‹ Mémoires pour servir à lhistoire du Jacobinisme (volume 2)Chapitre 20 sur 24 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Uniçersalité des succès de la Secte , expliquée par Vunwersalité de ses complots.

Swccs JL/E tous les phénomènes de la Révolution jacoiMBs. 1 rançaise , le plus étonnant sans doute , et malheureusement aussi le plus incontestable , c'est la rapidité des conquêtes qui en ont déjà fait la Révolution d'une si grande partie de l'Europe, qui menacent d'en faire la Révolution de l'Univers. C'est la facilité avec laquelle ses Armées ont arboré son drapeau tricolor , et planté l'arbre de son égalité et de sa liberté désorganisatrices, dans la Savoie et la Belgique , en Hollande et aux rives du Rhin , en Suisse , et au delà des Alpes , du Piémont , du Milanais , et jusqu'à Rome même. — Dans l'explication de ces lamentables succès , je ne viens point ici me laisser dominer par le préjugé. L'envie de tout donner aux embûches et aux mystères de la secte , ne m'empêchera pas de reconnoîlre qu'il est une partie de ses victoires que la Révolution doit au génie même , à la valeur et au caractère de ce peuple jaloux de l'honneur des combats , terrible dans ses chocs , s'exaltant aujourd'hui dans ses travaux guerriers , au nom d'une illusoire liberté , comme il l'eût fait jadis au champ de Mars pour sa Monarchie.

Je conviens encore que la Révolution doit une grande partie de ses triomphes à certains de ses chefs , dignes , par leur courage et leurs talens , de servir une meilleure cause. S'il y a eu quelque gloire d'avoir montré , dans la guerre du jour , la bravoure qui les distingue , je laisse à ses soldats Français et à leurs chefs , tous ces lauriers entrelacés du bonnet rouge. Je leur laisse leur gloire

m lImpiété et de l'Anarchie. 3^9 et le remords de l'avoir acquise , en faisant pont de vils Jacobins , pour leurs tyrans Pentarques , ce que nos fidèles et valeureux ancêtres^ faisoient pour Louis XÏV et Henri lY. Mais dans cette singwla* immense étendue de conquêtes , il est au moins rite de ces une grande et une bien plus grande partie de leurs succès , dont l'évidence même ne nous permet pas de chercher la cause dans les prodiges du courage. Nous avons vu des chefs sans expérience et sans mérite , déconcerter la sagesse et les mesures des héros les plus consommés dans la science militaire ; nous avons vu des hordes carmagnoles et des guerriers d'un jour , célébrer leur entrée triomphante dans des provinces oii toute la valeur, toute la discipline des légions d'Autriche , de Hongrie et de Prusse , depuis tant d'années instruites à manier les armes , élevées dans les camps par de grands capitaines , devenoient inutiles. Malgré l'art des Vaubans et des Gohorn , les citadelles se sont ouvertes à l'aspect seul de ces nouveaux vainqueurs ; et lorsqu'ils se sont vu réduits à recourir aux armes , une victoire seule ou même une défaite , leur a valu , dans un jour, des contrées qui auroient coûté vingt combats , et de longues campagnes aux Marleborough et aux Turenne* Par un nouveau prodige , les héros Jacobins sont accueillis comme des frères par les peuples vaincus ; leurs légions se multiplient là où celles de tout autre ennemi auroient été anéanties. Ils imposent le plus dur de tous les jougs ; les concussions , les dévastations , les sacrilèges, le bouleversement des lois divines et humaines ont signalé par-tout leur marche ; et ils sont reçus aux acclamations et aux transports d'une multitude que Ton diroit aller au devant de son libérateur. . Ce sont-là ces merveilles dont l'histoire chercheroit en valu l'expUcatiou dans les armées visibles

35o Conspiration des Sophistes de la Révolution. Pour en développer le mystère , Cause gé- disons-le hardiment , la secte et ses complots, ses ccs'sumII légions d'émissaires secrets devancèrent par-tout ses armées et ses foudres ; elle avoit fait marcher l'opinion avant que d'envoyer ses Pichegru même, et ses Bonaparte. Ses moyens étoient prêts , les traîtres étoient dans les forteresses pour en ouvrir les portes ; ils étoient jusques dans les armées de l'ennemi , dans les conseils des Princes , pour en faire avorter tous les plans. Ses Clubs souterrains et ses Loges , ses Sociétés correspondantes , ses Journaux , ses apôtres propagandistes avoient disposé la populace et préparé les voies. Le temps viendra où chaque Nation aura son histoire du siècle ; et dès aujourd'hui , quelle est celle qui ne doive pas y faire entrer , ou les trahisons dont elle a été victime , ou les adeptes qu*il a fallu punir , et les précautions qu'il a fallu prendre pour se garantir de leurs machinations ? Pour en montrer la véritable source , je remonte à ces temps où la Révolution Française commence à éclore.

Manifeste C'cst daus les Loges maçonniques que se sont duGrand réfugiés Ics adcptcs de l'égalité et de la liberté Païs^^ révolutionnaires ; dès les premiers temps de la Révolution , du centre de ces Loges en France , de ce Comité du Grand Orient de Paris , devenu en quelque sorte le second Aréopage de "Weishaupt , par un manifeste adressé à toutes les Loges maçonniques, à tous les Directoires chargés d'en faire l'usage convenable auprès des Frères dispersés en Europe. Par ce manifeste , et en vigueur de la fraternité , « toutes les loges sont » sommées de se confédérer , d'unir leurs » efforts pour le maintien de la Rémi ut ion , » de lui faire par-tout des partisans , des amis, « des protecteurs , d'en propager la flamme ,

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 35 i » d'en susciter l'esprit, d'en exciter le zèle etTar- » deur dans tous les pays , et par tous les moyens n qui sont en leur pouvoir. » Ce manifeste n'est point douteux ; il fut envoyé en Angleterre même, dont les Loges étoienl en général le moins disposées à le seconder ; il le fut sur-tout en Allemagne , oii l'Empereur Joseph II en eut un exemplaire , signé Philippe d'Orléans. ( Ai^is impor^ tant d'Hoffmann , t, i , sect, 1 9. )

Jamais édil des Princes ne fut plus efficace. A Effets du l'époque où celui de la secte arrive dans les Loi^es , manifeste-,

^ • I- ^ -. . ^ 'I 'L II»' concours

tous ses journalistes se mettent a célébrer la ne- des auvolution et ses principes ; tous ses écrivains sui- '^u^Javent ses journalistes. En Hollande , Pauluf? publie ses traités sur V égalité ; en Angleterre , Payne , les Droits de l'homme ; en Allemagne , Campe , son Citoyen Français ; Philon Knigge se prépare à finir sa carrière en se surpassant lui-même , par sa Profession de foi politique (a) ; l'Italie a son Gosani ; toutes les nations ont leur patron du peuple souverain. Ces productions incendiaires , et mille autres dans le même genre, se distribuent à la populace , se jettent furtivement jiisques dans les chaumières. Ce ne sont là encore que les moyens généraux de la secte. Les hommes qui méprisent la puissance de l'opinion ou de l'erreur publique, rient de ces ressources révolutionnaires; les grands conjurés savent les apprécier. Le nom

(a) Par cet ouvrage seul , il scroit facile de prouver que si Philon Knigge renonça rétlle-nent ù l'ordre des Illuminés, il continua au moins d'en propager les principes. En veut-on une prouve plus évidente encore , elle est toute dans son éloge historique. Il a été écrit parla même main que l'apologie de Robespierre, c'està-dire , par le très-Insigne Jacobin George-Frédéric Kebmann. ( F^ojr. sa Sentinelle , Scbildwachte, t. i , urt. Knigge et France , pag. 8y. )

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de Citoyen Français est désonrials pour eux le grand titre de noblesse ; ils en font la récompense des Campe , des Thom-Payne , des Cramer , de tous ceux qu'ils voient se distinguer par l'art de ces productions incendiaires. Ils appellent du fond de l'Allemagne , et ils soldent jusqu'aux vils écrivains , mais Illuminés fanatiques , iV/mi5, Z^or^c^ et Blau , pour rédiger dans Paris même , et sous leurs yeux , ces feuilles périodiques destinées à porter au delà du Rhin tout l'enthousiasme de leur Révolution. Ils s'entourent de Leuchsenring , de Rebmann et d'Hoffmann , et de tous les autres disciples de AVeishaupt , accourus pour ourdir auprès d'eux les trahisons qui doivent étendre leurs conquêtes sur ces contrées , où les autres adeptes travaillent l'opinion. Ils connoissent si bien les efï'ets de cette opinion sur les peuples , que pour la conquérir par leurs propagandistes , par leurs journalistes et tous leurs écrivains , dès la première année de leurs incursions , ils ont déjà tiré trente millions du trésor public ; et que l'année dernière wigt - un millions sont encore entrés dans les comptes de leurs dépenses , pour préparer par les mêmes moyens , les voies à leurs armées (a), Descom- Suivons-les en effet ces armées , et combinons P^<^iar1nt Icur marche avec celle de la secte propagatrice , k succès ^yg(, |gg mouvemens de ses apôtres ; suivons-les en Allemagne , dans la Belgique , en Hollande , en Espagne , dans tontes leurs conquêtes : et voyons si la Révolution doit moins aux armées souterraines des adeptes , qu'elle ne doit aux

{a) Sur les trente millions , voyez les Mémoires cl« Duniourier. Quant aux vingt-un millions porte's sur les comptes de celte année , pour le même usage , cette circonstance a été révélée par un de ces députés que les Pentarques destinoiervt à la déportation.

légions

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Allema-

Sjne.

