair* D Uuny, W.ïtt!, ntU «9J. — liiLI. <rbti»i..n., cent. ï. c >\< l >. r- •>••
a l'histoire oe ik)*bes.
donna satisfaction à l'abbé Hugues et promit de ne rien entreprendre, à l'avenir, au ilelù de ce que Mr de Sendrans avoit déclare lui appartenir, ce qu'il promit en plein chapitre. Pascal II étant pape romain, Berard, frère d'Humbert (de Cliàtillon), étant évêque de Màcon, Henry, prieur, Bernard, eharaarier, et Hugues, célérier de l'abbaïe de Clunv, furent présents à cette déclaration avec Durand, prieur de Monlberthoud, Adelard, doyen de Romans, et plusieurs antres religieux. Les autres témoins furent Uerard de Sendrans, Guillaume de Siiint-André, Wigo de Setris, Milon de Laisé et plusieurs autres laïcs. Vojlà le second prieur de Montberthoud dont j'ave trouvé le nom.
Nous Iran ons dans presque toutes les chartes des abbaies et des autres églises, qu» les ecclésiastiques se phiignoient des mauvaises coutumes que les seigneurs exigeoient de leurs hommes. Celui qui a composé la Chronique de l'abhaie de Senonc (a) se plaint d'un Henry de Salins, avoué île leur ahhaîe, à qui le sort avoit fait avoir l'avoueric de deux ou trois de leurs paroisses. Il dit qu'il chargeoit leurs hommes de tailles et d'exactions, de servis et d'autres oppressions, en sorte que les habitants de cette paroisse avoienl |>eine à vivre. Il ajoute que cet avoué faisoit ces exactions parce qu'il étoit chargé de dettes, en sorte qu'un citoyen de Metz, qui étoit son créancier, l'avoit souvent obligé de s'y mettre en otage, où il avoit promis de demeurer faute de paiement, mais qu'il avoit enfreint son serment en quittant la ville, et qu'il avoit été obligé de vendre son château au duc de Lorraine et de le reprendre ensuite de lui en fief, pour payer ses dettes. Cet auteur se plaint encore de ce que cet avoué se rendoit maître des eaux et forêts de cette abbalc, qu'il obligeoit leurs hommes à aller plaider devant lui ou son bailly, sur ce qui regaidoit les fonds même de l'église, et qu'il levoit les amendes de ces contestations quoiqu'elles dussent appartenir à l'abbaïe. Il dit encore qu'il jugeoit toujours en faveur des paysans contre les religieux, et que quoique l'abbé put avoir des plaids ou audiences qu'il pouvoit tenir sans son avoué, que cet avoué y vonloil toujours être, sous prétexte de lui donner main-forte, quoique l'abbé n'en eût pas besoin. Il dit eufin que cet avoué contrai gnoit les fermiers de l'abbaïe, leurs gardes-bois et les autres ofliciers que l'abbé avoit seul droit de nommer et d'instituer, de l'aller servir, quoiqu'ils ne le dussent pas faire. L'on voit par ces plaintes les droits que prétendoient les simples avoués des ahbaïes, et l'on doit juger, par ces prétentions des avoués, combien celles des seigneurs alloicnt à de plus grands excès.
L'on trouvo une notice (b) dénuée de toute date, qui contient des acquisitions de fiefs que lit notre prince. Elle parle de plusieurs acquisitions faites d'une même chose en différents teins. Nous allons rapporter ces acquisitions, qui feront connotlre combien Guichard étendit son pouvoir et ses llefs.
L'on trouve d'abord que Guillaume, comte Alleman, r'étoit Guillaume, comte de Bourgogne et de Màcon, donna a Guichard de Beanjeu, pour lo récompenser de»
« Spici'., Km. I, r»p. ÎP, f.
u U.I.I. Jrlk.«jru.
57 i MÉMOIRES POUR SERVIR
grands services qu'il en avoit reçus el pour se Obérer de 1300 s. que ce comte lui devoit en rente féodale payable à la Saint-Martin d'il \ ver de chaque année, l'on troure, dis-je, que ce comte Guillaume lui donna la seigneurie de Cenve avec toutes ses appartenances et dé|>endances, pour en jouir de la même manière qu'Artaud do Mailly l'avoit possédée tandis qu'il en étoit prévôt et avant qu'il le fut de Maçon. Ce don fut fait à Salins, en présence, de la part du comte, d'Olderic Pou pet ou de la Poëpe, de Léopold de Cons, d'Hugues de Villegualbert, d'Ilumbert de Montmoret. d'Ilumbert de Salins et de Guichard d'Anthon. Les témoins de la part de M' de Beaujeu furent Hoberl l'Enchaîné, Guillaume, son fils, Artaud Girin, Girin de Verney et llumbert d'Andilly (a).
Plusieurs auteurs prétendent que c'est de ce comte Guillaume l'Alleman dont Pierre le Vénérable a parlé dans son livre des Miracles (b). Il y dit que pour la correction des mauvais princes, il rapportera ce qui étoit arrivé à Màcon, que tous les habitants de celle ville raconluient comme une chose notoire et publique, et dont l'on n'avoit aucun exemple pareil jusqu'alors. Pour mieux assurer ce qu'il dit, il veut faire connoltre la ville de Mâcou à tous ceux qui liront son livre ; pour cela il dit que cette ville est située sur les confins du royaume de France et sur la Saône: que cette rivière, qui prend sa source en Lorraine, et le Rhône, qui se jette dans la mer Méditerranée, séparent le Royaume de l'Empire teutonique ou des Romains, co qui fait voir que la souveraineté de Dombes étoit de l'Empire de tout teins, comme séparée du Royaume, Pierre le Vénérable l'attestant en cet endroit et marquant la Saône et le Rhône pour limite de l'un et de l'autre, comme nous avons fait voir qu'ils l'étoient effectivement ; il ajoute que Mâcon est la cinquième ville épiscopal* de la province de Lyon, au primat duquel elle est soumise. Il dit ensuite qu'une personne qui avoit tenu la principauté de cette ville sous le titre de comté, avoit exercé une cruelle tyrannie sur les personnes et sur les biens des ecclésiastiques, usurpant leurs biens et se les appropriant, chassant les chanoines ainsi que les religieux de leurs églises et de leurs monastères, ne craignant ni Dieu ni les hommes, par où il s'attira la colère de Dieu et la punition dont nous allons parler; car il dit que ce comte étant à Màcon, dans son palais, un jour solemncl, et ayant autour de lui un* grande multitude de chevaliers et d'autres personnes, un homme inconnu entra à cheval par la porte du palais et vint ainsi jusqu'à ce comte, tous les assistants le voyant et en étant dans l'admiration, et qu'il lui ordonna de le suivre et de lai venir parler; que quoique ce comte n'eût pas envie de le faire, il se sentit attiré par une main invisible qui lo força de suivre celui qui lui avoit parlé; que ce comte alla à la porte de sa maison, qu'il y trouva un cheval, que l'homme inconnu lui commanda de le monter, ce que ce comte ayant fait et pris les brides du cheval, cet animal l'éleva dans les airs au vu de tout le monde; que ce comte crioit et demandoit du secours à ses citoyens qui le perdirent de vue, et qu'il devint le compagnon des démons, dont toute la ville fut extraordinairement émue.
(») Gcnlit, p. SIS.
