‹ Mémoires pour servir a lh́istoire de DombesChapitre 16 sur 19 · HUMBERT V · texte numérisé non relu

HUMBERT V

Nous ne trouvons aucun acte d'Humbcrt V dans l'année 1246, dans laquelle il prit possession de la seigneurie de Beaujollois.

Dès que son père fut décédé, l'on apporta son corps en France, Louis, fils du roi Philippe-Auguste, ayant été obligé d'abandonner son entreprise d'Angleterre. Le corps de ce prince arriva en Beaujollois au mois de septembre ou octobre 1416. Oulre la déclaration dont nous avons parlé, Sibille, sa veuve, en donna deux autres dans le même mois d'octobre ; par l'une elle élut elle-même sa sépulture et donna son corps à l'abbaïe de Clnny, à cause de l'amitié qu'elle avoit pour son mari qni y étoit enterré (a).

Par la seconde (b), celte princesse déclara que son mari, étant à l'article de la mort, avoit fait un testament et qu'il avoit ordonné que l'abbaïe de Cluny prendroil tous les ans 1 0 livres des forts de Lyon, sur sa terre d'Aillognet, pour faire son anniversaire, et qu'il avoit quitté toutes les tailles et levées que l'on faisoit de son ordre et dans son pays sur les terres et sur les hommes dépendant de cette abbaïe, à moins que ces tailles ne fussent imposées pour marier la fille de Beaujeu ou pour acquérir une terre dont le prix seroit au-dessus de 300 marcs d'argent et non audessous. Cette princesse jura elle-même qu'elle exécuteroit fidèlement celte ordonnance qu'elle appelle, suivant l'usage de ce temps-là, un devis ou division de biens du défunt.

Lu Bibliothèque de Cluny ne datoit cette charte que de l'an 4200, comme nous l avons «lit ci-dessus, mais le Petit Cartulaire que nous avons vu la date de 1216, qui

(«} Cahier Cluny, fol. 5 cl O. (V. Bibl. de l'École .In ebarlrt, I. r.) lu) Carl.iSI — Bibl. Cluniaw., p. 1501.

A l'histoire de dombes.

«•si sa vraie date qui est confirmée par les précédentes que nous avons rapportées.

Le dernier septembre 1217 (a), Ilumbert de Beaujeu confirma à G n y d'Andilly ol à ses enfants et à toute sa famille la liberté et l'exemption de servitude que Guichard, fils d'Humhert de Beaujeu, son père, leur avoil données, et la donation qu'il avoit laite de ce d'Andilly et de toute sa famille à l'église de Sainte-Marie-de-Beaujeu, et il leur en donna sa charte étant dans la salle de Beaujeu.

La même année 1217 (b), Guillaume, Dalmais, Guy, Hugues, Guichard et Gniirues fils de Guy de Saint-Trivier, vendirent à l'abbé de l'Isle-Barbe, du consentement de leur père, la moitié de la garde qu'ils avoient à Sainte-Euphémie, qui leur apparlcnoit du chef de leur mère.

Ulric Palatin et Hugues son neveu, du fief et domaine desquels celle moitié île garde dépendoit, permirent à l'abbé de l'Isle-Barbe d'en jouir en aleu sans s'y rien retenir ni pour eux ni pour les leurs, et ils promirent de maintenir cet abbé dans la possession de cette moitié de garde. A l'égard de l'autre moitié qui leur appartenoit, ils convinrent qu'ils ne la pourraient point diviser entre plusieurs de leurs héritiers, mais qu'elle scroit attachée à celui des Palatins qui posséderait leur maison sise à Riotiers.

L'abbé et le couvent de l'Isle promirent, de leur côté, qu'ils ne mettraient aucun gardien dans Sainte-Euphémie autre que celui qui posséderait le prieuré de cette paroisse. Ils convinrent encore de ne point vendre cette garde ni de la transporter à d'autres personnes. La charte de cette vente el de ces conventions fut autorisée par Renaud, archevêque de Lyon.

M - de Montperroux, descendu? de ces Palatins de Dio, possèdent encore aujourd'hui cette ancienne maison de leurs illustres ancêtres à Riotiers, comme l'a observé M. Le Laboureur; mais ils uc possèdent plus celte moilié de garde.

Guichard de Beaujeu, qui éloit un prince sage et prévoyant pour l'établissemenl de sa famille, comme son testament le fait voir, avoit ]>ensé à marier Ilumbert, son lils aîné, principal héritier, à Marguerite, fille de Guy de Baugé. Les conventions de ce mariage n'avoient été que verbales; mais Guy de Baugé, étant dans le dessein de faire le voyage d'outre-mer, Tint à Belleville où l'on en dressa les conventions par écrit, le mercredi 18 juillet 1218 (cl, deux ans après la mort de Guichard. Quelques auteurs ont daté cet acte du 1l> juillet 1219 ; cependant l'original est de 1248, et c'est sa vraie date; car il est dit que les conventions sont faites le 15 des calendes du mois d'août, 4* férié avant la fête de la Madeleine ; or, en 1 218, la lettre dominicale étoitun G, et le 18 du mois de juillet, 15 des calendes du mois d'août, se trouva un mercredi, qui étoit la 4* férié de la semaine, el 4 jours avant la Madeleine, qui

'») O.hier D, fol. il.

V Mnnret ri.le-B.rke. p. ISieU7!>.

Il Tilre Trér. original, IliM, Bre*»e, p. 5J cl M. rl Prrara, p. 1»

étoit le dimanche. Ces caractères conviennent tous à l'an 1248, qui est dans l'original, et ne conviennent pas à l'an 1219; ainsi on l'a mis par erreur.

Guy de Bauge déclara qu'il donnoit et promettoit en mariage à Ilumbert de Beaujeu, Marguerite, sa fille aînée, avec 4000 livres fortes, et la ville de Min bel et ses dépendances en dot, à condition qu'il pourrait garder, s'il vouloit, la jouissance de celte ville et de ses dépendances, en donnant tous les ans à Mr de Beaujeu 100 livres fortes de revenu, et que la propriété et possession de cette ville appartiendraient après son décès à Humberl, son gendre; il promit que si Humbert vouloit lever son péage dans la terre de M' de Baugé, il lui donnoit ou donnerait une maison ou un fort pour le percevoir, tandis qu'il posséderait Miribel. Guy déclara de plus que s'il venoit à mourir sans enfants maies qui pussent hériter de ses terres, il vouloit que ses terres appartinssent à Humbert de Beaujeu et à Marguerite sa femme, à condition que ses autres filles qui n'étoient pas mariées le seraient suivant son avis et celui d'Humbert de Beaujeu et des bons hommes de sa terre, et que leur dot serait en argent ou en terres, à la charge que si on leur donne des terres elles seraient tenues d'en faire hommage au seigneur de Baugé. Toutes ces conventions avoientété faites avec Guichard de Beaujeu, et il avoit juré, avec Gny de Baugé et leurs hommes ou vassaux, de l'exécuter. Guy les vint confirmer et mettre par écrit, à Belleville, comme nous l'avons dit.

Je ne sais si le péage dont cette charte parle est le péage de Miribel dont Mr de Beaujeu aurait joui pendant la vie de son beau-père, outre les 100 livres fortes pour le revenu de la terre de Miribel, on si celte maison ou fort que Mr de Baugé promettoit donner à M r de Beaujeu n'aurait point été quelque maison ou fort vis-à-vis Mâcon pour y lever le péage de Thoissay, cet endroit de la charte me paraissant obscur. Mr Guichenon ni aucun autre n'ont parlé de cette difficulté.

Duchesne prétend que la mère de Marguerite de Baugé étoit la fille de Guillaume, comte de Chalon. Je ne sais si cela est, n'en ayant vu aucun titre jusqu'à présent.

Miribel est un château d'où dépendoit une petite ville qui n'est à présent qu'un bourg situé sur un coteau près du Rhône, dans une très-belle vue, ce qui a fait qu'on l'a appelé, suivant quelques auteurs, MiribtUum, quasi mire bellum. Guichenon dit (a) qu'il étoit de l'ancien patrimoine des comtes de Mâcon, et qu'il fut donné en

dot à N de Chalon, femme d'Ulric, seigneur de Baugé et de Bresse, par

Guillaume, comte de Chalon, son père, et que Guy de Baugé, fils aîné dUlric et de cette dame de Chalon, en jouit du vivant de son père, et qu'il portoit le titre de seigneur de Miribel.

Je n'ai vu, jusqu'à présent, aucun titre qui fasse voir que les comtes de Chalon ou de Mâcon eussent été seigneurs de Miribel, et je ne sais où Guichenon a pris ce fait, car il n'en cite ni auteurs ni titres.

Guichenon prétend, après Mr Duchesne, que de ce mariage d'Humbert de Beaujeu

(i) Hiit. Emu, X* partie, au M Miribel, p. », 74.

A l'histoire dk domues.

avec Marguerite de Baugé sont procédés les droits que les seigneurs de Beaujea ont eus en Dombes, ce que Guichenon affirme en disant que pour lors les seigneurs de Beaujeu ne possédoient rien deçà la Saône, sinon Miribel, dont la seigneurie leur donna moyen d'étendre cette terre par acquisitions, par guerres ou autrement, et d'en composer avec le temps ce petit état qu'ils appeloient Beaujeu à la part de l'Empire, et qne l'on nomme aujourd'bui Dombes.

Mf de Valbonnois, dans sa nouvelle Histoire du Dauphiné (a), a suivi l'erreur de M" Duchés ne et Guichenon en disant que M™ de Beaujeu ne possédoient rien dans la Bresse avant ce mariage; mais nous avons vu ci-devant, par les titres que nous avons rapportés, que nos princes y avoient déjà Montmerle, Chàtillon, Chalamont, Saint-Trivier, et il n'y a pas à douter qu'ils n'y eussent encore Thoissay. C'est donc par l'ignorance de l'histoire et des titres de ce pays que ces auteurs et plusieurs autres ont avancé ce fait, et qu'ils n'ont voulu faire commencer la souveraineté de nos princes dans ces pays que depuis l'an 1218, quoiqu'elle soit plus ancienne et qu'il Boit à croire qu'elle vient des anciens comtes de Lyon vivants sous les empereurs Louis-le-Débonnaire, Lothaire et leurs successeurs, comme nous l'avons déjà dit.

Ce que Paradin a dit, que la juridiction de la seigneurie de Miribel s'étendoit jusqu'au pont du Rhône de Lyon , sera prouvé dans la suite par les transactions que nos princes ont faites avec les archevêques de Lyon.

Hr de Valbonnois s'est aussi trompé en disant que Sibille de Baugé porta au comte de Savoie Bourg, BAgé et Miribel, car clic ne leur porta point Miribel qui apparlenoit alors et longtemps après à M' de Beaujeu. Miribei étoit d'ailleurs séparé des terres des sires de Baugé par les terres du sire de Villars, qui étoit aussi souverain dans ses terres que les sires de Baugé l'avoient été dans les leurs avant le mariage de Sibille, leur héritière, avec le ills du comte de Savoie (b).

Le 10 mars de la môme année 1 il 8 (c), qui étoit le dimanche avant la Mi-Caréme, Humbertde Beaujeu déclara que lorsqu'il avoitfait hommage à la duchesse de Bourgogne, il avoit reconnu qu'il tenoit les seigneuries de Belleville, Thisy, Perreux ei I en fief du duché de Bourgogne ; que les trois premières seigneuries étoient de l'ancien fief, mais que son père avoit pris Lay en augmentation de fief du dernier duc de Bourgogne ; Humbert de Beaujeu déclara de plus qu'il devoit encore tenir de ce fief toutes les seigneuries qu'il pourroit gagner par la guerre ou obtenir en terminant les différents qu'il avoit avec le comte de Forez, comme son père i'avoit promis. Moyennant cette foi et hommage, Mr de Beaujeu et Madame la duchesse de Bourgogne promirent de se donner mutuellement conseil et de s'aider contre le comte de Forez.

' Cette duchesse de Bourgogne étoit Alix, fille de Guy de Vergey, suivant M' Durhesne (o). Son mari, Eudes, duc de Bourgogne, étoit décédé en 1218. Ainsi

(A) T«HWlI,p.J».

{•; ItaL du D.npbiD*, I. II, p. M.

fc] fVwrd, Min. 4« Bo«rj., p. «I . IWm, I, II, tel. 117. u DuritcMe, p. SSS.

MKMOIRKS l'Ot H SERVIR

M' de Beaujeu lui devoil doublement son hommage, soit parce qu'il aroit succédé à son père, soit parce qu'il y eut un nouveau duc de Rourgogne, qui étoit Hugues, dont Alix, sa mère, fut tutrice. Cet hommage n'étoit cependant pas dû à la rigueur à la duchesse de Bourgogne, parce qu'elle n'avoil pas encore fait hommage au roi pour son fils, le» roi» de France prétendant, selon le droit féodal originaire, que leurs grand» vassaux ne pouvaient recevoir la foi et hommage des seigneurs qui reletoient de leurs seigneuries, qu'ils ne leur eussent fait eux-mêmes précédemment hommage [a). Charles-le-Bel punit de quelques jour» d'arrêt, en 4323, Louis, comte de Flandres, parce qu'il avoit recju l'hommage des vassaux 4c sa comté de Flandres avant qu'il lui eût rendu le sien.

Cette Alix, duchesse de Bourgogne, donna divers sauf-conduits à Ponce de Chaponay pour traverser dans ses terres et aller en Champagne. Elle lui devoit mille marcs d'argent qu'elle promit lui payer aux foires de Bar en Champagne, en 1219 (b).

La même année, Sibille de Beaujeu engagea les dtmes d'Oroux en Beanjollois à M™ de Saint-Pierre de Maçon, pour 200 sols forls, et elle promit les leur maintenir en paix, en présence et du consentement d'Humbert de Beaujeu son fils, de Guichard de Marzé, Barth. de l'Écluse, Josserand de Pisey , Guion de Liergues et George de Marzé, qui furent tous cautions de cet engagement.

Il y eut une grande famine, en 4221, dont Coquille a parlé dans son Histoire du Nivernois (c). Il nous y apprend que Guillaume de Saint-Lazare, évôque de Nevers, nourrit 3000 pauvres à ses dépens, jiendant cette disette, et qu'étant mort le 29 mai de cette année, veille de l'Ascension , il ordonna que cette aumône seroit continuée jusqu'au mois de juillet suivant, que la nouvelle récolte pourrait faire cesser la famine. Cet exemple de charité est trop beau pour être passé sons silence, et il semble qu'une action si chrétienne mérite de se trouver dans toutes les histoires.

Guillaume, comte de Maçon et de Vienne, donna au hameau ou village de Montberthoud la même liberté qu'on accordoit ordinairement aux villes franches, entre les barres ou confins de ce village ; il en donna la charte qu'il scella de son sceau, et promit par serment de maintenir ce village dans cette liberté. Montberthoud dépendoit alors de la seigneurie de Riorlier, que les comtes de Maçon avoient dans l'empire et qu'ils aliénèrent à l'archevêque de Lyon , comme nous le dirons dans la suite. Ce comte donna apparemment cette franchise à Montberthoud en considération de l'abbaïe de Cluny, à laquelle ce village appartenait en propriété ou directe pour la plus grande partie.

Le 4" mai 1222 (d), Humbert engagea, pour 200 marcs d'argent, & Renaud, ar-

(t) Daniel, Htet. d« Fr. ion» Charles-le-Bel, 1. 111, in-4«, p. «17. (», Meaetrier, Pr. p. iuy.ïl».

(c) But. Niw. p. «».

(•) TUre Art*, d» Saint-Jeu. - Loriguul de «lie eberle, ({ai eii.te escore dus les Archive» départe-

A I.'UISTOIIIK DE IiOJIBES. 4i"»

chevêque de Lyon, tous les hommages, tous les fiefs et toutes les fidélités qui lui étoientdus, soit par des nobles ou par des roturiers, entre le grand chemin et Lyon, savoir depuis le chemin qui descend du château d'Oin, par Ause, jusqu'en Saône, eu tirant de ce chemin à Lyon, et s|>écialemeut l'hommage que lui devoit Dahnais de Chàuïlon, pour une partie du château de Chàtillon; l'hommage de Guichard d'Oin. qu'il lui devoit pour des vignes près de Chàtillon; le (ief de Morancé et tout ce qu'on lui devoit pour Morancé; le fief de Bérard de Chàtillon et de Gui et Falcon d'Oui frères, pour leurs biens situés à Chacelay. Notre prince convint encore avec cet archevêque que l'engagement do Lissieu, que le père d'IIumbert avoit obligé â Jean, ci-devant archevêque, et à l'église de Lyon, pour 1000 marcs d'argent, serait joint à celui-ci et ainsi renouvelé, en sorte que ces deux engagements, quiseroient de 1200 marcs d'argent, ne seroient plus regardés que pour un seul et même engagement, et qu'ils ne pourraient être rachetés qu'en une seule fois et de marc en marr. Notre prince jura d'observer cette obligation de bonne foi, et qu'il ne vieudroit jamais au contraire, en signe de quoi il en scella de son sceau la charte qu'on en dressa.

Mr Dupuy, dans ses Droits du roi (a), dit que les archevêques de Lyon ont eu «les prétentions sur la souveraineté de Dombes, et qu'ils firent défense à Mr de Bourbon d'en prêter hommage au comte de Bresse. Il cite Chopin pour garant de ce fait, et il ajoute qu'il y a quelque apparence que le fondement de cette prétention vient de ce qu'en l'année 1 226, Humbert, seigneur de Beaujeu, engagea pour 200 marcs d'argent, à Remond de Forez, archevêque, et à l'église de Lyon, tous les fiefs qui lui étoient dus entre le château d'Icon et la Saône.

Mr Dupuy s'est fort trompé dans sa conjecture; car Oin en françois est Icnnium en latin, et nous n'avons point de château appelé Icon en Dombes, ni en Lyonnois. Duchesne, et après lui Dupuy, n'ont pas su la signification du mot latin iconium, qui est très-certainement Oin. La charte que nous venons de rapporter n'a rien d'afférent avec la souveraineté; et cet engagement, auquel il a été apparemment satisfait, n'a pu donner aucune supériorité à M' de Lyon et à son église sur le Beaujollois, et moins encore sur la Dombes. Duchesne et Dupuy datent mal celte charte de l'an I 226 ; c'est une erreur qu'ils ont faite, ayant apparemment lu sexto au lieu de secundo. Mr Dupuy a appelé mal à propos l'archevêque de Lyon Remond ; il devoit suivre Duchesne et l'acte qui l'appellent constamment Renaud.

A l'égard des hommages quelesarchevêquesdeLyononl prétendus sur la Dombes, et des défenses qu'ils firent à M™ de Bourbon d'en prêter hommage à M" de Savoie, nous en parlerons en son temps.

Par un titre du huitième de mai (b), on apprend les anciennes difficultés qui

mentale» .ta Bbine, porte la date du 1 « avant le* calendes de mai (Si avril lîîî). J'ea denne le teste ,oa. le n« LXVIII des Pièce» JaitiScaliree.

(*) Droite do. roi, au mol Dembea, p. SU.

(a) Tilre da Beaojol., roi. A, fol. I« «S* bit. Pr. arra. 51, liaue 1", „. si. — y. le texte de ce traite

avoient été entre les maisons de Beaujeu et celle de Forez, et la manière dont elles furent terminées, ce que les historiens, dit Guichenon, ont plutôt embarrasse qu'éclairci.

Ces difficultés commencèrent entre Gui ou Guigues, comte de Lyon et de Forez, deuxième du nom, Guigues son fils, qui décéda outre-mer, et Guichard, seigneur de Beaujeu, auquel les comtes de Forez abandonnèrent par accommodement tout ce qu'ils lui demandoient, à la réserve de ce qu'il tenoit d eux en flef; et Guichard, de son côté, leur quitta les fiefs de Néronde, Saint-Maurice, d'Olches et Urfé, avec tout ce qu'il avoit dans ces terres, mais il retint ce qu'il avoit dans la plaine, avec le flef d'Arnaud de Saint-Marcel à Sainte-Colombe, celui de Chamselle que Mr Guichenon appelle de Chambellet, à Saint-Priest, et celui de Sainl-Jnst-Lapendue. Outre ces conventions, ils promirent de ne faire aucunes acquisitions l'un sur l'autre au delà des limites qu'ils établirent entre eux, qui sont depuis le petit ruisseau appelé Ganth jusqu'à un petit chemin qui suit ce ruisseau et va sous Croisel, en allant vers la garde ou vers le gué de Vossillcs ou de Rafalles (l'acte étant si mal écrit que l'on ne peut savoir lequel de ces mots y est), et de là ce chemin et limite va jusqu'au grand chemin de Layette, et tout le long de ce chemin jusqu'au port de Roanne. Us convinrent encore de n'acheter aucun fief, terre ni seigneurie, au delà de ces termes et limites, et qu'ils ne protégeroient point leurs sujets l'un contre la volonté de l'autre.

Cette première paix ayant é!é rompne, Renaud, archevêque de Lyon, tuteur de Guy, comte de Forez, son neveu, quatrième du nom, fit un deuxième accommodement avec Guichard de Beaujeu, de l'ordre du roi, par la médiation de Raymond, évéque de Clermont, d'Odon ou Eudes, duc de Bourgogne, et de Guy, seigneur de Dampierre, par lequel il fut dit que le premier serait entretenu.

Depuis, Hugues Damas, chevalier, seigneur, de Cousan, homme lige du comte d.* Forez, ayant pris en flef d'Uumbert de Beaujeu, après le décès de Guichard, le château de Cousan, Humbert de Beaujeu défendant ce seigneur et quelques autres hommes de Forez contre leur comte, ce comte prétendit que Mr de Beaujeu étoit contrevenu aux traités faits avec son père, et il y eut là-dcssus une grande guerre entre notre prince et Guy III, neveu de Renaud, archevêque de Lyon, sur laquelle il y eut un troisième accommodement par lequel Mrde Beaujeu se départit ou céda ce fief ; mais comme notre prince avoit déjà repris ce fief d'Hervé, comte de Nevcrs, il promit de faire en sorte que la comtesse de Nevers s'en départit, dont il donna pour cautions Guichard de Marzé, Jean de Chatillon, Thomas de Marzé, sénéchal, Josserand de Piseis, Humbert de Noëlle, Barthélémy de l'Écluse, Humfroy de Marchand, Étienne •le Marzé et Étienne de Piseis. Et comme il pouvoit survenir de nouvelles difficultés sur ce traité de paix, ils promirent de s'en remettre à l'avis du chapitre de Lyon. M. de Beaujeu promit d'obtenir des lettres du roi et de Mf Louis (c'était ainsi qu'ils

daat rflirttirl Jm duc» it Bourbon el de» contti dt rorts, «diléc p>r M. d« Cb.aLl.ui., Prwvet, n« SO, p. lï.

A l'histoire DE DOMIIES.

appeloient Louis VIII du vivant de Philippe-Auguste son père), qni confirmeroient ce traité.

Outre toutes ces conventions, Humbert de Bcaujeu fit hommage au comte de Forez des châteaux de Chamelet, St-Trivier et Amplepuis, qui lui étoit dû de toute ancienneté, et il s'obligea, pour mieux cimenter cette paix, de donner sa fille en mariage au fils du comte de Forez et de lui donner en dot la seigneurie de Grandris et 1000 marcs d'argent, lorsqu'elle aurait 47 ans, pourvu qu'ils pussent obtenir des dispenses du pape, qui leur étoient nécessaires à cause de leur parenté. L'on convint que si ce mariage se faisoit l'hommage de ces trois dernières seigneuries subsiste! oit pour toujours, mais que si ce mariage ne s'accomplissoit pas Mr de Beaujeu devoit être déchargé de ce droit de fief après que les 4 7 ans pour accomplir ce mariage se seraient passés. Comme il ne se fit pas, nos princes ont été affranchis de cet hommage, etl'on ne voit pas qu'ils l'aient fait depuis pour St-Trivier. Ces princes prièrent Renaud, archevêque de Lyon, de faire mettre son sceau et celui de son chapitre à ce traité, ce qui fut fait le 27 mars de la même année 4222, vieux style. Le même traité fut mis, la veille de l'Assomption 1245, dans les archives du chapitre de Beaujeu, ce qui me fait croire que tous les autres actes que nous avons rapportés, tirés de la Bible de ce chapitre, y avoient été mis par la même raison, c'est-àdire à la prière des seigneurs de Beaujeu et de ses vassaux.

La même année 4222 (a), Humbert de Beaujeu remit à l'archevêque de Lyon, pour réparation d'une infraction faite par ses officiers à un de leurs traités, tout ce qu'il avoit à Belmon, qui est une annexe de la paroisse de Charnay en Lyonnois, avec l'hommage que lui en dévoient Béraud et Philippe de Châtillon frères.

La même année ou en 4 228, suivant que Guichenon l'a remarqué (b), sous l'abbé de Chassagne nommé Jean, Uumbert, qui se dit seigneur de Beaujeu par la permission de Dieu, et fils de Guichard-le-Pieux, confirma à l'abbaie de Chassagne tout ce qu'Alard, Guillaume et Étienne de Chalamonl avoient donné à cette abbaïe, et il leur accorda encore l'exemption des péages dans ses terres.

Guichenon dit qno ces frères de Chai. un g m étoient seigneurs de Chalamont , mais je crois qu'ils n'étoient que propriétaires de quelques fonds dans cette seigneurie, dont la propriété et la haute seigneurie ou souveraineté appartenoient a nos princes, ainsi que le droit de fief sur tous les biens de la famille des Chalamont, qui avoient pris le nom de cette seigneurie parce qu'ils en étoient originaires et qu'ils avoient leurs biens; que si M' de Beaujeu n'eût pas eu le droit de lief et souveraineté sur leurs biens, son consentement eût été inutile pour faire valoir la donation de ces gentilshommes.

La qualité que prend Mr de Beaujeu, de seigneur de Beaujeu par la permission du

(A) GlfclS Ml.

(■) TilwCb..Mf.., Goitheooo, Em», p. *, page II

iiS MÉMOIRES POUB SERVIR

Seigneur, qui est lu même chose que s'il eut dit par la grâce de Dieu, fait voir qu'il agissoit ronime souverain dans la confirmation qu'il faisoit. En effet, il étoit souverain à Clialainont comme nos princes l'y sont encore, et il étoit autant permis à Guichard de Beaujeu de prendre cette qualité pour ses terres de l'Empire ou Domhes, comme les antres princes et seigneurs de l'Empire la prenoient alors pour leurs terres et seigneuries.