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logions et aux foudres de ses héros-carmagnoles.

Celui de ses héros, le plus enflé de ses succès , et celui qui devoit le moins s'en promettre, parce qu'il est le plus dépourvu de l'intrépidité et des talens qui font les grands capitaines , le général Custlne, dès la première campagne révolutionnaire, a étonné l'Europe par la prise de Spire , de Worms , et sur-tout par celle de Mayence ; mais que l'Europe sache oi^i toutes ces conquêtes se préparèrent ; et à l'étonnement succédera l'indignation contre le club des traîtres adeptes de Weishaupt.

Condorcet , Bonneville et Fauchet ont distribué en départemens la correspondance de leurs propagandistes ; Strasbourg est le centre qui réunit les adeptes Français à ceux d'Allemagne. En deçà du Rhin et dans Strasbourg même , se signalent les chefs des Loges illuminées, Staimn, et cet Hermann dont le nom de guerre est Hyéro- ■phile^ en attendant que l'Alsace, à plus juste titre, lui doime le surnom de GaWotinear , aussi bien qu'à Dielrich , son confrère en llluminisme. Au delà des frontières, sont les adeptes correspondans pour VVorms et Spire , le ministre de Calvin. Endt'inaim , le syndic , Petcrson , ou bien le Bélisaire de Weishaupt , le chanoine Schweickard son Cyrille d Alexandrie , Kœhler son Zenon de Tharse ., Janson son Lucius d'Apulée^ Hidlen son Virgile , le clianoine Wincklernunn, et sur-tout Bœhrner , professeur à Worms. Ces adeptes sont dans une parfaite intelligence avec le club de Mayence ; c'est-à-dire avec celui-là même sur qui repose plus spécialement la défense de cette ville, avec Eickenmayer , colonel Ingénieur , et avec Metternicli , Benzel , Kolhorn , Vedekind , Blau , Hauser , Forster , Haupe et Nimis, C'est à regret que je souille de tous ces Tome IV. Z

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noms les pages de l'hisloire ; mais il lui faut ces preuves , et c'en est loiijours une de montrer que jusqu'aux noms des plus vils conjurés , tous sont connus. ( Voy, Hoffmann , avertis, import* sect. 1 5. )

Depuis long-temps tous ces adeptes étoient occupés de soumettre aux Jacobins , Mayence et toute la rive du Rliin , de disposer la bourgeoisie et les paysans à la Révolution , par les éloges qu'ils en faisoient sans cesse , et par leurs émissaires. Au moment oii Custine entre en campagne, son aide- de-camp , devenu son historien , nous le montre donnant sa confiance à ce même Stamrn , fameux adepte Strasbourgeois. Bientôt une dépulation des principaux Illuminés invite Custine à pénétrer dans le pays , et l'assure quil comblera les vœux du plus grand nombre des habitans. Ils ajoutent que s'il étoit inquiet sur les moyens de surmonter les difficultés apparentes , ils peuvent l'assurer qu'euûc et leurs amis ont assez de pouvoir pour promettre de les lever ; qu'ils sont les organes d'une société nombreuse , au nom de laquelle ils lui promettent un dévouement entier, et la plénitude de leur zèle pour contribuer à ses succès. ( Mémoires de Custine , t. i , pag. 46 et 47' ) A la télé de cette députation brille surtout l'adepte Bœhmer , il devient avec Stamm le premier confident du général. Aidés de tous les Frères dépurés , ces adeptes dirigent tous les Tiiouvemens de l'armée carmagnole ; ils lui font prendre Worms ; ils veulent l'entraîner à Mayence ; Custine est cfirayé de l'entreprise ; ils insistent , ils le pressent \ il se résout enfin ; son armée est devant ce boulevard de l'Allemagne. A l'aspect seul de sesrem])artS5 toutl'eirroide Custine renaît; les Frères le rassurent , dictent la sommation qu'il doit faire au général Gimnïch; la réponse qu'il en

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 355 reçoit le fait penser à la retraite avant même d'avoir commencé l'attaque. La nuit suivaiue , une lettre des Frères de Mayence change ses inquiétudes en nouvelles espérances. Elle est adressée au Frère illuminé Bœhmer , et lui apprend que l'ami possédant la confiance du Commandant , est décidé à tout employer pour lui persuader V impossibilité de défendre la place ; que les Frères ont travaillé Il bourgeoisie ; qu'il suffit d'ajouter à la première sommation de nouçelles menaces. Fidèle à l'impulsion , Custine prend le ton d'un vainqueur qui prépare un assaut général , qui va livrer Mayence au pillcjge , et à toute la fureur du soldat. L'adepte ami , c'est-à-dire ce même Eichenmayer , qui possède la conliance du Commandant, et le Baron de Stein , envoyé de Prusse , unissent leurs suffrages pour démontrer dans le Conseil la prétendue impossibilité de résister à un ennemi qui n'a pas même le moyen d attaquer: qui est bien résolu à s'enfuir pour peu qu'on lui résiste. Les autres Frères répandent l'alarme parmi les bourgeois. Le brave capitaine Audujar , et ses onze cents ' Autrichiens, ont beau s'indigner de la capitulartion , elle est déjà signée. Custine , avec une armée de dix-huit mille hommes seulement , et sans canon de, siège , Custine, tremblant déjà luimême qu'une prompte fuite ne suffise pas à couvrir sa retraite , est maître , dans trois jours et sans coup férir, de ces remparts dont l'aspect seul le remplissoit d'etïroi. Ainsi se prennent les villes où la Secte domine. ( Id. t. i, p. 92 et suite, P^oy. de plus rhifftoire de la Révolution , par Fantin- Desodoard, Citoyen Franc,, 1. 1, /. 2, N,° 24,etc,) L'Historien peut suivre à Francfort et Custine* et les autres chefs qui lui succèdent ; il trouvera auprès de cette ville la Principauté d' Jsenhourg- , et là il apprendra aussi comment la secte protège

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ses adeptes. Autour de cette principauté tout est ravagé par les Carmagnoles. Mais c'est dans Isen' bourg que riiluminé Pitsch préside au Conseil des Frères ; de ce Conseil partent tous les avis dont l'armée Jacobine a besoin pour diriger sa marche ; Isenbourg est un sanctuaire révéré des brigands ; nul n'ose en approcher j pas même pour le pillage. Mais le Conseil illuminé disparoît avec Pitsch^ le charme s'éclipse ; les fertiles campagnes ^'Isenbourg n'ont plus de protecteurs contre tous les fléaux carmagnoles. ( Appendice au destin de la Franc-WIaçonnerie , page l'j , et Mémoires. ) Conspira- ^^^ armécs ont leurs vicissitudes ; celle des lion pour Carmaguolcs est chassée de Majence ; l'union briq^ieCis- entre les Frères n'est rien moins qu'altérée, et de rhénane nouveaux scrviccs de la secte préparent à la Révolution de nouveaux succès. Des adeptes si fidèles à Custine , les uns n'ont fait que disparoître pour un temps et rentrent dans Mayence; les autres, accueillis dans Paris , y combinent avec les Pentarques les moyens de reprendre cette même ville , dont les remparts semblent désormais peu accessibles à tous les Custines de la Révolution ; et l'Europe apprend de nouveau, avec étonnement, que Mayence , que tout ce que les Parères d'armes ont perdu en deçà du Rhin , rentre sous la puissance révolutionnaire. C'est d'abord la République Cis~ rhénane ; c'est bientôt un simple département de ]a République Parisienne. Mais ce sont encore les élèves de la Secte , ce sont encore les cidevant professeurs Metternich , et Bœhmer et Hoffmann , Dorsch et Rehmann qu'il faut récompenser d'avoir fait , par l'art des Loges et de Weishaupt , ce que les Peut arques ne pouvoient pas attendre de leurs héros. A Metternich avoit été donné la puissance de commissaire directorial sur Ffibourg ; Hoffmann aura celle de receveur

