‹ Mémoires pour servir à lhistoire du Jacobinisme (volume 2)Chapitre 21 sur 24 · i Conspiration des Sophistes · texte numérisé non relu

i Conspiration des Sophistes

loit ces iatrigues de la secte à Léopold , il correspondoit avec ce M. Zimmermann de Berne , également révéré des savans > cher aux bons citoyens , odieux aux Jacobins illuminés , dont il ne connut les mystères que pour avertir la société de leurs complots. M. Zimmermann , de son côté, rédigeoit pour le même Prince un important Mémoire sur les moyens d'arrêter les progrès de la Révolution. ( Voy. lett. d'Hoffmann dans VEudernonia , t. 6. N,^ 2, ) Mais les Jacobins étoient eux-mêmes instruits de toute la haine que Léopold leur portoit. Ils savoient que le principal auteur du traité de Pilnitz n'étoit pas moins à craindre pour eux que Gustave ; et ils étoient bien résolus à prouver qu'un Empereur même ne s' opposer oit plus impunément à leurs complots* ( Avis import. ) Au moment où ces deux Souverains faisoient leurs préparatifs , le Roi de Prusse avoit rappelé de Vienne son Ambassadeur , le Baron de Jacobi Kloest , que les Frères tenoient pour propice à leur cause. Le comte de Haugwits , plus décidé alors pour le traité de Pilnitz , devoit prendre la place de Jacobi, Cette nouvelle fut annoncée par les adeptes nouvellistes de Strasbourg , avec l'apostille suivante : c< Les politiques augurent de là , » que l'union établie entre les deux Cours sera » consolidée. 11 est certain du moins qu'il est bon » de le faire croire aux Français ; mais dans les » pays despotiques , dans les pays oîi le sort de » plusieurs millons d'hommes dépend d'un mor- » ceau de pâte , ou de la rupture d'une petite >> veine , on ne peut plus compter sur rien» a Quand même on supposeroit que la Cour de » Prusse agît de bonne foi avec celle d'Autriche, » ce qui est bien difficile à croire ; ou celle d'Au- » triche avec celle de Berlin , ce qui est bien plus » incroyable encore , il ne faudrait qu'une indu-

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» gestion , une goutte de sang extravasé pour » rompre cette brillante union, » Cette apostille du courrier de Strasbourg , N.° 53 , étoit datée art. Vienne , 26 Féi>rier 1792. Léopold mourut empoisonné le premier Mars suivant , et Gustave fut assassiné dans la nuit du 1 5 au 16 du même mois. ( Voyages de deux Français dans le Nord, t. 5 , chap, 12. )

Le premier soin du jeune Empereur succédant à Léopold , fut de renvoyer tous les cuisiniers Italiens, pour ne pas avoir auprès de lui ceux qui avoient versé à son père le poison , conrui sous le nom de bouillon de Naples. Héritier des sentimens de Léopold pour la coalition , François II ne s'est pas contenté de montrer son zèJe contre la secte , par la valeur qu'il fit paroître dans les armées. Pour attaquer l'Illuminisme jusque dans ses souterrains , en 1794 ? il fit proposer à la Diète de Ratisbonne la suppression de toutes les sociétés secrètes , de Maçons , Rose-Croix , Illuminés de toutes les espèces. Us avoient auprès de ce premier Conseil de l'Empire Germanique , des adeptes zélés. Ils opposèrent leurs intrigues à la demande de l'Empereur. Ils prétendirent que le Corps de ces Illuminés n'étoit que ces petites associations de jeunes écoliers , dont on voyoit tant d'exemples dans les Universités protestantes. Ils firent objecter par les agens de Prusse , de Brunswick et d'Hanovre , que l'Empereur pouvoit défendre ces Loges dans ses propres Etats ; ils revendiquèrent pour les autres toute la liberté Germanique.

Tout ce que l'Empereur put obtenir , fut un décret pour l'abolition des corporations d'écoliers. Non-seulement ce décret laissa les grands adeptes en pleine possession de leurs Loges , mais il resta même suns effet sur celles qu'ils avoient introduites

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dans la plupart des collèges , pour illuminiser l'adolescence (à).

(a) Cette année encore , au mois de Février , les Magistrats d'Iéna ont été obligés de punir une douzaine de ces écoliers , dont la Société , sous le nom <\'.4micisteSf étoit gouvernée par des adeptes. Pour les disposer à tous les mystères de l'Illuminisme , ces Supérieurs secrets leur représentoieut le serment fait à leur Société comme le plus étroit des engagemens, dont la violatioa seroit suivie pour eux des plus terribles châtimens. — Ensuite ils leur demandoient s'ils étoient assez éclairés pour croire qu'ils pouvoient , sans blesser leur conscience, oublier le serment fait au Supérieur du collège , de n'entrer dans aucune Société secrète. — S'ils se croyoient assez honnêtes pour ne s'en prendre qu'à eux-mêmes , et n'accuser personne dans le cas où le Magistrat les puniroit d'avoir manqvié à cette promesse. — S'ils se croyoient assez de courage pour rester dans leur Société , quand même on les auroit forcés de V abjurer — L'Illuminé que leur réponse avoit satisfait , leur remettoit le Code des Amicistes ; et ils y lisoient , qu'avec leurs associés ils forment un Etat dans l'Etat ; qu'ils ont leurs lois propres , d'après lesquelles ils jugent des affaires même qui sont hors de leur cercle , ce qui exige le plus profond secret ; que s'il se ti'ouve plusieurs associés dans une même ville , ils y établiront une Loge, qu'ils y travailleront de tout leur possible à la propagation de leur Société j que s'ils changent de résidence , ce qu'ils ne doivent faire que dans une extrême nécessité , ils correspondront par lettres avec leur Loge , dont le Secrétaire entretiendra la correspondance avec les autres Loges , en leur marquant le nom , les qualités , la patrie des noiiveaux reçus; qu'ils obéiront aux Supérieurs de l'ordre ; qu'ils secourront les Frères, et procureront leur avancement; qu'enfin ils doivent être prêts à sacrifier à l'ordre , leur for tuneet leur sang.

Plusieurs de ces jeunes Amicistes , dont l'Ordre étoit -jusqu'alors considéré comme un des plus innoeens , ont refusé de donner la liste des Frères , pour ne les point compromettre. Ils ont dit que dans cette liste se trouvoleat des hommes de qualité, d'honneur , des Magis-^

Tandis

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Tandis que le jeune Empereur s'occupoit à supprimer la secte des complots , elle méditoit celui qui devoit opérer la Révolution dans tous les Etats Autrichiens. Elle avoit perdu dans Vienne

trats et autres gens constitués en dignité. ( Voyez le procès-verbal de ce jugement , ou bien le Staats und gelehrte zeitung d'Hambourg, N.** 4^ » 1 3 Mars. )

Si l'on veut savoir en quel état les jeunes gens sortent de ces Loges et de ces CoUe'ges , en voici un exemple copié des notes que j'ai reçues d'Allemagne. « Dans le moment où j'écris ceci, ( i3 Juillet 1794) aux bains qui sont à quatre lieues d'Hanovre , se trouve un jeune homme arrivé ces jours derniers de l'Université d'/e/icj, où il a fait ses études. C'est le Comte régnant de Plattemberh , un des plus riches Seigneurs de l'Allemagne, âgé de 24 ans , né de parens catholiques , et neveu du Ministre Prince de Caunitz. En conséquence des études que ce jeune Seigneur a faites à léna , il s'habille complètement dans le costume d'un démocrate , et en affecte toute la grossièreté. Il a prétendu que son domestique fût assis à côté de lui à table d'hôte , ce qui lui a été refusé. Ce jeune Egalité chante par-tout avec la jeunesse qui se rassemble autour de lui , le çà-ira et la chanson Marseillaise. — Qu'on ne prenne point ceci pour une historiette , (jui ne regarde qu'un individu fou. Sa folie est maintenant la folie régnante parmi les étudians de toutes les UniTersités d'Allemagne ; et cette folie est le produit de la doctrine cjui leur est enseignée par leurs professeurs ., sans que les Gouyernemens s'j" op" posent. »

Par les mêmes notes que j'ai reçues d'un Protestant , on voit que l'Université de Halle en Saxe , où la plupart des sujets du Roi de Prusse vont faire leurs études , ne le cède en rien à celle d'/ena. En Avril 1794» les chefs de la commission religionnaire de Berlin, MM. Hermès et Hilmer , s'avisèrent , par ordre du Roi de Prusse , de visiter à Halle le gymnase luthérien , et de désa|>prouver bien des choses. Les écoliers les reçurent aux cris de pereant, et les forcèrent de s'enfuir au plutôt. Leurs Ministres religieux sont exposés aux mêmes avanies i ils font aboyer les chiens contre leurs prédicateurs j ils se permetteot dans leurs Temples ce qu'on roME lY, Bb

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un de ses grands adeptes , par la iTiort du Gheva* lier de Born , qui de toutes ses richesses ne laissolt que des dettes immenses , fruit de ses largesses envers les Frères propagandistes. Deux adeptes , non moins zélés et plus entreprenans , lui avoient succédé. L'un étoit Hebenstreit , lieutenant de place à Vienne même ; l'autre un ex - capucin Croate , nommé Mehalovich , que Joseph II avoit eu l'imprudence de défroquer et de revêtir d'une prélature en Hongrie , pour le récompenser de la disposition dans laquelle cet apostat s'étoit présenté à lui , pour seconder toutes ces prélendries réformes dans l'Eglise. A ces deux conjurés s'étolent unis une foule d'autres adeptes , parmi lesquels se distinguoient le Capitaine BiJeck , professeur de mathémathiques à l'académie de Neustadt , le lieutenant Riedel , le professeur de philosophie Brandstœter, le stupide,mais riche marchand Flachel ; et enfin VVolstein , l'un de ( es adeptes dont la .secte avoit eu l'art de faire payer l'apostolat et les voyages par l'Empereur Joseph , sous prétexte des coimoissances à acquérir dans l'art vétérinaire , dont cet adepte étoit devenu professeur.

