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CHAPITRE IX

Un souper de début. — La dernière victime de Pranzini. — L'homrae-sandwich. — La reconnaissanco est un lourd fardeau. — Conseils pratiques. — Comme on change !

Il avait été convenu que, la mise en actions terminée, Richarme se donnerait un mois de vacances, un mois de repos bien gagné ! Marie l'attendait de jour en jour, il ne venait pas ! A ses questions : « Qu'y a-t-il ? Es-tu malade? » il répondait qu'il n'avait rien, sinon de la fatigue. Enfin elle lui écrivit qu'elle ne pouvait rester plus longtemps dans cette inquiétude : s'il lui était impossible de venir, c'était elle qui irait le voir.

Depuis près de douze ans que durait leur liaison, Ricbarme, craignant de mécontenter

ses sœurs, n'avait pas voulu que Marie, pour abréger la durée des longues séparations, fît le voyage de Rive-de-Gier ; quand il ne pouvait aller à Paris il préférait, pour la rejoindre, s'imposer l'ennui quotidien du trajet jusqu'à Lyon. Enfin, elle reçut une dépêche annonçant son retour.

Comme d'habitude, elle alla le chercher à la gare.

On arriva à l'hôtel de l'avenue Niel : depuis qu'elle demeurait là, Richarme ne descendait plus à l'hôtel Scribe, et habitait tout à fait avec elle pendant ses séjours à Paris. Quand il eut enlevé son gros pardessus et retiré le chapeau de voyage qui masquait sa physionomie, Marie eut un mouvement de douloureuse surprise, tant il avait changé en si peu de temps.

Il surprit cette impression.

— Oh ! oui, dit-il, tu vas avoir à bien me soigner! Car tu vois, je ne suis pas brillant. Mais maintenant, près de toi, la santé va me revenir. Il m'a fallu une dose de courage pour prendre le train ! Il a fallu surtout me dire que tu étais au bout de la route, sans

quoi je n'aurais jamais eu l'énergie de surmonter ma lassitude.

Le lendemain, le médecin procédait à Texamen et à l'auscultation du malade ; il prescrivait ensuite une ordonnance, disant que ce n'était qu'un peu d' « usure ».

Marie, en le reconduisant, l'interrogea :

— Mais enfin, dites-moi ce qu'il a !

— Je vous le dis, de la fatigue, du surmenage.

— Mais ce n'est pas dangereux ?

— On ne peut savoir.

Quand Marie remonta auprès de Richarme, il eut cette exclamation :

— Je n'en mourrai pas, dis ?

Il avait donc conscience de son état, et se sentait touché au plus profond de son être. Ces luttes l'avaient épuisé ; ce qui les avait surtout rendues terribles, c'était la déception qui lui était venue du côté des siens. Cet homme tendre et bon adorait ses sœurs : leur désaffection lui était atrocement cruelle.

Heureusement, il se trouvait, avenue Niel, dans des conditions d'hygiène excellentes ; l'hôtel était bien chautîé par un bon calori-

fère, et l'aération parfaite dans cette large avenue. En deux mois, Marie eut l'espoir d'avoir enrayé le mal.

La présence de Richarme était malheureusement nécessaire à Rive-de-Gier : il repartit avec la perspective consolante d'un prompt retour.

— Aujourd'hui, disait-il, je puis m'ahsenter sans crainte ; les rouages de la machine sont si bien graissés qu'elle marcherait seule pendant trois mois, selon l'impulsion donnée. J'ai des chefs de service de tout repos, des brigades d'ouvriers hors ligne que j'aiformées et que je ne donnerais pas pour cinq cent mille francs : j'ai droit maintenant à recueillir le résultat de mes efforts.

Tous les jours, le courrier le renseignait sur l'état des affaires : à dix bouteilles près, il savait ce qu'on fabriquait par jour dans l'usine.

