‹ Memoires. ProfChapitre 52 sur 90 · LES MARIAGES D'INCLINATION · texte numérisé non relu

LES MARIAGES D'INCLINATION

ou POURQUOI J'AI REFUSÉ DE ME MARIER.

L'ambition est une passion si commune et peut-être si naturelle, qu'on peut s'étonner qu'une femme qui les étudiait toutes, qui paraissait s'en pénétrer, qui se permettait de se livrer à quelques-unes dont le calme des sens et le temps pouvaient amener le repentir, ait rejeté celle qui devait flatter sa vanité, et la préserver des dangers d'une liberté indéfinie. Mais j'avoue que mon âme , constamment audessus de mon état et de mes erreurs, ne m'a jamais permis d'envisager les unions mal assorties qu'avec des sentimens d'indignation ou de pitié ; jamais je n'ai pu concevoir qu'une femme prît un état inférieur à celui qu'elle

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avait reçu de la nature. J'entends qu'elle se console de n'être rien, mais je n'entends pas qu'elle se rabaisse par son choix ; elle n'y peut être portée que par des désirs , des sentimens honteux, de la bêtise ou de la misère. Ce dernier point est le seul qui puisse s'excuser : il est même possible de s'en faire un mérite réel, si l'on ne veut se rappeler l'état qu'on a perdu que pour mieux honorer celui que l'on a pris; mais j'ai vu tant de mariages malheureux entre des demoiselles nobles et des roturiers, que je n'ai pu m'empêcher de rire souvent aux dépens des dupes qui les avaient faits.

Les hommes se sont laissé le droit d'ennoblir toutes leurs folies amoureuses ; et , qui que nous soyons, de nous élever jusqu'à eux. Mais les vices dont les particuliers abondent, ne changent rien à la sévérité des jugenens publics : c'est en vain qu'où veut se mettre audessus des préjugés : qui les brave, eu est tôt ou tard la victime. Eh ! comment espérer qu'où se pardouuera toujours de s'être rendu moins cher à sa famille et moi us recommandabie à ses égaux? Le véritable amour est si rare ! il est si difficile de trouver l'être qui doit; qui peut le justifier ! Les divers événe-

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mens de la vie , l'expérience des diflfe'rens âges, l'inconstance el la nuiltiplicité de nos désirs, le peu de durée de nos vrais besoins , amènent de si grands changemens dans notre moral et notre plijsiqiie, qu'il faut se réserver au moins la consolation d être plaint , et le bonheur de n'avoir point de reproches à se faire.

Sur quoi se fondent ces sentimens impétueux dont les hommes se laissent aveugler? Sur la beauté que tout le monde envie; la vertu qui fait résistance; la fortune qui tente un homme qui n'en a point ; les séductions de l'esprit, des grâces et des talens : voilà, je crois, tout.

Mais la beauté passe bien vite , et l'on voit rarement avec elle les qualités qui peuvent consoler de sa perte; ses compagnes les plus ordinaires sont l'orijueil et la sottise : elles amènent bientôt le dégoût , le regret, l'abandon; et souvent l'outrage de part et d'autre est, au bout de fort peu de temps, tout ce qui reste aux deux époux.

La vertu doit trouver des approbateurs, et peut tenir lieu de tous les biens du monde; mais est-elle réelle, pure ? Nous sommes bien trompeuses ! Notre éducation nous apprend

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à feindre , notre intérêt nous en fait souvent une nécessité ; et toutes les raisons qu on peut avoir d'y croire , n'empêchent pas le caractère, l'ignorance, la misère, l'exemple des femmes, la séduction et la méchanceté des hommes, de lui porter les plus sensibles atteintes; c'est être au moins imprudent d'y croire sans un profond examen , et de lui confier pour toujours son honneur et sa liberté.

Les richesses ! Si l'on ne les doit pas à sa famille, d'où viennent-elles ? Les femmes d'un rang inférieur et nées pauvres n'ont de ressources que par le travail, les talens et les vices. L'ouvrière peut à peine se tirer de la misère. Les émolumens des plus grands talens étaient, de mon temps, au-dessous du nécessaire de leur état; et qui ne voulait pas s'avilir, n'avait de moyens d'aisance que par quelques petits intérêts que la protection des grands lui faisait obtenir dans les affaires , et les grâces faibles et momentanées du souverain.