L'importance et le nombre des conjurés peut s'apprécier par le plan même du complot qu'ils avoient tramé en 1795. Leur influence auprès de la Cour leur avoit fourni le moyen de former à Vienne une garnison tonte composée de citoyens aisés et honnêtes , peu accoutumés à porter les armes. Ils les avoient choisis dans ceîle classe , en se munissant des ordres nene se permeftroit pas dans les rues. « Les Illuminés diiHilgueiit eux-mêmes ces infamies , pour que les élèves de leurs Soeie't«^s Amicisles aient le courage d'en faire ■par-tout autant. » Ainsi se forme la jeunesse par-tout où ia secte domine.

t)E l'Impiété et de l'Anarchie. 387 cessaires pour les forcer à cette espèce de service, sous prétexte des dangers de l'Etat. En allouant toujours les ordres de l'Empereur , ils les traitoient de la manière la plus dure , pour exciter leur mécontentement , et les trouver tous irrités contre la Cour , au moment de la révolution qu'ils méditoient. La populace étoit à eux , et lis savoient se l'attacher encore davantage, en l'excluant du service militaire, sans pour cela l'exclure des sommes qu'ils distribuoient secrètement aux bandits auxquels l'arsenal devoit s'ouvrir au jour convenu. En ce jour devoit se ménager une émeute générale , pendant laquelle Heheiistreit, SUIVI de quelques légions , devoit s'emparer de la personne de l'Empereur, tandis que d'autres bandes pourroient forcer l'arsenal et prendre leur poste sur les remparts. Maîtres de l'Empereur les conjurés dévoient le forcer à signer leur code ^es Droits de V homme , c'est-à-dire divers Edits deja tous rédigés, par lesquels les droits des Seigneurs ou des riches se trouvoient abolis tous les hommes déclarés égaux et libres, sous la Constitution du peuple souverain. Ces Edits dévoient être envoyés dans toutes les provinces , au nom de l'Empereur même , comme s'il eut JOUI de toute sa liberté. Du reste , sa personne devoit paroître respectée, à peu près comme celle de Louis XYl , sous son geôlier Lafayette. 11 n est point dit si \aqua toffana devoit être employée à la dose qui hébète ou à celle qui tue • il paroît même que le projet étoit de conserver ce jeune Prince , au moins comme un 6Vù»e, ; mais dans tous les cas , la liberté ne devoiriui être rendue que lorsque le penple , accoutumé a la nouvelle égalité et liberté , se trouveroit muni des biens des Seigneurs , et de toute la force nécessaire pour en rendre impossible la

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restitution , et le retour de l'ancienne Constittilion, Tous les moyens préparatoires e'toient pris ; le catéchisme des Droits de l'homme et toutes les brochures incendiaires étoient répandues avec profusion dans les villages et les cabanes. La révokiiion avoit même ses adeptes femelles, ses dames Staël ou Necker. La" Comtesse àe Mnr^ chowtch sur - tont se distinguoit en Hongrie , par son zèle à distribuer le nouveau catéchisme. Le jour fatal étoit sur le point de paroître , quand un événement singulier , que les conjurés n'a voient pas prévu , fit avorter toutes leurs mesures.

En l'absence de Méhalopich, un de ses dômes- • tiques , s'amusant avec son camarade , s'étoit avisé d'endosser l'habit de Capucin qne son maître conservoit dans sa garde-robe , lorsque tout-à-coup Méhaloi^ich arriva à la porte de la maison. Le domestique peu accoutumé au froc, et ne pouvant s'en débarrasser assez vîte^ envoya son camarade ouvrir la porte , et se cacha sous le lit de son maître. Celui-ci entra accompagné à'Hehenstreit et de Hachel. Ils se croyoient seuls. Le domestique entendit toute leur conversation. Elle roula toute entière sur le complot qui devoit éclater dans trois jours , Hebenstreit renouvela sur son épée le serment des conjurés; Méhaloi^ich lî i remit, pour l'esécntion du projet , cinq cent mille florins , qu'il avoit cachés dans un clavecin, A l'instant où le domestique se retrouva libre , il vola rendre compte aux Ministres de tout ce qu'il venoit d'entendre.

Tous les Conseils tenus sur une découverte de cette importance , les principaux conjurés furesit arrêtés la veille du jour même oii le complot devoit éclater. Hebensireit fut pendu à Vienne , et MéhalovicU décapité à Presbourg , avec sept

DE lImpiété et de l'Anârchte. 389 Gentilshommes Hongrois, ses complices. Divers autres furent condamnés , les uns à l'exil , les autres à une prison perpétuelle.

Ainsi que l'Empereur à Vienne , le Roi tleEnPrusse. Prusse a eu ses conspirations à prévenir à Berlin. Les papiers de l'adepte INiveleur Leuchsenring , avoient déjà averti Guillaume lïl de ceUe qui se tramoit par les Frères ; il s'en préparoit une nouvelle au mois de Novembre 1792. Le signal donné pour l'insurrection , étoil le feu à mettre à deux maisons , dans différens quartiers de la ville. Au jour convenu, ces deux maisons furent réellement incendiées. Mais les Frères s'étoient flattés que la garnison s'y porteroit , suivant l'usage, pour éteindre les flammes et empêcher le désordre. Au moment où elle auroit quitté ses postes , les rebelles dévoient s'en emparer et donner l'essor à leurs brigands. Heureusement le Gouverneur , M. le général Mœdendortf , avoit été instruit de ce complot. Il ordonna aux troupes de rester à leurs postes. Les conjurés se voyant prévenus, n'osèrent se montrer. Les incendiaires furent saisis , la conspiration avorta, et Guillaume III conserva sa Couronne.

Instruit de l'intention des conjurés , et de tous leurs rapports avec les Jacobins Français , ce Prince eût dû , ce semble , montrer plus de ■ constance dans la coalition des Princes contre la Révolution Française. Des jalousies de Cour , des intérêts qui se croisent trop habituellement entre Vienne et Berlin , le décidèrent peut-être à une paix qu'il n'étoit point du tout dans son cœur de faire avec les ennemis de toutes les Puissances ; mais il est difficile aussi de se cacher l'empire que dévoient avoir sur ses résolutions ces mêmes hommes dont il détestoit les principes désorganisateiirs. On a vu les adeptes de

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3g<y Conspiration des Sophistes Weishaupt se cacher dans le fond des Loges maçonniques ; on a vu Pliilon Knigge annoncer des découvertes merveilleuses qui pouvoient donner à la secte tout l'empire de Tillusion sur les esprits crédules. Malheureusement pour Frédéric- Guillaume m il s'étoit enfoncé dans ces Loges dont les Illuminés, sous le nom de Rose-Croix , avoient fait le théâtre de leurs merveilles , c'està-dire , celui de leur charlatanisme ; et voici ce que m'ont appris les lettres d'un savant Protestant, qui avoit eu avec sa Majesté Prussienne ellemême de longs entreliens sur la Franc-Maçonnerie. Pour ôter à Guillaume son respect pour l'Ecriture, ces Rose- Croix étoient venus à bout de lui faire croire que la Bible et l'Evangile des Chrétiens étoient défectueux ; qu'il existoit une doctrine bien supérieure dans les Hçres sacrés d'Enoch et de Seth , que l'on croyoit perdus , mais dont ils se disoient seuls en possesion. Si Guillaume avoit pu être désabusé , il eût cédé aux démonstrations de notre savant, qui l'invita à lire ces prétendus livres d'Enoch et de Seth , c'est-àdire , ces apocryplies rapsodies qu'on lui donnoit pour des productions si précieuses , si rares , si secrètes, depuis bien long-temps imprimées dans la collection de Fabricius. Sa Majesté parut reconiioîlre la ruse de ces empyriques Mjstagogues ; mais la curiosité a ses foiblesses. Les hiérophantes R-ose - Croix l'entraînèrent de nouveau par le charme de leurs prétendues apparitions. La crédulité de Guillaume, en ce genre, étoit si notoire, qu'en 1792 on vendoit à la foire de Leipsic des vestes appelées du Jésus deRerlin, {Berlinische Jésus westen ) en mémoire de ce que les Frères ayant tout-à-coup annoncé l'apparition de Jésus- Christ , et Guillaume ayant eu la bonhomie de <lemûnder comment il étoit habillé, ils liii avoient

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répondu : en çeste écarlate , avec des revers noirs el des tresses d'or* Si l'on peut s'en tenir à ce que j'apprends par la même voie , Guillaume méritoit en quelque sorte ces humiliantes mislifications; car le grand empire de ces charlatans sur son esprit , venoit non-seulement de ce qu'ils fîattoient ses inclinations pour les absurdités de la magie , mais bien plus encore de ce qu'ils auloiisoient son penchant déréglé pour le sexe, en lui disant savoir que Jésus-Christ lui permettoit d'avoir des douzaines de femmes à la fois.

