‹ Mémoires pour servir a lh́istoire de DombesChapitre 4 sur 19 · OS · texte numérisé non relu

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XF!UOn<F.S f'fll'R SERVIR

floient dans ces deux paroisses, soit les églises paroissiales qu'ils appellent chapelles, soit les maisons, terres, prés, bois, semences, les montagnes et môme les Alpes, ce que je crois que l'on n'a mis que parce qu'il y en avoil en Italie, et que le secrétaire qui dressa celte charte suh il la formule des dons que ces princes faiseient dans leur royaume. L'on comprend aussi dans ce don les aidions et aldianas, qui étoient des espèces de serfs sur lesquels on avoit retenu des corvées. Celte charte fut donnée à Parie. Il y est dit que ces rois font celte donation pour le salul de leurs ;\mcs et pour celles de Thibaut et de Berthe, leurs père et mère; et de tous leurs autres parenls. Ils se réservèrent néanmoins six hommes dans ces deux paroisses, dont l'un étoit boulanger et étoit actuellement, ninsy que les cinq autres, en Italie, mec eux. Ils veulent que cette donation ait lieu et que si quelqu'un osoit y contrevenir il payât 50 livres d'or à leur chambre et 50 à l'abbaïe de Cluuy. Pierre, chancelier, faisant les fondions de l'abbé, Larlanne, archiehancelier, contresigna celle charte que ces rois signèrent de leur règne en Italie ou en Bourgogne, selon quelques ailleurs, mais comme l'on y parle du règne de Lothaire, ce ne peut être que de celui d'Italie, et l'on ne peut l'interpréter de celui de Bourgogne, où je ne crois pas qu'ils aient jamais régné, comme je l'ai déjà dit.

Rodolphe avant succédé à Louis-L'Aveugle, a l'exclusion de Charles-Constantin, je crois que Rodolphe eut quelques démeslez avec Raoul, roi de France, qui soutcnoil les intérêts de ce jeune prince, el que ces dillicultez furent terminées dans une assemblée [.<) où se trouva Henry, roi d'Allemagne, et les plus grands seigneurs de France. Je crois même que c'est dans celle assemblée que Raoul prouiil à Rodolphe d'ôler la garnison françoise qu'il avoit à Vienne, et que Rodolphe en assura en même tems la principauté à Charles-Constantin. Ces rois et ces primes réglèrent en même teins tous leurs autres différents, firent la paix et se jurèrent une ami.ié réciproque; car nous verrons bient.1t que Conrad, fils de Rodolphe, tout jeune qu'il étoit, étoit souverain de Vienne; or, Conrad ne put pas oter la ville et comté de Vienne par forée au roi de France, et nous ne voyons pus que Rodolphe ni Connu! aient eu aucune guerre avec les rois de France pour la restitution de celte ville. Cette restitution fut donc promise dans cette entrevue et exécutée peu de tems après par la sortie do la garnison françoise de Vienne, et par l'hommage que Charles-Constantin en fit à Rodolphe et ensuite à Conrad.

Ce fut le vendredy, 20 février 933, 2i« année du règne de notre Rodolphe, qu'Eldegarde, veuve d'un comte nommé Ayrbert, donna [») à l'église de Versoy, au pays de Gex, des biens qu'elle avoit, pour y faire prier Dieu pour le roi Rodolphe et pour son mari. M. Guicheiion attribue celle charte à l'an 1 0u I ou 1007, mais elle ne peul être que de l'an 935, qui étoil l'an 2i« du règne de noire liodo'phc, et où le 20 février se trouva un vendredi, comme le dit cette charte; car si on la meltoit au 24' du règne de Rodolphe 3', le 20 ne s'y trouveroit pas un vendredi.

(a) Flodoard, ad aoo. US.

(•) B.ll. Sïb«i»a», «nu 1, t»f iî, p. 71 , »rt. 63.

k l'histoire de domues.

Nous n'avons trouté aucune autre chose de Rodolphe 2», qui ne régna seul et depuis la mort de Louis-l'Aveugle, que cinq ans sur ces pays, et mourut en 937. Son lils Conrad lui succéda, soit par élection ou par droit d'hérédité, les Bourguignons Cl Provençaux ayant peut-être assuré ce royaume à Rodolphe et a sa postérité, parce qu'il avoit quitté à Hugues le royaume d'Italie, qui étoit héréditaire.

Rodolphe fut inhumé dans l'église de Saint-Maurice, ea Chaulais, laissant plusieurs enfans de sa femme Berthe, sçavoir Conrad, qui lui succéda, Burchard, que Duchcsne dit avoir été évéque de Lausanne, quoiqu'il n'ait été évêque que de Lyon; Adelals, qui fut mariée premièrement avec Lothaire, roi d'Italie, et en secondes noces avec l'empereur Olhon. Adclaïs fut une princesse de grande sainteté. Sa vie a été écrite par Saint-Odile, abbé de Cluny, son contemporain.

M. Duchcsne s'est trompe, comme nous l'avons dit, en faisant Burchard évéque de Lausanne et non de Lyon, car il n'y a eu, au tems de Conrad, aucun évéque à Lausanne du nom de Burchard, et l'on a mis ou lu LaHtantHSÙ pour Lugdunentis, comme Conserve La Mure. M. Duchcsne a encore omis de dire que le roi Rodolphe laissa un fils de son nom que Berthe, leur mère, appelle le duc Rodolphe dans la fondation qu'elle lit de l'ablwïe de l'ayerne ou Peterlingnen, en Suisse, dont nous parlerons dans la suite, et peut-être une fille appelée Judith, suivant la charte d'Adelaïs pour le monastère de Romans, au pays de Vaud, que nous avons rapportée ci-devant.

Je ne sais si Odon, abbé de Cluny. eut peur que Rodolphe, roi de Bourgogne, ne lui contestât lu don de Savignicu et d'Ainberieu, qu'Hugues et Lothaire, rois d'Italie, lui nvoient donnés, car, en 936 ou 917, peu après ce don, cet abbé se pourvut au pape Léon et en obtint de lui la confirmation. Ce pape fit même défenses à toutes personnes, grandes ou petites, de troubler cette abbaïe dans la possession de ces deux courts ou terres, à peine d'excommunication et de damnation (a). Ce pape confirma en même tems la court ou terre de Chevigny, au comté de Màcon, que Raoul, de pieuse mémoire, avoit donnée a l'abbaie de Cluny, pour le salut de son ameet de celle d'Hugues ou Hugon, son frère, et |K>ur ses autres parents. Si les abbés ne craignoient pas les entreprises des rois, ils craignoient souvent celles des évèqnes, ce qui les obligeoit à prendre ces confirmations des papes.

Quoique les états des deux royaumes de Bourgogne n'unis depuis 5 ou 6 ans eussent reconnu Conrad pour leur roi, Hugues, roi d'Italie, qui avoit été regardé comme souverain en ces pays, crut qu'il pourrait faite déclarer les grands en sa favonr et qu'il pourrait se faire élire aux lieu et place de Conrad, qui étoit jeune et dont les droits sembloient n'être pas trop bien affermis.

Je crois qu'Hugues fit sa cour à Berthe, veuve de Rodolphe, dans l'espérance qu'elle trabiroit les intérêts de son fils; ainsy il lui. proposa de se marier avec elle et de marier Lothaire, son fils, avec Adélaïde, fille de Berthe. Il sembloit que ce double

(») Crtnd Cartol»irt d« Cluoy. p. i i.

Hfl MÉMOIRES POUR SERVIR

mariage dût porter toutes les inclinations deBertheà mettre Hugues sur le tronc des royaumes de Bourgogne et Provence, soit pour se les conserver à elle-même et aux enfans qu'elle pourroit avoir d'Hugues, soit pour les faire tomber à sa fille et à Lothaire, son gendre.

Mais ou cette rcino ou ses ministres no furent pas de cet avis, et, pour emper her les entreprises d'Hugues, ils demandèrent en faveur de Conrad la protection d'Othon-le- Orand, roi d'Allemagne. Ils envoyèrent même le jeune prince Conrad à OUion, sans que les rois nugues et Lothaire en fussent informez, de peur qu'ils ne l'eussent empêché et qu'ils n'eussent ensuite attenté sur la vie ou sur les états de ce jeune roi. C'est ce que je crois que Flodoard nous a voulu faire entendre dans sa Chronique sous l'an 940, où il ditqu'Othon poursuivit le roi Louis-d'Outrcmer jusqu'en Bourgogms ayant avec lui Conrad, fils du roi du Mont-Jura, qu'il rotenoit depuis qu'on le lui avoit amené, après qu'il eût été enlevé par surprise. Si les rois de France eussent été hauts souverains du royaume de Bourgogne, comme M. de Camps l'a soutenu, nos rois n'auroient pas souffert que les seigneurs de ce royaume eussent mis leur jeune roi sous la protection d'Othon, tandis qu'ils auraient dû recourir a la sienne.

Je crois qu'Othon maria Conrad avec Adelanie, princesse d'Allemagne, et qu'il le renvoya dans ses états. L'époque de son règne, de l'an 940, que l'on voit dans plusieurs de ses chartes, me fait croire que le mariage, le retour et le couronnement de Conrad se firent à la fin de l'an 940. Ce prince pou voit avoir alors environ 20 ans, puisque sa sœur Adélaïde avoit été mariée trois ans auparavant. Je ne donne cet âge, ce mariage et ce couronnement de Conrad que par conjecture, car j'avoue que je n'en ai rien trouvé dans nos chartes ni dans nos auteurs.

Quelques auteurs prétendent qu'Othon avoit été choisi pour tuteur à Conrad, et que c'est en cette qualité qu'il le prit sous sa protection, ce qui pouvoit être vrai ; et il est à croire qu'il le maria, comme nous venons de le dire, alln que la princesse qu'il lui donnoit conservât toujours dans l'esprit de Conrad rattachement qu'il devoit a Othon. Ce qui me fait croire ce mariago de Conrad en ce tems-ci, c'est que nous verrons Burchard, son fils et d'Adelanie, archevêque de Lyon en 978 ou 979, e» qu'il est à croire que Burchard, frère de Conrad et archevêque de Lyon, voyant que son frère avoit d'autres enfans, éleva Burchard, l'un des cadets, à l'état ecclésiastique,, et que Rodolphe, fils de Conrad, qui étoilson aîné, et ses autres enfants étant morts après que Burchard fût engagé aux ordres sacrés, Othon se remaria avec. Mathilde de France pour avoir un héritier de son royaume. Quoiqu'il en soit de ces conjectures Conrad fut reconnu en ces pays dès le tems de la mort de son père, car nous trouvons dans le Cartulaire de Màcon (a) une charte du tems tle Bernon, évêqiie, et du roi Conrad, par laquelle un prêtre qui est aussi appelé Bernon, donne à l'église de Màcon une petite métairie qu'il appelle son curlil, suivant l'usage de ce tems-la, qui s'est encore conservé en plusieurs endroits. Ce curtil étoit situé dans le territoire

A l'histoire de doxbes. Ml

et village de Tornac. Il le donna avec tout ce qu'il as oit dans ce village situé au diocèse de Lyon, se réservant néanmoins les biens qu'il avoit fait reconnoitre dans ses papiers terriers et la jouissance de ce curlil pendant sa vie, et voulut que deux chanoines qu'il nomma en jouissent après sa mort, en payant 2 s. de cens au chapitre. Il est dit que cet acte a été fait du règne du roi Conrad.

Cet acte est de l'an 938 ou du commencement de l'an 939, Bernon ayant cessé d'être évéque de Maçon en la môme année 939, car l'on trouve plusieurs actes de Xaimbot ou Maimbot, son successeur, passez cette année-là. 11 faut que l'acte de ce don eût été passé en Lyonnois, où étoient les fonds donnez, puisqu'il est daté des années de Conrad, qui régnoit à Lyon depuis 937, que Rodolphe 2°, son père, étoit décédé, comme cette charte en justifie.

Le 20 juin 939, 4« année du règne de Louis-d'Outremer, ce roi confirma les biens et les privilèges accordés à l'ahbaie de Cluni tant par ses prédécesseurs que par d'autres rois, ce qu'il lit à la prière d'Hugues, fils de Richard, homme très-illustre et marquis (a). Il y reconnolt qur> c'étoit Guillaume, homme très-magnifique, qui avoit fondé ce monastère et qui l'avoit soumis au pape ( non afin que les papes y dominassent, mais afin qu'ils le protégeassent et le défendissent). Il reconnolt encore qu'il avoit été déclaré exempt de toute domination séculière des rois, des princes et des parents de ce fondateur, qu'il avoit voulu que les abbez y fussent élus librement. Ce roi veut qu'ils possèdent tous leurs biens avec liberté et franchise, soit qu'il les leur eût donnés ou que d'autres personnes eussent fait ces dons. Il ordonne qu'ils ne paieront aucun péage dans les foires, que personne ne puisse rien faire faire ni ordonner à leurs hommes libres ou serfs, sans la volonté de l'abbé. Il veut qu'ils possèdent let dixrnes des biens dont ils ont la propriété pour servir à l'hôpital; qu'ils jiossèdent aussi les églises que les papes ou les évêques leur ont donné avec leurs dixmes; et que les biens, les cours, fermes ou métairies qu'ils avoient acquis par les concessions de ses prédécesseurs ou des autres rois, leur appartiennent incommutablement. Voicy les lieux, dit la charte, où sont ces cours ou fermes: premièrement, dans le pays de Màcon, celles qui sont à Solutré et à Chevigny, et le tiers du droit de pèche du lieu appelé Ossa, avec les mas et les pescheurs qui dé|>endent de ce tiers; secondement, dans le pays de Lyon, Ambericii et Savigniru, qui sont du côté des terres des rois Hugues et Lothaire; dans le même pays de Lyon, Ambierlc, que Bernard avoit acquis de I l'empereur. Enfin il leur confirme tous les autres biens qu'ils ont en divers pays ou vicairies et qui leur ont été donnés en divers teins. Il veut aussi que personne ne puisse donner à cultiver sous un droit de lerrage ou agi ier les forêts ou les terres où l'abhaie aura quelque part, sans le consentement de l'abbé. Il veut que s'ils le font, ils encourent la |ieine d'excommunication portée par les privilèges des papes et les peines portées par la fondation du prince Guillaume.

Dans la Bibliothèque de Cluny, l'on a mis Camberiaau au lieu d'Amberiacus ;

(*] Crwi CtTi de CJudjt, p. S*.-Citl. Cl«»l*.c.,p. ÎOÎ.-BiUioll.. Ubb«, I. », p. $M.

cVst une faute et une erreur ; la paroisse d'Amberieu est très-différente et très-éloignée de la ville de f.luimbéry ; mais comme Chambéry éloit plus connu qu'Ambérieu, les copistes ignorants ont ajoute un C au mot Amberiacus. Celte lettre C n'y doit pas être et n'est pas dans l'original. Nous avons expliqué les mots latins er parte llugonis et Lotarii région, en disant qu'Ambérieu et Savignieu étoient dans les terres d'Hugues et Lothairo, quoiqu'on pût peut-être dire que ces termes ne signifient autre chose, sinon que ces domaines avoient été donnez par les rois Hugues et Lolhairc, comme il pareil par la donation que nous avons rapportée ci-dessus; mais comme Hugues et Lothaire avoient été rois d'Italie, et qu'ils étoient peut-être regardez en France comme tuteurs de Conrad, parce que nugues en avoit épousé la mère, nous croyons que la première explication est la plus naturelle; et elle établit ce que nous avons dit ci-dessus, que les religieux faisoient confirmer à nos rois les terres qu'ils avoient dans les royaumes étrangers, ce qu'ils faisoient peut-être, comme nous l'avons déjà insinué, afin que nos rois pussent être regardez comme garants des dons qu'ils auraient confirmés, et qu'ils les servissent de leur médiation, si on eût voulu les y troubler.

Louis-d'Outremer reconnott dans cette charte qu'il confirme non-seulement les dons que les rois de France ses prédécesseurs avoient faits à l'abbaïc de Cluny, mais encore qu'il confirme les dons que les autres rois y avoient faits. L'on ne peut entendre ces dons faits par d'autres rois que les dons que Hugues et Lothaire, rois étrangers, avoient faits à l'abbaïc de Cluny, et peut-être ceux que Rodolphe, Louis- Boson et les autres rois ou princes y avoient faits auparavant; que si cette charte dit qu'Ambérieu et Savignieu étoient du coté des rois Hugues et Lothaire, en 939, ce n'est pas que ces rois fussent rois de ces pays, mais c'est qu'étant rois d'Italie, on les traitoit de rois pour toutes les terres qu'ils possédoient ou qu'ils avoient autrefois possédées, et qu'ayant épousé la reine Berlhe et sa fille, qui avoient de grands biens dans ces pays, on regarda ces pays comme s'ils avoient appartenu à ces rois.

Louis-d'Outremer confirma encore l'abbaïe d'Ambierle à celle de Cluni, quoique Ambierlc fût dans le royaume de Conrad, parce que les rois confirmoient tous In biens appartenant aux abbaïes de leur royaume, en quelque lieu qu'ils fussent, comme nous l'avons déjà dit.

Louis d'Outremer prend, à ce que je crois, dans cette charte, la qualité d'invincible, ou du moins de prince qui n'a point été vaincu par ses ennemis, parce qu'il dissipa, cette année, la ligue qu'Hugues-lc- Grand et le duc de Normandie avoient faite contre lui, qu'il eut quelqu'avantagc en Alsace sur les Allemands, qu'il se saisit de Laon et en chassa l'évêque, qui vouloil livrer cette ville au comte Herbert. Soit que tous ces faits ou une partie seulement fussent arrivez avant le 20» de juin, le secrétaire qui dressa cet acte ou les moines qui la demandoient y firent insérer cette qualité de non vaincu , qui flattoit ce roi, et qui se trouve dans quelques chartes du roi Raoul, de Conrad et de quelques autres rois.

Ce fut à Laon et non à Lyon, comme l'a prétendu M. de Camps, que Louis-d'Outre-

A L HISTOIRE DE DOaiK S.

mer confirma, le 2 août 939, l'an 4* de son empire, la fondation de Tabbaie de Saint- Pons de Tomièrcs, qu'avoit faite Pons premier, comte de Toulouse, qui étoit aussi appelé Raimon (a), du nom de Rcmond, que son père avoit porté, suivant l'usage observé dans ce lems-là. La charte porte qu'elle est donnée apud Luydunum ; mais il n'y a personne qui ne sache que Laon en Picardie étoit appelé Lugdunum et Laudunum. L'on n'a qu'à lire l'histoire de France, sous Tan 939, pour voir qu'il étoit comme impossible que Louis-d'Outrt mer fût venu à Lyon cette année-là, car il n'y avoit rien à faire, et il n'auroit pas quitté les provinces voisines de Paris, d'Alsace et 4e Laon, où il avoit la guerre à soutenir, pour] venir faire nn voyage inutile à Lyon, qui n'étoil point de son royaume et où il n'avoit aucune raison de venir.

Le R. P. Ménétrier a remarqué plusieurs erreurs de nos auteurs, qui ont confondu Laon avec Lyon et d'autres villes. Iljdit dans la préface de V Histoire de Lyon (b) que Severt a augmenté le nombre de nos archevêques en y mêlant quelques évéques de Laon, qui se dit en lutin LHgdunum Clatatum; et il dit que, dans plusieurs titres anciens, Pardule, évêque de Laon, est appelé simplement tpiseopus Lugdunensis. Il dit encore qu'il faut distinguer quatre villes bien différentes dont le nom est le même en latin : la ville de Lyon, qui se nommoit anciennement Lugudunum ou Lugdunum Segitsianorum, Lugdunum Claratumfqui est Laon en Picardie, Lugdunum Contenarum, qui est Saint-Bertrand de Cominges, Lugdunum Batatorum, qui est Leyden en Hollande. Il dit même qu'il y en a qui ont confondu Léon, en Espagne, et Liège, dans les Pays-Bas, avec Lyon ; à quoi il avertit qu'il faut bien prendre garde. Il fait voir, dans son Histoire de Lyon (c), l'erreur que de Rubis (n) a faite dans la sienne, où il confond aussi Laon avec Lyon, en disant que Lyon fut surpris par Ade- 1 f et qu'il fut repris par le roi Eudes en 892, ce qui n'est vrai que de Laon et non de Lyon.

Apres ces méprises qui avoient été relevées par nos auteurs, M. de Camps devoit examiner plus scrupuleusement les circonstances des voyages de Louis-d'Outremer, et il auroit reconnu très-facilement qu'il ne pouvoit pas être à Lyon au mois de juiu 939, mais qu'il étoit nécessairement à Laon, à cause de la guerre qu'il y soutenoit, et que les chartes appellent Lion purement et simplement Lugdunum, ou que des copistes ignorants ont pu mettre Lugdunum au lieu de Laudunum.

Nous croyons devoir observer ici, après M. Fleury (e), que Lyon étoit alors l'école la plus célèbre de ce pays, et qu'on y étudioit sérieusement les arts libéraux et la philosophie; Une faut pas douter qu'on n'y enseignât aussi la théologie, puisque Saint-Mayeul, depuis abbé de Cluny, y alla étudier sous Antoine, abbé de flsle- Barbe, qui étoit un fameux docteur, et qui le devoit être naturellement en théologie.

U) Crtci., train 4* TIwalMM, p. 01 -9t. (m) Mf nrln* r, pnlur, p. 8.

(e) Ikttlricr, Ui4., p. 3S»-H0.

(•) De Robw, fit!» S, th. M;

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MÉMOIRES POt'R SERVIR

An mois d'avril 939,Bermond, l'un des seigneurs de Dombcs et du Beaujollois, qui possédoit la terre de Boulignieu, fit une convention avec Odon, abbé de Cluny (a), par laquelle cet abbé lui cédoit les revenus de la terre d'Ainbérieu, pendant la vie de Bcrniond et de son fils, à la charge qu'après la mort de Bermond et do Ilugucs , la terre d'Ambérieu et celle de Boulignieu retourneroient à l'abbaïc de Cluny, et que les seigneurs payeraient 6 s. de cens annuel à cette abbaïe. Ces sortes de conventions enrichissaient fort les abbaïes ; niais je ne sais si celle-ci enrichit celle de Cluny, car cette abbaïe n'a rien aujourd'hui dans la seigneurie ni dans les dixmcs de Boulignieu.

Louis-d'Oulremer, qui avoi| pris le titre de toujours victorieux, dans la charte de 939, ne put pas le prendre deux ans après, car il perdit une bataille contre plusieurs de ses sujets qui s'ètoient révoltés ; et ne se croyant pas en seureté dans son royaume, il se retira dans celui de Bourgogne (b) et vint à Vienne, qui étoit possédée par le prince Charles-Constantin, son proche parent, descendant, comme ce roi, d'une princesse d'Angleterre. Le prince Charles l'y reçut comme un parent le devoit faire. Louis-d'Outremcr écrivit de là au pape [c] pour le prier d'écrire aux seigneurs de son royaume qui s'étoicnl révoltez, afin qu'ils se soumissent à lui, sous peine d'excommunication. Le roi écrivit aussi aux seigneurs d'Aquitaine, aliu qu'ils lui envoyassent du secours contre les seigneurs de N'eustric, qui s'ètoient révoltez.

Les seigneurs d'Aquitaine vinrent au roi et lui promirent le secours de leurs troupes, ce qui, joint aux menaces du pape d'excommunier les rebelles, les lit rentrer pour quelque teins dans leur devoir.

Plusieurs auteurs ont prétendu que la réception d'amitié et d'honneur que Charles- Couslantin fit alors à Louis-d'Outremcr, étoit une preuve que ce comte reconnoissoit la souveraineté de la France, comme si la réception que feu Sa Majesté Louis XIV lit au roi Jacques d'Angleterre pouvoit prouver que les rois d'Angleterre ont la haute souveraineté sur le royaume de France, ou comme -si nos roisavoient la souveraineté dans tous les pays où ils vont ou dans lesquels leurs troupe* sont reçues pour défendre leurs alliez.

M. de Camps prétend que cette réception fut un hommage que Charles-Constantin fit au roi de la ville et comté de Vienne, ce qui fait voir, dit-il, que Vienne étoit un fief jurable et rendante de la couronne de France, et non une terre de l'empire ; mais l'on ne peut jamais trouver dans ce que Flodoard a écrit le moindre terme qui puisse approcher de la signification d'un lief ; et comment un roi chassé par ses sujels auroil-il pu faire si facilement la conquête d'une aussi grande ville et d'un aussi grand diocèse que celui de Vienne; et comment, deux ans après celte réception, Charles- Constantin auroil-il subi le jugement de Conrad dans la contestation dont nous allons parler, si Conrad n'eût pis été son seul et légitime souverain T Louis-d'Oulremer n'alla donc chez Charles-Constantin que comme chez un proche parent, qui

(t) Cari. Claajr. A, fol. S9, caria 7. (T. pittes juilificatiïes, p. I.) (a) lïodoard, aJw.il. 911.

(c; Mewwjr, p. SÏ7.

A L'niSTOIIlE DE DOHBES. 445

aroit eu l'obligation aux François de la comté de Vienne, qui devoit appuyer ses intérêts et qui pouvoil porter le roi Conrad] à les soutenir.

Hugues, comte par la grâce de Dieu, qui pouvoit être comte et sire de Baugé, donna, le 21 avril 942, 6« du règne de Louis-d'Outremer, une esclave nommée Hcrmcngardc, avec ses entons, qui étoit de sa terre et seigneurie de Romans, dans le LyonnoLs, à Odon, abbé de Cluny (a). Cette abbaicavoit déjà des biens à Romans eu Bresse, dont la paroisse est en grande partie de cette souveraineté.

Cette ■charte est datée du règne de Louis-d'Outremer, parce qu'elle fut apparemment faite à Cluny, où le comte Hugues pouvoit-étre allé faire ses dévotions. Léotal , comte de Maçon, signa cette charte avec Teutfrcf, Giboin, Anselme et Robert, dont les noms sont avant le sien; Reignier etlngelrand signèrent après lui. La présence du comte de Maçon fait voir quo la charte se fit en Màconnou, et qu'ainsy elle devoit être datée des années du roi.de France.

La même année 942, qui n'est marquée que par l'an 5« du règne de Conrad, Albéric, comte de Mâcon, qui étoit déjà âgé, prit en fief (») ou bénéfice de l'église ou monastère Saint-Maurice ou d'Agaune, tant pour lui que pour Leutald et Humberl, ses enfans, du consentement du roi Conrad, plusieurs fonds de cette abbaic situez en Franche-Comté, dont il devint par là le vassal. Culte abbaïe ne donna apparemment ces seigneuries aux comtes de Maçon, que pour obliger ces comtes à la défendre et à la protéger contre ses ennemis, Suivant l'usage de ce tems-ci. Ainsy il faut que ces comtes eussent déjà des terres dans le comté, sans cela ce monastère se scroit regardé comme trop éloigné du Maconnois pour choisir ces seigneurs pour ses vassaux et ses défenseurs. Je crois que le comte Albéric mourut la même année ; et c'est peut-être ce qui porta Léotald, son fils, à faire la donation dont nous allons parler.

Nous avons vu ci-devant qu'Albéric, comte de Maçon, avoit prié Bernon, qui en étoit évéque, d'échanger quelques terres avec lui et avec Léotald, son fils; que cet échange se fit en 924 ou 926, et qu'Aibéric et son fils avoient donné à l'église de ilàcon cinq fermes ou domaines située à Montgoin, village de la souveraineté de Combes.

11 faut que cet échange eût été consenti et résolu par les parties, car le mercredi 24 septembre de la même année 942, sixième du règne de Louis-d'Outremer et non du roi Lolhaire, comme le sieur Guichenon l'a fait im]>rimer dans sa Bibliothtqur. Sébusitnne (c), le comte Léotald et sa femme donnèrent [n] à la même église les cinq mêmes fermes, pour l'amour de Dieu, et afin qu'il déli\ràt les âmes d" Al lit rie, *on père, d'Ectolane, sa mère, la sienne et celle de sa femme, comme aussi celle d'Hermengrade, sa première femme, des peines de l'enfer. Ce comte ne se réserve

(a) Cari. Clonj, A, M. 70, earU (SI. (V. piton jt»lifl<iti*ta, p. S.). (•) Bikl. Sebot , ont. I, cap. SI, p. 4». (c) Oat. S, c»p. I.

(a) LU.. lacal., loi l«« (V. M. •.,,„,, p MI.)

4*6 HÉJfOIRES POltt SERVIR

que la forest de Montgoin, encore en donnc-t-il à l'église une certaine quantité qu il appelle une ubicade, terme dont j'ignore la signiQcation, et il vent que le revenu de ces cinq petites fermes ou coloniques soit employé à la nourriture dis chaueines de Mâcon, qu'il appelle frères, et il défend à cette église de donner ces domaines en fief ou bénéfice à qui que ce soit, à peine d'encourir la colère du Seigneur, voulant que •es héritiers puissent reprendre ces cinq domaines si cotte église conh evenoit en cela à sa volonté.

La clause que ce comte met à sa donation, que l'église de Mucon ne pourroit point aliéner ces cinq fermes ou coloniques, soit en les dounant en fief ou bénéfice, étoit assez ordinaire en ce siècle; outre plusieurs exemples que nous en trouverons, il y a bien des testateurs qui la mettent encore à présent dans leurs donations. Le Cartulairc de Savigny (\) nous apprend qu'un nommé Adelon, donnant des fonds à cotte abbaïo, stipula que si elle venoit à les donner en bénéfice ou en preslairo à quelqu'un-, et qu'on les séparât de la table des religieux, il \ouloit que c«^s biens retournassent à ses parents quels qu'ils fussent, qui resteroienl au monde, voulant que s.ss parents pussent les évincer en ce cas, après avoir néanmoins averti par trois fois les religieux de révoquer ces aliénations, et qu'ils eussent négligé de le faire.

Mais, pour revenir à notre charte de Montgoin, l'on y trouve le mémo nombre des cinq coloniques et des cinq esclaves ou colons qui les cultivoient, nue dans celle de 928 ; ainsy l'on ne peut douter que le comte de Maçon ne donne les mêmes choses qu'il avoit échangées, el qu ainsy l'échange n'eût été déclaré nul, ou à la requête de Maimbod, nouvel évéque, ou il celle de Leutald, devenu majeur. Leutald atiroit pu croire 6(re lézé dans cet échange .; peut-être aussi qu; Maimbod crut qu'il lui étoit désavantageux, son auteur ayant donné une paroisse et d'autres bions pour cinq petits domaines ; peu Wtre enfin que Leutald, croyant d'a\ oir trop gagné avec l'église par la jouissance qu'il avoit eue des biens de l'église, et croyant ces hions consacrez au Seigneur par la possession que l'église en avoit eue, il voulut les donner à cette église qui en a joui jusqu'à ces tems-ci, OMlro que la mort de son père pat y donner lieu, comme nous l'avons dit.

Il semble extraordinaire que ce seigneur dise qu'il fait ce don afin que le Seigneur délivre son père des peines de l'enfer, car l'Église a toujours cru que l 's peines en sont éternelles ; mais je crois que l'on n'avnit pus encore trouvé le ta me de purgatoire, qui paraît nouveau, puisque, dans l'Offertoire de lu messe des morts, on prie le Seigneur de délivrer les âmes de tous les fidèles trépassez d?s peines de l'enfer et de ee lac profond el affreux où elles sont détenues. Le ternie d enfer ne signifie même souvent que le tombeau. Ainsy, quoique cette charte parle de l'enfer, il ne la faut entendre que du purgatoire. Elle est signée de Léotald et de Dcrthc, sa femme, d'Albéric, leur fils, qui y consentit, d'Evrard, de Uatier, de Xardoin, Théodulphe,

(a) P«L 1», «ru II. (V. Cru jMii ftY Bcnwn!, p. 'jP, ch. M.]

A L'ULSTOTRE DE DOJTCF.S.

Aalgairc, Mgilbcrt, Arnaud, Raynaud, Drogon, Aimon, Magnegald, et elle fut écrite par Berard.

L'on trouve plusieurs chartes de l'an 6« du règne de Conrad, et plusieurs de ce* ciiartes marquent qu'elles sont de l'an 943 , ce qui fait voir que ce roi avoit étë reconnu dans le Lyonnois des l'année de la mort de son père. L'une de ces charte? (a) nous apprend qu'au moi.* de mars de l'an 6« de sonfrègne, un seigneur appelé Agrime ou Agrine et sa femme Eldegarde, craignant le jugement à venir et la ruine du siècle prêtent, donnèrent, pour la rémission de leurs péchez, de ceux de leurs ancestres et de leurs enfans, et pour Mr Agrime, leur oncle, qui avoit été évéque, a l'abbaïe de Cluni, où Ayraard étoit abbé, l'église dédiée à la Sainlo-Vicrgc avec tout son presbytère et sa paroisse ou dixmes qui lui appartenoienl de droit, avec les terres, vignes, prés, les esclaves et ses autres appartenances. Cette église étoit située dans le comté de Lyon, au villag» ou territoire de Farins , c'est-à-dire dans cette souveraineté. Agrime et Eldegarde, sa femme, signèrent cette charte avec Arcinde, leur fille, tïrimard, Fredolon, Ancherique, Agrime, Xivard , Amalgand, Léotald, comte, Uayeui, vicomte, Boson, Aimon, Tedon, Constable, et Madelbert. Clément, diacre ou lévite, écrivit cette charte.

L'abbaïe de Cluni i^ossèdo encore aujourd'hui les dixmes de celte paroisse de Farins, avec une rente noble qui est assez considérable. Agrin ou Agrim, évéque, dont parle celle charte, étoit évéque de Langi es, el il y a apparence qu'il étoit né de cetli! paroisse et que sa famille p<»sédoit la seigneurie de FkVhères, qui a toujours été possédée par les Palatins de Dion dans les [dus anciens tems, famille illustre dont ces Agrin auroient pu être les chefs. Aurélien, archevêque de Lyon, avoit sacré cet Argrim, évesque, environ l'an 888 [b), nonobstant que le chapitra de Langrcs eût élu un nommé Thibaud pour être évéque. Il semble, par n qu'en rapporte le R. P. Chifflet, que cet archevêque de Lyon prétendit avoir la libre nomination des évêques ses suffragants. Argriru eut beaucoup de difficultés à être reconnu'pour évéque; mais Thilkiud étant mort, l'église de Langrcs le reconnut pour son légitime évéque et il la gouverna plusieurs années. L'on prétend même que dans le tems qu'Argrim contestoit l'évfché de Langrcs avec Thibaud, l'archevêché de Ljon étant venu à vaquer, Àr^rim fut pourvu de l'archevêché de Lyon par le |«pe Formose, mais qu'il en fut déposé par le même pape, parce qu'il avoit fait les fondions d'archevêque en sacrant l'évêque d'Autun avant qu'il eut reçu le pallîum. Cette prompte déposition a été apparamment cause qu'on ne met point cet Argrim para? nos archevêques de Lyon.

Dans la même année, Leutald, comte de Miiron, et Herthe, sa femme, donnèrent (c) au même abbé AimanI, un alleu qui leur appartenoif, sis au comté de Lyon, au territoire do Peisieu, dans le village de Monceau, av ec l'église dédiée à la Vierge et à

(») Cart. Ctary, A, M. 117, »rtt 110. (V. Pièce» jotlifle«li«e«, p. *,rh. ».) (■) Hiit. de l'Abbaye <U Tourna», p. ci.

(«j Cri. Omj, A, fol. Al-, «ri. 1 1, el »prei lr fol. 189, „rt. IV. (Y. Pièce» jatlilnlitai, p. I, eh. ».)

saint Andéol, avec les vipes, prés, esclaves, terres et moulins dépendant de cette église. Le roi Conrad ordonna qu'on donneroit ses lettres-patentes pour confirmer ce don. Il faut que la paroisse de Monceau dépendit en ce tems-là de celle de Pcisieu, suivant les termes de cette charte, qui a été mise et copiée une seconde fois sous Saint- Mayeul, quoique avec la même date. Celle dernière nomme les témoins de ce don, flui furent Léger, Onlagicr, Raticr, Lambert, Hugues.'Adalgairc, Noidoin, Otulard, Albéric, Leutard ; Aldebrand l'écrivit.

L'abbaïc de Cluny a encore & présent une rente considérable dans la paroisse de Monceau, en cette souveraineté, qui vient, à ce que je crois, de cet alcu que le comte de Maçon leur donna et que les religieux ont donné à bail à cens a divers particuliers. Cette charte, mise sous Mayeul, nous fait voir que l'on ne gardoit pas toujours l'ordre des abbez dans la copie de ces chartes et qu'on les mettoit souvent avant ou après l'abbé sous lequel elles avoient été faites, ce qui venoil, comme nous l'avons dit, de ce que les religieux, ayant besoin de ces chartes, les tiroient de la layette des titres d'un abbé et les mettoient ensuite par mégardedans celle d'un autre. L'on voit aussi quelque différence dans ces Chartes, ce qui fait voir que ceux qui les composoient ou qui les transcrivoient dans la suite n'y gantaient pas toujours avec la même exactitude la conformité avec l'original. Nous en avons vu plusieurs exemples dans les Cartukures que nous avons lus.

Le 23 avril 943, sixième année du règne de Conrad, ce roi, a la prière d'Hugues, comte, son parent, donna (a), pour l'amour de Dieu, à l'abbaïc de Cluny, un village appelé BouUgnifu, avec son église, situé au pays de Lyon, avec les villages, terres, vignes, prés, bois, pâturages, eaux et cours d'eaux, esclaves de l'un et de l'autre sexes, et toutes ses appartenances, voulant que Cluny y eût toute jurisdiction. Il signa cette charte, où il prend ta simple qualité d'Altesse et de lils de Rodolphe.

Guichcnon croit que le comte Ilugues, à ta prière duquel cette charte fut donnée, étoit Hugues, comte de Baugé et Bresse; mais Ton ne voit pas que ces comtes aient été de ta famille des rois de Bourgogne et leurs consanguins, ta généalogie que Guichenon nous en a donnée détruisant même celte consanguinité. Nous ne savons de quel comte Hugues cette charte peut parler, mais oc ne peut être de celui de Baugé.

Nous avons vu ci-devant que Bcrmond et son fils Hugues avoient donné Boulignieu & l'abbaïe de Cluny, pour en jouir après leur mort, moyennant ta jouissance d'Ambé* rieu, que l'abbé de Cluny leur avoit accordé. Il sembleroit donc que c'est cet Hugues, fils deBermond, qui eût 8û faire confirmer ce don à Conrad ; et si cela étoit et que cet Hugues fût le comte de Baugé, Guichcnon et Fustailler auraient appelé mal à propos ta père d'Hugues Fromond, puisqu'il se scroit appelé Bcrmond ; mais comme Bcrmond ni Hugues n'ont point pris le titre de comte, ce pouvoit être quelqu'autre comte du nom d'Hugues que celui de Baugé et un autre qu'Hugues, fils de Bermond.

(â) Cnnd Cari, de Ciooy, p. »7, an pelil M- «J. — Bibl. Sibo 'm , ccal. », ctp. SI, p î«».

A 1,'niSTOIRK DE DOMBES.

La charte sur la contestation que Adémard, vicomte de Lyon, fil à l'albaïe de Cluny sur Thoissay, détruit ce que j'avois conjecturé, que ce comte Hugues fût Hugues, fils de Bermond.

Le même jour, 23 avril de l'an 943, 6« de Conrad, ce roi, qui prend le titre de Sérénissime, donna (a) u la même abbaïe de Cluny, à la requête du même comte Hugues, son parent consanguin, le village de Thoissey, sis au pays de Lyon, et tout ce qui en dépendoit, comme terres, vignes, prés, bois, eaux, cours d'eaux, droits de pêche, avec ses esclaves, afin que les religieux de cette abbaïe priassent Dieu pour le roi Rodolphe, son pére. Ce roi dit que le comte Hugues avoit rendu cette terre à Sa Grandeur, car il ne prenoit pas le titre de Majesté, et qu'il accorde sou précepte ou commandement royal, c'est-à-dire ses lettres-patentes, à cette abbaïe, pour jouir de Thoissey en propriété. Il signa ce précepte ou lettres-patentes de sa main et les lit sceller de son sceau. Henry les visa ou reconnut, comme parle le litre, pour l'évêque Aimon. Aiusy cet évéque étoit chancelier de Conrad dez 913, car les deux chartes que nous venons de rapporter sont datées de l'année 9 13 et de l'an 6* du règne de Conrad, qui régnoildès lors dans le I.yonnois, comme ces chartes en justifient.

Le don que ce comte Hugues avoit fait faire à Conrad, de Thoissey, fut contesté à l'abbaïe de Cluny par Adémard, vicomte de Lyon, qui prétendoit que cette ville, alors village, dépendoit de sa vicomte. Cette contestation obligea les religieux de Cluny de s'aller plaindre de ce trouble au très-glorieux marquis Hugues. Ils représentèrent à ee prince qu'on leur contestoit cette seigneurie qu'ils avoient obtenue du roi, par son conseil et son consentement, aussi bien que par ses prières, ce qui étoit contraire à l'autorité du roi. Ilsajoutoientqu'Adémard vouloit employer pour son usage les biens ■ju'on leur avoit donnés. Adémard, ayant ouï la lecture des lettres-patentes du roi, voyant que le marquis Hugues, son seigneur, favorisoit les religieux de Cluni, et sachant, dit l'acte, qu'il n'avoit pas des raisons assez fortes pour se défendre, il déclara qu'il se déparloit de ses prétentions et qu'il les cédoit à l'abbaïe. L'on dressa la charte ou notice de son consentement, alln que les successeurs d'Adémard ni les comtes de Lyon ne troublassent plus l'abbaïe de Cluny dans la possession du don qu'on lui avoit fait. L'acte en fut fait en présence des vassaux du comte ou marquis Hugues et de ceux du vicomte, qui signèrent la charte de celte manière: Hugues, comte et marquis, Adémard, vicomte, Léotal, comte, Charles, comte, Guillaume, comte, Otgier, Humbert, Girard, Artaud, Sobon, Hugues, fils de Itermond, un autre Girard, Guy, Aicard, Berard, Hier. Cette charte fut écrite par Aimon, soux-diaerc, le 28 mars de la 3» année du règne de Conrad, c'est-à-dire une année après sou don.

Cette charte nomme presque tous les grands seigneurs de ce pays. Hugues, comte et marquis, étoit peut-élre le comte de Bauge; il [n'y a que sa consanguinité avec Conrad qui nous empêche de le croire, comme nous l'avons déjà dit ; Léotal étoit le comte de Màcon ; Charles étoit apparamment Charles-Constantin, comte de Vienne ;

M Cr«aCarl.,p SS.earl.A, c.rt. US. — Bibl. Clan.«., |i. Î67.

120 MÉMOIRES roi n SEtlVIK

Guillaume «'•toit apparamment le comte de Lyon, intéressé dans cette charte; je n'ai point encore scu quel pouvoit être Ogier; Humbert auroit pu ôtre notre Humbert de Beaujcu ; Girard, Artaud et Sobon étoient, au sentiment de plusieurs auteurs, les trois (Ils de Guillaume, comte de Lyon; nous avons tu qu'Hugues, fils de Bermond, étoit seigneur de Boulignieu; pour les autres seigneurs, j'avoue que je ne puis savoir leurs seigneuries ni leurs familles.

Quoique l'abbé de Cluny eut obtenu Thoissey du roi Conrad, il ne laissa pas de s'adresser à Louis-d'Outremer, roi de France (a), pour se le faire encore donner. Il y employa le crédit des plus illustres] princes de France, qui étoient Hugues, duc des François, un autre Hugues, duc des Bourguignons, et Léotal, comte. Ils s'adressèrent à la Sérénité Boyalc de Louis-d'Outremer pour faire donner à cet abbé une petite ferme ou village dépendant du vicomlé de Lyon, siso au pays de Lyon, sur la rivière de Saône, avec ses dépendances, champs, terres, vignes, prés, bois, eaux, grands cours d'eaux, petits ruisseaux, viviers, étangs (I ), fossez, le port aveeson allée et son retour, les pâturages, les pêcheurs et droits de pêche, les esclaves et colons, leurs enfant et toute leur parenté masculine, tout ce qui lui appartenoit et qu'il posaédoit, et ce qu'il devoit posséder, il le donna à cette abbaîe, pour le maintien de son état et de ses princes, et pour le salut de tous les fidèles. Il permit aux abbez de Cluny d'en faire tout ce qu'ils voudroient. Ce roi fit sceller de son sceau, qu'il appelle son anneau, la charte de c« don. Borigius, suivant le Cartulaire, ou Rogcrius, suivant la Bibliothèque de Cluny, visa ce don pour Achard. Cette charte fut donnée à Chevreuse, le 4 " juillet, l'an H e depuis que Louifrd'Outremer avoit recouvré le royaume de France, c'est-à-dire en 947.

