‹ Mémoires pour servir à lhistoire du Jacobinisme (volume 2)Chapitre 6 sur 24 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Congrès des Franc-Maçons à WiJhelmsbad ; de leurs diverses Sectes , et sur-tout de celles des Illuminés Théosophes.

V^E n'étoit pas une Société insignifiante que celle dont les députés accouroient de toutes les parties du monde à Wilhelmsbad. Bien des Franc- Maçons à cette époque croyoient pouvoir porter à trois millions le nombre de leurs initiés ; ceux de la Loge de la Candeur établie à Paris , dans leur Encyclique du 3i Mai 1782, se flattoient d'en trouver un million en France seulement. Dans son ouvrage sur les anciens et nouveaux mystères , M, Stark , l'un des plus érudits écrivains de l'Ordre , nous dit très-positivement , que dans le calcul le plus modéré on ne peut pas évaluer à moins d'un million, le nombre des Frères Maçons. (Chap. i5.) Que l'Historien s'en tiejme à ce calcul ; quelque partialité qu'il puisse affecter à la vue de ces Députés d'une Société secrète , composée au moins d'un million d'adeptes à la vue des élus accou-

^ (a) Pour tout ce Cliapître , voyez les <îerniefs Eclair- Cîssemens <îe Philon, depuis la paj^e 55 jusqu'à la pace 125 ; item , sa première lettre à Caton, Ecrits originaux tome 2 j ibid, sa convention aycc les Arc'opaoites '

F'ii

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rant de toute part à ce Congrès mysterienï , hifin des questions sérieuses , importantes pour les peuples et pour les Souverains , ne s'en présentent pas moins naturellement à notre esprit. De toutes les parties de l'Europe , du fond même de l'Amérique , de l'Afrique et de l'Asie, quel étrange intérêt appelle dans un coin de l'Allemagne, les agens, les élus de tant d'iiommes, tous unis par le serment d'un secret inviolable sur la nature de leur association et sur l'objet de leurs mystères ? Quels vœux et quels projets apportent avec eux les députés d'une association si formidable , sourdement répandue autour de nous 5 dans les villes et les campagnes , dans le sein de nos foyers et dans tous les Empires? Que vont-ils méditer et combiner entre eux pour ou contre les Nations ? Si c'est pour nous et pour le bien général de l'humanité, que leurs conseils se réunissent. De quel droit vont ils délibérer sur notre religion, nos mœurs ou nos gouvernemens ? Qui leur a confié nos intérêts ? Qui a soumis le monde à leurs décrets et à leur prétendue sagesse ? Qui leur a dit que nous voulions agir ou penser , ou être gouvernés d'après leurs délibérations ou machinations souterraines , ou bien, comme ils l'appellent, d'après leur industrie ou secrète influence ?

Si leurs projets sont des conspirations ou des vœux de changer notre culte et nos lois. Frères insidieux , et citoyens perfides , de quel droit vivent-ils au milieu de nous , comme enfans d'une même société , soumis aux mêmes Magistrats ?

Si ce n'est ni pour nous , ni contre nous ; s'il ne s'agit entre eux que de resserrer les liens de leur fraternité , de propager des vœux de bienfaisance , et l'amour général des humains ;

