AMOURS IMPÉRIALES
Dans la griserie du succès, Marie s'imaginait que, de par son premier prix, l'univers était à elle, que sa gloire allait resplendir sur le monde parisien ; il lui semblait même qu'elle devait rayonner autour d'elle dans le salut plus respectueux de sa concierge, dans la politesse plus empressée de sa femme de chambre. Pensez donc, servir un premier prix !
Hélas! toutes les années, le Conservatoire décernait un et même deux premiers prix de déclamation, sans parler du chant, du piano et du reste. Toutes les années, la maison du faubourg Poissonnière lâchait sur le pavé de Paris les pauvres petites triomphatrices, avec
leurs diplômes et leurs couronnes, fort embarrassées pour trouver à vivre de leur gloire. Il fallait prendre un parti : là était le difficile. Marie ne pouvait guère compter sur l'aide pécuniaire de Charles : sa fortune engloutie à la Bourse, il lui restait à peine assez pour lui-même, et encore devait-il donner des leçons de piano.
La Comédie-Française, l'Odéon qui pouvaient réclamer la lauréate, en vertu de l'engagement qu'elle avait signé en entrant au Conservatoire, ne lui offraient pour commencer que deux mille francs d'appointements et l'assurance d'une petite augmentation progressive chaque année.
Et il fallait avec cela faire face aux obligations du métier, fournir les accessoires obligés de la toilette, se payer chapeaux, souliers, uants, lias assortis aux costumes. Ce n'était pas alors comme à présent; aujourd'hui, les pensionnaires même, défrayées de tout par la Comédie, peuvent se fournir, à son compte, chez les meilleurs faiseurs.
A cet égard, l'illustre théâtre était encore dans les traditions du siècle dernier.
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La Comédie-Française, qui devait bientôt devenir une vraie douairière, opulemment rentée, n'offrait aux artistes de cette époque, avec beaucoup de gloire, qu'un pot-au-feu très exigu. Ils pouvaient se croire au temps delà Claironr. Priée chez laduchesse de Grammont pour y dire des vers, elle déclinait d'abord cet honneur, puis acceptait, à condition d'y aller en noir, prétextant un deuil, et enfin avouait qu'elle n'avait pas de robe à se mettre.
Cela n'empêchait point la Clairon d'être. avec plus de génie et de puissante beauté qu'aucune autre, une princesse de Racine ou de Corneille. Longtemps, la maison de Molière imita la pauvreté de son immortel fondateur, même après qu'elle eut quitté le noir exil de la rive gauche, et les parages du café Procope où fréquentaient Voltaire et Le Kain.
La fortune lui est venue, sur le tard : elle peut se permettre, envers ses artistes, toutes les libéralités, et ces dames sont habillées à ses frais par Félix, Doucet ou[Laferrière.
La Comédie-Française écartée, Marie ne
pouvait songer davantage aux théâtres de genre. Montigny, le directeur du Gymnase, offrait, par exemple, un engagement dont il se réservait de fixer la limite, et qui, partant de l'expiration de la première année, pouvait durer quinze ans : on était augmentée de mille francs par an, mais on débutait à dix louis par mois.
Très pratiques, les directeurs ! Ils ne risquaient rien, profitant du succès de leur pensionnaire si elle en avait, s'en débarrassant si elle ne rendait pas tout ce qu'ils avaient espéré .
Et Marie (''tait parmi les privilégiées, signalée par Meilhac, qui faisait autorité déjà, et qui, l'ayant remarquée, voulait la faire débuter dans les Curieuses, ce chef-d'œuvre en un acte ! Il fallait être riche pour faire de l'art dramatique, à moins de devancer le conseil de certain directeur, successeur de Montigny, qui répondait aux doléances d'une pensionnaire : « Mais, ma chère, de quoi vous plaignez-vous ? Il y a les avant-scènes ! »
Le marquis de Rouville s'appliquait à démontrer à Marie les difficultés matérielles du présent, à l'instigation d'une pensionnaire de
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la Comédie, qui était intéressée à ce qu'une protégée de Mocquard n'entrât pas chez Molière. Favorisée, elle aussi, de sa bienveillance, elle craignait de voir s'amoindrir, en se divisant, l'influence dont elle avait besoin afin que le rêve du sociétariat devînt pour elle une réalité. On venait de fonder la Société Nantaise, qui comprenait trois théâtres : le Châtelet, la Gaîté, le Vaudeville, avec, en tête, un directeur général, Armand.