(•J UM. CIuUk.. p. !«»- — l'eirui V»iwrmbili», Mirant., lib. I», e»p. !•
A L'HIS70!HE DE [TOMBES. 87
Il ajoute que l'on disoil qu'il étoit encore arrivé quelque chose d'extraordinaire, de ses jours, dans la môme ville, car les habitante, dit-il, ayant bouché la porte par laquelle ce comte fut enlevé par cet inconnu, pour en conserver la mémoire, Otgier, prévôt de Guillaume, comte de Maçon, voulant faire déboucher cette porte pour s'en servir à des usages publics, cet Otgier étant aussi ennemi des églises et leur persécuteur, il fut enlevé en l'air, y demeura sus|H?ndu assez longtemps, tomba ensuite en terre et se rompit le bras; les ouvriers qui débouchoient celle porte ayant vu cette merveille, cessèrent leurs ouvrages et rebouchèrent cette porte pour être fermée à perpétuité, en mémoire de ces deux prodiges. Presque tous ceux qui parlent du premier événement prétendent que ce fut le comte Guillaume l'Alleman, dont nous venons de parler, qui fut ainsi enlevé par le diable; mais il semble que cette histoire devoit remonter plus loin, parce que Pierre le Vénérable étoit le contemporain, pour ainsi dire, de Guillaume I" dit l'Alleman, puisque ce Guillaume mourut, à ce que l'on prétend, en 1087 ou en 1098, et que Pierre le Vénérable vint au monde en 109». Il auroit donc du voir des personnes qui auraient vu elles-mêmes cet enlèvement, ou du moins en avoir vu de celles qui auraient vu les témoins de ce miracle ; cependant il ne dit pas d'en avoir vu ; il émit assez près de Maçon, étant k Cluny, dès qu'il n'y auroit eu que cinquante ou soixante .iris de cet événement, dans le tems qu'il écrirait, pour dire le nom de ce comte, ce qu'il ne fait point; il semble m.'me reculer le tems de ce miracle au delà du tems de Guillaume l'Alleman, prétendu mort en 1098, en disant que l'on montrait les anciennes ruines des églises que ce comte avoit fait raser ou démolir. Or.ce mot d'anciennes ruiner, pur rapport à Pierre le Vénérable, semble devoir remonter au-dessus de cinquante ans. Ceux qui ont attribué cet événement à Guillaume l'Alleman prétendent que le récit de Pierre le Vénérable est un conte qu'on pouvoil lui avoir fait, qu'il avoit pris pour une vérité, et qu'il l'avoitérril pour empêcher les seigneurs île vexer les églises. Bugnon dit que la foudre tomba sur ce comte et que le diable l'emporta ensuite en l'air; si cela, dit-il, est croyable; après quoi il ajoute qu'il est dit dans les archives de la ville de Màcon que quelques religieux de Cluny, vexés par ce comte, s'élanl déguisés en diables, l'enlevèrent, et que depuis cet enlèvement ce comte ne parut plus et qu'ils débitèrent ensuite le route que Pierre le Vénérable a écrit pour se disculper de l'homicide de ce comte. Ce qui détruit le miracle rapporté par Pierre le Vénérable, c'est que le Cartulaire de Beaujeu dit positivement qu'après la mort de ce comte Guillaume (ce qui suppose une mort naturelle), Kenaud, à qui le comté de Màcon étoit descendu par droit héréditaire, donna aussi et concéda à notre prince Guichard la même seigneurie de Cenve, pour la tenir en flef, comme le comte Alleman la lui avoit donnée, don qu'il fit à Maçon, dans le cloître des chanoines Saint Vincent, lorsque Guichard lui en alla faire son hommage. Les témoins île ce nouveau don furent, de la part de Renaud, comte de M.'icon, Odelard de la Sale, Otgier de Veislc, flurnbert de Monmorct, et de la part de M' de Beaujeu, Guichard de Piseis, Bernard de Besornay, Robi-rt l'Enchaîné, Guillaume, sen fils, ot Humbcrt d'Andilly. C'étaient presque les mêmes témoins pour Mr de Beaujeu qu'il avoit eus la première fois, ce (lui fait croire que ces deux investitures ne peuvent être éloignées que de dix ou
276 MÉMOIRES l'iM'R SERMR
quinze ans ou vingt ans au [.lus l'une de l'autre. Ce que Pierre le Vénérable dit d'Otgier, prévôt, ne semble pas non plat être fort *rai; il se pourrait cependant faire <iue ce prévôt, voulant faire ouvrir quelqu'ancienne porte, auroit pu être enlevé par quelque poutre ou avoir fait une chute qui auroit donné lieu à Pierre le Vénérable d'attribuer cet effet naturel aux démons qu'on mêloit partout en ce tems là.
Quelques années après que Renaud eût été comte de Màcon, il voulut bien donner ce comté à Cnillaiime, s.m frère, qui prélendit apparemment devoir être cohéritier de Guillaume l'Alleinan qui étoit, à ce que je crois, leur oncle, ou qui avoit le degré d> germain sur eux, puisque la succession descendit à eux. Après celte remise, Guichard de Ilcaujeu vint prêter hommage à ce nouveau comte qui lui laissa aussi Cenve en fief. Ce don fui fait à Vinselles, en présence, de la part du comte Guillaume, frère da comte Renaud, de Gauthier de Beaufort, d'Hugues de Vinzellcs et d'Udelard de la Sale, et de la j«rt de M' de Beau jeu, de Robert et Guillaume l'Enchaîné, père et fils, d'Etienne de Marchampt et d'Humbcrl d'Andilly. Ce dernier don me. semble devoir élrc de l'an 1 1 20 ou environ.
La seconde des acquisitions de notre Guichard est l'infeudation du bourg de Saint-Trivier, en cette souveraineté, qu'Eustache, comte de Fore/, fit à notre prince, étant à Marcieu, en présence, de la part du comte, de Bertrand Chaudcron, de Guillaume Bâtard, île GttJ de Chamousset et d'Aimard de Monlfat, et de la part de M' de Beaujeu, de Robert et d'ilumbert de Châlillon et de Bernard de Marsé. Ces seigneurs de CliiVillon en Domines étoient feudataircs de nos princes, et c'est ce qui lit qu'ils se trouvèrent présents pour lui à cet acte qui peut être de l'an
Je crois que notre prince étoit déjà seigneur de Saint-Trivier, comme nous l'avon< dit, puisque llumbert avoit donné celte seigneurie à Dalmais, son lils; mais noire prince s'engagea seulement, pour ce fief, à servir le comte de Fore/, des habitants de ce bourg en cas de guerre, sans parler du reste de la chàlellcnic.
Guy d'Albon ayant hérité du comté de Forez [d'Eustache, son beau-frère}, Guichard de Beaujeu lui fil hommage du même bourg de Saint-Trivier que Guy lui donna, car nos titres parlent de ces fiefs comme d'un nouveau don, lorsqu'on alloit en prendre l'investiture, que le seigneur féodal ne pouvoit cependant pas refuser, du moins dans la pluspart des fiefs qui, par l'infeudation, n'étoient pas simplement à vie.
Outre ce prétendu don, Guy d'Albon céda à notre prince Guichard les droils qu'il avoit sur Perreux, lesquels il reconnut avoir déjà cède à llumbert, frère de Guichard; car les seigneurs ne se faisoient pas un scrupule do céder la même chose à plusieurs frères et même souvent à des étrangers.