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 35 7 général du Rhin , aux appointemens de cinquante mille livres ; Rebmann , celle de premier juge Cisrhénin. A tous ces conjurés se sont unis le Conseiller intime de l'Electeur de Cologne , l'Illuminé Kempis , et ses confrères en Illuminisme ; le professeur Gerhard , l'avocat Watterfal , l'artiste Conrad ; et pour qu'on sache bien par quels hommes se font les révolutions , je nommerai encore le tailleur Brizen , le savetier Theissen , l'épicier Flilgel, le perruquier Broches , le cabaretier Rhodius. ( Mém. sur Mayence. )

De nouveaux complots de la secte rappelleront conspùanotre attention sur l'Allemagne ; mais Dumourier 'jo" î"» triomphe du héros stationnaire à Verdun , et vole Bdgi^ne s'emparer de la Belgique. Consentons à laisser »"^ J^codans un abîme impénétrable les machinations qui lui donnent , pour réunir ses légions égarées, plus de temps qu'il n'en auroit fallu à l'armée victorieuse pour arriver sous les murs de Paris et délivrer Louis XVI. Gardons -nous bien sur-tout d'associer le Duc régnant de Brunswick aux adeptes de Weishaupt ; je sais qu'il les déleste ; je sais que Frédéric-Guillaume III a su prouver , par des traits de valeur, que s'il a pu être le jouet d'une autre espèce d'Illuminisme , il est franc et loyal dans sa guerre aux Jacobins désorganisateurs ; mais les conseils se subordonnent aux conseils. Bîschofs- Werder est à Berlin , Luchesini a ses intelligences , les adeptes sont dans les dicastères ; l'influence est terrible ; et la secte l'a dit : Klle est plus forte avec ses dicastères qu'avec le Prince même. En quelque temps que doive se résoudre cette énigme d'une armée rétrogade , u l'instant oi\ l'Univers attend la nouvelle de ses derniers triomphes , déchirons au moins cette partie du voile qui ne nous laissoit voir que le héros de Jemmapes dans Dumourier , maître

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de la Belgique. Il s'en faut bien ici que ses lauriers soient tous à lui. Les adeptes conspirateurs ont fait pour lui bien plus que ses armées ; et c'est à Londres même , bien plus qu'à Jemmapes, qu'ont été pris les Pays-Bas Autrichiens.

La secte avoit ses Loges dans le Brabant ; et Vander Noot , dans leur secret , leur avoit donné tout son parti. Il savoit sous quel jour les Frères s'appliquoient h. présenter la Révolution Française pour la faire désirer par le peuple. II savoit de quelles Loges étoient parties ces adresses invitant l'assemblée Parisienne à mettre ce peuple en possession de l'égalité et de la liberté révolutionnaires. Vander Noot étoit alors à Londres , sous Je nom de Gobehcroix, Emissaire du club Parisien , il y poursuivoit d'autres complots avec Chauçelin , Perigord d'Autun , Noël , Bomet , et huit autres adeptes chargés de révolutionner l'Angleterre. Vander Noot avoit des confîdens qu'il ne connoissoit pas , mais qui le connoissoient ; son secret lui échappa , et en voici tout le mystère. Dans leurs altercations et dans leur guerre même avec Joseph II , une grande partie des Belges ne pensoit à rien moins sans doute qu'à se mettre sous le joug de la Révolution Française ; àiais la secte avoit aussi ses partisans , et ceux-ci ne cherchoient qu'à persuader à ce peuple que le vrai moyen de recouvrer ses privilèges étoit de s'unir aux Français. « Je connoissois ces dispositions , » disoit Vander Noot même à ses confîdens. A » peine fûmes-nous instruits de ce qui s'étoit »> passé entre le Duc de Brunswick et Dumourier, » que nous écrivîmes immédiatement à Paris et » à Varmêe. Le courrier nous rapporta le projet » de campagne , et la copie du manifeste que » Dumourier devoit publier en entrant dans les » Pays-Bas. Je le vis calqué sur le plan quo

DE l*Impiété et de l'Anarchie. 359 » Gustiue avoit suivi dans ses exactions en Alle- )> magne. Je prévis qu'il rendtoit inutiles tous les o étions de notre monde , et ne serviroit qu'à y) réunir les Belges contre la France ; au lieu que » si l'on vouloit suivre mes idées , d'après la »> connoissance que j'avois de ce peuple , de ses » dispositions, je répondois qu'il seconderoit l'in- » vasion , et qu'elle auroit le plus heureux succès. » Invité alors par Chauvelin et Noël , je rédigeai, >> et nous envoyâmes sur-le-champ à Paris le plan » à suivre , le manifeste à publier , d'après » mes connoissances locales et mon expérience, » Ils furent immédiatement adoptés. Duraourier » ne changea pas un mot au manifeste que j'avois » écrit à Portman Square. Le peuple , gagné par » nos agens et par ce manifeste , se jeta dans nos » bras , et la Flandre fut prise. »

Le lecteur n'exige pas sans doute ici que je lui nomme les hommes à qui furent faites ces confi-» dences ; mais je puis assurer qu'elles artivèrent aux Ministres , dont la sagesse sut , pour un temps , soufirir à Londres Vander Noot , et Noël , et ses autres complices , en ayant l'œil sur eux jusqu'à ce qu'ils furent envoyés conspirer ailleurs , et tramer les moyens de gagner, par de feintes douceurs , les peuples dont ils craignent les armes.

A la conquête de la Belgique succéda celle de Conspîrala Hollande : et c'est ici que l'Europe s'étonne de """5"*

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voir tant de forteresses redoutables s ouvrir d elles- la Hoimêmes aux vainqueurs Carmagnoles. Mais c'est ^^"^-^ ici encore qu'il faut descendre dans les souterrains de la secte pour résoudre l'énigme de ses trophées. Depuis 1781 , AVeishaupt a ses apôtres en Hollande. ( Ecrits orig. rapport de Philon. ) Leurs succès ne se borneront pas aux sommes immenses que les Illuminés d'Allemagne en reçoivent. Déjà le Staihouder a éprouvé combien ils savent ajouter

36o Conspiration des Sophistes aux factions et atix séditions ; la Révolution Française ajoute à l'espoir des adeptes , et leurs travaux redoublenl. Le Brabant s'est livré aux Jacobins pour la sei on-de fois ; les Anglais se replient pour soutenir au moins la liberté de cette République , leur ancienne alliée. Inutiles eflorts ; la Hollande ne veut plus de cette liberté qui fait le citoyen ; il lui faut toute celle qui fait le Jacobin. Elle l'aura ; les Frères de Paris feront la loi dans Amsterdam; ils se joueront de ses richesses; son commerce sera englouti ; ses colonies lui seront enlevées ; elle deviendra nulle dans le rang des Puissances ; elle ne sera plus que la première esclave , sous le joug des Pentarques Gaulois. N'importe , que Pichegru arrive ; elle l'appelle de tous ses vœux ; les défenseurs de la vraie liberté peuvent penser à la retraite. Le pays qu'ils protègent est plein d'embûches et de conspirations > toutes dirigées contre eux et en faveur de la Révolution. Dans Amsterdam seul , la secte n'a pas moins de quarante clubs , et chacun de ces clubs compte environ deux cents révolutionnaires Des élus de ces clubs s'est formé le comité central , le bureau de correspondance avec les Frères de l'intérieur et du dehors ; et au-dessus encore , à l'instar des Aréopagites de "Weishaupt , est le Conseil suprême , composé des arrière-adeptes , des vrais chefs, dont les résolutions sont portées aux Frères dispersés. Des hommes dévoués à la chose publique , ont joué dans ces clubs le rôle d'associés pour en pénétrer les complots ; les scrutateurs de AVeishaupt ont leur langage à Amsterdam comme à Munich : les émissaires du Gouvernement sont recohnus ; la secte les déjoue en leur laissant le spectacle des premiers clubs ; mais elle en forme de nouveaux ; et ceux-là seuls y sont admis , dont les plus rigoureuses épreuves ont fait connoîlre le

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 36i parfait dévouement à l'égalité et à la liberté du Jacobinisme.

