Tome I. V
&0 Conspiration des Sophistes
Gaiichat , Bergler^ lettres Hehiennes, ) De Son coté Voltaire piit sur lui de venger rEiicyclopédie
ame , il n'y aura ni bien ni mal , ni juste ni injuste , nî obligation ni droit ( art. Droit naturel') ; rtiais aussi pour faire disparoître toute cette importance , ils vous diront ailleurs : Qu'importe que la matière pense ou non? qu'est-ce que cela fait à la justice ou à l'injustice , a l'immortalité' et h toutes les verite's du système , soit politique , soit religieux \ ( art. Locke'). Et le lecteur , dans sa qualité d'être pensant , ne trouvant plus les preuves d'un être spirituel , ne sait plus s'il doit se croire tout matière. Pour le tirer encore de cette incertitude , ils lui diront ailleurs que le vivant et Vanlmé riest cjii une propriété physique de la matière ( art. Animal ) ; et de crainte qu'il ne se croie humilié de ressembler à la plante , à l'animal , ils lui apprendront à ne pas rougir, même de ressembler à la plante ; ils lui diront que la seule différence quilj" auroit entre certains végétaux et des animaux tels <jue nous , c'est qu'ils dorment et que nous veillons , que nous sommes des animaux qui sentent^ et qu'ils sont des animaux qui ne sentent pas ( voye^ art. Encyclop. et Animal ) j ou bien même que la différence entre la tuile et l'homme , c'est que l'une tombe toujours , et que l'autre ne tombe jamais de la même manière ( Voyez art. Animal ) ; et le lecteur parcourant de bonne foi ces divers articles , se trouvera ^ -, conduit insensiblement au plus parfait Matérialisme.
Surlart. ^ ^ .
Liberté. Mêmes ruses encore et même artifice sur la liberté. Quand il faut en traiter directement , ils laissent leurs faiseurs vous dire clairement : «Otez la liberté , toute la ï> nature humaine est renversée , et il n'y a plus aucune î^ trace d'ordre dans la société.... Les récompenses sont y ridicules , les châtimens injustes.... La ruine de la » liberté renverse avec elle tout ordre , toute police , » autorise toute infamie monstrueuse.... Une doctrine si » monstrueuse ne doit point être examinée dans l'école , » mais punie par les Magistrats , etc. , » O liberté , s'écrient-ils eux-mêmes , 6 liberté ^ présent des deux! Liberté d'agir et de penser ! seule tu es capable de produire de grandes choses. ( f^oj. art. Autorité et Discours prélim. ) Mais ailleurs toute cette liberté d'actions et de pensées n'est plus qu'zm pouvoir quine s exerce pas , qui ne peut être connu pur l'exercice actuel. ( ait. Fortuit.)
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dès teclamations , en représentant ces aiUeiîrs reli- |oieiix comme les ennemis de l'Etat, comme autant de mauvais citoyens. ( Foy, Lett, 1 8 à d'Alemb, ) C'ëtoient assez là ses armes ordinaires ; s'il avoit réussi à donner le change, il eut suffi d'entrer dans ses confidences , avec les auteurs mêmes de
Ailleurs encore , faisant semblant de maintenir^^la liberté' , Diderot dira bien « que tout cet enchaînement 5> des causes et des effets , imaginé par les philosophes >» pour se former des ide'es représentatives du mécanisme » de l'univers ^ n'a pas plus de réalité que les Tritons » et les Naïades. » ( art. Evidence. )Mais d'Alembert et I)idcrot reviendront sur cette grande chaîne , et d'Alembert alors vous dira que si ellie est souvent imperceptible , elle n'en est pas moins réelle ; qu'elle lie tout dans la nature j cjue tous les événemens en dépendent , comme toutes les roues d'une montre , dans leur mouvement ^ dépendent les unes des autres ; que depuis le premier' instant de notre existence nous ne sommes nullement le$ maîtres de nos mouvemens ; que s'ilj- avait mille mondes ex is tans à la fois , tous semblables à celui-ci , et g ou-' vernés par les mêmes lois , tout s'j" passeroit absolument de même ; que les hommes , en uertu de ces mêmes lois , f croient aux mêmes instans les mêmes actions , dans chacun de ces mondes. ( art. Fortuit. ) Et tous saurez alors combien est chimérique toute la liberté dont l'homme peut jouir dans ce monde , et qu'il ne peut exercer actuellement. Diderot aussi reviendra sur cette chaîne , qui , article Evidence , n'étoit pas plus réelle que les Tritons et les Naïades , pour vous prouver fort longuement que son existence ne sauroit être contestée ni dans le monde phjsique , ni dans le monde moral et intelligible ( art. Fatalité ) j et vous saurez encore à quel point il faut croire h cette liberté sans laqucllet/ nj'aplus ni juste «im/W/e, ni obligation ni droit. Ces exemples , auxquels il seroit facile d'ajouter , safTiront à l'historien pour voir combien le plan sur lequel cette Encyclopédie fut rédigée , répond à l'idée que j'ai donnée de cet ouvrage ; combien ses grands auteurs 8t» sont étudiés à répandre les principes de l'Athéisme même, du Matérialisme , du Fatalisme et de toutes les erreurs les plus incompatibles avec cette religion , pour laquei^ ils avoient eu soin d'annoncer un si grand rcspccrt.
