HUITIÈME RÉFLEXION
Si je ne puis détourner les conversations sur la religion , il faut au moins m'abstenir de m'en mêler. Il est certain que les femmes en parlent plus par air que par conviction , et que les plus honnêtes d'entre nous se taisent. J'ai lu, réfléchi, écouté; la raison, l'évidence, me forcent à convenir que je vois partout l'intérêt , le mensonge et la faiblesse ; mais le point important reste toujours dans le doute. Suis-je libre? Suis-je guidée? J'entends soutenir le pour et le contre par les plus honnêtes gens du monde ; mais aucune de leurs solu-
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lions ne m'indique ce qui meut l'univers. En m'interrogeant moi-même, je vois que la faiblesse de mes organes me ramène sans cesse à la crainte ; que je ne puis me suffire dans aucune de mes peines. Quelque soin que j'apporte à mon repos, à ma conservation, je trouve toujours ma raison et ma force insuffisantes ; il m'est impossible de prévoir, d'arrêter la chaîne des êvênemens : j'ignore de quelle manière et dans quel temps la mort viendra me frapper ; je ne puis rien enfin d'essentiel pour moi-même ; et ne point faire le mal est tout ce que je peux pour les autres. Dans cet état d'ignorance et de misère , me convient-il de raisonner et de rejeter un appui ? Je n'ai point les vices qui font tout braver; je n'oserais me répondre des vertus qui contiennent : tendre , craintive , souffrante , malheureuse, il m'est affreux d'avoir à me dire encore que rien ne s'intéresse h mon existence; que tout est égal et perdu (i). Il faut donc me ramener sans cesse à tout ce qui me permet de croire qu'un être tout-puissant veille sur
(i ) Que le bien et le mal sont indifférens , que les sacrifices qu'on s'imposepour rester vertueux sontperdus.
moi. Doute pour doute, préférons du moins celui qui console et soutient le courage en lui promettant un prix.