A L U1ST01RE DE DÛUBES
S.iint Sulpice commença, en ! 170, à faire construire l'abbaïe de Chassagne, et elle y mit Vitfred pour premier abbé. Ainsi cette abbaïe de Cha»sagne est fille immédiats et soumise à celle de Saint-Sulpice, qui est sa mère.
Le village de Montgoin, dont nous avons souvent parlé, faisoit toujours naître de nouvelles difficultés à l'église de Màcon. Nous avons vu que Gnichard d'Anthon avoit cédé, en 1147, à l'église, tontes les prétentions qu'il y avoit. Les Enchaînés, famille des plus illustres de ce pays, y en avoient aussi qu'ils cédèrent en 1152. Ce fut Guignes l'Enchainé qui, avec ses fils Hugues et Guigues H, quittèrent et donnèrent à l'église de Maçon (a) tout ce qu'ils avoient el qui leur appartenoit légitimement dans ce village et môme tout çe qu'il* y avoient usurpé, et ils jurèrent qu'eux ni les leurs n'inquiéteraient plus cette église. Ils donnèrent à l'évéque Ponce et à Hugues, chantre de l'église, pour cautions de leur serment, Renaud de Baugié, Hugues de Chavanes, Hugues et Etienne de CMtillon, Ponce Bresscnt, Gontier de Beyviers et Hugues de Miséria.
Cet acte fut passé dans la maison de l'évéque Ponce, en présence de Guichard, doyen, d'Hugues, chantre, de Bernard Porctrier, de Geofroy de Moles, d'Humbert de Braruion, de Geofroy de Berriac, d'Etienne, maître d'hôtel, et de Ponce de Chavanes.
Je crois que ces Enchaînés firent cette cession par la crainte des interdits et des excommunications portés par la bulle de Calixte dont nous avons parlé. Je crois que les seigneurs d'Anthon et ces Enchaînés étoient seigneurs de Garnerans.et peut-être aussi de la poepe de Miséria, et qu'ils s'atltibuoient quelques tailles et quelques droits de garde sur les habitants de Montgoin, que l'église de Màcon prét>-ndoit que ces habitants ne leur dévoient pas. 4
Après la mort de l'empereur Conrad, Fridéric I" fut élu empereur par les princes allemands, avec le concours de quelques princes italiens. Il fut couronné à Aix-la- Chapelle, par l'archevêque de Cologne, en 1 1 52 (b). L'empereur Conrad avoit demandé qu'on élût ce prince, qui n'étoit que son cousin germain, à l'exclusion de son propre fils qu'il reconnut être trop jeune pour pouvoir régner. Cet empereur, reconnoissant l'autorité des papes et leur seigneurie dans Rome et dans les terres do l'Eglise, promit au pape Eugène de travailler de tout son pouvoir à rendre les Romains aussi soumis au pape qu'ils l'avoient été depuis cent ans. Ce terme étoit le temps de la prescription des droite de l'Eglise romaine et le* droits dont file n'avoit pas joui depuis cent ans sembloient devoir être perdus pour elle.
M. Chorier remarque (c) que plusieurs seigneurs-dit Daiiphiné allèrent saluer ce prince après son élection et qu'ils lui rendirent les hommages qu'ils lui dévoient.
(») Lis. loctl.. fol. «17, m»», f. M. — S*»tn, p. 158. (M Ragal, p. J7î, ch. DXCfll.) fi) Fkrory, HUl. Red., Ion. 1 1, li» «1», »' 16. (. i To». i, p. M.
Il dit que cet empereur abandonna en quelque manière le royaume de Bourgogne, tant il fut favorable a ceux qui en usurpoient les terres et les droit*, pourvu qu'ils consentirent qu'il donnai un titre à leur possession, parce qu'il conservoit par la la sienne.
Je crois que M. Cborier s'est trompé dans sa conjecture, car si l'on voit mieux, sou» cet empereur, le pouvoir et l'autorité des princes de ces pays, c'est qu'on y trouve plus de titres de ce qui s'y est passé que l'on n'en trouve sous les autres empereurs ; mais comme cet empereur, sans autoriser les princes d'Allemagne dans leurs usurpations, les laissa jouir de leurs anciens droits et libertés, il en fit autant dans ces pays où les princes cl les seigneurs n'ont pas eu une plu- grande autorité que celle dont les électeurs et les ppnees d'Allemagne jouissent encore aujourd'hui, et que l'on ne peut dire qu'ils aient usurpée.
L'empereur Fridéric alla à Rome pour s'y faire couronner. Le peuple romain u'étoit guères soumis ni au pape, leur seigneur temporel, ni à l'empereur, leur haut souverain; ce peuple regnrdnit l'autorité du pape comme un joug injuste que les clercs s'étoient attribué ; ainsi les députés de la ville de Rome prièrent l'empereur de les eu délivrer; mais ayant osé dire à cet empereur qu'ils venoient lui offrir la couronne ; qu'il* l'avoient fait leur citoyen, d'étranger qu'il étoit, et qu'ils lui ilemandoicnl son serment, par lequel il s'engagerait à les maintenir dans leurs droits et privilèges, ce prince, qui étoit très-fier, leur dit qu'il n'étoit pas vrai qu'ils l'eussent élu ni qu'ils l'eussent fait leur citoyen et leur prince ; il leur soutint que les empereurs, ses prédécesseurs, les avoient conquis et qu'il étoit leur maître par une possession légitime; il convint qu'il leurdevoit justice et protection, mais qu'il u'avoit pas besoin de leur en faire serment. Il se fit ensuite couronner, à Rome, par le pape Adrien, Le samedi 18 juin 1155, l'an quatrième de son règne d'Allemagne et Bourgogne.
Notre prince Humbert se trouva, en H 53, à Maçon, avec Eudes, cardinal-légat. Ileraclc, archevêque élu de Lyon, et les suffragants de cet archevêque, Guillaume, comte de Bourgogne, Guillaume, comte de Chalon et les plus grands seigneurs des deux Bourgognes. Tous ces seigneurs s'y assemblèrent, a la prière de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, pour traiter des affaires de cette abbaic (a). Cet abbé pria ces seigneurs de ne pas permettre à leurs vassaux et à leurs gens de piller les biens de l'église de Cluny, comme ils le faisoient, ni de les usurper, et leur demanda encore qu'ils ne fissent pas la guerre aux hommes et vassaux de son abbaïe; ce que ces seigneurs promirent pour les terres que lahbaïe a voit entre le Rhône, la SadtK) et la Loire, promettant de garantir les abbés et les gens de l'abbaïe de Cluny de tous les maux qu'on leur pourrait faire et d'en poursuivre partout les malfaiteurs, jusqu'à assiéger les châteaux où ils se retireraient. Les habitants de Cluny promirent
< ChiOlcl, Lrllrr Mtffil, p. US — Bill Cira., p. Mï E, p. ICiO D, wst. p. lî. — Sr»crt, in l.ujd , |i. SU.
A L'iHSTOllti; l»l l.OMUES. 337
«le leur coté qu'ils iroient ;ï la guerre avec ces seigneurs pour les aider el qu'ils ilonneroient toute sûreté à ces seigneurs el à leurs gens lorsqu'ils nasseroient sur les toires de Cluny. Ce traité fut, à ce que je crois, le fruit tics instances que Pierre le Vénérable irait faites auprès du pape Kugéne, pour tirer notre prince de l'ordre de- Templiers.
M. Guichenon rapporte, dans sa Bibliothèque Sébusienne (a), un don que Guillaume, lils de Reinier, marquis de Montferrat, et Julitc, fille de Léopol, marquis d'Autriche, tirent, le 4 mai 1 156, au monastère de Grassano, qui étoit situé dans leur état Guillaume déclare d'abord qu'il fait profession de vivre suivant la loi salique et Julile dit qu'elle semble devoir vivre suivant la loi des Allemans; ce qui fait voir que les biens du mari et ceux d« la femme ne suivoienl pas la même récrie ni la même loi.
Ce marquis et sa femme donin rent à ce monastère de dnissano tous les droits qu'ils le\ oient comme souverains, an château de Lugy, sur les chanvres, et le dixième de tous les revenus qu'ils tiraient du port de Félicia, sur le fleuve de Tanare, voulant que ce revenu fût employé pour la guérison des malades, c'est-à-dire pour l'entrelien de l'hôpital.
Outre ce don, ce seigneur el cette dame confirmèrent à ce monastère tout ce qu'Aleran, leur prédécesseur dans ce marquisat, et tous leurs autres prédécesseurs ou parents descendants d'Aleran, leur avoient donné tant en châteaux, en village*, qu'eu revenus, en églises, en colons, en serfs ou en autres choses, et le mari déclara qu'il ne vouloil pas «pie lui ni ses successeurs pussent exiger de ce monastère ni de ses hommes aucun plaid, ban, ni quelque autre droit que ce fût, dont la charte en énonce un grand nombre, que nous n'expliquons pas ici ; il veut de plus que l'abbé el les religieux jouissent librement, disposent et ordonnent de leurs biens, sans qu'aucune grande ni petite personne puisse rien imposer sur leurs biens, ce marquis et sa femme ne se réservant que cinq plaids ou cinq sortes de causes et de procès, pour en connottre, à savoir: le duel, l'adultère, l'incendie, la trahison et l'homicide, parce qu'il ne convenoit pas à la religion de l'abbé d'en prendre connoissanco et qu'il ne semhloit pas honnête qu'il la prit.
Je crois que les abbés ronnoissoienl alors par eux-mêmes de toutes les causes de leurs hommes et «|u'ils leur rendoient eux-mêmes justice, comme les seigneurs la rendoient aussi par eux-mêmes, el que c'est pour cela que le marquis de Montferrat ne crut pas qu'il fut honnête ni qu'il convint à un abbé et à des moines qu'ils eussent la eonnoissanre el la punition des grands crimes, qu'il excepta de la justice qu'il semble que ses ancêtres avoient accordée à ces religieux ; mais depuis que les abbés et les autres ecclésiastiques ont nommé des juges pour juger pour eux, tant en matière civile que criminelle, l'on n'a plus fait de difficulté de leur accorder l'une et l'autre de ces juridictions.
Cependant 0., évéque de Glasco, en Ecosse, ayant été sacré à F.von, et se trouvant
(». OnlurM I, np. "I
MÉMOIRES POLR SERVIR
avoir ces deux justices dans quelqu'unes des terres de son évéché, [consulta l'an lirvèque de Lyon, Jean de Betesmes, environ l'an 1 190, pour savoir s'il pouvoit jouir en conscience de cette juridiction en matière criminelle(A). L'archevêque de Lyon lui répondit que son église avoit la plus entière juridiction dans ses terres que l'on pût avoir, ce que l'on appeloit baronie en Angleterre et en Ecosse. Cet archevêque de Lyon dit qu'il a cette juridiction tant dans les terres de l'empire que dans le royaume de France, parce que son diocèse s'étend dans l'un et dans l'autre; il ajoute qu'il ne croit pas qu'il y ait aucun évéché qui jouisse d'une si grande liberté et d'une si grande indépendance que celui de Lyon. Venant ensuite à la question de la juridiction, il dit qu'il avoit fait exercer cette juridiction, tant au civil qu'au criminel, par le sénéchal, qu'il nommoit, comme c'étoit l'usage de son évéché, et que la seule précaution qu'il prenoit, c'étoit de ne luy point parler des affaires des criminels qu'il laissoit à la disposition de cet oflicier et de ses assesseurs; mais qu'il se faisoit rendre compte des affaires civiles quand il le jugeoit à propos. Cet évéque dit aussi qu'il ne donnoil point les ordres sacrés au sénéchal, qui éloit toujours laïc ; que s'il avoit fait exercer cette justice criminelle, il avoit suivi en cela l'usage de ses prédécesseurs dont la pluspart sont reconnus pour saints; que l'on dit que le préfet de Rome, qui juge les criminels, en reçoit le pouvoir du pape méine, ce qui lui fit croire qu'il pouvoit jouir de la sienne ; mais comme il n'étoit pas bien assuré de c« qui se |tassoit à Home au sujet du préfet, il dit qu'il est évident que c'est le pape qui nomme le recteur ou gouverneur de Benevent, qui exerce lui-même la justice criminelle dans cette ville-là avec les citoyens. Quoiqu'il eût ces grands exemples pour lui, il dit qu'il n'ose assurer que cela soit dans les règles ecclésiastiques. Il assure même qu'il a abdiqué son évéché pour avoir été obligé de faire punir ces coupables et de leur faire la guerre ainsi qu'aux ravisseurs, en quoi il craint d'avoir offensé le Seigneur. Cette lettre fait voir que la question de savoir si la juridiction criminelle convenait à l'Eglise étoit encore douteuse à la fln du xii' siècle.
L'empereur Fridéric, étant revenu d'Italie, fit déclarer nul son mariage avec l'impératrice Adèle, sous le prétexte de parenté ; après quoi il épousa Béatrix, fille iiniqtieet héritièrede Renaud, comte de Uourgogne, mort en 1 1 U (b). Outre ce comté, Renaud avoit de fort grandes terres et comptoil jusqu'à 5000 chevaliers pour ses vassaux. Le mariage de l'empereur avec Béalrixajanl été consommé, il prit possession de la Franche-Comté el M fit en m^me temps reconnottre dans tout le royaume de Bourgogne. Il vint pour cet effet à Besançon, en H57; il y convoqua les grands du royaume de Bourgogne pour en recevoir les hommages. Une grande partie les lui rendit. L'on en fut surpris, dit Radvic (c), car l'on croyoit qu'il faudrait beaucoup de peine |»our subjuguer cette terre accoutumée à la liberté el qui ignorait depuis longt«-mp« toute sorte d'obéissance.
(a) Mrnriricr, Hi4. .!«• Lyon. p. SÏO, pr.uv«. p. it. — .VnakfU Vetan Mabilo»., p. 17». m •|»»rirr,iom i. p 3!>. ». II.
U.Jvir, ,lî ti*,li* Kr.J., lib. I", ctp. Il, vl lib. î, cp. -S H 61.
A I.'HISTOlBr. DE BOMBES. 339
Les termes de Radvic font voir la grande liberté dont jouissoient les seigneurs de ces pays et qu'ils étoient beaucoup moins soumis aux empereurs que les princes allemands. En effet, les seigneurs de Bourgogne ne dévoient servir les empereurs que dans le royaume et pour le royaume de Bourgogne, et ce n'éloit que par grâce lorsqu'ils servoient ailleurs les empereurs, la Bourgogne étant toujours regardée comme un état différent de l'Italie et de l'Allemagne.
Nantelme, prieur des chartreux de Meyria, vint à Besançon pour s'y faire confirmer les droits qu'on lui contestoit apparaminent, comme nous l'avons dit ci-devant (a). Les chartreux de Meyria avoient déjà demandé une pareille confirmation à l'empereur Conrad, en M 42; elle est rappelée dans celle de l'ridéric. Cet empereur prilce prieur, ■M religieux, les hommes et les biens de leur maison sous sa protection spéciale , 89 sorte qu'il voulut qu'ils vécussent tranquillement et en sûreté sous sa paix. Il leur continua aussi la possession de tous les biens qui leur avoient été aumônés par ses vassaux. Il leur accorda de plus toute justice haute, moyenne et basse, non-seulement dans l'étendue des contins des biens joignant cette chartreuse qu'il confina , mais encore sur tous les biens qu'ils pourraient acquérir dans tout l'empire et spécialement dans le royaume de Bourgogne, et sur tous leurs hommes légitimes ou bâtards nés dans le pays ou étrangers, sur tous leurs biens meubles et immeubles, et sur tous leurs mas et terres, et sur leurs appartenances et dépendances.
Il défendit de prendre ou d'arrêter aucun homme dans l'étendue des terres de cette chartreuse, d'y enlever aucune chose, d'y commettre aucun crime, d'y chasser ou pécher.
Ce qu'il y a de plus particulier, c'est qu'il voulut qu'aucun des hommes dépendant et appartenant à cette chartreuse, légitimes ou bâtards, ne pût faire aucun testament, instituer un héritier, donner une dot, faire des legs, et qu'ils ne pussent pas même donner la moindre chose à leurs serviteurs ou domestiques ou à quelqu'autre que ce fût, si ce n'étoit avec la permission du prieur de Meyria ; ainsi ces hommes étoient des esclaves parfaits. Cet empereur ordonna de plus que ceux qui feraient le contraire de ce qu'il ordonnoit, soit qu'ils fussent nobles ou roturiers, fussent condamnés à telle amende ou peine que les officiers de la chartreuse l'ordonneraient. Il voulut de plus qne le seul prieur pùt faire toute justice à ses hommes et exiger le servis, et qu'il put retirer leurs biens de toute sorte de personnes, comme s'ils étoient bâtards ou étrangers.
Il défendit à toute personne, grande ou petite, ecclésiastique ou séculière, à tout duc, marquis, comte, baron ou vassal d'exiger aucun péage, Icyde, taille ou autre exaction semblable du prieur de cette chartreuse, de ses frères, de ses serfs ou de ses colons ou grangiers, ni de leur demander l'aleu de ce qu'ils avoient acquis, voulant qu'ils vendissent, achetassent, passassent et demeurassent librement partout, sans qu'on leur pùt demander aucune chose.
U] Bibl ScbU».,CfDt. 1,cip, ».
aèxoiaEs r-ot r sf.rmb
Cette charte est donnée a Besançon, le 28 octobre, le sixième du régne île Kridéric et le troisième île son eni|.ire. Elle fut écrite et reconnue |>ar Renaud, chancelier, pour Etienne, archevêque de Vienne et archichancelier du royaume de Bourgogne, en présence d'Humliert, archevêque «le Besançon, d'Héracle, archevêque de L> »»n, de Pierre, archevêque de Tarentaise, de Guillaume, évêque de \ovarc, de Mathieu, duc de Lorraine, de Volmard de Salnverda, d Etienne de Hurmingen, d'Albert de Diligen, comte, et de plusieurs autres.
Cette charte nous f;ùt voir l'usage des ju<tices personnelles et de la suite des hommes justiciables dont nous aurons lieu de jwuler souvent ; car I'empereur donnaol an prieur de Me>ria la juridiction sur tous s<-s hommes, quelque part qu'ils allassent, et >ur tout ce qu'ils achèteraient hors des limites qu'il leur marquoit, l'on voit que cette justice étoit illimitée, que les chartreux n'avoient qua acquérir de grandi biens pour leurs hommes et qu'ils auroient acquis par là une grande étendue de justice.
La défense que l'empereur fait aux hommes de cette chartreuse de faire aucun testament et de disposer de la moindre chose >ans |»> consentement du prieur, rendort tous ces hommes esclaves, et la permission qu'il donne a ce prieur de prendre et retenir leurs bien.» comme ceux des ewlaves et des étrangers, les rendoit mainmortables.
Cet empereur v mi l que le prieur puisse rendre toute justice à ses hommes par ses officiers; ainsi ce prince n'eut pas le scrupule du marquis de Montferrat, qui ne \oulorl pas que les religieux du monastère de Crassano pussent rendre la justice au grud criminel, comme nous l'avons remarqué ci-dessus.
La défense que cet em|iereur fait aux seigneurs de demander aux chartreux d.- Meyria l'aleu des biens qu'ils avoient acquis, fait voir c|ue ce prince croyoit pouvoir empêcher ces seigneurs de demander aucun droit d'indemnité à ces religieux poulies fonds qu'ils acquéraient, droit que cet empereur croyoit apparemment d'avoir, l»arce que les fiefs étant comme émanés de lui, il croyoit que la permission qu'il donnoit de les amoindrir, en donnant ces biens à l'église. de\oit suffire, sans que ces seigneurs dussent demander quelque dédommagement. Je ne crois cependant pas que les seigneurs cédassent ainsi leurs droit* ni qu'ils crussent que l'empereur put les en priver; mais je crois que ces privilèges servoient aux chartreux pour avoir meilleure composition des seigneurs et pour retenir plus facilement les biens qu'ils avoient acquis.
Cette charte fut produite, en 1658, dans un procès des chartreux de Meyria, pour prouver leur justice personnelle, et Collet en a parlé a1.
La date de cette charte fait voir que Fridéric se regardoit pour roi de Bourgogne du jour île son élection en Allemagne, mais qu'il ne romptoil les ans de son empire
u Mkt) Simm, i' p»rU*, ifo ï, p. t.
A l'histoire Ht MIMES. 341
que du jour de Mn couronnement à Home. L'on peut aussi remarquer la qualité d'archichancclicr du royaume de Bourgogne qu'avoit l'archevêque de Vienne.
Iléracle, archevêque de Lyon, qui avoit élé faire sa cour à l'empereur, comme au légitime souverain de son diocèse, crut qu'il lui devoit faire confirmer lc< droit tem- |K>rels de son archevêché; sa demande fut hien reçue de cet empereur, qui voulut non seulement les confirmer, mais encore les augmenter, et quoique la huile d'or de cet empereur ait été rapportée par Paradin et \m le R. P. Ménétrier, et qu'elle se trouve dans le Factum de l'instance d'entre Mr le procureur général, les officiers de la sénéchaussée et les prévôts des marchands de Lyon, contre les comtes de Lyon a , et en d'autres endroits, nous croyons en devoir donner ici un précis avec quelques éclaircissements que je n'ai pas vus ailleurs, qui détruiront les erreurs du Factum que M" de Lyon tirent faire sous le nom de M' le procureur général.
L'empereur Fridéric dit d'alxjrd, dans cette huile, que le mérite de celui qui confirme un don n'est pas moindre que le mérite de celui qui le fait; qu'il veut que l ou sache que les em|>ereurs, ses ancêtres, ont enrichi l'église île Lyon par de grands hienfaits; que cette église étant des plus anciennes, il avoit reçu l'archevêque et primat de Lyon avec tout l'honneur qui étoit dû à sa dignité, qu'il l'avait traité avec toute la bienveillance dont ses prédécesseurs avoient honoré les prédécesseurs de cet archevêque; après quoi il déclare qu'il avoit investi et qu'il investissoit l'église de Lyon de tout le corps de la cité de Lyon, de toutes les régates qui ëloient au dedans et au dehors de la ville, dans tous le diocèse, qu'elles appartenoient h cette église, suivant qu'on le \o>oit par des sacrés monuments, el qu'elle en jouissoit d'ancienneté; qu'il lui coniirmoil et l'investissoit même des autres régales dont cette enlise n'étoil en possession et n'avoit joui que depuis peu de temps.
Nous avons donc accordé, dit cet empereur, à Héracle, archevêque et primat. . t pour lui à tous ses successeurs, tout le corps de la cité de Lyon étions les droits royaux dans toute l'étendue de l'archevêché de Lyon, au-deçàde la rivière de Saône, dedans ou dehors de la cité, sur les abbaies et monastères, sur leurs biens, sur les églises et sur leurs appartenances, en quelque endroit qu'elles soient, sur les comtés, sur les justices, sur les duels, sur les marchés, sur les mon noies, sur les droits de bacs et passages, sur les péages des marchandises apportées par eau et de celles qui sont apportées par terre, »ur les châteaux, les bourgs et villages, et les aires, sur les esclaves ou serfs, sur les hommes sujets aux tributs, sur les dixmes, les bois el les forêts, sur les chasses, les marchés, moulins, eaux et cours d'eau, champs, prés, pâturages, terres cultivées ou incultes et sur toutes les autres choses qui appartiennent ii l'empire dans l'évêché de Lyon.
Il lui accorda de plus les easements otl ,|u comte de Savoie et tous les antres qui appartenoienl à l'éslisc de Lyon, tant par ses anciens titres et droits que par les
{*) l»ira.lin. I! M. ,le Lyon, liv. 1. .Ii. Jj, p. lîl — «mrlricr, Hltf. LfM, Preuve*, p. SÎ. — rallia !.)«». p. lu
nouveaux, lui accordant toute juridiction sur ces fiefs, soit qu'ils fussent dans retendue de l'archevêché ou qu'ils fussent hors de son étendue.
Il ordonna ensuite qu'aucun tyran n'envahit et ne fil aucun dégât ou violence dans ces hiens; qu'aucun comte ou juge n'osât entreprendre d'y exercer quelque acte de juridiction au préjudice de l'archevêque.
Il voulut que tous les biens de l'église jouissent de toute franchise et exemption, et que la ville et l'évêché de Lyon ne reconnussent aucune puissance étrangère; le tout sans préjudice à la justice impériale. Et afin que l'église de Lyon se réjouit d'avoir reconnu l'empereur romain comme son seigneur, il voulut que son archevêque fût l'exarque de son sacré palais de Bourgogne et le premier prince de son conseil. L'empereur donna cette bulle à Arbois, en Franche-Comté, le 18 novembre H 57, l'an sixième de son règne et le troisième de son empire.
L'on dit, dans le Factum, que M" de Lyon firent imprimer en 1647, sous le nom deMrle procureur général, que Fridéric favoit usurpé le royaume de Bourgogne dont Lyon étoit la capitale, et l'on y prétend que la bulle donne toute la juridiction à l'archevêque de Lyon, sans eu rien donner au chapitre de l'église et comte de Lyon, dont on dit qu'il n'est pas parlé dans cette bulle.
De Rubis prétend, de son côté, que l'on pouvoit imputer ù l'église de Lyon une grande faute et une félonie envers les rois de France, pour avoir demandé celte bulle à l'empereur, tandis que les rois de France étoient leurs légitimes souverains, auxquels ils dévoient s'adresser.
Tout ce que nous avons dit jusqu'ici dans ces mémoires établit parfaitement la souveraineté dos empereurs et rois de Bourgogne sur Lyon et sur son diocèse; et y a-t-il le moindre vestige dans toute l'histoire, qui puisse faire croire que l'empereur Fridéric eût usurpé le royaume de Bourgogne, puisque ce royaume lui appartenoit comme descendant par femmes du roi Rodolphe. Quelqu'un s'est-il plaint de celte usurpation, du temps de cet empereur, les rois de France s'en sont-ils plaints et en a-t-on la moindre preuve dans les historiens contemporains.
Héracle, archevêque de Lyon, qui étoit né sujet des rois de France et de la maison de Montboisier, d'Auvergne, comme tous les historiens en conviennent, cet archevêque auroit-il osé aller reconnaître l'empereur, au préjudice de son roi. Aliénard cl Odolric, dont nous avons parlé et dont le dernier refusa de faire serment de fidélité à l'empereur pour l'archevêché de Lyon, uniquement parce que Jésus-Christ et la règle de saint Benoit a voient défendu les serments, ces saints archevêques auroientils reconnu les empereurs, au préjudice de leurs rois légitimes, si ces rois eussent été souverains de Lyon. De Rubis (a) et tous ceux qui ont été de son avis ont donc parlé contre la notoriété de l'histoire, lorsqu'ils ont voulu que les rois de France fussent souverains de Lyon en 1157, et que l'église de Lyon eût commis une espèce de félonie en reconnoissant l'empereur; car si l'empereur Fridéric dit qu'il veut que
(*) Livre ï, chip. Si, p. î«6.
A L'iUSTOint: DE UOVBEb.
l'église de Lyon se réjouisse d'avoir reconnu l'empereur pour son seigneur, ce n'est pas qu'il ne le fût, mais c'est (comme nous l'avons dit après Radvic) que cet empereur, qui avoit craint que les grands du royaume de Bourgogne, accoutumés à l'indépendance, ne voulussent se soustraire à son obéissance (ce que l'archevêque de Lyon pouvoit faire avec plus de facilité qu'aucun autre, les terres de son diocèse étant pour la plus grande partie du coté que l'on appeloit le côté du royaume). Cet empereur, voyant la soumission de cet archevêque, fut très-aise de voir que ce diocèse, frontière du royaume, et qu'il éloit à craindre qui ne se mtt sous la protection on l'obéissancp des rois de France, ne s'y étoit point mis et que son archevêque, quoique François et ayant tous ses biens propres dans le royaume, n'avoit point fait île difficulté de venir lui faire l'hommage qu'il lui devoit.
Ce que l'on a dit, qu'il n'étoit point parlé des chanoines comtes de Lyon, dans cette bulle, et qu'ainsi ces comtes ne pouvoient s'en servir pour se conserver la qualité de comtes do Lyon, est détruit par la bulle même, car il y est parlé presque partout de l'église de Lyon ; or, l'archevêque n'est pas lui seul l'église de Lyon; cette église est composée de l'archevêque, comme chef, et des chanoines de sa cathédrale, comme ses membres; et quoique tous les chapitres, tout les curés et tons les autres ecclésiastiques d'un diocèse composent, avec les chrétiens laïcs, l'église de ce diocèse, cependant, ce qu'on appelle proprement l'église d'un diocèse ne s'entend ordinairement que de l'archevêque et de son chapitre, parce qu'ils en sont les principales et les plus nobles portions. Fridéric dit que ses prédécesseurs avoient élevé et honoré l'église de Lyon, qu'ils l'avoient enrichie par les grands biens qu'ils lui avoient donnés, qu'il investit l'archevêque de tous les biens que l'on avoit vu que l'église de Lyon avoit possédés anciennement et qu'elle possédoit actuellement; il accorde à cet archevêque tous les fiefs que l'église de Lyon avoit possédés par d'anciens et de nouveaux droits, même les fiefs acquis du duc de Savoie.
Si l'église ou chapitre de Lyon n'avoit pas été confirmé dans tous ses droits aussi bien que l'archevêque, comme l'auteur du Farlum l'a prétendu, et comme le R. P. Ménétrier l'a voulu insinuer, il faudroit séparer l'archevêque de son église, dire que le chapitre n'avoit rien et que tous les biens de l'église éloient au seul archevêque, ca qui ne peut se soutenir en aucune manière; mais l'archevêque étant le chef de l'église de Lyon, l'empereur investit l'église de tous ses biens en en investissant son chef qui agissoit tant pour son église que pour lui, comme les maris agissent Ht doivent agir pour leurs épouses.
La maxime que l'empereur avance dans cette bulle, que celui qui confirme les biens à une église a autant de mérite que celui qui les donne, est une maxime erronée, l«rce que celui qui donne des biens à une église, les donnant irrévocablement, celui qui les confirme ne pouvant lis ôter avec quelque justice, ce dernier n'a que trèspeu démérite. La proposition de cet empereur ne peut se soutenir qu'autant qu'elle pourroit signifier que si les prédécesseurs de cel empereur n'avoieiit pas donné tous ces biens à l'église, il les auruit donnés lui-même, nu- l'on regarde la volonté que l'on a <\- faire du bien, comme si on le fai-oit effectivement.
MKMOIKES POi n SF.HVIIt
Cet empereur investi! l'église île Lyon, en la personne de l'évêque, de tout le corps «le la ville, sans en rien réserver ni excepter ; ee qui détruit la distinction que le R. P. Ménestrier a souvent faite du côlé de Saint-N'izier avec le côté de Saint-Jean et de Saint-Etienne, donnant le premier aux empereurs et le second au royaume, quoique toute celle ville et loul son dio èse h1\ de l'empire.
L'empereur ne donne à l'église de Lyon que ce qu elle possédoit ou senildoit posséder ; ainsi l'archevêque et l'église de Lyon a voient, dés avant 1157, une juridiction sur la ville de Lyon, comme nous l'avons souvent dit,
La cession ou confirmation que cet cuqiercur fait à l'archevêque de Lyon, de tous les droits royaux sur l'archevêché de Lyon au deçà de la Saône, c'est-à-dire sur cette partie du diocèse où est la souveraineté de bombes, la Bresse, le Bugey et partie de la Franche-Comté, nous apprend, ou qu'on y contestait ces droits royaux à l'archevêque, ou que l'empereur ne voulut point céder à l'archevêque les droits royaux qu'il avoit sur le Forez et Ueaujollois et sur le Lyonnois du côté du royaume, crainte d'aliéner les esprits des comtes de Forez, des seigneurs du Reaujollois et des autres seigneurs du Lyomioi> qui étoient du côté du royaume, de peur qu'ils ne se donnassent à la France, plutôt que de reconnotlre les droits que cet empereur attrihuoit à cet archevêque.
Les droits royaux que l'empereur donnoit ou confirmoit à l'arrhe\éque, en Bresse, Bugey , Franche-Comté et Domhes, n'étoient que les droits et biens dont l'empereur jouissoit encore en quelques endroits de ces pays; car ces droits royaux ne s'étendaient en aucune manière sur les terres des seigneurs particuliers qui possédoient eux-mêmes ces droits royaux et souverains dans leurs terres ; aussi les archevêque* de Lyon n'ont jamais prétendu, en vertu de cette bulle, aucun droit de supériorité sur la Bresse, sur la Franche-Comté et la Bombas, non plus que sur le Dauphiné pour ce qui étoit de leur diocèse: ils se sont contentés d'avoir l'indépendance de leurs terres, sans entreprendre sur la liberté de celles fies autres seigneurs.
Le B. P. Ménétrier, dans son tHstoirr d? Lyon, prétend que la régale que l'empereur céda à l'archevêque de Lyon étoit le droit de régale tel que les rois de France en jouissent sur nos évèchés et archevêchés; mais la bulle de cet enqiereiir ne peut s'entendre de celte régale qui dépendoit alors du droit d'investiture, que la bulle ne donne point à l'église de Lyon ; d'ailleurs, l'empereur ne cédant que les régales dans la ville de Lyon, dans la Bresse, dans le Bugey, dans le Dauphiné et dans la Franchc- Comté, il se seroil réservé le droit de régale pour les autres terres de l'archevêché situées en Lyonnois, à quoi il n'y a pas la moindre apparence, d'autant plus que les chapitres jouissant alors du revenu des évèchés par la mort îles évoques, les empereurs ne pouvoient les céder à l'archevêque.
Les casements ou Us fiefs du comte de Savo e que les archevêques avoient acquis et dont cette bulle parle, pouvoient être le fief de quelques seigneuries de la Côle- Saint-André, qui appartenait alors aux comtes de Savoie.
Le titre d'exarque du sacré palais et de premier prince «lu conseil du royaume de
A L'HISTOIHE OK DOMBES. 34S
Bourgogne, que l'empereur donna à Héracle, ne donnoit pas à l'archevêque de Lyon le pouvoir des exarques de Ravene, car l'empereur n'attacha aucune juridiction à en litre d'exarque : il ne fut qu'un litre d'honneur et de primauté dans le palais de l'empereur, roi de Bourgogne, mais non un litre de juridiction sur les autres seigneurs de ce diocèse ou un titre d'indépendance, puisque l'em|>ercur réserva sa juslice impériale, ou plutôt sa haute souveraineté, sur la ville et le diocèse de Lyon : mais comme nos archevêques jouissoienl des mêmes droits de souveraineté que l«s archevêques et les électeurs de l'empire, et pareils à ceux dont les papes jouissoient alors à Home, l'empereur ne pouvoit donner à notre archevêque des titres assez grands pour soutenir sa dignité ; il les lui donna, néanmoins, sans préjudice du droit d'aulrui. Ainsi ce titre relatif à l'ancienne et moderne possession de cette église, ne pouvoit s'étendre au delà de ce qu'elle avoit possédé et de ce qu'elle possédoit alors.
Ge que cet empereur dit que les empereurs, ses ancêtres, avoient fait de grands Liens à l'église de Lyon, ne peut s'entendre que des rois de Bourgogne Conrad et Rodolphe et des empereurs Conrad le Salique et Henri, qui confirmèrent apparemment ces dons du comté et du domaine royal de Lyon, que Conrad ou Rodolphe avoit faits à l'église de Lyon.en la personne de l'archevêque Burcliard, comme nous l'avons déjà dit.
L'on pourroit faire ici quelques observations sur les droib de marché, de péages et sur les autres que cette bulle énonce ; mais presque tous ces droits sont si bien expliqués dans le Glossaire de Ducange, de Lauriére et d'autres, et nous en avons si souvent parlé, que ce ne scroient presque que des répétitions inutiles.
Je crois que l'archevêque de Lyon, ayant eu une protection si signalée de l'empereur, voulut s'élever au-dessus du comte de Lyon et Forez, et prendre une supériorité temporelle sur lui, en vertu de la bulle d'or de l'empereur; ce comte ne le trouva pas à propos, ainsi il y eut guerre entr'eux en 1458, qui est l'année qui suivit l'obtention de cette bulle.
Le P. Ménétrier (a) ditquececomte ne vouloit |H>int reconnoltre d'autres supérieurs que les rois de France, auxquels il faisoit hommage pour les terres de Forez, de lieau|ollois et de I.yonnois ; que ce comte entra à main armée dans Lyon, et obligea l'archevêque à en sortir et à se retirer en Bugey, auprès de saint Anlelme, prieur de la chartreuse de Portes, qui le reçut et lui donna asile dans sa chartreuse, où il ne demeura pas longtemps, parce que les troupes de l'église battirent peu à peu celles du comte de Forez.
Ce père ajoute dans la suite (n), sur la foi de l'auteur de la v ie de ce prieur de Portes, qui fut évêque de Relley, et qui est reconnu pour saint, que le comte de Forez éloit fâché de ce que Burcliard, archevêque de Lyon, s'étoit fait donner par le roi Conrad,
(a) tlial., p. î"8.
(•) Hi«. <i* Lyon, p i8ï.
SI
316 MÉMOIRES POCR SERVIR
son père, et par Rodolphe, son frère, tout le droit que ces rois avoienl dans I* ville et sur le comté de Lyon, ce qui avoit été fuit an préjudice des comtes de Lyon, ses ancêtres, qu'il éloit encore fâché de ce que son père ou son frère Hugues avoit vendu tous scs droits à Uumhaud, archevêque de Lyon, et de ce que l'archevêque llérarle s'étoit fait contlrmer ces droits par la huile de l'empereur. Ce comte assembla, dit-il, des troupes, surprit la ville de Lyon, dont l'archevêque s'étoit retiré à Portes, comme nous l'avons dit ; il brilla les maisons des prêtres et le cloitre de l'église de Lyon, après les avoir pillés. Si l'église de L>on, c'est-à-dire les comtes et le clergé n'eussent eu aucune part aux droits accordés à l'archevêque, comme le R. P. Ménétrier l'a supposé, le comte de Forez ne se serait pas attaché à piller cl à faire brûler les maisons du cloître où les chanoines et les comtes de Lyon demeuraient.
Ce que l'auteur de la vie de saint Antelme dit de l'acquisition qn'Ilumbal, archevêque, avoit faite d'Hugues, comte de Lyon ou de Forez, est confirmé par ce queSevert rapporte de l'Obituairc de Lyon sous Humbal [a] , où il est dit que cet archevêque laissa deux chuppes très-précieuses, 2005 marcs d'argent, deux capses d'ivoire, une chasuble superbement brodée, car je crois que c'est ce que signifient les termes latins unum aurifrisium, et qu'il acquit à sa maison, c'est-à-dire à son église tout ce qu'Hugues l" avoit dans la ville de Lyon et au Mont-d'Or, pour 1800 s. H est dit aussi qu'il acheta des vivres de ceux d'Aix, pour 1300 s. Appuramment que la récolte ayant manqué dans le Lyonnois, elle fut bonne en Provence, ce qui arrive souvent, parce que le Lyonnois et les provinces voisines aiment la sécheresse pour les récoites, et que la Provence et le Languedoc la craignent ; ainsi cet évêque fut obligé do faire venir des blés de Provence pour ce qu'ils mauquoient dans ces pays. Cet archevêque prit Couson en engagement pour 500 s. H lit rétablir les greniers de Saint-Romain et les rendit magnifiques. H dépens» 100 s. au clos de Siint-C.enis. Il employa 60 s. pour les dixmes d'Ambérieu, et 100 s. pour celles <le Poulieu. Les dixnies de la paroisse de Poulieu eu Dombes sont encore à l'archevêque de Lyon ; pour celles d'Ambérieu, elles éloienl et sont encore à l'abbuic de Cluny. Peut-être ces f>0 s. furent-ils mis aux dixmes d'Ambérieu d'Anse, ou pour qnelqu'autre paroisse de ce nom, comme Amblerieu en Dauphiné. L'on peut juger des grandes richesse* de l'église de Lyon par les épargnes et les acquisitions de cet archevêque. Nous avons remarqué ci-devant que les termes que le R. P. Ménétrier cite en cet endroit comme y étant ne se trouvent point dans cet auteur.
Pendant cette guerre, et le 18 juillet 1 158 (n), tluy, comte de Forez, étant en conférence sur les confins d'Anse et de Villefranche, avec l'archevêque de Lyon, au sujet de la guerre qu'ils avoient entr'eux, accorda aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem le droit de passer librement dans toute sa terre, soit par eau, soit par terre, et d'y faire passer tout ce qui leur appartiendrait, sans aucun droit et en toute sûreté, moyennant quoi ces chevaliers lui promirent qu'il serait participant à tontes les
(*) Stïert, inLogd , iub Htracli». n. 8S, p. «6. (. L» Mare, UJsl. Kccl., p. SOS, Ï07. -Fr., p. S5.
A l/lllSTOME DE DOMBES. 347
bonnes œuvres de l'ordre (a). Humbert de Beaujeu, notre prince, et ses fils Guichard ot Humhert, furenl présents à cette concession avec plusieurs autres personnes.
En 1 1 ->*.>, Ilumbert «le Heaujeu rebâtit ou agrandi! l'église de Belleville cl y établit six chanoines réguliers, pour satisfaire à la pénitencffqui lui avoit été imposée à cause de l'imprudent vomi <|U*il a\oit fait en se faisant recevoir dans l'ordre des Templiers, quoiqu'il fût marié el qu'il n'eut pas eu un vrai consentement de sa femme pour s'engager dans cette milice. Hératie, archevêque de Lyon, et Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, n'avoient pu le faire absoudre de ce vœu par le pape Eugène, qu'à condition de fonder un monastère dans ses étals (h). Humbert se résolut donc à le faire bâtir, et tira ses six chanoines réguliers de l'abbaieSainl-Irénée de Lyon. L'un d'eux fut établi prieur. Ce prieuré fut depuis érigé en abbaïe, comme nous le dirons. Avant celle fondation, il n'y auiil a Belleville qu'une chapelle dédiée à la Sainte- Vierge, qui servoit pour la commodité des habitants; cette chapelle dépendoit du chapitre de Lyon.
L'archevêque et le chapitre de Lyon quittèrent à notre prince et aux religieux du prieuré de Belleville les droits de patronage et les autres, qu'ils avoient sur cette chapelle, sur la ville el sur son port, moyennant i marcs d'argent que les chanoines réguliers promirent de payer tous les ans à l'église de Lyon.
Humbert dota ces religieux d'un revenu convenable ; il leur bâtit des maisons canoniales, leur fournit de beaux ornements, établit un asile dans ce prieuré, en sorte qu'il devoil servir de retraite aux criminels et aux débiteurs. Cet asile nous fait ronnoltre jusqu'où s'élendoit alors le pouvoir des seigneurs du Beaujellois, du côté du royaume.
L'empereur Fridéric convoqua, la même année 1159, un concile en Italie, à cause du schisme dont l'église étoil affligée ; il n'y eut que cinquante évêques d'Italie ou d'Allemagne qui se rendirent à Pavie, où ce concile se tint (c). Les archevêques d'Arles, de Lyon, de Vienne el de Besançon, qui étoienl sujets de l'empereur à cause du royaume île Bourgogne, se contentèrent d'y envoyer des députés. Ce concile adhéra à l'antipape uctuvien, qui prit le nom de Victor ; il réprouva l'élection qui avoit été faite de Roland, qui prit le nom d'Alexandre III ; il fut ensuite reconnu de toute l'église.
Au mois de septembre 1 160, Ponce, évèquc de Maçon, consacra l'égli/c du prieuré de Belleville, du consentement de l'archevêque de Lyon.