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 85 an peuple ces prétextes chimériques ! ad populum phaJeras ! Vous qui vivez sur les rives de la Seine ou du Tage , ou sur celles du libre ou de la Tamise, vous avez donc besom d accourir près dri Rhin o.i de l'Elbe; de vous reunir, et de délibérer avec des hommes que vous n avez pas vus jusqu'à présent , que sans doute vous ne reverrez plus ; vous en avez besoin pour apprendre à aimer et à secourir ceux avec qui vous avez habituellement à vivre ? LAmencam et le Russe , et l'Anglois courront en Allemagne, pour apprendre dans le fond d'une Loge , a être bienfaisans chez eux ? La nature et 1 évangile ne parlent donc pas assez haut, ailleurs que dans vos Planches Maçonniques ! Ou bien encore , pour le plaisir de vos Banquets Fraternels , vous aurez traversé les mers et les Empues . Pour porter vos santés enzig-zag^ ou en équerre, pour entonner vos hymnes à l'innocente égalité, vous aurez choisi pour vos mystères l'autre qu'anroient choisi des conjurés pour leurs complots ! Trouvez d'autres prétextes, ou bien ne soyez pas surpris de nous voir soupçonner des conspirations. Voilà ce que les Magistrats , les Souverains des peuples et chaque citoyen avoient droit de dire aux Franc -Maçons accourant à Wilhelmsbad ; ce qui ne fut pas dit , et ce qui eût peut-être sauvé aux Franc -Maçons la honte trop certaine de n'être devenus que les vils inslrumens et les complices de V^'^eishaupt. Si les corps religieux, si le corps Épiscopal lui-même avoient , en ce jour, tenu leurs assemblées générales , le Souverain eût profité du droit d'y envoyer ses Commissaires ; il les auroit chargé de veiller à ce que , sous prétexte des nestions ecclésiastiques , il ne se passât rien e contraire aux droits de l'Etat ; tous les Princes

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laissèrent les Franc-Maçons se rendre paisiblement à leur congrès de Wilhelmsbad. Les Frères arrivèrent de tous côtés, munis de passe-ports de l'autorité civile ; pendant plus de six mois ils entrèrent, et ils délibérèrent tranquillement dans leur immense et ténébreuse Loge , sans que les Magistrats daignassent s'inquiéter de ce qui s'y passoit pour eux ou pour les peuples. La politique s'en reposa sans doute sur les Princes que les Maçons comptoicnt parmi leurs Frères. Elle ne savoit pas qu'il n'est pour les adeptes de ce rang que des demi-coniidences. Elle ignoroit que pour les Comités secrets , les grands noms ne furent jamais qu'une protection , à l'abri de laquelle on sait se mettre , alors même que l'on médite la ruine du Prince protectenr. Elle ignoroit sur-tout que le vrai moyen d'échapper aux sociétés secrètes , c'est de n'en tolérer aucune , pas même celles qui seroient reconnues innocentes en elles-mêmes , parce que les conjurés n'ont point d'azile plus assuré que les ténèbres , pour se mêler à l'innocence , et pour l'entraîner tôt ou tard elle - même dans leurs complots.

Etat^é- ^^ ^"^ ^^^ Souverains ignoroient plus mallien- Tiéraide reusement encore, et ce qui leur eût fait un de-

ïa Franc— 'i / .• •• i /■'•.' '»!''.„.

Maçonne- ^oir ocs precautions de la severile , c est i état rie lors de dans lequel se trouvoit la Franc-Maçonnerie à bit^r^ê l'époque de leur trop fameuse assemblée de Wiihci- Wilhelmsbad. Les fastes des adeptes ne les présentèrent Jamais moins disposés à la réforme que quelques-uns d'entre eux sembloient encore désirer, et que le chevalier Baronnet Ecossais , André- Michel Ramsfiy avoit déjà tentée quarante ans auparavant. Il n'est pas même sur que la réforme méditée par ce célèbre Chevalier eût été bien avantageuse à la Religion. Pour attirer les Frères

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 87 vers quelque objet utile , il avoit conçu le projet d'une encyclopédie à combiner par les savans de l'Ordre maçonnique , répandus dans tout l'univers. (F. der aufgezogene vorhang derfreymaurerey y p, 3o2. ) Si les livres posthumes attribués à llamsay sortirent de sa plume , s'il fut le véritable auteur des Principes philosophiques sur la Beli^ gion naturelle et la Réi^élation , imprimés sous 'son nom en i 749 ? six ans après sa mort, je n'oserois pas dire qu'il n'eût pas oublié une grande partie des leçons qu'il avoit reçues de Fénélon , et que dès-lors une encyclopédie des Frères Maçons , eût mieux valu que celles des Pières Sophistes , Diderot et d'Alembert ; je ne répondrois pas dès-lors que les erreurs de la Métempsycose , et bien d'autres erreurs anti-chrétiennes n'eussent pas été le seul vrai changement fait aux anciens mystères des Loges. Mais , quoi qu'il en fût de cette réforme tentée par Ramsay , tout annonçoit que celle dont les Frères alloient s'occuper à Wilhcmsbad, se termineroit par la consommation des antiques mystères ou complots des Rose- Croix, (a) Sans rien perdre en effet de leur ira-»