D'ailleurs ces termes n'étoient point une marque certaine de souveraineté, les châtelains de Lisle en Flandres, et divers autres officiers s'étant dits officiers par la grâce de Dieu, par sa permission ou par sa honte. Jean, châtelain de l'isle, se •lisoit, en 1184 et en 1189, châtelain de Lisle par la grâce de Dieu : Joannes Det 'jrari/î Islensts castellanus (aï, quoique ces châtelains ne fussent qu'officiers. Biais héréditaires des comtes de Flandres.

Vninlen-Haér, dans son Livre des Châtelains de Lisle (n), dit qu'ils prenoient le liei gracid, Dei palienlid, I>ei miscratione au môme sens que saint Paul dit: ijracul l>ei sum, id quod sum.

Il est vrai que dans la suite des temps ces mots ont commencé à marquer une souveraineté absolue et indépendante; car Philippc-le-Bon , duc de Bourgogne et comte de Flandres, déclara, par ses lettres du 26 novembre 1418 (ci. qu'il ne se disoit duc par la gnlce de Dieu que depuis qu'il avoit succédé aux duchés de Ltfthier, de Braban et de Limbourg, terres de l'Empire où il étoit absolument souverain; mais qu'il ne prétendoit pas s'attribuer par ce titre aucun plus grand droit aux pays et seigneuries qu'il possédoit au royaume de France, et qu'il reconrroissoil que le roi étoit son souverain seigneur des terres et seigneuries étant au royaume, sauf l'exemption à vie qui lui avoit été accordée par le traité d'Arras ; et après cette déclaration, Charles VII, par ses lettres-patentes données à Tours le 28 suivant, permit que les mots par la grâce de Dieu demeurassent aux titres de ce duc, sans préjudice néanmoins de ses droits en souveraineté. La déclaration de Philippe-le- Bon et les lettres de Charles VII prouvent que dès le commencement du xv« siècle le litre de seigneur par la grâce de Dieu marquoit un absolue souveraineté.

Cependant les ducs et comtes de Savoie, et la plupart des anciens souverains de l'Empire, ne prenoient pas et n'ont pris que longtemps après la qualité de seigneurs par la grâce de Dieu, non parce qu'ils reconnussent l'empereur ou les rois de France pour leur supérieur, comme l'a voulu autrefois Mr de Laguesle (d), car le duc de Bourgogne, comme duc de Lothier, Hainaut et Limbourg, reconnoissoit celle de l'empereur en 1 448, comme les ducs de Savoie la reconnoissoient en 1 430, qu'ils tirent publier leur statut; mais ils ne prenoient pas encore la qualité de ducs par la grâce de Dieu parce que l'usage n'étoit pas encore venu de la prendre pour mar-

•t) Rfquele de* «éque* .le S.int-Onicr, p. M, Si,

■ OktlcUin* ,1c Li.lt, Ht. S. p. 10).

. Krqurlc de*diWévrqu<rs p. 53.

> Rrmomrai>re». p. TiO.

a l'histoire de dombf.s.

quer une absolue souveraineté, outre qu'il n'y avoit pas encore assez longtemps que les ducs de Savoie avoient été élevés à celle dignité par les empereurs; c'est pourquoi nos anciens princes n'ont pris que rarement la qualité de princes par la grâce de Dieu.et nos derniers souverains ne l'ont prise sans la plus quitter que depuis

quoiqu'ils n'aient pas été plus souverains en ce temps-là qu'ils l'étoient

anciennement , ces qualités venant plus souvent de la flatterie des sujets, qui les donnent à leurs princes, que de l'ambition ou de la volonté des souverains.

Les coinles de Foix et d'Armagnac, et plusieurs autres grands seigneurs de Fiance, ont été en paisible possession de se dire seigneurs par la grâce de Dieu, ce que les rois de France toléroient, comme Mr de Laguesle l a remarqué luimême (a).

La même année Guichard, qui n'avoit pas encore remis à son frère Henri de Beaujeu la possession du leurs terres de Bugcy, (il un traité avec Huinbert, seigneur de Luirieux, sur des amendes èsquelles il prétendoit que ce seigneur devoit être condamné envers lui ; car en ces temps-ci la moindre contravention aux usages étoit punie d'une amende, ce qui étoit resté des anciennes lois saliques et des lois gombettes où l'on ne trouve autre chose que de pareilles punitions d'amende.

Humbert de Beaujeu dit donc, dans cet acte, que le seigneur de Luirieux étant son homme-lige pour un certain flef, ce seigneur avoit consenti depuis peu à augmenter ce premier flef de tout ce qu'il possédoit en aleu à Hautcville et dans son territoire , de tout ce qu'il avoit aussi en franc-alcu au Chàtelard de Lomnes, du fort qu'il ferait dans le col de Cormoranchc-Dujorat ou montagnes de f.hamps-d'Or, et il ajouta encore à ce flef perpétuel le château et village de Cullo , et moyennant cette augmentation de fief Mr de Beaujeu remit à ce seigneur toutes les amendes qu'il lui devoit pour les contraventions qu'il avoit faites à ses défenses et pour les occasions ou désobéissances que les hommes propres de ce seigneur ou les hommes de corps, c'est-à-dire taillables et mai n-mor tables, de la maison de Taluisieux, lui dévoient. M' de Beaujeu se départit encore de tout ce qu'il pouvoit prétendre contre le seigneur de Luirieux pour les dons et aumônes qu'ils avoient faits à l'église des biens et revenus dépendant de l'ancien flef que ce seigneur tenoit de M' de Beaujeu. Ce traité fut fait sous les sceaux d'Aimon de Foucigny, de l'abbé de Saint-Sulpice et du prieur de la Chartreuse d'Arvières.

Le mot de fief perpétuel, dont on se sert dans l'acte, nous apprend qu'il y avoit plusieurs flefs qui n'étoient que pour la vie des seigneurs et qui finisxoient à la mort du vassal ou à celle du seigneur: ces flefs, n'étant qu'un engagement à un service personnel, n'emportoient aucun autre droit.

La clause qui regarde les flefs aumonés à l'église nous fait voir que l'usage le plus général étoit qu'un seigneur ne pouvoit pat diminuer son fief au préjudice rte son seigneur, en faveur même de l'église.

V Lag ue*le, Eeaonlr., p. a i u

Nous avons vu, par le traité de paix fait au mois de mai [a) , avec le comte de Forci, que Mr de Beaujeu avoit reconnu que Chamelet éloit anciennement tenu en fief de ce comte ; cependant Chamelet avoit aussi été repris du fief de l'archevêque de Lyon, ce qui faisoit naître des difficultés entre l'église et ces seigneurs. L'archevêque et l'église de Lyon , pour les éviter, convinrent que toutes les fois que le comte de Forez demanderait l'hommage de Chamelet à Mr de Heaujeu , l'archerêqut et le chapitre de Lyon n'y contrediraient point, mais qu'ils conseilleraient, au contraire, à Iiumbert de faire au comte de Forez tous les devoirs que son |ière avoit faits au père de ce comte, parce qu'ils croyoient bien que Guichard, père d'Humbert, avoit fait cet hommage au père du comte de Forez, d'heureuse mémoire, s'en étant informés très-exactement; ils convinrent, de plus, que si Mr de Beaujeu l se trouvant trop chargé île devoir hommage à deux seigneurs sur la même terre , les pressoit de le décharger de l'hommage qu'il leur avoit fait, ils lui répondraient qu'ils l'en quittoient après qu'il l'aurait fait au comte de Forez; et ils convinrent que, dès que Mr de Beaujeu aurait fait cet hommage au comte de Forez, le comte de Forez prêterait lui-même hommage à l'église de Lyou pour cette seigneurie de Chamelet. Cet acte fut passé, au mois de juin, à Chazalet. Renaud, archevêque de Lyon, Guillaume, doyen, Pierre, précenteur, Arod, sacristain, L'Iric Palatin, Guillaume de Harzé, custode, Guillaume de la Pain, chanoine de Lyon et archidiacre de Vienne, jurèrent d'accomplir ce traité. Guy de Forez le jura aussi, et il déclara que s'il y manquoit, il viendrait en otage avec Guillaume de Mays, 0. de Vernouilly, P. d'Alhigny, Hugues de Greisoles, Zacharie Malvisin et Godefroy d'Estrées.

Mr de Beaujeu , ayant apparemment prêté foi et hommage au comte de Forez, suivant la volonté de l'église de Lyon, Guy de Forez donna sa déclaration le 27 mars suivant (b), à cette église, par laquelle il déclara qu'il tenoit de cette église, en fief et casement, le château de Chamelet, que Mr «le Beaujeu tenoit de lui en fief, et cela outre les antres fiefs et casements qu'il tenoit de l'archevêque et du chapitre de cette église, en foi de quoi il mit son sceau à sa charte.

Le mardi 3 mai Mïï, Mrde Beaujeu, étant au bord de Saône, sous les bois joignant le domaine ou grange de l'Isle-Barhe, termina les difficultés qu'il avoit avec cette abbaïe, pour sa seigneurie de Miribel <:).

Il prétendoit que l'abbé de l'Isle étoit obligé, lorsqu'il y avoit quelque péril de guerre, de munir le château de Miribel de toutes sortes de provisions de guerre et de bouche, pour soutenir un siège et nourrir la garnison. Mr de Beaujeu avoit apparemment cette prétention, parce que le seigneur supérieur de fief étoit obligé de défendre son vassal, et que Mr de Beaujeu prétendoit que l'abbé de l'Isle ayant le droit de fief sur Miribel, il étoit obligé de le défendre à ses dépens.

L'abbé Guigues, qui voyoit que celte charge éloit très-considérable, nioit très-

(*) Preuve», fol. 1».

(•) Preuve», fol. 11.

(ç) MMore. de rbVBwbr. r lîi-US.

A l'histoire de dombes.

constamment qu'il dût faire cette dépense; il est à croire qu'il auroit mieux aimé perdre son droit de fief que de s'y assujettir. Cette dénégation de l'abbé obligea Mr de Beaujeu à s'informer de la vérité de ce fait des nobles et chevaliers, et des autres personnes de la châtellenie de Miribel, et ayant appris que l'abbé de l'Isle n'étoit point tenu à cette dépense, il se désista de la demande qu'il en avoit faite, sans en avoir un véritable droit et par une espèce de calomnie ; il reconnut qu'il s'en étoit désisté depuis le temps qu'il tenoit la seigneurie de Miribel.

Guy de Bàgé, voulant aller visiter le saint sépulcre de Notre-Seigneur Jésus- Christ, avoit aidé à l'abbaïe tous les cens, servis et autres droits qu'il prenoit, suivant l'usage, sur la grange de l'abbaïe, sise dans la crtte de Miribel. Mr de Beaujeu déclara aussi qu'il quittoit tous ces droits à cette abbaïe depuis qu'il étoit seigneur, et voulut qu'on ne les pût demander à l'avenir.

Mr de Beaujeu prétendoit encore que le pié\ôt de Miribel devoit aller à l'Isle, la vaille de la Saint-Martin, pour y faire la garde pendant la nuit, avec plusieurs de ses associés ou soldats ; mais, comme l'abbé de l'Isle prétendoit que cette garde étoit dangereuse |>onr lui et qu'elle pouvoit lui être dommageable, apparemment parce que ce prévôt se scroit pu rendre maître de l'Isle et y inquiéter l'abbé et les reli- , gieux , Mr de Beaujeu, ayant pris le conseil de gens sages et prudents, termina cette difficulté, en sorte que le prévrtt de Miribel ne pourroit venir à l'Isle, la veille de la Saint-Martin, qu'avec deux chevaux seulement et quatre de ses camarades, dont l'un pourroit être le péageur, s'ils vonloient venir à la charge, qu'ils obéiroient à l'abbé et au célerier, et qu'ils promettroient d'exécuter leurs ordres pour faire une tidèle garde pendant la nuit.

M' de Beaujeu accorda, de plus, à l'abbé et religieux de l'Isle, qu'ils pussent faire passer, sur le Khône, tous les effets et marchandises qui leur appartiendroient, sans payer aucun péage. Il promit d'observer ces conventions par serment fait sur les Saints-Evangiles, et, tant lui que l'abbé de l'Isle en scellèrent la charte.

Mr Le Laboureur, qui rapporte cette charte, dit qu'il le fait d'autant plus volontiers, qu'elle prouve que Miribel éloit du fief de l lsle-Barbe; mais il dit que cette seigneurie, aujourd'hui érigée en marquisat, étant tombée eutre les mains des dauphins de Viennois et depuis en celles des comtes et ducs de Savoie, ils se sont secoués de cet hommage, comme l'ont aussi fait les comtes de Forez, les seigneurs de Villars et de Beaujeu, et d'autres seigneurs qui se faisoienl autrefois une gloire de rendre ces honneurs a Dieu dans la personne de ses serviteurs; car il reconnoit qu'il y a bien de l'apparence que la plupart de ces fiefs étoient de ceux que Saint- Julien appelle fiefs de dévotion, et il avoue que ces fiefs l'éloient pour la plus grande partie, parce qu'il s'en trouve plusieurs dans les titres de leur abbaïe, qui avoienl été achetés à prix d'argent, comme il en a rapporté plusieurs exemples.

11 est très-vrai que presque tous les fiefs et les hommages de ces temps-là étoient on de dévotion ou acquis à prix d'argent, et c'est pour cela qu'ils se preacrivoient et se perdoient avec le temps, comme les autres droits, les pays de l'empire «uhant

le droit écrit, qui admettait la prescription après trente et quarante ans. Les acquisitions des fiefs à prix d'argent font voir qu'ils n'étoient pas de simple dévotion; car, lorsqu'un seigneur recevoit de l'argent pour charger ses biens d'un droit de fief envers une église, il no recevoit pas cet argent par dévotion, quoique le zèle pour l'église facilitai l'assujettissement des seigneurs à ces droits. Plusieurs autres fiefs étoient établis par la seule amitié qu'un seigneur avoit pour un autre seigneur ; c'étaient plutôt des lignes et des confédérations de deux seigneurs que de véritable hommages ni tlefs. Le moindre qui se faisoit homme du plus puissant prétendoit que le plus puissant lui devoit conseil et secours dans ses guerres et dans toutes set querelles, qui étoient très-fréquentes en ce temps-ci, et qui se décidoient presque toujours par le sort des armes.

Le Tassai prétendoit que le seigneur devoit munir ses forteresses à ses dépens, comme MrdcBeaujeu le prétendoit. Je crois que l'usage contraire étoit plus vrai . c'est-à-dire que le vassal devoit fournir son lief ou le château en dépendant de toutes sortes de provisions, et pour ses gens et pour les gens que son seigneur supérieur lui envoyoit.

Le devoir du vassal étoit d'aller au service de celui dont il étoit homme, mais il n'y alloit qu'avec les hommes de la terre qu'il avoit reconnue être du fief du seigneur; ( encore n'étoit-il obligé de le servir que quarante jours, et il y avoit une certaine distance après laquelle il n'étoil pas obligé d'aller plus loin. Ces droits de fiefs ne donnoient aucune juridiction au seigneur supérieur sur son vassal ni sur sa terre. Les abbés de l'Isle n'ayant jamais eu aucune juridiction sur Miribel ni sur ses dépendances, qui étoient en ce temps-ci beaucoup plus étendues qu'elles ne sont a présent, ainsi ces droits de fiefs de l'abbaïe de l'Isle ne donnoient d'autre droit aux abbés de l'Isle que celui de pouvoir obliger les seigneurs qui les leur dévoient de les servir dans les guerres particulières que l'on faisoit à cette abhaîc, devoir dont ils se dispensoient sous le moindre prétexte et duquel ils se sont déchargés depuis que l'abbaïc de l'Isle, étant dans une paisible possession de ses terres, n'a plus eu aucune guerre particulière, ce qui lui a fait négliger de demander ces hommages qu'elle, a perdus par la loi du pays, qui a soumis à la prescription toute sorte de droit>, même publics.

Une charte de Philippe-le-Bel, roi de France, donnée en 1296 (a), nous fait voir tes fruits du fief étoient destinés au service du seigneur, comme nous l'avons dit; car Othon, comte de Bourgogne, ayant remis la Franche-Comté au pouvoir de ce roi, Robert, duc de Bourgogne, de qui le comte Othon possédoit plusieurs fiefs, demanda à Philippe-le-Bel d'être mis en possession de ces fiefs que le comte de Bourgogne ne pouvoit pas desservir. Le roi remit tous ces fiefs à ce duc, pour sauver ou conserver ses droits et ceux de la fille du comte de Bourgogne, à la charge que le duc de Bourgogne défendroit et garderoit ces fiefs à ses dépens, en faisant les fruits siens, et qu'il défendroit encore tout le comté de Bourgogne et baronie de Sa-

»; IVr.rd, M*m. B«org , p. S8«.

K l'histoirk de oomdes.

lins à son pouvoir, aux dépens iln roi, quand les revenus de la terre ne siifTiroienl

pas.

Cette charte fait voir que les revenus des fiefs iHoient principalement affectés à leur défense, mais que s'il falloit défendre tout le pays, le prince y deroit contribuer sur ses autres biens.

Nous avons dit, ri-de\ant, que Frédéric II, empereur, fut paisible possesseur de l'empire et des roxaumes de Vienne et d'Arles, en 1218, par la mort d'Othon, contre lequel le pape avoit fait élever Frédéric, (jet empereur, se voyant sans compétiteur et reconnu maître et haut souverain de tout l'empire, ne put plus s'accorder arec le pape, tant il est diflicilc d'accorder les droits du sacerdoce avec ceux de l'empire, ta puissance séculiers ne roulant pas recevoir toutes les décisions que fait la puissance ecclésiastique, surtout lorsqu'elles tendent à élever la puissance ecclésiastique au-dessus de la séculière, comme la puissance ecclésiastique ne veut pas toujours se soumettre à tout ce que la puissance royale croit lui être dit.

Les difficultés de ces deux puissances furent réglées, en 1223, a. la médiation de Jean de Brenne, roi de Jérusalem, qui porta le pape à lever l'excommunication qu'il avoit fulminée contre Frédéric. Louis VIII, roi de France, qui venoit de succéder i Philippe-Auguste, renouvela 1rs traités de la Fiance a\ec l'empire, dans la même année 1223.

Au mois de mars, Ilumlteii de lleaujeu, avec Renaud, archevêque de Lyon, rt

M , évéque de Chalon, réglèrent un différent que Marie, noble duchesse et

dame de Semur, avoit avec Guy, comte de Forez, pour leurs terres et seigneuries du cote de Roanne, comme M. de La Mure en a rapporté la charte (a). Nous n'en dirons lias davantage, sinon qu'il assure que cette duchesse étoil veuve et troisième femme d'Eudes III, duc de Bourgogne, et qu'il observe que l'on a omis, dans le Galliana Christiana, cet évôque de Chalon dont le nom commence par M; mais peut-être la lettre M étoit-elle une faute de l'écrivain de la charte, car en 1 223. époque de ce jugement arbitral, l'évêque de Chalon, depuis 1213 jusqu'en 1231, étoit Durand.

Humbert de Bcaujeu fut une des cautions du traité que Thomas l", comte de Savoie, lit, par la médiation des archevêques de L\on, de Vienne et de Tarentaise et de l'évêque de Grenoble, avec Etienne et Bernard, sires île Thoireel Villars, frères, pour la seigneurie de Festerne en Chablais, la combe de Saint-Rambert et le fief de Rogemont (b). Festerne resta au comte, et la combe Saint-Rambert et Rogeniont a M. de Villars. Il y eut plusieurs autres cautions de ce traité, entre lesquelles furent Albert de La Tour, le seigneur de Foucigny et plusieurs autres seigneurs de Savoie ou Dauphiné, entre lesquels se trouvoient Guichard de Frens .le Bombes et Etienne de Mondor. Ce traité est de la veille de Saint-Thomas, 1 2«.

Guillaume, comte de Maçon et de Vienne, mourut cette année; Bérard. abbé de

\] HUl. EmI.. Lu Miiit. p.

[•] Bld. Sjv., liaicb., p. J . -

4'i4 MEMOIRES POUR SERVIR

Tournus, l'ensevelit dans le porche ou galerie de son église. Le R. P. Chifllet remarque a que son tombeau se voit encore à Tournus, mais mutilé par les huguenots, fii 1562.

Le 16 mars 1 224 1b), le comte de Forez el l'abbé de l'Ile-Barbe firent des conventions; quoiqu'elles ne regardent pas notre souveraineté, elles servent néanmoins k confirmer les usages des liefs dont nous sommes souvent obligé de parler.

Par ces conventions, le comte de Forez reconnolt que quoique l'abbé de l'Ile fut propriétaire de Saint-Rainbert, de Donson, de Chamble, de Saint-Cyprien et Saint- Just, dont il avoit le plein domaine el en jouissoit en libre ou franc aleu, et que quoiqu'il n'eut aucun droit sur ces terres ni sur les paroissiens qui y habitoient, sinon lt» droit de garde à Saint-Rimherlet Chamble, pour raison de laquelle il lui éloit du .<() sols à Saint-Rambert et 3 sols à Chamble, annuellement, néanmoins lui et ses prédécesseurs avoient exigé des tailles à leur volonté, sur les habitants de ces terres et paroisses, et qu'ils leur avoient fait plusieurs autres maux ; c'est i>ourquoi il déclara par cet acte qu'il les quiltoit de tout le droit qu'il pouvoit avoir, soit de lever des tailles ou maltotes sur eux, soit pour les obliger à le servir dans son année, soit de toutes autres charges ou exactions qu'il ponrroit leur avoir imposées de fait ou de droit, et ne s'y réserva que les droits de garde de Sainl-Ranibertet Chamble, pour lesquels il promit de prêter foi et hommage à l'abbé, apparemment pour s'engagera ne garder ces villages que pour et au nom de l'abbé et de les rendre à l'abbé après le péril ou la fête passée ; car ces gardes se faisoient ordinairement les jours du patron pour empêcher les désordres et de peur que dans l'apport ou concours des gens de lous les villages voisins quelque seigneur n'y envoyât des gens armés pour se saisir •lu village, au préjudice de l'abbé ou du comte de Forez qu'on auroit pu inquiéter par la possession de ces paroisses.

Le comte de Forez se réserva le foin, l'avoine et les chapons qui lui étoient dus dans les paroisses de Saint-Just et de Dracieu; mais il quitta le droit de guet que les habitants d'un Dracieu, qui y avoient des maisons, étoient obligés de venir faire dans son château île Bothéon. C'est ainsi que je crois que l'on doit interpréter la clause de cette charte qui me parolt assez obscure.

Le comte de Forez se réserva encore le plein domaine, c'est-à-dire la seigneurie *t directe qu'il avoit sur les terres et possessions que les hommes de Saint-Rambert tenoient de lui, soit dans ces paroisses, soit dehors.

Mais pour les fonds que ces habitants possédoient alors d'autres seigneurs que de ce comte ou qu'ils possédoient en aleu, il les décharge de toute taille, si ce n'est que l'on fit une levée générale et dans tout le mandement de Saint-Rambert pour en fortifier le château.

Ce comte donna encore à ces habitants la liberté d'aller et de revenir librement

(*) Rfel. Toaniiit, c«c, Prra»«. p ■•) M«ur*«. p. IM.

A L'HISTOIRE DE DOMBES. 4o5

dans toutes les terres de son domaine el district, et de pouvoir disposer librement de leurs biens meubles et immeubles par vente, donation, hypothèque et toute autre sorte d'aliénation, sauf néanmoins ses droits et ceux du prieur, ce que je crois regarder leurs droits de cens et les laods des ventes.

Le prieur prornit.de son côté, au comte de Forez, avec tous se* habitants, qu'ils ne recevraient dans leurs terres et parmi eux aucun des hommes du comte, à moins que ce ne fut de sa volonté et permission expresse, el que les habitants ne feroient aucune ligue avec aucune ville ou château sans la permission du comte et «lu prieur, de peur que ces ligues ne devinssent préjudiciables au comte ou à l'église : et atin que les habitants ne pussent jamais oublier leur engagement, l'on obligea tous ceux qui avoient 1 4 ans et au-dessus d'en promettre l'exécution par serment, qui se renouvelleroit de 20 en 20 ans ; et le comte s'obligea aussi de faire jurer à son fils et successeur, dès qu'il auroit 15 ans, qu'il observe roi t ce traité.

Le comte de Forez donna divers otages pour être cautions de sa parole. Renaud, archevêque de Lyon, oncle du comte de Forez, approuva le tout comme archevêque de Lyon, ce qui devoit. à ce que je crois, regarder le prieur plutôt que le comte de Forez, quoique la charte semble dire le contraire.

Cette charte justifie le frauc-aleii «les fonds du diocèse de Lyon où les paroisses dont cette charte parle sont situées, et elle fait voir combien ces seigneurs éteiidoieul leurs droits, au préjudice des habitants, et combien ils leur laissoient peu de liberté.

Renaud de Forez, archevêque de Lyon, mourut deux ans après ce traité, el le U octobre 1226. Les fortifications qu'il rétablit à Pierre-Scizc, à Chasselay, à Anse el en diverses autres terres qui sont aujourd'hui au chapitre de cette église, nous font croire que les biens de l'église de Lyon n'étoient point encore partagés entre l'archevêque et le chapitre.

Severt rapriorte (a) fort au long les grands biens que cet archevêque fit à l'église •le Lyon.

Henri, fils de Guillaume, comte de Vienne et de Maçon, s'accorda, après le décès de son père, avec notre prince Humbcrt, sur l'engagement de Cenve, que nos princes avoient fait en empruntant KmO marcs d'argent de ces comtes; je crois que notre prince laissa Henri en possession de cette seigneurie jusqu'à ce qu'il put rendre ces 1000 marcs, et Henri promit de défendre cette terre contre ceux qui voudraient l'attaquer, ou par les armes, ou par la voie de justice. Cet acte fut passé à Brienne, prés Cusery, au mois d'octobre 1225 (b).

En 1226, Louis VIII, roi de France, s étant croisé contre les Albigeois, passa du côté de Lyon pour leur aller faire la guerre. Lyon n'étant pas du royaume, il sembloit que le roi n'y devoit pas passer ; mais outre qu'il s'agissoit d'une guerre tir

(a) Severt, In Lugil.. p. 161, Î6S.

