‹ Mémoires pour servir a lh́istoire de DombesChapitre 9 sur 19 · GUICHARD II · texte numérisé non relu

GUICHARD II

Guichard II succéda à son père, environ l'an 1030. Je crois que peu après qu'il fut parvenu à la seigneurie de Bcaujollois, il voulut réparer les torts que son père avoit faits à l'église de Mâcon ; son père l'en avoit peut-être chargé par son testament. Ce prince reconnut donc, par une charte (a) dont on n'a pas l'original (mais qui fut copiée après sa mort, dans laquelle le copiste ajouta ses réflexions), il y reconnut que son père Guichard avoit introduit de mauvaises coutumes au préjudice de l'église de Mâcon, sur les terres et sur les villageois de cette église. Voici la traduction des termes de la charte telle qu'elle a été recopiée : Que tous les enfans de l'église de Maçon, présents et à venir, sachent que Guichard de Beaujeu, quand il étoil vivant, s'étant ressouvenu des péchez et des offenses que son père Guichard et ses prédécesseurs avoient faites a la communauté du bienheureux Saint-Vincent et à ses chanoines, par les mauvaises coutumes que son père avoit imposées sur les terres et sur les villageois [ou paysans) de Saint-Vincent, qui étoient dans sa ville et qui paroi&soicnt être dans son sauvement (c'est-à-dire dans son pays et sous sa garde et protection), il vint à Mâcon, dans l'église et au-devant de l'autel et des reliques de ce saint martyr, en présence de l'évéque Gautier et de tous les chanoines, ou il déclara qu'il quittoit et déguerpissoit & Dieu, au saint martyr et aux chanoines présents et à venir, toutes les mauvaises coutumes que son père et ses autres prédécesseurs avoient imposées aux terres et aux personnes de leurs villageois.

Il se réserva néanmoins, pour cause de ce droit de sauvement [qtutiqut contre la

(0 Hi.lMM., lui. 100. -Sc«rl, io MMiKQii., f *i.

«FvniREs roi ii sertir

justirt et la droiture, comme l'a ajoute le copiste), que les paysans qui demeureraient dans cette partie de ses terres que lui et son père avoient possédées suivant leurs partages, lui payeraient pour ce droit, au tems de la moisson, ceux qui labouraient avec des bœufs, un septier d'avoine.'mesurc de Beaujcu, pour la nourriture de ses chevaux, et autant à Noël, avec un fais de foin d'autant qu'un homme le pourrait porter, et un autre fais de foin chacun aux fêtes de Pâques ; et à l'égard des pauvres qui travailloient de leurs mains a la terre ou à la vigne, il réserva qu'ils payeraient un demi-septier d'avoine, moitié à Piques, moitié à Noël, à la charge que ni M" de lleaujeu ni leurs gens ne viendraient pas prendre ce foin et celle avoine dans les maisons des hommes de l'église, mais que les ministres ou serviteurs de l'église ou leurs hommes le porteraient eux-mêmes au château de Beaujeu ; et moyennant cette déclaration et cet accord, l'église de Maçon donna l'absolution, de la part de Dieu, de ses saints et de l'église de Maçon, à Guichard, son père, et a ses autres prédécesseurs, pour tous les maux qu'ils leur avoient faits, et ils accordèrent à Guichard et à sa femme uue part et une société dans leurs prières et dans leurs aumônes. Guichard finit cette charte en souhaitant le plus grand des anathèmes à ceux qui voudraient rétablir les anciennes coutumes qu'il venoit de déguerpir. Cet acte fut passé a Maçon, te 29 janvier, Henry régnant en France. Guichard signa cet acte avec Ricoairc, sa femme, et leur fil» Humbcrt, Bugues, son oncle maternel, Etienne de Villars, Hugues et Aimin, frères de Marchand, et deux personnes appelées Blandin.

Nous croyons cet acte de l'an 1 033 ou 1 03 i, car Gautier étoit déjà évéque de Maçon et Henry roi de France en ce tems-là; il pourrait néanmoins être de quelques années plus lard.

Celui qui a recopié cette charte y a mis que Guichard de Beaujeu s'éloit retenu injustement le droit de sauvement que nous appelons à présent sauvegarde, quoique révêque Gautier et tous les chanoines de son église l'eussent reconnu pour juste, puisque, nonobstant la réserve que Guichard II en fit, ils lui pardonnèrent ses péchez et ceux de ses ancêtres, et le firent iiarticipant de leurs prières; cependant, quoique cette église eut approuvé la réserve de ce droit, la pluspart dés églises le regardoient comme injuste, étant imposé sur leurs hommes, parce qnc ce droit relomboit souvent sur eux, leurs hommes ne pouvant payer ces droits et les redevantes qu'ils dévoient à l'église; ainsi les ecclésiastiques avoient soin de s'en faire décharger autant qu'ils le pouvoient. En effet, le comte Otthe, appelé Guillaume [dont nous avons rapporté plusieurs chartes, successeur d'Henry, duc de Bourgogne, mais dont la succession lui fut ôtée par Robert, roi do France), paya une assez grosse somme à Geoffroy, seigneur du château de Mailly, pour racheter de Ini le droit de sauvegarde qu'il prenoit »ur les fonds que l'abbaie de Saint-Bénigne avoit a Sacy, et il le céda & l'abbaie, croyant qu'on le lui faisoit payer injustement (a).

Le roi Robert abolit, en i 015, par la même raison, un pareil droit que cette abbaïe

! a., Ciroi. Sincti fcnigni, ia Spioil., Ujra. 1, p. 182, coll. 1:

A LHISTOIRE DR BOMBES

lui payoit sur divers biens qu'elle avoit dans ses terres, Lambert, évoque de Langres, et Hugues, évêque d'Auxcrre et proviseur de Saint-Bénigne, l'en ayant prié (a).

("îuy, comte de Ponthieu, cxigeoit vingt pourceaux du village de Majoc, appartenant a l'abbaîe de Saint-Riquier, pour le môme droit [b] ; l'abbé de Saint-Riquier s'en racheta pour 100 sols une fois payés, et lui promit 40 sols au lieu des vingt pourceaux, annuellement, ce qui fait connaître la rareté de l'argent de ce tems-là, comme nous l'avons déjà dit; ces 40 sols dévoient être levés sur les habitans de Majoc, par celui des religieux de Saint-Riquier qui en seroit obéanrier, et non par les gens du comte. On donnoit ces 40 sols au prévost que le comte avoit à Saint- Riquier pour y administrer la justice. Ce droit étoit aussi appelé droit davocation, de garde et de protection.

Les ecclésiastiques vouloient que ce fussent leurs gens qui levassent ces droits, afin d'éviter les frais et les vexations que les officiers ou les gens des comtes et de» autres seigneurs auraient pu faire aux hommes de leurs églises, ce que ces officiers n'avoient que trop coutume de faire, car l'on voit, dans la Chronique de Casaure (cl, que Guillaume, roi de Sicile, enjoignit à Jozelme, comte de Lorettc, de défendre à son bailly de la ville de Saint-Ange de vexer les hommes de l'abbaîe de Casaure, sur lesquels il imposoit des tributs injnstcs qui les mettoient dans l'impossibilité de payer les rentes qu'ils dévoient «i l'abbaîe.

Plusieurs seigneurs s'emparaient du bien des églises sons prétexte de ce droit de sauveraent, qui donnoit droit de mettre garnison dans les terres de l'église, pour pouvoir en défendre les hommes et les biens; mais, au lieu de défendre l'église, ces garnisons rendirent les seigneurs maîtres absolus de la pluspart de ces biens, et c'est ce qui faisoit que les ecclésiastiques regardoient ces droits comme injustes.

La Chronique du monastère de Saint-Mihiel, en Lorraine, remarque (d) que Frédéric, iluc rie Lorraine, voyant que cette abbaïe étoit fort éloignée de la demeure des empereurs, qui ne pouvoient défendre ses droits, s'en empara et s'en déclara le défenseur, pour couvrir l'invasion qu'il en vouloit faire. Elle dit que ce duc, voulant se mettre à couvert des incursions des Champenois, fit bâtir un château sur les confins de la Lorraine et de la Champagne, qu'il appela Bar, comme devant servir de barrière entre ces deux provinces, et que n'ayant pas des terres a joindre à ce château, pour y entretenir une garnison, il y unit le tiers des fonds de l'abbaîe, pour fournir a cet entretien, disant que cette garnison défendroit tous les biens de l'abbaîe.

La Chronique de Saint-Riquier dit (s] que les seigneurs de Ponthieu, qui prirent le nom de comtes, parce qu'ils avoient épousé une comtesse, étaient les avoués ou

») Bid.Cbran.p. Ml, coll. I.

(■H» Spitil.fi.. p. SI*.

«4 spwi , to«. î, mîs.

(.) Tettn •■tltcu MabilOB., p. Ml, col. f. (I) Spicilef., loin. », p. *U.

MKVOIUES POl'R SERVIS

avocats Je leur abbaîc, et que cette avoucrie leur servit Je prétexte pour jouir des revente des maisons et «les domaines de l'abbaie, ainsi que de ses boinmes rustiques; qu'ils usurpèrent même Abbeville, Saint-Mcdard et Ancre, qu'ils gardèrent pour être la solde de la défense qu'ils donnoient ù celte abbaïe; mais que depuis ce tems-la Hugues ciprt leur ayant donné plusieurs terres, ils se servirent des soldats de ce roi pour conserver leurs biens, sans appeler aucun comte à leur secours. Ces exemple* nous font voir la misère de ces tcms-la, où les guerres particulières obligeoient à être toujours sur ses gardes et à avoir des garnisons dans presque tous les châteaux, pour se garantir des entreprises de ses \oisins.