(a) Je crois devoir ici dire quelque chose des observations qvie i'al reçues de divers Franc-Maçons , sur ce qu'on a lu de leurs divers grades , dans le second yolunie de ces Mémoires. Suivant quelques-uns de ces Frères , j'en ai beaucoup trop dit j suivant les autres, il s'en faut bien que j'aie tout dit. On sent queles premiersr sont du nombre de ceux que j'ai compris dans l'exceptioa des Frères trop honnêtes pour être admis dans les derniers mystères j et les autres de ceux qui, après avoir tout vu dans les arrière-Loges, ont enfin rougi et se repentent d'avoir pu mériter les derniers honneurs maçonniques. Je dois aux uns et aux autres des reraercîmens , mais je leur dois aussi une réponse j je la dois sur-tout à ces observateurs Allemands , qui ont bien voulu m'envoyer sur leur Franc-Maçonnerie des discussions aussi honnêtes que savantes. Ils ont l'esprit trop juste pour s'e'tonuer de

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piété , ces mystères et ceux des Chevaliers d'Ecosse ïi'avoient pris une nouvelle forme que pour se plier davantage au génie des Sophistes ou bien des

me voir observer que leur te'moignage négatif doit naturellement s'e'vaiiouir devant des te'iuoins positifs qui ont tout vu , qui conviennent de tout. En parlant d'une Loge dont il e'toit membre , voici ce que me dit un très-ancien Maçon : « Je sais que quelques Maçons res- » pectables à tous e'gards par leurs principes religieux » et politiques, et par la pureté de leur conduite , ont » suivi quelquefois une certaine Loge j mais je sais aussi » quelles précautions on prenait en leur présence , et » je puis assurer que la plupart des Frères qui conipo- » soient cette Loge, ont été les moteurs les pbis ardons » de la Révolution. Quelques-uns y ont reni])li des » places marquanles, et l'un d'eux est parvenu jusqu'au » Ministère. » Ces précautions répondent à tous ceux qui n'ont point vu, quelques yeux qu'ils ayeut apportés dans les Loges.

Mais, en second lien , mes observateurs Allemands, tout en voulant justi{ii;r l'objet de la Franc-Maçonnerie en elle-même , ont la bonne foi d'avouer que la Fra/ic- J\Jaçonnerie a été corrompue depuis plus de trois cents ans ; c'est plus qu'il ne m'en faut pour prouver les complots auxijuels elle a servi.

La piiucipale objection de ces Messieurs est que j'ai confondu la Franc-Maçonnerie qui n'a que trois grades , avec les anciens et nouveaux Rose-Croix , et autres gradf s de nouvelle création. Je réponds à cela , que si tous les Franc-Maçons ne sont jias Rose-Croiz , tous les Rose-Croix sont Franc- iSIarons ; que je fais sur les trois premiers grades l'except'on qu'ils méritent; qu'il n'enest pas moins irai que dans l'état oîi est au moins depuis long-temps la Franc-Maçonnerie , ces premiers grades lie sont qu'un noviciat pour arriver à ceux de Rose- Croix. Je ne dispute pas sur les mots ; que l'on m'en donne un autre pour exprimer ce corps , cet ensemble d'Apprentis ^ de Compagnons , de Maîtres^ d'Elus , d^ Rose-Croix , etc. ; j'admettrai volontiers la dénomination j mais en attendant il faut que je parle un langage que mes lecteurs entendent. Enfin, je sais que la Franc- Maçonnerie a exieité jadis sans Rose-Croix ; mais je voulirois qu'on me prouvât qu'alors ses trois premiers grades

