HUMBERT III
Humbert III succéda à son père en H37, si son père mourut cette année-là. Il pouvoit avoir 26 ou 27 ans, si son père se maria, comme on le peut croire, en 1 008 ou < 009, avec Luciane de Montlery, c'est-à-dire un ou deux ans après que les promesses que Louis-le-Gros lui avoit faites, eurent été cassées au concile de Troyes, comme nous l'avons dit.
fiuichard, père d'Humberl III, ayant été malade assez longtemps, je crois qu'Humbert prit le gouvernement fie ses étals, et que c'est pourquoi il est appelé le maître de la cour de son père, par Guillaume de Thisy, dans la charte par laquelle Guillaume de Thisy reprit de Guichard et d'Humbert de Beaujeu le flef de Valsonnc, de Saint-Clément et de Saint-Véran.
Nous avons aussi vu qu'Humbert avoit traité avec Pierre, archevêque de Lyon, pour le fief de Guichard Grape, et il se peut faire qu'il ait aidé à son père à faire les honneurs dus au pape Innocent II, lorsqu'il passa à Beaujeu, ayant alors 1 9 ou 20 ans, suivant que je le crois.
L'empereur Lothaire mourut peu après qu'Humbert fût parvenu à la jouissance de ses états, étant décédé au mois de décembre M38 (a). Cet em|iereur se porta, comme nous l'avons dit, pour haut souverain de ces pays, quoiqu'il ne fût pas des descendants des rois de Bourgogne ; et e'est à cause de ce défaut de naissance et de descendance des empereurs précédents que Renaud, comte de Bourgogne, ne le voulut pas reconnotlre, parce qu'il crut que, descendant lui-même des rois de Bour-
(») Choritr, Bill. Je lljupli., lom. !, pp. 11 cl 51.
A l'histoire de bombes.
gogne par femmes, il avoit plus de droit à ce royaume que cet empereur qui, voulant susciter un ennemi à Renaud et faire voir qu'il étoit maître du royaume de Bourgogne, en disposa en faveur de Bertliold, duc de Zéringhen, et lui donna ce royaume pour le tenir à foi et hommage de l'empire ; mais ce don fut inutile à ce duc qui put encore moins être reconnu pour souverain de ces pays que cet empereur ne le put être, car nos princes vivoient presque dans une entière indépendance.
Lothaire ayant trouvé un exemplaire des lois romaines à Melphe, entre Naples et Tarent?, en Italie, ordonna qu'elles seraient enseignées publiquement dans l'empire ; ce qu'il ût par le conseil d'Irncrius. Il voulut qu'on s'assujettit à ces lois pour éviter l'abus des coutumes que l'ignorance du droit commençoit à faire naître. Choricr semble dire que ces lois n'étoient pas suivies avant Lothaire; mais nous avons fait voir ci-devant que presque tous les François suivoient la loi romaine. Lothaire ne fit donc que leur donner une plus grande autorité en voulant qu'on les enseignât publiquement et en en multipliant les exemplaires.
Conrad II, neveu d'Henri V, fut élu empereur à la place de Lothaire, la même année 4 138 (a). Comme il descendoit du roi Rodolphe, il fut plus facilement reconnu en ces pays. Cependant Pierre, archevêque de Lyon, étant allé en ce temps-ci à Rome, Pierre le Vénérable écrivit au pape Innocent II de le renvoyer en ces pays, parce qu'ils étoient sans roi et sans prince, exposés à tous les pillards et brigands, et à beaucoup do petites guerres que la présence de ce prélat pourrait apaiser. Comme Cluny étoit sur les contins de l'empire et du royaume, et que cette abbaïe avait de grands biens dans nos pays, l'abbé les regardoit comme sa terre. L'on ne peut pus dire avec quelque raison qu'il parlât du royaume, où Louis-le-tîrosetLouis-le-Jeiimrégnoientet prolégeoient fort les églises ; outre que la présence de l'archevêque de Lyon n'auroit pas été nécessaire pour les terres qui étoienl dans le royaume dont cri archevêque ne dépendoit pas. Aussi le R. P. Ménétrier convient que cette lettre doit être entendue des terres de l'empire ; et comme l'archevêque de Lyon étoit souverain dans presque toute la ville et dans une partie du Lyonnois, qu'il pouvoit, par sa présence, réunir les intérêts des seigneurs voisins et les desseins de son chapitre dont les chanoines étoient souvent fort discordants et très-opposés les uns aux autres, la présence de l'archevêque étoit effectivement fort nécessaire.
Le même Pierre le Vénérable nous apprend (b) que notre prince Humbert, après avoir succédé à son père, eut guerre avec quelques ennemis qu'il avoit en Forez; que ce prince étoit attaché au monde par sa jeunesse et par ses grandes richesses, qu'il suivoit ses passions avec ardeur, et qu'il donua un combat contre ses ennemis dans lequel un de ses plus vaillants chevaliers, nommé Geofroy Diden (que je crois être un Geofroy d'Oin, les seigneurs de cette maison étant vassaux de nos princes), fut tué d'un coup de lance ; qu'après ce combat, chacun se retira apparamment, |>arce que, en ce temps-ci, le vassal ne smoit son seigneur que pendrai quarante jours; ci
0 Mïntlritr. Ili-l. .le Lyon. |. îh«. — Bibl. Clnni».t., p. 610. >; Bibl. Clan., p. Iî!»n. - I • Mir.culn, lik I". c«p ï>.
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MÉMOIRES POLR SERVIR
que s'étant passé deux mois depuis ce combat, Geofroy d'Oin, qui avoil élé lue, apparut à un chevalier d'Anse appelé Milon, qui se promenoit seul à cheval dans une forêt qu'il avoit près de son château (ce qui me parotl convenir à un seigneur de Charnay, dont plusieurs ont anciennement porté le nom de Milon. Ils avoient une grande forêt près de leur château, dont une partie a dépendu anciennement du Beaujollois. Celle forêt subsiste encore.)
