GUICHARD I
Je crois que celui-ci succéda à Humliert et à Elmède, set père et mère, dans la seigneurie de Beaujolois, environ l'an 1000. Il faut qu'il eût prétendu des droits sur l'église de Trades, quoiqu'il eût été présent, ainsi que son pére et sa mère, à l'échange que nous avons rapporté, qui en fut fait en 992, entre une dame appelée Angelle et Saint-Mayeul, et qu'il eût signé la charte de cet échange, car il se mit en possession de cette église et de sa paroisse. Non-seulement Guichard de Beaujeu t'étoit mis en possession de cette église, mais une grande quantité de seigneurs vouloient reprendre les biens que leurs pères et mères, leurs parents et leurs vassaux avoient donnés à cette abbaïe, ce qui obligea l'abbé de Chini et les religieux de porter leurs plaintes au pape Benoit VIII, contre lous ces usurpateurs; c'est ce qui fit que ce pape envoya une bulle ou commandement à une grande quantité des évéques de France, afin qu'ils conservassent les droits et les libertés de Cluni (a) et qu'ils leur fissent restituer les biens qu'on leur avoit pris injustement. Cette butte fut adressée à Burchard, archevêque de Lyon, à l'archevêque d'Avignon, à l'évéque de Saint-Paul-Trois-Chaleaux et à plusieurs autres. Le pape s'y plaint a l'archevêque de Lyon que Guichard de Beaujeu avoit enlevé aux religieux de Cluni l'église de Trades avec ses appartenances, que Bernard de Riortiers et Hugues de Hoapavon et sa femme Ariline leur enlevoient la seigneurie de Laisé avec ses appartenances. Cepapeordonnoit à ces évéques d'excommunier ces seigneurs, s'ils ne restituoient ce qu'ils avoient pris injustement. Ainsi je
Vi <ir»<l CirloUire Ctuajr, p- S4. — DatlMHf, Hl*t. A* France, •cripUrf*. imn. I, p. tt ;. — Gtllu CbrUl . t.tl. Tricicraclt, lit. M ; E«l*f . Awnioa., 1)1 I], p. 10*.
MÉMOIRES Cl R SERVIR
crois que notre prince rendit aux religieux Trades avec ce qui devoit leur appartenir légitimement, pour être absous de celte excommunication.
L'on a nommé notre prince Guillaume, dans quelques-unes de ces lettres ou bulles insérées dans le Gallia Chritliana, mais c'est une erreur ; notre prince s'appeloit Guichard; la bulle porte Guichard, comme Duchcsne l'a fait imprimer et comme je l'ai vérifié dans le grand Cartnlaire de Cluni. Le pape Benoit dit, dans cette charte, que le monastère de Cluni est exempt de toute subjection envers les rois de France et de Bourgogne, et qu'il ne dépend d'aucun comte. Ainsi on donnoit une espèce de souveraineté à cette abbaïe.
Je crois que c'est après la restitution que Guichard de Beaujeu fit à l'abbaïc de Cluni (a), de la paroisse de Saint-Maurice-de-Trades, que l'abbé de Cluni se Ot confirmer dans la possession de cette église par le roi de France Robert et par Hugues, son fils, que ce roi s'éloit associé à la rojauté. Ces rois ne confirmèrent pas seulement Trades, mais encore l'abbaie Saint-Cosme et Saint-Damien, près les murs de Chalon, que le comte Hugues, Lambert, évoque, et Robert, son père, avoient donnée à cette abbaïe. Ces rois donnèrent ou confirmèrent encore à cette abbaïe la cour appelée de Belmon, avec l'église dédiée à la Sainte-Vierge, que le comte Guy avoit données à Cluni, la jouissance de Juilly avec ses dépendances et les églises, comme Manassès, l'évèque, les avoit données, et l'église de Saint-Sulpice à Laisé, comme le comte Léotald et depuis Milon, chevalier, l'a voient aussi donnée. Le rei Robert se porta d'autant plus volontiers à donner cette confirmation à l'abbé de Cluni, que l'on prétend qu'il êtoit à Rome lorsque le pape Benoit VIII donna sa bulle en faveur de cette abbaïe, et que l'on croit que ce roi favorisa les intérêts de cette abbaïe auprès du pape, quoique ces religieux ne dussent pas avoir besoin de protection auprès des papes, à qui ils étoient entièrement dévoués.