Nous mettons cette charte à la suite des deux précédentes, quoiqu'elle leur soit postérieure de trois ou i ans, parce qu'elle regarde la même ville. Je ne sais si les rois do France conservoient encore quelques droits sur le Lyonnois, puisqu'on s'adressoit à eux pour avoir leurs lettres-patentes pour une terre située dans lo

vicomté de Lyon. Ces, lettres ne disent point que cette petite ferme que le roi donnoit fut Thoissey; mais les religieux l'ayant intitulée Caria de Thostiaco, ils ont prétendu qu'elle regardoit celle seigneurie. Je ne sais si quelque seigneur auroit conservé partie de cette seigneurie au nom des rois de France, parce qu'elle étoit voisine de

, qui leur obéissoit; c'est ce qui fait que l'on voit que Leulbal, comte de Maçon, prie le roi de France de faire ce don. Je ne sais aussi si ce petit domaine de Thoissey n'auroit point été à Dracé, vis-à-vis de Thoissey, où le port de cette ville a été longteras, et où les seigneurs de Thoissey ont un droit de coupes tierces, à cause de ce port. Quelque droit que les rois de France prétendissent sur Thoissey, l'on voit par

▼rai roi

(4) Grand Cart. de ClMy, p. 5«.— BibL Cloaiaae., p.S7«. (I) llo'celpaeqaettivn <r*tangi dtot «IU charte. V. aoi la Dont*» el rerigi«e de m tta»|», p. U.

Euei sur lt* Cantes de la ddpapiiletioa de

A l'histoire de doïbes. -421

et reconnu à Thoisscy; que les religieux de Cluni plaidèrent pour Thoissey pardevant les comtes du royaume de Conrad, et que leur jugement fut daté deson règne; mais commo les rois de France conservoient quelques prétentions sur le Lyonnois, oa s'adressa aussi à eux, afin d'être maintenu par l'autorité des rois de France et de Bourgogne dans cette terre que l'on contestoit peut-être encore à cette abbaïe; car l'auteur de la Chronique de Centule ou Saint-Riquier (a), en Picardie, nous apprend que les abbés de Saint-Riquier ne s'adressoient aux rois pour obtenir la confirmation des biens de leurs monastères, que lorsqu'ils étoient troublez dans leur possession; et que pour les biens qu'ils possédoient d'ancienneté et dans lesquels on ne leur faisoit aucun trouble, ils n'en demandoient point de continuation, ne croyant pas d'en avoir besoin lorsqu'ils possédoient leurs biens paisiblement.

Le 21 mai de l'an 943 et le 6* du règne de Conrad (bï, quoique le Cartulaire dise que c'étoit le 9e, le copiste ayant erré en celte date qu'il a mal copiée, ce roi, à la prière du comte Charles, son consanguin, donna à Frmcntée, l'un do ses chapelains ou curez, la chapelle de Saint-Gcnis et la terre joignant cette église, qui dépendoitdu comté de Vienne, que le comte Charles avoit rendue à ce roi afin qu'il la donnât à cet ecclésiastique. I.o roi excepta de ce don le droit qu'un nommé Uo-on prétendoit avoir sur ces fonds, lesquels il permit & Ermentée de vendre et d'échanger. Henry, chancelier, visa cette charte pour l'évéque Aimond.

Le 27 juin de la même année, G» du règne de Conrad, ce roi décida un différent qu'il y avoit entre le même Charles, comte, son consanguin, et l'abbaïe de Cluni. Guichcnon croit avec assez de fondement que ce Charles étoit Charles-Constantin, comte de Vienne, fils de l'empereur Louis, que Conrad traitte de son parent consanguin, quoique, suivant les titrer que nous avons, il no lui fût parent que par les femmes. Le comte Charlrs prétendit la propriété de certains biens qu'un nommé Ingelberl avoit donnés à l'abbaïe de Cluni ; mais après avoir oui les raisons d'ingelbert et vu ses titres, le comte Charles reconnut qu'il ne possédoit pas ces biens avec justice ; ainsy il s'en désista et confirma le don qu'lngelbert en avoit fait à l'abbaïe de Cluni, ce que le roi Conrad autorisa par sa charte. Ce jugement fut donné dans le diocèse de Vienne; Aimon, évêque, y fut présent, et y est nommé le" premier; Guy, archevêque de Lyon, Sobon, archevêque de Vienne, Berau, évêque, Hugues, comté, Mars ou Martius, Odoiïc, comto du Palais, Gimion, fils de Louis, Anselme, Odolric, comte, frère d'Anselme, Odon, comte, Leulol, comte, Humbcrt d'Atlon, grands et petits vassaux du Conrad, y furent aussi présents. Henry, notaire, écrivit ce jugement.

Aimon, qui étoit l'évéque de Valence, est nommé le premier dans cette charte, ou parce qu'il étoit plus ancien évêque que Guy et Sobon, ou parce qu'il étoit archichancclier de Conrad, comme les chartes que nous avons rapportées ci-devant en justifient, car l'on y. voit qu'Henry, chancelier ou notaire, vise les chartes pour Aimon.

(4) Libr. S, ctp. », ta Spieil., Un, 1, p. M».

(.) C«rt. ClMT, p- B*,— Peyi C*rU, M. 7».

Je ne sais si Guy, archevêque de Lyon, est nommé avant Sobon , archevêque de

Vienne, à cause de son ancienneté dans l'épiscopat, ou à cause que Sobon voulut lui laisser l'honneur de la préséance dans son diocèse, ou enfln parce que l'évêché de Lyon avoit la prééminence sur tous les évéchez de France a cause de sa primatie que l'on a prétendu remonter aux premiers siècles de l'Église, mais qui ne vient proprement que de la concession qui en fut faite à l'archevêque Gebuin, en 1 078.

Ce jugement de Conrad prouve qu'il gouvemoit ces pays par lui-même et qu'il étoit reconnu pour souverain dans Lyon, Guy, archevêque de cette ville, étant nommé dans cette charte comme son féal et son vassal dez l'an 943, 6* de son règne, et longtems avant son mariage avec la reine Mathilde de France.

Une dame appelée Gisle et son fils Hugues donnèrent (a) à l'abbaïe de Clunt, l'an 5« du règne de Conrad, l'église Saint-Martin de Montagnieu, situé dans le comté de Lyon, avec sa paroisse, ses dûmes, son presbytère et ses dépendances, pour en faire tout ce que l'abbé et les religieux voudraient. Ils firent ce don pour le repos de lame de Bcrmon, seigneur, ou mari de coll.: dame et père d'Hugues. Ce don fut fait à Lyon. Cisle, Hugues, son fils, Guichard (pcul-êlrc l'un des seigneurs de la maison de Bcaujeu, seigneur supérieur de Gisle et de son fils;., Gislamard, Rodolphe, Gcmmo, Achard, Villene (peut-être Guillaume], et Francon.lfurent présents et signèrent cette charte qui établit la même vérité de la souveraineté de Conrad dans Lyon avant son mariage avec la reine Mathilde. Ces Bcrmon et Hugues éloient seigneurs de Boulignicu, dont nous avons déjà vu plusieurs dons, et ils l'étoient encore de cette paroisse de Montagnieu (I), qui est delà souveraineté^ Dombes.daiis la châtellenie de Saint- Trivier.

L'an 9" du règne de Conrad, très-sérénissime roi, GirfroiJ, archevêque de Besançon, donna (b) à Aimin, abbé de Tournus, et aux serviteurs de Dieu de cette abbaïe, qui étoient occupez à travailler à la terre, quelques fonds rsis au diocèse de Chalon. La charte dit que l'an 8« de Conrad est l'an 9i5 de Jésus-Christ, indiclion 3* ; ainsy elle compte son règne de 937.

La môme année 8e de Conrad, les aumôniers de Guy, archevêque do Lyon, donnèrent à Aimard, abbé de Cluni, une vigne sur le bourg de Lyon appelé de Serain, près de la Saône (c). Ce don fut fait au mois de mars, ce qui pourrait être au mois de mars 916, suivant que nous le comptons à présent; et peut-être cet archevêque étoilil décidé la même année, quoiqu'il y ait des chartes où des aumôniers ont fait de pareils dons pendant la vie de ceux dout ils éloient aumôniers.

Un nommé Sicher se donna lui-même et sa tête, c'est-à-dire son corps dont la téta

Uï Cirt. 4» Cloay A, fol. M», caria M. (V. Pîècej jo.tMcatiTtt, p. 5, ch. o* «.) (•) CJiirflet, prtUT», Tour nu,, p. Ml. (c) Crt. Clunr, A, folio 101, caria 80.

(I) OU. ptroi,»., aojour J'oal .uppriacc, 4tf*ai U la «mmone II Safal-Trl»i*r-t«r lloigi.«

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a l'histoire de dokbes.

est le chef et la principale partie, à .\imard, abbé de Cluni (a), parce qu'il avoit tué un esclave du cette abbaïe, en sorte, dit-il, qu'il n'auroil plus le pouvoir d'aller et do venir ni de rien faire, que par l'avis et conseil de cet abbé ou de ses religieux. Cette charte est aussi de l'an 8* du roi Conrad. Ainsy 'ce Sicher devoit être du diocèse de Lyon, et la charte y fut appanimment faite. L'on voit par cet exemple que celui qui en tuoit un autre étoit obligé d'en payer la valeur, suivant les anciennes loix, ou de se rendre lui-métne homme ou esclave de celui qui étoit le seigneur ou le maître de celui qui avoit été tué.

En 947, Hugues, roi d'Italie, revint dans ses terres de Provence, au comte d'Arles, ou il mourut bientôt après (b). Son fils Lothaire, qui resta en Italie, lui succéda, mais il ne régna pas longtemps seul, car il fut empoisonné et mourut en 950, trois •ns après son père. Bérenger lui succéda au royaume d'Italie. M. de Maupertuis (r.) rapporte une charte par laquelle ces rois donnent, en 945, ce qu'ils aroient dans la basse côte do Vienneappeléc Cassanette, à Sobon, archevêque de Vienne. Ilremarque que Lothaire étoit roi d'Italie et qu'Hugues étoit Hugues nommé le Grand, le Blanc et l'Abbé, duc de Bourgogne, en quoi il a erréjmanifestemcnt, car cet Hugues, qui est nommé avant Lothaire et qui se qualifie roi, étoit Hugues, roi d'Italie, comme son fils, et non Hugues-le-Grand, qui n'a jamais pu se dire roi et qui n'avoit pas des biens en commun avec Lothaire, roi d'Italie, ni des biens au comté de Vienne, comme le roi Hugues en avoit.

Le roi Louis-d'Outrcmer, a la prière d'Hugues, duc des François (ni, d'un autre Hugues, duc do Bourgogne, et du comte Léotald, donna à l'abbaïe de Cluni l'église de Saint-Jean, dans le fauxbourg de Màcon, le village d'Aisncs, la grande Ose avec son bois, le village de Senosan (qui est appelé Scnosan des Francs ou des François dans une autre charte), et le i»rt étant au-dessus d'Osa, excepté le troisième coup de filet qu'il dit appartenir à l'église Saint-Vincent. Cette charte fut donnée à Chevreuse, l'an 1 1» de Louis-d Outremer, après qu'il eut recouvré la France, c'est-à-dire en 947 ou 948. Aisncs est en Bresse, et je crois que la grande Ose y étoit aussi. Nous avons dit ci-devant, en parlant de Thoissey, les raisons qui portoient les abbés de Cluni à prendre des dons des rois de France pour des terres qui étoient en Lyonnois; ainsy nous ne les répéterons pas ici.

Les abbez de Cluni ne se croyant pas assez en sûreté pour leurs biens avec tous les ■ diplômes des rois de France et de Bourgogne que nous avons rapportez ci-devant, en demandèrent encore la confirmation au souverain pontife (e). Ainsy, en 948, il s'adressèrent au pape Agupit, qui leur confirma tous leurs biens, et spécialement Thoissey et la paroisse Saint-Didier, Ambérieu et Savignieu en cette souveraineté. Les rois

U) C»rt. Ciaay A, folia ( SS, earU Ml, (a) Cacao. Slgabart.— Fladaard, ad aaa. tSt. (c) Biii 4a réilitada VUaoa, Ut al i»rr. |a) Cr.nJ CarWL da Clanr, p. II.

(aj Btt.1 - y '

121 MKMOIKES POUR SERVIR

cmplovoient les forces temporelles pour maintenir ces religieux dans les biens qui leur avoient été donnez, et les papes les spirituelles; et tous ces secours n'étoient ïouvent pas suffisants pour les faire jouir tranquillement de ces biens, les enfans et les autres parents des donateurs ou des vendeurs prétendant pouvoir revenir des dons ou ventes de leurs pères et mères; c'est ce qui engageoil les abbés a faire intervenir les enfans des vendeurs et même les enfans des princes et des rois qui leur donnoient quelques biens. Les évèques prétendoient, d'ailleurs, avoir la libre disposition des biens des églises de leurs diocèses. Ainsy les moines demandoient ces confirmations aux papes pour empêcher les évéques de les leur ôter et de les donner à d'autres églises.

Je ne sais si l'abbaïe de Cluni n'ai oit pas joui de la terre de Romans, en Bresse, que nous avons vu que la comtesse Ingelberge, femme du duc et comte Guillaume, lui avoit donnée par ses aumôniers, ou si un comte appelé Hugues eût contesté ce don, car, l'an 1 2* du regnede Conrad, qui est l'an 9i9 [«), cet Hugues, qui se qualifie comte par la,grùce de Dieu, donna (a) à l'abbaïe de Cluni la môme église de Saint- Martin de Romans, située au pays de Lyon. Ce comte Hugues signa ce don avec Léolald, comte de Maçon, Bouvan, Henry, Agulfe, Lagicr, Robert, Josbertet Vichcran, et Conrad ordonna qu'on dressât ses leUres-patenles confirmatives de ce don;

Maycul, abbé de Cluni, ayant prié Léotald, comte de Màcon, et Richilde, sa femme, de quitter aux habitons de Chevigny les cens et servis qu'ils lui dévoient pour la forêt de Ccnves, ils les leur quittèrent par charte de l'an 3* du règne de Louisd'Outremer, qui est l'an 949 (■). Léotald et Richilde, sa femme, signèrent cette charte avec Albéric, leur fils, Vautier, vicomte, Hatier, Gouzon, Robert, Lelprand» Adalgairc ctGosbcrt; Rotard l'écrivit.

Nous trouvons quelques chartes de ce tems-ci qui nous apprennent différents usages et qui confirment la souveraineté de Conrad sur le Lyonnois.

Par la première (c), nubert Prévôt donna à l'église de Màcon un curtil ou métairie qu'il avoit, sis au pays de Lyon, territoire de Virieu, paroisse ou village d'Anistc ou Aisne (2), Maimbod étant évêque de Mâcon, et du règne de Conrad.

Par la seconde (n), Odon, homme illustre, restitua Saint-Jeangoust de Cicé à. l'église de Màcon, que l'évêque Maimbod lui redemanda en présence de Léolald, comte de Màcon. Saint-Jean go u>i appartenoit à l'église de Màcon suivant les dons et

(») Cert- CJa.y, A, fol. «9, earla II.

(i)rirt.A, fol. Ml, c«rU 787. ' <c)U'.. local., fol. lit.

(•) Lib. UetC, fol. M. (M. Regol, p. I», ch. CCXLHI.)

(I) Suivant M. Aognite Bernard, celle donation serait du 1" décembre Wï. (V. Pieeei juaUfiraliree-, p î, ch. III, cl lu note de lo p<ge S.)

1»! Lbei A»ille«, canton de Ponl-Je-Vau» (Ain,1. (V. le Carlulaire de Saint-Vioteol, publie fv M |l.KBt, p- 185. *. CCCXVU.)

A L'HISTOIRE DE DOO0.

lettres-patentes de l'empereur Charles, qui furent lues publiquement, en présence d'un nombre innombrable de chanoines et d'une grande multitude de laïcs, en présence desquels Odon reconnut que ses ancestres avoient injustement usurpé cette paroisse qu'il rendit en donnant un couteau à l'évêquc, en signe de vraie restitution.

Je ne doute pas qu'il n'y ait une très-grande exagération dans les termes de cette charte, qui veut que le nombre des chanoines de Mâcon assemblés à Saint- Jeangoust de Cicé fût innombrable (I) ; cependant il faut se souvenir qu'en ce tems-ci le nombre des chanoines n'étoit point fixé, et qu'il suffisoit presque de donner quelques biens à l'église pour y être reçu chanoine ou pour en avoir le titre, et qu'ainsy il y en pouvoit avoir un grand nombre, d'autant plus qu'on pouvoit alors être chanoine de plusieurs églises en même tems ; mais le mot d'innombrable ne laisse pas de faire une trèsforte exagération,

Dans une troisième (a), l'on voit que l'église de Salornay (2) ayant été renversée par les eaux, le curé fut obligé de la rebâtir à ses frais dans un lieu plus élevé, parce que les habilans refusoient (!e lui payer les dixmes et de lui rendre les oblations et les honneurs ou honoraires dus aux curez, ce qui fait voir que l'ancien usage de France suivi longtemps en ces pays, chargeoil les déciinateurs de la bâtisse des églises et des autres édifices ecclésiastiques, et que les canons de l'église s'observoient encore alors sur ce point.

Par une quatrième (s), l'on voit que l'église de Mâcon ayant porté ses plaintes au comte de Mâcon de ce qu'un nommé Dodelcne avoit usurpé une ferme de l'église de Mâcon, dans le village de Flacê, Dodelenc ayant nié que ce domaine appartint à l'église, et la question ayant apparemment paru douteuse au comte, il ordonna que Dodeleine et MM. de l'église de Mâcon choisiraient chacun un champion pour se battre, et que celui dont le champion serait vaincu perdrait son droit. Ce Dodeleine étant apparaminent un paysan, il fut ordonné que lui ou son champion se battrait avec l'écu et le bâton: Le champion de Doddcine ayant été taincu, l'église de Mâcon fut rétablie dans son domaine de Placé, l'ustaillier prétend que ce duel fut fait en 1072, sous Renaud, comte de Mâcon, oncle de Guy, auquel il succéda environ cette année-là, que Guy se retira à Cluni, où il se fit religieux avec trente chevaliers ; mais rien ne nous Indique la vérité de cette époque; il paraît, au contraire, que cette charte est faite en présence du comte Hugues et d'Albéric, son lidèle. Le comte Hugues pourrait être le comte dont nous venons de parler, et Albéric, fils de Leutald, comte de Mâcon, ce qui fait quc'nous la plaçons en ce tems-ci.

(*} LU>. lumen., f I. UO. (M., p. S»S, ch. CCCCXIV.) (»} Lib. local., fol. 10Ï. [M', p. t»8. ch. CCLX.XX1I.,

(I) .... c AdvenienU domoo Maymbodo epiteopo et canooicit «•jus. Cberto vidcliwt prepoeit», Ayntrico (.rcbidiacoio, Adeoe abbalert rtliquit innamcrabilibua canooicU, el in girura aibtaota lalcoruu nlrintqa tenu multitoilinc, >nrJuino teilicet, liembardo, Manggdo et rtliquit de ia Cictaeo «illi. » (Cartulariam Milites ne dm, p. ISI.)

(X) LiMi Sologny, »■>«•« du ceatu nord de I

/«pi

Celte manière de décider par le duel une question douteuse étoit très-ancienne {*.} , car le roi Dagobert confirma, en 630, une loi qui autorisoit ces duels (b). Cette loi étoit fort avantageuse à ceux qui étoient les plus adroits et les plus forts ; et les bons champions étoient apparamment bien payez. Je ne sais si les duels si fréquents autrefois en France ne sont point venus de ces combats que les loix et les usages anciens autorisoient, en sorte même que si l'on doutoit d'un crime et que le ebampion du prétendu criminel se trouvât le plus foible, le plus maladroit ou le plus malheureux, il y alloit souvent de la vie de ce prétendu coupable ; aussi faisoit-on faire des prières pour obtenir la victoire dans ces combats singuliers ; l'on donnoit même des fonds à l'église pour l'obtenir, comme l'on en trouve un exemple dans la Chronique de l'abbate de Beze (c), où l'on voit qu'un nommé Milan, devant se battre en duel avec Eudes, prévôt de Dijon, qui avoit épousé sa nièce, donna à l'église de Saint-Pierre la terre qu'il avoit à Lucy, près l'entrée de l'église, afin que saint Pierre le secourût dans ce combat. L'on prétend même (d) qu'il y avoit une coutume ancienne, mais barbare, qui obligeoit les ecclésiastiques à prouver par le duel le droit qu'ils a voient sur leurs serfs, quand ces serfs vouloient reconnoltre d'autres seigneurs, sans que les ecclésiastiques pussent prouver par témoins ni par d'autres voies légitimes que ces esclaves leur appartenoient, coutume qui fut abolie par le pape Innocent 4* en i253.

Par une cinquième charte (e), Aigret, prêtre et chanoine, donna à l'église de Maçon une ferme où il y avoit une vigne, avec les hommes qui la cultivoient, sise au pays d« Lyon, paroisse de Mèpillat, territoire de Ladiniaccnsc ou de Ladimareme (l) (car l'original ou plutôt la copie du Livre Enchaîné est si mal écrite, qu'il y a beaucoup de noms propres des lieux et des personnes qu'on ne peut bien lire et qu'il faut deviner). Ce prêtre voulut que les revenus de cette ferme appartinssent dès ce jour-là à l'église, et qu'ils fussent appliquez aux besoins des chanoines. Cette charte est datée du règne de Louis-d'Outrcmer, parce qu'elle fût apparemment passée à Màcon, où Louisd'Outremer étoit reconnu. Aigret, qui faisoit ce don, la signa ou scella avec Emmeneric, Hépillat, Rambert etEldrad. Mépillat est en Bresse et joint la chàtellenie de Thoissey, qui est de la comté.

Il est parlé du même territoire de Ladiniaeense àamvmc charte V: qui e-t du tems du roi Lolhaire ; c'est un don qu'Hugues, sa femme Arlindrade, et leur fils Anscherin, font à l'église de Maçon, d'une petite métairie sise au pays de Lyon, au territoire, l l'avons dit, de Laditùacenic, village de Montgoin, en cette i

(») Ln Altansn., c»p. M.

(•) Apoil Balu»ioBi, p. 80 et 81 .

(c) Sptell., ton. S, p. lit , roi. I .

(») Flearj, Hfc»t. ceci., Ht. 81, a. 17, p. Ml.

(a) LOb. laeat-, M. lit. (M. Ragot, p. 181. eh. rrr.w. — Sercrt, la Milite , p. 70. (» Uk. licaL, M. It1.pl. Ragot, p. 18», th. CCCXXVI.J- Sewrt, iaMaliat., p. 7*.

(I) Uwucwi, aaieaoi M. Ragut, p. IM, qei peine net M. A. Bernard (Cartol. de Saelgajr et tAJaar, «h. 187») «m le ebef-l.ru t* cet ager «ail Ugoal, aajoor<rhui baauau da la commune de MepflUi.

A l'histoim de dombes. < 27

L'ager ou territoire de ce tems-là marquoit, à ce que je crois, une seigneurie parti* culière, quelquefois une comté, comme celle de Bauge, qui est appelée, dans une de ces chartes, ager Balgiaeensis, ou d'autres seigneuries qui étoient moindres, comme les baronies et autres. M. Chorier convient (a) que le terme i'ager signifioit un mandement tel qu'il y en a en Dauphiné et Bresse, ce qui est, comme nous l'avons dit, une grande seigneurie. Les partages ou les ventes, et les autres aliénations faites de partie de ces justices ou mandements, par les seigneurs, ont absolument changé ces territoires, en sorte que l'on n'en connolt presque pas aujourd'hui les noms; car, quoique celui de Ladiniacense dût contenir une partie du territoire de Thoissey et de Pont-de-Vesle, où Mépillat et Monlgoin sont situez, je n'y sais aucun lieu ni territoire qui ait un nom qui approche de celui-là.

La môme année 949 (b), le jour et féle de l'Assomption, Burchard 1er du nom, archevêque de Lyon, étant dans son chapitre, Badin, abbé de Savigny, qui y avoit été élu, de l'autorité de Guy, archevêque et prédécesseur de Burchard, représenta à Burchard que son abbaïe avoit été brûlée par les Hongrois et désolée par des tyrans qui avoient envahi ses biens, en sorte qu'on avoit été obligé de cesser d'y observer la régularité qu'il avoit rétablie, et qu'il n'avoit trouvé aucun des titres qui prouvoient la fondation et les privilèges de son abbaïe, ce qui le faisoit craindre qu'on n'anéantit encore, dans la suite, la régularité qu'il avoit établie dans ce monastère. Ainsy il demanda à Burchard qu'il lui accordât les privilèges qui lui étoient nécessaires, à quoi Burchard acquiesçant, de l'avis de ses frères, qui se joignirent à la prière de Badin, il ordonna que l'honneur et l'ancienue dignité de cette abbaïe lui fussent conservés, sauf néanmoins sa soumission à l'église de Lyon, à laquelle il n'entendoit pas déroger, et voulut que les religieux qui serviraient Dieu dans cette abbaïe sous un abbé régulier, jouissent de tous les biens dont ils jouissoient, qui leur appartenoient et qu'ils pourroient acquérir, sans que ses successeurs pussent les leur ôter à leur préjudice, à la charge qu'ils prieraient Dieu pour lui et pour ses successeurs. Il défendit à ses successeurs de leur imposer aucun droit nouveau et injuste, ni des droits de séjour illicites, ni de leur faire aucune inquiétude, sous prétexte de quelques voyages qu'ils feroient dans cette abbaïe ou ailleurs, ni de leur donner des abbés, si ce n'est qu'ils eussent été élus librement par ses religieux, il confirma la nomination de Badin pour toute sa vie, à moins qu'il ne fàllnrcrssairc de le déposer pour les fauta qu'il pourrait commettre. Il pria ses successeurs de confirmer ce privilège et les menaça des peines éternelles s'ils y contrevenoient. L'archevêque Burchard signa cette charte avec Childebod, évèquc de Chalon-sur-Saône, Maimbod, évêque de Mâcon, Icticr, archevêque d'Aix en Provence, Gotescale, évêque de Lausane, Valchaud, évêque de Varnier, évêque de Isard, évêque de....(I),Fouchcr, évêque

(») Terne ter, p. M8.

(.) Cri. S.vig,.]r, fol. I». (Cit. publié par 11. Bernard, p. S3, th. M.) - U Mm, p. 171.- ChiflUt, Teurnat, p. 1S2.

d» Rodolphe, fils de roi, Hernat, doyen, André, prévôt, Eugène, Onclande, lévite,

Aimon, lévite, et plusieurs autres. Le nom des sièges de ces évêques n'est point marqué dans cette charte ; nous y avons suppléé autant que nous l'avons pu.

Ce Rodolphe, fils de roi, étoit, à ce que je crois, fils du roi Conrad et d'Adelanie, ou c'étoit le frère du roi Conrad que nous verrons ci-après avoir été présent à la fondation de l'abbaïe de Peterlinguen, en 962. Celte charte, après avoir mis sa date au commencement, comme nous l'avons rapportée ci-dessus, finit en disant que ce privilège a été donné par la main de Chrétien, prêtre et religieux, et par l'ordre de Filmare, archichancelier, l'an U du règne de Conrad, roi Jurens ou du Mont-Jura, an lundi du mois de novembre, et c'est la seule date que La Mure rapporte, comme le R. P. Chifflct n'a rapporté que la première peut-être pour ne pas entrer dans la contrariété de ces dates, car c'est une grande difficulté de concilier la date qui est au commencement de cette charte avec celle qui est à la fin, et je n'en puis imaginer d'autre moyen, sinon de dire que Burchard accorda véritablement co privilège l'an 949 et le jour de l'Assomption de la Vierge, mais que ce privilège n'ayant point été expédié en 949, ou cette première expédition étant perdue, Filmard, archichancelier, donna ordre à ce religieux nommé Chrétien de l'expédier et de l'écrire, et que cette grosse ou expédition du privilège ne fut donnée qu'au mois de novembre 951 , qui étoit l'an 1 4* du règne de Conrad, ce que ce religieux crut nécessaire de marquer.

Par une autre charte du Cartulaire de Savigny (a), qui peut être de ce tems-ci, un nommé Bernon donna, après sa mort, à Saint-Martin-dc-Rcndant, trois pièces de terre ou vigne qu'il appelle algas ou algias, avec promesse de donner tous les ans, pour marque de la possession et propriété de celle église, demi-muy du vin qui croltroit dans la vigne, et un septier de bled seigle toutes les années que la terre serait ablavée ou ensemencée. Il veut que si quelqu'un de ses parents conteste son don, Dieu lui été la part qu'il devroit avoir dans la compagnie de ses saints ; car toutes nos chartes étoient presque remplies d'imprécations contre les contrevenants.

C'est environ ce tems-ci qu'Hugues, qui prenoit la qualité de comte par la grâce de Dieu, et que l'on croit avec fondement avoir été comte de Baugé, ayant appris par la plus grande partie des habitants de Hàcon que plusieurs de ses prédécesseurs avoient pris et usurpé partout où ils avoient pu des biens de l'église de Maçon, voulut (b) lui en restituer, pour l'amour de Dieu et pour le salut de son âme, ce qu'il possédoit actuellement; et comme il possèdoit tous les bois situez le long de la rivière de Saône, dont le tiers avoit appartenu à l'église de Mâcon, il restitua ce tiers de bois, par le conseil de Léotald, comte de Màcon, et de leurs vassaux communs qui étoient présents à cette restitution. Ces vassaux reconnurent que ce tiers de bois avoit été ôté injustement à l'église. Hugues déclara, par l'acte de la restitution qu'il faisoit, qu'il vouloit que le revenu de ce tiers de forest fût employé à l'usage de l'évêque et

(a) Ctrt.SiTigay, fol. M, car!» III. (A. Bernard, p. M, ch. 122-1 (>) U>. laeit., fol. »7. (M. Ugui, p. se, ta. LXXltj.

a l'histoire di dombes. 4M

•les chanoines de Saint- Vincent; il pria tous ses successeurs, rois, princes, comtes, et tous les juges de faire exécuter cette restitution dans tous les tems ; s'ils le faisoient, il leur sou liai toit la vie éternelle; que s'ils permettoient qu'on otatdc nouveau ce tiers à l'église, il souliailoit qu'ils encourussent là colère du Seigneur, et que, s'il fritr conserroit la rje, ils fussent toujours malades et languissants. Cet acte est signé des comtes Hugues et Léotal, de Guy, d'Henry, de Mayeul, de N'ardoin et de plusieurs autres seigneurs. Les souhaits de celte charte contre ceux qui y contreviendront nous paroisscrit assez singuliers, et je n'en ai pas vu de pareils dans d'autres chartes.

Les mêmes comtes donnèrent (a), environ le même tems, les neuvièmes et dixièmes que l'église de Màcon avoit coutume de percevoir sur les biens du lisque situez en Mâcon m us. mais dont on avoit aussi dépouillé celte église depuis quelque tems; ils ordonnèrent que l'on s'informât des biens du fisque sur lesquels l'église avoit eu ces dixmes, afin qu'on les lui rendit. L'on voit dans presque toutes les chartes que ces deux comtes sont unis pour faire ces restitutions, ce qui me fait penser qu'ils éloient ou de la même famille ou alliez d'une alliance assez étroite pour avoir une grande partie de leurs biens en commun.

Je crois que c'est aussi à peu près dans le même tems que Léotal, comte de Maçon, qui prenoit le titre de comte impérial, restitua ou fit restituer (b) par un nommé Citard tout ce qu'il tenoitde lui qui avoit appartenu à l'abbaîe Saint-Clément, de Màcon, et qu'il consentit que le tout fût uni à l'église Saint- Vincent. Celte ebarte est signée de l-eutal, comte, d'Albéric, son fils, de Vautier et Albéric, vicomtes, et de plusieurs autres. Je crois que ce comte prend le titre de comte impérial, parce qu'il avoit des terres dans l'empire, c'est-à-dire dans le Lyonnois et la Bresse, qui dépendoienl de l'empire, comme nous l'avons dit ci-devant.

Après ces chartes particulières par lesquelles ces deux seigneurs firent ces restilutions, ils firent une charte générale (c) où, parlant de la pauvreté de l'église de Maçon et de l'incendie qui avoit presque détruit toute la ville depuis peu de tems, ils confirment en faveur de l'église Ira restitutions contenues dans ces trois chartes; ils font plus, ils lui restituent encore d'autres biens, et l'évêque donna lui-même quelqu'unes de ses dixmes aux chanoines, pour leur aider à subsister. Celte charte nous apprend que Léotal étoit très-porté à augmenter les biens de l'église de Mâcon ; ainsy il faut croire que c'est lui qui avoit porté le comte ou marquis Hugues, son parent ou allié, à rendre tout ce que leurs auteurs avoient injustement pris a celte église.

Le don que l'évoque de Mâcon fait de quelqu'unes de ses dixmes aux chanoines, me fait croire que la manse des biens de l'évêque étoit divisée d'avec celle du chapitre,

(*) LA. In»l , fol. M. (M., p. 107, ch. CAvl.»

(•) Ub. Uni., («1. 11 M «7. (14., ». M, ch. LXX1, ci p » os. c h CLTII.)

(«) LU», lactu, M. «s. (U., p. ck. ail./ — Snwrt, (■ m. „ p. 71. — S«itt- alira, p. IM.

fîO MÉMOIRES POUR SERVIR

L'église de Mâcon ne se crut pas assez autorisée avec toutes ces restitutions et toulfl la bonne volonté de ces comtes, si elle n'uvoit encore des patentes du roi, c'est pourquoi ces comtes les demandèrent eux-mêmes ou les firent demander à Louis-d'Outremer, qui les leur accorda [a) ; mais comme les bois le long de la Saône et du côté de Dombcs n'étoient pas du royaume, lu roi fait une mention expresse, du consentement du marquis Hugues, pour le tiers de ce bois, ce roi reconnoissant par là, à ce que je crois, ne |H>uvoir autoriser une restitution de fonds situez liors son royaume, sans un consentement exprès de ce comte.

Pour s'assurer de plus en plus toutes ces restitutions et la possession de tous ses autres biens, l'église de Màcon lit prier le pape Agapit î' de les lui confirmer (n), ce que ce pajKî lit environ l'an 932 (cj. Ce pape reconnolt par sa bulle que le marquis Hugues et le très-bon comte Léolald avoieut fait ces restitutions avec plaisir, ce qui détruit tout ce que Severtet Gniclienon depuis lui, ont dit des guerres qu'il y avoit eu entre ces comtes et l'évéque Maimbod, car tous ces actes prouvent très-clairement que ces comtes rendirent volontairement tout ce que leurs ancêtres avoient usurpé sur ces églises, et il n'y a aucun titre qui fasse voir que leurs auteurs eussent eu quelque guerre avec le saint évêque Girald, pour ces mêmes biens, ni avec Hernon et Maimbod, ses successeurs, comme ces auteurs l'ont avancé contre la foi des titres de l'église de .Maçon dont nous venons déparier.

Le roi Louis-d'Outremer ayant fait sa paix, en 950, avec Hugues-lc-Grand et les autres seigneurs de Ncuslric, voulut aller avec son armée se faire reconnoltre par les seigneurs d'Aquilaine qui neloient point venus le servir pendant la guerre que ce roi avoit eue avec les seigneurs neustriens, ce que les seigneurs d'Aquilaine n'a voient pas fait, suivant l'usage de ces teins-là qui se suit encore en Allemagne et qui s'est suivi longtemps en France, où l'on distinguoit les guerres du roi d'avec les guerres de l'état; car lorsque le roi avoit la guerre avec un seigneur particulier, les autres seigneurs de France ne se croyoient point oblige/, d'y entrer, parce qu'il n'y avoit que les seuls vassaux particuliers et personnels du roi et de ses domaines qui fussent alors obligez de le servir, mais non In vassaux de l'état ou de la couronne, qui ne servoieiu que lorsque le roi avoit guerre pour l'état et contre des princes étrangers, ensuite d'une délibération des étals assemblez. •

Je crois que le roi trouva que ces seigneurs en avoient mal agi avec lui en ne venant pas le secourir contre ses ennemis, et que cette distinction étoit préjudiciable à sa souveraineté ; ainsy il voulut punir les seigneurs d'Aquitaine du peu de déférence qu'ils avoient eu pour ses prières ou pour ses ordres, et je crois qu'il vouloit les obliger à lui promettre de le servir envers et contre tous, et à prendre ses intérêts contre les autres seigneurs du royaume qui ne lui voudroient pas obéir; je crois que c'est jiour cela qu'il alloit en Aquitaine avec son armée. Il prit son chemin par la Bour-

[l) Lib. famk, fol- 15. <*■ R»gH, p. 71, fh. XC1X.

(>) Lib. IflttU, fol. «. M. p. M, cb. LXIX.) — Se»trt, ia M*liie., p. M.

(«. Cuieh., Hm. i* BretM, p. M. . ,

A l'histoire DE dohbes, 431

pogne. Charles-Constantin, prince de Vienne, et Etienne, évêque d'Auvergne, vinrent à lui, lui offrirent et lui promirent leurs troupes; l'évêque lui fit même de grands présents ; Guillaume, comte de Poitou, vint aussi au devant de lui ; mais le roi s'étanl peut-être un peu trop arrêté à la réception de ces seigneurs, tomba dans une grande maladie (a). Je crois que ce fut à Maçon, puisque Flodoard nous apprend que Léotald, l'un des comtes de Bourgogne qui s'étoit aussi nouvellement donné au roi, c'est-àdire qui lui avoit promis ses troupes contre les rebelles, en avoit eu un grand soin, qu'il l'avoit reçu chez lui pendant sa maladie, et que le roi ayant repris sa santé, s'en retourna en France, sans poursuivre son voyage d'Aquitaine. Le P. Daniel, parlant de ce voyage, dit que Louis alla en Aquitaine et qu'il y reçut les hommages stériles cl de pure cérémonie de la pluspart des seigneurs de ces pays-là. Cependant nous ne voyons aucun seigneur d'Aquitaine, sinon Guillaume de Poitiers, qui y soit venu, l'évêque de Clermont ne devant pas être regardé comme prélat d'Aquitaine. Nous avons dit que ce roi fut malade a Màcon, et c'est ce qui nous paraît assez certain, parce que le comte de Màcon s'appeloit Léotald, qu'il étoit l'un des comtes de Bourgogne. Je crois que ce fut para que le roi n'était pas loin de Vieune, que Charles- Constantin, qui en étoit prince, l'y vint voir, car les termes de Flodoard font connottre que le roi n'alla point jusqu'à Vienne, et que ce fut Charles-Constantin et l'évêque de Clermont qui allèrent au devant du roi jusqu'au lieu où il étoit indisposé.

Plusieurs |>ersonnes ont regardé cette offre de service que Charles-Constantin, prince de Vienne, lit au roi, et la promesse qu'il fit de lui donner ses troupes, comme un hommage et une reconnoissanec que ce prince faisoit de la haute souveraineté du roi sur lui et sur ses étals; mais les termes nui efliriuntur ne marquent autre chose, sinon qu'ils lui promirent du secours et de soutenir ses intérêts.

Léotal, comte de Màcon, étoit constamment sujet du roi et du royaume de France. Il n'y avoit que deux ans qu'il avoit fait confirmer au roi les restitutions qu'il avoit faites à l'église de Màcon, et cependant Flodoard dit qu'il étoit nouvellement devenu l'homme du roi, noriter mu effertiu eral. Cela ne veut pas dire que Léotald n'eût fait que depuis peu hommage au roi, mais seulement que ce n'étoit que depuis peu de tems qu'il avoit promis au roi de lui envoyer les troupes de son comté de Màcon, pour servir le roi dans ses guerres, et lui avoit donné |>arole d'entrer dans les vues de Sa Majesté et de lui aider dans toutes ses entreprises, ou du moins dans celle dont il s'agissoit. Or, lorsque Charles-Constantin promit de servir le roi et qu'il devint son homme ou plutôt son allié, en promettant de le servir de sa personne et des troupes, do sa principauté, ce prince n'assujettit pas plus sa personne ni son pays au roi que les ducs de Lorraine, de Savoie, de Bavière et les autres princes de l'empire se sont assujettis à nos rois, lorsqu'ils leur ont prêté leurs troupes pour faire la guerre à leurs ennemis, qu'ils ont reçu les troupes de nos rois dans leurs terre», qu'ils se sont alliez avec eux et qu'ils ont confirmé leurs alliances avec serment.

L'on diroit très-bien en latin que le duc de Savoie noster effectifs est, lorsqu'il est entré dans nos intérêts, et personne ne pourrait raisonnablement prétendre, par ce» termes, qu'il eut reconnu la souveraineté du roi sur sa personne, ni sur ses éCits. Ainsi on ne le peut pas prétendre des termes dont Flodoard s'est servi à l'égard de Charles-Constantin, termes qui ne peuvent signifier que le service qu'un parent, un ami ou allié du roi, tel qu'était Charles-Constantin, comme nous l'avons déjà dit, promettait à son parent qui en a\oit besoin. Comme il n'y avoil point alors de guerre entre Conrad, roi de Bourgogne, et le roi de France, le prince de Vienne put offrir ses troupes au roi Louis-d'Outremer, son parent, pour le servir contre les François rebelles et ses autres sujets, la lil>erté des seigneurs étant la même en ce tems-là, dans le royaume de Bourgogne, qu'elle est encore à présent chez les princes d'Allemagne, et comme nous verrons dans la suite qu'elle a continué dans ces pays.

Je crois avec Chorier [a] et nos autres historiens que Chnrles-Conslantip ne vécut pas longtemps après les promesses qu'il avoil faites au roi d'entrer dans ses iiiléréls ; car ils assurent qu'il ne se trouve plus aucun acte où il soit parlé de lui, et tous les historiens croient qu'il «munit sans enfans, du moins qui fussent légitimes.

En 931 , Olhon, roi d'Allemagne, qui avoit été le tuteur ou le protecteur de Connu), épousa Adelais, su>ur de ce roi et veuve de Lothaire, roi d'Italie. Chorier prétend [b) que ce mariage fut heureux à Conrad, parce qu'il lui procura la liberté et la restitution de ses états ; niais les chartes que nous avons rapportées et le jugement que ce roi rendit à Vienne, en 943, prouvent très-clairement que Conrad étoit libre et dans ses états dez l'année 910, qu'Olhoti le reconnut apparamment capable de gouverner par lui-même. Ainsy.ce ne fut point le mariage d'Adelaïs qui lui procura la liberté ni la restitution de ses états, mais la seule justice du roi Olhon, qui devint empereur par la conquête qu'il lit de l'Italie en 962.

L'an 15" du règne de Conrad, suivant que M. Bernard, lieutenant particulier au bailliage de Maçon, qui a fait une étude particulière de l'histoire de ces pays, l'a remarqué dans l'original de la charte, quoique le 1'. Chifflet mette (c) que c'étoil l'an 12" de ce règne, Burchard, archevêque de Lyon, donna â Hervé, abbé de Tour nus, l'église de Saint-Pierre de Coicelles, sous le cens annuel de 7 s, payable au sinode d'hiver, car il y avoit alors deux siuodes toutes les années pour régler les affaires les plus importantes du diocèse, par une espèce de voix commune et d'assentiment de l'évêque avec ses abbés et curés. Deux Burchards furent présents à ce don et le souscrivirent. Cet acte appelle notre archevêque Brochafd et non Burchard, et il dit que le second Burchard étoit neveu d'un autre Burchard, archevêque, dont j'ignore le siège. Cette charte fut écrite par Ornad et Burchard, pour Jean, chancelier, et elle fut donnée publiquement dans la cour que l'archevêque tint et dans l'audience qu'il donna pour juger les procès, dans la tille d'Anse, le lundi 6 des ides

(»' Toi». Irr, p. 7M.

(i) Tome 1er, Iit. 10, 1 17, p. 7M, et I (S, p. 717. (t; ChiUei, prutu Toérom, p. 184.

a l'histoire de combes. 133

de. septembre, c'est-à-dire le 8 de ce mois. Celte charte est de l'an 9;»l, qui avoit la lettre E pour lettre dominicale. Ainsy elle est bien de l'an 15 et non du i i* de Conrad. Elle prouve constamment que Conrad êtoit reconnu pour roi i» Anse, qui" est du enté du royaume, qu'il y régnoit aussi bien qu'à Lyon avant son mariage avec Matbilde de France, et que son |>ère y avoit régné après la mort de l'empereur Louis-Boson, ce que l'on répète souvent, parce que les historiens de Lyon en ont voulu douter. Je crois aussi que les revenus de lëvêché et du chapitre éloient encore en commun, car l'archevêque n'auroit pas tenu sa cour à Anse, s'il n'y avoit eu la juridiction temporelle qui appartient à présent au chapitre.