Lcyde a ses députés au club central , et les clubs et les Frères à Leyde sont en proportion plus nombreux, sur-lout plus factieux encore que ceux d'Amsterdam. Les adeptes d' Utrecht surpassent les uns et les Qiitres en génie révolutionnaire. La vigilance du Gouvernement , le voisinage des armées les ont chassés des clubs , leurs chefs se réunissent dans les maisons de campagne, et leurs délibérations vont ajouter à celles de tout rAréopage d'Amsterdam. Roterdam paroît neutre , et toute neutralité n'est qu'un Jacobinisme qui attend le moment de se montrer. Le ministre et adepte Mareux compte à peine dans Nearden un quart de citoyens qui résiste encore à son apostolat. Le commissaire Alglam n'en souflriroit pas un seul dans Harlem qui ne fût tout dévoué aux adeptes d'Amsterdam. ( Extrait d'un mémoire secret sur l'état de la Hollande , peu de mois aidant Vinçasion. )

Pour diriger la marche de ces factieux et de tous les Frères répandus dans les autres villes de Hollande , les adeptes de la Convention ont dans Amsterdam, pour ministre secret , l'adepte Malabar , et pour commissaires , les nommés Larche^ vêque et Aiglam En possession de toute la confiance des factieux qui se préparent à livrer leur patrie , et de toute celle de Pichegru qui doit en faire la conquête , Malabar ne se montre que dans l'Aréopage des conjurés. Il y dicte les résolutions. Larchevêque et Fresine sont les intermédiaires qui en transmettent les résultats au chef des conquérans. Aiglam , dans Amsterdam et à Harlem, est l'intendant des arsenaux souterrains, où les Frères pourront prendre les armes au moment convenu. S'il faut pour ce moment la pro-

362 Conspiration des Sophistes tectlon des Magistrats, ils ont pour eux Dedelhy adepte et bourgmestre. Pour subvenir aux frais de la révolte , ils ont , sur-tout dans les maisons de commerce 5 les comptoirs de Texter , de Couder e et de Rottereau, Ils ont de plus les trésors et Tardeur révolutionnaire du Juif Sportas, Parmi les clubistes se distinguent les adeptes Gulcher et Lapeau , comme parmi leurs armuriers Latour et p****. Il faut encore aux conjurés ces enthousiastes chers à la populace , dont ils ont l'éloquence. Dans Amsterdam , comme à Mayence et dans Paris , ils ont leurs orateurs des halles dans Termnche , Lehain , Mullner Schneider et une foule d'autres. En calculant leurs forces, ils ne comptent pas moins de quarante mille hommes prêts à se réunir pour marcher au devant de l'armée carmagnole , et mettre entre deux feux celle des alliés , ou les légions restées fidèles à la constitution et à son chef. Il ne leur manque plus qu'un Général capable de diriger leur marche; les Frères de Paris y pourvoient , et leur envoient le général Eustache* — Cette conspiration si bien ourdie , a paru toutà-coup prévenue par la sagesse du Duc d'York et du ministre Anglais. Leurs agens ont dévoilé la trame au Gouvernement Hollandais. Malabar , le héros des mystères , Latour , Flezine , trente autres conjurés, et Eus tache Im-mème sont arrêtés ; les vrais citoyens respirent et se croient délivrés du fléau Jacobin. Mais déjà les Magistrats ont éprouvé l'audace de la secte. Des proclamations légales ont défendu les assemblées des clubs, sous quelques prétextes qu'elles se tiennent ; les adeptes ont opposé leur proclamation à celle de la loi , et les Frères ont été invités à s'armer , à sacritier leur vie plutôt que d'abandonner leurs clubs. Le général Aiiglais demande en vain qu'on lui remette les adeptes arrêtés pour s'assurer de leurs

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personnes , la secte a le crédit de faire requérir Eustache par le ministre des Etats-Unis ^ sous prétexte qu'il est Américain. Les autre^^ sont jugés ; et pour exil on leur assigne précisément les villes des avant-postes , celle par où l'armée des Jacobins est avertie de faire son entrée. JNimègue , Utrecht , Willelmstad , Breda , Gorcum, Berg-op-Zoom et Amsterdam , sont prises comme Mayeuce. Si leur vainqueur n'avoit pas d'autre titre à ses lauriers , il pourroit , aussi bien que Custine et Dumourier , nous dire : je suis venu , J'ai vil, et j'ai vaincu, parce qu'au lieu de soldais a combatre, j'ai trouvé des adeptes à embrasser, (/«f.)

Des moyens d'un autre geure expliquerout les triomphes de la secte en Espagne. Le brave Ricardo ^^ ^^^ a rappelé auxGastillans leur ancienne valeur; il a osé secrth de menacer de traiter les Jacobins captifs , comme l^ùX-s^eû l'armée traitera les Emigrés Français qu'elle a fait Espagae. prisonniers ; cette leçon trop inutilement donnée aux alliés qui n'en excluent pas moins de leurs capitulations 5 ces malheureuses victimes de la Révolution , fut trop tôt suivie de la mort du général Ricardo. Les Français instruits par leurs émissaires , se hâtent d'arriver devant Figuières , et trouvent cette ville réputée le boulevard de l'Espagne, dépourvue de tout moyen de défense ; aux approches de leurs légions , bien d'autres citadelles sont conquises avec la même facilité et par les mêmes moyens que celles de la Hollande.

Les adeptes n'osent pas encore éclater en Portugal ; mais un jour peut-être la Cour dévoilera Projets de la correspondance trouvée dans les papiers du J» «tx^e Brabançon Segre, Ce propagandiste avoit été tra- Portu"ui. duit dans les prisons de Lisbonne ; les Frères se souvinrent qu'un véritable adepte doit savoir mourir plutôt que de dénoncer ses complices ; il ne l'oublia pas lui-même. En lui faisant passer

364 Conspiration des Sophistes

lia matelas , les conjurés eurent soin de l'avertir qu'ils y avoient caché un rasoir. Il fut bientôt trouvé sur ce metelas nageant dans son sang. H n'en fut par moins constaté que ses complots tendoient , comme ceux de la secte , au bouleversement de l'Etat et à la perte de toute la Famille Royale. On ajoute qu'il se trouva dans les papiers de ce conjuré une correspondance suivie avec le Prince de la Paix , et que le ministre d'Espagne le sachant arrêté , se hâta de le réclamer ; que celui de Portugal répondit : Puisque Dieu a préservé ce Royaume du plus grand danger qu'il ait jamais couru , sa Majesté très-fidèle se réserve de traiter cette affaire avec sa Majesté Catholique. Mais ces circonstances fussent-elles constatées , qui ne sait pas les ressources des adeptes ? Ils se font quelquefois donner des commissions politiques par un Ministre ; et sous sa protection , ils poursuivent des complots dont ils ne sont chargés que par la secte. Qu'il nous suffise de l'avoir montrée conspirante en Portugal , comme les nouvelles publiques nous l'ont montrée conspirante à Turin et à A Torm ]>^apies^ Respcctons encore ici les secrets des Cours , à Napies. qui cachent les détails. Celle de Naples a fait instruire le procès des coupables ; toutes les preuves étoient acquises ; par les ordres de sa Majesté même, elles avoient été recueillies et rédigées par un Magistrat d'un mérite et d'une probité reconnue, par ce même M. jR<?y que Louis XVIdestinoit au ministère de la police de Paris. Leur résultat mon troit sur-tout l'erreur d'une foule de Grands , qui ne savoientpas que derrière les complots auxquels ils seprêtoient contre la Famille Royale , il étoit d'autres complots dont ils dévoient eux-mêmes être victimes. Et le Roi et la Reine de Naples ont mieux aimé montrer leur clémence envers les principaux complices et laisser la vie dans les prisons , que de les envoyer à

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 365 réchafaiid après un jugement public. Mais les circonstances , que la politique a cru devoir ensevelir dans les ténèbres , n'en ont pas moins laissé à découvert l'intention générale des conjurés.