(») Tilr. B«i»j., Lit. A, fol. J87.

MÉMOIRES rOIR SERVIR

religion, Puy-Laurcnl dit (a) qu i! choisit ce chemin à cause des plaines par lesquelles il pouvait faire passer ses chariots, et le Rhône par lequel il étoit facile de faire descendre ses troupes. Notre prince se joignit apparemment au roi avec ses vassaux et ses hommes. Il fut au siège d'Avignon, que le roi fut forcé de faire, parce que les hahitants de cette ville lui refusèrent malhonnêtement le passage qu'ils lui a\(»ient promis; mais comme cette ville étoit de l'empire, que le roi étoit en paix avec l'empereur et qu'il s'éloil même allié avec lui contre les Anglais, en 1223, il ne crut pas devoir faire ce siège dans une terre de l'empire sans le consentement de l'empereur; ainsi, en commençant ce siège, le roi en donna avis par une lettre à l'empereur, pour lui faire connoltre les raisons qu'il avoit eiiesde le faire, et apparemment alin qu'il ne crût pas que ce roi voulût s'agrandir au préjudice des droits et états de l'empire, ce qui nous fait voir que nos rois ne croyoient pas avoir des droits sur ces terres qu'ils n'osoient attaquer qu'avec le consentement de l'empereur.

Avignon avant été pris, le roi entra en Languedoc; il \ lit quelques conquêtes, et le temps de la campagne étant fini, il laissa notre Humhert ou Imhert de Beaujeu pour gouverneur des pays conquis dans cette province. Puy-Laurent dit que c'étoit un homme belliqueux et ^imanl le travail. Papire-Masson, parlant de ce seigneur, dit qu'il étoit frère du seigneur de Beaujeu ; mais il se trompe, c'étoit notre prince lui-même, seigneur de Beaujeu, qui fut gouverneur du Languedoc.

M. de Beaujeu est qualifié, par quelques auteurs, de sage et vaillant capitaine et frère du roi, dont il n'étoit cependant que cousin-germain, comme nous l'avons dit.

Quoique nous n'ayons point parlé des guerres où M. de Beaujeu eût servi, il ne faut pas douter, après les témoignages que nous venons de rapporter qu'il n'eût servi depuis longtemps, soit dans la guerre d'Angleterre, avec son père, soit dans les guerres particulières qu'il eut avec les comtes de Forez et de Maçon, ayant pris les châteaux de Genre et de Chassagny, sur ce dernier, comme l'atteste Paradin (b) ; ainsi il faut que le comte de Mâcon eût repris le château de Cenve, que nous avons vu ci-devant qu'il avoit vendu à nos princes.

Il y en a môme qui croient qu'il avoit servi, étant fort jeune, sous Arthur, duc de Bretagne, contre Jean, roi d'Angleterre, et qu'il étoit déjà mis, en 1202, au nombre des personnes de pouvoir et d'autorité que Philippe-Auguste préparait pour les secours d'Arthur (c).

Ce fut par ces divers degrés qu'il mérita la qualité de sage et vaillant capitaine, d'homme belliqueux, aimant le travail, et c'est par ces mêmes degrés qu'il parvint au commandement du Languedoc.

\£ roi Louis VIII mourut à Montpensier, en Auvergne, en revenant de cette expé-

» l.liroii. Pnj-Uurrnl. Uom felct., |». V..

« Alliance K> n**l.

. ViUrl. I.rill.. Phili|.,H . Ill.ro «.

A l'histoire df. DOMBPS.

dilion contre les Albigeois. L'on prétend que son amour pour la chasteté lui fit perdre la vie.

En 1226 (a), Etienne, seigneur de Villars, fils d'Humberl de Thoire et mari d'Agnès, fille et héritière d'Etienne de Villars, second du nom, termina les difficultés qu'il avoit eues au sujet de la donation que cet Etienne de Villars, son beau-père, avoit faite en M 83 ou 1186, à l'Ile-Barbe, qu'il avoit promis défaire ratifier par son héritier et pour laquelle il avoit donné tant de cautions.

Soit que son gendre crût que cette donation étoit nulle, faute de sa confirmation, soit par d'autres raisons, il ne voulut point s'y tenir, car, au mois de mai 1217, il obligea Girin, abbé de l'Ile, à se départir d'une partie des biens que son beau-père avoit donnés à cette abbaïe, comme on le voit dans la charte de l'an 1226. En effet, Etienne de Thoire et Villars, sans prendre la qualité de mari d'Agnès de Villars, et comme s'il eût été héritier lui-même de son beau-père, reconnut la vérité de sa charte, et qu'elle étoit bien munie des sceaux de l'archevêque et de l'église de Lyon; il déclara qu'il se i'éloit fait lire et expliquer, après quoi il la loua et confirma, et dit qu'après avoir longtemps contesté cette donation, qu'il avoit terminé ses différents par l'amiable composition de G. de Baugé, de Guillaume de la Palu, archidiacre de Vienne, de G. de Frcns, de L., prieur d'Abolène, de Guillaume de Montdor, chevalier, et de Pierre de Sarron, sacristain de Saint-Paul, qui avoient décidé que l'abbé et le chapitre de l'Ile laisseroient à Mr de Thoire et Villars le clos de Villars, sis dans la paroisse de Rcyrieu, et tout ce qu'il possédoit dans les paroisses de Rancé et Limandas, et de Thoussieu et Misérieu, pour le tenir en fief de l'abbaïe. Mr Guichenon, au lieu de. Thoussieu et Misérieu, a mis, par erreur, Thoissey et Miséria, paroisses ou hameaux qui sont très-éloignés et différents de Thoussieu et Misérieu, et qui n'ont jamais dépendu de Villars. Mr de Villars quitta à l'abbaïe de l'Ile le mas Saint-Martin, sis à Reyrieu, avec, ses appartenances et dépendances, avec le mas de Provinges et le tènement de Jeane-Longe ; il leur céda encore ce que le chapelain de Reyrieu possédoit à Parcieu, avec 3 sols de cens qui étoient dus sur le champ Martin à Poulieu, et une condamine près de la croix de Glarins, qu'il avoit usurpée sur l'abbaïe et qui lui appartenoit d'ancienneté. Il céda encore à l'abbaïe tout ce qu'il avoit dans les paroisses de Saint-Jean-de-Thurignieu et de Bussigcs ; mais il excepta de ces dons les fiefs des gentilshommes, les gardes des autres églises et les aquêts faits par Etienne de Villars, depuis sa donation de 1183 ou 1186; il excepta deux autres terres, et il céda à cette abbaïe le curtil, c'est-à-dire, ainsi que je le crois et qu'on parloit en plusieurs endroits, le domaine et métairie d'Etienne Guireis. Il permit à celte abbaïe de posséder les biens qui lui avoient été donnés et aumônés depuis la donation d'Etienne de Villars, qui étoient la terre ou les biens d'Humberl Ainxon, en quelques endroits qu'ils fussent situés, la terre de Jean a"Ars, chapelain, et le curtil de Jean de Vcissieu, qui étoit situé à J.imandas, ce qui fait voir que le don ni l'hommage que son père avoit fait à l'abbaïe

.) Mtwrei rinJc-Barbc, p. III, II». - flirt. BrwM, Prtum, p. I«9.

de l'Ile-Barbe n'avoit point dérogé et ne dérogeoit point à la souveraineté et seigneurie de Mr de Villars, puisque l'abbé de l'Ile reconnolt qu'il n'avoit rien pu acquérir dans la terre de Mr de Villars, sans son consentement ou amortissement.

Mr de Thoire-Villars déclara encore qu'il ratifloit l'accord fait en 1 2IT, et qu'il avoit promis et juré qu'il l'observeroit avec fi. de la Palu, G. de Frens, Rob. de Sarron, Etienne de Tremblay, et Etienne de Misérieu, et que tous ces seigneurs avoient promis d'aller en otage à Lyon, à la réquisition de l'abbé, et d'y demeurer jusqu'à ce que M' de Villars eût réparé le trouble qu'il auroit fait.

Ce prince reconnolt que nonobstant ce traité, soit par la fragilité humaine qui est plus inclinée au mal qu'au bien, par la tentation du démon, soit par les mauvais conseils qu'on lui avoil donnés, il étoit contrevenu à cette donation et à ce traité, et avoit fait plusieurs injures à l'abbaïe, de quoi étant fâché, il en avoit demandé pardon à Guillaume, abbé de l'Ile, et à tout son couvent, en présence d'IIurobert de Montluel et de plusieurs chevaliers et hommes de probité, et qu'il avoit quitté à l'abbaïe ses prétentions et s'étoit départi de toutes ses actions intentées et à intenter, voulant que la première donation et sa confirmation fussent exécutées suivant leur forme et teneur. Il en prêta serment et il fit ensuite hommage à cet abbé, par le commandement et volonté d'Etienne, son prédécesseur, et donna de nouveaux otages pour cette deuxième confirmation, qui furent Ber lion et Aimon de Vassallieu, Ulric de Chantemerle, fiuichard de Joycu, Hugues de Saint-Germain, Etienne du

Tremblay, Guy de Montellier, Etienne de Gesnay, Guichard de Liarens, N de

Fontenelles. qui dévoient aller aux arrêts ou en otage en quelque endroit que l'abbé jugeroit à propos de les envoyer, pourvu qu'il les envoyât en sûreté. Etienne de Tboireet Villars scella cette charte. Bernard de Thoire, son frère, qui fut présent à cette dernière convention, déclara qu'il quittoit aussi à l'abbaïe tous les droits qu'il pouvoit prétendre contre elle, à cause de cette donation ou aumône, et il la scella aussi de son sceau. Guillaume, doyen, et le chapitre de Lyon y apposèrent aussi les leurs, aussi bien que fiuillaume, abbé d'Esnay, le i" avril 1226, le siège de Lyon riant tacant.

Je ne sais quels droits Bernard de Thoire pouvoit avoir dans ces biens, qui venoient du beau-père de son frère, à moins que ces maisons de Thoire et Villars n'eussent déjà eu quelques alliances qui fissent qu'ils pussent ou dussent succéder les uns aux autres, ce qui pourroit être, car nous avons vu que le seigneur de Tboire avoit reconnu le péage de Trévoux et plusieurs autres terres de la seigneurie de Villars, de l'empereur Henri, roi des Romains, en 1 188.

Mr Le Laboureur assure que depuis celte dernière transaction il n'y eut plus de difficultés sur la donation d'Etienne de Villars, sinon que ses successeurs obligèrent les abbés de l'Ile de tenir un religieux originaire des terres de Villars, au château de Lignieu, pour y célébrer la messe, et môme d'y entretenir un garde, dont il avoue avoir vu une reconnoissanec sans date, dans l'inventaire de Beaujollois, et il semble impronver ces deux charges; mais il est à croire que celle de la messe avoit été

a l'iiistome de doxbes.

retenue lors de cette donation, ou depuis, et qu'on avoit bien donné à l'abbaïe de quoi entretenir cet ecclésiastique a Lignieu.

A l'égard de la garde, dès que M" de Villars avoient donné ce château à l'église, il étoit juste que l'abbé y entretint des gardes, pour éviter les surprises que l'on anroit pu faire de ce château, duquel on auroit pu incommoder les terres de Mr de Villars et celles de ses voisins, dans des temps où les guerres particulières étaient très-fréquentes.

La France fut en quelque mouvement de guerre, en l'année f Î27, au commencement du règne de Saint-Louis, sous la régence de la reine Blanche; la paii ayant été faile avec le duc ou comte de Bretagne, Humbert de Beaujeu se joignit à ce comte pour aller faire la guerre, du côté de Bourdcaux, à Richard, frère dn roi d'Angleterre.

Dans l'été de cette même année, notre prince fit le siège du château de la Bessède, où le comte de Toulouse avoit mis une garnison de ses meilleures troupes, sous le commandement de Ponce de Villeneuve et d'Olivier de Termes, qui étoient les capitaines les plus habiles et les plus vaillants du parti du comte de Toulouse ; ils firent une vigoureuse résistance, mais ils furent obUgés de céder à la force et à la vigilance de Mr de Beaujeu qui, ayant fini glorieusement cette campagne, vint faire un tour dans son pays de Beaujollois (a).

Je crois que c'est dans ce temps-là qu'Humbert de Beaujeu prêta 408 livres, roonnoie de Lyon, à Etienne I", sire de Thoire et de Villars, moyennant quoi ce seigneur engagea à notre prince le château de Villars et ses dépendances, l'hommage de Vassalieu et du Montillet, et le fief d'Henri de Vienne, depuis St-André et le château de Loves jusqu'en Saône (a).

Au mois de mai 1 227 (c), Guillaume, abbé d'Ainay, que la charte appelle Villesinus, quitta à Bérard du Bécey la dlmc de quelques terres qu'il avoit dans la paroisse de Saint-Cyr, près Saint-Trivier, en Dombes. Bérard n'avoit jamais payé la dlme de ces terres, l'ayant retenue jusqu'alors, quoiqu'elles dépendissent du prieuré d'Antaneins. Cette cession fut faite moyennant deux ânées de blé-seigle par an, que Bérard du Bécey promit de payer au prieur d'Antaneins, de tenir ses dîmes en fief de lui et de payer la dlme des autres terres qu'il avoit dans la même paroisse, comme il l'avoit payée jusqu'alors. L'on fit deux chartes de cette convention, qui furent divisées par alphabet, comme on le faisoit alors, pour éviter qu'on ne les contrefit, comme on le voit dans le Glossaire de Ducangc, au mot Chirographum.

(à] Chron. 4e Puy-Uurenl, p. 8S, S«.

(») CoithtMO, Hitl. Breue, «« partie, p. 317, mot Thoirt-Vfllm. « Ctrt. d'Aimy, fol. 1W. (V. l'ieee» JuHifk.tivf*, p. 88, cb. LXXII.y

MÉMOIRES POCB SEnVIR

M' de Beaujeu, après avoir passé son quartier d'hiver dans ses terres, revint en Languedoc pour y prendre le commandement des troupes du roi, qui n'étant pas en assez grand nombre pour faire des sièges, notre prince se contenta de faire le dégât dans les terres du comte de Toulouse; il fut si grand, que ce comte ne pouvant faire subsister ses troupes dans son propre pays, il fut obligé de faire sa paix avec Saint-Louis, ou plutôt avec la reine Blanche, sa mère, régente du royaume, durant la pupillarité et minorité de ce roi (a).

Quelques auteurs disent que notre prince prit Toulouse, mais Mr Catel en doutant, nous ne pouvons l'assurer. La paix fut faite en 4228, au mois d'avril, avant Pâques, c'est-à-dire en 1229, suivant notre nouvelle manière décompter. Catel rapporte cette paix en son entier.

Le comte de Toulouse y assura à sa fille, qui fut promise à un des frères de Saint- Louis, tous les états qu'il avoit dans le royaume, et au cas que cette fille vint à mourir sans enfants, comme il arriva, le comté de Toulouse devoit être réuni au royaume, comme il le fut en effet, après sa mort, en vertu de ce traité.

Je ne sais si Henri de Vieone, avec qui notre prince s'étoit réglé en 4 225, sur l'engagement de Cenve, se trouva l'héritier de Guillaume, son père, des 4000 marcs d'argent que notre prince devoit, ou si Henri fit des conventions avec Jean de Brenne, mari d'Alix, comtesse de Mâcon, où il lui auroit rétrocédé cette somme, car an mois de février 1227 (•), Jean de Brenne, en qualité de comte de Mâcon, reconnut qu'il éloit convenu avec notre prince et qu'il avoit fait la paix avec lui, sur son château de Cenve, de manière qu'lmbcrt et ses successeurs posséderaient ce château ù perpétuité, pour 1 000 marcs d'argent qu'il reconnut avoir reçus de notre prince.

Le roi de France confirma la vérité de cet acte, par ses lettres données dans le même mois et la môme année, afin qu'on n'en prtt pas douter.

Je ne sais si ce sont les mots de paix dont cet acte parle qui auroient fait croire à Paradin que notre prince s'étoit emparé du château de Cenve par force, et qu'il I avoit repris; les titres de 1225 et celui-ci no semblent pas permettre de croire que notre prince eût usé de voie de fait pour rentrer dans un château que lu» ou ses auteurs avoient engagé eux-mêmes.

La chronique de Tournusdit que la guerre commença en 4228, contre le comte de Mâcon ; je ne sais si ce serait celle qu'Aimoo, évêque de Mâcon, eut contre lui pour la Roche-Solutrê, dont parlent Saiut-4uUien-de-Baleure et Severt(c).

'a) ci.nl. Iliit.de* comtei de Toulouse, p. 3JB. 131, S3Î. (■) Thr. Beauj., vol. A, fol S8.

c) BU». Ttwniu». Preuve», p. 10 t. — Btvcrl, ta M ni te, j». »».

A L'HISTOIRE de bombes.

Le comte de Toulouse, dont nous venons de parler, avoit des terres considérables dans l'empire; il y avoit surtout le Comtat-Venaissin. Saint-Louis et les grands du royaume ne voulurent pas se faire céder ce comté, de peur que l'empereur ne se plaignit que le roi voulût outrepasser les bornes de son royaume, et que l'empereur n'eût pris prétexte de cette cession pour déclarer la guerre au roi; c'est ce qui til qu'il fut stipulé, par le traité dont nous avons parlé, que Haimond quilloil précisément, absolument et à perpétuité, au légat du pape, au nom de l'église, la terre qu'il avoit dans l'empire, au-delà du Rhône, et tout le droit qu'il y avoit et pouvoit avoir.

Nonobstant cette cession Saint-Louis (il prier, en I 230, le pape de restituer ce comté au comte de Toulouse; le pape lui Gt réponse que s'il le retenoit, ce n'étoit pas qu'il voulût se l'approprier (a) ; ainsi il semble, par les lettres du pape, qu'il roconnaissoit qu'il n'étoit que gardien et dépositaire de ce comté jusqu'il ce que les Albigeois fussent convertis, quoique la cession en parût perpétuelle par le traité de paix.

Le comte de Toulouse, ne ponvant avoir sa terre par l'entremise de Saint-Louis, s'adressa à l'empereur, qui, mécontent du pape et prétendant peut-être que le comte de Toulouse n'avoit pu céder au pape ses états dans l'empire sans son consentement, donna une bulle d'or en faveur du comte de Toulouse, en 1 234, pour le rétablir dans ce comté, dont le comte de Toulouse alla lui faire hommage, en 1 235 (b). Le pape no déféra pas à cette bulle ni à cet hommage, parce qu'il prétendit que plusieurs prrsonnes, qui demandoient des droits sur ce comté, s'étoient adressées à lui pour en avoir justice et qu'il vouloit examiner leurs prétentions avant que de restituer cette seigneurie. Je crois cependant qu'elle le fut dès-lors en partie, y ayant des actes de «238 et 1239, par lesquels il parott que Raimond, comte de Toulouse, jouissoit de partie de ce comté.

Le comte, pour en avoir une pleine et entière délivrance, alla en cour de Rome et à celle de l'empereur, en 1 243 ; il y obtint cette restitution, qui prouve que les empereurs étoient seuls reconnus pour hauts souverains dans ces pays de l'empire, nonobstant la prétendue donation faite en 1214, à Guillaume de Baux, du royaume devienne, qui n'eut point d'exécution, comme nous l'avons déjà dit, supposé que cette donation ait existé (c).

Alphonse de Poitiers, mari de Jeanne, fille unique du comte de Toulouse, jouit aussi du Comtat-Venaissin ; ils en disposèrent l'un et l'autre par testament ; mais ces seigneurs étant morts sans enfants, le pape prétendit que la propriété de ce comté lui apparlenoit, suivant la paix de 1228, et il s'en mil en possession du consentement de Philippe-!e-Hardi, roi de France, que (irégoire X remercia de ce consen-

ti IHniel, lliit. Fmnrf, «m* Siinl-LouU. — l>upu>, Droit* du Roi. p. ÎJ.H el Î50. (■) Spieilrg., i»-fol., ton. S, p. (04 cl 008. (c) Puy-Uarcnl. Catrl, p. 98.

loment par un bref de l'an «273. Et depuis ce temps-là ce comté est rcslé au pouvoir des papes, sans qu'on le leur ait contesté (a).

Au mois de juin 1 228 (b], Albert de la Tour-du-Pin fit des conventions a\ec Robert, archevêque de Lyon, par lesquelles il reconnut que l'archevêque et l'église de Lyon lui avoient donné en llef et casement le château de Saint-André et son mandement qne lui et ses héritiers seraient obligés de rendre à l'archevêque ou à l'église, lorsqu'ils le demanderaient; il promit de leur en faire foi et hommage lige, à l'exception de la fidélité et hommage Uge qu'il devoit à l'église de Vienne et au comte de Savoie; et pour dédommager l'église du don du fief de Saint-André, il promit de leur rendre son château d'Anton, qu'il tenoit déjà de l'archevêque et de l'église de Ljon, et tout ce qu'il avoit en-deçà Chareis, vers le Rhône et Lyon, promenant à l'église de lui livrer les forts qu'il avoit et qu'il ferait dans tout ce district qu'il reconnolt tenir de l'église; c'est-à-dire qu'il reconnut que ses lerres seraient des liefs rendables et que de simples fiefs il en fit des casements, car nous avons déjà dit que les casements étoient des fiefs rendables aux seigneurs. Nous ne rapporteions ces tilr.'s que pour faire voir l'usage des fiefs de ce temps-ci, les terres dont il s'agit dans cette charte n'étant point de la souveraineté.

Au mois de janvier de la même année, Humbcrt de Deaujeu maria Sibille de Reaujeu, sa sœur, à Renaud, sire de Raugé (c); il lui donna, en mariage, Châlillon-en- {tombes avec ses appartenances, l'hommage d'Aimé de Coligny et 40 livres, monnoie de Lyon, de rente, en terres qu'il lui assignerait dans ses terres de Deaujollois, aux dire et estimation de deux arbitres qu'ils choisiraient et qui les assigneraient en bon lieu, dans les fêtes de Pentecôte suivantes. Humbert promit encore à Renaud 'ioo marcs d'argent, payables en trois ans, un tiers chaque année. L'on convint, du consentement de Sibille, que si elle venoit à mourir sans enfants, son mari jouirait pendant sa vie de la moilié de ses biens, en forme de douaire, mais qu'après la mori de son mari le tout retournerait à son frère. Ce qui surprend, c'est que cette princesse ne stipule point de douaire, si son mari mourait avant elle, peut-être parce qu'il étoit do de droit ou parce qu'il avoit été constitué par quelque autre litre particulier, comme cela se faisoit assez souvent.

y uoique celle dot fût considérable, Mr de Baugé prétendit que sa fiancée n'étoit pas assez légitimée; c'est pourquoi ils convinrent que lorsqu'Hurabert serait de retour du pays des Albigeois, où il croyoit apparemment de retourner dans peu de temps, ne sachant pas que la paix dût se conclure trois ou quatre mois après, ils s'en tiendraient à ce que M' 11...., c'est-à-dire Renaud de Maçon, et Odon, seigneur de Montaigu, ou l'un d'eux, en feraient. Ce Renau 1 de Màcon étoit frère de Guillaume et grand-oncle d'Alix, comtesse de Màcon, comme nous le verrons ci-après. Guiche-

'») Mémoire* d* Trévoux, wpumbre I7IJ, p. 151t. •) Bibl. Sebdi., ce m 17. ftp. «S, p. 91.

\t) PfNW, fol. »».

A l'HISTOME DË BOMBES. 463

non avoit cru que c'était au sentiment de l'évéqne de Mâcon, au sentiment duquel notre prince s'en étoit remis; mais l'évéqne de Mâcon, qui vivoit en 1228, étoit Aimon, et son nom ne commençait pas par une R, comme le titre le porte.

Humbert de Beaujeu donna pour cautions de ces conventions Mr Jean de Chatelus, Hugues Palatin, Thomas de Marzé, Josserand de Piseis, Barthélémy de l'Ecluse, Humbert de Noailly, Hugues de Roncbevol, Etienne de Marié, Guy Jaclès, B. de Saint-Saturnin ou Sorlin, et Guicbard, son frère, Girin de Marxé, Pierre de Chalillon, Raoul de Ranins, Ra..., prévôt de Bellcville.jZa..., marécbal, H..., prévôt de Cotte, Jean, prévôt do Beaujeu, Guil..., prévôt d'Ailloignel, B... de Villars; qui promirent tous avec serment, de l'ordre de Mr de Beaujeu, «pic ces conventions s'accompliroient suivant qu'elles éloient écrites, promettant de demeurer en otage a Baugé ou à.Mâcon jusqu'à ce que le tout fut accompli. Tous ces seigneurs étoient vassaux de M™ de Beaujeu, et Raoul de Banins en étant un, c'est une preuve que la .seigneurie de Banins étoit toute de la souveraineté de Dombes.

Ce traité de mariage fit perdre à nos princes la seigneurie et souveraineté de Châtillon-les-Dombes, qui étoit une terre fort à leur bienséance, joignant leurs terres et chatellenies deThoisseyet Montmerle. Humbert n'auroit apparemment pas donné cette terre en dot à sa sœur, s'il eût eu l'espérance que lui ou ses successeurs |>ourroient avoir la chatellenie du Chatelard, qui est conliguë à celles de Chatillon et Lent, que leurs successeurs ont eue dans la suite, et qui auroit empêché la séparation de notre Dombes orientale de la Dombes occidentale.

Mr Collet prétend (a) que la ville de Chàlillon-de-Dombes a eu ses privilèges de commune des seigneurs du pays qui s'appeloit Dombes ; il convient qu'il n'y a pas un seul tilre ancien qui ne l'appelle Castiilio Dumbarnm. Il est vrai, ajoute-t-il, que cette ville n'a pas appartenu à Mr* de Beaujeu, et que de la maison de Chatillon elle a passé à celles des comtes de Bourgogne et de Savoie, mais jamais, dit-il, elle n'a appartenu aux sires de Baugé ni de Villars.