C'est donc du vice seul que ces richesses

peuvent provenir; et ce vice Non, je ne

veux point essayer de le peindre; l'horreur qu'il m'inspire ferait tomber la plume de mes

mains. Qui, d'ailleurs, ignore le scandale de ces marches qui font porter aux pieds des plus avilies des femmes les biens acquis par ses travaux ou ses aïeux , la dot d'une épouse et l'héritage de ses enfans ? Quels peuples ne gémissent pas sous le fardeau de l'incontinence de leurs souverains? Tout toléré qu'est ce vice , personne ne se dissimule qu'il est le plus déshonorant de tous. Comment est- il possible qu'il existe des âmes assez basses pour vouloir en partager le honteux salaire? Les hommes ont tant de moyens de faire respecter leur misère ! La naissance, la force, les arts, les lumières, les vertus ouvrent tant de routes a leur besoin et à leur ambition , qu'ils ne peuvent se flatter d'échapper au mépris public, et même au mépris de celles qu'ils épousent.

La séduction ! Il m'est permis de croire que peu de femmes possèdent plus de moyens que je n'en avais pour établir son empire; j'oserai même dire, pour le justifier. Aux dons flatteurs dont la nature peut parer une femme , elle avait réuni pour moi la force , le courage, et le cœur d'un galant homme. Tous mes engagemens m'élaient sacrés, tous mes devoirs m'étaient chers. Un caractère aussi fier que

sensible , ne me laissait envisager de gloire et de biens que dans le succès de mes travaux, et de bonheur que dans l'amour. Obligée de me'diter sans relâche sur tous les grands personnages de l'antiquité', sur leurs vertus, sur leurs faiblesses, il fallait nécessairement que mon âme s'élevât, et que mon cœur s'attendrît. La variété de mes parures, celle de toutes les passions que j'avais à peindre , remplissait journellement ce goût frivole de ma nation pour la nouveauté. Les applaudissemens que je recevais justifiaient les hommages qui m'étaient rendus. Ma société n'était composée que de gens de lettres, autant éclairés que sages, et de gens du monde, de mœurs irréprochables ; tout ce qui pouvait me faire suspecter d'ambition, de légèreté, d'intérêt, était scrupuleusement éconduit. Il était donc flatteur d'en être. Des femmes de la première distinction daignaient mêler des égards, une amitié réelle , de la confiance même pour ma personne, à la protection qu'elles accordaient à mes talens; sûrs que je n'abuserais de rien, mes supérieurs et les ministres n'ont jamais refusé de me recevoir , de m'entendre , et de m'accorder ce que je demandais. Ma célébrité

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avait franchi les bornes de ma patrie. Quel cœur sauvage ou glacé n'eût pas mis son bonheur à me plaire ?

C'est sans doute avec complaisance pour mon âme , que le froid de Tàge n'atteint point encore, que je me retrace tous les droits que j'avais pour plaire. Je suis femme; l'humilité n'est pour nous qu'un masque , et mon caractère n'a jamais admis aucune fausseté : tout être en état de causer avec lui-même sait ce qu'il vaut ; et me montrer telle que j'étais est un devoir pour moi , puisque c'est le seul moyen de faire pardonner l'égarement des passions que j'inspirais.

Je ne parlerai pas des fortunes que j'ai rejetées : je n'en recevais les offres que comme un outrage.

Quatre fois, les nœuds sacrés du mariage m'ont été proposés; la naissance, l'honneur, les biens ne me laissaient rien à désirer. J'ai refusé les trois premiers, parce que je n'aimais pas, et le quatrième, parce que j'aimais véritablement, (i)

(i) Il y a beaucoup de délicatesse dans ce sentiment el dans la manière dont il est exprimé. Telle femme

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J'avais trop étudié le cœur humain pour espérer un sentiment durable ; j'avais trop de raison pour ne pas respecter les préjugés, trop d'amour pour dégrader ce qui m'était cher, trop de fierté pour m'ôter les moyens de m'estimer moi-même.

Je reçus tous les écrits, tous les sermens qu'on voulut faire • je consentis à donner les mêmes assurances; et pendant dix-neuf ans, ma fortune, ma volonté, ma conduite, n'ont permis aucun doute sur le respect que je portais à cet engagement ; ma façon d'éluder une conclusion que les instances les plus vives ont sollicitée treize ans de suite , n'a pu que manifester mieux de jour en jour ma tendresse et ma reconnaissance. Ce que mon cœur a rendu de combats ne peut être apprécié que par moi. Je leur dois sans doute une grande partie des maux que j'éprouve aujourd'hui; mais qu'importent ces maux? qu'importe ma vie même.'' je n'ai point de reproches à me faire.

qui déclaignail peul-être mademoiselle Clairon, à cause de sa profession, ne se serait pas conduite avec autant de noblesse et de désintéressement que la comédienne.

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Quoique le comle de V.... (i) dût être riche un jour (2) , sa mère le tenait à une pension très-modique; il avait des dettes; son grade l'obligeait à des dépenses assez considérables. Il aimait le faste et la bonne chère, et pour satisfaire à ses besoins et à ses goûts , je vendis tout ce que j'avais d'inutile; et, hors la dépense du théâtre , dont je devais compte aux auteurs et au public, je me privai de tout pour moimême.