Si le prince Guichard avoit usurpé Trades sur l'abbaïe de Cluni, il l'en dédommagea dans la suite, lorsqu'il fut marié, car voulant, dit-il, s'attacher à la religion chrétienne, il donna à cette abbaïe (b), du consentement de sa femme et de ses anfans, pour la rédemption de son âme, la chapelle Sainte-Marie, au lieu appelé de la Roche, au village de Quincié, avec les dixmes de la terre qui s'appelle sous Bunicc et les dixmes de ses vignes. Il lui donna encore autant de terre autour de cette chapelle qu'il leur en faudroit pour y bâtir des maisons et un jardin. Guichard signa cette charte avec Adelcïde, sa femme, et Guichard, leur fils ; elle fut passée à Cluni, l'an 4020.
L'an 33* du règne de Robert, roi de France, qui tombe à l'an \ 028, le même Guichard et sa femme Adélaïde confirmèrent le don (c) qu'ils avoient fait en 1020 et que nous venons de rapporter, ou peut-être est-ce la même charte, quoique les dates en
(à) CnodCirt. Cluù, p. <l.
(•) Cri. Clinj, B, M. S, «••!*• I*.
(.) f..rt. C.ly,i j B, fol 17, nru «I.
A l'histoire de oombls.
soient différentes, car par celle-ci ils donnent, disent-ils, une certaine chapelle averties divin rs en dépendant, et autant de terre auprès de la chapelle qu'il y en ait suffisance pour bâtir une maison avec des cuisines et un jardin pour un religieux. Cette chapelle, dit la charte, étoit au pays de Lyon, au village de Quincié. Les témoins de ce don furent Guicliard, leur fils, Berard, Arulfe, Achard, Guillaume, Vilinque. L'acte fut passé à Cluni et écrit par un nommé Ganiier ou Varnier.
A peu près dans le même tems, Guichard et sa femme Adeleïdc donnèrent encore à l'abbaïe de Cluni (a), pour la rédemption de leurs âmes, pour pouvoir être enterrés dans cette abbaïe, et pour leur fils Guichard, un mas à Monsou, au pays d'Aulhun, avec une terre qu'un nommé Letard y avoit possédée, un autre mas en Yvrol et un autre mas de ce Letard àFlurieu. Guicluud, Adeleïde sa femme, Guichard leur fils, Benoit, prêtre, Richard, Bermund, Umfred et Durand signèrent celte charte. Je ne sais si ces fonds de Letard, que Guichard et sa femme donnent, ne seroieut point des fonds deLéotard, troisième fils d'Humbert et d'Elmède, qui seroit mort sans enfans, et dont Guichard, son frère, auroit hérité, car Léotald, Léotard et Letard étoient le môme nom, dans ces anciens tems où on les défigurait souvent.
Paradin, dans ses Alliances, ne parle point de notre Guichard. qui lui a été absolument inconnu.
Guichenon donne [tour enfans à Guichard I", Guichard II, et Gauthier, évéque de Maçon. Il n'y a pas de difficulté pour Guichard II; mais à l'égard de Gauthier ou Vauthier, il u'étoit point de la maison de Bcaujcu. Si Severl, qui l'a dit (b) le premier, et qui le fait fils de Berard Ier, et Guichenon après lui, qui le fait fils de notre Guichard, a voient bien examiné le Carlulaire de Cluni, ils auraient vu que Gauthier étoit fils d'un homme nommé Varulphc et d'une dame appelée Tctza ou Telzende. En effet. Tel»» donna (c) à l'abbé Odilon, environ l'an 1030 ou 40, un esclave appelé nurand, qui étoit clerc (c'est-à-dire instruit aux bonnes lettres], qu'elle affranchit dès ce jour-là de sa servitude et de celle de tous ses parents, voulant qu'il fût si libre, qu'il ne fût obligé de servir à aucun mortel, si ce n'est à Dieu et aux moines de Cluni. Elle le leur donna à condition que les anciens seigneurs et supérieurs de Cluni aimeraient ce Durand pour l'amour et l'honneur de Dieu, qu'ils le défendraient et qu'ils le garderaient avec honneur autant qu'il vivrait. Varulfe et Vauthier, à présent rrtque de Uâcon, par la grâce de Dieu , dit Tetza, consentirent et approuvèrent celte donation.