La plus fameuse de ses courtisanes étoit cette Rîez, devenue Comtesse de Lichtenau. Le procès qu'on lui a intenté eût probablement dévoilé les mystères de l'intelligence qu'on lui suppose avec les Jacobins Français , dont on dit qu'elle reçut de si riches présens , et avec Bischofs- Werder , qu'on nous dit aujourd'hui occupé de projets bien différens. Nous aurions su comment concilier et cette haine réelle de Guillaume pour le Jacobinisme 5 el le courage personnel qu'il monlroit en combattant contre eux, et cette paix qu'il fit avec eux dans un temps où les armées pou voient si efficacement contribuer à leur destruction. Mais son successeur a cru signaler sa bonté et sa prudence , en jetant au feu les actes de ce procès , en disant qu'il ne les liroit pas , crainte de voir mêlés dans ces intrigues des hommes qui pourvoient être encore utiles. D'autres Princes peutêtre eussent trouvé plus sage de les lire , pour apprendre à connoître des hommes qui peuvent encore être fort nuisibles. Quoi qu'il en soit du vrai motif qui arrache à l'histoire ce monument, tout nous dit que Frédéric-Guillaume IV a hérité de la haine de son père pour la secte , sans hériter de ses foiblesses et de ses illusions. Les Franc- Macons de Berlin ont osé le prier de confirmer leurs

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Loges par des lettres-patentes ; il les a renvoye's , en leur disant qu'une pareille faveur seroit contraire à ce qu'il doit à ses autres sujets ; qu'ils pouvoient cependant compter sur sa protection , en s'abstenant de tout projet contraire à la tranquillité publique. Cette assurance a été sans doute suivie de la promesse des Franc-Macons de se montrer toujours fidèles à sa Majesté. Ils faisoient tous les mêmes promesses sons le feu Roi ; et cependant j'ai vu à Londres des Maçons honnêtes alarmés des discours qu'ils a voient entendus dans des Loges Prussiennes , très - peu de temps avant la mort de Guillaume IIL D'après leur relation , les propos menaçans de ces Loges ne le cédoient en rien aux propos frénétiques du grand club des Jacobins de Paris. « Quand serons-nous 5> enfin délivrés du tyran ? Quand imiterons-nous » nos Frères de Paris ? N'est-il donc pas temps » aussi pour nous de nous montrer enfans de la » liberté et de l'égalité , et vrais Maçons ? » Ces discours , et des expressions plus flétrissantes encore powr le Koi , n'étoient pas dans la bouche d'iui seul Frère ; des Loges entières se livroient à celte frénésie dominante , sur-tout dans quelques adeptes plus unis aux Français. Voilà ce dont plusieurs Franc-Maçons arrivés de Prusse à Londres, m'ont assuré devant plusieurs personnes avoir été témoins dans des Loges Prussiennes. Ce n'est pas non plus une circonstance à mépriser dans les dispositions des Frères , que la révolution à laquelle vient de se soumettre la Loge appelée à Berlin Royal-Yorh . On sait par les nouvelles publiques , que cette Loge a établi dans son sein lin Directoire , un Sénat des anciens et un Sénat des jeunes ,- selon le modèle du Gouvernement Français actuel, A quel point cette révolution 4ans^le sein des mystères, annonce-t-elle l'impa-

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tience de celle que les Frères et les Pentarqiies de Paris travaillent à rendre générale ? C'est ce qu'il ne m'est pas donné de fixer; mais ce que je sais très-positivement , c'est que les Jacobins de Paris ont ailleurs que dans les Loges leurs troupes auxiliaires. Ils ont aussi leurs Frères envoyés de Paris jusques dans les armées Prussiennes, lis ont leurs soldats payés , d'un coté , par le Roi de Prusse pour le maintien du Trône , et de l'autre payés par les Pentarques directeurs, pour travailler les régimens Prussiens et leur apprendre à renverser le Trône. La générosité des Jacobins va même à pensionner en France les femmes de ces apôtres déguisés en soldats. Ce que toute l'Europe sait encore en ce moment , c'est que l'adepte Ambassadeur Syeyes est à Berlin. Si jamais sa mission est remplie , ce seront encore de nouvelles conquêtes à expliquer comme celles de l'Italie. Enfin ce que je sais, c'est que l'Allemagne entière eût cédé depuis long-temps à l'impulsion , si les Illuminés pouvoient y compter autant de triomphes que de complots.

Fatigué de ces trahisons partielles , qui ne livrent à l'ennemi qu'une ville ou une province de l'Empire, le Sénat des adeptes, alors séant à Vienne , avoit, dès l'année 1793, ou formé le projet , ou reçu les ordres nécessaires pour l'exécution d'un projet rédigé en trente articles , pour donner à la fois tout l'Empire à la Ptévolution. Déjà de cette ville étoient parties des lettres affranchies jusqu'à Egra , pour Golha, Weymar, Dresde , et cent autres villes , fixant au premier Novembre le jour désigné aux Frères pour celui de l'insurrection générale, et invitant tous les Citoyens à se munir en ce grand jour de toutes sortes d'armes , ne fût-ce que de couteaux ; à se rassembler sur quelques places publiques ou liors

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des villes ; à se donner des chefs et à se diviser par centuries ; à courir s'emparer de la caisse ■publique , des arsenaux ^ des magasins à poudre et du Goui^ernement. Conformément au même projet une Assemblée Nationale devait se manifester le même jour dans une ville de V Empire, et tous les Frères en insurrection dévoient y envoyer leurs dépule's. Ces lettres couroient déjà l'Empire au mois d'Octobre ; heureusement il en fut intercepté un assez grand nombre pour faire avorter la conspiration. La secte s'en consola encore 5 dans l'espoir que les dix années annoncées par Mauvillon ne s'écouleroient pas sans que toute l'Allemagne fût révolutionnée. Les adeptes y sont enelletsi nombreux, que les délais de cette révolution seroient inconcevables , sans la lenteur d'un peuple naturellement peu susceptible de l'effervescence requise pour les grandes explosions. Les lettres qu'on reçoit de ces contrées abondent en plaintes sur cette multitude d'Illuminés. Pour expliquer comment ceux des Princes qui les connoissent le mieux , sont cependant réduits à les tolérer , je crois devoir transcrire ici , de mes Mémoires sur l'Allemagne, un article que j'ai vu confirmé par les personnes les mieux instruites , et conçu en ces termes : « Un des » Souverains d'Allemagne qui a le plus d'esprit, » le Duc de Brunswick , a souffert que sous les » auspices de Campe , Maumllon et Trapp , tous » les trois fameux Illuminés , la capitale de son » pays devînt une école publique d'irréligion et » de Jacobinisme. Cela pourroit faire soupçonner » que ce Prince est lui-même un peu imbu des » principes du Jacobinisme. Mais vraiment on » lui feroit le plus grand tort ; car il ne tolère y> ces coquins que pour échapper à leurs com- » plots. Si je les éloigne , dit-il, qu arrivera-t-il ^

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yt ils iront ailleurs et ils me calomnieront. Il » faudroit guil y eût une convention entre tous » les Princes Allemands , pour ne les souffrir » nulle part, «

En attendant celte convention , il est dans ces contrées d'autres Goiivernemens qui tolèrent jusqu'à l'enseignement public des derniers mystères de rilluminisme. « En Saxe . par exemple, à » léna, on souffre qu'un professeur enseigne à la » jeunesse , qiieles Gouvernemens sont contraires » aua: lois de la raison et de Vhumanité ; et » que par conséquent il n'y aura dans viii^^t, » dans cinquante ou dans cent ans , plus de » gouçernenuns dans le monde. » ( Mémoires sur le Jacobinisme en Allemagne , année i 794. )

On pourroit même dire en quelque sorte : la plupart des Princes Allemands ne veulent pas que les écrivains combattent et cette doctrine et la secte qui la propage. Une société d'hommes très-estimables et très-bons citoyens , autant que l'on peut en juger par leur journal intitulé VEudemonia ( le bon esprit ) , se consacroit à dévoiler les pièges, les principes et les dangers des lllu' ininés. Il n'est presque pas un seid Prince qui favorise ce journal , et plusiems l'ont proscrit de leurs Etats , et y laissent librement circuler tous ceux des Jacobins. UEudemonia vient d'être défendu dans les Etals même de la maison d'Autriche , sous le spécieux prétexte que le but de ce Journal est bon , mais qu'il fait connoître des principes qui ne sont pas assez biens réfutés. La preuve qu'ils le sont beaucoup mieux que les Illuminés ne le voudroient , c'est que leur Patriarche , c'est que leur Gazette littéraire de Gotha savoientdéjà et publioienl la défense , avant que la nouvelle n'en eût encore transpiré à Vienne même. La ruse du prétexte sera moins surprenante , quand

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on saura que parmi les Commissaires de la cen^ sure , c'est-à-dire , parmi les juges de ce Journal et de tous les ouvrages publiés à Vienne , se trouvent au moins ces deux Illuminés bien connus , Sonnenfels et Retzer , qui , très-certainement , pour des livres d'une autre espèce auroient su réclamer la liberté de la presse.