Nous aurons occasion, dans la suite, de parler plus au long de ce droit de garde ou sauvegarde qui ne laissoit pas d'avoir sa justice, les seigneurs n'étant pas obligés d'avoir des garnisons dans leurs châteaux et de garder les hommes et les biens des abbaïes à leurs frais ; mais il y av.it souvent de l'excès ; je crois que les garnisons de ce teins -là consistoient plus en cavalerie qu'en infanterie, et c'est pourquoi Guichard de Beaujeu stipula qu'on lui donnerait du foin et de l'avoine pour ses chevaux.

Je ne sais si l'absolution que l'évéque et le chapitre de Mâcon donnèrent au père de Guichard el & ses prédécesseurs qui étoient décédés, pouvoit servir aux défunts, car les restitutions doivent être faites par les personnes qiù ont usurpé le bien d'autrui, et chacun doit réparer la faute dans laquelle il est tombé ; mais il est à croire que Guichard avoit chargé son (Ils de celte restitution, ou il faut croire que cette absolution n'étoit autre chose qu'une permission que l'égliso de Maçon donnoit do prier pour ce seigneur et d'offrir le saint sacrifice à son intention, et qu'ainsi on croyoit que la restitution que leurs enfans faisoient, pouvoit leur être de quelque utilité auprès de Dieu.

Fustaillier et Bugnon ont parlé de cette charte ; et pour faire plaisir à Remond de Chevigny, qui étoil alors abbé de Saint-Pierre, au lieu d'y lire Hugues et Aimin, frères de Marchand, ils y ont lu Hugues de Chevigny, mais ils ne l'ont fait que par flatterie, et le litre est kl que nous l'avons rapporté.

Notre Guichard lll* ne se contenta pas d'avoir quitté à l'église de Mâcon les mauvaises coutumes que son père et ses ancestres avoient imposées sur les terres et suites hommes de cette église, il voulut réparer les loris qu'il y avoit faits lui-même et à leurs gens, c'est pourquoi il donna à cette église (a), qu'il dil être dédiée à la Sainte- Vierge, aux saints martyrs Vincent, Gcrvais, Protais et aux apôtres saint Pierre et saint Barthélémy, uu mas situé dans le comté de Maçon, au village de Bruières, au territoire de Bily, avec toutes ses appartenances et dépendances, comme Berard Renchc l'avoit possédé, el il veut que tout ses parents qui sont ses fidèles (vassaux ) et ses amis, sachent qu'il avoit fait ce don sans aucune réserve et sans que personne l'en eût sollicité; il défend à qui que ce soit de rien demander sur ce mas, soit des rrédmccs, soit des servis, parce qu'i.1 n'y en étoil poinl dû, et s'ils le font, il veut qu'ils.

f » Lil* r loc»L. fol. — ïettrt, in Mali*., p. »*.

soient maudits éternellement. Guichnrd signa avec Ricoaire, sa femme, et ses enfans Hurabert, Guichard et Dalmais; Gausmard de Piseis et Roland de Montagny la signèrent encore.

Scvert fait une dissertation sur les saints qui sont nommés patrons de l'église de Mâcon dans cette charte, et il fait voir que tous les saints que notre prince nomme l'étoient, et il en rapporte une seconde preuve tirée d'une ancienne oraison que l'on disoit autrefois dans cette église.

Guirhard déclare que personne ne l'a sollicité à faire ce don, parce que les parents prétendoienl souvent que ces sollicitations avoient olé la liberté aux donateurs, et qu'ainsi ces donations dévoient être révoquées et annullécs.

Nous ne nous arrêterons pas à réfuter Fustailler et Bugnon après lui, qui prétendent que notre Guicliard et Ricoaire donnèrent leur domaine de Rerruyères à l'église de Maçon parce qu'ils avoient obtenu par leurs prières assidues envers ces saints un enfant pour leur succéder dans la seigneurie de Heaujollois, car ils avoient alors trois enfans qui signèrent la charte. Je ne sais si, pour donner quelque chas», à ce que disent ces auteurs, on pourroit croire que ce prince demanda a Dieu de lui donner encore un petit (Us, car nous ne pouvons pas dire qu'il umbirt, leur aîné, fut marié en ce tems-ci.

Hugues, comte de Chalon, confirma, environ l'an 1073 ou 1071, un don que Thibaud, son père, avoit fait à l'abbaïe de Saint-Marcel, près de Chalon (a). Cette confirmation fut approuvée par Aganon, ésêquc d'Authun, par Hugues Dubau, Guill. de Thiern, Guichard de Bourbon, Guichard de Bcaujcu, suivant M. Guichenon. La charte l'appelle Guichard de Drlh gtmdio, parce que apparammeut celui qui dressa la charte et qui avoit cru qu'on appeloit notre prince seigneur de Beljue ou Beljoa, comme on l'appeloit en langage vulgaire, traduisit, en latin, le joue ou joa par joye, gattdium, au lieu de le traduire par jeu, joeus, comme quelques titres ont appellé M" de Villars de villa Arsa. Cette confirmation fut ensuite approuvée dans la cour de Chalon ; Achard, êveque de Chalon, et Geofroy de Semur y souscrivirent, avec tous ceux que nous avons déjà nommés. M. Guichenon s'est trompé en mettant un seigneur de Cenve au lieu du seigneur de Semur.

Ricoaire, femme de notre prince Guichard de Bcaujcu, donna à l'abbaie de Cluni [b), pour le salut de son ame, celles de son mari et de ses enfans, et pour tous leurs parents, l'église du village de Yitry, qui est située dans l'évêché d'Autun, avec les prémices, les dixmes, le droit de sépulture, le cimetière, le presbitère et ses autres dépendances. Elle fit cette donation purement et simplement, en sorte que l'nblNtie en jouit de son vivant, du consentement de son mari Guichard, de ses lils Humbert et Dalmais, de ses filles et de tous ses parents. Elle déclara qu'elle et son mari aroient reçu un bon cheval des religieux ; que si quelques-uns de ses parents vouloient con-

U) l*U« <t« R V <:•>!««' <J* Cb.l«, p. 17». - Cru <58.

f.) ChMWm Clo.y B, fol. I7Ï, cru US ; tl J7Î, «ru 751.

232 MEMOIRES TOl'R SERTI n

tester cette donation, qu'ils fussent maudite. Ricoaire signa celle charte ainsi qui' Guichard, «on m n i, Dalmais ctHumbert, ses enfans, Guichard de Marzé, <:uicbard île Montmerle, Lambcrl-lc-Déchaussé. Celui qui a écrit cette charte remarque qu'après la mort de Ricoaire, Licbaud de Digoinc, son gendre, conteste cette église de Vitry aux religieux de Cluni, et qu'on lui donna lot) s. monnoic de Poitou, moyennant quoi il approuva la donation qui en avoit été faite. Il remarque encore que Ricoaire avoit eu 100 s. de bonnes peaux de Guy, religieux et doyen de Massilles, qu'il lui donna en vue et en récompense de cette donation.

Cette charte est répétée une seconde fois dans le Cartulaire (a). Ce qu'on apprend dans cette seconde, c'est que le pére de Ricoaire s'appeloit Rauclin, et sa mère, Zédée; et dans cette seconde elle veut que les religieux ne jouissent de l'église «le Vitry qu'après sa mort ; et elle promet pour investiture (c'est-à-dire pour marque de la propriété el possession des religieux et qu'elle ne jouissoitde cette paroisse que pour eu\), de leur livrer la troisième partie des dixmcs chaque année et 5 s. d'argent. Elle signa cette charte avec l'once de Vigort, ou peut-être de Vigousset, Josserand Roux, Gnichard, Humbert, un autre Guichard, Dalmais et Gomard. Le premier Guichard pouvoit être son mari et les quatre autres ses enfans.

Je crois que cette dernière charte est la première donation, et que la première que nous avons transcrite ci-dessus n'en étoit que la confirma'ion, et qu'elle fut faite pour se désister entièrement de la possession de celte paroisse que cette dame s'éloil réservée par celle-ci ; mais ceux qui dressoient ces actes ne savoient pas trop s'expliquer sur ces sortes de changements qu'on faisoil. Je crois le premier de ces dons de 1040 el le deuxième de 1050 ou environ, parce qu'il est mis sous l'abbé Hugues.

Fustaillicr et Severt ont dit que Ricoaire, femme de notre prince, étoit de la noblr faim l h' de Salornay ; mais comme je n'ai trouvé aucun titre qui lui donne ce nom, je crois qu'on en peut douter avec assez de fondement, les titres de ce tems-ci et mênuîles tems bien postérieurs à celui-ci ne donnant presque jamais que le nom de baptême des femmes.

Guichard laissa plusieurs enfans de Ricoaire.

Le premier est Htimberl, deuxième du nom, dont nous parlerons.

Le second fut Guichard, dont nous ne savons rien.

Le troisième, Dalmais. M, Guichcnon, dans son Histoire mnuiucriie de Dvm&ex, dit que ce Dalmais eut la terre deSaint-Trivier en Dombes pour sa légitime. Je n'ai trouvé jusqu'il présent aucun litre qui assure ce fait.

