‹ Memoires. ProfChapitre 11 sur 90 · SUR MA DEMOISKLLE CLAIRON. XV · texte numérisé non relu

SUR MA DEMOISKLLE CLAIRON. XV

devinant toutes les intentions du poète, auteur de la pièce, quelquetois même en osant y suppléer.

C'est là le premier et le plus important travail de l'acteur, lorsqu'il se charge d'un rôle nouveau; il a besoin d'une sorte de génie, car il a une composition à faire. Un peintre , un sculpteur, commence par voir dans son imagination la figure qu'il doit placer dans son groupe ou dans son tableau; ainsi le comédien doit se voir d'avance dans chaque scène de la pièce où il doit jouer; il faut donc que son imagination travaille, qu'elle cherche et qu'elle trouve; et l'on comprend comment l'expression usitée parmi les acteurs qui disent, créer un rôle n'est pas dépourvue de vérité.

On sait quelle importance l'orateur athénien mettait à la partie de l'éloquence qu'on appelle \ action; c'est-à-dire aux gestes, aux regards, au mouvement de la physionomie, à tout l'extérieur de celui qui parle : sans l'action , en effet , les paroles perdent tout leur charme et tout leur pouvoir ; mais l'action du comédien est plus étendue et plus difficile encore que celle de l'orateur ; il a bien plus à travailler sur ses gestes, sur ses mouvemens, sur tout lui-même; l'orateur parle en son nom, le comédien fait parler, agir et vivre en lui un autre homme; l'orateur se montre à découvert, le comédien doit se cacher pour ne montrer que le personnaffe.

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