Enfin en Allemagne, il est une autre espèce de Jacobins, qui font aujourd'hui les plus grands progrès. Ceux-ci sont les disciples du Dieu Kant^ sorti de ses ténèbres et du chaos de ses calhégories, pour nous dévoiler les mystères de son soidisant Cosmopolitisme. Dans le système de ce fameux Docteur, i.° il est désespérant de se voir obligé de chercher dans V espoir d'un autre monde le but, la destination de l'espèce humaine. 2.° Il n'en est point de l'homme conduit par la raison , comme des bétes conduites par l'instinct. Cellesci ont chacune pour but le développement de toutes leurs facultés ; ce but parmi les animaux, est rempli par chaque individu. Parmi les hommes , au contraire, le but est pour l'espèce, non pour l'individu ; car la vie de l'homme est trop courte pour atteindre la perfection , le développement complet de ses facultés. Dans la classe de l'homme, tous les indii^idus passent et périssent ; V espèce seule demeure , seule elle est immortelle. 3.° Pour l'homme encore , le but de l'espèce ne peut se remplir , c'est - à - dire ses facultés ne peuvent se développer entièrement que dans la société la plus parfaite. 4-° Cette société la plus parfaite seroit une conjédèration générale de tous les peuples , tellement unis entre eux qu'il ne fût plus parlé de dissensions, de jalousies , d'ambition , de guerres. 5.° Des milliers et des milliers d'années s'écouleront peut-être avant l'heureuse période de cette paix perpétuelle ; mais <:< quelque idée qu'oii » se fasse du libre exercice de la volonté , si est-

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« il certain que Jes résultats apparens de cette » volonté 5 les actions des hommes , sont , ainsi w que tous les autres faits de la nature , déterra minés par des lois générales. » Cette nature marche d'un pas lent , mais certain , à son objet. Les vices, les vertus, les sciences, les dissensions des hommes , ne sont pour elle que des moyens sûrs et infaillibles , par lesquels elle conduit l'espèce humaine, de génération en génération, à la parfaite civilisation. Tôt ou tard , l'époque de la confédération générale , de la paix perpétuelle , arrivera. Cependant à cette époque même , l'espèce humaine n'en sera encore qu'à moitié chemi» de son perfectionnement. — Je ne sais pas s'il plaît au Dieu Kant de nous dire quelle est l'autre moitié de la route qui reste à parcourir. ( Voy. Idée d'une histoire universelle dans les çues du citoyen du monde , par M. Kant , spectateur du Nord, Avril i 798. ) Mais en attendant, ses disciples en grand nombre nous disent que « l'Europe doit nécessairement se dissoudre en » autant de Républiques qu'il y a maintenant de » Monarchies ; et qu'alors seulement le genre » humain se montrera dans toute sa force et sa » grandeur ; qu'alors on ne verra plus des êtres » incapables à la tête des Nations : quelles arri- » veront à ce haut degré de perfection dans » lequel se trouve aujourd'hui la France , où la » naissance n'est plus rien , où^ l'on paî'vient à » tout par le génie et les talens. » ( Mémoires sur le Jacobinisme en Allemagne. ) En attendant encore, d'autres disciples sentent parfaitement ce que c'est que cette autre moitié du chemin à parcourir , pour arriver au perfectionnement de l'espèce ; et pour ceux-ci , l'homme perfectionne , c'est l'homme n'ayant plus d'autre maître que lui-même , d'autre loi que sa raison j c'est l'homme

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du professeur de lèna , l'homme de Weishaupl et

de Babœiif. (a)

Malgré la diiférence des procédés , il est en efi'etaisé de voir que le système du Docteur A"««^, aujourd'hui encore professeur à Kœnigsherg , vient ultérieurement se confondre avec celui du Docteur Weishaupt , ci-devant professeur à Ingolstadt. C'est près de l'un et l'autre celte même haine de la Révélation, ce même esprit d'impiété, qui ne peut souffrir l'idée d'un monde à venir , ou toutes les énigmes de celui-ci se résolvent par la sagesse et la justice du Créateur , où le grand objet de chaque homme et de tout le genre humain, se dévoile au tribunal d'un Dieu vengeur él rémunérateur. C'est dans Kant et Weishaupt la même prétention au génie, punie par le délire de leurs suppositions également gratuites et absurdes, qui ne laissent à la génération présente , pou^ toute consolation de tous ses désastres , que le règne imaginaire de ces Cosmopolites , dont il

(a) Je n'ai point eu occassion de lire les ouvrages du Docteur Kant en Allemand j il a plu h M. Nitsch d'en publier en Anglais une espèce d'analyse. Ceux qui redouteront de jeter les yeux sur ce vrai chaos de catliegories , peuvent lire le compte qu'en a rendu le British Critic , Août X796. Cette lecture suffira pour juger de l'absurdité des argumens que le Docteur Prussien entasse Contre la possibilité même de la Réve'lation. — M. IVillich , vient aussi ^e montrer l'émule de M. Nitsch pour la gloire du ténébreux Professeur. J'ai vu l'analyse que M. JVillich nous donne , et les éloges qu'il fait du projet de paix perpétuelle. Je ne sais pas pourquoi îl se contente de mettre le titre de l'ouvrage qui a le plus de rapport îi celui-là, du traité dont j'extrais les principes de Kant sur son Cosmopolitisme. Le disciple auroit-il eu peur de mettre un peu trop à découvert l'école de son maître, et d'apprendre franchement aux Anglais à quoi doit aboutir tout ce système de Cosmopolitisme , de paix perpétuelle /

PE L*bîPlÉTÉ ET DE L*AnARCHIE. 39^

îenr plaît de voir la terre se peupler au bout des milliers et des milliers d'années. C'est dans l'un et l'autre , la nième hypocrisie de sensibilité et de vertu , cherchant à se cacher que tout individu persuadé que la nature n'a point d'objet sur lui , ne lui a point donné de but fixe et personnel , s'en fera bientôt un à lui-même , suivant son inté* ret ou ses plaisirs, et se mettra fort peu en peine, de ces Cosmopolites à venir, de leur paix perpétuelle, et d'un bonheur qui ne doit luire que vingt ou trente siècles après sa mort. C'est la même ineptie d'un fatalisme qui nous montre par-tout une nature faisant toujours ce qu'elle veut, malgré toutes nos volontés, dominant toutes nos actions par ses lots générales ; qui ne s'en plaint pas moins de nos lenteurs à seconder le grand objet de la nature, comme si nous étions libres de hâter ou de retarder par nos actions tous ses projets. Toute la différence que je vois ici entre ces deux héros du Jacobinisme Tudesque , c'est que l'un, au milieu de son école de Kœnigsberg , s'enveloppe de tous les dehors pacifiques , tandis que l'autre, dans ses mystères, presse et anime ses adeptes , souffle son enthousiasme et ses fureurs à ses Epoples , en leur montrant le jour où il faudra recourir aux moyens de la force , subjuguer et étouffer tout ce qui leur résiste. Mais la pacifique divinité de Kant nea inspire pas moins dans les écoles, le vœu de ce grand jour où les hommes de la liberté et de l'égalité domineront. Ses collègues dans les Universités , ne répètent pas tous les mômes principes avec le même sens froid. Les disciples s'échauffent, les Jacobins sourient ; et à mesure que le système s'étend, les élèves de l'une et l'autre école s'unissent, forment leurs alliances souterraines. Sous prétexte de cette paix perpétuelle qui attend les générations futures , ceux-là

^oo Conspiration des Sophistes

ont commencé par déclarer et faire à l'Univers ïine guerre de cannibales 5 et de ceux-ci à peine en est-il un qui ne soit prêt à livrer sa patrie , ses lois et ses concitoyens, pour hâter l'empire de leurs Cosmopolites, annoncé par l'oracle de Kant ou celui de V Homme-Roi , prédit par le liiérophante Weishaupt.