En 1 161 , la guerre duroit encore entre l'archevêque de Lyon et le comte de Forez : il y a un acte dans le Cailulaire de Sav igny, daté du quatrième dimanche de Carême de cette année, qui prouve cette vente m), il y est dit (pie Frédeland, c'est-à-dire Fri-
(»; Mcnclrier, Pr., p. 55.
s Paraiiin, Nul. I.>un, litre i, aux ajouté,, p. 108. — Cuirhrnon, lljcl. m-« ,lc Domlirs, fol. 10C, (« Bill, de France, Daniel. »ou, Uua VU, p. 1219 de fin-fol. — Hcury. liiit. Ecel-, li». 70, n» «. (d. Cariai. Sa»igny. toi. UO, 1 li — JJenelrler, Pr., p. Sï.
déric, régnoit en Italie, et qu'il étoit empereur très-victorieux, que le roi Louis régnoil en France, qu'Hêracle gouvernoit l'archevêché de I.yon et qu'il étoit eu différent, ainsi que ses ecclésiastiques, avec le comte de Forez. Par cet acte, Milon, abbé de Savigny, reconnolt qu'Odilon et Ponce, ses prédécesseurs, aussi bien que lui, avoient mal fait de mettre dans leur inanso et de s'approprier les prolits du péage de Saint-Bel, quoique l'abbé Dalmace les eût destinés pour être employés à la nourriture des religieux. Milon rendit le profit de ces péages aux religieux, pour leur nourriture, et donna 4 00 marcs d'argent sur les revenus communs, pour la restitution qu'il crut devoir faire a ces religieux. Iléracle, archevêque de Lyon, autorisa cette restitution. Humberl de Beaujcu le Vieux promit qu'il seroil garant de cette paix ou accord (car les titres appellent souvent paix ce qui n'est qu'une simple transaction).
Humberl se trouva présent à cet acte, parce qu'il avoit la garde et la protection de l'abbaïe de Savigny, c'est-à-dire qu'il devoil empêcher, comme il le promit, et les guerres intérieures qui pouvoient arriver dans la maison, et les guerres extérieures que les seigneurs voisins faisoient à l'abbaïe et à ses hommes, en pillant leurs biens.
La qualité d'Humbert le Vieux, que cette charte donne à Ilumbert, me fait croire qu'il avoit émancipé et peut-être marié Humbert, son second fils, en 1 161, et qu'il lui avoit cédé une partie de ses biens. Je dis qu'Huinbert étoit son second fils, parce que dans la charte que nous avons rapportée de Guy, comte de Forez, par laquelle il exempte des péages et subsides les biens des chevaliers de Saiut-Jean-de-Jérusalem. Guichard, fils d'Humbert, est nommé avant son frère Humbert, ce qui me fait présumer qu'il étoit son aîné.
Je crois que Guichard, fils aîné d'Humbert, ne se portoit pas bien et qu'il mourut en 4 164. Sa mauvaise santé obligea notre prince à marier Humbert, son second fils, au préjudice de cet alué. Je crois que c'est ce fils aiué que Paradin nous donne pour Guichard II du nom, et qu'il fait premier iils d'Humbert III. Il dit (a) qu'il fut marié et qu'il ne laissa point d'enfant, parce qu'il avoit toujours été valétudinaire et languissant. Il le fait vivre jusqu'en 4 4 89, quoiqu'il fût mort en 4 1 64. Il lui donne une comtesse pour femme, sans en dire davantage. Je crois qu'il confond la mère avec la belle-fille, car nous avons vu ci-dessus que la femme d'Humbert étoit comtesse. Elle étoit mire et non femme de Guichard.
La femme d'Humbert IV fut Agnès de Thiern, comtesse de Montpensier, en Auvergne, veuve de Reinond de Bourgogne, comte de Grignon, fils puîné d'Hugues II du nom, duc de Bourgogne, et de Mahaud deTurennc, et fille de Guy de Thiern, comte de Montpensier. Je crois que sa dot fut de quelques terres en Auvergne, car Guichard, son fils, en testant avant qu'il eut des enfants, donnoit ses terres de Beaujollois et d'Auvergne a Alix, sa sœur, comme nous le dirons dans la vie de Guichard.
(*) in.iin.n-M.
A l'histoire de domdes.
L'archevêque llcracle, étant légat du pape et abbé de Sainl-Ju>t, donna ou plutôt abonna, environ l'an 1 1 60 ^.v'i , à la prièrede l'archevêque de Tarentaise, à la maison el religieux de Cliarisieu, les divines des biens qu'ils feraient valoir et qu'ils cultiveraient par leur main, à la manière des laboureurs, dans la paroisse de Villars, à lu charge de lui paver et à l'église de Saint-Just le cens de deux sepliers de seigle à la mesure de Chalamont, pour chaque joug de bœuf, et cela tant pour les terres qu'ils avoient que pour celles qu'ils pourraient acquérir.
La maison de Cliarisieu étoit dans la paroisse de Cliarisieu en Dauphiné, dépendante de l'archipiétré de Morcstel du diocèse de Lyon. Le doyen de cette maison lit faire le réfectoire de la maison d'Arvières, comme nous l'apprend l'historien de Bresse (b). Celte charte nous fail voir que la ville ou seigneurie de Chalamont étoit déjà considérable en ce lemps-là, puisqu'on stipula que les deux sepliers de baseraient plutôt payables à celle mesure qu'à celle de Villars, où les fonds éloient silués. Guillaume de Marzé et quelques autres seigneurs furent préseuts a cet abonnement ou exemption de dixmes.
Je crois que c'esl environ l'an MOI qu'Humbert de Beaujeu cl le comte de Maçon eurent guerre avec Renaud de Baugé ; car M' fiuichenon et le R. 1». Ménétrier disent après du Bouchel (c) que Renaud de Baugé fit une ligue celle année-là avec Archim baul de Bourbon et son fils, au château de Chauselles, et avec liueruic de Coligny, par laquelle ces seigneurs promirent de s'aider et de se secourir les uns les autres envers et contre lous, excepté le roi de France, le duc de Bourgogne et le comle de Savoie. M" de Bourbon promirent de plus de tenir garnison et de garder le château d'Arcy, près de Roanne, pendant l'an et jour d'où ils feraient la guerre dans les terres du comle de Maçon et dans celles de M" do Bcaujeu, qui ne sont éloignées que d'une ou deux lieues d'Arcy, qui éloit à l'opposite des terres de Mr de Baugé, tellement que M™ de Bourbon pouvoient faire une diversion très-utile à Mr de Baugé en attaquant les ennemis de Mr de Baugé de ce roté-là, où il falloit qu'ils envoyassent une partie de leurs troupes pour défendre leur pays, ce qui les empêcherait d'attaquer la Bresse avec autant de troupes qu'ils l'auraient pu faire.
Nous ne savons pas si la guerre éloit commencée avant cette ligue, ou si M" de Bourbon ne firent pas la diversion qu'ils avoient promise ; car le comte de Màcon et Mr de Beaujeu entrèrent sur les terres de M' de Baugé, ils y mirent tout à feu et h sang ; Renaud de Baugé eut inômc le malheur de voir que son Ma Ulric fut fait prisonnier par Mr de Beaujeu ou par ses gens.
Je n'ai vu ancun ancien acte par lequel nous puissions apprendre la cause de cette guerre. Il est vrai que les terres du comte de Mâcon et celles do Mr de Beaujeu joignoient en plusieurs endroits celles de Mf de Baugé, et que les chalellenies de Thoissa y
(») P»r»din,li». i, eh. S5, p. m. — Méiwlrier, Pr., p. M (.) Goitheoon, Bwsm, PrtoT», p. 177.
(c) Guirb.qon, HiU. Br«s«, p.rti* I", p. 90, 31.- Du Bourkel, Hitt. Cligny. - Méneirfcr, Hi»i. 4r Lyon, p. t3t, JSt, Pr., p. IHf<
350 h Evolues rot ii servir
et de Chàlillon, rpn* M" de Beaujeu avoienl en Dombes, auroient pu causer quelques divisions ontr'eux. Il est même à croire que ce furent les troupes qui étoienl en garnison au château do la Marche et à Thoissay et l.hàtillon qui surprirent le fils île Mr de Baugé dans quelques-unes de ses terres ou chàleau\, 011 peut-être lui donnât-on quelque combat ; car je ne sais où l'auteur de Y Abrégé de l'Histoire de Dombtt a pri* ce qu'il a avancé, que noire prince conquit dans cette guerre les châteaux de Thoissay et de I.ent, qui éloienl des places très fortes, et qu'ils conquirent aussi toutes les autres terres que les sires de Baugé avoient en Dombes; car il ne nous reste aucun monument qui nous apprenne la moindre chose qui approche de ces faits et de ces conquêtes, surtout de celle de I.ent, seigneurie trop éloignée, de la rivière de Saône et trop voisine do la ville de Bourg, pour a\oir été conquise et être resiée au pouvoir de nos princes ; d'aill mu s cet auteur fait aussi M" de Mangé, gratuitement et sans litre, souverains de la Dombes; car, excepté le mandement de l'ont-de- Veisle, qu'ils ont encore, nous ne croyons pas qu'ils y aient jamais eu beaucoup de seigneuries.
Quelle ipie fût l'occasion de cette discorde et les conquêtes qui purent être faites de part et d'autre, il nous reste deux lettres que Henaud de Rangé écrivit au roi Louis le Jeune, pour lui demander du secours centre h' comte de Màcou et contre Mr de Beaujeu; et quoique le V. Ménétrier et M. Cuichenon aient rapporté ces lettres [a), l'une en latin et l'autre en françois, et qu elles soient dans le recueil de Dnrhesue, nous croyons les devoir donner ici. Voici la première :
tu glorieur roi des Iranrois, Louis, son srii/iirnr et ton cousin. Henaud de Baugé, talat.
* J'ai cru devoir exposer à Votre Majesté, à qui je suis lié par la nature et par une ancienne amitié, les peines et les nécessités où je me trouve, et implorer votre secours. Girard, comte de Màcon, à qui j'ai fait beaucoup de bien, à qui j'ai donné beaucoup de secours et duquel j'a vois pris la tille pour la donner en mariage à mon lils oubliant cette alliance, oubliant mes bienfaits, oubliant même le serment par lequel il s'étoit engagé avec Etienne, son frère, et Humbert de Beaujeu, à vivre en l>ai\ avec moi, est venu dans ma terre avec eux et une grande armée, et il l'a désolée par le fer et par le feu ; et ce qui m'est le plus fâcheux, c'est qu'il a pris mon lils l'iric et l'a emmené prisonnier avec une grande quantité d'autres personnes. Enfin, ils me menacent tous deux et se glorifient qu'étant unis à l'archevêque de Lyon, ils me chasseront de mes terres et m'en priveront entièrement. Je viens donc à vous comme à mon seigneur et à mon ami, vous priant très-humblement île m'accorder un prompt secours pour me délivrer de leur oppression, et je vous supplie de leur redemander mon fils; car si vous me faites rendre ce lils ou que vous obligiez le
« Minrtrirr, lli.l., p. Kl, 5S2, Preuves, mt. — fakfcaWBi p. 50. 11; Abrégé dr l'ilist. 4c
Dombf, p. 10.
a l'histoire m domibs. &!M
comte Girard eIHunibert de Beanjeu ;ï nu- rendre justice, je suis prêt à payer, à votre volonté, tontes les dépenses que vo is y ferez, et si vous voulez venir ou a Autuo, ou à Vézelay, ou en qiielqu'atitre lieu qu'il vous plaira m'indiquer, j'irai à \otre rcneontre, ou si vous voulez n'envoyer des députés, je satisferai à tout; que s'il est nécessaire que j'aille où vous êtes, établissez des trêves entre nous. »
I.e roi Louis le Jeune, occupé à d'autres affaires, ne put ou ne voulut pas venir au secours de Mr de Bauge; mais il écrivit ù Humbert de Beanjeu, le priant de donner la liberté à llric de Rangé, son prisonnier, et de le renvoyer à son père. Le roi donna apparaniineiil avis de celte lettre au sirede Rangé, et quoiqu'elle n'eut eu aucun effet, Renaud de Baugé ne laissa pas d'en remercier le roi et de continuer à lui demander du secours. Voici celte deuxième lettre:
Au trte-tjlnrimx Louis, roi des Franrois, Renaud de Ruuge, salut.
i Je suis obligé à Votre Majesté et je ln remercie de la bonté qu'elle a eue d'écrire à lluiiibiTt de Beanjeu pour pro tirer la liberté de mon lils. Vos lettres n'ont eu aucun effet auprès de lui; c'est ce qui m'engage à recourir de nouveau à Votre Majesté comme a mon unique ressource après Dieu, et je vous supplie, comme mon très-cher seigneur et cousin, que vous ayez pitié de moi et que vous ayez la bonté de continuer à travailler pour la délivrance de mon fils; car je sais très-cer:ainenient que <i vous le voulez bien, on lui rendra la liberté. Que Votre Majesté ait donc la bonté de venir en nos pays, car votre présence y est très-nécessaire, soit pour le bien des églises, soit pour le mien, nue la dépense du voyage ne vous arrête et ne vous retarde pas, car je vous la rendrai toute à votre dire et volonté; de plus je prendrai de Votre Majesté tous mes châteaux que je ne tiens de personne, et laiit moi que nies biens seront à vous. Sachez aussi que le comte Girard et Huiuberl de Beanjeu, qui m'avoient promis et juré de vivre en paix avec moi, ont manqué à leur parole et à leur serment, ce que je suis prêt d'établir en votre présence. »
L'auteur de Y Histoire nhre't/e'e de Domhes a conclu de ces deux lettres que les sires de Baugé étoient souvenons dans leurs états, puisqu'ils ne tenoient leurs châteaux de personne; mais ces termes ne prouvoient autre clio-e. sinon qu'ils possédoienl. leurs terres en fatnc-alcu et qu'elles n'étoient soumises à aucun droit de fief, soit au profit de l'empire, soit à celui de la France ou d'aucun autre seigneur particulier ; mais ils ne prouvoient pas directement la souveraineté de ce seigneur, car le droit de souveraineté des princes et des grands seigneurs de ces pays ne se tire Véritablement que (le l'usage, aussi ancien que la monarchie, où étoient ces seigneurs d'avoir une autorité presque absolue sur leurs hommes et vassaux, soit en leur rendant justice, soit en levant sur eux souverainement les impositions ordinaires, en les obligeant au serment de fidélité et à les suivre à la guerre. Et quoique les seigneuries de ces pays fussent tenues en franc-aleu, elles étoient cependant de l'empire ou royaume de Bourgogne, et elles en dépendoient ; mais leur dépendance netoit que comme celle des
MÉMOMKS POtR SERVIR
princes el des électeurs de l'empire on des prince* souverains d'Italie ; ainsi Heuaiid de Rangé pouvoit offrir de prendre ses terres du roi el de reeoniioître qu'il les tenoil du fief du roi, sans déroger aux droits de la liante souveraineté de l'empire, parce qu'il auroit certainement excepté l'empereur et l'empire du fief qu'il aurait promis au roi, et ce droit de fief n'aurait emporté que la nécessité de servir le roi dans ses KU erres avec un certain nombre d'hommes, lorsque ce seigneur, devenu rusai, aurait été mandé ; l'on limîtoit même, dans ces sortes de créations de fiefs. If temp> du service et les pays où l'on serait obligé d'aller servir. Il n'y a point de prince d'Allemagne qui ne puisse faire île pareils tiefs ou engagements, |»ourvu que l'empereur et l'empire en soient exceptés. Il y en a tous les jours des exemples.
Collet, à la fin de sa première lettre, qu'il a mise à la téle de ses Statuts de Bresse, reprend l'auteur de l'Abrégé de notre Histoire île Dombes.de s'être servi de ces deux lettres [tour établir la souveraineté de nos prim es ; il prétend que bien loin de l'établir, elles servent à la détruire, puisqu'elles prouvent, dit-il, la dépendance des comtes de Màcon et des sires de Beaujeu, du sire de Raugé. Remarquez-en les termes dit Collet, ttorrrilis r/unt/nr rnmitriu t.irardttm. c'est le comte de Màcon et //«»?hrrtinn de Reflijoco mihi jurntos fidem rupisse. Il n'y a aucun feudisle au momie, dit Collet, qui puisse expliquer ce mot jurntos fidem rupisse, que contre des \assaux qui sont tombés dans la félonie en manquant à leurs serments et aux devoirs de vassalité. Celte vérité supposée, dit Collet, le sire de Bauge affirme que le comte de Màcon et le seigneur de Beaujeu sont ses vassaux; on ne le peut entendre» dit-il, que pour les terres qu'ils possédoient en deçà de la rivière de Saône. C'étoit, à l'égard du comté de Màcon, Romenay: et à l'égard du sire de Beaujeu, que peut-il être' sinon une partie des terres qui sont aujourd'hui la souveraineté de Dombes. Il •lit enfin que ce que Benauil de Baugé dit, qu'il ne tient ses terres de personne, ne peut s'étendre qu'à Mr* de Baugé, et que ce sont M" de Savoie qui sont en leurs droits »-t non M" de Beaujeu, et qu'ainsi le sieur de Neuv église n'a pas du se servir de cette autorité pour prouver la souveraineté de Dombes.
M. Collet s'est trompé très certainement en disant que les termes dont Renaud de Rangé se sert dans ses lettres prouvent que le comte de Màcon étoit vassal de Renaud de Raugé aussi bien qu'Humbert de Beaujeu ; car, s'ils l'eussent été, Renaud de Baugé ne se serait pas contenté de dire que ces seigneurs lui étoient liés par serment, mais il aurait ajout*'' qu'ils étoient ses hommes ou ses fidèles el vassaux; car c'étoit l'expression ordinaire pour marquer la féodaliu'-. L'on ne doit pas regarder la lettre d'un prince à un roi, comme un traité du droit des fiefs, où le tenue jurattis signifierait homo jurattis et fidelis. Ce terme ne signilioil donc qu'une personne qui avoit promis par serment de vivre en paix avec son voisin; et les termes de fidsm rupisse, qu'il avoit manqué à .sa foi ou à son serinent. Saint Louis, parlant de l'empereur Fridérir, dit qu'il avoit été son allié sibi jurattis, comme nous le verrons ciaprès.
Collet se trompe encore en disant que le comte de Màcon étoit vassal des seigneurs de Baugé pour la terre de Romenay : car la seigneurie de Romenay n'a
A l.'lllSTOIRK DE OOMBES.
jamais appartenu à ces comtes, ayant toujours appartenu au\ évéques de Maçon, a qui elle fut donnée par le roi Contran. Les évéques de lfâcoo en ont si peu fait hommage ù M" de Baugé, que ce sont au contraire les sires de Baugé qui ont toujours fait et qui font encore hommage, pour leur seigneurie de Baugé, à l'église de Maçon, de laquelle Rotnenay dépend (a).
La souveraineté de Romenay a suivi la souveraineté de l'évécbé de MftCOfi, c'eslù-tlire que les évêques de Màcon étant sous la souveraineté de nos rois, Romenay est resté sous leur souveraineté, quoique la terre de Romenay lût dans l'empire et au pays de Bresse. La souveraineté que les rois avoientsur la personne des évéqnes ayant passé sur les biens sur lesquels ces évéqnes avoient toute seigneurie et justice, paire que ces évéqnes n'ont pas pu se maintenir dans la souveraineté qu'ils y dévoient avoir, que les seigneurs de Baugé ne poiivoienl leur contester, n'y ayant que les empereurs qui eussent pu contredire cette souveraineté à ces évéques ou aux rois de France, et comme les évéques de Maçon ne vouloient pas dépendre des empereurs ni de l'empire, parce qu'ils étoient en France, ils reconnurent la souveraineté des rois.
A l'égard des terres de Dombes, II" de Beaujeu n'eu on! jamais fait hommage à M • de Baugé. Si les seigneurs de Baugé avoient eu quelque supériorité ancienne sur M" de Beaujeu, les comtes ou ducs de Savoie n'auroien! pas manqué de la faire valoir dans les différents qu'ils ont eus avec M" de Beaujeu et de Bourbon, souverains de ce pays. Ils ne l'ont jamais allégué; ils n'en ont donc jamais eu. Les seigneurs de Baugé dévoient au contraire un hommage à M" de Beaujeu, comme Sibille de Baugé le déclara en se mariant à Amé de Savoie (b).
Que si Renaud de Baugé eut été seigneur supérieur des comtes de Maçon et des sires de Beaujeu, il n'anroit pas mandé au roi qu'il étoil prêt d'établir en présence • lu roi que ces >eigneurs avoient manqué à leur serment de fidélité; car il n'auroit eu qu'à envoyer au roi l'acte de foi et hommage qu'ils lui auraient fait de leurs terres pour prouver leur félonie. Mais le serment que ces seigneurs s'éloient fait respectivement n'étoit qu'un serment de bonne foi et sans écrit, ou plutôt une simple promesse de vivre en paix avec Renaud de Baugé, et ce n'étoit point un serment de lidélité, comme l'a prétendu le sieur Collet.
L'on convient avec Collet que ce sont les ducs de Savoie qui ont succédé aux sires de Baugé et non M" de Beaujeu, et qu'ainsi la conséquence de la franchise de la terre de Baugé ne peut s'appliquer aux terres de M™ de Beaujeu ; cependant on peut conclure avec assez île fondement, des lettres de Renaud de Baugé, qui disoit que ses terres ne relevoicnt de personne, que celles des souverains de Dombes, comme les cbatellenies de Thoissey, de Chàlillon, de Montmerle et les autres que M" de Beaujeu possédoient eu Dombes, ne relevoient aussi de personne, parce que nos pays étoient pays de franc-aleu, et que nos seigneuries étant dans l'empire, elles étoient possé-
'%. fîuirhrBon, Brwsc, p. 11.
(aj Uuichciton, Brette, p- 5<i.
MÉMOIRES l'OLR SERVIR
liées en une pareille souveraineté cl dans une égale franchise que les terres des sires de Baugé l'étoicnt.
Mr de Camps de Signy (a) veut tirer de ces lettres une preuve de la haute souveraineté du roi Louis Vil sur le royaume de Bourgogne, en disant que le sire de Baugé eut recours à ce roi comme à son souverain ; qu'il s'engagea d'aller plaider devant Sa Majesté ou devant ses commissaires partout où il l'ordonneroit. Il rapporte les derniers termes delà seconde lettre en ces termes: « Qu'il vous plaise donc, Monseigneur, de venir en ce pays, parc* que votre présence y est très-nécessaire, tant pour le bien des églises que pour moi. Je mettrai entre les mains île Votre Majesté mes châteaux que je ne tiens de nul autre, pour ne les plus tenir que
Le sieur de Camps fait ensuite ses réflexions, en «lisant que le sire de Bresse ne pouvoit pas dire plus positivement qu'il étoit vassal de la couronne de France et que ses terres étaient dans la souveraineté îles rois de France, «m'en écrivant à Louis VU qu'il tient toutes ses terres de Sa Majesté; de plus, dit-il, il nous fait connollre que toutes les églises de ses pays et des environs étoient de la souveraineté de la couronne de France, quand il dit que la présence de Sa Majesté est très-nécessaire, nonseulement pour lui, Benaud de Baugé, mais aussi pour le bien des églises de ce pays.
Il faut avouer qu'il y a des sentiments bien différents parmi les hommes et qu'il n'est que trop ordinaire de se tromper lorsqu'on a embrassé une opinion que l'on veut soutenir par toutes sortes de moyens ; car alors l'on trouve dans les actes et dans les titres ce qui n'y a jamais été. En effet, rien ne prouve moins la souveraineté de nos rois sur ces pays que les lettres du Benaud de Baugé, par lesquelles Mr de Camps veut l'établir.
L'on avoue que Benaud île Baugé appelle le roi son seigneur ; mais c'est un titre que presque tous les princes souverains se donnent les uns aux autres, comme nous voyons que tous les évoques se le donnent mutuellement, sans s'attribuer par là aucune autorité les uns sur les autres; d'ailleurs, Benaud de Baugé pouvoit avoir plusieurs terres dans le royaume, comme nous l'avons dit, de ses ancêtres, et c'est pourquoi il appeloit avec raison le roi son seigneur, ce qui ne s'enlendoit que pour ses terres de France. Si Benaud demanda justice au roi, c'est qu'il la lui demandoit contre deux seigneurs sujets rie Sa Majesté; et si l'électeur de Bavière ou un autre électeur de l'empire demandoit justice au roi contre un ou plusieurs seigneurs du royaume, reconnotlroil-il la souveraineté du roi sur l'électoral de Bavière? Il ne la reconnollroil pas certainement, et il ne reconnottrnit autre chose, sinon que le roi est le souverain des seigneurs dont il se plaindrait.
Benaud de Baugé promet toit de payer au roi toutes les dépenses qu'il feroit pour le défendre et pour lui rendre justice ; or, si ce seigneur eût été sujet et vassal du
(a] Mircurc, .Uril 1723.
d'elle. *
a l'histoire df domiif.s.
101. le roi aurait dû le protéger et le défendre à ses frais, quoique Ton avoue que cela ne se faisoit pus ordinairement dans le temps de ces lettres, où les seigneurs a\ nient encore le pouvoir de faire la pierre au roi, lorsqu'il ne s'agissoil que des intérêts particuliers du roi et des seigneurs.
Si le sire de Baugé eut étt'' sujet et vassal du roi ou du royaume de France, anroilil dit qu'il ne tenoit ses châteaux de personne, et que si le roi lui accordoit le secours qu'il lui demandoil, il les prendrait de lui et que tous ses biens seraient au roi? Si les châteaux de ce seigneur eussent été soumis au roi, auroit-il eu besoin de lui dire qu'il les prendrait de lui et qu'ils seraient à lui? Y a-t-il un seigneur île Fiance qui eût ainsi osé parler au roi, s'il eut tenu ses terres du rai? Il faut donc convenir que ces lettres prouvent que Mr de Baugé n'étoil point sujet ni vassal du roi, mais qu'il promettoil de le devenir, si le roi lui accordoit le secours qu'il lui demandoit; mais le roi n'en avant point accordé, ce comte resta libre et indépendant du royaume pour ses teflPBS de Bresse, comme il rétoit avant ces lettres.
Lorsque le sire de Baugé disoit que la présence du roi étoit très-nécessaire pour lui et pour les églises, il n'entendoil parler que des églises de C.luny, de Màcon, de Tournus et des autres églises du royaume quiéloient fort oppressées par les seigneurs; car il ne poavoit entendre parler des églises de Bresse et îles terres de Baugé, puisqu'il n'y avoit alors que de simples paroisses en Bresse pour lesquelles la présence du rai n'étoil et ne pouvoit pas être nécessaire : mais comme le sire de Baugé avoit des terres en France, il parloit pour les églises voisines de ces terres, qui sont celles de Màcon et les autres que nous venons de nommer. Nous ne savons point comment ces princes tirent la paix : je crois pourtant qu'elle ne tarda pas, car tftrlc de Baugé éloil en liberté et dans les intérêts du comte de Maçon, avant l'an I 172.
Bn t I6f, l'empereur Fridéric voulut avoir une conférence avec le roi de France au sujet du schisme qu'il y avoit dans l'église, à cause de l'élection ou intrusion de l'antipape Victor, que l'empereur reconnoissoit pour pape légitime, la France reconnoiesan! au contraire le pape Alexandre III (a).
La conférence fut indiquée au 29 du mois d'août, à Saint-Jcan-de-Laone, petite ville sur la Saijne, qui étoit alors frontière de France. Fridéric, voulant rendre cet'e conférence célèbre, écrivit à Héracle, qui étoit toujours archevêque de I.you, qu'au milieu des soins de l'empire, il avoit résolu de délivrer son église et la ville des maux qu'elles uvoient soufferts depuis longtemps, et de les rétablir dans leur ancienne splendeur, à cause du lidèle attachement qu'il avoit pour lui. Il lui mande que le Seigneur lui fournit une occasion favorable d'aller en personne en Bourgogne et même à Lyon, pour en réparer les ruines et la mettre dans son ancien éclat. Il mande enfin à cet archevêque qu'il a besoin de son avis dans l'entrevue des papes qui se doit faire au Pont-de-Laone; il lui ordonne d'y appeler tous ses sulTragants et son cleigè pour faire cesser les divisions en confirmant le pa|«. Il dit qu'il ne mènent |M»int de troupes avec lui, mais qu'il réglera toutes les affaires militaires.
... Flftm. Ili.l F.«cl.,luni, 15. lit. 70, n. 00. — Mcnrlrirr, llitt. Lyon, p. 588, fr., p. m».
3;jf> MÉMOIRES MUR SERVIR
Cette lettre établit très-parfaitement la haute souveraineté de cet empereur sur Lyon et que le roi de France n'y étoil pas reconnu; car l'empereur, en paix avec la France, n'anroit pas écrit qu'il viendrait à Lyon pour en faire réparer les ruines, s'il n'en eût été le maître.
En 1 163 ou H 64 [a), il y eut un grand différent pour l'archevêché de Lyon, auquel les sires de Heaujeu se trouvèrent intéressés ; car, après la mort de l'archevêque Héracle, le chapitre de Lyon élut Dreux, en latin Dro//o, archidiacre de celte église, pour lui succéder; il eut la pluralité des voix, et comme Lyon dépendoit du royaume de Bourgogne |iossedé par les rois d'Allemagne et empereurs d'Italie, et que Fridéric I"y étoil reconnu, Dreux alla lui prêter le serment de fidélité qu'il lui devoit, et prit la confirmation de son élection de l'antipape Victor, auquel Fridéric adhéroit, comme nous venons de le dire.
Les évéques d'Autun, de Langres, de Chalon et Maçon, suffragants de Ly on, étant tous du royaume de France qui adhéroit à Alexandre III, ne voulurent point reconnoltre pour leur métropolitain Dreux, qui adhéroit à l'antipape. Je ne sais si quelques chanoines de Lyon et quelques abbés ne se séparèrent pas aussi de Dreux pour cette même raison.
Les évéques de Fiance écrivirent au roi contre Dreux et ils tachèrent de lui rendre sa conduite suspecte. Dreux lui écrivit plusieurs lettres pour loi faire connoltre son bon droit. Il l'appelle son seigneur roi des François, termes qui font voir qu'il le roconnoissoit bien pour roi de France, mais non pas pour son souverain dans Lyon, quoiqu'il l'appelât son seigneur par honneur, comme nous avons dit que Renaud de Baugé avoil aussi appelé le roi.
Etienne, abbé de Cluny, ne crut pas que la confirmation de l'antipape Victor en faveur de Dreux, dût l'exclure de l'archevêché de Lyon: ainsi cet abbé écrivit à Louis VII, pour l'obliger à soutenir les intérêts de Dreux, pour faire cesser les plaintes des évéques suffragants de Lyon et empêcher que le décret du pape Alexandre, qui avoit cassé l'élection de Dreux, n'eût lieu. Cet abbé assure Sa Majesté que le comte de Fore/ et le sire de Beaujeu tiendroient le parti de Sa .Majesté en faveur de Dreux. Cet abbé n'oublia pas les intérêts de son abbaic dans cette lettre, car il y prioil le roi de venir en Bourgogne pour arrêter les ravages et les pilleries des Brabançons, qui désoloient tout le pays; et c'est peut-être de ces pilleries dont Renaud de Baugé vouloil parler au roi, lorsqu'il lui mandoit que sa personne étoit très-nécessaire pour les églises de ce pays.
Le sire de Beaujeu tint, en effet, le parti de Dreux, et le reconnut après qu'il eût été élu et confirmé par Victor; car, en 1164, Humbert ayant envie de faire ériger le prieuré de Belleville en abbaic, il alla se présenter au chapitre de Lyon, où l'archevêque Dreux, du consentement de son église et du prieur du Saint-Irénée, érigea
I» Né>«lrtr r, , p . Mm, M», ilo.
A l'histoire I»K I>0 MB es. 337
ce prieuré en abbaïc, à condition qu'elle dépendrait à l'avenir de Saint-Irénée «le Lyon, et que les abbés n'en pourroient être élus que par la permission ou consentement du prieur de Saint Irénée (a).
Etienne, prieur de Saint-Irénée. fui élu premier abbé. 11 mourut bientôt après. Pierre, seigneur de Pomiers, qui avoit pris l'habit et fait profession depuis peu. lui succéda, et à celui-ci un nommé Lambic, chanoine de Milcon.
L'abbaïe de Climy (b), étant vexée parles seignenrsqni avoient des terres dans son voisinage, appela le roi Louis-le-Oos en pariage dans la terre et seigneurie de Saint-Jangoust, a la charge de défendre les biens de l'abbaïe des vexations qu'elle souffrait. L'abbé accorda au roi la moitié des revenus de celle Icrre, l'an 1136 vingt-neuvième du règne de Louis, premier de la naissance de son fils Philippe. Je ne sais à quoi nos rois destinèrent les revenus de la moiiié «le celle terre, et si la irarnison qu'ils y tenoient pour défendre les tori es de l'abbaïe de Cluny, les cousu moi t tous ; air Mr Brussel, dans son Traité de fie fa. n'en a trouvé aucune recette ni aucune dépense dans les revenus donl nos roisjouissoient en I20f, 1217. et dans les années suivantes; ce n'est qu'en I ï\li qu'on en compta. Il nous apprend que Charles V, dit le Sage, régent du royaume de France, donna, au mois de mai 1359, a son frère Jean comte de Poitiers, le comlé de Màcon cl sa baillie, ainsi «pie ce comté s'étendoil, avec pouvoir d'y créer un bailli ou un sénéchal. Le comte de Poitiers prétendit que ce comlé de Màcon ou plutôt son bailli devoit s'étendre sur le Lyonnais, le Forez, le Heaujollois et sur une partie de la Bourgogne. Mais le même régent donna sa déclaration, au mois de décembre suivant, par laquelle il «lit qu'avant que les rois de France eussent acquis le comté de Milcon, le comte et ses sujets ressorlissoient au château royal de Saint-Jangoust, où ressorlissoient aussi l'archevêque de Lyon, son chapitre et ses habitants, lY vêque de Màcon et son chapitre, l'évt^que de Chaloiî et son chapitre, les religieux «le Tournas et d« cluny et plusieurs autres ; le duc «le Bourgogne, le comle de Forez, le seigneur «le Beanjeu, leurs terres et leurs sujets, et plusieurs autres seigneurs; qu'après l'acquisition du comté de Màcon le bailliage de Saint-Jangoust avoit été misa Màcon, comme dans une ville plus considérable niais qu'en donnant le comté et baillie de Màcon, il n'avoit pas entendu donner le ressort du bailliage qui avoit été à Saint-Jangoust, où la Bourgogne, le Lvonnois le Forez et les autre» évêc liés que l'on vii rit do nommer ressorlissoient; ainsi il rétablit le bailliage royal de Saint-Jangoust pour lotis les pays ci-dessus énoncés, ne laissant au comté de Màcon, ilonné à son frère, que l'ancienne juridiction des comtes de Màcon. M. Brussel prétend qu'il n'y avoit jamais eu de bailliage à Saint- Jangoust avant celui que Charles V y élablit, parc* qu'on en aurait trouvé quelques actes ou quelques recettes, et que ce bailli aurait fait la recette des revenus de Màcon, après que saint Louis eut acquis ce comté, au lieu que ce fut le bailli d'Auvergne qui en compta. Il faut cependant que nos rois eussent eu, dès H6«, une juri-
(>} Paradin, Hiit. de Lyon. p. Jn<i, la". {; Petit Cartnl. d« Cluny, fui. 76.
X'KMOIKF.S 11)11! SFKVill
dktion à Saint-Jangoust, puisque l'aliliuï»' de «llunv leur.» céda la moitié ; main il faut que nos rois n on eussent voulu lirer aucun profil, comme je l'ai dit, puisqu'on ne leur en coniptoit point.
Humliert, axant pcr.Ju, comme nous l'avons déjà dit, son fils Guichard, en 1164. alla à Belleville (|uelque temps après, |iour faire faire des prières pour lut ; il y donna alors à cette nouvelle alibaie les moulins île Belleville, le* m is de Fontenelles et de Poiniers, le clos de Brouillx et divers autres héritages.
ouHquc temps après, c'est-à-dire en 1 106 ou 1167, Htiinl>ert, le père ou le Vieux, selaiit trouvé à Uelleville avec lîuichard, archevêque de Lxou, et Antlielme, évéque de Bellay, ancien prieur de Portes, il lit promettre, par serment, .x lluinbert de Heaujeu, son lils.iqu'il mainliendroit les religieux de Belleville dans la jouissait*' des biens qu'il leur avoit donnés, auxquels il y ajouta les droits provenant delà haiiuulitë des fours, les prolits des marchés et tout ce qu'il avoit au Carrige. Pierre de Pomiers, qui fut en partie cause que M" de Heaujeu firent ces .Ions, le- accepta pour son abhaio.
Je crois que le profit du marché consistoit en quelques coupons de blé que l'on prenoit sur une certaine quantité du blé que I on vendoit.et que. pour en favoriser la vente, l'on augmenta la mesure de la grenelteou marché de Uellev i Ile de deux coupons de plu» quelle n'étoit, car la coupe de blé n'étant que de dix coupons, on la lit de douze. L'on augmenta ainsi la mesure de Belleville d'un sixième, ce qui a été la source de plusieurs procès, comme nous pourrons le dite dans la suite, parce que les seigneurs auxquels on devoil des cens et serv ices à la mesure «le Bellev ille prétendirent qu'ils se dévoient payer à cette nouvelle mesure de la grenelle aucinentée de deux coupons et non à l'ancienne, appelée de la tour ou du seigneur de Uelleville, moindre de deux coupons ou d'un sixième que celle de l'abbaie ou de la g renette.
l ue ancienne chronique manuscrite des rois de France v nous apprend qu'environ ce lemps-oi, c'est-à-dire en H 63 ou 1 164, le roi Louis le Jeune vint en Auvergne et en Velay, qu'il y châtia les comtes de Clermont et celui du Puy qui vivoiml de proie et faisoient la guerre aux évéques de Clermont et du l'uy ; que les axant surpris, il les retint prisonniers jusqu'à ce qu'ils eussent restitué ce qu'ils a voient exigé et enlevé injustement; et qui' quelques Brabançons, joints aux fils de Guillaume, comte de Cbalon, axant pillé l'ahbaic de Cluny et tué plus de 500 bourgeois de la ville, le roi entra sur les terres de ce comte, il s'en saisit, l'en dépouilla en en donnant une partie au duc de Bourgogne et une partie au comte de Nevers; qu'il lit pendre autant de Brabançons qu'il en put trouver; qu'il châtia les citoyens de Vezelay qui s'étoienl révoltés contre l'abbé, leur seigneur, et qui avoient voulu faire une communauté de leur autorité et sans la participation de cet abbé, et qu'il contraignit le comte de Nevers de décharger les religieux de Vezeîay île plusieurs servitudes qu'il
« Xlr!aii|«f-. eurirux ou IliMiolh. du l\ l.al>br, lutn. ï. |». «S8. — lliM I tialoii, ton. 2, l'r., p. Si, SI —
M raj. Un. Fr , tooi. 2, |>. lus.
A L'IUSTOIUE UE DOHBES. 3S9
leur voutoit imposer. Ce fut à nuise île Imites ces bonnes «envies, dit eetle chronique, qtie Dieu donna nu tils au roi, qui fui aduiirable en grandes n'inivs, appelé Philippe-Dieudoillié, ipii \iut an inonde en | |65.
Celte chronique inel ici plusieurs faits (pie je crois être arrivés en divers temps, rar la chronique manuscrite «le Vezelaj dit a1 .pièce fut eu i I56queles habitants de Vezelay tirent leur première commune contre l'abbé Ponce et ses religieux, leurs seigneurs, et qu'ils s'en désistèrent, y ayant été contraints par le roi; elle ajoute qu'en 1 165 le emnte de Nevers et Ide, sa mère, furent excommuniés a cause de l'église de Vezelay ipi'ils perséculoient. Apparemment «pie ce comte lit sa paix eu H 66, et qu'il se croisa ensuite pour aller a la Terre-Sainte. Je crois que c'est avant ce voyage du roi que l'abbé de Vezelay ayant des dillicultés |iour la justice avec le comte de Nevers, cet abbé prétendit ne devoir pas plaider devant le roi, parce qu'il avoit îles privilèges du pape qu'il croyoit l'exempter «le la juridiction royale (ni.
Suivant cette chronique de Vezelay, le comte de Nevers ne cessa ses prétentions Contre les religieux de Vezelay qu'isi 1 166 ; ainsi ce que Louis VII lit contre ce comte ne put pas élre la cause de la naissance de son fils arrivée en 1 165, comme la chronique précédente l'avoit dit ; et >i ce comte eût vexé l'église de Vezelay en même temps que le comte de Chalon vexoit Cluny, Louis VII n'auroit pas donné au cuite île Nevers partie des terres du comte de Chalon. Ce don fait au comte de Nevers ne dura pas longtemps, car la femme du comte de Chalon étant venue à Vezelay avec son fils, le roi lui restitua sa comté de Chalon et lYda au duc de Bourgogne et au comte de Nevers, à qui il l'avoit donnée (c).
Eu quelque temps que ces guerres soient arrivées, je crois que le séjour du roi eu Auvergne fit que le comte de Forez alla voir Sa Majesté, qui lui donna la garde do l'abbaïe deSavïgny, c'est-à-dire, ainsi que je le crois, la garde des biens que cette abbaïe avoit en France, car celte abbaïe étoit alors de l'empire; mais comme les abbés en éloient souverains comme la plu pari des abbés d'Allemagne le sont, les abbés «le Savigny avoient pu se donner au roi, voyant la protection qu'il donnoit aux églises o . Le roi confia la garde et défense de cette abbaïe an comte de Forez ; mais comme cette garde appartenoit de tout temps à M' de Ueaujeu et ipie s**s prédécesseurs en avoient joui, il est ù croire que notre prince fit connoltre au roi qu'il lui faisoit une. injustice en le dépouillant d'un droit qu'il avoit, qui aurait pu causer des dissenlious entre lui el le comte de Fore/, surtout |>our les biens que celte abbaïe avoil dans le Beaujollois ; c'est pourquoi, lorsque le roi passoit à Monlbrison, en revenant de Notre- Dame-du-Puy, menant avec lui le vicomte de Polignac et son fils Héraele qu'il avoit faits prisonniers, el après que ce roi eût entendu la messe àSainte-.Marie-AIagdeleinc, hors la ville de Monlbrison, Guy, comte de Forez, se départit au profit d'Humbert
\] Mrlanijr», l.abttr, ihid», f. <5Î5.
(«, Spirilrii.. loni. ï, p. 52N ; III. i. Vetrliarrntis, lit»- ">• (c) Iti-t. de l.baloii. luiu. 2. l-rruvr-, p. al.
M Prrtr l, Mcni. Bourg , y. i*t. — l'araiiin. Anuilr, Buurg., p. I8i>, cahier X.f.
MÉMOIRES POl'R SERVIR
île Rcnujeu, son on, le, do la garde de cette ahbaie, et pour marque qu'il la lui rendoit, il lui donna ou rendit le même bâton de commandement que le roi lui avoil donné en lui donnant celte garde. La restitution de cette garde fut faite en présence de Guy de Garlande, de Guy, échaiiMin ou sommelier du mi, do Guj de f.hevreuse, parent de notre llumbert, de Foi n de Paris, de Roehard Volti, de Vaulier, chambrieret queue de la maison «lu roi. L'abbé de Savigny, le grand prieur, le célérier, Girin, prieur de Drualcy et Bertrand de Tarare y furent présents de la part de l'abbaïe. Guichard d'Oin, Ponce de Roehebaron, Ponce d'Alhigny et un nommé Magicard, mallrc de la cuisine, el gens du comte de Forez, c'osl-à-ilire ses gentilshommes, vassaux ou domestique-, y assistèrent de sa part. Ardoin de la Sale, Odelard, son parent, Hugues Martin et Guillaume de Vinselles, Ardoin de Rabutin et Thomas de Grandris y furent de la part de M' de Reatijeu; ils étoient aussi de ses gens ou famille, comme dit la charte ou l'attestation de ce fait qu'Humbert de Reaujen donna en 1170 ou quelques années après que ce fait fin arrivé, on la mémo année qu'il arriva, car l'on ne datoit presque aucun acte, dans ce temps-ci.