tlOll.
5a Conspiration dés Sophistes
rEncyclopt'die , pour voir si les inlenlloiis qu^oa leur prctoit se troiivoient dénuées de fondement. Preuves A ccut Heues de Paris , et loin des obstacles dtrinten-q^Y'prouToit d'Alembert , Voltaire n'eût pas été iaché que ces intentions se manifestassent par des attaques plus directes t il n'aimoit pas certaines restrictions familières à d'Alembert : il lui reprocha spécialement eelle qu'il avoit mise à Tari ici e de Bayle ; d'Alembert répondit : « Vous me faites j) une querelle de Suisse, au sujet du dictionnaire » de Bayle. Premièrement, je n'ai point dit, heuii reux s'il eiit plus respecté la religion et les 5î mœurs ; ma phrase est beaucoup plus modeste. i> Mais d'ailleurs qui ne sait pas que , dans le « maudit pays oii nous écriions , ces sortes de 3) phrases sont de style de notaires , et ne servent 5> que de passe-ports aux çérités quon çeut ttahlir » d'^ ailleurs. Personne au monde ny est trompé, » ( Lett. de d'Alembert , i o octob. i 764» )
Dans ce temps où Voltaire étant tant occupé des articles qu'il envoyoit à d'Alembert pour l'Encyclopédie 5 ner pouvant se caclier combien il auroit mieux aimé que l'on allât directement au fait, qu'on laissât de côté tous ces ménag'emens que l'on avoit encore pour la religion, il écrivoit : « Ce qu'on me dit des articles de la théologie et « de la métaphysique me serre le cœur : // est » bien cruel d'imprimer le contraire de ce que Von pense. » ( Lett. du 9 Octob. i 755.) D'Alembert , plus adroit , senloit combien tous ces menagemens étoient nécessaires pour n'être pas traité dvjou par ceux même quil voulait convertir , c'est-à-dire par ceux dont il vouloit faire autant d'apostats ; il prévoyoit le temps où il pourroit répondre : « Le genre humain n'est aujourd'hui si y> éclairé que parce qu'on a eu la précaution ou » le bonheur de ne l'éclairer que peu u peu. » ( Lettre du 16 Juillet 1 762. ) ■ .
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Quand , sous le nom d'un Prêtre de Lausanne , Voltaire envoyoit des articles trop hardis , d'Alembert encore avoit soin de lui dire : « Nous rece- 5> vrons avec reconnoissance tout ce qui nous » viendra de la même main. Nous demandons » seulement permission à votre hérétique de faire » patte de velours dans les endroits où il aura uu v> peu trop montré la grifle ^ c'est le cas de récura 1er pour mieux sauter. » (Lettre du 21 Juillet 1757.) Pour démontrer en même temps qu'il ii'oublioit jamais cet art de reculer pour mieux sauter , d'Alembert répondoit aux reproches que Voltaire faisoit sur l'article Enfer : « Sans doute » nous avons de mauvais articles de théologie et 5) de métaphysique; mais avec des censeurs théo- » logiens et un privilège , je vous défie de les y> faire meilleurs. Il y a d'autres articles moins » au jour où tout est réparé, » ( ïbid. )
Comment douter enfin de l'intention précise et décidée des Encyclopédistes , quand on voit Voltaire exhorter d'Alembert à profiter du temps oiî l'autorité plus occupée d'autres objets, se montrait moins attentive aux progrès des impies , et lui l'crire formellement : « Pendant la guerre des » Parlemens et des Ei>êques ^ les Philosophes y> auront beau jeu. Vous aurez le loisir de farcir » V Encyclopédie de çérités quon nauroit pas osé » dire il y a vingt ans. w ( Lettre à d'Alembert du i3 nov. I 75f). )
Toutes ces intrigues , toutes ces sollicitudes de Voltaire se conçoivent aisément, quand on sait à quel point il faisoit dépendre de TÉncyclopédie le succès de sa conspiration. Je m'intéresse bien à une bonne pièce de théâtre , écrivoit-il ii Damilaville , « mais j'aimerois encore mieux un bon livre » de philosophie qui écrasât pour jamais l'infâme. » Je mets toutes mes espérances dans l'Encyclo-
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» pédie*-» ( Lett. à Damil. du ^3 mai 1764«) Quel historien , après un aveu si formel , pourroit se refuser à regarder cette massive compilation , comme spécialement destinée à devenir l'arsenal de toutes les armes des Sophistes contre la religion ?
