RÉCAPITULATION
Jusque-là je n'ai sûrement rien à me reprocher ; je ne connaissais rien, je ne pouvais rien, j'obéissais en aveugle au sort dont je me suis vue toute ma vie, et la victime et l'enfant gâté.
Chaque être a sa destinée prescrite; tout me permet au moins de le croire : mon expérience, mes réflexions , tout ce que j'ai vu dans le monde, tout ce que j'ai lu dans ses annales, me démontrent l'insuffisance de nos combinaisons. Nous pouvons, lorsque nous sommes en état de comparer, distinguer les routes qui mènent à la vertu , celles qui nous entraînent au crime; nous apercevons nos égaremens, nos travers, nos torts; nous sentons tout l'avantage d'une conduite pure, d'une action généreuse; il semble enfin que nous pouvons tout pour nous-mêmes. Mais dans rimpossibilité de tout prévoir, de tout connaître, de dénaturer le sang qui circule dans nos veines, de maîtriser la volonté de ce qui nous environne, je ne puis que reconnaître notre impuissance, et baisser mes regards tremblans devant le sort qui nous conduit, (i)
(i) Voilà mademoiselle Clairon fataliste, ou à peu