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 89 cliarlalans du siècle. En France seulement , sous la protection successive des Princes de Clermont, de Conîi , et du Duc d'Orléans , tous Grands

n'avoient pas des secrets transportes aujourd'hui et reculés jusqu'aux grades des Rose-Croix. Si je le voulois bien ^ il me semble que je prouverois le contraire ; il ea résulteroitque dans aucun temps le coi'ps ou l'ensemble des Franc-Maçons n"a été exempt de secrets très-daiifi;ereux , de vrais complots. Mais il suffit pour mou objet d'avoir démontré au moins ce qu'est la Maçonnerie dans notre siècle , et très-certainement cela est démontré par lanature même et l'authenticité de ses arrière-grades. Aux preines que j'en ai données, je ponrrois ajouter aujourd'hui les mémoires , les lettres et les aveux les plus formels des Maçons repentasis , qui certainement ne sont pas des hommes dont le témoignage puisse être révoqué en doute. L'un est aujourd'hui un grave Magistrat, qui , reçu Franc-Maçon dès l'année 1761 , avoit d'abord passé une grande partie de sa vie dans le secret des Loges. L'autre est nn Militaire devenu aussi zélé pour la Religion qu'il le fut jadis pour la Maçonnerie. Celui-là avouant que tout ce que j'ai dit des Franc-Maçons est vrai, ajoute simplement que je n'ai pas tout dit. Celai ci oi'écrit que j'ai plutôt adouci qu'exagéré ces arrière-grades. Le premier en effet riie doane des notions plus claires sur la distinction des Rose-Croix et de leurs trois grades, l'un purement Chrétien, le second appelé des Fondeurs ou de la cabale, le troisième de la Religion purement naturelle. Un objet spécial de ce troisième grade étoit, i.** de venger les Templiers; 2.*^ de s'emparer de l'île de Malte pour en faire le berceau de la Religion naturelle. Il me dit là-dessus des choses que l'on a peine à croire ; il me dit, par exejnple, en ternies expi-ès : « A la fin de 1775 ou dans le con- » rant de 1774» b» Loge dont j'étois alors Vénérable ■» reçut du Grand Orient, une lettre qu'il nous assui'oit » être la copie de celle que lui avoit écrite le Roi de » Prusse. Elle ne devoit être communiquée qu'aux Che- » valiers de la Palestine , aux Chevaliers de Kadosh et » au directoii'e Ecossais. Elle me parvint par les Loges ^ de la correspondance ; quoiqu'elle eût déjà été lue » dans quelques Loges , elle n' avoit cependant encore y reçu que trois signatures. Par cette lettre ou uous

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Maîtres de l'Ordre , les Frères Clcnnontols , les Frères Africains , les Chevaliers de l'Ài^le , Vadepte , le sublime philosophe , étoient autant d'acquisitions faites à la Maçonnerie par le génie

» exhortoit à signer en exécution du serment que nous » avions fait , l'oLligatlon de marcher à Ici première ré- » quisition , et de «ontribuer de nos personnes et de » toutes nos facultés morales et physiques à la concméte » de l'île de Malte , et de tons les biens situés sous les » deux he'misphères qui avoient appartenu aux ancêtres » de ï Ordre maçonnique. On annonçoit comme but de » notre établissement à Malte , la possibilité d[y' for- » mer le berceau de la Religion naturelle. » Enlisant cet article , je dis à l'auteur de ce mémoire : mais si j'écris cela, on ne me croira pas. On vous croira ou non, répondit-il , mais j'ai vu et reçu la lettre , que ma Loge pourtant refusa de signer. — J'ajoute , moi : on le oioira ou nouj mais j'ai ce mémoire , et je suis bien sûr qu'il est d'un homme très-estimé et très-estimable.

