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SUR MADEMOISELLE CLAIRON. XXXV

l'épée était suspendue, et un grand chapeau orné de plumés ; qu'Auguste mît une courortne de laurier sur une vaste perruque qui couvrait la moitié de son dos et descendait par devant presqu'à la ceinture.

Ces grands poètes n'ont jamais eu le plaisir de voir jouer leurs ouvrages autrement que sous des habits modernes; Oreste, César, Horace et Cinna étaient burlesquement travestis en courtisans français; mais on ne songeait pas à rire de ces traves* tissemens , parce qu'on y était accoutumé.

Il faut se souvenir que notre tragédie diffère beaucoup de celle des Grecs , chez lesquels l'appareil du théâtre et la musique étaient , suivant Aristote , des parties essentielles de cette sorte de poëme.

Il faut se rappeler les commencemens pauvres, informes, grossiers de notre théâtre; nous avons eu d'abord au quatorzième, au quinzième siècle, et jusque dans le seizième, les Mystères et les Mo- 7'aàtés exécutés par les Confrères de la Passion , et \es farces ou aotties que des bateleurs et les sujets du royaume de la bazoche représentaient sur des places publiques.

un des habits de son maître , pour jouer la tragédie au collège, ce qui prouve qu'on jouait alors la tragrdle en habits de ville. On avait soin seulement de prendre des habits riches et magnifiques.

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Jodelle essaya le premier de traduire des tragédies anciennes; Garnier fit oublier Jodelle, et après Garnier le fameux Alexandre Hardy ne composa pas moins de sept à huit cents pièces. Enfin h Cid parut en i636 , et le grand Corneille est le véritable fondateur de notre Théâtre Français.

Mais le théâtre ne fut point chez nous, comme chez les Grecs et chez les Romains, un divertissement public, payé par le trésor national, ou donné au peuple par la munificence de quelques particuliers riches et puissans; il ne fut point un ornement nécessaire des fêtes religieuses, ou civiles. . Ce qui avait été pour les Anciens une institution importante pour laquelle on faisait des dépenses énormes , ne fut et n'est encore pour nous qu'une entreprise mercantile au profit de quelques entrepreneurs ou de quelques sociétés de comédiens.

Avant lôaS, il n'y avait point d'acteurs fixés à Paris. Quelques troupes allaient de ville en ville, jouer dans des granges , dans des jeux de paume, les pièces de Garnier, de Hardy, etc.... Le Roman comique de Scarron donne une idée de ce qu'étaient ces troupes ambulantes. On ajustait, tant bien que mal , un théâtre sur lequel il y avait des deux côtés des places pour les spectateurs; les décorations et le fond se faisaient avec de vieilles tapisseries. On éclairait le tout avec des chandelles qu'on mouchait dans les entractes. Les habits des comédiens

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répondaient à cette magnificence. Ils ne gagnaient pas la plupart du temps de quoi se vêtir. Us partageaient entre eux la recette chaque soir, après la représentation.

Le cartiinal de Richelieu fit construire le premier une salle de spectacle au Palais-Royal , pour y jouer la pièce de Mirame^ à laquelle il avait travaillé.

Mais nos salles ont été long -temps bien peu dignes des chefs-d'œuvre qu'on y représentait ; elles se sont ressenties des humbles commencemens de l'art théâtral parmi nous.

A Paris même, et sur le Théâtre Français, il y a eu, jusqu'en 1759 , plusieurs rangs de spectateurs qui occupaient une grande partie de la scène, et ne laissaient aux acteurs qu'un espace resserré dans lequel les personnages pouvaient bien faire une conversation, mais oèi l'action ne pouvait se développer avec grandeur et dignité.

Avant Rotrou , c'était une règle de ne jamais .' introduire plus de deux personnages ensemble sur la scène. L'auteur de Venccslas fut le premier qui osa s'affranchir de cette loi gênante.

La froideur, le défaut d'action, la longueur des conversations, défauts qu on a reprochés à nos tragédies avec quelque fondement, tiennent peutêtre plus qu'on ne le croit, à la gêne qu'ont imposée à nos premiers auteurs tragiques la pauvreté

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de notre scène et des moyens d'exécution dont on leur permettait de disposer, (i)

Pour en revenir aux costumes, ils furent longtemps négligés comme tout ce qui pouvait contribuer à donner de l'éclat aux représentations des pièces , et augmenter rilluslon. Les comédiens , gagnant peu , craignaient de faire de la dépense. Lorsqu ils commencèrent à être plus riches, ils songèrent à se montrer en scène sous des dehors plus imposans; mais alors ils ne consultèrent ni les monumens ni les érudits; ils se firent des habits qui tinrent à la fois de l'antique et du moderne ; les actrices tragiques eurent de grands paniers , des robes de cour, des plumes et des diamans sur la tête j elles se drapèrent d'une manière fantastique et bizarre, se surchargeant de franges, d'agrémens, de rubans de toutes couleurs. Les héros portèrent long-temps les volumineuses perruques à la Louis XIV , et des gants blancs à franges d'or ; ils inventèrent , pour les guerriers, des tonnelets, ou petits paniers ronds qui s'attachaient au-dessous de la

(i) « Mademoiselle Clairon m'a dît que ni elle, ni mademoiselle Dumesnil n'avaient déployé l'action dont la scène est susceptible, que depuis que M. le comte de Lauraguais a rendu au public, assez ingrat, le service de payer de son argent la liberté du théâtre et la beauté du spectacle» (en i^Sg). (Voltaire, Correspondance, Lettre au marquis de Villette , !"■ septembie 1765. )

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