Le même comte Guy d'Albon donna de plus, en augmentation de fief, à M' de Beaujeu, tout ce que les comtes de Forez avoient possédé en franc-aleu au château de Montchamelet et dans toute la chàtellenie de ce château. Ces dons furent faits a Lyon, en présence, de la part du comte Guy d'Albon ou Albion, de Gaudemard de Curel, de Berlion de Moircnc et d'Ainard, son frère, d llduin, d'Algeroles et do Guil-
A l.'lllMOlHE l>E IMJMBLS.
laume Bâtard; cl «le la pari de noire prince, d'Hugues, abbé de Saint-Just, son frèn?, d'Etienne de Marcliani|it. d'Hugues île Cheveux-Rompus ou Honrhevol, suivant Guichenon), de Berard de Verneis, de Garnier de Roanne et de Durand de RochefarL
Cetilre ancien, qui appelle par deux fois Guy, comte d'Albon on d'Albion, ne laisse aucun doute que ce comte ne fut de la maison des daupbins de Viennois, et prouve qu'il n'éloit point de celle de Gnin s en Picardie, comme Duchesne l'a cru; il n'éloil pas même fort vraisemblable qu'un comte de Guines fût venu de Picardie épouser la fille du comte de Lyon et de Forez, ce qui convenoit aux enfants d'un comte d'Albon, dauphin de Viennois, dont les terres se joignoient en plusieurs endroi's avec celles des comtes de Forez. Ce Guy d'Albonnois ou d'Albon étoit frère d'un autre Guy, comte de la ville d'Albion on d'AlbOD, qui donna à l'abbaïe de Cluny (a] la chapelle de la Mure et l'église deSaintPriest, situées dans les Combes, en Datiphiné.ce que ce comte fit de l'autorité de Guy Remon, son frère [qui étoit un comte de Forez], et de Keraon et Richard, qui paraissaient posséder ces églises pour lui. Ce don est de l'an 4079, indiction 2e. Choner (ni prie de cette charte ; il fait Remon et Hichanl frères des comtes d'Albon et de Forez, mais ces particuliers n'éloient que vassaux de ces princes qui possédoient ces églises |>our eux, c'est-à-dire qu'ils en étoient simples fermiers ou erophitéotes. Je crois que le comte d'Albon ne fit ces dons que du consentement et autorité de son frère, non que Guy Remond fût l'alné, mais parce que ces églises ponvoient être dans la terre de Guy Remon ou parce que le comté d'Albon pouvoitêtre substitué à ce cadet, comte de Forez.
Par le troisième titre, Guillaume, comte de Chalons (qui devoit être oncle deGuirhard, s'il étoit enfant de la première femme d'Humbert), lui donna le château de la Bussière avec tout ce qui en dépendoit, comme les Déchausses eu avoient joui, et comme ils le tenoient de ce comte. Ce don fut fait dans les Champs, près de Marsé. Les témoins furent Bernard Gros, Liebaut de Digoine, Bernard de Leomont, Gauthier de Moiria, Robert de Bussy pour le comte de Chalons; et pourMr de Beaujeu, il veut Etienne d'Andilly, Barthélémy de Sigy, Eudes de Marchanjpt, Artaud de la Bussière, Guillaume l'Enchaîné et Ponce de Montbon ou Montbouod. Guillaume, cemte de Chalons, ne donnant point la qualité de son neveu a Guichard de Beaujeu, je crois qu'il ne l'éloit pas, et il est a croire qu'IIumbert de Beaujeu n'eut point d'enfant* de la nièce du comte de Chalons, supposé qu'il l'eût épousée et que le mariage projeté entre eux eût été accompli.
Artaud Le Blanc, vicomte de Maçon, donna, par le quatrième litre, |à notre Guichard de Beaujeu, la moitié de la seigneurie de Riotiers, a savoir la moitié du château, de la chatcllenie et de tous les habitants, et il convinrent que si l'un ou l'autre vouloil vendre ou engager sa moitié, celui qui voudrait le faire en averliroit l'autre, afin qu'il eût le tout ou à titre d'achat ou deiigagument, et que si, lors dé
(0 CjMrr n, f»i. :s. — C*rU i ',« Choricr, i. I", poft 197.
57H MÉMOIRES r<>t R SERVIR
l'avertissement, celui que l'on avertirait ne pourrait ny prêter pour avoir l'engagement, ni acheter, et qu'il le pùt dans la suite, il pourrait racheter cette moilié de ceux à qui on l'aurait vendue ou engagé. Ils convinrent encore que si l'un d'eux faisoit quelques acquisitions dans cette seigneurie en particulier, celui qui ne l'avoit pas fait pourrait en avoir la moitié en payant à l'acquéreur la moitié du prix de l'acquisition. Ce don et celle convention furent faits à Beaujcu, en présence, rie la part du vicomte, d'Elienne de Villars, que le titre appelle de Villa Arsa, de Ronifaee île Miribel, beau-frère de ce vicomte, de Girard d'Ailly et de Rodolphe de Mercurel, et de la part de Mr de Beaujeu, de Guichard l'Enchaîné, d'Etienn» de Marrham;it, de Berard de Vernay et d'Huinberl d'Andilly.
Si M" de Be iuje;i avoient suivi ces conventions, ils auraient à présent la souveraineté de Riotiers, qui sépare une partie de la Bombes de l'autre; mais ils ont négligé, après un partage qui se fit, ace que je crois, de cette seigneurie, d'acheter Kiotiers lorsqu'il se vendit aux archevêques de Lyon. La chàtellenie de Beauregard est, à ce que je crois, la part qui échut a nos princes dans le partage de lu seigneurie de Rioliers.
Nous parlerons dans la suite de ce vicomte de Maçon et de ces Le Blanc. Je crois que celui-ci avoitdonnéà IVglise de Maçon (a), avant que d'être vicomte, la parois»» de Saint-Amour avec les terres et le> dixmes qu'il y possédoit, sans y rien retenir, ce qu'il fil en présence de Landry, évéque de Maçon, et d'Eudes ou Odon, doyen de cette église. Hugues, neveu d'Artaud, surnommé Le Blanc, confirma et approuva ce don, qui fut fait à Maçon, par les mains d'Eudes, chancelier de cette église. Severt croit ce don de l'an 1090; il est dallé du règne du roi l'hilipjie. Je crois que ce Saint-Amour est la paroisse Saint-Amour, à une lieue de Maçon.
Nous avons vu ci-dessus que noire prince avoit été présent à un accommodement qu'Aymon de Lay fit avec Dalmais, abbé de Savigny. Cet Aimon mourut et ne laissa qu'une fille mariée avec Robert Rubile ou Petit Rouge. Je crois que notre prince prètendoit que la seigneurie de Lay lui dût appartenir, le seigneur de Lay n'ayant point laissé d'enfant maie, on parquelqu'autrc raison; mais quelle que fut leur difficulté, ils convinrent que Mr de Beaujcu aurait le liers au château de Lay, au bourg qui y étoit joint, au péage, au marché et dans toute sa chàtellenie et justice, et, moyennant cette cession, Mr de Beaujcu reçut Robert Rubile pour son homme-lige et lui laissa le surplus du fief de Lay. savoir la garde de deux mois dans ce château et le reste du fief. Les témoins, de la part de Guichard de Beaujcu, furent Etienne de Marchampt, Guichard de Marsé, Etienne de Varennes, Ponce de Montbonod, Mi Ion de Laisé; et de la pari de Robert Rubile, Girin Dubois ou de la Forest, son frère, Gaudemard Corel, Etienne de Chandée, Guillaume Arenc, Guy du Pavigny, Bonpar le Chauve et Ponce de la Girimandière.
Par le sixième titre, Arnoul la Rage, d'autres disent de Rèbe ( imulpkus Habits i.