Collet s'est trompé dans presque tout ce qu'il a dit dans cet article sur Chatillon, sa patrie; car il n'y a aucune preuve que cette ville ait eu ses privilèges de commune des seigneurs du pays qui s'appeloit Dombes, ce pays, comme nous l'avons dit, n'ayant jamais appartenu à un seul seigneur; cette ville n'a pas eu non plus ses privilèges des seigneurs de la maison et du nom de Châtillon; car, quoi qu'en disent lînichenon et Collet, je crois que la maison de Chatillon n'a voit pas la seigneurie de la ville et château de Chatillon; c'étaient les Enchaînés qui l'avoient et qui la vendirent ou cédèrent à M" de Beaujeu, comme nous l'avons dit ci-devant. Ces Enchaînés tenoienl déjà cette seigneurie du fief de M" de Beaujeu, qui en auroicnl dû donner les privilèges de commune, s'il y en a eu de donnés.

Les gentilshommes du nom de Châtillon ne prirent apparemment ce nom, comme nous l'avons dit, de ceux de Chalamont, qi.e parce qu'ils étaient originaires et 1rs

(O Slatnl rff Bre»»r, liv. S, »rl. I«S: Ueminj 1" Je- fni»ncf» p.

Ml

principaux gentilshommes vassaux et feudalaires de la seigneurie de Châtillon. Nous n'avons point vu de charte des anciens seigneurs de Dombes, ni de cette maison de Châtillon, pour la commune de celle ville.

Celte maison de Châtillon étoit cependant très-illustre cl très-puissante, car, outre les hiens qu'elle avoit à Châtillon, elle a voit la seigneurie de Monirevel (a). Bérard de Châtillon futéuVpiede Mâcon, et Etienne de Châtillon, qui a été mis au nombre des saints, fut évêquc de Die. Ces élections d'évêques dans une même maison sont presque toujours autant de marques de la grande noblesse que de la piété de ceux qui éloient élus.

Ce que dit Collet, que Châtillon n'a jamais appartenu à la maison de Beaujeu, se ilélruil par le contrat de mariage que nous venons de rapporter et par le titre des Enchaînés, dont nous avons parlé. Ce premier titre détruit aussi ce que cet auteur a avancé, que les sires de Baugé n'avoient jamais été seigneurs de Châtillon ; car ils le furent constamment, depuis I 228 jusqu'en 1 272, que Guichenon nous apprend (b) queSihillede Baugé céda Châtillon, quelle appelle Chàtillon-sur-Chalaronne, qui lui appartenoit, à Philippe, comte de Savoie et de Bourgogne, par un traité qu'elle lit avec ce prince.

Collet, qui n'avoit apparemment vu aucun des titres de sa ville antérieurs à ceux <le ce comte de Bourgogne et de Savoie, a cru que la ville de Châtillon étoit passée des seigneurs de Châtillon à ces comtes de Savoie, en quoi il a erré très-grossièrement ; tant il est vrai qu'en faits historiques, h moins d'avoir une suite de titres non interrompue, il ne faut jamais rien assurer, le temps nous découvrant tous les jours des faits que nous ignorions et qui ont échappé aux plus pénibles recherches.

Au mois de juillet de la même année 4 228, Benaud, frère de Guillaume, romie de Vienne, céda à Jean, comte de Mâcon, et à Alix ou Alaïde, sa femme, nièce de Henaud, tous les droits et seigneuries que Guillaume, son frère, avoit eusàMontberthond, et il déclara que ni lui ni ses héritiers ni pourroient rien prétendre, quoiqu'il en eût joui.

Etienne, premier du nom, sire de Thoire et Villars, fit hommage du Chatelard à l'archevêque de Lyon, le 8 mars 1228 (cl. L'acte porte qu'il le lit debout, comme les gentilshommes avoient coutume de le faire.

Au mois de juillet 1 229 (n), Marguerite, femme d'Humbert V, ratifia la transaction que son mari avoit faite en 1222, a^ec l'abbé de nie-Barbe, à cause de la terre et seigneurie de Miribel, qui lui appartenoit comme faisant partie de sa dot; elle reconnut tenir cette seigneurie en fief de l'abbé de l'Ile, et elle déclara qu'elle no

'») Gurhenon, UUl. Brt».e, M mol Montréal, k ti |éatal. .le la nuitoo de Chàlill n. (•) Guicbenoa, BreMC, Prem*, f. il.

(c) GBiebeoo», m**., fol. M, f, Mature», p. U», IU.

A l'histoire de dombf.s.

contrewendroit jamais à la transaction qu'elle ralifioit, soit par rapport à sa dot. soit de quelque autre manière que ce fût, voulant qu'elle fût observée par elle et ses héritiers, dont elle prit Dieu à témoin. Elle renonça à tout droit par lequel elle ponrroit venir au contraire et à loute erreur de fait. Elle mit son sceau à cette charte où celle de son mari est insérée tout au long. Elle la data de sa chambre, à Miribel, où il faut que cette princesse demeurât de temps en temps.

Celle princesse ne parle point de l'autorité de son mari dans cet acte, ce qui fait voir qu'elle n'en avoit pas besoin ou que l'usage d'énoncer cette autorité n'étoit pas encore introduit, surtout pour un acte que le mari avoit déjà fait lui-même.

Cette dame ne prend que Dieu à témoin de sa ratification, croyant que le sceau qu'elle metloit a cette donation devoil suffire.

La renonciation à l'erreur de fait paroit extraordinaire; mais les religieux vouloient ne rien omettre pour faire confirmer ce qu'on leur avoit promis.

Humbert se régla, au mois de décembre de la même année (a), avec Guy, comte de \evers et de Forez, sur ce que notre prince demandoit à Mr de Forez la restitution du fief de Cosan, dont il soutenait que le roi l'avoit investi; il prétendoit encore que le comte de Forez lui fit quitter, par l'église de Lyon, le fief de fhamelct, que cette église lui demandoit; il vouloit enfin que le comte de Forez lui cédât le fief de Chambost, dont il disoit que le toi lui avoit adjugé la possession ; sur quoi, s'étant remis a l'arbitrage d'Archimbaud de Bourbon, il fut convenu qu'ils s'en liendroient à l'accommodement qu'ils avoient fait, le 27 mars 1222, par la médiation de Renaud, archevêque de Lyon, et que M. de Heaujeu quitterait à M. de Forez tout le droit qu'il avoit et que le roi lui avoit adjugé sur Cosan, et qu'il se désisterait aussi de la demande qu'il faisoit pour Chamelet. M' de Forez quitta, de son coté, à Mr de Heaujeu, tous les droits qu'il avoit à Chambost.

Environ ce temps-ci, Marguerite de Baugé, femme d'Humbert de Beaujeu, fonda la chartreuse de Polelins, dans sa terre de Miribel, son proprr bien et héritage, pour l'honneur de Dieu, de notre Sauveur J.-C, de la Vierge et de saint Jean-Baptiste, et de tous les saints [tt\; elle la dédia spécialement à la Sainte-Vierge, dont elle voulut que cette chartreuse portât le nom. Elle la destina pour des filles dont elle en avoit tiré une partie d'un couvent de Chartreusines appelé PréBajon.

Elle leur donna, pour leur fondation, le territoire et tènement de Polelins, le bois y joignant, et l'étang qu'elle y avoit fait faire. Elle promit de leur faire bâtir une église à ses frais, et tous les autres bâtiments qui leur seraient nécessaires, de leur donner le labourage de huit jougs de bœufs, en terre, chaque année; de leur fournir les prés nécessaires, de leur acheter ou faire planter des vignes. Elfe leur accorda le

a La Mur*, IIM. IccL, p. jss.

« «iuifhtnan, Br«*e. IVfuvri, p^!5.

M K MO 1RES POt'K SEHVIR

droit de pàturago dans toute sa terre, soit en deçà, soit au-delà du Rhône, pour tous leurs bestiaux. Elle leur permit de prendre des bois dans ses forêts pour bâtir et rétablir leurs bâtiments. Elle les affranchit dans toute sa terre de toutes leydes, péages, ban, et de tout usage, quelque nom qu'on lui pût donner. Et elle voulut que tout ce quVIles pourraient acquérir, par dons ou aumônes, dans ses terres ou dans ses fiefs, elles le possédassent en pleine liberté. Elle consentit qu'elles pussent recevoir librement tous les hommes ou femmes de sa terre qui se donneraient à elles, et qu'elles pussent jouir des biens meubles et immeubles qu'ils leur donneraient. Elle promit de les pourvoir d'un moulin, selon la situation et la commodité de sa terre, île leur donner 16 bamîs pour le labourage de leurs fonds, 10 vaches pour les nourrir, et 10 irézaines de brebis. Elle leur donna encore 15 livres fortes en argent, de rente, dont elle en assigna 10 sur la pèche des Echets, et 100 sols sur le vieux péage du Hhflne; et elle promit de leur fournir tout leur nécessaire jusqu'à ce qu'elles pussent le tirer des biens qu'elle leur donnoit.

Elle s'engagea à leur maintenir tout ce qu'elle leur donnoit, à prendre tous procès en main pour elles, à les défendre de toutes violences et injures, et que si elles venoient à élre évincées de quelqu'uns des biens qu'elle leur donnoit, elle leur en donne; oit l'équivalent. Elle s'obligea et obligea ses successeurs au château et chàtellenie de Miribel, d'exécuter et mainte nir tout ce qu'elle promeltoit, priant l'archevêque de Lyon de contraindre ses successeurs, par les censures de l'église, à observer le tout. Enfin elle défendit à tout noble ou roturier, soumis à sa juridiction, de n'attenter en aucune manière sur la personne ni sur les biens de la prieure ou de ses religieuses, tandis qu'elles offriraient de s'en remettre à la justice et d'ester à tirait par-devant le juge compétent; que si quelqu'un contrevenoit à ses défenses, die vouloit qu'il fut puni si rigoureusement par le juge de Miribel ou les siens, que personne n'osai plus rien attenter au préjudice de sa volonté.

ilumbert de Beaujeu, mari de Marguerite de lla^é, confirma et approuva cette fondation et prit sous sa protection, sûreté et sauf-conduit, les personnes et les biens de cette chartreuse, et leur donna le droit de pâturage pour leurs bestiaux dans toute sa terre.

Ilumbert et sa femme mirent leurs sceaux à cette charte, pour marque de leur volonté et afin qu'elle fût exécutée à perpétuité.

Il n'y a rien dans tout le litre de cette fondation qui puisse faire comprendre en quel temps elle a été faite. Guichenon (a) la croit d'environ vers l'an 1230, et que la première prieure fut Jeanne de Beaujeu, fille d'Humbert et de Marguerite, fondateurs ; mais il est à croire qu'elle ne fut que la deuxième, et que l'une des religieuses tirées du PrèBajon fut la première. L'on prétend que Jeanne do Beaujeu et deux ou trais autres religieuses y ont fait des miracles. Ce couvent est à présent détruit, et il est uni a la chartreuse de Lyon.

{») CbMUOM. au mol l'olctiiu, p. M.

a l'histoire ke dombes.

Ouichenon reprend M' Duchesne de ce qu'il a dit que Foletins étoit en Dombes, noyant qu'il a voulu dire qu'il étoit de la souveraineté de nos princes; niais je croîs qu'il n'a voulu dire autre chose, sinon qu'il étoit du pays et archiprélrée de bombes, comme il en est véritablement. Dans le temps de celle fondation, il éloit de la souveraineté de Dombes, de Mr de Beaujeu, car notre prince étoit souverain à Miribel, dont Poletins dépendoit.

La liberté que Madame de Beaujeu accorde à cette maison, d'acquérir dans son fief et dans sa cliàtellenie de Miribel, fait voir que le fief de Mr l'abbé de l'Ile n'éloit qu'une promesse de défendre l'abbaie et que ce n'étoit qu'une espèce de ligue, comme nous l'avons dit, et qu'ainsi c<î fief n emportent aucune souveraineté ni juridiction sur Miribel, car s'il en eût emporté, Mr ni Madame de Beaujeu n'auroient pu faire celte fondation sans le consentement de l'abbé de l'Ile, qui n'y est point intervenu, ni daus le temps de cette fondation, ni depuis, et qui ne l'a jamais confirmée comme seigneur supérieur.

Le 4 mars de la même année 1530 (a), Humbert reconnut qu'il avoit exigé injustement des corvées et d'autres droits des hommes des abbaies de Belleville et de Jougdicu, et de ceux du chapitre de Beaujeu; il déclara qu'il n'éloit pas en droit d'exiger de pareilles corvées, ni de leurs hommes, ni de leurs bestiaux, et pour les dédommager de ces exactions, il leur céda toutes les amendes des effusions de san^r dont il ne seroit pas porlé plainte pur-devant lui ou son bailly; caries seigneurs prétendoient alors le» amendes de tous les excès, quoique les parties se fussent réglées.

Et au cas que ses héritiers voulussent contrevenir à ce don, il déclara dès-lors rpi'il donnoit à ces abbaïes et chapitres la haute justice sur tous leurs fonds, afin que l'ayant, ils eussent ces amendes de droit.

Le 21 février 1230 (b), Landry et Etienne Le Beissens, frères, donnèrent en aumône aux Chevaliers du Temple de la maison de Belleville, la moitié du tiers, qui éloit un sixième du péage de la Marche, tant par eau que par terre, et promirent par serment de garder la paix sur cette donation qu'ils firent sous les sceaux de Jean, abbé de Belleville, et de Jean, prieur, et de toute l'abbaie.

Aîné IV, comte de Savoie, promit, en 1231 (c), d'acquitter Mr de Beaujeu envers le roi de France de 500 marcs d'argent dont ce seigneur s'étoit rendu caution pour Raimond Béranger, comte de Provence. Quelques mémoires datent cette promesse de l'an 1234.

Humbert, voulant aller à Saint-Jacques, en Galice, |iermit à l'abbé et aux religieux de Jougdieu d'acquérir des fonds a perpétuité dans le Beaujollois, et les dé-

(») Tilr. duChap. de Bmujeu «) Tilr. Betojeu, vol. A, loi. 47.

;«] Gaicbenon, BM»., Pmiïcj, loin, ï, fol. 11. Til hrinjeu

468 MEMOIRES POl'R SERVIR

chargea par là tics droits d'indemnité qu'ils lui auraient dus pour ces acquisitions (Je).

Par lettres datées à Issy, au mois de décembre de la môme année, notre prince certifia avec Robert, archevêque de Lyon, et Guy, évèque d'Autun, qu'Hugues, duc de Bourgogne, avoil promis à Simon, seigneur de Luzy et de Semur, de le proléger et de lui aider contre ses ennemis, et qu'il donnerait retraite à ses hommes dans ses villes et châteaux, ainsi que le duc de Bourgogne, père d'Hugues, s'y étoit déjà engagé; en considération de quoi le seigneur de Luzy prit en lief du duc de Bourgogne son château de Semur en Brionnois.

Ce titre nous apprend que les fiefs se constitnoient, en ces temps-ci, sans écrit, et que c'étaient plutôt des alliances que de vrais fiefs, comme nous l'avons déjà dit.

Hugues, duc de Bourgogne, étant dovenu 'majeur, ainsi que je le crois, dans la même année, notre prince lui donna une nouvelle charte de l'hommage que sou père avoit fait au feu duc de Bourgogne pour Belleville, Lay, Thisy et Perreux, aux mêmes conditions dont nous avons parlé en 1218 (u).

En 1232 (c), Gauthier, évêque de Tournay, légat du Saint-Siège, ordonna que les patrons des paroisses feraient une provision et donneraient une portion congrue de 15 livres par an aux curés, qu'il appelle chapelains. La portion congrue n'étoit auparavant que de 10 livres par an; on la trouva trop modique et on l'augmenta d'un tiers. Il faut apparemment que l'on eût diminué les monnoies, et que les ecclésiastiques ne pouvant plus avoir leur nourriture et leurs vêtements avec 10 livres, on leur en adjugea 15.

L'ancienne valeur île l'argent, qui faisoit qu'un curé avoit de quoi vivre à 15 livres par an, a été observée par plusieurs auteurs. L'on voit, par un arrêt du conseil sur la réformation de l'abbaie de Fontevrault [it], qu'en 12% ou 97, cette abbaïe n'avoit que 3000 livres de rente, avec lesquelles ou nourrissoit 360 religieuses, qui furent réduites ù 300 afin qu'elles eussent chacune 10 livres de rente pour subsister.

Par une ordonnance de Philippe-lc-Hardi, d'environ l'an 1285, le chancelier de France, étant à Paris, n'avoit que 20 sols par jour pour toutes choses (e).

L'évéque de Béarnais, gouverneur du Languedoc, donna un sol par jour de revenu, pendant sa vie, à noble Jean d'Albon, qui étoit devenu vieux et valétudinaire au service du roi. Le Laboureur, qui en rapporte le titre (f), remarque qu'en 1341, que ce don fut fait, celui qui avoit 18 livres de rente avoit un revenu qui paraissoil assez considérable. Cet auteur assure que l'érection d'une maison en fief ne se pouvoit faire, à moins qu'il n'y eût 10 livres de rente, dépendantes de cette maison, et que ces 10 livres de rente sufiisoient pour l'entretien d'un gentilhomme.

(») terrât. Bourbon, eotl» 1811.

(•) Permrd, Him. p. «17.

(e) Chron. Sl-Elie, de Linogei, dan» Ubbe, Alliance Coroool.,.loin. », p. «J7.

(o) Abbaye de FonUrrault, Arrêt», p. 18.

(a) Le Feroo, De* Chaneelieri, p. 18.

(r) Mature», partie 5'. Preuve» de nableiM, p. 180, 181.

A l'histoire de dombes.

Cet auteur a voulu dire qu'un gentilhomme qui avoit une maison allodiale de 40 livres de rente pouvoit la reprendre en fief d'un seigneur et lui vendre ce fief, parce qu'il étoit en état de le servir sans antre solde, ayant 10 livre» de rente de sa terre; aussi nous verrons que no* princes donnoient souvent 40 livres de rente à des seigneurs, alin qu'ils se rendissent leurs vassaux, ou qu'ils leur donnoient un certain argent comptant, afin que ces seigneurs reconnussent, moyennant cette juste récompense, qu'ils seraient leurs vassaux pour 10 livres de rente.

Le Laboureur remarque encore que les revenus des chanoines «le l'église de Lyon étoient distribués en 3 classes, en 4251 .

La première étoit celle des vavasseurs, c'est-à-dire des simples gentilshommes, lesquels, ayant 300 sols ou 45 livres de rente des biens île l'église, étoient obligés de tenir table et de nourrir un certain nombre de clercs, ce qu'ils appeloient facere roni ivium perpetuum, ce que l'on appelle à présent tenir hôtellerie.

La deuxième étoit des petits châtelains; ceux-là, non plus que les premiers, ne pouvoient espérer d'augmenter en revenus de l'église, s'ils ne tenaient table, dès qu'ils avoient 20 livres de rente en fonds de terre.

La troisième étoit des enfants des barons, comtes et ducs, qui étoient obligés aux mômes charges dès qu'ils avoient 30 livres de rente.

La Sorbonne avoit déclaré, en 4450, qu'un bénéficier jouissant d'un bénéfice de 15 livres de rente ne pouvoit recevoir un autre bénéfice et garder le premier, sous peine de péché mortel.

Environ l'an 1330 (a), le roi Philippe-de- Valois ordonna à Bernard de Moreul, maréchal de France, de veuir auprès de lui, pour être gouverneur de son fils, « pour être, dit l'ordre, avec Jean, notre fils, et à son frain, » et il lui donne 500 livres de gages par an, pendant sa vie, et il dit que les maréchaux de France n'ont ces 500 livres par an que lorsqu'ils servent actuellement à l'armée, et qu'il y a plus d'honneur et de profit pour lui d'être gouverneur de son fils, qu'à faire les fonctions de maréchal de France. Je mets cet ordre de l'an 4330, car si le roi Jean avoit environ 43 ans lorsqu'il parvint à la couronne, il n'en avoit que 22 ou 23 en 4330, que son père vouloit qu'il eût encore un gouverneur auprès de lui. Ce Bernard de Moreul étoit encore maréchal de France en 4345, suivant Mriîodefroy.

Philippes de Commines (b), parlant des princes et des seigneurs de son temps, et blâmant leurs vices et la mauvaise éducation qu'on leur donnoit, dit qu'on ne les nourrissoit qu'à faire les sots en habillements et en paroles ; que de nulles lettres ils n'avoient nulle connoissance; qu'on ne mettoit pas un seul homme sage auprès d'eux: qu'ils avoient des gouverneurs à qui on parloit de leurs affaires et à eux de rien, et que ces gouverneurs disposoient de toutes leurs affaires,* et tels seigneurs il y a, ditil, qui n'ontque;i3 .livres de rente, qui se glorifient de dire: Parlez à mes gens,

(») SpiciUgt, ton. S, in-folio, p. 716. (•) Livre W.clwp. 10, in «n«.

MEMOIRES l'OLR SERVIR

euidant par celte parole contrefaire les très-grands seigneurs. Aussi ai-je bien tu souvent, dit-il, leurs serviteurs faire leur profit d'eux, en leur donnant bien à connottre qu'ils étaient hôtes ; et si d'aventure, dit-il, quelqu'un s'en revient et veut connu! tre ce qui lui appartient, c'est si tard, qu'il ne sert plus de guère ; car il faut noter que tous les hommes qui jamais ont été grands et fait grandes choses, ont commence jeunes. *

L'on croit que l'on ne trouvera pas ce passage de Philippe de Commincs trop long; il parlesi naïvement et avec tant de bon sens et ses instructions sont si belles que nous n'avons rien voulu retrancher de ce qu'il dit ici, qui prouve très-bien que <2 ou » 3 livres de rente étoient encore une somme considérable, en l'an 1 481 , qu'il écrivoit, quoiqu'il se moque des gentilshommes qui, avec si peu de biens, vouloient renvoyer a leurs gens ceux qui avoient affaire avec eux.

Le pape Boniface VIII reprochoit à Philippe-le-Bel qu'avant lui les rois de France n'avoient pas 18000 livres de rente, et il disoit qu'alors, ce qui ètoit eo 1302, les rois, par le moyen des grâces et des dispenses de l'église, en avoient plus de 40000 livres (a).

Mr Brussel, dans son Traité de l'Usage général des Fiefs, a réfuté l'erreur de Boniface, et il a établi, par pièces authentiques, que nos rois avoient près de 60000 livres de rente, indépendamment des décimes. Ce revenu de f>0000 livres seulement, pour un roi de France, fait voir combien l'argent étoit rare.

Mr de Fleury (b) avoue aussi qu'en , 15 livres parisis valoient plus de 200 livres de notre monnoie, le sol tournois en valant plus de 1 0 des uoircs, et le parisis à proportion ; mais il est certain que les 15 livres parisis valoient près de 4 ou 500 livres d'aujourd'hui, et qu'avec ces 15 livres de rente l'on pouvoit avoir autant de blé, de vin, d'étoffes et d'autres marchandises qu'on en auroit aujourd'hui avec 4 ou 500 livres.

La chronique de Senone (c) regarde comme une grande dépense celle de 8 sols de Toul, en deux jours, pour plusieurs personnes qui gardoient leur abbé, environ l'an 1 200.

11 falloit, en 1045, pour avoir entrée au Parlement d'Angleterre, avoir ou 20 tiefs d'un chevalier, chaque lief compté à 20 livres de renie en terre, ce qui faisoit 400 livres eu tout, ou le vaillant d'une baronie entière qui éloitde 13 fiefs et un tiers, chaque lief aussi compté pour 20 livres de rente en rente, qui faisoient 400 marcs. L'on u'appeloit personne autre au Parlement qui ent moins de bien, à moins .pie sa présence n'y dût être nécessaire ou utile pour d'autres raisons (d).

Nous nous sommes étendu sur la valeur de l'argent, en ce temps-ci, parce que l»*s

M Uiflércnu Bonifie. VIII « PhiUppeJe-R.1. Dt Btillel, in-1t, p.lil. (■] BUt. Eccl.,toni. 17, p. 171.

(c) la Spiellegio, in-folio, p. «0.

Spa.leg.o.lom. 5, f.W.

A l'histoire de dombes. 471

sommes modiques que l'on trouve dans les titres que nous rapportons pourroient faire croire que les biens ou les pensions dont il s'agit n'étoient que des minuties, quoique ce fût alors des biens et des pensions assez fortes et qu'elles le seraient encore, si l'argent n'éloit devenu beaucoup plus abondant en Europe, depuis la découverte des Indes, qu'il ne l'était auparavant, et si les rois avoient laissé les espèces dans la valeur qu'elles avoient du temps de saint Louis, qui étoit le temps sur le pied duquel tous les François demandoient continuellement «pie les monnoies fussent rétablies.

Nous avons vu, en 943 et dans les années suivantes, que le domaine on la propriété du village de Toissay avoit été donné soit par Conrad, roi de Bourgogne, soit par bouis-d'Outremer, roi de France, à l'abbaïe de Clum; que le pape Agnpit It avoit conlirmé ces dons. L'abbaïe de Cluny jouit de Toissay, c'est-à-dire de l'endroit où la ville est à présent située, et de quelques dépendances qui n'étoient pas considérables, Louis-d'Outreuier ayant reconnu, comme nous l'avons dit ci-devant, par sa charte, que Toissay étoit un petit domaine, d'où le port, la forêt, et plusieurs autres fonds dépcndoient (a).

Comme Mr* de Beaujeu avoient la haute seigneurie ou souveraineté sur la chàfellcnie el le château de la Marche, sur la rivière de Saône, et qu'ils étaient par là eu état d'empêcher les vexations que l'on faisoit aux religieux de Cluny, dans la possession de leurs biens et de leurs rentes, Etienne, abbé, et les religieux de Cluny résolurent d'associer et d'apparier M" de Beaujeu dans la terre et seigneurie ipi'ils avoient à Toissay ; car c'était la coutume de a>s temps-ci, comme l'atteste Mr Brnssel, que les abbés des grands monastères ne donnoient en fief la vouerie ou garde de leurs monastères qu'à celui d'entre les nobles de la contrée qui leur paraissoit être le plus puissant et qui y possédoil quelque terre considérable, afin qu'il eot plus d'autorité et de crédit pour soutenir les droits des monastères, et Ducange a très bien remarqué que les lois Saliqueet Çombelle, ebap. 14, vonloient que les avoués des églises eussent leurs biens héréditaires dans le comté où étaient les églises dont ils entreprenoienl la défeusc (n).

Humbert de Beaujeu étoit donc souverain do Toissay, longtemps avant ce partage ou avouerie, et c'est pourquoi l'abbé de Cluny mit Toissay sous sa protection.

