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SUR MADEMOISELLE CLAIRON. XIX

lets, les Diiclos, les Desmares, avaient ce défaut, quoiqu'elles ne fussent pas dépourvues de talent.

Racine forma, dit-on, la Chavipmeslé , et lui apprit à déclamer sans enflure et sans affectation. Cependant Racine le fils nous assure « que son père « faisait d'abord comprendre à l'actrice les vers « qu'elle avait à dire, lui montrait les gestes, et lui « dictait les tons , que même il notait. » Ce dernier mot semblerait indiquer que mademoiselle Champmeslé chantait aussi , à l'exemple de ses devancières.

Quelques acteurs surent se préserver de cette pompeuse psalmodie; ils fondèrent, pour ainsi dire, une école différente; ils parlèrent la tragédie, au lieu de la chanter; ce fut d'abord Josias de Soûlas, dit Floridor, celui pour lequel Louis xm rendit la déclaration de i64i, portant que la noblesse ne se perdait pas par l'exercice de la profession de comédien ; au moyen de quoi le sieur de Soûlas était maintenu dans le titre et les droits de gentilhomme qu'il tenait de sa naissance. Ce fut, après lui, le fameux Baron, formé par Molière ; ce grand comédien prétendait qu'il ne déclamait point, mais qu'il récitait, et qu'on devait dire, réciter la tragédie-^ mais Baron se piquait en même temps d'une dignité de maintien et de paroles qu'il conservait dans toutes ses habitudes, et dans les plus simples actions de la vie ordinaire.

On peut, relativement à la diction^ diviser les

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comédiens en trois classes; celle qui chante, celle!

qui crie , et celle qui parle.

Chanter est le plus facile , et c'est ordinairement par là que commencent les élèves, lorsqu'ils prennent les premières leçons de déclamation. Ils adoptent l'habitude monotone de couper le vers alexandrin en deux parties toujours égales , de marquer constamment l'hémistiche , en élevant et abaissant la voix tour à tour, ce qui forme une cantifene insupportable par son uniformité.

Cela arrive encore aux comédiens qui jouent un rôle qu'ils ont à peine eu le temps d'apprendre , et que leur mémoire ne possède pas bien ; ils se servent de la mesure et de la rime pour retrouver le sens qui leur échappe; et l'air, si l'on peut ainsi s'exprimer, leur sert à se rappeler les paroles.

C'est aussi le défaut de ceux qui , doués d'un extérieur avantageux et d'un beau son de voix, s'imaginent que ces dons de la nature suffisent pour former un comédien, et ne songent qu'à faire admirer leurs gestes et leur organe , tandis qu'ils gesticulent à contre-sens, et qu'ils font retentir quelques notes éclatantes, vides de sens et d'ex* pression. ^

La classe des tragédiens chanteurs est la pire de toutes; car ce défaut est ordinairement la preuve de l'absence d'esprit et de sensibilité. S'il arrive qu'un jeune comédien chante encore après un ou

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