Kn 1 165, le différent pour l'archevêché de Lyon continuant, le pa|»e Alexandre, qui avoit cassé l'éleclion de Dreux, lit élire Guichard, abbé de Poiitigny. (Juoique Ion prétende que l'élection fut agréée par toute l'église île Lyon. Dreux ne laissoit pas de se dire archevêque de Lyon, en H 66, et c'est en cette qualité qu'il fut présent, à Besançon, aux lettres de conlirmation des privilèges de l'église de Vienne, que l'empereur Fridéric accorda à rarehevétjue de Vienne; ce|icndant il faut croire ou qu'il céda l'archevêché a Guichard ou qu'il mourut environ l'an 1166 ou U67, que Guichard fut reconnu et fut paisible possesseur de l'archevêché de Lyon.
Saint Thomas de ûintorberi, qui s'éloit réfugié en France et qui avoit élé reçu dans l'abbaïe de l'ontigny par Guichard, écrivit au roi Louis-le-Jeune, en sa faveur; il lui mandoit qu'il a\oit élé élu d'un commun consentement du clergé et du peuple ; qu'il avoil été consacré parle pape Alexandre, à Montpellier, au mois d'août; il disoit au roi qu'il espéroit que cet archevêque lui seroit toujours fidèle el qu'il soumettrait à lui et à son royaume, autant qu'il éloil juste, la ville de Lyon et tous les pays des environs (a).
Guichard, ayant pris possessions de son archevêché, laissa saint Thomas à l'ontigny; mais le roi d'Angleterre ayanl prié le roi de France de ne pas donner plus longtemps l'asile à ce saint, il fut obligé de venir à Lyon, qui éloil hors du royaume, où l'archevêque éloil souverain, sous l'em|ioreur, comme nous l'avons dit si souvent, et où il ne reconnoissoit point la souveraineté du roi.
Louis Vil vint, en i 166, jusqu'à Chalon, où il termina plusieurs différents entre les comtes et les églises, et surtout celui qui étoit entre le comte Girard de Vienne et l'é-
[«) Dutbc.Dc, tom. 1. p. «J3. - Meurtrier, But., p. Su».
A I.'HISTOIRK DE DOJIBES. 361
glise de Màcon ; car le comte de Màcon, n'ayant pu établir qu'il eût aucun droit sur les terres ni sur les hommes de l'évêque ou du chapitre, le roi prononça qu'il n'en pourroit point usurper (a). Ce comte reconnut aussi en plein parlement, ou dans la cour plénière du roi, comme on parloit alors, qu'il n'avoit neu a voir ni à ordonner dans la maison ni dans les terres de l'évêque, après sa mort, ni à rien prétendre dans ses meubles, c'est-à-dire que ce comte reconnut qu'il n'avoir |K>int les droits de régale sur l'évêché, qui consistoient à pouvoir faire saisir les fruits de l'évêché pour les réserver aux successeurs du défunt, et à pouvoir faire faire l'inventaire des meubles et effets des évêques après leur décès. Ainsi ce comte reconnut qu'il n'avoit aucune juridiction sur eu\ ni sur leurs biens pendant leur vie ni après leur mort. II y avoit cependant quelques comtes qui prétendoient et jouissoient de ces droits de régale après la mort des évêques ; le comte de Màcon et ses officiers avoient peut-être tenté de s'en mettre en possession.
Ce comte avoua encore, par le même acte, que les terres de l'église étoient entièrement libres, qu'il n'y prétendoit aucune coutume ni logement pour ses gens, et qu'il ne feroit plus faire aucune exaction sur ces terres. Il réserva seulement les droits que le seigneur de Miribcl pouvoit avoir dans le village de Vinry ou Viriac; mais l'on devoit faire des enquêtes pour savoir en quoi ces droits consistoient. Le comte promit de ne point inquiéter les églises sur les droits île ce seigneur qui relevoit apparemment de lui, et pour lequel il s'inléressoit, jusqu'à ce qu'on eut décidé quels ils étoient et s'ils étoient dus. Cette charte est de l'an 29 du règne de Louisle-Jeune.
Louis VII ayant pris les intérêts de Guicbard, archevêque de Lyon, contre Dreux, ce roi écrivit apparamment de Chalon-sur-Saône à Humbert de Dcaujeu, pour être favorable à Guichard et pour quitter les intérêts de Dreux que l'abbé de Cluny avoit écrit à ce roi que le comte de Forez et notre Humbert sou tiendraient autant qu'il plairoit à Sa Majesté. H.unbert fit réponse au roi qu'il avoit reçu ses lettres qui lui avoient fait un très-grand plaisir, et que lui et toute sa terre étoient très-soumis aux ordres de Sa Majesté, voulant lui obéir préférablement à tous les autres rois et princes du monde. II dit qu'il n'a point encore vu l'archevêque de Lvon, qui n'est pas venu dans sa terre; qu'il le recevra avec l'honneur et l'obéissance qu'il lui devoit, et qu'il doit iivoir bientôt une entrevue avec lui, où il prometloit au roi que l'archevêque serait si content de lui qu'il l'en remercierait. Il prie à la tin Sa Majesté de ne point croire ce que des flatteurs pourraient dire contre lui (b). Je crois qu'Humbcrt parle ici de l'entrevue dont nous avons parlé et qu'il devoit avoir à Belleville avec cet archevêque.
La lettre que le roi de France écrivit à Mr de Iîeaujeu, en faveur de Guichard, archevêque de Lyon, auparavant abbé de Pontigny, fait voir l'erreur de Guichenon,
•»: Duchesse, Bourg., p 107. — BriMscl, p. 51S. — Litre Rouge de Micon, fol. 15; mis. IttfM, fol. SI.
(»; Ménétrier, Preuves, p. it.
MKWHnF.S l'fïl'R SERVIR
qui, clans sa douzième lubie clos Alliances de la Maison «If Savoie (a), dit que ccl archevêque ètOit fils de notre Humbert; car, s'il l'eut élé, le roi n'auroit pas eu liosoin d'écrire à Humbert, son père, ni au comte de Forez, son proche parent, de lui être favorable , ainsi ce Guichard n'étoit [>oinl «le la maison de Beaujeu, et on l'a confondu mal à propos avec Guichard de Beaujeu, dont nous avons parlé, et qui mourut en 1 164.
Le voyage du roi et la protection qu'il donna à l'église de Mâcon fit, ace que je crois, que le prieur d'Ambierle, en Forez, se mit. avec tousjes biens de son prieuré, sous la protection du roi, qui la lui accorda à la prière de l'abbé de Cluny, parce que ce prieuré éloit, comme nous l'avons dit, hors du royaume. Les lettres de sauvegarde et protection du roi furent donnée* à Paris, le jeudi 3 novembre 1 1 60, le trentième du régne de Louis et le second de la naissance de Philippes, son fils. Le comte de Blois, Thibaud, Guy, boutelier, Mathieu, chambellan, et Raoul, connétable, furent présents à la charte qui fut donnée par les mains d'Hugues, chancelier et évéque de Soissons.
Nous avons parlé ci-dessus des guerres qu'il y avoit eu entre l'église et les comtes de Lyon. Jo crois que leurs différents ne furent terminés qu'en II 67, par une sentence rendue par des arbitres que le pape leur avoil fait choisir, et confirmée par une transaction que Paradin, le R. P. Ménétrier et bien d'autres auteurs [«) ont rapportée (I ], et dont nous croyons néanmoins devoir donner ici la traduction avec quelques réflexions. Celui qui a dressé cette transaction la commence ainsi : Etant facile d'oublier ce qui s'est passé si on ne le met par écrit, nous écrivons ce qui s'est fait par transaction entre les clercs de l'église de Lyon et Guy, comte de Forez. Que l'on sache donc que les droits du comte de Forez et de l'archevêque de Lyon ont été déclarés, par ordre de Monseigneur le pape, suivant le dire et le témoignage confirmé par serment de Guillaume de Saluces, de Guillaume de Talaru, sacristain, d'Aimonde Rovere, pénitencier, de Salomon, prêtre, d'Albon, suivant Paradin, ou d'Abronin le Gras, et île Durand Solier ou Follier, suivant Paradin ; que ces témoins ou arbitres ont fait leur déclaration par-devant et en présence de l'archevêque de Tarentaise, par laquelle il parolt que dans la ville de Lyon et entre ses confins qui sont depuis la croix de Saint- Irénée jusqu'à la croix de Saint-Sébastien, et depuis le ruisseau d'Eschavanay ou d'Es-Charrain, comme l'écrit Paradin, jusqu'à la Pierre- Vielle Paradin a lu à la Porte Vielle), leurs droits doivent être comme on va les spécifier :
4° Les péages, tant par eau que par terre, appartiennent par moitié et égale |K>rtion, ou en commun, entre l'archevêque et le comte de Forez.
2° La monnoieest aussi en commun, excepté que l'archevêque en prend la dixième sur le tout et au par-dessus de la part du comte.
f i) Gnii-lirnen, Hinl. généiil. de SjYu>e, p. I ICI et I Iflî.
(■) Meurtrier, Pr., p. 5« , — llitl., p. «a. — Spieil., Ion. ï, p. 55». — Paradin, Nul. Lyon, liv. ï, eli.*7, p. lis.
(t) ht le»|.: le plus correet dr cet important documenta irouve ÉMM I Histoire dit duc* de Uourbou «t de* tumU» Je Furet, par La Mure, éditer par M. de CbjiilrliiKe, Preu»c., p. .;.
A L'HISTOIRE DE DOMES
3° 11 a été convenu et décidé sur les feudataires que l'archevêque n'achètera point les ticfs du comte, ni le comte ceux de l'archevêque.
4° La leyde qui se lève dans les foires et marchés sera commune.
5° Les droits des plaintes et les amcnde> seront aussi pir moitié enlr'eux, excepté relies des clercs et celles de leurs serviteurs et domestiques ; car s'ils font quelque faute, on les jugera suivant les régies de la justice; il en sera de même des domestiques du comte pour les crimes qu'ils commettront depuis la porte du palais jusqu'à la porte du cloître que l'acte appelle porte des frères, et que l'on appelle à présent Porte Fraus.
6u S'il s'est commis quelque crime dans les maisons, il sera puni en commun ; cependant l'on ne peut pas rechercher les criminels dans les maisons des particuliers, à moins qu'ils ne soient des larrons, des adultères, des homicides, ou qu'ils ne se servent de fausses mesures.
7» L'archevêque et le comte peuvent prendre à crédit les choses qui regardent seulement le hoire et le manger, dans toute la ville, excepté au cloître; mais ils ne peuvent pas prendre à crédit ce que les étrangers apportent vendre dans la ville ; lainsi ils ne pouvoient avoir ce crédit que des marchands de la ville'; mais l'archevêque et le coûta seront obligés de paver quatre fois l'année ce qu'ils auront pris à crédit; que s'ils ne veulent pas payer entièrement tous les trois mois, l'on ne sera plus Obligé de leur faire crédit, jusqu'à ce qu'ils aient |tayé; que s'ils cessent absolument de payer, l'archevêque contraindra le comte et les siens au pavement, et le comte pourra faire contraindre, en pareil cas, l'archevêque ou les siens.
8» Si l'homme du comte a pris un coupable, il ne pourra le jug.-r ni le mettre en liberté sans l'homme ou juge du pontife ou archevêque. Il en est de même si les hommes de l'archevêque avoient fait arrêter quelqu'un ; ils ne le pourront juger ni délivrer sans les hommes ou juges du comte.
9» Que si les officiers de l'archevêque et du comte ont fait arrêter conjointement le coupable, il devoit être jugé devant le sénéchal, en pr. sence des hommes ou juges de l'archevêque et du comie,
10° Les criminels qui devront être condamnés à une peine corporelle, seront jugés devant l'archevêque, en présence, néanmoins, du comte do Lyon ou de ses hommes.
1 1° Le pont de Saône est commun entre l'archevêque et le comle.
12" Si l'on bâtit sur les bords des rtvières ou dans les places, l'investiture en sera commune au comte et à l'archevêque, l'édifice demeurant à celui dans le terrain duquel il est MU.
13° Pour ce qui est du spirituel, les clercs dépendront du seul archevêque. 1 4° Les chemins, les places, les rives ou bords des fleuves et leurs accroissements seront communs.
lo° Les maisons des clercs de l'église Sainte-Croix, de Saint-Etienne et de Saint- Jean, et qui y servent actuellement, les maisons, dis-je, où ils habitent eux-mêmes, et les maisons des clercs, des abbaïes et tous ceux qui servent dans les églises jouiront du même droit et privilège que les maisons du cloître.
HKMOIRfcîi POUR SERVIR
16° Les chanoines, qui demeurent assidûment dans la tille et y mangent auront le même crédit que l'archevêque et le comte, sous les même* conditions qu'eux.
17° S'il arrive quelque différent entre le comte et les ecclésiastiques, il sera décidé devant l'archevêque et suivant les lois; que s'il en arrive entre l'archevêque et le comte, il sera terminé dans le chapitre, devent les chanoines, suivant les mêmes lois.
Cet acte fut fait el accompli l'an 1167, indiclion 15, épacte 28, le 43 octohre, le roi Louis régnant, Fridéric étant empereur, el le pape Alexandre vivant.
Le commencement de cette transaction, où il est dit qu'elle est faite entre lc< clercs de l'église de Lyon et Guy de Forez, fait voir que, quoique le reste do l'acte ne parle que de l'archevêque de Lyon, la transaction étoit néanmoins au profit de l'archevêque et du chapitre; autrement, l'on n'auroit pas pu dire qu'elle étoit au profil des clerc* de celte église.
Cette transaction nous fait encore voir, comme nous l'avons déjà dit, que les archevêques et l'église de Lyon iwssédoient en partie le comté de Lyon, avant l'acquisition qu'ils firent du comte de Forez, par l'échange dont nous parlerons en 1173, et elle nous fait connoltreque l'archevêque el le comte jouissoient en commun des régales ou droits royaux, quoiqu'il semblât que l'empereur Fridéric en etït investi l'archevêque seul; ce qui fait voir que cette investiture n'avoit donné aucun droit nouveau à l'archevêque et que la huile d'or de cet empereur n'avoit point nui au droit et à la possession du comte de Lyon, ni aux droits et aux autorités de nos souverains, ni à ceux des autres seigneurs du diocèse de Lyon, comme nous l'avons déjà dit.
L'article qui défend au comte d'acheter les fiefs de l'archevêque et à l'archevêque d'acheter ceux du comte, fait voir le commerce où étoient les fiefs, et que les seigneurs se soustraisoient facilement de la féodalité de leurs supérieurs, à laquelle ils ne se croyoient presque attachés qu'autant qu'ils le vouloient.
L'article 6 fait voir que nos maisons doivent nous servir d'asile, excepté pour les grands crimes, asile qui s'observe encore en plusieurs villes.
Je ne sais si les quatre paiements esquels l'archevêque de Lyon et le comte de Forez étoient obligés de pa\er tout ce qu'ils prenoient à crédit pour la provision de leur maison, n'anroient point donné lieu à introduire entre tous les marchands les quatre paiements des foires si célèbres à Lyon. Le privilège de ces crédits n'est plus d'usage, mais les grands ne laissent pas de s'en servir en trop de rencontres. Les fermes du roi ne se payoienl pas en quatre termes; elles ne se payoient que de quatre en quatre mois, c'est-à-dire en trois termes par an, comme on le voit dans M. Brussel.
Les ponts, les chemins, les places, les rives, les accroissements el les péage* dont jouissoient les évêqne3 et les comtes de Lyon, fout soir que de tout temps il*
A L'HISTOIRE Itt DOMBKS.
onl joui des droits régaliens et que c'est à tortqu'on les a voulu si souvent contester à l'église de Lyon; far si les mis de France en jouissent dans tout le royaume, et s'ils se les sont attribués par leurs ordonnances, ce n'est pas que ces droits leur appartiennent comme rois cl par droit de leur couronne, mais c'est que nos rois ayant succédé à tous les grands, ducs et comtes de leur royaume, ils ont réuni en leur personne les droits de la couronne et ceux des ducs et comtes qui jouissoient de ces droits, réunion à laquelle ceux qui ont compilé la plupart des ordonnances de France et surtout celle des eaux et forêts, n'ont pas toujours assez fait d'attention, regardant pour droits royaux et attachés à la couronne ceux qui n'étoient que les droits des ducs ou des comtes, ce qui ne peut nuire aux droits de l'archevêque et du chapitre de Lyon qui, en vendant leur souveraineté et temporalité à Philippele-Bcl, se réservèrent expressément les régales dont ils éloient en possession, comme nous le dirons en son temps.
La propriété de ces régal»* fait aussi voir que la taxe que l'on a imposée, dans la ville de Lyon, sur les maisons qui sont sur les bords des rivières, n'est pas juste; car si elle étoit due, elle ne pourrait l'être qu'à l'archevêque ou au chapitre de Lyon, qui ont pu concéder le droit de bâtir ces maisons sur le bord de la Saône et du Rhône, comme on le voit par cette transaction.
Je ne sais si c'est avant ou après cette transaction que le comte de Forez alla à Bourges pour quelques affaires qu'il y avoit, pour y voir le roi et sa cour et pour s'engager au service de Sa Majesté, en se rendant son vassal, quoique ses terres dépendissent encore de l'empire ; mais comme il en étoit sur ses confins et toujours en contestation avec les archevêques de Lyon, je crois qu'il voulut se rendre le roi favorable et le mettre dans ses intérêts, en cherchant sa protection ; je ne sais même s'il ne mena pas son lils Guy avec lui et si le roi de France ne le lit pas chevalier en ce voyage, les Mémoires de M. du Bouchet, sur la généalogie de la maison de Forez, que M. Guirhenori nous a donnés à la lin de son Histoire généalogique de Savoie (a), disant que le (ils de ce comte fut fait chevalier, à Bourges, par le roi. en H67.
Louis-le-Jeune, roi de France, fit dresser un acte de cet hommage, en latin. Nous le donnons ici (•] :
« Louis, par la grâce de Dieu, roi des François, savoir faisons, à tous présents et à venir, que notre ami Ony, comte de Lyon et de Forez, étant venu vers nous et notre cour pour ses affaires, il prit alors de nous les châteaux deMontbrison cl de Montseup, qu'il n'avoit point tenus jusqu'alors d'aucun domaine ni seigneurie, et qu'il nous en lit hommage et fidélité, cl se réjouissant de celte alliance ou de celle connoissance qu'il avoit faite avec nous, et voulant se donner encore plus à nous, il mil sous notre domaine et seigneurie les châteaux de Montarchier, Saint-Ennemond La-Tour-en-Jarcz et Chamousset, et il nous demanda lout le droit que nous avions
k) Savoyc, (Juicb., Uble g*né*log.
. Ch»mbre d'Anjou, iovr ni. Bourbon, cote 6W. ÏOOI f l JlîO. - M.nclricr. Ili,t., ,,.;M, ft , M,
3Afi
MKMOIHES POl II SERVIR
comme mi sur les châteaux île Marcilly, de Donzj et de leurs appartenances, avec Cleppieii, Saint-Prix, Lavieu et Saint-Romain, en augmentation de son fief, et nous lui avons accordé, par le conseil de nos féaux, tout le droit que nous y avions et autant qu'il nous en appartient, sauf le droit d'autrui. En signe de quoi nous avons signé ces présentes, et nous y avons fait mettre notre scel.
» Fait publiquement, à Bourges, Pau de grâce H 67, dans notre palais, où étoient le comte Thibaiid. notre mailre-d'hôtcl, Guy notre boutelicr, Mathieu, notre chambellan, et Itadulphe, connétable. »
L'acte en fui écrit par Hugues, chancelier de Fiance.
Cet hommage, qui n'emportoil point de souveraineté au préjudice de l'empire, dans les termes dans lesquels il étoit conçu, qui ne marquoient qu'un simple droit de fief, ne laissa pas de transférer, avec le temps, la souveraineté du Forez à nos rois.
Je crois que le comte de Forez maria son lils, peu de temps après cet hommage, et qu'il lui céda son comté dont il jouit environ ce temps-ci; et peut-être le comte de Forez éloil-il allé â Bourges pour ce mariage. Quoiqu'il en soit, il esta présumer que la reconiioissaiire que le comte de Forez lit de tenir du loi Montbrison, Jlontsenp et ses autres lerres, détermina l'empereur Fridéric à lui faire faire la guerre par les Lyonnais el par le comte de Màcon; car, quoique le comte de Màcon eût sou comté de Màcon en France, il avoit le comté de Vienne et de grandes lerres dans la Franche-Comté, qui éloient dépendantes de I empire, el pour lesquelles il étoit obligé de servir l'empereur. Ainsi les Lvonnois, que l'on regardoil comme scliismaliques, parce qu'ils adhéraient à l'empereur qui soutenoit l'antipape, et Girard, comte de Màcon, entrèrent sur les lerres du comte de Forez, pour dépouiller ce comte des terres qu'il avoit reconnues du roi et pour le soumettre à l'empire.
Louis-lc Jeune étoit alors arrivé en Auvergne sans l'avoir fait savoir au comte de Forez, auquel il n'avoil point demandé de trou|>es, parce qu'apparamment il n'en avoit pas besoin ; cependant, le coralede Forez ayant su son arrivée, lui écrivit en prenant la qualité de comte de Lyon el de Forez, et offrit au roi toute la fidélité qu'il lui devoil, el lui inarqua qu'il é;oit surpris qu'étant à lui, qu'avant eu l'honneur d'être fait chevalier de sa main, son père l'avant mis sous sa protection et sa défense, et (pie toute sa terre lui appartenant, il ne lui avoit point mandé qu'il fui arrivé en Auvergne
Il lui ajouta qu'il seroil déjà dans son armée, si le comte Girard et les Lyonnois, schismatiques, n'étoient venus à main armée dans sa terre, non-seulement pour l'en chasser et lui ôter son légitime patrimoine, mais encore pour soumettre à l'empire (eutonique son comté qui est de la couronne de France, cl pour obtenu du secours du roi. Il lui représente que si les Lyonnois et le corn le de Màcon viennent à bout de leur entreprise, ce sera une grande honte au roi qu'ils l'aient
(», Mrneirier, tlist., p. 510; Pr*me«, p. u.
v l'histoire de dombks. 367
vaincu el qu'ils aient pris ses terre* comme, sous se* veux et en présence de son armée; ainsi il prie Sa Majesté d'avoir soin de son honneur, de pourvoir à la sûreté de son comté, et d'ajouter Toi à tout ce qne la personne qu'il lui envoyait lui dirait.
Si le comte de Forez ne s'éloil pas soustrait de la souveraineté de l'empire par son hommage de I 167, l'e npereiir Fridéric, qui avoit assez, d'affaires en Allemagne, n'aurait point donné ordre à ses sujets du Ljonnois d'entrer sur les terres du comte de Forez, et il n'aurait pas voulu s'engager à une guerre contre la France, pour se venger du comte.
Les Lvonuois, qui se déclarèrent contre le comte et qui le vouloient soumettre à l'empire, n 'étaient certainement pas sujets du rai. Je crois que cette guerre se lit en 1 170, el que le roi passa avec son armée à Moutbrison, pour faire retirer le comte de Maçon et les Lvonuois, qui n'attendirent pas l'armée royale; mais comme le roi ne témoigna aucun mécontentement contre les Lvonuois, ni contre les Màconnois, de la guerre qu'ils avoient faite au comte de Forez, au moins que nous sachions, il est à croire que le roi, qui savoil l'inlidélité du comte de Forez envers l'empereur, ne trouva peut-être pa> mauvais que ce prince voulut se venger de ce comte, el que le roi se contenta de faire cesser la guerre par sa présence, sans s'engager à tirer vengeance du mal que l'on avoit fait au comte, qui se l'était attiré lui-même. Je crois qne ce fut pour procurer la paix à ce comte et pour s'y faire reconnottre, que le roi (tassa à Montbrison, comme la charte dont nous avons fait mention ci-dessus en fait foi.
Je crois que c'est environ le même temps qu'Etienne de Baugé, évêque de Màcon, écrivit au même roi Louis VII, pour se plaindre des vexations que le comte de Maçon lui faisoil ; il prie le roi de lui envoyer des gardes de sa part, pour mettre a févêrhé et dans ses biens, afin qu'ils empêchent les vexations du comte. L'historien de Bresse dit ,a que Humberl de Beattjeu éloit joint au comte Girard dans les vexations que ce comte faisoil à l'église, qui etoient si grandes, qu'un riche bourgeois, après avoir êlé deux ans sans sortir de sa maison, avoit été oblige de se réfugier à Lyon; mais la lettre de lévêque de Màcon ne parle point de notre prince.
Quoique re comte vexât l'évéque el les ecclésiastiques de Màcon et leurs gens, il ne laissoit pas de favoriser d'autres églises, car il accorda, environ ce temps-ci |b1, à L'tfred L*r, abbé de Ctiussagnc, l'exemption de toute sorte de péages et lejdes et de toute autre sorte d'exactions, lorsqu'ils passeraient dans sa terre, soit pour acheter du sel, soit pour leurs autres affaires. Guillaume, lils de ce comte, en confirma la charte, qui fut écrite et scellée, pour plus grande assurance. Humberl de Beaujeii, Etienne de Villars. Pierre de La Palu, Colard de Sala, Ebrard de Chavanes et Faucher Brun, chevaliers, furent présents à cette concession qui regardoil plus les terres
(a) fiuifh , Ma. Dm**, part. I", p. 18, 19. • BiM Si-bus,, «ni. ï, rap. 15, p. 5ïl.
MEMOIRES POLR SERVIR
que le comte de Maçon avoiten Comté et surtout Salins, qu'elle ne regardoit le Màronnois, comme l'exemption pour les sels me le fait conjecturer.
Je ne sais si le prieur d'Ambierle craignit que l'hommage que le comte de Fore/ a\oit fait au roi ne put nuire aux lettres de protection et de sauvegarde que le roi Louis lui avoit accordées ou à son prédécesseur, car il en obtint de nouvelles que le H. P. Meurtrier rapporte a i; elles sont datées de l'an 1 169, trente-troisième de Louis, troisième de la naissance de Philippe. Il est dit qu'elles sont données à la pri re d'Etienne, abbé de Cluny, qui fut élu en 1 163.
En H7t n , Humberl de Beaujeu fut à Tournas, où le roi Louis-le- Jeune termina, pur son avis, un grand différent qui étoit entre l'abbé, les religieux de Tournus et les habitants de la > ille, sur les coutumes des mainmortes et des tailles; car l'abbé et les moines prétendoieut que tous les habitants étoient leurs laillables et mainmorlables, il étoit nécessaire de régler jusqu'où les droits de taillnbilité et de mainmorte dévoient s'étendre, pour éviter les abus qu'on en pouvoit Taire. Voici les règlement* qui furent faits :
Premièrement, l'on ordonna que la mainmorte resterait telle qu'elle étoit d'ancienneté, mais l'on quitta aux bourgeois toutes les tailles du passé. L'on modéra, en deuxième lieu, la taille qui se le\oit tous les ans et l'on régla (pie l'on n'en pourrait imposer aucune a l'avenir, si ce n'étoit pour secourir le roi ou pour payer la procuration qu'on lui devoit, ou pour celle du pape, c'est-à-dire les repas qu'on devoit au roi ou qu'on donnerait au pape ou à quelque cardinal (lorsqu'ils viendraient, à ce que je crois, dans l'abbaïe).
Si l'abbé étoit appelé à un concile ou en cour de Rome, qu'il s'agit d'y aller pour procurer un grand bien à son église ou de la défendre pour lui éviter une grande perle, ou que l'abbé fût obligé d'aller joindre le roi pour quelque expédition ou pour recevoir ses ordres royaux ou ses régales (en prêtant serment de fidélité, ainsi que je le crois), ou s'il alloit vers le roi pour quelque grande affaire du royaume ou de l'église, l'on décide qu'alors l'abbé pourra prendre et rechercher un secours de ses hommes; mais il ne pourra faire aucune quête, c'est-à-dire imposer aucune taille jiour les simples différents qu'il pourrait avoir avec ses religieux ou pour quelque autre différent particulier pour lequel il voudrait aller vers le pape on vers le roi, c'est-à-dire qu'il ne pourrait faire faire aucune taille ni demander aucun subside qui se levât en l'allant chercher chez les habitants, comme l'on y cherche la taille pour ses différente particuliers. Cet article étoit très-avantageux aux habitants de Tournus qu'il déehargeoit de la taille annuelle que l'abbé exigeoit d'eux.
Il fut défendu aux habitants de faire aucun serment entr'eux sans le consentement de l'abbé et des religieux ou de leur chapitre, ce que l'on ordonna ainsi, parce que tous ces serments étoient ordinairement faits par les habitants pour se soustraire à l'obéissance de l'abbé et de ses moines.
U] M*m-1rirr, lli.L.p. SUD.
I», Cliilllct, lli.l tourna», l'rtum, p. *5î.
A L'HISTOIRE DE DOMBES. 36lJ
Enfin l'on permet la collecte que l'on faisoit pour le célérier sur la pèche ou dans la pêcherie et les autres anciennes coutumes ; car la coutume avoit alors beaucoup de force pour l'église et pour les seigneurs, qui.croyoient que tout ce qu'on leur avoit accordé par un long usage, quelque mauvaise origine qu'il eût, leur devoit être conservé.
Le comte Thibaud, mallrc-d'hôlel, Mathieu, chambellan, Guy, éebanson ou botttelier, et Raoul, connétable, furent présents et signèrent la charte, ainsi qu'Hugues, chancelier et évêque de Soissons. Elle fut scellée du sceau du roi.
Les bourgeois de Tournus étant restés sujets à la taille et mainmorte par le jugement donné de l'avis de notre souverain, ils cherchèrent à s'en libérer ; ainsi ils traitèrent, en 1 202 ; a), avec l'abbé Etienne et ses religieux, sur cette coutume de mainmorte et convinrent qu'ils en seraient déchargés en abandonnant a cet abbé tous les droits ou usages de la ville, à savoir la saunerie (je crois que c'étoit le droit de vendre, par toi religieux, le sel et d'y prendre quelque droit], les fours, c'est-à-dire leur bannalité, le birhonage (je crois que c'est uu droit que l'on levoit sur le blé qui se vendoit, surtout à la grenette; ; la vannerie ou vanterie et les moulins, c'està-dire qu'ils seroient aussi bannaux. Les habitants leur firent rendre tous ces droits et ces moulins par ceux qui les tenoientà cens ou en fief de l'abbaïe, après quoi l'abbé lit mesurer la ville à la toise, et il y imposa divers cens et services, du consentement des habitants, suivant la valeur des fonds et des maisons. L'on en imposa aussi sur les boutiques ou étaux et sur les bancs de bouchers; chaque toise du terrain fut chargée, l'une de 6, les autres de 8, d'autres de 12, d'autres de 18 et de 21 d. de cens payables au jour et féle Saint-Martin, à peine de payer le double. H y eut quelques toises qu'on imposa jusqu'à 2 s., mais il y en eut peu; et, moyennant celte imposition du cens, l'abbé les quitta de la coutume qui étoit appelée de mainmorte, laquelle ils trouvoient odieuse et insupportable et qui paroissoit infâme aux étrangers. L'abbé quitta cette mainmorte de telle manière que les veuves pourraient se remarier avec qui et quand elles voudraient. Ainsi il faut qu'on les gênât sur leurs mariages, à cause de la mainmorte. L'on convint que les clercs et les orphelins pourraient tester des biens qu'ils possédoient par droit héréditaire, comme tous les hommes libres. Ou leur quitta encore le droit qu'avoit le doyen de faire vendre un bœuf à la boucherie, apparemment par préférence aux bouchers, toutes les semaines ou tous les mois, ce qui étoit à charge aux habitants.
L'on accorda aussi aux habitants lo droit de faire garder eux-mêmes leurs vignes, en choisissant deux bourgeois qui les garderaient, lesquels on présenterait au doyen pour y prêter serment de les bien garder et d'arrêter les malfaiteurs qu'ils trouveraient dans les vignes; que s'ils ne jiou voient les arrêter, ils les dénonceraient au doyen qui les condamnerait à réparer le dommage qu'ils auraient fait et à une amende de 100 s. pour le doyen qui étoit le juge des habitants; que si le délinquant n'avoit pas de quoi payer les dommages et l'amende, il devoit être puni corporclle-
(4) Chifflet, Tournât, p. US.
ment, pour donner de la crainte aux autres; que si les bourgeois élus étoicnt infidèles dans leur garde, ils dévoient être punis par le doyen, et l'on étoit obligé d'en élire d'autres.
Ce jugement et cette transaction nous font connoltrc les anciens usages de ce temps-ci, et combien les abbés et religieux avoient ou prenoient d'empire et d'autorité sur leurs bommes.
Renaud, arebevêque de Lyon, Ponce, évéque de Mâcon, Robert, ôvéquc de Chalon, et Hugues, abbé de Cluny, scellèrent cette charte, avec l'abbé deTournus, qui y mit les sceaux de saint Philibert et saint Valérien, patrons de son abbaïc.
L'imposition des services que l'on fit sur les maisons et fonds de la ville de Tournus nous fait croire, après le R. P. Chifllet, que ces maisons n'étoient sujettes qu'à la taille envers l'abbaïe deTournus, et qu'au lieu des tailles qui s'exigeoient selon les facultés des habitants, on leur imposa un cens ordinaire fiie et réglé avec les laods, ventes et les autres droits seigneuriaux qui éloient d'usage hors la \ille. Le P. Chifilel (a), après Sainl-Julien-Baleure, veut faire croire que la taille et mainmorte des habitants deTournus ne leur étoit pas déshonorable ; mais il n'y a qu'à voir les termes dont ces habitants s'expriment contre ce droit pour voir qu'ils le regardoient comme une véritable et infâme servitude.
Quoique nous ayons déjà vu bien des accords entre l'église de Màcon et les seigneurs qui avoient des biens à Montgoin, il ne laissa pas de s'élever de nouvelles difficultés sur ce village, entre le chantre do Màcon et Etienne de Montgoin, qui furent terminées en 1 172 (1 ), Élienne de Montgoin ayant reconnu que tous les bois de Montgoin étoient à Ponce, chantre ou précenteur, qui lui en laissa la jouissance pendant sa vie, se contentant d'y percevoir la simple tâche qui s'y levoit, qui étoit ou une dixième ou une septième, ou quelqu'autre portion des fruits plus ou moin* forte ; mais il fut stipulé qu'Etienne de Montgoin ne pourrait faire défricher aucune partie de ces bois sans le consentement du chantre, auquel Etienne quitta le domaine de Montgoin, moyennant quoi le chantre le déchargea d'un mouton qu'il lui devoit donner avec sa toison. Le chantre se réserva aussi tout le quart qu'il prenoil sur les vignes. L'on ne céda aucun autre droit à Etienne de Montgoin ni à ses héritiers, mais on laissa leurs autres prétentions respectives en leur entier pour les exercer de part et d'autre en justice. L'acte dit que celte dernière convention ne dérogeoit point à la première qui avoit été faite ontr'eux, laquelle n'est pas parvenue jusqu'à nous.
Gautier, doyen, Ponce, chantre, Aimin, archidiacre, M* Etienne Uric, souschantre, et Renaud de Félins, chevaliers, furent présents à cet accord.
La môme année (b), le roi Louis-le-Jeune obligea le comte de Mâcon à cesser les
(») HiH. Tourant, p. «ci. — Sl-JnliM-Ralearf, p. SIS.
(i) Lib. Inetl., M. Mi, in fine, et SIS. (M. Higui, p. 18», th. DCXXX.) - Sw.rt, p. I M.
(I) OU* daU, ai •ikhdf taire, M *e Iroow <b>M le CartaUirt publié ptrl. Rigot, p. SU , cb. DLVIl.— ftetert, in Milite., p. US.
A l'histoibb de dombes. 371
guerres qu'il faisoit à l'église de Mâcon et aux seigneurs ses voisins. La charte de cette paix dit qu'après les longues guerre* et dissensions qui avoient été entre le roi et le comte Girard, les églises et le sire ou seigneur Humbcrt de Beaujeu, ce roi étoit enfin venu à Vezelay ou à Vinselles, et que là il avoit fait la paix et l'avoit jurée par le conseil de ses barons.
Le comte de Mâcon reconnut d'abord qu'il éloit homme du roi et qu'il avoil reçu de Sa Majesté, en casement, trois châteaux qui étoicnt Vinselles, Montbelet et La Sale, mais qu'il ne les tiendroit du roi que sauf et sans préjudice de la fidélité qu'il deroit à son frère aîné le comte Etienne. Ce comte promit et jura d'être fidèle nu roi et à son fils Philippe, et que lui et les siens ne feroient point la guerre au roi ni aux siens, et surtout à Humberl de Beaujeu, avec lequel ce comte promit d'observer les conventions qu'ils avoient faites, telles qu'elles étoient dans la charte qu'il lui on avoit donnée.
Le comte Girard promit encore que lui et les siens vivroient toujours en paix avec l'église de Mâcon, et qu'il empt-cheroit ions ceux qui avoient sui\i ses intérêts dans cette guerre et auxquels les troupes du roi avoient porté quelque dommage, de s'en ressentir et de faire aucune entreprise pour en obtenir quelque réparation de l'église de Mâcon. Il excepta Ulric de Baugé, qui ««oit apparammenl su h i ses intérêts depuis qu'il avoil obtenu sa liberté, et il ne s'engagea qu'à faire tout ce qu'il pourroit auprès de lui, afin que ce seigneur ne demandât aucunes réparations au roi ni à l'église des maux qu'on lui avoit faits.
Girard céda et quitta à l'évêquc et à l'église de Mâcon, de l'avis et consentement de son frère, tout le droit de logement qu'il obligeoit des habitants de Komenay à lui fournir et à ses troupes, et il donna quatre meyterées de terre au chapitre.
L'église de Mâcon rendit au comte Girard la terre de Flacé qui étoit engagée aux moines de Laizé, et ce comte promit de garantir l'église de Mâcon envers ce* moines pour l'engagement de cette terre.
Le comte promit d'entretenir tous les arlicles de cet accommodement, et que s'il voyoit par lui-même ou qu'on l'avertit qu'on y étoit contrevenu en quelque chose, il le réparerait dans quarante jours; que s'il ne le faisoit pas, le comte Étienne, son frère, promit par serinent que s'il étoit averti des infractions de ce traité, il les feroit réparer dans quarante jours, sinon qu'il se rendroit en otage à Sens ou à Paris, jusqu'à ce que le tout fut réparé. Eudes, comte de Champagne, fit le mdme serment de se rendre dans l'une de ces deux villes ou de donner 100 I. Gautier de Salins promit la même chose ou de donner 200 1. Humberl de Beaujeu et Josserand Gros de Brandon, qui tenoient quelques terres du comte de Mùcon pour lesquelles ils étoient ses vassaux, jur rent, par l'ordre du comte, que toutes les fois qu'ils connoltroient que le comte Girard auroit manqué à sa parole, ils iroient au secours ou service du roi contre le comte, jusqu'à ce qu'il eût réparé le tort qu'il auroit fait ; mais que dès que le comte l'auroit réparé, ils rclourneroient dans la fidélité et au service du comte de Mâcon.
Hardouin de la Sale, Adelard de Montbelet et Hugues de Vinselles, qui possédoienl apparamment les (rois châteaux dont ils portoient le nom, jurèrent aussi par l'ordre du comte de Màcon qu'ils serviraient le roi tant de leurs personnes que de leurs châteaux et de leurs terres, toutes les fois que le comte contreviendrait nu traite; mais que dès qu'il aurait rétabli les choses, ils rentreraient dans la fidélité du comle ; que s'il y manquoit une deuxième fois et qu'il délinquàl, autant de fois ils retourneraient au roi et prendraient son parti, à moins qu'il ne rétablit le dommage dans les quarante jours, depuis qu'il aurait fait le mal ou qu'il en aurait été averti.
Ce traité fut fait à Vezelay on à Vinselles, le manuscrit disant tantôt l'un et tantôt l'autre ; mais le premier est plus probable que lo dernier, fl fut fait l'an 1t72, comme nous l'avons déjà dit, au palais du roi, présents le comte Thihaud, mattred'hotel, Mathieu, chambellan, Guy, boutelier, Rodolphe, connétable, la chancellerie étant vacante, c'est pourquoi ce fui un nommé Pierre qui écrivit cet acte.
Cette charte ou traité de paix nous apprend plusieurs usages particuliers de cet ancien temps. L'on voit que le roi y fit la paix avec un comle de son royaume et qu'il la fit de l'avis de ses barons, qui entroient presque dans tout ce qui regardoit If bien du royaume, les rois n'osant presque rien faire que de leur participation. Saint Louis disoit qu'il souhaiterait que ses douze pairs et son baronnage fussent de son avis et qu'il serait grand ami du roi d'Angleterre. Ce furent les barons qui, avec les pairs, décidèrent que la couronne devoit passer à Philippe-le-Long, frère de l'hilippe-le-Hutin, au préjudice de Clémence, sa nièce, et Froissard nous apprend aussi qu'ils déci èrent la même question pour Philippe de Valois, contre le roi d'Angleterre. I^s pairs et les barons du royaume éloienl les défenseurs de la couronne et de son domaine; ils trouvèrent très-mauvais que le roi saint Louis, pieusement entêté, dit M' Yerlot [a], des voyages d'outremer, eut voulu engager la Normandie à Henri 111, roi d'Angleterre, pour en tirer des secours ou du moins pour n'être pas traversé dans cttle expédition.
L'on voit encore dans celle charte que, quoique le comte de Màcon ne fut que seigneur supérieur de Vinselles, Montbollet et La Sale et qu'il y ent des seigneurs particuliers de ces terres et seigneuries qui n'appartenoient point au roi, le comte le* reprend de Sa Majesté, c'est-à-dire qu'il reconnut les tenir en fief du roi, comme si le roi les lui as oit véritablement données, et qu'il se reconnut par là homme du roi: ainsi il faut que ce comte possédât le fief de ces trois seigneuries alodialement et qu'il prétendit une espèce d'indépendance pour ces terres, et quoique son comté fût du royaume, il ne devoit point l'hommage au roi pour ces trois seigneuries. Ce comte ne dépendoit que du royaume ou de la couronne, que l'on regardoit alors comme une chose distincte d'avec le roi, comme nous voyons que les électeurs d'Allemagne se reconnoissent dépendants de l'empire et non de l'empereur.
> Verlot, I» Loi» taliqurt, qui fil» P»|>ire-Ma«oii.
a l'histoire de dombes.
Le logement que le comte de Mâcon prenoit à Romenay fait voir qu'il prétendoit que cette terre étoit de sa comté et non de celle de Baugé, et je crois que c'est à cause de cela que Romenay ost encore à présent de la juridiction de Mâcon, quoique les comtes de Bresse aient tenté très-souvent de se l'acquérir.
Les moines de Laisé éloient dépendants de l'abbaïe de Cluny. Cétoit un doyenné qui ne subsiste plus.
Il faut qu'llumbert de Dcaujeu eût tenu les intérêts du roi, puisqu'il se fît comprendre dans sa paix, quoiqu'il en eût fait une particulière dont la charte parle et qui n'est point parvenue jusqu'à nous.