(»j Carlul. oui i» rv-r.i|rl|»m* de MfM, f. ti. M. fUgul, f îl. eh. XXVV— ««crt, in M»lVon , p. 1 18,
A (.'HISTOIRE de dombes.
fils d'une dame appelée Constance, donna, en aleu, à Guichurd de Beaujen, le château d'L'rfé et lout ce qu'il y possédoil; et sur-le-champ M' de Bcaujeu rendit ce château à ce seigneur, pour le tenir en fief de lui; et Arnoul lui en fit l'hommage et lui prêta serment de fidélité, étant à Ferreux, en présence d'Etienne de Marrhampt. de Durand d'Estonx, d'iluinbert de la Douze, de Kerard de Vernay, de la part de Mr de Beaujen; et d'Hugues et Hutubert du Vernay, frères, de DuranJ de Changy et de Oirin Pastoral, de la part d'Arnoul de la Rage, on Raihi, ou Rebé, dont nous avons parlé ri-devant, dans une charte d'Hugues, archevêque de Lyon, et Guillaume, comte de Forez, qui est de l'an 1084 à l'an H 06.
Un seigneur ap|wlé Paliouaire et Gueffre, son frère, donnèrent, en aleu, ;'i notre prince, par le septième litre, tout ce qu'ils avoienl au village d Olches et à Villerets; M'deBeaujeu le leur rendit sur-le-champ, pour le tenir en fief de lui. Ilsen devinrent ses hommes et lui en firent serment de fidélité. Ils jurèrent de plus qu'ils rendraient Olches ii notre prince toutes les fois qu'il le demanderait par lui ou par son envoyé, avec quelque armée que ce fût qu'il y voulût entrer. Paltonaire fil ce don au Mont-Chamelet, en présence d'Etienne de Marchampt, d'Etienne de Varenne, de Durand d'Estoux, d'Hugues de Cheveux Rompus, ou Ronehevol, de Girin Ervala et de Bonpart le Chauve. Je ne sais si ce fief fut constitué avant ou après 1 128, que nous venons de voir que ce Paltonaire étoit à Lay avec notre prince, chez Ayuion de Lay.
Gueffre, frère de Paltonaire, fit le sien à Montmelas, en présence du mémr Etienne de Marchampt, de Guichardet Bernard de Marsé, de Girin de Bonfortet de Bonpart le Chauve.
Hugues et Guillaume Bouchard ou Burchard, frères, divisèrent par moitié les biens qu'ils v. oient à Perreux; Guillaume Bouchard prit sa moitié en fief de Guichardde Reaujeu; il en devint son homme et lui fit serment de fidélité, en présence d'Etienne de Marchampt, d'Hugues de Cheveux Rompus, de Pierre de Quinrie, pour M' de Beanjeu ; de Dalmais de Bonfond, d'Herbert Truant et Girard de Montarmé. de la part de Bouchard. Cette prise en fief se fit à Thisy.
Guichard de Beaujen donna en fief à Hugues Bouchard la part de Perreux, que le comte de Forez lui avoit donnée. Ce don fut fait à Sevcringes; Etienne Marchampt et Hugues de Cheveux Rompus en furent témoins, de la part de Mr de Beaujen; Leobal de Digoine, Aimanl Morel et Girard de Veillon le furent de la part d'Hugues Bouchard ou Burchard.
L'on marque dans cette charte le partage de biens de ces frères Bouchard ou Burchard, parce que, avant ce partage, il semble qu'on ne pouvoit disposer de ses biens ni au profil de l'église, ni au profit d'aucun seigneur, pour les prendre en fief de lui, parce que le droit de fief étoit une charge du fonds, que ceux qui en étaient possesseur» par indivis ne pouvoient pas imposer au préjudice de leurs copropriétaires.
Roland le Chauve donna à notre prince tous l?s droits qu'il avoit au château de
S8f> MÉMOIRES POl'l SEKVin
Chamousset et loti to lu seigneurie qu'il lenoil en franc-aleu, au deçà de la Loire. Mr de Beaujeu lui rendit le (oui jwur le lenir en fief ; après quoi ce Le Chaîne lui en fit hommage, en présence d'Elienne Marclmmpt, d'Hugues de Cheveux Rompus, du Liebout de Digoine el de Paslorel de Saint Jusl.
Arcliimbaut Blanc, frère d'Arthaud. donna, en aleu, à noir»' prince, le château appelé Chevaniset (Ceragrru) avec tontes se* dépendances, et la montagne avec tout ce qu'il |>ossédoit depuis la vallée de Mtiroy cl de Dun jusqu'à La Bussière, Marcillyet Sainte-Marie-du-Bois ; après quoi Mrde Heaujeu lui rendit le tout pour le tenir en fief de lui, à condition que si Archimbaud Arthaud mouroit sans enfants, la propriété de ces biens demenreroit à notre prince. ArchimUaud Arthaud se lit homme de M' de Beaujeu pour ce llef e> lui fit serment de fidélité. Ce don fut fait à Proprières, dans la chambra à coucher de Durand de Marchampt ; les témoins de la part d'Archimbaud furent Arthaud de Villion, Etienne de Tanay, Rodolphe de la Martorite, Etienne Vigicr des Châteaux, Rodolphe. Litot, Hugncs de Chatel Luperus; et de la part de notre prince, Etienne de Marchampt, Ponce de Montbonod. Durand des F.sloux, Etienne de Chalel Montagne.
Je crois que ce château de Chevaniset étoit tenu du fief de Guillaume, comte de Chalon, par Archimbaut Le Blanc, du moins ce comte le prétendoit ainsi, mais il n'en avoit pas la preuve, parce que l'on prenoit peu de litres de ces liefs.cn ce temps là la parole des gentilshommes suflisanl. Je crois que M' de Beaujeu, se voulant assurer du llef qu'il avoit acquis de cet Archimbaut Le Blanc, pria et lit prier le comte de Chalon par Humhert, son tils, de leur en céder les droits, ce que ce comte lit autant qu'il pourrait trouver des preuves que ce fief lui appartenoit; les té-moins pour Hubert île Beaujeu, fils de notre prince, furent Etienne de Marchampt, Pierre de Varcnnes, Guichard de Marsé, Ger. du Vernay, Pierre Gaschet, Josserand de Digoine et Hugues de Cerrié; et de la pari du comlede Chalon. Gauceran de Marcilly, Arlhaud de Hussels, Bernard de Lienant, Letard de Caleuiuu, Girard «le Digoine el son frère, Guichard et Gauceran de Perajan; el à l'égard du don fait â notre Guichard, père d'Ilumberl, les témoins de la part du comte furent h» mêmes Bernard de Lienant, Gauceran de Perajan, Artaud de Busseul et Artaud de Saint- Priest; et de la part de (Juichard le père, Etienne de Marchampt. Pierre de Varennes, Hugues de Cerrié, Garnier de Koanne el quelques antres dont les noms ne sont plus dans celle charte, y ayant trois feuillet* qui paraissent avoir été coupés dans l'endroit où sont les chartes que nous venons de rapporter.
Je crois que cet Archimbaut Le Blanc succéda à son frère Artaud Le Blanc, au vicomte de Maçon, car l'on trouve qu'en I ( .17 », cet Archimbaut étant de retour de Jérusalem, prit la qualité de vicomte de la ville de Maçon, et en cette qualité il donna à l'abbaie de Cluny l'église de Saint-Laurent, située au pays de Maçon, avec line forest apj>elée en latin de ce temps-la Plana Cassanra, el un mas qui étoit au village de Vigosset, qu'il leur avoit déjà donné lorsqu'il étoit parti pour co voyage. Il
V (.11101.000) B. fol. 10, cirta «0.
A L'HISTOIRE nr. DOHRFS.