Guichcnon prétend que ce Dalmais I" fut père d'un autre Dalmais de Saint-Trivier, qui fut présent, en ) loi , à l'engagement qu'Etienne, sire de Villars, second du nom. Ht à l'église de Lyon de la seigneurie et du péage de Rochetaillée (b).

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a l'histoire DE DOÏBE-S.

Guicbeoon assure encore quo Dalmais II, qui ne prenait que la qualité de seigneur de Saint-Trivier, ne laissa qu'une fille qui fut mariée à Guy de Cbabeu, dont la postérité prit le nom et les armes de Saint-Trivier et quitta presque entièrement relui uV Chabcu. Ces changements de noms n'ont été que trop fréquents dans une grande quantité de familles, ce qui a causé bien de la confusion dans l'histoire, comme nous l'avons déjà remarqué.

Ce qui peut faire croire que les ancien* seigneurs de Saint-Trivier sont issus de la maison de Beaujeu, c'est que cette seigneurie s'est conservé le litre de baronnie, comme les terres de Jous, d'Anfplepuis, et quelques autres qui ont été démembrées de la baronnie de Beaujollois pour être le partage des cadets de leur maison, les cadets conservant le titre de barons que portoient leurs aînés, et toi terres possédées pur ces cadets, le titre de celles dont elles avoient été démembrées, outre le titre de baronnie. La terre de Saint-Trivier a une justice limitée et elle s'est conservée une justice d'appel que nos autres seigneurs justiciers n'ont point. Toutes ces marques de distinction ne peuvent venir que des seigneurs de Beaujeu qui ont possédé cette seigneurie et qui y ont laissé ces grands droits.

Le quatrième enfant de Guichard et Ricoaire pourroil être Gomard, qui est dans la charte de Vitry.

Le cinquième, c'est un Hugues que nous verrons qu'Humbcrt appelle son frère.

Le sixième fut une fille, mariée i Licbaut, seigneur de Digoine, comme la charte de Vitry le prouve.

Nous revenons à l'empereur Henri, successeur de son père Conrad-lc-Salique, pour faire voir qu'il étoit reconnu haut souverain dans ce païs et surtout à Lyon; nous en donnerons des preuves fort remarquables qu'il faut reprendre d'un peu avant son avènement à la royauté (a). Nous observerons donc que Burchard II, frère du roi Rodolphe, étant décédé en 1 036 ou < 037, l'archevêché de Lyon, qui étoit trèsnoble et très-riche par ses biens anciens et par, ceux que cet archevêque lui avoit laissés, vaqua par sa mort. Cet archevêché fut couru et ambitionné par un autre Burchard, évéque d'Aoust, qui se prétendoit neveu du défunt et croyoit peut-être devoir être l'héritier de ses biens et de ses terres; mais l'église de Lyon se mit apparemment en possession de son hoirie, suivant l'usage de ce tems-là, dont nous avons déjà parlé. Quoiqu'il en soit, l'église de Lyon ne voulut pas accepter ce Burchard pour archevêque, ou du moins tout le chapitre ne voulut pas concourir à son élection ; cependant il prit possession de cette église et voulut s'y maintenir par violenre,

f») CUbcr. lib.S», «p.»».- Meurtrier, LjrM, p. IIS. - Flrurjr, HiU. Ectht*Mr. S», tri. Il, M». M — Smrt, i> Laii., p. 101.

ce qui obligea l'empereur Conrad-le-Salique & le faire arrêter par ses soldais ou officiers et à le condamner à l'exil, ce qui est une preuve très-convaincante de l'autorité souveraine de cet empereur sur Lyon, et que les rois de France ne se méloient point de ce qui s'y pas&oit de plus important et qui appartiendrait le plus à un haut souverain, comme la connoissance de la validité de l'élection d'un archevêque.

La condamnation de Burchsxd, évéque d'Aoust, n'empêcha point l'ambition du comte de Lyon; il voulut (aire élire à cet archevêché Girard, son fils, qui étoit fort jeune. Girard fut intrus pendant quelques années, mais comme il gouvernait fort mal, ou que ceux qui agissoient en son nom abusoient de son autorité, il fut chassé d'un siège qu'il ne poavoil et ne devoitpas remplir. Ces troubles durèrent deux ou trois ans ; la mort de Conrad-le-Salique et son éloignement de Lyon y donnèrent apparamment quelque lieu.

Les désordres de notre église furent écrits au pape par une partie du chapitre qui n'adhérait pas au fils du comte de Lyon; ils prièrent le pape de nommer un arche- \éque de son autorité et lui indiquèrent Odilon, abbé de Cluni.

Le pape, agréant leur demande, envoya aussitôt à Odilon sa nomination à cet archevêché, avec le pallium et l'anneau pastoral, et lui ordonna d'aller prendre pos- .session de celte métropole, suivant les désirs du clergé, des peuples et de divers prélats suffraganls et voisins de l'église de Lyon, qui le souhaitoient.

Odilon aima mieux gouverner son abhaîe qu'un grand diocèse; ainsi il pria te pape de l'excuser s'il n'acceploit pas cet archevêché, et lui manda qu'il garderait te pallium et l'anneau pour les remettre à l'archevêque qui serait légitimement élu.

Les désôrdres que ces deux intrusions avoient causés furent aussi portés & Henri III. qui venoit de prendre possession du royaume d'Allemagne et d' Australie; il vint jusqu'à Besançon, où il s'informa de ce qu'il devoit faire pour terminer les conteslatations qu'il y avoil sur ces intrusions. Il ne voulut point laisser Girard pour archevêque, mais sachant le refus d'OdiloD, il jeta les yeux sur Aliénard, abbé de Saini- Rénigne de Dijon, et voulut lui confier cette importante dignité. Cet abbé la refusa et conseilla à Henri de choisir Odolric, archidiacre de Langres, son chapelain, qui. étant d'un mérite distingué, rétablirait le calme dans celte église. Henri fit consulter 1." r large et le peuple de Lyon sur le choix qu'il vouloit faire, et Odolric ayant été agréé, il prit possession de l'archevêché qu'il occupa pendant cinq ou six ans. Celte élection de l'empereur est une preuve authentique de sa haute souveraineté sur Lyon.

Avant de venir au deuxième fait, concernant la souveraineté d'Henri, nous crayon* pouvoir rapporter ici quelques chartes de l'abbaïe de Savigny qui regardent l'archevêque Odolric et qui sont datées du règne de l'empereur Henri. Par la première (a) un nommé Gauccran donna à celle abbale, où Durand étoit abbé, l'église de Saint-Jean-Baptiste deTernan, et l'église Saint-Victor, située dans la même montagne, avec tout ce qu'il y avoit acquis, et cela par l'avis «t conseil d'Adalasie, sa

(») lUrta 7»3. [à. BcrurJ, p. SJ8, eh 710., .

a l'histoire de DOMnrs.

femme, de ses en fans Gcofroy et Agnon, et de plusieurs de ses amis. Les témoins de cette donation furent Bertan et Guillaume de Tarare, Silvius de Joire, Silvins du Renard, qui tenoient ces églises de lui fiscalement, c'est-à-dire qu'ils les tenoient, à ce que je crois, en fief, ou qui en administraient la justice ; Girard, comte (de Lyonl , Aimon Jarole, Berard, Guichard, Ponce de Pipié, Ponce Carat, Bernard Garrin et Aimon, son frère, Gauzeran, et Eltrude, femme du frère de Gauzeran, signèrent cette charte; après quoi ils disent que si quelqu'un veut inquiéter l'abbaïe sur ce don, qu'il n'en puisse pas venir à bout, mais qu'il paye au lise du roi (00 lit. d'oi. et que cependant ce don vaille. Ce don fut fait au monastère, de Savigny, un lundi du mois de juin, l'an 1046, indiction 9", ce qui est une erreur, l'indirtion éianl 14, s-iivant Uucange. Etienne Tcdin, moine, écrivit la charte, qvfUdolrif, archevêque, approuva dans son chapitre, en présence de l'abbé Adalard, d'I'bert, prévost, d<- Ricon, d'Etienne Torlicol, de Bernard Musibo et de plusieurs autres. Cette confirmation fut écrite de la main d'Etienne, vice-chancelier, régnant le roi Rodolphe. La date de ce règne est des plus erronnées qu'il y ait, car il y avoit 1 4 ans que Rodolphe étoit décédé. Ces erreurs manifestes nous font voir que des copistes ignorans ajoutaient quelquefois ces règnes qui donnent tant de peine aujourd'hui à ceux qui évaluaient ces anciens litres, ces fausses datas qui font souvent qu'on doute de leur vérité, quoiqu'on ne le dût pas faire, lorsqu'elles ont été suivies de possession paisible et plus que centenaire.