Tel est aujourd'hui l'état de la secte en 'Allemagne. Elle est dans les Clubs, dans les Loges, dans les Sociétés littéraires , dans les Bureaux des Dicastères, et dans le sein ménre des Princes. Elle y varie ses formes et ses noms ; mais sous tous les noms et toutes les formes possibles , elle tient ces malheureuses contrées sous la trame d'une conspiration habituelle. Tous les Trônes y sont sur un volcan , dont les feux n'attendent , pour éclater , que le moment propice à l'explosion. La serte Pourquoi uc m'cst-il pas donné d'annoncer que en Angle- la sccte coospiratrice a au moins respecté celle **"^' des Nations qui, le plus sagement contente de ses lois , devoit aussi se montrer la plus cqnstante à repousser les mystères et les complots désorganisaleurs ? Mais Tadepte Rœntgen , Ministre de Petkun 5 envoyé à Londres, sous les auspices d'un grand Prince , n'est pas le seul apôtre de Weishaupt qui ait traversé l'Océan pour illuminiser l'Angleterre. Au seul nom de Xavier Zwack , on s'est ressouvenu à Oxford du séjour que ce digne élève du Fondateur étoit venu y. faire pendant un an entier , après sa fuite de Bavière. L'exactitude de son signalement , tel que je l'ai traduit des écrits originaux , n'a pas permis de méconnoître le vrai Caton de l'Ordre. On a conçu alors quel étoit son véritable objet , lorsqu'il disoit n'être venu dans cette ville que pour s'instruire dans sa fameuse école. Mais le temps et le lieu éloientpeu propices à une mission, à des principes

qui

qui ne dévoient aboutir qu'à lui concilier le plus juste mépris de la part des Docteurs. Celui qui lui avoit confié quelques découvertes , l'astronome Hornshy n'en a pas moins conçu comment l'adepte Zwack avoit pu les publier en Allemagne, comme le fruit de son propre génie, et comment, dédaigné par l'Université , il avoit évité de s'y montrer de nouveau , quoiqu'il n'en fût parti qu'en annonçant son retour pour l'année suivante. D'autres apôtres sont venus suppléer à sa mission ; et notre zèle pour la vérité , notre reconnoissance pour une Nation à qui nous devons un asile , nous obligent de l'avertir que cette mission des enfans de Weishaupt , n'a pas été absolument sans fruit pour les adeptes.

Quand M. Piobison a imprimé qu'il existoit en Angleterre des Loges maçonniques souillées par la présence et la fraternité des Illuminés Bavarois, l'honneur patriotique s'est récrié ; des hommes qui se font une espèce de tribunal sur l'opinion publique, ont cru avoir le droit de sommer ce respectable écrivain de produire ses preuves. Je ne sais point quelle a été la réponse de M. Robison ; je sais seulement qu'il auroit pu leur dire : lorsque les personnes constituées en autorité voudront m'interroger , je suis prêt à répondre. Je répondrois aussi à ceux qui , sans autorité , me dejfuandent ces preuves ; mais il en est que les circonstances peuvent empêcher de tendre publiques. Il en est qu'il sulïit de dévoiler au Miiiisicre , à cause des précautions à prendre pour déjouer la secte. 11 en est même qui sont démonstratives pour un auteur , par une multitude d'incidensqni les rendent évidentes pour lui, sans que pourtant il puisse les appuyer de^ ce qui est requis pour les rendre légales. ;^. « p

Je fais ces observations avec d'autant plus de Tome IV. Ce

4o2 Conspiration des Sophistes fondement , que très-certainement les Minisires ont entre les mains des preuves compétentes , que leur sagesse cependant ne permet pas de rendre publiques. Je les fais, parce que M. Robison nous en a dit au moins assez dans son appendice et dans ses noies, pour persuader qu'il est suffi -^ samment instruit , quand il annonce l'intrusion des Illuminés dans quelques Loges Anglaises et Ecossaises , sans se croire obligé de désigner ces Loges , ou sans pouvoir même les spécifier. Mais il n'a pas voulu sans doute s'exposer au sort du célèbre chevalier Zimmermann , que tout le monde sait avoir été , dans de pareilles circonstances , la victime de l'Illuminé Knigge , non assurément que celui-ci fût accusé innocemment , mais parce qu'il rtianquoit alors contre lui une de ces preuves qu'on appelle légales ; parce qu'il n'étoit pas alors assez facile de démontrer légalement que Philon et Knigge n'étoient que deux noms du même homme ; ce qui est aujourd'hui si évident par ses ouvrages mêmes et par ceux des adeptes. Il seroit à souhaiter que les mêmes hommes qui se sont permis de traiter M. Robison de calomniateur , eussent réfléchi que la secte a bien des moyens pour influencer de pareils jugemens; qu'il est dans ses lois de perdre dans l'opiuion publique les écrivains de mérite qu'elle ne peut attirer dans ses pièges ; que M. Robison est très-certainement un de ceux qui ont à ce titre un vrai droit à sa haine. J'ajoute volontiers : il seroit à souhaiter que M. Robison eût pu répondre, en publiant toutes ses preuves ; je suis très-convaincu que ceux-là même qui se sont permis de le juger d'une manière si incompétente et si outrageante , lui auroient voté des remercîmens pour le service u'il a rendu à sa patrie , dont le zèle est sans oute dans leur cœur comme dans le sien même,

DE L'hiPIÉTÉ ET DE l' ANARCHIE, 4o^

mais dont ils n'ont pas pu cormpiire les dangers comme lui.

Malgré l'opposition qui se trouve entre ce respectable auteur et moi, sur quelques articles, et spécialement sur la Religion catholique (a) et sur les Jésuites , dont il eût parlé bien différem-

(a) Je ne pense à rien moins ici qu'à repondre aux préjugés religieux de certains écrivains contre les Catholiques j mais que font à la Révolution Française la confession , les vœux monastiques , les indulgences , la juridiction purement spirituelle du Pape , et autres ar^ ticles de cette nature ? La preuve que tous ces objets-là sont bien loin de contribuer à cette Révolution , c'est que les Jacobins n'épargnent rien pour les détruire. Dans un livre contre ces Jacobins , à quel propos allez-rous donc exhaler l'humeur que notre symbole vous inspire î Je pourrois dire à bien des auteurs coupables de cette imprudence : commencez au moins , Messieurs , par mieux connoître notre foi ; et dans l'occasion vous verrez si nous savons la défendre. Je pourrois dire h d'autres : laissez-nous à nous-mêmes le soin d'exposer ce que noua croyons ou ce que nous ne croyons pas. Vos justifications mêmes en ce genre peuvent nous être à charge , malgré toutes vos bonnes intentions. M. Robison croit trèscertainement avoir parlé en faveur de l'Eglise de Franco, lorsqu'il nous dit que cette Eglise s'étolt depuis long-tems mise dans l'indépendance de la Cour de Rome. Si par \a^ Cour de Rome , il entend une domination temporelle du Pape , l'Eglise de France n'a jamais eu la peine de s'y soustraire ; elle ne l'a jamais reconnue. S'il entend la juridiction purement spiruelle du Pape, nosEvêques, et tout notre Clergé, et tous nos Catholiques Français sont loin de vouloir s'y soustraire. Tons croient encore ce qu'ils ont toujours cru , que le Pape , successeur de St. Pierre , a sur l'Eglise de France, comme sur toutes les autres, les droits du premier des Pasteurs. Tous savent que cette juridiction du Souverain Pontife ttenth notre symbole , comme une partie essentielle delà Hiérarchie établie pur Jésus - Christ. Mais tous savent aussi que cette juridiction du Pape, comme celle de tout Evêque, de tout Pasteur n'est nullementun rovaume dr. ce monde, qu'elle nous laisse tous nos devoirs eavers les Souverain?^

Ce 2

4o4 Conspiration des Sophistes ment , s'il eût eu comme nous sous les yeux la preuve que toute l'histoire de leur Maçonnerie n'est qu'une fiction et une ruse dont les Illuminés se sont servis pour duper les Maçons , et détourner des vrais conjurés l'attention du public ; malgré celte opposition, je ne cesserai point de dire qu'il a mérité la reconnoissance de ses compatriotes , en leur montrant la monstrueuse secte qui ne les comprend pas moins que les autres Nations dans

et qu'elle ne peut en aucun sens nous dispenser de la fidélité, de la soumission aux lois de l'état. — Je proteste donc hautement contre ceux , qui de mon estime pour M.Robison, croiroient pouvoir conclure que mes éloges tombent aussi sur les parties de son ouvrage auxquelles ma foi me défend de souscrire. — Je profite de cette occasion pour observer que , lorsqu'il s'agit de la Révolution , Prptestans et Catholiques , tous doivent faire cause commune , et laisser là les préjugés religieux des uns contre les autres, puisque l'impiété des Jacobins ne veut du symbole ni des uns ni des autres. D'ailleurs chaque parti a presque également perdu le droit de se louer plus que les autres sur la Révolution. Weishaupt et Caton-Swack sont des Catholiques apostats j Pliilon Knigge et Nicolaï sont des Protestans apostats j Thom- Payne est un Anglican apostat. En France, les Bourgeois catholiques de Paris, les Bourgeois calvinistes de Nîmes; en Irlande, une partie de la populace catholique dans les armées des révolutionnaires , et leurs chefs protestans j des Illuminés sortis en Allemagne d'une Université catholique, et toutes les Universités luthériennes se remplissant de Professeurs illuminés; tout cela devroit bien mettre fin aux reproches mutuels. Je trouve sur cet objet beaucoup plus de sagesse dans les Allemands luthériens ou calvinistes avec qui je corresponds. Ils n'épargnent pas plus les uns que les autres ; et ce sont eux-mêmes qui souvent me font observer la multitude des hommes de leur communion, devenus illuminés. Ils voient le Jacobinisme combattant toutes les communions ; et ils ont raison de vouloir que toutes oublient leurs reproches mutuels pour se réunir contre les Jacobins.