On offrait à Marie d'abord huit mille, puis douze mille et quinze mille francs pour la périodede trois ans. sans aucuns frais d'accessoires, toutes les pièces étant en costumes.
Elle employa les influences dont elle disposait pour se faciliter l'acceptation d'un engagement qu'elle regardait comme le plus avantageux. Et sacrifiant l'avenir au présent, elle mit tous ses efforts à éviter la Comédie- Française, comme d'autres à la conquérir.
Souvent, elle avait manifesté la curiosité de voirie Palais des Tuileries. Le Secrétaire de l'Empereur lui avait promis ce plaisir au
premier jour ; il avait été convenu qu'elle irait lui rendre visite, et qu'il lui montrerait les salons officiels.
Mocquard vint la voir, et lui donna rendezvous pour le lendemain à quatre heures ; il l'attendrait au Palais. Elle arriva comme il était convenu, partagée entre l'émotion et la curiosité. On lui indiqua le cabinet de travail du secrétaire. Elle traversa un grand vestibule, peuplé de cent-gardes et d'huissiers de service, demanda à nouveau son chemin, gravit un escalier monumental ; elle était perdue, intimidée sous les regards des gens qui attendaient, allaient et venaient. Arrivée au premier, on lui montra une porte, et au fond d'un grand couloir, un huissier, prévenu sans doute, s'avança; m'introduisit chez Mocquard. Dans une immense pièce, garnie de bibliothèques circulaires pleines de livres aux superbes reliures, à un grand bureau-ministre était assis l'aimable vieillard qui lui témoignait un si affectueux intérêt. Deux hautes fenêtres donnaient sur le jardin des Tuileries et, par cette journée d'octobre, le soleil éclairait gaîment la vaste pièce.
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« Eh bien, voilà votre désir en partie satisfait : Vous êtes aux Tuileries ! »
Et lui offrant un fauteuil :
« Que pensez-vous de mon logement ? dit-il en riant. Je ne viens ici cependant que pour mon service : j'habite en face, au coin de la rue de l'Echelle, une maison appartenant à l'Empereur. Si vous trouvez cette pièce grande, que diriez-vous donc de ma chambre? J'aime l'air, et comme je ne reçois pas, que je n'y suis que pour dormir, j'ai fait d'un immense salon en encoignure ma chambre a coucher; aussi mon petit lit est-il perdu dans un coin de' cet appartement immense. »
Et il racontait qu'il avait une espèce de petit lit de camp, aimant à coucher sur la dure ; sous ce rapport, il était né soldat.
Comme ils étaient en train de causer, une porte s'ouvrit tout à coup : du côté oppose à celui par lequel Marie était venue. Un homme, tète nue, entra. Marie reconnut l'Empereur.
L'Empereur!...
Mocquard la présenta. Le souverain lui dit qu'il avait lu les journaux rendant compte de ses succès, qu'il était enchanté de la voir, de
lui faire ses compliments, lui demandant si elle allait bientôt débuter... A la Comédie- Française sans doute ?...
Marie expliquait qu'elle avait signé un engagement à la Gaîté ; qu'elle débuterait dans une pièce de Maquet. L'Empereur lui promit de venir l'entendre. Malgré son amabilité, elle était tout éperdue de timidité de se trouver avec lui. Elle se sentait rougir, cherchant ses mots, balbutiant... Mocquard faisait de vains efforts pour entretenir la conversation ; le trouble de Marie la paralysait tellement, qu'elle ne trouvait rien à répondre... Vivement, la porte s'ouvrit une seconde fois : l'huissier qui avait introduit la jeune fille vint à Mocquard, lui parla bas ; celui-ci, avec une promptitude "étonnante chez un homme de son âge, saisit la main de Marie et, l'entraînant, la fit entrer dans un cabinet, qu'il referma sur elle.