Pierre le Vénérable dil que ce Milon, ayant vu Geofroy d'Oin qui lui apparut tout d'un coup, eu eut peur, et qu'il hésita pour savoir s'il se sauveroil ou s'il continuerait son chemin; que le mort le voyant dans celle perplexité, parla à Milon et lui dit de ne pas fuir et de ne pas craindre parce qu'il n'étoil pas venu pour lui nuire, mais ]H>ur lui demander un service. Il lui dit donc qu'ayant obtenu permission de Dieu de venir à lui paire qu'il lui avoit été lldèle ami dans le monde, et qu'il comptoit qu'il le lui seroit encore, il le prioit d'aller de sa part à Ilumbert de Beaujeu et de lui dire qu'il lui étoit apparu et qu'il l'avoit chargé de lui dire qu'il avoit perdu sa vie par le glaive, ayant élé invité par Humberlà le servir; que cependant Humbert négligeoil défaire prier Dieu pour lui, ce qui empêchoit qu'il n'entrât sitôt dans le bonheur éternel, parce qu'il avoit été sans une assez juste cause dans le combat auquel Humbert l'avoit invité; que quoiqu'il fût décédé à son service, Humbert ne ne lui avoit fait donner aucun secours spirituel qui put le soulager dans les grandes peines qu'il soullroit. Ce Geofroy d'Oin ajouta qu'il n'étoit pas extraordinaire qu'Humbert parut peu touché de ses services et de ce qu'il avoit été tué à son occasion, puisqu'il ne s'embarrassoit pas même du salut de son père, quiavoiten quelque manière négligé le sien pour lui procurer des biens temporels, son père souffrant de grands tourments pour les biens qu'il avoit acquis injustement et pour des maux infinis qu'il avoit faits aux églises et surtout à celle deCluny, à laquelle il relenoit le château et la terre de Laye, tandis qu'Humbert ne faisoit autre chose que de se réjouir et de se régaler somptueusement des biens pour lesquels son père gémissoit.
Geofroy d'Oin enjoignit donc à Milon de Charnay de dire à Humbert qu'il eût pitié de lui et de son père, de peur que s'il n'avoit pitié d'eux, il ne fut bientôt dans leur misère. Il ajouta que si Humbert îaisoit célébrer des messes, qu'il donnai de grandes aumônes, qu'il fil prier Dieu par d'bonnéles gens pour eux, il les soulagerait beaucoup, leur procurerait un bonheur plus prompt, et qu'il se libérerait de ce qu'il leur devoit; que si après que Milon lui aurait parlé, Humbert ne faisoit pas ce qu'il lui disoit, il serait alors obligé de lui en aller parler et de l'en presser lui-même, «leofroy dit de plus à Milon que l'absolution publique qui avoit été donnée dans le dernier sinode de Lyon avoit été très-ulile, c'est pourquoi il lui demandoit de pareilles prières. Ce revenant ayant dil tout ce que nous venons de rapporter, disparut.
Milon ne manqua point, dil Pierre le Vénérable, d'aller faire son message auprès d'Ilumbert de Beaujeu qu'il avertit de tout ce que Geofroy d'Oin lui avoit dit. Co
A l'histoire de dohbes.
récit effraya ce prince, qui ne se mil cependant pas en devoir de faire prier Dieu pour Geofroy ni pour son père ; mais dans la crainte d'avoir la même vision que Milon, il voulut avoir un ou deux de ses gens toujours couchés dans sa chambre, ce qui ayant duré quelque temps, ce même Geofroy lui apparut un matin qu'il étoit déjà grand jour, llumbert étoit encore dans son lit. Ce revenant lui apparut avec les habits qu'il portoit le jour de la bataille; il lui montra la plaie du coup dont il étoit mort et qui paroissoit encore récente; il se mit sur le pied du lit et dit à Humberl, qui étoit tout tremblant, qu'il n'avoil pas voulu croire au messager qu'il lui avoit envoyé, mais que Dieu lui avoit permis de venir lui-même pour lui apprendre ce qu'il souffrait et pour l'inviter à le secourir et à secourir son père, quoiqu'ils ne souffrissent que ponr l'amour de lui. Il lui dit que la négligence d'Humbert déplaisoit à Dieu qui avoit presque dicté la sentence de mort contre lui, mais que par sa bonté et sa miséricorde ordinaire, il la différoit encore, pour voir s'il cesserai t de se laisser aller à ses plaisirs, «'il se repentirait de ses égarements et s'il continuerait à oublier de faire prier Dieu pour eux. Geofroy dit encore à Humbert de ne point aller à l'armée d'Amé, comte de Savoie, où il se préparait d'aller, parce que Dieu lui avoit permis de lui dire que s'il y alloit, il y perdrait et ses biens et la vie. Il dit donc a llumbert de Bcatijeu de prendre garde à lui et de se souvenir de faire prier Dieu pour lui, Geofroy, qui lui parloit, et pour Guichard, père d'Humbert, afin de les soulager dans leurs peines. Lorsque Geofroy flnissoit ce discours et qif Humbert, devenn plus hardi, se préparait à faire quelques questions à ce mort, Guichard de Marsé, vaillant chevalier, conseiller de notre prince, entra dans sa chambre, revenant de l'église ; dés qu'il entra, (ieofroy disparut.
Humbert, dans la crainte qu'il eut de ce mort, satisfit à une partie de ce qu'il lui a\oit ordonné, et promit d'aller ii Jérusalem |K)ur y faire pénitence et expier ses péchés, et qu'il y visiterait le sépulcre de Notre-Seigneur.
Pierre le Vénérable Unit son récit en disant que celte vision prouve, contre des hérétiques de son temps ou du moins contre des hommes qui sont dans l'erreur, que les prières et les aumônes sont utiles aux défunts. Il avertit néanmoins que nous ne devons pas vivre dans la mollesse et dans l'indifférence pendant cette vie, par l'espérance que ces prières nous prolileront, parce qu'elles ne profiteront point à ceux qui auront si mal vécu qu'ils aient mérité la damnation éternelle. Ce que Pierre le Vénérable fait dire au revenant, que l'absolution qui avoit été donnée au dernier sinode lui avoit été très-utile, servit, à ce que je crois, à multiplier ces absolutions et à faire faire diverses aumônes à ces sinodes pour avoir part à de pareilles absolutions.
Béatrix, comtesse de Chalon, donna à Durand, évêque de Chalon (a), sept livres monnoie de Dijon, l'an 1226, pour faire faire tous les ans, aux deux sinodes de Chalon, son absolution ; elle donna ces sept livras à cet évéque a prendre sur les droits qu'elle liroil dis frères de Chalon. Jean, comte de Chalon, fils de Béatrix.
(*, Chifflrl, Lriirr »ur Dfjtm, mmImm «le Oui»», p, 17, carU «i7. rl |>. M, caria 13.
MÉMOIRES POI R SERHR
augmenta la fondation de quarante sols, à la charge que l'on feroit son absolution et celle de ses successeurs, au temps des mêmes sinodes. Je ne sais ce que ces fondations sont devenues, ces sinodes ayant absolument cessé en ces pays.
Pierre le Vénérable dit, au commencement de son récit, que cette vision arriva lorsqu'il étoit en Espagne; que Milon l'avoit eue environ les fêtes de Noël, qu'il l'apprit et qu'il l'écrivit en Espagne, environ la Pentecôte, et qu'étant de retour à Cluny il s'étoit informéde la vérité du fait et qu'il l'avoit appris tel qu'on le lui avoil dit en Espagne et tel qu'il l'écrit.