Les clauses où le comte de Mâcon réserve la fidélité du comte Etienne, son frère, pour les châteaux de Vinsc-lles et La Sale, nous apprennent que le comte Etienne étoit seigneur féodal supérieur du comte Girard, qui le devoit servir des troupes de ces trois châteaux avant qu'il en dût servir le roi. Ces réserves de la fidélité d'un autre seigneur étoient fréquente* en ces temps-ci, et elles scrvoienl à la plupart des seigneurs pour s'exempter du service que leurs seigneurs leur demandoient ; car ils trouvaient presque toujours le moyen de dire que leur premier seigneur, dont ils a voient réservé la fidélité, avoit besoin des troupes de leurs châteaux, et ils s'exemptoient par là de rendre le service qu'ils avoient promis. Souvent les conventions que les seigneurs faisoiententr'eux evpliquoient ces réserves (a).
Les cautions que le roi prit pour faire observer ce traité sont encore d'un ancien usage. M. Brussel en rapporte un exemple de Philippe-Auguste et du comte de Champagne, de l'an I i 98, et M. Vertot dit [•] que la crainte du Ciel ni le respect des choses saintes n'ayant pu empêcher le* princes de contrevenir à leurs serments, il fallut avoir recours à des liens d'une autre espèce. Ce fut, dit-il, par un intérêt purement temporel que ces princes tachèrent de s'engager mutuellement à tenir leur parole. Des souverains, dans une défiance réciproque, n'eurent point de honte d'offrir ou d'exiger le serment de leurs sujets et de les faire intervenir pour cautions de leurs promesses, l'artem mtorum hominum fed jurare, dit Baudoin, comte de Flandres, dans le traité de Péroune, et partem jurare faciam.
Ces princes, ajoute-t-il, portèrent encore plus loin la défiance et la précaution ; ils convinrent que ceux de leurs sujets qui auraient souscrit avec serment à leurs traités seraient en droit de passer dans le parti de celui à qui on manquerait de parole, abus qui rendoit les sujets arbitres de leur devoir et les interprètes de celui de leurs souverains. «J'ai donné, pour sûreté de ma parole, dit Jean, roi d'Angleterre, le comte d'Albermale, et tels et tels seigneurs, et ils ont fait serment de passer avec tous leurs vassaux au service du roi de France, si je rompois la paix que je viens de jurer, et hoc modo juramentum fecerunt quod ipsi cum omnibus feodis suis dira mare ad dominum Fronda: irent. » Le traité d'Arras, de 1435, porte une
IMeMOS, 110.
pareille clause et permission de Charles VII en faveur de Philippe, duc de Bourgogne.
Le serment qu'Humberl de Beaujeu et Josscrand Gros firent au roi, du consentement et de l'ordre du comte de Màcon, nous fait voir qu'ils étoient vassaux de ce comte et que les vassaux ne pouvoient rien promettre contre leur seigneur, que de sa volonté et de son ordre.
L'usage qui permettoit aux vassaux d'un seigneur d'aller au service du roi contre leur seigneur qui n'observoit pas les traités qu'il avoit faits avec le roi, dont on vient de citer tant d'exemples, fut tourné en quelque manière en loi, par saint Louis, qui voulut que si un vassal du roi vouloit lui faire guerre, lo vassal de ce vassal qui auroit été appelé par son seigneur pour le servir contre le roi, fût obligé d'aller an roi, pour savoir du roi s'il avoit refusé justice à son seigneur ; que si le roi disoit qu'il étoit prêt à la lui rendre dans sa cour des pairs, ce vassal ne devoit pas servir son seigneur contre le roi, et s'il le servoit.le roi déclare par son ordonnance qu'il confisquerait son arrière-fief; mais si le roi disoit qu'il ne veut pas juger leur différent en sa cour, le vassal doit aller à son seigneur et est obligé de le servir contre le roi, à peine de perdre son fief au profit du seigneur de qui il le tenoit et qu'il étoit obligé de servir.
Cette ordonnance, qui obligeoit les rois à rendre justice à leurs vassaux dans leur cour des pairs, à moins de consentir à la guerre que leurs vassaux leur feraient, a été dans la suite la cause de l'extinction des guerres des seigneurs contre les rois, qui étoient toujours prêts de s'en soumettre à leur justice, et elle a été aussi peu à peu cause de la cessation des guerres que les seigneurs se faisoient les uns les autres, les rois ayant voulu que ces seigneurs soumissent aussi la décision de leurs différents à leurs cours de parlement.
Je crois que lorsque le comte de Maçon prit ses trois châteaux en casement du roi, il les prit en fief rendable, car je ne suis pas de l'avis do M. Brussel (a), que le casement ait été une simple jouissance; je crois qu'il a toujours désigné un fief qui avoit une maison-forte, casement venant de easa, maison, et que cette maison-forte devoit être rendue à ce seigneur qui avoit droit d'y loger et d'y faire entrer ses troupes toutes les fois qu'il le vouloit.
La transaction passée, en 1467, entre l'archevêque et le comte de Lyon et Forez, pour les droits que ce comte avoit dans la ville de Lyon et dans le Lyonnois, ne remit point la |>aix et la tranquillité entr'eux. Il est difficile que des seigneurs qui se prétendent égaux en puissance et en autorité dans une même ville et dont les terres sont entrelacées les unes dans les autres, s'accordent parfaitement et qu'il n'arrive pas presque tous les jours des difficultés entr'eux. Aussi en étoit-il arrivé beaucoup, depuis la transaction de H 67, qui firent résoudre l'archevêque et l'église de Lyon à séparer leurs terres de celles du comte de Lyon et de Forez, et de lui céder tout ce
A l'histoire de dombes.
qu'ils avoient de seigneuries du côté de Forez, comme le comte de Lyon et de Porez leur céderait tout ce qu'il avoit dans la ville de Lyon et dans le pays, qui a ensuite retenu plus proprement le nom de Lyonnois, ainsi que ce qu'il avoit en Bresse et Dauphiné, comme l'église de Lyon lui céda aussi ce qu'elle avoit en Auvergne et en Velay, qui étoit plus à la bienséance du comte de Forez que les terres qu'il avoit en llrcssc et en Dauphiné.
Voici les termes de cet échange, que nous ne laissons pas de rapporter ici et de mettre dans nos Preuves, quoiqu'il ait été donné par Paradin, par le R. P. Ménétrier et par M. de La Hnre, dans leurs Histoires de Lyon, et par M. Bretonnier, sur Henri (a); ce qui nous y engage, c'est que l'on y verra que les comtés de Lyon et de Forez ne pouvoient être de simples gouvernements , la division des terres de ces comtés ne permettant pas de le penser ; comme nous l'avons déjà dit, ces comtés étoient certainement réels et des propriétés héréditaires. Il y a d'ailleurs d'autres particularités que l'on relèvera, qui pourront faire plaisir aux amateurs de l'antiquité. Voici donc cet acU.
< Alexandre, évôque, serviteur des serviteurs de Dieu, à notre cher fils Guy, comte de Forez, salut et bénédiction apostolique. Après que vous avez souvent affligé et fait la guerre à l'église de Lyon, vons avez enfin, vous et votre fils (îuy, fait une transaction pour le bien de paix avec Guichard, archevêque et légat du Saint-Siège, et nos chers fils les chanoines de Lyon, et vous l'avez confirmée par votre serment, ce qui fait que nous croyons la devoir confirmer, afin qu'il n'y soit jamais dérogé à l'avenir; c'est pourquoi nous l'insérerons ici, mol à mot, dit ce pape.
» Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin qu'il y ait |>aix perpétuelle entre Mr Guichard, archevêque de Lyon, et son église, avec Guy, comte de Forez, l'on a fait, d'un consentement mutuel, l'échange qui suit, à savoir : que le seigneur archevêque et l'église ont remis au comte tout ce qu'eux ou quelque autre pour eux possédoient au-delà de la Loire, savoir l'obéance de Nenïeu et de Souternon jusqu'à Aillions et Urfé et même au delà, avec tous les droits que ces obéances avoient et tout ce qu'elles possédoient d'Urfé à Ccrvières et de Cervières jusqu'à Thiern, l'église se réservant néanmoins les revenus de Saint-Jean-de-la- Vestre, dont elle cède néanmoins la seigneurie a^ comte, ainsi que la seigneurie du château de Rochefort que le seigneur de Thiern possède au nom de l'église. >
L'archevêque et l'église cédèrent aussi au comte tous les droits qu'ils avoient sur le château de Saint-Romain du Puy, et de là jusqu'au Puy et en Auvergne.
L'archevêque et l'église de Lyon, ainsi que le comte, se retinrent réciproquement tous les droits qu'ils avoient depuis Amionset les autres terres, en tirant du eûté du nord, à condition néanmoins qu« l'église de Lyon ne pourrait faire faire ni acquérir
(*) Ménelrier, Preaw, p. 17, HUl., p. SBC — Lt Mort, HUt. Eeel., p. 108. — Henry, umt I, Ht. 1«, p. M. — (V. les Prearta 4e Nluloire de* Dm» de Bourbon ti de* Comte* de Fom. «dilee par M. de
aucunes forteresses dans le pays du Roannois, au deçà ou au delà de la Loire, autant que la domination et seigneurie des seigneurs de Roanne s'étendoit; et si l'église de Lyon faisoit faire quelques maisons ou châteaux-forts, ou qu'elle en achetât, ils dévoient appartenir au comte qui les tiendrait et posséderait en fief de l'église.
L'église pourra acquérir toutes sortes de terres plaines, c'est-à-dire où il n'y aura ni châteaux ni forteresses, soit qu'on les lui donne pour être reçu chanoine, soit qu'on les donne par aumône, à la charge néanmoins que l'église ne donnera point d'argent pour les avoir. L'église pourra aussi acquérir dans ses obéances les dixmes, les droits de garde, les vicairies et tous les autres droits qui dépendent îles
L'église de Lyon céda au comte, au deçà de la Loire, depuis Balbigny et Pouilly jusqu'à Ville-Chenève, qui reste dans la terre et confins du comte. Elle céda aussi tous les droits qu'elle avoitau mandement et juridiction de Donzy, jusqu'à relui de Chamousset, et depuis le mandement de Cornillion jusqu'au mandement de Saint- Syphorien, en sorte queMaringes etMaix demeureraient dans la seigneurie du comté. Enfin l'archevêque et l'église cédèrent au comte tous les droits qu'ils avoient depuis le mandement de Saint-Syphorien, au deçà de la Loire, vers la terre et seigneurie du comte, et au delà de la Loire, depuis Amions et l'rfé, et de Cervières jusqu'à Thiern et de Thicrn jusqu'au Puy.
ils cèdent encore tout ce qu'ils avoient à Saint-IIéan et à Chevrières, et ils disent que Chatellus et Fontanès sont dans les confins ou dans la terre du comte, excepté lobéance de Grandmontque l'église se retient.
L'église quitta au comte le serment qu'il lui devoit pour Saint-Priest, et ce que Gaudemard de Jarest y possédoit au nom de l'église, à la charge néanmoins qu'il tiendrait le château de l'église. L'église céda encore au comte le château de Fougeroles et tout ce que Guichard de Jarest lui devoit pour ce château. Elle céda enfin ce que liriand tenoit d'elle au château de Grangent. L'église et le comte se réservèrent les droits qu'ils avoient à Sorbières.
Sainl-Jean-de-Bonnefonl, Saint-Genès, Villars et Saint-Victor restèrent à l'église, sans aucune charge envers le comte ; mais l'église de Lyon dit qu'il faut savoir que dans tous les lieux que l'archevêque et l'église cèdent, ils se sont retenu les églises ou paroisses, n'ayant cédé au comte que les droits royaux ou autres droits seigneuriaux. Ils se réservèrent aussi les droits de se faire recevoir par les curés, lorsqu'ils les visileroienl ; c'est ce qui s'entend par le mot paratas; et les cens qu'ils imposoient ou exigeoient des églises, avec les oblations, les droits de sépulture et tous les autres droits dépendant des cures ou chapellenies. L'archevêque et l'église cédèrent cependant toutes les terres et possessions et généralement tous leurs revenus tant en dixmes qu'en autre chose, excepté, comme on l'a dit, ce qui appartenoit aux cures ou chapellenies, c'està-dire les portions de dixmes dont les curés jouissoient alors.
obéances.
a l'histoire de
En récompense de tout ce que l'archevêque et l'église donnèrent et cédèrent au comte, ce comte et son fils Guy lui cédèrent, avec serment de n'y contrevenir, ce qui est contenu ci-après : Premièrement tous les droits que le comte avoit dans la ville de Lyon et ses dépendances, ou ce que quelqu'autre y possédoit pour lui. Il céda encore tout ce qu'il possédoit, ou quelqu'autre pour lui, comme comte de Lyon, depuis Vienne jusqu'à Antbon et même jusqu'à Rourgoin, mais il excepta les terres qu'il y possédoit par droit héréditaire, et comme plus proche parent du dauphin, et ce qui pourroit lui arriver par la succession du dauphin.
Il céda au delà de la Saône, c'est-à-dire en Bresse et en Dombes, le château de Pérouges, que Guichard d'Anton possédoit en fief de lui, la moitié de Hontanay que Pierre de Montluel tenoit aussi de son fief, et Girieu, qu'Hugues Déchaussé pos*-doit, avec les fois et hommages qu'ils lui dévoient.
Au deçà de la même rivière de Saône, le comte céda le château de Châtillon (d'Azergue, à ce que je crois], et tout ce qu'il avoit de droit dans ce château et dans son mandement, pour lequel le seigneur du château lui devoit hommage et lidélitélifff . Il lui céda aussi le château d'Oin et non d'Oulin, comme M' Brétonier l'ainter prêté, jusqu'à Ville-Chenève, et l'hommage et fidélité-lige qui lui en étoit duc, Cha mousse! el îseron avec leur mandement et l'hommage et fidélité-lige des seigneur* de ces terres.
Saint-Svphorien et son mandement restèrent dans les confins de la seigneurie de l'église.
Le comte céda encore Grézieu et l'A rgentière, jusqu'au mandement de Mais, avec le fief, hommage et fidélité-lige du seigneur de Riverie,avec son château et sonmamlr ment. Enfin, toutes les terres qui vont jusqu'au mandement de Chàtelus restèrent dans la terre et seigneurie de l'église, laquelle cependant devoit ne point faire de place forte depuis l'Aubépin, en tirant vers la terre du comte.
Changy avec son mandement et les deux châteaux de Saint-Chaumond avec leurs mandements, sont dans la terre de l'église, excepté le grand chemin depuis la Croi\du-Mont-Violy ou de Violey jusqu'en Forez.
Berard de Pisais avec son casemonl (c'est-à-dire son fief et château rendable , dont il doit foi el hommage, est resté à l'église. Tout ce qui est depuis le mandement de RochetaiUée jusqu'à Mallevai est aussi dans les limites de la seigneurie de l'église, et le comte lui cède spécialement tout ce qu'Aimon de Femey tient en fief de lui à Chavagnieu, lui cédant aussi sa fidélité [je crois que celle fidélité étoit personnelle, puisqu'elle est distincte du fief qui est réel ; car il y avoit entre les seigneurs, comme entre les roturiers, des personnes qui étoient personnellement attachées au service des autres, quelque part qu'ils allassent, et soit qu'ils possédassent des terres, soit qu'ils n'en possédassent point; ainsi les fidélités-liges dont nous avons déjà parlé plusieurs fois dans cet échange étoient des fidélités personnelles qui pouvoient être indépendantes de la terre).
Le comte céda aussi, dans les mêmes confins, le châtean de Montagnv et tont ce
qu'il avoit dans son mandement, et l'hommage et (îdélilé-lige et ce qu'il avoit à Félines, et tout ce qu'il possédoitou quelque autre pour lui dans ces limites.
Il fut encore convenu que le comte ne pourroit rien avoir ni acquérir dans les terres de l'église, suivant les confins nouveaux qu'on lui donnoit, et qu'il n'y pourroit faire aucune place forte ; que s'il en faisoit par violence ou contre le droit de l'église, cette place appartiendrait à l'église malgré le comte, qui ne devoit protéger ni aider contre l'église aucun dei hommes qui demeureraient dans les terres de l'église comme pareillement l'archevêque, ni l'église de Lyon ne pourraient faire faire ni acquérir aucune forteresse dans la terre du comte ; et s'ils en acquéraient ou qu'ils en bâtissent, elles dévoient appartenir au comte, à la charge néanmoins qu'il les tiendrait et posséderait au nom de l'église, qui ne devoit aussi protéger ni aider aucun homme demeurant dans la terre du comte, contre les droits et les intérêts du comte, à moins qu'ils ne les protégeassent par les censures ecclésiastiques ou par le glaive spirituel.
L'on répète ensuite en faveur de l'église une clause qui avoit été mise précédemment, qui est que l'église pourrait acquérir des maisons de campagne sans fortifications et des fonds roturiers dans les terres du comte, pourvu qu'ils leur fussent donnés à titre d'aumône, ou pour se faire chanoine, et pourvu que l'église n'en donnât point d'argent, car l'on ne vouloit pas qu'elle acquit à prix d'argent.
L'archevêque de Lyon se réserva ses droits archiépiscopaux sur toutes les terres qu'il cédoitau comte.
Il fut convenu que ceux qui posséderaient les châteaux de Saint-Priest, de Rochetaillée, de la Roche, de Fougeroles ou de Grandgent, devraient l'hommage lige au comte.
Que Brian tiendrait de l'église de Lyon ce que le comte lui avoit donné au château de Saint-Chauraont.en domaines, et dans le mandement, et qu'il en ferait hommage et fidélité à l'église.
Que si quelqu'un faisoit quelque procès ou la guerre à l'une ou l'autre des partie* pour les choies comprises dans cet échange, ils se prêteraient secours mutuellement l'un à l'autre, à leurs propres dépens, sans être néanmoins tenus à aucun dommage et intérêt l'un envers l'autre. L'église de Lyon devoit cependant faire en sorte que le comte ne pût être excommunié ou sa terre mise en interdit pour la maintenue des choses cédées.
L'archevêque promit qu'il maintiendrait fidèlement cette permutation au comte et à ses héritiers, et les chanoines jurèrent qu'ils ne recevraient aucun chanoine qu'ils ne prêtassent serment de l'observer, et qu'ils ne promettraient point l'obéissance et ja fidélité aux archevêques futurs, jusqu'à ce que ces archevêques eussent promis d'entretenir cette convention.
L'on remarque qu'il faut de plus savoir que le comte doit foi et hommage lige à l'archevêque pour le château de Fougeroles, pour la moitié de Grangent, pour les
A l'histoire de dohbes. 379
châteaux de Saint-Priest, Saint H. .-an, Chambost, Pondus, Villedieu, Nervieu et ses dépendances; et lorsque le comte ou ses héritiers feront serment de fidélité à l'archevêque, ils s'obligeront par le même serment de fidélité qu'ils observeront exactement cet échange.
I.e comte pourra donner les dixmes qu'il possède des fiefs et seigneuries que l'égli*e venoit de lui remettre, pour faire prier Dieu pour lui, ù des lieux ou personnes religieuses ; que s'il les aliène de quelqu'aulre manière, il devra reprendre en lief de sa terre autant que valoient ces dixmes (dont il aura diminué son fief au préjudice de l'église). Le fief lige par lequel les châteaux seront rendables à l'église «car c'est ainsi que je crois, qu'il faut expliquer le mot carsmmtum, comme je l'ai déjà dit), ne pourra jamais être séparé du comté de Forez ; c'est-à-dire que le comte de Forez devra toujours servir lui-même ou faire servir l'église de Lyon pour ce fief, sans se pouvoir décharger sur d'autres personnes en aliénant les châteaux qui en dépendent. Cette condition tenoit le comte de Forez dans une plus grande dépendance de l'église. Le comte de Forez n'excepte point le roi de France de son hommage, parce que ses terres de Forez ne dépendoient pas encore de la France et qu'elles étoient regardées pour être de l'empire.
Les seigneurs possesseurs des obéances ne pourront point diminuer les revenus des cures et chapellenies.
Entre Saint-Chaumont et La Tour, et entre Saint-Chaumont et Saint-Priest, ni l'un ni l'autre des seigneurs ne pourront faire aucune place forte.
Il faut savoir que pour l'égalité de cet échange l'église a donné au comte \ 1 00 marcs d'argent. Cet échange fut fait l'an de grâce de Notre-Seigneur 1 473.
Le pape Alexandre III, présidant à l'église, Fridéric, empereur des Romains, commandant, et Louis, très-pieux roi de France, régnant.
Le pape Alexandre confirma ensuite cette transaction, comme faite du commun consentement des parties; il en ordonna l'observation. Cette confirmation fut donnée à Agnanie, le 1" d'avril. Le pape Luce la confirma aussi l'an ti82, premier de
son règne.
Cette transaction, qui devoit avoir rétabli le repos dans l'église de Lyon, fut cause des guerres et des dissensions qui arrivèrent ensuite entre les habitants, l'archevêque et les comtes de Lyon ; car, outre les dissensions que le partage de ces terres et seigneuries que l'église avoit eues par échange causèrent entre l'archevêque et le chapitre de Lyon, c'est que le pouvoir dans la ville de Lyon étant partagé entre l'archevêque et le chapitre, leurs juges voulant tous être souverains et se contrariant les uns les au'res, ils vexèrent les habitants qui tentèrent ensuite de secouer le joug de l'église, et ces habitants setant tournés du coïé des rois qui les protégèrent, les archevêques et l'église de Lyon furent obligés de vendre et céder à nos rois la haute souveraineté dont ils jouissoient sur la ville de Lyon, les empereurs la leur ayant en quelque manière abandonnée depuis que Fridéric II fut excommunié
MÉMOIRES POUU SERVIR
et dépouillé de ses élats au concile de Lyon, comme nous le dirons dans son temps.
Cette transaction rendit l'église de Lyon, qui avoit déjà une partie du comté de Lyon, comme nous l'avons fait voir, propriétairesse du surplus de ce comté, en sorte que c'est à juste titre que l'archevêque et les chanoines de Lyon prennent lu qualité de comtes à laquelle ils ont été maintenus par plusieurs arrêts.
Guy, comte de Forez, céda à l'archevêque de Lyon tout ce qu'il avoit depuis Vienne jusqu'à Anthon, et même jusqu'à Bourgoin, à moins qu'il ne lui fût échu par droit héréditaire et à cause de la ligne de consanguinité, ses autres parents exclus, ce qui me fait croire qu'outre les biens que le comte de Forez avoit en Dauphiné, comme comte de Lyon, il en avoit qui lui étoient patrimoniaux et qui lui étoient venus de Guigues Remond, son aïeul ou bisaïeul, ou qu'il espérait pouvoir hériter du Dauphiné au préjudice de Béatrix, fille de Guy, dernier dauphin de la race des comtes d'Albon et Vienne. Cette réserve est une preuve très-certaine que les comtes de Forez, dont nous parlons, étoient de la race des comtes d'Albon, comme nous l'avons déjà dit ci-dessus.
Cette transaction prouve que l'église de Lyon jouissoit des droits royaux, puisqu'elle les cède au comte de Forez; le comte en jouissoit aussi, car l'archevêque et l'église n'auraient pas pris de moindres droits que ceux qu'ils cédoient.
Je crois que la cession que le comte de Forez fit à l'église de Lyon de tout ce qu'il avoit depuis Anthon jusqu'à Vienne, comprit la Guillotière et le mandement de Béchevelin, et que c'est pour cela que ce mandement n'a jamais relevé des dauphins de Viennois et qu'il a toujours dépendu des archevêques de Lyon.
Pierre des Estols, peut-être de l*Estouf, comme nous l'avons déjà dit, vendit, la même année 4473 (a), à l'abbé de Savigny, tout ce qu'il possédoit à la Bresle, moyennant 4 4 0 1. fortes, monnaie de Lyon. Il promit par serment de tenir cette vente et déclara qu'il deshéritoit celui de ses héritiers qui voudrait la contredire. Girin, frère de l'abbé de Savigny, Girin, Remond, Martin de Fluyre, Umbert de Verney, le prévôt de Noailly, Guillaume Gaucerand, la femme de Pierre des Estols, Hugues de Verney, Gaucerand de Piseis, Jean Marescoz, Hugues de Talaru, Foulques Ruels, Etienne Gascon, archiprêtre, Léotard de Fougères, Robert de durables et Raoul Martin, furent témoins de ce contrat qui fut passé à Saint-Lagier, Louis, roi des François, régnant, Guichard, archevêque de Lyon et légat du Saint-Siège, y résidant. L'abbé qui fit cette acquisition fut l'abbé Bernard, comme on le voit par les charte» précédentes et suivantes.
Notre Humbert III, ainsi que je le crois, ou Humbert IV, son fils, moyenna une paix ou accommodement entre Hugues, duc de Bourgogne, et Guy, comte de Nevers, en 4 4 74 (b). Par le traité, qui fut fait entr'eux, le comte de Nevers rendit hom-
(») UMurc, HiU.Ecl., p. »0O. — C.rtul. S*»iguT, fol. 10, art» «18. (A. Bernard, p. 5IÎ, ch. 0»«.j (■) Perard. Htm. de Bourgogne, p. J»7, etbier X, folio Sî.
A L'HISTOIRE DE DOMBES
mage au duc de Bourgogne, et ce duc reconnut qu'il étoit rentré par là dans sa seigneurie. Comma les fiefs que le comte tenoit, tant à la place de son père qu'en celle de sa femme, le demandoient, le duc reconnut que le comte seroit homme lige pour le fief de sa femme, sauf la ligéité du roi, mais que si ces fiefs se divisoient entre plusieurs héritiers, celui qui aurait les terres de la mère seroit lige (ce qui s'entend, à ce que je crois, sans l'exception du roi). Le duc de Bourgogne promit de ne jamais faire aucun mal au comte, tandis que le comte voudrait bien se représenter lui-môme pour demander justice dans les lieux où l'on avoit accoutumé de l'aller demander, suivant que les inféodations de* seigneuries le contenoient; que s'il naissoit quelque difficulté là dessus, ils conviennent qu'elles seraient terminées par quatre arbitres qu'ils nomment, qui sont Anserique de Mont-Royal et Hugues de .Mont-Saint-Jean, qui étaient leurs hommes, et les abbés de Citeaux et de Clervauv. Les laïcs dévoient promettre par serment de rendre justice; mais à l'égard des abbés, leur simple promesse de le faire devoit suffire, ce qui fait voir qu'on n'exigeoit |ws facilement des serments des gens d'église. La charte contient plusieurs autres clauses que nous croyons inutiles de rapporter.
Notre prince, par la médiation duquel cet accord fut fait, y est nommé très-prudent. H faut, en effet, qu'il fût fort habile dans les droits des grands seigneurs, car nous avons déjà vu qu'il avoit réglé les différents entre l'abbé de Tournus et les habitants de la ville, au sujet des mainmortes. Nous observerons, après M. Vertot, à cause du serment que le comte de Nevers fit au duc de Bourgogne, qu'il y avoit ileux sortes de serments de fidélité : le serment simple qu'on appelloit communément serment franc, et le serment lige. Le premier ne regardoit que le fief que le vassal tenoit du prince ou seigneur suzerain ; tel étoit le serment dû par les ducs de Bretagne, dont quelques ducs prétendoient ne devoir à la couronne qu'un serment simple, et seulement pour la terre et le fief qu'ils tonoient originairement de h couronne; l'on rendoit ce serment debout, l'épée au côté, les mains sur les évangiles, avec le baiser (a) .
Le serment lige tomboit aussi bien sur la personne que sur le fief du vassal ; tel étoit le serment que les rois d'Angleterre dévoient autrefois à la couronne pour le duché de Guienne, ainsi que le reconnut Edouard III, comme on le peut voir dans Froissard (b).
Ce mot de serment lige venoit, selon quelques auteurs, d'un ancien usage de lier le pouce du vassal ou de lui serrer les mains dans celles de son seigneur, pour marquer que le vassal étoit lié par son serment; on le rendoit nu-téte, à genoux, las mains jointes, sans épée, sans éperons et sans ceinture. Jusqu'ici, je rapporte les paroles de Mr Vertot sans y rien changer; mais je crois que les mains du vassal jointes entre celles du seigneur que le seigneur ouvroit et auxquelles il donnoit la liberté, marquoient que le vassal ne se servirait de ses mains qu'autant qu'il plairait
(*J Ubinau, eom. 1", p. Ci« e» Mt.
(n Li». ««,ch«p. 15.
MKMOIIIES MUR SERVIR
à son soigneur de le lui permettre; qu'il ne reprendroit son épée, ses éperons et *a ceinture, qui sont ses ornements de guerre, qu'autant que son seigneur le voudrait, ce qui marquoit une dépendance entière du vassal envers son seigneur pour le fait de la guerre pour raison de la terre féodale.
Mr Vertot remarque que Fulbert, évéque de Chartres, rapporte dans une de ses lettres les différentes obligations que ce serment-lige emportoit, lesquelles ce prélat avoit Urées des écrivains de son temps les plus autorisés (a).
Le vassal, dit Mr Vertot, s'engageoit, pour son serment, envers son seigneur, de lui conserver la vie et les membres et de le garder en sûreté dans les forteresses qu'il lui confioit. Il y avoit quelqu'un de ces châteaux, dit-il, qu'on appelloit spécialement fiefs jurables, parce que le vassal, outre l'hommage et le serment commun de fidélité, en faisoit un particulier d'ouvrir les portes de la forteresse en tout temps à son seigneur, soit qu'il fût en guerre ou en paix, soit qn'il s'y présentât à la téle de son armée ou avec sa maison et ses seuls domestiques. Je crois cependant que les termes ad maçnam vel parvam tim marquent qu'on devoit recevoir son seigneur, soit qu'il se présentât avec de grandes forces ou sans troupes, le vassal devant recevoir le seigneur pour le défendre lui-même, surtout lorsqu'il y en avoit une convention expresse, comme nous en avons rapporté plusieurs.
Etienne de Villars, fondateur de l'abbaïe de Chassagne, donna à Dieu et aux frères de cette abbaïe (■), par la main etautoriléde Guichard, archevêque de Lyon, tous les bois, prés, terres et pâturages qu'ils possédoient déjà dans toute sa terre, par la charte de sa fondation, avec le droit de passage sur les rivières, l'exemption de toute leyde et péage et de tous les autres droits qne l'on exige dans les marchés. Il leur ajouta un nouveau privilège, que si ces religieux, pour le présent ou pour l'avenir, acquéraient quelques fiefs ou quelques biens dépendant des fiefs de ce seigneur, ils les posséderaient en aleu libre et franc. Il défendit à ses héritiers ou successeurs de faire aucun changement dans ses dons. Il pria l'archevêque de Lyon de sceller de son sceau la charte qu'il en donnoit à ces religieux, ce que cet archevêque fit, en remarquant que lorsqu'EUenne de Villars fit ce don il n'avoit point d'enfants de sa femme, et que lorsqu'il y fit mettre son sceau, Utfred, abbé de Chassagne, Bérard de Love, Pierre de Vassalieu, Pierre de la Palu, Etienne de Quincieux et Hugues de Cassieu, chevaliers, y étoient présents. Guichenon croit, dans sa Bibliothèque Sébusienne, que cet acte est de l'an H75 ; ainsi nous l'y mettons, quoiqu'il puisse être de quelques années plus tôt ou plus tard.
La remarque que fait cette charte qu'Etienne de Villars n'avoit point alors d'enfants, pouvoit avoir été faite ponr marquer que ces enfants n'avoient pas pu confirmer ces dons, suivant l'usage de ces temps-là, car Guichenon rapporte une charte de l'an H 79 (c), où il est dit que le fils du comte de Genève, qui n'avoit qne
» l>u»l.«o»tt«m. >,p. 189; Epi.t. Folberli, JS.
<■] liibl. Srl.u.., mil. ï, r»(i.»7, p. S9Î,»I. 110. — ClltlhtW, r.ro<««-, nu mol ■ VilUr». » fc. KM, Svb»»., crnl. !, t»p.1ï.
A L'illSTOIRE DE DOMB&.S.
cinq ans, avoit approuvé le don qu'il faisoit, el comme ce don n 'étoit pas absolument gratuit et qu'il contenoit aussi une vente, le comte de Genève et sa femme prirent l'argent de celte vente, at l'on en prit aussi pour le flll du comte, afin qu'il pût moins revenir de ce don ou vente, puisqu'il en avoit touché partie du prix.
Peut-être aussi Mr de Villars fit faire cette observation pour anéantir son don par la survenance des enfants, s'il en avoit dans la suite.
L'engagement que l'on faisoit faire à un enfant impubère étoit constamment nul ; cependant les ecclésiastiques les exigeoienl et faisoient ensuite croire à ces seigneur.qu'ils étoient bons ou leur dounoienl des scrupules sur ces engagements pour les empêcher de revenir des ventes que leurs père et mère avoient faites, si ces enfants avoient quelques droits d'en revenir, car le fils doit naturellement et suivant le droit, acquiescer aux aliénations faites par ses père et mère. Mais tel étoit ou l'usage on l'ignorance de ces te:nps-ci, qu'on y prenoit des précautions qui nous paraissent à présent tout à fait iuutiles et extraordinaires.
La même année, Etienne de Villars donna à perpétuité, à l'abbaie de Chassagne, le mas dcMont-Ilugon, sis en celle souveraineté de Dombes. La situation de ce mas n'est point exprimée dans la charte, mais l'abbaie de Chassagne possédant encore à présent le village de Mont-Hugou et n'y en ayant point d'autre de ce nom, Ton ne peut douter que ce ne soit celui de cette souveraineté situé entre les chàtcllenics de Lent el de Chalamont et qui dépend de la première. Guichard, archevêque de Lyon, à la prière d'Eliennc de Villars, scella de son sceau ce don qui fut fait en sa présence, ailn que les frères de la maison de Chassagne pussent jouir en paix de l'effet de ce don. Guifred, abbé de Chassagne, accepta ce don et fut pi-ésent à la charte avec Philippe, procureur de la même maison, Etienne, qui en étoit religieux, Pierre, religieux de Charlieu, Silvion, frère convers de Saint-Sulpice, Guigucs, chevalier de Chassagne, et Guichard de Frens. L'on voit par cette charte et par plusieurs aulres que les religieux étoient alors témoins dans les actes, quoique faits à leur profit; il est vrai que l'on y met toit aussi quelques autres témoins, mais dans plusieurs de ces actes les moines seuls y sont nommés. Il est vrai que le sceau de celui qui donnoit, avec le sceau des évêques ou archevêques, mettoient ces actes hors de soupçon.
C'est environ le même temps que le même archevêque de Lyon, qui ne prend que le titre de légat du Saint-Siège, fit, ainsi que son église, une ligue on convention avec Qumbert de Beaujeu le jeune (1), à cause de la grande nécessité qu'il paroissoit y en avoir, par laquelle Humbert promit, par serment, à l'archevêque, qu'il défendrait perpétuellement les droits de l'archevêque et de ses successeurs et ceux de l'église de Lyon, sans y apporter aucune fraude, contre tous ceux qui voudraient les frauder ou les êter, et pour tout dire, il promit de les défendre contre tous ceux avec lesquels l'église de Lyon consentirait ester à droit et qui n'y vou-
(1) V. Pi**e. Ju*tlB*iU»e«, p. M, XL.
;txi
MÉMOIRES POLH SERVIR
d raient pas consentir; il promit de plus de recevoir dans ses propre» châteaux on •lans ceux qu'il tenoit de l'archevêque, que cet archevêque appelle les siens, tant cet archevêque que ses successeurs et les chanoines de Lyon présents et à venir, et tous leurs hommes, et qu'il les y défendroit contre leurs ennemis. Mr de Boaujcu consentit que l'église de Lyon put rendre justice dans ces châteaux ou faire la guerre avec les hommes qui en relevoient, pourvu que cela se fit de l'avis de la plus grande et de la meilleure partie de l'église.
L'arcbcvêque de Lyon promit d'en faire de même â l'égardMe MrdeBeaujeu, de ses héritiers et de ses hommes, si ses héritiers vouloient renouveler la même convention, de sorte que celle des parties qui occuperait un château en auroit toutes les munitions et toutes les provisions pour sa défense.
L'on convint de plus que cette convention tiendroit pendant la minorité des enfants de Mr de Beaujen, fondant laquelle ils ne pourroient pas la confirmer valablement. L'on promit que l'église de L>on ne recevroit aucun chanoine qu'il ne jurât d'exécuter cette convention, et que les chanoines ne prêteront aucnn serment d'obéissance à un nouvel archevêque qu'il ne jurât pareillement cette convention ; que s'il arrivoit quelque difficulté sur cette convention, ils choisiroient deux de leurs hommes, chacun pour y ajouter, diminuer ou corriger ce qu'il conviendrait.
Ces conventions ne dévoient être exécutées que dans les diocèses de Lyon, de Mâcon et d'Autun, et ne dévoient point déroger à l'échange fait avec le comte de Forez, que nous avons rapporté ci-dessus, et par lequel l'archevêque et l'église de Lyon ne pouvoient défendre personne dans la terre du comte, comme le comte n'en pou voit point défendre dans celle de l'église de Lyon. Ils convinrent enfin que s'ils avoient quelque* questions ou discordes enlr'eux, soit en paix, soit en guerre, ils s'en remettraient au dire de deux de leurs hommes chacun. Ils firent cette ligue ou convention, sauf la fidélité duc au pape, à l'empereur et au roi de France. L'on met le pape le premier, pour l'honneur dû à Dieu, dont ils sont les premiers ministres ; d'ailleurs, nos archevêques les regardoient presque comme des souverains élevés au-detsus des empereurs et des rois.
L'archevêque réserve la fidélité de l'empereur, duquel il étoit sujet, comme sa ville étant de l'empire, ainsi que la plus grande partie de son diocèse. Mr de Bcaujeu réserva la fidélité du roi duquel il relevoit pour la plus grande partie du Beaujollois du côté du royaume.
Ces conventions faites avec serment font voir que le terme j u ratux dont Renaud •le Baugé se servit dans sa lettre au roi, que nous avons rapportée ci-devant, ne signitioit autre chose, sinon que M" de Beaujen et de Mâcon étoient ses alliés par serment, ear, après les serments faits par les conventions que l'on vient de rapporter, l'archevêque de Lyon aurait pu dire que Mr de Beaujeu lui avoit fait serment et lui étoit par conséquent juré, comme l'archevêque et le chapitre de Lyon l'éloient aussi euvers notre prince.
Cet acte nous fait voir qu'Humbert IV avoit encore son père, puisqu'il est appelé
A I.'llISTOIRE DE DOMBES.
le Jeune, comme nous avons vu que son père étoit appelé le Vieux. Cet llumbert IV avoit déjà des enfants mineurs ou pupilles, puisque l'on convint que cette ligue tiendroit et auroit lieu avec ces enfants, nonobstant leur minorité.
Celte ligue est sans date, mais parlant dn traité fait entre l'archevêque de Lyon et le comte de Forez, elle ne peut être que de ce temps-ci.
Je crois que c'est aussi environ le même temps qu'un gentilhomme du château de Montroticr, appelé Etienne Guillens, vendit à l'abbaîe deSavigny (a), Etienne Bazile, apparemment un des religieux, acquérant, un fief sis àVinzy, que ce chevalier Guillens avoit tenu «lu llef de l'abbaîe, dont le revenu fut destiné à fournir la lumière pour les messes ; ce lief ronsistoit en \ ignés et en terres. Etienne Bazilo donna charitablement 7 L 10 s. à Guillens, |iour le dédommager de ce fief. Bernard, abbé de Savigny, Girin Remond, llumbert de Verney, Jean de Coozum, Hugues, sacristain, Guillaume Guillens, son frère, et un chevalier appelé Girin de Vernoilli, Guillelmine, mère d'Etienne Guillens, Milonc, sa femme, et Pierre Guillens, son frère, approuvèrent cette vente, et Pierre Guillens reçut 2 s. pour sa ratification, en présence d'Arnaud, moine, et d'un curé ou chapelain Bppelé Trévenus et de Thomas et Durant de Saint-Martin.
Gny de Saint-Trivier donna à perpétuité, en 1 177 1>}, à Dieu et aux frères de Chassagne tous les droits qu'il avoit au territoire de Feisens et aux trois parts de la terre des frères de Vil le il) que l'on appeloit Frens; il quitta tout ce qu'il demandoit pour la terre du Buis. Les fils de ce seigneur, appelés Hugues, Guy et Guignes, approuvèrent ces dons ; il en donna pour cautions Etienne, seigneur de Villars, Constance de Saint-Trivier, Pierre de Vassallieu et Berlion et Guichard, ses enfants. L'tfred, abbé, qui accepta ce don, en fut aussi témoin avec Guichard, sous-prieur : ainsi les parties mêmes étoient témoins, comme on l'a dit.
M. Guichenon. qui rapporte ce don dans sa Bibliothèque Sébusienne, dit que Frens, dont il est parlé dans celle charte, est Frens en Dorabes, qui auroit par là appartenu aux frères de Ville. Si ce don regarde notre village de Frens, il faut que les abbés et religieux do Chassagne aient aliéné ce que M" de Saint-Trivier leur \ avoient donné, comme trop éloigné de leur abbaïe, car ils n'y ont plus rieu aujourd'hui.
M™ de Saint-Trivier étoient descendants, comme nous l'avons dit après Guichenon, de la maison de Beaujeu. Cette branche finit dans une tille qui fut, suivant le même auteur, mariée à un seigneur de l'ancienne maison de Chabeu, qui prit le seul nom de Saint-Trivier, suivant l'usage de ces temps qui ne règne encore que trop à présent; ce qui fait, comme on l'a déjà dit, confondre bien des généalogies. Peut-être aussi que ces de Beaujeu quittèrent leur nom et qu'on leur donna celui de
(») Ciriul. SMigny, f. UO, «m 9». (A. Beroird, p. SIS, ch. MS.j •) Bibl.Sebo». «nu I, cap. Jï.
(I) Uni « de l> VlIU. » ( qaUfHU jurl. habebit in tribu, parlllm. lcrr.r. v,r tni fralru» de VlNl
<|»;r dicilur Frros.}
386 MÉMOIRES POLH SKKVIR
Chabeu.car l'alliance de cette tille de Beaujeu avec les Chabeu n'est pas fort bien établie, Guichenon n'en rapportant aucun juste titre.
L'empereur Fridéric, qui avoit soutenu les anti-papes contre le pape Alexandre qui l'aroit excommunié, et qui, par un mauvais usage de ce siècle, avoit absous ses sujets du serment de fidélité qu'ils lui dévoient, se réconcilia, en H 78 (a), avec ce pape. Après avoir réglé ses aiïaires en Italie, il résolut de retourner en Allemagne par ses états de Bourgogne. Il vint d'abord en Provence, et comme lu \ille d'Ai les avoit été regardée comme la capitale du royaume de Provence et de Bourgogne, il voulut s'y faire couronner roi de Provence et de Bourgogne et y recevoir le serment dr fidélité des vassaux de ce royaume; il les y flt assembler; il y lut sacré cl couronné avec son fils, le dernier dimanebe du mois de juillet. Ils prirent le titra de rois d'Arles.
Cet empereur vint d'Arles à Lyon comme daus une ville qui lui apparteuoit. Il y entra à la fin du mois d'août. L'archevêque de Lyon, celui de Vienne et les autres prélats du voisinage vinrent lui Taire leur cour; le.duc de Bourgogne, le comte de Valcntinois et plusieurs autres seigneurs tant du royaume de Franco que de l'empire y vinrent aussi. Humbcrt de Beaujeu, notre prince, n'y manqua pas, il vint lui rendre ses devoirs comme tenant une partie de ses terres dans l'empire.
Je crois que c'est environ ce lemps-ci (b) que le comte de Forez n'exécutant pas de bonne foi la transaction et échange qu'il avoit fait avec l'église de Lyon, l'archevêque s'en plaignit au pape Alexandre qui envoya une bulle adressée à l'archevêque de Vienne et à l'évôque de Clermont, par laquelle il dit que le comte vouloit contrevenir à cet échange en acquérant des terres dans les confins des terres de l'église, ce qui étoit défendu, n'y ayant que l'église de Lyon qui put acquérir les fonds qu'on lui donnerait par aumône.