Il s'imposait la tâche d'une surveillance assidue et rigoureuse, et n'aurait pas consenti à s'en départir un seul jour. Ainsi Marie aurait voulu qu'il allât en Algérie; le climat régulièrement tempéré eût assuré

sa guérison. A ce conseil il répondait :

— Il faut que je reçoive quotidiennement mon courrier, afin que, si besoin est, je puisse partir immédiatement pour Rive. Tant que je n'aurai pas dégagé mes actions, je ne serai pas tranquille.

— Mais ton neveu ne peut-il te remplacer ?

— Mon neveu ? C'est, je crois, un bon garçon, bien qu'il soit difficile de savoir au juste ce qu'il pense : il est un peu jésuite, il n'a aucun élan et ne répond jamais que par oui ou par non. En voilà un qui ne se compromettra pas ! il a du reste une situation assez délicate, placé entre moi et ses oncles et tantes ; il ne lui est pas très commode de garder l'équilibre. Et puis, il est peu courageux ; il passe des journées assis à un bureau, sans écrire; l'encre sèche dans l'écritoire et le papier reste au buvard. Par exemple, il est têtu ! Quand il a enfourché un dada, il n'y a pas moyen de l'en faire descendre. Voilà une obstination qui pourra lui jouer de mauvais tours.

Richarme partit pour Rive-de-Gier. Marie

se trouva de nouveau dans une solitude que ses appréhensions rendaient plus pénible. Elle avait quelques amis dévoués, de bons camarades qui venaient de temps en temps la voir, cherchant à faire diversion à la tristesse qui, de plus en plus, l'envahissait. On lui contait les potins du jour, la chronique des coulisses.

Les racontars de théâtre avaient été longtemps défrayés par le désir obsédant de Léonide Leblanc qui intriguait sans trêve pour entrer à la Comédie-Française. Ce rêve avait fini par se réaliser : au prix de quels efforts et de quelles concessions, personne ne le saura jamais. Sur ces entrefaites, éclate l'affaire Pranzini; on trouve dans le coffrefort de la de M outille tout un paquet de lettres signées « Ton Roméo ». On les attribuait à cette pauvre Léonide, ce qui fit dire à Vitu : « C'est la dernière victime de Pranzini. » De tous côtés on s'écriait : « Elle en est bien capable. » Devant ces clameurs, il fut impossible de faire débuter la nouvelle pensionnaire. 11 y aurait un chapitre amusant à écrire sous ce titre : « De Vinfluence de

Pranzini sur les destinées de la Comédie- Françsiise. »

Ce n'est pas tout : le voyage de noces d'un olïicier journaliste, disait-on, avait été interrompu par l'autorité. Dans le même fameux coffre on avait trouvé des lettres de lui ; on en citait même une écrite, circonstance aggravante, après le mariage. « C'est à peine si je suis monté sur le ventre de ma femme que j'en ai plein le dos », écrivait-il à son ex-maitresse. Et le public de rire aux dépens de l'épouse ; c'est ce qu'on ne pardonne jamais.

(c II m'en est arrivé une bien bonne avec Léonide, dit quelqu'un chez Marie. Figurezvous que je fréquentais assez assidûment son salon ; j'avais été présenté par un ami commun et elle faisait la part plutôt large à la jeune littérature. Je me trouvais avec un bon nombre de confrères arrivés ou presque, on causait de tout, principalement du prochain. Le hasard fit qu'un soir je m'attardai dans des propos de mignarde coquetterie. Nous étions dans un salon servant de serre, avec de gra'nds canapés en encoignure et que masquaient de hautes plantes vertes.

Tous étaient partis à l'anglaise ; je me trouvais seul, à côté d'une femme élégante, coquette et désirable. Jamais je n'avais pensé à lui faire la cour, mais à l'abandon de sa pose, à la façon dont elle laissait aller son corps souple sur les coussins, j'eus la sensation que sa nonchalance se livrait aux audaces qu'il me plairait d'avoir. Il est des heures où les femmes sont en amour comme elles sont en beauté ; elle se trouvait sans doute dans une de ces heures-là, et je respirais en me penchant vers elle les effluves magnétiques du désir en même temps que le parfum émané de sa chair alanguie. Jamais Vodor di femina ne m'avait paru plus capiteuse : la conversation s'était faite confidence, et la sympathie de nos esprits était complice de la mutuelle attirance de nos corps. Enfin, j'étais sur le point d'être aussi parfaitement heureux que si j'eusse été prince du sang ou académicien. Mais tout à coup ' une idée paralysante me traversa l'esprit : je venais de me rappeler ma misère !

