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ORGANE ET PRONONCIATION

Ayant à se faire entendre de toutes les parties de la salle , il est indispensable d'avoir une voix forte et sonore.

Pour donner les nuances à tout ce qu'elle doit peindre, il faut qu'elle soit juste, moelleuse, facile, susceptible de toutes les intonations possibles.

La voix qui manque d'étendue ou de sensibilité, ne peut suffire à tous les rôles de grande passion, tels que ceux de Phèdre, Orosmane, etc.

Le grasseyement, le susseyement (i), des

(i) Ce mot n'est pas français, et n'est guère connu que dans les coulisses. On entend par là le défaut de prononciation , qui consiste à changer les consonnes y' et ^, et l'articulation ch en z et eu s, et à dire par exemple :

Ser amant , non zamais ze ne serai aïolaze. Madame de Sévigné, dans une de ses lettres, contrefait, par écrit, la prononciation de madame Du

Ions faux , des sons secs , des accens de province, sont des obstacles insurmontables pour la véhémence, la noblesse, la justesse et la sensibilité de l'expression.

Les vers de Racine et de Voltaire sont les plus doux et les plus harmonieux de notre langue : qu'à talent é^al, on les fasse réciter par un organe libre , et par un organe défectueux , on verra que le libre note rien à leur beauté ; maître d'élancer ses sons, de les précipiter, de les ralentir, de les éteindre; susceptible enfin de toutes les modulations , il laisse au vers, et son charme et sa pompe. L'autre, forcément, ralentit pour se faire entendre , ou ne donne que des sons inarticulés, s'il est rapide ; valeur, véhémence, précision, harmonie, élégance^ noblesse, tout est détruit.

Qu'on se rappelle tous les acteurs qu'on a vus; il ne fut jamais de grands talens avec ce défaut. Une jolie figure, un âge intéressant, des dispositions le font excuser quelquefois; mais la figure et les jeunes années passent :

Ludre , et lui fait dire : Ah, Zêsu! matanie te Grignan , Vélranzc soze Cclrc zélée toute nue dans la wer.' (Lettre du i^ mars 1671.)

les espérances se réalisent rarement avec des disgrâces tenant à la nature, et que lâge ne fait qu'accroître. J'en donnerai Grandval pour exemple. Ce comédien charmant, plein de grâces , d'esprit et de chaleur , avec qui ce qu'on nomme décence théâtrale a quitte' la scène, qu'on ne remplacera peut-être jamais dans les petits-maîtres de bonne compagnie , et dans le haut comique, ayant la sagesse de ne se montrer que dans des rôles convenables à son âge , a été forcé de se retirer avant cinquante ans , par le dégoût que son grasseyement inspirait au public, dont il avait été l'idole. La jeunesse et la beauté en font une grâce de plus dans le monde; mais c'est un défaut intolérable au théâtre.

Je conviens cependant qu'il est des cas où l'exception est indispensable. Le grand talent de Préville, (i) offrant dans ses débuts même le comédien le plus agréable et le plus consommé , était au-dessus de toutes les lois.

(i) Préville ne grasseyait pas tout-à-fait j mais il avait dans la prononciation un léger embarras qui n'était pas très-désagréable , et auquel le public avait dâ aisément s'accoutumer.

Une seule imperfection ne peut rien contre la réunion de la gaîté, de l'esprit, du savoir et des grâces, surtout dans le comique. Le bredouillement de Poisson ajoutait peut-être encore à son talent, dans sa jeunesse. Mais se faire entendre est la première obligation du comédien, et celui qui grasseyé ne doit avoir ni la volonté ni la permission de vieillir au tliéâtre.

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