Diderot , dont la marche étoit toujours plus franche jusques dans ses embûches , ne cachoil pas ce qu'il lui en coûtoit de se voir si souvent réduit à employer la ruse. Il ne dissimuloit pas combien il eût voulu pouvoir insérer ses principes avec moins de réserve ; et il étoit aisé de voir ce qu'il entendoit par ses principes , quand il disoit que « tout le siècle de Louis XIV n'avoit produit que y) deux hommes dignes de travailler à TEncyclo- » pédie. » De ces deux hommes , Fun étoit Perrault 5 Tautre Boindin ; le premier , on ne sait trop, pourquoi ; la raison du second étoit plus claire, Boindin qui étoit né en 1676 , venoit de mourir avec une réputation si publique d'athéisme, qu'on avoit refusé de l'enterrer avec les cérémonies chrétiennes 5 cette même réputation d'athée lui aVoit fait refuser les portes de l'Académie française^ et c'étoient ià ses titres à l'Encyclopédie , s'il eût vécu.
Tel étoit donc l'objet de cet ouvrage ; telle étoit l'intention de ses auteurs coalisés. D'après leur {iveu même , l'essentiel n'étoit pas d'y réunir tout ce qui auroit pu en faire le trésor des sciences , mais bien d'en faire le dépôt de ces prétendues vérités, c'est-à-dire de toutes ces impiétés, qu'on n'eût pas osé dire lorsque l'autorité veilloit sur ses propres intérêts et sur ceux de la religion ; de faire passer toutes ces impiétés sotis le masque et le passe-port de l'hypocrisie ; de dire à contre-cœur quelques vérités religieuses ; d'imprimer le coutraire de ce que l'on pensait stir le Christianisme^
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pour se ménager l'occasion d'imprimer tout ce qu'on pensoit contre.
Malgré toutes ces ruses , les personnes zélées Obstacles pour la religion s'élevèrent avec force contre l'Eu- /ei'Euc7ryclopédie; le dauphin se récria sur-tout, et obtint ciopédic pour im temps la suspension de cet ouvrage. Les auteurs essuyèrent des dégoûts à diverses reprises; d'Alembert fatigué sembloit y renoncer. Y oltaire , qui sentoit mieux que personne l'importance de ce premier moyen des conjurés , releva leur courage. Loin de se relâcher lui-même ^ il travailloit > il demandoit , il envoyoit sans cesse de nouveaux articles. Il exaltoit sur-tout l'honneur de la persévérance dans une si belle entreprise : il montroit à d'Alembert , à Diderot ^ l'opprobre des obstacles retombant sur leurs persécuteurs ( çoyez ses lett. années i ySo ^/ 1 766 ) ; il les pressoit , les conjuroit au nom de l'amitié , au nom de la philosophie^ de vaincre les dégoûts , de ne pas se laisser décourager dans une si belle carrière. ( Voyez ses lett. du 5 sept. 1762 5 et du i3 noçemhre 1756 , surtout du 8 janvier 1757.)
L'Encyclopédie fut enfin terminée : elle parut sous le sceau d'un privilège public ; et ce premier triomphe annonça aux conjurés tous les autres succès qu'ils pouvoient se promettre contre la religion.
Pour juger encore mieux de l'intention qui avoit Cooprnprésidé à cette énorme compilation , l'iiistorien ^'J^"'!'* ).')*;,, doit être instruit du choix que d'Alembert et I)i- pcdic. derot avoient eu soin de faire en se donnant des coopérateurs , sur-tout pour la partie religieuse. La premier de leurs théologiens fut Raynal. Les Jésuites qui avoient découvert sou penchant pour l'impiété , venoient de le chasser de leur société. Ce fut la le meilleur de ses titres auprès de d'Alembert, On sait à quel point ce frénétique a jus-
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tifié la sentence de ses anciens confrères , «i le choix (les encjclopëdistes , par ses déclamalionii atroces contre la religion ; mais ce qu'on ne sait pas et ce qu'il est bon de savoir , c'est Tanccdote qui lit rayer Raynal du nombre même des coopérateurs de TEncyclopédie , et lie son histoire avec celle d'un second ihéologien qui , sans avoir été impie , s'étoit d'abord laissé entrauier dans les sociétés philosophiques.