Par la seconde charte (0, un nommé Asehiriqn<\ Guillaume, son frère, Agnès, sa s.pnr, Dalmais et sa sœur, donnèrent à l'abbaïe de Savigny une église de Sainte-Marie et de Saint-Galmier, qu'Aschirique avoit fait bftlir dans la partie de >on héritage qu'il possédoit, et qui avoit été divisée et partagée des biens de ses frire* et de ses autre* parents (ce qui étoit remarqué, parce que, suivant l'usage de ce teins-ci, l'on ne imuvoit pas disposer des biens que l'on possédoit par indivis). Il fit cette donation du consentement â'Udulrit, archevêque, afin que le droit de sépulture que l'église do Saint-Martin, qui étoit dans le château du Bois, avoit sur ce lieu-là, appartint à l'église Suinte-Marie qu'il donnoit, c'est à-dire qu'il vouloit rendre cette église paroissiale, du consentement de cet archevêque. Il voulut aussi que son église eût les oblations des pèlerins, soit de ceux qui alloient à Rome, soit des autres étrangers qui aliment à quelque église de saint*, comme à Sainte-Marie [que l'on croit être Sainte- Marie-Majeure, à Rome], à Saint-Pierre (aussi de Rome), à Saint-Jacques (en Espagne), ou à "Saint-Gilles [eu Languedoc). Il voulut aussi qu'elle eût et il lui donne toutes les oblations qui se feraient au jour des fêtes de la Sainte-Vierge, au juur de Saint-Galmier, soit qu'elles fussent faites par des raisins ou par des étrangers; comme aussi celles des hommes qui demeuraient aux environs de celte nouvelle église et qui en dépendoient, avec leurs dixmes. Il dit que le tout étoit situé au pays de Forez. Il leur donne encore tout ce qui serait offert après la messe publique (cVitu-dire après la messe de paroisse) ; mais si les religieux qui y demeureront disent

» Cin» m. (A. bwl, p m, 7»i -u u.r», rF :»;.

HÉ10IRKS TOI H SEHVIR

une aulro messe après la messe commune, il donne à ces religieux ces oblations et ne veut pas qu'elles aillent à l'abbaïe. Il fait cette donation en sorte que les religieux de cette église en puissent faire tout ce qu'ils voudront.

Il veut que, si lui ou ses enfans, ou quelqu'autrc personne veut inquiéter les religieux sur cette donation, qu'ils soient condamnés à payer 5 liv. d'or et qu'elle reste toujours dans sa force. Aschiriquc, Guillaume, Dalma-s, M' Udulric, l'gon, Guillaume, Gauzeran et quelques autres signèrent cette charte datée d'un jeudi 1er de la lune, l'an 1046, indiction 7», régnant Mr Henry, empereur en Bourgogne. Gautier, moine, l'écrivit, en présence de Mr Odolric, archevêque, et de Mr Durand, abbé.

La date de cette charte justifie l'erreur de la date de la charte précédente, qui a parlé du règne de Rodolphe au lieu de celui d'Henry. Il y a trois ou quatre autrrs chartes qui suivent, toutes datées du règne de l'empereur Henry ; l'une regarde un champ à Ri voire la suivante (8) est un accord; la 751* (3), suivant que je les ai numérotées, est aussi datée du règne de l'empereur nenry ; c'est le don d'une vigne do huit fosserées et de (rois éminces de terre arable. L'on y remarque que le servis que ces deux fonds rendoient au seigneur, c'est-à-dire que le servis qui étoit dù sur cette (erre et sur cette vigne consistoit dans l'épaule d'une vache, en deux pains, un demi septier de vin et un demi-septier d'orge. Un nommé Folcad fit ce don le jour de la sépulture de Faucher, son fils ( 4) . Ce servis m'a paru particulier pour celte épaule d'une vache; à l'égard des pains, il faut qu'il y eiit alors des pains qui fussent d'un même poids, car l'on aurait pu éluder le pavement de ces pains, s'il n'y en eût eu d'un poids commun et ordinaire.

Voici encore une charte où l'on trouve d'autres sortes de cens et servis fixes en argent; c'est la 73ie (3). Un Elisiard y donne un curtil à l'abbaïe deSavigny, au village de Morvent , et voici, dit-il, le servis qu'il doit : 4 deniers pour la verchère, 3 denier.-, pour le pré, 6 deniers dans le tems de la moisson, pour (a chair, 4 septier de vin, / denier pour pain et une éminc d'orge au premier jour de chaque mois, 6 d. pour chair, t septier de vin, I d. de pain, un chapon et 4 d'oubliés. Je crois que ce que cette charte appelle servis étoit le prix d'une ferme payable & divers termes, et que nos cens et servis pourraient avoir pris en partie leur origine de ces ancienne* fermes faites par ceux qui possédoient des fonds en franc-alleu.

Voici une autre charte (6) qui précède celle dont nous venons de parler; elle nous apprend que ces chartes n'étoient souvent que des abrégés et des mémoires que 1m religieux des abbaïes tenoient ou du moins qu'ils y ajoutoient, comme nous avons tu qu'on avoit ajouté à celle de Guichard II, que. nous avons rapportée. Cette charte

(I) A. I«rair4. p. MO, ck. 7tt.

(1) 1J ch. n».

(I) U. p. (Si, th. 711.

(<) Lan : Je Ptlronllle, u femme.

(!) à. ■tnwrd, p. SM, d,. 71*.

(•) U.f **», th. 74K

k l'histoire de dombes.

dit qu'elle notifie à tous les religieux de Savigny présente et à venir, le don que Hugues-le-Gras, Elisiard et Roland, ses frères, avoient fait à Saint-Julien-de-Sal et à Saint-Martin (de Savigny), du mas dcSal, que Durand-le-Bègue tenoit en fief. Il dit que ces frères donnèrent d'abord à ce Le Bègue le mas des Fourches pour celui de Sal, et qu'ainsi il en approuva le don; mais il dit que leurs religieux avoient souffert bien des maux pour ce mas, « car, dit-il, par l'envie de l'avoir, nous reçûmes pour moine Hugues (Gins) et nous lui donnâmes la prévôté de Rcndans, et cependant ses enfans nous viennent ennuyer tous les jours, pour le tiers de cette maison qu'ils prétendent. » Il dit ensuite que le moine Gauserand avoit donné 4 liv. à Ilélisiard, « outre quoi nous avons nourri et élevé, dit-il, son fils Bernard, et nous l'avons reçu religieux. » Et outre cela, les conseillers d'Elisiard avoient eu, savoir, Girin de Sennat, 10 s., Humbert, vicaire, 5 s., Agnon du Mont, 5 s., et son père, 3 s. Il ajout»qu'on avoit donné a Roland, à cause de ses droite, 50 s. et un mulet qui en valoit autant, qu'il l'avoil mené à Jérusalem ; sa femme avoit eu 8 s. et une bague d'or ; Humbert de la Porte avoit eu 6 s., Gaucerand de Civent, 5 s. et outre cela 30 septiers de chaux. Durand, abbé, Gaucerand, prévost, Gausmardet Durand, moines, Girin de Sennat, Durand-le-Bègue, Umbert, vicaire, et plusieurs autres signèrent ectt** charte, qui paroit plutôt un compte de ce que le mas de Sal rolïtoit que la chartv d'un don qu'on leur on mit fait.

Nous remarquerons, sur ces chartes, que l'on commençoit alors à porter des surnoms, comme nous l'avons déjà dit; secondement qu'il falloit payer les conseillers des seigneurs et leurs parente pour avoir leur consentement ; que les voyages de Jérusalem et ceux de Rome, de Saint-Jacques et de Saint-Gilles, étaient déjà en usage. L'on y peut encore voir qu'il n'y avoit ordinairement qu'une messe dans les églises, quoique les religieux en dissont quelquefois une seconde, ut que l'on tenoit de simples mas en fief des seigneurs.

Voici le second fait qui prouve la haute souveraineté de l'empereur Henry sur la ville et sur le diocèse de Lyon : Odolric étant décédé, le clergé de Lyon élut Aliénant abbé de Saint-Bénigne de Dijon, qui méritoit d'autant plus celte dignité, qu'il l'avoit refusée six ans auparavant, comme nous l'avons dit.

Aliénard étoit fils d'un gentilhomme de Langres et d'une demoiselle d'Aulhun, né en France, abbé de Saint-Bénigne depuis treize ans >]. Comme Lyon étoit une ville limitrophe du royaume de France, dépendante du royaume de Bourgogne et terre de l'Empire, Aliénard alla demander le consentement de l'empereur & son élection ; il l'obtint, après quoi il fut sacré par Hugues de Salins, archevêque de Besançon, à Herbestin, en Allemagne, en présence de l'empereur, l'an (046, qui étoit l'année de la mort d'OdoIric, son prédécesseur, comme les charte» que nous vous venons de rapporter en justifient.

(à) Flenry, ttwn. I!, li». S», a. S». — HfMUto, Ljo:.. p. 15 1 — Cbru». fcjMj Ben^n. Dii., iaSpicil..

UfCUOIRES POUR SERVIR

Après le sacre de cet évoque, on lui demanda qu'il eût à prêter le serment de fidélité à l'empereur, ce qui paroissoit d'autant plus juste qu'il étoit né sous une domination étrangère à l'égard de l'empereur.