M. Baillct, au 25 décembre, dans la vie de Pierre le Vénérable, prétend que cet abbé de Cluny fut en Espagne eu H 35 ; mais la vision que notre prince eut ne peut être que de H 37 ou H 38, car elle ne peut avoir été faite qu'après la mort de Guichard, pi>re d'Humbert, qui ne décéda qu'en H 37, suivant presque tous nos auteurs; ainsi M. Baillet aurait mis le voyage de Pierre le Vénérable trois ans plus tôt qu'il n'aurait été fait, ou il faut qu'on ail retardé de deux ou trois ans la mort de Guiebard de Beaujeu.
Ce qui me surprend dans ce récit, c'est que Geofroy d'Oin eût dit à Milon de Cbarnay que Guichard, père d'Humbert, qui étoit venu mourir religieux à Cluny, après une longue maladie, comme Pierre le Vénérable en convient, n'eût pas fait à cette abbaïc les restitutions des biens qu'il leur avoit usurpés, et surtout de ce château et terre de Lave, dont Geofroy parla à Milon et dont Geofroy ne paraît pas avoir dit le moindre mot à Humbert lui-même. Mais il se peut faire qu'on n'eût pas fait connoîlre cette usurpation à Guichard de Beaujeu ou qu'il eût cru que cette, terre lui apparlenoit bien et légitimement. L'on peut dire d'ailleurs que cette apparition de Geofroy confirma assez tout ce que Milon avoit dit à Humbert lorsqu'il lui lit le récit de ce que ce revenant lui avoit dit.
Je crois que la guerre où celte vision empêcha Humbert d'aller avec Amé do Savoie, fut celle que ce comte eut avec Guigues VIII, dauphin de Viennois, qui ayant assiégé Montmelian, en \ l 40, le comte de Savoie lui lit lever ce siège (a). Le dauphin y fut blessé et mourut de ses blessures, trois jours après la levée de ce siège. Cette guerre du Dauphinê confirme encore ce que nous avons dit que cette \ ision ne peut être que de l'an \ 138 ou 1 139.
Je ne sais si Humbert partit pour Jérusalem peu de temps après qu'il eût eu cette prétendue vision, car nous ne trouvons aucun acte de lui dont on puisse facilement fixer l'année ; il est pourtant certain qu'il étoit marié et qu'il avoit des enfants, lorsqu'il lit ce voyage d'outre-mer. Il est encore certain qu'y étant, il s'engagea et fit vœu de vivre parmi les chevaliers du Temple; qu'il revint ensuite en son pays, d'où il faut qu'il eût été absent plusieurs années, soit à cause des désordres que l'on y avoil faite pendant son absence et des guerres qu'on lui avoit suscitées, soit par la grande joie qu'on eut de l'y revoir. Je suis fort porté à croire qu'il revint en 1 1 47 ou 1 1 4H,
(»j liuiclirnon, llisl, ■{<■ Sivo>r, p. ÏÎO,
A I-'IIISTOIIIK DE DOMBI'S. ii\
avec les François, dont la croisade, qui avoil été prêrhéc par sainl Bernard, réussit si mal.
Humbert ne fut pas arrivé qu'il apaisa toutes les guerres qui étoient dans son voisinage; il se montra très-prudent et très-zélé défenseur du hou droit et des églises ; c'est re (pie nous apprenons des 26' et il1' lettres de Pierre le Vénérable, qui s'opposa à ce que notre prince retournât h Jérusalem, comme le prétendoient Ebrard, maître du Temple de Jérusalem et le pape Eugène.
Pierre le Vénérable écrivit à Ebrard qu'il crojoil qu'il n'ipnoroit pas l'aiïerlion qu'il avoit pour lui et pour son ordre qui s'étoit élabli de son temps. Il élève ensuite cet ordre au-dessus des autres, sur ce qu'il allioit la religion avec la guerre, et après diverses autres louanges, il dit que le noble monsieur Guichard de Beanjeu éloit revenu de son voyage d'outre-mer depuis quelque temps, qu'il avoit été reçu en ces pays avec un plaisir extraordinaire, comme il l'a appris depuis son arrivée, parce qu'il éloit absent lors du retour de notre prince; mais il dit â Ebrard qu'étant arrivé lui-même, il a trouvé partout une si grande joie qu'il ne l'auroit pu croire s'il n'en eût été témoin, les clercs se réjouissant, les religieux se félicitant, les paysans s'applaudÙ8ant e! toules les églises chantant comme de nouveaux cantiques sur leur bonheur du retour de ce prince ; mais que les pillards et les ravisseurs de* biens, soit des églises, soit des religieux, des veuves et des orphelins étoient dans de grandes douleurs et dans de grands gémissements, paire qu'ils ne pouvoient plus exercer leurs pillerics auxquelles ce seigneur inetloit de grands obstacles. Il lui fait OOnnottre le besoin de la présence de ce prince, parce que l'abbaie de Cbinv étant voisine de ses terres et étant sans roi, sans duc et sans prince, elle éloit bien aise de trouver quelqu'un qui y entretint la paix ; il «lit que croyant avoir trouve celle paix par le moyen de notre prince, ils ne peuvent dissimuler le plaisir que cette espérance leur donne.
Il ajoute qu'Iliunbert ne les avoit point trompés dans celle espérance, puisqu'il avoil mis à son devoir le vicomte de Maçon, qui éloil comme un loup qui se tenoit jour et nuit aux aguets pour leur nuire; qu'il en avoit aussi mis plusieurs h la raison, soit deçà, soit delà la Loire, depuis son retour, et qu'il espère qu'il continuera de leur accorder sa protection dont ils avoient grand besoin. Il prie donc ce maître du Temple de ne point Inquiéter noire prince sur sou retour dan* la Terre Sainte, mais de laisser le tout à la bonne fui et à la conscience d'IIunibert de Beaujeu, avec lequel il gagnera plus par la douceur que par ses plaintes et ses hauteurs; qu'il avoit reconnu que MT de Beaujeu avoit une grande crainte de Dieu, qu'il ne feroit rien qu'il crut qui put empêcher son salut ; qu'il le laissât donc, du moins pour quelque temps, dans son misérable pays qui avoit un besoin extrême de sa présence et de sa défense. Il lui fait ensuite comprendre que les combats qu'Humbert donneroit contre les mauvais chrétiens qui commettoient tontes sortes de brigandages et de pilleries, étoient aussi justes et aussi agréables à Dieu que ceux qu'il pourrait donner contre les payens, parce qu'il est plus injuste qu'un chrétien souffre des vexations d'un antre chrétien, que s'il les souffrait d'un payen qui, ne reronnoissanl pas Jésus-Chi isU
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UKHOIRES POI H SERVIR
n'est pas obligé de se soumettre h ses loix. Il finit sa lettre en priant encore ce grandinaltre de lui laisser notre prince dans lequel ils mettoient toute leur espérance pour vivre en paix, et il prie Ebrard de ne pas quitter les Cailles, pour aller à Jérusalem, sans lui parler, parce qu'il auroit encore bien des choses a lui dire, sur le sujet de Mr de Reanjeu, qu'il ne lui écrivoit pas.