Alpins, car il confirma le «Ion delà seigneurie ou mis de Montmalard, qnc son aïeul Hugues et -mi pèiv Arthaud avoient fait à celle abbaïe. Archimbaut signa celte charte avec Valdcrius, évôque, qni ne peut être que Vautier, évoque de Mflcon, Geofroy, chanoine, Htimbert, Hngnes, Guichard, qui pouvoient être de la maison de Beaujcu, Hufrues Tory, Un pues Morel, Artaud et lluinbert de la Chaux. Cet acte fut passé à Cluny, Henry régnant en France, l'an 1 137, indiction 5*.
Je ne sais si le vicomte de Maçon éloit héréditaire dans la famille des Archimbaut Artaud Le Blauc, car nous avons vu qu'Artaud Le Blanc, vicomte de Maçon, remit la moitié de la terre de Riotiers à notre prince ; ici, Archimbaut Artaud, qui se dit fils d'un Artaud et petil-flls d'Hugues, prend la qualité de vicomte, ainsi il semble que le vicomté éloit héréditaire dans leur famille. Je ne sais si ces Blanc n'éloient point seigneurs de Brancion, car Severt rapporte (a) une charte par laquelle Aymon Le Blanc de Brancion, A} mon de Montpavon et Hugues de Brancion, son frère, donnent la terre de Transmonl à l'église Saint-Pierre de Maron. Il se pourroit cependant faire que la couleur du visage d'Airaon lui eut fait donner le nom de Blanc que ses parents ne prennent pas.
L'on trouve dans Severt (n, un Artaud qui étoit encore vicomte de Maçon, environ l'an 1 1 67 ; je ne sais s'il éloit de la maison des premiers.
Les vicomtes étoient souvent fils des comtes, les comtes leur déléguant leurs fonctions pour leur apprendre à mieux gouverner lorsqu'ils seraient parvenus au comté. Odon, vicomte au duché de Bourgogne, éloil fils du «lue Henry. Il donna à l'abbaic Sainte-Bénigne de Dijon, par charte de l'an 1005 (c), un mas à Pomard, propre à y habiter, avec les prés et \ igr.es en dépendant. 11 fit approuver ce don par l'évoque du diocèse, par le comte Olhon da-is le lief duquel Pomard éloit, et par Robert, roi de France. Il y a aussi eu quelques enfants des comtes de Maçon qui ont porté le titre de vicomte. Ainsi, je ne sais si ces Artaud Le Blanc ne seraient point descendus de ces anciens comtes.
Guillaume Gras donna à Gnirhard de Beaujeu la moitié du château et île la châtellenie de Néronde, pour la posséder en aleu, et il lui donna le lief de Milon.de Rudiny, et celui de Brun pour investiture, c'est-à-dire qu'il laissa la possession de ces deux fiefs à Mr de Beaujeu, pour marque qu'il le mettoit en possession de toulisa terre de Néronde. Après que M' de Beaujeu eût reçu le don de cette seigneurie, il la rendit à Guillaume Gras, pour la tenir de lui en fief; après quoi M' de Beaujeu le reçut pour son homnie-!igc pour celle seigneurie; ensuite de quoi, Guillaume Gras fit serment de fidélité à M' de Beaujeu, el promit sous ce serment de lui rendre Néronde, comme on jure de rendre les autres châteaux à ses seigneurs de fiefs; en sorte que toutes les fois que M' do Beaujeu demanderait par lui ou par ses envoyés
» 8a*mt| in Mulixon., p. <•!, iu Bac. ». Srvrrl, in Miili-con., p.
<., SpiciL, l. i; p. î>7-**3.
MÉMOIRES POl'R SERVIR
qu'on lui rendtt ce château, on le lui remlroit avec quelque armée (grande on petite qu'il y voulût entrer. Il lui accorda encore que si Mr de Reaujeu venoît deux ou trois fois l'année dans ce château, avec deux ou trois cents chevaliers, ce prince y seroit nourri avec ses hommes des biens de la châtellenie. Ces dons et ces conventions furent faits à Saint-Victor. Les témoins de la pan de Mr de Beaujcu, furent Aymon de Lay, Etienne de Marchampt, Durand de l'Es toux, Hugues de Cheveux Rompu», et de la part de Guillaume le Gras, ItUoO de Rudigny, Viwon de Charette. Durand Brun et Hugues do Cinget. Si l'Aimon de Lay, témoin de cette charte, est celui dont nous avons parlé, qui eut guerre avec l'abbé de Savigny, celte charte doit avoir précédé de quelque temps la cinquième que nous avons rapportée ci-dessus. Je crois que c'est le même Aimon de Lay, parce que Lay n'est pas éloigné «le Néronde. Ainsi cette charte doit avoir été faite avant l'an H 28.
Elle nous apprend qu'on devoit livrer un fief rendable au seigneur supérieur, en quelque étal que le seigneur supérieur parut, soit avec peu ou beaucoup de troupes, ce que les seigneurs féodaux stipuloient de leurs vassaux, de peur qu'il» ne se refusassent de les recevoir dans leurs châteaux, lorsqu'ils auraient des guerres et qu'ils se trouveroient n'avoir que peu de troupes; car en ce cas, y ayant du danger pour le vassal de perdre son château, lesennemis de son seigneur pouvant le prendre, il falloit une obligation bien expresse du vassal pour l'obliger à recevoir son seigneur dénné de troupes et de forces ; le vassal pouvoit aussi craindre que si son seigneur venoit avec une trop grande armée, il ne voulût s'emparer de sa terre et l'usurper; ainsi il falloit que le vassal se liât à la bonne foi de son seigneur et qu'il subit son sort, heureux ou malheureux.
La charte qui suit regarde aussi Néronde. Elle est du temps d'Humbert, pére de Guichard le Chauve, dont cette charte parle, vivant en ce temps-là. Cette charte nous apprend qu'Herbert de Thisi donna à Humbert do Beaiijcu la part qu'il possédoit à Néronde et celle dont il avoit hérité d'Hugues de Thisi, son frère. Notre prince ne la lui rendit point pour la tenir de lui en flef, comme on faisoit ordinairement, ainsi que nous l'avons vu par les chartes pixVédentcs, mais il la donna à Guillaume et à Artaud le Chauve pour la tenir en fief de lui, et ces deux frères lui en firent hommage et lui jurèrent fidélité. Après la mort de Guillaume et d'Artaud le Chauve, Girin et Arnolphe le Ch.iuve, leurs enfants, en firent le serment de fidélité à notre Guichard, fils d'numbert de Beaujcu. Celte charte ne met le nom d'ancun témoin de ces conventions, ce qui n'est pu ordinaire dans les chartes, qui en mettent souvent plus que moins.
Girin et Arnulphc le Chauve vivoient environ l'an 1080. L'on trouve Girin le Chauve présent à une charte (a) du temps d'Hugues, archevêque de Lyon, et de Guillaume, comte de Forez, dont nous avons parlé ci-devant. Ce Girin étoit doyen de l'église de Lyon en tlOI.