La même année 15" de Conrad, [a], un homme noble appelé Girard prit des fonds en précaire ou bénéfice de l'abbaye dcSavigny, dans un village appelé Rasalmcren [I), situé dans le comté de Roanne, dans la vicairie de Saint-Jean, et, moyennant la jouissance de ces fonds, ce gentilhomme donna à celte abbaïe tout ce qu'il possédoit par droit d'hérédité dans ce village ; il s'en réserva néanmoins la jouissance et à Alegerde, sa femme, ainsi qu'à l'once, son fils, et à Vandelmode, sa fille, et promit de payer annuellement 8 d. de cens à l'abbaïe de Savigny; et s'ils négligeaient à le payer, il est dit qu'ils en paieront le double, suicanl Fusaye de cette terre ou seigneurie. Cet usage, en pays de droit écrit, m'a paru assez singulier %o\\r mériter ici une place. Cet usage ne peut venir que de la coutume des fiefs ou des conditions qu'on y mettoit.

En 953 ou 54 [■), Lothaire, roi de France, à la prière d'Hugues, très-fameux, et de Léotald, comte de Bourgogne, confirma à l'abbaïe de Cluni la terre de Chevigny, le monastère de Charlieii, Sohitré, l'abbaïe de Saint-Jean, celle de Saint-Martin et tous les autres biens que cette abbaïe avoit dans son royaume. Il défendit à tous les rois, au\ évêques et aux comtes de faire aucune injuste oppression à cette abbaïe. Cette charte fut donnée au cloître de Laon, le 20- octobre de la première année de ce roi Lothaire, qui confirma encore à cette abbaïe les dons que Louis-d'Outrenier, son père, lui avoit faits. L'on ne trouve point Ambérieu, Savignieu, Romans, Thoissey, ni les autres terres situées en Lyonnois, dans cette confirmation, parce que les religieux de Cluni, sachant que toutes ces terres étoient hors du royaume, ils jugèrent que la confirmation qu'ils en auraient demandée leur aurait été très-inutile.

Le 30* juin 955 (c), un seigneur appelé Guy, fils d'un seigneur appelé Guillaume, quitta aux chanoines de Maçon toutes les coutumes qu'il demandoit sur le village de Montgoin, dont nous avons parlé si souvent. Quoique le titre ne dise point que cet acte est de l'an 955, nous l'attribuons à cette année, parce qu'il est dit dans cet acte qu'il fut fait le lendemain de la fête des Apôtres, jour auquel il étoit apparu un signe dans le soleil qui avoit jeté de grands scrupules dans les consciences; car je crois

(*] Ctrt. Saviftnr, folio IS, mrU 5R. V. A. Bernard, Cari de Stvigny, p. 13, cb. Ci.} \9) t.ran.l lUrt. tic ('lany, p* SO.

(c) Liber lnc*t., fol. 167. (M. Rtftf, p. ch. CCCCXCII.)

434 MÉHOiRES POUR SERVIR

que c'est ce que le titre signifie, quoique les termes en soient obscurs, ayant été mal copies. Or, un ancien Fragment des Historiens de France, publié par M. Pithou (a), nous apprend, qu'au mois de juin 955, il apparut un signe remarquable dans le ciel ; c'était un grand dragon, mais qui n'avoit point de teste. Le même Fragment remarque aussi que, le 2 septembre, la lune avoit paru être changée en sang. *

Le €artulaire de Savigny (e) a une charte sans date qui nous fixe en quelque manière la même année (1 ), car elle dit que Bernard, clerc, donna à l'église Saint-Pierre •le Mornan, dépendante de cette abbaïc, huit fosserées de vigne, à cause de son frère Kladin, qui s'étoit fait religieux dans cette abbaïe. Il date sa charte du 26 novembre (21 , jour de vendredi, et il remarque que cette même année le jour de Saint-Pierre avoit été un vendredi, et que ce jour-là un grand signe avoit paru dans le soleil. Or, en 955, le jour et feste saint Pierre et saint Paul fut un vendredi ; ainsy il e$t difficile de croire que ce signe soit d'une autre année. Il est vrai que la charte dont nous parlons rst mise parmi Us chartes de l'abbé Gaiismard qui ne fut élu qu'en 957 ou 960, et qu'en 955 c'étoit Badin qui étoit abbé de Savigny, et qu'ainsy on auroit dû la mettre sous Badin ; mais il \ été très-facile d'avoir mis cette charte dans la layette des Chartres de Gausmard, au lieu de la mettre dans celle de Badin, son prédécesseur ; tous les jours les personnes 4es plus exactes se trompent sur ces sortes de choses ; cependant je serai prél à placer ces deux chartes dans d'autres années dès que l'on me donnera des meilleures raisons pour le faire que celles que je viens de rapporter.

11 y a deux chartes (c) sous Badin, abbé de Savigny, qui doivent être depuis l'an 937 à 957, où l'on voit les surnoms des particuliers qui contractent ou qui y signent; mais ils ne sont point dans le corps de l'acte, ils sont mis sur le nom de baptême, ce qui nie fait croire qu'on ne laissoit pas d'avoir des surnoms dès les premiers siècles, mais que l'humilité faisoit qu'on ne les mettoit pas dans les actes, surtout dans ceux qui étoient faits avec les églises, parce que les évêques et les religieux . ne mettoient jamais les leurs, mais uniquement leur nom de baptême qu'ils regardoient comme le seul nom et surnom qu'ils dussent porter. La première charte est faite entre Ismidon, prévôt du monastère de Rcndans, et Girin du Pinet, dont le surnom est mis dans l'acte; mais pour les témoins, leurs surnoms sont

» Cari. Serigay, r" 1 • csrtl 7 ' 1 -

(c) Ctrl. Serigny, caria 18 et I It. (A. Bernard, p. tl, ch. 70, cl p. *», th. IM.)

(I) Cette charte cil «lu 28 octobre I0ÎJ, ainsi que l'a fort bien déduit M. A. Bernard des indications «inventes qui loi terrent de date : • Adathertiis scripsil trptimn calendas ocrerobrit, feria seita, luna tigesima oclasa. Ipso anao fuit nalalia sancti Pétri in feria texla, el magnum sigeum apparaît in laie. ■ (Csrt. de Savigny, p. 209, ch. OS.) — L'erreur commise par Aubrel provient de ce qu'il n'a pus remarqué qoe te 18* jour de la lune a* pooviil tomber le vendredi i5 octobre eo 9ii. — Le • Bagou m liguons in sole > ubserre le M octobre 1055 est une éclipse annulaire qui col l.cu a midi. (A. Brarait, Géographie Pbysiqaw et Xalbrmit.qne de la France, dans Pallia, cal.'«l ;

a l'histoire de bombes. 138 au-dessus du nom, mais en plus petit caractère, comme nous les allons mettre :

Cogoi, de A»e* de Atci pbr. pbr. Broom de GmdlMO r>r».

Conslantius, Ilenco, Berardus, Honoratus, Petrus, Olbertus, Humberlus, Aimions,

Porto*.

Dauzerannus. Je crois nu* me qu'on n'appelle nos surnoms que de cet ancien usage de mettre nos seconds noms au-Jessus de nos noms de baptême.

La seconde chartre est du même Ismidun, pour Randans. Il y donne à Angereu l'once et à Pierre, son fils, le mas de Fossat, pour en jouir pendant leur vie, à la charge de payer 10 d. et une fouine d'orge par an, en mémoire de ce qu'ils avoieut recouvré ces fonds. Ismidon y déclare excommuniez tous ceux qui y prétendront quelque droit après leur mort. Ismidon signe cette charte avec Aronce Ponce et Pierre, son lils, Yindis Artaud et Pierre Malvoisin, dont le nom n'est point mis dessus, comme les deux autres, mais il est écrit tout de suite.

M. de Camps, dans une Notice historique qu'il a faite sur le Cartulaire de Savigny, prétend que l'on a ajouté ces surnoms d'une main plus récente, pour faire plaisir à des gentilshommes du pays; mais ils paroissenl très-certainement d'une lettre aussi ancienne, d'une même eucre et de la même main que le reste de la charte, ce qui se trouve île même dans les chartes postérieures à ces deux premières; d'ailleurs, la pluspart de ces surnoms sont inconnus et l'étoient apparemment 300 ans après que ces deux chartes furent transcrites dans ce Cartulaire. Dans une troisième charte (a) de l'an 40 du roi Conrad, l'on trouve un Hugues qui déclare qu'il s'appelle Bodon de son surnom, ce qui fait voir que c'est dans ce 10» siècle que les surnoms ont eom- . mencé à être mis dans les actes, comme on vient de le dire.

En 90 t. suivant que l'observe M. Ouichcnon en sa Bibliothèque Sébusietme (n\ Lêotald, comte, de l'avis et conseil de Hichilde, sa femme, et de ses grands vassaux, donna a l'église de Cluni le mas de Massonney, sis au territoire de Fuissê, qui lui appartenoit en propre et qu'il tenoit de la bonté de Dieu, avec ses prés, bois, terres, eaux, moulins et ses autres appartenances et dépendances, et un homme serf et mainmortahle appelé Gautier, avec ses fils et filles. Il dit que cette terre de Massonney a • la rivière de Saône pour contln d'orient, la terre Sainte-Marie de midi, la rivière de Mervaise appelée Mauvaise, la terre de la Chapelle avec le reste du Massonney, jusqu'au chemin public du côté du couchant, et qu'il joignuit la terre des François du côté du nord. Cet acte fut liasse publiquement, c'est-à-dire dans le palais et à l'audience publique de liàcon, sous le règne de Lothairc, roi de France.

Je parle du don de ce village, quoiqu'il ne soit point dans cette souveraineté, parce qu'il n'en est divisé que par la rivière de Saône, et 'que la première fois que je lus ce titre je crus que ce territoire étoit du royaume de Bourgogne et que confinant la terre des François du côté du nord, c'étoient les terres du royaume de France qu'il confl-

(») lbid., NI* mi,

(•) Cri. A d. CI,»,, toi. US, «ru 181, .1 .Itim. «laar.-NU. Stb» , «al. ï, ch.p. SJ, p. ïw.

ik. m. .

Mémoires r-nrn servir

noit, et qu'il appeloit les terres du nord terres des François parce que le Massonncy étoit de la terre et du royaume des Bourguignons.

Mais ayant lu depuis le Cartulairc ou Livre Enchaîné de Maçon (a), j'ai esté obligé de rejetler cette conjecture, la terre des François se trouvant si souvent dans les chartes de ce livre qu'il est difficile de croire que ces terres fussent des terres qui lissent la séparation des royaumes de France et de Bourgogne, parce qu'il y a plusieurs de ces terres des Francs ou François qui se trouvent situées à Vinselle, auprès de Maçon, à Urigny de Viriccnsc, et au village d'Alburniat, territoire de Fuissé, au village de Langiac, territoire de Salornay, au territoire d'Igé et en plusieurs autres endroits; ce qui pourroit faire conjecturer que ces terres appelées Terres des François étoient peut-être des terres du domaine des rois ou du lisque, dont nous avons dit ci-dessus que le comte de Maçon avoit donné les neuvièmes et dixièmes à cette église.

Nous trouvons même une charte (|) où la- Terre des François est appelée et où elle •confine un pré appelé Lionnois (I), qui confine la terre d'Uumbert. du raidi ; je crois que cette terre est celle d'Humbert de Beaujeu, c'est-à-dire la chatellenie de Thoissey . Il confine la terre de Rodolphe, du coté du nord. Je crois que c'étoit la terre de Rodolphe, seigneur de Baugé, et que ce pré Lyonnois étoit dans la comté du Pont-ile- Veyle ou dans la seigneurie de Thoissey.

Fent-étrc aussi ces terres des François étoient des fonds de franc-alleu possédez par des hommes francs, et que l'on appeloit ces terres Terrai des François ou des Francs pour les distinguer des terres possédées par les serfs ou mainmorlablcs, e* c'est à ce dernier avis que je crois qu'on doit s'arrêter.

L'an 956 ou 987, 20* du règne de Conrad (c), à le prendre à l'an 937, ou l'an 959 ou 60, à le prendre de l'an 9i0, Burchard, archevêque de Lyon, présida à l'élection de Gausmond, abbé de Savigny, qui fut fait abbé par le commandement de cet archevêque, et de Badin, ancien abbé, qui abdiqua, à ce que je crois, sa dignité; et de l'avis de toute la communauté de Savigny, Burchard voulut que la charte de privilège qu'il avoit déjà accordée à celte abbaïe demeurât dans sa force. Celte charte prouve et la soumission de l'abbaie de Savigny à l'archevêque de Lyon, et quo Conrad y étoit reconnu pour roi, puisque la charte est datée de son règne. L'on voit les noms de plusieurs personnes dans celte charte; je ne sais s'ils étoient moines ou laïques, mais l'on ne peut guère deviner qui ils étoient, n'y ayant aucun de leurs noms d* famille.

Le 23 novembre 957 (o), c'est-à-dire l'an &• de son règne, indiction 3», le roi

fêl Uk Ucsl., M. SO el SI, SI, SS, SB, 7», 91, 118, US, ISS. (a. LU», lerat., fol. 119,

(et Cart. Sarigey, toi 15, e»rU 111. (A, Bernard, p. 87, eh. IIS.) lu) Cnmd Ctrl- de Cloay, p. fil.

(1) (> pré a'ctt pM appelé Lyonnoii, m lit e»l dil lilae en Lj-maoit. (t art probiU» e,«a U* a»le e ia P.v« • <H»i» d.a. U eoj ie du CarluU.re ronialU* par AubrtL V. H. OaS..t, ,. IU, ah. CCCXUL)

A l'histoire de bombes.

Lothaire, élanl à Dijon, donna à l'abbaïe de Cluny, à la prière de la reine Gerbergc, sa mère, et j>ar l'avis de ses fidèles, un monastère dédié à saint Aniand, situé au comté de Troyes; et le 17 décembre de l'an 938. (.0, qui étoit le 21 >lit la charte, ce qui est une erreur, car il faut dire que c'étoit le 22 de Conrad, ce roi donna à la même abbaïe un autre monastère de Saint-Amand, situé en Provence, avec toutes ses appartenances et dépendances, et il défendit a tous comtes et autres personnes d'y troubler ce monastère. Ce roi remarque dans sa donation que plus on est près de son dernier jour plus on doit se porter à faire du bien ; ainsy il semble qu'il avançoit alors en Age.

L'on trouve deux antres chartes dans le Cartulaire de Savigny (a), de l'an 20» du règne de Conrad; elles sont du mardi 18 octobre, et comme le \# octobre fut un mardi, en 960, ces chartes ont compté le règne de Conrad île l'an 910. Dans la première de ces chartes un seigneur nommé Hugues et Emmène, sa femme, donnèrent au monastère de Savigny l'église dédiée à saint Pierre, sise au comté de Lyon, pavs de Ruuaiuiois, un village appelé de la Noaille, avec sa paroisse et son presbytère. 11 est dit que ce don a été- fait publiquement, c'est-à-diro en jugement et en audience, les plaids tenant, l'an 20 du règne de Courad, roi de Jura.

La même Emmène donna (c) encore le même jour et la même année, à ce monastère, les villages de Champagnieu et d'Arcis , au même comté de Lyon, pays do Rouanne. Je crois (pie ce sont les paroisses qui s'appellent à présent Charapoley ou Chain ptois et Arcon.

Ce qu'il a de particulier, c'est qu'encore que ces deux chartes soient datées de l'année 20« de Conrad, ce qui feroit croire que les terres et les paroisses qui y sont dénommées étoient du royaume de Conrad, cependant Emmène se pourvut k Lothaire, roi de France, pour faire confirmer les deux dons qu'elle avoit faits à cette abbaïe, ce que ce roi fit du consentement de s«* féaux les évéques et comtes de son royaume, et défendit â toutes personnes d'inquiéter les religieux de Savigny dans ces biens, à peine de 100 livres «l'or envers eux, si on leur faisoit quelque procès làdessus. Ceson, notaire, visa cette charte pour l'évèque Horicon, le I0« décembre, l'an 7' de Lothaire, indiction 4', ce qui tombe a l'an 961, suivant l'indiction. Elle fut donnée au village de Tablidina.

Pour concilier ces chartes, il faut dire que les deux premières furent faites à Savigny, où Conrad étoit reconnu pour roi, mais que les paroisses de Saint-Pierre-la- Noaillc, Arcon et Champlois étoient dans le royaume de Lothaire, qui possédoit cbi ore, à ce que je crois, tout ce qui étoit «lu diocèse de Lyon, situé au delà de la Loire; car presque toutes les chartes du Cartulaire de Savigny où le nom des rois de France «>st employé, étoient pour des terres ou paroisses du Forez et d'au delà de la Loire, ainsy que je l'ai vérifié.

(»V Grand r..n . p. SI .

(ai Cart. Savigny, fol. îfl, taria I», (Â. Ucroard, p. M, eh. ISO ) (c) Caria IM.,lbi4., p. M, ta III.)

MEMOIRES POUR SSRVIR

C'est cette partie du Lyonnois que Lothaira possédoit qu'il donna & sa suuir Malhildccn la mariant à Conrad; et il lui céda les autres prétentions qu'il avoit silice diocèse. Ainsy cette charte prouve que ce mariage n'étoit pu - encore fait en 961 el elle établit la vérité de ce que nous en dirons ci-après.

La môme année 20* du régne de Conrad {.0, Alindrad et son fils Aclier ou Albéric, diacre, donnèrent à l'abbaïe de Cluni les biens qu'ils avoient àThoisscy, consistant eu terres, prés, bois, moulins, et un serf nommé Abbon, à la charge que les religieux prieroient Dieu pour eux, et qu'ils seroient ensevelis à Cluni ; ils se réservèrent néanmoins l'usufruit de ces biens pendant leur vie, en payant tous les ans i i deniers ou écus à l'église de Cluni.

Il y a deux copies de cette charte dans le Cartulaire de Cluni ; l'une dit qu'elle est donnée à Cluni, in Cluniarn ntla, et l'autre qu'elle est donnée à Dracé, Draciacu ritla. L'une dit qu'il doivent payer tous les ans /2 denarins et l'autre /2 nummos à l'abbaïe de Cluni, in leslilurd, c'est-à-dire à cause de leur possession ou pour cens et servis, car les mots in rtstiturd et pro remit sont des mots synonymes, suivant le Cartulaire de Cluni.

La charte fut signée d'Alindrade et <T Albéric, son fils, qui la firent faire, d'Artaud et de Siginildc, qui y consentirent, et d'Anne et Grimmier, son beau-frère, d'Archimbatild, (l'Arnulphe, de Dicudonné, de Valdric et de Gislard. Rotald l'écrivit, en ayant été prié.

Quoique celle charte fût passée a Cluni et à Dracé, on la date du règne de Conrad, non que Conrad fût reconnu pour roi à Cluni, mais parce que Thoissey, où les chose* données étoffent situées, étoit du royaume de Conrad. Ainsy la date d'un roi n'est pas toujours une marque qu'il fut souverain de la ville où l'acte étoit passé, si les bien* donnés étoient situés dans la souveraineté d'un autre roi.

Voici une autre charte de la même année 20° de Conrad (b), qui confirme ce qu« nous venons de dire, car un nommé Sobon et sa femme nommée Valence, étant allés à Cluni, ils donnèrent à l'abbé et aux religieux de l'abbaïe un curtil, c'est-à-dire un petit domaine avec une vigne, une saulée et une verchère, le tout joint, situé dans lu paroisse de Messimy, dans cette souveraineté. L'acte en fut passé publiquement, c'est-à-dire, comme nous l'avons déjà dit, en pleine audience, à Cluni, et il ne laissa pas d'être daté du règne de Conrad, par la raison que nous venons d'en dire, que les biens donnez étoient situez dans son royaume. Le même Rotald, qui avoit écrit la charte précédente, écrivit encore celle-ci.

Cet usage étoit si fréquent, qu'un nommé Aisnard, et Fescimme, sa femme, du pays de Graisivaudan, étant à Cluni et ayant donné à celte abbaïe (c) la paroisse

(«1 Crt. deClanjr A, lub M.iolo, p.g. SOI, c»rU SS4, et p>g. SIS, «ru 479. Pieté» ja.Ufictli»«, p. «. *b. VIII.)

{.) CH. Cl.ar, A, fol. S«0, cru »S». (Pièeei juiliflcilWet, p, J, cb. VII. g Cart. Cltajr, B, fol. 10, earU VI.

A 1,'ntSTOIBE DE DOMBES. 139

de Saint-Georges du village de Domaine, an diocèse de Grenoble, ils dattèrent leur don de l'an 35* du roi Rodolphe. C'étoit Rodolphe-lo-Fainéant, donl l'an 35 tombe l'an 1 028; et quoique Rodolphe ne fût point roi «i Cluni ni en MAronnois, l'on data la charte de son règne, parce que les biens èloient dans son royaume.

Il se pourrait faire au&si que celui qui écrivoit et dressoit la charte étant du pays des donateurs, la datoit du règne de son roi, ignorant souvent les années du roi dans les terres duquel il étoit; ainsi Rotai, qui écrivit les deux premières chartes dont nous venons de parler, pouvoit être Hourguignon, et écrivant ces chartes à Cluni, il les data de Conrad, qui étoit son roi.

La même année 20* de Conrad, qui étoit l'an 960, parce que la charte est d'un vendredi 20 avril, ce qui ne se trouve pas en 957, Rcmond et sa femme Otsinde donnèrent {a] à l'abbaïe de Savigny une partie de leurs biens qu'ils avoient, situés au pays de Lyon, vicairie de Tnrnan, au village du Breuil, savoir: une maison de franc-aldu et une église qui étoit dédiée & la Sainte-Vierge, avec toutes ses dépendances, la paroisse et le presbytère, les mas, champs, terres, prés, etc., et tout ce qui leur appartenoit et qu'on pourroit prouver leur appartenir légitimement. Ils s'en réservèrent néanmoins l'usufruit pendant leur vie, en payant \ 2 d. de cens à l'abbaïe, au jour et fête saint Martin ; et après leur décès ils veulent que ces biens aillent a l'abbaïe, afin que ceux qui la gouvernent et leurs successeurs aient un supplément pour louer Dieu, et afin que les moines demandent pardon à Dieu pour eux. Ils ordonnent que si eux-mêmes, ce qu'ils ne croient pas, ou quelques-uns de leurs héritiers vouloient contester leur libéralité, qu'ils ne puissent point gagner leur procès et ravoir ces biens, mais qu'ils encourent la colère de Dieu et qu'ils soient condamnez à payer ù l'abbaïe deux fois autant que les biens qui auront été améliorez vaudront dans ce tems-là, et que néanmoins leur don vaille toujours. Raymond et sa femme Otsende signèrent cette charte qu'ils avoient prié de dresser. l'mfred, peutêtre de la maison de Beaujcu, Albéric, Silvion, Gislamard, Ânsoran, Lambert et Ottolon la signèrent avec eux. Ainard, moine, l'écrivit.

Cette charte nous fait voir que les donateurs vouloient quelquefois révoquer leurs donations et que leurs héritiers les contestoient souvent. Elle confirme ce que nous avons dit, que le règne de Conrad se compte quelquefois de l'année 910 ; mais ce n'est pas de l'année de son mariage avec Mathildc, comme nous crovons déjà l'avoir dit.

L'an 25* du règne de Conrad (b\ Evrard, doyen, Ancherins et Costable, prêtre, donnèrent à l'abbaïe de Savigny, comme cautions et porteurs de la volonté d'un nommé Didier, et pour le salut de son Ame, des fonds situez au fauxbourg de Lyon, joi- Knant l'église de saint Baudelle, martyr, comme il leur avoit ordonné de le faire. Nous avons déjà vu de pareilles cautions faire de pareils dons; ces cautions étoienl romme nos exécuteurs testamentaires. Après la charte que nous venons de rapporter

l*) C«rt. SiTigny, folio W, nrU IM. (A. Btrniir', p. 9S, th. IH.) k) frrt* IM., p. («I, th. MO).

MÉMOIRES POIR SERVIE

il s'en trouve une autre par laquelle une nommée Benoilc vendit un curtil à un nommé (t), avec une vigne et une maisonau pays de Lyon, territoire raiciarrnsi (S),

qui est celui de Vaize, au village Saint-Baudclle. 11 ne fut vendu que \ 0 s. Il joignoil du nord et d'orient la terre de Saint-Georges, de midi la terre de Saint-Martin et d'occident la terre Saint-Paul ; ainsy cette petite, ferme éloit entourée des terres appartenantes à trois églises ou dépendantes de leur censive. L'on > oit combien l'argent étoit rare, puisqu'un petit domaine dans le voisinage de la ville de Lyon ne se vendit que 1 0 s. Voici un deuxième exemple de cette rareté. L'an 40 de Conrad (a) on vendit six séitérées de terre au territoire de Ternan, village de Clivieux, au prix de 8 s. 6 d. L'on retenoit sur la moitié d'un mas un cens d'un pourceau qui fût de valeur de 6 d. et un seplier de seigle. Il faut que la somme ne laissât pas d'être considérable, puisque l'on pouvoit avoir un pourceau pour 6 d. (b).

Les ecclésiastiques et les religieux donnoient, dans ces tems-eï, leurs terres à une espèce d'emphitéose et de grangeage à moitié fruits. Gausmard, abbé de Savigny, donna (c) des fonds de son abbaie situez au Mont-d'Or, en Lyonnois, à des particuliers, à la charge d'en cultiver les terres, d'y bâtir des maisons, d'y planter des vigne» dont on leur donnoit la moitié, à condition qu'ils ne pourroient les \ endrc ni aliéner sans le consentement de l'abbé, et que si, après y avoir contrevenu, ils ne réparoienl leur faute, en faisant anéantir leur aliénation, qu'ils perdroient la terre avec les fruits. Cet abbé acheta un curtil aux Léchèrcs, au Mont-d'Or, pour 20 s., ce qui confirme la vérité de la rareté de l'argent.

Un mardi I" avril 963, l'an 26 du règne de Conrad (d) (quoique le titre dise que ce soit le 24, ce qui est une erreur, le mardi ne se trouvant pas le I " avril l'an 2i« de Conrad;, Berlhe, mère de Conrad, fonda l'abbaïe de Payerne ou Peterlingucn, ensuite du consentement de ce roi, son lils, et de Rodolphe, son second fils. Elle donna à cette abbaie la ville de Petcrlingiien, qui étoit de sa propre domination, avec tout ce qui en dépendoit, soit en prés, terres, moulins, bois, eaux, esclaves, et trois églises ou chapelles. Elle fit ce don pour l'amour de Dieu et afin qu'on priât pour l'âme de son seigneur le bienheureux Rodolphe, roi, pour Vâme de son fils Burehard, tttque, et de tous ceux auxquels elle étoit redevable de quelques bienfaits; pour Othon, roi très-glorieux, et pour l'âme de sa fille la reine Adeleïde et de ses enfans Conrad, roi sérénissime, et Rodolphe, duc ; pour elle, pour le salut des âmes et des corps de ceux qui, en vue du Seigneur, voudroient protéger et augmenter cette abbaTe; et pour le bien et l'honneur de toute l'église catholique. Elle ordonne qu'on y fasse un couvent de saint Benoit, pour y observer sa règle ; elle le soumet à

(*) Caria ÎOJ. (A. Bernard, p. 116, cb. S09 ) (a) Caria 6ï6.

(«) Caria 191-103 Savign. (A. Bernard, p. 110, cb. I9S et I»».) (a) Bibl. Sebm., «ni. I, caria I, p. I.

f I) A Ganusard, abbé de Savigny, rl aux religieux du monastère fCart. de Satignjr, p. 1(1.) (i) Vuuckw, aimant la Ic.on donnée par M. A. Bernard.

A l'histoire de bombes.

Mnyeul, abbé, pendant sa vie seulement. Elle vont que Ton envoie 10 s. par an, pendant cinq ans, pour le luminaire de l'église Saint-Pierre de Rome, pour obtenir la protection des saints A poires el du pape. Elle veut que les religieux exercent tous les jours des œuvra de miséricorde envers les pauvres et les hôtes ou pèlerins qui se présenteront au monastère.

Elle ordonne que dès ce jour-là les religieux qui sont dans ce couvent ne soient plus sous le joug de sa puissance ni sous celle de ses parents, ni du roi, ni d'aucune puissance terrestre. Elle ne veut pas qu'aucun prince séculier, aucun comte, aucun évéque ni pape puissent prendre ni usurper ou diminuer les biens qu'elle donne à cette abbaïe, ni qu'ils puissent les leur faire échanger ou donner en bénéfice à quelqu'un, ni qu'ils leur donnent un prélat ou supérieur contre leur volonté. Cette reine fait ensuite DM infinité d'imprécations contre ceux qui voudraient contrevenir à sa volonté. Sunfard écrivit celle charte pour Ponction, chancelier ; elle fut signée de Berthe, qui avoil fait ce don par les mains de ses lils Conrad et Rodolphe. Conrad, (ils du roi Conrad et d'Adelanie, la signa aussi, étant fort jeune, car il ne pouvoit avoir que huit ou neuf ans. L'on verra dans les preuves les nomades autres seigneurs qui la signèrent avec ceux que nous venons de nommer. Celte charte nous fait voir combien ces fondateurs craignoient que les rois, les princes, les ducs et les comtes et même les papes notassent les biens à ces abbaïes. Il semble que ces fondateurs érigeassent ces religieux en souverains, par l'indépendance qu'ils leur accordoient; mais quoiqu'ils leur accordassent de grands privilèges, ils ne conservoient que l'exemption des tributs et des charges ordinaires, et ils restoient toujours soumis à la haute souveraineté des rois et à leur haute juridiction.

Le 8» du même mois d'avril (a), Conrad avec son frère Rodolphe, sa mère et sa sœur, augmentèrent considérablement la fondation de ce monastère, lui donnant diverses terres et seigneuries, des dixmes et même la monnoie et le marché d'une seigneurie appelée Cour. L'erreur, pour la date, est plus grande dans cette charte que dans la précédente, car on la date de l'an 902, trente ans avant la fondation dont nous venons de parler et avant que Conrad fût parvenu à la couronne, où il ne parvint qu'en 937. Cette charte doit être de l'an 962, 26' du règne de Conrad. Elle fut signée de Conrad, ce que Guichenon a omis, et v isée par Ilenry à la place de l'évéque Kérold, qui étoil apparammenl chancelier de Conrad, comme Ponchon étoit chancelier de la reine Berthe.

Les termes dont la reine Berthe seserl en parlant de Burchard, évéque, son fils, me font croire qu'il étoil décédé peu de teins avant cette charte, d'autaut plus que nous trouvons qu'Amblard fut archevêque de Lyon en 963, comme nous le dirons bientost.

Cette princesse ne donne à Othon que le nom de roi, parce qu'il n'étoit pas encore empereur au mois d'avril ; mais il le fut bientôt après el la môme année 968.

(i) Blbl. Scbu,, état. 2, cap. 8ît p. S7». — Grand Cari. d« Cluny, fol. », II.

II! MÉMOIRES POl'R SERVIR

Le 3* mars de la môme année 26* du régne de Conrad (a), oe qui ponrroit être avant lft charte précédente, si l'on savoit précisément le jour du mois auquel l'on commenroit à compter le régne de Conrad, ce roi donna à l'abbaïc de Cluni un lieu appelé Crottet, au pays de Vienne, avec ses appartenances, et un moulin. Il fit ce don pour l'amour de Dieu et pour le remède de son aine, de la reine Adelanie et de leurs enfans, et il veut que ce don sorte son effet à perpétuité. Il le signa et il fut visé par le même Henry, pour l'évéque Corald. M. Guichcnon a fait imprimer que le lieu de Crotct ou Croat, comme il l'a écrit, étoit au pays de Moricnne, Moritwx, mais il y a Yitnnense dans le Grand Cartulaire, et Crotet fui confirmé à Cluni par Rodolphe, fils de Conrad, comme ce lieu étant du diocèse de Vienne. Il est vrai qu'on a écrit Marieuse dans le Petit Cartulaire, mais c'est apparemment une faute du copiste.

Guichcnon dit qu'Adelanie étoit veuve du roi Lothaire, sœur d'Othon, roi d'Allemagne; cette reine auroit pu être sœur d'Othon, mais clic ne pou voit être veuve de Lothaire, roi d'Italie ; c'étoit Adcleïdc, femme d'Othon, qui l'étoit. Ainsi il faut «ter les mots ridua erat Lotharij régis de la note de Guichenon.

Cette charte prouve que Conrad étoit marié, en 962, avec Adelanie, et qu'il en avoit des enfans, et surtout Conrad, qui avoil signé la charte que nous venons de rapporter ; et c'est peut-être l'existence de ce 111s qui fil que Conrad et Adelanie firent ou laissèrent entrer dans les ordres sacrés Burchard, leur second fils.

Cette charte prouve encore que l'époque que le R. P. Chifflct (b) a voulu donner du mariage de Conrad avec Mathilde de France, en 958, ne peut se soutenir, puisqu'il étoit marié en 962, avec Adelanie. Cette charte détruit encore ce que l'auteur de la Chronique de Flavigny (c) a avancé, que les promasses de mariage de Conrad et Mathilde de France furent faites en 934, car il y a erreur de 10 ou 12 ans pour le moins, ces fiançailles ou promesses de mariage n'ayant pu être faites qu'en 965 ou 966, puisque le mariage, suivant le sentiment de presque tous nos auteurs, ne se fit qu'en 967, comme nous le dirons.

Lan 963 (d), Amblard, archevêque de Lyon, acquit des fonds situez au pays d'Auvergne,«u territoire deThiern, vicairie de Dorat, au village appelé Rimsrac, Grivete et Montbrison, etc., et il en donna 100 s. du règne de Conrad. II avoit acquis deux ans auparavant, c'est-à-dire l'an 23' du règne de Conrad, des portions de ces mômes fonds, pour 400 s., d'un nommé Robert et sa femme et de quelques autres. Ce chartes donnent le titre d'archevêque à Amblard ; ainsy il le fut en 961 ou 962 au plus tard.

L'on trouve dans le Cartulaire de Savigny (e) une charte de l'an 27» de Conrad, où l'archevêque Amblard souscrivit, par laquelle un nommé Arulfe et sa femme Suane-

(») Crap.lOart. Uuny, p. 5>,au peltlfol. 88. — Bibl, S«bw., eenl i, r»p."1l, p 18. (i Hlrt. Tournu», thap. 15, p. Cu.

ïr' Cl.ro» Virdu... .bUjlU lia*!»., in blbllolb. Not., «... p. Labl*, p. IU. y.) Cri. Cluoy. A, "b Ba.olo, fui. Itl, earta t tl». tr., Cart., fol. »0, «ru IÎ8. (A. Bernard, p. H. ch. ISS.)

A l'histoire de dombks.

burge donnèrent à Gausmanl, abbé de Savigny, pour leur salut et celui d'Edulfe ut sa femme, et d'Evice, leur fils, et de leurs autres parents, la moitié de l'église de Saint-Loup, avec son presbytère et tout ce qui.en dépendoit, s'en réservant l'ueufruit pendant leur vie, pendant laquelle ils promirent de donner tous les ans, le jour de suint Martin, entre le pain et le vin, c'est-à-dire à l'offertoire de la messe, un uiuy de vin par an; et s'ils ne se trouvoient pas les légitimes maîtres ou héritiers de cette église, ils donnoient à cette abbaîe les biens qu'ils a» oient au Brcuil. Ils disent dans les précédentes chartes que si eux ou leurs héritiers vouloient revenir contre ce don, qu'ils consentoient qu'ils fussent condamnez à payer le double de ce bien, et que cependant leur don subsisterait. Arulfe et sa femme signèrent cette charte avec LUigucs, frère d'Arulfe, qui y consentit, Krvice, qui y consentit aussi, Plectudre, mère d' Arulfe, Amblard, é\éque, Berard, Girard, Baginard, etc.

L'an 29 de Conrad, Lambert, Valcngier, Adhal, Imma et Sarius, cautions d'Ailbert, donnèrent (a) pour son i\me un champ qu'il possédoil au pays de Lyon, territoire de Persieu, au village de Montagnieu. Ce champ joignait la terre de Saintl'ierrc. Je crois que ce sont des terres dépendantes de Cluni d'orient et midi. Cett* charte fut donnée le 21 février, féric 2*, mais je crois qu'il y a erreur et qu'il faut férié 3», le 21 février étant un mardi en 965, auquel l'an 29 de Conrad répond. Persieu et Montagnieu sont en celle souveraineté, et il faut que Persieu fût une seigneurie considérabl» en ce tems-ci, puisque Montagnieu et d'autres paroisses en dépendoient.

L'on trouve une charte de l'an 30 du règne de Conrad, par laquelle un nommé Girard et Bicoaire, sa femme, et leurs enfans (h) donnent une église dédiée à saint Paul, avec ses dépendances, eaux et cours d'eaux, dans le village de Ladimieu. Je ne sais si ce village étoitdans la chatellenie de Thoissey ou de Pont-dc-Veyle, dont le territoire éloil appelé Ladimiacense ou Ladiniaccnst, comme nous l'avons vu ci-devant.

Au moi» de mars 967 ou environ, quoique le Spicilége (c) mette la date de 957, Conrad donna une charte au profit du monastère de Grandval , à présent Munsterhal, au diocèse de Basle, par laquelle il reconnut que ce monastère avoit été anciennement bâti par la permission des rois ses prédécesseurs, et que l'on y avoit servi Dieu et ses saints, jusqu'à ce que son père le donna à un nommé Luifrcd, pour le posséder en bénéfice. Il avoue que depuis ce don les enfans de Luifred avoient partagé les biens de ce monastère et l'avoient détruit, prétendant ne le plus tenir en bénéfice, mais en propriété. Les moines s'en étant plaints, Conrad avoue que l'on avoit trouvé qu'il y a> oit eu une assemblée de l'empereur Othon, de son fils roi et de lui Conrad, par laquelle, de l'avis des duc», des évéques, des comtes

|>) Cirt. CImj, A, fol. m, e«rti MO. (Piiet* jo»liS > rtl p. 7, c». IX.) (■) <:.tl Clior, A, « j h M. ici . pmi M. Kl cuta M. («) SpicU.,!». I. p.»S«l«7l.

MKÏOIRES POIR 5EIIV1R

et de plusieurs autres, l'on avoit décidé qu'il nétoit pas permis à des rois de donner en propriété des monastères qui avoient été bâtis par autorité royale. Ainsy Conrad lit appeler en jugement, dans son palais, le lils de Luifml, pour l'obliger à rendre ce monastère aux moines et pour retirer les patentes du don que son père en avoit fait. Les enfans de Luifred ayant ouï les ordres du roi, y obéirent, et Conrad rendit le monastère et tous ses biens aux religieux, suivant leur ancienne charte; mais comme elle étoit vieille et rompue, ils perdirent beaucoup de ces biens, n'ayant pu les reconnoltre. Lothaire, roi de Lorraine, avoit déjà reconnu que les rois ne pouvoient pas dépouiller les églises de leurs biens pour les donner à des laïcs, et qu'ils Déchoient et faisoient mal en le faisant. Ainsy ayant donné en fief ou bénéfice des terres que l'église de Lyon avoit en Dauphiné, ce roi les rendit à Hcmy, qui en étoit archevêque environ l'an 863.

Nous avons mi» la charte de Conrad en 967, parce que, parlant d'une conférence de ce roi avec l'empereur Othon et le roi Othon, son fils, la charte ne peut étrcjde 937, puisque Othon ne fut empereur qu'en 9Gi, et Othon, son lils, roi qu'un an auparavant. Or, s'il y avoit 7 pour dernier nombre, dans la charte, elle ne peut être que de 967 et non de 957. Ce que l'on peut inférer de ces chartes, c'es; que si les monastères n'avoient pas des patentes des rois, les rois pouvoient disposer de leurs bieus et les donner à qui ils vouloient, c'est-à-dire qu'il falloit la permission des rois et leur amol lissement dès les premiers tems de la monarchie, afin que les monastères fussent regardés pour bien et justement établis.

Ce fut en la même année 967, suivant l'avis de la pluspart de nos auteurs, que Conrad se maria avec Mathilde de France, sieurdu roi Lothaire; en effet, nous ne ▼oyons pas que Louis-d'Outrcmcr eût eu d'autre fille que relie dont le duc Hugues fut parrain et qu'il tint sur les saints fonds en 943, année dans laquelle le roi délégua au prince Hugues le duché ou gouvernement de France et qu'il lui soumit toute la Bourgogne franroisc.

Cette fille de France n'auroit pu être promise en mariage en 954, selon la Chronique de Flavigny, puisqu'elle n'auroit eu que onze ans. Outre que nous avons vu que Conrad étoit encore marié en 962, il étoit veuf dès 963, à ce que je crois, et Burchard, son fils du premier lit, s'élant engagé à l'étal ecclésiastique, dans lequel il avoit peut-être été élevé, Conrad se détermina à se marier en secondes noces pour laisser à son loyaume un successeur laïc et capable d'avoir des enfans.

Lothaire céda à Conrad, en faveur du mariage de sa sceur, tous les droits qu'il avoit et possêdoit dans le diocèse de L\on, pour servir à la dot de la princesse sa SKur. La Chronique de Flavigny dit qu'il lui donna la ville de Lyon, située dans les confins du royaume de Bourgogne, qui éloit alors des droits du royaume de France. Klledit ailleurs qu'il lui donna en dot Lyon, la plus noble cité des Gaules; mais ayant fait voir jusqu'ici, par les chartes que nous avons rapportées, que les rois Boson, Uuis-l'Avcugle son fils, Rodolphe et Conrad avoient joui de la souveraineté de la ville de Lyon et de presque tout le Lyonnois, excepté de la partie du Forez qui étoit

A L'UISTOIHE DE nOMBES.

ati-delà de la Loire, nos rois ne codèrent que leurs prétentions, s'ils en conservoient quclqu'unes sur la ville de Lyon, et ils no donnèrent réellement et de fait que la souveraineté de la portion de son diocèse dont ils jouissoienl au delà de la Loire, ce qui fut la véritable dot de Mathilde.

Le R. P. Chifllet (a) a voulu mettre, comme nous l'avons déjà dit, ce mariage en 958, sur la foi de l'extrait d'une charte de l'abbaïc de Tournus, de l'an 3I« du règne de Conrad, par Inquellc un nommé Henry donna des biens à la b baie de Tournus, où Eudes ou Odon éloit ubbé. Il prouve que cet Eudes ne fut élu abbé qu'en 987 ou 988, et il veut que les 31 ans du règne de Conrad eussent été comptés de 958 ; mais outre que cette charte n'est point entière et qu'elle n'est qu'un abrégé, il faut corriger l'erreur de cette charte par toutes celles que nous avons rapportées, et dire qu'elle est de l'an 51 de Conrad et non de l'an 31, erreur qui n'est que trop ordinaire dans les anciennes copies de nos titres, comme nous l'avons vu et que nous le verrons encore.

L'auteur de la Chronique de Sainte-Bénigne de Dijon (b) est le premier qui ait dit que Lothaire céda la cité de Lyon pour la dot de Mathilde ; mais, outre qu'il lui a été facile de se tromper en disant qu'on avoit cédé une cité plutôt qu'en disant qu'on avoit cédé tous les droits et prétentions qu'on avoit sur cette cité, c'est que cet auteur ne parle de ce fait qu'en passant et pour faire voir qu'Aliénai 1, archevêque de Lyon, devoit faire serment de fidélité à l'empereur, comme à son légitime souverain. Ainsy il n'a pas été obligé do s'expliquer si exactement. Goulut a prétendu (c) que Lothaire Honna non-seulement Lyon et son diocèse, mais qu'il céda encore la ville de Vienne et ses dépendances, ce qui est contraire à la vérité que nous avons prouvée, que tous les rois, depuis Roson, avoient constamment régné à Vienne comme à Lyon.

Chorier et le II. P. Ménétrier conviennent (n) que Lothaire ne céda que des prétentions sur Lyon ; cependant M. Dupuy a prétendu que le mariage de Mathilde de France, bien loin d'avoir éteint les droits des rois de France sur le Lyonnois, les avoit conservés.

M. de Camps prétend plus (e), car il veut que le roi Lothaire soit resté souverain de Lyon, nonobstant la cession des droits qu'il avoit faite de sa souveraineté, et il prétend prouver ce qu'il avance, parce que le roi donna une charte à Lyon en 968 (f); mais outre que si le roi Lothaire étoit venu voir sa soeur à Lyon en 968, il y auroit pu dater les actes qu'il y auroit faits sans nuire à la souveraineté de son beau-frère qu'il seroit venu visiter, c'est qu'il y a toute sorte .l'apparence que cette charte fut donnée à Laon, où Lothaire faisoit son principal séjour ; et nous avons vu ci-devant que Laon s'appeloit Litgdunum ou Laudanum et qu'il y a eu diverses erreurs sur

Ul tliil. Tournu», chip. Sï, preuve», p. *M.

(a) C.ron. Siacti Beaig. .Imou. - !.. Spidl., ton. B, p. 39}.

(c) Lit. X, chip. 38, p. SRI.

(») Chorwr, le». I«r, liv. 10, US, p. 710. — Knttritr, Lyon, p. Ml-flM — Dapar, Droit» da r*>i.

(il r urc fr., avril I7Î5.

(r; Baliiu, apcadl», ad Bateau HUpan-, cap. 10», col. 8*0.

les chartes qui sont datées de l.itgdunum en latin, oh peut-être fut-elle donnée it Saint-Bertrand de Comminges, pour le voisinage duquel elle semble être.