Pierre le Vénérable ne se contenu pas d'avoir écrit au grand maître du Temple, afin qu'il ne se senlt pas du vœu qu'Humbert avoit fait, pour l'obliger à retourner sitôt ù Jérusalem ; il crut qu'il devoit faire dégager llumbert d'un va-.u qu'il avoit fait avec plus d'imprudence que de religion ; ainsi il écrivit au pape Eugène pour l'absoudre de son vœn ou |tour le commuer. Pierre le Vénérable se sert envers ce pape à peu près des mômes raisons qu'il avoit écrites au grand-maître du Temple sur la joie que le retour d'Ilumbcrt avoit causée, et sur la nécessité de sa présence pour conserver la paix et le bien des églises contre leurs usurpateurs; il y répèle que ses pays sont sans roi, sans commandant ou duc et sans prince ou défenseur ; et il dit que s'il y a des seigneurs qui se disent ducs, comtes ou princes, ils ne se comportent pas comme des défenseurs de leurs peuples, mais qu'ils n'exercent leur principauté que pour les dévorer; car plus ils sont grands, dit-il, plus ils sont méchants, et plus ils sont forls, plus ils sont féroces et oppresseurs des (bibles et des pauvres.
Il répète ensuite que la présence de notre prince est nécessaire en ces pays pour y maintenir la paix ; que dès qu'il est arrivé, il a apaisé loutes les guerres ; que M neule parole a sufli pour accorder tous les genlilshommcs du voisinage qui avoient des différents les uns avec les autres; qu'il a rétabli la sûreté dans les chemins, qu'il a fait que les laboureurs cultivent paisiblement leurs terres, et qu'il a remis le calme dans toutes les terres qui sont entre la Loire et la Saône. Il dit qu'il a reconnu notre prince entièrement changé de ce qu'il étoit avant son voyage de Jérusalem, soit dans •es paroles, nil dans ses actions, et que ce changement est un elfet de la main du Très-Haut; que ce prince s'est entièrement dévoué à la défense de l'abbaie de Cluny ; mais que dans le temps do la joie universelle do son retour que l'on avoit cru être pour toujours, il s'éioit répandu un bruit fâcheux qui avoit troublé leur plaisir, eu ce que l'on di soit que ce seigneur n'étoit pas venu avec un entier agrément de Sa Sainteté, et qu'il avoit quitté l'habit religieux des Templiers et repris son habit séculier sans sa permission, quoiqu'il eût cru jusqu'alors qu'il n'avoil rien fait qu'a près un jugement du Saint-Siège ; mais qu'ayant appris le contraire, il vivrait avec U' de Reaujeu comme il le devrai!. Il prie néanmoins ce pape de faire attention s'il ne peut pas donner avec justice l'absolution de son vœu à ua seigneur qui est le seul dansées pays qui fit des actions dignes d'un prince ; que si ce prince quittait la milice du Temple contre les Turcs, il étoit dans une milice et dans une guerre continuelle contre de faux et mauvais chrétiens pires que les Turcs et les Sarrasins, d'où il lui insinue qu'il satisfait à son vœu de Templier dans ces pays, comme il le ferait dans la Terre-Sainte.
Pierre le Vénérable ajoute qu'il a o:;ï dire qu'Humbert n'avoit pas quitté sa femm* légitimement, que des gens très-dignes de foi l'en avoient assuré, et qu'ainsi Sa
A L'iHSTOIliE DE DOHBF.S.
Sainteté vit si l'on dcvoit contraindre Humbert à exécuier son prétendu vœu avant qu'on eût su s'il éloit valable, ce que Sa Sainteté devoil juger elle-même comme une aiïaire des plus importantes, et que c'étoilà Sa Sainteté à savoir s'il convenoit à ce seigneur d'être en habit religieux, tandis que sa femme restoit en habit séculier, et que l'un servit Dieu et l'autre le monde ; et pour parler clairement, dit-il, s'il convenoit que l'un vécût chastement et l'autre impudiquement. Il dit ensuite que la femme d'Humbert n'a jamais fait vœu de chasteté, et que si elle n'a voit voué que verbalement, ce vœu n'étoit pas suffisant pour l'engager. Il fait ensuilc voir à ce pape les inconvénients «les vœux que les gens mariés peuvent faire en séparant d'euxmêmes ce que Dieu a joint, ce qui peut causer mille scandales. Enfin, Pierre le Vénérable se sert de toutes les raisons qui pouvoient obliger le pape à déclarer les vœux de Templier faits imprudemment par Mr de Hcaiijeu, nuls et invalides.
Cette lettre et peut-être plusieurs autres qui furent écrites à ce pape tirent qu'il déclara notre prince absous de son vœu; mais quoique ce vœu fût nul, le papo ordonna néanmoins à ce prince de bâtir une abbaîe pour en être toul-à-fail exempt, ce que ce prim e exécuta, comme nous le dirons. N'ayant pu fixer l 'époque du voyage de Jérusalem de noire prince, nous ne pouvons aussi fixer celle de son retour (I , n'ayant pu savoir le temps auquel Ehrard, grand-maître du Temple, vint en France, ce qui nous feroit eoniioitre le temps de la lettre que Pierre le Vénérable lui écrivit. Car je ne sais si Gérard et Gilles, chevaliers du Temple de Jérusalem, qui furent présents, en 1148, indiction 10, épaetc 17, concurrent 2, à la concession que Raynaud, comte de Bourgogne, du consentement d'Agate, fille du duc de Lorraine, sa femme, et de Guillaume, comte, son frère, fit à l'église Saint-Elienne de Besançon, de tout ce que cette église avoit acquis de ses vassaux ou de ce qu'elle en acquerrait, je ne sais, dis-je, si ce Gérard ne seroil point le même que cet Ebrard (a).