» Ce n'était pas que je fisse àLéonidel'injure de la croire absolument vénale, car d'à-

près ce que l'on rapporte d'elle, il lui a sans doute été beaucoup pardonné, tant elle a été aimée. Mais vous n'ignorez pas quelle suite de circonstances m'avait plongé, moi et les miens, danslaplus extrême des gênes. J'étais obligé, par des temps de neige et de glace , de me couvrir d'un paletot d'été : je relevais à peine d'une assez sérieuse maladie, et tout cela inquiétait beaucoup les miens qui m'entendaient rentrer à des heures trop matinales . Donc, j'avais imaginé, pour intercepter l'air qui m'aurait glacé, de me coller des journaux sur tout le corps : c'est le meilleur moyen de se garantir du froid, et j'avais aussi chaud avec ma collection de périodiques qu^avec la pelisse d'un boyard. Par une température hyperboréenne, je sortais en habit, un léger pardessus jeté sur le bras avec désinvolture.

» Mais voyez-vous d'ici la figure de Léonide et son rire, si elle m'avait surpris dans cette tenue d'homme-sandwich ? Je me disais que le fameux Joseph était bien heureux, lui : il pouvait revenir chercher son manteau!... ))

On s'imagine la gaîté homérique qui ac-

cueillit cette confidence de l'aimable écrivain, qui si joyeusement amusait les habitués du salon de Marie en leur faisant les honneurs de sa gêne passée.

Derembourg vint voir Marie, et lui raconter que le traité avec Decroza était rompu, et qu'il n'avait pas payé les vingt mille francs de dédit.

— C'est Boucheron qui amené l'affaire. Il a dit à Decrozas : « Derembourg veut faire des Menus-Plaisirs un théâtre de comédie ; s'il est forcé de jouer la pièce, elle sera très mal montée, comme artistes, décors et costumes. Il est au bout de son rouleau, et ne veut plus monter d'opérettes. L'orchestre, la figuration, les choristes, tout cela mange trop d'argent. — Il serait vraiment inhumain de faire payer un dédit à ce pauvre homme. Vous pouvez m'en croire. D'ailleurs, je vous dédommagerai en vous faisant un beau rôle. »

Les promesses n'avaient rien coûté à Derembourg et Decroza lui avait rendu son traité.

— Je l'ai déchiré devant elle, dit-il en riant, sous son nez — qui n'est pas beau,

par parenthèse. Elle me dit alors : « Mademoiselle Colombier, en mêle remettant, m'avait dit de ne jamais renoncer à la Pltchounette, à moins de vingt mille francs de dédit. — Colombier vous donnait le conseil d'une amie, et vous avez été bien « grue » de ne pas le suivre. » Je vous assure que je me suis payé sa tête; je crois que la petite truffe qui lui tient lieu de nez en était agitée.

— Et Boucheron?

— Je me suis engagé à lui jouer deux cents fois un lever de rideau : celui-là ou un autre, puisqu'il en faut un ! Ça valait bien ça !

— Et Michiels ?

— 11 a fait comme Decroza : il s'est contenté de la sainte parole. Tant pis pour lui ; on n'est pas bête comme ça!...

La reconnaissance est un lourd fardeau.