Humbert de Beaujeu reconnut, par la charte de ce pariage, que l'abbé de Cluny et le doyen d'Arpayé en Beaujollois lui avoient donné la moitié des droits et des liossessions qu'ils avoient dans leur ferme ou ville de Toissay, soit en propriété, en flefs, en hommes, en terres cultes ou incultes, en plaines el pâturages, bois et forêts, eaux et cours d'eaux, pèches ou autres choses, et que le tout leûr seroit commun avec ce prince. Ils voulurent que les profils de la justice et tous les autres émoluments de la ville le fussent aussi, excepté la dirne et la chapelle ou l 'église avec tout le droit spirituel qui demeureraient à l'abbaïe de Cluny, si l'on venoit a

(4) C»rt. Cluny, fol. PO. — Bibliolhren Cluniiisc., p. I50J. » I ft H<* défi, li». S, ehap. 6, p. 785.

472 MÉMOIRES POIR SERVIR

bâtir une église. Ils convinrent qu'il y aurait deux baillis, l'un de la part de Mr de. Beau jeu, et l'autre de la part de l'église de Cluny; qu'ils ne pourroient vendre ni donner aucune chose des bois ou forêts de Toissay que d'un mutuel consentement; ipio si l'un ou l'autre faisoit une forteresse de pierre, de bois ou de terre, qu'aile serait commune; que si l'un y achetoit quelques biens et que dans 5 ans l'autre voulût payer la moitié du prix du bien acquis, il leur appartiendrait par égale portion. L'abbaïe de Cluny et Mr de Beaujeu promirent de ne point contrevenir à cette société OU partage. Les baillisou châtelains de l'un dévoient jurer fidélité à l'autre, et qu'ils entretiendraient celte association. M' de Beaujeu promil de ne se jamais départir de cette société ni de la transporter dans d'autres mains, soit par échange, donation ou à quelque autre titre que ce fût, déclarant même qu'il ne la pourrait point donner en fief à aucun autre. L'abbé de Cluny, ou plutôt le prieur de la maison se réserva le droit de procuration, qu'il avoit coutume d'avoir dans cette terra. La charte de ce pariage est du 21 avril 123:t, c'est-à-dire au commencement de cette ' année, la fêle de Piques, qui en faisoit le premier jour, ayant été» le H du même mois. Notre prince donna, le même jour, un acte par lequel il promit de donner à l'abbaïe de Cluny des lettres scellées du sceau de l'archevêque de L\on, par lesquelles cet archevêque pourrait interdire les terras de ce prince, s'il manquoit à exécuter les clauses du traité qu'ils venoient de faire.

Ces sortes de partages et associations des chapitres et des abbés avec leurs seigneurs \oisins, et dans les terres desquels ils avoient leurs biens, étoient ordinaires en ce temps-ci, car les guerres entre les seigneurs et même entre les villages les uns rontre les autres étant très-fréquentes, les biens des églises étoient exposés aux pillcries des plus forts.

Sain t-J u 11 ion de Baleurre ,\) rapporte l'association ou pariage que le chapitre Saint-Pierre de Maçon lit, eu 1 iOK, avec L'Irie, seigneur de Baugé, pour l'obéance de Marçonnas. Le prieur et le chapitre de cette église disent que la terre et seigneurie «le Marçonnas, où ils a\ oient toute juridiction, étoit si désolée par les courses des voleurs et des ravisseurs, que personne n'osoit presque y demeurer, et que ne pouvant la défendre, ils y associent ce seigneur sous diverses conditions: les principales étoient que Mr de Baugé leur ferait hommage pour ce don et association; qu'on lui donnerait une plan- vacante pour j faire un fort, où il put tenir une garnison pour chasser et punir les malfaiteurs et ravisseurs de leurs biens, et qu'en cas de guerre M' de Bauu'é ne pourrait rien exiuer, sinon le foin et la paille, sans en pouvoir prendre de l'église ni de ses srens, ce qui étoit juste, la moitié du revenu que l église cedoil étant donnée pour la subsistance de celte garnison.

Mr de Saint-Julien parle de plusieurs autres pareilles obéanceries données en pariage à H' de Baugé.

♦ ADJiquilr» ,tc MtCOU, p. ïi», I».

A l'histoire de domoes.

Coquille nous apprend (a) qu'en H 67, l'abbé de Saint Martin d'Autan, prieur de Saint-Pierre-le-Moutier et seigneur haut justicier de Saint-Pierre et de ses dépendances, pria Louis VII de prendre ce prieuré en sa protection et sauvegarde, et qu'il lui oITrit, pour l'en dédommager, la moitié de la justice et des profits de sa juridiction, ce que le roi accepta. C'est de la justice acquise à nos rois, en vertu de cette association, qu'ils ont fait et créé le bailliage et présidial de Saint-Pierre-le-Moustier.

Il y en a cent autres exemples dans nos livres et dans nos chartes.

Ce qui me fait croire que le pariage de la seigneurie do Toissay n'en comprenoit point la châtellenie, dont nos princes étoient déjà souverains, c'est qu'encore que l'abbaïe eût la dtme de ses fonds qu'elle se réserva, elle se seroit certainement réservé les dtmes de Saint-Didier, si elle les eut eues, et se réservant les droits spirituels des églises, si l'on venoit à en bâtir une, il faut constamment que le pariage ne fût que pour le village de Toissay même, qui pouvoit s'étendre alors h peu près à ce que la paroisse nouvelle de Toissay s'étend, et peut-être un peu plus ; mais j'ai peine à croire que toute la châtellenie dépendit de l'abbaïe de Cluny. La visite des églises de la souveraineté, faite en 16(4, donne à l'abbaïe de Cluny la présentation de la cure d'Illia ; je ne sais si ce seraient les dîmes de cette paroisse que l'abbaïe de Cluny se seroit réservées lors de cette association.

Humbert de Beaujeu accorda, cette année, des privilèges à Belleville (b) ; ils sont semblables, presque en tout, à ceux des autres villes dont noua parlerons dans la suite, ainsi nous ne nous y arrêterons pas.

Bérard, abl>é deTournus, remarque (c) qu'il y eut une grande tempête le mercredi, la Pentecôte de celte année, et que le lendemain Henri, comte de Vienne, mourut à Gênes. C'étoit le i 4 des calendes de juin, c'est-à-dire le 49 mai.

Jean, comte de Màcon, confirma à l'abbaïe de Tournus [d] l'exemption des péages que le comte Guillaume lui avoit donnés, étant à Chazelles, au mois d'avril 1222. Le même comie Jean et Mais, sa femme, fille de Mr Girard, de Vienne, de bonne mémoire, donnèrent à la même abbaïe l'Ile de la Vierge-Marie-lès-Màcon.

La terre et seigneurie de Miribel, que Marguerite de Baugé avoit eue en dot, s'éten- <loit sur le Bhône; ainsi notre prince prétendoit qu'on ne pouvoit avoir aucun moulin sur le Rhône sans lui payer les droits de paisson ; il prétendoit que tous le? arbres et poutres jetés sur les bords du Rhôna lui appartenoient, ainsi que les Iles ou brotteaux qui se faiaoient de nouveau dans le Rhône, depuis la rue Saint-Nicolas, de Lyon, jusqu'à la queue d'Ainay (e). L'abbé d'Ainay contestoit ces droits à notre prince. Ils en compromirent entre les mains de vénérables hommes Ilugonin de Vaux, custode de Saint-Etienne, de B..., officiai de Lyon, et de Guy de Marzé, che-

(») Hi»tKiT*rn.,ui.l.,p.j6i.

(■) Spi«l.,lo«.S,iii-fc».p.6ï1.

(«) Prtnrei Ui»t. Tourna», p. «AS.

M *•«*«». Tournât, ChifBtt, p. 16*.

(t) CbMbrc d'Anjou, Arm. 5Î, lia»M Ambiricv, n« SU .-T.ort . f Alny, fol. SW.fP. i , p. M, n'LXXXlir .

valier; ce fut par leur avis que notre prince et la princesse, sa femme, cédèrent, en l'année 1 233, en aumône, à l'abbé d'Ainay, tous les droits dont on vient de parler, et tous les autres qu'ils pou voient avoir depuis la rue Saint-Nicolas jusqu'à la queue d'Ainay, pour le repos de leurs âmes et de celles de leurs prédécesseurs, à la charge, néanmoins, que l'abbé d'Ainay ne pourrait faire construire qu'un seul moulin sur le Rhône, derrière Ainay, pour l'usage de l'abbaïe seulement; que si cet abbé fai&oit construire d'autres moulins, nos princes réservèrent d'y exiger leurs droits de paisson. L'abbé donna, pour récompense de cette cession, 10 sols forts de rente qui lui étoient dus pour le domaine ou seigneurie et pour la garde de Montaney, près Vimy . Ce titre prouve que nos princes avoient tous les autres moulins qui étoient sur le Rhône, les lies et brotteaux qui étoient au-dessous d'Ainay, et que tes lies qui y croissoient leur appartenoient; il établit que te Rhône n'étoit point regardé comme étant du domaine et seigneurie des empereurs, puisqu'il appartenoit aux seigneurs particuliers. Ce titre a été mis mal à propos, par celui qui en fît l'inventaire, dans la liasse des titres de la chàtollenie d'Ambérieu, puisqu'il ne la regarde point. Bellion d'Illins, chevalier, prétendoit avoir le tiers de tous les droits dont nous venons de parler, apparemment parce qu'il étoit prévôt héréditaire de Montluel, on par quelques autres raisons ; il céda ce tiers, moyennant 4 00 sols forts, qu'il reçut de l'abbé d'Ainay; et comme l'abbé craignit qu'il ne revînt de cette cession, il exigea qu'il lui donnât pour caution de sa cession, Geoffroy d'iHins, son frère, ce qui fut fait le 20 janvier 4î34{a).

Le sénéchal de Lyon, qui avoit droit de faire faire les criées dans la ville, prétendit qu'on n'y pouvoit pas faire crier les augmentations du prix du vin ni même l'augmenter, sans lui payer un broc contenant un sextier de vin, à quoi les bourgeois s'opposèrent et soutinrent qu'ils n'étoient point soumis à cette charge et usage (b).

L'archevêque et le chapitre de Lyon, ayant fait faire des enquêtes sur leurs prétentions respectives, prononcèrent que les bourgeois de Lyon n'étoient point soumis à ce droit par charte du 7 mars 1233.

Guy de Cailly étant officiai de Lyon, Jean, fils d'autre Jean, seigneur de Franchelins, fit hommage lige de la main et de la bouche, à, noble dame madame Marguerite de Marcillac, dame de Saint-Trivier, tutrice de Jean de Saint-Trivier, son lils, de ce qu'il tenoit en fief du seigneur de Saint-Trivier, dans les paroisses de Franchelins, Messimy, Monceaux et Farins, comme Etienne, son aïeul, et Jean, son père, l'avoient fait aux précédents seigneurs de Saint-Trivier. Cette reconnoissance fut faite de Guillaume de Laye, chevalier, et de Louis de Rochetaillé, damoiseau. Cet acte fut fait le mercredi après le carnaval des bordes, en 4233, c'est-à-dire la première semaine de carême 1234, nouveau style.

Les habitants de Sercy avoient la coutume de ne payer la dlme du vin qu'à la cuve et en la tirant; ils ne paj oient apparemment la 10» ou 12» asnée, pour la dlme, que

(4) Cru Ainay, fol. ISS.

(») Mental, Htai., p. 55», 565, Presw, p. 1 1, col. I", cl p. M, col. cl J».

A l'histoire de dombés.

lorsqu'ils en «voient tiré 40 ou 12 pour eux, en sorte qu'ils prétendoient peut-être qu'au cas que la 44* ou 43e asnée ne restât pas entière dans la cuve, ils ne dévoient donner que ce qui y restoit ou ne rien donner du tout. Guy de Sercy, seigneur de cette paroisse, à qui les dîmes en appartenoient, allant à Jérusalem, suivant l'usage de ce temps, donna cette dlme à l'église de Cluny et déclara qu'il vouloit que ses habitants payassent la dtme avant que d'avoir tiré ces dix asnées, afin qu'ils ne fraudassent pas la dlme qu'ils dévoient, ce que nous remarquons après Guichenon (a), pour faire voir combien les usages ont été différents sur la perception des dtmes. Ce seigneur croyoit pouvoir changer la coutume, persuadé apparemment que ses auteurs n'avoient souffert cette coutume que par tolérance, et qu'ainsi il pouvoit la changer à cause de l'abus que les habitants en faisoient.

Le môme Guichenon -remarque (b) qu'en ce temps-ci le fils ne portoit pas toujours le nom de son père, ce qu'il établit par une charte où Rodolphe de Toria se dit fils de Raymond de Foucigny. C'étoit une chose très-fréquente dans les x, xi, xa et xiv» siècles, et qui ne l'est encore que trop à présent, ce qui a souvent trompé nos plus habiles généalogistes.

La chronique d'Andréa (c) marque qu'il y eut un très-grand froid l'hiver de cette année 1233, vieux style, et que plusieurs grands en moururent, entre lesquels elle nomme notre archevêque de Lyon, qui mourut au mois de janvier.

C'est en ce temps-ci que saint Louis 'demanda une dispense au pape pour épouser la fille du comte de Provence, sa cousine au quatrième degré. Le pape Grégoire IX, la lui accordant, donna une grande règle sur ces sortes de dispenses ; car il déclara qu'il faut qu'il y ait une vraie nécessité de les accorder, n'accordant celle que ce saint roi demandoit que parce qu'elle devoit procurer la paix à l'Europe (o).

Etienne de Villars ordonna, au mois de juillet de la même année, à Hugues, seigneur de Reortor (peut-être étoit-il seigneur de Riortiers en partie}, de faire hommage de la seigneurie de Chanins à Humbert de Beaujeu, comme il l'avoit fait à Mr de Villars, et qu'il lui répondit ou se reconnût son vassal pour cette terre dont il jouissoit par engagement, et dont il s'étoit reconnu vassal de Mr de Villars et d'Humbert Peschard. Mr de Villars assura et déclara au seigneur de Chanins que M( de Beaujeu avoit obtenu ce fief et qu'il l'avoit recouvré de droit et selon raison, et qu'il le déguerpissoit au profit de M' de Beaujeu (1).

Les termes de ce titre nous font connollre que le seigneur de Chanins, terre située dans la châtelUnie de Montmerle et souveraineté de Bombes, qui devoit hommage à notre prince, l'avoit encore fait à Mr de Villars, suivant l'usage de ce tempsci; que Mr de Beaujeu s'en étant plaint, et ces princes ayant fait décider leur différa mil Sebns., etnt. ï«, wp. Il, p. MO. f») Bibl. Sebat., cent. I,e»p. SI, p. St. (c) Spieiteg., IOO.Î, p. 170.

'o) Ubbc, AU. géo., 1. 1, p. 651.

(1) V. Pi«e<« JatliOcmiTe*, p. 101, n- LXXXVfl.

rent, ce fief avoit été adjugé à Mr de Beaujeu, et que c'est en exécution de ce jugement que Mr de Villars donna cette déclaration en faveur d'Humbert de Beaujeu. Ce titre fait voir que M™ de Beaujeu étaient seigneurs de Montmerle depuis longtemps, comme nous l'avons déjà dit.

Au mois de mars 1234 (4), Humbert de Beaujeu, se trouvant chargé de dettes, pria les abbés de Belleville et de Jougdieu et le doyen et chapitre de Beaujeu de lui permettre de faire sur leurs hommes et pour une fois seulement, la levée d'un droit qui s'appeloit cornagc, parce qu'on taxoit, ainsi que je le crois, ceux qui en éloient redevables, à proportion des bêtes à cornes qu'ils nourrissoient.

Ces abbés et ce chapitre lui permirent, quoiqu'en tremblant, dit l'acte, de faire cette levée, sous certaines conditions pour l'assurance desquelles ce prince leur donna ses lettres par lesquelles il reconnut que ces abbés et ce chapitre lui avoient fait cette gratification, et qu'en récompense il leur avoit quitté des droits qu'il levoit en certaines occasions, soit de droit, soit de coutume, sur leurs hommes ; ces droits consistaient en ce que, si leurs hommes, soit en riant, soit autrement, avoient eu quelque querelle, et qu'il parût pendant la rixe ou après qu'il y eût eu quelque sang répandu et que celui qui avoit été blessé n'eût point fait voir son sang au bailli, ou que l'ayant fait voir il ne prouvât pas les mauvais traitements qu'il avoit reçus, il était condamné à payer l'amende de 60 sols, avec le droit de plainte au prévôt, c'est-à-dire que le baUu payoit lui-même l'amende s'il ne se plaignoit pas ou qu'en se plaignant il ne pût prouver le contenu dans sa plainte, ce qui était fort dur et injuste; mais les seigneurs voûtaient absolument avoir leur amende, soit du battant, soit du battu, ce qui pouvoit d'abord avoir été fait à bon dessein, pour contenir plus facilement le peuple et l'empêcher de se battre si souvent, mais qui était apparemment dégénéré en une vraie injustice. Ainsi Mr de Beaujeu accorda à ces abbés et à ce chapitre qu'aucun de leurs hommes, soit le battant, soit le battu, ne serait puni, quoiqu'il y eût effusion de sang, à moins qu'on ne lui en eût porté des plaintes ou à son bailli, et que si le blessé, après avoir donné sa plainte, s'accommodoit avec sa partie ou qu'il ne pût pas prouver le contenu dans sa plainte que l'on appeloit alors clameur, qu'il ne payerait que 3 sols G d. pour ce droitde plainte, et que l'on ne pourrait point punir l'accusé, à moins que l'accusateur ne prouvât que l'effusion de sang fût venue d'un coup de pierre ou d'un coup d'épée, et que la perte de sang n'eût été considérable; que si l'accusateur avoit été blessé mortellement avec un couteau, une épéeou quelqueautre instrument, leblessé n'étoilpas obligé de se désister de sa plainte, et quand il s'en désisterait l'on convient que celui qui aura donné le coup pourra être puni par le prince ou par son bailli, s'ils le peuvent convaincre raisonnablement de son crime.

Notre prince accorda encore à ces abbés et chapitre et à leurs hommes, que les juifs ne seraient point crus contre eux, à moins qu'ils ne prouvassent leurs faits de la même manière que les chrétiens les prouvoient, c'est-à-dire, ainsi que je le crois,

(0 V. Plètt* JMlificlWe», p. «M, »• LXXXVI

a l'histoire de dombes. 477

leurs créances par des actes par-devant notaire, ou par des enquêtes composées de témoins qui seroient tous chrétiens, à l'exclusion des juifs que l'on ne vouloit pas qui pussent déposer pour ni contre les chrétiens.

Il leur accorda de plus, qu'aucun juif ne pût acheter ni prendre par engagement les terres qui appartenoient à ces abbés et à ce chapitre ou à leurs hommes, à moins que ce ne fût du consentement et de l'ordre de ces abbés ou chapitre, et que si un juif leur avoit laissé ou à leurs hommes l'argent qu'il leur auroit prêté, au-delà du terme convenu, sans en avoir formé demande par-devant Mr de Beaujeu ou son bailli, qu'en ce cas le juif ne pourroit point exiger d'intérêts pour ce retardement, mais qu'il sera obligé de se contenter de son principal.

Notre prince leur promit encore que si quelques-uns de ses bourgeois ou de ses hommes tenoient quelques fonds de la censive de ces abbaïes ou de ce chapitre, et que ces fonds vinssent à lui appartenir et à lui être dévolus de quelque manière que ce fût, qu'il les vendroit ou donneroit, dans l'an et jour, à un homme quienpayeroit ses devoirs à l'église, comme son bourgeois ou son homme le faisoit.

Notre prince déclara ensuite qu'il avoit juré et promis à ces abbés et à ce chapitre, à chacun séparément, et depuis à tous conjointement, sur les Saints-Evangiles, qu'il ne ferait plus à l'avenir la levée de ce droit de cornage, ni par lui, ni par d'autres, qu'il n'avoit aucun droit de le demander et qu'on ne lui avoit permis de le lever que par une pure grâce ; il ordonna que si lui ou ses héritiers vouloient entreprendre de lever ce droit une autre fois, ils perdissent, dès la levée, tout le droit que lui et ses héritiers avoient sur les hommes de ces abbaïe ou chapitre, soit pour les bans et amendes, soit pour toute autre domination, en sorte que leur domaine, c'est-à-dire leur justice et seigneurie, appartiendraient de plein droit à ces abbés et à ce chapitre, pourvu, néanmoins, que lui ou ses héritiers eussent été bien et dûment avertis de ne pas exiger de nouveau ce droit. Notre prince déclara même qu'il consentoit que l'archevêque de Lyon et les évéques d' Autun et de Mâcon pussent l'excommunier et mettre sa terre en interdit, autant qu'elle s'étendoit dans le diocèse des uns et des autres, s'il contrevenoit à sa promesse et son serment. Il scella la charte qu'il donna à ces abbés et chapitre, de son sceau, et pria l'archevêque de Lyon et les évéques d'Autun et de Maçon d'y mettre les leurs.

Je crois que la levée du droit de cornage eut lieu dans celte souveraineté, comme dans le fieaujollois à la part du royaume, l'abbé de Belleville y ayant beaucoup d'hommes de sa censive; l'abbé de Jougdieu y en avoit aussi quelques-uns, ainsi que le chapitre de Beaujeu, mais beaucoup moins que l'abbé de Belleville.

Le seigneur de Montluel ayant des droits dans la terre et seigneurie de Miribel, ces terres étant mêlées les unes avec les autres, prit en fief de l'abbé de l'Ile tout ce qu'il possédoit à Miribel, à Vancia, à Sathonay, à Cuire, à Saint-Sébastien, ctaux environs, et s'obligea à en faire hommage à l'abbé et cz siens, en 4230 (a); après quoi l'année suivante, ayant eu besoin de 9000 sols forts, il engagea ces mêmes biens

(*) Mtiurei, p. 148-140.

a ïabbé de l'Isle. En \ 135, il lai Tendit partie de ce qu'il avoit à Rillieu, avec le droit de pèche d'un homme, aux EcheU, lac ou étang qui est à présent en partie desséché, au prix de 400 livres fortes. Bérard de Laye, Hugues de Chalamont, lier lion et Humbert de Montclier, Pons de Boillars, Guillaume et Guy de Sathonay, frères, furent ses cautions. Cette aliénation fut fuite au mois d'avril (a).Aù moisdemai suivant ce seigneur céda à l'abbé la jouissance de ses prés et de ses vignes de Montluel, de son moulin avec ses battoirs, celle du ban de vin d'août, du droit du quart qu'il avoit sur les vignes, et des servis ou cens des deniers de Montluel qu'il promit faire valoir 50 livres fortes chaque année (b) ; il leur céda encore 20 asnées de blé chaque année, seize de eartelagt et quatre de maréchaussée, droit qui se lève, dit M. Le Laboureur, sur ceux qui ont des bêtes servant au labourage, à raison d'un bichet par tète, droit dont il ne donne point l'origine efque nous croyons dû pour les pâturages que ce seigneur accordoit à ses habitants dans les lies, brotteaux et autres lieux communs ; il leur céda aussi 60 livres fortes pour les tailles de Montluel, une vigne et un pré à Baynost, les droits et les usages qui lui restaient dûs à Miribel et aux Echets. Il assigna tous ces revenus pour le paiement de 4 4 000 sols qu'il devoità cette abbale, et ces 4 4 000 sols se dévoient payer en cinq ans, 4 4 0 livres fortes chaque année, dont 60 livres sur les tailles, et les 50 livres sur les autres revenus; et comme il étoit ordinaire à ces seigneurs de changer ces assignats ou de faire croire qu'il y avoit eu des invasions faites qui les empèchoient de jouir de leurs revenus, Humbert de Montluel et Pierre, son ûls, promirent de défendre leurs revenus contre toute sorte d'invasions, et en donnèrent plusieurs cautions.

Il y avoit un autre droit de maréchaussée que les seigneurs Icvoienl sur leurs sujets, qui étoit une certaine quantité, à ce que je crois, de foin et d'avoine pour la nourriture de leurs chevaux ; ils s'en attribuoient même d'autres pour la nourriture de leurs chiens (c). Ces droits ne uouvoient être justes qu'autant qu'ils auroient été retenns par les seigneurs en inféodant ou en donnant leurs fermes en empbithéose. Renaud, comte de Bourgogne, reconnut, environ dans le milieu du onzième siècle, que son père aveit imposé ces droits par une mauvaise coutume, sur une terre et seigneurie appartenant à l'église Saint-Jean et Saint-Etienne de Besançon, car, ne l'ayant pas imposé en inféodant, c'étoit une surcharge et une vexation.

Le pape Calixte confirma la charte du comte Renaud et reconnut que c'étoit le comte Guillaume qui avoit établi injustement ces droits de maréchaussée et de chiennerie. Comme le droit de maréchaussée de Miribel se paie en blé et qu'on ne s'en est point désisté, il est à croire qu'il avoit une meilleure origine que celui qui s'exigeoit en Franche-Comté.

Notre prince Humbert de Beaujeu donna à Ulric de Breilens le mas des Rues, situé dans la paroisse d'Amas, et 45 livres fortes, monnoie de Lyon, moyennant quoi

(») Ribliot. S«b«i4., cent. », «p. SX».

1m) BiblUrtb. Stbu»., eernU 2, cap. S8.

îcj BpidiH io«. S, p. I» tt â7S.

A l'histoirf DE DOMBES.

Ulric lai céda tous les droits qu'il prétendoit au village ou grange de Thoissey et en ses dépendances, ce qui arriva en 4236.