Cela s'était accompli précipitamment, sans un mot. Elle était enfermée dans un réduit tout noir, qui devait servir d'armoire et de cabinet de toilette ; en étendant les bras, elle crut sentir un lavabo avec sa cuvette. Elle
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entendait dos bruits de voix : une femme parlait avec violence, sur un ton rauque. L'aventure était si extraordinaire, que Marie fut prise d'une peur irraisonnée.
Dans sa mémoire des légendes revenaient , sur les palais royaux et leurs oubliettes... C'était l'époque des romans bizarres à la Ponson du Terrail... Si une trappe allait s'ouvrir, comme en ces récits effroyables... si elle allait être précipitée dans la nuit d'un gouffre hérissé de pointes de fer, qui déchirent la victime avant qu'elle n'ait roulé jusqu'au fond?
Enfin, après une attente interminable, tout bruit ayant cessé depuis longtemps, la porte de sa retraite s'ouvrit, et la voix de Mocquard l'invita à sortir, ce qu'elle fit plus morte que vive.
Il lui raconta que l'Impératrice était venue chez l'Empereur. Ne le trouvant pas et sachant qu'il n'était pas sorti, elle l'avait demandé. L'huissier était venu le prévenir, et comme il n'avait pas l'habitude de recevoir d'aussi belles personnes, sans prendre le temps d'expliquer la chose à Marie, il l'avait fait disparaître.
— Il n'était que temps. La porte à peine refermée sur vous, l'Impératrice entrait; et comme on sent la poudre, on sent la femme ; elle regardait, cherchait d'instinct à percer les murailles.
Enfin l'Empereur l'avait emmenée dans son cabinet ; il avait suivi et avait attendu le départ de la terrible souveraine, pour venir délivrer Marie.
— ■ Vous pensez bien, ajouta-t-il, que votre visite aux salons cle réception est faite pour aujourd'hui. Vous trouverez le chemin par où vous êtes venue. Du reste, c'est tout droit. J'irai vous voir et m'occuperai de vos débuts. Je parlerai à Auguste Maquet. Adieu, adieu, ma chère petite.
Il l'avait mise dans le couloir conduisant au grand escalier. Avec plus de facilité que tout à l'heure, elle trouva sa route, et, sans rien demander cette fois, elle regagna le fiacre qui l'avait amenée et qui l'attendait.
En revenant, elle réfléchissait à l'aventure inouïe qui lui était arrivée.
Ainsi, chez les plus grands comme chez les plus petits, on se querellait ? Car c'était une
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querelle, dontles éclats lui étaient arrivés dans sa cachette. L'Impératrice était donc jalouse ?
Elle apprit plus tard que les amis de Napoléon s'étaient inquiétés d'un caprice dumaître pour une dame de la Cour, dont l'esprit hautain, indépendant et fantasque, avait, en affichant la préférence marquée de l'Empereur, provoqué des discussions entre le mari et la femme. Dans le ménage impérial éclataient des « chamailleries », comme chez les bourgeois.
L'indiscrète maîtresse s'était fait force ennemis ; elle n'avait pas su se tenir au rang de favorite, provoquant l'Impératrice par ses attitudes et ses familiarités, s'immisçant dans les affaires de l'Empire, ne comprenant pas que le temps n'était plus où Diane de Chàteauroux et la Pompadour gouvernaient la France.
Pour détourner l'Empereur de cette liaison t y mimique et dangereuse, qui empiétait sur le domaine réservé de la politique, ses fidèles résolurent de lui chercher une maîtresse en dehors de la Cour, et qui n'aurait aucun accès aux Tuileries.
On avait, paraît-il, jeté les yeux sur Marie pour en tenir l'emploi. Sa timidité devant l'Empereur et l'arrivée de l'Impératrice jetèrent un froid sur les projets ébauchés. On chercha ailleurs.