Quant à mon second observateur , Franc-Maçon repentant, ce qu'il m'apprend de plus spécial, c'est i." que sur l'origine de la Franc-Maçonnerie, en croyant deviner, je n'ai fait que copier une de leurs trarljtions maçonniques , apprenant aussi aux Frères que Manès ci oit le vrai fondateur de leurs Loges. C'est en second lieu , « que dans la lioge du Chevalier Kadosh , après tous » les sermens , toutes les épreuves et cérémonies plus » ou moi)is fortes, coupables et impies, le dénouement » de la scène est de présenter au Récipiendaire trois » mannequins représentant Clément V , Philippe-le-Bel » et le Grand-Maître de Malte. Leurs têtes sont cou- » vertes des attributs de leurs dignités. Il faut que le » malheureux fanatique jure haine et mort à ces trois » têtes proscrites , parlant à leurs successeurs , à leur » défaut. On lui fait abattre ces trois têtes, qui, comme » dans le grade d'Elu , sont ou vérilaljles , si on a pu » s'en procurer, ou pleines de sang , si ce n'est qu'une » simple représentation : et cela en criant , vengeance ! » vengeance I etc. » On voit ici qu'en effet j'avois adouci le grade , car je n'y annonçois qu'une tête à couper. Je ne nommerai point les auteurs de ces deux lettres ; mais deux autres témoins que je puis nommer, sont MM. les Comtes de Gilliers et d'Orfeuil. Celui-là ayant

DE l'Impiété et de l'Anarciîie. 91 national ; et chacun de ces grades n'élolt qn'uue disposition plus ou moins prochaine à nos révo-

beaucoup \écu avec de grands Franc-Maçons , tout en se moquant d'eux , leur avoit arraché leur secret , au point d'être admis sans e'preuves dans leurs Loges. Il ne fait point de difllculle' de dire qu'il a vu chez eux les trois quarts de ce que j'en ai dit. Celui-ci me permet aussi de dire que très-long-lemps Maître des Lof^es , il n'a vu que de très-petites différences entre les p,rade« de Uose-Croix tels que je les dépeins , et ceux qu'il a donnés et vu donner.

J'ai en effet en ce moment vingt grades Maçonniques originaux. J'en ai quatre de Rose-Croix , dont deux manuscrits , deux imprimés. Le premier me vient d'Allemagne,le second d'Amérique, le troisièmeaété imprimé en France, le quatriènie en Angleterre ; tous ont des difféi'cnces même considéra])les , mais il est cnv'iron quinze lignes qui se trouvent dans tous. Ce sont précisément les plus impies ou celles qui donnent la clef maçonnique de l'inscription INRI. La rédaction dont je me suis servi dans mon second volume est celle des grades publié.s par M. l'Abbé le Franc, dans son Voile levé et sa Conjuration découverte. Je savois de nos Franc-Maçons Français combien cette rédaction étoit conforme à ce qui se passoit dans leurs Loges; je sais aujourd'hui d'où lui étoient venus tous ces gi^ades maçonniques , dont il décrit si exactement les cérémonies ; et voici comment je l'ai appris : Un de ces respectables Ecclésiastiques , à qui les bontés de la Nation Anglaise ont offert un asile , un de ces liommes qui joignent h une grande simplicité de mœurs la science et la pratique de leurs devoirs , M. de la Haye , Curé de Fié , Diocèse du Mans , appreiiant que j'avois travaillé sur les Franc- Maçons, mais avant d'avoir lu ce que j'en disois , voulut bien me confier un ouvrage dont il s'étolt occupé luimême sur le même objet. Lorsqu'il revint me demander mou opinion : « Au style près , lui dis-je , votre ouvrage » est iuiprimé depuis long-temps ; et les Jacobins en ?> ont récompensé l'Auteur en le massacrant aux Car- » mes , le fameux deux Septembre. » Je lui montrai alors l'ouvFage de M. le Franc, qui n'avoit en effet ajouté au sien que bien peu de cboses, et qui étoit sur-tout dans Ju mêuie erieur sur l'origine de la Franc-Maçonnerie

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lutions. L'Allemagne tantôt avec Rosa marioit