Celui-ci étoit l'abbé Yvon , métaphysicien singulier , mais bon homme et plein de candeur ^ manquant souvent de tout, et, autant qu'il croyoit pouvoir le faire honnêtement , faisant servir sa plume à le sustenter dans son indigence. Il avoit fait de la meilleure foi du monde /a défense de l'abbé de Prades» Je le sais de lui-même : je l'avois entendu défier un théologien de trouver la moindre erreur dans cet ouvrage , et je le vis se rendre au premier mot. Je l'ai entendu raconter avec la même simplicité, comment il s'étoit laissé engager à travailler pour l'Encyclopédie : «J'aYois » besoin d'argent , me dit-il ; Raynal me ren- » contra, et m'exhorta à faire quelques articles^ » ajoutant qu'on me payeroit bien. J'acceptai y> l'offre ; mon travail fut remis au bureau par :» Raynal , et je reçus de lui vingt- cinq louis. Je » me croyois très-bien payé , lorsqu'un des li- 5) braires de l'Encyclopédie , à qui je faisois part » de ma bonne fortune , me parut fort surpris :» d'apprendre que les articles remis au bureau y> par Raynal n'étoient pas de lui. H s'indigna du » tour qu'il soupçonnoit. Peu de jours après je y> fus mandé au bureau , et Raynal qui avoit reçu )) mille écus en donnant mon travail pour le sien , » fut condamné à me restituer les cent louis qu'il » avoit gardés pour lui. )>
Cçtte anecdote n'étonnera pas ceux qui sont un
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peu instruits des autres plagiats de Ra jnal trèsconnu en ce genre. Le bureau ne voulut plus de lui. Sa constance dans son impie'té le réconcilia pourtant avec d'Alenibert et Diderot.
Pour l'honneur de l'abbé Yvon , je dois ajouter que ses articles sur Dieu et sur Tame dans l'Encyclopédie 5 sont précisément ceux qui serroient le cœur à Voltaire , mais auxquels d'Alembert et Diderot suppléèrent si bien par leurs renvois.
Le troisième théologien de TEncyclopédie , ou bien , en comptant comme d'Alembert , qui , poiu: la gloire du bon abbé Yvon, n*ose pas même parler de lui à Voltaire; le second de ces théologiens fut ce fameux abbé de Prades , obligé de s'enfuir en Prusse pour avoir voulu tromper la Sorbonne même , en affichant les thèses de son impiété pour celles de la religion. C'étoit la ruse de ses thèses qui avoit trompé Tabbé Yvon ; elle fut découverte ; le Parlement sévit contre l'auteur : mais Voltaire et d'Alembert le mirent sous la protection du roi de Prusse. ( Correspondance de Volt* et d'Alemb, lettres 2 et à*)
L'honneur de ce de Prades exige encore que je révèle ici ce que l'on ne trouve pas dans la correspondance de ses protecteurs. Trois ans après son espèce d'apostasie publique , il rétracta publiquement ses erreurs, par une déclaration signée, au fi avril 17549 détestant ses liaisons avec les Sophistes, et ajoutant qu'il ncwolt pas assez d'une çie pour pleurer sa conduite passée. Il mourut en 1782. ( Dictionnaire historique de Feller, )
Un nouveau théologien ou théologal de TEncyclopédie fut Tabbé Morellet, homme infiniment clier à d'Alenjhert et sur-tout à Voltaire, qui l'appeloit , Mords-les , parce que , sous prétexte de ô'élever contre l'inquisition , il avoit raoïdu l'E*
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glise de tontes ses forces. ( Voyez corresp, de d'Alemh, lett, 1 6 juin l'jGo ; et lett> à Thirlot ^ 26 janvier l'jG^, )
La plupart des écrivains laïques , coadjuteurs de l'Encyclopédie , ëtoient encore bien pires. Je ne distinguerai que Dumarsais , cet impie si fameux et si difFamé, que l'autorité publique s'étoit vue obligée de détruire l'école qu'il avoit érigée pour J faire sucer à ses élèves tout le venin de son inipiété. Ce malheureux aussi rétracta ses er- . leurs , mais au lit de la mort seulement. Le choix que d'Alembert avoit fait de sa plume n'en démontre pas moins quels hommes et quelle intention dévoient seconder ses projets encyclopédiques.