Au mois de juin de la même année (a), Mr de Beaujeu ayant des difficultés avec l'abbé de St-Rambert sur le bourg de St-Christophle, près Chalamont, dont cet abbé m disoit seigneur, et où cet abbé a encore à présent les dîmes, ils convinrent que l'abbé de Saint-Rambert auroit à perpétuité la moitié de tous les revenus, bans du vin, laods et ventes, et que Mr de Beaujeu en auroit l'antre moitié, et que de plus, Mr de Beaujeu auroit seul la garde, les amendes et les autres droits de justice, avec toute autre seigneurie sur ce village ou terre, sans qu'il pût néanmoins faire aucune imposition sur les habitants, et que si l'on en faisoit, l'abbé et ses religieux en seroient exempts. L'on convint que si Mr de Beaujeu faisoit taire un château ou uns forteresse dans ce village, il serait commun, au cas que l'abbé voulût payer la moitié des frais de la bâtisse, et que s'il n'en payoit pas la moitié il ne laisserait pas d'avoir la faculté d'y avoir une maison et droit de refuge, lorsque bon lui semblerait. L'on convint encore que lorsque M' de Beaujeu auroit établi un prévôt ou ministre, il jurerait fidélité à l'abbé de Saint-Rambert, et qu'il donnerait fidèlement à l'abbé et à Mr de Beaujeu la moitié des revenus de cette terre (dont les prévôts ou mistraux éloient ordinairement les receveurs). Il devoit aussi jurer qu'il ne traiterait point malicieusement et calomnieusement les hommes de celte terre, et que s'il le faisoit l'abbé pourrait s'en plaindre et lui résister. Mr de Beaujeu promit de punir ce prévôt de ses fautes, s'il en commettoit. Mr de Beaujeu déclara qu'il prenoit tous ces droits en fief ou casementde l'abbaïe de Saint-Rambert, qu'il lui en ferait hommage de fidélité efqu'il défendrait tant les hommes que les biens de l'abbaïe, dans son chef et dans ses membres. Les abbés d'Ainay et de la Bénisson-Dieu scellèrent cette charte ; l'abbé de Saint-Rambert et Mr de Beaujeu, qui promit avec serment de l'exéculer, y apposèrent aussi leurs sceaux avec le sceau du couvent. On voit les marques de ces cinq sceaux dans l'original de cette charte que madame de Barbarel m'a remis.

Nos princes avoient, suivant ce traité, la souveraineté du bourg de St-Christophle. Nous verrons, dans la suite, comment Hs la perdirent et celle de beaucoup d'autres terres qui étoient bien plus considérables qne les terres qui composent leur souveraineté d'aujourd'hui.

Guichard, seigneur d'Anthon, céda à l'abbaïe de Clony (b) tous les droits qu'il avoit sur les dîmes de Pérouges, comme l'a observé le sieur Guichenon dans son Histoire de Bresse, mais il s'y retint le droit de bonne garde, c'est-à-dire que ce droit de garde ne pourroit emporter aucune exaction, levée ni taille, ni aucune charge sur les corps ni sur les biens des hommes qui demeuraient ou qui viendraient demeurer à Pérouges, sur les-terresde l'abbaïe de Cluny, c'est-à-dire sur les terres do leur censive et directe, à moins qu'ils ne fussent hommes de ce seigneur

(i) PrenTt», M. J7. TiU Tri*.

(•) Peu Ctrl., «hier D, M>.

MÉMOIRES POCft SERVIR

qui promit de défendre et garder ces hommes contre tous ceux qui foudroient les injurier. Les précautions que l'on prenoit contre l'extension que ce seigneur pourrait donner à son droit de garde nous fait présumer que les seigneurs étoient accoutumés à vexer les hommes qu'ils dévoient protéger, et qu'ils leur vendoient chèrement cette protection, lorsqu'on n'y mettoit aucun frein. Cet acte est du lundi de Pâques 1236.

Renaud, seigneur de Baugë, emprunta, en 4233 (a), 360 livres de Guillaume d'Ouroux, bourgeois de Belleville; Aimon, éveque de Màcon, fut caution de Mr de Baugé, un bourgeois d'une ville du royaume ne voulant peut-être pas prêter à un prince de l'empire. Mr de Baugé fut obligé de promettre à l'évéque de Mâcon que si cet évéque souffroit quelque chose de ce cautionnement, Mr de Baugé prendrait de lui, en fiefetcasementlige, sa terre de Saint-Trivier-de-Courtes. Il promit de délivrer ce fief à l'évéque sans contradiction, et se soumit à être excommunié par l'archevêque de Lyon, et que sa terre fût mise en interdit, s'il ne payoit ces 360 livres à son créancier, ou s'il ne livrait cette terre à cet évêque.

Cette charte nous fait voir le commerce des fiefs, et qu'ils n'emportoient point d<« souveraineté; car il n'est pas à croire que M'de Baugé eût voulu engager la supériorité de sa terre de Saint-Trivier pour un pareil emprunt. Nous avons déjà observé que les excommunications pour dettes étoient fréquentes.

Jean, comte de Maçon et Alix, sa femme, déclarèrent par diux chartes différentes (a), qu'ils n'avoient aucun droit d'auberge, de procuration, de gîte ou d'exaction sur la maison de Montberlhoud dépendante de l'abbaïe de Cluny, et qu'ils ne savoient et ne croyoient pas qu'il leur en fût dû aucun, mais que s'il leur en étoit dû, ils le donnoient et le quittaient à l'abbé de Cluny et aux moines de Montberthoud, pour eux et leurs successeurs. La comtesse déclara qu'elle approuvoit ce don qu'ils faisoient. Ces chartes furent scellées de leurs sceaux. L'une de ces chartes est adressée à l'archevêque de Lyon, et l'autre à tous ceux qui la verroient ; cette dernière est datée du mois de janvier, et l'autre n'est que de l'année 4237.

Etienne de Villars, deuxième du nom, étant parvenu à la succession de son père, alla à Crémone, au mois d'octobre 4238 (c), peur y faire l'hommage qu'Humbert, son aïeul, avoit promis à l'empereur ou roi Henri, en 4488. L'intention d'Etienne H n'était pas tant d'aller offrir ses services à l'empereur et de lui faire son hommage et son serment de fidélité, que d'avoir un prétexte pour revenir contre des aliénations que son père avoit faites de partie des choses que son aïeul avoit prises en fief de l'empire; car la charte de l'empereur Frédéric dit qu'Etienne de Villars, son fidèle, lui avoit représenté un écrit du roi Henri, son père, d'heureuse mémoire, donné en faveur d'Humbert de Thoire, prédécesseur d'Etienne, qui lui demandoit d'être in-

(») BibliOL S.b«., «Bl. J, e*p. «s

f.JEibl. Mm M*, i, «P. w.

(c) Ui*l. (mit, p. 150.

A L'HISTOIRE MF DOHBES. 4 S I

vesii du flcf qu'Etienne, son père, avoit tenu de l'empereur et de l'empire; qu'il le prioit de renouveler cet écrit ou droit de flef et de le confirmer, comme une grâce qu'il lui feroit ; à quoi cet empereur annuant, après avoir reçu l'hommage et sermeni de fidélité de Mr de Villars, il l'investit du fief de ses pères et confirma toute la charte du roi Henri, voulut qu'elle fût exécutée dans tous ses points, et que ceux •pu l'empècheroicnt fussent condamnés à 50 livres d'or, dont la moitié scroit appliquée au profil du fisc de l'empereur, et l'autre moitié ù Mr de Villars qui en auroil souffert l'injure. Cette confirmation fut donnée en présence de Mr l'archevêque d'Arles et de celui de Valence, qui roconnaissoient l'empereur, comme leurs évêehés étant dans les terres de l'empire.

Gel acte fait voir que les souverains de ces pays y roconnaissoient encore l'empereur. Cette confirmation rcgardoitle péage de Trévoux, et plusieurs autres terres de Bresse etBugey, comme nous l'avons dit en parlant de cet hommage, en 14 88. Quoique M r de Villars crût de faire peur à ceux qui avoient acquis partie de ce fief de son père, je ne crois pas que les acquéreurs aient eu beaucoup de déférence aux lettres patentes de l'empereur, dont le pouvoir diminuoit tous les jours dans ces

jus..

Baudoin de Courtenay, se trouvant fort pressé par ses ennemis dans son empire •le Constantinoplc, vint en France et passa en Angleterre, pour obtenir du secours, afin de se pouvoir maintenir dans ses états (a). Uumbert de Beaujeu, son cousin germain du côté de sa mère, se croisa avec plusieurs autres seigneurs pour ce voyage. Avant de partir, il fit une déclaration par laquelle il vouloit que son corps, après son trépas, frtt inhumé dans l'église de Cluny, auprès de Guichard de Beaujeu, son père. Celle déclaration est du mois de juillet 4 238 (4).

Le 26 novembre suivant, le pape Grégoire IX ordonna à Guillaume, son pénitencier, de mander à l'abbé de Belleville et à frère Pierre Philistin, de l'ordre des Frères Mineurs, qu'ils donnassent à notre Humbert tout l'argent qu'ils auroient reçu de ceux qui avoient voulu racheter les vœux qu'ils avoient faits d'aller à la croisade de Constantinople, et qui ue pouvoient ou ne vouloient plus y aller, parce que ce prince y alloit lui-même.

Il étoit fort ordinaire que des personnes se croisassent inconsidérément, ou qu'il leur survint des affaires ou des maladies qui leur faisoient changer de volonté ; les papes, pour condescendre à la faiblesse de ces particuliers, leur permettoient de racheter leurs vœux en donnant de l'argent, qu'on employoit à la subsistance de ceux qui, y allant, n'avoient pas de quoi s'entretenir, et c'étoit leur argent que le pape ordonna d'être donné à Mr de Beaujeu.

Humbert ne partit qu'au milieu de l'année 4 239 ; car il étoit encore en Beaujol lois au mois de juin de cette année, qu'il donna un acte (b) par lequel il confirma et

» HUt. de la maison de CoarUniy, p. 7S.

(») Cartel. Cloajr, c«rU 5M, Cart. gotblq., fol. «70.— Cahier Cluny, e. p. "5. 1) V. BiLI. de l'Ecole des ebarUi, 4' série, I. M.

approuva la déclaration que Sibille de Hainaut ou de Flandres, sa mère, avoif faite en 1 21 6, où elle reconnaissoit que Guichard, son mari, avoit donné, par son testament, à l'abbé de Cluny 10 livres fortes, monnoic de Lyon, pour son anniversaire, ainsi que nous l'avons dit en 1 21 6, où nous avons remarqué l'erreur de date que la bibliothèque de Cluny a faite dans cette charte.

Guillaume, abbé de l'Ile, ayant racheté, de Rostant de l' Ile-Saint- Vilbaut, chevalier, 7 sols forts de Lyon ou de Forez et de Lyon, qu'ils lui dévoient pour la bonne et juste garde de leur prieuré de Niost (en sorte qu'il n'y avoit plus aucun seigneur qui fût obligé à faire cette garde], cet abbé voulant avoir la protection de Mr de Bcaujeu, pour lui et pour los habitants de ce prieuré de Niost ou Noyosc, près Saint- Maurice-de-Gourdans en Bresse, archiprêtrée de Chalamont, s'obligea à donner tous les ans 18 d. de cette monnoie à notre prince, et voulut que tous les habitants de cette paroisse payassent un quintal d'avoine à ce prince, pour le droit de garde et protection qu'il leur accorderoit sur chacun de leurs feux, excepté la maison du prieur et celle du curé qu'il appelle chapelain, voulant que notre prince tint ces 18 d. et l'avoine qu'il recevroit, ensemble tout ce qu'il pourroit acquérir dans ce prieuré du fief de l'abbé, comme il y tient notoirement Miribel. Cet acte est du mois de juin 1239 (a).

Notre prince, soit pour récompenser l'abbé de l'Ile de la garde de Niost, qu'il lui avoit donnée, soit pour se procurer un heureux succès dans son voyage de Romanie ou Constantinople, consentit aux donations que Humbert de Botentut et Jean Boucher, habitants de Saint- Jean-d'Ardières, aroient faites à l'abbaie de l'Ile (b). Notre prince avoit d'abord retenu des droits sur les biens de Boucher ; mais il les quitta et donna de plus la dlme de la dîme de Saint-Jean-d'Ardièresqui lui appartenoit, et qne le titre appelle menagium décima;, ménage de la dlme. Ce ménage de la dîme étoit le droit de faire ramasser cette dlme et de la faire charrier dans l'aire du décimateur. Nous avons vu ce droit dans plusieurs chartes, que nous avons rapportées ci-devant. M' de Beaujeu céda donc à l'abbé de l'Ile le droit qu'il avoit de faire lever etcharrier la dlme de Saint-Jean-d'Ardières, et de la ménager, en quelque manière, moyennant la dlme de la dlme qu'on lui donnoil. Comme ce ménage des seigneurs sur la dime ne plaisoit guère aux gros décimatcurs, ils faisoient tout ce qu'ils pouvoient pour se le faire céder et pour le racheter ; je crois môme qu'ils ont mieux aimé laisser cette dlme de la dtroe aux habitants qui amassoient et charrioient autrefois leurs dîmes en prenant cette dfme de la dlme, que de laisser plus longtemps aux habitants cette manière de les lever et de les charrier. Peut-être que les seigneurs qui avoient ce ménage de la dlme le cédèrent aux habitants, la plupart des habitants de nos paroisses levant cette dtme de la dlme, par un usage immémorial qui vaut et suppose titre, outre que la dlme ne se payant que par coutume et suivant l'usage, il faut toujours le suivre, à moins qu'il ne fût contraire a des titres, quoique je sois persuadé

(a) Til. Trtv , Preuves, fol. 17».

(■) ■wamdrl'Uc-Bmriw, p. 1*1.

A l'histoire DE DOMBES. 4H3

que la possession centenaire doit prévaloir à un titre, parce qu'il est présumé que l'on s'est désisté du bénéfice de ce premier titre et qu'il a été changé par un titre postérieur, surtout lorsque la possession est constante et qu'elle excède la mémoire des hommes.

Saint Louis acheta, en 4238, le comté de Maçon de Jean de Dreux, seigneur de Brame, et d'Alise de Maçon, fille de Girard, qui étoit le fils aîné de Guillaume, comte de Maçon. Le prix de ce comté fut de 40,000 livres en argent et 4,000 livres de rente. Ce saint roi ne voulut acheter de Jean de Brenne et de sa femme, que les terres qu'ils possédoient dans son royaume, ne voulant point s'étendre dans les terres de l'empire, où il ne croyoit pas avoir le moindre droit; c'est pourquoi il n'acheta point Riottier ni les autres terres ou fiefs que ce comte avoit dans l'empire, et comme ce comte et sa femme vouloient aller s'établir dans leur royaume de Jérusalem, ils vendirent, au mois de mai suivant, à l'église de Lyon, en présence de Guillaume, archevêque de Paris, et sous son sceau, le château de Riottier, qui étoit outre-Saône par rapport à Paris, avec tout son mandement et sa châtellenie, et toutes leurs appartenances et dépendances, tous les hommages qui leur étoient dus ou à d'autres, pour raison de ce château qu'ils tenoient déjà en fief de cette église. Ils vendirent de plus à cette église, le fief et l'hommage lige que leur devoit Mr de Villars, soit pour Villars, vùt pour ses autres biens (a).

Cette vente fut faite au prix de 7,000 livres, qui furent payées, savoir : 3,000 livres qu'ils dévoient déjà à l'église de Lyon, et pour lesquelles Riottier lui étoit déjà engagé, et les 4,000 livres réellement et comptant. Alix de Màcon déclara par le même acte que >on mari l'avoit suffisamment dédommagé du prix de cette vente. Il n'est point parlé dans ce titre, que cette dame fût autorisée de son mari; ainsi cette autorité n'étoit pas encore nécessaire en ce temps-ci. Il y a diverses clauses pour autoriser cet acte que l'on trouvera dans les preuves.

Jean de Brenne, mari d'Alix de Vienne et de Mâcon, étoit de la maison royale de Dreux, descendu de Louis-le-Gros, comme M" de Ste-Marthe et Ducbesne l'ont prouvé, et non de la maison de Màcon, comme Saint-Jullien de Baleurrc l'avoit dit dans ses Autiquités de Màcon (a), ce qu'il semble avoir corrigé dans celle de Chalon, où il convient qu'Alix étoit fille de Girard ; mais il la fait mal à propos sœur d'Henri de Vienne et de Mâcon, fils de Guillaume, car elle n'étoit que sa nièce, ce qui est parfaitement établi par le titre de cette vente de Riottier, où Alix se dit fille de Girard de Vienne, c'est-à-dire comte de Vienne, fils aîné de Guillaume, comte de Mâcon.

M' Duchesne (c), a aussi erré en disant que la vente de Riottier fut faite par Jean de Brenne et Alix, sa femme, en 4229, car ce fut constamment dix ans plus tard, et peu après qu'ils eurent vendu Mâcon à saint Louis. La date de <229 est peut-être une erreur d'impression.

Uj A*oalcs de Boorgog., d« Parflln, p. 277. — V. Pièce» Ju»ti6c»»iTei, p. 1 15, eU. XCU f») HiM. Bourg., p. 4»*.

I<; UiM. Boorgog., p. ait.

Paradin (a) parte de celte vente et dit, comme Saint-Jullien, que Jean de Brenne ètoit fils de Guillaume, comte de Maçon, ce qui est, comme on l'a déjà dit, contraire à l'acte dont il partait. Paradin dit, c« qui est vrai, que Riottier est à la part de l'empire et delà la rivière de Saône, par rapport à Paris, et que Jean de Brenne et sa femme s'étoienl réservé ces terres en vendant le comté de Mâcon; il dit que c'est lïuichard, archevêque de Lyon, qui acheta Riottier, quoique Guichard fût décédé il y avoit environ 60 ans. Il se peut faire néanmoins que ce fut l'archevêque Guichard qui eût donné les 3000 livres aux comtes de Maçon, sur cette terre, lesquelles Jean de Brenne convient qui étoient dues à l'église de Lyon. Ce ne fut que l'église de Lynn qui acheta Riottier, car il n'est jK)int parlé de son archevêque, mais uniquement de l'église de Lyon, dans le contrat de vente ; cependant celte terre a été mise dans la portion ou manse de l'archevêque.

Le comte et la comtesse de Mâcon avoient apparemment oublié les conventions faites en .... avec le vicomte de Mâcon, qui avoit promis de ne point vendre Riottier qu'après l'avoir offert à nos princes, ou qu'à eux, acquisition qui avoit fort convenu à la souveraineté, que cette seigneurie coupe et divise.

Humbert, étant à Metz, au mois de juillet, et en chemin pour aller à Constanlinople, au secours de l'empire de Romanie, donna, tant pour la rémission de ses pochés que pour acquitter 100 sols que son frère Louis avoit légués aux chanoines et chapitre de Notre-Dame de Beaujeu, la dtme de la paroisse d'Ouroux, située dans la chàtellenie d'Ailloignet, eldéclara, en faveur de l'abbaïe de Cluny et de son pays, qu'il se désistoit de toutes les exactions qui avoient été faites par lui et par les siens dans lu terre de cette abbaïe et dans celles qui en dépendoient ; enfin il confirma toutes les chartes que son père avoit faites, ce qu'il fit pour le remède de son àme et pour celles de ses parent* (î).

Humbert arriva apparemment au mois d'août à Constantinople; il y sorvitl'empe reur Baudoin, assista à son couronnement, qui se fit au mois de décembre à Sainte- Sophie, et revint au printemps de l'an 1240.

Nous avons vu, en 1233, que l'abbé de Cluny avoit associé M' de Beaujeu dans ce qu'il avoit à Thoissey; cette société pouvant causer d'autres troubles, il fut convenu, en juillet 1239 (b), avant que MT de Beaujeu parttt pour Constantinople, que Mr de Beaujeu donnerait à l'abbé de Cluny ou au doyen d'Arpayé d'autres biens, au dire d'experts, pour la moitié de Thoissey, et les experts ayant reconnu ce que valoient la moitié de Thoissey et les fonds que Mr de Beaujcn voûtait remettre à l'abbaïe ou doyenné, l'abbé et le doyen cédèrent à Mr de Beaujeu la moitié du domaine de Thoissey et toutes ses appartenances et dépendances, et M' de Beaujeu remit, suivant l'estimation de Guichard, chevalier, du prévôt de Court, de Hugue.*, aumônier, el

U) Hùl. I ;ou. lif. 1, t Iwp If, p. lit.

(•) Cartnl. goUi. Cluay, fol. 171— Bibliot. Clan . p. ISOt — V. BibUothcca Dumbcaiit. (I) V. Pittw Ju.lificli»*., p. 114, en. XCVII.

a l'histoire de bombes.

d'Achard, doyen d'Rscurolles, à l'abbaïe 8 mas el une terre dans la paroisse de Fleurie, avec la faculté de prendre tous les bois que la maison d'Arpayé auroit besoin soit pour le feu, soit pour bâtir, dans les forêts de Pinoy, de Roncin et d'AU.

Mr de Deaujea ne se retint rien snr ces 8 mas, sur les hommes qui les babitoient et travail loient, sur leurs terres et dépendances, si ce n'est sur chaque domainequ'il appelle curtil, une corvée ou journée d'hommes et de bœufs, le droit de garde et la justice criminelle qui étoit contre les adultères, les voleurs, les homicides et ceux qui baltoient jusqu'à effusion de beaucoup de sang et avec une grande blessure ; il déclara qu'à l'égard de la corvée, il ne la demandoit qu'à la charge que l'homme pourrait revenir chez lui le môme jour ; et à l'égard de la garde il déclara qu'il étoit obligé de garder et défendre ces hommes et leurs biens envers et contre tous, excepté contre l'église de Cluny à qui ils appartenoienl (en vertu de la cession qu'il lui en faisoit).

Il leur assigna encore partie des maisons et terres du Rochet et d'Amerges, dans la paroisse de Saint-Jean d'Ardières, et jusqu'à la valeur de 20 sols forts de Lyon de rente. Il les leur céda à toujours, quoiqu'elles pussent augmenter du prix qu'elles avoient été estimées.

Mr de Beaujeu promit de ne point revenir contre cet échange, ni par lui ni par ses successeurs; il promit même que s'il venoit à aliéner les forêts où il avoit donné le chauffage et du bois à bâtir à la maison d'Arpayé, il en dédommagerait cette maison, et voulut que s'il contrevenoit à cet échange il put être excommunié par l'évéque de Màcon, et que toute sa terre soumise à cet évêché pût être mise en interdit.

Mr de Beaujeu ne prit aucune précaution contre l'église de Cluny, parce qu'il savent bien qu'elle ne reviendrait pas d'un échange où elle profilait apparemment beaucoup.

En 1239, Gui, comte de Nivernois et de Forez, fit son testament; il le data du temps que Grégoire IX présidoit sur le siège apostolique, que Louis régnoil en France, et que Frédéric, empereur toujours auguste, régnoit dans l'empire. Le R. P. Ménétrier remarque (a), que ce testament date de saint Louis, parce que Nevers étoit dans les terres du roi, et qu'il date de l'empereur Frédéric, parce que le Forez, au-deçà de la Loire, étoit terre de l'empire ou du royaume de Bourgogne. Ainsi, suivant ce Père, quoique les comtes de Forez se fussent rendus feudataires du roi de France, ils reconnaissoient encore les empereurs, le droit de fief qu'ils avoient reconnu aux rois de France n'emportant point la souveraineté ni ressort. Le R. P. Ménétrier détruit ensuite, mal à propos, dans plusieurs aulres endroits, ce qu'il en dit ici, car il veut que Lyon même ait toujours été du royaume, ce que nous avons suffisamment réfuté.

Jean de Brenne, mari d'Alix, comtesse de Màcon, étant décédé dans la Terre- Sainte, cette dame, étant à Pontoise, céda, au mois de mars 4240, à M' de Beaujeu

(») 'Usure», ch. H, p. IM.

et à ses héritiers, tout le fief qu'il tenoit du comte de Màcon, outre-Saône, à la part de l'empire; elle en donna ses lettres à notre prince. Ainsi notre prince ne demeura qu'un an ou un an et demi à Constantinople, c'est-à-dire depuis le mois d'août 1 239, qu'il y put arriver, jusqu'à la On de 4210, ear le mois de mars de 4240 seroit pour nous le mois de mars de 4244 , comme nous l'avons dit assez souvent.

Je ne sais quel droit de flef la comtesse de Maçon pouvoit avoir sur la souveraineté de Dombes, qui fut cédé à notre prince par cette charte, à moins que ce ne fût des droits de fiefs qu'ils pussent prétendre sur le village de Montgoin, que nous avons vu très-souvent avoir été prétendu par l'église de Mâcon.

M" de Saint-Trivicr et de Sendrens se mirent, cette année, sous la protection de Mr de Beaujcu, et reconnurent qu'ils étoient ses vassaux (a).

Hurobert fit son testament cette année-ci (4 ), et il fut présent à une charte que Frédéric II donna à l'évéque de Grenoble, où cet empereur donne la qualité de prince à cetévéque (b).

Humbert Dentu fit don, au mois de juin 4244, à dame Marie de Garnerans, de quelques droits qu'il avoit à Miséria, paroisse de Saint-Didier-de-Chalaronne, près du château de Garnerans.

Le roi saint Louis ayant fait Alphonse de France, son frère, chevalier, il voulut le mettre en possession du comté de Poitiers, qui lui avoit été légué par le testament de leur père ; s'étant rendu à Saumur pour cette mise en possession, saint Louis y donna un festin royal (c).

Humbert de Beaujeu fut un de ceux qui gardèrent la table du roi, avec Honnorat Je Coucy et Archambault de Bourbon. Il y avoit plus de trente chevaliers de ces trois barons qui étoient derrière, eux en cotte de drap de soie. Cette cérémonie fut des plus belles et des [dus magnifiques de ces temps-là.

Louis de Beaujeu, frère «THurabert, acquit, en 4242, le fief des cens et renies que Guichard de Germoles possédoit au mas Cotlay, paroisse de Bay, moyennant 27 livres qu'il lui donna. Cette acquisition du droit de fief sur ces rentes est une preuve du franc alleu de et' pays, et qu'il y a des rentes nobles qui ne sont point féodales, quoiqu'elles se perçoivent dans cette souveraineté, comme nous le verrons encore par une grande quantité d'autres contrats d'acquisition de ces droits de fief.

La paroisse de Bay étoit partie en Bresse, partie en Dombes,' de la chàtellenie de Thoisse> ; la partie de cette paroisse qui étoit de la souveraineté a été érigée en paraisse sous le nom de Garnerans, comme nous le dirons dans la suite.

Le comte de Toulouse ayant voulu se révolter contre le roi, en 4242, et se joindre

U) limnt. Bourbon, e. Mil.

Mco«trier. p. 177, 178. — Perwd, mnu . p. US. (c) Choisjr, HUi. i*lol Uni», p. «•• — JfUYiUe, p, iO. (I) Bibl. de lEtok ÊH clurtr», I, *.