Aliénard refusa de prêter ce serment, ne croyant pas qu'il y en eut une assez grande nécessité, la loi de Dieu et celle de saint Benoît défendant les serments (a). Il suivit en cela l'exemple de saint Éloy, évéque de Noyon, car le roi Dagobert l'ayant sollicité de prêter serment de fidélité sur des reliques, ce saint s'en défendit avec autant de fermeté que de modestie, en représentant que s'il étoit capable de manquer à sa promesse et à son devoir, le serment serait un foible lien pour l'en empêcher. Dagobert fut content de ses raisons et l'assura qu'il auroit plus de croyance en lui, pour avoir refusé de faire ce seiment, que s'il avoit fait les serments les plus solemnels. L'empereur Henry en fit autant à l'égard d'Aliénard, qu'il ne voulut point contraindre à faire un serment qui lui fnisoit de la peine ; il se contenta de sa parole. Quelques auteurs ont blâmé la conduite d'Aliénard, qu'ils croyent n'avoir été ni savant théologien, ni habile canoniste, en refusant un serment qui n'a rien de contraire à la loi de Dieu, les rois ne l'exigeant que pour s'assurer de la fidélité des évèques qui entrent dans leurs conseils et qu'ils emploient souvent dans des négociations importantes. Je crois que la réponse d'Aliénard satisfait assez a cette difficulté, car si le serment n'est pas mauvais, il vient du mal, c'est-à-dire d'une défiance que l'on ue doit jamais avoir d'un évéque et du soupçon de laquelle il doit être exempt.

Paradin attribue la confirmation d'Aliénard à Henry Loiseleur, mais c'est une erreur manifeste.

M. l'abbé de Campt de Signy prétend que Renaud, comte de Bourgogne, et Girard, comte de Vienne, ne vouloient pas reconnottre la haute souveraineté d'Henry, et qu'ils prétendoient relever du royaume de France (b) ; mais s'ils le prétendoient, ils ne le pouvoient prétendre que pour des terres qu'ils avoient dans le royaume. Leur refus obligea l'empereur Henry à leur faire faire la guerre par Louis, prince de Montbéliard. Ils furent vaincus et obligés à reconnottre la haute souveraineté d'Henry, «ans que le roi de France s'y opposât en aucune manière, parce qu'il n'avoit aucun droit sur leurs terres de l'Empire.

L'empereur nenry confirma en 1 0.)3 , à l'abbaïe de Saint-Bénigne, les biens qu'elle avoit dans son royaume de Bourgogne (c), à la prière de l'archevêque de Besançon et de Renaud, comte de Bourgogne. Ce prince prit dans cette charte la qualité d'Henry III* du nom, roi des Teutons ou Allemands, II« de ce nom empereur, et I" du nom roi de Bourgogne, ce qui fait voir la distinction de tous ses états que nous avons déjà remarquée ci-devant, et que Renaud, comte de Bourgogne, recuitnotssoil la haute souveraineté de cet «empereur en 1053.

(t| VrMOI. Di.wrl. An «rrornl».

(■) t.uch-.nr, Boui-ga«iir.|>.9l7.Slti.

le, rer.rd.iU!». «le Bourjoyn-. p, IM,

a l'histoire de doybks. i-'I9

Au mois de décembre I 049, cet empereur avoit confirmé à l'abbaie de Cluni (a) tous les bieos qu'elle avoil dans son royaume de Bourgogne. Il dit que cette année étoit l'an 21* de son ordination, 2F de son règne et 3* de son empire. Il donna cette confirmation étant à Strasbourg.

Ce prince mourut au mois d'octobre 4056, n'étant âgé que de -19 ans. Il fut enferré à Spire; son corps y fut porté de Burfcid en Saxe, où il mourut. Il ne laissa qu'un fils âgé de cinq ou six ans, qu'il eut d'Agnès de Poitiers, sa femme, fille de Guillaume de Poitiers, duc d'Aquitaine, qui avoit quelques prétentions sur le royaume de Uourgogne, que I on croit qu'il céda a cel empereur, pour partie de la dot de sa lllle.

Henry dit le Grand, fils d'Henry-le-Noir, ne laissa pas d'être reconnu pour empereur, quoiqu'il n'cûl que cinq ou six ans. Il fut mis sous lu tutelle de sa mère et des grands d'Allemagne.

Son bas âge fit que l'on regardoit le royaume de Bourgogne comme vacant l'année de la mort de son père, parce que la mère et les tu'eurs d'Henry III* n'avoient peutêtre pas encore pris possession de ce royaume (b). Ce manquement d'un roi de Bourgogne est marqué dans une charte d'Hermengarde, veuve de Bodolphe-le-Fainéant, qui dit qu'elle l'a passée la même année que Heury II, empereur, étoit mort, n'y ayant point de roi de Bourgogne. Eod. anno quo nwrtuus ett Henricus II, imperarator, regt Burgundiee déficiente.

les flatteurs, qui' s'insinuent facilement auprès des princes, ne s'insinuèrent que trop auprès de ce jeune prince; ils lui persuadèrent qu'il pouvoit tout ce qu'il vouloit, non pas pour lui laisser faire ses propres volontés, mais parce qu'ils étaient assurés de lui insinuer le* leurs.

Il n'est pas difficile à un prince, quelque graod qu'il soit, qui ne suit que des mauvais conseils, de se faire des ennemis; llenry s'en fit dans ses propres sujets et s'attira ensuite l'inimitié des papes Alexandre II et Grégoire VII. Il fut accusé de simonie, d'hérésie, de sacrilège et d'une infinité d'autres crimes par ceux qui ont tenu un parti contraire au sien.

Ceux qui l'ont favorisé et voulu excuser n'ont pu désavouer qu'il n'aimât trop ses plaisirs et qu'il n'eût souffert que ses ministres abusassent de son autorité ; c'est un grand défaut à un prince de ne rien voir que par ses ministres et de ne pas examiner par lui-même les affaires de son état dont il est seul responsable envers Dieu.

En 1064, du règne d'Henry, un nommé Falcon et Adalaisie, sa femme, donnèrent U> Cru») CartaMn CImj, p

*,rc«i/«<r.«ril 1721, p. HHN,

MÉJIOIRKS roi II SLKVIR

à l'abkii.- de Savigny (a) le tiers de l'église Saint-Bonnet au village Je Marcy, lerritoire d'Anse, pays de Lyon, et le tiers d'une forât appelée Ardeune, avec les ditmes et les dépendances du tiers de cette église. Les moines leur donnèrent 42 s. pour le» porter à leur faire celle donation. Fakou et sa femme signèrent cette charte avec Milou Orselle, Hier Bulleu, Faucher Coma (I), Bernard de Marzé. Les surnoms de cette charte et de presque toutes les autres sont mis au-dessus du nom latin, comme si l'on avoit eu peur de las mettre dans les actes; c'est ce qui marque, comme nous l'avons dit, la nouveauté de ces surnoms dans ces actes.

Il y a une autre chai le dans le Cartalaire de Savigny (h), donnée sous l'empereur Henry, qui a été placée sous l'abbé Badin, qui vivoit cent ans avant les empereurs de ce nom, ce qui fait voir, comme nous l'avons souvent dit, qu'on transposoit facilement ces chartes.

Par cette rharte, une dame appelée Beliarde donna à l'abbaie de Savigny le lier* de la paroisse de Treslin, en Forez, ce qui fait voir qu'on y reconnoissoit cel empereur.

Un Etienne de Varenne donna, l'an 1068, à ïabbaîe de Savigny (c), un mas au pays de Lyon, au village de Thécry ; il signa ce don avec Ficîe, sa femme, et Girard, .-on frère.

Chorier prétend (n), qu'en 1 069, Henry fut privé de l'honneur que l'on avoil toujours fait au\ empereurs de dater les actes de leur régie, et il dit que depuis celle année les actes n'eurent d'autre date que celle de notre seigneur régnant; mais si cette date fut mise dans plusieurs des actes passés en Dauphiné, je crois que ce fut plus pour marque de la vénération et du respect que l'on devoil à Notre-Seigneur Jésus-Christ que par mépris pour l'empereur, car la pluspart des actes passés dans le diocèse de Lyon ont conservé la date du règne d'Henry et des autres empereurs ses successeurs, après même l'excommunication solcmnelle d'Henry de l'an 1076. M. Bcrly, à la fin de son Histoire des Comtes de Poitou, a fait une dissertation pour faire voir qu'on s'éloit servi de la formule de datter en France de J.-C. régnant, dès la première et la seconde race de nos rois, et qu'elle n'y avoit point commencé lors de l'excommunication de Philippe I*r, roi de France, comme quelques auteurs l'avoicnt cru. L'on trouve la date de J.-C. régnant dans une charte d'environ l'an 1050 (e), et avant l'époque que Chorier donne à cette date, par laquelle Renaud, i-omte de Bourgogne, quitta et remit à l'église Saint-Jean-l'Evangéliste et Saini- Élienne de Besançon, les droits de maréchaussée et de chiennerie que lui et son l>ère avoient exigés par une coutume téméraire dans une lerre de cette église appelée

(A) i irlj W. [A, rWm.nl. p. tSO, ch. TES.) . (ij Caria M. (A. Bernard, p. M, ea. Sa.j (c) Caria 777. (1<1. p. 4M, ch. ïïtj (») B'ttl. UaaphLo«, («m. 1, p. 10.

(■) Spkil., Ka. S, p. iV» cl **(.

(tJUm.'Caffa.

a l'histoire db dohbf.s.

Cassy; ils pronoient ces droits pour la nourriture de leurs chevaux et de tours chiens, comme les noms de ces droits l'indiquent. Outre ces deux mauvaises cou- . tûmes, il leur quitta toutes les autres que ses gens y levoient injustement. Nous parlerons encore de cette clause dans la suite.