Il ne faut pourtant pas confondre avec ces hommes tous ceux qui ont eu part à cet ouvrage , tels que MM. Formey et de Jaucourt. Ce dernier sur-tout , comme je l'ai déjà dit , a fourni grand nombre d'articles : tout le reproche que l'histoire doit lui faire 5 est d'avoir continué à en fournir quand il s'apperçut , ou dut s'apercevoir de l'abus qu'on faisoit de son zèle , pour mêler au dépôt de ses vastes compilations tous les sophismes , et toul l'artifice de l'impiété. .
jngemcnt Après Ics dcux liommcs que je viens iNi nomdcTtinry- nier, l'histoire peut . à un fort petit nombre près, par coiiAprendre tous les autres auteurs encyclopeai- Didcroî. q„ej^ (j^qfjs le tableau qu'en fait Diderot lui-même , lorsqu'il peint « toute cette race détestable de » travailleurs , qui ne sachant rien , mais se pi- 5> quant de tout savoir , cherchèrent à se distinguer » par une universalité désespérante , se jetèrent » sur tout 5 brouillèrent tout , gâtèrent tout , et >^ firent de ce prétendu dépôt des sciences un » gouffre 5 oii des espèces de chiffonniers jeté- » veut pêle-mêle une infinité de choses mal-i^ues y
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» mal-digérées , bonnes , maui^alses , incertain es , » et toujours incohérentes, » Cet aveu est précieux quant au mérite intrinsèque de l'Encyclopédie ; mais quant à l'intention des auteurs principaux , il en est un plus précieux encore de Diderot, dans le même endroit de ses ouvrages , lorsqu'il parle de l'art qu'il a fallu , des peines , des tourmens qu'il leur en a coûté , pour insinuer tout ce qu'on nepouvoit dire ouvertement sans révolter les préjugés , c'est-à-dire, dans soji style, les idées religieuses , et pour les renverser sans qu'on s'en apperçut (a).
D'ailleurs, toute l'ineptie des chiffonniers n'empéclia pas qu'ils ne fussent très-utiles aux conjurés. Leurs compilations faisoient masse et hatoient l'apparition des volumes. Voltaire , d'Alembert et Diderot, de leur côté , se hatoient d'insérer à droite et à gauche, dans chaque volume ce qui tcndoit au grand objet. Enfin l'ouvrage fut ter* miné ; les trompettes et tous les journaux du parti remplirent le monde de sa renommée. L'univers littéraire y fut trompé , chacun voulut avoir une . Encyclopédie. Il s'en fît des éditions de toutes les Nonvdie formes et de tous les prix. Sous prétexte de cor- '^pjjj'e.^" riger on devint plus hardi. Au moment où la révolution de l'impiété se trou voit à peu près complète, 1)111111 r Encyclopédie par ordre de rnntièi'es. Lorsqu'on la commença, il falloit encore quelque ménagement pour la partie de la religion. TJa homme de très-grand mérite , M. Bergier , chanoine de Paris, crut devoir s'en charger, et se rendre aux sollicitations pressantes qu'on lui eu faisoit , de peur que la science même de hi yAx-
(a) Le texte de Diderot sur les vices de rEncyclopédle est bien plus lonj» j ne l'ayant pas en main , j'.ti pris ce que j'en cite ici , de son article nictionu. dcè^ lommes illustre» par FcUcr , nouvelle édition.
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gion ne fût traitée dans cet ouvrage par ses pliis grands ennemis. Il arriva ce qu'il étoit facile de prévoir. Le travail de ce savant , connu par d'excellens ouvrages contre Rousseau , Voltaire , et les autres impies du jour , ne fit que servir de passe-port à celte nouvelle collection appelée rEncyclopédie méthodique. Lorsque celle-ci fut commencée , la révolution française étoit sur le point d'éclater. Bientôt les petits impies du jour qui s'étoient chargés de ce travail , sentirent qu'ils pouvoient.se passer des ménagemens , des égards que leurs prédécesseurs avoient eus pour la religion. Quelque éloge que Ton doive au travail de M. Bergier , et à quelques autres parties de cet ouvrage , la nouvelle Encyclopédie n'en devint pas moins , à plus juste titre encore que la première , le dépôt des sopliismes et des principes antireligieux. Les Sophistes du moment y consommèrent les intentions et les projets de d'Alembert et de Diderot, relativement à ce premier moyen des conjurés anlichrétiens.