Toujours pleine de ses projets, la secte marche Dammiite plus iriomphanie à Milan, à Venise et vers Rome, ''italien*

o / , 11- Tt , les armées

JSes armées sont entrées en Italie avec Bonaparte^ des plus dénuées encore des moyens ordinaires de la Priuccs. victoire , que celles de Gustine en Allemagne ; mais il a vu de nombreuses légions accourir sous ses drapeaux , et l'enrichir de tout leur appareil militaire. Mantoue seule exceptée, tous les bords du Pô se sont trouvés prêts pour la Révolution comme ceux du Rhin. S'il faut encore expliquer la facilité de ces triomphes , souvenons-nous des apôtres envoyés par Weishaupt dans ces contrées, et des succès que lui promettoit Knigge , et de ceux dont se félicitoit l'adepte Zimmermann» Nous verrons les Loges maçonniques en Italie , comme en Allemagne , initiées aux derniers mystères , et les triomphes de Bonaparte n'auront rien de plus étonnant que celui de Gustine à Mayence. Fallût-il expliquer comment la valeur du Prince Gharles , et toute celle de ses soldats , se trouve en quelque sorte paralysée devant les Garmagnoles; comment toute la supériorité des postes devient inutile à la sagesse de ce Prince , si digne de commander à des héros ; il ne suffira pas de montrer jusqu'à Tadjudant-général Fisher ^ délioncé comme ayant reçu des Pentarques mille louis par mois , recourant , en véritable adepte , au patet exitus , c'est-à-dire s'empoisonnant luimême pour étouifer toute accusation, toute information ultérieure sur le nombre et sur la qualité de ses complices ; il faut se souvenir aussi que la secte a su distribuer ses élèves dans les armées comme daas les dicasières , et prévoir le besoin

366 Conspiration des Sophistes

qu'elle anroit un jour des services de la lâcheté et de la trahison , sous les drapeaux des Rois. A Rome. Faut-il que nous disions encore ce qui appelle à Rome les armées révolutionnaires ? Là , sans doute , il n'est pas même une apparence de résistance à vaincre ; là , un Pontife octogénaire ne tend les mains au Ciel que pour la paix et le bonheur des Fidèles dont il est le père commun. Là , toutes les vertus et tous les sacrifices, à l'exception de celui de la foi , sollicitent en sa faveur le respect et l'admiration des cœurs les plus barbares. Bonaparte le sait, et il feint lui-même de partager toute cette vénération ; mais Pie \I est le chef de cette Religion de Jésus-Christ que la secte à juré d'écrîiser , et Rome en est le centre. Dès le commencement de la Fiévolution , les adeptes n'ont plus fait un mystère de leurs vœux contre Rome et sou Pontife. J'ai vu Cerutti aborder insolemment le secrétaire du Nonce même de ce Pontife, et dans sa joie impie , avec le sourire de la pitié , lui dire : Gardez bien cotre Pape ; gardiez bien celui-ci^ et embaumez-le bien après sa mort; car je i^ous l'annonce ^ et vous poui>ez en être sûr. Cous n'en aurez point d'autre. 11 ne devinoit pas alors , ce prétendu prophète, qu'il paroîtroit avant PieYl devant le Dieu qui, malgré les tempêtes du Jacobinisme comme malgré tant d'autres , n'en sera pas moins avec Pierre et son Eglise jusqu'à la fui des siècles. — Mais Cerutti laisse derrière lui ces adeptes Kadosch, jurant encore leur haine aux Papes comme aux Pioi?. Il laisse tous ces Frères , depuis long- temps occupés à préparer les voies et les prétextes à l'armée des impies. Rome est depuis long-temps l'objet commun de tous les complots et le rendez-vous des adeptes de toutes les espèces. Malgré ses anathèmes , les élèves de Cagliostroy ont rouvert leurs Loges maçonniques*

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 36; Les illnminés de Suède , d'Avignon , de Lyon , s'y sont formé le plus secret , le plus monstrueux des collèges , et le tribunal le plus terrible aux Rois , celui qui avertit que leur tour est venu , qui nomme hs bourreaux , et (\}ii fait parvenir les poignards ou les poisons (ci).

Dans Kome encore sont les Illuminés de Weishaupt formés par son apôtre Zimmermann» Le Dieu de Rome enfin est le Dieu contre qui conspirent tous ces adeptes ; tous s'y sont réunis pour saper son sanctuaire. Leurs trames sont ourdies ; ils y ont fait entrer jusqu'aux représenlans des Rois. Le Monarque d'Espagne chancelle à Madrid sur son Trône , et les papiers publics montrent Dom Azara , son Ambassadeur à Rome, applaudissant aux Carmagnoles qui vont renverser celui du Pape. Bonaparte peut faire marcher ses Lieutenans. Leur triomphe dans Rome n'a plus d'autre obstacle que celui de la honte depuis long-temps secouée , de renoncer à l'apparence même du respect pour le droit des Nations , et de verser à pleins torrens l'amertume dans le sein d'un Pontife octogénaire. Ces triomphes barbares coûteront les larmes de Taltendrissement et du respect à toutes les âmes honnêtes et sensibles. Les Jaco-^ bins tressailleront de joie , et leurs Pentarques

(a) Si ce tribunal n'est pas assez constaté par ce que nous en dit l'Historien de l'assassinat de Gustave {sect. 4), au moins est-il bien sûr que ces Illuminés avoiont à Rome des Frères très-puissans ; car le Nonce d'Avignon ayant ordonné à l'Illuminé Pernetti et à ses adeptes d'évacuer le Comtat dans tin mois , ceux de Rome eurent , ou le crédit d'obtenir, ou peut-être l'art de forger et de faire arriver à temps un contre-ordre. Cette affaire fut suivie à Rome, de l'arrestation d'un adepte, dont le procès jeta les Frères d'Avignon dans des inquiétudes dont ils ne furent délivrés que par les progrès de la Révolution,

feront de la plus hiunilianre des conquêtes , la victoire de Breniius au capirole. 11 leur en mfinfjue une autre long-temps attendue dans les mystères , celle qni doit remplir les vœux dictés par la vengeance dans les antres des adeptes Templiers , Rose-Croix et Kadosch. Le moment fatal aux Chevaliers de Malle est arrivé.

A Malte. Dans la crainte que l'indignation ne trahît les secrets, long-temps la croix seule de ces preux Chevaliers fut un litre d'exclusion aux Loges maçonniques. Un artifice mieux combiné va rendre leur valeur moins redoulable. Les adeptes ont fait pour Malte ce qu'ils ont fait pour l'Eglise. Ils ont dit : bien loin de ne plus voir nos Frères dans ces Chevaliers d^ Malte , ce sont nos Frères mêmes qu'il faut faire Chevaliers de cet Ordre ; c'est par eux que nous deviendrons maîtres de cette île , que toutes nos flottes combinées assiégeroient en vain. Ils l'ont dit ; et les lettres des vrais Chevaliers nous ont préparés d avance à leurs désastres. Ils ont écrit que de nombreux faux Frères , de ceux-là sur-tout des langues d'Italie et d'Espagne, étoicnt au milieu d'eux. La secte , avec Dolomieu seul, avec Bosredon et le lâche Hompesch, y étoit toute entière. Konaparle s'est présenté; et comme si la secte eût affecté de nous apprendre comment elle sait prendre les plus élonnans des remparts , par les complots de ceux qui dévoient les défendre, elle n'a pas même ménagé à son héros l'apparence d'un siège. Bonaparte s'est présenté , et les adeptes du dedans ont accueilli les adeptes du dehors. C'est ainsi que les mystères de la secte sont toujours plus terribles et plus puissans que ses foudres. Que le héros de Malle fasse voile ■ vers Alexandrie ; là aussi il est des Frères qui l'attendent , et la Porte Ottomane saura le prix que les révolutioimaires attachent au cadeau de

ces

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 36g, ces riches diamans volés au garde-meuble de la Couronne, à tout l'or qu'ils répandent dans sa capitale , pour acheter le sommeil de son DivaA , tandis qu'ils veillent eux-mêmes , et méditent ailleurs la conquête de ses provinces éloignées. Elle saura comment ils profitent de sa léthargique neutralité , pour filtrer leurs apôtres , d'un côté en Afrique , et de l'autre , jusque dans le sein de l'Asie.