Je ne sais si c'est avant ou depuis son retour en ces pays qu'Hiimbcrt de Beaujeu acquit d'Arnoul de la Porte et de son frère le fief sur les biens qu'ils a\oient a Parrigny; ces frères lui firent donation de ces biens et sur-le-champ Hurobert les leur rendit, après en avoir reçu la foi et hommage. Ce don fut fait a Court; Durand d'Esloux, Itodulin, prévôt, Guichard et Ponce de Court, frères, en furent témoins.
Etienne et Gérard Gemma, frères, donnèrent au même llumhert de Beaujeu tout ce qu'ils possèdoient, en aleu, à Balleure; il le leur rendit aussitôt pour le tenir en fief, et ils lui en firent foi et hommage. L'on a oublié de mettre les personnes qui furent témoins de ce don et de cette foi et hommage. Balleure est dans le Chalonnois, sur les confins du Maconnois. Nos princes étendoienl leurs fiefs le piu> qu'ils pouvoient, comme ces acquisitions de fiefs le fout voir.
Ilumbert. de l'ordre d'Archimbaut Le Blanc, dont nous avons déjà parlé, racheta
»' «'.hiiflci. lettre «nr Beat ri i Je f.halun. p. lii, caru IOi. — Bil.lr Je Beaujeu, ealiirr I), f. 19.
I F.tnrJ de» Barre», |rr*Bd-i»»itre Ju Temple, rtïinl es Freucc en MU. (V. l'Art de rérilicr le* dite*.
MKMOIRES P'U n SERVIR
d'Artaud Morel le mas d'Arfeuille (a;, auquel il étoit engage pour 2000 s. Il racheta aussi d'Eudes Marchand, par l'ordre du vicomte Artaud, les tiiens de ce vicomte, qui étoient à Cbaana, engagés pour 1000 s. et une cuirasse, outre quoi liumbcrt donna 700 s. de gage sur le tout, apr s quoi Artaud, vicomte, vendit le tout à notre prince pour 3000 s. et 12 marcs d'argent, et jura qu'il tiendroit notre prince en paix de lui et des siens, c'est-à-dire qu'il ne fcroit rien pour empêcher l'effet de cette vente et qu'il empêcherait que ses parents ne la contestassent. Cette vente fut faite un jour de Pentecôte, dans l'église d'Azclettes ; les témoins en fuient Guignes, comte de Forez, Guillaume, comte de Chalon, Etienue Sevcrt, Hugues Morel, Jocerand des Trois-Monts, Girard Morel, Hugues de Varennes, Ponce d'Albiny, Geofroy, chapelain de Mr de Beaujcu, Bernard, prévôt de Beaujeu, le seigneur de Grandris, Josserand de Cot..., Bernard Carré, Guichard de Nuit.
Les comtes de Forez et de Chalon s'étanl trouvés présente à cette vente, il faut qu'ils se fussent assemblés pour régler quelques affaires avec notre prince ou qu'ils fussent venus en dévotion à Azelettes.
Humbert racheta, outre cela, d'Aimon de Montain, le domaine des Francs et ce que ce Moniaiti avoit en rivière, pour raison de quoi notre prince donna 60 livres et prit outre cela en gage ce qu'Artaud possédoit en honneur ou en Bef à Hiortier, dont il en donna 80 livres.
La vente que ce vicomte avoit faite à notre prince, de Riortier et de son honneur, justice ou llef, de Rivière ou Rivery, du fief ou justice de Chaan, du mas d'Arfeuille et de tout ce qui dépendoit du château, fut approuvée par Etienne Le Blanc, pour les droits qu'il y pouvoit avoir, ce qui fut fait à Pierre-Cave, entre Chàteauneuf et Charlieu. Les témoins furent G. Morel, Etienne Sevcrt, Josserand des Trois- Monts, Bernard, prévôt de Beaujeu, et Guillaume de Grandris.
Archimbaut Le Blanc, frère d'Artaud, voulant aller à Jérusalem, donna et céda à notre prince tout ce qu'il possédoit en deçà la Loire, soit dans la plaine, soit dans la montagne, soit ses forêts, ses eaux, ses fiefs ou esclaves; mais il ne fit cette cession qu'au cas qu'il mourût sans enfants légitimes ; et comme Archimbaut avoit besoin de beaucoup de meubles, hardes et provisions pour faire son voyage, Humbert lui prêta à titre de gage, sur toutes ses terres, savoir sur Cbevagny, ses appartenances, .'il 00 s. monnoie de Clnny; sur Chàteauneuf et ses dépendances, 3000 s. monnoie de Cluny et 500 s. de la forte monnoie de Lyon ; outre quoi Mr de Beaujeu lui donna encore 600 s. de la même monnoie forte de Lyon et 3 marcs d'argent ; et il fut con- \enu que personne ne pourrait racheter cet engagement qu'Archimbaud lui-même ou sou fils légitime. ,
Il fut encore convenu que si M' de Beaujeu rachetoit les autres biens engagés par Archimbaud, qu'il serait loisible à Arcbiinbaud de les racheter quand il le pourroit. Les témoins de cet engagement furent Artaud de Villion, Chlin Ruet, Guillaume de
[* Bible lW.uj»u, c.likr I». fol. ÏO.
A L'HISTOIRE HE D05IBKS. ISo
Conzié, Girard du Bois, Guichard et Hugues de Marzé, frères, Humbert d'Andilly. Hugues de Vaux, Rernard de Court, Hugues de Yernay, Eudes de Marcliampt, Arnoul de Fougères et plusieurs autres. Il faut qu'Archimbaud revint de son voyage et qu'il eût des enfants légitimes qui dégagèrent ces terres, nos princes n'en ayant pas joui que j'aie vu d'ailleurs.
L'on ajouta à la convention qui fut faite entre Humbert et Arcbimbaul que ce dernier ne pourrait engager ses autres biens à personne, à moins qu'il ne les rachetât d'Humberl et de son consentement.
La charte fait ensuite une énumération des autres biens engagés, lesquels Humbert avoit rachetés ; savoir, le mas d'Arfeuille, d'Artaud Morel, à qui il avoit donné 4300 s. monnoie de Cluny ; ce mas avoit été engagé par Archimbaut, dit la charte. Je ne sais si, dans le réachat d'Arfeuille dont nous avons parlé ci-devant, il n'auroit pas fallu lire Artaud Le Rlanc au lieu d'Archimhaut ; celui-ci pourrait étred'Archimbaut, qui avoit apparamment un domaine à Arfentlle, comme son frère > en avoit un.
La charte dit ensuite qu'Humbert rendit 710 s. à Artaud, pour le mas de Licieu, el 650 s. à Etienne de Toria, pour les gages qu'il avoit sur la chalellenie de Chavigny, 150 s. aux hospitalières d'Aigueperse, et :§0 à nugues de Chavinzolge.