Arnoulphc vivoit en même temps ; il fil des conventions pour la jwroisse d<
(*] Cariai. de Sifigijr, cariai SI7, ««. 8HS. ' \. Kcmard, et. 819, «K>, BBS.j
A L'HISTOIRE DE KOHB13. 28.1
Slllfl avec les religieux Je Savigny, sous l'abbé Hier H«. Il y promet avec teraienl que lui, ses rhers ou soldais et ses hommes, ne feraient aucun mal ni forfait dans . elle paroisse, mais quH ne répondoit pas de ceux qui sont de Donzi ; il promit aussi qu'aucun de ses clients ne ferait mal aux religieux ni à leurs hommes ou femmes qui iraient ou viendraient, ni aux fonds qu'ils cultiveraient, ni à tout ce qui «n dépend ou dépendrait à l'avenir de l'abbaïedeSavigny.et que dès qu'on se plaindrait à lui du tort que lui ou les siens auraient fait, il ferait rendre ce qui aurait été enlevé «•l qu'il ordonnerait, sans qu'on fut obligé de l'y forcer, ce que le prieur trouverait u propos pour l'amande ou dommage> et intérêts dus à ceux a qui l'un aurait fait du mal. Roland, Jarenton, Artaud, Guillaume et Girard jurèrent aussi qu'ils feraient rendre la même justice a celle abbaïe.
Ln voyages de Jérusalem étoient fréquents depuis que Godefroy de Bouillon en eut fait la conquête; presque tous les gentilshommes un |>eii riches vonloient j aller en pèlerinage, ei pour > servir (tendant quelque temps contre les Turcs et les Sarra suis, les papes ayant attaché de grandes indulgences à ceux qui \ isiteroient et secourraient ces Saints-Lieux. Ces motifs ou quelqu'autres engagèrent Robert l'Rnchainé à y aller avec sa femme et deux de ses enfants; je crois qu'ils y allèrent avec Hugues, archevêque de Lyon, qui en partit le 13 mars 1101, nouveau style, pour faire ce voyage avec beaucoup do gentilshommes de son diocèse. Il falloit de l'argent pour la dépense de ce trajet, aussi bien que pour le séjour ; aussi les gentilshommes engageoienl leurs terres pour en avoir, afin de satisfaire leur dévotion et gagner le» indulgences que les pajies promettaient. Ce fut lors de son départ que notre archevêque donna à Kabbale de Savigny (a) l'église de Feurs, en Forez, àcause de la grande amitié qu'il y a voit entre cette abbaïe et l'église de Lyon. La Hure, qui a fait imprimer celle charte, en a omis la date, quoiqu'elle soit très-bien exprimée dans le Cartiilaire, car elle dit que c'étoit le 3» des ides de mars, le jour de la quatrième férié de la première semaine de carême 1101, indiction «J«, lune 2», régnant Philippe en France et Henri en Bourgogne.
C'est environ le temps de re voyage que Robert l'Enchaîné, ancien vassal de noire prince, soit pour en tirer île l'argent, soit pour avoir un seigneur capable de défendre ses lenvs pendant son absence, appel» notre prince dans sa maison de Montmerl»» et h cause du grand amour qu'il avoit |K»ur lui et des grands biens qu'il en avoit reçus, il lui donna en franc-aleu sou château de Montmcrle et sa chàtellenic avec toutes ses dépendances et tout ce qu'il possédoit anssi en frane-aleu dans le château et dans la chatellenie de Chàtillon *-t partout ailleurs. Ces donations furent faites en pré sence et do consentement, tant de la femme de Hnliert que de Guillaume, de Ber trand et de Brrard l'Enchaîné, leurs enfants. Cette dame vouloit aller à Jérusalem avec son mari; ainsi elle engageoit en quelque manière ses propres biens pour ce uivage.
Après ces dons, Guichard de Beaujeu, du consentement de Robert et de sa femme
. r.irmlairc Satipijr, Mrtn HJS A. U.ratrd, p. I»"., ch. «I».
Ht
'h I01RI s poLn servi:-,
remit tous ces biens en fief à leurs trois enfunts; Berard, le troisième, ctou jeuue, car i! est appelé petit enf ml. Ctqiendanl ces trois enfants Tirent hommage à notre prince et devinrent ses hommes-liges. La remise que Robert Ht de ses bien* à Guicbard et le serment d'fionime-lige que se^ trois enfants tirent sembloient devoir décharger Robert d'être lui-même homme et mal de notre prince ; cependant il fut convenu que Robert resterait toujours hom ne ou vassal de M' de Beaujeu pour mi ancien Bel qu'il tenoit de lui et de ses ancêtres. Ces doaations furent faites le jour do Saint-Sébastien, et le lendemain Robert, sa femme, Guillaume et Ilcrtrand, ses enfants, partirent ■poir Jérusalem, apparamment pour aller joindre leur archevêque à Lyon, ou le devancer de quelque temps pour se rendre à Marseille ou dan» quelque autre port de mer, pour s'embarquer pour faire le voyage.
Les témoins de cet acte furent, de la part de M' de Reanjeu, Etienne de Marcliampt, Durand de l'Esioux, Etienne de Franchelios, l'ontv de Montbonod; et de ta part de Robert l'Enchaîné, Hugues de Garnerans pi re et fils, et Hugues, Guichard et Artold de Miseria. La présence de ces seigneurs de Garnerans me fait croire qu« Robert l'Enchaîné avoit des droits de fief sur leur seigneurie i l sur Miseria.
Je crois que notre prince avoit do tout temps la souveraineté et haute justice sur Montmerlc et Chatillon, ainsi que sur Thoissay ; mais il n'atoit pas la féodalité do toutes les terres, parce que le lief et la jus'ice n'ont rien de commun, comme nous l'avons dit; mais quand noire prince n'auroil pas eu celte souveraineté depui» B<»rard et qu'elle ne leur seroit pas venue de celle que les comtes de Lyon, leur» auteurs, avoient sur toutou du moins sur la plus grande partie du diocèse de Lyon, l'on voit par ce titre et par relui du tief de Sai ut-Tri vier, que nos princes avoient des seigneuries très-considérable* dans celte souveraineté, avant leur mariage avec Marguerite de Baugé, qui n'arriva que plus d'un siècle après ces inféo lalions. Quelques auteurs oui voulu supposer que r'éloit le mariage de cette Marguerite de Raugé avec Humberl Ve de Beaujeu, qui avoil commencé adonner le droit «le >ouveraineté à nos princes, ce qui n'est pas, du moins dans les clnilellenies de Montmerle, Saint- Trivier et Chatillon, comme ces litres l'établissent. Guichenon a cru qu'Achard d« Montmerle, vaillant chevalier, qui, au rapport d'olderic Vital, moine de Saint- Evroul, en Normandie, mourut dans un combat contre les Turcs, dans la Palestine, étoit de la famille des Enchaînés, et qu'il avoil laissé la seigneurie de Montmerle a nos princes, qui s'en étaient saisis par sa mort sans enfants et par droit de lief; et il croit que nos princes y avoient fait bâtir le rhalcau ; mais nous avons vu que ce château étoil bâti avant ce temps-ci, et soit que nos princes aïeul succédé & Achard ou non, il* avoient déjà la souveraineté de Montmerle, comme nous venons de le dire. Cet Achard se distingua fort dans le combat où il mourut. Raimond Pelctel Guillaume de Sabrans, qui eommandoient les troupes, s'y distinguèrent au-dessus des autres, suivant qu'Oldeiic Vital nous l'apprend.
Artaud du Bois ou de la Forez (de Nemore}, seigneur des Forges, qu'il possédoil en aleu, les donna h Guichard de Beaujeu, qui les lui rendit pour les tenir en fief. Artaud convint et lit serment de remettre à Mr de Beaujeu cette terre et son château,
A LlllsTOtBF. nr. DOVJDrs;. ?fv:>
toutes les fois qu'il l'en requcrroil, avec quelque année que ce fut que notre prince y voulût entrer. Le neveu de Mr Artaud de* Forges, Bagnes de La Bussi re, et Simon de Gcrmolcs virent et ouïrent cette convention eten furent témoins pour ce seigneur, et il n'y eut qu'Etienne de Uarcliampt de la part de M' de Beaujen, quoique le tout ne passât à Iteaujeu, dans la maison de Girard de Corcclles.