C'est à Constantinople sur-tout que le choix de tantfnopte ses propagandistes , exige de la secte toutes les et dans précautions nécessaires pour proportionner les j'Orieut. missions aux talens. Pour étendre l'empire de la liberté et de l'égalité au milieu de toutes ces Nations , depuis long-temps accoutumés au code du Croissant , il falloit des hommes exercés à l'étude des mœurs et des langues , des intérêts et des relations diverses de ces peuples. Dans l'auteur d'un ouvrage intitulé : Tableau de V Empire Ottoman , dans le Chevalier de Mouradgea d'Hohson , Grec de naissance , jadis Internonce , et depuis Ambassadeur de Suède à la Porte , les Frères ont trouvé toutes ces connoissances et tous ces avantages. Il se montre d'abord peu enclin à leur cause ; les sommes , les pensions dont dispose le Comité de salut public , nous disent nos Mémoires, triom^ phent enfm de cette répugnance. De retour à Constantinople , M. le Chevalier de Mouradgea d'Hohson se met à la tête des Jacobins apôtres de l'Orient, Il a trouvé lui-même tous ses talens , et tous ses avantages pour son apostolat , dans ce M. Ruffin , d'abord enfant de langues à Paris , ensuite associé au Baron de Tott en Crimée , attaché à l'ambassade de France à Constantinople , éievé encore à Versailles dans les bureaux de la marine , et enfin professeur des langues orientales au collège Royal. M. KuJ^n seinble aussi quelque temps Tome IY, Aa

370 Conspiration des Sophistes îîonteux de trahir la cause des Rois , à qui il doit , et son éducation , et ses décorations parmi les Chevaliers de Saint-Michel ; les mêmes argumens font oublier la cause et les bienfaits des Rois. M. Ruffin devient , à Constanlinople , le coapôtre Jacobin de Mouradgca, Ils font l'un et l'autre , pour M. Lesseps , ce qu'ils ont fait pour eux ; reste des compagnons de la Peyrousc ; ce jeune homme conservoit encore pour Louis XVI les sentimens de la reconnoissance ; les deux amis en font l'associé de leur propagande. Sous la direction de ces trois hommes , une partie des agens subalternes travaille le peuple de Constanlinople ; les autres se répandent en Asie, voyagentdans la Perse , dans les Indes ; d'autres encore parcourent , avec les Droits de l homme , les Echelles du Levant , tandis que des Frères , plus anciens dans les mystères , vers le Nil, apprennent à la cour Ottomane ce qu'il doit lui en coûter pour avoir négligé ses premières précautions contre la secte. ( Mém, sur les Jacob, de Constantinople, ]Ett Jadis , et peu d'années encore avant la Révo-

Afric[ue. Uilion , les Turcs avoient pour les Loges maçonniques toute l'horreur que l'Orient eut pendant tant de siècles pour celle de Manès. La Porte Ottomane n'auroit pas souffert à Jérusalem un seul Religieux Français , si elle n'avoit su que leur règle constante étoit de n'admettre à la visite des Lieux Saints dont ils avoient la garde, aucun homme reconnu pour Franc-Maçon. Il existoit même entre la cour de France et le Grand Turc une convention , en vigueur de laquelle le supérieur de ces Religieux pouvoit et devoit renvoyer des Echelles du Levant , tout Consid Français qui auroit érigé une Loge maçonnique. Nous savons d'un Religieux actuellement à Londres , et qui a passé sept ans dans cette mission , que l'usage de

DE lImpiété et de l'Anarchie. 371 celte autorité n'étoit pas sans exemple. La Révolution est venue anéantir cette précaution et bien d'autres. Les propagandistes de la secte ont traversé la Méditerranée avec leurs prétendus Droits de Vhomme ; ils ont trouvé pour Frères des commerçans Français , qui , sous prétejile de rencontrer par-tout des amis , s'élant fait initier aux mystères , n'avoient pas besoin de Loges pour se reconnoître. Le succès des Frères égaux et libres en France , a enflammé le zèle des Frères égaux et libres en Afrique. Par la manière seule dont les Pentarques ont annoncé l'arrivée de Bonaparte au Crand Caire , il est aisé de voir tout ce qu'avoit fait d'avance l'art des émissaires pour le conquérant de l'Egypte. S'il n'est pas victime de ces t» 1 mêmes Pentarques , dont la jalousie sacriria Pi- lades.. chegru ; plus heureux que Brueys , s'il ne rencontre pas quelque nouveau Nelson sur sa route, d'autres Frères l'attendent jusque dans les grandes Indes , où ils font circuler les Droits de Vhomme égal et libre , du, peuple législateur et sou\>erain , en langue Malabare , et dans tous les idiomes de ces contrées. Le général Anglais , qui prit sur eux Pondichery, trouva dans leurs imprimeries les presses et les caractères qui servoient à répandre chez tous ces peuples , le code de la secte , et toutes ses productions révolutionnaires.

Portées comme la peste sur les ailes des vents, EnAm<^ que les légions triomphatrices pénètrent jusques "qu«» en Amérique ; là , sont encore ces apôtres qui ont appris aux Nègres ces mêmes Z)roiV>?, qui les ont sanctionnés , en faisant de la Guadeloupe et de Saint-Domingue , de vastes déserts et le tombeau de leurs propriétaires. Au nord , et chez un peuple encore naissant , ils trouveront des Frères si nombreux , que Philadelphie et Boston ont tremblé de voir leur Constitution changée pour

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372 Conspiration des Sophistes

celle du grand Club. (hett. de Boston à l'Auteur.) Si Jeurs apôtres sont aujourd'hui forcés de se cacher , il n'en est pas moins vrai qu'il y en reste encore assez pour composer ces sociétés secrètes , qui, en attendant l'arrivée des Jacobins Français, envoient aux Jacobins d'Irlande , leurs contributions , pour aider eu Europe la Révolution qu'ils appellent de tous leurs vœux en Amérique. ( Foy, le Rapport du Lord Castelragh sur V Irlande , iV.° i^,p» iii«) Les victoires que la secte médite encore, s'expliqueront sur l'autre hémisphère, comme elles s'expliquent sur le nôtre; et les Etats- Unis sauront que leurs Républiques ne sont pas plus exemptes de la grande conspiration que nos Monarchies d'Europe.

Les triomphes des Frères à Genève , à Venise , en Hollande et à Gênes , nous ont déjà assez appris que les Rois à détrôner ne sont pas le seul olDJet des complots Jacobins ; il n'en faut pas moins que l'Univers apprenne encore que Monarchie ou République , il n'est pas un seul Etat qui ne doive marcher du même pas que la secte ; qu'il n'est point d'amitié , point d'alliance , point de patience inaltérable qui fléchisse les Frères conjurés.

EnSuisse. Vainement les Cantons Helvétiques oublient en quelque sorte la dignité et la valeur de leurs ancêtres ; insensibles à l'humiliation de leurs frères dans Aix , au massacre de leurs légions dans Paris , à la violation des traités les plus solennels, jusque sur leur territoire ; vainement ils se résignent à supporter tout ce long cours d'outrages , que d'impérieux Consuls daignent assaisonner des promesses d'une paix fraternelle et constante. Elles se sont répétées , ces promesses , tandis que les armées de la secte ont été occupées à porter ailleurs le ravage et la désolation ; mais ce temps

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 3; 3 même n'a pas été perdu pour les adeptes , dans les montagnes de la Suisse. Weishaupt y avoit des Frères , et de nouveaux Illuminés formés à V Université de Gottingue y arrivoient, tous prêts à suivre les mystères et les complots. Fehr , curé de Nidaiù et ensuite de Bugg , correspondoit avec les Frères d'x\llemagne ; et déjà il voyoit arriver le moment oi\ la constitution des Droits de V homme alloit récompenser son zèle , en le donnant pour chef au canton à'Argau révolutionné. ( Notes sur la Suisse. ) A la tête des Loges ou des Clubs , Lucerne avoit Pfiffer , et Berne Weiss ; Bâle , le Tribun Ochs. Les artifices des Jacobins jetoient dans le Grand Conseil de Berne quatre-vingt-douze de leurs adeptes ; le Pentarque Rewbel envoyoit de Paris les auxiliaires Maingaud , Mangourit et Guyot ; et là encore, comme en Hollande et à Mayence , les conciliabules , les correspondances aplanissoient les voies aux armées. Le sort de la Suisse et la gloire des conquérans dévoient être les mêmes. ( Voy, V Histoire de cette Révolution , par M, Maïlet du Pan.)