A l'histoire db dombes.

au comte de la Marche, saint Louis envoya Humbert de Beaujeu avec des troupes, dans le Quercy, pour entrer dans les terres du comte de Toulouse.

La crainte de ces troupes et les soins de l'éveque de Toulouse procurèrent la paix de ce comte dont Mr de Beaujeu fut un des médiateurs, avec Hugues, évôque de Clermont, Ferry, maréchal de France, Jean le Jay, et Guillaume de Limoges.

Pierre, abbé de Chassagne, Hugues de Chalins, archiprétre de Chalamont, et Hugues, vicaire de Monteillier, scellèrent un contrat de vente que Jean, fils de Michel Donet, flt à Guichard de Virisucl, doyen de Montberthoud, et à sa maison, de tout le droit qu'il avoit dans la prévôté de Montillet, qui appartenoit au doyenné de Montberthoud (a). Jean Donet reconnut avoir reçu réellement 60 sols forts, monnoie de Lyon, 5 anées de seigle et 9 bichets de millet, ou qu'on lui avoit donné une assurance pour prix de cette cession. Laurence, femme de Jean Donet, approuva l'aliénation que son mari faisoit de ses biens, pour plus de sûreté du doyenné de Montberthoud.

Etienne II, seigneur de Thoirc et de Villars, étant à l'Ile-Barbe, au mois de mai 1243 (•), voulut témoigner à l'église de Lyon sa reconnoissance des biens et des plaisirs qu'elle lui avoit faits; ainsi il reconnut tenir d'elle tout ce qu'il avoit alors et qu'il devoit avoir, et tout ce qu'on tenoit de lui dans les paroisses de Saint-Didier, près Riottier, de Saint-Bernard, de Trévoux, deReyrieu, de Gesnay, do Vimy et de Couson, à l'exception du péage deTrévoux ; il se dévestit de ce fief qu'il créoit en faveur decette église, et il en investit l'église de Lyon, dans la personne d'André, son doyen. Il en fit hommage et il eu prêta sur le champ serment de fidélité entre les mains du doyen, à cause de l'absence du chamarier de l'église de Lyon, qui étoit apparemment seul en droit de recevoir les hommages dus a l'église; et Mr de Villars voulut que ses successeurs fussent tenus de faire le même hommage à celte église pour ces mêmes biens, promettant d'observer cette convention, dont il scella la charte.

Mr Le Laboureur (c) croit que ce fut Faucher, abbé de l'Ile-Barbe, qui, après avoir reçu la foi et l'hommage de Mr de Villars, pour le fief qu'il avoit créé en faveur de cette abbaïe, procura le fief de ces mêmes paroisses à l'église de Lyon, qui avoit reçu Etienne de Thoire et de Villars et ses descendants au nombre de ses chanoines d'honneur. Cet honneur étoit d'autant plus grand, dit cet auteur, que les chanoines de cette église ne l'ont jamais accordé qu'à des personnes de haute et éminente condition, comme étoient les ducs de Bourgogne, qui avoient cette qualité de temps immémorial, les dauphins de Viennois, qui l'avoient depuis 1228, en considération d'un hommage que les dauphins firent à cette église, et ensuite les ducs de Berry, auxquels les rois de France ont succédé. Il se pourroit bien faire que le temps immémorial dont Mr Le Laboureur parle à l'égard des ducs de Bourgogne, pour leur réception de chanoine d'honneur dans l'église de Lyon, ne fût que de l'an 1208 ou

(a) Petit Ctrt. Qnjr, fol. 88, cibler D* f. Si — V. IWet JoiliflttUrti, p. 1 16, cb. C.

(•) T. Bibl. Dombcoti*.

(c) Mtsamdc l'Ut, p. 161, 161.

t209, que Eudes, duc de Bourgogne, régla l'église de Lyon avec les habitants ; car si les ducs de Bourgogne eussent été chanoines d'honneur de l'église de Lyon, il anroit été très-difficile que les habitants, animés contre cette église, s'en fussent remis à un chanoine d'honneur de cette église pour être leur arbitre ; mais je crois que ce duc fut le premier des laïques qui fut chanoine d'honneur, et que ce fut la récompense des services qu'il avoit faits à l'église par ce traité de paix.

Le Laboureur, parlant de ces chanoines d'honneur de l'église de Lyon, réfute l'erreur de de Rubis (a), qui a prétendu qu'il y avoit eu 74 chanoines dans l'église de Lyon, dont l'un étoit fils de l'empereur, 9 fils de rois, l » lils de ducs, 30 Gis de comtes, 20 lils de barons, tous licenciés ez lois, qui furent cause des guerres que cette ville eut contre les habitants et bourgeois de Lyon; car il parolt assez vraisemblable que cette église n 'avoit dans ces temps-là que 32 chanoines, comme elle les a encore à présent. Le R. P. Ménétrier, ainsi que Le Laboureur, ont réfuté cette erreur du lils d'un empereur, de 9 fils de rois et des autres, qui n'ont rien de réel (b).

Au mois d'août de la même année 1243, Etienne de Villars emprunta 690 livres du chapitre de Lyon ; il leur donna en gage, pour le paiement de cette somme, tout ce qu'il lenoit et possédoit dans les paroisses de Gesnay, Reyrieu et Parcieu, avec tout le bois de Vache-Blanche, de Toreri et de Laye, sis à Gesnay et à Reyrieu, excepté les lamproies (c'est-à-dire, à ce que je crois, le droit de les pécher en Saône) et le ruage. Je ne sais si ce seroient les rivages de la Saône, et qu'il fallût lire ritagio au lieu de rmgio, ou si ce seroit quelque droit de péage ou la chasse des cerfs dans le temps de leur rut. Mr de Villars consentit que tandis que cet engagement subsistera t, l'église de Lyon pût couper et vendre les bois de tous les bois taillis qu'il leur engageoit, excepté ceux du bois de Laye, de Reyrieu ; il avoua qu'il tenoit en fief de l'église de Lyon tous les biens qu'il venoit de lui engager, et dont il promit de leur maintenir la jouissance jusqu'à ce qu'il leur eût payé les 600 livres que le chapitre lui avoit prêtées.

Guillaume de Chabeu, seigneur de Saint-Trivier, et Béatrix, sa femme, donnèrent à la chartreuse de Seillon (c) des cens et rentes qui leur éloient dus sur le domaine de Coralin, sis dans la chutellenie de Saint-Trivier.

Sibille, veuve de M' de Beaujeu, possédoil depuis quelque temps les maisons de Saint-Victor et de Villeneuve, qui appartenoient à l'abbaïe de Cluny (d). Elle donna ses lettres an mois de janvier 1243, par lesquelles elle promit de les rendre à cette abbaïe franches de toutes dettes, voulant que tous les meubles qu'elle y aurait portés et tous les fonds qu'elle y aurait achetés restassent à cette abbaïe.

Hnmbert de Beaujeu acheta, en 1244, de Josselin de Morestel, tout le droit qu'il

(4) Dt Rôtis li». 5. chip. 17, p. Ï7». (■) Méaitrier.p. M», (c) TU, J« Stilton, Caicb.. mi*., fol. *M 1b) PMilCart. CiMjr.fol. I.

A L'ïtlSTOlRE DE DOMBES.

prétcndoil avoir dans la ville et châtellenie de Lent (a), moyennant la somme de

et 60 sols forts de rente, que M de Beaujen lui assigna sur les châteaux de Cordon et de Bradonière, diocèse de Belley, à la charge que ce seigneur en ferait hommage, ce que Josselin de Morestel lui promit, sauf néanmoins la fidélité qu'il devoit au seigneur de La Tour. Les termes de ce titre font voir que Lent 6toit à nos princes de toute ancienneté, puisque l'on n'en trouve point la première acquisition, et que Mr de Morestel ne veut que quelques droits sur cette terre.

Je crois que Josselin de Morestel étoit flls d'Hugues, mari d'une dame do nom do Lent, car il y a un tilre de l'abbaïe de Chassagnc, de l'an 4230, par lequel Hugues de Morestel céda et abandonna à cette abbaîe l'aumône que les dames de Lent lui avoient faite, qui consistoit dans la cession qu'elles avoient faite à cette abbaîe de tous les droits qu'elles avoient aux paroisses de Bublane, de Chatillon et Molon, et quelques terres à Villette. Hugues de Montrevel et ses enfants eurent 6 livres pour confirmer ce don, car les enfants et les fils ou maris croyoient que leurs pères ou leurs femmes ne pouvoient rien donner sans leur consentement, comme nous l'avons dit plusieurs fois. Hugues promit encore de maintenir ces biens à l'abbaïe et de les défendre contre tous.

Les dames de Lent, dont ce titre parle, n'étoient pas ni n'auroient pas été, ainsi que je le crois, dames de la ville et châtellenie de Leut, comme nous l'avons dit de ceux des maisons de Chatillon et Chalamont; mais comme presque jusqu'en ce temps-ci les gentilshommes n'avoient eu que leurs noms de baptême, on leur donna le nom des lieux qu'ils habitoient ou d'où ils étoient sortis.

U paix qui avoit été faite en 4223, entre le pape et l'empereur Frédéric II, ne dura pas longtemps; leurs grandes brouilleries recommencèrent bientôt sur plusieurs sujets; mais le plus spécieux fut que l'empereur n'alloit pas au secours de la Terre-Sainte, comme il l'avoit promis, et quoiqu'il fût malade en 4227 (a). Le pape Grégoire IX, qui avoit été élu au mois de mars précédent, croyant qu'il feignoit d'être malade, l'excommunia le 29 septembre. L'empereur se plaignit de cette excommunication et en écrivit à tous les princes chrétiens, insinuant que les papes entreprenoient trop sur le temporel des rois, sans vouloir déférer à cette excommunication, ce qui obligea le pape à la réitérer le 28 mars 4228; mais cet empereur ne méprisa pas moins cette deuxième excommunication que la première, et bien loin d'y déférer, il en célébra pour ainsi dire plus magnifiquement la fête de Pâques ; il fit plus, pour susciter des affaires au pape, il acheta le droit de fief de tous les biens des frangipanes, et de ceux de plusieurs autres seigneurs qui avoient tenu jusqut alors leurs biens en franc alleu ; pour acquérir ce droit do fief, il acheta leurs biens allodiaux, et leur en ayant payé le prix, il leur rendit sur le champ ces mêmes biens, à la charge de les tenir de lui et de l'empiro à foi et hommage, ce qu'ils acceptèrent ; ils lui en firent en même temps le serment de fidélité, et promirent de le servir

fi; Arm. tt, liasse Uni, cote MO. — V. lubl 1 (•j Fieury, HUt. ML, 1W. 7», n. 40, 41

envers et contre tous, comme ses vassaux et de l'empire, ce qu'ils ne manquèrent point d'exécuter, car ils excitèrent le peuple, obligèrent le pape à sortir de Rome, après quoi, l'empereur étant allé en Terre-Sainte, il laissa une armée pour les soutenir; le pape en fit leverune autre, dontil donna le commandement à Jean de Briennc, roi de Jérusalem, beau-père de l'empereur, mais avec lequel il étoit brouillé, parce que Frédéric l'avoit dépossédé du royaume de Jérusalem. L'armée du pape et celle de l'empereur firent des désordres infinis dans l'Italie et au royaume de Naples. Frédéric revint de Syrie, il fut excommuniôde nouveau, en 1 229, par le pape, qui déclara tous ses sujets absous de leur serment de fidélité (a). Au mois de juillet 1230, 1% paix se fitentr'eux; elle dura quelques années; mais l'empereur faisant la guerre aux villes de Lombardie, qui éloient pour la plus grande partie dans les intérêts du pape, et voulant s'emparer de la Sardaigne, que les papes prélendoient être de leur patrimoine et que l'empereur prétendoit être un démembrement de l'empire qu'il avoit juré de réunir, il fut de nouveau excommunié du pape le jeudi saint, 21 mars

Le pape et l'empereur firent, l'un et l'autre, diverses apologies, l'un pour soutenir son excommunication, et l'autre pour en faire voir l'injustice.

Le pape en vint jusqu'à faire offrir l'empire à Robert, frère de saint Louis; mais ce saint ayant assemblé ses états, rejeta cette offre, ne croyant pas que le pape fût en droit de disposer de l'empire ni des royaumes, et sacbant bien que lui et son frère n'avoient aucun droit sur l'empire ni sur les terres qui en dépendoient (b}.

Les divisions de l'empereur et de Grégoire IX durèrent jusqu'à la mort de ce pape, qui décéda au mois d'août 1241. Le Saint-Siège vaqua jusqu'au 24 juin 1243, qu'Innocent IV fut élu (c). L'on crut que la paix de Frédéric se feroit avec ce nouveau pape, mais elle ne put être conclue que le 31 mars 1244, que Frédéric fut absous des censures qu'on avoit fulminées contre lui, sans qu'il fût parlé de le réhabiliter à la dignité impériale, dout Grégoire IX l'avoit déclaré déchu, ni de faire rentrer ses sujets sous son obéissance, parce que, nonobstant cette prétendue déposition, il fut toujours reconnu pour empereur et pour roi de Sicile par ses sujets et par tous les rois chrétiens, qui ne croyoient pas que le pape pût disposer de leurs couronnes.

La paix de l'empereur n'avoit été faite que par ses ambassadeurs, à des conditions si onéreuses, que l'empereur ne voulut pas les subir; ainsi les démêlés entre lui et le pape augmentèrent (d). Le pape, craignant d'être surpris en Italie, fit demander un asile en France, à saint Louis, qui étoit venu au chapitre de Ctleaux; le roi ne le voulut pas promettre sans l'avis des barons, que le roi dit qu'il nopouvoit se dispenser de suivre. Il les assembla, mais ils ne voulurent pas souffrir que le pape

(a) FUurj, Dr, 61, D« 18 «1 1».

(■) Fl.ury. HUt. Eocl., Ut. 80, art. Î6, p. SI 8. — DoeltMBe, tOID. 5, p. tSS. (•) Fleary, Ut. 82, art. 9, p. S7S. Innocent, Itk 1°, Epitt, MC, RaiaaM, o* SI. (») Fleary, tbid , n- 16 cl 17.— Daeactnt, tome B, p. SIS.

A L*UISTOIR£ DE DOMBES.

vint s'établir dans le royaume, parce qu'ils craignoieni qu'il n'y voulût prendre trop d'empire, comme il faisoit en Italie et en Allemagne, et qu'il ne fût trop à charge, par les subsides qu'il demanderait aux ecclésiastiques; ils craignirent même que cela ne pût attirer la guerre entre le roi et l'empereur. Ainsi leur avis étant de ne pas recevoir le pape, le roi le lui lit savoir. Le pape, ne pouvant venir dans le royaume, crut devoir s'en approcher le plus qu'il pourrait, alln de pouvoir s'y jeter au cas qu'il fût poursuivi par les troupes de l'empereur (a).

Le pape résolut donc de venir à Lyon, où l'archevêque et l'église de Lyon étoient souverains et de l'empire (b), mais où les empereurs avoient très-peu d'autorité, parce ijue cette ville étoit du royaume de Bourgogne, où les seigneurs jouissoient, connu nous l'avons souvent dit, d'une souveraineté beaucoup plus indépendante que celle des seigneurs d'Allemagne et d'Italie, outre que la plupart des ecclésiastiques tenoient le parti du pape contre l'empereur, et que le pape, qui avoilété chanoine de l'église de Lyon, savoil que l'archevêque, le chapitre et les habitants de L\on lui étoient fort dévoués ; ainsi il y vint de Gênes, où il s'étoit réfugié, passant par les états de Savoie, et il y arriva au mois de décembre 1244. Il y fut très-bien reçu, mais ayant voulu nommer quelques-uns de ses parents ou alliés dans des prétendes de l'église de Lyon, les chanoines s'y opposèrent et menacèrent de faire juter ses parents dans le Rhône s'ils vouloient prendre possession de ces bénétices, qu'ils prétendirent que le pape, ne |H)uvoit pas avoir donnés sans leur consentement [cj; ainsi ils ne croyoient pas qu'il fût l'ordinaire des ordinaires, ni le mattre de tous les bénéfices. Ce différent qu'il eut avec los chanoines de la cathédrale lit que ce pape alla à Saint-Just, dont le clottre étoit assez grand pour le loger avec sa cour et plusieurs princes.

Il y convoqna un concile pour la Saint-Jean-Baptiste, en 1245, où il se trouva plusieurs princes, archevêques, évêques et autres prélats. L'empereur Frédéric y fut excommunié et dé-posé de nouveau, nonobstant les remontrances de ses ambassadeurs; mais il ne se crut ni bien excommunié ni légitimement déposé; il dit, an contraire, qu'il se croyoit plus en droit «le se défendre contre le pape qu'il ne l'avoit fait jusqu'alors. Cependant il voulut encore tenter de se raccommoder avec le pape par le moyen de saint Louis, qui n'apprauvoit point la déposition de l'empereur, parce que, dit l'auteur de la chronique de Senon, Frédéric avoit été autrefois son allié. Il écrivit donc à ce saint roi pour le prier de décider, avec ses pairs et luirons les différents qu'il avoit avec le pape, et si le pape ne vouloil pas s'en soumettre à sa décision, il prioit le roi de ne lui donner aucun secours (n) ; il se plaignoit de que le pape entreprenoit d'instituer <?t de destituer de leurs états les empereurs, les rais, et tous les seigneurs temporels, ot d'absoudre leurs vassaux de leur serment de fidélité, dès qu'il y avoit une sentence d'excommunication.

(») t'.hoiejr, Vie de saint Loais, p. 8», »•. fii Heury, lir. Si, n» 17.

■ Meurtrier, p. «02 el SOS. — Mathieu, Par is, ad. ma. tSSS.

o SpU.il., ton. ï, p. 651. — Fleory, liv. 8Î, n» 51. — Chohy, wùnl Uni», p. SOS

Frédéric disoitque le pape vouloit empêcher lea souverain* de se faire la guerre et les obliger d'accepter sa médiation malgré eux, et qu'il retenoit au tribunal ecclésiastique les causes temporelles et féodales, au préjudice de la juridiction sécuUère.

Le pape, étant animé conlre Frédéric, fit élire Henri, landgrave de Thuringe, empereur; mais Conrad, fils de Frédéric, le vainquit en 1246, et ce prince en mourut de chagrin, au mois d'avril 1247.

Le pape fit ensuite élire Guillaume, frère du comte de Hollande, et publier une croisade contre l'empereur et contre Conrad, son fils, ce qui se fit en (247 et en 1348.

Frédéric, chagrin de toutes ces guerres que le pape lui suscitoit, résolut de venir a Lyon et de l'y attaquer. Le pape eut alors recours au roi de France et le pria de le recevoir dans ses états, où il étoit bien assuré que Frédéric n'oseroit pas l'attaquer ; mais le roi, sans le lui promettre, écrivit à l'empereur pour le dissuader de venir faire la guerre si près de son royaume, qui ne pouvoit manquer de s'en ressentir. L'on ne sait si Frédéric auroit déféré aux prières du roi; mais ce qu'elles auraient peut-être eu peine à obtenir, la révolte de la ville de Parme l'obtint, car l'empereur fut obligé de quitter les desseins qu'il avoit conlre la personne du pape cl contre la ville de Lyon, pour aller punir les habitants de Parme.

Les guerres entre les prétendants à l'empire durèrent jusqu'en décembre 4250, que l'empereur Frédéric mourut en Italie, y ayant été étouffé, à ce que l'on croit, par Mainfroy, un de ses fils naturels.

L'empereur Frédéric, pour récompenser notre prince des services qu'il lui avoit rendus et de ceux qu'il espéroit qu'il lui rendrait, lui donna, au mois de juillet 1245, par lettres patentes données à Turin, 400 marcs d'argent de rente en fief, à prendre sur la chambre impériale, jusqu'à ce qu'il lui eût assigné cette somme sur quelque terre et fief. Cet empereur, qui venoit d'être excommunié par le pape, comme nous l'avons dit, voulut apparemment attirer à son parti notre prince et l'obliger à lui fournir des troupes conlre le pape et à les entretenir à concurrence de ces 400 marcs d'argent de rente. Ainsi, l'on voit que le mot de fief se mettoit à tout usage, car ce fief n'étoit, à proprement parler, qu'une pension que cet empereur promettoit pour se faire servir par M: de Beaujeu, ou du moins pour qu'il lui prêtât ses troupes à concurrence de ces 100 marcs d'argent de rente et pension annuelle. Nonobstant ce fief, notre prince ne laissa pas d'être attaché au pape ; car Innocent, après le concile de Lyon, étant allé à Cluny, où il étoit le jour de saint André, entre une grande quantité de princes et de seigneurs qui l'accompagnèrent, Imbert de Beaujeu, connétable de France, notre prince, y est nommé.

Les hommages, ou plutôt les fiefs en argent, tels que celui que l'empereur Frédéric établit en faveur do notre prince, furent assez fréquents; car, en 1294 (a), Humbert, dauphin de Viennois, et Jean, son fils, firent hommage lige au roi de

(*) VaUxMMoU, iw. S, p. 74.

A l'histoire de hombes.

France, sauf les fidélités et hommages qu'ils dévoient à l'empereur, an roi de Sicile, à l'archevêque de Vienne et aux ôvéques du Puy et de Grenoble ; et le roi, pour les dédommager de cet hommage, leur fit une pension de 500 livres de petits tournois, à prendre annuellement sur son trésor, étant an Temple, à Paris, sans que le roi pût aliéner cet hommage à un autre seigneur et que les dauphins pussent transporter cette pension à d'autres personnes ; et moyennant cette pension, le dauphin promit de servir le roi contre les Angloisct tous leurs alliés, quels qu'ils fussent, excepté les personnes cklessus nommées, avec 200 hommes à cheval et bien armés, au-delà du Rhône et de la Saône, c'est-à-dire dans l'empire et même en-deçà, dans les sénéchaussées de Beaucaire et dans les bailliages de Maçon et d'Auvergne, et dans les autres lieux voisins de l'empire; et le roi promit de leur donner leur paie et de rétablir leurs chevaux, suivant la coutume de France ; il promit encore de défendre le dauphin contre le&Anglois, s'ils l'altaquoient à cause de cet hommage, de lui fournir de l'argent, en cas de guerre contre les comtes de Savoie, et de le secourir, et il lui donna 10,000 livres de petits tournois, outre cette pension. C'est le premier hommage des Dauphins, qui n'est qu'un vrai traité d'alliance contre les Angtois.

Humbertflt, au mois de septembre 1246 (a), des conventions avec Albert, seigneur de La Tour, Hugues, évêqne de Clermont, Gny de La Tour, archidiacre de Lyon, un autre Albert, et Hugues de La Tour, sénéchal de Lyon, par lesquelles ils se promirent, pour eux et leurs successenrs, qu'ils seroient toujours bon9 amis, qu'ils ne se feroient jamais la guerre les uns aux autres, qu'au contraire, si l'on faisoit la guerre aux uns, que les autres viendroieut à leor secours et qu'ils feroient (a guerre à leurs ennemis à leurs propres dépens, sans pouvoir faire la paix les uns sans les autres, qu'ils se préteroient leurs hommes, villes et châteaux, pour en faire la guerre à leurs ennemis. Ce traité, qui étoit proprement une ligue offensive et défensive de la maison de La-Tour-du-Pin et de celle de Beaujeu, devoit être renouvelée de temps en temps entre eux; et comme il est difficile qu'il n'arrive des difficultés entre les meilleurs amis, ils convinrent que s'il en arrive i t quelqu'une, ils s'en tiendraient à la décision de Guillaume ChabeM, palatin de Riottier, et de Guichard Lauras, chevaliers, et que si ceux-là venoient à mourir, M de Beaujeu éliroil un chevalier de Mr de La Tour pour son arbitre, et Mr de La Tour, un chevalier de Mr de Beaujeu pour les régler. Us promirent tous d'aider Guillaume de Chabeu et les siens dans les guerres qu'il pourroil avoir, et scellèrent tous cette convention de leurs sceaux.

Etienne de Villars vendit, cette année, un domaine ou curtil, à Guichard de Frens, chevalier, avec les cens, servis et usages qui en dépendoient, sis à Reyrieu, dans cette souveraineté, qu'Etienne de Villars avoit acquis d'Hugues de Besscns(l); il stipula qu'il pourroit racheter ce domaine pendant dix ans, que Guichard de Frens le tiendroit de lui en fief lige, et qu'il lui en feroit faire l'hommage lige par un de ses héritiers, ce qui me fait croire que Guichard de Frens étoit homme lige de quelque

(i) Vwboi., eu». DMpfc., lom. 1», p. iS4. - SpUU., in-fol., Ion. J, p. SU. (<) V. Bibl. OunbtMit.

autre seigneur, et que Mr de Villars vouloit que le fils qui posséderoit ce fief ne retevât que de lui, ou du moins qu'il relevât de lui avant tout autre seigneur. Cet acte fut scellé du sceau des partir* et de celui de l'abbé de Chassagne; les abbés, aussi bien que les évêques et archevêques, scellant très-souveut les actes des parties de leurs sceaux, qui étoient très-connus, et le respect que l'on avoit pour eux portoil les parties à exécuter plus fidèlement les conventions que l'on scelloit de leurs sceaux.

Saint Louis avoit introduit en France l'usage que Mr de Villars et plusieurs autres seigneurs avoient commencé à établir pour la plupart des fiefs qui relevoient d'eux (ai, car l'ancienne coutume étoit que quand il y avoit guerre entre la France et l'empire, ou entre la France et l'Angleterre, ou d'autres rois, les gentilshommes qui étoient vassaux de l'empire ou de l'Angleterre et de la France, sans aucun égard au lieu de leur naissance, alloient servir le roi de qui ils tenoient le fief le plus considérable et d'un plus grand revenu, étant alors censés sujets naturels de celui ■qui leur «lonnoit ainsi une pins grande solde. Ils abandonnoient alors le revenu des autres fiefs qu'ils avoient dans le royaume ou dans les terres du prince contre qui ils servoient. Ce prince les saisissoit et se faisoit servir par les arrières-vassaux de et lief, les rois ou les princes restituoient ensuite, la guerre finie, les châteaux à ces seigneurs, sans qu'on leur sût mauvais gré qu'ils eussent servi celui de qui ils avoient reçu de plus grands bienfaits. Saint Louis abolit cet usage, qui entretenoit souvent des intelligences d'un royaume à l'autre, et il ordonna que les seigneurs opteroient d'abandonner leurs fiefs d'Angleterre et de l'empire ou des autres royaumes, on reux qu'ils avoient en France, croyant qu'une même personne ne pouroit bien servir deux maîtres en même temps. C'est sur ce principe que Mr de Villars vouloit que (juichard de Frens lui donnât un de sea fils pour le servir lui seul dans le fief qu'il lui ronstituoit, car, entre gentilshommes, ils se croyoient libres de servir le seigneur au service duquel ils s'engageoient, sans que leur naissance les liât au prince sur les terres duquel ils étoient nés, comme nous le verrons souvent par la suite, et comme les conventions faites en «186, entre l'empereur et le duc de Bourgogne, dauphin de Viennois, nous l'ont fait voir.