Humbert de Reaujeu acquit encore, des héritiers de Pierre de licieu, le tènement qu'il possédoit, sa maison de Chateauncuf appelée Roche-Epine, le mas de Licieu et tous ses autres biens. Les témoins de celte acquisition furent Hugues du Vernay, Eudes Marcliampt, Hugues de Cheveux Rompus, Artaud, prévôt, Girard de Montarmé et plusieurs autres.
Guillaume de Marcliampt céda à notre prince tous les droits qu'il prétendoit suides biens que notre prince possédoit à Pomiers, et promit de ne l'en plus inquiéter, moyennant 40 1. qu'on lui donna. Cette convention fut faite en présence de Rernard de Piseis, d'Achard de Gletins, de Guichard de Varennes, de Guigues et Guillaume de Chassagne, frères, de Ponce de Rain ou Tani (car on n'a pas pu bien lire ce nom), de Guichard de Jon, de Poncu de Rochebaron, de Ponce d'Albigny, de Guillaume de Grandris et de Thomas, son frère, d'Achard de Piseis et de Rernard, prévôt de Reaujeu. Cette cession fut faite dans l'église de Religny, un lundi de Pâques. L'on a mis ce jour qui parait inutile, mais l'on a omis l'année, qu'il aurait été plus utile ou plus agréable de savoir.
Humbert acquit de Roland et Girin l'Obscure les droits qu'ils avoient sur un rhàteau appelé Duncié, peut-être Cunsié, après quoi il les leur donna en fief, et ils lui en tirent foi et hommage en présence de Dalmais du Vernay, d'Arnoul de Fougères et d'Umfred de Marchant pl.
Etienne de Villars donna à noire Humbert le château appelé Monlel (je crois que c'étoil Monthicu. en cette souveraineté), après quoi notre prince le lui rendit pour le tenir de lui en fief, et Mr de Villars lui en fit foi et hommage, en présence d'Etienne de Resenins et de Guichard et Bernard de Marzé.
La dame d'Ailly donna aussi son châleau d'Ailly à noire prince, du consentement de ses héritiers, après quoi Mr de Beaujeii le leur rendit, a lu charge de foi el hommage que lui firent ces héritiers. Guicbard deMarzé, Artaud de Villon, Arnoul de Colonges, Etienne de et Ogier de Chaliouvres furent témoins du tout.
Nous avons mis toutes ces acquisitions dans l'ordre, à peu prés, auquel elles sont dans l'ancien litre, n'ayant pu leur donner un ordre chronologique qui fût assuré.
Notre llumhert approuva, environ le même temps (a), quelques acquisitions de dixmes que l'abhaie de Savigny lit dans la paroisse d'Amplepiiis, en Beaujollois. Ce fut par la bonne économie d'Hugues Rainier, célérier ou garde des clefs de cette abbaîe, que ces acquisitions furent faites. Lu notice de Savigny di! qu'entre les autres biens que cet Hugues lit ù leur monastère, il acheta d'un nommé Josserand Calverie et de ses enfants, parce que le bien venoit de leur mére, la sixième partie des dixmes du pays appelé Amplepuis, au prix de quatre marcs d'argent très-pur, outre quoi il promit de faire recevoir, sans autres biens, un lils de Josserand religieux parmi eux ; et afin que cette acquisition fût assurée, Josserand et Etienne Calveric s'en rendirent garants el cautions avec Hier de Chamousset, en présence el par-devant l'abbé Odilon et plusieurs autres honnêtes gens. Humbert, prince de lleaujeu, en fut lémoin, et comme ce prince possédoit ces dixmes en aleu, qu'elles lui étoient venues de ses ancêtres, el que les enfanls de Josserand Calverie les tenoient de lui en fief, llumhert de Beaujcu céda à l'abbaïe tous les droils qu'il y avoit et promit de leur maintenir ces dixmes en paix. Ce célérier lui donna, en récompense, 40 s. de la plus forte monnoie ; la comtesse, femme d'IIumberl, en reçut iO s. Bonparl, prévôt d'Amplepiiis, en e;it 12, Eudes de Marchampt 4, Humberl de Balaillioux en OUI la charge de trois chevaux d'un vin très-pur. Bonpurt, Eudes de Marchampt et Humbcrt Balaillioux étoient officiers de nos princes, et on leur donna ces sommes comme les fermiers des princes donnent encore aujourd'hui des droils d'enregistrement aux officiers qui enregistrent les dons, les aliénations el les fermes de ces princes; ces officiers furent témoins de cetle acquisition avec Jobert, prieur de Saint-Victor, Hugues Doboiiis, prêtre, Girbert de Fonlanet et quelques autres, tant clercs que laïcs.
Ameline de Moiilrolron se donnant el vouant à l'abbaïe de Savigny, lui donna, du consentement de ses enfants, la quatrième partie des dixmes qu'elle possédoit justement dans la même parois*- d'Amplepuis, au lieu qui s'appeloit vulgairement la Savonière. Cetle dame élanl décédée, son fils Guillaume, voulant aller à Jérusalem et suivant le pieux exemple de cetle sage mère, donna à la même ubbaïe le quart des mêmes dixmes qu'il avoil, cl Hugues lui donna, pour lui aider à faire son voyage, 40 s. de la plus forte monnoie, e» i s. à Bonparl, le prévôt, qui lui aidoil et qui l'accompagnoit dans ce voyage. Les témoins furent Hugues Romphateur, Pierre
4 C.trlul. S«»ignT, aria 91i. (A. Brroinl, p 51», ch. OU.)
A l'histoire de dombes.
de Vego, Girin d'Aly, Hugues Dubonis, Pierre Dumoulin et Roland, son (Ils, Allo de Raibé et plusieurs autres.
Cet Hugues, célérier, acquit d'Aimon Achard une terre au territoire de Mercoileas, qui produisoit tous les ans une éminc île bon froment, deux sextiers de vin, 3 s. et <0 d. qu'il appelle nurnmos, neur poulets, trois poules, un repas entier matin et soir à quatre personnes, l'avoine et le foin pour autant de chevaux et la lasehe de la terre. Gelai qui a composé celle charte ou mémoire remarque que cet Hugues avoit acquis tous ces biens par son industrie, et beaucoup d'autres, en sorte que tous les jours qu'il étoit permis de vivre d'oeufs et de fromage, l'on avoit ajouté un cinquième œuf; car jusqu'il ce céléricr l'on ne donnoil que quatre teufs ou un fromage de la valeur ou du poids d'un œuf à la place du quatrième œuf à ceux qui dlnoient, au lieu qu'on en donnoil alors cinq.