DE L*ImPIÉTÉ et de l' ANARCHIE. 4o5

Ses complots. J'applaudirai toujours à la justice de sa cause , à l'ardeur de son zèle et à la droiture <le ses intentions. En attendant qu'il croie pouvoir développer ses preuves sur ce qu'il dit de l'Illuminisme de certaines Loges maçonniques Anglaises, je dirai au moins une partie des miennes.

11 est en Angleterre deux hommes que je sais avoir été recherchés par les Apôtres Illuminés. L'un est un très-honnéle Ofiicier de marine , qui conserve contre eux toute l'iiidignalion dont un cœur honnête est susceptible, et que le sien conçut, lorsqu'il se vit atrocement dupé par un Frère insinuant qui, sous prétexte de dévoiler les mystères maçonniques , l'entraînoit dans ceux de W eishaupt. L'autre est un homme de mérite, qui auroit pu en savoir davantage s'il n'avoit pas trahi sa vraie façon de penser, mais dont les lettres me répondent au moins de la vérité des faits suivans.

Parmi les livres qui nous montrent le mieux la multitude des Loges illuminisées , parmi ceux mêmes que les Frères Enrôleurs donnent à leurs Candidats d'un certain rang, il en est un qui a pour titre , Les Paragraphes. On voit dans celte production cet adepte, grand voyageur, du même nom que le chevalier Zimmermann , tout glorieux d avoir fait en Angleterre ce qu'il a fait en Italie et en Hongrie , d'avoir conquis à son Illuminisme phisieurs Loges de Franc-Maçons Anglais. Dans quelques-unes de ces Loges, l'Illuminisme fut trèsbien accueilli ; mais sur cinq dont l'auteur de la lettre est certain , il en est deux qui bientôt renoncèrent aux mystères de ^Weishaupt; les autres trois les conservent encore.

Un nouvel apôtre dans Londres succédant à Zimmermann , est celui qui étoit venu en Angleterre , sous le nom du Docteur /èi/ze/i , nom supposé peut-être , tels que les Frères voyageuis oat

Ce 3

4o6 Conspiration des Sophistes

soin d'en emprunter suivant les circonstances. Quoi qu'il en soit , ce Docteur se disant Ibiken , émissaire desLoges éclectiques de rilluminisme , commença par s'unir à quelques Quakers ; il fut ensuite reçu dans quelques Loges , y introduisit les moyens préparatoires, et finit par illuminiser complètement quelques -uns des Frères dupes. Il se vantoit aussi de bien des succès en Irlande et en Angleterre ; il annonçoit à ses élèves que bientôt il se feroit dans leur pitoyable et mesquine Franc-Maçonnerie, une grande révolution. — Ceux à qui ce langage éloit inintelligible , me disent l'avoir parfaitement compris, depuis que j'ai publié le code de la Secte. — Ils ont perdu de vue le Docteur Ibiken» La vigilance du Ministère l'a averti d'aller porter ses tnystères ailleurs.

Peu de temps après cet Ibiken , parut encore en Angleterre un quatrième émissaire se disant Alsacien , et ci-devant aumônier dans la Marine française. Celui-ci arrivoit d'Amérique , sous le nom de Régiuhard, Il s'atlendoit à être bien accueilli de quelques Loges Anglaises en correspondance avec celles qu'il avoit laissées à Boston , et qui , disoit-il , avoient fait de grands progrès depuis leur union avec les Frères débarqués de France en Amérique. Ce Réginhard paroissoit moins zélé que les autres apôtres ; il ne cachoit pas même la répugnance qu'il avoit pour une mission qu'il disoit lui-même peu d'accord avec son état. Et c'est de lui sur-tout que l'auteur de la lettre qui me fournit ces détails , apprit à connoître l'existence de Fllluminisme sur les bords de la Tamise. En voilà bien assez pour prouver que les Illuminés n'ont pas laissé leurs émissaires oublier l'Angleterre. Je dirai même plus ; malgré l'honorable exception que j'ai faite pour les Loges Anglaises , je ne suis plus surpris de voir l'Iliumi-

nisme accueilli par un certain nombre de leurs adeptes. Et c'est ici sur-tout que je crois devoir répéter que dans cette exception je ne comprends que cette espèce de Franc-Maçonnerie que j'ai appelée Nationale , celle qui se réduit aux trois premiers grades. Dès la première édition de mon second volume , j'aurois eu l'attention de borner plus expressément cette exception , si j'avois eu connoissanced'une brochure intitulée Free ,Mason ry , a word to the wise ! Je vois ici les Frères Anglais se plaindre eux-mêmes de l'introduction d'une foule de grades dont il est du dewir du Gou-pernement de réprimer l'immoralité, l'impiété , celle en particulier des Rose-Croix. ( pag. 9. ) Et je crois l'avoir prouvé : du système des arrière-Rose- Croix à celui de Weisliaupt , le passage est aisé.

11 existe une autre production imprimée, il y a cinquante ans , sous ce titre : De l'origine des Franc-Maçons et de leur doctrine. Cet ouvrage m'eût été bien utile , si je l'avois connu plutôt. Qu'on ne m'accuse plus d'avoir été le premier à dévoiler qu'une égalité et une liberté impies et désorganisatricesétoientle grand secret des arrière- Loges. L'auteur de cet ouvrage l'annonçoit tout aussi positivement que moi, et le démontroit dès lors très-clairement, en suivant pas à pas les grades de la Maçonnerie Ecossaise , tels qu'ils existoient alors. Le temps a pu changer leur forme ; mais très-certainement la multitude des grades mêmes appelés philosophiques , n'a rien ajouté à l'esprit du système qui alors se dévoiloit dans la Loge des Frères appelés Architectes Ecossais. Les Maçons de ce grade ne valent pas mieux que nos Illuminés. On ne sauroit croire combien ils sont rusés. Puisqu'ils sont encore répandus en Angleterre et en Ecosse, il est encore temps d'en dire un mot pour éveiller sur eiixTaltenlion du Gouvernement. Mais

Ce 4

4o8 Conspiration des Sophistes

passons tout de suite à leurs derniers mystères,

« Lorsqu'un candidat se présente pour être reçu » Architecte Ecossais,\e portier (Frère Terrible) » lui demande s'il a vocation à la liberté , à Véfi galité , à V obéissance , au courage et à la fer- » meté> » Quand il a répondu qu'oui, il est introduit dans la salle. « La planche , tracée sur le » plancher, ne représente plus ici le temple de » Salomon , mais les cinq animaux suivans : un » Renaxd , un Singe , un Lion , un Pélican et » une Colombe, » Après les signes et le mot du guet Adonaï donnés au candidat , l'orateur commence un discours énigmatique , dont voici une » partie : La finesse , la dissimulation , le courage , » Tamour, la douceur , la ruse, l'imitation , la y> fureur , la piété , la tranquillité , la malice , la » bouffonnerie , la cruauté , la bonté et l'amitié » sont une même chose , se font dans une même » chose. Elles séduisent , inspirent de la joie, et 3> causent de la tristesse , procurent de l'avantage » et des jours sereins. Il y a cinq de ces choses , >> et cependant elles n'en font qu'une. Bientôt , » bientôt, bientôt , par celui qui est , qui sera, et » qui a été , etc.

» Le reste du discours est dans le même goût. )^ Quelque obscures que ces choses paroissent , )> elles ne laissent pas d'être fort claires , si l'on 3> fait attention aux figures qui désignent le caracî) tère des Franc-Maçons. La/messe du Benard « est donc celle sous laquelle l'Ordre cache son » but. L'imitation du Singe , cette souplesse » d^ esprit , cette adresse ai^ec laquelle les Franc- » Maçons s' accommodent ausc divers lalens et » au goiit des aspirans.,. Le Lion marque la « force et Je courage de ceux qui composent la » société... Le Pélican est un emblème de la fcn- » dresse qui règne parmi les Frères... L'humeur

DE lImpiété et de l*Anarciiie. 4^f^ » paisible de la Colombe représente la paix de » l'âge d'or , ou bien ces jours sereins que les y> Ffanc-Maçons promettent à V Univers, »

L'auleur qui nous fournit ces instructions , a Jong-tenips vécu avec les Franc-Maçons de cette espèce ; il s'est souvent trouvé dans leurs Loges, dans leurs conseils , leurs délibérations sur les moyens de remplir leurs projets , et il ajoute i « Lorsqu'on procède à l'initiation d'un candidat » Ecossais , il n'est pas de règle qui oblige de lui » faire connoître , à l'instant de sa réception , l'ob- » jet de la société en termes clairs , mais setde- » ment en termes insuffisans , pour lui donner » tout-à-fait à entendre la morale et la politique » qui sont universellement reçues. Le soir de sa » réception, on ne lui dit autre chose, sinon que » la liberté et Vègalité entre les Frères sont l'uni- » que but de la société. — Mais si l'Architecte reçu » donne des marques d'une parfaite docilité pour » le but de la société , alors on lui découvre le » dessous des cartes , ou plutôt l'objet capital de y> la société , qui est de réduire tous les hom- » mes à une égalité réciproque , et de donner au, » genre humain la liberté naturelle. Enjin , après » quelques jours d'assemblées , ils disent ouver- » tentent que l'expression de rendre tous les liom- » mes égaux entre eux , et le genre humain libre, '> comprend indistinctement toutes les personnes , »> de quelque qualité et condition qu elles puis- » sent être , sans même en exclure les Magis- « trats , les grands et les petits. » ( De l'origine des Franc-Maçons , grade d'Architecte. )