Dans le moment le plus pressant de nos besoins, je fis la connaissance de madame de Gallitzin, princesse russe. Par un de ces hasards que rien ne peut expliquer, cette dame se passionna si vivement pour moi, qu'elle ne pouvait passer deux heures ou sans me voir ou sans m'écrire. La confiance est bientôt établie entre deux femmes qui s'aiment et qui se voient à tous les instans du jour. Elle m'ouvrit entièrement son cœur; je la fis lire sans restriction dans le mien. La position où je me trouvais la toucha ; elle était riche , généreuse :

(i) Valbelle.

(2) Le bien de sa mère lui était substitué. ( Note de mademoisf^lle Clairon. )

ses offres furent dignes d'elle; je les refusai toutes (i) ; non que je ne m'avouasse que les bienfaits d'une amie si respectable ne dussent m'honorer : mais je n'ai jamais rien désiré pour moi. J'ai souvent manqué du nécessaire, et je me rappelle que ces momens étaient les plus fiers de ma vie. J'aurais voulu posséder toutes les richesses du monde pour en faire hommage à ce qui m'était cher; mais j'aurais cru dégrader son cœur et le mien en lui présentant les dons de qui que ce fût. L'amour seul a le droit d'ennoblir les secours qu'un homme reçoit d'une femme. La princesse ne m'en aima que plus. L'idée de se séparer de moi lui devint insupportable, et lui donna celle de me faire appeler en Russie. L'impératrice Elizabeth me fît demander par son ministre a la cour de France, et l'on m'offrit, de sa part, 4o,ooo francs d'appointemens , déposés chaque année chez tel notaire de Paris que je

(i) On a dit, dans le inonde , que j'avais reçu des dons immenses de la princesse : rien n'est plus faux. Mon tableau deMédee , une petite robe que j'ai portée vingt ans, une garniture de dentelle que je conserverai toute ma vie, sont les seuls dons que j'en reçus jamais. ( Noie de mademoiselle Clairon. )

voudrais nommer; une maison, un carrosse, une table servie soir et matin pour six personnes. Sans l'amour , je n'aurais pas balancé. La France est peut-être le pays où l'on juge le mieux les talens; mais il n'en est point de plus ingrat envers eux.

Je fis part de tout au comte. De'goûté luimême de son pays, par des tracasseries de cour, il me conseilla d'accepter, et me dit qu'il me suivrait. Ces mots me firent frémir malgré moi. Les biens que je pouvais acquérir disparurent; je ne vis plus que ceux que j'allais lui faire perdre. La princesse osa mander tout ce qui se passait dans nos âmes, et la réponse fut : Que si le comte voulait m'épouser et me suivre, il lui serait accordé le même grade qu'il avait en France, et les émolumens nécessaires pour le soutenir. Pour donner encore plus de poids et d'agrément à ses propositions, la princesse nous assura que nous n'aurions point d'autre asile que sa propre maison. Le comte accepta tout; et l'idée qu'il me devrait son avancement et sa fortune me séduisit moi-même quelques instans. Heureusement, je tombai malade : libre d'étude et de devoirs, nécessairement plus solitaire,

j'eus le temps de scruter mon âme , et de lui demander comment elle s'arrangerait avec ses anciens principes. Ij'austère vérité sembla ni'apparaître , et prononcer par ma bouche même : a Ah , malheureuse femme ! quelle (( imprudence allez - vous faire ? Qui peut « compter sur l'immuable volonté des hu- (c mains? Quel amour fut jamais éternel! « Quel homme, pouvant prétendre à tout « par lui - même , se pardonnera toujours « d'avoir tout abandonné pour une femme? (( Vous n'êtes rien. Qui vous répond qu'il ne H rougira pas d'être votre redevable ? Oubliez- « vous que qui veut prétendre à l'estime de « son époux ne doit pas commencer par être « sa maitresse, surtout si cette erreur n'est « pas la seule de votre vie? Que vous res- {( tera-t-il donc , lorsque son amour s'étein- « dra? Agée de sept ans plus que lui, vous (( flattez-vous que vos charmes dureront au- « tant que les besoins de son cœur et de ses (( sens? Les infidélités qu'il vous a déjà faites (c ne vous disent-elles point assez ce que le « temps, ses regrets, ses remords pourront « produire? Vous aurez à vous défendre des « vues ambitieuses dont une famille irritée

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H VOUS accusera. Vous serez humilie'e par des « femmes qui croiraient se manquer en vous u élevant à leur niveau : la me'chancete' , l'en- (( vie, se réuniront pour vous prêter les torts « les plus abominables. Le public, qui n'ap- (( profondit rien , fera retentir partout le cri « de l'indignation. Mais quand il serait pos- (( sible que tout le monde fermât les yeux et w gardât le silence; que votre amant vous te adorât toujours, et ne regrettât jamais rien, « vous flattez-vous d'être contente de vous- « même ? Votre délicatesse approuvera-t-elle « que vous abusiez de votre empire? Votre t( caractère et vos études ne vous onl-ils pas «convaincue que l'âme, capable de rejeter « tous les biens qui vous sont offerts, est mille « fois plus noble que celle qui les accepte?... » Tout fut dit : mon illusion disparut. Je restai fille, pauvre; je ne partis pas; mais, en sacrifiant au devoir mon amour , ma fortune et ma vanité , en acquérant les moyens de m'estimer moi-même , j'ai sûrement plus gagné que perdu.