Chorier prétend encore (a) que les difficultés que les papes eurent avec Henri et la supériorité même pour le temporel qu'ils voulurent s'attribuer sur lui, firent que le pape Pascal II commença à mettre la date de l'année de son pontifient dans ses bulles et dans ses brefs, et qu'il cessa d'j mettre celle des empereurs, comme les papes ses prédécesseurs l'avoicnt fait jusqu'alors.

Grégoire VII ne se contenta pas d'avoir excommunié Henry IV, il crut qu'il pouroit lui ôter l'empire et ses royaumes (s) ; dans cette créance il fit élire Rodolphe, comte de Souabc, pour empereur, par quelques seigneurs de l'empire trop peu instruits do leurs devoirs envers leur souverain, et qui étoient apparemment mécontents de l'empereur Henry. Rodolphe se portant pour empereur, Henry ne put supporter sa révolte ; il leva des troupes et gagna quatre batailles contre lui ; Rodolphe eut la main coupée dans la dernière et mourut de cette blessure. Il reconnut, comme le rapportent divers auteurs, que c'était injustement qu'il s'était révolté, et qu'il aroit justement perdu la main avec laquelle il avoil prêté à Henry, son seigneur, le serment de fidélité qu'il avoit violé par ordre de la cour de Rome et sur les instances de quelques évéques, pour parvenir, par un parjure, à un honneur qui ne lui était pas dit. Rodolphe mourut au mois d'octobre 1080. Il avoit été élu injustement le 2 mars 4077.

Nous appelons cette élection injuste, et l'entreprise de Rodolphe révolte et rébellion, parce que encore que les papes puissent excommunier les rois et les empereurs, qui tombent dans de grands crimes, qui sont publiés et qui scandalisent l'Église, ils ne peuvent et ne les doivent pas priver de leurs biens temporels, et bien moins encore de leurs souverainetés. Jésus-Christ a reconnu lui-même que son royanmo n'était pas de ce monde ; il refusa de se mêler du partage des biens temporels entre deux frères, et quoiqu'il ait ordonné de regarder ceux qni n'obéissent pas à l'Église comme des païens, il n'a jamais ordonné aux chrétiens de dépouiller les païens de leurs biens ni de leurs royaumes ; il a au contraire ordonné de rendre à César ce qui appartenoit à César. Si saint Pierre punit Ananias et Zaphira, ce ne fut point parce qu'ils n'avoient pas apporté tous leurs biens à ses pieds, pour être distribués aux pauvres, mais parce qu'ils avoient menti an Saint-Esprit, car saint Pierre dit à Ananias s'il ne savoit pas que son fonds lui appartenoit, et que l'ayant vendu, il était en son pouvoir de disposer du prix comme il le vouloit; ce premier et le plus saint des papes donnant à entendre que la religion de Jésus-Christ ne nous était point la libre administration de nos biens, mais qu'elle nous exhortait seulement à en faire un bon usage. Saint Paul, excommuniant l'adultère de Cj-

(a) IbiJ.<lO«.ï,p.il.

M Mm,«ini»ipi.

MÉMOIRES POLB SERVII»

rintbe, ne lui ôla aucuns biens temporels; il l'exclut seulement de l'Église et de la participation des sacrements, et c'est là le seul pouvoir des premiers pasteurs.

Il nous reste un acte (a) du teins de la guerre d'Henry et de Rodolphe, qui fait voir que nonobstant sa déposition par le pape, il étoit enrore regardé comme sonverain de ce pays , car on lui donne le titre d'Henry Auguste, faisant la guerre avec le roi Rodolphe. L'on ajoute à cet empereur le pape, l'archevêque de Lyon et l'abbé de Savjgny, en ces termes : < Le saint pape Hildebrand (c'éloit le nom de famille de Grégoire VII) étant sur le siège apostolique, l'archevêque de Lyon étant tranquille sons le gouvernement de Gebuin, et Dalmais étant abbé de Savigny. » Si toutes nos chartes avoient été aussi exactes dans lenrs dates, l'on n'anroit pas autant de peine que l'on a à les concilier les unes aux antres, car, nonobstant tous ces princes qu'elle nomme, elle date encore do l'an de Notro-Seigneur 1078.

Par cette charte, qui regarde le Lyonnois, Widelin, comte de Forez, et Falcon avec Berard et leurs autres frères Humbert et Guichard ; Theotgrin et ses frères Milon et Altard ou Agnon; un autre Ilenird avec Rotbald, son frère; Durand de Varennes avec ses frères, Livon de Saint-Nizier, Durand Monajoaet Arnulfe; Gugio et sa femme, Ponce avec tous ses héritiers déclarèrent unanimement que le comte Artaud, père de Widelin, avoit donné à Saint-Martin de Savigny, du consentement de tous les seigneurs ci-dessus nommés, l'église de Sainle-l'aule, située dans la paroisse de Saint-Laurent (d'Oin), pour le salut de son âme, avec une si grande liberté, qu'il voulut qu'aucun vicaire (c'est-à-dire aucun juge faisant les fonctions du comte) ni aucune autre personne, ne pût rien 61er de cette église ou de ses honneurs, par force on par fraude, sans être frappé d'Anathème. La charte donne ensuite les confins des biens de cette église, qui sont depuis Vcrruque ( peut-être le Vernay, comme l'a mis Guichenon) jusqu'à Dagnol, depuis Ragnol jusqu'aux Al Ira s, des Alleus à la forêt Cuironel le, et de là jusqu'au derrière de la Verruque. Ils convinrent que le comte avoit donné pouvoir à ï'abbaïe de recevoir des fonds de ceux qui voudroienl leur en donner entre ces confins, et qu'il leur avoit permis d'en acheter. Guichenon, qui rapporte ce titre, dit qu'il est signé de Widelin; mais le Cartulaire que j'ai vu dit qu'il est signé d'Arlaud, comte, de Falcon, d'Agnon, de Berard, d'Humbert et de Guichard, de Theotgrin, do Milon, et qu'il l'étoit des autres cidessus nommés, et ne parle d'aucune signature de Widelin, qui ayant peut-être signé Widelin, (Ils d'Artaud, le copiste n'a mis qu'Artaud, et M. Guichenon a corrigé l'erreur qu'il a cru voir dans la charte; peut-être aussi que Widelin no signa ou ne scella pas cette charte en 1 078, parce qu'il n'éloit pas marié ou majeur, et qu'ainsi il n'a voit point de sceau. Guichenon croit que ce Widelin étoit père do Guillaume, comte de Forez, mais je crois que cet auteur s'est trompé, et je suis persuadé que Widelin est le diminutif de Guillaume, comme l'on diroit Guillemin pour Guillaume-le-Jeune, et Widelin pour Willaume, qui étoit l'ancienne manière d'écrire Guillaume; aussi Chorier interprète Ville par Guillemetie. Ce qui me paroi t prou-

(*) Cariai. S»?igov, fol. 104, ci rit tu:. (1. Bernard, p. 393, cb. 7SH.) — Bi»l. Sthos., e«nt. I, op. tl , •.II,

A L'HISTOIRE HE DOMBES

ver cette vérité, c'est ta charte qui précède celle-ci (a); elle est d'un Falcon il'Uin et de ses dis Berard et Humberl, qui ont paru dans la charte que nous venons de rapporter. Ce Falque d'Oin et ses fils donnèrent & Saint-Martin de Savigny la chapelle du château d'Oin et ses appartenances, comme Umfred, leur ayenl, l'avoit possédée, et comme Foulon ier-le-Renardeau l'avoit tenue d'Humbcrl (je crois qu'il faut d'Umfred, à moins que ces deux noms ne fussent les mêmes anciennement) ; ils donnèrent aussi aux religieux, c'est-à-dire qu'ils leur permirent de posséder librement tout ce qu'ils acquerraient dans les églises qu'ils leur avoienl données, savoir an Bouis et à Leyny. Ils disent que ces dons furent faits avec le consentement et l'approbation d'Artaud, comte de Forez, qui les avoit approuvés peudant sa vie (termes qui font croire que Artaud étoit décédé depuis peu), afln que les seigneurs d'Oin et les autres qui tenoient son aleu en fief franc le pussent donner à Dieu et à ses saints, à leur volonté. L'on excepte Lainy, qui étoit un simple aleu et qui n'étoit pas tenue en fief franc. Le même Falcon donna à pen>éluité, à ces religieux, la permission de prendre du bois dans ses forêts pour se chauffer, pour faire des buissons et clore leurs fonds, et pour bâtir. Il leur permit de mener leurs pourceaux dans ses forêts sans payer aucun pasnage. Ces conventions furent fuites au chapitre de Savigny, parles peines et les grands soins de Renaud, alors chancelier. Cette charte fut scellée ou signée par Guillaume, comte, fils d'Artaud, par Fonques ou Falcon et sa femme, par Berard et sa femme, par Humbert, Guichard, Gaumard, Jarenton, Hugues et Thcogrin, le jour de la fête saint Nicolas, qui éloit un vendredi, Henry régnant, Gibuin étant archevêque de Lyon, l'an 1079. Cette charte ne fut écrite que le mardi suivant, par Vibert, chancelier. Je ne sais si ces chanceliers dont cette charte parle étoient chanceliers de l'abbaie ou du comte de Lyon cl de Forez, ou s'ils l'étoient du seigneur d'Oin, car je crois que tous les seigneurs avoient des chanceliers, parce qu'ils avoient droit de sceau et qu'ils faisoient sceller tous leurs actes.