Un écuyer de l'Empereur avait alors signalé une femme, une sorte de Dubarry moins la beauté, mais de force à dire.: « La France, ton café... f... le camp. »
C'était Margot Bellanger. Mince, assez grande, pas jolie mais drôle, blonde, les cheveux ondes, les dents belles, la taille agréable, une grâce leste de gamin, elle s'amusait à se coucher par terre et à se relever d'un coup de reins, sans le secours des mains ni des coudes. Son corps souple et son esprit fantasque avaient une même allure : ses mots étaient des cabrioles. C'était ce charme « peuple », si provocant, qui ravit les grands, heureux de s'encanailler. Puis elle avait un autre avantage : elle montait admirablement à cheval. Il n'en fallait pas plus pour séduire l'Empereur. Invitéeà une chasse, Margot émerveilla le souverain par sa hardiesse à mener sa bête sur l'obstacle. Il
s'informa de l'amazone; une rencontre Fut proposée et acceptée. Elle eut lieu à Saint- Cloud. Un petit pavillon de chasse avait été préparé ; il n'était pas besoin d'introducteur. Margot, arrivée la première, attendit le maître. Très rouée, à défaut d'esprit, bien stylée, d'ailleurs, elle commença par lui déclarer : — Vous savez, il n'y a pas de Majesté ici; je ne sais pas parler aux souverains, moi. Je vous trouve à mon goût ; il paraît que je suis au vôtre, puisque vous êtes là. Vous n'êtes pas venu pour enfiler des perles... à moins que je ne sois la perle, ajouta-t-elle avec un gros rire... Vous êtes Louis, c'est tout ce que je connais de vous.
Elle était très droit; avec son air blagueur et ce rire grivois, toutes ses dents au vent, sans nulle gène : l'Empereur était fort amusé. On avait fermé la porte et les volets, de crainte de surprise ; du reste, Irvoy avait répondu que nul ne viendrait troubler le têteà-tête, et enfin Louis oublia les ennuis du pouvoir dans les bras d'une fille adroite, qui lui déclarait en riant qu'il serait son amant de cœur.
Pendant près de deux ans, les rendez-vous se succédèrent. Mocquard acheta pour Margot un petit hôtel, rue des Vignes : l'Empereur y venait souvent, accompagné de son secrétaire.
L'écuyer ami de la nouvelle favorite, celui qui l'avait signalée à l'attention du souveverain, y faisait aussi discrètement de fréquentes visites qui suivaient ou précédaient celles de Louis, prélevant sur les plaisirs impériaux la part due à son dévouement et à son savoir-faire. Cela aurait pu durer Iontemps. Margot tenait son auguste amant delà bonne façon, de la seule par laquelle on s'assujettit les hommes.
Le caprice était .devenu habitude, et n'en paraissait que plus savoureux ; il était devenu presque nécessaire à la sensualité de Louis. C'était si bon de trouver, au sortir d'une conférence avec son conseil des ministres ou d'une scène de ménage avec l'Impératrice, une maîtresse drôle, aguichante, qui lui parlait sans respect, riait et blaguait toujours, savait dire et faire toutes les folies. Malheureusement, devant le succès et la continuité
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des visites de Louis, Margot oublia qu'elle ne devait régner que sur les sens de son amant de cœur. Confiante en sa force, désireuse d'user de son pouvoir, de s'en parer devant le public, elle voulut jouer à la souveraine, imitant ces actrices qui, dans un accès d'ambition, passent imprudemment des soubrettes aux grandes coquettes, et se font chuter dans le rôle de Célimène après avoir triomphé dans Dorine. Elle se mêla d'intrigues, demandant des places, des faveurs. Elle se trouvait surle chemin de l'Empereur et de l'Impératrice ; on voyait sa voiture aller et venir, à la promenade, au Bois, aux Champs- Elysées, croisant l'équipage impérial. Agacée, l'impératrice, qui avait sa petite police, elle aussi, se renseigna, et avec son caractère violent, emporté, fit un coup de théâtre : elle partit en voyage sous un prétexte, déclarant qu'elle ne reviendrait que si l'Empereur donnait sa parole de cesser ses visites à la rue des Vignes.