Cependant il existe encore des Monarchies , EaSuède, même en Europe. Oui, malgré tous les vœux de la secte , il en existe ; mais à part le Roi de Danemarck , auprès de qui les Frères trouvent une neutralité trop utile à leur objet pour tenter encore de le détrôner , quel est en Europe celui des Souverains qui n'ait pas eu quelqu'une de leurs conspirations à étouffer ? Gustave III de Suède est tombé sous les coups à' Anharstroem ; mais Ankarstroem arrive du grand club Parisien; mais ceux mêmes qui cherchent à isoler son forfait , nous parlent des adeptes auxquels il échappa de dire qu'ils savoient d'avance que Gustave devoit être assassiné , et que l'Europe

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374 CoNSPlRAtJON DES SÔPHlSTEâ

entière le sai'oit. (Hist. de l'assassinat de Giislore, sect. 4- ) Quels étoient donc ces hommes si bien instruits dans toute l'Europe , si ce n'est ces adeptes à qui la secte n'avoit pas caché ses dernières résolutions contre un Prince de qui elle u'attendoit ni lenteur ni rétrogradation dans les combats qu'il se disposoit à livrer aux ennemis du Trône ? En faisant tomber leurs soupçons sur le Duc de Siidermanie , ces mêmes écrivains les appuient sur ce qu'il est Grand-Maître des Loges Suédoises , comme d'Orléans l'étoit des Loges Françaises ; ils insistent encore sur la multitude et les afireux mystères des Maçons illuminés répandus en Suède. ( Idem. ) N'est-ce pas là nous dire qu'Ankarstroem ne fut que l'instrument de la secte, qui le récompensa de son régicide , en lui décernant des statues au club des Jacobins? Je dirai bientôt comme les adeptes étoient instruits de cet attentat , et on le verra annoncer d'avance assez clairement jusque dans les gazettes; mais en ce moment , voyons la secte transporter Ses complots de Stokolra à Saint-Pétersbourg. Après la mort de Louis XVI , en vain Flmpé- Rusib. ralrice exigea des Français qui se trouvoient alors en Russie , le serment d'adhérer au légitime héritier des Bourbons , de renoncer a toute liaison avec la France , jusqu'à ce que le Trône de Louis XVI fût rétabli. Cette précaution laissa en Russie tous les adeptes , à qui la secte avoit appris à se jouer des sermens («) ; ils prêtèrent celui de fidélité

(a) Les apôtres de Knîgge en Courlande et en hwonie^ avoient sans cloute étendu leur mission j au moins ai-je entendu un Russe raconter qu'un de ces grand» adeptes pre'sldoit h une Acade'mie de Moskou , composée des enfans de la Noblesse. Toutparoissoit en faire une excellente école , lorsque peu à peu on s'aperçut que les droits de l'homme illuminé par le Jacobinisme ,

En

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 3'] S au Trône Français , pour renverser plus sûrement celui de Russie. Ici les conjurés avoient à leur lête Genêt , ci-devant agent de la Cour d@ Versailles, désormais agent des Jacobins. Le zèle avec lequel il s'acquittoit de sa commission , remplissoit déjà Pétersbourg de clubs composés de ces hommes qui , n'ayant point chez eux de domicile , vont jouer tous les rôles de leur industrie dans les capitales étrangères. Coiffeurs , cuisiniers , valets 5 banqueroutiers , maîtres de langue Française à Saint-Pétersbourg , crocheteurs ou demisuisses à Paris ; tous ces gens-là se préparoient déjà à la révolution des piques. Les plus ardens et les plus astucieux avoient précisément formé leur conciliabule à l'hôtel même du Chevalier Charles Whitworth , ambassadeur d'Angleterçe. Ils s'y assembloient tous les mois , sous les auspices de trois domestiques Français , que les adeptes avoient eu soin de donner à son Excellence pour de bons sujets. Le bruit public enfin, le Chevalier Whitworth lui-même , dénoncèrent le club au Ministre de polioe. La recherche de ces dignes adeptes et des papiers qu'ils avoient cachés dans les réduits les plus obscurs , manifestèrent l'association formée sur le plan et dans tout l'objet de la secte. A Rome , elle s'étoit aidée d'un Ambassadeur duRoi d'Espagne; à Saint-Pétersbourg, elle avoit dans ses secrets le Seigneur de Bossi , secrétaire de légation et chargé d'affaires du Roi de Sardaigne. Les adeptes dévoilés furent punis suivant les lois de Pvussie. La qualité diplomatie» que de Bossi lui épargna , pour quelque temps , la honte d'être chassé comme eux. Mais à peine

entrolent pour beaucoup dans les leçons secrètes du grand Instituteur, Il fallut le renvoyer, pour rendre aux élèves les principes de la religion et de la société.

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En

376 Conspiration dIes Sophistes arrivé sur le Trône , le Gzar Paul lui ordonna de quitter Saint - Pétersbourg dans vingt - quatre heures , et de hâter sa sortie de tout l'Empire. ( Extrait d'un Mémoire sur la Russie. )

Je n'insisterai point sur les travaux de la secte

Pologne, en Pologne. Parmi ces apôtres , je pourrois nommer

ceBowieau, envoyé parles Russes en Sybérie ; et un

certain Lamarre (a), et ce Castella, depuis arrêté et

saisi avec Sémonville , avec tous les trésors qui

(a) On lit dans les précédentes éditions des Mémoires sur le Jacobinisme , que M. Duveyrier et ses compagnons de voyage avolent été découverts à Copenhague avec une mission factice pour les achats de blé , avec une mission plus réelle de visiter les frères de Pologne et de Russie , d'y presser les complots , d'attenter même aux jours de Mgr. le comte d'Artois. Cette imputation étolt fondée sur une lettre écrite par Mlle. Nivellet, cousine de M. Duveyrier, et à qui celui-ci devoit avoir révélé l'objet de son voyage. Cette lettre avoit été trouvée si importante, que M. le comte de Simolin, ambassadeur de Russie, avoit envoyé a sa cour l'original, après en avoir toutefois livré à M. Leclerc, émigré, qui l'avoit reçue à Dusseldorf , une copie coUationnée , et certifiée vraie par l'ambassadeur même. D'autres copies en avoient été envoyées au ministère anglais, à bien d'autres personnes j en sorte qu'il ii'étoit pas possible d'en révoquer en doute l'authenticitéj et moi-même, aujourd'hui que j'ai vu une des copies envoyées a Londres , je ne puis en douter j mais je dois ajouter que jamais je n'en aurois fait usage , si j'avois su ce que le fils de M. Duveyrier m.'a fait certifier par plusieurs personnes , que les terreurs de la révolution avoient plusieurs fois jeté sa cousine , Mlle. Nivellet , dans une vraie démence ; ce qui m'auroit suffi pour déclarer que sa lettre et l'imputation à laquelle elle a donné lieu , doivent être regai'dées comme non avenues. Je ferai mieux , je dirai que, trèsexpressive sur tout le reste , elle n'exprimoit pas le dessein qu'on prêtoit au voyage de M. Duveyrier à Saint- Pétersbourg , voyage que d'ailleurs il ne fit pas. Sans doute la mission qu'avoit déjà remplie M. Duveyrier , en portant , de la part de la première assemblée , à

DE L'Impiété et de l'Anarchie. 377 flf^volent donner à la Révolution les Ministres de Gonstantinople ; mais pour faire connoître la mnl-

Mgr. le prince de Condé , l'ordre de s'e'loigner des frontières , ou de rentrer en France dans la quinzaine , sous peine d'être déclaré déchu de tous ses droits à la couronne, sous peine même d'être poursuivi et puni comme traître à la patrie ; et en vertu d'un décret statuant de plus que s'il se présentoit en armes sur le territoire français , tout citoyen devait lui courir sus , et se saisir de sa personne ; sans doute , dis-je , une pareille mission , acceptée et remplie par M. Duveyrier, avoit paru Capable d'autoriser le soupçon clairement exprimé par M. le camte de Slmolin j sans doute encore , au moment oïl j'écrivois , ce même soupçon pouvoit paroître légitime à ceux qui avoient lu la fameuse adhésion a la constitution de l'an 5 , adhésion signée par Grouvelle, Duveyrier , Lamarre , Castera , Fournier , etc. , et dans laquelle on lisoit ces étranges paroles : — « Nous attes- » tons donc , non le ciel , qui n'est que l'espace raaté- » riel dans lequel flottent les mondes , mais la nature » entière , l'ame universelle des êtres , le principe de » l'ordre créé ou inerte j notre conscience, au fond de » laquelle sont empreintes lesidées de cet ordre éternel, » et le peuple souverain , qui a reproduit toutes ces » idée^ dans ses lois ; nous attestons tous ces augustes » garans , que nous sommes irrévocablement résolus à » maintenir et défendre notre constitution par tous les » efforts dont la nature nous a rendus capables.... Si » quelqu'un de nous étoit assez lâche pour trahir cet » intérêt sacré, nous jurons de le dénoncer et de le » poursuivre , comme digne de tous les supplices et de » tous les opprobres. » ( Moniteur du 2 octobre 1 795, jyage 1 165. ) Mais tout cet enthousiasme réel ou simulé, voulût-on même y joindre la folie d'un homme qui se vante d'avoir joué , sur le théâtre de Rome , le rôle de Brutus , ne suffisent pas pour se persuader qu'il ait voulu réaliser ce rôle sur la personne d'un prince dont le nom ne rappelle rien moins que les vices d'un tyran. L'imputation atroce à laquelle avoit donné lieu contre M. Duveyrier la lettre de sa cousine , Mlle. Nivellet, doit donc être regardée comme non avenue , ainsi que le mémoire auquel j'avois eu soin de renvoyer cette accusation , de manière à faire sentir qu'il n' avoit pas produit dans moi une vraie conviction.