L'on voit, par la charte que nous venons de rapporter, que Guillaume y est appelé comte et fils d'Artaud ; ainsi ce ne peut être que le même que Widelin ; mais ou son père étant mort après la charte de 1078, ou ce Guillaume étant devenu seigneur par la mort de son père, marié ou majeur on ne l'appela plus du nom de Widelin, mais de celui de Guillaume, et il scella ou signa la seconde charte, quoiqu'il n'eût pas signé la première.

1 1 y a une autre charte (b) par laquelle l'abbé Dalmais reconnott que Foulques, seigneur d'Oin, dont nous venons de parler, s'étoit rendu son homme par sa foi, et qu'il lui avoit juré fidélité et à saint Martin, et que lui Dalmais ne lui avoit donné ni or, ni argent, ni mulet, ni mule, ni cheval pour l'obliger a lui prêter ce serment, mais que Foulques l'avoit fait à cause de la terre de Saint-Martin ; et comme ce seigneur avoit souffert quelque dommage pour un chevalier appelé du Vernay, qui avoit servi pour l'abbaie et qui fut pris prisonnier en faisant la guerre pour les religieux,

(à) Crta 761. ilJ., p. ÏM, eb. »5J.) U Cwi» M». LU., p. »I8, ch. SOI J

«KMOIRF.S POIR SERVIR

il lui donna an cheval et une épée. le lier de Balleu, Jarenton, Roux, Faucher, Colabius, Hugues de Miolan furent témoins de ces conventions. L'on voit ici que les abbés acquéraient des hommes, que les seigneurs se dévouoient volontiers à leur service, que ces abbés avoient des guerres et qu'ils dedommageoieut les seigneurs des pertes qu'ils y faisoient en les servant, ce que faisoient aussi les autres seigneurs.

Il y eut quatre archevêque* de Lyon du tems de l'empire d'Henry-le-Grand, le premier appelé Geofroy, le second Hombert, le troisième Gebuin ou Jubin, et le quatrième Hugues (a). L'on ne voit pas que ces évéques aient pris l'investiture d'Henry, ni qu'ils lui aient fait serment de fidélité; mais outre que tous les actes de ce tems ne sont pas parvenus jusqu'à nous, c'est que la contestation sur les investitures et l'éloignement de l'empereur purent empêcher ces archevêques de lui rendre ce devoir.

Les archevêques de Lyon avoient discontinué de faire battre monnoie depuis Odolric, à ce que je crois; l'archevêque Humbcrt rétablit l'église de Lyon dans ce beau droit. Je ne sais s'il y eut quelque difficulté là-dessus avec Artaud, comte de Lyon, car il tint un plaid ou une audience publique avec Ini à Tassins, comme nous l'apprend une charte du Cartulaire de Savigny (b), que le R. P. Ménétrier a rapportée dans ses Preuves. Cet archevêque recouvra aussi la moitié de la coutume de Lyon, c'est-à-dire, suivant qu'on l'entendoit en ce tems-ci, la moitié des droits seigneuriaux dus au comté de Lyon, droits que l'on n'exigeoit que par coutume, comme nous l'avons déjà dit. La charte qui parle du plaid tenu à Tassins contient le don de l'église Saint-Jean de Duerne à l'abbaïe de Savigny.

Je crois qu'Humbert, pour donner plus de cours à sa monnoie, la fit faire plus forte que celle des seigneurs voisins, et que c'est pour cela que l'on disoit que l'on payerait en sols forts de Lyon.

Le R. P. Ménétrier prétend (c) que la légende de cette monnoie étoilen ces termes : cou. for. lugd' *. d'où, dit-il, elle prit le nom de forts si souvent marqués dans les anciens titres ; mais je crois que ce titre ne lui fut donné que parce que cette monnoie étoit plus forte que les voisines. Les titres appellent cette monnoie forte, fortit, fortium ; ainsi elle ne peut avoir eu son nom des comtes de Forez, outre que la monnoie de Lyon portoit le nom do l'église de Lyon, prima seoes galuarim. et non celui du comte de Lyon, l'archevêque ayant la primauté dans la monnoie audessus du comte, parce qu'il y levoitla dixième due aux rois qu'il représentoit.

Meximieux , que l'archevêque Humbert lit fortifier, n'est point Meissimy en Dombes, comme Severt l'a cru (d), mais Meximieux en Bresse, qui appartenoit dés ce tems-là aux archevêques de Lyon, et où nos princes avoient des droits et dont ils eurent la moitié, comme on le verra dans la suite.

U) U Hwt, Bill, teàtt., p. 1 M el «oit. — SMM, in LngJ.

(») Ctrtql. fevigny, fol. <*», «ru 7««. (A. Beriitrd, p. W8, cb. 70i.) — Mcoclricr, Hitt. <t« Lyon, Pr„ p. rut ( Hii«-, p. .— SfMM, lo Ufd., p. ÏIO. (c) N«Klricr, ibM.,p.SI».

I») tffWt, in LugJ., p. ÏIO.

A l'histoire de dombes.

Il y i quatre chartes au Cartulaire de Savigny (a) que nous croyons qui pourront faire plaisir pour leurs singularités ; par la première, celui qui a dressé la charte dit qu'un nommé Artaud, et Agnon, son frère, connoissant qu'ils approchoient de la mort toujours imprévue, et craignant que tant eux que leurs parents ne fussent condamnés au dernier supplice, à cause du servis qu'ils prenoient de l'église Saint- Marcel, ils vinrent à Savigny et déclarèrent qu'ils donnoient à Saint-Martin et à se* religieux le tiers qui leur appartenoit dans celte église et dans la terre de Saint- Marcel qu'ils possédoient injustement; Ils lui donnèrent encore le tiers du fief sacerdotal, les dixmes de leur mas et la maison curiale après leur mort, ou au cas qu'ils se fissent moines, les religieux leur donnèrent 1 10 s. Ce don fut fait au chapitre de Savigny à condition que les donateurs seraient inscrits au martyrologe de celle abbale et qu'on ferait pour leur père les oraisons qu'on avoit coutume de faire pour les religieux qui 6ont décédés, et un anniversaire chaque année, au mois de septembre, leur père ayant été tué ce mois-là dans une mauvaise guerre, sans s'être confessé ; ce que les religieux promirent de faire et même de recevoir ces deux seigneurs parmi eux à l'habit de religieux, sans qu'il leur en coûtât rien, au cas qu'ils devinssent si pauvres qu'ils voulussent être religieux. Les religieux donnèrent surle-champ cette église à un nommé Bernard et à son père, pour en jouir pendant leur vie, à condition qu'ils donneraient tons les ans 5 s. an vendredi des jeûnes de septembre, et S s. dans l'octave de l'Apparition (saint Michel), et qu'après leur décès l'église, la maison et (ont ce qu'il y aurait dedans resterait à l'abbale de Savigny. Le servis que ces seigneurs prenoient de l'église, le fief sacerdotal, la donation des dixmes de leur mas qui fait voir que les seigneurs jouissoient de pareilles exemptions de dixmes, parce qu'en donnant ceux de la paroisse ils ne les donnoient pas sur leurs fonds, et encore plus l'offre que l'on fait de recevoir ces deux particuliers religieux, au cas qu'ils devinssent si pauvres qu'ils voulussent l'être; tous ces faits m'ont paru dignes de quelque observation.

Les trois autres chartes (b) regardent l'église de Saint-Cire, qu'on donna à l'abbé Datmais, du vivant d'Humbert, archevêque de Lyon, et d'Henry, empereur régnant ; par la première, Ponce et sa femme, du consentement de Silvius, son frère, donnent tous les droits qu'ils avoient sur cette église, Ismidon, prévost de Rendant, l'acceptant, et ils donnent en môme teins leur cher fils appelé Hugues pour servir Dieu sous la règle de saint Benoit.

Des nommés Pierre et Arnauld cédèrent aussi les droits qu'ils avoient sur celle église de Saint-Cire, pour la jouissance d'un mas qu'on leur donna à Mailly, pendant leur vie. Agnès, femme d'un nommé Hier, du consentement de ses enfans, y donna anssi ses droits, tant dans les dixmes que dans le* places, à la réserve d'une pie qu'elle avoit près la porte, mais ce fut aussi pour faire son fils Gausbert religieux.

(i) C«ru 16», fol. » «jouit. (A. Renard, p. ÎW, ch. ?«i <■} C*rUÏ«». Id.. p. JOO,ch.7es.