A l'égard de l'erreur commune à MM. Dupuy et de Camps, qui prétendent que le roi Lothaire ne put pas céder à sa su-ur et au roi son mari, la ville et le diocèse de Lyon, ou du moins les droits qu'il y pretendoit, parce que l'usage de la maison de France est que les filles n'y soient dotées qu'en argent et non en fonds de terres, et moins encore en souveraineU-z, qui sont inaliénables, l'on répond que ces usages sont nouveaux et qu'ils n'ont point été suivis sous la première ni sous la seconde race ; 'et même pour lui défendre de donner aucune des villes de son royaume, ni aucune chose des trésors de leur père, en dot à sa fille, si Chilpéric n'avoit pu, suivant l'usage, donner ni ville ni argent de son trésor à sa fille, Childebert n'auroit pas eu besoin de le prier et moins encore de lui défendre de ne pas le faire; que s'il fit cette prière et ces défenses, ce ne fut que parce qu'il étoit brouillé avec le roi d'Espagne (a).

Dans la convention faite à Andelau, l'an 587 (b), Childebert convint avec Contran, son oncle, que Contran pourroit donner à sa fille telles villes qu'il voudroit et qu'elfe y auroit tous droits de domaine ou souveraineté. L'on y voit aussi quo la reine Brunehaut avoit hérité des villes que Chilpéric I" avoit données en dot à la reine Calsevinde, sa femme, sœur de Brunchant, et que cette dernière reine avoit aussi eu la propriété de diverses villes, pour son douaire, ainsy quo sa fille Clodosiunde, pour sa dot, et la reine Fileube, pour le don de son mariage.

Judith, fille de Charles-le-Chauvc, ayant été mariée à Edelulfe, l'un des rois d'Angleterre, vendit toutes la* terri» qu'elle y avoit eues pour sa dot, et revint en France où elle fut enlevée par Baudoin. Ce seigneur ayant racheté son crime, suivant que la loi salique le permettoit, Charles-le-Chauve lui donna le comté de Flandres pour la dot de cette princesse (c).

En 907, Charles-le-Simple donna (d) à Friderune, sa femme, du consentement des grands de ses états, les villes de Corbic et de Pontion, pour sa dot, avec pouvoir d'en disposer à sa volonté. Ce roi dit qu'il le fait suivant l'ancien usage du royaume et pour l'enrichir de ses propres biens.

L'usage de ces anciens temps, dit M. Vertot (e), étoit que nos François achetaient, pour ainsi dire, leurs femmes, tant par les biens qu'ils étoient obligés de leur donner en propriété, dont leur famille héritoit, que par les présents qu'ils leur faisoient, et à leurs plus proches parents, en sorte que c'était moins le père que le mari qui dotoit la femme qu'il épousoit. Cependant, à l'égard des princesses, on les dotoit toujours :

(a) Greg. de Tour*, livre C, chip. 45.

(t) Grrg. de Tours, li». S, I Î9. — C»p. Bilotii, loin. 1, p. 1 Ml.

(c) Moiiu, Chroi. Grrn., lit». 11.— De Rojre, de Miuii Dnltii, e«p. I, p. IM.

(o> Uulu», rapit

(.e) DiiMNstion , OrigiM dei Franço».

A I.'MSTOIRE DE DOMES. 1 17

ainsy Mathihle le fut de ce que son frère avoit dans le diocèse de Lyon, et cette cession fut apparemment faite, suivant l'usage de ce tcms-là, du consentement des grands. Ainsy, après celte cession consentie par le roi, les grands et les états du royaume, il ne reste plus aucun droit à nos rois de la seconde race sur ces pays; d'autant plus que cette cession ayant été faite par l'acte le plus solennel et le plus indissoluble, et suivie d'une possession de huit ou dix siècles, l'on ne sait comment des personnes de bon mm et de quelque érudition ont voulu parler de ces prétendus droits comme de droits véritables et réels.

M. Dupuy, pour soutenir son système, a avancé que si le roi Lothaire avoit fait cette cession, il avoit stipulé le droit de retour, par défaut d'hoirs maies ou de postérité de sa sœur, suivant l'usage qui s'observe à présent.

Mais M. Dupuy ne rapportant d'autre preuve de cette stipulation de droit de retour que celle de son imagination, il n'en peut être cru; d'ailleurs, s'il y eût eu une stipulation d'un pareil droit, nos rois n auraient pas manqué de conserver un acte qui leur aurait pu faire revenir un aussi grand diocèse que relui de Lyon; mais Conrad, qui possédoit très-constamment le Lyonnois, auroit il souffert une |»areille stipulation, tandis qu'on ne lui donnoit qu'une dot presque chimérique, ou du moins si peu considérable, par rapport à ce qu'il ne possédoit pas de ce diocèse de Lyon, que cette dot éloit des plus médiocres.

Enfin, si ce retour eût été stipulé, Hodolphe, fils de Conrad et de Mathilde, mourut •vins enfans en \ 032, c'est-à-dire 63 ans seulement depuis le mariage de son père, il n'est pas a croire que le contract de mariage de Conrad eût été perdu et inconnu en si peu de lems. Cependant Henri I", rai de France, ne lit pas le moindre mouvement, après la mort de Rodolphe, pour répéter ce grand diocèse. Cetoit à Henri et à ses sujets à agir en vertu de ce contract; l'occasion en étoit même favorable, le royaume de Hodolphe étant alors contesté entre Eudes, comte de Champagne, et Conrad-lc- Salique; cependant le roi de France ne se mêla point de leur querelle, il ne répéta point le diocèse de Lyon ; il reconnut donc avec tous les François qu'il n'y avoit aucun droit. Et comment le roi Lothaire auroil-il stipulé un droit de retour qui n'a été connu en France, pour les apanages, que depuis l'an 1374? En voilà trop pour réfuter des prétentions imaginaires et dont les rois n'ont jamais osé se servir dans aucun de leurs manifestes, ni pour faire la guerre à aucun des princes de l'empire, comme les comtes de Savoye, de Franche-Comté, de Provence, ni aux dauphins dp Viennois (a).

Le R. P. Ménétrier a donné, dans ses preuves [■}, une charte par laquelle Anselme, diacre, donna à l'abbaïe d'Aisnay, alors située dans une isle, suivant celte charte, deux domaines situez à Marsilly. Celle charte est datée du 30 mai, l'an 30 de Conrad.

M Mco.d.TriT0H»,i«id 1717, p. MO. — Dinirl, UUt d> Frane* , la-fol., p 601, loaslm IMI. («j tli,i. JcLjroi, ptawct, p. 11.

Cette date est encore erronnée, car le 30 mai ne fut un dimanche que l'an 968, qui étoit le 32* du règne de Conrad et non le 30*.

L'an 33 du règne de Conrad, Mayeul, abbé de Cluni, donna en précaire (a), c'està-dire en bénéfice et à vie, sous un certain cens, a un nommé Aimin, la moitié de l'église et du presbytère de Cliandéc et ses dépendances, que Mr Hector, évéque, avoit donné à son abbaïe. Cette église étoit située au pays de Lyon, et Aimin, pour dédommager l'abbaïc de ce bienfait, lui donna une terre qu'il avoit au village de Thoissey, pour en jouir après sa mort.

L'on trouve une forme d'excommunication (b] fulminée du tems de notre roi Conrad, qui est adressée à tous les habitai» de la Mlle d'Arles, afin qu'ils la fissent lire et publier dans l'église métropolitaine de Saint-Etienne. Aimon, éréque de Valence, excommunie, par cette sentence, un seigneur nommé Aicard, qui détenoit injustement des terres appartenantes aux églises de Saint-Ap|M)linaire et de Saint- Ciprien, lesquelles il n'avoit jamais pu l'obliger à restituer ni à comparaître en justice, pour se défendre sur la restitution qu'on lui en demandoit ; c'est pourquoi il dit qu'il a eu recours à la justice divine, après s'être adressé à Thibaut, archevêque de Vienne, à Amblard, archevêque de Lyon, à Widdon ou Guy, évéque du Puy, à Aisnard, évéque de Grenoble, et à Geraud, évéque de Genève, qui avoient tous été de son avis ; et |wce (pie la ville d'Arles est et doit être, dit-il, la capitale de cette Gaule, il y envoie son excommunication, afin d'avoir le consentement de l'évêque et du peuple de celte ville, et que tant Aicard que ceux qui laidoient fussent tenus pour bien excommuniez jusqu'à ce qu'ils se fussent corrigez et qu'ils eussent restitué ce qu'ils détenoient injustement. Cette sentence d'excommunication contient diverses imprécations que l'on pourra voir dans l'acte même.

L'évêque de Valence regardoit la ville d'Arles comme la capitale du royaume de Provence, parce que ce royaume étoit divisé, au sentiment de plusieurs auteurs (C), de celui de Bourgogne, par la rivière d'Isère, qui est au-dessus de Valence. Vienne et Lyon se sont disputé l'honneur d'être capitales du royaume de Bourgogne uni à celui de Provence. Outre les titres de rois de Bourgogne et Provence, il y a des chartes qui appellent nos rois rois d'Allemagne, rois du Mont-Jura, et de plusieurs autres noms. Le nom de roi de Bourgogne et de Vienne semble avoir été le titre qu'on donnoit le. plus ordinairement à ces princes, avec celui de roi des Gaules ou de la Gaule Cisalpine.

C'est environ ce tems-ci,'c'est-à-dire depuis l'an 960 à l'an 970, et du tems d'Adon, évéque de Maçon, qu'un nommé Gislot et Gondrade, sa femme, donnèrent (d) à l'église de Mâcon un curtil de franc-aleu, où il y avoit une maison, des vignes, pré»

(») CêrU Ooay, A, fol. 168, earta 17.

(■) AnalatU «Clara Mibilloaii, p. «2, in fol.

(c) Choriar, ton* tir, Ut. », art. U-15, p. 1*0.

(•) LU). Ia«at., M. III. (H. Ragat, p. 184, eh. CCCWI.)

a l'histoire de bombes.

et terres situez a Romenay, pays de Lyon, s'en reservant néanmoins l'usufruit pendant leur vie et celle de leur enfant, en donnant tous les ans trois septiers de vin à l'église Saint-Vincent, pour marquer qu'ils tenoient d'elle cette petite métairie. Cette charte fut apparemment passée en Bresse, puisqu'elle fut datée du règne de Conrad, et si les rois de France ont à présent la souveraineté de Romenay, c'est que les évèques de Màcon, qui en étoient souverains, étant seigneurs hauts justiciers de cette terre, ayant imploré la protection des rois de France pour se conserver dans la possession des droits de cette terre, cette protection a attribué |kîu à peu la souveraineté de Romenay à nos rois de France.

Un nommé Adalard donna (a) à la même église de Saint-Vincent, un mas appelé Court Valdonisque, situé au j>ays de Lyon, avec les serfs ou esclaves qui en dépendoient, sur quoi nous croyons devoir remarquer que la servitude personnelle étoit fort commune en ce tems-ci, soit en France, soit dans les royaumes de Bourgogne et de Provence, et qu'elle étoit très-ancienne, puisque l'on voit que Perpetuus, évéque de Tours, ordonne, dans son testament de l'an 404, que tous les .serfs qu'il avoit acquis à Savonières fussent libres, et que ses jeunes serfs servissent l'église pendant leur vie, mais que leur servitude ne pût passer à leurs héritiers ni aux fonds qu'ils possédoienl. Ainsy l'on voit que l'on vouloit que la servitude des personnes passât à leurs fonds, ce qui n'étoit pas juste et qui n'a pas été suivi [»}.

Le roi Pépin, fondant l'abbaïe de Figié, déclara libres de toute servitude humaine tous les habilans de Figié, de quelque endroit qu'ils s'y fussent venus habituer. H voulut que personne ne les pût répéter ni les inquiéter, et qu'ils ne fussent sujets qu'à la servitude et justice de l'abbaïe. Il les déchargea de plus de tous les droits que son fisc en pouvoil exiger.

L'on trouve une infinité d'autres preuves de ces servitudes, et il y en a plusieurs des affranchissements qu'on accordoit à ces sortes de serfs, qui ne sont pas de notre sujet.

Il y eut, environ ce tems-ci, un échange (c) entre Adon, évéque de Màcon, son chapitre, et Maycul, abbé de Cluni, et sa communauté. Mayeul céda à l'église de Maçon des biens situez au territoire de Salornay, pais de Màcon, et Adon céda à cet abbé le bois et le lac appelé Usa, situé au païs dé Lyon, dont voici les confins, savoir la terre de l'évcché et de l'église de Maçon d'orient, et du coté de midi l'eau qui sort du lac, d'occident la rivière de Saône et du coté du nord le bois ou forêt qui restait à l'église de Màcon, un fossé entre deux ; l'évéque Adon déclara ne céder que le tiers de la forêt et le tiers de la pêche ou troisième coup de filet, avec les neuvièmes et dixièmes, les rivages et les eaux. Cette charte est datée du règne du roi Lothaire; nous la rapportons parce que nous avons rapporté ci-devant diverses chartes qui regardent ce lac d'Osa ou d'Usa. Elle fut passée à Màcon, et c'est pour cela qu'elle .•st datée du règne du roi de France.

(*, LU.. lacak, fol. III. (M. Rigul, p. ISs, eh. CCCXXV.) (>) SpieU., 14 m « S, p, SOI*

(c) Lik. botcnil., fol. 9». (M. R.gut, p. 1*0, eh. CCLXYÏl.)

l.'iO MÉMOIRES POUR SERVIR

L'an 97) et le 29* du règne de Conrad (a), ce roi confirma les privilèges de l'abbaïé de l'Isle-Barbe près de Lyon, pour Ions les biens qu'elle possédoit de la libéralité de ses prédécesseurs. Parmi ces biens éloient ceux que cette abhaïe avoit a Viray, à présent Neuville, et son port, Montancy, Brcssoles, Niost et Rillieu, paroisses qui sont de l'archiprétré de Dombes et qui éloient en plus grande partie de la souveraineté de nos princes, commc.dépendantes deja seigneurie de Miribel ou des autres terres de M" de Beaujeu en l'Empire. Il y a erreur dans la date de l'an 29 de Conrad, car l'an 971 étoit l'année 33» de son règne et non le 29. Mais nous avons tant remarqué de pareilles fautes des copistes de ces ebartes, qu'il est inutile de faire voir ici la fatalité qu'il y a eue de la part des copistes de tomber dans ces erreurs.

Le mardi 16» septembre 973, 36« du règne de Conrad, une nommée Droitalde donna [%] à l'abbaîc de Savigny, deux curtils situez au pays de Lyon, territoire et village de Fleurieu, et au village de Livieu. Nous remarquons celte date du Cartulaire de Savigny, qui a compté le règne de Conrad de 937, parce que plusieurs autres ne le comptent que de l'an 940.

La même année 36° du règne de Conrad, l'an 973 ou 976, suivant que l'on compte les ans du règne de ce roi, l'abbé Mayeul donna [c) à un homme noblcappcllé lingues et à sa femme Ailmndeet à leur fils Etienne, la paroisse d'Ambérieu, en sorte néanmoins que si leur fils Etienne semarioit et avoit des enfans légitimes, son atné jouiroit encore d'Ambér ieu pendant sa vie. L'abbaîe de Cluni se réserva, pour marque de sa propriété et possession de cette paroisse, l'église paroissiale de Saint-Maurice, son prtsbytère et ses dixmes, une terre dépendante d'Ambérieu, qui éloit dans la paroisse de Saiïgnieu, et un esclave appelé Rainilde, avec ses enfans. Mayeul céda tous les autres biens dépendant d'Ambérieu à ce seigneur Hugues et à son fils Etienne, et ht des imprécations contre ceux qui voudroient jouir plus longtemps de ces biens qu'il ne le leur permettoit. Et afin que cette précaire fut exécutée sans difficulté, il la signa avec ses frères religieux ; Vivien la signa après lui, et ensuite Ermcnfroy, évéque, Balduin, Léolald et autres.

Je ne sais si cet homme noble appelé Hugues, qui avoit un fils du nom d'Etienne, étoit de la maison de Beaujeu, ou si il étoit de celle de Villars ou de Baugé.

La même année 36 de Conrad Id), un nommé Matfrcd et son frère Silvius allèrent se plaindre à Saint-Etienne de Lyon, devant André, prévôt de cette église, et devant les autres chanoines qu'ils appellent frères, de ce que Gausmard, abbé de Savigny, leur usurpoit une terre au pays de Lyon, à Saint-Baudcle. Cet abbé prétendit avoir un juste titre et un juste droit pour garder ces fonds. Cependant cet abbé leur donna 35 s moyennant lesquels ces particuliers déclarèrent, en présence de ces chanoines, qu'ils se départaient de tous les droits qu'ils avoient sur cette terre et convinrent que

(*) Masure» d« ridr-lUrbc, p. «».

I») <■.«!» 181. (A. Dtrngrd, 1». U», ch. I8Î.)

,..) Car. Uwiy, A, iob Miiolo, fol. «S, cru I». (V. Pi*e» JwUllc.liwi, p. P, th. XL; l», C»rt. S«»>B»y, cru iii. (A. Btrmrl, p. 171, th. Î50.)

A l'histoire de dombf.s.

si quelqu'un vouloit faire quelque nouvelle contestation sur ces fonds, il payerait le double de leur valeur. Malfrcd et Solvicn, son «frère, signèrent la charte, avec Astéru ne, chanoine de Saint-Etienne, Bernard, Assicr, Eldurie; Urdulfe récrivit. Cette charte prouve la juridiction du chapitre de Lyon dès l'an 972, qui étoit le 36e de Conrad, ou dès 970, comme plusieurs chartes de ^Savigny comptent les années de Conrad, juridiction que le R. P. Ménétrier met un siècle ou deux après celui-ci.

L'an 72 du règne de Conrad, qui est l'an 974, à prendre à 937, une dame du nom d'Aldegarde donna (a) à l'abbaïe de Savigny, pour l'amc de Faucher, son fils, cinq curtils, avec leurs dépendances, près, champs, moulins, situez au pays de Maçon, dans la vicaiiïe de Saint-Martin qui s'appelle Lamure, au village de Premenulfe, pour en faire tout ce que l'abbé voudroit. Il faut que cette charte ait été faite à Savigny, les donateurs y étant, car si on l'avoit faite en Maconnois, elle auroit dû être datée du règne du roi de France.

Il y en eut une autre en 988, qui fut aussi datée du règne de Conrad, par laquelle un prêtre nommé Salicon donna (b) à l'abbé de Savigny, nommé Hugues, des biens situez en Maconnois, au territoire de Toltedunensi, savoir l'église déditV à saint Pierre, apôtre, saint Jean-Baptiste et saint Nizier, avec son presbytère, et un curtil avec ses dépendances. Il donna encore au village de Montaney, tout ce qui y dépendoit de cette église et la troisième partie de l'église Sainte-Marie, appelée de Curlésiet, le tout pour être appliqué à la table des religieux. Et au cas qu'on en voulût ôter les biens qu'il donnoit, il les substitua à l'abbaïe do Cluni, anathématisant néanmoins celui qui les ôteroit.

Sous le règne du roi Rodolphe, fils de Conrad, une femme nommée Misimbna donna (c) à la même abbaïc de Savigny un champ au pays de Màcon, au mémo terri toire Tolvtdunensi, au même village ou paroisse appelé Saint-Nizicr. Ces deux chartes, avec la précédente, doivent avoir été passées à Savigny, en Lyonnois, puisqu'elles sont datées, comme nous l'avons dit, du règne de Conrad ou de celui de Rodolphe, son lils.

L'an 38* du règne de Conrad, un nommé Roclenc donna (d) à Mayeul, abbé de Cluni, des biens qu'il avoit acquis et qu'il possédoit par précepte royal, c'est-à-dire par don ou par ordonnance du roi ; c'éloit un fisc indominiqué ou seigneurie de franc aleu, appelé Chaveyria, avec l'église Saint-Jcan-Baplistc qui en dépendoit et toutes ses dépendances, situez dans le pays de Lyon. Roclene et Irmengarde, sa femme, signèrent cette charte avec Girard, Amédée, Hingebcrt, Arbold, Eldcgere, Grimaud, Bodon, Bernard, Emme, Umbald, Landric et Ansclard.

U) Ihid., earu III. (A. Bennrd, p. IS7, ch. 110.) (*) Ibld., eut* » -M. tld., p. SIS, ch. Ml.) (c) Ibid., «ru 69Î. (M., p. SS7, eh. 690.)

(») C*rt. duv A, fol. 16», ctru 11. (V. Pieet* Ja.tiflc.lim, p. », eh. XII.)

L'an 976, 36e du roi Conrad, ce roi confirma (a), suivant la coutume des rois ses prédécesseurs, les privilèges de l'abbaïc de Savigny, où Gausmard étoit abbé. Il fit cette confirmation à la prière d'Amblard, archevêque de Lyon. Sa charte donne le titre d'invincible à Conrad. Un nommé Viventius récrivit. Elle fut donnée à Lyon publiquement, c'est-à-dire dans l'audience publique que Conrad donna dans cette ville. Cette charte compte, comme plusieurs autres du même Cartulaire, les années de Conrad de l'an 940, teius de son couronnement et de sa première entrée dans ces pays, w qui détruit, comme on l'a dit plusieurs fois, le système de ceux qui veulent que Conrad n'ait régné à Lyon qu'à cause de son mariage avec Mathilde. L'indiction de cette charte est marquée 2, ce qui est une erreur, car c'étoit l'indiction 4» ; tant il est peu de chartes où les copistes n'aient fait quelque erreur dans les dates.

C'est environ ce tems-ci (b) qu'Adeleïde, veuve de l'empereur Othon I" du nom, ayant été brouillée avec Othon II, aussi empereur, son fils, vint voir son frère le roi Conrad, afin que pendant son absence, Othon, son fils, eût le loisir de se repentir de l'avoir maltraitée. Conrad et la reine Mathilde, sa femme, reçurent cette impératrice très-honorablement et avec beaucoup de plaisir; toute la Bourgogne se réjouit de son arrivée, et surtout la ville de Lyon, très-renommée, et la ville de Vienne, demeure

Saint Odilon attribuo à Adeleïde l'établissement du monastère de Pctorlingucn, où elle lit enterrer Berthe, sa mère; ce saint n'a voulu dire, à ce que je crois, autre chose, sinon qu'elle fit de grandes libéralités et ajouta quelques bâtiments à ce monastère, car ce fut la reine Berthe et Conrad qui le fondèrent, comme nous l'avons dit ci-devant.

Saint Odilon remarque (c) que cette impératrice fit bâtir une ville en Allemagne, qu'elle appeloit Salse, à laquelle elle accorda la liberté romaine. Cet auteur n'explique point en quoi consistoit cette liberté; je crois cependant que c'est sur l'exemple de cette liberté que les empereurs et les rois ont accordé tant de privilèges à nos villes, et surtout celui qu'ils ne leur feraient payer aucune taille, maltote et tribut, que ce ne fut de leur franche volonté, et à moins que les bourgeois ne l'eussent accordé librement, ce qui est le premier privilège que l'on trouve dans toutes les chartes accordées à nos villes, comme étant le plus important et celui auquel les princes et

(*) Crt. Sa»i«ny, fol. SS, earla IÎ3. (*•• Bernard, p. M, th. lîJ.) - KM. Stbujiana, «ut. I, cap. »7,

des rois.

Des seigneurs nommez Guichard et Berard donnèrent (d) à l'abbaïc de Cluni, l'an 22 du roi Lotliaire, qui étoit l'an 976, tous les biens que leur frère Bernard avoit laissés à Thisv, au pays de Maconnois, suivaot que leur frère leur avoit ordonné do

p. 1 10.— Meoelritr, pr., p. nii.

(» KM. Clnniiie., p. lit.— Meaélrier.

-, prtmrre, p. Mil.—

lll:".. EML

FI«ory,

iî, lir. 59,n.»l,

p. tue.

(c) Bibl. Cluniax.

(a) Cari. Cluay à, carta lub Haiolo, W.

a l'histoire de do vues.

les donner pour le salut de son âme. Cette charte fut signée de Bcrard, Guichard, Geofray, Adalbert, prêtre, au mois de janvier.

On voit ici et en plusieurs autres chartes que les villes et paroisses du Bcaujolois qui étoient du diocèse de Maçon ne sont désignées que pour être au pays de Maçon, et qu'on ne partait point encore de la seigneurie de Beaujollois comme d'une seigneurie particulière.

Un vendredi 9* aoust, l'an 978, Amblard, archevêque de Lyon, donna (a] à l'abbaïe de Cluni une maison et ses dépendances qu'il avoit acquises de ses propres biens. Celte maison étoit située au pays d'Auvergne, au village ou paroisse d'Innisiat. Il donna plusieurs cautions pour la sûreté du don qu'il faisoit, parce qu'il craignit apparemment que ses parents ne voulussent le révoquer. Celte charte est datée du roi Lolhairc, régnant en France; elle fut donnée à Lyon, en public ou à l'audience, en présence d'une grande multitude de peuple. Cette charte semblcroit prouver que le roi Lothaire étoit reconnu pour roi à Lyon ; mais outre qu'on lui donne la qualité de régnant en France, ce qui exclut son règne en Bourgogne, c'est qu'on mit son nom dans cette charte parce qu'elle devoit avoir son exécution dans le royaume de France, comme nous en avons rapporté ci-devant plusieurs données à Cluni, même en audience, qui étoient dattées du règne de Conrad, parce que les terres qu'on donnoit étoient dans son royaume.

L'année 978 fut la dernière de l'épiscopat d'Amblard, car l'on trouve Burchard II évêque en 979, et en 984 il comploit qu'il étoit à l'an 6« de son archevêché. Ainsy ces deux titres fixent parfaitement l'époque de Burchard II.

Cet archevêque, tenant son chapitre qu'il appelle son consistoire dans l'église Saint- Etienne, qui étoit alors la métropolitaine, assisté d'un grand nombre d'ecclésiastiques et de laïcs qui étoient ses fidèles ou vassaux, pour y traiter des affaires de son église, confirma les privilèges de l'abbaïe de l'Isle-Barbe (d), suivant que ses prédécesseurs les avoient confirmés et suivant les chartes que celle abbaïe en avoient obtenues à la prière de Leidrad, d'Aurélien et d'Alluvalla, archevêques de Lyon, des rois ou empereurs Louis, Charles, et du roi Conrad, son père, qui régnoit encore, ce que Burchard fit de l'avis et conseil de ses fidèles des deux ordres. Il ordonna en conséquence que celle abbaïe jouiroil de tous les biens dont elle étoit en possession et do ceux qu'elle pourrait acquérir, sans aucune contradiction et sans que ses successeurs pussent les lui ôter ni les lui diminuer, ni qu'aucune personne pùl les envahir ou y imposer quelque droit nouveau et injuste, à condition que l'abbé assisterait à ses sinodes.

Le R. P. Ménétrier, qui a traduit celte charte (c), croit qu'elle établit que Burchard II avoit eu la ville de Lyon pour son apanage, et qu'il y commandoit absolument du vivant do son père, puisqu'il confirmoit des privilèges et qu'il avoit de»

(a) Crt. CJimy À, Mb M»ioto, f.li. 1M, nrU I. (■) Miwret i, rblt-BarlM, f»{. 67.

(cj Uin.deL]r..,p. 18ï.

MEMOIRES POl'R SERVIR

vassaux ecclésiastiques et laïc;; ainsy, dit-il, l'autorité de l'archevêque sur le temporel pnrolt ôtre établie dés ce tems-là, c'est-à-dire sur la fin du i0« siècle, et celle du chapitre, dit-il, lui est postérieure de plus de cent ans. Cet auteur n'avoit appuramment pas vu la charte de Savigny que nous venons du rapporter, qui établit la juridiction du chapitre dès l'an 36 du règne de Conrad, et qui suppose que le chapitre l'avoit longtemps auparavant. Mais comme ce point d'histoire de la seigneurie temporelle ou souveraineté des archevêques et du chapitre de Lyon ne nous parolt pas avoir été assez approfondi dans les historiens et dans les autres auteurs qui en ont parlé, nous croyons y devoir donner quelques éclaircissements, parce que la souveraineté des archevêques et du chapitre de Lyon ayant en partie le même fondement que celle de Dombes, il est difficile de faire connotlre l'une sans éclaircir et parler de l'aulre, quoique l'autorité spirituelle des évêques ait beaucoup contribué à leur procurer leur souveraineté temporelle, autorité spirituelle que les princes laïcs n'avoient pas.

En effet, le respect que les premiers princes chrétiens eurent pour les évêques le* portèrent à leur apporter de grands privilèges; la sainteté de la vie de ces évêques, leurs liltéralilez, leurs grandes aumônes envers les pauvres et leur désintéressement pour les biens de ce monde faisoient qu'on soumettoit les plus grandes et les plus importâmes affaires à leur décision.

Constantin, le premier des empereurs chrétiens, persuadé de leur justice et de leur équité, ordonna que si une partie voulait se régler par leur avis, l'autre partie fût obligée de s'y soumettre ; il fil plus, car il ordonna que leurs jugements seroient irréforinables. Il leur accorda par là une juridiction souveraine. Celle loi fut insérée au Code Théodosien, pour être observée dans tout l'empire (a). Juslinien n'inséra point celte loi dans son code, ainsy ce grand pouvoir des évêques fut diminué pendant quelque tems; mais le grand crédit qu'ils reprirent en France, sous la première et seconde races, où ils assistèrent à loules les assemblées des états, la part qu'ils curent à l'élection du roi Pépin, et la considération que Charlemagne eut pour eux, firent que nos rois renouvelèrent en leur faveur le privilège que Constantin-le-Grand leur avoit octroyé ; il fut mis dans le G« livre de leurs Capitulaires ou Ordonnances [aj .

Le crédit des évêques ne put pas diminuer dans les provinces du royaume de Boson, car ce fut principalement les évêques qui l'élurent et qui élurent Louis-l'Avcugle, son (ils, et peut-être même élurent-ils le roi Conrad, sous lequel, ainsy que sous ses prédécesseurs, les évêques eurent une très-grande part au gouvernement. Ainsi il leur manquoit peu de chose pour jouir d'une entière souveraineté.

L'église de Lyon, fondée dès les premiers siècles, avoit eu des évêques presque tous distinguez autant par leur naissance et par leurs richesses que paclcur science et leur sainteté; ces évêques se prenoient le plus souvent du corps de l'église de Lyon, qui s'est toujours distingué par sa noblesse.

(4} Cod. TWod., Hfc. <«, lit. 10, Ik Epi»»p. Mdirm a, 1. I. - Cntim., Q«««. I, m. tS, »«, «7. (■> C.pic, Ub. I, «p. les, tptd Balu»., (. l,p»|. «SI.

, A L'HISTOIRE BK BOMBES. 155

Peu de chanoines ètoient reçus dans cette église et dans les autres qu'ils n'y apportassent ou tout ou la plus grande partie de leurs biens; les évêques surtout so croyoient plus obligez que les autres à laisser leurs biens à l'église et aiu pauvres. Ainsy les églises devinrent très-riches et très-opulentes, autant par les biens particuliers des évêques et des chanoines que par la libéralité des rois, des princes, des seigneurs et des autres particuliers.

Perpetuus, évéque de Tours, institua (a), en 474, les pauvres et son église, de peur, dit-il, que les biens d'un prêtre on évéque ne passassent à d'autres qu'à l'église, termes qui font voir que c'étoil une espèce de devoir aux prêtres et aux évêques de donner leurs biens aux pauvres et à leur église.

Grégoire de Tours nous apprend (b) que Loup, "citoyen de Tours, ayant perdu sa femme et ses enfans, voulut se faire d'église, mais qu'il en fut empêché par son frère, de peur qu'il ne laissât ses biens à l'église s'il se faisoit ecclésiastique. Saint Augustin nous apprend (c) que l'église d'Hippone, dont il étoil évéque, voulut le forcer à élever Pinien à l'ordre de prêtrise, quoiqu'il fût marié et qu'il ne voulût pas être prêtre, pour avoir ses biens qui étoient très-considérables, ou du moins afin qu'ils eussent eux seuls part aux aumônes qu'il en faisoit.

Charlemagne, dans son Capilulairc de l'an 794 [d], donné à Francfort, voulut que les évêques laissassent à leurs églises tous les biens qu'ils avoient acquis depuis leur ordination, et que leurs parents ne pussent hériter que des biens qu'ils avoient eus avant leur épiscopat et qu'ils n'auroient pas donnés à leur église. C'est pourquoi Amblard, archevêque de Lyon, donnant ses biens d'Auvergne & l'abbaie de Cluny, déclare qu'ils sont de sa propre substance, sans quoi il auroit dû les laisser à l'église de Lyon, sans pouvoir les donner à l'abbaie de Cluni.

Le pape Pascal l»r, confirmant à l'église de Mâcon tous les biens dont elle jouissoit, ordonna que tous les biens que les ecclésiastiques acquéreroient depuis leur ordination appartiendroient à l'église où ils avoient été ordonnez.

C'est sur ces principes que l'empereur Lothaire icconnut, en 853 (e), que l'église de Lyon avoit été autrefois très-riche et très-puissante, par le soin de ses évêques, mais il avoue que, par le malheur des teins, elle avoit perdu une grande partie de ses biens, et, pour l'en dédommager, il lui donna le monastère de Nantua, ainsy appelé, dit-il, à cause des eaux qui prennent leur source dans son voisinage.

Les chanoines réguliers ne Tétoient pas assez pour ne rien prendre pour l'entrée de leurs chanoines, car Etienne Bcroveis, chevalier, se faisant chanoine régulier d»

U) SpltU.,t«». s, p. w*.

(») li*. e, i is.

(c) EpUt. I»î»i Aa| i • i i h i , 1 1< cl SU. (•) Cpil., cap. IUIum, Ml). M*.

U, SfMI.,IMkt,MII.

MÉMOIRES POIR SERVIR

l'abbaïe de Six, donna (a) à colle abbaïe les dixmes de plusieurs paroisses et le tintement d'un nommé Gencvay. Les chanoines, craignant d'être inquiétez dans ces don», s'adressèrent à Aitnon, seigneur de Faucigny, patron de celte abbaïe, et qui étoit, en cette qualité, obligé de la défendre, qui leur donna sa charte pur laquelle il promit de les conserver dans la possession de ce don ou aumône, l'an I i 26.

Les abbaîesct les autres églises se firent ainsy donner presque toutes les dixmes inféodées ou possédées en alleu par des laies. Cependant le pape Honoré condamna, par une constitution de l'an I 1 i8, la mauvaise coutume de recevoir ou exiger de l'argent ou des biens de ceux qui étoient reçus chanoines (s).

Les richesses que les évéques amassoient pour leurs églises ne venoient pas de leur seule industrie. L'on sait qu'ils ne Ihisoient rien, dans ce tems-là, pour l'administration du temporel, que de l'avis de leur chapitre ; et c'est ce que la charte de l'Isle- Darbc, dont nous venons de parler, établit parfaitement, puisque Rurcbard se joint à son chapitre pour confirmer les privilèges de cette abbaïe. Lors donc que l'empereur Lolbaire dit que l'église de Lyon avoit été enrichie par les soins de ses évéques,. il n'exclut point les soins du chapitre de cette église, mais il les attribue à l'évéque comme au chef de ce chapitre et à celui qui avoit la surintendance de l'administration de ses biens.

Je crois donc que le R. P. Ménétrier s'est trompé en voulant faire une distinction entre l'autorité de l'évéque et celle du chapitre de Lyon, sur le temporel de cette église, puisque leurs biens n'étoient pas encore divisez et que tout se faisoit de concert et par un assentiment mutuel. L'effet de cette copropriété solidaire s'exerce par le chapitre pendant la vacance du siège.

Les vassaux ecclésiastiques et laïcs qu'avoit l'archevêque de Lyon, on plutôt ses fidèles, ne prouvent autre chose, sinon que l'église de Lyon avoit des terres dez ce tems là, où il y avoit des gentilshommes qui lui avoient promis fidélité et qui dévoient servir cette église dans les guerres particulières qu'elle pourrait avoir contre les seigneurs ses voisins, qui n'étoient pas ses vassaux.

Rurchard, l'un frère, l'autre fils de Conrad, ayant été assez longtems archevêques de Lyon, l'on ne peut presque pas douter que Conrad n'eut cédé à ces archevêques le gouvernement temporel de Lyon, pour le joindre au spirituel, et qu'il n'eût élevé ces archevêques, et par eux leur chapitre, au-dessus des comtes de Lyon, pour le temporel, en cédant les droits régaliens à l'église de Lyon, dont les biens n'étoient point encore divisez entre l'archevêque et le chapitre (c). Je crois même qu'ils vivoient en commun et s'appeloient frères, quoiqu'ils ne fussent point moines ni chanoines régu liers, car, sans faire aucuns vœux, l'on gardoit dans presque toutes les églises cathédrales et métropolitaines une partie des règles que saint Augustin avoit voulu êtregardées dans son église d'Hippone.

(Il B.bl.S«b.».,e«LI,«p. M.

(cj Mci.eu.tr. p. WJ.JSS.im.

A l'histoire de bombes.

J'avouerai ingénuement que je ne puis savoir si ce fut Rodolphe IIe qui donna les droite royaux à l'église de Lyon, avec les droite de supériorité sur les comtes en certaines choses, en faveur de Hurchanl 1er, son (ils, qui put être reçu chanoine de Lyon dez que ce roi parvint au royaume de Bourgogne, ou si ce fut Conrad-le- Pacifique qui les donna ou les promit à cette église, après que son frère eût été élu archevêque, ou si ce roi ou Rodolphe IIIe, son fils, donnèrent la seigneurie temporelle et le domaine de Lyon a Burchard II*, qui la laissa à l'église, suivant l'usage de ce lems-là, que nous venons d'établir. Peut-être l'église de Lyon hérita-t-elle ab intestat des deux Burchards. Ainsy elle n'eut aucune charte pour leur hoirie, ou bien il faut que le lems, qui consume tout, ait consumé ces premiers titres; mais la possession que les archevêques et l'église de Lyon ont eue des droite royaux et de quelques droite plus éminente quo ceux des comtes de Lyon, suppose incontestablement la vérité d'une des donations dont nous parlons, ou la succession ab intestat de l'église de Lyon aux biens de leuis archevêques Burchards.

La vérité do ce don étoit confirmée, suivant le R. P. Ménétrier (a), par l'auteur de la Vie de saint Anlhelme, évéque de Belay, qui ne vivoit que 150 ou 200 ans après cette donation. Ce père rapporte les termes de cet auteur, qui n'en laisseraient, à mon avis, aucun doute; mais ayant voulu vérifier les actes de la vie du ce saint, par Surius, que le R. P. Ménétrier cite, je n'y ai rien trouvé qui regardât cette donation. Peut-être que ce père avoil trouvé ce fait dans quelques autres titres, et que sa mémoire, qui étoit des plus admirables et des plus fidèles, l'a trompé dans cette citation.

Severt dit (b) qu'en Ht 5, Gauceran, archevêque de Lyon, étant allé à la Chartreuse de Portes, en Bugey, un prêtre nommé Briord, qui fut ensuite archiprétre, remontra à cet archevêque que le lieu où ils étoient étoit royal et dépendoit de tout tems des rois de Bourgogne, et qu'ainsy il appartenoit à cet archevêque comme toutes le» autres régales de son archevêché, et qu'il lui appartenoit de droit royal. Cet archevêque s'élant informé de la vérité de ce fait, et ce fonds s'étant trouvé dépendre des rois de ces pays, l'archevêque Gauceran le donna & l'abbaie de Portes. Ce don prouve très-clairement la possession où étoient les archevêques de Lyon des droite royaux, avant les lettres-patentes de l'empereur Frédéric, et qu'ainsy le don des droite royaux avoit été fait aux archevêques de Lyon par les rois Conrad ou Rodolphe.

Les archevêques et le chapitre, comme seigneurs temporels de Lyon, y jouissoient de tous les droite royaux, par indivis avec les comtes do Lyon, comme on le voit dans ta transaction de H 67; mais l'archevêque et le chapitre avoient le dixième sur la monnoie de plus que les comtes; je crois que ce dixième étoit le droit que les rois se réservoient dans la concession qu'ils faisoient à quelques-uns des grands seigneurs de leur royaume, du droit de faire battre monnoie. Les rois donnoient quelquefois ces droite de dixièmes aux églises, car nous trouvons que aiarles-le-Simple donna (c)

(a) Maattritr, Mm J« Ljraa, p. 18S.

(.) I.. LuidaMMibu, ». î«, p. «S. — Culch»noB, HUl. <i< B«.i«, pm<o, p. m.

Ci8

mi. moire s roi'R servir

à la chapelle Saint-Clément les neuvième et dixième de la monnoie qui se faisoit dan* son palais de Compiègne, ce qu'il ne faut entendre que des neuvième et dixième de* profits de celte monnoie, car si on l'expliquoit autrement, le profit de ce» église» auroit été trop grand.

Le R. P. Ménétrier croit [k] que no* archevêques reçurent le château de Pierre- Scize avec la juridiction temporelle ou souveraineté de Lyon, château qui avoil été, dit-il, le château des anciens rois de Bourgogne; mais je ne sais où il a pris ce qu'il en avance ; il est même si peu assuré de ce qu'il en dit, qu'il ajoute presque sur-lechamp que ce château étoit le château du comté de Lyon.

Je crois que c'est après le don du comté de Lyon et des droits royaux fait à notre archevêque Burchard, ou après que l'église de Lyon en eut hérité de Burchard I«* ou 11e, que les archevêques de Vienne, qui avoienl toujours eu beaucoup d'émulation pour conserver une égalité avec nos archevêques, se firent donner le comté de Vienne. Ce fut le roi Rodolphe qui fil ce don, le lé septembre 1023, à Burchard, archevêque. 11 semble, suivant la traduction de ce don faite par M. de Maupcrtuy (b), que ce comté éloil restreint dans la ville et à sa banlieue, car la charte, suivant sa traduction, ne parle que de la ville et de ses environs. Ainsy ce don n'eut pas autant d'étendue que celui fait aux archevêques de Lyon. Aussi n'étoit-il pas juste qu'on donnât autant a un archevêque qui n'étoit pas parent ni allié des rois, qu'on donna à un frère ou à un lils de rois. Il est même à croire que le comté de Lyon fut donné pour droit de légitime à l'un de ces Burchaids et qu'ils le laissèrent à l'église de Lyon, qui succédoit aux biens de ses prélats, comme nous l'avons établi.

Le comté donné à l'archevêque de Lyon, ni celui qui fut donné & celui de Vienne, ne nuisirent point aux droits des anciens comtes que le roi ne pouvoit déposséder, mais le roi donna à ces archevêques une partie des droits utiles dont il jouissoit luimême, et qui étoient supérieur» et pour le moins égaux à ceux des comtes, outre que le comté du comte de Lyon n'en comprenoit point tout le diocèse, et que celui de l'archevêque avoil plus d'étendue.

Le comte avoil ses terres comtales et des droits particuliers; aussi trouve-t-on une charte (<:) par laquelle un nommé Madagaud et sa femme donnent des biens qu'ils av oient au pays de Lyon, au territoire et dans le village de Fleurien, dans un lieu appelé l'Estrade, après quoi ils donnent, dans le comté môme de Lyon, au pays de Forest, au village appelé Madis, un mas qui leur appartenoil. Les termes de celte charte distinguent, à ce qu'il me semble, le comté de Lyon de son diocèse. Cette charte est du tems de notre roi Conrad. Nous n'en dirons pas d'avantage, quant à présent, sur cette souveraineté et comté de l'église de Lyon, parce que nous aurom. occasion d on parler souvent dans la suite.

(«1 fli<t. de l )0ii, p. Ml.

(t) BU. de I» Su Eeel. d. Vknae, p. IM.

(« Cari. I» |B]r, ton* 177. (A. Bcro.ro, p. 151, c». IM.

A l'histoire dk dombes.

En 979, one dame nommée Lcutza et ses fils donnèrent (a), pour le repos de l'âme ie leur seigneur, à l'abbaïc de Cluni, uu mas sis au pays de Lyon, au territoire de Strabiaccnsc, au village d'Asnièrcs, Conrad régnant dans la Gaule. Je crois que cette charte fut passée à Cluni, sans quoi l'on n'auroit pas dit que Conrad régnoit dans la Gaule, et l'on se seroit contenté de dire qu'il régnoit.

Nardoin et Judith, sa femme, donnèrent (b) ,à la même abbaïe un curtil sis dans le village d'Aniste ou Aisne, au pays de Lyon, avec ses ap|>arlenances et dépendances, un nommé Magbert, esclave, avec la fosse appelée Facture, qui joignoit le port d'Osa et les biens de l'église Saint-Vincent de Maçon. Comme cette charte fut faite à Cluni, elle fut datée de l'an 28* du roi Lothaire, qui est l'an 980.