Après la mort de l'abbé Odilon, Hugues ayant été élu pour son successeur, ». Vautier, prélat, Varulfe, son frère, et Vautier, son flls, confirmèrent encore ce don, car il falloit apparamment que ces dons fussent confirmés par les enfans après la mort des père et mère, afin qu'on ne crût pas qu'ils eussent été forcés de donner
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|| In Lugd., p. Î7t.
(c) Oui, Omj l,hLll| c*ra ii»
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leur consentement. Cette confirmation fut faite à Saint-Marcel, pendant le carême ; elle doit être d'environ l'an 1 050, llugucs n'ayant été élu qu'en 1 049.
La môme dame Tetza ou Tetzanda, mère de Yautier, évéque, avoit donné une terre à l'abbaie de Cluni [a], au village de Cuelles, pour le salut de l'Ame de Yautier, fil» de Varulfe, frère de cet évéque, petit-fils de Tetzande. Cet évéque, avec son frère Varulfc, confirmèrent aussi cette donation après le décès de leur mère, et cet évéque la fit approuver par ses neveux Vautier, Bernard et Othon. Cette confirmation fut faite en présence d'Hugues, prieur de Cluni, et de plusieurs autres. Ces litres ne laissent aucun doute sur les père et mère et sur la famille de l'évéque Vautier ou Gauthier, qui est toute autre que celle de nos seigneurs de Beaujeu.
Ces deux chartes élant du tems qiicVaullicr ou Gautier étoil évéque, elles sont d'environ l'an 1 040 ou 1 050, qui est le tems de cet évéque.
Il y a une autre charte (b) qui peut remonter a plus de cent ans la généalogie de cet évéque, car l'on trouve, sous Odon, une charte par laquelle un nommé Leutbal et sa femme Doda donnèrent, l'an 7F du règne de Raoul, roi de France, à Odon, abbé de Cluni, pour les âmes de Guillaume, duc, et d'Avane, et pour un autre Guillaume, son seigneur, petit-fils du duc Guillaume, l'église Saiut-Martin-de-Blencau, au pays de Mâcon, à la charge qu'on pricroil pour son père Varulfe et pour sa mère nolnide, ainsi que pour son frère Varulfe, qui fut apparemment le père de l'évéque Gautier, de Màcon. Ainsi l'on voit qu'il n'éloit point de la maison de nos princes, mais de la maison de ces Varulfe, qui paroissent avoir élé attachés à Guillaume, duc d'Aquitaine «fondateur du monastère de Cluni, qui le fonda apparemment étant âgé, puisque Guillaume, son petit-fils, était au monde en 928, dix-huit ans après cette fondation.
Je crois, après Severt, que notre Guichard I" mourut le 18 aoust, mais nous ne savons point en quelle année, le livre des obibs de Beaujeu «'étant contenté de dire que Guichard de Beaujeu, fils de Mr Ilumbert, mourut le 45 des calendes de septembre, sans y rien ajouter qui puisse désigner l'année de celte mort; faute considérable dans les obiluaires qui auroient servi d'époque des anuées comme des jours, s'ils eussent eu le soin de les marquer.
(O Ctrtntoirt Clan? », fol. IS, ftrti 177. (.) CuMkirt Clu.y coué A, foi. 4», nrU ».
A l'histoire de tombes