L'on étoit aussi convenu que dans les églises que l'on cédoit au comte, il ne ferait aucun tort aux curés ou autres ecclésiastiques qui enétoient en possession. Cependant le pape l'accusoit de faire de grandes exactions sur les prêtres et sur les autres possesseurs de ces églises ; il dit même qu'il les vouloit usurper avec leurs dots, et que quoique cette transaction soit moins honnête pour l'église à qui elle n'éloit pas assez avantageuse, ce|»cndant le pape craignant de plus grands maux et de plus grands périls pour les ecclésiastiques, il l'avoit confirmée. Ainsi il ordonne à cet archevêque et à cet évêque d'avertir le comte de Forez de rétablir les choses comme elles dévoient l'être, de rendre aux églises les biens dont il s'étoit saisi injustement, et que s'il ne le faisoit pas, ils aient à ordonuer de ne plus célébrer aucun oflice divin dans toutes les terres de ce comte, si ce n'est le baptême des enfants et le sacrement de pénitence pour les mourants ; et si cet interdit de ses terres ne le fait revenir de son égarement, il ordonne qu'ils l'excommunient et qu'ils fassent
l*; Chorier, UUt. Dtupbiiié, lum. i, page 79, a io. (»; MéMiricr, Hi»l., p. ï»8 Pr., wmii.
A L'HISTOIRE DE BOMBES
observer leur sentence jusqu'à ce qu'il eut donné une pleine satisfaction à l'église.
Je crois que cette charte est du mois de juin de l'nn 1 179 ou H 80, parce que ce ne fut qu'à Robert, archevêque de Vienne, qu'elle put être adressée, et qui put être légat d'Alexandre III , Guillaume, son prédécesseur, ayant adhéré aux anti-papes. Mr de Maupertuy ne mettant le commencement de l'épiscopat de Robert qu'en 1 179, cette bulle ne peut être plus ancienne.
I-andry, chanoine de Mrtcon et abbé de Belleville, comme nous l'avons dit cidevant, ne trouvant pas l'église de cette abbaïc assez spacieuse, sollicita notre Humbertà la rebâtir. Humbert y consentit et il en fit jeter les nouveaux fondements au mois de juillet < 468. Paradin assure (a) que Landry, en faisant poser la première pierre, y mit une belle pièce d'or. Landry vit commencer, mais il ne vit pas finir cette église, car elle ne le fui que dix ou onze ans après, sous l'abbé Ponce, son successeur. Humbert III y employa, de l'avis de Guichard, archevêque de Lyon, et d'Etienne, abbé de Cluny, de l'urgent qu'il avoit mis en dépdt à l'abbaïe de Porte, soit pour faire cette bonne œuvre on pour en faire quelqu'autre, soit qu'il l'eût mis là en réserve, lorsqu'il donna une partie de ses biens à Humbert IV, son fils, de peur que son fils ne le lui voulût ôter.
La dédicace de celle nouvelle église se fit au mois d'août H79 (b), par Guichard, archevêque de Lyon, Etienne, évêque de MAcon, et Josse, évêque d'Aire, suivant Paradin et Severl ; cependant le nom de ce dernier évêque ne se trouve point dans la rbarte de cette dédicace.
Humbert, continuant ses bienfaits en faveur de cette abbaïc, permit à l'abbé et à ses religieux d'acquérir dans son fief tout ce que bon leur semblerait et leur promit de les en laisser jouir. Humbert, son Ois, seigneur de Beaujollois, confirma ses dons.
Quoique le roi Louis-le-Jcune eul fait faire la paix entre l'église et le comte de HàCOil, en i IG6 (c), connue nous l'avons dit, il ne laissa pas d'y avoir des guerres entr'eux; en sorte que le même roi fit faire enlr'eux une nouvelle paix, en i 172. Ces deux traités ne purent contenir ces comtes ni l'église; il arrivoit tous les jour- do nouveaux différents entr'eux ; ainsi Philippe-Auguste étant venu en Bourgogne avec beaucoup de troupes pour obliger les seigneurs à rétablir les troubles qu'ils avaient faits aux droits des églises, voulut pacifier les nouveaux différents du comte de MAcon avec son église, de l'avis des grands de son royaume qui étoient avec lui à Pierre- Pertuis de Vézelay. L'on y confirma le traité fait en I 166, dont on répète les dispositions, par lesquelles le romte ne devoit avoir aucun droit sur les maisons et biens meubles et immeubles de l'évêque après sa mort, pI qu'il n'avoit aucun droit de
k) Para-lin, IIi»t. î.y.»n, p infi-trc.
■'a, l.r linllrarr, p. ÎKT.
(cj U»re ratifie de l'église île Mùron. cahier, Toi. SX. Anipliuima eolleelio l>. Mariénr. loni l'r. p. «M.
Itruwrl, l «p .le* fief., p MO cl .ai». —
MÉMOIRES POl'R SERVIR
repas, de gîte, d'exactions ou autres coutumes sur les biens des ecclésiastiques, meubles ou immeubles.
L'on ordonna, en deuxième lieu, que le comte ne pourrait avoir aucune forteresse à Màcon, si ce n'est la tour qu'il y avoit en H 66, et qu'à l'égard des ecclésiastiques, ils pourraient fortifier à leur volonté leurs cloîtres, c'est-à-dire le cloître de l'église et le cloître de leurs maisons avec tontes les maisons situées dans ce cloître. On leur permit encore de fortifier tous leurs châteaux ou domaines où il y avoit eu autrefois des fortifications, et principalement Saint-Clément. Le comte fit serment d'exécuter cette décision du roi de point en point. L'église et le comte s'élant soumis à son arbitrage sur toutes ces difficultés, le roi les renvoya à la décision du comte Tbibaud, son oncle, qui les décida ainsi qu'on vient de le rapporter.
La cour du roi jugea et arbitra encore que le comte ayant fortifié la maison qu'il avoit dans la ville de Màcon beaucoup plus qu'elle ne l'avoit été autrefois, ce comte détruirait ces nouvelles fortifications, à moins qu'il ne voulut promettre, avec serment, de livrer cette maison au roi toutes les fois que le roi ou ses gens le requèreroient, pour y mettre peu on beaucoup de troupes, suivant qu'il plairait à Sa Majesté, d'autant plus qu'elle étoit du fief du roi. Cet acte est de la première année du règne du roi Philippe; il fut donné dans le palais du roi, en présence de Thibaud, grauduiattre de la maison du roi, ou son premier maltre-d'hôtel, de Guy, boutelier, de Mathieu, qui étoit nouveau chambellan du roi. Il fut écrit de la main d'IIugues M, chancelier, c'est-à-dire que cet Hugues fut le deuxième de ce nom. Le Livre Rouge de Màcon date cet accommodement de l'an M 75, mais c'est une erreur ; il est certainement de 1 480, et c'est la date que lui donne le R. P. Martène.
Je ne sais si c'est de ces différents dont Guillaume Paradin a voulu parler, lorsqu'il dit (a) que dès l'an H74 plusieurs seigneurs de Bourgogne, comme le comte de Chalon, allié pour lors de Mr de Beaujeu, et les seigneurs de Châtillon-sur-Seine eurent un grand différent avec Hugues, duc do Bourgogne, qui voulut les empêcher d'opprimer les seigneurs leurs voisins. L'accommodement qu'IIumbert fit, en 1174, du duc de Bourgogne avec le comte de Nevers, ne permet pas de croire que ce seigneur fût entré dans aucun engagement contraire aux intérêts de ce duc; Paradin peut donc s'être trompé à ce qu'il en a dit.
Guichenon prétend, après plusieurs auteurs n , que nos princes furentdeceux contre qui Philippe-Auguste, roi de France, se mit en campagne avec une puissante armée, en 11 80, parce qu'ils faisoient la guerre aux ecclésiastiques de Bourgogne avec les plus grands seigneurs du pays; cependant l'accommodement que le roi fit de l'église avec le comte de Maçon, qui ne parle point de notre prince, nous feroit douter de ce fait. Nous avons même vu que notre prince s'étoit ligué avec l'archevêque de Lyon ; ainsi il n'y a pas grande apparence qu'il vexa les églises de son voisinage; cependant Raoul Dédicel, doyen deLondon, nomme précisément Guillaume, comte de Chalon, et Hum
», Annale», li». S, p. a:.
Hirt. mu , fol. 10». - Cmll. .Vrni»r.. d« GfMi, I'. Angutl Viltcln. Brilo, Philip., liv. 1'
a l'histoire de dombes.
beri de Beaujeu, parmi les seigneurs qui persécutaient les églises et que Philippe- Auguste vainquit et dompta (a). Ainsi notre prince auroit pu suivre les insurrections du comte de Chalon.
Je ne sais si ce fut la crainte de l'armée de Philippe-Auguste ou quelque autre raison qui obligea le comte de M .Von à se régler avec l'abbé de Cluny sur plusieurs différents qu'ils avoient (b). Le comte prélendoil avoir plusieurs droits et usages sur les villages appartenant à cette abbaïe; il demaudoiten quelques-uns le droit d'avouerie et do garde, quoiqu'il ne les y eût point ; et en d'autres où l'on convenoit qu'il les avoit, on l'accusoit d'y exiger des droits et des coutumes injustes et insolites. Pour apaiser ces diflicultés, il convinrent de s'en tenir à des hommes prudents et religieux qu'ils choisiraient pour les régler. Ils s'assemblèrent pour cela à Saint-Martin de Maçon. Thibaud, abbé de Cluny, y étoit avec ses plus anciens religieux.
Le comte Girard s'y trouva avec plusieurs chevaliers et avec ses ofliciers de juslice ou ministres. Ils promirent de s'en tenir à ce que les gens les plus anciens, dont la fidélité seroit irréprochable et qui seroienl les plus certains de l'état des lieux, diroient avec serment sur la vérité de ces usages. De pareils témoins furent produits de part et d'autre; on prit leur serment; ils conférèrent ensemble et décidèrent que le comte Guillaume, père du comte Girard, n'avoit aucun droit ni coutume sur la maison et sur le village de Laisé. Le comte Girard acquiesça à ce qu'ils en disoieni à l'égard de Domenge et Digé. Il fut décidé que le comte y avoit lagerberie, c'est-àdire le droit d'exiger des vignerons ou fossureurs des vignes une gerbe de blé et dt>ux gerbes de chaque laboureur.
Pour Ayon, il fut dit que le comte y avoit la garde des chemins et des pâturages, et que ces pâturages étoient communs au comte et à l'abbaïe; que dans le bois appelé John, le comte en avoit la moitié et les moines le quart, et que le comte et les moines y avoient chacun leurs tâches, c'est-à-dire des terres où ils levoient la sixième ou septième, on autre portion que l'on appelloit tâche.
Ils décidèrent que dans le bois de Domenge le comte y avoit quatre colongiers auxquels l'abbé de Cluny n'avoit rien. Ces colongiers étoient des grangiers et métayers qui faisoient et cultivoicnt à moitié fruits quatre domaines du comte, domaines qui avoient été défrichés dans les bois. Ils décidèrent encore que les tâches de Domenge se partageaient par moitié entre le comte et l'abbaïe.
Que le comte ne devoit lever, dans ces trois villages, sur les terres appartenantes ou relevantes des moines, aucuns autres droits que ceux que l'on vient d'énoncer, et que ses ministres ou officiers n'en pouvoient pas prétendre d'autres.
Il fut décidé que dans l'obéanec de Chavanes, le comte avoit la justice sur les larrons, sur les adultères, sur les homicides et sur les usuriers qui auraient été con-
U] CkitÛm, LeUrea delétlrta «h r.Uaion. p.fiî. can» il.
(■] Cariai, gothique de Clan», fol. 18». — Bibl. Sebui... cral. 1, eap. 71. p. IJ8, art. ISS. — BiU. Cl «a.,
p. im.
390 MÉMOIRES rOt'B SERVIR
vaincus de leurs crimes, en présence du doyen de Chavanes. Le comte aroit de plus un cens des marches censuelles, ee qui pourroitélre des péages sur les chemins ou le droit de les céder aux particuliers, ou quelqu'autre droit que nous ignorons, avec la garde des chemins el des pâturages et le droit de logement, suivant le dire ou garantie des témoins. A l'égard de ces derniers droits et de tous les autres que se« officiers y pouvoient exiger, il les céda à l'ahbaïe de Clnny, moyennant quoi il chargea le doyen de Chavanes de donner tous les ans, pendant l'octave de la Pentecôte, les repas ou procurations que le comte de Mâcon y donnoit de bon gré et par charité, ainsi que ceux qu'il donnoit à la léproserie de Saint-Lazare; comme aussi ù condition qu'après la mort du comte on diroit à perpétuité une messe le jour de sa mort, lors de laquelle on feroit à Cluny les mêmes prières pour le comte qu'on les feroit pour l'abbé. L'on convint aussi que le curé de Chavanes feroit tous les dimanches une prière spéciale pour le comte et pour les siens. Les religieux de Cluny cédèrent au . omte tout ce que ce comte avoit légué à leur église d'effets mobiliers, apparamment à cause des exactions qu'il pouvoit avoir faites dans leurs terres ; car sans cela il n'auroit pas eu besoin de faire une pareille stipulation, a moins qu'on ne crût alors que les legs pieux éloiènt irrévocables. Les religieux de Cluny ne quittèrent point le comte des exactions et des coutumes injustes qu'il avoit pu établir ou exiger dana tes autres lerres île cette abbaïe, ni des fonds de terre qu'il |H>uvoit leur avoir pris et des cens qu'il pouvoit leur devoir, d'ailleurs sur lesquels ils se réservoient do pouvoir l'appeler en jugement. Le comte promit avec serment de s'en tenir à cette décision et de l'observer. Il la fit aussi approuver et jurer par Guillaume et Gaucher, ses fils, l'an 1180, en présence de l'abbé Thibaud de Gaude, prieur de Cluny, d'Ardoin, maître de l'hôpital de Saint-Gilles, d'Hugues, sacristain de Cluny, de Pierre de Marliac, do Guy de Coligny, de Dreux de la Bruyère, du doyen de Pcrronne, d'Artaud, vicomte de Maçon, d'AlarJ de Montbellet, d'Hugues de Yinzelles, de Guy de Luise, d'Hugues de Cbevriers, de Durand de Varenne et de plusieurs autres. Le comte consentit que l'abbé de Cluny fit confirmer ces conventions, soit par le pape, soit par le roi de France, afin que le pape l'obligeât à leur observation par ses censures et le roi parla force.
Guichenon remarque, sur cette charte, qu'Hugues de Cbevriers étoit de la famille de Chevriers-Saint-Maurice et du Thil, la plus noble du Maconnois.
Artaud Le Blanc, vicomte, qui étoit présent à la charte ci-dessus, céda au mémo Thibaud ou Théobald, abbé de Cluny (a), les droits de garde et les autres mauvaises coutumes qu'il exigeoit sur le prieuré d'Ambierle en Forez, l'an 1 161 , le 1 w septembre, l'an 1"du roi de France Philippe et le 1" de l'ordination de Thibaud, abbé de Cluny. Parmi les gentilshommes qui furent présents à cet acte, l'on trouve Raoul et Dalmais de l'Espinasse, Artaud Morellus, Dalmais de Saint-Ëun \$. Abundn), lldinGrimaud.
(,) petit < artui. f.lunj, toi. ■«*« '*
A l'histoire DE DOMBES. .191
En M 82 (a), il y eut un traité pour la justice d'Anse, entre l'archidiacre de l'église de LyonetGuillanmc de Marchampt, par lequel il fut convenu que lorsque les obéanciers de Saint-Etienne viendraient prendre possession d'Anse, Gnillanrae de Marchampt ou ses héritiers lui devraient hommage lige et serment de fidélité, avec serment que le sieur de Marchampt ne prendrait pas et ne ferait pas arrêter violemment les hommes, les domestiques, les gentilshommes, les prêtres ni les bourgeois de l'obéancier. L'obéancier devoit faire un pareil serment à Mr de Marchampt, mais il ne lui devoit pas faire hommage. L'obéancier avoit l'amende de 7 s. 6d. pour les fausses mesures. C'étoità lui à faire punir les homicides et les larrons et à en avoir les amendes; mais il ne pouvoit pas faire saisir leur argent ni leurs meubles étant sur les tènements dcsgcntilshommes.Toute la justice apparlenoit à l'obéancier depuis 9 heures du malin du lundi de chaque semaine jusqu'au mercredi soleil levant, L'obéancier ni aucun des gentilshommes ne ponvoient faire faire une justice violente à Anse, si ce n'étoitdu consentement des habitants. L'obéancier et les gentilshommes ne pouvoient pas faire arrêter les bourgeois; que s'ils en eussent fait arrêter, ils dévoient les faire chercher pour les rendre de bonne foi. Si un étranger étoit venu à Anse avec ses effets, ilpouvoil les emporter librement ; quand même il y aurait eu guerre avec le seigneur de cet homme, le seigneur d'Anse les devoit garder sûrement pendant quatorze jours. Mr de Marchampt devoit avoir le quart des amendes des fausses mesures, des larrons et des homicides, nonobstant ce que l'on avoit dit ci-dessus ; mais il n'en devoit rien avoir aux marchés. Ponce de Tanay, Achard de Gletins, Hugues de Marzé, Etienne de Quincieu, Guy, son frère, abbé de Jongdieu, Le Pelletier (Pellipariws), Pierre deChalinset Grosselins, confirmèrent et furent cautions de cette convention, qui nous fait voir la différence de l'hommage et du serment, lu division de nos justices, et qu'il faut que l'église de Lyon ail acquis celle que ce M' de Marchampt avoit à Anse, M™ les comtes l'y ayant totalement aujourd'hui. L'on regardoit encore l'église de Saint-Etienne comme la métropole, puisque la juridiction d'Anse apparlenoit à l'archidiacre de Saint-Etienne et non de Saint-Jean.
Taillefcrt, comte de Vienne et d'Albon, donna, en H 83 (B),aux chartreux d'Urbon la liberté de mener paître leurs bestiaux dans ses terres, ce qui nous fait voir que l'on tirait dans ces temps-là de grands profits des pâturages et qu'il y avoit ordinairement des gardes pour empêcher que l'on n'y menât ses bestiaux sans droit. Il leur permit aussi de passer libremont dans ses seigneuries et les affranchit de tout usage et péage, en sorte qu'ils fussent exempts de toutes exactions en allant par eau ou par terre dans ses comlés et seigneuries. Ce Taillefert étoit fils do Raimond, duc de Narbonne, comte de Toulouse; il n'étoit comte de Vienne et d'Albon que pour avoir épousé Béatrix d'Albon, dauphine, de laquelle il n'eut point d'enfants. Guillaume de Poitiers, par la grâce de Dieu comle de Valentinois, donna (c) à peu
U) Masures Je l'Wle-Barbe, Pr., p. ÎU.
(») Bibl. Sebas., cent. I.cap. S.
(c) Bibl. Sebuf., ernt. I, c*p. 18.
près les mêmes privilèges à l'abbé et aux religieux de Lioncel, car il déclara qu'il les prenoit sous sa protection et qu'il vouloit qu'ils fussent exempts de tout péage et de toute exaction dans sa terre. Il déclara même qu'il se vouoit à leur service pour avoir part à leurs prières et pouvoir être réconcilié au Seigneur par leurs aumônes et par la miséricorde de Dieu. Il dit que son surnom est de Poitiers et que c'est par office et par l'ordre de Dieu qu'il est comie. Il dit qu'une marque insigne de noblesse, terme qui signifioit souvent, en ce temps-ci, souveraineté, étoit de défendr* les veuves et les pupilles, et que l'autorité de son glaive demandoit qu'il jugeât équitablement et qu'il rendit justice à ses pauvres sujets.
«îuichenon a cru, sur l'autorité de cette charte, que les comtes étoient de simples ofliciers, parce que Guillaume de Poitiers dit qu'il est comte par office ou qu'il a l'office de comte ; mais les rois peuvent dire eux-mêmes qu'ils ont l'office de roi, car il est certain que le devoir et l'office des rois est de protéger leurs sujets et de leur rendre justice, et cet office n'est que leur devoir et leurs obligations, comme tontes celles que ce comte énonce le font voir.
Après cette exemption, ce comte donna , a; des lettres adressantes à ses châtelains et baillis, à tousses hommes, grands et petits, par lesquelles il leur attestait qu'il avoit pris la maison de Léoncel sous sa sauvegarde et protection et leur avoit accordé sûreté et passeport; il leur ordonnoit de les en laisser jouir paisiblement.
Jean de Belesmc ou aux Relies-Mains, après avoir succédé à Guichard, archevêque de Lyon, lit confirmer par l'empereur Fridéric les privilèges que cet empereur avoit accordés à Héracle, archevêque, l'un de ses prédécesseurs ». Nous les avons rapportés ci-devant. Cette confirmation fait voir que les archevêques do Lyon continuoient à reconnoltre les empereurs et qu'ils n'éloient point du rovaume de France, comme nous l'avons déjà dit. Comme celte bulle est presque la même que celle accordée à Uéracle, nous ne la répéterons point ici ; nous dirons seulement qu'elle est datée de l'an trente-trois du règne de Fridéric et du trente-un seulement de son empire, l'an 1181, parce que Fridéric avoit régné en Bourgogne avant que d'être parvenu à l'empire.
Ceat environ ce temps-ci qu'Etienne de Villars, avant été admis au nombre des religieux de l'abbaïc de l'Islc-Barbe, c'est-à-dire allilié aux prières de ces religieux, qui lui assignèrent une de leurs prébendes qu'il ne prit apparamment que par honneur, donna a celte abbaïe (c) les gardes du territoire de Vimy, le mas de Nuits et tout ce qu'il possédoit à Vimy, un mas à Jaennac, le château avec le bourg de Lignieu et toutes ses appartenances , le bois de Nuaseis et ce qu'il avoit ex paroisses de
»; tlilil. s . cent. 1, rap 10.
m Mrnrlricr, Pr., p. SI.
'<•'; litiim A* I LIe-Birtw, rh»p. il, p. 125.
a l'histoire de dombes.
Bussiges, de Saint-Jean-de-Thurignieu, de Rancé, de Limandas, de Misérieu, de Toussieu et de Dirieu (1 ); mais il en excepta ce qu'il avoit dans cette dernière paroisse du chef de sa mère. Il se réserva pareillement les droits de garde qu'il avoit sur les terres des particuliers qui n'étoient point hommes de l'abbaïe, avec les droits do fief qu'il avoit sur les gentilshommes, auxquels il ne permit pas d'en rien démembrer, si ce n'étoit ce qu'ils voudroient donner pour faire prier Dieu pour eux. Il céda aussi toutes les autres gardes qu'il prétendoil sur les terres de celte abbaîe, qu'il appelle terres de Saint-Martin. Il leur donna tout ce qu'il acquerroit dans la suite depuis le bois de Nuazeis et Mizérieu jusqu'au bord de Saône et jusqu'à Vimy. Il donna encore à l'abbaïe le mas de Charbonnières et la condamine qu'il possédoit au village de Saint-André-de-Corsieu, et voulut qu'ils possédassent en franc-aleu tous les fiefs qui lui apparteuoient héréditairement et qu'ils pourroient acquérir. Il ordonna que relui qui seroit son héritier et qui posséderait ses châteaux, prélat serment de fidélité à l'abbaïe. M' de Villars déclara que tout ce qu'il donnoit, il le donnoit en pur et franc aleu, et pour plus d'assurance de sa donation, il fit serment sur l'autel, sur révangile et sur les reliques des saints, qu'il ne contreviendrait point à ce don, mais qu'il le maintiendrait, tant par lui que par ses amis, de tous troubles.
l ldric de Villars, qui avoit vendu lo château deLiguieu, avec quelques autres terres, a Ktienne, son parent, approuva cette donation et promit de lu garantir de tout son pouvoir, en sorte que si Etienne vouloit s'en éloigner en quelque chose, Ultic seroit obligé de venir à l'Isle, enôtage avec plusieurs autres chevaliers, au premier avertis sèment de l'abbé, jusqu'à ce qu'Etienne de Villars eût rétabli le trouble qu'il aurait fait. Faucher Brun, Azon de Frens, Ogierdc Challiouv res, Simon Le Blanc, Hugues de Rochetaillée, Guichard et Hier de Tremblay, Etienne de Chàtillon, Pierre de Vassalieu, Guichard, Faucher et Bcrlion «le Montdor, Guillaume de Lionens, Hugues et Roland des Essarts, Guichard de Varennes, Huinherl d'Auzon, Bomoan du Montcillier, Pierre de la Pain, Guillaume deChassancy et Aimon de Neyrieu pramireni de ne point sortir de l'Isle qu'on ne le leur permit et qu'on n'eût fait des trêves. Lc> témoins de cette donation ne furent pas en moindre nombre que les cautions. Voici leurs noms : André de Forchel, grand prieur, Odon de Sendrens, Guillaume, prieur claustral, Guichard de Morancé, Valdemar, sacristain, Aimé, chantre, Girin, chamarier, Pierre, aumônier, Pierre Broce, Bernard de Villars, Garlias, Beruou de Vienne, Hugues de la Balme, Achard de Toussieu, Hugues de Colonges, Béraud de Montagny, Jean Gros, Jacques Porches, Dalmais de Chàtillon, Gauseran de Saint- Bonet, Antelmc Loras, Guy Bermund, Durand et Hugues de Montarchier, Durand Raboën, Durand Vert, Dnrand Vignol, André de Magnien, Lambert de Jarez, Hugues d'Airoles, Pierre d'Ars, Guy de Rochebaron et toute l'assemblée.
Jean, achevéque de Lvon, scella cette donation de son sceau, tant à la prière de l'abbé de l'Isle, que d'Etienne de Villars ; c'est ce qu'il fit en i 186.
1 Un: RpjrinM.
MÉSOIRES POUR SERVIR
La bulle du pape Luce, que M. Le Laboureur rapporte (a), où l'on trouve le don du château de Ligniea, confirmé par ce pape, pourroit faire croire que ce don avoit été fait avant 1 1 83, et que la charte qui fut scellée par M ' de Lyon avoit été faite avant cette année-là, mais qu'elle ne fut scellée et confirmée par l'archevêque de Lyon qu'en 11 86, chose dont nous avons déjà vu d'autres exemples.
Vimy, dont parle cette donation, a changé de nom depuis qu'il fut acheté ou plutôt échangé par feu Camille de Neuville, archevêque de Lyon, abbé de l'isle, avec la moitié de la prairie de Pollet, près Villefranche, en Beaujollois ; il porte aujourd'hui le nom de Neuville et a le titre de marquisat.
Les gardes de Neuville ou Vimy, que Mr de Villars donna et céda à l'abbé de l'isle, éloient des redevances que les habitants de Vimy donnoicut a ce prince pour avoir sa protection et celle de ses ofliciers; et comme cette protection alloit contre les droits de l'abbé de l'isle, seigneur de Vimy, et que celui qui payoit la redevance de la garde à Mr de Villars se faisoit défendre et protéger par Mr de Villars et ses officiers contre les officiers de l'abbé, cela cmpôcboit souvent l'exercice de la justice; ainsi cet abbé fut bien aise d'avoir le don de ces gardes, afin que Mr de Villars ne protégeât pas les justiciables de son abbaïe à son préjudice et que cela ne causât des petites guerres entre leurs sujets et leurs officiers, dans lesquelles les seigneurs étoient souvent obligés de prendre part.
Nous avons vu ci-devant que lors de l'échange de l'archevêque de Lyon avec le comte de Forez, ils stipulèrent que l'un ne pourroit point protéger les hommes de l'antre ni les prendre sous sa sauvegarde, ce qu'ils ne stipulèrent que pour éviter les difficultés dont nous venons de parler.
Lignieu estnn ancien château qui esta présent absolument ruiné; son mandement compose une des chàlellenies de la souveraineté; il éloit autrefois de celle d'Arobérieu, de laquelle il a été démembré; il appartient, aussi bien que Neuville, à la maison de Neuville-Villeroy, et fait partie du marquisat de Neuville, qui se trouve dans le ressort des parlements de Paris, de Dijon et de Trévoux, étant sur les limites du Lyonnois, de la Bresse et de la Dombes. Lignieu fut remis à Camille de Neuville lorsqu'on lui remit Vimy.
Les exceptions que Mr de Villars fait des fiefs des seigneurs qui relcvoient de lui dans les paroisses de Bussiges, do Saint-Jean, de Rancé et dans les autres, avec les droits de garde qu'il s'y réservoit, font voir qu'il ne cédoit que les droits de cens et d'autres usages qu'il avoit sur les hommes de l'abbaïe, et que se réservant les fiefs, il se réservoit la souveraineté, qui consistent principalement dans la supériorité sur ces fiefs et sur les autres hommes.
Le serment de fidélité qu'il obligea son héritier de faire à l'abbaïe n'étoit qu'un serment de ne point revenir contre cette donation, de proléger cette abbaïe, de lui conserver les biens et de défendre ses hommes, lesquels on suivoit alors partout ou
A l'histoire de bombes. 395
ils alloient, et de l'aider de ses troupes, au cas que l'abbé et les moines eussent guerre avec quelques-uns de leurs voisins, qui n'eussent pas voulu se régler par arbitres ou en justice.
Ce serment de fidélité n'emportoit aucune supériorité de l'abbé sur la seigneurie de Villars, sur laquelle ces abbés n'en ont jamais exercé aucune. Les successeurs d'Etienne de Villars ne se crurent pas môme obligés à ce serment et à maintenir cette donation contre laquelle ils s'élevèrent très-souvent. Etienne de Villars ne parle que de ses bériliers, parce qu'il n'avoit qu'une fille et qu'il ne savoit peut-être pas encore à qui il la marieroit.
La grande quantité de cautions que l'abbé de l'Isle prit pour se faire maintenir cette donation, fait voir qu'elle étoit fort avantageuse à cette abbaïe et que l'abbé et les religieux craignoient qu'Etienne de Villars ne voulût la révoquer dans la suite, et qu'il crut qu'une prébende de moine et l'affiliation qu'ils lui avoient accordées ne fussent pas un dédommagement sufiisant du don qu'il leur a voit fait; mais tant de gentilshommes et chevaliers de cette souveraineté et du voisinage en ayant été témoins et s'en étant rendus garants, il étoit difficile que Mr de Villars en pût revenir.
Le franc-aleu auquel Mr de Villars veut que l'abbaïe possède ce qu'il lui donne, fait voir que le franc-aleu étoit de droit en ce pays, comme nons l'avons dit ci-devant, <n que ce seigneur donnoit les biens qu'il donnoit avec toute sorte de franchise et de liberté; ainsi il ne s'y retenoit ni foi et hommage, ni cens, ni autre service ou redevance, et c'est pourquoi les abbés de l'Isle-Itarbc n'ont jamais rendu aucune foi et hommage pour Lignieu et qu'ils n'en dévoient point pour leurs autres biens sis en cette souveraineté et dans les paroisses énoncées dans cette charte. Ils ne dévoient pas non plus de droits d'amortissement, les souverains qui donnent leurs biens amortissant en donnant, parce que leurs dons doivent être largement interprétés et que donnant à perpétuité à gens de mainmorte, ils ne peuvent jamais les obliger à quitter ces biens, ni par conséqueut leur eu payer des indemnités ni des droits d'amortissement.
Quoique l'on ait voulu que la Franco ne fût pas pays de franc-aleu, il y en avoit cependant dans toutes les provinces. Une nommée Delvide, donnant un mas à l'abbaïe de Bèze (a), assura qu'il étoit libre de toute sorte de coutume due à quelque personne que ce fût,el qu'aucun duc ni aucuu de ses ministres ou officiers n'y pouvoient rien demander; qu'il n'étoit sujet à aucune exaction de prince ni d'aucune autre personne. Ce mas étoit certainement un des francs-aieus le plus francs et le plus libres, et il pouvoit en quelque manière passer pour une espèce de souveraineté, tant on le dit indépendant.
Fridéric I" fit déclarer Henri, son fils, roi des Romains, en H 81; il le maria, la
M Spi«il., IOB.J, p. 4M.
mémo année, à Milan, avec Constance, sœur et héritière de C.uillaumc, roi dos Deux-Siciles; c'est pourquoi l'on trouve plusieurs chartes données par Henri, du vivant même de Fridéric, parce qu'il avoit sa cour et qu'il exerçoit l'autorité royale en Allemagne et mémo dans les royaumes de Bourgogne et de Provence, où il avoit été couronné, l'an 1178, comme nous l'avons dit. C'est en cette qualité qu'en 1 1 gf> il reçut l'hommage d'Hugues, duc de Bourgogne, auquel pourtant il ne donna ijue le litre de duc de Dijon ou des Dijonnois. Il fit des conventions avec lui pour les terres que ce duc possédoit dans l'empire.
M . Pérard, dans son Recueil de plusieurs pièces curieuses pour l'Histoire de Boor gognc, a fait imprimer deux fois cette charte avec des dates différentes, l'une de l'an 1 1 16, Feutre de 1 186 (a). Le H. P. Ménétrier la donne comme étant de 1 1 iG, cepen dant elle n'est et ne peut être que de H 86, et la date de 1 146 ne peut être qu'une erreur de copiste; car, Hugues, duc de Bourgogne, n'eut le comté d'AII>on, en Dauphiné, dans l'empire, que par son mariage avec Béatrix d'Albon, dauphine, veuve du comte Tailleferl, qu'il n'épousa qu'en 1483. Ainsi il ne put reconnoltrc l'empereur en H 46 et lui faire hommage pour le Dauphiné, qu'il ne possédoit pas. Je suis surpris que le H. P. Ménétrier n'ait pas fait cette observation dans son Hisloire de Lyon ; car, à l'égard de M. Pérard, s'ôtant borné à donner les titres qu'il avoit copiés, sans en faire aucune critique, il n'éloil pas tenu de le faire.
Voici comme s'explique cette charte, qui nous apprend les anciens usages des liefs, lorsqu'un seigneur en possédoit dans l'empire et dans le royaume.
« Henry, par la grâce de Dieu, roi des Romains, toujours auguste, à son amé et fidèle Hugues, duc de Dijon, frnîce et toute sorte de biens, nous faisons savoir à \otre discrétion et nous voulons qu'il soit très-constant que nous avons résolu d'observer inviolablemeut la paix et l'accord que nous avons fait entre notre sublimité et votre dilection, suivant la forme dans laquelle elle a été faite et qu'elle est ici contenue et dans vos lettres.
i Premièrement. \o\i> nous ferez hommage et nous promettrez la lidélilé-lige de toute la terre du comté d'Albon qui est dans le district de l'empire, que vous possédez et que vous posséderez à l'avenir.
» Vous recevrez de nous et vous en rcconnoltrez tenir l'aleu d'Ulric de Baugé et tous les autres aleus que vous posséderez dans les confins des terres de l'empire, et cela de bonne foi et sans aucune restriction mentale, le tout suivant l'usage de Bourgogne et de Provence.
» Nous consentons aussi à ce que vous désirez, qui est que votre fils, qui doit être duc de Dijon, nous fera l'hommage de cet aleu d'Ulric de Baugé et des autres aleus qu'il a et aura dans l'empire, sauf la fidélité qu'il doit au roi de France.
» Nous approuvons aussi et nous voulons que l'on observe que si le roi de France
{») P. !H*t Ï60. Goulut, lim, 0, elup. $», page S7«. - M«aetricr, OUI., p. !7J. - C.borirr, Uiil. du Dtupbiné, ton. ï, p. 75.
A l'histoire de dombes. 397
vient à faire insulte, c'est-à-dire à déclarer la guerre à l'empire, vous serez, en ce cas, obligé de nous venir servir de votre propre personne et de tous les fiefs que vous tenez de nous.
» Mais si c'est nous qui fassions insulte au roi de France ou à son royaume, vous servirez ce roi de votre propre personne et de tous les fiefs que vous tenez de lui.
» Mais vous ferez la paix ou la guerre de tout votre comté d'Albon, suivant nos ordres, contre toute autre personne que le roi de France, sauf néanmoins le droit des églises de l'empire.
» Vous vous accorderez de tous vos différents arec nos fidèles l'archevêque de Vienne et lies ôvôques de Grenoble et de Valence, en notre présence, ou en celle «le notre féal Ulric de Godembourg, ou d'un autre nonce que je députerai pour entendre leurs plaintes, s'ils en veulent faire coutre vous.
o Que s'il y a quelques autres personnes ecclésiastiques qui aient quelque difficulté avec vous, vous leur donnerez satisfaction, ou suivant les* règles de la justice, ou par un traité amiable avec elles, car c'est à ces conditions que nous vous avons reçu dans la plénitude de notre grâce. »
L'une de ces chartes dit qu'elle est donnée au camp d'I'rbanet, l'autre au camp de la Vieille-Ville, ce qui peut être leraôme camp. La différence des dates pour les années, n'est, comme nous l'avons dit, qu'une erreur des copistes.
Les termes de: votre discrétion, notre sublimité et votre dilection, et quelques autres que nous avons conservés dans la traduction de cette charte, sont les titres d'honneur que l'on donnoil dans ce temps-là et que nous avons cru devoir conserver.
Je ne sais quel aleu d'Ulric de Baugé le duc de Bourgogne tenoit dans ce temps-ci, les auteurs de l'Histoire de Bresse ne nous en ayant rien appris; mais comme les fiefs se négocioient, ce fief a pu trouver sa fin et avoir été racheté ou échangé; les successeurs des ducs de Bourgogne ne l'ayant plus possédé, les titres n'en sont pas venus jusqu'à nous. L'on voit, par celte charte, que cet aleu étant dans l'empire, Hugues promet de tenir ce fief de l'empire, suivant les usages de Bourgogne et de Provence, parce que ces aleus étoient dans le royaume de Bourgogne que l'on appeloit aussi royaume de Provence, comme nous l'avons déjà dit plusieurs . fois.
La convention par laquelle l'on stipule que Mr de Bourgogne serviroil le roi en personne si l'empereur venoit à attaquer le royaume, et qu'il servirait l'empereur personnellement si le rai attaquoit l'empire, nous fait voir que quoique le duc de Bourgogne fût né sujet du roi, il ne croyoit pas commettre une félonie, s'il servoit personnellement l'empereur pour ses fiefs; et tel étoit l'usage de ces temps-ci, sans quoi le duc de Bourgogne n'aurait pu promettre ce service à l'empereur contre le roi de France même. M' de Camps prétend (a) que cet acte prouve la haute souveraineté de
(a; Mercur* d'atril 17*5.
nos rois sur le royaume de Bourgogne; car, dit-il, le roi des Romains, qui parle seul dans cet acte, veut et consent que le duc Hugues le serve à Fa guerre, pour les comtés de Vienne et d'Albon, pour et contre tous, excepté contre le roi de France, réserve, dit-il, qui ne peut venir que de la haute souveraineté de la couronne de France sur ces deux comtés ; mais Mr de Camps se trompe en disant que le roi des Romains veut que le comte d'Albon le serve contre tous, excepté le roi de France, car le roi de France n'en est excepté que dans un cas, qui étoil si l'empereur attaquoit le roi, car si le roi attaquoit l'empereur, le duc de Bourgogne s'obligeoit de venir servir l'empereur personnellement, bien loin d'excepter le roi; en ce cas, l'exception du roi de France dans un seul cas ne prouve donc point la haute souveraineté de nos rois ; mais elle prouve l'usage des fiefs de ces temps-là, comme nous l'avons dit.
Le droit des églises que l'empereur se réserve parolt marquer que le roi des Romains, que nous traitons souvent d'empereur, parce qu'il le fut bientôt après, no vouloit pas obliger le comte d'Albon à leur faire la guerre et qu'il vouloit au contraire qu'il leur rendit la justice qu'il lour devoit.
Le consentement que l'empereur donne à ce que le fils du duc de Bourgogne jouisso des fiefs de Mr de Baugé, fait voir qu'il falloit une permission expresse des empereurs ou rois des romains, afin que les François, qui avoient de grands fiefs en France, en possédassent aussi dans l'empire. Ces permissions étoient nécessaires, parce que les fiefs demandant un service personnel, celui qui étoit obligé de servir en France ne pouvoit naturellement pas servir dans l'empire.
Quoique cette charte ne donne à Hugues que le titre de duc de Dijon, il prenoit néanmoins celui do duc de Bourgogne et de comte d'Albon, lorsqu'il écrivoit luimême, comme on le voit dans une charte de l'an 1189 (a).
Je crois qu'Etienne de Villars, dernier de cette maison, qui avoit fait la donation dont nous avons parlé, à l'abbaïe de l'isle, mourut en H 87 ou 1 1 88, après avoir marié Agnès, sa fille unique, à Etienne de Thoirc, qui joignit le nom do Thoirc à celui da Villars à cause de cette alliance, car Humbcrt de Thoire, père d'Etienne de Thoirc et Villars, et beau-père d'Agnès, prit en arrière-fief de l'empire deux péages (b) que Etienne de Villars avoit tenus auparavant par autorité royale, c'est-à-dire qu'il avoit possédés pendant sa vie par l'autorité des rois de Bourgogne ; car, quoique ces pays priassent le nom de terres de l'empire, ils n'éloient cependant que du royaume de Bourgogne, de Vienne ou de Lyon. L'un des péages qu'Humbert de Thoire et de Villars prit en arrière-fief de l'empereur, se levoit dans un chemin public ou grand chemin, près d'Ambournay, et l'autre se levoit à Trévoux, sur la rivière de Saône. Humbert de Thoire promit au roi des Romains de payer six deniers de France pour chacun de ces péages, a l'empire, pour reconnoissance de cet arrière-fief. Humbert de Thoire fit plus ; il possédoit en franc-aleu le château de Varey, la moitié de celui
(»; i'érard, Mim. Bourg., p. !0J.
H; Cairbcnon. Hit». Drww, Preum, f, W,
A L'HISTOIRE DE DOMBF.S.
de Saint-André, qu'Aîné de Coligny tenoit de lui, avec le quart des revenus de la terre de Varey et plusieurs autres biens dans la paroisse de Poncin, Humbert les donna en propriété à l'empereur Henry, qui les lui rendit sur-le-ohamp, pour les tenir à perpétuité en flef de l'empire. Cet empereur ou roi des Romains défendit ensuite à toute personne de rien faire au préjudice de cette constitution de fief, à peine de 40 1. d'or d'amende, dont la moitié seroit applicable à la chambre impériale et l'autre moitié à celui qui auroit été troublé. La charte de ce fief et arrière-fief est du 23 juillet 4 188; elle fut donnée à Theissonar, en présence d'Henri, évôque de Basle, d'Othon, duc do Bourgogne, frère d'Henri, roi des Romains, de Conrad, Palatin du Rhin, d'Hugues, duc de Dijon, d'Hugues, comte de Liningcn, et de plusieurs autres.
Othon, à qui la charte donne le titre de duc de Bourgogne, n'en possédoil que le comté, autrementappelé Franche-Comté, et Hugues, appelé duc de Dijon, étoit duc du duché de Bourgogne, situé dans le royaume.
L'on donna à Othon le titre de duc de Bourgogne, au lieu de celui de comte, parce qu'il étoit comme le vicaire de l'empereur, son frère, dans tout le royaume de Bourgogne et d'Arles ou Provence; car Othon, évéque de Frisingue, dit qu'il eut le royaume d'Arles avec le comté de Bourgogne ; et Gunter dit qu'il doute si Othon avoit dû être appelé comte ou roi ; d'autres, dit Duchesne (a), l'ont qualifié régent d'Arles et disent qu'il fut le premier comte qui s'intitula Palatin ; mais la charte, dont nous parlons, donne déjà le titre de comte Palatin du Rhin à Conrad.