toutes ces productions du gi'nie français aux an-

que l'un et l'autre attribuent h Socin : « J'ifjnorols , me »• dit alors ce digue Eccl"'sia,sti((ue , l'ouvra^n de M. le » Franc ; mais je peux vous expliquer aisément pour- » quoi il ressemble si fort au mien. J'avois dans ma » paroisse divers Franc -Maçons ; j'avois sur-tout dans » mon voisinae;e ce malheureux Fessier , fameux Frère » de la Loge d'Alençon , devenu si terrible Jacobin et » Intrus de Sëez. Plusieurs de ces Franc-Maçons re- » connurent leur erreur j et eu preuve de leur total » renoncement aux Loges , il me livrèrent leurs papiers » et grad( s maçon .lifjues. J'avois fait sur ces grafles le » recueil de mes idées ; M. le Franc , alors (Lins notre » Diocèse , me pressa de l'imprimer. La crainte des S> Maçons m'en empêeliaj j'aimai mieux donner h M. le » Franc une copie du tout , en le priant d'eu faire » l'usage qu'il croiroit utile. M. le Franc partit pour S> Paris j la I\évolution arriva ; et sans doute il crut » alors utile de publier ce qu'il tenoit de moi , en y » donnant son slyle et sa tournure. A sûrement il a » mieux fait que nxn. Si cela a dû faire quelque bien, » je lui en sais bon gré ; mais je suis bien fàcbé que » cela ait été 1 1 cause de sa mort.» Ce dernier sentiment et l'attention de justifier M. le Franc de tout abus de contîance , me parurent oecup-^r ce digne Curé , bien plus que le soin de reveudirpier son ouvrage. Je ne lui cacliiii point que je louois beaucoup IN', le Franc d'avoir eu plus de eojirage , et d'avoir donné d'ailleurs à son ouvrage le stvie et la tournure d un homme de lettres. Mais dans toute ce^te anecdote, ce qui m'intéressa spëcialeuKwit , ce fut d'y voir une nouvelle preuve de l'authenticité des grades publiés par M. le Franc, que j'avois déjà cités moi m.une avec tant de confiance. Le témoignage des Maçons convertis vaut bien celui des Frères dupes ou persistans dans leur erreur. — J'adresse cette note à ceux qui auroient encore quelque doute sur l'autheuticilé de ces grades maçonniques, tels que je les ai publiés. Je préviens les adeptes , que loin de m'offenser des preuves qu'ils eroiruieut devoir m'opposer pour leur défense, je serois enchanté de voir paroître une apologie fondée , non sur des inepties ou des grossièretés, mais sur de bonnes raisons. Je sens qu'il est encore un très-

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tiques mystères écossais ; tantôt avec son Baroa de Hund et Shubard , elle se dlvisoit en observance stricte et obsermnce late; et il en résultoit, sons le non» de Franc- Maçons Templiers ^ de nouveaux grades toujours plus menaçans pour les Pomifcs et les Rois destructeurs des Templiers.

En Alieniagne encore avoit paru le médecin Zinnindortl ; et avec lui de nouveaux Rose-Croix arrivoient de Suède, avec leurs nouveaux mystères de la cabale , tandis qne riniposteur Jaeger propageoit les siens à Pxatisbonne.

De ces nouvelles Sectes maçonniques , pas une seule qui ne renouvelât quelque antique système d'impiété ou de rébellion. Mais la pire de toutes étoit une autre espèce à'Illuminés se disant Théosophes 5 que je vois trop souvent confondus avec ceux de Weisliaupt. Ils ne valent pas mieux ; mais ils dlllèrenl. La nécessité de les distinguer dans l'histoire m'oblige de remonter ici à leur origine , et d'en faire succinctement connoître les mystères.

Tons nos Illuminés , Théosophes du jour , en innminâ An"]eterre, en France, en Suède, en Allemagne, 'l^'* ont tue leurs prnicipes du baron Jl-mmanuel de phie; SAvedenborg. Ce nom sembla long-temps peu fait façons pour annoncer un chef de secte. Swedenborg le borgistes, devint sans le savoir peut-être , et par un de ces traits que la providence réservoit à un siècle d'impiété , pour humilier l'orgueil de nos Sophistes. Enfant d'un Evcque Luthérien de Skara, il naquit à tlpsal en 1 6'88. Après avoir passé une grande partie de sa vie à l'étude des sciences les plus disparates , après s'être montré successivement poète, philosophe, métaphysicien , minéralogiste ,

bon livre à faire sur la Franc-Maoonnerie. Leurs lettres et mes re'ponses , et bien des choses qui me resteut 2i dire, en fourniroient peut-être le sujet.