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MÉMOIRES POLH SEAVIR

L'a nommé Bladin et sa femme donnèrent (a) encore leurs droits sur celte église, mais a condition que pendant leur vie un prêtre nommé Bertaud tiendrait par leurs mains (c'est-à-dire qu'il tiendrait d'eux) la dixme, qui ne retournerait à l'abbaie de Savigny qu'après la mort de cet ecclésiastique. Il* retinrent aussi deux maisons qu'ils avoienl données à leur 011e et une maison qu'ils avoient donnée à un nommé Durand, avec une pie. Bladin voulut qu'après sa mort ses entons tinssent ces maisons des religieux. Il déclara qu'il uvoit fait ce don librement et entièrement, sans s'y retenir aucune mauvaise coutume, sinon qu'au cas qu'au jour et féte de saint Cire il arrivât des démêlez entre ceux qui venoient célébrer la féte, et que les religieux ne fussent pas assez forts pour rendre justice eux-mêmes (que quand même ils auraient un autre protecteur), ils ne pourraient néanmoins recourir qu'à lui pour rendre cette justice. Il promit de ne rien demander pour la rendre s'ils ne l'offraient de leur bon gré. L'abbé Hier donna à Bladin la terre qu'un nommé Ponce Lierai avoil & Colombette et lui donna beaucoup d'autres présents pour le dédommager de ce don. Longtemps après, des nommés Pierre et Aimin reçurent 100 s. pour confirmer ce don. Cette dernière charte en comprend plusieurs et n'a pas été faite dans un seul tems ; elles nous apprennent qu'on donnoit toujours des fonds pour faire des religieux, qu'on retenoit souvent des coutumes ou des droits que les religieux pretendoient mauvais, qu'il arrivait presque toujours des désordres dans les fêtes des saints, comme il en arrive aujourd'hui, que ce seigneur vouloit avoir sa justice ce jour-là, apparamment pour faire ressouvenir les religieux qu'il leur avoit donné cette paraisse. Il ne se réserva pas néanmoins 1p droit de rendre justice dans les autres temps, permettant aux religieux d'appeler un autre seigneur pour y rendre la justice ordinaire. Les témoins de ces dons sont différents les uns des autres; les surnoms des témoins du don de Bladin y sont, ainsi nous les donnerons; les autres témoins n'ont point leurs surnoms, ainsi nous les omettrons. Voici les derniers : Ponce de Marcel, Ponce de Mussy, Hugues et Roland Sarasin, frères, Faulcber de Noirmont, Bertrand Lierai, Cirin de Mereot. Les surnoms sont presque tous audessus des noms, comme nous l'avons déjà remarqué ailleurs.

Hugues, archevêque de Lyon, confirma à l'abbaie de Savigny (b) l'église de Saint- Romain et l'église d'Ancy ; Guillaume, comte de Forez, prétendoit que ces deux églises lui appartenoient, comme étant dons son alleu, et que l'archevêque n'en avoil pu disposer. Cependant ce comte donna lui-même ces deux paroisses aux religieux de Savigny, et leur permit d'y acheter tout ce qu'ils voudraient de ses feudataires. .Ses feudataires consentirent aussi à cette aliénation, savoir Guillaume de l-avieu, Arnoiil de Reb et Amblard de Rousselun, qui possédoient d'eux le presbitère ; ils leur donnèrent aussi permission d'acheter de leurs gens, aussi bien que Hugues de Marchand, Guy d'Oinet Etienne de Varennes, Faucher de Noirmont, Geofroy d'Oin et Agnon Catota, qui furent témoins de ce don. Le père Ménétrier a fuit imprimer,

U) CH» 77«. <U , p. Ml.)

(•) Ctrta Sarli. 817. (M., p. MO, ch. II».)— Xottrlcr, pr. thi.

A L'HISTOIRE DE BOMBES

dans la copie do cette charte, furones au lieu de feront*, ce qui fait un sens presque

Hugues, archevêque de Lyon, donna l'église Saint-Laurent et la chapelle Saint- Just de Chamousset à l'abbaîe de Savigny [a], et fit approuver ce don à plusieurs gentilshommes, entre lesquels étoit Hugues le Vieux de Talam, qui se désista du fief qu'il tenoit de cei églises cz mains de l'abbé Iticr, son fils, à quoi quatre de ses autres fils consentirent. Cette charte fait voir l'antiquité de la maison de Talaru.

(iebuin, archevêque de Lyon, avoit donné à l'abbaîe de Savigny (b] la paroisse Sainte-Marie de Jous (sur Tarare) ; il l'avoit confirmé, étant malade, dans la cour de Saint-N'izier; Hugues, l'archevêque, confirma aussi cette église et celle de Violay à la même abbaie, après quoi Ponce de Lay, Aimon, son fils, et Ponce qu'il donna pour être religieux dans la même abbaie, confirmèrent ce don et celui des dixmes et dos appartenances de ces paroisses. Celte charte cl plusieurs autres que nous avons rapportées font voir que les seigneurs avoient les dixmes, et que ce sont eux qui les donnoient aux églises, les archevêques ne disposant, ainsi que je le crois, que du spirituel, et eux du temporel. C'est pourquoi on demandoit si souvent le consentement des seigneurs pour ces églises.

Environ l'an 1096, suivant Severt (c), ou en 4087, ainsi que je le crois, année où tous les nobles de ces pays allèrent en Espagne, comme nous l'apprend une charte de l'abbaîe de Tournus, et où les chrétiens y assiégèrent la ville de Tudelle, au royaume de Navarre, si ce n'est peut-être Tolède, qui avoit cependant été prise en 1 085, par le roi Alfonse, Renaud, comte do Mâcon, voulant aller en Espagne et attirer la bénédiction de Dieu sur son voyage, afin qu'il plût à Dieu de donner aux chrétiens la victoire sur les païens, donna à l'église Saint-Pierre de Mâcon, sur la prière que lui en firent Jean de Bleneau et Ogier, son prévost, la permission d'acquérir des biens de ses vassaux; il leur céda aussi toutes les terres où il lui étoit dû des coutumes, de quelque manière qu'ils pussent les acquérir, et il voulut qu'ils les possédassent sans payer le cens accoutumé. Le comte Renaud signa avec un Jean, précepteur [qualité qui a été mise par erreur, car il étoit chantre ou précenteur que l'on a transformé en précepteur mal à propos, car dans la charte suivante il signe cantar, et dans une que nous rapporterons sous Humbcrt, il est appelé preccentor). K tienne de Bcsenina, Ogier, prévost, Arcbimbaut, mattre d'hôtel, Gautier, Bonil, furent présents à ce don et le signèrent ou scellèrent avec le comte Renaud.

Le nommé Renaud, qui est appelé comte très-puissant, parce qu'il étoit seigneur de la Franche-Comté comme il l'étoit de Mâcon, n'étant point porté, dit la charte, par aucun péché qu'il eût fait, mais par une pieuse volonté et une inspiration divine, donna une pareille permission à l'abbaîe de Beze (d), pour acquérir dans une

(») CerUBll. rtd.,p. JII.rfc.SI7.) fa) Card 811. il.!.. |i. Ml, ch. SIS.)

(c) Carlalairt Saint-Pierre de Macoa. — Srrrrl, ia Netitt . p. 1 18. — Bttt de Tournus. Chifllri. p. 311. 01 Cbr«. Be»««et, l» SpkU., le*. 1, p. 117.

MÉMOIRES POUR StRMH

de ses terres et posséder Librement tout ce que les nobles et roturier», les ecclésiastiques ou les laïcs voudraient lui donner, pourvu néanmoins que ce comte n'en perdit pas tout son fief. Hugues de Doaujcu Tut présent à ce don; je ne sais si ce seigneur étoit de noire maison de Beaujeu et si co ne serait point ce comte de llourgogne qui l'aurait fait établir dans la Franche-Comté et lui aurait fait épouser une femme dans ce pays-la, qui l'aurait obligé à y faire son établissement.

Ce Renaud mourut en allant à la Terre-Sainte, si c'est celui qui est appelé second du nom par Duchesnc (a). Guillaume, son fils, qui prend la qualité de comte de Bourgogne, à la prière du même Jean, précenteur ou chantre, accorda à l'égUse Saint-Pierre une benne sur Saône, pour y prendre des poissons, et un mas an village de Charnay, afin qu'ils priassent pour Renaud, son père, et pour ses prédécesseurs. Cé comte signa avec Jean, chantre, Hugues de Ville-Valbert, Hugues de la Baume, Otgier, prévost, Pierre, péageur, et Landry, maître d'hôtel.

En 1096, Godefroy de Bouillon vendit sa seigneurie do Bouillon au prit de 1500 marcs d'argent, du consentement d'Ide, sa mère, à Qtbert, évéqne de Liège, qui en fit offrande à Saint Lambert (b).

Ce même Godefroy donna le comté de Verdun à l'évêque de Verdun, qui le céda ensuite au comte de Bar, qui lui avoit fait beaucoup de présents; mais le fils de ce comte n'ayant pas défendu le château de Verdun comme il le devoit, l'évêque, comme seigneur de fief, fit appeler lecomle par-devant lui; n'étant pas comparu, l'évêque lui «Ma ce comté et le commit à Guillaume de Luxembourg; ainsi l'évêque jugea que le comte de Bar étoit déchu de sa comté> faute d'avoir fait le service du fief qui étoit la condition sous laqueUe le fief avoit été donné.

Nous rapportons ces deux exemples pour faire voir que les souverainetés des terres de l'empire étoient héréditaires et patrimoniales, dont on pouvoit disposer à sa volonté par ventes ou aatres contracte, comme nous ferons voir que l'on a souvent disposé de notre souveraineté de Dombes.

L'empereur Henry HT" OU IV* mourut en 4406, ayant été détrôné par Henry V», son fils; mais ce fils dénaturé, qui a\oit été poussé à cette rébellion par les papes, ne leur fut pas plus soumis dans la suite que son père l'a toit été.

Henrj III* ou IV* fut appelé le Grand, parce qu'en 51 ou 5i ans de règne il se trouva en 62 batailles et qu'il les gagna presque toutes.

(à! Uurkcint, BUt. Bmrcogoc. p. 555, — Sn-ert, p. IIS, ia Mtlbcoa. UMk, NntMca, Dm I*», p sou.

k l'histoire de dombes.

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