Nous ne savons si la modicité de la redevance de six deniers de France a été cause que le tief du péage de Trévoux n'a pas été exigé, ou si Etienne de Villars et sa femme, qui éloicnl les seuls propriétaires de ces péages, ne le voulurent plus rcconnoltre, ou s'ils le rachetèrent; car il ne nous reste aucun vestige que cette redevance ait jamais été payée à l'empire, ni que no> princes aient jamais fait foi et hommage pour ce péage, quoique ce péage de Trévoux ait toujours été exigé depuis cette charte, comme il l'étoit auparavant. Ces six deniers sont la seule redevance que les empereurs aient jamais eue dans la souveraineté ; encore ne croyons-nous pas qu'ils en aient jamais joui, comme nous venons de le dire.
Les autres terres qu'numbert donna à l'empereur et que l'empereur lui rendit surle-champ, pour les tenir en fief de lui, nous font voir que les seigneurs ne faisoient pas tout le cas qu'ils dévoient des droits de franc-aleu, et que cherchant toute sorte de moyens pour s'attirer la protection des empereurs, ils leur soumettoient leurs terres et seigneuries en en constituant des fiefs ; mais ces fiefs ainsi créés se perdoient aussi facilement qu'on les établissoit, car, ou ils se prescrivoient, ou l'on s'en affranchissoit à prix d'argent, ou, lorsque ces seigneurs étoient appelés pour servir dans l'empire, ils prétendoient no devoir servir que dans le royaume de Bourgogne, et qu'ils étoient obligés de garder leurs terres qui étoient sur les frontières; ainsi ils éludoient toujours l'effet de leurs promesses par l'éloignement où ils étoient
M B»»r»«8n -, p. MI.
«l'Allemagne et d'Ilalic, où ils auroient pu être appelés pour servir comme possesseurs des fiefs ou arrière-fiefs de l'empire.
Nous avons différé jusqu'ici de parler de la mort d'Humbcrt III et de celle d'Huinbert IV, car, quoiqu'Humbcrt IV fût mort avant son père, qui ne mourut qu'en H 93 ou II 94, suivant un titre lire des archives du Beaujollois, Severt le fait mourir au mois d'août H 58; il s'est trompé en cela, n'ayant pas fait attention aux titres que nous avons rapportés, qui font vivre le père et le fils en même temps. Ilumbert IV mourut en H 89, suivant Duchesne. Severt, qui confond la mort d'Humbcrt IV avec celle de son père, fait mourir l'un de ces Ilumbert en 1 189 ou 1 192; mais ce fut le père qui mourut en 1192 ou plutôt en H 93 ou 4 194, et son fils étoit mort en 11 89. Severt dit qu'Humbert IV étoit né, en 1 14Î, au chAtean de Ponilly ; je ne sais où il a pris ce fait qui pourroit être vrai.
Ilumbert III fut marié avec Auxilie ou Alise de Savoie, fille d'Amé III, comte de Savoie, de Piémont et de Mauriennc, marquis de Suze et d'Italie, et de Manant d'Albon. Elle mourut, à ce que je crois, le 40 avril, suivant l'Obituaire de Beaujcu, si c'est elle qui doive être appelée la comtesse, parce qu'elle étoit tille du comte de Savoie ; mais nous ne savons pas en quelle année sa mort arriva (a).
Celle princesse étoit nièce d'Alix de Savoie, femme de Louis-le-Gros, reine de France, et sœur de Mahaut de Savoie, reine de Portugal. Elle eut en dot, suivant Guichenon, les seigneuries de Châteauneuf, en Valromay, de Virieu-le-Grand et de Cordon, en Bugey. Cette alliance fait voir en quelle considération éloit dès ce temps-ci la maison de Beaujen, puisqu'elle s'allioit avec la maison de Savoie, dont les filles éloient mariées aux rois de France et de Portugal. Guichenon prétend (b) (pie les comtes de Savoie se réservèrent la foi et hommage sur ces terres de Bugey qu'ils donnèrent en dot, et qu'IInmbert IV, fils d'IIumbert III, et Guichard V, en firent hommage à Thomas I" et à Amé IV, comtes de Savoie.
Ilumbert III eut pour successeurs :
1 . Humbert IV, dont nous avons déjà parlé et dont nous parlerons encore ;
2. Guichard, qui mourut en 1164 ou 1 1 63, comme nous l'avons aussi dit ;
4. Guichenon donne encore à Humbert III un fils appelé Gui, qui est nommé, dit-il, avec ses frères, dans une charte de 11 94. Je ne sais si ce fut ce Gui ou un Guichard de Beaujcu, car le titre ne met que G. de liellijoco, qui fut présent à l'acte par lequel Thiburge, fille de Raimond Athon, seigneur de Vieux-Mur et vicomte de Nismcs, renonça aux promesses de mariage qu'Adémard de Vieux-Mur avoit faites pour elle, pendant sa pupillarité, avec le fils de Guillaume, seigneur de Montpellier.
Ijc même Guichenon donne pour l'aîné de tous les enfants d'Humbcrt III, un
(») Guichenon, lltsl. de bombes ; Uitt Sivoye, p. 530. — Duchesse, Bourg., p. US. I», Guichenon, Hirt. de Dombt*.
A l'histoire de dombes.
Hugues de Beaujeu, qu'il dit n'avoir laissé qu'une fille, appelée Guicharde de Beaujcu, mariée, dit-il, à Àrchambaud VI du nom, vicomte de Comborn, fils d'Ardiambaud V du nom, et de Jordaine de Périgord. Elle décéda le 20 mai, suivant l'Obituaire de Beaujeu. Ce fut avant l'an 4221 (a).
De son mariage vinrent deux fils, savoir : Bernard, vicomte de Comborn, mari de Marguerite de Turenne, et Guichard de Comborn, chevaliers, vivant l'an 4848. Ce Bernard, dit encore cet auteur, fut père d' Archambaud VII du nom, vicomte de Comborn, qui épousa Marie de Limoges, fille de Guy III du nom, vicomte de Limoges, d'où vient Guy Ier du nom, vicomte de Comborn, en 4279, qui fut marié deux fois, savoir: avec Amicie de Chabanois, puis à Amoldis, fille de Guy, seigneur de Tonay, et non deThouars, comme a écrit Justel (b), qui s'est aussi trompé en donnant pour première femme à Archambaud VI du nom, vicomte de Comborn, Marie de Limoges, puisqu'il n'épousa que Guicharde de Beaujeu, et que Marie de Limoges fut femme d'Archambaud VII du nom, son petit-fils.
Comme je n'ai vu aucun titre qui parle de cet Hugues de Beaujeu comme fils atné d'Humbert III, il se pourrait bien faire que M. Guichenon, qui n'en cite aucun, auroit été trompé, sur la foi de Dubouchet. M. Fourny met cet Hugues pour le dernier des enfants d'numbcrt III ; il y auroit plus d'apparence qu'il le fat que d'avoir été Painé.
Paradin (c) donne une fille ù Humbert III, qu'il dit avoir été mariée à Guillaume l'Allemand, comte de Màcon; mais M. Duchesne remarque que le temps y résiste, si l'on prend ce Guillaume pour le pére de Renaud, comte de Bourgogne, et de Guillaume, comte de Vienne, d'Aussonne et de Màcon, et il dit que si l'alliance est véritable, elle doit avoir été femme du dernier Guillaume, et qu'en ce cas elle se seroit appelée Ponce ; mais cette Ponce n'étoit pas r!e la maison de Beaujeu, elle étoitdc colle deTravc, comme le P. Chifilel l'a prouvé dans sa Lettre sur Béatrix de Chalon.
Je crois qu'Humberl IV, de concert avec numbert III, son père, accorda les premiers privilèges de Villefranche et de Belleville et qu'il fit clore ces deux villes de murailles. Les privilèges de ces villes semblent l'indiquer, quoiqu'elles ne nomment qu'un Humbert; cependant, comme Humbert III étoit vivant, il est à croire que le père et le fils y eurent tous deux part. Les grandes franchises que ces seigneurs accordèrent à Villefranche, pour y attirer des habitants, firent qu'elle en prit le nom de Villefranche et qu'elle fut bientôt peuplée. Ces seigneurs, ayant reconnu l'avantage de ces franchises, en accordèrent à plusieurs autres pour les peupler.
CelObitnirt dit • « 15» L.l. junii, obiii Vieird., comitUia de (omborn. . ■) HUt. de Turenne, p. 38.
c) AUUneei Ceoé.1., p. 101*. — Htf. de Bourg ., p. 419.
MÉMOIRES POUR SEnVIR
Humbert IV, de son mariage avec Agnès de Tlnern, dont nous avons parlé, eut deux îilset une fille, selon Guichenon :
1. Gnichard V du nom, dit le Grand, dont nous parlerons ci-après.
2. Pierre de Beaujcu, prieur de la Charité-sur-Loire, en 1219, suivant Gnichenon (a), car nous n'avons vu aucun titre qui prouve sa filiation.
3. Alix de Beaujeu, mariée à Renaud de Nevers, comte de Tonnerre, qui mourut au siège d'Acre, en 4 191; il étoit fils de Guillaume, comte de Nevers. Après la mort de son mari, elle se fil religieuse à Fontevrault. Elle donna, en 1 199, avant que de faire profession, à Guy de Dampierre, Baigneur de Bourhon, les seigneuries de Brissac et de Bannassac.
Mr Duchesnc ne donne à Humhert IV aucun autre enfant que Gnichard, qui lui succéda.
llumbcrt IV est nommé parmi les protecteurs de la chartreuse d'Arvières en Valromey; il est dit dans la lettre do leurs bienfacteurs qu'il confirma cette maison, qu'il lui acheta la grange de Faolet, et que Gnichard, sou fils, y fit une maison. Guichenon remarque que nos princes éloienl bienfacteurs et protecteurs de celle chartreuse en qualilé de seigneurs de Chàleauneuf et de Virieu-le-Grand, et qu'ils a\oient plusieurs infèodations en Valromey, où ils ne prenoient que la simple qualilé de sires île Beaujeu, sans parler de leurs seigneuries de Bugey et Valromey, par une simplicité, dit-il, assez commune en ces siècles-là.
Paradin [s] donne pour femme à cet Humbert une fille d'Hugues de Chalon, frère de Guillaume l'Alleman, comte de Maçon et Chalon; mais n'en rapportant point de preuves et étant contredit par Duchesnc et Guichenon, l'on ne peut suivre son avis, ce mariage étant plus ancien que ce temps-ci, comme nous l'avons dit ci-devant.
L'empereur Fridéric Ier mourut à la Terre-Sainte, en 1 190; son filsavoit été couronné roi d'Arles eu 1 178 et roi des Romains en 1 181 ; ce fils lui succéda en 1191. Nous avons parlé du traité que cet Henri VI, roi des Romains, fit avec Hugues, duc de Bourgogne, mari de Béatrix, dauphine et comtesse de Viennois, et du péage de Trévoux qu'il confirma. Richard, roi d'Angleterre, revenant de la Terre-Sainte, en 44 92, fut jeté en Dalmatie par la tempête, et voulut passer par l'Allemagne pour gagner MS états; il fut reconnu et arrêté prisonnier en Autriche, dont il avoit mal traité le duc, en Palestine. Il ne put obtenir sa liberté, à la fin de 4193, qu'en donnant 2000 marcs d'argent à l'empereur; mais comme l'empereur ne voulut pas paraître, disent quelques auteurs (c), avoir pris cet argent pour la liberté d'un roi qui n'avoil
Min. généilog., Je Sivo)c, Ut. S. UbU IS, p. 1103. ■) Alliance* gentil., p. 1017.
|«; Fltury, Uiit. Ec«l., I. 71, n. Il et M. — Dachtsnc, Mit. «TAnglfUrre, p. m.
A L'HISTOIRE HE DOMBES
passé dans ses états qu'eu revenant «le faire la guerre aux ennemis du christianisme. Hoveden prétend (a) que l'empereur céda à ce roi une chose qu'il avoue qui ne lui fut guère utile, qui étoit la Provence, Vienne, Marseille, Arles, Lyon et tout le pavs jusqu'aux Alpes, ce qu'il avoit en Bourgogne, l'hommage du roi d'Arragon et l'hommage du comte de Saint-Gilles, qui étoit comte de Toulouse, sous l'hommage de l'empire; mais Hoveden avoue que cette cession ou donation n'eut aucun effet, parce que l'empereur lui-même n'a voit jamais pu régner sur ces terres ni sur les seigneurs qui y dominoient, qui n'avoient jamais voulu recevoir quelque seigneur ou gouvernear que cet empereur y eut envoyé.
Hoveden nous donne, par les termes dont il se sert, une grande preuve de la liberté et de la souveraineté des princes et seigneurs de ce pays qui, dès 1 193 et 11 94, ne umloient pas reconnottre pour maîtres ceux que l'empereur leur envoyoit, parce qu'ils étoient tous souverains .!ans leurs terres et seigneuries. Le témoignage de cet auteur établit cependant que l'empereur se regardoit toujours comme maître et haut souverain de Lyon et de son diocèse, puisqu'il le comprenoit dans sa cession.
A l'égard de l'hommage du comte de Saint-Gilles, il faut qu'il fût dû à l'empereur pour des terres de l'empire, ou si c'étoit un hommage pour le comté de Toulouse, il faut croire, comme le dit Mr Catel, que ces comtes, comme plusieurs autres de France, étant mal avec le roi et quelquefois avec quelques autres seigneurs, leurs voisins, se dislraisoient de l'hommage qu'ils dévoient an roi comme à leur seigneur naturel, et qu'ils se soumettoient à l'em|>ereur. Catel dit que le comte de Flandres, pour se retirer de la domination de Philippe-AugusU», Qt hommage de sa comté à l'empereur Fridéric Barbcrousse, et que Raimond, comte de Toulouse, ayant guerre contre le roi Louis, metloit dans ses titres Friderico imperante, comme s'il n'eût plus reconnu le roi de France et que l'empereur eût été son seul souverain.
Le même comte de Toulouse fit aussi hommage au roi d'Espagne ; sur quoi Mr Catel observe que ces soumissions ne rendoient point les comtes de Toulouse vassaux ni feudalaires des rois d'Espagne, parce que, pour être feudataire, il faut avoir reçu la terre de celui à qui on la reconnolt, et que les rois de Caslille et d'Arragon, n'ayant point donné le comté de Toulouse à ces comtes, qui l'avoient reçu des rois de France, ils ne pouvoient reconnoltre un autre seigneur que les rois de France ; mais Mr Catel avoue que c'étoit la coutume de ces temps-là, que lorsqu'on avoit besoin de quelqu'un l'on se mettoit soi et sa terre sous sa protection, ce qu'ils appeloient se commendatr alicui, comme on le voit dans la vie de saint Géraud, écrite par Odon, ou l'on voit, dit Catel, qu'un seul seigneur se recommandoit quelquefois à plusieurs pour avoir plus de seigneurs pour le soutenir.
Ces hommages étoient plutôt des ligues que ces seigneurs, qui îe prétendoient souverains comme les électeurs de l'empire le sont, faisoient avec de plus grands
(») Itoger Je Hoveden, lli«t. Anglica.— Catel, Uiit. de* comte* Je Toulou»*, |>. (9 cl 1». — CUoricr, t. î, p. 7S.
seigneurs, que de véritables hommages; car si c'eût été de véritables hommages, le* rois de France en aui oient puni les comtes de Toulouse ; il y avoit d'ailleurs des hommages qui n'emportoient point de supériorité, mais seulement une obligation de servir celui à qui Ton faisoit hommage, pendant un certain temps, avec un certain nombre de troupes, et ceux qui les faisoient avoient soin d'excepter leur légitime souverain, et quand on ne l'avoit pas excepté, il étoit excepté de droit; ainsi un seigneur se pouvoit rendre homme de plusieurs pour les servir les uns après les autres, lorsqu'ils n'étoient pas ennemis les uns des autres. M. Brussel, dont j'ai vu l'ouvrage depuis que j'avois écrit ceci, prouve fort bien que la plupart de nos hommages-liges n'étoient que des ligues et alliances que les seigneurs faisoient les uns avec les autres.
En M 9< (a), Bernard de la Tour, voulant suivre l'exemple de Bertrand, son père, cl de Guillaume, son oncle, qui avoient donné par pur don à l'abbé de Cluny le domaine ou plutôt la haute seigneurie du château de la Tour, reconnut tenir ce château en lief de cet abbé ; il lui en fit hommage en présence du roi Philippe et de plusieurs barons, à condition qu'on ne lui pourrait point ûter la garde de ce château et qu'il auroit toujours la juste, mais non la malicieuse défense et protection de la maison de Saint-Pardouf et de Chair qu'il tiendrait de l'abbé de Cluny, qui ne pourrait céder ce domaine ou fief à personne autre, en sorte qu'il ne serait que pour l'utilité de labbaïe.
L'on stipula que le seigneur n'aurait point la malicieuse défense de ces maisons, ce qui signifie, à ce que je crois, qu'il n'usurperait pas ces maisons ou leurs droits sous prétexte de cette défense et protection, et qu'il ne les rclacheroit pas à leurs ennemis au lieu de les défendre comme il le devoit et le promettoit.
Le comte de Hainaut, quoique souverain et relevant de l'empire pour la plus grande partie de ses terres, fit, en H 90 (bj, hommage-lige et avant tous autres à Philippe-Auguste, roi de France, pour sa terre d'Ostrevent. Il retint que s'il se trouvoit quelque partie de cette terre qui fut hors des limites du royanme, elle ne serait pas du fief du roi et que son hommage ne s'y étendrait pas; il déclara de plus qu'il tiendrait cette terre en baronie, et que, pour raison de cette seigneurie, il servirait le roi avec cinq chevaliers, comme faisoient les autres barons du royaume. Il retint que les coutumes qui étoient observées dans cette terre y seraient continuées, et, à l'égard de la garde des églises et des abbaïes, le roi promit qu'il en ferait faire des informations et que s'il étoit prouvé qu'elles appartinssent au roi, il les garderait; et que si elles appartenoient au comte, il les tiendrait à hommage du roi. Si le roi de France eût eu quelques prétentions sur les terres de l'empire, auroit-il restreint l'hommage qu'il demandoit aux seules terres du royaume et en auroit-il excepté celles de l'empire ?
»J Blfal. S«lnn , crnl 1, cap. 9.
[m) Uhbt, MliaacM chr««ol., ion. S, p. «04
A I.'UISTOIRE DE DOMBES.
L'empereur Henri VI ayant exigé l'hommage du roi d'Angleterre, tandis qu'il le tenoit prisonnier, étant reconnu en Allemagne, en Italie et dans toutes les terres de l'empire, étant de plus maître des royaumes de Naples et de Sicile, ces grands états le rendant extrêmement fier et vain, il prétendit que tous les états de l'Europe dévoient le regarder comme leur seul souverain, parce qu'il étoit empereur d'Occident (a); ainsi il croyoit que tous les rois lui dévoient faire hommage et su reconnollre ses feudataires. Il voulut se liguer avec le roi d'Angleterre contre la France, pour obliger le roi de France à reconnollre sa haute souveraineté; mais quoiqu'il eût excité la guerre du roi d'Angleterre contre la France, il n'entreprit point d'agir contre Philippe-Auguste pour sa chimérique prétention. Si Philippe-Auguste, qui sut les desseins de cet empereur, eiU été en possession de la haute souveraineté du royaume de Bourgogne, il n'auroil pas manqué de faire connoltre à cet empereur qu'il étoit son vassal pour ce royaume. Philippe-Auguste n'en parla point, parce qu'il n'y avoit aucune prétention, et que l'empereur, comme roi de Bourgogne, ne dépendoit en aucune manière du royaume de France.
Quoique les prétentions des empereurs fussent très-chimériques sur le royaume de France, cependant le roi Charles V, recevant l'empereur Charles IV dans son royaume, prit plusieurs précautions afin que cet empereur, son oncle et son ami, ne fil aucune chose dans ses états qui pût autoriser les fausses idées que les empereurs auroient pu avoir, et afin que ses sujets ne le regardassent point comme son supérieur (b).
Cet empereur vint en France après Noël de l'an 1377 ; il assista au parlement de Paris ; il y fit un chevalier et déclara le dauphin son vicaire perpétuel et irrévocable dans le royaume d'Arles et dans le Dauphiné; il donna même une dispense d'âge au dauphin pour exercer ce vicariat. Si les rois de France eussent été hauts souverains des royaumes de Bourgogne et d'Arles, bien loin que le roi Charles V, qui a été appelé le Sage, et qui a été un des plus habiles de nos rois, eût demandé ce vicariat et celte dispense à l'empereur, ce roi l'auroit dû donner lui-même h son fils ; il ne le fit pas. Il reconnut donc qu'il n'avoit ancun droit ni souveraineté sur le royaume de Bourgogne; il reconnut, au contraire, et très-authentiquement, qu'elle apparlenoit aux empereurs; aussi le R. P. Daniel convient-il que ces pays étoient encore alors regardés comme terres de l'empire; mais qne nos rois ni nos dauphins n'en ayant pas fait hommage aux empereurs depuis trois ou quatre cents ans, les empereurs y ont perdu les droits qu'ils y avoient pour no s'en être pas servis, outre que les derniers empereurs, qui ne desccndoienl pas de nos rois de Bourgogne, n'y avoient pas le même droit que ceux qui en descendoient.
Je ne sais si Guichard V succéda à son père, Humbert IV, en <<89, qu'il mourut, comme nous l'avons dit, Humbert III, son aïeul, vivant encore, ou si ce fut son
(*) Daniel. Ui*l Je France, in-l», tara. S, p. A2-8I, ».J tan. 1 1 91. (»} Denkl. Hi»t., ion. *, in-1», p. 76, 77 et 78.
iOf> MÉMOIRES rOl'B SERVIR
aïeul qui reprit le gouvernement pour quelques années, et jusqu'à ce que son petitfils fut en âge de gouverner par lui-même. Ce qu'il y a de certain, c'est que Guichard jouissoit du Beaujollois et de la Dombes avant l'an 1194, car il transigea ou lit un traite" de paix, en 1191 ou 1192, avec Jean de Uelesme, archevêque de Lyon, par la médiation de l'abbé de Cluny , car Jean de Uelesme abdiqua l'archevêché de Lyon, en 1 193, comme le dit La Mure, après Paradin, qui rapporte un acte de cette année, où Renaud, successeur de Jean de Brlesme, agissoit comme archevêque élu. Il est dit dans le traité fait entre Guichard et Jean de Relesme (I ), que noble homme i .uichard de Beaujou, pour dédommager l'archevêque et l'église de Lyon des maux et des injures que tant son père que lui avoient faits à cette église, leur donne en propre et en alen le village ou paroisse de Lissieu, avec toutes ses appartenances, ainsi que tant lui que ses prédécesseurs l'avoient possédé; il leur donna encore tout ce. que d'autres personnes en avoient possédé de son pète ou de lui, soit en lief ou de» quelqu'autre manière que ce fùL Il donna cette seigneurie à l'archevêque et à l'église de Lvon, pour la posséder en franc-aleu pour eux et leurs successeurs. Et en même temps l'archevêque et l'église de Lyon rendirent cette paroisse de Lissieu et la donnèrent en ftef à Guichard de Beaujeu, avec les mêmes biens et les mêmes possessions, et leurs appartenances, pour les tenir de l'église, comme les autres fiefs que Mr de Beaujeu devoit tenir d'eux, dont ils lui donnèrent une espère de nouvelle investiture; et Mr de Beaujeu en fit en même temps hommage-lige à l'archevêque et à l'église de Lyon, pour ce fief de Lissieu et pour les autres qu'il tenoit, et leur jura lldélilé-lige. Ainsi il faut que si ce château eût été démoli, suivant la sentence du pape, de l'an 1432, dont nous avons parlé, qu'il eût été rétabli, soit du consentement de l'église de Lyon, ou de quelqu'autre manière.
Après que Guichard de Beaujeu eut prêté cette foi et hommage, il déclara les fiefs pour lesquels il la prêloit. C'était pour Villefranche, Pouilly et le château de Chamclel, lequel il avoil pris depuis peu en fief de Guigues, fils du comte de Fore/, à condition néanmoins que s'il se faisoil décharger légitimement du droit de fief sur Chamelet, qu'il le tiendroit de l'archevêque et de l'église de Lyon, avec ses autres liefs, et qu'il en tiendroit aussi le fief de laGonfalonie, duquel dépendoienl lès chemins publics qu'il avoil dans l'évèché de Lyon. El comme ce droit de fief de Lissieu ne dédommageoil pas, apparamment, assez l'église de Lyon des pertes qu'elle avoit souffertes par les injures que Guichard et son p're lui avoient faites, Guichard obligea la terre de Lissieu à l'archevêque et à l'église de L\on, pour la restitution de 1000 marcs d'argent qu'il promit pour le surplus du dédommagement de l'église, et, moyennant cette obligation, l'archevêque et l'église donnèrent l'absolution à l'âme de son père de tous les dommages et de toutes les injures qu'il avoit faits à l'église pendant sa vie.
Afin que cette paix fût plus durable, Guichard céda à l'archevêque et à l'église de Lyon tous les droits que lui et son père avoient prétendus sur les terres et forteresses
(I) V. PUttl Ju*liflrtti«c.. p 55, o- 10.
A L'HISTOIRE DE DOMBES. 407
«le Varenne et de Bully, el a l'égard des droits que Guichard el son père avoieni demandés sur le château de Tarnan, il fut convenu que Guichard justifierait de ses droits à l'archevêque et à l'église de Lyon, dans la fête Saint-Michel, alors prochaine, s'il croyoit d'y être bien fondé, et que passé ce temps tous ses droits seraient éteint.», à moins que l'archevêque et l'église n'eussent empêché que cette difficulté ne fut terminée. Mr de Heaujeu jura qu'il tieudroit exactement la paix à l'église sur tous ces points; que s'il y airivoit quelque contravention de part ou d'autre, qu'on la réformerait dans quaraute jours après, et que s'il arrivait quelque contestation silices contraventions ou infractions à ce traité, les parties s'en remettroienl à l'avis et arbitrage de l'abbé de Cluny, par la médiation duquel ils l'avoient fait, et que quarante jours après son jugement l'on rétabliroit ce qui auroit été fait contre celte convention.
L'église de Lyon exigea des cautions de Alr de Beaujeu pour l'exécution de ce traité de paix; ainsi Hugues de Foudras, Rhinfroy de Marchand, Guichard de Marzé, Etienne Mains, Ogier le Sauvage, et avec eux jusqu'à vingt chevaliers, jurèrent pour Guichard et avec Guichard, qu'ils exéculeroient fermement etfidèlemcnt toutes ces conventions, avec promesse de se rendre en Ôlage à Lyon quaraute jours après qu'ils en auroient été requis et d'y demeurer jusqu'à ce que la réparation des torts eut été faite; et comme il y avoit quelqu'unes des terres du fief de l'église qui étoient encore obligées à quelques particuliers, ce qui ponvoit empêcher que l'église ne fut servie de son lief, il fut convenu que l'église pourroi! priver les créanciers à qui ces terres éloient hypothéquées et qu'on ajouterait les sommes qu'ils paieraient aux 1000 marcs que Mr de Beaujeu reconnoissoit devoir à l'église. L'archevêque promit d'exécuter fidèlement cette paix, et le doyen et le chantre de l'église de Lyon, avec un abbé et Guillaume Charpinel, jurèrent aussi son observation.
Paradin ( il attribue ce traité à Guichard VI, fils de Louis de Beaujeu; il le date de l'an 1289 ; mais ce traité étant rappelé dans un traité de l'an 1222, dont nous parlerons, il ne lui peut pas être postérieur, et tout ce que Paradin dit de l'excommunication do Mr de Beaujeu n'est soutenu d'aucune preuve; car, si bien l'archevêque et l'église de Lyon absolvent lame d'Humbert IV des maux qu'il leur avoit faits, c'est parce qu'ils ont cru que ce seigneur ayant recommandé à son fils, suivant l'usage de ce temps-là, de réparer ses torts, et son fils les réparant, ils pouvoient donner légitimement l'absolution à lame de son père des dommages qu'il leur avoit causés.
La Mure a rais un Jean III parmi les archevêques de Lyon, sur la foi de Paradin, qui date cet acte de l'an 1289; mais comme il est de près de cent ans auparavant cet évêque doit être oté du catalogue de nos archevêques, ainsi que Jean Ier, par les raisons que nous avons dit ci-dessus.
(») Bi*l. .le l.yon, liv. Il, ch»|> 51, ptgr 16!.
Paradin (a) fait encore d'autres fautes, car il dit que le doyen de Lyon qui fut présent à cet acte éloil Etie≠ cependant la première lettre du nom de ce doyen est un G ; ainsi il devoit s'appeler Guillaume ou de quelqu'autre nom qui commençât par celle lettre. Il donna le nom de Pierre, au chantre; cependant la première lettre de son nom est un A, suivant la charte; ainsi il s'appcloit Antoine ou d'autre nom commençant par A.
Il donne à l'abbé le nom de Robert ; peut-être a-t-il deviné, car la première lettre du nom de cet abbé étoit véritablement une R. Peut-être que Paradin, qui met cet acte de 1589, l'avoit d'abord mis en 4189, an auquel il pourrait absolument avoir été fait, et que n'ayant pas bien formé sa chiffre, il l'a mis cent ans plus tard. Ce qui me fait croire qu'il a erré de celle manière, c'est qu'il convient que cet acte est du temps de Jean, archevêque de Lyon et seul de ce nom, qui étoit constamment Jean de Belesme, qui vivoit en H 89. Le R. P. Ménétrier reconnolt (b) cette erreur, et •lit que l'on a peut-être voulu parler de Jean d'Urgel, précenteur, qui fut élu évéque après le décès d'Aimard de Roussillon ; mais si l'on avoit voulu parler de Jean d'Urgel, oh aurait mis Jean III avant Raoul de la Tourrette, et cependant La Mure le met après Raoul ; ainsi ce ne peut être d'Urgel que La Mure ait appelé Jean III, et il a cru qu'il y avoit eu un autre Jean qui avoit élé archevêque de Lyon, autre que Jean d'Urgel.
Guichard n'exigea point de cautions de l'église de Lyon, soit parce qu'on se floit mieux aux gens d'église, soit parce qu'étant débiteur des 1 000 marcs d'argent, cette somme lui servoit assez de caution envers l'église, parce qu'il aurait refusé de la payer si l'église n'eût pas tenu sa parole.
Nous n'avons vu aucun titre antérieur à celui-ci qui dise que Villefranche, Pouilly et Chambclet fussent du lief de l'église de Lyon ; peut-être n'y en avoit-il point, la plupart des fiefs et môme des autres charges n'étant alors fondés que sur la parole des débiteurs et sur leur bonne foi.
Nous en verrons plusieurs exemples dans la suite ; nous en allons rapporter un d'environ ce temps-ci [c), qui regarde la régale des églises de Lyon et d'Aulun. Celle de Lyon avoil appartenu très-anciennement aux abbés de l'Isle-Barbe; depuis, et en 1081, après la mort de Gébuin, archevêque de Lyon, Landry, évéque de Màcon, eut l'administration de l'archevêché de Lyon; ainsi cen'étoient pas les évêques d'Aulun qui t'a voient Saint Grégoire-le-Grand avoit cependant donné à Siagrius, évéque d'Autun, le droitde faire les fonctions de métropolitain pendant la vacance du siège de Lyon (d). De ce droit, je crois que peu à peu l'évêque d'Autun s'altribua le droit d'ordinaire et celui d'exclure les autres évêques suffragants de Lyon de l'administration de la juridiction épiscopale, dont le chapitre devoit jouir et qu'il cédoit à l'évêque d'Autun.
(») lbid.,p. 185.
(g) Hi»t. de Lyon, p. 517.
(c) Méoelrier, Hitt., p»«« IW.
(•) Utm. TMvmb, ■oTembrt »7IS. p. Itll.
A l'histoire de dombes.
L'archevêque de Lyon et l'évêque d'Autun jouissoient déjà, depuis assez longtemps, rie cette administration, tant au temporel qu'au spirituel, en ^89 ; car Philippe- Auguste déclara qu'avant appris, par gens dignes de foi, que toutes les fois que l'église d'Autun venoit à vacquer, le droit de l'église de Lyon étoit que son archevêque metioit en ses mains ses droits de régale qui étoient à ce roi (c'est-à-dire tenus de lui) et tous les autres qui appartenoient à l'église d'Aulun, et que réciproquement, toutes les fois que l'archevêché de L\un venoit aussi à vacquer, l'église d'Autun mettoit en sa main tout ce qui appartenoit à l'archevêché (a). Il vouloit que ces églises jouissent de ce droit de la même manière qu'il avoit appris de gens de hien qu'elles en jouissoient, sans que la saisie qu'il avoit fait faire de la régale d'Autun, après le décès de l'évêque Etienne, pût tourner au préjudice de l'évêque de Lyon, auquel il restitua cette régale et a ses successeurs. Ce roi appelle Jean de Belesme, à qui il faisoit celle restitution, son Adèle.
L'on voit, par ees lettres-patentes, que pour un fait très-considérable, le roi s'en lia au dire des gens de probité, sans qu'on lui apportât aucune preuve par écrit des ilroils de l'archevêque de Lyon. S'il ap|>elle cet archevêque son fidèle, c'est que cet évèque étoit son sujet, parce qu'il étoit né en Poitou et qu'il lui avoit prêté serment de fidélité comme évêque de Poitiers ; car, s'il eût prêté ce serment au roi pour la régale d'Autun, le roi n'auroit pas fait saisir cette régale et n'auroit pas eu besoin de chercher des témoins pour la jouissance réciproque de cesévêqnes qu'il auroit su dès longtemps, par les serments de fidélité que les archevêques de Lyon lui en auroient faits.
Humbert, père de Guichard, étant décédé débiteur de l'abbaïe de Cluny de 20,000 sols, son fils promit en H92 de les payer à Hugues de Vienne, créancier de cette abbaïe, savoir 10,000 sols à la Saint-Martin et les autres 10,000 à la même Saint-Martin de l'année suivante, et donna vingt chevaliers pour être ses cautions, et, faute de payer, il promit de demeurer en otage à Beaujeu avec vingt de ses chevaliers, entre lesquels furent Hugues de Ronchevol, Hugues de Fondras, son sénéchal, Hugues de Marzé, Etienne de Piseis, Hugues de Fougères et Aimou de Thélis. Outre ces vingt chevaliers qui étoient ses vassaux, il donna encore pour cautions les comtes de Forez et de Chalon, dont le premier s'obligea d'aller en otage à Charolles, et le deuxième à Cleppé en Forez.
Guichard de Reaujeu avoit ses officiers, à l'exemple des rois qui avoient les leurs ; c'est pourquoi l'on voit ici qu'Hugues de Fondras étoit son sénéchal.
En 1 1 93 (u), il y eut un traité entre Renaud, élu archevêque de Lyon, et les habitants de cette ville, au sujet d'un impôt que l'archevêque et l'église de Lyon levoient sur les vivres qui s'«pportoient dans la ville, vivres qu'ils taxoient à leur volonté, ce
(a) Spkiltg., Ion. S, p. M*. — Ménétrier, Hirt., p. M, 101», Ml, 111. (») tliti. Lyon, Panam, p. 1»». — D« RubU, !«0. - Méotlri.r, Ms
qui fàclioit les habilanis, qui rachetèrent ce droit del'église pour 20,000 s. Cependant l'église ne leur vendit ce droit qu'à grâce de réachat et se réserva le droit de le rétablir en remboursant la somme qu'elle avoit reçue ; le remboursement devoitêtre faii en raonnoie dont les 30 s. valussent le marc d'argent ; car l'on avoit soin, dans ce lemps-ci, de prévenir les changements des monnoies autant qu'on le pouvoit en stipulant son paiement au poids de l'argent, comme nous l'avons déjà dit.
En la même année (a), Guichard, pour l'amonr et par la crainte de Dieu, pour le salut de son àme et de celles d'Hurabert, son pére, de son aïeul, de son oncle Guichard et de tous ses prédécesseurs et successeurs, délaissa et accorda à Dieu et à l'église Sainte-Marie de Belleville et à ceux qui l 'habiteraient, et il promit avec serment sur les saints évangiles de ne point contrevenir à sa concession ni à la charte qu'il feroit sceller de son sceau sur ces dons, il donna, dis-je, et confirma à cette abbaïe tous les droits que son aïeul Humbert lui avoit donnés et ceux qu'il pourrait lui ddnner à l'avenir, tout ce que son père, aussi appelé Humbert, lui avoit donné ou engagé, avec promesse de garder et protéger tous les hommes et toutes les terres de l'abbaîe, en quelque lieu qu'elles fussent situées, et de maintenir l'abbé et sa maison dans leurs moulins tantdedans que dehors la ville, ainsi que dans la maison qu'ils avoient joignant les fours ; il promit de plus d'empêcher qu'on ne bâtit aucun four ni mou un depuis Belmon et au-dessous, et que personne n'y pourroit venir chercher des blés pour les faire moudre ailleurs. Il s'engagea à maintenir le marché et ses franchises, la grenelle et sa liberté, la pèche avec le port, le bateau et ses dépendances, enfin tous les biens qu'elle possédoil par ses donations ou celles de ses prédécesseurs, ou de toute autre personne.
Il déclara aussi qu'il vouloit que tous les hommes de l'abbaîe fussent exempts de toute corvée, maréchaussée et taille. Il promit aussi de conserver la liberté de l'église, tant pour les hommes qui s'y réfugieraient que pour les effets que l'on y mettrait en dépôt, soit pour l'honneur de Dieu, de la Sainte- Vierge, que pour celui des saints, et soit parce qu'il fil VOMI de s'y faire ensevelir lui et toute sa race, et qu'il l'ordonnoil ainsi; et soit parce que son père et son aïeul avoient promis les mêmes choses avec serment, depuis la construction de l'église, il recommande à ses héritiers de n'y point contrevenir. Il se rendit garant de la validité de toutes les donations, ventes ou engagements que 6es hommes feraient à l'abbaîe de ses fiefs et de ses aleus, et promit de les approuver, déclarant qu'il les donnoit dès lors, ce qui éloil les décharger de tous droits d'amortissement ou d'indemnité.
Il voulut que pour conserver la mémoire de ce don, l'archevêque de Lyon y fit mettre son scean et celui de son chapitre, que l'évêque de Mâcon y fit aussi mettre le sien, ainsi que le maître du Temple en Bourgogne, que l'on y apposât aussi son sceau et celui de son aïeul, avec celui de l'abbaîe de Belleville, voulant qu'ils pussent tous le corriger et le reprendre, s'il vouloit contrevenir à ces dons.
Cette charte fut passée à Belleville, derrière l'église, en présence de frère B
{») l'rtu'ti . lom lw, fal. Ï6.
A l'histoire de dombes.
maître du Temple en Bourgogne, qui l'écrivit par ordre d'Humbert, aïeul de Guichard, et fondateur de cette abbale, comme aussi en présence de frère Bernard de Serrières, frère Bernard de Baugié, frère Aymont de l'Ecluse, frère Pierre de Musse, commandeur de la Musse, templier, Gausmard de Challes, P... D'Àrginy, Etienne de Chanins, André de Saint-Lagier, chanoine, Hugues de Ronchivol, Guichard de Marzé, Huinfred de Marchampt, Boni face de Genouillieu, Barthélémy de l'Ecluse et Guy de Bourbon, chevaliers.
[| est à croire <|u'Humbert de Beaujeu, aïeul de Guichard, mourut peu après cette charte, car il devoitêtre très-Agé lorsqu'elle fut passée ; ce fut apparemment lui qui porta son pelit-llls à toutes ces libéralités qui étoient très-considérables dans ce temps-là.
(I faut que Guichard de Beaujeu fût malade, en Il'Ji ou M 95, ou qu'il voulût faire le voyage d'outremer ou de Rome ; car, c'est environ ce temps-là qu'il lit an testament qui est en original dans les archives du chapitre de Beaujeu (I) : ce prince en commandu l'exécution d'une manière assez particulière, car il voulut que tous ses vassaux fussent obligés de le faire exécuter en vertu du serment de fidélité qu'ils lu i avoieol pi été, et qu'ils empêchassent que ses héritiers ne se missent en possession de ses terres etde ses forteresses, jusqu'à ce que tout ce qu'il ordonnoit fut accompli. Il déclara d'abord qu'il vouloit qu'on notiliùt à tous présents et a venir que s'il venoit à mourir sans héritiers de son corps, ce qu'il prioit le Seigneur d'empêcher, toute sa terre de Beaujeu et d'Auvergne appartint à sa sœur, dont le nom parolt avoir été enlevé par rature dans l'original ; mais il n'y a, dans l'espace qui est en blanc, que ce qu'il faut pour y mettre quatre lettres . ainsi je ne doute pas qu'il n'y eût à sa sœur Alix, qui étoit la seule qu'il eût. Il donna à Guichard, fils de dame Guicharde, sa terre de Buge\, voulant que si lui et sa sepur venoient à mourir sans enfants, que ce Guichard lût son seul héritier. Il voulut que, moyennant le don ou legs de sa terre de Bugey et la substitution qu'il faisoitau profit du fils de cette madame Guicharde, elle vécut en paix avec lui et avec ses successeurs, et qu'elle ne leur pol jamais rien demander.
f.ette Guicharde étoit fille, ainsi qu'on le croit, d'Hugues, que la plupart des auteurs prétendent avoir été l'aîné de la maison de Beaujeu, qui fut apparainment exclu de la succession du Beaujolloi*. parce qu'il étoit décédé du vivant de son père et qu'il n'avoit que celte fille qui avoit de grandes prétentions sur le Beaujollois ; elle fut mariée à Archambaud de Comborn, dont les enfants transigèrent, en 1247, avec Humbert de Beaujeu, sur les prétentions qu'ils avaient sur les terres de la maison de Beaujeu, comme nous le dirons en son temps.
Outre cette institution d'héritier et cette substitution, Guichard donna 10 I. de rente pour son anniversaire, à labbaïe de Cluny, où il déclara qu'il vouloit être enterré, au cas qu'il mourût au deçà des monts, termes qui me font croire
(l) Ce document est aujoard-ani conservé dans les Archive» départementales du Bfctae On en trouver» le mu tout le n« il , page S8 de* Pièce» JustifleaUTea
que notre Guicbard étoit dans le dessein de faire le voyage de Rome ou celui d'outremer.
Il donna cent sols de rente au chapitre de Beaujeu, qu'il voulnt être prises dans un lieu proche Beaujeu et qui convint aux chanoines.
Il donna 4 livres de rente à l'église de Belleville, et à l'église de Jougdieu une condamine qui est sur le chemin près de Villefranche.
Il donna àGrandmont la pèche deRenins et un pain de sel ,1) qui lui étoit du toute» les semaines à Villefranche. Il donna 10 sols de rente au luminaire de l'église de Montmerle qu'il veut que l'on place à Renins. Il donna aussi 10 sols de rente aux luminaires des églises de Montmelas et du château de Thisy. Il légua aux moines de Thisy le curlil ou domaine de Précalonne ; à l'abbaïe de Savigny, 1 000 sols une foi.» payés. Il laissa à l'église de Denécé les droits qu'il demandoit dans le bois Polev . I! légua aux religieuses de Pôle en Roannois (2), 10 solsgen. un fois payés ; 10 livre." aux religieuses de Marcigny ; autant à l'hôpital de Chaney, autant à la Salveta de
Thiers, et à l'hôpital de Montagrel. 1000 sols de [3] à l'hôpital d'Escoles. il
voulut que l'on payât deux lions rej«s tous les ans à Pontrater, pour son anniversaire et celui de son père. Il donna au Temple son cheval et son palefroi, avec ses harnois, son épée et son bouclier, cl â l'hôpital de Jérusalem sa cuirasse.