Decroza avait une femme de chambre qui la dominait, au point qu'elle la traitait en égale : elle prenait ses repas avec sa maîtresse quand par hasard celle-ci était seule. Plusieurs fois Marie, arrivant à l'improviste, entendait un remue-ménage de couverts entrc-choqués, comme si l'on eût desservi à la m. 20

hâte; mais, dans la précipitation, on oubliait toujours quelque chose qui trahissait la présence antérieure d'une deuxième personne à table. Marie croyait à une liaison de cœur inavouée et inavouable; elle ne comprenait pas la mauvaise humeur de la femme de chambre quand par hasard elle acceptait à déjeuner. Decroza cherchait à l'excuser : c'est la nièce d'un colonel ; elle ne connaît pas le service. — Mais elle découvrit que la soi-disant nièce du colonel était intime avec son cocher : tous deux s'entendaient comme larrons. Dans son besoin de confidences, Decroza vint conter la chose à Marie : « Que voulez-vous ? disait-elle. Plutôt que d'être seule à table, je ferais monter ma portière pour manger avec moi. »

Elle ne fit que changer de visages, car la femme de chambre fut remplacée par une dame de compagnie, ex-cabotine dans une troupe de province, et le cocher par le mari de la cabotine, régisseur de la troupe. Ils menèrent la maison et Decroza. Craignant que Marie ne signalât leur petite exploitation, ils agirent sur le caractère de la demoi-

selle, et firent si bien que, peu à peu, les relations se refroidirent. Cette femme, qui parlait de se faire hacher comme pâté pour celle qui avait réalisé ses ambitions, ne tarissait pas en menées perfides de toute sorte. Son engagement avec Samuel subsistait toujours, malgré le congé accordé, les Menus- Plaisirs ayant essuyé le feu ; mais comme Samuel venait de prendre la direction des Variétés, il trouva moyen d'annuler l'engagement. Ainsi fut détruit ce que Marie avait voulu édifier, avec tant de persévérance : une situation d'artiste. Depuis, Francine Decroza s'est fait admirer dans les avantscènes, mais elle n'est plus remontée sur les planches d'un théâtre parisien.

Richarme revint de Rive-de-Gier plus fatigué et plus malade que lors de son dernier voyage. Marie désirait avoir sur sa santé l'avis d'un autre médecin que celui qui le soignait habituellement ; pour lui donner satisfaction, Richarme fit appeler une sommité médicale, et la conclusion de cette consultation fut qu'il avait une inflammation de l'aorte : il devait aller à Vichy.

Prenant Marie à part, le docteur lui dit en confidence qu'un malheur pouvait se produire d'un moment à l'autre, soit par une émotion, heureuse ou pénible, soit à la suite d'un effort physique. Elle devait donc prendre ses précautions, s'il y avait lieu, car, en entrant un matin dans sa chambre, elle pouvait le trouver froid dans son lit.

L'horrible, l'épouvantable chose ! On ne peut s'absorber dans son inquiétude, dans son désespoir : il faut se dire que le chagrin vous laissera désemparée, mais vivante, et qu'en perdant une affection unique, vous perdez aussi le moyen de vivre, et que la misère, pire que la mort, est là qui vous guette. Un ami de Richarme qui, dans les commencements, avait été hostile à Marie, et qui, depuis, paraissait s'être amendé, vint le voir et offrir à Marie de lui parler, de solliciter ses confidences sur les précautions qu'il comptait prendre pour assurer son avenir. La pensée que cet homme, à qui toute émotion était interdite, allait avoir à se prononcer sur ses dispositions testamentaires, à envisager l'hypothèse d'une mort prochaine, serra

épouvantablemeiit le cœur de Marie ; elle se dit : « Tout, plutôt que de lui infliger le supplice de songer à ces affreuses choses ! Jamais je n'aurai ce courage. Il fera ce qu'il voudra. S'il pense à moi, c'est bien ; s'il ne croit pas me donner cette dernière preuve de tendresse, tant pis ! mais je ne provoquerai pas une émotion qui peut être funeste. »

Ainsi répondit Marie aux offres de M. Jéramec, penchée sur l'appui du balcon de la chambre où sommeillait Richarme.