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LETTRE

A MADAME DE V*"\ (i)

O vous que j'aime avec l'effervescence de mon bel âge ! Vous que soixante-neuf ans d'aperçus (2) , de comparaisons et d'expérience m'obligent à mettre au-dessus de toutes les femmes, aidez-moi de vos vertus et de vos lumières. Avant de sortir de la vie , je voudrais savoir ce que c'est que le bonheur : non que je l'espère et le prétende pour moi, mon âge et mes maux seraient pour lui des obstacles insurmontables ; mais s'il était possible que je m'assurasse qu'il peut se répandre sur les humains, qu'il peut combler les vœux des personnes qui me sont chères, je mourrai consolée.

(1) Madame de \ audeuil , fille de Diderot.

(?,) Celle lettre doit être de 1792. La tournure de la plirase est un peu équivoque. Mademoiselle Clairon veut dire qu'elle-même est âgée de soixante-neuf ans.

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J'entends parler de lui par tout le monde , j'en ai fait le but de toutes mes actions, je le cherche enfin depuis que je respire. Tous les portraits qu'on m'en a faits se ressemblaient si peu l'un à l'autre ; ils me renvoient à tant d'idées abstraites, que je n'ai pu le comparer qu'aux nuages que l'agitation des airs change de formes et détruit au moment même où l'on en veut déterminer la figure. Quels qu'aient été mes désirs, mon activité , mes recherches^ je n'en connais encore que le nom. Croyezvous que réellement il existe ? croyez-vous qu'il nous soit possible de nous le procurer ? J'espérais le rencontrer en livrant mon âme aux divers sentimens de la nature, de l'humanité, de l'amour, de l'amitié; rien ne m'a réussi. Quelques illusions agréables, soutenues par l'espoir que devaient me donner la jeunesse, un caractère prononcé , de la figure, des talens, un esprit observateur, une âme sensible et peut-être élevée, m'ont trompée comme tout le reste ; je n'ai trouvé dans mes travaux et dans le commerce des humains que des sujets de destruction, de larmes et de regrets.

La savante antiquité dit que l'espérance est

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le seul bien qui soit resté dans la boîte de Pandore ; elle ne dit rien du bonheur : c'est convenir, ce me semble, qu'elle ne le connaissait pas.

Le sublime Diderot vous a donné l'être. L'immensité de ses lumières sur l'humanité , les sciences , les arts , n"a rien prononcé sur le bonheur; un autre a traité cet arlicle dans XEjJCjclopédie : ah ! sans doute il n'y croyait pas! En immortalisant toutes les connaissances humaines, son âme bienfaisante et pure n'aurait pas oublié la plus importante de toutes.

Cependant il se peut aussi que l'excès de nos vices l'ait rebuté , et qu'il n'ait voulu communiquer ce suprême bien qu'à quelques êtres plus dii^nes d'en jouir. Vous qu'il chérissait comme le plus pur et le plus intéressant de ses ouvrages, vous que les dons heureux de la nature, réunis à toutes les vertus, rendent si digne du bonheur, vous savez sûrement son secret; ne vous refusez pas au sentiment tendre et désintéressé qui me presse ; dites-moi seulement si le bonheur existe , et si vous connaissez les moyens de le fixer près de vous.

Mais, hélas! j'ai bien peur que vous ne soyez pas plus avancée que moi, et que vous n'ayez

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rien à m'apprendre sur ce point. Je ne puis nie dissimuler que je vous vois une santé faible et douloureuse ; malgré l'approbation que vous donnez à tout ce qui vous environne, malgré Tégalité constante que vous montrez dans tout votre ensemble et vos discours, j'oserai vous avouer que mon attentive amitié vous a quelquefois surprise dans une langueur déchirante; puissé-je me tromper ! mais je crois que vous souffrez encore plus au moral qu'au physique. Ah ! si vous n'êtes pas heureuse, le bonheur est aussi chimérique que nos Fées et nos Génies, et je ne croirai plus qu'à la fatalité.

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LETTRE

ÉCRITE d'aNSPACH PAR MADEMOISELLE CLAIRON

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