A tous les prêtres de sa terre 3 sols et I denier. Il voulut qu'Enstaclie de Chatehnl jouit à perpétuité de la terre qu'il lui avoit donnée pour lui et ses héritiers, et que >on successeur au Beaujollois fit serment a M" Bernard qu'il l'auroit en honneur et respect, et qu'il lui laisseroit les biens dont il jouissoit, outre quoi il lui donnait 10 livres une fois payées.
Il donna 20 sols à l'église Saint-Jean de Beaujeu. Il voulut qu'on laissât a des nommés Pamier, Durant et Bonjean ce qu'il leur avoit donné. Il céda aux églises tout ce qu'il leur demamloit. Il donna 10 livres à l'église d'Aly et 100 sols à l'église de G relonges, voulant qu'on lui payât d'ailleurs tout ce qui lui étoit raisonnablement dû. Il donna à la chartreuse d'Arvières, en Bugey, ce qu'ils y demandoient pour faire une grange, avec autant de terre qu'une charrue en pouiTOil travailler tous les ans. Il donna 20 sols de rente aux religieuses de Bon et 10 sols de rente à Sainl- Sulpice. Il nomma pour les exécuteurs de ce testament Hugues de Poudras, Hugues de Ronchevol, Guicbard de Marzé, Humfroy de Marchand, le maître d'hôtel de Beaujeu, et Durand Suzanne. Les legs particuliers de ce testament font que nous le rapportons, quoiqu'il n'ait pas eu lieu, comme nous le croyons, Guicbard ayant laissé des enfants.
(I) Dut le teiU il y » « Mlmarium, » mot que Dueaagr interprète par rcai Je « jumenlom tarrinale. «quut clilelUriui. . V. Gk»*., I. VI, p. ». (3) Poailly-let-NoniiiM, canton de Roanne (Loire}.
(I) J'ai lo dan* le telle : «Miolidoa gienientium ;» peut-être fallait-il lire: » giciucnsium? » Itan* c m t. Doeange, Clo.., U IV, p. li!.)
A l'histoire de dombes.
Odon, duc de Bourgogne, certifia par une charte [a] que Renaud, son vicaire, vierg ou maire d'Antun, avoit donné, à sa prière et de sa volonté, à l'église de Saint- Andrese, Gautier Goiffon et ses héritiers à perpétuité, et tout ce qu'il pouvoit prétendre sur Albert de la Corvée et ses héritiers. Ce don est de l'an 1 195. Ils étoient ordinaires en ces temps-ci, et nous verrons plusieurs ventes de différents hommes faites par les seigneurs de cette souveraineté. La volonté et le consentement des ducs de Bourgogne est exprimé dans celte vente, parce que le seigneur inférieur ne pouvoit pas vendre ses hommes avec lesquels il étoit obligé de servir son seigneur de fief, sanfaire préjudice à son seigneur en diminuant ainsi son fief. Nous avons vu et nous verrons plusieurs exemples de cette vérité.
Ogier de Montgoin, clerc, confirma, environ l'an H 96 b , la cession ou déguerpissement qu'Etienne de Montgoin, son oncle, av oit fait à l'église de Màcon, comme nous l'avons dit en H73, pour la portion que cet Ogier v pouvoit avoir. Il prêta serment sur les saints évangiles qu'il n'y contreviendrait |>oint. Cet acte fut passé en présence de Benand de Vergié, évêque de Maçon, de Robert, Aimin, Htuabert et Etienne, archidiacres, de Guichard Rebuttin, de Guillaume de Brerles, d'Hugues de Barners. de Jocerand, archiprétre, d'Alard, prêtre, et de M. Urie Geofroy de Motes.
Dans la même année 1196 (c), l'église de Beaujeu acheta de Blain Bocchi, de si femme et ses fils qui approuvèrent la vente, tout ce que ce Bocchi avoit à Chazalet, excepté ce qu'Etienne Bordon y tenoit. La charte remarque que Blain Bocchi donna à sa femme, du chef de laquelle les biens du Chazalet venoient, un mas a Vigny, en récompense do celui qu'il vendoit, et ce mari, sa femme et ses enfants jurèrent qu'ils ne feraient plus aucun trouble sur ces biens à l'église de Beaujeu.
Mr Guichard de Beaujeu, en présence duquel cette vente fut faite, s'en rendit garant. Cet acte fut fait dans le cloître de Beaujeu, en présence d'Hugues de Foudras, d'Etienne de Mondel, d'Hugues de la Rocherenard, de Guichard de Charum, de Béraud de Verneis, de Guichard de la Douze, d'Hugues de Chavigny ou Calviniac. de tetald le panetier, de Jean de Polocey, de Bernard de Boénc et de quelques antres.
Renaud, archevêque de Lyon, et B., abbé deSavigny, réglèrent, en H 97 [d] , un différent qui étoit entre Jean Despeisse, obéancier de Montblard, et Pierre Arnaud, son vicaire. Ce différent duroit depuis longtemps, il étoit sur les droits que ce vicaire pre tendoit. L'on ordonna que comme le vicaire avoit le tiers aux laods et ventes, il auroit aussi le tiers aux lois et aux bancs, c'est-à-dire aux amendes pour les contraventions aux défenses que les juges auraient faites; qu'il auroit le tiers des amendes auxquelles les voleurs seraient condamnés dans toute l'étendue de sa vicairie, soit que ces vols
U) Bibl Sebu»., cenu l.ap. SU.
(•) Lu local., fo). 191.
(c) ScTert, tttb Kaï.nMû, 11, ! 1, p. 117.
(■) Cartutaiw d« S«»ie«y. orU MO. (A. Ikroard, p. 511. ta 918.;
eussent été faits à des personnes privées, c'est-à-dire leurs justiciables et paroissien», soit que ce fût à des étrangers. L'on réserva néanmoins à l'obéancier le droit d'augmenter on de diminuer les amendes de son propre mouvement, pourvu qu'il le fit de bonne foi, de peur qu'il ne parût faire quelque chose au préjudice de son vicaire.
Les juges voulurent aussi que l'obéancier pût donner des {!}; que si l'obéancier
trouvoit le voleur avec les choses volées dans l'étendue de sa vicairie et qu'il le fit arrêter, il fût ordonné qu'il en pourroit disposer à son gré, sans que le vicaire y pût rien prétendre. L'on ordonna que s'il mouroit dans la vicairie une personne privée ou une étrangère, sans laisser aucun héritier, que l'obéancier auroit tous ses meubles, sans que le vicaire y pût rien prétendre, mais qu'il serait obligé de donner ou de vendre les immeubles dont le vicaire auroit la sixième des laods et ventes et non le tiers, et que l'obéancier en auroit tout le prix, après quoi, si ces biens se rcvendoient, le vicaire auroit le tiers du laod. Les hommes pou voient aller à leur gré servir l'obéancier ou le vicaire, sans que l'un ou l'autre pût les en empêcher ni le> inquiéter. Si quelqu'un d'eux vouloit épouser une veuve demeurant dans l'étendue de la vicairie, et qu'il eût servi l'obéancier ou le vicaire, il pouvait l'épouser sans que l'un ou l'autre pût l'empêcher. L'on ne veut pas que l'obéancier ni le vicaire puissent lui demander leur servis, jusqu'à ce que le nouveau marié eût fait sa reconnoissance comme il le devoit, dont le vicaire auroit le tiers dit doublement de cette année-là. Cette reconnoissance consistoit, à ce que je crois, au doublement du cens et service dû tant par le mari que par la femme, dont le vicaire devoit avoir le tiers.
Le vicaire devoit avoir un canard payable au mois d'août, sut le moulut dePugnieu, et les vicaires pouvoient conduire les eaux sur le moulin le plus commodément qu'ils pourraient, dans la terre de l'obéancier, sans que les possesseurs du moulin en dussent jamais payer aucune reconnoissance au vicaire. Le vicaire ne devoit rien avoir dans les acquisitions faites hors la vicairie. Celte charte nous fait voir |>ourquoi les droits, de laods et les autres droits de justice se trouvent souvent divisés : l'on y voit que le mariage des veuves n'éloit pas autant favorisé que celui des filles. Nous avons cru qu'on serait bien aise de voir ces sortes d'usages, et c'est ce qui fait que nous parlons ici de cette charte.
L'empereur Henri mourut la même année 1 1 97. Les Allemands se divisèrent dans l'élection qu'ils firent de son successeur; car les uns élurent l'hilipiie, frère d'Henri, sou afin qu'il jouit de l'empire en son nom, soit en celui de Fridéric, fils d'Henri VI. Mais le pape, qui n'aimoit pas la maison de Souabe, fit élire Othon, duc de Saxe, par une partie des princes d'Allemagne. Philippe de Souabe et Othon de Saxe contestèrent l'empire jusqu'en 4 208, que Philippe fut assassiné. Philippe fut reconnu par Renaud, archevêque de Lyon, et cet empereur ou roi des Romains lui donna le péage de Bechevelin [a). Après la mort de l'empereur Philippe, Othon jouit paisible-
(») Sewt, in Logd.,p Î61.
(Il « DroeriM. . V Duetnp, »-Drud»ria.
A L'HISTOIBE DE DOMBES. 41b
ment de l'empire pendant deux ou trois ans, après lesquels Fridéric II, fils de Fridéric I", fut appelé à l'empire dont il déposséda absolument Othon en 1215 on 1216.
L'empereur Philippe, n'étant encore que roi des Romains, se ligua, le 29 juin 1 l'JS, avec Philippe-Auguste, roi de France. Il promit du secours à ce roi contre Richard, roi d'Angleterre, contre le comte Othon, son neveu, contre Baudouin, comte de Flandres, contre Arnoul, archevêque de Cologne, et contre tous les antres ennemis du roi, contre lesquels il iiourroit le servir sans contrevenir à son honneur, lorsqu'il aurait le temps de lui faire ce service et qu'il ne serait pas trop éloigné du royaume. Il promit, outre cela, que si quelqu'un de son empire faisoit quelque mal au roi et à son royaume sans en faire une prompte satisfaction, qu'il la ferait faire dans un temps qui serait convenu entr'eux; que si l'empereur étoit au-delà des monts et qu'il ne put faire faire cette satisfaction au roi, il lui permit d'en tirer vengeance; il promit même de l'y aider e! de ne recevoir dans ses terres aucun homme du royaume de France contre la volonté du roi ; il consentit encore à ce que le rai pût faire la guerre au comte de Flandres dans les terres que ce comte avoit dans l'empire ou qu'il y possédoit en aleu et simple domaine.
Ce traité de paix nous fait voir l'union qu'il y avoil entre cet empereur et le roi • le France, cl que nos rois ne croyoient pas pouvoir faire la guerre sur les llefs ou sur les terres appartenant aux seigneurs de l'empire, quoique ces seigneurs fussent souverains, sans le consentement de l'empereur qui étoit obligé, par sa qualité d'empereur, de défendre et protéger ses vassaux, surtout contre les rois et les princes étrangers, tels que le roi de France; mais comme le comte de Flandres tenoit le parti d'Othon coutre Philippe, cet empereur ne se croyoit pas obligé de défendre les terresque ce comte possédoit dans l'empire, contre les troupes du roi, parce qu'il étoit fort aise que ce compte fût mortifié et que le parti d'Othon fat diminué par la guerre que le roi de France ferait à un comte qui soutenoit ses intérêts.
Othon fit ce qu'il put pour se faire reconnoltre dans le royaume d'Arles et de Vienne ;a), car il envoya à Arles Gênais de Thilbery, en qualité de maréchal de ce royaume; cependant l'on croit qu'il ne fut point reconnu dans le royaume, mais seulement dans la ville d'Arles.
Fridéric II ayant été appelé a l'empire, comme nous l'avons dit, et étant entré, en 1 2(3, dans l'Allemagne, fut reconnu au royaume de Bourgogne et d'Arles, en 12U ; car, étant à Basle, il y confirma les privilèges de l'église de Vienne, dont l'archevêque lui étoit allé rendre ses devoirs dans cette ville là ; il y créa même un péage en faveur de son église, qu'Eudes, duc de Bourgogne, (pie Fridéric avoit déclaré vicaire de l'empire au royaume d'Arles, confirma eu 1 216.
En 1218, Othon étant mort, Fridéric fut paisible possesseur de l'empire et du royaume de Bourgogne (i).
(a) Cborirr, loin. J, p. 79-80.
{•) Se»ert, io MiUk., p. 117.
Guichard de Besenins, chanoine des églises de Lyon et de Màcon, donna à l'église de Beaujcu, que cette charte et celle que nous avons rapportée ci-dessus de l'an 1 1 96, appellent Erclesia Beljorciisis, quoique tous les titres plus anciens l'appellent Belhjoctnsis, tout ce qu'il avoit dans la paroisse de Charentay et le mas de Bussière, dans la paroisse de Saint-Lagier, à la charge qu'après son décès les chanoines iamient tous les ans un anniversaire honorable pour son père, sa mère, pour lui et pour lous ses prédécesseurs, et qu'ils donneraient 60 sols, au jour de sa mort, à ceux qu'il ordonnerait (1).
L'église de Beaujcu ayant accepté ce don, voulut que Guichard fût obéancier, pendant sa vie, des biens qu'il venoitde leur donner, en payant par lui, chaque année, li sols de cens à l'église, qui paya 36 livres que Guichard de Besenins devoit à divers particuliers et auxquels ses biens étoient engagés. Les chanoines lui donnèrent encore 12 livres. Ce don fut fait au cloître de Beaujcu, en présence d'Hugues de Montagnieu, de Guichard de Charum, d'Hugues Suios, d'Etienne Chafangcs, de Durand d'Espagne, de Martin de Vignes, de Guillaume Doreri, de Guillaume Cesor Dien-le-Fit, et de Robert Cesor.
Ce don fut ensuite confirmé à Pouilly, en présence de M. Guichard et de la comtesse, sa femme, de Gausserand de Lavieu, de Durand de Saint-Syphorien, d'Etienne de Piseis, de Thomas de Grandris, de Guillaume deThelis, de Guy de Liergues, de Guy de Bermonl, de Guy d'Espesse, de Girard de Sancé et de Dalmais de Monirevel.
M. Guichard et la comtesse, dont cette charte parle, éloient les seigneur et dame de Beaujcu, qui dévoient confirmer ce don, soit pour décharger ces biens des droits de fief qu'ils pouvoient leur devoir ou du droit d'indemnité qui aurait pu leur «Hre dû, parce que ces biens tomboient en mainmorte.
En 1198, Guichard, étant à Beaujcu, jura sur l'autel de l'église de Beaujcu et sur les reliques des saints que l'on y honorait, de faire exécuter ce don et de 1»maintenir. Cette charte est scellée de deux sceaux. Severt rapporte leurs représentations.
La femme de Guichard de Beaujeu est appelée comtesse, quoique son mari ne prit pas le nom de comte, parce qu'elle étoit fille du comte de Flandres et que les llls de comtes porloient tous le titre de comte, comme nous l'avons déjà dit.
Le chapitre faisant Guichard de Besenins obéancier des biens qu'il leur donnoit, en no payant que 5 sols au chapitre, lui en céda par là l'économat et l'usufruit pendant sa vie, comme les chanoines qui avoient des obéances en jouissoient.
Le roi Philippe-Auguste, étant a Melun, confirma, l'an 1 198 (a), à Guigues, lils du
(») MtMiricr, Pr., p. 5«.
ri) V PWce. Jo»lifl«lWt», LU, p. SI
A l'histoire de
comte de Forez, son ami et féal, la garde des grands chemins qui étoient dans sa terre, dans celles de ses hommes et même dans les terres de ceux qni dévoient être ses hommes. Il accorda à ce comte tout le droit royal et tout le domaine qui lui appartenoient dans les aleus situés dans son comté, sauf néanmoins te droit de l'église de Lyon et des autres églises, et cela de la môme manière que le roi Louis VU, son père, l'avoit accordé à Guigues, comte de Forez et de Lyon, en augmentation du fief qu'il tenoit de lui. Les offices de maître d'hôtel et de la chancellerie vaquoient alors. Guy, boutelier, Mathieu, chambellan, et Dreux, connétable, furent présents à celte confirmation.
Lorsque Philippe-Auguste confirme au comte de Forez la garde des chemins sur les terres de ceux qui dévoient être ses hommes, il nous donne à connoltre qu'il y avoit plusieurs seigneurs qui ne prétendoient pas être ses vassaux, et que ce comte prétendoit devoir l'être. Ces sortes de contestations étoient fort ordinaires dans ce temps-ci.
Eu H 99, Philippe-Auguste, dont nous venons de parler, voulut répudier la reine Isemberge, sa femme. Le pape Innocent III fit assembler un concile à Dijon, ponr décider si cette répudiation éloit légitime. Ce concile ayant jugé qu'elle ne l'étoit pas, les légats du pape, qui présidoient à ce concile, ne crurent pas devoir publier leur sentence conforme aux avis du concile, tandis qu'ils seroient en France; c'est pourquoi ils vinrent à Lyon et de là à Vienne, d'où ils prononcèrent la condamnation du roi sur son divorce, lui enjoignant de reprendre sa femme et de quitter Agnès de Méranic ; et à faute de le faire, ils mirent son royaume en interdit, quoique cette interdiction générale du royaume, pour la faute d'un roi, ne paroisse pas fort légitime, parce que ce n'est pas le peuple, qui n'a très-souvent aucune part à de pareilles fautes, qui doit en être puni. Cependant Philippe-Auguste ne se plaignit point de cet interdit général, mais il prétendit que la sentence des légats ayant été rendue hors de son royaume, elle ne pouvoit valoir ni être exécutée contre lui. Le papp répondit à cette objection du roi que, quoique son légat fût sorti du royaume de France pour prononcer la sentence, il n'étoit cependant point sorti des terres comprises dans sa légation, parce qu'il avoit été délégué non-seulement dans le royaume de France, mais encore dans les provinces de Vienne, de Lyon et de Besançon, et qu'ainsi il avoit pu prononcer la sentence à Lyon et à Vienne, et qu'elle étoit trèsjnridique, quoique prononcée hors du royaume. La décision de ce pape, pour le pouvoir de ses légats, est rapportée dans le chapitre Sotit. 7, de Officia Ugati, tiL 30, lib. f Décrétai.
La décision de ce chapitre fait voir qu'en 4 199 le diocèse de Lyon n'étoit point du royaume de France, non plus que ceux de Vienne et de Besançon, comme le P. Daniel en convient dans son Histoire de France, et Coquille dans son Histoire de Nivernois. Celte vérité est encore établie par une lettre de Philippe-Auguste au
môme pape (a) ; car le pape ayant dessein de priver l'archevêque de Bourges de sou droit de primatie, Philippe-Auguste pria le pape de ne le pas faire, parce qu'il n'y avoit aucune autre église dans son royaume qui jouit de celte prérogative. L'archevêque de Lyon en jouissoit très-constamincnt; cette ville n'étoit donc pas du royaume de France, suivant l'aveu de Philippe-Auguste.
Les grands biens que Mr de Beaujeu avoit en Auvergne, du chef d'Agnès de Thiern, sa mère, dame de Montpensier, firent que Robert, évêque de Clermont, promit que ce seigneur seroit une de ses cautions du traité qui fut fait entre lui et Guy, comte d'Auvergne, son frère, par la médiation d'Henri, archevêque de Bourges (b).
Les autres cautions que l'on promit furent Eudes, duc de Bourgogne, le vicomte de Limoges et Albert, seigneur de la Tour-du-Pin.
Guillaume, comte devienne, de Màcon, et palatin, déclara, à la requête d'Hugues, abbé de Cluny, que s'il avoit quelques difficultés avec cet abbé, pour raison de ses habitants de la Bassole, il s'en remettroit à quatre arbitres qu'ils choisiroient el qu'il obligerait ses hommes à en faire de même. Je ne sais si ce village de la Bassole est celui qui est dans cette souveraineté, qui dépend du Châtelard; si c'est celui la. il dépendoit du doyenné de Romans, qui est à présent uni en partie au prieuré de Sales, et cette charto fait voir que les religieux de Cluny prôlendoient avoir une espèce de justice sur leurs hommes de ce village.
C'est environ ce temps-ci qu'Humbert de Thoire et de Villars prit en fief de Renaud, archevêque de Lyon, son château du Châtelard, lui en fit hommage et ordonna à ses successeurs de le faire (c). Cet archevêque se fit plusieurs vassaux qui *e faisoient une gloire de le servir et lui de les proléger; mais il ne devint pas pour cela leur souverain, ces hommages n'étant, comme nous l'avons dit, que de véritables ligues entre cet archevêque et ces seigneurs.
L'an 1 201 (d) et le i 9 mars, suivant notre manière de compter, à commencer l'an au mois de janvier, et en 1200, suivant l'ancienne, où l'année commençait à Pâques, Guy, abbé de l'Isle-Barbe, étant arrivé à Yimy, fit appeler tous les vassaux relevant de sa seigneurie et leur proposa de clore son village de Vimy. Il fut convenu entre eux que tous les hommes de ses vassaux qui demeureroient dans le territoire de Vimy dévoient contribuer à la dépense de cette clôture, & condition qu'en temps de guerre ou d'autre péril, ils seroient reçus dans la ville et y jouiraient du refuge et de la protection de l'abbé; à la charge néanmoins que si quelqu'un se plaignoit d'eux,
' t) Wénttri. r, Bit t., p. !ÏO
.j Hi»i. d. I. «ttoa d-Aatrergac, fela*. um. î, p. U.
A l'histoire DE DOMHF.S.
ils seraient obligés de subir la justice de l'abbé et de ses successeurs, en sorte que sa protection ne leur étoit accordée qu'au cas qu'ils ne se trouvassent pas en tort envers ceux contre lesquels ils venoient demander refuge. Cet abbé accorda aux seigneurs et habitants voisins une fausse porte dans la Mlle, du côté de la Chassagne ou Sachemire, à la charge néanmoins qu'Azon de Frens ni les siens ne pourroient point bâtir de forteresse dans leur maison de Chassagne, ni Mr» Thomas de Guizeu ou les siens dans le lit de Sachemire.
L'abbé retint toute sorte de haute justice, au nom de son abbaïe, dans la banlieue de Vimy, et comme elle s'étendoit du coté du Chùtelard, jusqu'au chemin de la rue de Sachetan, en descendant par le grand chemin jusqu'en Saône, et de l'autre côté cette banlieue va depuis la rue de Sachetan au ruisseau de Chalueme, et autant que les fonds de l'église s'étendent du côté de Saône. L'abbé consentit que ses vassaux conservassent leurs biens dans cette banlieue, c'est-à-dire qu'ils reprissent les biens de ceux qui leur dévoient des cens, s'il se trouvoit que l'on vtnt à confisquer leurs biens qui scroient dans l'étendue de ces limites. Il voulut aussi que sa justice fût exercée sans préjudice des usages et des libertés de ces vassaux, dans la ville, soit pour les droits des fours bannaux, des leydcs, des cartelages et des autres droits qui se lèvent dans les marchés.
Il voulut que ses vassaux contraignissent eux-mêmes les hommes qu'ils avoient dans celte banlieue, au delà du chemin de Sachetan, à contribuer à la clôture de ces murs avec la communauté de la ville, comme il seroit réglé par des prud'hommes tant du dehors que du dedans de la ville, l'abbé se réservant cependant le droit de *oir les comptes et de les corriger, afin que le tout se fit avec la fidélité qui y devoit être observée.
Il consentit que ses vassaux eussent toute juridiction et correction sur leurs hommes qui demeureraient hors de sa banlieue, s'y réservant néanmoins le dernier supplice et la mutilation des membres, auquel cas les vassaux seraient obligés de remire leurs hommes au châtelain de Vimy, sans pouvoir les faire punir ailleurs ; et en considération du tout, ses vassaux promirent par serment, pour eux et les leurs, qu'ils ne prendraient point en fief, de quelque baron ou autre personne que ce fût, les aleus ou les autres immeubles qu'ils possédoient dans la paroisse de Vimy, sinon qu'ils les prissent de l'abbé on de ses successeurs; pourvu néanmoins que l'abbé voulût payer le droit de fief, au dire de deux prud'hommes que les parties choisiraient, tous ces vassaux promirent d'exécuter fidèlement ces conventions. Ceux qui sont nommés dans l'acte, sont Mr B. de Liannères ou Liarens, M' B. de Saint-Germain, Mr Thomas Quinieu ou Joussicu, Mr B. Gilabert, II' Àzon de Frens, M' Etienne et Guigues de Genay, chevaliers, Bernard de Quizeu, Guillaume Gilabert et Renaud de Montdor, damoiseau.
Nous rapportons cette fondation, quoiqu'elle ait été rapportée par M' Le Laboureur, dans ses Masures de lTsle-Barbe, parce qu'elle fait voir l'usage de ces temps- <i. Cette ville est à présent appelée Neuville et a été érigée en marquisat : elle e«t
capitale du Franc-Lyonnois,qui a été distrait de la souveraineté de Dombes, comme nous le dirons dans la suite, et elle est de l'archiprêtrée de Dombes, ainsi que nous croyons que sa fondation doit avoir place dans ces Hémoires.
Le refuge que promet l'abbé aux habitants qui se retireront dans sa ville, pourvu qu'ils veuillent subir sa justice, fait voir l'équité de ce refuge et que cet abbé n'en vouloit point donner qui pût lui attirer des querelles et même des guerres avec ses voisins, qui étoient très-fréquentes en ce temps-là.
La condition que cet abbé met que les seigneurs reprendront les fonds que leurs hommes tenoient à cens et en emphitéose d'eux, en cas de confiscation de leurs biens, fut aussi très-équitable de la part de cet abbé, soit afin que les seigneurs ne protégeassent pas leurs vassaux, s'il leur en devoit coûter leurs cens, soit parce qu'il n'étoit pas juste qu'ils souffrissent du crime de leurs hommes.
La réserve des droits des Tournages, de leydes et des autres, dont les vaseux son) déclarés exempts, font voir que de tout temps l'on a reconnu les privilèges des gentilshommes et des hommes qui servoient à l'armée.
La permission que l'on donne à ces vassaux de contraindre eux-mêmes leurs hommes à la taxe de la construction des murs, leur étoit accordée pour éviter les frais que les sergents de l'abbé auroient pu leur faire.
La justice criminelle que l'abbé se réserve fait voir sa supériorité sur ces vassaux, et l'on voit que cet abbé n'étoit pas si scrupuleux que ceux dont nous avons parlé, qui croyoient que la justice criminelle ne devoit pas appartenir ù l'église.
Enfin la convention que cet abbé fait avec ses vassaux, qu'ils ne pourront point reprendre leurs aleus ou immeubles d'aucun autre baron ou seigneur, fait voir le commerce des fiefs et celui que les vassaux faisoient de leurs aleus, par la liberté qu'Us avoient de se rendre vassaux de plusieurs seigneurs pour leurs fonds libres, en sorte que si leurs seigneurs vouloient empêcher qu'ils ne reprissent ces fonds libres du fief d'un autre seigneur, il falloit qu'ils achetassent eux-mêmes ce droit de fief et qu'ils les leurs payassent un prix raisonnable. L'abbé de l'Isle ne vouloit pas que ces vassaux pussent reprendre leurs aleus du fief d'aucun autre seigneur, du moins dans l'étendue de la paroisse de Vimy, parce que s'ils les avoient repris, ces seigneurs auroient pu faire fortifier ces fiefs, y mettre des troupes et faire la guerre à l'abbé et à ses gens; et quoique l'abbé eût justice dans toute la paroisse de Neuville, ainsi qu'il est à croire, l'on voit que les vassaux ne laissoient pas d'y pouvoir fortifier leurs fonds qu'ils possédoient en franc-aleu et combien les seigneurs supérieurs étoient obligés de prendre de précautions pour écarter les seigneurs voisins qui pouvoient leur faire la guerre, ce qui les obligea à acheter les droits de fiefs de tous les aleus et biens libres qui étoient dans leurs terres. Nous parlerons encore de ce droit des gentilshommes en diverses occasions que nous en aurons. C'est sur ces principes qu'Albert de la Tour, donnant plusieurs privilèges et plusieurs biens h la maison d'tnimont et à ses habitants, reconnut qu'il n'y a voit aucun domaine ni
a l'histoire de tombes.
coutume, à moins qu'il ne la pût prouver par écrit (a). Il promit qu'il ne ferait aucun mal à cette maison, mais il déclara qu'il révoquoit ses dons et le serment qu'il leur avoil fait, au cas que la maison d'Inimont voulût se soumettre ù quelque seigneur ou se mettre sous la garde de quelque gentilhomme ou autre personne puissante, parce qu'il craignoit que le seigneur qu'ils appelleraient ne lui fil quelque préjudice, les soldats de la garnison, pour cette garde, uc pouvant manquer de s'émanciper et de troubler les gens d'Albert de la Tour.
La preuve par écrit que ce seigneur s'oblige à rapporter, nous fait voir, comme nous l'avons remarqué plusieurs fois, que les seigneurs exigeoienl alors une infinité •le droits, sans qu'ils en eussent aucun titre par écrit, et qu'ils n'avoient qu'à prouver leur possession par témoins qui, parlant souvent comme les seigneurs le vouloient, ont pu être l'origine de plusieurs redevances injustes, ce qui faisoit que les seigneurs déclaraient souvent qu'ils cédoient tous les droits justes ou injustes qu'ils avoient, reronnoissant eux-mêmes par là qu'ils en exigeoient plusieurs qui n'étoient pas fondés sur la justice et sur l'équité.
Albert de la Tour stipula que la maison d'Inimont ne pourrait se mettre sons la garde d'un autre seigneur que lui, parce que, suivant l'usage dont nous avons parlé dans la fondation de Vimy, à présent Neuville, cette maison étant un franc-aleu, elle étoit dans la liberté de se choisir tel seigneur qu'elle aurait voulu, si elle ne se fût ôté cette liberté par la convention qu'elle faisoit.
Guichard de Beaujeu fut caution d'une paix que Guy Bestial Qt, en 4204 , avec l'abbaïe de du m. Guy Bestial se désista du droit de garde qu'il prétendoit avoir sur le village de Clerman et sur un nommé Robert de Condemine, et des exactions qu'il faisoit, sous prétexte de ce droit de garde, sur cet homme et sur ce village ; il céda de plus à la maison de Massille, dépendante de Cluny, 7 sols 4 deniers de cens qui lui étoient dus par divers particuliers.
En 4202(b), Guichard de Beaujeu, pour s'acquérir l'amitié du duc de Bourgogne, reconnut tenir de lui le fief de Belleville que son pére en avoil tenu, et, pour augmenter encore plus l'amour du duc envers lui, il augmenta ce fief en reprenant de ce duc Thisy et Perreux, qu'il promit de garantir à ce duc et à ses héritiers dans la cour du duc. Il donna la charte scellée de son sceau, pour confirmer le fief qu'il établissoit sur ces terres.
Les termes de cette charte font voir que le fief de Belleville, que le père de Guichard avoit reconnu, étoit éteint ou qu'il ne devoit durer que pendant la vie de son père. L'augmentation du fief que fait Guichard, des terres de Thizy et Perreux, pour les héritiers du duc, fait voir que ces fiefs n'étoient que des engagement» à servir et
(«) Biblioth. Sffcu., rnl. t.ebnp. 87.
|»j IVr r I. Mi m Bourg., |». Î70.
MTMOIRES POUR SERVIR
non des fiefs tels qu'on les regarde à présent, car la soumission de ces fiefs ne consistait à autre chose qu'à servir quarante jours un seigneur avec les hommes de la terre reconnue en fief ; mais ce droit de fief ne donnoil aucune antre supériorité au seigneur de ces sortes de fief, sur la personne ni sur la terre de celui qui l'avoit ainsi créé, sinon l'obligation de servir ces quarante jours ; car l'on ne voit pas que depuis ces fiefs les ducs de Bourgogne aient jamais exercé aucun droit de justice, juridiction ni supériorité sur M" de Reaujeu ni sur les terres comprises dans ce droit de fief ; ainsi il n'emportoit que le service des quarante jours. Quelques seigneurs dévoient un lige otage, c'est-à-dire qu'ils étoient obligés d'aller, eux et leur famille, demeurer dans le château du seigneur, pour le défendre en temps de guerre et y demeurer six semaines ou un mois à leurs dépens, si les conventions du fief le portaient ainsi; et s'ils avoient plusieurs seigneurs dont ils fussent liges, ils servoient le premier qui le* en requéroil ; mais si plusieurs seigneurs les demandoient en même temps, ils alloient à celui auquel ils étoient obligés, le premier, et ensuite aux autres, ou ils envoyoient des gens aux autres pour servir pour eux. M. Coquille dit que les seigneurs dévoient trois mois de service au roi dans le royaume et quarante jour» hors du royaume, sans compter l'aller et le venir; mais le service ordinaire des fiefs ii 'était que de quarante jours.
Renaud, archevêque de Lyon, déclara, en 1203 [a), que lorsqu'il étoit tuteur de ses neveux et qu'il possédoit le comté de Forez, il avoit assigné à l'abbé et au couvent de Cluny toute la dixme du village ou paroisse de Nervieu, tant deçà que delà la rivière, savoir les grosses et menues dix mes, ainsi que Guignes, son frère, le lui avoit ordonné, et cela pour dix livres, monnoic de Lyon, que son frère leur avoit donnés tous les ans et qu'il lui avoit dit d'assigner sur quelques fonds libres; c'est pourquoi il relâcha à cet abbé et couvent ces dixmes, pour les posséder à perpétuité et librement, sans aucune diminution, en sorte que ni lui, comme archevêque, ni aucun de ses successeurs, ni le chapitre de Lyou, son père ni ses neveux ou leurs héritiers, ou quelqu'autre que ce soit, ne put rien demander ni revendiquer sur cette dixme; en sorte qu'ils l'eussent tout entière en blé ou nourriture d'animaux, pour faire l'anniversaire de son frère à Cluny. Il faut savoir, dit-il, qu'il n'y a aucun ministre par hérédité ou par succession qui ait droit de recueillir cette dixme; mais l'abbé ou ses gens la donneront à amasser ou à porter à qui ils voudront, avec la même liberté qu'on l'amassoit et qu'on la charrioit du vivant de son frère. L'archevêque approuva aussi ce don, comme archevêque, et le scella de son sceau. Son père et son neveu, Guigues, ses sœurs, Guigone et Marquise, la femme de son frère, comtesse, nommée Adelise, l'approuvèrent aussi, en présence d'Hugues de là Bénisson-Dieu
d'Rustaehe, abbé de (1), de Guillaume, archiprêtre de Néronde, de Durand Des-
podes, de Jean de Yavre, de Jean de Roche, d'Aimard de Vcrnoit, de Chatàrd de Snire et de Chatard de Thiern.
< R 1 1 1 . S« h u * . , trot, I , ebap. M.
t; « F.ntlorcbiat, Hauricteatu abba». *
A l'histoire de douées.
Quelques auteurs disent (a) que Guichard de Beaujeu se croisa avec ceux qui conquirent l'empire de Constantinoplc, dont Baudoin, comte de Flandres, fut élu empereur par les croisés, environ ce temps-ci, et l'on prétend que Guichard, étant à Constantinople, y fit bâtir une tour qui fut appelée la tour de Beaujeu, et qu'il y fit mettre sur une table d'airain ces mots latins : Turris Bcllijoccmit. Claude Paradin dit [■] qu'il la fit bâtir par un charreton de Beaujeu et qu'elle a été vue et reconnue de son temps; il ajoute que Mr de Beaujeu fit bâtir cette tour tandis qu'il étoit ambassadeur du rpi Philippe-Auguste, son allié, auprès de l'empereur de Constantinople ; majs no^i* n'avons encore vu aucun titre qui nous instruise de cette ambassade.
tes historiens de Savoie disent, sur ce fait, qu'Innocent III ayant publié une croisade contre les Sarrazins.dont Boniface, marquis de Montfcrral, fut élu chef, Guichard de Beaujeu y alla aussi bien que Thomas, comte de Savoie, et plusieurs autres seigneurs; cependant Guichenon dit (c)que les croisés, au lieu d'aller en Palestine, allèrent à Constantinople ; il doute rependant que le comte de Savoie y fût allé : mais tous les auteurs disant que notre Guichard y alla, il est difficile d'en douter.
Guillaume Paradin parle du voyage de Constantinople de Guichard de Beaujeu ; il dit (d) qu'au retour il passa à Assise cl y prit trois disciples de saint François, comme nous le dirons ci-après.
En 4204 (e), Innocent III, parlant des biens appartenant à l'abbaïe de Cluny, distingue ceux que cette abbaïe a en Bourgogne et dans le royaume, tels que sont Cluny, Cbarlieu, Parey, et ceux qu'ils avoient outre Saonc, dans la province de Lyon, comme Nantua, Gigny et les autres qui sont dans l'autre Bourgogne on Teutonie ; ainsi ce pape reconnolt que ce qui étoit outre Saône étoit de IVmpire et non du royaume de France, et presque tous les actes de ces temps-ci nous marquent la différence de ces états.
La grande liberté dont les Lyonnois jouissoient du temps de leurs comtes et sous les archevêques et chanoines, devenus leurs seuls souverains depuis que les empereurs ne se mêloient presque plus du gouvernement de ces provinces éloignées, fit que les bourgeois de Lyon t commencèrent a avoir des difficultés avec l'église de Lyon, peu de temps après que cette église eût acheté la partie du comté de Lyon qui appartenait aux comtes de Forez; mais en 1406, 4207 et 4 208, les habitants ayant voulu faire un corps et communauté, se liguer ensemble et se prêter des serments mutuels pour se soutenir contre l'archevêque et l'église de Lyon, celle conspiration de la bourgeoisie contre leurs souverains engendra une guerre civile qui fut terminée par un traité fait au mois de septembre 1 208, par la médiation du duc
(») Mémoire! imprimé* de Villefrtache, p. It.
(■) Alliuce* géoéal., p. 101t.
(c) Goithenon, Hisl. Satojre, p. lit.
(a) Annsilrs de Bourjrognr, p 147.
(«) Bibl.ClM ,p MVR.
de Bourgogne et de quelques autres ]>ersonncs. Voici le traité que Paradin et le P. Ménétrier ont rapporté dans leurs histoires (a), mais que nous croyons pouvoir mettre dans ces mémoires pour faire voir comment peu à peu les Lyonnois se doiw nèrent à la France.
Au nom de Noire-Seigneur Jésus-Christ, Odon ou Eudes, duc de Bourgogne, et Robert, par la grùce de Dieu évéque de Langres, Ponce, évôque de Maçon par la même grâce, Antelme, appelé abbé de Bonval, à tous les fidèles eu Jésus-Christ, salut. Nous souhaitons que tous ceux qui ces présentes lettres verront sachent que le différent qui étoit entre Mr Renaud, archevêque, et le chapitre de Lyon, d'une part, et les citoyens et bourgeois de Lyon, d'autre, a été entièrement terminé et assoupi par nous, comme médiateurs, et par d'antres personnes sages et discrètes, de la manière qui suit :
Premièrement, le seigneur archevêque et l'église de Lyon ont recouvré toute la juridiction et puissance qui leur appartenoit, avec plein droit de domaine et seigneurie sur toute la cité de Lyon, tant deçà que delà la rivière de Saône, et l'archevêque en a été investi et mis en possession avec les clefs de tous les forts et de toutes les portes.
Et afin que cette paix fût de plus de durée et plus affermie, l'on convint qu'Eudes, duc de Bourgogne, auroit la garde des fortifications et des portes de la ville d'au delà de la Saône, jusqu'à la quinzaine de Pâques (l'on crut apparamraent, lors de ce traité, qu'il falloit cinq on six mois de temps pour ralentir le feu des querelles, apaiser toutesces dissensionset remettre les esprits dans leur assiette naturelle; car ilsétoient fort aigris les uns contre les autres.) L'on convint encore que le duc de Bourgogne garderait les clefs et les forts de bonne foi, après qu'ils lui auraient été rendus et à l'archevêque, et qu'il les garderait ponr l'utilité de l'archevêque, du chapitre et de toute la ville; qu'il en prêterait serment, et qu'après la quinzaine de Pâques passée, il remettrait à l'arcbevéque toutes ces forteresses et les clefs des portes de la ville, nonobstant toute opposition et tout l'obstacle, quel qu'il fût; que si l'archevêque se trouvoit décédé, ce que l'on souhaite qui n'arrive pas, ces forts et ces clefs seraient remis au chapitre de Lyon.
Il est dit ensuite qu'en vertu du serment que le duc de Bourgogne prôtoit, il ne pourrait point remettre aux habitants, pendant le temps convenu, la tour do pont qui regarde Saint-Nizier, ni la tour Saint-Marcel, et qu'il ne pourrait pas non plus la remettre, pendant ce temps-là, à l'archevêque ni au chapitre, si ce n'étoitdu consentement des habitants.
Il est dit que dès que la quinzaine de Pâques serait passée et que l'on auroit rendu les clefs des portes et les forts à l'archevêque, il pourrait les remettre à celui ou à
(4) Ptradia, But. Lyon, L I, cbip. «O, p. I»5. - Mrnelrifr, HUl-, p. SAJ, Pr., p. lui.. — Cbori«-r, Hbt. Daapa., p. 17.
A l'histoire DE BOMBES.
ceux qull voudrait choisir, sans que les bourgeois pussent prétendre qu'on les leur dût remettre ou à quelqu'autre de leur avis et participation.
L'on permit, en vertu de ce traité, au* bourgeois d'augmenter et améliorer les murs et les fossés de la ville du coté de Saint-Marcel, selon qu'ils le trouveraient à propos, mais on leur défendit de faire aucunes nouvelles fortifications sans le consentement de l'archevêque et du chapitre, et l'on ordonna que l'une des tours serait détruite.
L'archevêque et le chapitre promirent qu'ils conserveraient de bonne foi la bonne liberté de la ville et ses bonnes coutumes écrites ou non écrites.
L'archevêque et le chapitre promirent encore par serment qu'ils noteraient point tes biens, qu'ils ne feraient point arrêter ni tuer, estropier ou mutiler quelque membre à aucun des bourgeois, si ce n'étoit dans les cas que la coutume de la justice et du domaine ou seigneurie l'ordonnerait.
Que si quelque bourgeois von bit changer de domicile ou qu'il fût absent pendant quelque temps, il ne laisserait pas de posséder librement ses biens situés dans la ville ou dehors, sauf à payer le cens de ses fonds et les usages dus aux seigneurs.
Les citoyens, de leur côté, promirent et jurèrent qu'ils conserveraient la vie et les membres de l'archevêque et des clercs de l'église de Lyon, ainsi que ceux de leurs domestiques, et qu'ils seraient soumis à toute la bonne seigneurie et domination que les prédécesseurs de l'archevêque et de l'église avoient eue par le passé.
L'on ajouta encore que les bourgeois ne procureraient jamais, ni par eux ni par d'autres, aucune diminution des droits de l'église, en recourant à quelqu'autre autorité; je crois que c'est là le sens de l'acte, qui ne parait pas correct en cet endroit.
Comme le serment que les bourgeois s'étoient prêté les uns les autres, pour se soutenir contre l'église et pour s'assembler les uns contre les autres, avoit été la source de toutes les divisions qui étoient arrivées , les bourgeois promirent par serment qu'ils ne feraient plus aucune ligue ou conspiration entr'eux, ni aucun serment pour faire un corps et communauté, ni d'assemblée pour se consulter et s'appuyer les uns les autres contre l'église; mais qu'ils ne feraient des serments que pour les sociétés de leurs commerces et pour leurs ventes et achats.
L'archevêque et le chapitre prêtèrent aussi serment qu'ils ne feraient plus aucune ligue ou conspiration contre les habitants, et ils les quittèrent de tous les dommages et intérêts qu'ils pouvoient prétendre contre eux pour les torts et injures que les bourgeois leur avoient faits ou à leurs adhérents, et les bourgeois en quittèrent pareillement l'archevêque, les chanoines et leurs adhérents.