L'an 981 , l'archevêque de Lyon Burchard sacra', dans l'église Saint-Etienne, Brunon, évèque de Langres, qui avoit été élu par le clergé de son diocèse, et notre archevêque le sacra, quoique Brunon n'eût que 24 ans. Nous rapportons ce sacre fait par notre archevêque, parre que quelques auteurs (c) ont cru qu'il étoit (ils de Conrad et de Mathilde et qu'il avoit été fait archevêque très-jeune ; mais il étoit constamment Dis d'Adelanie, première femme de Conrad ; il pouvoit avoir 30 à 33 ans en 981 ; ainsy il n'eut pas besoin de dispense pour être archevêque, et il en pouvoit très-certainement faire les fonctions.

Un comte appelé Lambert et sa femme appelée Falctrndc s'adressèrent [o] au roi Conrad, l'an 46* de son règne, qui tombe à l'an 983 ou 984, pour le prier d'accorder ses lettres-patentes de protection pour un lieu appelé Félin, où ce comte et sa femme avoient fait bâtir une église à l'honneur de Dieu et de saint Marcel. Conrad leur accorda ces lettres, pour servir de rempart, dit ce roi, à cette abbaïe, contre l'avidité ou la rapacité des méchants. 11 lit d'ailleurs défenses à tous ducs, comtes, et à toutes autres personnes, de tenir dans ce lieu-là et dans ses dépendances aucuns plaids ou audianecs, d'y faire aucun trouble ni chagrin aux moines qui y seroient, ni à leurs gens, et d'exiger aucun service de leurs hommes sans le consentement des religieux. Conrad déclara ce lieu libre et exempt de tout lien de servitude, et voulut qu'il ne fût soumis à personne, sinon à payer cinq sols tous les cinq ans à l'église Saint- Pierre de Borne.

Ce roi permit à ces religieux d'élire leur abbé, soit d'entre eux, soit d'ailleurs, si cela étoit jugé nécessaire, sans qu'on pût jamais exiger de l'argent pour y mettre un abbé. Ce roi souscrivit à cette charte et il la fit sceller de son sceau. Elle fut visée par Painulfe, peur Heinulfe, chancelier, et donnée à Aix en Provence, où est celte abbaic. Cette charte nous apprend en quoi consistait la protection que les rois accordoient aux abbaïes.

(i Cm*. < i mjr A, «ub Maiol», caria U« la) Carl. Ouaj A, caria 7t.

(c Splcil., p. Ml. — L» Uurt, But. acd. Jt Ljre*, p. Ut. (•) Craod Cari. Ctaay, p. «1.

NtlIOIRftS PO0R SERVIR

Notre archevêque Burchard confirma, en 984, l'élection que les religieux de Savigny avoient faite d'Uugues, religieux de ce monastère, pour en être abbé (a). Gausmard l'avoit indiqué à sa communauté, quoiqu'il fût fort jeune, parce qu'il étoit d'une grande sagesse et d'une grande vertu. Burchard reconnolt que le roi Conrad ■voit consenti à cette élection et à cette confirmation.

Je crois que c'est peu après cette élection que l'abbé Hugues s'adressa à cet archevêque, pour se plaindre à lui de ce que ses prédécesseurs dans cet archevêché avoient aliéné plusieurs bien* dépendant de leur abbaie, par des mauvaises persuasions (a), ce qui ayant été prouvé et reconnu par Burchard, il rendit à cette abbaie toutes les terres qui en avoient été aliénées et qui avoient été données à un chevalier nommé Sigiberl-le-Chauvc, déclarant qu'il étoit plus juste de rendre ces biens a des religieux qui servoient Dieu que d'en laisser jouir plus longtems un laïc. Cette charte nomme ensuite tous les biens que l'on avoit donnés à ce chevalier /^u) paroissoient être trèsconsidérables.

Outre cette charte, qui ne regarde que ces biens particuliers, cet archevêque leur en donna une seconde (c), par laquelle il vouloit que celle abbaie fût réintégrée dans tous les biens que de mauvais pasteurs pouvoient avoir aliénés. H donna l'une et l'autre de ces chartes par l'av is de ses fidèles, environné d'une grande multitude d'ecclésiastiques et d'autre peuple. Burchard prend, dans l'une et l'autre de ces chartes, la qualité de fils du roi Conrad, sans se dire fils de Conrad et de Mathilde, ce qui confirme de plus en plus ce que j'ai dit, qu'il n'étoit pas fils de Mathilde, mais qu'il l'étoit d'Adelanie.

Je crois que c'est environ ce tems^ci (d) que Burchard II, par le conseil d'Hugues, prévôt, d'Etienne, abbé et archidiacre, donna l'autel de l'église de Saint-Jean-Baptiste de Chaveiria, en Bresse, à Mayeul, abbé de Cluni, et a ses religieux, et qu'il excommunia celui qui voudrait le leur ôter. L'archevêque Burchard signa celte charte avec Hugues, son prévôt, Etienne, archidiacre, Lambert, doyen, Eugende ou Claude, précenleur, Rançon, archiclavaire, et Etienne, diacre. M. Cuichenon, qui rapporte cette charte, la date du mois de mai de l'an ÎO du roi Conrad ; mais il y a constamment, dans l'original, l'an 30* de Conrad, et l'on ne peut comprendre qu'il y ait la date du mois de mai, car la fin de cette charte est liés-mal écrite. Il y a certainement erreur à la date de l'an 30, car lors de l'an 30 de Conrad c'était .Àrablard qui étoit archevêque de Lyon. Nous avons vu ci-devant que Roclene donna l'église de Cbaveyria, l'an 38' de Conrad, à l'abbé Mayeul ; je crois donc que ce n'est qu'après l'an 45 ou 46 de Conrad que l'abbé Mayeul, après s'être assuré du don de Roclene, se le fit confirmer par l'archevêque de Lyon qui, ne donnant à Mayeul que l'autel avec les dixmes, ne lui donnoit ou conflrmoit que le spirituel de la paroisse dont Mayeul

(*) La Marc, RUI. Eccl., p. 17t.

(a) Cail. Savigny, caria »î«. iA. Bernard, p. Ml. eh. »M.) (c; La Huit, p. 380, caria 12*. (Id. p. Ml, «a. «1» ) (a) Hi»». de Brease, preuve», p. »6.

A L'HISTOIRE DE BOMBES

avoit déjà le temporel. Je mets donc le don de l'archevêque postérieur a celui de Roclcne, parce qu'il est plus ordinaire d'omettre le nombre des chiffres que de l'augmenter, et que l'usage étoit que les évêques ne faisoicnl pas tant des dons des églises qu'ils confinnoient ceux qui leur avoient été faits.

La même année 984 et le 6* de l'épiscopat de Burchard II, l'église et le chapitre dj Lyon firent un dénombrement de la plus grande partie des biens qui étoieot destine* aux besoins des églises et à la nourriture des chanoines (a). Ce dénombrement nous apprend que les chanoines avoient donné une partie des dixmes ou fonds compris dans cet acte, comme nous l'avons dit ci-devant, que les archevêques en avoient donné aussi bien que les comtes de Lyon et les autres grands seigneurs de ces pays.

L'on voit par ce dénombrement que l'église de Lyon avoit les dixmes et le palronagt de plusieurs paroisses de cette souveraineté et du Franc-Lyonnois, dont elle jouit encore à présent, telles sont les dixmes des paroisses de Saint-Etienne de Uularonno ot de Frans.dePouillieu, de Percieu, de Chalins, de Farcns, Sandrans, Miseriou, Reyrieu, Parcieu, Saint-Eloi, Beaumont, Lent, Civricu, Bernou, Boulignieu, Saint-Sixte, que je crois être la paroisse d'Ars, en celle souveraineté, et plusieurs autres.

Cet acte ne parle point de la justice ni du comté de Lyon, soit que Conrad ne l'eût pas encore donné à l'archevêque Burchard, soit que l'on ne parlât dans ce dénombrement que des paroisses dont on craignoit l'usurpation ou qui avoient été engagées par le malheur des tems, car l'on finit cet acte en faisant des imprécations contra ceux qui oseraient ou qui voudraient 61er quelqu'unes de ces paroisses ou quelqu'un» de ces biens à l'église, et les séparer de la table des chanoines, lorsqu'ils seraient rentrés en leur pouvoir, ce qui confirme ce que nous avons observé ci-devant, que les ecclésiastiques ne demandoient des confirmations ou ne faisoient de pareils actes que pour les biens qui leur étoient contestés.

Je crois que c'est en ce tems-ci que Mayeul, abbé de Cluni, céda (b) a l'archevêque Burchard, en présence de Thibaut ou Théodebald, archevêque de Vienne, une terre que l'abbaïc de Cluni avoit entre les ruisseaux de Bubule et Carosie, afin que notre archevêque fût leur défenseur et protecteur, et le garde, pour ainsi dire, des biens que l'abliaïe avoit dans le diocèse de Vienne. Cet abbé ne pouvoit prendre un plus puissant protecteur pour le maintenir dans ses biens que le frère du roi et l'archevêque de Lyon. L'on voit que l'abbé de Cluni ne demandoit pointeette protection gratuitement, puisqu'il donna une de ses terres pour l'obtenir; ce qu'il ne fit que parce qu'il falloit que les princes et les seigneurs entretinssent des troupes pour maintenir ces églises dans leurs possessions et empêcher les violences et les entreprises que l'oo feisoil contre elles.

Cinq ans avant la mort du roi Conrad, la seconde race de nos rois cessa de régner en France, car Hugues Capetfutélu et sacré roi en 987, au préjudice de Charles de

France, duc de la basse Lorraine, qui étoit oncle de Louis, Sis uniquedu roi Lothain et le seul mâle restant des descendants de Charlemagne.

Charles, duc de Lorraine, étoit beau-frère de Conrad, puisque Conrad avoit épousé Mathilile, sa sœur; et quoique Conrad eût des enfans de cette princesse, qui, au défaut des miles de Charlemagne, auroient paru être les plus habiles à succéder au roi Louis, cependant Conrad, prince pacifique, ne fit aucun mouvement en faveur de sou beau-frère ni de ses propres enfans et de Mathildc, sa femme, qui étoit décédéc.

Je ne sais si Conrad resta dans cette inaction pour s'être brouillé arec le duc Charles, où parce que Charles l'étoit avec Emme, veuve du roi Lorhaire, nièce et bellesœur de Conrad, car cette reine soutenoit ouvertement les intérêts d'Hugues Capet ; peut-être aussi que Conrad croyoitqoe ses sujets ayant élu Boson, Louis-l'Aveuglo, Rodolphe, son père, et lui-même, les états de France |x>uvoicnt élire librement Hugues Capet, au préjudice de Charles, d'autant plus que les étals de France avoient déjà élu les rois Eudes, Robert et Raoul, hors la maison royale de Charlemagne, et que les Italiens et les Allemands s'étoientmis aussi en usage d'élire leurs rois. Conrad se put donc persuader que le droit héréditaire ne devoit plus être considéré, et qu'il devoit laisser aux François le choix d'un roi auquel ils dévoient se soumettre en quelque manière volontairement, et du bon gouvernement duquel il sembloit qu'ils dévoient être assurez.

Je crois que l'élection d'IIngues Capet a porté le R. P. Daniel (a) à douter si W royaume de France avoit été électif sous la seconde race de nos rois.

Mais comme cet auteur convient avec tous nos historiens que le titre de roi, que les François donnèrent à Pépin, ne fut qu'un simple titre d'honneur, Pépin et se» ancêtres ayant joui et jouissant héréditairement depuis plus de 1 00 ans de toute l'autorité royale, il n'est pas vraisemblable que ce prince eût voulu perdre le droit héréditaire de ses terres et de son autorité suprême pour un simple titre de roi.

Pépin prétendit si peu que le royaume de France fût devenu électif par son élection, que le continuateur de Fredegairc nous apprend lu) que ce roi étant tombé malade en Sainlonge, il y fit le partage de son royaume entre Carloman et Charlemagne, tes enfans, comme d'un état héréditaire et dont il étoit le maître de disposer à sa volonté, comme Charles Martel et ses auteurs en avoient aussi disposé avant son élection, car Charles Martel étant malade en 741 ou 7i2, il divisa sa principauté entre ses deux fils, par égale part et portion, donna à Carloman, l'aîné, l'Austrasie, l'Allemagne et la Thuringe, et à Pépin, son cadet, la Neustric, la Bourgogne et la Provence.

Charlemagne fit aussi, en 806 (c), le partage de ses états entre ses trois enfans, et, pour obliger ses enfans et ses sujets à s'y tenir, il le rendit public pendant sa vie, afin que ses enfans et ses sujets pussent lui faire leurs remontrances sur ce partage, s'ils y

(*) l'rrfcirr Hlrtotiauc Mir rHS»toire de Fnaee. (a) Cbron. FonluillenM, in Spkil., Ion. J, p. Ici CxMtl loœ. I, p. U». — {Ulur C«pU.» p. M» « Ml*.

a l'histoire de dômes. 163

trouvoient quelque inconvénient, et qu'ils l'exécutassent plus sûrement après sa mort, l'ayant approuvé pendant sa vie.

Cet empereur parle, dans ce testament, comme seigneur et propriétaire de son royaume et de tous ses étals. Il y dit qu'il veut laisser des héritiers pour gouverner son royaume et son empire. « Je donne, dit-il ensuite, à Louis, mon cher fils, toute l'Aquitaine et la Gascogne, > qui comprenoit les diocèses de Ncvers, Lyon, Maçon, le Dauphiné, la Savoie, la Provence et le Languedoc. Il donne l'Italie, la Bavière et d'autres terres à Pépin, et tout le reste de ses états à son fils Charles. Les termes latins de consignavimus et eoncessimus marquent formellement le don et le transport do ces royaumes fait par un roi maître et propriétaire de disposer de ses étals.

Cet empereur fait ensuite des substitutions à ses enfans et ses petits-enfans, et toute l'élection qu'il laissoil à ses sujets, c'est que si l'un de ses trois (ils venoit à laisser un fils du vivant de ses frères, oncles de ce fils, il vouloit que les oncles de cet enfant le laissassent en possession de son royaume, si les peuples y consentoient ; mais il permettoit à ces peuples d'appeler les oncles au préjudice de leurs neveux, qui auroient dû être naturellement héritiers de leurs pères.

Cet article du testament de Charlemagne ne rendoit point son royaume électif ; il donnoit seulement aux François le pouvoir de préférer les oncles aux neveux, ce que Chtrlemagne n'avoit ainsy réglé que parce que les François étoient très-jaloux d'avoir des rois capables de gouverner par eux-mêmes, et qu'il lui sembloit que les oncles, accoutumi z au gouvernement, pourroient mieux gouverner l'état et commander les troupes que leurs neveux, qui scroient beaucoup plus jeunes qu'eux. .

Comme le choix des François ne pouvoit tomber que sur les oncles, et que ce choix ne pouvoit se faire qu'en vertu du testament de Charlemagne, l'on ne peut pas diro que le royaume de France fût électif et que Charlemagne y eût consenti. Je crois pourtant que cette permission d'élire un roi dans la famille royale fût cause que l'on élût dans la suite des rois dans d'autres familles; tant il est difficile d'accorder de semblables permissions qu'elles ne tournent enfin à la ruine des descendants de ceux qui les ont accordées. D'ailleurs, Charlemagne voulut peut-être, par cette clause de son testament, autoriser l'exclusion qu'il avoit fait donner à ses propres neveux, fils de Carloman, son frère, pour leur empêcher de partager le royaume avec lui, Charlemagne prétendant que les peuples français l'avoient pu élire et exclure ses neveux, et que c'étoit l'usage du royaume qu'il crut devoir autoriser pour éviter le reproche qu'on luiauroitpu faire d'avoir usurpé la part du royaume appartenant à ses neveux.

Louis-le-Débonnaire fit plusieurs partages de ses états entre ses enfans, comme étant le maître absolu d'en disposer.

Charles-lo-Chauve se dit héritier du royaume de France, et qu'il le tenoit de son père ; c'est ce que l'on trouve dans une charte donnée en faveur de l'église de Toul.

En 879, Louis-lo-Bôgue et Louis, roi de Germanie, convinrent (a), du consento-

«») Cap . Régna Fr , tp«<i B.Iui., Ira. S, lit S, fH VI

de leurs vassaux, que si Louis-de-Germanie venoit à mourir, Louis-le-Bèg»# aiderait & ses enfans de jouir par droit héréditaire du royaume de leur père, et Loiim. roi de Germanie, promit le même secours pour las enfans de Louis-le-Bègue.

La conTcnlion de ces rois ne doit pas faire douter du droit héréditaire de la couronne de nos rois, car ils ne firent ces conventions que parce que ces prince* craignoient que les oncles ou cousins de leurs enfans ne voulussent s'emparer de leurs états, à cause de la jeunesse de leurs enfans, ce que Louis-le-Bègue et Louis de Germanie vouloient empêcher par le traité qu'ils firent.

Le R. P. Daniel, pour soutenir que les rois de la seconde race dévoient être élus, dit (a) qu'il ne paraît pas que les François eussent conféré le royaume à Pépin et à la postérité; mais cet auteur ayant été forcé de convenir que les François, par celle élection, ne donnèrent à Pépin qu'un vain titre de roi, et qu'il jouissoit, comme ses ancestres, de père en fils et héréditairement, de tous les droits de la royauté, l'on ne peut douter que les titres et les droits de roi n'eussent été donnez à Pépin pour lui et pour toute sa postérité. Le partage qu'il Ht de ses états et les autres dont nous venons de parler en font une preuve incontestable.

Ce que le pape Étienne dit, que Pépin et ses enfans avoient été élevez au thrône par la diune miséricorde et l'intercession des Apôtres, prouve encore que Pépin avoit été élu, ainsi que toute sa postérité, comme celle de Clovis l'avoit été.

Ce qu'Éginard dit, dans la vie de Charlcmagne, que le royaume de France étoit à •es enfans nutu divino, n'exclut point le droit héréditaire du royaume, car c'est par la bonté, la miséricorde et la providence du Seigneur que les enfans des rois sont plu toi enfans du roi que de ses sujets.

L'association que les rois de la seconde et troisième races ont faite de leurs enfant au royaume, n'en détruit point l'hérédité, puisque les rais de la première race ont associé les leurs au royaume, quoiqu'il fiit constamment héréditaire.

La grand Clotaire, l'an 38 de son règne (•] , s'associa Dagobert, son fils, et lui donna l'Australie, quoique lo royaume fût constamment héréditaire.

Après la mort du même Clotaire (c), Dagobert vint en Neustrie avec ses troupes, d'Auslrasie, pour se faire élire roi des autres états de son père; mais celte élection a'éloit qu'entre lui et Aribert, son frère, qui vouloit prendre la part du royaume que ton père avoit possédée; mais comme Aribert ne se trouva pas doué d'une grande capacité, il eut une très-petite part au royaume. Dagobert eut la Neustrie et ne lui laissa que l'Aquitaine et la Gascogne.

Le P. Daniel prétend que le droit d'élection de la seconde race est prouvé, parc* que les associations au royaume et à l'empire se faisoienl du consentement des états assemble*, et souvent de l'avis du pape.

(a) Chroa. Sancli Braiga. Dir., («) UU.,l«SpitU.,p. ISO.

A L'HISTOIRE DE DOIUIF.S.

tft»

Mais les rois no dcmandoient l'avis de l'assemblé des états que comme les rois demandent encore à présent l'enregistrement de leurs édita et déclarations dans nos parlements, c'est-à-dire pour savoir si ce qu'ils ordonnent est contraire aux lois et privilèges du pays, et à l'utilité publique, ou s'il est sujet à quelque grand inconvénient, afin qu'ils le révoquent ; car, quoique les rois soient au-dessus des loix et qu'ils poissent ce qu'ils veulent, ils règlent on doivent toujours régler leur volonté sur le bien et l'utilité de leurs sujets, et sur les loix observées dans leur royaume, suivant que les empereurs romains l'ont décidé pour eux-mêmes.

D'ailleurs, nos rois ne sont pas élus parce que, lors de leur sacre, l'arcbcvéquc de Reims ou les autres évoques qui les sacrent demandent aux seigneurs et au peupla assemblez, s'ils élisent le prince qu'ils vont sacrer et s'ils le veulent pour leur roi. Cette demande et la réponse qu'on y fait ne sont aujourd'hui qu'une simple cérémonie qui peut faire souvenir de l'ancien droitd'élection, mais qui n'en est point un, puisque nous reconnoissons nos rois longtemps avant leur sacre et leur couronnement.

A l'égard de l'avis et du consentement du pape, nos rois qui ont été empereurs la prenoient lorsqu'il s'agissoit de la succession à l'empire, comme étant bien aises d'avoir le consentement du premier et du plus noble des sujets de leur état pour la spirituel, mais non pas pour avoir besoin de ce consentement comme d'une chose qui leur fut nécessaire, car le consentement du pape ne leur étoit pas d'une plus grande nécessité que celui d'un autre évéque.

Les bons François croyoient si peu que leurs loix permissent ces élections, qu'il y a des actes où il est dit que Raoul avoit été élu contre les loix ; le R. P. Daniel les rapporte lui-même (a). 11 y en a un dans le Carluluirc de Drioude, fait le .'>" jour avant les ides d'octobre, c'est à dire le 9 de ce mois, la 4* année depuis que Charles, roi, avoit été dégradé par les François, et Raoul ou Rodolphe élu contre les loix. Le testament d'Alfride, duc d'Aquitaine, est daté de la .V année depuis que les François dégradèrent leur roi Charles et élurent Rodolphe contre les loix. Rien ne prouve mieux l'hérédité du royaume que ces actes qui prouvent invinciblement que le droit héréditaire à la couronne étoit le droit et la loi du royaume.

Cependant les élections que les François firent des rois Eudes, Robert et Raoul, celles que les Bourguignons firent de Boson, de Louis-l'Aveugle, de Conrad et dea autres rois qui régnèrent en Bourgogne, font voir que les grands se prévaloient quelquefois de la minorité des rois et de leur inhabilité ou impuissance, pour changer les loix et l'ancien usage du royaume. Ce furent ces élections qui autorisèrent enfin celles d'Hugues Capet et qui ont assuré le royaume n sa royale postérité; mais ces élections, qui ont été rares et contre l'ordre successif, ne peuvent établir que le royaume fût électif sous la seconde race, comme la dernière révolution d'Angleterre ne persuadera jamais que le royaume d'Angleterre ne fût pas véritablement héréditaire.

(», t.». t. u-i*, «... ru*.], r. s».

MEMOIRES POUR SERTIt

Comme tous los François reconnoissent que l'élection dHugue« Capet « ét& ti i n i • , quoiqu'elle ait exclu le prince du sang, à qui la couronne apparlenoit par droit héréditaire, l'on ne peut nier la légitimité des élections de Roson et Louis, son (ils an royaume de Bourgogne et Provence, ni celle de Rodolphe pour le ro\aume de Bourgogne Tiansjurane; car il n'y a point de vice qui puisse être oppose à ces dernière* élections qui ne puisse être opposé à celle d'Hugues Capet. Ainsi nous les devons eroire toutes trés-légitimes, la longue possession de» uns et des autres ayant mémo détruit, comme on l'a déjà dit plusieurs fois, tout ce qu'il y pourroil avoir eu de défectueux. Ainsi il doit rester pour constant que les rois de la seconde race n'ont aucun droit légitime sur le royaume de Bourgogne, et qu'ils n'en ont par conséquent aucun sur cette souveraineté, du chef des droits qu'on leur a voulu attribuer sur notre royaume de Bourgogne.

M. l'abbé Camps a néanmoins prétendu (a} que les rois de France de la troisième race, qui n'avoient aucun droit sur le royaume de Bourgogne, ont continué d'y être reconnus pour hauts souverains. Voici sa preuve: •• Hugues Cupel, dit-il, écrivit au pape Jean XV" que s'il vouloit venir en France, il l'iroit recevoir jusqu'à Grenoble, où ses prédécesseurs rois de France avoient coutume de recevoir les papes. Preuves de fait, dit cet auteur, qu'il falloit qu'Hi.gues Capet fut souverain à Grenoble, n'étant pas d'usage qu'un roi s'avance si loin dans un royaume dont il ne «croit point le maître, pour une simple honnêteté qu'il voudrait rendre au saint pontife.

« Le môme Hugues Capet, dit-il encore, conllrma, en 989, à l'abbaïc do Tournus, la possession de plusieurs terres situées dans le I.yonnoiset dans la Franche-Comlé, qui faisoient partie du royaume de Bourgogne. Il lui confirma, de plus, l'exemption des péages sur le Doux, concession qui auroit été fort inutile et qui n'auroit pas été demandée ni exécutée, si Hugues Capet n'avoit été reconnu pour souverain du môme pays. »

Le R. P. Daniel, dans son Histoire Je France, sous Hugues Capet, dit (b) qu'il y eut un concile à Reims, où Milon, évéque de M ilcon, assista, ce qui prouve, dit-il, que cette ville étoil sujette aux rois de France. (Cela est vrai, Màcon n'ayant été soumis que deux ans au roi, Roson et ses successeurs n'en ayaut pas joui depuis ce tems-là.)

Ce R. P. ajoute qu'on apprend, par une lettre que Hugues Capet écrivit au pape, que la ville de Grenoble, quoique enclavée dans les terres du domaine de Conrad, roi de Rourgognc et de Provence, apparlenoit alors à la France.

M. l'abbé de Camps et le R. P. Daniel se sont certainement trompés, car la lettre d'Hugues Capet au pape ne prouve en aucune manière que Grenoble fût du royaume de France ; il n'y a pas un seul terme dans celte lettre qui puisse le marquer de près ni de loin ; l'on ose même dire que ses termes l'en excluent en quelque manière, car

là) Mctcom Fronçai», Avril 1 715, p. en -OU. (•; 1< «Ml. m l", p. 41 i ti «17.

A L'HISTOIRE DE BOMBES. I

Hugues Capet dit seulement, dans sa lettre, que Grenoble est sur les confins de la Gaule et de l'Italie, et que les rois de Franco avoient coutume de venir jusque-là an devant des papes; et il mande à Sa Sainteté que s'il veut venir le voir et ses biens, il Tira attendre au pied des Alpes, pour l'y recevoir avec lionueur.

Du tem s d'Hugues Capet, on dislinguoit déjà la Gaule de la France; ainsy, quand Hugues Capet dit que Grenoble, est dans la Gaule, il entend certainement qu'il est hors de -son royaume, car les rois Conrad et Rodolphe se disoient toujours, en ces tems-ci, rois de la Gaule, comme on le voit dans les chartes rapportées par le R. P. Ménétrier, dans les preuves de son Histoire de Lyon (a), dont voici les termes! Anno 52 Chunrado régnante in Gallid ; anno 1022,' régnante rege Rodulpho in Battit; Eddone (c'est d'Eudes, comte de Champagne, que la charte parle), regnum Gailim swnmii juribus sibi tindicante , régnante rege Roberto in Francid et Rodulfilw in Gallid, termes que l'on trouve dans une donation faite en France par un comte d'Angoulême, en <02* ou environ (b), Glaber, liv. 5, chap. Ier, parlant d'un chevalier de ces pays, dit qu'il rencontra un hermile qui, apprenant qu'il étoit de Gauli', lui demanda s'il connoissoil le monastère de Cluni et l'abbé Odilon ; le pèlerin lui avant dit qu'il le connoissoil, lui dit que cet abbé avoit crédit de délivrer les âmes du purgatoire, et qu'il exhortât Odilon à continuer ses prières.

La lettre d'Hugues Capet disant donc que Grenoble est dans la Gaule, ce roi reconnolt que celle ville n'étoit ni en Franc* ni du royaume de France. Le R. P. Daniel et 11. de Camps n'ont pas pris assez garde à la distinction qui étoit, en ce tems-ci, entre la France et la Gaule, dont le nom de la dernière fut restreint, à ce que je crois, à notre royaume de Bourgogne, parce que Lyon, Vienne et Arles étaient les premières villes des Gaules.

Si M. Chorier dit vrai (c), ce furent les troupes du roi Conrad, jointes à celles qu'lsarne, évêque de Grenoble, avoit amassées, qui chassèrent les Sarrasins de Grenoble environ ce tems-ci. Hugues Capet ni les autres rois de France ne s'en mêlèrent point. Ainsy Grenoble ne pouvoil appartenir à la France, mais il appartenoit constamment au roi Conrad, qui l'avoil conquis. M. de Vaubonnois reconnaît (d) la vérité de cette conquête de Grenoble par lsnard, et que Grenoble appartenoit aux Sarrasins dez le tems de l'empereur Louis-Boson, ce qui avoit obligé l'évêquc de Grenoble à se retirer à Saint-Donat, en Viennois, où il y avoit transféré son siège. Ainsy, cet évêque ayant transféré son siège dans les états de Bourgogne, il reconnoissoit assez que son évêché en dépendoit, et non de la Franco.

Ce que M. de Camps dit, qu'il faut que Grenoble fût du royaume, parce qu'il n'est pris d'usage qu'un roi s'avance si loin dans un royaume dont il ne seroit point le maître, pour une simple honnêteté qu'il voudrait rendre au saint pontife, ne pourra

(* Hirt. 4e Ljren, prcurti, p. », ri, tu, un

(• Bibl. Stb.it., etnL I, op. SI, p. m. - Fknry, le». If, U». s s, a. W. (c Uni. ■!• D.«j>b., «on. Z, liv. I, Ht I», p. M. t*> YMJnua., Dut. Dupa., «a. i ,f II.

HÉMOIRES POUR SERVIR

toucher que ceux qui ne seront pas informez de ce dont il s'agissoit entre Hugues Capet et ce pape, car ce roi avoit fait déposer Arnoul, archevêque de Reims, dans un concile. Arnoul étoit de la famille de Charlemagne, il avoit appuyé les intérêts do Charles de France, duc de Lorraine, et de Louis, son fils ; il leur avoit livré Rheims, Si cet archevêque eût été rétabli, il étoit a craindre qu'il n'eût agi de nouveau pour ces princes, et Hugues Capet voidoil faire comprendre lui-même au pape les raison» qui dévoient empêcher le rétablissement d'Arnoul. Grenoble étoit alors le grand chemin de Paris à Rome et étoit à peu prés au milieu du chemin ; Hugues Capet offrit donc d'y aller recevoir le pape, non pas que cette ville fut de son royaume, mail parce que Hugues Capet étoit très-bien avec le roi Conrad «pu, étant beau-frère de Charles de France, duc de Lorraine, et reconnoissanl Hugues Capet pour roi légitime, pouvoit, par son exemple, faire connollre au pape le tort qu'Arnoul, archevêque de Rheims, avoit eu d'aulohscr les droits de Charles de France, puisque Conrad lui-même n'avoit pas voulu les autoriser. Hugues Capet avoit donc un trèsgrand intérêt de faire cette démarche et cette honnêteté au pape, alin qu'il put avoir la paix dans son royaume. Si Hugues Capet dit que les papes éloienl venus autrefois jusqu'à Grenoble, c'éloit pour porter le pape a se déterminer à y venir plus facilement, car il ne nous reste pas de preuves dans l'histoire que les papes et les rois de la première ni de la seconde race aient jamais eu aucune entrevue à Grenoble, comme Hugues Capet l'avançoit dans sa lettre.

Le R. P. Daniel a donc eu tort de mettre dans son histoire que Hugues Capet prit le pape de venir en France jusqu'à Grenoble, où il l'iroit trouver, car, pour parler juste, il faut retrancher les mob en France, qui sont contre la vérité de la lettre d'Hugues Capet

Ce père convient que Grenoble étoit enclavée dans les états de Conrad; si cela étoit, et que ce que M. de Camps dit, que nos rois ne sortent pas de leur royaume pour aller au-devant des papes, fût vrai, Hugues Capet ne pouvoit point aller à Grenoble, puisqu'il falloit qu'il passât dans les étals de Conrad et qu'il eût la permission de ce roi. Ainsy Hugues Capet n'auroit pu offrir d'aller à Grenoble, quand même il auroit été de son royaume, puisqu'il n'y pouvoit aller qu'en passant dans un royaume étranger.

Hais ce que l'on dit, que ce n'est pas l'usage qu'un roi s'avance si loin dans un royaume dont il n'est pas le maître, pour une simple honnêteté, est détruit par bien des faits contraires, car le roi Robert, lils d'Hugues Capet, alla lui-même à Rome pour y saluer le pape; Rodolphe, roi de Rourgogne, y alla pour être au sacre de l'empereur, aussi bien que Canut, roi de Dannemarck; et nous avons vu de nos jours le feu czar de Moscovie venir en France pour y voir le roi, tout jeune qu'il étoit. Ne riroit-on pas d'un Moscovite qui prélendroit dans la suite des tems que le czar étoit haut souverain de la France parce qu'il y est venu de si loin, et qu'il ne seroit pas venu dans un royaume si éloigné s'il n'en eût été le maître? Que si Grenoble étoit du royaume de France sous Hugues Capet, que l'on nous dise comment les rois ReUrt, Henry, son 01s, ou leurs successeurs, se sont laissé usurper cette ville; car

A l'histoire DE DOMBES.

aucun auteur ne parle de cette usurpation. Il doit donc demeurer pour constant que Grenoble étoit du royaume de Conrad.

S'il s'agissoit de prouver, d'ailleurs, celte vérité, il seroit facile d'en rapporter plusieurs chartes; mais cela nous, mènerait trop loin et n'est pas absolument de notre sujet.

Les réponses que nous avons faites ci-devant, aux lettres-patentes du roi accordées à l'abbaie de Tournus, suflisent pour répondre à celles d'Hugues Capet, qui ne sont que la simple copie et une entière répétition des premières, comme l'observe le R. P. Cliifllet.

La première année du règne d'Hugues Capet, l'on déguerpit à l'abbaie de Cluni (a) des terres qui étoient dans le comté de Clialon ou dans celui de Màcon, savoir l'église de Saint-Gengoût et un lieu appelé Masnile, avec leurs appartenances. Ce déguerpissement fut fait en présence d'Hugues, très-fameux comte de Clialon, et d'Adclcïde, sa mère, dans la cité de Clialon. Le comte Hugues, sa mère Adeleïde, et le vicomte Robert qui contestait apparemment on terres à cette abbaïo, signèrent cette charte. La confusion que cette charte fait des comtez de Chàlou et de Jiacon nous a semblé mériter notre attention.

Artaud, comte (de Lyon), fils de noble homme Gcrald ou Girald, fils d'un autre Artaud, qui étoit aussi comte de Lyon, et d'une dame nommée Gimberge, ayant un grand repentir des maux qu'il avoit faits pour acquérir ou pour détendre ses bien» et honneurs, consulta les ministres du Seigneur pour savoir les satisfactions qu'il devoit faire, après quoi il se résolut de dédommager l'abbaie de Savigny des désordre» qu'il lui avoit causés en faisant piller ses métairies et faisant faire le dégât dans sa fonds, et c'est pour cela qu'il donna |b] à cette abbuie, F abbé Hugues acceptant, quelques-uns de ses héritages sis en Lyonnots, dans le territoire de Coigny ou Coignat, sur la rivière de Saonc, au village de Toriniac, à sçavoir une vigne avec un domaine et ses dépendances, et les esclaves qui l'habitaient, et un autre mas au village de Casoc, et tout ce qu'il avoit à1 Miseria et à Mote, qui consistait au port, au droit de pêche, aux esclaves et à tout ce qu'il avoit depuis le-ruisseM de Morgon jusqu'à Renias, qu'il appelle Ronnenque. Il (il ce don pour obtenir l'absolution de tous ses péchés et de ceux de ses parents. Il ordonna que son don auroit lieu dez ce jour-là et défendit à qui que ce fût d'eu rien ôler, voulant que cela ne lui fût pas permis ni à aucun de ses parents, non plus qu'à aucun évéque, abbé, ni à aucune autre puissance. Artaud signa CM acte avec Théodeberge, sa femme, Fredelan, Guichard, qui pourrait être Guichard de Keaujeu, dont nous parlerons ci-après, Milon, Bernard ou Beral, un autre Beraud, Etelènc cl Léger. Celte chnrtre fut écrite sous le règne de Conrad; elle doit avoir été faite, suivant la conjecture de M. Guichenon, depuU l'an 984 à l'an 993, que Conrad mourut. Le même Artaud donna (c) à l'abbaie de

(») C»rt. Clanjr A, folio 117, cari* II»!

(») Canal, dt SMijujr, fol. «7, cartt M5. (A. atraard, p. »7, th. 117.) «*P *»,P «. 8».

(e) CM, Ctu.y B. fol. J7, nru lOï.

Quoi, au pays de Lyon, l'an 995, Odilon étant abbé, une église dédiée à saint Pierre, au village de Marrevil, au pays de Lyon et de Roanne.

Environ l'an 1010, Tliéodeberge étant apparemment veuve, donna à l'abbaïe de Chili (a) un mas appelé au Chemin, au pays de Lyon, pour le repas de son ûmc ctd« celle de son seigneur ou mari Artaud, et pour celles d'Aï taud et Girard, ses dis.

Nous croyons que l'on ne sera pas fâché de trouver ici, tout d'une suite, quelques autres des chartes des coin [es de Ljon, pour connoitre encore mieux leur généalogie.

Nous trouvons donc que Girard, comte (de Lyon et de Forez, ainsy que je le crois), de l'avis et conseil de ses féaux, donna a l'abbaïe de Snvigny (il, où Durant éloil abbé, (c'est-à-dire après l'an 1007), pour le remède de son àme et pour les ames de sod père Arthaud et de sa mère Tliéodeberge, et de son frère Arlhaud, des biens qu'il avoit au pays de Lyon, au territoire de Tarnan, sur les confins du village de Conzieu,

b savoir une montagne appelée le Daique(l), à présent , laquelle éloil bonne à;

semer du froment, montagne qui éloil con 11 née parles villages que l'on va nommer, c'-sta savoir celui de Conzieu d'orient, Versenael Apina demidy, Amnnlinia d'occident et les terres Je Saint-Martin (c'est apparamment celles de l'abbaïe de Savigny), du coté du nord. Il donna aussi la forest qui éloil sur celle montagne et dans les confins ci-dessus énoncez ; et il veut que les revenus de cette montagne demeurent éternellement à l'usage et pour la table des religieux de Savigny, et déclare qu'il transmet celle montagne de sa puissance dans la domination des religieux. Gérard signa celle charte avec ses féaux l'mfrrti e/ llerarti, qui pou voient éltedt ta maison de Heaujeu, Silvius, Gérard, Ponce, Jarenton, Silvion.

Arlaud, romte de Forêt, frère ou fils de Gérard ou d'un autre Arlaud, donna (c1 b l'abbaïede Cluni, du tenu de l'abbé Hugues (qui fut abbé depuis l'nn 1019 a l'an 1 109), du consentement de Guillaume, comte des Bourguignons, la moitié des péages de Lyon, en sorlc que lorsque les religieux de Cluni feroienl sortir quelque chose de L)On ou qu'ils y en amèneraient, ils ne payassent rien de la moilié de ce péage, comme s'il leur appartenoit. Et afin que ce don ne pût jamais être contesté, Guillaume, lils d'Artaud, avec sa mère Raimodr, l'approuvèrent. (Suy, religieux de Cluni, Ct doyen de Massille, accepta ce don. Il paya, pour l'obtenir, 50 s. à Artaud, et 20 s. b son fils Guillaume. Artaud ne prend que le nom de romte de Forez, dans celte charte, quoiqu'il fut comte de Lyon, où il avoit la moilié du péage, comme on le voit par cet acte cl par la transaction que Guy, l'un de ses descendants par les femmes, fit en 1 167 avec l'arclirvéqin' de Lyon. Ces chartes, qui nous font connaître quelques comtes de Lyon ct de Forez, sont très-contraires ii la généalogie des comtes de Forez, que Chorier nous a donuée (d) ; ct il aurait été à souhaiter que le R. P. Ménétrier.

(il Ctn. n c.iunT, foi. t u, «un 703.

(•) Cm. S<mfiiijr, «ru 40t. (A. Brrsird, p. JM, cl. «01.)

fc) Cart. Clany, R, (ulia ISS, «ru IW,

(•] R»l. à* DiupbU4, tom t, In rt 1,1 U, p. US.

(s|t«8sfss*4

a l'histoire de Doxnrs.

qui a parlé de ces comtes et qui en a donné la généalogie dans son Uiiloire de Lyon (a), eût rapporté tontes les chartes qu'il avoit vues, qui auraient pu prouver ce qu'il <n disoil. Os chartes auraient donné un grand éclaircissement à leur généalogie, où ja crois que ce père a mis bien des choses très-douteuses, pour ne pas dire contraires à la vérité. La Mure a\oil promis de donner l'histoire de ces comtes, mais c'est ce qu'il n'a pas fait, et ce point d'histoire aurait lu-soin d'6(r8 bien Initié et prouvé.

Du tems de Milon, évéqiie de Maçon, qui l'étoit environ l'an 990, un nommé lingue» donna un mas ou fi rme à l'église de Màeon, sise au pays ou diocèse de Lyon, tu territoire de l'isliniacense, village d'Albiniac, en un lien appelé Montchanin; et un prêtre nommé Rcrnqn donna à la même église un curlil ou domaine sis au même pays île Lyon, au village de Tornac ; le tout du règne de Conrad. Toutes ces chartes constatent que Conrad «"toit souverain dans tout le Lyounois et la Dombcs, et que Hugues Capet n'y éloil point reconnu.

L'an 992. Conrad donna b' divers biens à l'abbaïe Saint-André, de Vienne. Il dit que feue de bonne mémoire Mathitde, sa femme, avoit commencé à les donner et revoit prié de parfaire ce don. La date de cette charte est du et 5 décembre, et 18 Janvier, sous le pont licat de Tietpal, c'est-à-dire Thiband, archevêque de Vienne, l'an 99i, indiction 4', êpacte 20, et du règne de Conrad 38. Lu date «le ces trois jours différents me fait croire que ces dons furent faits à trois dilférentesfois, et qu'on n'en fil qu'un acte dans lequel on voulut néanmoins laisser la mémoire des trois dons faits en trois différents jours.

La date de l'an :t8 est certainement erronée, car l'an 992 étoit l'an 56 ou 57 du règne de Conrad. Je ne puis savoir si c'est une faute des copistes ou du livre imprimé. Les dates de l'indirtion et de l'épactc ne conviennent pas aussi à l'an 992. Ainsy il j a des erreurs dans tontes ces dates, qui seraient difficiles, à corriger.

I-ii même année 992, un lundi 1 1 juillet, le roi Hugues C;qiet régnant, un seigneur appelé Artaud! Ib d'Hugues, restitua à l'abbaïe de Savigny (c) des fonds situez au pays «le Lyon, comté de Roanne. L'on voit ici que Roanne étoit un comté différent do ceux de Lyon et de Forez, line femme noble appelée Rmmène avoit donné ces biens à cette ahlmïe. Je crois qu'ils éloient à Arcon et Chamlois, comme je l'ai dit ci-devant. Emmène avoit donné ces fonds |tour les âmes de ses seigneurs ou maris, Bernard et Hugues. Ce seigneur api>clé Aitaud reconnolt, par la charte, que son père avoit ôlé injustement ces liens à l'abbaïe; ainsy il les lui rendit, du conseil de ses féaux, Hugues étant abbé île Savigny. Artaud se retint un mas ou domaine dépendant de ces biens, pour en jouir pendant sa vie. Il reçut, néanmoins, pour-fairc cette restitution, deux vases ou coupes d'argent, un vêtement pour chanter ou dire la messo, deux chevaux et 60 s. d'argent. Artaud signa cette charte avec Aymon, Guy ou Wigon, Guillaume, Hugon, Durant, Rognier; un religieux Jean l'écrivit. Lu data

•») Mniriritr, Uni. de Lyon, p. SIS la line «I SI7. '• Sp.fil ,lom », p. 180

(c; Cuit Sjvignj, «ru SU . (A. Btrainl, p. 370, ch. IIS.)

d'Hugues Capet ne fut mise à celte charte que parce qu'elle fut passée dans «on royaume et qu'Artaud étoit peut-être son sujet, ainsy que le moine Jean, qui l'écrivit. D'ailleurs la charte donne a Hugues le litre de roi des François, et* qui fail voir qu'il ne l'éloil pas dans le comte de Roannois, où les biens que l'on restituoil éloient situez.

Je ne sais si Hugues, père d'Arlaud, n'éloit point le second mari d'Emmène, laquelle avoil peut-être donné ses Liens sans son consentement, ce que Hugues crut qu'elle ne pouvoit pas faire; peut-être aussi que Hugues éloit seigneur supérieur des biens qu'Emmène avoil donnés à celle abbaie, ou qu'il étoit le plus proche parent de cette Emmène, qu'il avoit voulu contester sa donation, qu'il avoil prétendu que sa parente n'avoit pu donner ces biens à son préjudice. Quelques raisons qu'il eût, son llls les liouva injustes et reslilua ce que son père avoil mal pris.