Ardouin de la Salle se reconnut homme lige de Mr de Baugé, en 1272 (b), sauf la fidélité de Mr de Villars, après quoi il fit un nouvel hommage a Mr de Bàgc, sans aucune exception, parce qu'il avoit donné un de ses fils pour hommage à Mr de Villars, ayant apparemment cédé à ce fils le fief qu'il tenoit du seigneur de Thoire et Villars; ainsi les hommages liges des pères n'engageoient point leurs enfants, dès qu'ils ne jouissoient pas des fiefs de leurs pères.

Bobert, fils de Robert, comte de Flandres, tenoit du roi Louis-le-Hutin le fief de Brougey, en Champagne. Ce roi déclara la guerre à Robert, comte de Flandres. Alors Robert de Flandres, seigneur de Brougey, écrivit à Louis-le-Hulin, et lui manda qu'il ne croyoit pas de méfaire son fief en servant son père contre lui, et qu'ainsi

i, Daniel, «ont taint lonit. bttntitt.

.a Cuirbuton, Rrt»«, l'rtuiti, p. 17

A L'HISTOIRE DE TOMBES. 495

il ne croyoil pas que le roi dût éloigner son flef do lui, c'csl-à-dirc que le roi dût le lui faire perdre ; mais afin d'être hors de danger d'être traité comme un vassal peu fidèle et qui manquoit à sa foi (a), il lui mandait qu'il lui renvoyoit la foi et l'hommage dont il lui étoit obligé pour raison de ce fief, et lui déclaroit que si ainsi étoit, qu'il ne pût retenir son fief en soutenant les droits et intérêts de son père contre lui, il y renonçoit. Cet acte fut signifié au roi, le jeudi avant la Madeleine, 1315. Nous anticipons le temps de ce fait pour faire voir quel étoit l'usage des fiefs de ces tempsci, et que les seigneurs se croyoient libres dès qu'ils abandonnoienl les fiefs qu'ils tenoient.

Au mois de mars 1 346 (n: , il y eut un compromis passé entre Boniface de Savoie, archevêque de Cantorbéry et prieur de Nantua, avec Etienne, sire de Thoire et de Villars, sur la garde de Nantua, sur le château de Briou, et sur plusieurs autres droits et prétentions respectives; ils s'en remirent à la décision de Philippe de Savoie, élu archevêque de Lyon, du prieur de Consien, et de Guillaume de Grisy, chevalier; Us convinrent que ces arbitres pourroient juger ces différents, ou suivant le droit écrit, ou suivant le droit coutumier, ou suivant le droit de baronie, ou autrement, comme bon leur sembleroit ; il fut convenu que le prieur de Nantua feroit approuver le compromis par l'abbé de Clnny, et M' de Villars par Jean, comte de Bourgogne, leurs supérieurs, auxquels le jugement de leurs différents sembloit appartenir.

Nous parlons de cette charte parce qu'elle fait voir qu'entre ces grands seigneurs ils avoient, outre le droit écrit et le droit coutumier, un droit qu'ils appeloient le droit de baronie, que je crois différent de l'usage des fiefs recueilli par Obert du Jardin de Orto, et autres, qui n'a eu que fort peu d'autorité en ces pays ; mais de savoir quel étoit ce droit dont usoient les barons entr'eux, et jusques où il s'étendoit, c'est ce qu'il est difficile de savoir. Je crois cependant que ce droit a été la source des différents usages de nos fiefs et de nos droits seigneuriaux.

Sibille de Uainaut ou de Flandres, veuve de Guichard de Beaujeu, mourut, ainsi que je le crois, en cette année 1 246, et non 1 926, comme Paradin le dit. Le deuxième obituaire de Beaujeu dit que son mari mourut le 21 septembre, et qu'on fait commémoration de cette princesse le même jour. Cet obituaire dit qu'elle donna, eu 1 238, partie du prix de la dlme de Vil bon, et qu'Humbert, son fils, donna partie du prix de celle d'Ouroux, en 1239; qu'Aimeric des Rives, archevêque de Lyon, fit sceller du sceau de cette princesse, qui est appelée comtesse, des lettres qu'il donna pour l'hôpital de Villefranche, où cette princesse et Humbert, son fils, avoient appelé des religieux de Ronoevaux et avoient donné une maison et des fonds pour l'augmentation de cet hôpital (c). Par ces lettres cet archevêque régla les difficultés qu'il y avoit entre le curé de Villefranche, que ces lettres n'appellent que chapelain, sui-

(*) Coin diplon., jtris pnl. Leibni», p. 8». - Cthkr CltMy, e. p. 17.

(.) Bibl. Sebd.., c«t i, «p. 88. - Ckb., Brtwe, »u mot Tboirt-VUltr», p.î»8.

(c) Uim. deVill«fr.iich«, imprimât, p. 110*1 181.

tant l'usage de ce temps-là, et les moines de Roncevaux, pour les droits curiaux uncet hôpital. Severt croit que Sibille mourut le 40 avril, parce qu'elle est y appelée comtesse, mais il devoit avoir pris garde que celte comtesse morte ce jour-là étoit femme d'IIumbcrtde Beaujeu, et que notre Sibille étoit femme de Guichard.

Paradin dit (a) que Sibille de Hainaut fut une dame très-religieuse, sage et de grande vigilance sur les mœurs et sur l'éducation de ses enfants, qui demeurèrent sous sa charge et sa tutelle. C'est elle qui fit, à ce qu'il dit, achever le premier édifice de l'église et courent des cordeliers de Villefranche, que Guichard de Beaujeu, son mari, avoit commencé. Neus adoptons ces éloges et ils nous paroissent très-vrais.

Noos avons vu ci-devant qu'Humbert de Beaujeu, troisième du nom, eut un enfant qui s'appeloit Hugues, que quelques-uns disent avoir été son atné, et d'autres son cadet, et que cet Hugues n'avoit laissé qu'une fllle nommée Guicbarde, qui fut mariée à Archambaud, sixième du nom, vicomte de Comborn, et qu'elle en eut deux enfants; ces deux enfants prétendirent, en 1246, qu'ils avoient dû hériter de leur grand-père, de la portion qu'il devoit avoir dans le Beaujollois, et ils se réglèrent avec Humbert, leur cousin, par deux transactions (b).

Par la première, Bernard, vicomte de Comborn, fils, d'heureuse mémoire, de Mr Archimbaud, aussi vicomte du même lieu, ayant exposé qu'il étoit en différent avec noble homme Humbert, seigneur de Beaujeu, sur ce qu'il disoit qu'il avoit droit dans la terre et baronie de Beaujeu, du chef de feue Guicharde, sa mère, il déclara qu'il s'étoit réglé de la manière suivante, à savoir qu'il avoit cédé, quitté et remis à Mr de Beaujeu tous les droits qu'il avoit ou pouvoit avoir sur la terre ou baronie de Beaujollois, soit dans le royaume de France, soit dans l'empire d'Allemagne ou ailleurs, sans s'y rien retenir ni réserver; et Mr de Beaujeu lui donna, en récompense, 50 livres fortes, de Lyon, de rente, qu'il lui assigna sur son propre alleu, dans les chatellenies ou bailliages de Chamelet, de Thizy, de Grandris, de Saint-Bonnet et Belle-Roche. L'on comprit, dans ces 50 livre* de rente, les sommes que Guichard de Beaujeu, père d'Humbert, avoit assignées à Archambaud, à Gavesoles, et il fut convsnu d'ailleurs, que Bernard de Comborn tiendroit en fief de Mr de Beaujeu ces 50 livres de rente. Il lui en fit foi et hommage, et promit que ses successeurs la lui feroient, et il renonça de nouveau à tous les droits qu'il avoit sur la baronie de Beaujollois, en quelque lien qu'elle fût située et par qui que ce soit qu'elle fût possédée; et en cas qu'il voulût contrevenir à ce traité, il soumit sa personne et celle de ses héritiers à la juridiction ecclésiastique d'Hugues, évéque de Clennont, de Seguin, évéque de Mâcon, et de leurs successeurs, auxquels il permet de l'exercer à la requête d'Humbert de Beaujeu eu des siens. H renonce encore à tous les autres droits qu'il pourroit avoir en vertu d'autres actes, qu'il ne vaut pas qui aient, à l'avenir, aucune force ni valeur, renonçant à tout privilège du droit canonique et

(»] Alliances génctlog.

(.; Ara. SI, MU 4». — 11 i.i Irtel. Sieph. Bttutu, in uppta&ce, «cttura wler., ■. 61», Isa — Cahier

Ckfeiy, P- 1 1

A L'HISTOIRE DE BOMBES. 497

civil, déclarant être dans un âge légitime et compétent pour faire toutes sortes d'actes. Bernard de Comborn mit son sceau à cette transaction, et il y fit mettre celui des éTéques de Clermont et de Mùcon. Il est dit, dans celte charte, que cette transaction avoit été faite au mois d'octobre 4246, mais que les lettres n'en avoient été dressées qu'au mois d'août 1247.

La différence du temps de cette transaction d'avec celui des lettres nous doit faire juger que souvent les chartes et actes n'étoienl faits qu'après les conventions, et qu'il y avoit quelquefois 2 et 3 ans d'intervalle entre la convention faite et la charte donnée, ce qui peut faire souvent soupçonner de faux des actes très-véritables, outre que dans quelques-uns de ces actes on faisoit mention de ces deux sortes de temps, sans les assez distinguer.

La renonciation que Bernard de Comborn fait à tous les droits qu'il avoit sur la baronie de Beaujollois et ses dépendances, soit dans le royaume de France, soit dans l'empire d'Allemagne, ou ailleurs, nous fait voir que nos princes avoient beaucoup de terres dans l'empire, dès le temps de (ïuichard IV, et par conséquent longtemps avant le mariage d'Humbert V avec Marguerite de Baugé. Je mets Guichard IV, quoiqu'il semble que l'on ait dû dire Ilumbert III ou IV, car il n'y a pas beaucoup d'apparence que Guichard IV fût père de Ilugues de Beaujeu, et qu'il se fut passé trois ou quatre générations de M" de Beaujeu sans que M" de Comlwrn eussent demandé leurs droits.

Il est dit que la baronie de Beaujollois étoit dans l'empire d'Allemagne, parce que les empereurs d'Allemagne jouissant du royaume de Bourgogne, ou la souveraineté de Dombes est située, l'on attribua à ce royaume le nom d'empire d'Allemagne, quoique imprudemment, comme nous l'avons fait voir ci-devant.

Mr de Beaujeu dit que Chamelet et Thizy sont de son alleu ; cependant nous avons vu que Chamelet étoit du fief de l'église de Lyon, ou de celui du comte de Forez, et queThizy étoit de celui du duc de Bourgogne ; mais l'on reganloit pour rien de ces droits de fiefs où ils éloient alors rachetés ou prescrits.

En 1248 (a), Guichard, frère, à ce que je crois, de Bernard de Comborn, céda de son côté tous les droits qu'il avoit sur le Beaujollois, tels et pareils que ceux de son frère, pour la somme de 1000 livres viennoises, qui lui furent payées comptant.

Le jour de saint Michel, Renaud de Baugé, fils d'une dame appelée Alexandre, ayant des difficultés avec les moines de Tournus (b), dont l'abbaie étoit vacante, soit sur l'hommage que cette abbaïe prélcndoit, soit sur un étang, soit sur plusieurs autres chefs, Mr de Baugé promit de faire foi et hommage lorsqu'il y anroil un abbé; et à l'égard du différent qu'ils avoient pour un étang à Chiavons, ils s'en remirent ii l'arbitrage de M" de Beaujeu et de Brancion, pour être décidé suivant les usages et coutumes en pays de baronie et d'étangs. L'on voit, par ces titres et celui que non*

M Balu», H* lai , p. ISS.

• Miil. BrtM*, p. Il,— Hist. Toarau*, |.rtu» p 1TS

i98 MEMOIRES POUR SBRVIR

avons rapporté ci-devant, qu'il y avoit dès-lors des couUimes de baronie, comme nous l'avons déjà dit, el des coutumes pour les étangs. Si nous avions la décision de ce différent, elle auroit pu nous donner quelques notions sur ces coutumes.

Au mois de décembre 1247 (a), le contrat de mariage d'entre Elisabeth de Beaujeu, veuve de Simon, seigneur i!e Luzy, fille d'Humbert, fut passé avec Renaud de Forez. Par ce contrat, Mr de Beaujeu donna en dot à sa fille les terres de Saint- Bonnet et de Pouilly, près la Loire, avec leurs juridictions et domaines, le fief de la Dame de Varenne, et toutes les appartenances et dépendances de Chambost, qu'il dit valoir 200 livres viennoises de rente, et si elles ne les valoient pas, il promit de les parfaire au dire d'Hugues de Retis et de Zacharie du Piney, chevaliers ; et s'ils ne s'accordoient pas, l'on nomme pour sur-arbitre Roger de la Palisse ; et au cas que l'un de ces trois n'y pût vaquer, ils promettent d'en subroger un autre.

M' de Boaujeu consentit aussi que sa fille eût en dot tout ce qui lui pouvoit appartenir, de droit ou de coutume, dans la terre de Luzy, pour douaire, survie ou autrement ; et il déclara que si lui ou Guicbard, son fils, venoient à décéder, lui sans autres enfants mâles, et son fils sans aucun enfant de sa femme, il vouloit qu'en ce cas la baronie de Beaujollois (tassât à Renaud de Forez, comme leur héritier à cause de sa femme, ou à l'héritier qu'il auroit d'Elisabeth de Beaujeu.

Renaud donna à sa future épouse, de douaire ou survie, la moitié de tous les biens ft droits dont il jouissoit alors, et il voulut que son meilleur château fût affecté et donné pour ce douaire. L'on ajouta à ces conditions que si Renaud devenoit comte de Forez, il augmenterait le douaire ou survie d'Elisabeth de 500 livres viennoises par an, s'il prédécédoit sa femme.

Le comte de Forez déclara aussi que si lui ou son enfant venoient à mourir sans enfants, il vouloit que son comté retournât à Renaud ou à ses enfants et d'Elisabeth de Beaujeu. L'observation de ces conventions fut promise et jurée par toutes les parties.

Mr de Beaujeu donna pour cautions de 200 livres de rente de dot, Guillaume Lhahue, Palatin de Riottier, Hugues Palatin, Rodolphe Lotru, et Guy de Saint- Saturnin, chevaliers, qui, à son défaut, promirent d'aller en otage à Clappéen Forez, huit jours après qu'ils en auraient été requis el sommés, el d'y demeurer jusqu'à ce que Mr de Beaujeu eût satisfait à ce paiement.

Renaud de Forez donna, de son côté, pour cautions qu'il finirait ce mariage, Guy de Thiers, chanoine de Lyon, Hugues de Coray, doyen de Montbrison, Faucher Guerric, Guillaume d'Angeroles, chevaliers, et Guillaume du Vcraay, bourgeois de Montbrison, qui promirent de venir en otage à Beaujeu jusqu'à ce que Mr de Forez eût accompli sa promesse.

les parties et les cautions jurèrent ensuite d'observer toutes ces conventions et renoncèrent à tous droits contraires et mémo à la loi qui dit que les pactes sur une

(» lovent Bourb., colc ISIS. — Spicil., lom. ». p. 6iJ, m»i.,r. 19.

A l'histoire DE DOMDES. 4'J9

succession future ne doivent pas valoir. M" de Forez et de Beaujeu scellèrent cet acte de leurs sceaux. .

11 est remarquable que les deux substitutions que l'on prévit dans ce contrat de mariage arrivèrent l'une et l'autre, Renaud ayant hérité du comté de Forez, et Elisabeth de la seigneurie de Beaujollois, lant au royaume qu'en l'empire. Celle disposition nous fait voir que les pères étoient maîtres de disposer de leurs biens et de les substituer à leur volonté 'a). Le testament que le comte de Provence (il en ce lempsci, où il institua sa fille cadette au préjudice de l'aînée, reine de France, fait voir que les seigneuries de ces pays étoient parement héréditaires et à la disposition des possesseurs.

Les termes de survie et de douaire, répétés dans ce contrat, nous font voir que le mot desunie, par ce que nous appelons aujourd'hui augment, est fort ancien.

Au mois de juin 1248 (b), Uumbert prit sous sa garde et protection les mas ou métairies dépendant du doyenné de Montherthoud , situés à Saint-N'izier-le- Désert et a Saint-l'anl-de-Varax, moyennant deux meytiers d'avoine pour lui, payables à son receveur deChalamont, unmeylier pour son prévôt ou châtelain, cl la moitié d'un pour son chassipol, que chacun des possesseurs de ces mas promit de lui payer ou à ses ofliciers. L'on convint que si ces mas venoient à tomber en friche et ù être inutiles et inhabités, que l'on ne jmyeroit point ce droit. L'abbé retint qu'il seroit payé de ses cens et servis avant que hV de Heaujeu pûl percevoir ce droit de garde. L'abbé devoit avoir la justice civile et ordinaire, et Mr de Beaujeu la justice criminelle et les appellations; et à l'égard des confiscations, il fut réglé que Mr de Beaujeu ne pourroit avoir que les meubles et que l'abbé auroil les immeubles.

Le meytier d'avoine vaut deux ras ou bichets; ainsi ces mas dévoient 7 bichets d'avoine pour leur droit de garde, droit qui causa une guerre entre Hunibef t et les seigneurs de Varax, qui fut terminée en 1277.

L'ancien terrier ou extante de Chalamont, de l'an 1308, nomme 17 nias sujets à ce droit de garde, el il ajoute que chacun d'eux devoit un charroi au prince, un jour du mois de mai.

Il remarque encore que la maison de Montbcrthoud devoit une obole d'or par an sur le mas au clos de Feschicz, et une anée d'avoine sur la dlme qu'elle avoit à Saint-Didier, c'est-à-dire au Plantay. Je n'ai pas trouvé ces deux dernières redevances dans les terriers postérieurs à celui-ci; ainsi je crois qu'elles ont été prescrites ou qu'elles furent rachetées et affranchies.

Le 20 juillet, Amédée, comlc de Savoie et marquis en Italie, donna sa promesse ànolreHnmberl, seigneur de Beaujeu, qu'il traite de noble homme, son ami et connétable de France, par laquelle il s'engageoit de lui rendre et restituer à lui ou aux

(») Dwiirl. Hi-t. ton» saint Loaii-

{■) Ara. SJ, Umm CBil—llt| cote H6. — V. Bibl. DambeniU

siens les châteaux de Virieu, de Châteauneuf, de Cordon et de la Bardonnière, les fiefs et tous les autres biens que Mr de Beaujeu possédoit de lui au diocèse do Belley et en Valromay, lorsqu'ils auraient "payé 2500 livres viennoises, pour lesquelles Mr de Beaujeu lui avoit engagé ces terres. Il promit néanmoins d'imputer tous les ans 4 00 livres viennoises sur le principal qui lui éloit dû pour les fruits do ces terres. Le comte de Savoie, étant à Chambéry, scella cette promesse de son sceau (a). Voila le premier titre où j'ai trouvé qu'on ait donné la qualité de connétable de France à Mr de Beaujeu. Le Feron l'a mal a propos appelé Guichard, dans son Becueil des Connétables.

Je crois que Mr de Beaujeu avoit emprunté ces S500 livres pour le voyage de la Terre-Sainte, où il suivit saint Louis, en qualité de connétable de France, cotte année 1248. Le sire de Joinville observe que saint Louis avoit avec lui, dans ce voyage, huit bonset vaillants chevaliers, qui avoienteuet gagné maintes fois le prix d'armes, tant deçà la mer qu'outremer, d'entre lesquels y étoient Mre Geoffroy de Sargines, M" Manon de Marbry, Mr» Philippe de Xantuel, M™ Imbert de Beaujeu, connétable de France. Cet éloge de Jean, sire de Joinville, suffit pour faire connoitre la bravoure de notre prince.

Edouard, seigneur de Beaujeu, ayant trouvé cette promesse, prétendit se faire restituer ces terres ; il ignorait apparemment que ses ancêtres les avoient remises à Louis de Savoie, comme nous le dirons dans la suite.

Paradin remarque (b) que notre prince alla au secours de Gautier d'Autriche, qui étoit allé, mal à propos et contre les défenses de saint Louis, pour attaquer quelques Sarrasins, et qu'il se relira du milieu de ses ennemis, où son cheval l'avoit emporté.

Humbert, suivant l'exemple du roi et de tous les seigneurs qui allèrent à h croisade, fit son testament avant de partir.

Imbert de Beaujeu servit, en 4248 et 1 249, dans l'Egypte, sous saint Louis ; Joinville en fait souvent mention ; il fut prisonnier avec saint Louis et relâché avec les seigneurs que ce roi racheta, mais il mourut à Damiette d'une maladie qu'il y prit et que l'on ne peut douter avoir été causée par les fatigues qu'il eut à essuyer et parce qu'il avoit souffert tandis qu'il fut fait prisonnier chez les Turcs. Sa mort arriva le 21 du mois de mai 4250.

Il fut inhumé à Cluny, dans le sépulcre de son père, ainsi qu'il l'avoit ordonné.

Gilles, seigneur.de Transignies, surnommé le Brun, succéda à la charge de connétable do notre prince; il l'étoil déjà le 25 juin 4250.

Marguerite de Baugé, femme de Humbert V, ne lui survécut pas longtemps, car

(a) Tit. TréTMi.

a l'histoirk di dombes.

elle mourut en 4351, et elle fat enterrée dans la chartreuse de Poletins qu'elle a?oit fondée, comme nous l'avons dit.

Humbert V et Marguerite de Baugé curent plusieurs enfants :

4» Guichard de Beaujeu, qui lui succéda, et dont nous parlerons ci-après.

M' Guicbenon, dans son manuscrit, lui donne pour deuxième Ois Guy de Beaujeu, évêque d'Auxerre et l'un des principaux chefs de l'armée, que Charles, comte d'Anjou, frère du roi saint Louis, mena en Sicile, en 4265. Cestce qu'en dit Guichcnon dans son Histoire; mais Mr Fourny ne met point ce Guy parmi les enfants d'Humbert, et comme je n'ai vu aucun titre qui donne ce Guy pour fils à Humbert V, je crois qu'on le lui a donné par erreur.

En effet, Mr de La Mure, après M™ de Sainte-Marthe, prétend (a) que Guy, évéque d'Auxerre, étoit de la maison de Mello; qu'il n'étoit que beau-frère d'Humberl de Beaujeu, seigneur de Montpensier et de Perreux, et qu'il n'étoit, par conséquent, pas de la maison de Beaujeu ; cependant le R. P. Daniel (b) l'appelle non Guy, mais Guillaume de Beaujeu, et dit, après de Nangis, que ce prélat cachoit sous l'habit épiscopal un très-grand talent pour la guerre, et qu'il fit un discours très-pathétique ai/x troupes de Charles d'Anjou, avant la bataille où Mainfroy fut tué; mais qu'il s'appelât Guy ou Guillaume, je ne crois pas qu'il fat de la famille de nos seigneurs de Beaujeu.

Les filles qui vinrent du même mariage furent, la première, Elisabeth ou Isabcan, qui avoit épousé en premières noces, comme nous l'avons dit, Simon, seigneur de Luzy et de Semur en Brionnois, duquel elle n'eut point d'enfant. Elle avoit 340 liv. de rente, pour son douaire, sur la seigneurie de Semur, qu'Alix, dame de Luzy, promit de lui payer annuellement, par titre du mois de janvier 4261, sous la caution de Guichard, seigneur de Château-Perron. Elle succéda à son frère Guichard en vertu de la substitution qui étoit apposée dans son contrat de mariage.

La deuxième fut Floric, mariée en 1270, avec Aimard de Poitiers, quatrième du nom, comte de Valcnlinois et Diois (c). Elle eut en dot la seigneurie de Belle-Roche en Forez, dont Humbert de Beaujeu, seigneur de Montferrand, et Louis de Beaujeu, seigneur de Montpensier, furent cautions. Elle mourut avant son mari.

La troisième, Béatrix de Beaujeu, mariée avec Robert ou Foulques de Monlgascon, chevalier, seigneur de Montgascon, d'Ernazat, de Janze, de Montredon, de Pontgibaud et de Marguerite.

La quatrième, Jeanne de Beaujeu, religieuse et ensuite prieure de la chartreuse de Poletins.

La cinquième, Marguerite, qui fut mariée à Perraud ou Berraud, seigneur^du

(») HUt.etel., p. 117.

(•) Htel. de Franc* MU! Mlftt U.il.

Mont-Saint-Jean. L'obituaire de Beaujeu dit qu'au 8 mai on fait son anniversaire et de Guichard de Beaujeu, son frère, mort en 1865.

Claude Paradin et Severt disent que notre prince eut deux autres filles.

L'une mariée au vicomte de Comborn, qu'ils confondent apparemment avec Guichardc, fille d'Hugues de Beaujeu, qui fut mariée à ce \icomte, comme nous l'avons dit.

La deuxième fut mariée, disent-ils, à Guillaume, neuvième du nom, comte d'Auvergne et de Boulogne, selon Juslel. M' Guichenon assure que ces deux mariages, ainsi que celui de Marguerite de Beaujeu, mariée au seigneur du Mont-Saint-Jean, sont contraires aux titres qu'il a vus ; mais celui de Marguerite est constant par l'obituaire de Beaujeu; celui de Guicliardc est vrai, comme nous l'avons expliqué, et la femme de Guillaume, comte d'Auvergne, aurait pu élre fille d'Humbert de Bcaujeu- Montpensier, qui fut aussi connétable de France, comme celui dont nous faisons la vie.

A L'HISTOIRE Dt D0MBR5.

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