Les dommages que l'on avoit causés aux ecclésiastiques ou hommes de l'église de
Lyon qui nes'étoient point mêlés de la guerre, furent aussi quittés aux bourgeois; mais l'on ordonna que les bourgeois composeraient pour les dommages qu'ils auraient causés aux hommes qai ne dépendraient point de l'église, et que s'ils ne s'en accommodoient pas, l'archevêque ne pourrait excommunier aucun bourgeois en particulier, mais qu'il pourroit seulement interdire toute la communauté jusqu'à ce que l'on eût satisfait ceux qui se plaindraient ; et afin que celte paix fût bien observée, les quatre arbitres y firent apposer leurs sceaux avec ceux de l'archevêque et du chapitre de Lyon. L'on convint de plus que les évêques d'Autun et de Chalon, les abbés de Ctleaux et de Cluny, le chapitre général des Chartreux, la maison du temple et celle de l'hôpital (de Saint-Jean-de-Jérusalem] y dévoient aussi faire apposer les leurs, afin que tous ces sceaux prouvassent la volonté et le consentement que toutes les parties avoient donnés à cette paix.
Le duc de Bourgogne se rendit garant de cette paix envers les deux parties. Le comte de Nivernois promit de dépenser jusqu'à mille marcs d'argent pour obliger les parties à y acquiescer et à réformer les contraventions qui y seraient faites.
L'on stipula encore que si Mr l'archevêque ou ses officiant avoient fait quelques injures corporelles à quelques habitants, pendant cette guerre, les habitants ne s'en pourraient plus ressentir, et que les injuriants ne feraient aucune satisfaction aux injuriés.
L'on y ajouta encore que les forts que l'on avoit faits sur les rives du Rhône et de la Saône resteraient dans l'état où ils étoient jusqu'à la quinzaine de Pâques, à moins qu'ils n'empêchassent les ports et abordages des bateaux dans les endroits où ces bateaux avoient coutume d'arriver et d'être attachés, auquel cas on en détruirait autant qu'il conviendrait pour que l'abordage et les ports fussent libres, ce que l'on ordonna pareillement, au cas que l'archevêque ou l'église eût donné ces rivages à cens et servis pour y bâtir, auquel cas on détruirait les édifices dans ce qu'ils nuiraient au public.
L'on convint que ce traité de paix vaudrait à perpétuité et que les autres traités qui avoient été faits sur la première paix ne serviraient plus à rien, mais que l'acte qui avoit été rédigé sur les coutumes de Lyon, qui avoit été scellé du sceau de l'archevêque et du chapitre, demeurerait dans toute sa force. Cet acte fut fait au mois de septembre, l'an de Jésus-Christ 4208.
Nous croyons d'être obligés de remarquer sur cette date ou sur celle de 1215 que lui donne Paradin, qu'il a attribué mal à propos ce traité de paix à Robert de la Tour, puisque Robert de la Tour ne fut archevêque de Lyon qu'en 4227. Le R. P. Ménétrier (a) insinue aussi mal à propos que ces troubles commencèrent sous Robert, après avoir dit que ce fut sous Renaud, car il n'y eut aucune guerre sous Robert, et la paix que nous venons de rapporter y fut religieusement observée.
A l'histoire de dosibes.
La Mure, dans ses Archevêques de Lyon, met ce traité en 1228, la seconde année de Robert de la Tour ou d'Auvergne, suivant qu'il l'appelle; mais le traité n'auroit pas été fait par Eudes, duc de Bourgogne, ni par Ponce, évôque de Mâcon, car ce duc mourut en 4218, suivant Duchesne, et Ponce II, évêque de Maçon, mourut en 1 22 1 , suivant Severt.
La Mure s'est donc trompé eu retardant ce traité de 20 ans, contre la foi des titres qui disent que ce fut Eudes ou Odon et non Hugues, duc de Bourgogne, qui fut médiateur de ce traité, et que Ponce, évêque de Maçon, y assista.
Je ne sais si le chapitre de l'église de Lyon craignit quelque nouvelle guerre en 1209, ou si les guerres de 1208 l'avoient obiigé à faire faire de nouvelles fortifications dans le cloître ; car le chapitre ayant fait abattre une maison de l'abbaïe de Cluny, prés du cloître, parce que sa hauteur nuisoit aux forts du cloître, l'on régla le dédommagement que l'abbaïe devoit avoir pour le dommage que l'on avoit causé à cette maison en en abattant une partie (a). Cette maison de Cluny est la maison de la Bombarde, près le cloître Saint-Jean, à Lyon.
Le R. P. Ménétrier prétend [b) que Renaud, archevêque de Lyon, fut la cause de ces guerres. Il dit qu'étant né prince et ayant la tutelle de ses neveux, comtes de Forez, il prit des airs de hauteur qui ne convenoient pas à un supérieur ecclésiastique. Il conjecture d'ailleurs que les bourgeois de Lyon voulurent s'établir en commune, à l'exemple des bourgeois de la ville de Paris que Philippe- Auguste y établit ou conflrma environ l'an 1 1 47. Il dit vrai en assurant que cette commune fut une des causes de la guerre, ce que je crois en avoir été le sujet bien plus que les prétendues hauteurs de l'archevêque Renaud.
Le R. P. Ménétrier rapporte les sceaux du chapitre de Lyon, où un roi tient une fleur de lis, et il dit que la communauté de L>on en mit aussi une dans son sceau.
MM'abbé de Campt prétend, dans sa Dissertation, que ces fleurs de lis prouvent que les rois de France étoient hauts souverains de Lyon ; comme si l'on ne pouvoit avoir des fleurs de lis dans ses armoiries sans être sujet des rois de France, et si un chapitre d'ecclésiastiques, dont la pureté et la candeur doivent être les principales vertus, ne pouvoicnl prendre des lis pour devises sans être sujets des rois. Les lis, que les habitants de la ville de Lyon mirent à leur sceau, ne furent mis, ainsi que le R. P. Ménétrier le dit, que pour marquer que les habitants avoient fait leur commune à l'exemple de celle de Paris ou des autres de France ; ainsi elle ne marquoil point que Lyon fût du royaume ni sous la protection de Philippe-Auguste.
Innocent IU ayant publié une croisade contre les Albigeois et excommunié le £omte de Toulouse, qui lenoit leur parti, ftuichard de Beaujeu se croisa contre eux
M Bibl.Sebus., cent. 3, elup. I».
M hui, i.hiu. p. Mi, ses.
iiH
avec une grande quantité de seigneurs françois. M' Catel nomme parmi eux le duc de Bourgogne, les comtes de Nevers, de Sainl-JPol, de Montfort, de Bar-sur-Seine, notre Guichard de Beaujcu, Guillaume de Roches, sénéchal d'Anjou. Il nomme aussi plusieurs évéques et archevêques (a).
Notre prince se trouve compris au rôle de ceux du duché de Bourgogne qui portèrent bannière sous le roi Philippe- Auguste avec les ducs de Bourgogne, les comtes de Mâcon et les comtes de Forez.
Il étoit le troisième baron de France dans la liste des barons tirée du Cartulaire de ce roi. Le premier de ces barons est le dauphin d'Auvergne, le second Guy de Dampierre et le troisième Guillaume de Beaujeu ; mais c'est par erreur que l'on a mis Guillaume pour Guichard.
Dans une autre listo postérieure de quelques années, le Bourbonnois est marqué pour première baronnie, Coucy pour la seconde et Beaujeu pour la troisième. En 1 435, on ne lui donna que le quatrième rang ; mais ce troisième et quatrième rangs font voir que la seigneurie de Beaujollois étoit une des plus considérables du royaume, puisqu'il n'y en avoit que trois qui le lui pussent disputer. Mr Laurièrc remarque que ces baronnies, qui relevoient immédiatement du roi, étoient réputées pairies, et qu'en cotte qualité ces barons ne reconnoissoient point d'autres juges que les pairs de France. Cet auteur en rapporte les preuves ; mais pour jouir de cet avantage, il falloit que ces baronnies n'eussent point été divisées ni démembrées.
Ce que nous avons dit ci-devant de ces baronnies et du baronge de France confirme ce que Mf Laurière nous en apprend.
Nous avons rapporté trop de titres du Cartulaire deMàcon pour passer sous silence le don que Philippe-Auguste fit à cet évéque du droit de régale qu'il prétendoit avoir sur cet évéché, et quoique bien des auteurs en aient parlé (b), nous croyons qu'on ne sera pas fâché de la trouver ici. Philippe-Auguste quitta donc à l'évéque Ponce et à ses successeurs, évéques de Maçon, tout le droit qu'il avoit dans les régales de cet évéché, déclarant que le siège épiscopal vacant, il ne prendrait rien par lui ni par autrui, soit aux meubles ou immeubles, dans les maisons de l'évéque, dans ses châteaux, dans ses villages ou métairies, sur les hommages dépendant de cette régale ni dans leurs biens; il ne se retint autre chose, dans la régale de cet évéché, sinon les procurations (un autre exemplaire dit les présentations), comme lui et ses prédécesseurs ont coutume et doiveut les avoir.
Il retint, outre cela, le droit d'armée ou ban dans ces régales, sous ces restrictions, c'est à savoir que si lui, son fils, le maréchal, le sénéchal ou le connétable de France conduisoient l'armée de l'ordre du roi du cété du M àc< mois, que l'évéque
[») Ann.lt. d«- Bourgogne, p. SIS — Cetel. Co.lei de To.louie. p SU, Severt, p. 11». — Livre Rouge, p. II. — Bnuwl, p. Sllfi.
A l'histoire de bombes.
seroit obligé de s'y rendre avec ses chevaliers et ses soldats armés, et d'y venir jusqu'à Dijon et non plus loin.
Le roi voulut encore que, pendant la vacance du siège, les régales fussent entre les mains du doyen et du chapitre de Mâcon, à la charge de les réserver et garder pourl'évéque futur.
Il permit à l'église de Mâcon d'élire son évéquesans en attendre sa permission, a cause que Maçon étoit trop éloigné et que l'église auroit pu souffrir du retardement de cette élection s'il eût fallu attendre ses ordres, ù la charge que l'évéque qui auroit été élu et ensuite confirmé seroit obligé de venir lui prêter serment de fidélité et recevoir les régales de sa main.
[1 voulut que tous les articles de ces lettres-patentes fussent observés, nonobstant toutes les lettres contraires que l'évéque et le chapitre de Maçon lui avoient données, et il ne voulut pas que des lettres précédentes pussent empêcher l'effet de celles-ci qu'il signa et fit sceller de son sceau, présents Guichard, boutelier, Barthélémy, chambellan, Dracon, connétable ; la chancellerie et la grande mattrise de la maison du roi vacants, l'an 30* du règne de Philippe-Auguste, l'an 1209.
M'Brussel observe que Philippe-Auguste avoit aussi accordé la régale à l'évéque d'Arras et permis au chapitre de cette église d'élire son évêque sans attendre les ordres ou les commissaires de ce roi, sans parler de son long éloignement. Cet auteur parle fort au long des procurations qui étoient dues au roi et que Philippe-Augusle se réserva sur l'évéché de Maçon.
Par arrêt du 27 mai 1724, le parlement de Paiis a déclaré l'église d'Arras sujette à la régale, nonobstant l'exemption que Philippe-Auguste lui en avoit accordée en 1203 et 1204.
Quelques auteurs disent que Mr de Beaujeu fut envoyé, en 1 210, en ambassade à Rome, près le pape Innocent III; d'autres disent qu'il fut envoyé àConstantinople par le roi Philippe-Auguste (a). S'il fut envoyé àConstantinople, il faut croire qu'il y alla dès 1209, qu'il en revint en 1 21 0, et qu'il passa à Rome et à Assise, où ayant vu saint François, il lui demanda six de ses religieux pour les établir dans ses terres; saint François les lui accorda et il arriva en Beaujollois au mois d'octobre 1 210. Si la date que lesCordeliers ont mise à cet événement est véritable, il mit ces six religieux dans son château de Pouilly, où ils demeurèrent 9 ans, après quoi on les logea à Villefranche où ils sont encore à présent, et ce couvent des Cordeliers est regardé comme le premier de tous les couvents que l'ordre de Saint-François a eus dans le royaume •le France.
L'ambassade de Conslantinople est révoquée en doute par plusieurs auteurs. • M' Duchesne dit que Mr Guichard, suivant quelques mémoires, alla à la Terre-
(») Mém. de Villefr. iatpr., p. J6, J7. — Foorny. Grands de France. — Ouchetne. — Paradia. Ml. g.neal. — Inventaire Boorh.. cote U97, rahirr Cluny, fol. 58.
i.JO MÉMOIRES POIH SERVIR
Sainte, et qu'en en revenant il passa à Assise, et il croit qu'il mourut en 1 200, parce qu'il dit avoir vu une charte de Sibille, dame de Beaujeu, datée de cette année-là, par laquelle elle rcconnott que son seigneur et mari Guichard, étant à l'extrémité de sa \ ic, fil son testament et donna 10 livres de rente, monnoie de Lyon, à l'abbé et l'église de Cl un y, ordonnant qu'elles fussent assignées sur la chàtellenie d'Allognet, ce qu'elle confirma avec Humberl, son fils aîné, ce qui fait que Mr Duchesne croit que notre Guichard étoit décédé dés ce temps-là; mais c'est une erreur dans laquelle Mr Duchesne est tombé, fauto d'avoir examiné la date de cette charte qui est de 1 21 6 et non de 1 200 seulement, comme on l'a mis dans la bibliothèque de Clnny, car le Petit Carta taire de don; la date de 1210, qui est sa vraie date.
L'auteur des mémoires de Villcfranche rapporte une ancienne charte de. l'église de Beaujeu, qui cite quelques miracles fails par ces premiers religieux dont trois tirent, dit la Charte, un établissement à Sainte-Colombe de Vienne.
Les Mémoires de Villefranchc disent qu'il est marqué, dans le couvent des Cordeliers de Villefranche, que saint François commença son ordre en 1206 et que Guichard III, revenant de son ambassade de Constanliuople, amena trois compagnons de saint François d'Assise et qu'il fonda leur couvent à Pouilly-le-Chatel, l'an 1209, où ils demeurèrent sept ans, et que de là ils furent amenés au château de laMinorette, par le même Guichard, l'an 1 2IG; que ce Guichard fit clore Villefranche de murailles mais Guichard étant en Angleterre et y étant mort en 1 216, l'on ne peut dire qu'il ail transporté ces religieux en 1216; que s'ils le furent cette année-là, ils purent l'être par son ordre).
La Mure dit que Renaud, archevêque de Lyon, approuva l'établissement de la communauté des Frères Mineurs de Villefranche, mais il ne dit point que ce fut en 1202, comme quelques-uns l'onl dit.
Le P. Fodéré dit (a) que notre prince amena m religieux, ce que l'on peut croire, puisque dès l'année 1211 il en établit à Montferrand. Il dit que ce ne fut qu'en 1210 qu'ils furent amenés par notre prince qui les mit à Pouilly, d'où il les sortit parce que le concierge du château les inquiétoit, voyant qu'il n'avoit rien à gagner avec •■ux à cause de leur pauvreté. L'établissement de ces religieux à Monferrand feroit douter de celui de Sainte-Colombe, à moins que dès que ces six premiers religieux furent arrivés, ils n'en eussent reçu plusieurs parmi eux pour faire ces nouveaux établissements. 11 faut croire que celui de Sainte-Colombe fut postérieur de quelques années à celui do Montferrand.
Environ ce temps {*'•, Robert d'Auvergne, évèque de Clermont. fut pris par Guy. Je crois que ce doit èlre Guichard de Beaujeu, auquel on donne le litre de comte, peutêtre parce, qu'on appeloit sa femme comtesse, comme nous l'avons dil. Pierre de
r») aili.Cl.rè»l..tom. î,p ïTii, .Irrnier* Mil '. GaU»Chr»l..lom. J.p. W.
V L'HISTOIRE DE DOMES. 131
Captoil et Pierre de Camalerie aidèrent Mr de Beaujeu à faire celle prise. Peut-être ce seigneur avoitril eu quelque différent avec l'évèque pour ses terres d'Auvergne.
Je ne sais si les guerres de Lyon s'étendirent en cette sou\eraineté, car la maison et les biens du doyenné de Montberthoud furent ruinés, environ ce temp.^ i, par des guerres, en sorte que les abbés de Cluny ne pouvant la conserver ni la rétablir, l'abbé Guillaume la remit, au mois de janvier 1 211 , à Rainald, arebidiacre de Lyon, pour en jouir pendant sa vie, à condition que cet archidiacre y tiendroit deux religieux pour faire le service, qu'il répareroit les bâtiments et qu'il rachèterait les biens aliénés (a).
Alard de Chalamont donna en gage on vendit, en 4212, le château deChalamonl à Guichard de Beaujeu, pour 1 000 sols forts, sous les conditions spécifiées dans l'engagement. Cette vente ou engagement est cité dans l'inventaire des titres du Beaujollois, liasse Chalamont ; mais l'ayant voulu lire en 1 71 0, que S. A. S. m'ordonna de voir quelques titres qui lui étoient nécessaires, ce titre, qui étoit le premier d'une liasse et le plus exposé par là à se perdre, ne s'y trouva plus, ce qui fait que je n'en puis rien dire de plus que ce que l'inventaire en apprend (b).
Je crois cependant que cet engagement du cbàleau pourroit n'être que du droit qu'Alard de Chalamont y avoit comme châtelain, car on l'a déjà dit, il est à croire que Chalamont étoit à M" de Beaujeu dès le ix« siècle.
L'on prétend que Guichard commença à clore Villefranche de murailles et qu'il donna à cette ville les grands privilèges qui sont rapportés dans les Mémoires de Villefranche (1).
Albert, seigneur de la Tour-du-Pin, ayant promis à Philippe-Auguste de le servir fidèlement, il donna, en t 21 3, pour cautions de sa promesse, le duc de Bourgogne qui le fut jusqu'à 300 livres, le comte do Maçon pour 300 marcs d'argent et Guichard, sire de Beaujeu, pour autant de marcs (c).
Il est parlé de Guichard de Beaujeu dans un traité d'alliance et de confédération fait de l'autorité de Renaud de Forez, archevêque de Lyon, entre Guy, comte d'Auvergne, et Guy, comte de Forez, à cause du château de Thiern qu'il avoit surpris sur Guy VU du nom, vicomte de Thiern, et que le comte de Forez prétendoit lui appartenir ou à ce vicomte (d).
(a) Guitb., Hi.il. Dombe*.
(■) Ann. Xi, lias te Chalamont, cote SIS.
(g) Vyll.cn. , ion. 1", p. 1M.
(») Boloae, Hial. géaéal. delà Tour-<f AoTergoe, p. 8».
(1) T. rflte. d. Rea.jolaU, par M. de la Cm*.
MÉMOIRES POIR SERMR
Il y eut, en 1213 (e), une ordonnance de l'empereur Henri, qui décida que son frère Othon devoit relever, pour Maçon et Poligny, d'Othon, fils du duc de Dijon. L'acte est passé en présence de Guillaume, comte de Vienne, qui étoit aussi comte de Maçon, et qui avoit repris le comté de Màcon d'Othon, comte de Bourgogne, et de l'empire, ce qui sembloit être fait au préjudice du royaume de France et du duc de Bourgogne; mais l'empereur déclara que son frère devoit relever du duc de Bourgogne pour ces fiefs situés en France, en sorte que le service que le comte de Màcon rendoit à Othon, l'un des comtes de Bourgogne, avec les troupes de Màcon, ne pouvoit être rendu qu'après qu'il aurait servi le fils du duc de Dijon. En 1 217, Etienne, comte de Bourgogne, déclara aussi, au profil du duc de Bourgogne, son parent, que lorsqu'il avoit fait hommage du comté de Màcon, que Guillaume, son frère, tenoit ligeraent de lui, ce duc étoit convenu avec lui que lorsque l'héritier du comté de Màcon lui auroit fait hommage de Màcon, que lui, Etienne, rentreroit dans l'hommage du seul comte de Bourgogne, Othon, sans qu'on pût l'accuser d'avoir manqué a sa foi.
Les seigneurs de ce temps-ci étoient fort scrupuleux à tenir leur parole, ou du moins ils vouloient le paraître, et le plus grand reproche qu'on leur pût faire, c'étoit le manque de foi ; ainsi, lorsqu'un seigneur avoit fait hommage à un autre pour une terre, il craignoit qu'en quittant môme celte terre, on ne l'accusât de manquer à sa parole s'il faisoit la guerre à ce seigneur avec les hommes de ses autres terres ; ainsi, ils stipuloient qu'ils le pourraient faire, sans qu'on pùt les accuser d'y manquer. Mr Chantcreau Le Fèvre rapporte divers exemples de cette crainte d'être accusé de manquer à sa foi.
Duchesne prétend (a) qu'en 4ÎU Fridéric II, empereur, donna à Guillaume «le Baux, Prince d'Orange, surnommé Delcornas, le royaume d'Arles avec promesse de l'en faire couronner roi. De Pise, dans son Histoire d'Orange, dit que la charte de ce don fut faite à Metz, le 43 janvier, et qu'elle est dans les Archives de Provence. M' Dupuy parle aussi de ce don, mats il convient que ce titre ne parle pas si clairement que Duchesne lo dit.
Quelques auteurs ont voulu attribuer quelques droits aux rois de France sur le royaume d'Arles et Bourgogne en vertu de ce prétendu don, parce que Remond des Baux et Ermengarde, sa femme, les cédèrent à Charles, frère de saint Louis, comte de Provence, par une transaction de l'an 4237, et que nos rois ont succédé aux comtes de Provence.
Mais outre que la vérité de cette donation est suspecte à Mr Dupuy lui-même, il n'est pas vraisemblable que Fridéric, qui venoit d'être reconnu dans ce royaume, s'en fût dépouillé au profit d'un seigneur qui ne pouvoit pas lui en payer une juste
(») Cou lut, p. 176. - Périrt, p. »I8, Ut.
(.) DMtaM. BwrEog.., p. «M. - De PUe, Hltt. fOruge, p. 71. - Dupuy, Droit du roi, p. 150
A L'HISTOIRE DE DO MB ES. 433
valeur, ni être d'un grand secoure à cet empereur qui, n'étant assuré de l'empire ni de ses antres états, n'aurait pas été donner le seul où il eût été reconnu. Il est encore certain que ce don n'eut pas la moindre exécution, puisqu'on 4216 Fridéric avoit pour son vicaire, dans l'empire et au royaume de Bourgogne, Eudes, duc de Bourgogne, frère consanguin et en quelque manière tuteur d'André, dauphin de Viennois, qui y exerça ce vicariat au nom de Fridéric. Guillaume de Baux ne fut reconnu par aucun des princes des royaumes de Vienne et d'Arles, qui ne reconnurent que l'empereur Fridéric; d'ailleurs Guillaume de Baux n'a jamais fait le moindre acte de sa prétendue royauté qui, n'ayant point été suivie du consentement des états et de la moindre possession, n'a jamais pu donner aucun droit à cette maison ni à celle dos comtes de Provence, le consentement des peuples étant absolument nécessaire pour l'abdication qu'un roi ou un empereur voudrait faire des terres de son empire. Cette prétendue donation ou vente de son royaume n'a donc jamais eu plus de force que celle que l'on prétend qu'Henri VI avoit faite au roi d'Angleterre, dont nous avons parlé ci-devant, et qui fut très-inutile pour ce prince.
Guichard do Beaujeu se croisa nnc seconde îoisconire les Albigeois, en \ î\i, et, pour satisfaire à son vœu, il suivit, en 1215, Louis, fils aîné de Philippe-Auguste, qui alla faire la guerre au comte de Toulouse, chef de ces hérétiques (a).
LecomtedeMâcon fit, en sa qualité de médiateur, au moisd'avril12U(B),un accoui modement qui nous apprend de quelle manière les seigneurs suivoient leurs hommes. Ce traité fut fait entre l'abbé de Cluny et Josserand Gros, seigneur de Brancion, el il fut convenu entr'eux que Mr de Brancion cédoit à l'abbaïe de Cluny tout ce qu'il prétendoit avoir justement ou injustement dans la maison, village et paroisse de Saint-Hippolyte, soit en hommes, femmes, terres, prés, bois, eaux et terrages, el qu'il leur quittoit tout droit de garde, tonte justice haute ou basse, sans que lui on ses héritiers y pussent jamais rien prétendre; et il reconnut qu'il n'avoit aucun droit sur la grange de Serey, son gagnage et domaine ; il convint que l'abbaïe de Cluny pourrait bâtir une maison forte dans leur maison et village de Saint-Hippolyte, el môme y faire une ville franche, et que l'abbé pourrait s'y associer qui il voudroit; et à l'égard des hommes que M' de Brancion avoit dans cette paroisse, il fut convenu qu'ils sortiroient au jour et féte Saint-Michel suivante, des lènemenls de M" fle Cluny, et qu'ils abandonneraient tons les biens qu'ils lenoient de l'abbaïe, mais qu'on leur paierait le prix des bâtiments qu'ils avoient faits au dire et estimation de M™ Hardoin de Langres, Humbert de Bresse, Durand, prieur de Saint-Marcel, et Renaud, doyen de Cluny, qui décideraient aussi des hommes qui seraient en contestation entre l'abbaïe et le seigneur de Brancion. Il fut convenu que s'ils étoient adjugés à ce seigneur, ils sortiroient de la paroisse Saint-Hippolyte dans le même terme, et que ce seigneur ni ses héritiers ne pourraient jamais avoir aucun homme dans cette paroisse; que si l'on faisoit une ville franche ù Saint-Hippolyte, 1 église
(») CW, ComlM <i« Toulon*, p. SOS.
(s) Bibl. Stbui., eenl. J, cap. 5S.
n'y pourrait point tenir les hommes de Mr de Brandon, et que ce seigneur ne pourrait pas retenir non plus les hommes de l'abbaïe dans aucune de ses terres. Josserand Gros promit d'observer tous ces articles par serment; outre quoi Eudes, duc de fionrgogne, Guillaume, comte de Mâcon et de Vienne, Gautier, seigneur de Vignory, Turent cautions que les deux parties l'entretiendraient. Le comte de Maçon donna ses lettres-patentes qui contenoient toutes les clauses de cet accommodement. Le seigneur de Brancion promit aussi d'en donner les lettres-patentes du roi. Ils dévoient se donner mutuellement des lettres-patentes du duc de Bourgogne, de Béatrix, comtesse de Chalon, du seigneur de Vignory, des évôques de Lyon, de Maçon et de Chalon, qui seraient obligés d'excommunier celui qui contreviendrait à cet accord, et môme de mettre sa terre en interdit. Josserand fit hommage et serment de fidélité à l'abbé, dans le chapitre de Cluny, et l'église de Cluny lui donna mille livres, monnaie de Dijon, pour le bien de paix, et le quitta de toutes les injures et dommages et intérêts qu'elle pouvoit prétendre pour les maux qu'il lui avoit faits et à leurs hommes. Josserand quitta aussi l'abbaïe de tous les torts qu'elle pouvoit lui avoir faits ou à ses hommes ; et l'on convint que ni l'abbaïe ni le seigneur ne prendraient plus de parti là-dessus les uns contre les autres, mais que cependant les hommes de l'un ou de l'autre pourraient demander justice de ces torts; et il fut convenu que dorénavant Josserand protégerait l'abbaïe comme son seigneur, et que l'abbaïe le défendrait comme son homme. Bernard et Jienri, frères de Josserand, leur sœur et leur mère, Mr Dalmais de Luzy approuvèrent cet acte et promirent avec serment de l'exécuter. Le comte de Màcon et le seigneur de Vignory signèrent et scellèrent cet acte, comme en étant cautions, ce qu'ils firent au cloître et au chapitre de Cluny.
Ce traité nous fait voir comment les hommes de Mr do Brancion alloient demeurer et habiter sur les terres de l'abbaïe de Cluny, ce qui faisoit des difficultés enlr'eux, en sorte qu'ils furent obligés de faire sortir ces hommes de leur paroisse pour être les maîtres de tous ceux qui y habiteraient et que l'exercice de leur justice ne fui point interrompu par ces hommes étrangers qui prétendoient n'y être pas soumis ni aux autres charges que l'abbaïe de Cluny imposoit & ses propres hommes.
Etienne I*r, sire de Thoire et de Villars, ayant épousé Agnès, fille unique et héritière de la maison de Villars. prit en fief de l'église de Lyon, en considération de plusieurs grâces qu'il avoit reçues de cette église, tout ce qu'il possédoit dans les paroisses de Saint-Didier, près Rioliers, de Saint-Bernard, de Trévoux, de Rcyrieux, de Genay. de Viray et de Coson, à la réserve du péage de Trévoux, par acte du 3 mai 12(5, que Guichenon dit être aux archives de Lyon et dans leur Cartulaire (a). Je ne sais si Guichcnon ne se seroit point trompé dans cette date (<), car Etienne II semble avoir créé lui-même ce fief en mai 1 243, comme nous le dirons ci-après et en son temps.
(») BJ«I. Breser, 4* p»rtie, »■ mol Tboire, p. St7. — Utoelrier, Hiit. Ljroo, p. SS.
(I) U duc de tm «•» la véritable. V.ma Notice iur le cbileau de Tréroo», p. »5, ei le Bwuonsc*
A l'histoire de dombes. 43Ô
Je crois que c'est notre Guichartl V qui déclara, en faveur de la chartreuse d'Arvières, qu'étant certain que ses prédécesseurs avoient toujours aimé la maison d' Arrières et l'ayant toujours défendue comme une maison qu'ils avoient fondée et qui étoit dans leurs terre, juridiction et district, il vouloit, en suivant la louable coutume de ses ancêtres, prendre cette maison sous sa protection ; c'est pourquoi il manda à tous ses amis et ordonna à tous ses baillifs et à tous ses hommes de défendre cette maison et tous ses biens comme les siens propres et d'y employer toutes leurs forces (a). Il fit apposer son sceau à la charte, pour marque de sa volonté. Comme cette charte n'a point de date, elle pouvoit étredeGuichard VI ou VU qui jouissoient des terres de Bugey comme de celui-ci.
Guichard de Beaujeu suivit avec les plus grands seigneurs de France, Louis, fils aîné de Philippe-Auguste, et qui a régné depuis sous le nom de Louis VIII (b), lorsque ce prince entreprit la conquête d'Angleterre contre le roi Jean-sans-Terre. Il avoit avec lui dix chevaliers et leur suite. Il suivit ce prince dans toutes les conquêtes qu'il fit d'abord, et alla ensuite au siège de Douvre, dont la ville et le château s'étant bien défendus, il y périt bien des François et notre prince fut du nombre; il eut cependant le temps d'y faire son testament le 18 septembre 1216 (1).
Guillaume, comte de Maçon, avoit alors des difficultés avec l'abbé de Cluny sur la maison et le doyenné de Mentberthoud, et par charte du mois de janvier, donnée à Tournus (c), il déclara que dans un accord qu'il avoit fait avec l'abbé de Cluny, il n'avoit pas compris ni réglé ce qui regardoit Montberthoud et ses dépendances, que ce différent étoit resté en souïïrance, mais qu'il promeltoitde s'en régler avec l'abbé Gérald, par-devant des arbitres dont ils convinrent, quarante jours après qu'il en serait requis.
Le corps de notre prince fut apporté à Cluny, où il avoit élu sa sépulture; Ponce, évêque de Màcon, s'y trouva pour assister à ses funérailles ; mais le sceau du certificat que le prieur de Douvre avoit donné, par lequel il attestoit qu'il l'avoit confessé et absous, s'étant trouvé rompu ou n'être pas dans toutes les formes qu'on souhaitoit qu'il le fût , Sibille, dame de Beaujeu, sa veuve, fut obligée de promettre qu'elle garantiroit cet évêque et l'abbé de Cluny de tous les inconvénients qui pourraient arriver, s'il se trouvoit que ce prince fût excommunié et qu'on n'eût pas dû lui donner la sépulture ecclésiastique en terre sainte. Elle en donna sa charte au mois d'octobre 4216. Cette princesse fit aussi, dans le même temps, la déclaration des intentions de son mari, que nous rapporterons ci-après,
(*) Preuve*, M. 210.
(■) r.hroo. d* Flandre*, rh. 1«.
(O MU. Se**»., cem . I, caap. 70; cahier D, fol. .5.
(IJ V. le te.!, de ce te.Ua.eot dau U tonte 111 de la |V« #erie de I. Biblietbe^e de lEcle de» charte.
Après cette promesse et cette déclaration donnée, notre prince fut enterré dans un petit cloître, au côté droit du chœur de l'église de Cluny, où sont les tombes d'un comte de Maçon et d'un comte d'Albon. L'on voit sur une muraille, au-dessus et à côlé du tombeau de Guichard, deux épitaphes dont Mr Guichenon ne put lire quelques paroles qui ont été lues et rétablies par Dom Eustachc lo Blanc en 4729. Voici cette épitaphe telle qu'on la lit encore à présent :
Militiœ Lumen, veritatis norma, cacumen Regni, Patronus Patries pacisque Colonus. Uututo subtrahitur, Gukhardus hic sepelititr ; llie Compescebat raptores, furtes premehal, Curabat sequi cultum rationis et mqni.
Hujus erat proprie proprium miser is miserert , Spernere se, nullum contemmre, jura tueri. Hic infra paries Anglorum morte gratari Cum se sentiret, hic se jussit tumulari. Quisquis ades ores cum santis associari.
Heec quicunv/ur legis mortis reminiscere iegis. Hic fama spreta mors curicta mttit sine sorte. Fax Patrùp, flos militiai muiteeque Sophim Bellijoci dictas Guichardus, apex Benedictus. Trans mare migrando Cluniaco seque dicando, Term mandandum se jussit ibi tumulandum. Hinc pater, hinc natus laudum titulo tumulatus, Sperans per mérita sanctorum rivere vita, Posse putans fieri per te, Cluniace, mereri Hax quicumque leges, tibi Christ i precamina junges.
Il faut que l'on ait mis le cœur de Guichard de Beaujeu ou quelque autre partit de son corps à Belle vil le, car une chronique ancienne et manuscrite trouvée dans celte abbaïe, dit qu'une partie de son corps ainsi que celui do ses père et aïeul furent ensevelis dans leur église comme ils l'avoient ordonné en fondant celte abbaïe.
Guichard V fut marié avec Sibille de Hainaut ou de Flandres, fille de Baudoin IV ou V du nom, comte de Hainaut et de Namur, et de Marguerite d'Alsace, tille de Thierry d'Alsace ou Elzar, comte de Flandres. Baudoin de Hainaut, mari de Marguerite de Flandres, posséda la comté de Flandres, parce que sa femme succéda, en H91, à Philippe d'Alsace ou de Flandres, son frère. Baudoin, père de notre Sibille, fut le huitième de ce nom entre les comtes de Flandres et le quatrième ou cinquième du même nom parmi ceux de Hainaut.
») Spicikg.. ion. S, in-fol., p. 588; in- »•, lom. 7, p. 581.
A l'histoire de dombes.
Baudoin d'Avesne, dans sa chronique (a), nous apprend que celte Sibille fut mariée au seigneur de Beaujeu, car il dit que du mariage de Baudoin, comte de Hainaut et Naraur, et de Marguerite de Flandres, vinrent Baudoin, comte, qui après cela fut empereur de Constantinople, Philippe et Henri do Hainaut, et trois filles, dont l'une épousa Philippe-Auguste, que cet auteur appelle le Borgne, roi de France, père de Louis, la seconde Mr de Beaujeu, et la troisième Pierre, comte d'Auxcrre.
La première de ces filles s'appeloit Isabelle, reine de France, et la troisième Yoland: son mari étoit de la maison de Courtenay, qui fut ensuite élu empereur de Constantinople. Il périt malheureusement avant d'avoir pris possession de l'empire, car, après avoir levé le siège de Duras, en Grèce, il fut surpris par l'empereur grec Théodore Comnène qui, contre la foi d'un traité, le fit assassiner avec la plupart des seigneurs françois qui avoient fait le siège de Duras qu'ils furent obligés de lever (a).
L'histoire de la maison de Luxembourg et les chroniques de Flandres disent que Cirard, comte de Luxembourg et do Ligny, épousa Sibille de Hainaut, fille de Baudoin, comte de Hainaut, et de Marguerite de Flandres, qui est la même que notre Sibille, dame de Beaujeu ; ainsi il faut qu'elle fût veuve de ce comte de Luxembourg, lorsqu'elle épousa Guichard de Beaujeu.
Ce mariage fit que Guichard se trouva beau-frère de Philippe-Auguste, oncle par alliance de Louis VHI et beau-frère de Baudoin de Hainaut, et de Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre, successivement empereurs de Constantinople.
Claude Paradin(B), après la chronique de Belleville dont nous avons parlé, a cru que Sibille de Hainaut et de Flandres étoit fille de Ferdinand de Portugal et de . Jeanne de Flandres; mais MM de Sainte-Marthe ont très-bien remarqué son erreur en faisant voir que Ferdinand ou Ferrand de Portugal ne s'étant marié avec Jeanne, comtesse de Flandres, qu'en 12H, il étoit impossible que Sibille, leur fille, eût été mariée avec Guichard de Beaujeu, qui mourut en 4216, car elle n'auroit pu avoir que cinq ans lors du décès de son prétendu mari.
Sibille de Hainaut doit tante de Jeanne, comtesse de Flandres, suivant Guichenon ; ainsi elle ne pouvoit être sa fille.
MrDuchesne croit (c), par conjecture, qu'elle étoit fille do Thierry d'Elsas, comte de Flandres, et de Sibille d'Anjou ; mais l'autorité de Baudoin d'Avesne détruit sa conjecture ; elle étoit petite-fille, par sa mère, de Thierry, comme nous l'avons dit, et non sa fille.
Mr Duchesne croit encore que Sibille de Hainaut auroit pu être la cause que M"dc Beaujeu auraient pris le lion desabledans leurs arracs.Philippe, comte de Flandres, portant le lion dès l'an H9I ; mais le sceau dToland de Hainaut, sœur d'isa-
(») Uist. génial, de Courtenay, p. XI.
(») Ail. gentil., li». 20, lom. î, p. Ut», (c) HUt.Bourf.,p. Wî.
belle, rapporté dans les Preuves de l'Histoire de la maison de Courtenay (a), ne donnant point le lion à cette princesse, sa sœur ne put pas le porter ni le donner à M" de Beaujeu, qui n'auroient pas voulu emprunter leurs armoiries de la maison de leurs femmes.
M. Le Laboureur (d) fait Sibille, femme de Gukhard de Beaujeu, sœur de Ferrand de Portugal, comte de Flandres, à raison de quoi, dit-il, elle fut réputée de la maison de Flandres ; mais les titres de Beaujollois desquels il prétend autoriser son opinion étant reçus, ils ne peuvent détruire la Chronique de Baudoin d'Avesne , qui étoit contemporain decettedame. Le titre signé Gayant, de l'inventaire de Bourbonnois(l), la fait fille de Ferrand, mais ce comte n'eut point d'enfant, et la généalogie des rois de Portugal ne donne aucune fille & Sanche I", père de Ferrand, du nom de Sibille ; ainsi il n'y en put avoir de mariée à la maison de Beaujeu, et c'est par erreur qu'on l'a nommée fllle ou sœur de Ferrand, puisqu'eUc n'étoit ni l'un ni l'autre.
De quelque famille que fat Sibille, femme de Guichard de Beaujeu, elle étoit pieuse et aimoit les pauvres ; elle leur fit bâtir l'ancien hôpital de Villefrancbe, qui étoit appelé de Roncevaux parce qu'elle y mit des religieux de Saint-Augustin qui avoient été tirés et qui dépendoient de labbaîede Roncevaux.
Elle eut plusieurs enfants de Guichard de Beaujeu :
i . Humbert V, seigneur de Beaujeu, qui succéda à son père dans la baronnie de Beaujollois et souveraineté de Dombes.
i. Guichard de Beaujeu, seigneur de tlontpcnsier et de Thiern, qui fit branche.
3. Henry de Beaujeu, seigneur de Châteauneuf en Valromey, de Virieu-le-Grand et de Cordon en Bugey, qui eut ces terres pour son partage et décéda sans postérité. Farad in ni Duchesne ne parlent point de cet Henry, et nous n'en parlons que sur la foi de Guichenon, qui peut en avoir un des titres que nous n'avons pas été assez heureux de trouver.
Le quatrième fut Louis de Beaujeu, chanoine en l'église et comte de Lyon, et chanoine de Beaujeu, suivant Paradin.
Paradin ni Duchesne ne donnent aucune fille à notre Guichard, mais Guichenon et Fou m \ lui en donnent, sur la foi de son testament, qui fait que l'on ne peut douter de leur existence.
La première fut Agnès de Beaujeu. Guichard, son père, pria, par son testament, Louis VIII, Ûls de Philippe-Augus'e, de la marier, c'est-à-dire de lui faire sa dot et de lui procurer quelque mari digne d'épouser une cousine germaine de ce roi. Ce seigneur comptait apparemment qu'ayant fait de grandes dépenses pour suivre ce roi à la conquête d'Angleterre et y mourant à son service, le roi ne pouvoit faire moins pour lui que de doter &a Tille aînée qu'il laissoit apparemment en bas âge;
(») Pmm», p. I*.
Mu.rtt, p.1il.
(I) T. B.bl de l'Ecole de. c tu rte,, L «,
a l'histoire de dombes.
mais comme ce seigneur craignit que le 01s du roi ne la mariât pas, il lui légua 1000 marcs d'argent pour sa dot. Il est à croire que Louis VIII suivit l'intention de Guichard de Beaujeu, car cette fllle fut mariée à Thibaud V» ou VI» du nom, comte de Champagne et de Brie, qui devint roi de Navarre, après la mort d'Agnès de Beaujeu, en l'an 4234. Ce prince avoit été séparé de Gerlrude d'Asebourg, sa première femme. Agnès de Beaujeu mourut du vivant de son mari, en 1231 . Elle n'eut qu'une fllle, nommée Blanche de Champagne, qui fut accordée en mariage, en 1225, avec Othon, comte de Bourgogne, fils d'Othon, duc de Méranie, dans la Carinthie, eu Allemagne, et de Béatrix, comtesse palatine de Bourgogne et Franche-Comté. Elle fut ensuite accordée, en 4234, à Alphonse, fils de Ferdinand, roi de Castille et de Léon; mais ni l'un ni l'autre de ces mariages ne fut accompli, et elle se maria enfin en 1237, à Jean, I*r du nom, duc de Bretagne, comte de Richemont, fils de Pierre de Dreux, prince du sang de France, duc de Bretagne, et d'AUx de Thouars, duchesse de Bretagne.
La seconde fille de Guichard de Beaujeu et Sibille de Uainaut fut Marguerite, qui fut promise à Henry, fils de Guillaume, comte de Mâcon ; mais ce mariage ne s'accomplit pas. L'Obituaire de Beaujeu marque son décès au 16 novembre, sans en marquer l'année.
La troisième fut Philippine; son père la recommanda par son testament ;ï la comtesse de Tonnerre, sa tante; c'éloit Yolande de Uainaut et Flandres, femme de Pierre Courtenay, comte d'Auxerre et de Tonnerre, dont nous avons déjà parlé. Il vouloit que sa tante la fit religieuse à Fontevrault.
La quatrième fille fut Sibille de Beaujeu, qui fut mariée, par traité du mois de janvier 1 228, à Renaud de Baugé, fils d'Ulric, comme nous le dirons ci-après, et depuis à Pierre le Gros, seigneur de Brandon, duquel elle eut des enfants, ainsi que de Renaud de Baugé. Elle mourut en 1265.