Les cérémonies , le catéchisme de ce grade Tiennent parfaitement à l'appui de ces explications. En un mot 5 tout y montre si bien l'objet de ces derniers mystères dans l'égalité et la liberté , que l'auteur croit pouvoir attribuer l'origine , ou du

4tô Conspiration des SopriisTEs moins la restauration de la Franc-Maçonnerie à Ciomwel et à ses Indépendans. Il s'en seroit tenu à la restauration , s'il eût connu au moins le ma^ iiuscrit d'Oxford. Il résulte toujours de cet ouvrage des conséquences importantes, les unes pour l'histoire de la Franc-Maçonnerie , et les autres pour le Gouvernement. Il esï d'abord aisé d'en conclure que les mystères désoi'ganisateurs des arrière-Loges sont au moins antérieurs à l'empire des Sophistes Français. Ceux-ci leur ont donné sans doute leur tournure ; ils ont multiplié et varié les grades à leur manière; mais leurs principes étoient dans les Loges long-temps avant Voltaire. Les Kadosch mêmes étoient d'avance dans le Franc- Maçon Architecte Ecossais, Quand on demande à celui-ci dans son catéchisme comment il s'appelle , il répond , rusé et simple ; le Kadosch peut répondre , hardi et impatient. La difîérence est dans le caractère et non dans les systèmes. Ce grade ^Architecte Ecossais nous explique encore d'où vient cet ascendant des Loges Ecossaises , et pourquoi les autres, dans les divers Empires, sont si jalouses de correspondre avec la Mère-Loge , dite ô!Héredo7n de Kihinning , en Ecosse, C'est là que les fameux Architectes de V égalité et de la liberté sont toujours supposés être dépositaires des derniers mystères. C'est là aussi que , malgré l'influence du Grand-Orient de Paris , aimoient à s'affilier nombre de Loges Françaises , de Marseille, par exemple, d'Avignon, de Lyon, de Rouen , et bien d'autres (a).

(a) J'ai entre les mains l'original de patentes , donnant à un Frère Maçon le pouvoir d'e'riger des Loges sous la de'pendance de celle de Rouen. Auprès de celle-ci re'side un Provincial Maçonnique , avec le droit de juger les procès ou dissensions des Loges qui constituent sa pro-

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 4 h Enfin , ce que la découverte de ce même grade d'Architecte Ecossais nous dit d'intéressant pour les Gouvernemens , sur-tout pour l'Angleterre , ce sont les dangers d'un Etat dans lequel , parmi tous ces Frères d'une innocente égalité , il en existe toujours un nombre suffisant pour transmettre les derniers mystères de la secte.

Malgré tout le secret que savent observer entre eux cette espèce d'adeptes, qui ne voit pas que leur existence est une perpétuelle conspiration contre l'Etat ? Et comment s'étonner que les Illuminés arrivés dans ces contrées y aient trouvé des hommes tout disposés à fraterniser avec eux , à réunir leurs complots et leurs moyens ? Quelque exempte que soit de ces complots la très-grande partie des Maçons Anglais , n'en est-ce pas assez pour voir que le fléau peut encore sortir de leurs Loges , et que la présence des bons n'y a long-temps servi qu'à découvrir les projets des méchans ? Qu'on ne me dise pas au contraire que les bons empêchent les mauvais d'agiter leurs complots; car il est des rendez-vous où ceux-ci savent exclure les autres, quoiqu'une même Loge serve d'asile général. Il est même aujourd'hui , et je sais les personnes qui en ont instruit le Ministère , il est des Loges maçonniques qui, suivant l'expression d'un des Frères qui les fréquentoit encore il y a peu de mois, n'ad-

rlnce ^ mais lorsqu'il s'agit d'affaires importantes et majeures , c'est h la Loge d'He'redom qa'est re'servélc droit de prononcer. Voilà bien ce que l'Empereur eût appelé un empire dans l'empire , ou plutôt un empire dans tous les empires. Observez que héredom ( harodim ) , suivant les Frères , est un mot bebreu signifiant cliefs. gouverneurs. Note? encore qu'il existe un grade appelé ^rand Architecte ^ tout diffe'rent de celui que je viens de de'crire. La multitude de ces grades ue sert qu'^ mieux cacher l'objet.

4iz Conspiration des Sophistes mettent point de ceux qu'ils appellent Arlstocra" tes ; pas un seul. On entend ce langage ; et combien de mystères n'explique-t-il pas ? 11 est même des Loges dont l'entrée est un vrai labyrinthe. Les adeptes n'en sortent jamais par la même maison par laquelle ils y sont arrivés. Souvent , pour échapper aux recherches de l'autorité publique, ils prendront en sortant un costume , un habit diiiérent de celui qu'ils avoient en y entrant.

Mais quand la secte n'auroit pas ces ressources dans certaines Loges Anglaises , Chauvelin et Yander Noot , en quittant Londres, ont su laisser d'autres agens (a). Le danger général se connoît par des faits particuliers ; qu'on ne s'étonne donc pas de me voir entrer dans les détails suivans sur la conduite de la secte et des émissaires du Jacobinisme en Angleterre. De tout ce qui menace une

(^) A l'occasion de ce Chauvelin , j'observerai qu'un des caractères particuliers au Jacobinisme, c'est de changer les Ambassadeurs en chefs de conjures. La Hollande , l'Autriche , l'Italie , la Suisse , Constantinople l'ont éprouvé successivement. Quant à l'Angleterre , elle en a eu la preuve non-seulement à Londres , mais dans ses possessions d'Amérique. Le 2i Juillet 1797 y le Jurl de Quohec condamna à mort le nommé David Léan , accusé et convaincu d'avoir parcouru le Canada en émissaire déguisé en marchand, etdansle fond tramant une conspiration qui devoit livrer aux Jacobins toute la Colonie. Déjà il avoit pris toutes les précautions de la secte. Il s'étoit uni des Frères liés par le serment ordinaire du plus profond secret. L'usage des piques et des autres armes à fournir à la populace , n' avoit pas été oublié. Les Frères de Québec et de Montréal dévoient , au printemps suivant , se trouver prêts à seconder une flotte et dixmille .soldats envoyés par les tyrans de France. En remontant à la source du complot , il fut démontré qu'il avoit été traméh Philadelphie , et que David Léan n'étoit que l'émissaire du sieur Adet^ alors Ministre des Pentarques auprès des Etats-Unis.

DE l'Impiété ET DE l'Anarchie. 4^3

nation de bienfaiteurs , rien n'est indifférent à la reconnoissance.

Dès la première année de l'émigration, honoré des bontés de M. Biirke , je servis d'introducteur à un homme chargé de prendre ses avis sur l'usage à faire d'une lettre écrite à Manuel , alors le Robespierre dominant à la Commune de Paris , nu. grand club des Jacobins , et avec Tallien , l'ordonnateur des massacres de Septembre. Cette lettre a voit été écrite pour un Seigneur Français , qui, voulant repasser pour quelque temps en France , avoit cru devoir se faire recommander par un Jacobin au grand Ordonnateur. L'épouse de ce Seigneur suspecta la recommandation et la décacheta. La lettre commençoit en effet par une espèce de recommandation , mais elle finissoit par Manuel; qu'au reste ledit Seigneur n'étoit qu'un franc Aristocrate dont il falloit se défaire par les piques ou par la Guillotine , pour l'empêcher de revenir à Londres. Entre ces deux articles éloil le le compte rendu à Manuel de l'état des Frères émissaires à Londres. On y lisoit entre autres, que leur dernière assemblée secrète avoit été de cin(/ cents ; qu'ils étoient tous remplis d'ardeur ; que leur nombre s'augmentoit chaque jour, et que tout annonçoit les plus grandes dispositions pour arlx)rer la cocarde révolutionnaire. Il n'y avoit pas à délibérer sur cette lettre ; elle fut mise sous les yeux du Ministre.

Malgré les précautions que la sagesse put suggérer , au lieu de diminuer , les émissaires de la S€Cte ne lirent qu'augmenter à Londres. Bientôt elle y en eut plus de quinze cents, de ceux mêmes qu'on peut appeler la légion de Jourdan coupetête. Il se trouvoit alors en Angleterre deux hommes élevés à tout l'art de la police Parisienne, auxquels les Ministres Anglais s'adressèrent pour

4i4 Conspiration des Sophistes distinguer les émigrés honnéles de ces nouveaux venus. Il fut constaté que ceux-ci étoient l'élite des brigands de totites les Nations , et sur-tout des bandits détenus autrefois à Blcétre , ou bien aux Galères, ou même condamnés au dernier supplice , mais dont Necker , d'Orléans et Mirabeau avoient failles grands instrumens de la Révolution, et que leurs successeurs au grand club envoyoient préparer les voies en Angleterre. C'est sur-tout à cette découverte que sont dues les sages précautions du bill relatif aux étrangers.