Je ne sais si l'on peut mettre ici une charte que le Carlulaire de Cluni (a) place sous Sainl-Maycul, qui mourut en 991, par laquelle Bernard Gros de Brandon étant en son château et voulant aller à Jérusalem, reconnut qu'il n'avoit aucun droit d'aller siéger dans les obéances ou doyennez de Cluni, ui d'obliger les hommes demeurant sur les fonds de Cluni de le suivre à la guerre; qu'il ne pouvait pas faire des forts sur leurs terres, ni en exiger aucune taille, ni y faire aucun acte de justice pour aucun crime, non pas même pour homicide et adultère ; qu'il ne lui éloit du aucune coutume et qu'il n'y pouvoit rien faire ni exiger que ce qu'un bon voisin ferait, lorsqu'il en seroil prié par ceux que l'abbé auroit mis dans ces doyennez et prieurez pour y commander. Albert, prieur de Cluni, Étienne de Juifs, apparamment delà maison de Juifs en Dombes, et Hugues Dombay, religieux de Cluni, avec plusieurs autres, furent présents à celle déclaration qui peut avoir été mal placée sous Mayeul, les voyages de Jérusalem n'ayant commencé à être en vogue qu'en 1 094, c'est-à-dire plus de cent ans apiès le décès de Saint-Mayeul. Tous les noms et surnoms que celle charte donne font môme voir qu'on l'a .mal placée sous Mayeul et qu'elle ne le doit élre qu'en

Conrad mourut en 992 ou 993, après avoir régné 56 ou 57 an?, en comptant les années de son règne depuis la mort de Rodolphe II», son père, et 52 ou 53 ans seulement en les comptant depuis l'an 940, comme plusieurs Charles les comptent. Le R. P. Chifilet dit [t] qu'il mourut le 19 octobre 993, le livre des obils de la cathédrale de Vienne marquant sa mort en ce jour-là, et y ayant au Carlulaire de Sainl- Pierre de Vienne une charte par laquelle Robert el Ogelon, frères, donnèrent à ce monastère des terres situées au comté de Genève, le samedi 21 novembre, 2e du règne de Rodolphe; or, le 2i novembre éloit un samedi en 994. Ainsi il faut que Conrad mourut en 993.

Il y a deux chartes de l'an 53* de son règne el une de l'an 57% enfin une quatrième du 58% dans le Carlulaire de Savigny (c), ce qui feroit présumer qu'il auroit régné

U1 Cirt.CtaayA.r. tOS.

(■) Chili*!, UiiU Toarnu, ptgecu.ci.

(c Ctrl. Suif ar, cbirfttMl, Ut.

A L'HISTOIRE DE DOUEES. 173

plus longtcms qu'il n'a Tait, à moins que l'an 58' fûl seulement commencé de quelques jours, ou que le copiste eut mis un 1 de trop dans la charte de l'an 58. Toutes ces chartes font voir qu'on comptoil les années de son règne depuis le décès de son père, ou de l'an 940, et longtems avant son mariage avec la reine Mathilde.

Comme il entretint presque toujours la paix avec ses voisins, on lui a donné le surnom de Pacifit/ne, qui lui étoitdù à très-juste titre.

Conrad eut deux femmes, comme nous l'avons vu; la première fut Adelanie, de laquelle il eût, comme nous avons dit, Burchard, archevêque de Lyon, et peut-être quelques filles.

La seconde fut Mathilde de France, comme nous l'avons aussi dit. Cette princesse semble avoir été plus guerrière que Conrad, son mari, car, y ayant eu quelque tumulte dans la Valoire, elle alla assiéger les factieux dans le château de Monlbrcton, qu'elle prit et détruisit (a). Cette action fut si remarquée, qu'il y eut des actes datez du mois d'août que l'illustre reine Mathilde détruisit ce château.

Rodolphe fut constamment fils de Conrad et de la reine Mathilde, suivant de* chartes que nous rapporterons dans la suite.

A l'égard des cinq filles de Conrad, il est incertain s'il les a eues d'Adelanie ou d« Mathilde.

La première de ces filles s'appeloit Gisèle; elle fut mariée à Henry, duc de Bavière, duquel elle eut Henry II, empereur, mort sans enfant, Rrunon, évêque d'Augsbourg, et Gisèle, qui fut mariée à Etienne, roi de Hongrie, qui fut le premier roi chrétien de ce royaume.

La seconde fille de Conrad fut Berthe, épouse en premières noces d'Eudes, premier du nom, comte de Champagne, de qui elle eut postérité, et en secondes noces de Robert, roi de France, duquel elle fut séparée à cause de parenté.

La troisième, Gerberge, mariée en premières noces à Herman, duc de Souabe. duquel elle eut postérité, et en secondes, suivant Chorier, à Paton, comte de Vienne, et en troisièmes à Henry, duc de Bourgogne.

La quatrième, Mathilde, épouse de Baudoin, comte de Flandres, et en secondes a Godefroy d'Ardcnncs.

La cinquième, suivant Chorier, fut Lînillc, mariée à Ratburne, vicomte de Vienne.

Rodolphe III succéda an roi Conrad, son père, en 993. Cependant l'on trouve qu'il souscrivit comme roi à l'élection d'Odilon, abbé de Cluni, faite sur la démission de Saint Maycul, l'an 991 (b). Il prit la qualité de roi, parce que les fils de roi prenoient cette qualité du vivant môme de leur père. Burchard, archevêque de Lyon, Hugues, évéque de Genève, et plusieurs autres évèques assistèrent à cette élection. Cluni n'éloit

(à) Cbaricr, lit. I», i II, p. 71*.

(■) Oi.jJ C«rl. Chiojr, p. la*. — Spteit., in-fol., Isa. », p. *ft.

m MÉMOIRES POUR SERVIH

pas du royaume de Bodolphe, mais Cluni étant presque sur les ronfins de son royaume, il y vint apparemment par dévotion et se trouva à cette élection. Cependant M. de Fleury semble croire (a) que Cluni éloit devenu du royaume de Bourgogne sous Conrad, car il dit que Bouchard, comte de Paris, voulant obliger Saint- Hayeul, abbé de Cluni, d'aller reformer l'abbaie de Saint Maur, il vint à Cluni pour en prier cet abbé, et que Saint-Maycul lui répondit qu'il y avoit tant de monastères dans le rovaume, qu'il y devoit chercher le secours qu'il détroit, plutjt que de venir chercher si loin des inconnus comme eux. Sur quoi M. de Fleury observe queSaint- Mayeul pirloil ainsi parce que Cluni éloit dans le royaume de Bourgogne, et que la différence des dominations rendoil le commerce dillicile entre le royaume de France et celui de Bourgogne.

Mais comme Cluni étoit certainement du royaume de France, je crois que l'abbé Mayeul ne parla ainsi que parce qte Cluni étant sur les confins du royaume de Bourgogne et jouissant de grandes exemptions, il se regardoit comme étranger |K)ur Paris; peut-être môme que Mayeul et la pl is part de ses religieux étoient-ils Bourguignons, ce qui put lui faire dire qu'on ne devoit pas venir chercher des inconnus comme eux.

Nous trouvons deux chartes de la première année de Bodolphe l b] . Par la première, qui est du 31 mars, ce roi, à la prière de Burrhard, son frère, archevêque do Lyon, abbé ou prévôt du monastère d'Agaune, donna à cette abbaïe le village ou paroisse de Pouilly, sur le lac de Genève, pour faire prier Dieu pour l'âme du roi Conrad, leur père.

Par la deuxième, ce roi, à la prière d' Agillrude, sa femme, et de Burchard, son frère, donna [c] au monastère Saint-André, de Vienne, où Aimon étoit abbé, divers biens que le roi Conrad avoit déclaré vouloir leur donner, pour prier pour lui et pour la reine Mathilde, mère de Bodolphe.

La première de ces chartes dit qu'elle a été donnée le dernier et 31» mars 993, et 1a seconde, le 1 2» janvier 994. Je crois que l'année 991 commença au jour de Pâques. t,r avril, et la première charte fut laite le dernier mars, qui étoit le dernier jour da l'an 993. S'il y a quelque erreur dans ces dates et que l'on compta l'année de la festa Noël 993, il faudrait que ce rat la première de ces chartes qui dût être datée da l'an 994.

Je crois que Bodolphe se maria à la reine Agillrude, peu après le décès de son père, car aucune des chartes de Conrad ne parle de cette princesse, et la charte du 31 mars 993 n'en parlant point, il y a quelque apparence qu'il se maria depuis cctla première charte I». Il est parlé de la même reine Agillrude dans la fondation du monastère de Saint-Victor de Genève, par laquelle Bodolphe approuva le don qua

(»1 l>ory, Hl*t. Ecelei., M*. It, Hw. 17, p. il *t 55.

(»; ftibi. Scbui.,(tnt. I, op. S, p' M. — Ménétrier, preuve*, p. m.

le) Mmelrier, preuve», vm. — Cboricr, I. Iw, p. US.— Spicil., 1. 1, p. SM.

C», Hcutric*, preuves, p. nu — Cnorier, t. 1er, p. Ht.

A L'UlSTOJRE t>E BOMBES.

Hngnes, érêque de Genève, avoit fuit de ce. monastère et de ses revenus à Odilon, obbé de Cluni, don que cet évéque déclara avoir fait par le conseil de l'impératrice Adclcidc, de bonne mémoire. Rodolphe approuva ce don, du consentement de Burcliard, archevêque de Lyon, son frère, et par le.; exhortations de plusieurs comtes ou autres gentilshommes qui ctoient avec lui.

L'an 7» du roi Hugues Capet, qui w\ lettl à l'an 99:>, une damé appelée Aremburge, femme d'un seigneur ap|>clé Vulric, donna à l'abhuic de Cluni (a), une colonie ou petit domaine situé au pays de Lyon, au village appelé Préborfane, au territoire de Baugé. Ce don fut fait publiquement, au lillage du Coschoniac. Aremburge signa cette charte, avec Vulric, son seigneur. Batier, Arlard, Guy, Constance, Arlebade, Pierre, Landry, Evrard el Albéric. Je ne sais ? i l oschoniac esl le même que Cosconac, dont nous |)arlerons bientôt, qui est en Dresse; si c'est le même, il faut que ce fit quelque religieux de Cluni qui écrivit la charte el qui la data d'Hugues Capet, parce qu'il étoil François, et peul-êlre parce que Aremburge l'étoil elle-même; car Hugues Capet n'a jamais eu aucune souveraineté dans la Bresse ni au diocèse de Lyon.

Je ne sais si l'Ulric de la charte dont nous venons de parler scroit le très-noblo Ulric, auquel Leubald, évéque de Maçon, donna l'église de Saint-Cire en Bresse en précaire, î-ous le cens de l?d. par an ». Cette charte est de la seconde année du règne de notre roi Rodolphe. Leubald, évéque, Mayeul. prévost, Sandelon, archidiacre, Aimon, Anselard et Eledebalde signèrent celle charte, et Rodolphe, diacre, la signa pour Mayeul, archichancclier. Ce qui me feroit croire que c'est le même, c'est que le don fait des biens à l'réborrane étoil dans la seigneurie de Baugé, que l'Ulric dont nous parlons en êtoit seigneur et que ces chartes sont à peu près du même teins.

Le môme évéque de Maçon donna (cl à Rainard, noble chevalier, l'église de Saint- Benoit el des saints Basile et Innocents Martyrs, avec les dixmes, les villages ou maisons, les bois et les terres qui en dépendoient, pour en jouir en précaire, comme noble homme Purcard,;pèrc d'Adon, évéque de Màcon, l'a voit possédé, sous le cens de 5 s. par an. Celte église étoil située au pays de Lyon, territoire de Bomenay. La charte n'est pas datée, mais il s'en trouve une autre [o] qui peut suppléer celle date, par laquelle cet évê pie remarque que les père el mère el les autres ancestres d'un ecclésiastique nommé Badiilphc, flbd'Odon, avoienl acheté divers fonds el plusieurs serfs qui dépendoient du siège, c'est-à-dire de la lenc de Bomenay, que d'autres serfs avoienl vendu eux-mêmes cm fonds, comme s'ils en eussent élé propriétaires, quoiqu'ils appartinssent à son église. Cet évéque déclare qu'il atoit interpellé plusieurs fois ce clerc de lui restituer ces biens, ce qu'il avoit refusé assez longtemps; que cependant, ayant pris un meilleur conseil, il les avoit enfin rendus et qu'il avoit

W r :,rl ul. Clony A, sub Mtiolo, rirlt 79. (■) Lib. hMlHMM, fol. 1X7. iM. RiruI, p. 319, rb DXL1II.) (c) Lib. lacat., toi. IS». (M. Rgui, p. lit, eti. CCCXC1.) (•} Lib, taal , M. < IS. (là. p. i vi). cb CCCXXVII.)

de plus donné à son église tous 1rs autres biens qu'il avait dans le mandement on juridiction de Romenay, soit qu'il eut ces biens par donation de ses parents ou de quelques autres personnes franches et libres; mais qu'ayant prié cet évéque et son chapitre de lui laisser la jouissance des fonds qu'il possédoit, situez à Curcia et à Montagnia, ils le lui avoient accordé. L'évéquc Lcubald signa celte charte avec le» fil» de son église, c'est-à-dire ses chanoines, dont voici les noms: Sandelon, Lambert, Ganserai». Achard, Henry, Rodolphe, Anselard, Durant, Aimon, Itcrnon etEdebalde. Cet acte fut fait du teins du roi Rodolphe ", ainsi il esta croire qu'il fut fait à Romenay même, quoique onze chanoines ayant signé, il semble qu'il auroit dû l'être à Maçon. Cette charte peut être d'environ l'an 4000.

C'est en ce lems-ci que le pape Grégoire V confirma à l'abbaïe de Cluni (a) les bien» qu'elle possédoit. Il nomme les biens de celte abkuie situez dans l'évêché de Lyon, parmi lesquels sont la Celle ou maison de Savignieu, la Cour d'Ainbérieu, l'église Saint-Andéol, l'église d'Ouroux, la Cour de Romans, Chaveyria, Luiny, Thoissay, et tous les biens qu'un seigneur nommé Guichard avoit laissés à cette abbaie en mourant. Je crois que ce Guichard éloit un) de nos princes de Bcaujeu. Cette charte doit être de l'an 997 ou 998, qui est le tems du pontificat de Grégoire V.

L'an t" du règne du roi Robert, qui est l'an 997, Durand et Suflicie, sa femme, donnèrent à l'église de Maçon (b), deux champs qu'ils avoieut a Bey, dont partie de la paroisse est de cette souveraineté. Celte charte fut donnée publiquement, dans une rue de Mùcon. L'tin de ces'champs joignait la paroisse Saint-Didier; mais ce doit être la paroisse de Cormoranchc, parce que ce champ confine la terre de Saint-Didier du coté du nord.

Environ le même tems du règne de Rodolphe, une femme nommée Hermengarde et son llls Illius, donnèrent à la même église de .Maçon [c] deux ««itérées de terre propresà semer du bled, et une autre seiterée de terre avec un pré d'une charge de foin, et une portion, pie ou rate d'un bois appelé Volgier, avec la permission de mener douze porcs dans les bois où ils a voient quelque portion ; et ils disent que là où ils ont une portion de bois, ils ont droit de mener leurs pourceaux dan» tout le bois, pour les nourrir et pour les engraisser.

Le parcours des bois étoit apparemment ainsi réglé, parce que ces bois n'étoient pas séparez les uns des autres par de grands fessez on de gros buissons, et qu'ainsi il falloit aller nécessairement les uns sur les autres.

Ces donateurs déclarèrent qu'ils vouloient que le revenu de ces fonds fût employé à la dé|M'nse de la table des chanoines. Ces fonds étoienl situez au pays de Lyon, territoire de Marlieu, village de Cortaison. Mailieu est une paroisse de la souveraineté de Dombes, qui éloit alors du royaume du roi Rodolphe.

>1 GrjnJ Ctrl. r.InoT, fol. «I.

(• Lib. l»e»L, fol. MI. (M. lUgnt, p. 2H3, rh. OXXCI.) (c) Lib. loett., ft&Jlft. (M. p. I»î, th. CCCXXXJ.)

a l'histoire de dombes.

Le roi Rodolphe, étant ii Payernc, en Suisse, l'an 998 et le 5« de son règne, voulant maintenir l'union entre tous ses sujets, grands et petits, et conserver à chacun ce qui lui appartenoit, confirma (a) en faveur d'Odilon, alibi* de Cluny, tous les biens que son abbaïe possédoit dans son royaume et qui lui avoient été donnez ou concédez par ses prédécesseurs, àsçavoir, dans le comté de Lyon, Thoissay, Aiubérieu et Savignicu avec Houlignieu, plus l'hoirie que Guy, archevêque de Lyon, leur avoit donnée; je crois que ce sont les fonds de Serain, aux fauxbourgs de Lyon, dont nous avons rapporté la charte ; Chaveyria, avec l'église de Saint-Jean; Romans et son église. Il lui confirma, au comté de Forez, l'église Saint- Victor, Arcon, Pouilly ; dans le comté de Viennois, Taberne, Canselle, Bracost, Médon, l'isle'qui est entre les deux ruisseaux de Bulbaron et Candie, la chapelle de Chandieu et les biens que Ratburne leur avoit laissés en mourant, etc.

Celte charte est remarquable en ce qu'elle distingue le comté de Lyon du comté de Forez, comme nous avons vu ci-devant que le comté de Roanne étoit aussi distinct de l'un et de l'autre ; ce qui fait voir qu'il y avoit plusieurs coratez dans un diocèse. La charte met aussi entre les biens de cette abbaïe ceux qui faisoiciit une espèce d'isle et que l'abbé ftt&ycul avoit donné* à notre archevêque Burchard, pour obtenir sa protection. Ainsi il faut que Mayeul n'eût donné ces biens que pendant sa vie, et cet abbé •lécédé, ces biens tirent retour à l'abbaïe de Cluni.

Je ne sais si cet abbé de Cluni crut qu'il manquoit quelque chose à cette charte, car il en obtint une seconde la même année 998 (Bornais plus tard que la précédente, car Rodolphe étoit dans la 6« année de son règne, et dans un endroit nommé Vivcisc. Cette charte fut donnée à la prière de la Reine Agiltrudc, sa chère femme, de l'archevêque Burchard et d'Odilon, abbé de Cluni. Rodolphe déclare qu'il y veut confirmer tous les biens qui avoient été donnez à l'abbaïe de Cluni par ordonnances royales ou par des chartes ou donations de quelques-uns de ses féaux, et qu'il veut mettre tous ces biens dans une seule charte, autant qu'il y en a dans son royaume, afin que tous ses intendants sachent queb sont ces biens. Il déclare donc que l'abbaïe de Cluni a les monastères de Payerne et de Romans, avec leurs dépendances, en Suisse; qu'elle a, dans l'évêché de Lyon, Savignieu, Farins, Ainbérieu, Houlignieu, l'église appelée d'Ouroux, l'église Saint-Andéol, Liuny, Thoissay, Chavérial, le village de Romans, Talny, le port d'Osa, Vivarien, les pêcheries de Darbonac. Ambierle, Pouilly, Arcon, l'église de Liergues, l'église de Vaux, l'église de Renins ; dans l'évêché de Vienne, Croptes (c'est ce que nous avons appelé Crotet), qui fut donné par Conrad, pour la reine Adelanie. 11 nomme ensuite tous les autres biens de cette abbaïe dans les évérhez de Vienne et de Viviers, car cet évêché étoit du royaume de Rodolphe ; dans la Provence, au château d'Avignon, dans la ville d'Arles et ailleurs. Pandolphe, chancelier, visa cette charte, qui justifie parfaitement que cette souveraineté étoit du

(») Crtnd CM. <"l(Joy, fol. M.

(c. CrMdCirl.,fol.M.

mf.hoires roi n servir

royaume de Rodolphe, ainsi que la précédente qui justifie de plus que les comte* de Lyon et de Forez en dépendoient aussi.

Les religieux de Cluni ayant eu en aumône {.0, depuis ces chartes, un lieu appelé Calmiriac, que M. Chorier nomme Calviriacus et qu'il présume être Caluire, près Lyon, ils s'adressèrent encore à Rodolphe pour leur confirmer tous les biens qu'ils avoieut possédés jusqu'alors et qu'ils possédoient encore. Rodolphe déclara donc qu'il vouloit que ces religieux jouissent de leurs biens en toute sûreté et tranquillement, sans qu'aucune personne pût les y troubler, comme il l'avoit ordonné précédemment. Il ordonna encore qu'ils jouiraient de Calmiria comme il avoit été réglé anciennement, et qu'on le restituât à l'abbaïe. Enfin il voulut non seulement qu'ils jouissent tranquillement des biens qu'ils possédoient, mais encore de tous ceux qu'ils pourraient acquérir dans son royaume ; après quoi il invite les princes, les juges ou gouverneurs du comté où ce monastère est situé et qui étoienten sa présence, de protéger et de défendre ces religieux ; il les en prie en leur commandant, et il leur commande, en les priant de se joindre à lui, de les aider en tout ce dont ils en auraient besoin, afin que ces religieux, soutenus de son appui et du leur, prient Dieu pour son Etat et persévèrent dans la régularité de leur vie. Cette charte est sans date d'année et de lieu, mais il est à croire qu'elle fut donnée à Cluni, où ce roi pouvoit être allé iwr dévotion ; la manière dont il parle aux princes et aux juges de Cluni le fait croire. Je crois que cette dernière charte ne fut donnée qu'en 1010 ou 1015, quoique Guichenon en ait conjecturé la date de l'an 994, ce qui ne peut être, puisqu'elle doit être postérieure aux deux précédentes qui semblent y être rappelées et qui sont constamment de l'an 998.

La même année 6« de notre roi Rodolphe, Erlebadeou Dolebade (car le Cartulairc rie Màcon est quelquefois si mal écrit qu'on a peine à lire les noms propres), qui éloit un des vicomtes de ces pais, donna à l'église de Màcon (b', avec Gislard, qui étoit peut-être son frère, la moitié de l'église de Saint-lienis, située au pais de Lyon, territoire de Cosconac. Cette église étoit, disent-ils, une église de leur conquest, Leubald étant toujours évêque de Màcon. Outre que cette charte fait voir que Rodolphe étoit roi à Cosconac, qui pouvoit être la même chose que Coschoniac, dont nous avons |Kirlé il n'y a pas longtems et dont nous avons rapporté une charte datée de la 7* année du règne d'Hugues Capct, elle nous apprend comme beaucoup d'autres que l'on achetoit les église» et qu'elles se divisoient entre frères, puisque ces seigneurs disent que cette église étoit de leur conquest. Je ne sais d'où cet Erlebade ou Dolebade étoit vicomte. Les actes de ce tems-ci donnent si peu d'éclaircissement sur les qualitez dis personnes, qu'on ne peut presque que les deviner.

L'on trouve, dans le Cartulaire de Cluni [c), deux chartes qui regardent deux terres ri seigneuries qui sont, à ce que je crois, dans la Franche-Comté, et dont l'une pour-

(») Graad Ctrl. C •■}, fol. SI, ptf* 6*. — Bibl, ScU. , ceol. I, cip. M, p. 1M. (■; lib. Uni., fol. IM. M Riful, p. 118, rh. DXUI.) (e) ('art. B Ctanr, mu Oditoi, fui S, ctrU I».

a l'histoire de dovbes.

mit néanmoins être la paroisse d'Ambéricu, située clans cette souveraineté. Par l'une de ces chartes le comte Oithe, surnommé Guillaume, déclare que Saint-Mayeul et son successeur, Mr Odilon, homme vénérable en toute manière, avec les religieux, ses frères, s'étoient plaints à lui depuis longtems de la perte de deux de leurs puissances, c'est-à-dire de deux de leurs seigneuries dépendant de Saint-Pierre ou Cluni, dont l'une s'appeloit Ambéricu et l'autre Jully, qu'ils prétendoient que ce comte leur avoit ûlées et qu'il possédoit injustement; c'est pourquoi ce seigneur leur déclara, par cette charte, qu'il rendoit à Dieu et «i ses Apôtres, pour le lieu de Cluni, où Odilon étoil abbé, et Renaut étoit prieur, ces deux seigneuries avec toutes leurs appartenances et dépendances, villages et forêts. Olton signa cet acte de restitution avec Renaud, son fils, Othon, son pctit-lils, Gauslen, évéque de Maçon, Adfelin, abbé, Roclenus, Lidulricus, Oerord, Israël, Thibaud. L'acte fut passé à Lons-le-Saunier, notre Rodolphe régnant.

Dans l'autre charte, qui regarde les mêmes seigneuries (a), le même Olton, appelé Guillaume, déclare que M" Mayeul et Odilon s'étant allé plaindre devant son seigneur Henry, duc de Bourgogne (qui mourut en 1 00! , suivant Duchesne), de ce qu'il usurpoit ces deux seigneuries, et que s'en étant encore plaints devant les autres comtes, èvéqueset grands seigneurs de toute la Bourgogne, il avoit rendu et rendoit ces seigneuries, pour le remède de son àme, pour celles de son père et de sa mère, de ses enfans Guy et Renaud, de son petit-flls Othon. Le comte Otte-Guillaume signa l'acte avec Renaud, son fils, Othon, leur pelit-tlls et neveu, c'est-à-dire petit-hls d'Otte-Guillaume et neveu de Renaud, comme d'autres chartes rétablissent; do Gauslen, évéque, d'Hirzelin, d'Aascelin, abbé. Plusieurs autres la signèrent encore. Il est dit que cette charleavoit été donnée à Lons-le-Saunier publiquement, Rodolphe régnant. Je ne sais si l'on auroit fait deux doubles de la même charte, parce que Ambérieu étant de Dombes, il ne convenoit pas qu'il y fût parlé d'Henry, duc de Bourgogne, ni des évêques, comtes et grands de cette province, qui n'avoient aucun droit dans cette souveraineté. Je ne sais pas non plus si ce comte appeloit Henry son seigneur parce que le comté dépendoit du duché de Bourgogne, ou si c'étoit parce qu'il regardoit Henry, son beau-père, comme son père, parce que l'on dit qu'Henry avoit adopté ce seigneur, dont il avoit épousé la mère. Mais comme Otte-Guillaume ètoit comte de Maçon, le duc de Bourgogne étoit son seigneur pour Maçon, et c'est |H>ur cela que les religieux de Cluni lui parlèrent de leur différent, afin qu'il obligeât Otte-Guillaume à leur rendre justice.

Nonobstant ces deux chartes, Odilon en voulut encore avoir une troisième (a) ; car après la mort d'Otte-Guillaume, le comte Raynaud, son fils, lui en accorda une nouvelle par laquelle il déclarait qu'Otte-Guillaume avoit rendu par sa conscription, i 'est-à-dire par la charte qu'il avoit signée à l'abbaïe de Cluni, la seigneurie do Jully, laquelle l'évêque Manassès avoit autrefois donnée à celte abbale. Il ajoute qu'Otte-

<4 CM. B,t»l.*l,orUlIt.

lirl. B, M. »», «.ru llî.

Guillaume avoit fait cette restitution du consentement de ses vassaux à qui il a voit précédemment donné cette seigneurie pour en jouir comme d'un bénéfice [ce qui ne parolt cependant pas par les deux chartes précédentes), et il dit que longtems apr«, des nommez Immon et Gubert, fils d'un nommé Aldon, lui étoient venus représenter que la seigneurie de Jully leur appartenoit comme leur héritage, et lui demandèrent qu'il eût à la leur faire rendre. Renaud ayant entendu leur demande et leurs raisons, les trouva bien fondées, en sorte que, voulant conserver à l'abbaïe de Cluni le don que son père lui avoit fait, il donna une autre seigneurie à ces particuliers, pour les dédommager des droits qu'ils avoient sur celle-ci ; ce qui fit cesser leurs plaintes. Le comte Renaud signa cette charte avec Adeleïde, sa femme, Lczelin, clerc, et Azelin, abbé du Mont-Saint-Jean. Cette charte fut donnée au château de Dijon, l'an 1023, indiclion 6", le 2 octobre, jour de samedi, deuxième jour après la fête du bienheureux saint Bénigne, martyr, lo roi Robert régnant, date qui se trouve Juste en toutes ses circonstances, ce qui est assez rare dans ces anciens titres. Je crois que Renaud avoit succédé à son père au comté de Dijon et qu'il y étoit allé pour y célébrer la feste Saint- Uénigne, qui étoit fort cilèbre en ce tetns-ci.

Je crois qu'Adfclin et Ascelin de la seconde charte, sont le môme qu'Azclin do cette troisième. Cette différente manière d'écrire un même nom fait voir qu'il faut être circonspect à ne pas multiplier les personnes par ces petites différences de noms qui ne viennent souvent que de la faute des copistes.

Ce pourrait être environ le commencement du 11» siècle, que Varulfe et sa femme Adèle donnèrent à l'église Saint- Vincent (a) un mas qu'ils avoient au pays de Lyon, territoire Spinacense, au lieu de Félinx, qui est, à ce que je crois, en Bresse.

Ce pourrait être aussi environ ce tems ou un peu plus tard qu'Hugues de Châtilloo donna (b) un mas qu'il avoit dans la paroisse de Cormoranche, pour faire recevoir son fils chanoine dans l'église de Màcon. Il dit que ce mas joignoit les fonds de Berard de Miseria du coté de midi. Je crois que ce Berard de Miscria avoit la propriété de la pluspart des fonds de la paroisse de Saint-Didier-de-Chalaronne-Valim, dont deux des plus grands hameaux ont conservé et conservent encore le nom de Haut et l'autre de Bas Miseàa.

Hugues de Chàtillon donna encore à l'église de Màcon la faculté de mettre des pourceaux dans la forest Vanere, depuis le port de Bis jusqu'à celui de Saint-Romain d'Ancelle. Toute cette forest est aujourd'hui en prairie et porte le nom de prairie de Cormoranche et de prairie de Miseria, parce qu'une grande partie appartenoit à la famille de Miseria, qui pouvoit être la même que celle de Chàtillon, les seigneurs portant souvent, en ce tems-ci, comme on le fait encore à présent, plutôt le nom de leurs terres que celui de leur famille. Cette prairie de Miseria est de la souveraineté de Dombes.

(0 Lifc. lml., M. 1 1*. C*. RH»»» P- «M, eh. CCCXXIV.) (•) UK tant, M "t. (H. p. IN,*. NOTL)

A l'histoire de dombes.

L'an 7e du règne de Rodolphe, Burchard, archevêque de Lyon, donna (a) à Hugues, abbé de Savigny, la montagne appelée Laîdacque, appartenant à son siège. Cet archevêque dit que cet abbé l'en avoit prié dans une assemblée qu'il avoil convoquée |>our pourvoir aux besoins des églises de son diocèse. Cet archevêque donne à cette montagne les mômes confins que Gérard, comte de Lyon, lui donna dans la charte que nous avons rapportée ci-devant; ce qu'il y a de plus dans celle-ci, c'est qu'elle dit que le ruisseau d'Azergue tourne autour de partie de cette montagne. La charte appelle Azergue, Aselga, rituh to/rm/c; M. La Mure a cru qu'Aselga pouvoit signifier le vent d'orient à l'occident, que nous appelons traverse en province, comme Arcius signifie le vent du nord ; mais il s'est trompé à croire que Aselga fût un vent, puisque les termes marquoient assez que c'étoit le nom du ruisseau. Cette charte, jointe à celle du comte Gérard, nous fait croire que cette montagne étoit une dépendance du comté de Lyon, dont l'archevêque et l'église de Lyon jouissoient par moitié avec le comte, du vivant du roi Rodolphe, comme celte charte et celle du comte en justifient. Ainsi il faut que le comté de Lyon eût été laissé à cette église par Conrad, quoiqu'il dût servir de légitime et comme de patrimoine à cet archevêque, pendant sa vie. Ce qu'il y a de particulier, c'est que l'archevêque donne toute la montagne, et que le comte de Lyon la donnoit aussi dans son entier ; mais il est facile de voir qu'ils en jouissoient en commun et par indivis, et que c'est pour cela que chacun en donna le tout, sans parler de la portion de l'autre. Je crois que la cession que l'église fit de sa moitié à l'abbaïe de Savigny porta le comte Girard à lui en donner le surplus.

Cette charte nous fait encore voir que les biens de l'archevêque et du chapitre de Lyon étoient encore en commun, et que l'archevêque ne faisoit rien que de l'avis de son chapitre, comme le chapitre ne faisoit rien que de l'avis de l'archevêque.

Le R. P. Ménétrier croit (b) que le partage des biens de l'église de Lyon fut fait par l'archevéque Renaud, fils de Guy, deuxième comte de Forez; mais je ne sais si cette époque est bien certaine (<).

Ce peut-être environ ce tems-ci qu'un seigneur nommé Fromont et sa femme Oeila donnèrent (c), dans le teins do l'audience de Cluni, partie de leurs biens à l'abbaïe de cette ville. Ces biens étoient situez au royaume de Bourgogne, évêché do Lyon, aux villages de Virieu et de Roanne ; ils consistaient en prés, terre* et autres fonds, avec la franchise. Je ne sais si celte franchise étoit une simple déclaration de l'allodialité de ces fonds, ou si c'étoit la seigneurie et justice que Fromont et sa femme pouvoient avoir. La charte est datée du règne du roi Robert, comme étant passée à, Cluni, qui étoit de son royaume.

(») La Van, Mat. tttU, p. ISI, «rta tu.

(SI Uni da Lyon, p. H4-HS.

(a) Cari. Cluay B, M. a», oarta 111.

MLMOIRES POIR SERVIR

Toutes les chartes que nous avons rapportées et bien d'autres que nous omettons, faites du tems de Liébaut, évoque de MAron, et de notre roi Rodolphe, ont porté Sevcrt à faire deux évéques du nom de Liébaut, ayant cru que les chartes de cet éveque datées de notre roi l 'étoient du roi de France Raoul, dont le nom latin étoit Hodutphns, comme celui de nos rois de Bourgogne. Il étoit cependant facile à cet auteur de voir qu'il confondoit ce Liébaut avec les évéqties Oirald et Bernon, qui furent évéques sous le roi de France Raoul , que, dez que l'on explique comme on le doit ces chartes de notre roi Rodolphe III', l'on reconnolt, avec les meilleurs auteurs, qu'il n'j a eu qu'un évéque du nom de Liébaut.

Au commencement du M« siècle (a), Rodolphe eut des différents avec quelques seigneurs de ses états qu'il prétendoil ne lui pas rendre l'obéissance qu'ils lui dévoient et avoir usurpé ses droits ou ses domaines.

Ces seigneurs prétendirent le contraire [a). Rodolphe leva des troupes pour obliger ces seigneurs à se soumettre à sa volonté ; il les attaqua ; mais soit que les seigneurs révoltez eussent fait comprendre aux seigneurs qui étoient dans l'armée de Rodolphe que si ce roi venoit à gagner la bataille, il voudroit les dé|M>uiller eux-mêmes de leurs droits, soit que ces révoltez se défendissent plus vigoureusement qu'ils n'étoient attaquez, parce qu'ils faisoienl la guerre pour conserver leurs biens, leur liberté et leur rie, qui auroient été dans un grand danger s'ils eussent perdu la bataille, ils la gagnèrent. Les Annales de Saint-Gall disent que Rodolphe vouloit priver quelquesuns de ses sujets de leurs héritages paternels, ce que ces seigneurs ne voulurent pas souffrir.

L'impératrice Adeleïde, tante de Rodolphe, âgée de plus de 70 ans, ayant appris ( t>tte guerre, vint en ces pays pour conférer avec les grands et pacifier ces troubles (c). F.lle y réussit et obligea les seigneurs rebelles à donner quelque satisfaction au roi, et le roi à se relâcher de ce qui paroissoit le plus injuste et qui faisoit le plus de peine aux seigneurs. Celte paix fut une des dernières actions de la vie de cette princesse, qui mourut bientôt après. On la regarde comme une sainte.

Chorier et le R. P. Daniel (ni, parlant de la guent de ces seigneurs du royaume de Bourgogne contre leur roi, prétendent que c'est en ces tems-ci que le* seigneur» commencèrent à usurper le droit de se faire la guerre les uns les autres ; mais je suis persuadé que les seigneurs avoient ce droit dès l'origine de la monarchie, car l'on voit dans Grégoire de Tours (r) plusieurs exemples de ces guerres particulières. Il parle de celle de Loup de Champagne avec Ursion et Bcrtefrede, cl de celle des

(*) Cfcorkr, IW. «0, 1 I*, ton. Itr, P. 7*8.

(.) W»«.Bo«o, Bibl. Fl.ruc, pm« ulu, fol. Il, M.lUdulpbo, uli., fol. Ï7J. -EpiduM», monoctu. r|.i<e»ptu Mer»|Mirg., «bro»., •»»»- '8-

Bibl. Clauux., ViU «acU Adeliidh, p. !

t« Ton. I, Ut. 10, o. »0, p. 7M. — Dioirl,

(s, brif «It To»r», Um «, ! I i «m 7, 1 ».

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ï, ÎB-4».

, de r*luu Subetior, lib. 1, , ai .uau» 1001.- toi.

a l'histoire de doubes.

Orléanois et des Blaisois contre ceux de ChiUcaudun. La Chronique de l'abbaîe de Bcze(A) nous y apprend que le duc Amalgaire étant décédé, les François eurent de grands différents entre eux; qu'ils M battoienl et qu'ils ravageoient les terres les uns des autres par des guerres plus que civiles, d'où il arriva qu'environ l'an &50, l'abbaîe de Beze en souffrit des maux innombrables. Le roi Clolaire régnoit alors ; il n'empêcha point ces guerres, parce qu'elles étoient ordinaires et d'usage.

Elles étoient si permises sous la seconde race, que Charlcmagnc ordonna, en 81 3 (l), que si l'un des seigneurs ses sujets et vassaux vouloit faire la guerre à un autre, que ce seigneur eût appelé quclqu'uns de ses pairs ou vassaux pour le servir, et que ce vassal ne fût point venu à son service, il pourroit lui oster le llef qu'il tenoit de lui et le donner à celui qui l'auroit servi dans cette guerre.

Je crois que ce droit des François de se faire la guerre étoit venu de ce que parmi eux comme parmi les Germains, la vengeance d'un affront reçu regnrdoit toute la famille de l'offensé et faisoit même, dit H. Vertot (c), partie de sa succession. Cet auteur avoue que cette coutume de se faire ainsi justice à soi-même et d'associer toute sa famille à sa vengeance a duré plus de 600 ans parmi nous, malgré les remontrances des évêques et les défenses de nos rois. € Les François, dit-il, élevez dans la profession des armes et jaloux de leur liberté, ne pouvoient se résoudre à renoncer a un usage qu'ils regardoient comme le privilège de la noblesse et comme le caractère de leur indépendance. »

Cependant, lorsqu'un seigneur vouloit empêcher qu'un autre seigneur ne lui fit la guerre, il pouvoit se mettre sous la protection du roi (d), car alors on ne lui pouvoit pas déclarer ni faire la guerre, et il falloil recourir à la justice du roi qui défendoit la voie de fait à l'une et à l'autre des pallies, et leur rendoit ou leur faisoit rendre la justice que l'un d'eux avoit demandée et qui leur étoit due.

Giraud, seigneur de Casanbon, eut recours, en 4271 (r), au moyen que l'ordonnance lui accordoit, car, ayant été insulté par le comte d'Armagnac, qui avoit appelé le seigneur de Foix k son secours, le seigneur de Casanbon se tint sous la protection du roi Philippe-le-IIardy et offrit de se soumettre à son jugement du différent qu'il avoit avec ce comte. Philippc-le-Ilardy assigna une ville à Casanbon, où il le prit fcous sa sauvegarde. Le comte de Foix eut néanmoins la hardiesse de l'y aller assiéger et prit la ville et le seigneur. Le roi s'en vengea contre le comte de Foix, dont il prit la ville où étoit le comte, qu'il tint prisonnier pendant un an, et l'obligea de faire raison au seigneur de Casanbon. Telle étoit la seule voie que les seigneurs avoient pour s'exempter des guerres particulières où ils ne se croy oient pas les plus forts. Ainsi c'est une erreur de prétendre que ce fut une entreprise des seigneurs contre l'autorité des rois, lorsqu'ils se faisoienl la guerre les uns les autres, car ils le pouvoient, suivant le droit et l'usage de la France et de tous les pays du nord.

(a) Chron. Baaaenth, la Satcil., lom 1, p 101.

<a) CapH. tUf . Fraoc, Bal., toa. 1. aoa. 8IS, cal. 310, eap. 10.

?c) Variai, Dtaaert. «or rorifiaa in Franeet».

t) Cap. Ut». Fraac, Bal., Capil I CaraUHafal, aui iaetrtj .in aoni SU, art. H, (•) LW(„u»Uami.

181 mémoires rr.ru servir

Le serment de fidélité que Charlemagne étoit convenu que les plus grands seigneurs pouvoient oxiger de leurs vassaux et que les simples seigneurs prenoient de leurs hommes (a), ne pouvoit être qu'atln que ces hommes et vassaux promissent à leurs seigneurs de les servir contre tous les autres seigneurs, excepté contre le roi, auquel les seigneurs et souvent leurs vassaux faisant serment d'obéir, il semble que les hommes des seigneurs ne dévoient jamais avoir la liberté de servir leurs seigneurs rontre le roi ; cependant ils le faisoient, et saint Louis permit, par son ordonnance (b\ aux vassaux des seigneurs de les servir conlie lui-même au ras qu'il ne voulût pas leur faire justice et s'en tenir au jugement de ses pairs pour la décision des différents qu'il pourrait avoir avec eux. Le roi devoit môme faire assembler ses pairs quarante jours après qu'on le lui avait demandé, sans quoi un seigneur pouvoit lui déclarer la guerre. Peut-être Rodolphe refusa-t-il aux seigneurs qui eurent guerre avec lui de leur rendre justice en assemblant ses pairs, si cet usage étoit déjà élabli en Bourgogne, comme je crois qu'il l'étoit en France.

Ixs soigneurs avoient de tout tems des châteaux et des forteresses ; ils en faisoient quelquefois de nouvelles dont ils se servoient pour piller leurs voisins. C'est sur les plaintes de ces brigandages que Charles-lo-Chauve ordonna, en 164 (c)i que l'on démoliroil les châteaux et les forteresses que l'on avoit bâtis sans ses ordres, et qu'il ordonna à ses comtes de faire exécuter ses ordonnances dans un très-court délai.

Le roi Robert défendit, environ dans ce lems-ci (d), à tous princes, ducs, comtes et • autres seigneurs de son royaume de faire construire aucunes forteresses aux enviions des terres de l'abbale de Cluni, depuis les villes de Clialon et Maçon, Moason, Charolles et le Mont-Saint- Vincent. 11 confirma en même tems cette abbaïe dans tous les biens que les éveques, les comtes ou quelqu'autre personne que ce fut, lui avoient donnés. Henry, duc de Bourgogne, approuva cette charte et la signa, à cause des fonds qui étoient dans son duché. Les seigneurs de nos pays faisoient cependant faire, de leur autorité privée, des forteresses pour se défendre, pourvu qu'il n'y eût pas des défenses expresses des rois de Bourgogne. C'est ainsi qu'Hugues, abbé de Savigny, lit faire un château à Saint-Martin-des-Périls, pour se défendre rontre les invasions de ses voisins (g). L'abbé Dalmais fit fortifier l'Arbresle, et nos archevêques de Lyon lirent fortifier une grande quantité d'autres châteaux. Ces exemples regardent les terres qui étoient alors de l'Empire, comme nous l'avons établi ; les seigneurs y avoient une liberté encore plus grande qu'en France.

Le R. P. Daniel convient (r) qu'en 887 les seigneurs se faisoient impunément la «lierre, surtout en Italie et en Allemagne, et sous le roi Raoul il convient que les seigneurs de France se la faisoient aussi ; mais il veut que cet usage n'eût commencé

(»' Bal., lom. 1«r, p. *ÎS, «H. 9, *n 805.

(•] F.ukliotnraU du roi uial Looit, art. M; M. Brunei, ls»gt fén«r-l Fief., p. iw, 148, M». (, ;) (.gp. Rr€. Franc, tom. î, B.lu-r. lit. 50, toi. I»ï, anno M4. |U] l.ranJ C»rtiil. Clnojr, p. 52.

(i) Cari. SoVipi., corU ISH, 7M.

(H Uni. Fr.

A l'histoire de doxbes. 485

que sous Charles-le-Chauve. Il s'est trompé à cette époque, comme nous tenons de le prouver.

Quoique la loi et l'usage eussent permis ces guerres entre les seigneurs, en France, elles dévoient cependant cesser lorsqu'il y avnit une guerre à soutenir qui inlércssoit tout l'état, car les rois étoient alors en droit de défendre ces guerres et de faire punir ceux qui leur auroient désobéi en les continuant. Les rois se servirent ensuite de toute leur autorité pour abolir ces guerres qui causoient des désordres infinis dans lo royaume. Mais en voilà assez sur ce sujet.

C'est environ ce tems-ci que le roi Robert unit ou soumit à l'abbaïc de Cluni (a) un couvent que Lambert, comte de Clialon, avoit fondé dans son propre territoire. Cu couvent étoit situé au pays d'Autun, dans un lieu appelé la Valléc-d'Or. 11 étoit dédié à la Vierge et à saint Jean-Baptiste. Ce monastère est celui do Paray appelé lo Monial, prés Charolles, comme le titre de la charte l'apprend.