Bagues acheta encore de Pierre de .Montrotron, frère de Guillaume, l'autre partie des dixmes d'Amplepuis; il la lui vendit moyennant 90 s. de la plus forte monnoie, et il approuva les ventes ou dons que sa mère et son frère en avoient rails, après quoi ce religieux acquéreur souhai'ant d'avoir le consentement d'Humbert de Beaujeu, parce que celle dixme étoil tenue de lui, il donna un marc d'argent à ce prince, cinq Huées de vin àGirbert de Hinen, et à Bonparl et Girin, son frère, 5 s., par les raisons que nous avons dites ci-dessus. Guichard do Pcisi et Bernard de Saint-S tturnin furent témoins de celle vente et du paiement fait à notre prince et à ses gens.
Celle charte, où le titre de prince est donné à Humbcrt, est remarquable, ainsi que la qualité de su femme, qui esl appelée comtesse, comme lille du comte de Savoie, ainsi que nous le dirons dans la suite.
L'empereur Conrad donna une bulle, en 1 1 16, en faveur d'Humbert, archevêque do Vienne \), par laquelle il ordonnoil aux évoques, ses snffragants.de donner à cet archevêque tout le secours, l'aide et le conseil dont il avoit besoin pour recouvrer toute la juridiction séculière et ecclésiastique de laquelle ii é'oit en possession, ne voulant pas qu'il fût dépouillé de ses droits, ni qu'il s'établit à Vienne une puissance tirannique qui opprimât la lilierté des ministres de l'autel. N déclara qu'on ne devoit reconnoîlre n Vienne mienne autre juridiction que H le de l'archevêque, et qu'il cassoit et abrogeoii celle que Guillaume, comte de Màcou, avoit eu la témérité de s'y attribuer. Celte bulle fait voir qu'on reconnoissoit Conrad en ces pays, sans quoi sa concession auroit été inutile à l'archevêque de Vienne. Parmi les suffraganls de l'archevêché de Vienne, l'on y trouve l'évéque de Viviers, que le pape Calix te avoit détaché de la dépendance de l'archevêché d'Arles, en 1 1 pour le soumettre à relui de Vienne, dont il étoit plus voisin. Cet évêché de Viviers éloit de l'empire, comme nous l'avons dit, et cette bulle le confirme (b).
1%) MMtpcrtnK i: .|. de IVglife -l<- Virnnr, p. Î05, îflG. (n I l.urj, lli-l. Ed., tutu. M, Iît 07, n 13.
KKXOIMS POUR SERTIR
Je ne sais si ces évoques empêchèrent les comtes de Maçon d'exercer leur juridiction à VkmM, car ils s'en sont toujours dits comtes, et qui se dit comte se dit seigneur avec haute juridiction.
ta même empereur accorda à Silvion de Clairieu, de Dauphiné (a), qu'il traite de très-noble prince, le privilège que ses terres et sa personne fussent exemples de toute domination des comtes, ce qui fait voir que les comtes avoient de droit ou de contante une juridiction générale qui s'étendoit sur la pluspart des autres seigneurs. Cet empereur voulut que Silvion ne fut obligé de faire hommage qu'à lui, Conrad, et à ses successeurs, empereur», rois des Romains et rois de Vienne. Il voulut encore qu'il possédât la terre de Clairieu à perpétuité, avec tous les châteaux et les autres biens que son aïeul avoit |>os*édés librement, déclarant nulles les ventes et les transactions faites avec Lajîicr, archevêque de Vienne. Cet empereur donna de plus à ce seigneur le pouvoir d'élever des péages à la Voûte et à Conflans, tant par lerre que par eau. Ces péages se lèvent encore à présent sur le Rhône ; ils prouvent la souveraineté que les empereurs y avoient. Je ne sais si les seigneurs de Clairieu jouirent de tous les privilèges que cet empereur leur accorda, car il falloil, en ce lemps-ri comme aujourd'hui, la vérification des tribunaux pour autoriser ces patentes, et il èioit nécessaire qu'il n'y eut pas des oppositions! res concessions, de la part des intéressés. Cette concession est sans date ; Mr de Valbonnois semble la mettre sous l'an H 31.
L'empereur Conrad et Louis, roi de France, s'étanl croisés en tU5, partirent en 1 1 4ti pour la guerre contre les intldèles, dans la Terre-Sainte. C'est cette année-là qu'Hugues de Berriar, (ils de Roland Hressien, vint au cloître de Maçon et y vendit, du consentement de ses hommes, à Ponce, évêque, et à l'église de Maçon [a), toute la dixme qu'il possédait dans la paroisse de Pierre-Clos et qui lui étoit échue, par droit héréditaire, tant dans les terres cultivées que dans les terres en friche et à défricher, avec le droit qu'il avoit de faire amasser ces dixmes. L'on exprime c* dernier droit, parce que ce seigneur auroit peut-être pu prétendre ne l'avoir pas vendu, si on ne l'eut fait comprendre en termes exprès. L'on donna 1700 s., monnoie de Maçon, au vendeur, pour le prix de cette vente; sa femme reçut 30 s. pour la ratifier. Hugues de Berriac promit de faire jouir en paix l'église de Màcon de celte dixme et de la garantir de lui-même de ses héritiers, et de tous les hommes qu'il pourrait empêcher de les inquiéter. Il donna, pour caution de cette vente, Josst-rand Gros, llcldin de Berriac et Hugues, son frère, Etienne de Marron, Geofroy de Marliac, Geofroy de Cluny, Etienne de Brugières, et Odon de Pierre-Clos. Cet acte fut fait en présence de plusieurs clercs et laies.
Hugues de Berry ou Berriac ne reconnut pas posséder ces dixmes injustement . comme les ecclésiastiques le faisoient ordinairement reconnottre |iour donner plus
4 Valbon., HUI. Dauphin., pp. Tî cl 89.
• S,,«ft, in Miti*., p. .S9.-Lib.lncnl .fol . ioJ »i ï 1 1 , (. lî. 'M. Rcgui, p. SiO tl Ml. rh. SHt
A L'HISTOIRE DE MMTO1S. 3iJ
de force à leurs aequisileurs et avoir meilleur marché de ces dixmes. Ce soigneur rendit toute sa dixrne et n'eu excepta pas son clos que ses successeurs ont prétendu, dans la suite, devoir être exempt de dixmes, sur quoi ils ont été condamnés, quoiqu'on n'eut pas produit cette charte.
("'est environ le même temps que Galon et Vitfred de Séciac, chevaliers, vendirent à la même église de Mâcon ;.\) les dixmes qu'ils avoient dans la paroisse de Saint- Amour, au prix de 60 s. Galon en eut 6 s. pour acheter une celle ou maison, et Renaud et Guillaume d'Altestre, chevaliers, desquels les seigneurs de Séciac tenoient celte dixrne, en eurenl 10 s., moyennant lesquels ils consentirent à celte vente et jurèrent de garantir ces dixmes à l'évéque et aux chanoines.