Durand, appelé de Chair Salée, donna à M' de Beaujen tout ce qu'il possédoiten aleu, à Sainl-Priest, et M' de Iteaujeu le lui remit sur-le-champ, pour le posséder eu lier. Durand lui en lit ensuite hommage et lui en pré'a serment de lidéliléen présence d'Etienne de Marrhampt, de Guichard de Cheveux Rompus, d'Hugues fondras, de Dalmais de Donnefonl, de Josmard de Court Clierranirar et d'Hugues, son frère, ce qui fut fait à Thisy.
Pierre, qui fol archevêque de Lyon depuis l'un 1 131 à 1 139, donna ù notre prince et ù Humbert, son lils, .'50 s. de renie au diva du Mnntdor, pour linir les contestalions qui étoient enlrViix pour le fief de Guirhnr.l Gnipe. Les témoins de la part de cet archevêque furent Etienne, archidiacre, Humbert d'Avoges ide Voge, Béreiiger, l'écrivain, Pierre Herbert, Rosluing; et de la part de M' de Iteaujeu, Etienne de Marrhampt, Etienne, «loven, Etienne de Montmidy, Bernard, le président, Varnier de Hhonne, Albert, prieur de Cluny. Hugues, chamarier, Girin de Vernev , Guichard de Salonav, Pierre, et autre Pierre de Varennes et plusieurs autres.
Guillaume deThisyse régla avec Huinliert, maître delà cour de Guichard de Beaujeu, son përo. Le seigneur de Thisv convint de lui donner tout ce qu'il possédoit en aleu dans les vallées de Soine apparemment Valsone}, à Saint-Clément et dans la vallée de Saint- Véran, avec la terre d'Arbert, lils du même Guillaume, après quoi Humbert de Beaujen lui rendit le tout pour le tenir en fief de lui et de son père, et Guillaume «le Tliisy lui en fit hommage. H fut de plus convenu que si Mr de Tliisv venoit à mourir sans héritiers, que ces terres appartiendraient sans contredit à M' de Beaujcu. Cette convention fait voir (|ue les fiefs étoient héréditaires, à moins qu'il n'y eût une pareille stipulation pour empêcher l'hérédité, au cas que l'on mourût sans enfants. Dés le jour de ce don, Guillaume de Thisy, pour marque qu'il en mettoit M' de Beaujen en possession, lui céda le fief de Barthélémy Jarola et celui du Soulagement. Le père de Guillaume de Thisy avoit déjà fait les mêmes conventions avec Guichard, père d Humbert de Beaujcu. Les témoins de celte convention, qui dut être faite avec Humbert de Beaujen de 1 130 à 1 136, furent Etienne de Marchampt, Humbert d'Andilly, Pierre de Varennes, Antoine de .Marrhampt, Bérard et Hugues du Vernay, Bernard de Court, prévôt, Guichard de Rouchcvol et son frère Guichard et Bernard de Marzé, de la part d'Humbert;ct de la part deCuillunme de Thisy, Girard de Molon, Pierre Cossus de Néronde et Girin de Sartines Voila presque tous les titres des acquissions de fief de ce prince qui nous ont été conservés par ceux qui les insérèrent dans la bible de Iteaujeu.
En (106, indiction 1 1« Hugues, archevêque de Lyon, qui ne prend qualité que de serviteur de celle église, reconnut qu'à la prière du pape Pascal il avoit promis d«
MÉMOIRES l'ill R SERVIR
donDW la paroisse d'Ars ù Hugues, abbé de Chiny (a), et qu'il Pat oit même donnée; mais i|iie ses enfants, les chanoines de L\on, s'en étant émus et troublés, ils l'avoicnl prié instamment qu'il ne |>ermlt pas que cette paroisse fût séparée de l'église Saint- Ktienne île Lyon, à qui elle appartenoil de très-ancien temps, à quoi cet archevêque adhérant, il donna à Saint-Pierre de Cluny l'église Saint-Germain, située entre les paroisses de lu Chapelle et de.Marlien, pour la posséder perpétuellement. Cet archevêque y retint les cens sinodan\ et un autre cens que Oebuin, archevêque de Lyon, > avoit imposé, et Pobéissaiicoet la révérence épiscopale, comme il se l'étoit réservée Mir les nôtres églises qu'il avoit données à cette ahbaic. Cirin, doyen, Théodard, ehamarier. dirin, chapelain, (îaudran, chantre, Arnaud, maître, Uodon, chanoine et arvhiprêtre, furent présents à cette charte.
Cet archevêque ne vécut pas longtemps après ce don fait a Pabbaïe de Cluny, car H mourut le 5 novembre de la même année, à Suse, dans les Alpes, allant au concile île Ciuastale, convoqué par le pape Pascal II, comme le U. P. Mabillon l'a établi . L'on avoit cru avant lui que cet archevêque, qui avoit d'abord été prieur de Saint- Marcel, près Chalon, ensuite évêque de Die, cardinal-légat du Saint-Siège, enfin archevêque de Lyon, éloit mort à Salamine, en allant ou en revenant de Jérusalem, mais son voyage de Jérusalem avoit été fait en I f 01, comme nous l'avons dit, et il v a s oit déjà quatre ou cinq ans qu'il en étoit de retour.
(Juelques-uns de nos auteurs font succéder un Jean I", archevêque de Lyon, à Hugues l-r, dont nous venons de parler, mais il se trompent, car c'est Josseraud ou Caueeran qui lui succéda immédiatement; que si l'on trouve que les lettres i36 et i'.ll d'Yves de Chartres, de l'an H II, sont adressées à un Jean, aralievêque de Lyon, il faut, on que Josserand eût eu le nom de Jean à la continuation outre celui de Josseraud ou Caureran, ou |KMil-êlre qu'Yves de Chartres n'ayant mit que la première lettre du nom de Josserand qui est un J., ceux qui ont donné sesieuvres à Imprimer ont interprété celle lettre initiale par le nom de Jean, qui est un nom pluscommun ci plus ordinaire que celui de Josserand; mais ce qui prouve que Josserand étoit évêqur avant Pan H H, c'est qu'entre les lettres de saint Anselme, il y en a une par laquelle il remercie Josserand du compliment qu'il lui avoit fait en le félicitant de son rétablissement qui arriva en HO"; saint Anselme mourut en DUO. Josserand assista à un concile en H 15 ; c'est pourquoi Severl, dans la I" édition des Archevêques de Lyon, avoit fait succéder Josserand à Hugues I", en quoi il n'avoit point erré. Mais les lettres d'Yves de Chartres l'ont trompé et lui ont fait ajouter un évêque qui n'a jamais été dans notre diocèse.
L'empereur Henri IV mourut, comme notre archevêque, en H 06. Henri V, son fils, lui succéda; il alla se faire couronner à Home, Pan tlll, quoiqu'il se fût révolté contre son père, pour prendre l'intérêt des papes. L'on vit assez par sa conduite que sa révolte n'avoit pas été un zèle de religion, mais une passion de régner au préju
(»J CurtuIjiT» de Cluny D, M, i«9, i-arU 7ÎO
;» «rw. d»Tr.ti.u>.ua>euil.« l-IS.arl. 131, |«ge ISIU.
a l'histoire de dombes.