L'année 4013, Rodolphe, âhagrin du peu d'obéissance que les seigneurs de son royaume lui rendoient et de n'avoir point d'enfant, ayant même été mis hors d'état d'en avoir par la malice de sa sœur Berlue, si ce qu'en dit Chorier (b] est vrai, ce roi voulut assurer ses états à l'empereur Henry, son neveu, en lui en faisant uno donation, au cas qu'il vint à mourir sans enfant. Henry fil de grands présents aux grands du royaume pour leur faire approuver cette donation ; mais soit qu'ils craignissent d'avoir pour maître un aussi grand prince, soit qu'ils voulussent se conserver un droit d'élection après la mort de Rodolphe, ifs ne voulurent point l'approuver.

L'empereur voulut se faire reconnoltre par force par les seigneurs, et pour augmenter son droit, il se fit adopter par Rodolphe en 1016 (c), et revint en 1017 dans ces pays; mais loin de rien avancer, Rodolphe fut contraint de sortir du royaume en 1018, où il revint avec une armée d'Allemands; et ayant gagné une bataille contre ses rebelles, il fut rétabli et fut tranquille pendant quelques années. Henry mourut en 1024, ce qui obligea Rodolphe à se choisir un autre héritier qui fut Conrad-le- Saliquc et son fils, qui étoit son petit-neveu, c'est-à-dire qu'il étoit enfant de la nièce de Rodolphe. 11 est à croire que Conrad-le-Salique se fit autant qu'il put de créatures dans le royaume de Rodolphe, pour lui pouvoir succéder après sa mort. Si une charte 4e Guillaume de Bourgogne, rapportée dans le Spicilége (d) comme de l'année 1023, étoit bien du tems de cette date, je croirois que Conrad auroil gagné ce comte, qui Tétoit aussi de Vienne, car ce comte donna à I abbaïe Saint-André-le-Bas, à Vienne, one quarte de sel tous les samedis, qui lui étoit due comme étant un de ses droits de régale, et il voulut que, moyennant cette rétribution, on priât Dieu, afin qu'il le conduisit dans les voies de ses commandements, qu'il donnât le repos éternel à l'empereur et au pape, cl afin que Dieu conservât l'empire romain. Cette fondation fut

(») Cm | C*rL I I il ny, p. se.

I ■ ' llirt. Diuph., iam. Ur, Ht. 10, | J0, p. 7 M.

U) An*le«ta mer. Mibill., p. Ml.

MÉMOIRES POUB SERVIE

faite du consentement de Léger, archevêque de Vienne, et de ses chanoines. Chorier recule (a) la date de celte cb vie jusqu'à l'an 106.'}, et il y a plus d'apparence que c'eit la vraie date que celle de 1025, car celle de 1025 ne peut convenir à l'archevêque Léger, qui ne fut élu qu'en I02C; d'ailleurs il auroit été dillicile que ce comte, qui faisoit prier pour l'empereur, n'eût point parlé du roi Rodolphe. L'arche\éque Léger vivoit encore en i 065. Ainsi elle est de Guillaume, comte de Bourgogne et de Vienne. La quarte de sel, qu'il donne toutes les semaines, lui éloit due de ses régales dans les salines de Salins, en Comté.

L'on a attribué, dans le Spicilége, ce don à Guillaume, duc de Bourgogne; mais quoique Olte-Guillaume eût prétendu ce duché, il fut obligé de le céder à Robert, roi de France, héritier d'Henry, duc de Bourgogne; que s'il eût été duc de Bourgogne il n'auroil pas été faire une fondation à Vienne, pour l'empereur et pour l'empire. Cette charte doit donc être de Guillaume, petit-fils d'OUe-Guillaume. Chorier fait Oile- Guillaumc fils de Paton et de Gcrbcrgc, fille du roi Conrad et sœur du roi Rodolphe, et il dit qu'Otte-Guillaumc prétendoit à la royauté de Bourgogne et de Provence. Je ne sais sur quels titres il nous donne cette généalogie, qui est contredite par Glaber, religieux de Cluni, qui vivoità peu prés dans le tems d'Ottc-Guillaume, qui fait descendre ce seigneur d'Adelbert, marquis en Italie, quoiqu'il y auroit plus d'apparence à l'avis de Chorier qu'à celui de Glaber.

En i 027, Conrad-lc-Saliquc alla à Rome pour s'y faire couronner. Notre roi Rodolphe et Canut, roi de Dunncmarck, honorèrent cette cérémonie de leur présence.

Hermengardc fut la seconde femme de Rodolphe. Elle donna (b), environ l'an 1 026, à l'abbaie Saint-André, de Vienne, la paroisse de Saint-Jean, en Albiniac, évêché do Grenoble, afin que les religieux de cette abbaïc priassent pour son mari et pour elle, le roi n'autorisa point la reine dans cette donation ; la reine la signa seule, avec Léger, archevêque de Vienne, Artaul, prévôt, Vigon, doyen, Riccard, prêtre, et Olhniard. Je remarque, dans celte charte et dans quelqu'une* des précédentes, que les prévôts paroissoient avoir rang a\ant les doyens, tant à Saint-Etienne de Lyon que dans l'église de Vienne.

L'an 35* de son règne, Rodolphe, qui ne prend que la qualité de roi des Bourguignons par la grâce de Dieu, donna [c] à Odilon, abbé de Cluni, un monastère situé près de Poligny, dans un alleu appelé Droit-Vaux, au diocèse de Besançon, avec plusieurs autres biens, défendant à quelque personne que ce soit et môme à ses successeurs de contredire cette donation ou de la révoquer. Ce roi fit cette donation à la prière de Renaud, son féal, fils du très-illustre homme Othon, surnommé Guillaume.

La faiblesse du règne de Rodolphe et les différents qu'il eut avec ses sujets, au commencement du onzième siècle, donnoient une occasion très- favorable au roi de

(i) Chorier. ton. Ur, III, p. 81».

(• Spitil. , loin. S, p. iS'J c) Grand Cul Ou;, p. U.

A J/BISTOIRE DE DOXBES. 487

Pranre Robert de se rendre maître du royaume de Bourgogne, s'il y eût eu quelque droit ; cependant nous ne voyons pas que ce roi se soit donné aucun mouvement pour recouvrer ce royaume. Il épousa même Berthe, sœur de Rodolphe, veuvo d'Eudes, comte de Champagne, qu'il fut obligé de quitter à cause de parenté. Après avoir quitté cette princesse, il épousa Constance, fille du comte d'Arles, sujet de Rodolphe. Ce roi auroit certainement empêché le mariage de Robert avec la fille d'un de ses comtes, s'il eût soupçonné que le roi de France prétendit quelques droits sur ses états, parce que le beau-père auroit pu favoriser les droits et prétentions du roi son gendre; mais ces droits étoient absolument inconnus. Robert vécut toujours en paix avec Rodolphe, et les Italiens lui ayant offert le royaume d'Italie et l'empire, Robert les refusa pour lui et pour son 111s, reconnoissant par là qu'il n'y avoit aucun légitime droit (a).

M. de Camps veut cependant (b) que le roi Robert ait exercé des actes de haute souveraineté sur le royaume de Bourgogne, parce qu'il tint plusieurs assemblées des états de son royaume en Bourgogne et même dans le Lyonnois, d'où il conclut qu'il y étoit souverain ; mais toutes les assemblées dont il parle ont été tenues dans le duché et non dans le royaume de Bourgogne, dans le diocèse de Laon et non dans celui de Lyon, M. de Camps prenant toujours l'un pour l'autre. A l'égard des assemblées des évêques, ceux du royaume de Bourgogne s'assembloient souvent dans le royaume de France, et ceux de France dans celui de Bourgogne, parce que les rois étant en pleine paix, il n'y avoit aucun inconvénient à ces assemblées, qui se faisoient pour des affaires ecclésiastiques qui n'intéressoient point les droits des différents royaumes (c).

M. de Camps, pour soutenir son idée de la haute souveraineté des rois de France sur les rois de Bourgogne, dit qu'Otthe-Guillaume, comte de la Franche-Comté, reprit cette comté du roi Robert, contre lequel ce comte s'étoit révolté. M. de Camps ne cite aucun auteur qui assure la vérité de cet hommage ; d'ailleurs, ces hommages n'étoient presque jamais quo personnels et a vie, dans ccstcms-ci; que si Otthe- Guillaume eut guerre avec le roi Robert, ce ne fut que pour le duché et non pour le comté de Bourgogne, car Otthc-Guillaume vouloit faire valoir l'adoption d'Henry, duc de Bourgogne, et prétendoil devoir être regardé comme Ois et héritier, ce que le roi Robert prétendoit n'être pas juste, croyant devoir hériter d'Henry, comme se trouvant son plus proche héritier. M. Duchesne prétend (d) qu'outre le comté de Bourgogne, Otthe-Guillaume fut comte de Dijon et de Nevers en France; ainsi l'hommage que ce seigneur put faire au roi Robert ne pouvoit être que pour ses l'rres de France et non pour le comté de Bourgogne.

Otthe-Guillaume, soit comme comte de Dijon et de Nevers, soit en quelque autre qualité, donna (e) a l'abbaïo Saint-Bénigne de Dijon, des biens à Empilley et k

U) Dinirt, Ion. 1, in-l, p. 4SI, 4SI.

(a) Mertnre, mil 11 il.

(«) Scwrt, ia Lug<i., p. Il», MO.

(ai ll»t. Boorgogae.

(b) Wrari, Méa. fear*. , p. 170, 171

Dûmes, et il fit confirmer ces dons au roi de France. Ces endroits-là étoient dans le comté de Dijon et de Bcaune; M. de Camps les transporte dans la Franche-Comté, pour soutenir que les rois de France y avoient une haute souveraineté quïU n'y ont jamais eue et qu'ils n'y ont jamais prétendue, et il prétend que ces confirmations d* biens situez en France prouvent la haute souveraineté des rois sur la Franche-Comté.

Paradin, dans ses Annales de Bourgogne (à), a fait à peu près une pareille faute an préjudice des rois de France, car il dit que les empereurs se portoient pour roi» du duché de Bourgogne, parce qnc les églises de ce duché faisoie nt confirmer leur» privilèges par les empereurs; et i! cite la même abbaîe de Saint-Bénigne de Dijon, qui demanda et obtint, en 1056, de l'empereur Henry, la confirmation de ses biens et de ses privilèges. L'erreur de Paradin est venue de ce qu'il a cru que les biens que l'empereur confirmoit à cette abbaîe étoient dans le duché de Bourgogne, quoiqu'il» fussent tous dans le comté. Ainsi M. de Camps et Paradin sont tombés dans la même erreur, faute d'avoir examiné la situation des lieux dont parloient les chartes qu'il»

Mais revenons à quelques chartes de ce tems-ci. Nous en trouvons une par laquelle le roi Rodolphe, à la prière de sa chère femme Inningarde, a laquelle il ne donna pas le titre de reine, donna à l'abbaïc de Clnni (b) un domaine au comté de Genève, dont l'église Saint-Biaise dépendoit. Cette charte est datée de l'an 1 019, 31* du règne de Rodolphe, mais il faut qu'elle soit de 1029, si l'année du règne est juste, et le copiste aura oublié un X.

Le roi Robert et son fils Hugues, qu'il avoit fait reconnaître roi de son vivant, confirmèrent, environ ce tems-ci, à la même abbaîe de Cluni, une petite abbaîe dédiée à saint Cosme et saint Damien, près les murs de Chalon-sur-Saône, que Hugues, comte (de Chalon), Lambert (son frère), évêque (do Langres), et Robert, son père, lui avoient donnée par testament, avec la cour appelée de Belmon, sous le vocable de la Sainte -Vierge, telle que le comte Guy l'avoit aussi donnée. Ces rois confirmèrent encore à cette abbaîe la puissance ou seigneurie appelée Juilly, avec ses dépendances ou ses églises, telles que Manassès, évêque, les avoit données; l'église de Saint-Sulpice, située & Laisé, comme le comte Léotald, et depuis lui le chevalier Milon l'avoit donnée ; et l'église Saint-Maurice dcTrade. Cette dernière église fut contestée aux religieux de Cluni par M" de Beaujeu, comme nous le dirons dans la suite.

Les cens, servis, et les autres droits dus aux seigneurs ne s'exigeoient presque jamais, en ce tems-ci, que par coutume, et je crois qu'on n'en meltoit pas les titres par écrit. Ainsi, dès qu'un seigneur avoit exigé un cens pendant quelques années, il prétendoil être en droit de continuer à l'exiger. Un nommé Edelin ayant donc exigé certains cens d'un nommé Varnier, qui possédoit un mas de l'église de Maeon (c), il

M r.ge iss.

(■) Gread Ctrl. Clwijr, p. «S.

(c) Ufc. tant., M. IM. (*. R.gt.1, p. MT, et. CCCCXCVO

A l'histoire de dombes.

voulut l'obliger à continuer le paiement de cette redevance et de recevoir et nourrir aes chevaux. Les administrateurs de l'église de Maçon défendirent à Varnier de se soumettre à ces redevances qu'ils ne croyoient pas dues sur leurs biens. Edelin s'en plaignit, mais n'ayant pas pu prouver quo ces prétendues redevances lui fussent duo* pour le don de quelques fonds ni pour la faculté de prendre du bois dans ses forêts, ponr des pâturages, pour des prises d'eaux, ni pour aucune autre juste cause, il fut obligé de se départir de ces prétendus droits, dont il devoit prouver la juste cause pour obliger Varnier à les lui continuer. La nécessité de prouver la cause des redevances a été depuis confirmée par le chapitre cinquième Extra de censibus.

Nous trouvons une autre charte (a) par laquelle Ainard, chanoine de Mâcon, se plaignit à Otlhon, comte, de ce que les receveurs et exaetcurs de ses droits lui demandoient des usages (c'est-à-dire des cens et redevances) qu'il ne devoit pas, sur des fonds d'un alleu qu'il possédoit au pays de Lyon, territoire de Toromacense, aux villages de Crottet, Place, Caviniac ou Saint-Jean, sur la rivière de Vesle. Cette charte fait voir que les comtes de Mâcon avoient beaucoup de terres dans le diocèse de Lyon, en Bresse et Dombes, comme nous l'avons déjà vu, et que de tout tems on a demandé des cens et servis injustes.

Olhon s'étant informé de la vérité des plaintes, il reconnut que ce chanoine avoit raison en quelque chose, c'est-à-dire qu'on lui demandoil véritablement une partie de ces droits qu'il ne devoit pas, mais qu'il en devoit l'autre. Pour éviter les vexations cl les surcharges pour l'avenir, l'évéque et l'église de Mâcon prièrent ce comte d'affranchir les biens de ce chanoine des droits qui se trouvoient lui être légitimement dus. Ils lui firent appnrammenl comprendre que ces droits légitimes ayant servi et pouvant encore servir à l'avenir de prétexte à ses agents pour exiger ceux qu'ils reconnoissent pour illégitimes, il devoit affranchir le tout, pour ôter la cause et le prétexte du mal. Ce comte y consentit; il affranchit les fonds d'Ainard de toutes ces coutumes, après quoi Ainard donna ces fonds à son église. Gauslen accepta ce don, qui fut affecté à la table des chanoines. Ainard signa cette charte avec Othon, comte, Elisabeth, sa femme, Ulric, Guillaume, l'évéque Gauslen, Adalard et Ogier.

Les seigneurs ou leurs receveurs augmentoient souvent les cens, servis, et les autres redevances qui leur étoient dus, eux seuls en ayant les titres, s'il y en avoit, et les paiements ne s'en faisant que par un usage que les receveurs avoient coutume d'augmenter; ils faisoient plus, car l'usage le plus général étoit que le seigneur donnoit un repas à l'emphitéote qui venoil lui apporter les cens d'un lieu qui étoit éloigné de son château, lorsqu'il étoit arrivé et qu'il avoit livré ce qu'il devoit. Mais les seigneurs ont eu soin de se soustraire de cette charge. Nous avons vu des anciens titres du doyenné de Montberthoud, dans cette souveraineté, où il étoit marqué qu'on dovoit donner à dîner à l'emphitéote, le jour de Saint-Martin ou le jour de Noël, auquel il devoit apporter ses servis. Ces repas se donnoient ainsi dans presque toutes

(4) Uk.lae»!., f u 1 . Hi. (M. Rapt, p. 268, cb. CCCCLX1V.)

MKMOIRtS POUR SERVIR

tes abbaïcs ; mais comme l'on a cessé de payer les cens et servis les jours de ces fêtes et au temps de l'offertoire de la messe, ce qui faisoit voir que co n'étoit qu'une espèce d'offrande volontaire, l'on a omis de mettre, dans les derniers terriers, que ces repas étaient dus. Cet mage de donner cette nourriture aux emphitéotos, surtout par les abbaïes, était si fréquent, qu'elles faisoient mettre dans leurs titres l'exemption de ces repas, lorsqu'elles ne les dévoient pas donner. Ainsi un alleu situé à Stenivet devant 8 s. de rente, et un autre, voisin de celui-là, devant 4 s. à l'abbaie de Saint- Theudon, payables au jour de Saint-Remy, la charte remarque que lorsque l'on apportoit ce cens, l'abbaie ne devoit rien donner du tout à ceux qui l'apportoient (a).

Non-seulement les seigneurs augmentaient les cens et servis qui leur étaient dus ; ils faisoient plus, car ils étaient souvent la liberté aux hommes libres en les obligeant à se reconnollre leurs esclaves. C'est ce que craignoient l'abbé et les religieux de Beze, car Fulbert et Bcranger frères ayant été obligés, à cause de l'inimitié que leurs voisins leur portaient, de se retirer d'un village du diocèse de Langrcs, où ils demeuroient, ils donnèrent à cette abbaïe les biens qu'ils avoient dans le village qu'ils quittaient et se vouèrent, eux et leur postérité, à cette abbaïe, à laquelle ils promirent de payer chacun une livre de cire de cens toutes les années. Cette cire ne pouvoit pas être un vrai cens, puisque la redevance n'en était que personnelle et non emphitéotique et réelle ; mais on appeloit cens, en ce tems-ci, toutes sortes de redevance», comme les Romains appeloient cens le tribut personnel mêlé avec le réel, qu'ils exigeaient tous les cinq ans, ou du moins dont ils faisoient faire le dénombrement par les censeurs qu'ils élisoient.

Ces deux particuliers, Fulbert et Bcranger, allèrent s'établir dans le diocèse de Besançon, dans la terre d'un seigneur nommé Theudiri (b) ; ils promirent de lui payer les icvcnus et les coutumes que les hommes libres de sa terre de Rollcns aroient coutume de lui payer, outre quoi ils déclarèrent qu'ils payeraient encore le cens qu'ils avoient promis à l'abbaie de Beze ; mais l'abbé de Beze, craignant que le seigneur ou ses héritiers ne réduisissent ces particuliers ou leur postérité en servitude, et qu'ils ne perdissent par là leur cens ou cire, ils prièrent l'archevêque de Besançon de leur donner une charte pour prouver leur liberté, ce que cet évêque fit, en faisant des défenses à tous seigneurs de les priver de leur état, à peine d'excommunication.

D'autres seigneurs prélendoient que dès qu'un homme étoit Tenu demeurer dans leur terre, il devoit être leur homme et leur serf; ainsi Guillaume de Tricastcl prétendit qu'un nommé Aldric avoit reçu de l'argent pour se faire son serf ; Aldric nioit d'avoir pris un mas dans la terre de ce seigneur et d'avoir reçu de l'argent pour être •on serf; cependant il fallut que ce pauvre homme payât i uv. 40 s., qui étoit alors une somme considérable, pour se rédimer des injustes prétentions de ce seigneur (c).

(*} Splett., ton. », p. «M, in-f.1.

(■) Spitil., Ici». 1, p. 4IS «l «M.

(«) U>mI., p. «II.

a l'histoire dk

Les vexations des seigneurs obligeoicnt souvent leurs vassaux ou emphitéotes à leur demander des lettres par lesquelles ces seigneurs promettoient de n'exiger d'eux que les cens et servis qui leur étoient bien et légitimement dus, et de ne leur rien demander de plus, ni pour leur logement, ni sous prétexte d'aucune autre nécessité ; car les seigneurs vouloient, contre le droit et l'équité, que leurs emphitéotes ou sujets fournissent à tout ce dont ils croyoient avoir besoin.

Il y a des terriers en Forez, où les emphitéotes reconnoissent tant de bled pour cens, tant pour le vingtain, tant pour la taille, tant pour la maréchaussée, tant pour le foin; enfin l'on y mettoit tous les droits que les seigneurs pouvoient imaginer ou qui avoient été imaginés jusqu'alors, afin, ainsi que je le crois, que ce seigneur ne leur pût rien demander par la force de la coutume, puisque tous les droits avoient été fixés et convenus lors du bail empbitéolique ou depuis (a).

Les logements que les rois et les seigneurs exigroient pour eux et pour leurs soldats étoient si à charge de tout tems, que l'abbé de Saint-Kiquier obtint un privilège de Louis-lc-Débonnaire, par lequel il exemptait un village appartenant à cette abbaïe de tout logement de gens de guerre, soit que l'on allât ou que l'on revint de l'armée, afin que ce village pût servir plus librement à cette abbaïe, avec défenses à tout soldat d'y entrer pour y loger, à moins que ce ne fût du consentement des religieux. 11 n'y a qu'à lire M. Brussel, au titre des Cites et des Procurations (b), pour voir combien ces droits coûtoient aux abbaïcs et aux seigneurs particuliers lorsqu'ils étoient dus au roi.

Nous n'expliquerons pas ici les droits de vingtain, de maréchaussée, de foin, et les autres droits dont nous venons de parler; nous aurons peut-être occasion d'en parler dans la suite ou dans quelque autre ouvrage, si le Seigneur nous en donne le loisir.

Si les seigneurs mésusoient de leurs droits et de leur autorité, leurs vassaux et leurs serfs mésusoient aussi quelquefois des biens qu'on leur avoit confiés. Nous avons vu ci-devant que des esclaves de l'église de Màcou avoient vendu des fonds de celte église situez à Romcnay, dont ils n'étoient que simples cultivateurs. Nous trouvons, d'un autre coté, un vassal qui n'avoit qu'un bénéfice ou fief à vie, qui le donna à l'église de Cluni (c), au préjudice du seigneur comte de Màcon, à qui il devoit faire retour. Ce vassal s'appeloit Etienne. Il étoit fils d'un nommé Artaud. Le comte Othcou son père avoit donné à ce vassal, en bénéfice à vie, des biens situez à Chcvagny, en Maconnois; ils en avoient joui, mais sans se ressouvenir qu'ils n'en étoient pas propriétaires. Us les donnèrent à l'abbaïc de Cluni. Le comte de Maçon fit déclarer leur donation nulle ou il la déclara lui-même et se mit en possession de ces biens. Cependant, après en avoir joui quelque temps, il les donna lui-même à cette abbaïe. Ces biens consistoient , enlr'autres choses, dans un moulin sur la

(O Spiefl,, lom. 1, p. «17.

(■) Chip la, page IM.

(<) Un. Clos; B, fol. 2t, cartJ M.

Craomne, vers la Roche-Creuse, el en divers autres fonds. Le comte signa cette charte avec Gauslen, évéque de Màcon, Adelard el Bernard. Cette charte e»l d'environ l'an 1025.

Plusieurs auteurs prétendent que les grands seigneurs des royaumes do France et de Bourgogne et des autres Etats usurpèrent la souveraineté de leurs terres sous Hugues Capet et sous notre I\odolphe-le-Fainéant, et que c'est sous eux qu'ils rendirent les grands fiefs héréditaires à leurs familles ; mais outre tout ce que nous en avons déjà dit plusieurs fois, l'on ne peut pas dire que les souverainetés qui sont et qui ont été dans le royaume de Bourgogne ni dons l'Empire eussent été usurpées, ni qu'elles fussent de simples gouvernements ou de simples emplois à vie; car si ces souverainetez, duchez, corniez et baronies eussent été de simples gouvernements, ils auraient été contigus et ils n'auroient pas été confondus les uns dans les autres. Or, aous avons vu que les comtez de Lyon et Maçon, et ce dernier avec celui de Chalon, étoient confondus; nous en avons rapporté les chartes; d'ailleurs, la souveraineté de Savoie et celle de Dauphiné étoient si fort mêlées, qu'il étoit comme impossible d'aller d'une terre du dauphin dans l'autre sans passer sur les terres du comté de Savoie ou de quelqu'autre seigneur indépendant du dauphin et du comte de Savoie. Ainsi ces comtés n'étoient point des terres et seigneuries ni des juridictions contigues ; ce n'étoient donc pas des gouvernements. Il n'y a qu'à lire l'échange fait à Paris en \ 354, entre le roi Jean, et Charles, son fils, dauphin de Viennois, et Amé, comto de Savoie (a), pour être convaincu de cette vérité, et on connoltra facilement que toutes ces différentes terres et seigneuries avoient été divisées par des partages faits entre des frères ou autres parents, par des con tracts de vente, ou par d'autres sortes d'aliénations qui prouvent que les possesseurs en étoient légitimes propriétaires.

Les seigneurs des royaumes de France et de Bourgogne n'usurpèrent pas non plus les droits régaliens et souverains dont ils ont joui et dont ils jouissent encore actuellement en Italie et en Allemagne. Ces seigneurs n'ont fait autre chose que de se maintenir dans la possession de ces droits dont ils jouissoient dés le commencement des Monarchies. En effet, les rois et les empereurs n'ont jamais été assez foibles pour s'être laissé dépouiller du droit de donner des gouverneurs aux provinces et d'y envoyer des intendants pour ouïr les plaintes de leurs sujets.

Les seigneurs qui avoient intérêt d'avoir les gouvernements, auroient soutenu les droits des empereurs et des rois pour les avoir, surtout lorsque les gouverneurs n'auroient laissé que des enfants mineurs et incapables de ces gouvernements. Charleaagne se seroit rétabli dans ces droits, ce que nous ne voyons pas qu'il ait fait. Enfin l'hérédité des fiefs, la souveraineté et la possession des droits régaliens par les ducs, par les comtes, par les barons et par les seigneurs dont les terres étoient dérivées des duchez, des comtez et des baronnies, est prouvée par mille anciens titres* aussi bien que leur liberté el leur franc-alleu, les rois, les ducs et les autres seigneurs

(4) G»icUrnon, Bill. Drr.K, Irt pwtic, p. S»,

A L IUST01RF. DE DOMBES.

ayant acheté les droits de fiefs qu'ils ont aujourd'hui sur la plupart des terres du duché de Bourgogne, du Languedoc et de plusieurs autres provinces, comme on le voit dans Cascneuve et dans nos autres auteurs.

Saint-Julicn-Balleure assure (a) que Thcutberg, comte de Mâ:on, étoit seigneur libre et souverain dans sa comté, du tems de Charlemagnc et de Louis-le-Débonnaire. Il dit aussi qu'il y avoitencore plusieurs seigneurs libres dans les terres de souffrance qui se trouvent entre les deux Bourgognes, comme Luxcuil, Lure, Vauvilliers, Remiremont, Epinal et plusieurs autres.

Dans les Antiquitez de Ckalon, il dit que le seigneur de Brandon, ne tenant que de Dieu et de l'épie, ne vouloit subir le jugement par-devant aucun juge ni commissaire du roi, et il ajoute que la terre de Brancion, dont celle d'Uxelle dépend, étoit enclavée entre le Châlonnois et le Mûconnois, sans être de l'un ni de l'autre, ni relever à l'un ni à l'autre, car le sire du lieu, dit-il, avoit son conseil qui vuidoit toutes choses en dernier ressort.

M. Guy Coquille dit [b) que la terre et seigneurie de Boisbelle, située en Bcrry, est encore à présent possédée en toute souveraineté, quoiqu'elle ne soit pas d'un grand revenu ni d'une grande étendue. Il croit que celte seigneurie étant dans le* bois et en pays stérile, s'est trouvée exempt»; de souveraineté lors de la conquesle des Gaules par les François, les Gots et les Bourguignons. Les limités des conquêtes de ces nations se trouvent en ces ondroiLs-là. Il croit que cette terre, étant au milieu des bois, fut inconnue à ces conquérants, soit parce qu'il y avoit peu à profiter, soit, ditil, parce qu'un petit oiseau s'échappe plutôt des prises d'un grand que ceux qui sont plus forts. Il dit que le seigneur de Boisbelle ou d'Enrichemont donne les grâces à ses sujets, qui sont exempts de taille, de traitte foraine ; qu'il juge souverainement ; et il convient que ce seigneur s'est maintenu dans cette liberté et dans cette neutralité.

Je ne crois pas que ce soit par la raison que rapporte le judicieux Coquille que Boisbelle ou Enrichemont est restée en souveraineté, car ti elle étoit dans les confins des conquêtes des François, elle y fut très-peu de tems, puisque Clovis, après avoir conquis la France, conquit bientôt après l'Aquitaine, et ses enfans ayant conquis la Bourgogne, Boisbelle fut certainement soumise à la haute souveraineté de nos rois. Je crois donc que cette seigneurie étoit un franc-alleu et que sa petitesse et sa situation dans les bois ont fait que'nos rois n'ont point tâché d'y acquérir le droit de fief qui l'auroit soumise au ressort de nos rois en la soumettant à leur service de fief ; que si les seigneurs de Boisbelle ou Enrichemont donnent les grâces et jouissent du dernier ressort, c'est qu'ils ont conservé plus exactement leurs anciens droits que les autres seigneurs du royaume, car les grands barons qui avoient la seigneurie de plusieurs paroisses et qui avoient plusieurs pairs et vassaux, jugeoicut souverainement leurs sujets et justiciables; il y a un article dans la loi Salique [c) qui me porte à le croire.

(a) HUt. Mteon, li». », p. S»'>, SOI, 101. (a) llilt, Niftra., in-1«, f. SKi.

(c/ Let Salin, lit. Ml, art. »; Battu-, col. a« p«j* SIS, l. 1er.

191 «EHOIRES POIR SERVIR

Cet article veut qu'il n'y ait que trois sagis-barons dans chaque juridiction, et il défend de pouvoir porter par appel, par-devant le comte ou grafion, la cause qu'ils auront jugée suivant les lois. Ces sagis-barons éloient toujours assez puissants pour f.iirc comprendre à leurs hommes et sujets qu'ils avoient bien jugé et qu'ils ne dévoient pas appeler au comte.

Un autre article de la même loi veut que si l'homme noble qui s'est fait sagi-baron est tué par son ennemi, quH soit payé autant qu'on payeroit un comte. L'on sait assez que, dans ces anciens tems, tous les crimes se racheloient a prix d'argent, et que la loi tixoil le prix du réachat de chaque homicide, suivant la qualité de celui qui avoit été tué.

La loi Salique voulant donc que les jugements des sagis-barons et des comtes ne fussent pas sujets a de? appellations dans les cas le» plus communs et les plus ordinaires, ces seigneurs eurent une espèce de souveraineté sur leurs hommes et sujets, suivant la loi; ainsi ils ne l'usurpèrent point, quoiqu'ils l'aient peut-être êtendoe audelà des bornes portées |wr cette loi. Les seigneurs de Boisbelle, celui d'Yvetot eu Normandie, et quelques-autres se sont maintenus en France dans cette liberté primitive, et c'est, a ce que je crois, la seule origine de la souveraineté dont jouit Enrirheuiont et des privilèges ou franchises dont jouit le seigneur d'Yvetot.

Rodolphe IIIe, appelé le Lâche ou le Fainéant, mourut en <032. Conrad-le- Salique, père d'Henry, que Rodolphe avoit nommé pour son héritier, voulut prendre possession du royaume dont Rodolphe lui avoit envoyé les ornements; mais l'étant trouvé occupé à la guerre contre les Polonois, il ne put pas s'y trouver assez à tenu. Son éluignement donna lieu à une entreprise qu'Eudes, comte de Champagne, H In <l<- Rerlhe, s<eur de Rodolphe, fit sur le royaume de Bourgogne. Il prétendoit que ce royaume deroit lui appartenir, comme (ils de la saw aînée île Rodolphe. H s'empara île quelques villes et forteresses. Les Milanois, qui s'étoient révoltés contre l'empereur, sachant la guerre qu'Eudes faisoit à Conrad, envoyèrent à ce comte des députez de leur ville, pour lui offrir le royaume d'Italie; mais Eudes les renvoya et ne voulut pas courir après la conquesle de deux royaumes (a). Eudes assiégea Vienne qu'il ne pat prendre.

L'empereur, après avoir fini la guerre qu'il avoit avec les Polonois, leva de nouvelles troupes et voulut venir en Bourgogne avant les fêtes de Noël; la rigueur de 1 hiver l'en empêcha ; mais dès le printemps, au lieu d'aller secourir la Bourgogne, il entra en Champagne, qui étoit le patrimoine d'Eudes, et il y désola toute cette province, ce qui obligea Eudes à demander la paix à Conrad et à se désister avec serment .le tous ses prétendus droits sur le royaume de Bourgogne. Il en demanda pendant quelque teins le simple gouvernement, mais il lui fut refusé. Je crois qu'on ne lui ;iissa que quelques terres qui avoient été la dot de sa mère.

L'empereur Conrad fil cette expédition en Champagne sans qu'Henry, roi de

• O Otb». Frigio rcmU, lib. 6, cop. S «l il. — fil.bfr. Iilt J.tip. 9, tJ M. 100».

A l.'lllSTOIRE DE OOMBKS.

Franc*, s'en mil en peine, ci sans qu'il donnât aucun secours à son vassal, ce qui prouve très-clairement que ce roi et tous les François étoient persuades qu'ils n'avoient aucun droit sur le royaume de Rodolphe. Il y eut même un traité fait entre le roi et l'empereur Conrad, en 1034, par lequel le mariage d'Henry fut arrêté avec Malliilde, lille de l'empereur; mais ce mariage ne fut pas consommé, cette princesse étant décédée avant la célébration. L'empereur reconnut par ce traité qu'il n'avoit aucun droit sur le duché de Rourgogne qu'il prétendoit à cause de son litre de roi de Bourgogne, et Henry, roi de France, reconnut de son côté qu'il n'en a\oit aucun sur le royaume de Bourgogne et sui les étals dont l'empereur avoit hérité de Rodulphele-Fainéant [a).

Nonobstant la renonciation que le comte de Champagne avoit faite à ses droits sur le royaume de Bourgogne, il voulut tenter une seconde fois de s'en rendre maître ; car, quelque serment que l'on en fasse, l'on ne renonce jamais de lionne foi à un royaume. Il revint donc attaquer les états de Conrad en 1037, mais il fut plus malheureux que dans sa première guerre, car, ayant attaqué Bar, le duc de Lorraine eut ordre de l'empereur de le défendre. Ce duc ayaut présenté bataille au comte qui l'accepta, le comte y perdit la vie. Ses prétentions et celles de ses successeurs cessèrent entièrement depuis ce tems-là.

Quelques auteurs ont prétendu que notre archevêque Burchard favorisoit les intérêts d'Eudes; cependant il fil serment de fidélité à Conrad, en 1034, et Conrad emmena les enfans des plus grands seigneurs avec lui, pour lui servir d'otages de la fidélité de leurs pères.

Quoique les descendants d'Eudes, comte de Champagne, n'aient jamais prétendu aucun droit sur le royaume de Bourgogne, il a plu a M. Dupuy d'y attribuer des droits à nos rois, du chef de ce comte Eudes.

Mais outre que Berlhe et ses descendants auroient été indignes d'être héritiers de Rodolphe, s'il est vrai que cette princesse eut rendu son frère incapable d'avoir des enfans, c'est que ni la loi Romaine ni la loi Gombette ne donnoient aucune prérogative à la sœur aînée sur les cadettes, et qu'elles permettoient de disposer de ses biens, soit entre vifs, soit par testament, comme on le trouvoit a propos. Ainsi G belle, femme de Conrad, et Henry, son fils, ayant le droit de parenté joint à des dispositions entre vifs et testamentaires, ils ne pouvoient avoir de meilleurs titres de propriété d'un état, surtout y ayant eu une renonciation formelle faite par le comte Eudes, Conrad ayant encore eu le consentement des Elats et k droit d'une double conquête contre Eudes. Tous ces droits, soutenus d'une possession de plus de 7 on f» siècles, dévoient empêcher M. Dupuy de parler de droits aussi mal fondez que ceux qu'il a voulu prêter aux rois de France, contre les droits des successeurs de Conrad.

L'on ne peut nier que In loi romaine ne fût suivie, dans ces pajs, avant et dans le

4) !*»rtd(n, Annile* «*« Boargogat, Ht, 1er, p. US.

MÉMOIRES rOLR SERVIR

lemsde la disposition de Rodolphe, d'une infinité de chartes que nous en pourrions rapporter ; pour le prouver, nous nous conlenterons d'en citer deux (a) : l'une de l'an 993, qui est de Guillaume, comte de Provence, qui donna la seigneurie do Valensol à l'abbaïede Cluny.ditquc l'autorité ecclésiastique et ta loi romaine permettant à chacun de donner ses biens par testament à qui il veut, il donne cette seigneurie comme il le peut. Cette charte est datée du règne de Conrad ; la seconde o>t de 103.1, et elle se sert des mêmes termes pour exprimer la même autorité de la loi romaine et ecclésiastique, pour la libre disposition de nos biens ; ainsi celte liberté «•toit d'une notoriété publique. Chantereati Lcfebvrc (b) a été surpris de ce que Rodolphe disposât de son royaume comme de son bien propre; il croit que les rois n'en ont pas une libre disposition ; il dit que l'on devoit suivre la loi qui donne la couronne au plus proche du dernier roi. Ainsi il veut qu'Eudes eût plus de droit à ce royaume que l'empereur Conrad et son fils ; mais les élections que nous avons vu que I on faisoit des rois font voir qu'il n'y avoit pas encore de loi de l'état pour la succession au royaume de Bourgogne dont nous parlons; d'ailleurs n'y a-t-il pas plusieurs royaumes et plusieurs autres états purement héréditaires dans l'Europe. Enfin il n'y a pas, ordinairement, d'autre loi pour l'état que pour les particuliers ; ainsi la succession du royaume de France s'est toujours réglée parla loi Salique, quiétoil faite pour les seigneurs particuliers comme pour nos rois. Si la loi de la succession à la couronne de France s'est perfectionnée dans la suite, si elle a été de plus en plus développée, si l'on a appelé à la succession l'enfant de l'aîné et ses entons, à l'infini, si au défaut de la branche aînée, on a appelé la seconde, et si l'on est passé de la seconde à la troisième, sans avoir égard à celui qui se trouve dans un degré plus proche, et si l'on a fait une loi de l'état de toutes ces règles, il faut convenir qu'elles se sont établies peu à peu, et à mesure que les cas se sont présentés, et de ces cas décidés on en a fait une loi nouvelle de l'état, parce qu'il s'en faut tenir, surtout en matière de succession, (tour de grands états, aux décisions quiont été faites et suivies dans les premiers cas qui se sont présentés, afin d'éviter des guerres civiles et cent inconvénients qui arriv croient si l'on changeoit ces sortes de décisions au gré d'un chacun.

Il n'y avoit, dans le royaume de Bourgogne, aucune loi générale ni particulière qui empêchât Rodolphe de disposer de ses états; les lois romaines et la loi Gombelte lui permettoient de le faire, comme nous l'avons dit. Feu Sa Majesté (f \ d'heureuse mémoire, établit parfaitement, dans le Traité des droits de la reine, que les princes et les souverains doivent suivre, pour la succession de leurs royaume* et de leurs autres souverainetez, la loi et la coutume du pays, U'ilc que les particuliers la suivent pour leurs biens. Ainsi Rodolphe put suivre la loi romaine et la loi Combette dans la disposition de ses états, y appeler Rodolphe et en exclure Eudes, comme il le trouva à propos.

C»! Tr»!tu Je rirftr iil* de» Q«f»«ic Vn\ner. p. IÏO-ISI.— Bouche, Uiil, rW, là. », ml. In, p. Ci. \§) CouiiJrrjtioo» IliU., lom. 1er. p. «il.

(I) Louii IV.

A l'imstoike de dombes.

Oulrc le droit que Conrad -le-Salique et son III» liroient des dispositions de Rodolphe, ils eurent encore, comme nous l'avons dit, l'acceptation des états, qui reconnurent que Rodolphe on avoil justement disposé. Ainsi il ne peut rester aucun doute sur les légitimes droits de Conrad, comme on ne peut douter de ceux de I*hîlippe V, roi d'Espagne, fondés sur un pareil testament et sur une reconnoissance et acceptation formelle de tous se* états.

C'est en vertu de ce consentement des états que Conrad fut couronné roi de Bourgogne à Saint-Maurice-en-Valais, en 1033, l'année après le décès de Rodolphe, n'ayant pu y venir plus tôt, comme nous l'avons déjà dit, à cause de la guerre qu'il avoit avec les Polonois. Conrad-le-Salique, empereur, étant à Solcurre, en 4038, céda le royaume de Bourgogne à son fils Henry, qui fut couronné roi du consentement des étals, dans l'église Saint-Etienne, après quoi tous les seigneurs de Bourgogne lui peélèrent serment de fidélité sans aucune opposition d'autres prétendants, ce qui auroit fait un nouveau titre pour cet empereur Henry, s'il en eût eu besoin. L'empereur Conrad mourut l'année suivante, <039.

M. Le Brct dit (a) qu'Henry, roi de France, fit des protestations contre la prise de possession du royaume de Bourgogne par l'empereur Conrad, mais je ne sais où il a«pris ce fait dont il ne cite aucun auteur.

Sigebert met la fin du royaume de Bourgogne au décès de Rodolphe. Il dit que Ct royaume avoit duré environ 130 ans, depuis l'élection de Boson, et qu'il fut réduit une seconde fois en province; mais il s'est trompé là-dessus, car le royaume de Bourgogne ne devint point une province du royaume d'Allemagne ni de celui d'Italie. Les fils des empereurs, rois de Bourgogne, en prenoient souvent possession et y étoient couronnez, avant que de prendre possession de ce qu'on appelle le royaume des Romains et l'Empire; aussi les empereurs rois de Bourgogne dataient leurs actes des années de leur royaume de Bourgogne différemment des années de l'empire et du royaume d'Allemagne, comme on le voit dans une infinité de chartes. Nous nous contenterons d'en citer ici une rapportée par Goulut (b), donnée en faveur de l'église de Besançon. Cette charte est de l'an 10(3, donnée par Henry, fils de Conrad, empereur. Il la date de l'an 1 4* de son ordination et de la 3e de son empire. Il appelle le tems de son ordination le tems du don que Rodolphe lui fit de son royaume, qui fut l'an 1 029 ; or, de 1 029 à 1 043, il y a 14 ans. Nous en rapporterons d'autres, dans U suite. Nous croyons que celle-ci suffit à présent.

Le royaume de Bourgogne étoit si peu uni à l'empire, que les princes et seigneurs de ce royaume n'ont jamais contribué avec les états de l'empire et ceux d'Italie, ni avec le royaume ou la confédération d'Allemagne, qui donne aujourd'hui le litre d'empereur, que la seule Italie donnoil autrefois.

La possession de l'empereur Conrad, celle d'nenry, son fils, et des autres empe-

(») Décitiomt, Ht. t; cl.ap. 1. (•> LiT. 4, eh»p. »3, p. Ï«T.

rcurs, du royaume de Bourgogne, servit néanmoins au Dauphiné, à la Provcnceet à nos autres pays situés ainleça du Rhône et de la Saône, à leur conserver le nom et le titre de Terres de l'Empire, ce qui a fait croire à quelques auteurs que le royaume de Bourgogne fut véritablement aboli, qu'il fut uni à l'empire et que ce ne fut qu'en ce tems-ci que ce royaume prit le nom de Terre de l'Empire ; mais comme le nom de Terre de l'Empire resta a la Lorraine et aux Pays-Bas, il faut convenir que le nom de Terre de l'Empire étoit resté à ce pays depuis le partage des enfans de Louis-le- Débonnaire, comme nous l'avons déjà établi , et qu'il n'avoit point quitté ce nom depuis- l'an 843, qu'il le prit.

Goulut a prétendu [a) que l'on appela communément ce qui est au-deçn du Rhône et de la Saône Terre de l'Empire, parce que les dauphins de Viennois, les ducs île Savoie et les autres princes du royaume de Bourgogne s'avouèrent de l'empire ; mai> Goulut se trompe ; ces princes et les autres ne s'avouèrent des empereurs rois de Bourgogne et ensuite des empereurs leurs successeurs rois d'Italie, que parce que leurs terres et seigneuries avoient presque toujours été séparées de la France depuis le partage de l'an 843, dont nous avons parlé si souvent, et ils ne pouvoient pas ne pas reconnoltre les empereurs, étant dans leurs états depuis que le royaume de Boni gogne étoit possédé par ces empereurs.