Les 10 s. que ces frères d'Altestre avoient reçus pour leurs laods ou pour l'indemnité de cette vente, ne les dédomniageoient pas de la perte de leur fief, et de ce que ces dixmes tomboicul en inuins mortes et inhabiles au service militaire; ainsi M" de Séciac prirent en fief de M" d'Altestre un mas qu'ils possédoient en francaleu {que l'on appeloit simplement aleu en ce temps-ci), et s'engagèrent par là à servir ces frères à concurrence de la valeur des fruits de ce mas, comme ils éloient avant leur vente ohligés de les servir à concurrence de la valeur de la dixine qu'ils vendoient. L'évéque l'once, Hugues, diantre, Etienne, doyen de Beaujeti, Geofroy de Monlgrain, prêtre, Pierre d<« Langres, Humbert, an hiprètre, Arrhirnbaut de Naut, Guichard d'Anles, Aiiuon de Senay, Maimir Denlles, Rogier Unier, Robert
d'Altestre, Guillaume d'Imars.Girold, prêlre, et Ogier, neveu d'il bt'rt.archiprétre,
furent présents à cette vente, qui, avec toutes celles que nous avons vues jusqu'à présent, nous fait voir que presque toutes les dixmes étoient possédées en ces pays par laïcs, comme biens laies et patrimoniaux.
Le transport de ce fief d'un fond sur un autre, avec toutes les acquisitions et les échanges de ces fiefs, nous font voir que ces liefs n'étoient pas regardés comme un droit absolument réel et attaché au rond : ces droits pouvant se transporter, ils pouvoient se prescrire, puisqu'on pouvoit les aliéner, 1rs racheter, les échanger et les transporter.
J'ai vu des actes par lesquels l'on transportoit un cens et service dû sur un fonds d'une paroisse sur un fonds situé dans une autre, quelquefois voisine, quelquefois assez, éloignée .quoique, au dire de Dumoulin, le cens soit un droit très-réel et attaché en quelque manière inviolablementa la glèbe; mais qu'est-ce que la volonté ou l'ambition des hommes ne change pas? Cependant, celui qui avoit cru affranchir son fonds par cet échange, se trouvera trompé, s'il a le malheur de perdre cet échange ; car si le seigneur garde son ancien terrier, il pourra demander son cens, quelque laps de temps qu'il y ait, si le cens vient à être déclaré imprescriptible, comme plusieurs le veulent, contre les loix et les usages de la souveraineté.
Il y eut un traité en 1147 (a), par lequel Guich.mld'Antlion.qui prétendoit quelque
i»': Scvrrt, in MalUc, p 119. — Mb. Incnl.. fol. S 14. (M. Hhriii, p. HA, th. KYI.)
Uj Lib. Iiifut , fol ion. M. Ragul, p. S60, ch. DXC.V ; — Stm-rt, inLagd., p. mss., t. 51.
MKMOMES PO! R SEHVIR
seigneurie sur le village de Monlgoin, dans cette souveraineté, céda à l'église de Mâcon tout ce qu'il possédoit juslement ou injustement dans ce village, ce qu'il fit dans le chapitre, â la prière et médiation d'Amédée, archevêque de Lyon et légat du Saint-Siège. Guichard d'Anthon fit plus, car il promit et jura qu'il laisseroit jouir l'église de Mâcon librement, et sans lui faire aucune inquiétude, de tout ce qu'elle avoit à Monlgoin, et que, si lui ou les siens faisoient quelque trouble à cette église, il le répareroit aussitôt qu'il en seroit averti. Il donna pour cautions de cette promesse, plusieurs seigneurs qui promirent d'aller demeurer en «Mage à Mâcon, jusqu'à ce que cette église eût été dédommagée des pertes qu'on lui aurait fait souffrir; ces otages furent Durand de Sendrcns, Guichard de Franchelins, Léolald de Chaillouvre, Guichard des Sauvages, Etienne Le Blanc, Ogier de Clémencia, Pierre des Estoux ou de r Es tout, Rerard de Saint-Trivier et Durand de Moisia. Les témoins de cet acte furent Otbert, abbé d'Aisnay, Hugues de Chazay, Hugues Palatin el Etienne de Besenins. Je crois que cet acte fut une suite des bulles du pape Calixte, que nous avons rapportées ci-devant.
M' Chorier, qui a parlé de ce traité (a), dit que Guichard, seigneur d'Anthon sur le Rhône, éloit un seigneur du Dauphiné que ses voisins considéraient le plus ; que cette terre, par laquelle il assujettissoit le Rhône, le rendoit redoutable, et que ses biens, dispersés en diverses provinces, mettoient beaucoup de gens dans ses intérêts. Cet auteur a fait bien des fautes, dans les noms des seigneurs que nous venons de rapporter, qu'on pourrait corriger et où il n'est tombé que faute de connoltre notre pays el les seigneurs qui y avoient leurs biens.
Cet auteur avoue que tous les seigneurs qui furent cautions de Mr d'Anthon étoient autant de petits princes dans leurs terres, et qu'encore qu'ils n'en prissent pas le nom, ils en avoient tousles avantages, et c'est ce que nous verrons assez dans la suite. Il ajoute qu'un autre Guichard d'Anthon, ûls de celui dont notre charte parle, vivoit en 1202, qu'il fut un des bienfacteurs de l'abbaïe de Chassagne en Bresse, et il pense que l'archevêque de Lyon termina plutôt cette affaire que l'empereur, parce que la croisade à laquelle l'empereur étoit allé ne lui permettoit pas d'entrer luimême dans l'examen des différents de ces seigneurs ; mais si les empereurs n'entraient pas dans la discussion de ces différents, c'est parce qu'ils étoient trop éloignés de ces pays et que tous les différents de nos seigneurs se vidoient par arbitres, comme il s'en vide une infinité encore ;ï présenTen Allemagne.
M' Le Laboureur dit, dans ses Preuves de noblesse des religieux de l'Isle-Barbe (ni, qu'Hugues Palatin, dont celte charte parle, est le plus ancien des seigneurs de cettt maison dont on ait eonnoissanec, et que tous les gentilshommes qui y sont nommé* étoient les plus illustres de Dombes. Ce dernier article est vrai ; mais nous avons trouvé, ci-devant, des Palatins plus anciens que celui-ci.
L'abbé Suger, qui gouverrreit le royaume de France tandis que Louis Vil étoit
W BUt. D««ph., U>m. S, H». ï. tri. 7, p. Si.