Elle accompagna son ami à Vichy. Oh ! le triste, l'épouvantable voyage, où, l'esprit hanté par l'affreux malheur dont elle pressentait l'approche, elle ne s'endormait que pour tomber dans d'affreux cauchemars, moins affreux cependant que le cauchemar qu'elle subissait à son réveil, quand il fallait paraître confiante, presque gaie, le sourire sur les lèvres, pour tromper Richarme sur son terrible mal ! Il ne pouvait rien supporter, ni l'eau qu'il fallait boire, ni les douches : le massage seul avait le pouvoir de calmer sa souffrance aiguë. Marie en avait fait l'expérience sur elle-même à Aix : aidée

des conseils du médecin de Vichy, elle s'était mise à le masser. Étant toujours près de lui, elle lui évitait l'ennui des heures fixes : la nuit, quand la douleur s'exaspérait, il l'appelait près de lui ; par l'influence presque magnétique de sa tendresse, elle endormait ses souffrances. La cure se bornait donc à des promenades sur les bords de l'Allier. Marie suivait le traitement qui consistait pour elle en verres d'eau de la Grande-Grille alternant avec la source de l'Hôpital, douche et massage. Le grand-duc Alexis venait d'arriver à Vichy ; plusieurs fois, elle l'avait rencontré à la source ; il ne la reconnaissait pas. Quoi ? elle était changée à ce point ? Un matin qu'elle faisait sa réaction au bord de l'Allier, dans ce merveilleux parc qui enserre tout un côté de Vichy, le grand-duc se promenait avec son aide de camp ; il s'amusait à jeter des cailloux dans la rivière où son chien plongeait pour les rapporter à son maître. Le grand-duc et Marie, venant en sens inverse, se croisèrent : ils se trouvèrent face à face. Marie sentait le coup d'œil indifférent de l'Altesse ; elle s'arrêta brusquement devant lui :

— Vous ne me reconnaissez pas, monseigneur ? demanda-t-elle.

Il la dévisageait, en faisant un signe négatif.

Elle nomma :

— Marie Colombier.

Et, la main tendue, elle s'avançait ; sans doute la voix lui avait laissé un souvenir plus durable, car il prit la main qu'on lui offrait, et de s'écrier :

— Vous! c'est vous? — Vrai, je ne vous aurais pas reconnue! Il y a longtemps, du reste.

— Quinze ans, monseigneur.

Marie se disait, navrée :

— Comment, je suis changée au point qu'on ne me reconnaisse pas !

— Et vous êtes pour longtemps encore à Vichy !

— Jusqu'à demain. J'ai fini ma cure. Je suis bien heureuse d'avoir rencontré monseigneur dans cette promenade solitaire, ce qui m'a permis de me rappeler à son souvenir.

— C'est égal, comme on change ! répétait

inconsciemment le grand-duc en s'adressant à son aide de camp que Marie reconnaissait pour l'avoir déjà vu à Naples avec l'Altesse.

— Comme on change ! Oui, c'est bien vrai, se disait Marie en considérant le grandduc.

Il n'y avait pas qu'elle de changée ! Sur le fils et frère d'empereur, sur cet heureux de la vie, le temps avait marqué son empreinte impitoyable. Après une dernière pression de main, en se souhaitant bonne cure et bon voyage, ils continuèrent en sens inverse leur promenade.

A quelque cent mètres de là, Marie rencontrait son médecin, celui qui, deux fois par jour, venait voir Richarme ; il répondit avec hésitation à son salut. Elle s'avança et lui dit :

— A tout à l'heure, docteur.

Alors le médecin, avec empressement : ^

— Oh ! excusez-moi, madame, je ne vous reconnaissais pas.

— Non seulement je vous excuse, docteur, mais vous m'enchantez ! Figurez-vous que je viens de rencontrer le grand-duc, qui lui

non plus ne m'a pas reconnue. D'ailleurs, je suis drôlement ficelée, avec ma grande mante de paysanne, ma voilette blanche, que la chaleur me colle au visage, et mes gants de fil. Quand je pense que j'ai osé tendre la main au grand-duc dans cet accoutrement !... C'est égal, docteur, vous m'avez fait joliment plaisir en ne me reconnaissant pas. Pensez donc, il y a quinze ans que je n'avais vu le grand-duc, et vous, je vous vois deux fois par jour! A tout à l'heuie, docteur, à tout à l'heure.

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