Mais la secte est constante ; elle frémit depuis long temps sur les barrières que lui oppose l'An-* gleterre. A Londres , à Edimbourg et à Dublin , elle a aussi les Frères nationaux , les sociétés conspiratrices et correspondantes. A Londres même , elle a jusqu'à ces Frères dupes au plus haut de l'Aristocratie , saluant dans leurs orgies le peuple souverain, tandis que dans leurs antres d'autres Frères méditerît comment ils s'y prendront pour mettre à la réquisition du peuple souverain les possessions des Frères Lords , les trésors de la banque , les magasins du riche commerçant. \Jx aussi , d'autres Frères délibèrent comment , sous l'appât d'une réforme à faire dans la Constitution Britannique , ils y suppléeront par la Constitution de Tliom. Payne , de Syeyes , des Pentarques ; par celle des massacres , des exils , des déportalions , des déprédations , de tous les fruits de l'arbre de la liberté et de l'égalité. Là aussi , d'autres Frères instruisent les adeptes dans l'art des assassins ; d'autres forgent d'avance les piques et les haches. Oui , la secte a franchi cet Océan qui sépare la grande Bretagne du reste de l'Univers. Les adeptes n'ont point oublié la patrie de leurs ixuc.è* très , les Puritains , les Anabaptistes et les Indépendans. Ils les ont rétrouvés dans le fond de ces

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mêmes antres où Gromwel avoit su les reléguer , après avoir par eux détrôné , décapité son Roi , dissous le Parlement , et comme nos Pentarqnes mis la Nation séduite sous le joug. Les Frères d'Avignon ont revu leurs aînés dans les Illuminés de Swedenborg ; ils se sont souvenus des ambassades de la Loge d'Hampslead ; sous les auspices de Maùneduc , ils ont vu ses disciples former les mêmes vœux pour celle Jériùsalem Céleste, pour ce Jeu purifiant ( ce sont leurs expressions, je les ai entendues de leur bouche même ) , pour zefeu. purifiant^ qui ne doit embraser l'Univers par la Réçolution Française , que pour rendre triomphantes par- tout , et dans Londres même, comme dans Paris , l'égalité et la liberté des Jacobins.

Mais quelle suite de conspiration ne va pas s'ofiVir encore à l'Historien Anglais dans les fastes de ces sociétés, se disant, les unes constitutionnelles , et les autres correspondantes ? Ici l'oeil sévère de la Justice, les rapports des Sénateurs, la sagesse des Ministres ont dissipé les ténèbres. Les annales des conjurés eux-mêmes sont ouvertes ; et là, nous avons vu les Frères à' Edimbourg: liés pour les mêmes complots avec ceux de Dublin et de Londres , de Sheffield , de Manchester , de Stockport ^ de Leicester, de vingt autres villes, et tous d'intelligence dans les vœux , les invitations , les félicitations adressées aux Jîicobinslégislateurs (a). La société mère nous a offert tout l'art des Comités secrets du Grand-Orient sous

(a) Voyez snr toutes ces conspirations et sur les Sociétés correspondantes , les rapports des Comités aux Parlemens d'Angleterre et d'Irlande. Voyez aussi \' Appendice que le zèle du Traducteur Anglais de ces Ménaoires lui a suggéré d'ajouter à ce dernier volume, sur les complots qui 9at plus spéclalemeut mçnac^ ses compatriotes.

4 1 6 Conspiration DES Sophistes .

Philippe d'Orléans, tout celui de V Aréopage Bavarrois sous A^'eishaupt, tout celui même du club d' Holbach sous d'Alembert , pour séduire les peuples et pour les entraîner avec la même impiété dans la même révolte , pour unir les conseils et faire concourir les eiïbrls des Frères dispersés à la même Piévolution. En Angleterre , comme en France les associés ont eu leurs souscriptions , et le produit a été consacré à imprimer, àîVais communs 5 à faire circuler jusque dans les villages , l'Evangile de Thom, Payne , le vrai code de la rébellion ; tandis que d'autres Frères , pour distribuer au peuple , à ses propres dépens , tout le poison de l'incrédulité , ne rougissoient pas d'aller solliciter, de maison en maison , des souscriptions pour tout ce qu'il y a de productions impies , sorties de la plume de Voltaire , de Diderot , de Boulanger , de Lamétlierie , de tous les Déistes et de tous les Athées du siècle , et cela sous prétexte d'éclairer l'ignorance, en la mettant plus à portée d'étudier tous les blasphèmes des Sophistes.

Les Frères d'Edimbourg , comme ceux de Berlin , ne s'en sont pas ternis à ces moyens de séduction. Les adeptes Do^-nie et FFfl/;^sembloient avoir reçu du même Aréopage les mêmes ordres, pour la même marche , dans les mômes complots. Malgré la distance des lieux, c'est la même attention à distraire la vigilance des troupes par des incendies , pour triompher , par le désordre , de la force publique , et proclamer au milieu des émeutes . le code Jacobin. Jusque dans Londres même les adeptes ont eu leurs Frères assassins et régicides. Si dans Paris la tête de Louis XYI , Roi captif dans sa capitale, est tombée sous le tranchant de la guillotine ; si celle de Louis XVIIÏ , Roi fugitif à Uberlingen , a été atteinte d'un plomb meurtrier, celle de Georges III, au milieu de son peuple,

environuQ

DE l'Impiété et de l*Anarchie. 41 7 environné des acclamations , des transports de ï'amour le plus juste , a été désignée aux fusils des brigands. En détournant la balle régicide , le Ciel n'en a pas moins laissé à la secte, et la preuve, et la honte, et la scélératesse des mêmes attentats. Elle s'est fatiguée de ses crimes obscurs, pour soulever tout à la fois contre le Trône , contre le Parlement , contre toute la Constitution Britannique , toutes les forces de l'Empire , elle a distribué aux légions du continent les sophismes et les blasphèmes de la sédition ; elle leur a montré, comme en France , toute la discipline militaire à «ecouer , leurs chefs à jalouser , à immoler. Elle a eu l'art de mettre ses émissaires dans les flottes > elle a soufflé aux matelots séduits tous les par»jures , tous les artifices de la sédition ; et de ces mêmes hommes que le Ciel a choisis pour en faire sur l'Océan le fléau des Jacobins , elle a voulu faire des traîtres livrant leurs pavillons aux Jacobins. En Irlande , se promettant d'autres succès , eHe a promis à un peuple égaré l'indépendance de ses Autels et de ses lois, au prix d'une Révolution qui hait et brise tous les Autels , qui ne laisse pour lois à la France , à la Corse , au Brabant , à la Savoie , à la Hollande , à l'Italie , qua l'esclavage , sous le joug des cinq tyrans. Avec tous les parjures de l'Illuminisme, c'est au milieu de ce peuple sur-tout qu'elle a mis en usage tou5 les artifices du code de ^'V"eishaupt. C'est là sur-tout que les adeptes , en se croyant forts dunombre , sont sortis de leurs antres par légions. Déjà ce n'étoient plus de simples complots à étouffer ; déjà c'étoit toute la force des armées qu'il falloit opposer à la multitude des conjurés, appelant et attendant sans cesse les légions des Frères Carmagnoles. — Qu'il soit béni cet Ange tutélaire, qui sait faire avorter lant de complots, tant d^ si?dilion§ ! qui a su jus- Tome IV, ^'' J)à

4i8 Conspiration des Sophistes

qu'ici conserver cet Empire, proscrit plus que tout autre dans les conseils des conjurés! — Après avoir tracé l'origine , le code, la réunion , les attentats çt les succès de tant de sectes conspiratrices contre Dieu et son Christ, contre les Trônes et les Rois, contre la société et ses lois , puisse dans tous les temps, l'Historien se reposer dans cet asile de tant d'infortunées victimes , et terminant ses désastreux récits , jeter au moins un regard consolateur sur les rives Anglaises ! Puisse-t-il toujours dire : là, vinrent se briser tous les efforts ; là , échouèrent tous les complots, tous les artifices et toutes les fureurs du Jacobinisme, comme toutes ses flottes! Heureux nous-mêmes , s'il nous étoit donné d'avoir contribué, par nos travaux et nos recherches, à réveiller l'attention des peuples sur les vraies causes de tous les attentats et de tous les désastres révolutionnaires ! Heureux sur-tout , si nous pouvions nous flatter d'avoir éclairé sur ses propres dangers, celle des Nations dont toutes les autres attendent leur salut en ce moment; celle qui, devenue par sa bienfaisance, notre seconde patrie, nous voit former pour elle et pour son Roi, pour sa prospérité , les mêmes vœux que la nature nous inspire pour notre propre Monarque et nos concitoyens ! Il s'en faut bien que nous croyions avoir rempli notre tache , de manière à n'avoir pas besoin de l'indulgence de nos lecteurs. Nous avouons sans peine la foiblesse de nos talens , et les imperfections que nous trouvons nous-mêmes dans des Mémoires de cette importance pour la chose publique ; mais ce que nous assurons avec confiance , c'est que nous avons été vrais ; c'est qu'autant nous l'avons été dans l'exposé des causes de la Révolution, autant nous allons encore essayer de l'être dans l'exposé des vérités et des moyens qui nous semblent devoir (être la conséquence de nos démonstrations.

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