‹ Memoires. ProfChapitre 49 sur 90 · DIXIEME REFLEXION · texte numérisé non relu

DIXIEME REFLEXION

Avons-nous le droit d'exiger que les hommes soient aussi attentifs, aussi tendres, aussi constans que nous ? Tout ce qui se présente à mon imagination m'en démontre l'impossibilité.

La différence de nos forces physiques , de

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nos éducations, de nos préjuges, de l'emploi de notre temps, tout me dit que nos prétentions sont folles, et que les hommes ne sont que ce qu'ils doivent être ; nous ne devons raisonnablement leur demander que deux choses, qui sont de ne pas nous tromper, et surtout de ne pas nous séduire. Il est honteux de se contrefaire et de se jouer d'un être faible , qui n'a nul moyen de vengeance ; il est abominable de chercher à corrompre la vertu d'une femme déjà mariée , ou l'innocence d'une fille qui peut l'être ; porter le trouble et le désespoir dans le sein des familles , livrer des biens à de faux héritiers d'une part; de l'autre , en faire que la loi flétrit et rejette, dévouer des âmes honnêtes à la honte , aux remords que le temps amènera , me paraît le plus grand, le plus punissable des crimes; et si l'homme qui le commet ne l'expie pas toute sa vie par ses soins , son attachement, sa constance, il est sans doute ce que la nature a fprmé de plus méprisable.

Mais pardonnons à ceux qui ne suivent que le courant des liaisons volontaires , et convenons de bonne foi que nous eu ferions autant qu'eux si nous l'osions.

ï58 SECONDE PARTIE. — RÉFLEXIONS MORALES

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