c)i^.. Conspiration des Sophistes marin , théologne , astronome , il fut frappe d'une de ces fièvres qui laissent après elles de Jongnes traces du dérangement des organes (a). Ses méditations ou ses aberrations se ressentirent des spéculations auxquelles il s'étoit d'abord livré sur l'infini , sur la création , l'esprit , la matière , et Dieu et la nature. 11 se crut tout à coup inspiré et envoyé de Dieu pour révéler des vérités nouvelles. Il expose lui-même , en ces termes , l'origine de son apostolat :

« Je dinois fort tard dans mon auberge à y> Londres , et je mangeois avec grand appétit , » lorsque à la fin de mon repas , je m'aperçus » qu'une espèce de brouillard se répandoitsur mes » yeux , et que le plancher de ma chambre éloit » couvert de reptiles hideux. Ils disparurent , les » ténèbres se dissipèrent , et je vis clairement , f> au milieu d'une lumière vive , un homme assis j> dans le coin d'une chambre , qui me dit d'une >> voix terrible : Ne mange pas tant. A ces mots « ma vue s'obscurcit , ensuite elle s'éclaircit peu » à peu, et je me trouvai seul. La nuit suivante, « le même homme rayonnant de lumière se pré- 3> senta à moi , et me dit ; Je suis le Seigneur , » Créateur et Rédempteur. Je t'ai choisi pour » expliquer aux hommes le sens intérieur et spi- » rituel des Ecritures sacrées ; je te dicterai ce » que tu dois écrire. Pour cette fois je ne fus point y> efirayé , et la lumière , quoique encore très-vive , » ne fit aucune impression douloureuse sur mes T yeux. Le Seigneur étoit vêtu de pourpre , et la « vision dura un quart-d'heurc. Cette nuit même » les yeux de mon intérieur se trouvèrent ouverts

{a) Je ne vois point cette maladie de S^vedenborg mentionne'e par les adeptes. Je n'en suis pas surpris : niais je tiens ace que jVn dis , d'un Médecin qui l'ayolt appris de divers autres Médecins de Londres. ^

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» et disposés pour voir dans le Ciel , dans le » monde des esprits et dans les enfers , oii je » trouvai plusieurs personnes de ma connoissance , « les unes mortes depuis long-temps , les autres » depuis peu. « ( Jbrégé des ouçrages de Swedenborg , préface. )

La vision sembloit assez digne d'un homme ù qui l'on pourroit dire d'une voix moiris terrible : Ne mange pas tant; sur-tout bois un peu moins. Swedenborg la date de l'année 174^ ; il vécut encore jusqu'en 1772, écrivant sans cesse quel-^ ques nouveaux volumes de ses révélations, voyageant quatre années d'Angleterre en Suède , et presque chaque jour de la terre au Ciel ou aux enfers. Il faut une terrible constance pour lire toutes ses productions ; et quand on les a bien étudiées, il n'est pas bien facile de fixer ses idées sur l'auteur. Dans Swedenborg Illuminé, les uns croiront ne voir que l'homme dans un constant délire ; d'autres reconnoîtront le sophiste et l'in»* pie ; d'autres encore verront le charlatan ou l'hjpocrile. Il nous seroit aisé de montrer tous ces divers personnages réunis dans cet homme. Le veut-on insensé et livré à toutes les folies d'un visionnaire ? Qu'on le suive dans ses frequens voyages au monde des esprits , ou qu'on ait la patience de l'entendre raconter tout ce qu'il y a vu. Là , il nous montre un paradis en pleine correspondance avec la terre , et les Anges faisant dans l'autre monde tout ce que l'homme fait dans celui-ci. Là , il décrit le Ciel et ses campagnes , ses forets , ses rivières , ses villes , ses provinces. Là , il est des écoles pour les Anges , les enfans ; des universités pour les Anges savans, des foires et des hôtels de la bourse pour les Anges commerçans , et sur-tout pour les Anges Anglais ou Holkndais. Là encore, il est des Esprits mâles

et des Esprits femelles ; ces esprits se marient , et Swedenborg a assisté aux noces. Ce mariage est céleste ; mais « il ne faut pas en inférer que » les époux célestes ne connoissent point la vos> lupté. — Le penchant à se réunir , imprimé » par la création , existe dans les corps spirituels » comme dans les corps matériels. Les Anges » des deux sexes sont toujours dans le point le » plus parfait de beauté, de jeunesse et de viy gueur ; ils ont donc les dernières voluptés de » l'amour conjugal , et bien plus délicieuses que » les mortels ne peuvent les avoir. » ( V, Swed, doctr. de In Jérus. cè/est. id. du monde spirit, des Anglais , des Hollandais , etc. , abrég. art. Ciel. )