Les imprudences et les récriminations de la Bellanger avaient lassé. Mocquard se chargea de signifier le congé à la favorite
qui, ne pouvant se résigner à une disgrâce, écrivit des lettres de la plus humble soumission. Elle acceptait tout pour ne pas perdre les bonnes grâces de son souverain, pourvu qu'il vînt la voir de temps en temps et qu'il ne l'oubliât pas tout à fait.
Voyant qu'elle ne réussissait pas à ramener l'empereur, elle se décida à jouer de la corde qu'elle savait sensible : elle se déclara enceinte.
Cette fuis, l'Empereur fut touché. Il lui envoya Moequard pour lui dire qu'il ne pouvait la voir, qu'il avait juré, mais qu'elle ne devait pas faire d'imprudence, qu'il ne l'oublierait pas et prendrait soin de l'enfant.
Alors commença une comédie du dernier bouffon. Il lui fallait soutenir ses prétentions : elle fit l'impossible pour engraisser, mais elle était réfractaire. Elle porta une ceinture remplie de ouate, qui lui enserrait la taille et le ventre, de façon à lui donner l'ampleur voulue pour l'état qu'elle s'attribuait.
Quand le quart d'heure physiologique fut venu, une sage-femme apporta un enfant, un garçon, pour que la paternité flattât davan-
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tage, et le tour fut joué, très habilement.
Le tout-Paris, qui avait eu connaissance de la chose et en avait pu suivre la progression, par les promenades que Margot faisait d'abord à pied dans les allées du Bois, puis en landau, se demandait à quoi tendait cjIIj comédie.
On prétendait que l'Empereur avait séduit une jeune fille de la cour, admirablement belle : comme elle ne pouvait avouer sa maternité, Margot avait été priée de se prêter à une substitution qui lui assurerait, pour toujours, la reconnaissante protection du souverain. Malheureusement pour la légende, le jour même où l'événement avait lieu, au moment précis où il se serait accompli, la jeune fille en question dansait éperdument à un bal de la Cour.
Se trouvant avec Margot et comme on était sur le chapitre des racontars, Marie apprit que si elle n'avait pas été aussi... godiche, la Bellanger n'aurait peut-être jamais existé.
Elle demanda alors à Margot ce qu'il y avait de vrai dans les bruits qui avaient couru, et si l'enfant était de mademoiselle X...
L'ex-favorite lui certifia que c'était son fils, et celui de l'Empereur, « naturellement. »
Mais plus tard le hasard renseigna Marie à fond sur cette comédie. L'Empereur aussi fut renseigné ; jamais il ne s'occupa de la. mère et de l'enfant.
La guerre vint, puis la Commune. Au milieu de la réprobation qui atteignait, après nos désastres, tout ce qui avait touché à l'Empereur et à l'Impératrice, Margot craignit le sort de la Dubarry en pleine Révolution.
Sentant le terrain mouvant, elle vendit l'hôtel qu'elle avait fait construire avenue Friedland. Il fut acheté par la toujours belle Antoinette Leninger, camarade de Marie au Conservatoire, qui le revendit avec cent mille francs de bénéfice à Balenzi, le père.
L'ancienne favorite est devenue châtelaine quelque part en Touraine. A un moment, des partisans « quand même » essayèrent un mouvement en faveur du rejeton problématique de l'Empereur.
Mais ils ne convainquirent personne, et rien ne subsiste aujourd'hui de la légende.
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Rien, sinon, dans le souvenir des (('moins de l'époque impériale, l'image d'une femme blonde, minée, aux airs gavroche, qui a traversé l'histoire de ce temps comme un cirque, riant de toutes ses dents, la cravache à la main, gambadant. Et dans le voisinage de l'Étoile, un hôtel mélancolique comme ces folies du dix-huitième siècle qui, sur les quais de la Seine, ou dans la vallée de Bièvre, al ditèrent les tendresses des grands seigneurs et des traitants, et qui sont tristes à présent de leur gaieté envolée.