378 Conspiration des Sophistes titude des missionnaires que la secte noiirrissoit en Pologne , il suflit de mentionner le discours de Canibon , du trésorier de la Révolution , ayouant qu'il en coûtoit déjà à la France plus de soixante millions , pour aider les Frères à Varsovie. On voit par cet aveu comment la secte emploie les revenus publics , se mettant fort peu en peine de payer en France les dettes de l'intérieur , laissant à ses armées visibles le soin de vivre des contributions levées sur l'ennemi , mais payant largement les armées invisibles des missionnaires ou agens souterrains qui préparent les voies à ses triomphes.

On voit encore ici l'importance que les grands acteurs attachoient à leur Révolution sur la Yistule.En eftet, maîtres de ces contrées , les Jacobins y tenoient en échec les trois Puissances les plus redoutables de la coalition des Princes , dont celte diversion eût nécessairement afïbibli les forces. La liberté et l'égalité passoient plus aisément dans toute la Russie ; les Frères Prussiens et Autrichiens semontroient plus hardiment. Déjà tous ^s voeux sembloient se remplir ; Kosciusho avoit mis en insurrection Varsovie , "Wilna et Lublin ; l'Evéque de celte dernière ville et divers Gentilshommes avoient déjà péri sur un gibet ; le malheureux Poniatowski avoit inutilement cherché à donner à la Révolution une tournure moins féroce; les derniers jours de la Pologne arrivoiant ; elle acheva de perdre son Pvoi et son indépendance. Mon objet n'est point de juger les Puissances qui finissent par se partager toutes ses provinces , mais de montrer la secte par-tout conspiratrice. L'Allemagne , où naquirent ses adeptes les plus profonds , lui doit déjà bien des pertes et des désastres ; elle n'est pas au terme que les complots des Frères lui préparent.

m l'Impiété et de l'Anarchie, 579 Joseph II avolt eu le temps de reconnoître sa EnAn-

d. , f , ,. . -1 r ' '^ j f\ triche,

eplorable politique ; il gemissoit déjà sur son

philosophisme et sur sa détestable politique , qui, tourmentant la foi des Brabançons , manquant aux traités solennels , conduisoit au désespoir des sujets dignes d'un meilleur sort , lorsque le manifeste du Grand-Orient vint lui montrer de nouvelles erreurs dans la protection qu'il avoit donnée aux Loges maçonniques. Si j'en crois au rapport de Kleiner , ou du moins à l'extrait qu'en avoit fait un Seigneur assurément digne de foi , ce fut alors que Joseph II chargea ce Kleiner même de s'introduire dans les Loges illuminées , et que par ce moyen il fut instruit des plus profonds mystères de la secte. Il vit ces deux adeptes Suédois tendre absolument au même but que ceux de Vi'eishaupt , et les Loges maçonniques servir d'asile aux uns et aux autres. Je sais d'une personne qui avoit avec lui de fréquens entretiens , que Joseph II fut alors pénétré de dépit de se voir si étrangement trompé par des hommes qu'il avoit favorisés ; de reconnoître sur-tout , c^xau lieu de choisir lui-même ses employés aux charges de VEtat , détoit en effet les initiés à la secte des Illuminés qui dirigeaient son choix. Il déclara publiquement ne voir plus dans les Franc-Maçons qu'zz/i corps d'escrocs et de jongleurs. Il attribuoit même aux arricre- Franc-Maçons la plupart des vols faits sur le trésor de l'Etat. Il étoit résolu à les exclure de tous les emplois civils et militaires. Il s'indignoit de les voir faire un second Empire dans l'Empire , Im~ perium in Imperio. Il eût dès lors suivi contre eux tous les mouvemens de son indignation , s'il n'avoit appris que parmi les Maçons se trouvoient plusieurs de ses sujets honnêtes et fidèles, de ceux môme qu'il aimoit ou estimoit le plus , tels que le Prince de Lichtenstein. La plupart de ceux-

38o Conspiration DES Sophistes

là renoncèrent aux Loges. Joseph étoit encore

tout occupé de leur destruction et de ses regrets

sur les terribles erreurs de son philosopbisme ,

lorsqu'une mort prématurée vint terminer son

règne.

Léopold son successeur , jaloux de connoître dans ses nouveaux Etats les complots , les forces de la secte , s'en fit plus spécialement instruire par le Professeur Hoffmann. Personne en elïet n'étoit plus en état de lui donner sur cet objet des instructions exactes. M. Hoffmann avoit reçu des adeptes mêmes des lettres qui l'invitoient , avec lous ces éloges que lui donnoit encore la secte , à consacrer sa plume à la cause de la Révolution ; mais d'un autre côté , divers Maçons , honteus de s'être laissé séduire par les Illuminés , lui açoient dévoilé des secrets importons , et s'unissoient à lui pour déjouer la secte. Il avoit appris I» d'eux « que Mirabeau lui-même avoit déclaré à » ses confidens qu'il aidait en Allemagne une » correspondance très-étendue , mais nulle part » plus importante qu'à Vienne. Il savoit que le » système de la Révolution embrassoit l'Univers ; » que la France n'étoit que le théâtre choisi pour y> une première explosion; que les propagan- » distes travailloient les peuples sous toutes les » zôiîcs ; que les émissaires étoient répandus dans » les quatre parties du Monde , et sur-tout dans » les Capitales. — Qu'ils avoient leurs adhérens , » et cherchoient h se fortifier spécialement à » Vienne et dans les Etats Autrichiens, — En >> 1 791 , il avoit lu , et plusieurs autres personnes » avoient lu comme lui, deux lettres , l'une de » Paris , et l'autre de Strasbourg , désignant en » chiffre les noms de sept Commissaires de la 5> propagande , établis à Vienne, et auxquels de » nouveauxÇommissaires dévoient s' adresser^tant ^

DE lImPIÉTÉ et de l' ANARCHIE. 38 ï » pour la solde de leurs traçaux que pour tous les » conseils à prendre sur leur objet» — Il avoit vu » plusieurs de cesgazettesà la main, qui , partant » de Vienne chaque semaine , et remplies d anecî) dotes odieuses contre la Cour , de principes et )) de raisonnemens contre le GouvernemenJ: , » alloient porter tout le poison du Jacobinisme » dans les villes et les bourgs de l'Empire , et » dans les pays étrangers , sans que ceux à qui » elles s'adressoient, eussent jamais souscrit, et sans » qu'on leur demandât jamais le prix du port ou » de la souscription. Il avoit même fait passer au » Gouvernement quelques-unes de ces lettres. » — II avoit dévoilé l'objet des voyages que l'Illu- » miné Campe faisoit à Paris , et ses relations » avec d'Orléans et Mirabeau. — Il savoit encore » de science certaine les projets du Mirabeau » Allemand, » c'est-à-dire de Mauvillon , l'adepte enrôleur de Mirabeau , et celui-là même qui dans une lettre interceptée et conservée dans les archives de Brunswick , écrivoit à l'Illuminé Cuhn : « Les affaires de la Réi^olution çont toujours » mieux en France ; j'espère que dans peu » d'années cette jiamme prendra aussi par-tout » et que V embrasement des^iendra général : alors » notre Ordre pourra faire de grandes choses. » (Juin I 791 . ) M. Hoffmann , dis-je, savoit que ce même Mauvillon « avoit formé un plan très-dé- » taillé pour révolutionner toute l'Allemagne; » que ce plan envoyé dans la plus grande partie » des Loges maçonniques, et dans tous les clubs » de riUuminisme , circuloit dans les mains des » émissaires et des propagandistes , déjà tout oc- »> cupés à soulever le peuple dans les avant-postes , » et dans toutes les frontières d'Allemagne. » ( Extrait de la sect. 1 9 , awV important d'Hoffmann , /. I . ) Tandis que ce zélé citoyen dévoi-

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