•lice dfl son père; car, après s'être fait couronner à Rome, où presque Joule la grande noblesse de ces pays de l'empire l'accompagna, le nconiioissant pour leur NMlverain, il se rétablit dans tous les droits dimcstiture dont son |)ère a*oit joui et (|D6 les papes lui contesloienl, ce qui lit renaître tous leur> ditlérenls, qui furent terminé* dans un concile de Rome de l'un 1 1 it.
Je crois que c'est de la même année 1 1 Oti ou de celle de 1 1 03, qu'est une charte de l'abbaïede Savigny (a1, par laquelle Girard et Jean Jais, fils de Bernard, prêta-, cédèrent et quittèrent à celte abbaïe quatre ânées de foin qu'ils prenoient tous les iins daus le pré du seigneur, et 12 d. qu'ils prèlevoient sur le moulin qui étoit sous ce pré. Les religieux de celte abbaïe remarquent, dans celte charte, qu'ils avaient dans la forêt où est située l'église de Saint-Bonel, cinq curlilssur lesquels Girard et Jean Jais n'avoienl aucun droit. Ils disent aussi que dans tous les fonds que l'on feroit défricher et qu'on labourerait avec des bœufs ou des vaches, la moitié «lu droit de tâche appartiendrait à l'abbaïc et l'autre moitié à ces deux frères. L'on > dit encore que le blé et les poules que doivent itayer les habitants de la paroisse, à cause îles bois qu'ils prenoient avec leurs IhcuIs, leurs vaches ou avec des Anes et qu'ils poi lment où ils vouloieut, appartiennent à Saint-Martin, c'est-à-dire à l'abbé et aux religieux, aussi bien que les deniers qu'on levoit sur les prés, et qu'à l'égard des services ou cens que doivent les hommes qui prennent du bois sans l'aller quérir avec du bétail, ces cens et services appartiendraient à ces frères de Jais.
Cette charte nous fait voir la division des cens et de la forêt entre ces frères et l'abhaîe de Savigny. Le mot d'ânée de foin nous y a para particulier; ce mot d'anéc est commun pour le blé et le vin ; je ne l'ai vu qu'ici appliqué an foin.
Cette charte est passée sous l'ahbé Berard, qui nioumt bientôt après; car Girhaut lui succéda en H 07 et non en Ht 7, comme le dit La Mure: la date de la charte de Girbaut qu'il rapporte étant du mois de décembre 1 107 fa', et non du mois de décembre 1147. C'est dans cette charte où notre archevêque Gauzeran ou Josserand prend le titre de métropolitain et de primat, comme l'observe La Mure, et où cet archevêque donne la paroisse et les dixmes d'Aully à l'abbaîe de Savigny. C'est la charte 900 du Oirtulaire. La Mure, qui met Jean I" pour archevêque de Lyon, entre Hugues 1" et Gauceran ou Josserand, a cru la charte de Satigny erronée parce qu'elle ne ponvoit convenir à son système de Jean [«; mais comme" Josserand succéda, en 1 1 06, à la Tin ou au commencement de II 07, à Hugues I-r, lu charte de Savigny est très-juste en la date.
Environ ce temps-ci, Etienne de Chalamont, chanoine de Mucon, donna (c), en présence de Rerard, son évéque, et de ses ecclésiastiques, à l'église Saint-Vincent, un mas situé au pa\s de Lyou, dans la paroisse de la Chapelle, qui apparlenoit a
(a) Cm lui. Savigay, cartt RM, fol. (ÎR. (A. Bernard, f, lit, rb. M»?).
(«) Cïrt» SOO. — V. \. Bernard, p. 171, rb. HSS, qui .lonnr. d":i|ire. pfajikaN OMMfCfjK, u tctll > kartl lu fela .lr 1117.
(cy LU». InnU, fol. 171. M. Ragut, p. Î07, cb. DXI.)
mémoires poi r srn\:n
l'église de Satnl-.'ierre, dans le village appelé Bricloire ou Ura:oire, avec louiez se* appartenances. La charte «lit i|iie Guichard Rnsti.|ue, fui t prudent, faisoil sa demeure dans re mas, sur lequel il devoit de services (c'esl-à- ire de ferme ou du pension;, un agneau à Pâques, six éeus ou six deniers nummos) au temps que l'on lauchoit les prés, un dîné ù Etienne de Chalamont avec ses amis on associez, et un septier de blé au temps de la moisson, douze deniers au temps des vendantes, autres douze deniers à Noël avec trois pains et on demi-seplier de vin, un chapon au carnaval, et quelques écus ou deniers au milieu du carême, car l'on ne peut pas bien lire cette dernière redevance. Ce mas étoit dans la souveraineté de Dombcs, châtellenie de C.hatelard, où la paroisse de la Chapelle appartient encore à Mr de Sainll'icrre de Mâcon, c'est à-dira que le chapitre de Saint l'icrre y a les dixines et la présenuvtion de la cure.
Ce peut être environ le même temps et sur la tin de h vie de saint lingues, abbé de Cluny, qu'un seigneur appelé Bernard donna à l'abbaye de Cluny (a) un curtil et une vigne au village de Beseneins paroisse Saint-Etienne, en celte souveraineté, et un mas apjielé aux Ripes, prés du château de Cliàtillon, ef un autre mas que son père, appelé Grimard, a voit eu au village de Siint-Viclor. Ce Bernard signa ou scella ce don avec ses frères Achard et Etienne; Humbert Guy, Lombard, Grinjel, Bonel et Bernard, prévêt de Cliaveiria. Celte charte, que je mets ici, pourrait Otn* antérieure de plusieurs années, saint Hugues ayant été près de 60 ans abbé d<- Cluny.
Je crois que c'est aussi environ ce temps, depuis l'an 1090 à (120, du temps de Bérard, évéquede Màcon, que l'on termina un différent qu'il y avoit entre l'église de Maçon » et un nommé Hainfroy et ses enfants, sur les forêts de Montgoin en cette souveraineté. Ce Hainfroy et ses enfants vouloient s'attribuer la pleine propriété et l'aUodialilé de deux forêts qu'ils tenoient de la censive de celle éclise ; ils prétendoieut aussi être pleinement propriétaires des terres qu'ils y a voient défrichées cl prétendoient d'être seigneurs des paysans qui haluloient les maisons qu'ils y avoient construites; mais l'église de Mâcon ayant rapporté ses titres par lesquels il paroissoit que ce Hainfroy et ses enfants avoient reconnu eux-mêmes les droits du seigneurie de l'église de Màcon, ils furent obligés de reconuoltre que ces deux foré s, les terres qu'ils y avoient défrichées el les hommes qui y étoienl appartenoîcut à l'église en propriété et domaine direct ; et ils les leur abandonnèrent.
L'église de Maçon leur quitta, en considération de cet abandon, le quart qu'elle avoit coutume de lever dans les vignes que Rainfroy axoit plantées dans ses propres terres ; elle lit plus, car elle établit Rainfroy et ses enfants gardes de leurs forêts, el leur donna, pour leur droit, un denier de chaque chêne que le chantre donnerait ou vendrait ou de chaque amande donl le chantic ferait grâce ; car, au lieu du mot qurrelù qu'a luSevert, il y pourrait avoir qurrcuhus, qui fait le premier seus, comme le
i» Carlnliirr Clan) II, fol. 357, c»M» 5J0. : V. fiée** Justificatives p. 2,1, ch. XXXIX.)
I» Lilwr loial,, M. IUMM. (M. Ilugut, p. Z:H, cti DLV ; — Se»ert, ta ilmi.c, p. 137, »»«. f. m.
A L'iilSTOlllE DE IMiMI!!>.