Nous nous sommes peut-être trop étendu sur le règne de nos rois de Bourgogne ; mais outre que nous ne prétendons faire que des mémoires pour servir k l'histoire de Bombes, qui nous ont pu permettre les digressions que nous avons faites, c'est que peu d'auteurs ont parlé assez juste de ces rois, et que plusieurs auteurs françois ayant combattu leurs droits et leur possession, nous avons cru devoir les établir. D'autre* ont prétendu que ces rois n'avoient jamais été rois de Lyon et de cette souveraineté, qui est de son diocèse ; ce sont des faits que l'intérêt de notre souveraineté nous a engagé à réfuter. Si nous avons rapporté beaucoup de chartes qui regardent les pays voisins, nous avons cru qu'on pourrait être bien aise de trouver l'origine de plusieurs prieure/., de plusieurs abbaies dont nous avons parlé, et d'en voir les chartes dont plusieurs n'ont pas été imprimées ou qui sont dans des livres qui sont devenus rares et où il serait difficile de les aller chercher. Nous avons été obligé de concilier et de corriger les dates d'une inlinité de ces chartes, que la négligence des copistes a altérées, ou qu'ils n'ont pu ou su lire, pane que les titres qu'ils copioienl étoieul aneieiis et peut-être en partie effacé», lorsqu'ils ont entrepris de les recopier et d'en faire les cartulaires qui mous restent et qui nous ont conservé tant de titres curieux, et qui sont les seules sôurces assurées de l'histoire de nos petits |wys. Celui qui a copié les chartes de Savigny a remarqué qu'il ne le fit que pane que les chartes étoient anciennes, qu'elles étoient difficiles à lire, et la pluspart effacées à cause de leur vieillesse. Les erreurs que l'on rencontre donc aux dates ne peuvent faire soupçonner la vérité île ces titres, comme on ne le fait que trop souvent, tout copiste étant sujet à de pareilles erreurs, et surtout dans les tems d'ignorance où ces actes ont été copiés

Ma. Bourg , lir 1. eh M, p. 187

a l'histoire de dombes.

et mis dans de nouveaux volumes. D'ailleurs, lorsque ces actes ont été suivis d'une possession publique, comme l'ont été presque toutes ces anciennes chartes, on peut encore moins douter de leur sincérité. Le K. P. Chifflet (a) va plus loin : il prétend que les originaux des anciennes chartes ne sont pas toujours exempts de fautes dans leurs dates et leur chronologie, quoique ces fautes soient en petit nombre, en iom|>araison de celles qui se trouvent dans les copies ; mais j'ai peine à croire qu'il y ait des dates fausses dans de vrais originaux (t). Il est vrai que nous les croyons quelquefois fausses sur de faux principes, quoiqu'elles ne le soient pas.

Mais il est tems de venir à la généalogie particulière des premiers souverains que nous connoissions dans ce pays.

(â) Um. de, Tournu». cuu.

(1) On reaunlrc ntannoias encore astel fréquemment drt erreur» malt riellcs d< daltt « dan. <l« »rai» originaux ; > aiati, il jr ■ quelque» jour. wuUmeal, J'ai coaaial* aoc erreur d« cm «m dta> la priacipile de» indicalioaj . Uron«l«gi<|uri J'uar charte originale de Humbaald, archevêque d< Lyon ; celle, charte, qui «al de I lll tl non de lOiî, te lermiac aiati : « Aela cal caria itia ci communiter eorrvkorai* Lurgiluoi.anao ak incaraalione Domini milletirao XX"» lll, iaditionc I, régnante H., glorioio RaBanuruni ■aiperatore, \i-anno poatlfltalut donni Cal. M, pape. Tradita per manum Jobaaott raactllarii. * (Arrb Ja Hhoec, aria Aaron. toI. I", pitee a^ I.)

«ÉMOIRF-> POI R SERVIR

BERAUD DE BEAUJEU.

Nous avons cru devoir différer jusqu'ici à parler des seigneurs particuliers tir Beaujollois souverains de Dombes, pour ne point interrompre l'histoire des rois de Bourgogne et de l'empereur Conrad qui leur succéda, quoiqu'il y ait quelques chartes qui nous font eonnoltre la généalogie de nos souverains sous les règne* de Rodolphe II, roi de Bourgogne, de Conrad-lè-Pacifique, son fils, et sous Rodolphe-lc-Fainéant. Que si l'on ne trouve pas des titres plus anciens et en plus grand nombre que ceux dont nous parlerons, l'on n'en doit pas être surpris, car, outre l'ignorance du peu d'écrivains de leur tems, les Sarrazins pillèrent et saccagèrent presque tous ces pavs du tems de Charles-Martel, et en détruisant les monastères, les châteaux des seigneurs et les maisons des particuliers, ils en détruisirent les titres.

L'on écrivoit fort peu, d'ailleurs, dans les x* et xr» siècles; tout s'y décidoit par des enquêtes et souvent par des duels ; enfin les guerres qu'il y eut dans tes pays entre Louis et Carloman, son frère, contre le roi Boson, et celles des seigneurs du royaume de Bourgogne contre leur roi Rodolphe, toutes ces guerres contribuèrent à détruire les titres plus anciens que ce tems-ci ; et quand les guerres n'auroient pas détruit ces titres, huit ou neuf siècles auraient été un tems suffisant pour consumer les meilleurs parchemins et les meilleurs papiers, à moins que l'on eût eu des soins extraordinaires pour les conserver ou pour les faire transcrire de tems à autre.

Un autre inconvénient de ces siècles-ci, c'est que l'on ne trouve que les noms de baptême des seigneurs dans les chartes et dans les auteurs, ce qui fait qu'on n'a pu jusqu'à présent remonter solidement et sans réplique la généalogie de nos rois audelà de Robert-le-Fort, bisayeul d'Hugues Capet, quoique on ne puisse douter que Robert-le-Fort ne fût un très-grand prince, issu d'ancêtres très-illustres, sans les biens, l'autorité et l'illustre naissance desquels Robert-le-Fort n'aurait pu posséder les grandes terres qu'il possédoit, ni parvenir aux grades et aux dignitez militaires dont il étoit revêtu, par le moyen desquels et de ses grandes alliances Robert et Eudes,

A l'histoire de doxbes.

m>* lllî, parvinrent à être élns pour leur vie rois de France, et Hugues Capel, son arrière-petit-fils, à y être élu pour lui et pour sa noble postérité, qui occupe si digue ruent le trône royal.

Jean Dutillet prétend ;a) que lorsque les fiefs devinrent héréditaires, les seigneur* prirent leurs surnoms des terres ou fiefs qu'ils possédoient; mais comme nous croyons que l'hérédité des fiefs est aussi ancienne que la couronne, nous ne pouvons croire que les terres et les seigneuries aient donné leurs noms aux seigneurs; et il est beaucoup plus à croire que ce sont les seigneurs eux-mêmes qui ont donné leurs noms à leurs terres. David nous apprend (b) que les hommes, pour éterniser leurs noms, les donnèrent à leurs terres; et la Chronique de Saint-Riquicr remarque (c) qu'une dame appelée Sigctrude laissa son nom à sa terre dés le teins de la première race de nos rois. L'on pourrait rapporter plusieurs autres exemples pour prouver cette vérité, quoique l'on ne puisse pas non plus disconvenir qu'il n'y ait tu plusieurs seigneurs, comme il y en a encore tous les jours, qui aient, pris et qui prennent le nom de leurs terres et seigneuries, soit pour se faire croire descendants des premiers seigneurs «le ces terres, soit parce que le nom de la terre est plus connu et plus illustre que relui de leur famille.

La nécessité que la pluspart des seigneurs et des autres particuliers eurent de se distinguer les uns des autres, obligea ces seigneurs et ces particuliers à prendre des noms et des surnoms, et h les insérer dans les actes ou chartes qu'ils passoient (»). Plusieurs de ces surnoms furent tirés des qualités du corps, d'autres de celles de l'ame, aussi bien que des noms des terres et des noms que l'on avoit reçus au saint baptême ; car ces noms passèrent souvent du père au fils et devinrent les surnoms des enfans, qui prirent d'autres noms au baptême que ceux de leurs pères qu'il gardèrent pour surnoms. Le défaut des surnoms et le mauvais usage où les fils étoient de ne porter presque jamais dans ce tems-ci les surnoms de leurs pères, ont été cause que l'on a fait bien des erreurs dans nos anciennes généalogies.

La pluspart des auteurs croient, comme nous l'avons déjà dit, que Guillaume, qui avoit la qualité d'illustre comte, duc et marquis des Lyonnois, est la tige des comtes *le Lyon et de Forez et de nos seigneurs de Bcaujollois souverains de Dombes (k).

Claude Paradin est de cet avis ; il dit (r) qu'Omfrny, seigneur de Beaujeu, fils puîné d'un comte de Lyonnois et Forez, seigneur de Beaujeu, frère d'Artaud, comte de Lyon et de Forez, vivoit en 989, du règne d'Hugues Capet, et qu'il étoit enterré dans la nef de l'église de Saint-lrénée, à Lyon, où il y avoit l'épitaphe tant du père que de* en-

(4) Recueil dei roi» è* Omet, chap. dei aoattt lunomj Jet Fruiroi..

(■) Put. i«,lt t.

(c) Splcil.. Un. t,..-f.l.

(•) eWy, HkU Ud., ,i.:„,.n ».

(•) Ménétrier, HUl. Ljraa, p SI7.

(f) Allient, genctt.g.p 1901.

fans, avec les armoiries de Beaujeu, qui son» un lion, ce qui a fait croire i que cette maison étoit originaire de FUindres,

Guillaurilc Paradin, doyen de Cuseau, oncle de Claude, assura aussi que les seigneurs de Beaujeu descendoient des comtes de Lyon. De Rubis, qui le contredit presque en tout, l'a suivi sur cette origine, aussi bien que Scvert. C'est aussi l'avis de Guichenon, dans son Histoire manuscrite de Domba {<), qui a été suivi en cela par le R. P. Ménétrier (a).

Cependant quelques-uns ont cru que nos seigneurs de Beaujollois descendoient de la maison de Flandres & cause de la conformité de leurs armes, et parce que leur cri de guerre étoit Ftandrts ; c'est l'avis, en dernier lieu, de Louvet, dans son Histoire manuscrite de Beaujollois. A la ressemblance des armes et au cri de guerre, Louvet ajoute que s'ils éloient descendus des comtes de Lyon, ils n'auroient pas eu des terre* dans les diocèses de MAcon et d'Authun, les comtés, dit-il, suivant ordinairement les diocèses. Mais cette opinion se réfute aisément, soit parce que aucun historien de Flandres n'a parlé d'un fils de leur comte qui fût venu s'établir en Beaujollois, quoi* qu'un établissement aussi considérable et aussi éloigné n'eût pas dû être omis. A l'égard des armoiries, Guichenon assure que les anciennes armoiries de Flandres étoient des girons, et que le pramier qui les quitta pour prendre d'or au lion de sable fut Philippe, comte de Flandres, fils de Thierry, comte d'Elsas, qui mourut en 1 (91 et fut inhumé à Clairvaux ; et il est à croire que longtemps auparavant M" de Beaujeu portoient le lion, pour marque qu'ils sortoienl des comtes de Lyon.

A l'égard du cri des seigneurs de Beaujollois, que les anciens hérauts d'armes assurent être le mot Flandres, Guichenon dit que nos princes ne s'en sont servi que depuis l'alliance qu'ils prirent avec Sibille de Hainaul, fille de Baudoin, comte de Hainaut, et de Marguerite de Flandres; ainsi ce ori ne peut pas prouver que nos princes soient de la maison de Flandres, sinon par les femmes depuis cette alliance (2) .

- L'étendue du Beaujollois dans les diocèses de Maçon et d'Autun ne peut pas aussi faire douter que M" du Beaujollois ne fussent descendus des comtes de Lyon, car, outre que nous avons rapporté des chartes qui prouvent qu'il y avoit des terres du < omW de Lyon dans le comté de Mâcon et des terres du comté de Maçon dans le comté et diocèse de Cbalon, c'est qu'il est certain que les comtés héréditaires ne suivoient point les diocèses cl qu'il y avoit plusieurs comtes dans un diocèse et quelquefois dans une ville. H y avoit surtout plusieurs comtes dans le diocèse de Lyon, où les comtés de Forez et de Roanne étoient distincts de celui de Lyon, outre plusieurs autres qu'fl ne faut pas douter qu'il n'y eût dans le Biijroy, la Bresse et la Franchc-

(») lliil de Ljoa, th. M,p. tis>

(I) Lllûleire de Oomlie*, de Saaael tiuirbenua, e «le publiée ni IBM, 2 Toi. in-Jo.

(î) Le* trmn e» le cri de Flandre* ont «te adoptés par lea «ire* de Braajea depui* Irnr alliance atec Sibille deHaiaaal. (V. Lettre de M. la due de Pcrtiajajr à l'éditeur d»l.a Mare, Lyon, Prrrin, liai, i»-8» — Hial. de* due* d* Bouraon et île* comte» de Foret, par La Mure, edilaa par M. de Chaolelaute. »• 1, planche lilbofrapliite; rl Cellulaire d* !».-D. de Bcaiijra. Trrvaui, 1**1, la-i», p. M.)

A L'UlSfÛlKE HE DO »B ES.

Comté, où le diocèse de Lyon s'étendoit. Guichenon a réfuté (a) l'avis de Louis Barliier de Cuseau, qui veut, dans sa Généalogie de la maison de Vienne, que les sires de Beaujeu soient descendus d'un Hugues, comte de Bcaujeu, qu'il prétend être fils de Renaud, comte de Bourgogne; car le sieur Guichenon prétend que cet Hugues est une personne supposée; et nous ferons voir, par une suite de titres certains, que nos princes ne peuvent venir de cet Hugues, puisqu'ils viennent constamment de Beraud ou Berard de Bcaujeu.

La pluspart des auteurs qui font descendre nos princes des comtes de Lyon se sont fondés sur une épitaphe qui étoit dans l'église Saint-Irénée de Lyon, qu'ils citent presque tous en termes différents. Claude Paradin la rapporte (b) en ces termes : Hic jacet Artaudus, cornes Lugdunensis, et cornes Forensis, et dominus Belli-Joci, et Humfredus frater ejus et mater eorum, qui obiit anno 999.

Severt (cl la donne en ces termes: Hic jacet Artaudus, cornes Lugdunensis ci Forensis, et dominus ttetli-Joei, anno 993. Bclleforet, sur Munster, rapporte (n) cette épitaphe de cette manière : Hic requiescunt dominus Arlaudus, cornes Lngdu nensis et Forensis, dominus Stephanus, frater ejus, et Vmphredus ttelli Joci dominus, et paterejus, et frater eorum. Obiit dominus Artaudus anno Domini 993.

Une ancienne généalogie manuscrite des comtes de Lyon et de Forez, que M. Guichenon avoit vue dans les archives de l'église de Lyon, porte que cette épitaphe étoit comme nous l'avons rapportée de Severt, sinon qu'il y a l'an 999 au lieu de 993 ; el elle dit qu'il y avoit un pou plus bas: Hic jacet Artaldus filius et mater ejus.

Il est fâcheux que la pluspart de ces auteurs aient rapporté cette épitapde avec des différences assez considérables, et qu'ils ne s'accordent pas sur l'endroit ni sur la manière d'où elle étoit [t). Paradin prétend qu'elle étoit peinte a la voûte de l'église Saint-Irénée, avec les deux écussons de Forez et Beaujollois. et que le sieur de Riverie les fit effacer en faisant blanchir l'église, dont le connétable de Bourbon, passant à Lyon, parut fâché, parce que celle épitaphe parloit d'un seigneur de Beaujollois. Suivant cet auteur, il faut que cette épitaphe eût été effacée avant l'an 1523, que le connétable de Bourbon se retira de France. Cependant de Rubis dit [l] qu'il avoit vu autrefois les sépultures de ces comtes dans une chapelle qu'ils avoient dans l'église Saint-Irénéo, avec leurs épitaphes non taillées en pierre, mais en simple peinture contre la muraille, en lettres gothiques, représentant fort son antiquité. Il dit que les Huguenots détruisirent ces peintures en 1362. Severt prétend que l'épitaphe étoit gravée sur la pierre de la sépulture, qui fut ruinée par les religionnaires dans la même année 1563.

(4) ni*l. io»itu«.-ri1» .lr Demhn, (T. K p. 1 19 Je frilit. J* Trtiorn.) (•» ll.-i- 1 ;oi», titra î, cbip. 13, p. Hl. .«.) In I ly.i.jnumiVj., ail Uin. 1170, p. 178 (• Lan?**, Ilitl. mtu DmujulUiu.

(•) U». », chip. », p. il».

(I) V. UM«K,Ui.l.d« .lut, 4tB««rUiirl.lr. rumir.d. forci, i I, p II.

MEMOIRES POUR SBRVi«

Les contrariétés sur cette épitaphe par des auteurs qui pouvoient Favoir vue, ue laissent pas de Taira quelques difficultés, à moins qu'on ne dise que cette épitaphe étoit et dans la voûte de la nef et dans la chapelle, que le sieur de Riverie ne lit effacer que celle de la nef, et que celle de la chapelle subsista jusqu'en 1563. La lettre gothique ne me semble pas pouvoir remonter à l'an 993 ou à l'an 999 ; les armoiries des comtes de Lyon et de Forez, que l'on dit qui étoient avec cette épilaphe, ne peuvent être aussi anciennes que ces années-là, car l'on n'y avoit point encore d'armoiriet. Ainsi jo crois, après Guichenon, que cette epitaphe avoit été mise après coup, sur une tradition, bien ou mal fondée, qu'Artaud, comte de Lyon, de Forez, et seigneur en partie du Beaujollois, étoit enseveli dans celte église, ce qui pouvoit Être ; mais je crois que le litre de dominus BeUi-Joci est bien postérieur au lems île ui mort d'Artaud, en 993 ou 999. Ainsi l'on ne peut pas faire un grand fond sur cette épitaphe pour la généalogie de nos princes.

Si la tradition de cette épitaphe a quelque chose de vrai, elle ne peut prouver autre chose, sinon qu'Umfred de Beaujcu, donl nous parlerons, pouvoil être, aussi bien que Beraud, de la famille des comtes de Lyon.

Mais de savoir comment nos princes étoient parente Jes comtes de Lyon, c'est là où la pluspart de nos auteurs sont encore d'avis différent, car les uns disent qu't'mfred. qu'ils font la lige de nos princes, étoit frère d'Artaud I", comte de Lyon, mort en 993 ou 999. Guichenon dit que le tems résiste à cette généalogie, et il veut que Henni. I ou BeraUl, qu'il dit avoir eu une sœur appelée Tiburgc, fût frère de Gérard, comte de Ly on et de Forez, et qu'ils furent tous trois enfans d'Arthaud I*' du nom, qui vivoit environ l'an 900.

Le R. P. Ménétrier veut [a] que Berard de Beaujeu fût le troisième fils de Guillaume I", duc, comte et marquis des Lyonnois; ainsi il ne veut pus, comme Guichenon, qu'il fût (ils d'Artaud I" ; mais ce père se contredit dans la même page, car il y fait aussi un Umfred troisième fils d'Arthaud II et de Thetberge, comte de Lyon, chef et tige de M" de Beaujeu.

Dans l'incertitude de ces auteurs, nous croyons nous eu devoir tenir à ce que les tilres de l'église de Beaujeu, de Cluni et de Savigny noiisapprenneut, ou qu'elles nous «*n font conjecturer.

L'on trouve dans la notice de la fondation de l'église de Beaujeu qu'elle fut fondée par un seigneur appelé Berard et par sa femme Vandclmode (I).

line copie de l'ancien Cartulairc de cette église, car l'original en est perdu ou égaré, nous apprend aussi que ce fut Beraud de Beaujeu qui fit bâtir le château et la ville de Beaujeu, sur la montagne où l'on voit encore les restes du château, qui s'appeloit alors la montagne de Pierre- Aiguë. Il y bâtit l'église et y mit des chanoines

fij Hi.l. I.yon, p. JI1-317.

il V. FitcctJtfatMtalmi, y. 15, w XVUi.

A l'histoire de dombes.

auxquels il donna les dixmes de toutes les terres que l'on défricherait dans sa terre •le Beaujollois et de toutes les Condamines, et principalement daus les paroisses de Renins et de Dracé, et en plusieurs autres endroits du pays de Lyon. Lu charte do ce don fut signée par Berard et,Vandelinodc, par Humbert, Ardrad, Salicon, Ilutnfred et Durand (I).

Ces fondateurs, c'est-à-dire Beraud et Vandelmodc, douuérent encore à leur église la paroisse de Charentay, qui est sous le vocable de saint Martin, avec les biens et dixmesqui en dépendoient. Le Cartulaire fait ensuite une énumération des biens du chapitre; il dit qu'il avoit un mas dans la paroisse de Charentay, que le marguillier de l'église de Beaujeu possédoit avec les terres et les vignes qui en dépendoient ; qu'il avoit un curtil dans la même paroisse, appartenant à l'église de Beaujeu, que l'archiprêtreKticnnoavoit donné à Josmard d'Arginy, ce qu'il avoit fait injustement. Il dit qu'il avoit plusieurs autres petites terres dans la même paroisse, et un autre curtil que des frères appelés Ber.nl et Josmard avoient donné à l'église Notre-Dame, fondée au château, et aux chanoines qui y serraient i, .

L'on voit assez, par rémunération des biens du chapitre, que les biens qu'il dit avoir été donnés par les deux frères Berard et Josmard, ainsi que ceux qui l'a voient été par l'ardu ti c Élienne à Josmard d'Arginy, ne doivent pu être du tems de la fondation ; je les crois postérieurs de 80 ou 100 ans, à cause du surnom d'Arginy, qui y est, car, au tems de la première fondation l'on ne marquoit pas ces surnoms.

La Notice de la fondation de l'église par Beraud et Vandclmode et par leurs descendants, nous apprend que Beraud et Vandelmode, avec Humbert I", revenant de Rome, avoient apporté une très-grande quantité de reliques, dont cette Notice, que l'on trouvera dans nos Preuves, fait renonciation (3).[| yen a que ces princes n'avoient pas apportées de Rome et que leurs successeurs avoient données à cette abbaie ; car cuti» Notice dit qu'il y avoit des reliques de saint Hayeul, abbé de Cluni, qui ne mourut qu'en 994, longtems après la mort de Berard et de Vandelmode. C'étoit un défaut ordinaire de ce siècle de ne point distinguer les tems ni les choses, autant qu'elles auraient dû l'être pour notre éclaircissement. Cette Notice dit que partie de ces reliques avoit été donnée aux ayeuls d'Hugues, de Guichard et d'Éticnne de Beaujeu, par l'abbé Augustin, à qui le pape les avoit données lui-même. Nous disons que l'abbé Augustin les avoit données, quoique la Notice dise qu'on avoit acquis ces reliques de cet abbé, car il n'est pas à croire qu'un abbé eût voulu vendre des reliques, ou s'il le fit dans ce tems d'ignorance, il ne le devoit pas faire ni nos princes les acheter.

Je crois que le même Beraud et Vandelmode donnèrent (a) onie mas on domaines situes au pays de Lyon, territoire de Forez, à Causmard, abbé de Savigny, en 957. Il

ik) Cariai. Strtgnr, caria 210. 'A. Bernard, p )«!, tti. SU.)

(t) V. Pièr«« jaslîfleili'n, p. 10, n. XIV.

l*i V. Ibid., |». II,S> XV.

(it Ibid., p. t« ; V. au.ii pp. IV et 15.

M EMOIRES POlrR SERVIR

a»oit été élu abbé de cette abbaïe quatre mois auparavant. La charte nomme ces onze mas. Elle fut faite un vendredi du mois de juin, l'an 20* du règne de Conrad. Beraud et Vandelmodc signèrent celte charte avec Umfred, Guichard, Bernard ou peut-être Rerard, Isoard et Milon.

J'attribue cette charte à nosseigneurs de Beaujeu, parce que j'y trouve les mêmes noms du mari et de la femme, des fondateurs de la ville et de l'église de Beaujeu, que j'y trouve un Umfred et un Guichard qui éloient de la maison de Beaujeu et fils, à ce que je crois, de Berard et de Vandelmodc, et que Bcrard ou Bernard pouvoit aussi être leur fils ou leur petit-lits. Une autre raison qui ni y porte, c'est qu'il falloit qti<' ce fût un seigneur riche et puissant qui eût donné onze domaines a une seule abbaïe : or, il faut que notre Berard et sa femme le fussent pour avoir bati une ville et un rhaleau sur une montagne aussi escarpée et aussi difficile que celle do Beaujeu ; que si l'on trouve d'autres seigneurs à qui ce don puisse être attribué à meilleur titre, je le reconnaîtrai volontiers, étant toujours prêt à me départir de mes conjectures, lorsque l'on me fera ronnoltre la vérité.

Si Beraud étoit fils de Guillaume, comte de Lyon, comme je le crois, et par conséquent sujet de l'empereur Louis-l'Àveugle, roi de Bourgogne, je ne sais pourquoi il Mut son château de Beaujeu dans le diocèse de Maçon, qui reconnoissoit le roi de France, sinon, peut-être, parce que la seigneurie de Beaujeu venoit de Vandelmodc, sa femme, et qu'il fût bien aise d'avoir une place forte dans le royaume de France, sur les confins de celui de Bourgogne, où il avoit déjà assez d'autres forteresses. Il bâtit donc celte forteresse dans le royaume pour pouvoir tenir le parti duquel de ces rois il rendrait, et se maintenir par là dans une plus grande indépendance ; car tous les seigneurs qui étoient sur les frontières de deux états et dans des places très-fortes, ne reconnoissoient les rois qu'autant qu'ils vouloient, comme Mezeray et les autres auteurs nous l'apprennent.

le crois d'ailleurs que Berard choisit la situation de Beaujeu comme étant en quelque manière imprenable, dans un teins où il n'y avoit ni canons ni bombes.

Claude Paradin dit (a) que Beraud fut un prince dévêt et amateur de la piété, qui rut une si bonne opinion des bonnes œuvres et de la charité du pape Léon IX, qu'il quitta tontes ses affaires pour l'aller visiter en personne à Rome et y mener sa femme et ses enfans, et qu'étant de retour en Beaujollois, il fut le premier qui commença à fonder et doter l'église collégiale de son château de Beaujeu. Il le fait vivre jusqu'en 1 032, et, faisant allusion au nom de Vandalmode, il dit que par son nom elle portoit l'ancienne mode des Vandales.

Guichenon, dans son Histoire manuscrite de Dombes, croit que Beraud mourut avant l'an 967; ainsi il le fait mourir bien longtems avant l'an 1 032; et je ne doute pas que Beraud ne fût décédé environ l'an 960, c'est-à-dire peu après le don qu'il avoit fait à l'abbaïe de Savigny, qui étoit assez considérable pour croire qu'il le fit par la crainte de sa mort qu'il croyoil xssex prochaine.

(4; Alliante* g» ■»»!., p. I*0«.

A I.IIISTOIRK DE DOMUES

Si Beraud cl sa femme rirent à Rome un pape du nom <lc Léon, ce ne pul être que Léon VI* ou Léon VU», car ce sont les seuls papes du nom de Léon, qui ont siégé pendant la vie de ce prince.

Beraud et Vandelmodc laissèrent constamment un fils qui parolt avoir été leur héritier et le principal seigneur du Beaujollois, qui fut Humbert I mari d'une dame appelée Helmete ou Blmedc, dont nous parlerons bientôt.

M.Guicheoonlui en donne plusieurs autres, savoir Guichard qu'il appelle I", qu'il fait l'alné et le principal héritier de Beraud. Cependant, quoique nous croyons que Beraud et Vandelmodc aient eu un fils du nom de Guichard, nous ne croyons pas qu'il fut leur fils aîné et leur principal héritier. Nous parlerons de ce Guichard après avoir parlé d'Humbert, son aîné.

Le même auteur donne un Etienne pour second fils de Beraud et Vandelmode

Il donne notre Humbert pour troisième flls.

Il met L'mfred pour le quatrième.

Enfin il lui donne un Guy pour cinquième fils.

Mous rapporterons dans la suite les chartes sur lesquelles Guichenon fonde lu filiation de ces cinq enfans; mais comme il n'y a pas de doute sur celle d'Humbert,

HF.HOIRES POI R SKBVfT

HUMBERT Ifr.

La notice de la fondation du chapitre de lieaujeu nous apprend qu'Htimberi fit If voyage de Rome avec Beraud et Vandalmode, ses père et mère ; ainsi il est à croire qu'il éloit leur flls aîné et celui qui pouvoit le mieux soutenir les fatigues d'un si long Toyage.

La môme notice nomme Ilumberl 1" et Elmeth, sa femme, avec leurs enfans, comme ceux qui donnèrent ou confirmèrent les biens que Beraud et Vandalmode avoient donnés à cette église, confirmation que l'on n'exigeoit que des principaux héritiers.

Nous avons remarqué, sous Beraud, qu'Humbert avoit signé la charte du Carlulaire par laquelle il parolt que ses père et mère avoient donné au chapitre de Beaujea les dixmes des Condamincs de Dracé et de Renins, au diocèse de Lyon.

Cet Humbert avoit apparemment fait, avant son mariage, quelques maux a l'abbaïe deCluni; Saint-Mayeul, qui fut élu, en 954, abbé de Cluni, s'en vengea, si l'on peut parler ainsi, d'une manière singulière; car, au lieu de l'excommunier, comme il vouloit le faire, il lui recommanda et mit sous sa protection quatre obeanecs que l'abbaie de Cluni avoit dans le Beaujollois, qui sont le prieuré d'Anjou ou Honsou, celui de Poule, celui de Cussoles et -celui d'Arpayé (a).

La charte ne nomme notre prince qu'Humbert, mais le titre dit qu'elle est faite pour Humbert de Beaujeu ; ainsi l'on n'en peut pas douter raisonnablement, ce titre étant très-ancien.

(*) <.n. CJaojr A. fol. 177, M* 71. (Piétt» jutitatim, p. ï ». XIII, 1

A l'histoire dk dombes

La notice de cette garde ou recommandation fait parler l'abbé ftlayeul en ces termes à notre Humbert: * Je tous recommande les obeances ci-dessus nommées, afin que vous les gardiez et que vous les défendiez contre les méchants et les hommes pervers; la défense que vous en prendrez vous tiendra lieu de satisfaction et d'amendement pour les maux innombrables que vous nous avez faits, pour lesquels nous voulions vous excommunier. Cette garde et la protection que vous donnerez à nos biens ne vous tiendra néanmoins lieu d'amendement qu'autant que vous restituerez a nos pauvres hommes les biens que vous leur avez enlevés.

« Je vous donne cette garde et je vous recommande ces obéances, de manière que vous n'en pourrez exiger aucun cens, sous prétexte de quelque coutume que ce soit, ce que je vous défend» absolument. Tout ce que vous pourrez faire, c'est que si vous passez auprès d'une de ces obéancea avec six ou dix chevaliers, et que le religion* qui sera dans l'obéancc vous prie d'y venir, vous pourrez y prendre votre repas, après lequel vous vous en irez, sans que vous y puissiez coucher. » Albéric (apparamment comte de Mâcon) signa et approuva cette notice {«).

Je crois que la confiance que Saint-Mayeul eut en notre prince lui en attira l'amitié, ainsi que celle de la princesse son épouse, car, l'an 30* du règne du roi Conrad, qui tombe à l'an 967, Humbert et Elmède, sa femme, donnèrent (a) à cet abbé une chapelle dédiée à saint Germain, dit le Cartulaire (je crois que c'est une erreur et que n'y ayant peut-être qu'un G. dans la charte, l'on a mis saint Germain au lieu de saint Georges}, située au pays de Lyon, au village de Renins, avec un mas où un nommé Girard habitoit, avec une forêt qui s'étendoit depuis le ruisseau de Ciocinon jusqu'à celui de Valosone, et deux séitérées de terre pour l'entretien du pescheur qu'ils mettroient au port (qui est le port de Rivière]. Humbert et Elmede signèrent cette charte avec Berard, leur Ois, Arbert, Léotald, Bladin, Arnaud, Girbert, Hugues, Girard, Arbert. Ce fut un nommé Arlebaud qui l'écrivit.

Les mêmes Humbert et Elmède donnèrent (■) au même abbé Hayeul, l'an 20* du règne de Lothaire, roi de France, qui tombe à l'an 974, la moitié d'un curtil ou petit domaine situé au territoire et au village de Monsou, pays (ou dfocèse) d Authun, et cela pour le remède ou salut de leur aire. Ils consentirent que les religieux eu fissent ce qu'ils voudraient, voulant que si quelqu'un contredisoit ce don, il payât une livre d'or d'amende et que leur don ne laissât pas de valoir. Humbert et Elmède, sa femme, signèrent, avec Girbert, Odard, Durant, Alherius, Girald, Bernard, Hugues, Lambert, Artaud, Izier, prêtre, Rolan, Amy, Folher, prêtre, un autre Girbert, Atisierius et Constantin. Un nommé Larbert l'écrivit.

Les mêmes seigneurs Humbert et Elmède donnèrent à la même abbaïe |c\ pour obtenir le pardon de leurs grands péchez, un mas de franc-alleu qu'ils avoient au vil-

(») CaH. CJuny A, f. 170, OH» II.

(■) C*rt. Ctony A, Tel. J1J, «iu lotie) tort. Viamj A, toi. M, «rU «7.

(I) V. Pi*«ijyHi«.,li«l,P.9,..XIH.

MLH.OIRES roi h S**V1K

Fi e de Morgon, pays de Màcon, avec toutes ses appartenance» et dépendances, et luul ce qu'un nommé Glrbert (qui est peut-être un de ceux qui sont nommes dans la charte précédente] a voit tenu d'eux. Ce don fut fait à Baugé-le-Chatoau, au mois de novembre, du tenus du régne d'Hugues Capet (à moins qu'on n'eût voulu désigner Hugues, comte de Baugé, ce que je ne crois pas]. Humberl et sa femme Elmèdc signèrent cette charte avec Rerard, Guichard et Léotald, leurs enfans; après ces eitfans, Bermond, Ogier, Anchericus, frère d'Ogier, Gondoen, Richard, Girard, Bernard, Hugues, Aimon et Durand, signèrent cette charte; Evrard l'écrivit. A la fin de la charte il est dit qu'Huinberl veut que les religieux qui sont à Saint-Victor aient M domaine pour leur service, et qu'on ne le pût donner à personne en bénéfice ou iief. Il semble qu'on n'aurait pas du dater celte charte à Baugé-le-Chaleau , du lems du roi Hugues Capet ; mais comme Humberl de Beaujeu étoit né, ainsi que je le crois, an château de Beaujeu, relevant du royaume de Prance, que le mas Morgon y étoit Mtiiéet en relevoit. et qu'Evrard, pouvoit être François, ils datèrent leur charte du régne du roi Hugues, comme nous en avons plusieurs autres pareilles signées à m . du règne de nos rois de Bourgogne, que nous avons rapportées ci-devant.

Ce village de Morgon est dans la paroisse de Villié, au diocèse de Maçon, en Beaujolluis, comme M. Bessié de Montosan, doyen du chapitre de Beaujeu, me l'a appris, ainsi que plusieurs autres circonstances de celte histoire, m'ayanl fait voir leur ancienne bible, où sont les anciennes acquisiiions de nos princes, et m'ayanl comblé d honnêtetés dans cette ville et communiqué tout ce qu'il y avoit dans le trésor de leur chapitra

En 992, l'an fi* dn règne du même roi Hugues Capel, Saint-Mayeul, abbé de muni, du consentement de ses frères ou religieux de son.abbaïe, fit un échange (a) at.v une dame appelée Angéle et aveo ses enfans nommés Edoard, Achis, Uuguos • i Milon, par lequel il leur donna l'église de Saint-Jeangoust et d'autres biens sis au |«ys de Micon ; et en contr'échange, cette dame et ses enfans donnèrent à cet abbé la «erre qu'ils avoient au comté d'Authun, qui consistait dans l'église de Saint-Maurice et Saint- Pierre, au village de Trade, celle de Saint-Christophe, sise au village qui en porte le nom (c'est Saint-Chrislophe-la-Montagne\ et une autre église dédiée à saint Sulpiee, au village de Mootsou, avec tous les droit» de celte terre, ses prés, ses moulins et toutes leurs dépendances. Cette dame et ses enfans cédèrent encore à cet abbé tous les droits qu'ils dsmandoient suc le monastère d'Aujon et toute la franchise qu'ils avoient dans cet endroit-là. Angéle et ses fils signèrent cet échange avec Achin, Milon, Sivrald, et trois Bernard, Humbert, Gauserand, Alert, Hugues, Arnulphe, Ceofroy, Odon, Humbert et sa femme Elmède, Berard, Guichard el L'mfred. L'acte lut passé à Cluni , un nommé Aldtbaud, prêtre, l'écrivil.

Je crois que notre prince Humbert et sa femme, Berard et GuicharJ, ses eufaii<. ri l infred, son frère, signèrent o Ut charte comme seigneurs des fond- donnés eu

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A L'HISTOIRE DS DOS! BBS

tu

échange à l'abbé de Cluny, et que par la ils approuvèrent l'échange fait à celle abbaïe,

Un nommé Allcbaud et Rolrude, sa femme, donnèrent (a) ensuite à l'abbaïe de Cluni un curtil avec sa maison et les vignes qui en dépendoient, situés au pa\s de Lyon, u village de Quinsié, au lieu appelé -Givry ; ils donnèrent encore un autre curtil arec les terres et le pré en dépendant, sis au pays de Maçon, au village da Pleveis; ils se réservèrent la jouissance du tout pendant leur vie, et promirent de payer à l'abbaïe, pour marque de sa propriété et possession, un demi-muid de vin par an; que -si quelqu'un vouloit contester cette donation, ils déclarent qu'ils ne veulent pas qu'il puisse dter ces biens à l'abbaïe de Cluni, mais ils souhaitent qu'il soit maudit de Dieu et que leur don vaille. Cette charte est passée à Suint-Victor d'Aujon, publiquement. Les donateurs signèrent leur don avec Humbert M Elmédi*, Odon, Ricard, Albert, Bladin. Ce don fut fait du règne de Rodolphe, c'cst-a-dire l'an 994 ou 995.

Hugues, qui pouvoit être delà maison de Reaujeu, déclara, au mois de décembre du règne d'Hugues Capet, c'est-à-dire environ-l'an 995 ou 996, que se ressouvenant de ses malheurs et craignant l'exactitude du jugement de Dieu, il donnoit à l'abbaïe de Cluni (b) une vigne de franc-aleu qui joignoit le chemin public de deux cotés, la terre des Francs d'occident, et le surplus du même fonds du coté du nord. Cette vigne étoit située au pays de Mâeon, au village de Lentilly et au territoire de Billi. Il dit que cette donation étoit très-petite, mais qu'il la faisoit avec bien du plaisir, afin que Dieu lui fit miséricorde.- Hugues signa celte charte avec Humbert et Elmède, Rerard et Guichard qui étaient, à ce que je crois, les enfans d'Humbert et d'Elmède.

Humbert et Elmède vendirent a l'abbaïe de Cluni (c), au commencement du règne de Rodolphe-le-Falnéant, un curtil ou petit domaine situé autour de l'église de Vaux, au pays de Lyon, pour le prix de 80 s. qu'ils reconnurent avoir reçu ; ils déclarèrent néanmoins qu'ils faisoient cette vente pour le salut de leurs ames et de celles de leur* enfans et de leurs parents ; ainsi il faut qu'ils flsscnt une espèce de bon marché de ce curtil, puisqu'ils croyoient que la vente en pourroit être utile pour leur salut et relui de leur famille. Ils disent dans l'acte qu'ils consentent que les religieux de cette abbaïc fassent ce qu'ils voudront de ce curtil; que si quelqu'un Touloit contredire à cette vente, ils ordonnent qu'il soit condamné à quatre onces d'or d'amende, et que la vente reste en sa force suivant qu'elle étoit stipulée. Humbert et Elmède signèrent la charte avec Berard, Guichard, Leotard, leurs fils; Hugues, Ponce, Aimon, diacre, Ildin, Teton, Hoalbert, Hugues, Humbert, Durand, Rotbal, et Aimon, qui l'écrivit, la signèrent aussi.

Celle charte a été mise dans le Cartulaire de Cluni sous l'abbé Bernon; mais je

(»; ('.art. A Cluijr, fol. «t. cria Ml. (■! «.irt. Cluy A. fol. M, «rta M>.

(c) Cui. A, foi. Il, (MM 41.

crois que c'est par erreur, car il faudrait qu'Humbert et Elmède eussent vécu près de cent ans mariés, si elle avoit été faite sous ce premier abbé.

Je crois donc que les originaux des chartes étant dans des layettes ou armoires différentes, comme nous l'avons déjà dit, on mit celle-ci dans la layette de Bernon, peut-être à cause du roi Rodolphe, qui y est nommé, que l'on crut être Raoul, roi de France, au lieu que c'étoit sous Rodolphe 111', roi de Bourgogne, et au commencement de son règne, car, dans les premières chartes qui comprennent les biens de l'abbaie, l'on n'y trouve pas l'église de Vaux ; on ne la trouve que dans le privilège du roi Rodolphe de l'an 998, ce qui me fait croire que cette paroisse ne fût acquise qu'en 993 ou 99 i.

Je crois que les chartes où l'on trouve que les seigneurs prononçaient une amende ru or ou en argent contra ceux qui contreviendraient à ce qu'ils prescrivoient, étoient une marque de leur seigneurie et jurisdiction sur les endroits dont ils disposoient, et que lorsqu'ils se contenaient de prononcer de* malédictions sans aucune amende, c'étoit une marque ou qu'ils n'avoient pas de jurisdiction, ou que le lieu n'étoit pas dans la leur, quoique cette dernière remarque puisse n'être pa* généralement vraie.

Ilumbert fut présent, avec ses trois enfans, à un don qu'un prêtre nommé Aldin fit à Odilon, abbé de Cluni (a), et à l'église Saint-Georges-de-Rcnins, d'un curtil avec une vigne situés au territoire de Caminacense, au village de Quinsié, au Mont de May. Les signatures des témoins ou de ceux qui approuvaient le don sont celles d'Aldin ou Eldin, qui l'avoiènt fait, dHumbert, Berard, Guichard, Léotald, un autre Berard, Etienne, un troisième Berard, Allebaud et Bermund. Ilumbert et ses enfans assistèrent à ce don, ainsi que je le crois, pour l'approuver et se désister par là du droit d'amortissement ou d'indemnité qui leur aurait été dû s'ils ne l'eussent pas approuvé par leur présence et leur signature.

Il y a une charte dans le Cartulaire de Maçon (t) , du tems qu'Adon en étoit évôque, qui pourrait convenir à notre Humberl; il parait, par cette charte, qu'un seigneur nommé Humbert demanda à cet évêque de lui donner quelques biens de l'église de Mâcon situés aux pays de Lyon et de Maçon, à savoir un» vigne située à Avenas, dont un prêtre nommé Isaac avoit joui, un petit domaine qu'Humbert Prévost avoit tenu au village de Cormolinque, un curtil que Modrenne avoit donné à Saint- Vincent, qui est situé en Curti-Rontane, et une terre qu'on avoit achetée d'un nommé Le tard, à Corcclles. L'évéquc de Màcon accorda à cet Ilumbert la métairie d« Cormolinque et de Cusserentanc pour en jouir par lui et ses enfans. sous le cens dt 6 deniers payables à la Saint-Vincent; et le curtil d'Avenas et de Corcelles pour Humbert et pour Guy, son frère, en payant aussi 6 deniers de cens, en sorte que la survivant des deux frères jouirait du tout. Nous n'attribuons celte charte à Humbert qu'autant que Guichcnon croit qu'il avoit un frère appelé Guy, et que les fond»

fi] Ctrtulair* B Cl.ij, fol. IIS, urli 77 S.

(.) Lihtr (Mal, M. If. IV. M. Ri(«i, r »*, XXVII.)

A l'histoire de dombes. 213

. unipris dans cette charte sont en Beaujollois et pouvoient convenir à ces seigneurs, la plusparl des seigneurs prenant, en ces tons-ci , des fonds des églises à cens et eu précaire, pour en jouir pendant leur vie et les faire rendre à l'église par leurs héritiers.

Voilà les chartes qui prouvent l'existence du prince Humbert et d'Elmèdc, sa femme ; nous en rapporterons encore quelques autres en parlant de Guichard et d'Umfred de Beaujeu, ce que nous allons faire.

Claude Paradin dit (a) qu'Humbert, seigneur de Beaujeu, premier du nom, vrai imitateur de Bcraud et Vandalmodc, ses pércet mère, et leur vrai imitateur en bonté et vertu, fut allié par mariage, en deux maisons : avec Hemelt, qui fit le voyage de Rome avec lui et ses père et mère, et avec Auxilie de Savoie. Il fait vivre, ainsi que Severt, ce seigneur jusqu'en 1053, mais ils confondent Humbert I" avec Humbert II, pour cette seconde femme et pour le tems de la vie d'Humbert. L'on ne sait point de quelle famille fut Hemelt, mais il y a apparence qu'elle étoil mâconnoise, comme nous l'avons dit.

(a) ah |*.t b. twe-ioe».

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