Avec tout ce délire , veut-on voir les tournures et toutes les allures du charlatan ? Les écrits et la vie de Swedenborg en fournissent par-tout le modèle. Dans ses écrits d'abord , c'est toujours Dieu ou bien un Ange qui lui parle. Tout ce qu'il nous débite, il l'a vu dans le Ciel , et il y monte chaque fois que bon lui semble. Il a des Esprits à ses ordres ; et ces Esprits lui révèlent les choses les plus secrètes. La princesse Ulrique, Reine de Suède , lui demande pourquoi son frère le Prince de Prusse étoit mort , sans répondre à une lettre qu'elle lui avoit écrite ; Swedenborg promet de consulter le mort ; il revient et s'adresse en ces termes à la Reine : « Yotre frère m'est apparu » cette nuit , et il m'a chargé de vous annoncer » qu'il n'a pas répondu à votre lettre , parce qu'il » désapprouvoit votre conduite ; parce que » votre imprudente politique et votre ambition » étoient cause du sang répandu. Je vous ordonne » de sa part de ne plus vous mêler des affaires » d'Etat , et sur-tout de ne plus exciter des trou- » blés dont vous seriez tôt ou tard la victime. »

La

t)È l'Impiété et de l'Anarchie. 9^

La Reine est étonnée ; Swedenborg lui a dit des choses qu'elle seule et le Prince défunt polivoient savoir ; la réputation du prophète s'accroît. Pour en apprécier le mérite , il suffit de savoir ce qu'on apprend enfin que la lettre avoit été interceptée par deux Sénateurs , et qu'ils ont profité de l'occasion pour dicter à Sw^edenborg la leçon qu'ils vouloient donner à la Reine* ( V, lett, de M» RolUg dans le rnonaih Schrifft de Berlin ^ Janv^ I 788. (</) Autre trait du Prophète : — La Comtesse de Mansfeld craint de payer deux fois une somme dont la quittance s'est égarée à la mort de son mari ; elle consulte Swedenborg ; et de la part du mort il revient lui apprendre oii étoit la quitlance. Il pouvoit le savoir , car il l'avoit trouvée dans un livre qu'il avoit eu du ComtCi C'est la Reine Ulrique elle-même qui explique ce fait si naturellement; et les disciples du Prophète ne nous renvoient pas moins au témoignage de la Reine, ea preuve du miracle. (K. Abrégé de Swedenb. préface; et V édition de Swedenb.par Pernetti ; item^ Essai sur les Illum. note 8. ) En voilà bien assez sur le charlatan et le jongleur; l'homme qu'il nous importe le jilus spépialement de connoître dans cet étrange

(a) Quand les disciples de Swedenborg virent paroître cette lettre de M. RoUig , ils donnèrent à toute cettô histoire une autre tournure. Ce n'e'toit plus la Rein0 questionnant Swedenliorg sur la lettre j elle lui disoit simplemeiit : Avez-vous vu mon frère ! Syfeàevihor^re^ •venolt au bout de huit jours dire à la Reine ce qu'elle croyoit être seule à savoir après la mort du Prince. Cette narration donnoit une semaine au lieu d'un jour , pour ménager la jonglerie ; j'apprends que les adeptes ont encore trouvé une autre version. Suivant celle de Mainauduc , la lettre étoit à peine écrite j Swedenborg, sans la voir , en devine l'objet, en dicte d'avance la léponse. Quand cette version aura été détruite , il faut bien espérer que les Frères eu inventeront encore quel" que autre.

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